mm Mxv ? Vv'vVisV vV NOUVEAU DICTIONNAIRE > ILLUSTRÉ DE FIGURES IINTERCALÉES DANS LE TEXTE Directeur de la Rédaction : le D1' JACCOUD Professeur de clinique médicale à la Faculté de médecine de Paris, Médecin de l'hôpital de la Pitié, membre de l’Académie de médecine. Ouvrage complet, 40 volumes in-8° comprenant 33,000 pages avec 3,000 fig. 400 (V. Chaque volume séparément 10 fr. La terminaison du grand Dictionnaire de médecine dirigé par M. le professeur Jaccoud, est un véritable événement. Ce Dictionnaire présente le tableau fidèlç de l’état de la science, et de ses incessants progrès. Conçu dans un but exclusivement pratique, il est pour les praticiens une ency- clopédie médico-chirurgicale complète, leur permettant de se renseigner d'une façon parfaite sur les points si nombreux qui peuvent se présenter dans l'exercice de leur art. Dieu loin, comme le font malheureusement d’autres publications analogues, bien loin de se négliger dans les derniers volumes, le Dictionnaire de Jaccoud, ainsi qu'on le désigne, a su maintenir ses derniers articles à la hauteur des premiers, et l’œuvre, con- sidérée dans son ensemble, a partout la môme valeur. E. LITTRÉ Membre de l’Institut de France (Académie française et Académie des inscriptions.) DICTIONNAIRE DE L’ART VÉTÉRINAIRE ET DES SCIENCES QUI S’Y RAPPORTENT 16e édition Mise au courant (1rs progrès (1rs sciences médicales el biologiques cl do la pratique journalière augmentée do six glossaires nouveaux et illuslrée de SliO figures. 1 volume grand in-8 de 1880 pages à 2 colonnes. Broché Relié 20 fr. 24 fr. Atlas lîopulaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, de 1 art vétérinaire et dos sciences qui s’y rapportent. 1 vol. gr. in-8 avec 48 pl. comprenant l'JG fig. Cart.. 8 fr. U Y a plus de quatre-vingts ans que parut pour la première fois cet ouvrage, connu sous le nom de Dictionnaire de médecine de Nyslen, puis do Littré et Robin, et devenu classique par un succès do quinze éditions. Aide-mémoire de médecine, de chirurgie et d’accouchements,vade-mecum du praticien, par le docteur A. Goblieu. Quatrième édition. 1 vol. m-18 jesus de vut-100 pages avec 448 fig. Cart ü lr- Le carnet du médecin praticien, formules, ordonnances, tableaux du pouls, de la respiration et de la température, comptabilité, 1 cahier oblong avec cartonnage souple Le même, ordonnances seules (sans formules ni tableaux). I cahier oblong avec cartonnage souple * Envoi franco par la poste contre un mandat. fi Librairie J.-B. BAILLIÈRE et Fils, 19, rue Hautefeuille. BIBLIOTHÈQUE DE L’ÉLÈVE EN MÉDECINE PHYSIQUE ET CHIMIE MÉDICALES. HISTOIRE NATURELLE MÉDICALE DI \NGH\RD (R 1 Traité do zoologie médicale, par R. Blaiïcjurd, professeur a„rcec'à la Faculté de médecine. 2 vol. in-8 de 91)0 pages avec G.'.O fig 18 fr. BON MER (G.). Les plantes des champs et des bois. Excursions botaniques : Prin- temps été, automne, hiver, par G. Bonnier. prolosseur à la Faculté des sciences de Paris.’ 1 vol. in-8, avec 873 figures dans le texte et 3Ü planches dont 8 en couleur. 21 fr. — Cartonné „•••.• :.••• ; : • ' fr- DOTANT iE.Î. Dictionnaire de chimie, comprenant les applications aux sciences, aux arts à l’agriculture et à l’industrie, par E. Douant, avec la collaboration de piofescurs, d’ingénieurs et d’industriels, précédé d’une introduction par L. Troost (de l’Institut). 1 vol gr in-8 de 1120 pages à ‘2 colonnes avec 650 fig 25 fr. B U IG NET Manipulations de physique. Cours de travaux pratiques, par II. Buig.net, professeur à l’Ecole de pharmacie. 1 vol. in-8 de 800 pages, avec 2(15 figures et 1 pl. col. Cart 16 fr. C U VET (Di). Nouveaux éléments de matière médicale, comprenant l’histoire îles drogues simples d’origine animale et végétale, leur constitution, leurs propriétés et leurs falsifications, par L). Cauvet, professeur de matière médicale à la Faculté de mé- decine de Lyon. 2 vol. in-!8 Jésus, avec 800 figures 15 fr. — Nouveaux éléments d’histoire naturelle médicale, comprenant des notions générales sur la minéralogie, la zoologie, la botanique, l’histoire et les propriétés des animaux et des végétaux utiles ou nuisibles à l’homme, soit par eux-mômes, soit par leurs produits. Troisième édition. 2 vol. in-18 jésus, avec 790 figures 12 fr. — Cours élémentaire de botanique. 1 vol. in-l 8 jésus, 880 pages, avec 618 figures. Cart .. 10 fr- -DEMKER. Atlas manuel de botanique. Illustrations des familles et des genres do plantes phanérogames et cryptogames, avec le texte en regard. 1 vol. in-4 de 400 pages, avec 200 planches, comprenant 3300 figures. Cart 30 fr. DUCHARTRE. Éléments de botanique. Troisième édition. 1 vol. in-8 de 1272 pages, avec 517 figures. Cartonné 20 fr. EXCEL. Nouveaux éléments de chimie médicale et de chimie biologique, par R. Engei., professeur à la Faculté do médecine de Montpellier. Deuxième édition. 1 vol. in-18 jésus de 750 pages, avec 117 figures 8 fr. GAUTIER (L.-.M.). Les Champignons, considérés dans leurs rapports avec la médecine, l’hygiène publique et privée, l’agriculture et l’industrie, et description des principales espèces comestibles, suspectes et vénéneuses de la France. 1 vol. gr. in-8, avec 1(5 pl> chromolithographiées et 195 figures, cart 24 fr. GUIBOURT et PLANCIION. Histoire naturelle des drogues simples. Septième édition. 4 forts vol. in-8, avec 1078 figures 36 fr. Il El! AUD. Jeux et récréations scientifiques, applications usuelles des mathéma- tiques, de la physique, de la chimie et de l’histoire naturelle. 1 vol. in-18 jésus de 70u pages avec 150 figures G fr. — Nouveau dictionnaire des plantes médicinales. Deuxième édition. 1 vol. in-18 jésus avec 280 figures. Cart 6 fr. — Les secrets de la science et de l’industrie. Recettes, formules et procédés d’une utilité générale et d’une application journalière, 1 vol. in-18 jésus, x-400 pages, avec 205 figures. Cart. (Bibl. des connaissances utiles) 4 fr. — Les secrets de l’économie domestique à la ville et à la campagne. Recettes, formules et procédés d’une utilité générale et d’une application journalière. 1 vol. in-16, avec 18(1 figures. Cartonné (Bibl. des connaissances utiles) 4 fr. JIJNGFLEISCII. Manipulations de chimie. Guide pour les travaux pratiques, par E. Jiingfi.ei.sch, professeur à l’Ecole de pharmacie. 1 vol. in-8 de 1000 pages, avec 590 figures. Cart ,27 fr. MACÊi E.). Traitépratique de Bactériologie, par E. Macé, agrégé d’histoire naturelle à la Faculté de médecine de Nancy. 1 vol. in-1G, de 71 i pages, avec 173 ligures. 8 fr SICARD (IL). Éléments de zoologie. 1 v. in-8 de xvi-842 p., avec 758 fig. cart. 20 fr WIJNDT, MONOYER et IMBERT. Traité élémentaire de physique médicale- Deuxième édition. 1 vol. in-8, 70(1 p. avec 390 fig. et l pl. chromolithographiôo. 12 fr. ANATOMIE. HISTOLOGIE ET PHYSIOLOGIE ANGER. Nouveaux éléments d’anatomie chirurgicale, par Benjamin Angeii, chirurgien des hôpitaux, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-8 de 1055 pages, avec 1079 figures et atlas in-4 de 12 planches coloriées 40 fr. BALFOUR (F.). Traité d’embryologie et d’organogénie comparées. 2 volumes in-8, ensemble 1351 pages avec 740 figures s0 fr. BEAUNIS. Nouveaux éléments de physiologie humaine, par IL Beaunis, pro- fesseur do physiologie à la Faculté de médecine de Nancy. Troisième édition. 2 vol. in-S avec 650 figures. Cartonnés 25 fr. BF.AUNIS et BOUCHARD. Nouveaux éléments d’anatomie descriptive et d’embryologie, par H. Beaunis et A. Boüchahd, professeur à la Faculté de médecine de Bordeaux. Quatrième édition. 1 vol. gr. in-8 de xvi-1103 pages, avec 421 figures des- sinées d’après nature et en partie coloriées. Cartonné 20 fr. — Précis d'anatomie et de dissection. 1 vol. in-18 do 600 pages 4 fr. 50 CUYER et KU1IFF. Le corps humain. Structure et fonctions, formes extérieures, ré- gions anatomiques, situation, rapports et usages des appareils et organes qui concourent au mécanismo de la vie, démontrés à l’aido do planches coloriées, découpées et super- posées. 1 vol. in-8, 478 pages, avec 27 planches col. Cartonné 75 fr. DIJVAL. Cours de physiologie, par le docteur Mathias Duval, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Sixième édition du Cours de physiologie de Kuss et Duval. 1 vol. in-18 jésus avec 178 figures. Cartonné 8 fr. — Précis de technique microscopique et histologique, où Introduction pra- tique à l’anatomie générale. 1 vol. in-18 jésus, 315 pages avec 53 figures 4 fr. ÉDINGER. Anatomie des centres nerveux, traduit par M. Sibaud. 1889, 1 vol. in-8 avec 120 figures 8 fr. FAU et CUYER. Anatomie artistique du corps humain. 1 vol. in-8 de 208 p., avec 40 fig. et 17 pl., fig. noires 6 fr. — Le même, fig. col 12 fr. LABOULBÈNE. Nouveaux éléments d’anatomie pathologique, descriptive et histologique, par A. Laboulbène, professeur à la Faculté de médecine, médecin de la Charité. 1 vol. in-8 de 1100 pages avec 300 fig. Cart 20 fr. LIVON (Ch.). Manuel de vivisections. 1 vol. in-8, avec fig. noires et col 7 fr. MOREL (Ch.). Traité d’histologie humaine, normale et pathologique. Troisième édi- tion. 1 vol. in-8, 41S pages avec atlas de 50 planches 16 fr. RANVIER (L.). Leçons d’anatomie générale, faites au Collège de France par L. Ranviek, professeur au Collège de France. 2 vol. in-8 avec figures et tracés.. 20 fr. RINDFLEISCH. Traité d’histologie pathologique, par Rindfleisch, professeur à l’Université de Bonn. Deuxième édition, par le Dr Schmitt, professeur agrégé de la Faculté de Nancy. 1 vol. in-8 de 800 p. avec 300 fig 15 fr. ROBIN (Ch.). Traité du microscope, son mode d’emploi, ses applications à l’étude des injections, à l’anatomie humaine et comparée, à l’anatomie médico-chirurgicale, à l’his- toire naturelle, par Ch. Robin, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Troisième édition. 1 vol. in-8 de 1838 p., avec 317 fig. et 3 pl. Cart 20 fr. — Programme d’histologie. Seconde édition. 1 vol. in-8, 500 pages 6 fr. — Anatomie et physiologie cellulaires, ou Des cellules animales et végétales. 1 vol. in-8 de 040 pages, avec 83 fig. Cart 16 fr. — Leçons sur les humeurs normales et morbides du corps de l’homme. Deuxième ■ édition. 1 vol. in-8 de 1008 pages avec 35 fig. Cart 18 fr. PATHOLOGIE ET CLINIQUE MÉDICALES, PATHOLOGIE GENERALE, HISTOIRE DE LA MÉDECINE BOUCHUT. Nouveaux éléments de pathologie générale, comprenant la nature de l’homme, l’histoire générale de la maladie, les difierentes classes de maladies, l’ana- tomie pathologique générale et l’histologie pathologique, le pronostic, la thérapeutique générale, par E. Bocchut, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Qua- trième édition. 1 vol. grand in-8 de x-880. pages, avec 245 figures 16 fr. — Traité de diagnostic et de sémiologie, comprenant l’exposé des procédés phy- siques et chimiques d’exploration médicale (auscultation, percussion, côrèbroscopie. sphygmographie, laryngoscopie, microscopie, analyse chimique) et l’étude des symptômes fournis par les troubles fonctionnels. 1 vol. gr. in-8 de 692 pages, avec 160 fig.. 12 fr. CULLERRE. Magnétisme et hypnotisme. Exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué, au point de vue clinique, psychologique, thérapeutique et médico-légal. Deuxième édition. 1 vol. in-16 avec fig. (Bibliothèque scientifique con- temporaine) : 3 fr. 50 — Les frontières de la folie. 1 vol. in-16, 360 p. (Bibl. scientifique contemp.). 3 fr. 50 DAREMBERG. Histoire des sciences médicales, par Ch. Dabbmbrbo, professeur d’histoire de la médecine à la Faculté de Paris. 2 vol. in-8 avec figures 28 lr. FOX. Iconographie photographique des maladies de la peau. 1 vol. in 4, 48 planches photographiées d’apres nature, coloriées à la main. Cart 120 fr. FRERICHS. Traité pratique des maladies du foie et des voies biliaires. Troisième édition. 1 vol. in-8 de xvi-896 pages, avec 158 figures 12 fr. GALLARD. Clinique médicale de la Pitié. 1 vol. in-8, 600 pages, avec fig.. 10 fr. GR1ESINGER. Traité des maladies infectieuses. Maladies des marais, fièvre jaune, maladies typhoïdes (fièvre pétéchiale ou typhus des armées, fièvre typhoïde, fièvre ré- currente ou à rechutes, typhoïde bilieuse, pcstel, choléra. Deuxième édition. 1 vol in-8, xxxii-742 pages 10 fr. HALLOPEAU. Traité élémentaire de pathologie générale, comprenant la paiho- génie et la physiologio pathologique. Deuxième édition. I vol. in-8 do 836 pages avec 145 figures 12 fr. 1 7 T !LL > PRINCIPAUX TRAVAUX DU MÊME AUTEUR HYGIÈNE ET ÉTIOLOGIE Du typhus à rechutes. Épidémie observée au pénitencier d’Aïn-el-Bey, province de Constantine (Àrcliiv. gén. de médecine, G° série, 1X-X, 1867). Recherches sur la fièvre typhoïde en Algérie. Eu collaboration avec A. Kelsch (Rec. demém. de méd. milit., 3e série, XX, 1868). Origines et affinités du typhus, d’après l’épidémie algérienne de 18G8 (Gazette médicale de Paris, 1869-1870. Et tirage à part : J.-B. Baillière et fils. Paris, 18G9). Alimentation et régime du soldat (Annales d'Uyg. publ. et de méd. légale, 2° série, XXXV, 1871). Des fièvres climatiques et de l’élément climatique dans les fièvres de malaria (.Archiv. gén. de méd., 6e série, XXIII, 1874). Causes et nature du scorbut (Gazette méd. de Paris, 1874). L’Eau de boisson, considérée comme véhicule des miasmes et des virus (Gazette méd. de Paris, 1874). Considérations sur le degré d’aptitude physique du recrutement de l'Ecole spéciale militaire (Rec. de mëm. de méd. milit., 3e série, XXXI et XXXII, 1875-1876). L'Hygiène rurale dans ses rapports avec le cantonnement des troupes (Gazette méd. de Paris, 1876). Conditions de salubrité des ateliers de gazage dans les filatures de coton (Annal, d’Hygiène, 3e série, I, 1879). Assainissement de l’industrie de la céruse (Bull, de la Société industrielle du Nord, 1879) . Sur la vulgarisation de l’usage du bain (Annal, d'Hygiène, 3e série, III, 1880). Sur un projet d'hôpital maritime dans le département du Nord (Bull, médic. du Nord, 1880) . Les controverses récentes au sujet de l’assainissement des villes (Ann. d’hyg. publ., VIII, 1882). Étiologie et prophylaxie de la fièvre typhoïde (Congrès internat, d’/iyg. à Genève, 1882). La fabrication du bleu d'outremer (Ann. d’hyg. publ., XII, 1884). L’épuration des eaux de l’Espierre (Revue d'hyg., VII, 1885). L’eau et les bactéries (Ibid., IX, 1887). Articles : Eau, Égouts, Famine, France (Climatologie, Pathologie), Pellagre, Typhoïde (Fièvre) : Étiologie), Villes, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. 10129-87. — Cohuml. Imprimerie Ghétb. NOUVEAUX ELEMENTS D’H Y (MÈNE MÉDECIN-INSPECTEUR DE l’ARMÉE PROFESSEUR o’iIYGIÉNE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE MEMBRE CORRESPONDANT DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE DEUXIÈME ÉDITION MISE AU COURANT DE LA SCIENCE Avec 272 figures dans le texte. PARIS L1B H AIKIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS 19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Germain 188 9 Tous droits réservés. La première édition de ce livre a rencontré l’accueil le plus flatteur dans les sphères diverses, aujourd’hui nombreuses, où l'hygiène est en honneur. La meilleure part de ce succès revient à la faveur légitime dans laquelle sont présentement ces études. L’auteur y trouve néanmoins la compensation la plus précieuse qu’il pût espérer à ses efforts. Il devait à la grande bienveillance du public d’accentuer, dans cette deuxième édition, ce que l’on avait regardé comme des mérites dans la première, de faire disparaître certaines faiblesses, et surtout d’introduire les faits nouvellement acquis par cette science humanitaire, l'hygiène, si vivace et si brillamment représentée dans tous les pays. C’est ce que nous nous sommes efforcé d’atteindre. Dès le premier jour, mon but a été d’offrir aux étudiants et aux jeunes médecins le cadre à peu près complet de l’hygiène, sous une forme abordable à toute personne d’une préparation scientifique moyenne. C’est dire que je me suis refusé, sur bien des points, les développements que la matière eût pu comporter, afin de ne laisser à l’écart aucun des objets sur lesquels il convenait d’appeler l’attention. Je reconnais, en particulier, (pie la partie consacrée à XOrganisation et à la Législation sanitaire n’a pas l’extension que lui vaudrait son importance; néanmoins cette lacune est atténuée par l’indication, plus ou moins explicite, dans le corps de l’ouvrage, des principales dispositions législatives à côté de l’objet même qui les a motivées, i) ailleurs, chez le médecin, l’appréciation médicale des situations qui intéressent l’hygiène précède naturellement le recours aux mesures légales de protection. J’espère avoir rassemblé ici, pour Le plan de celle deuxième édition est essentiellement le même que celui de la première. On a seulement ajouté un chapitre : Des organismes inférieurs, qui s’imposait par l’importance et l’éclat des recherches contemporaines. Le chapitre Eau existait dans l’ancienne édition, mais disloqué et réparti sur trois autres; on a cru plus avantageux de réunir en une seule monographie tout ce qui se rapporte à ce sujet capital. Enfin, l’introduction de l’ar- ticle consacré au Groupe ■pénitentiaire n’est que la réparation d’un oubli. La nécessité de ne pas exagérer les dimensions du volume nous a décidé à limiter notre bibliographie aux travaux parus dans ces huit ou dix dernières années. Encore n’avons-nous indiqué que ceux qui suffisent à représenter l’état de chaque question. Dans quelques cas, nous avons cependant fait un rappel de documents anciens, qui sont comme une date dans l’histoire de l’hygiène, et qui resteront toujours à consulter. Nous exprimons ici notre reconnaissance aux auteurs des uns et des autres pour les.lumières qu’ils nous ont fournies. Jules ARNOULD. Lille, 15 décembre 1888. ERRATA Quelques fautes nous ont échappé, soit dans la rédaction du manuscrit, soit à la révision des épreuves. La plupart sont de celles que le lecteur corrige de lui-même. Nous nous bornons à rectifier les suivantes, qui pourraient entraîner une erreur de quelque gravité. Page 433, ligue 14, au lieu de: G. Colin, lisez : P. Mégnin. Page 994, ligne 13, au lieu de : à la fabrication, à l’étamage et à la soudure, lisez : à la fabrication, et à 1 p. 100 de plomb au maximum l’alliage destiné à l’étamage e à la soudure... TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES Pages. PRÉFACE v Table analytique des matières... IX INTRODUCTION. — Caractères et portée de l’hygiène. — Définition. — Phases his- toriques de l’hygicne. — Les maladies évitables. — Double caractère de l'hygiène. — Division PREMIÈRE PARTIE HYGIÈNE GÉNÉRALE. Chapitre premier. — DU SOL 18 Définition. — Importance de cette étude. — Division. Constitution du sol 18 Données géologiques et géogéniques. — Éléments principaux du sol. — Roches. — Transformations incessantes du sol. Rapports du sol avec l’air 26 Porosité du sol. — Perméabilité. — Air du sol. — Mouvements de l’air du sol. Rapports du sol avec l’eau 41 Proportions d’eau dans le sol. — Capacité du sol pour l’eau. — Circulation capil- laire de l’eau dans le sol. — Perméabilité du sol pour l’eau. — Le sol et la va- peur d’eau. — Oscillation de l’humidité du sol. — Rapports avec la nappe souterraine. Nappe souterraine 0 Disposition et rapports de la nappe souterraine. — Mouvements, puissance, profon- deur et alimentation de la nappe. — Utilisation de la nappe souterraine comme moyen d’approvisionnement d’eau. —Variantes de la nappe souterraine. — Ap- plications de l’observation de lu nappe souterraine à l’étiologie : choléra ; fièvre typhoïde. Thermalité du sol 73 Pouvoir thermique du sol. — Capacité pour le calorique. — Conductibilité du sol. — Échauffement du sol. — Rapports hygiéniques de la thermalité du sol. — Me- sure de la température du sol. Microorganismes du sol 82 Présence des microorganismes dans le sol. — Propriétés des microorganismes du sol. — Microorganismes pathogènes. — Rapports des microorganismes du sol avec l’extérieur. Souillures du sol. — Leur transformation fil Pénétration des impuretés dans le sol. — Transformation des impuretés dans le sol. — Applications sanitaires. État de la surface du sol 106 Accidents de configuration. — Revêtement et culture. — Marais et état malarial du sol. — Auxiliaires du sol malarial. — Répartition géographique du sol malarial. Assainissement du sol Culture et drainage. — Plantations. Végétaux antipalustres. — Dessèchement des marais. — Colmatage, terrement, warpage. Chapitre II. — DE L’EAU L’eau dans la nature A. Eaux superficieli.es. — La mer. — Les cours d’eau. Souillures des cours d’eau. Assainissement spontané. — Lacs et étangs. — L’eau des marais. — B. Eaux souterraines. — Les sources. — Caractères des eaux de source. — Valeur sa- nitaire des sources. — Les puits. — Constitution de l’eau de puits. — Puits profonds. — Galeries filtrantes. — Puits artésiens. — C. Eaux météoriques. — L'eau de la pluie. — La neige. — Rosée, brouillard. Rôle sanitaiVe de l’eau Influence des matières minérales. — Les gaz. — Les matières minérales solides. — Influence des matières organiques. — Matières en suspension. — Matières dis- soutes. — Organismes vivants. —Les microorganismes de l’eau. —Nombre des microorganismes. — Signification do la présence et du nombre des microorga- nismes. — Nature des microorganismes de l’eau. — Microorganismes indifférents. — Microorganismes pathogènes. Maladies attribuées a l’eau. — Goitre et crétinisme. — Calculs urinaires et gra- velle. — Fièvre malarialc. — Diarrhée. Dysenterie. — Fièvre typhoïde. — Cho- léra. — Les bactéries de la glace Expertise de l’eau Expertise physique. — Expertise chimique. — Détermination des matières miné- rales banales. — Recherche des métaux et composés métalliques. — Dosage des matières minérales provenant du sot des lieux habités. — Dosage des substances qui passent pour des signes de fermentation dans l’eau. — Ammoniaque. — Acide nitreux. Nitrites. — Acide nitrique. Nitrates. —' Acide carbonique. — Oxygène. — Dosage des matières organiques. Expertises sommaires. — Exper- tise bactériologique. — Numération des microorganismes. — Distinction des espèces. — Expériences sur les animaux. Corrections de l’eau Correction de la température. — Aération. — Traitement chimique. — Ébullition. — Distillation. — Décantation. — Filtration : centrale, à domicile. — Filtres au fer spongieux; — au charbon; — en porcelaine poreuse; — à l’amiante. Approvisionnement d’eau Nature et étendue des besoins. — Rendement de la collection d’approvisionnement. — Provenance de l’eau d'approvisionnement. — Eau de source; — souterraine; — de drainage; — des galeries filtrantes; — fluviale ou lacustre;— de bar- rage; — de pluie ; — de mer. — Travaux de colléetionnement et de distribution. — Réservoirs. — Conduites d’amenôc. — Conduites et tuyaux de distribution. — Les tuyaux de plomb au point de vue sanitaire. — Amélioration des tuyaux de plomb. — L’e in à la maison. Chapitre III. — DE L’ATMOSPHÈRE Air et atmosphère. Éléments normaux de l’atmosphère Oxygène et azote. — Acide carbonique. — Vapeur d’eau : Recherche de l’humidité atmosphérique. — Oscillations de 1 humidité do 1 air. Circonstances qui influent sur l’humidité. —Applications sanitaires. — Dosage de 1 acide cai bonique de 1 air. Éléments accidentels de l’atmosphère A. Éléments accidentels gazeux. — Ammoniaque. Acides nitreux et nitrique. Impuretés gazeuses. — B. Éléments accidentels solides. Poussières atmosphé- riques. — Provenance, suspension, quantité. — Rôle étiologique des poussièies. — Les microorganismes du l’air. — Richesse de 1 air en microorganismes . Air libre, altitude moyenne; —air des espaces limités; — des hauteurs, air marin. — Nature des microorganismes de l’air. — Applications étiologiques, générales, — particulières. — Recherche des microorganismes de l’air (Procédés de Miquel, de Hesse, de Pétri). Pages. Propriétés physiques de l’air. Météorologie 337 Température de l’air. — Circonstances qui influent sur les températures locales : latitude; — altitude; — voisinage des eaux. — Moyennes thermiques. R'de sanitaire de la température atmosphérique.— Influence de la chaleur : — modifi- cations physiologiques; —accidents; — maladies et aptitudes morbides. In- fluence du froid: — modifications physiologiques; accidents; maladies du lroid, aptitudes morbides. — Influence comparée de la chaleur ou du froid. Humidité. Précipitations atmosphériques. — Moyennes udométriques. — Régime des pluies. — Influence sanitaire de l’humidité. — Influence des pluies, du brouillard, — de l’humidité ou de la sécheresse de l’air. — Évaporation et éva- porométrie * 369 Vents. Anémométhie. — Marcho et vitesse du vent. — Influence sanitaire du vent. — État du ciel. Nébulosité. Luminosité. — État électrique. — Influence sani- taire de l’électricité. — Fulguration.. 380 Pression atmosphérique. — Variations barométriques de peu d'étendue. — Dépres- sion en pays de montagnes. — Variations barométriques de grande étendue. — Grandes dépressions. Altitudes. Aôrostation. — Nature et causes du mal des altitudes. — Prophylaxie. — Habitants des hauteurs. — Thérapeutique par l’air raréfié. — Compression à plusieurs atmosphères. — Travail dans l’air comprimé. — L’air comprimé en thérapeutique 389 Les climats. — Division. — Climats français. — Influences biologiques des climats. — Le climat, modificateur physiologique. — Acclimatement. — Conditions d’ap- titude à l’acclimatement. — Le climat, modificateur étiologique. — Lo climat, modificateur thérapeutique 409 «Chapitre IV. — DES ORGANISMES INFÉRIEURS 427 Morphologie et rôle spécial des microorganismes 427 Champignons proprement dits. Moisissures. — Actinomycète. — Myxomycètes. — Saccharomycètes. Levures. — Schizomycètes ou bactéries. .Microcoques. — Microcoques pathogènes pour l’homme; — pathogènes pour les animaux;—Saprophytes 440 Bacilles. — Bacilles pathogènes pour l’homme; — pathogènes pour les animaux; — Saprophytes ou indifférents 444 Spirilles. — Spirilles pathogènes ;—Saprophytes ou indifférentes 461 Physiologie générale des microorganismes 46f> Nutrition des microorganismes : Moisissures, levures, schizomycètes. — Produits de l'activité nutritive des microorganismes. — Excrétions, sécrétions. — Pto- maïnes. — Ferments et fermentations. — Action pathologique des microorga- nismes. — Les divers modes do l’action pathogène des microorganismes. — Portes d’entrées. — Résistance de l’économie. Défense contre les microorganismes 479 Immunité—naturelle, — acquise. Atténuation des virus. — Vaccinations.— An- tisepsie et désinfection. — Désinfectants. — Agents mécaniques ou physiques. — Étuves — à air chaud, à vapeur. — Antiseptiques proprement dits. — Sels de mercure; — chlore, brome, iode; — iodoforme, — sulfate de cuivre; — sulfate de fer; — acides azotique, sulfurique, salicylique, phénique, sulfureux; chaux; — naphthol. — Applications. •Chapitre V. — DF.S ABRIS ET DU VÊTEMENT .-,08 Choix et préparation du sol des habitations r>08 Degrés de convenance du sol. — Assèchement et blindage du sol;— par le drai- nage; par les égouts; — par construction; — Éloignement de l’air du sol. Construction. 5^ Matériaux de construction. — Porosité et perméabilité des matériaux. — Matériaux en particulier. Structure des parois. — Murs. — Planchers et plafonds. — Matériaux d entrevous. — Rovôtcment des murs. — Tentures et tapisseries. — Les Microorganismes sur les parois. — Les fenêtres. — La toiture. — Habita- tion des maisons neuves. Distribution des locaux et dépendances 635 Pages. Caves et sous-sols. — Rez-de-chaussée. — Étages. — Destination des pièces. — Cuisine, cabinet de travail, chambres à coucher. — Paliers, corridors, escaliers. Cabinets d’aisances. — Annexes de l’habitation. — Orientation. — Rapports des pièces entro elles.— Groupement des habitations. — Voisinage. — Variétés et formes des habitations. L’habitation, milieu respiratoire 555 Source et nature des altérations de l’air. Cubage de place. — Ventilation. — Règles générales. — Ventilation naturelle. — Ventilation artificielle : — par appel. — Aspirateurs, ventilateurs, cheminées ventilatrices, poêles ventilateurs. — Appel thermique et chauffage à l’eau ou à la vapeur. — Ventilation par appel mécanique. — Ventilation par propulsion. — Ventilateurs à eau. — Ventilation par l’air comprimé. — Ventilation par l’éclairage. — Appréciation et indications des divers systèmes. — Mesure des courants de ventilation. — Anémomètres. L'habitation, milieu thermique G10 Du chauffage. — Principes généraux. — Matériaux de chauffage. — Action et mode du chauffage. — Rapports du chauffage avec la ventilation. — Systèmes et appareils. — Chauffage local. — Cheminées.— Poêles. — Poêles mobiles. — Poêles à double enveloppe. — Appréciation générale. — Chauffage central. — Chauffage par l’air chaud. — Chauffage à l’eau chaude. — Chauffage par la vapeur. — Chauffage mixte par l’eau et la vapeur. — Contrôle du chauffage. — De la réfrigération. Éclairage des habitations 664 Éclairage naturel. — Éclairage artificiel. — Matières éclairantes. — Le suif, la cire, la stéarine, les huiles grasses ou volatiles, le gaz d’éclairage. — Compa- raison des diverses matières éclairantes. — Appareils d’éclairage. — Salubrité et assainissement de l’éclairage artificiel. — Les fuites de gaz. Prophylaxie. — Éclairage électrique. Éloignement des immondices 696 Les foyers de souillure dans la maison. — Les excrétions humaines. — Les or- dures ménagères. — Les eaux ménagères. — Rôle étiologique de la malpro- preté domestique. — Le poison fécal. — Maladies de malpropreté domestique. — Origine fécale de la fièvre typhoïde; — du choléra; — de la diphthérie. — Procédés d’éloignement des immondices. —Abandon. — Systèmes à collection- nemenl. — Fosses fixes. — Fosses fixes avec séparation des gaz. — Désinfection des fosses. — Vidange des fosses. — Vidange pneumatique par le système Liernur. — Système Berlier. — Système Shone. — Système Amoudruz. — Système Gold- ner. — Vidange à. sec. — Fosses mobiles. — Système diviseur. — Évacuation immédiate. — Les systèmes de canalisation des immondices. — Canalisation à petite section. — Égouts unitaires. — Construction, dimensions, pente des égouts. — Bouches d’égout. Lavage et nettoyage des égouts. Déversoirs de trop-plein. Ventilation des égouts. — Conduites de maison. — Nature des immondices qu’on peut admettre à l’égout. — Eaux et atmosphère des égouts. — Influence sanitaire des égouts. Évacuateurs et intercepteurs. — Principes. — Les siphons ou intercepteurs. — Enlèvement des ordures ménagères. — Eaux d’éviers, de toilette, de baignoires. — Drainage des matières excrômentitielles. — Appareils d’évacuation sur fosses. — Water-closets. — Chasses d’eau. — Contrôle de l’étanchéité du drainage do- mestique. — Destination finale des immondices. — Utilisation immédiate par l’agriculture. — Dépotoirs. Fabriques d'engrais. — Traitement chimique. Traitement mécanique. — Déversement aux cours d’eau ; — à la mer. — Épu- ration par le sol. Filtration, irrigation. — Influence sanitaire de la pratique des irrigations. — L’irrigation à l’étranger et en France. — Éloignement des im- mondices des animaux Vêtement ~')a But du vêtement. — Calorification. — Pouvoir émissif dos vêtements. — Réfrigé- ration par le vêtement. — Propriétés hygroscopiques des vêtements. — Propriétés lumineuses et électriques. —, Aération du corps par le vêtement. — Le vête- ment appareil do protection. — Provenance et préparation des matières vesti- mentaires. — Forme et adaptation du vêtement. — Vêtement de la tête; P: Chapitre VIII. — DE L’EXERCICE ET DU REPOS ]074 Modes de l’exercice j07g Exercices naturels. — La station. — La marche. — La danse. — La natation. La véhiculation. — Les jeux. — Exercices d’appareils spéciaux. — Gymnastique proprement dite. — Les divers procédés de la gymnastique. — Association de la gymnastique et de l’hydrothérapie. — Installation et fonctionnement du gymnase. — Enseignement de la gymnastique. — Sociétés de gymnastique et gymnases municipaux. — Formes de la gymnastique spéciale. — Escrime. — La rame. — L’équitation. — La gymnastique métier. Influence sanitaire de l’exercice jlOi Respiration. — Circulation. — Nutrition. — Nutrition musculaire. — Système nerveux. — Harmonie des formes. Le repos et le sommeil Les différentes formes du repos. — Le sommeil. 1113 DEUXIÈME PARTIE HYGIÈNE SPÉCIALE. Article 1. — HYGIÈNE SOCIALE 1119 Le groupe humain dans l’animalité 1119 Origines de l’homme. — Age de la pierre taillée; — de la pierre polie; — du bronze et du fer. — La race aryenne. Les groupes ethniques 1135 Ethnologie de la France. — Races fondamentales. — Races surajoutées. — Le peuple français actuel. — Aptitudes des races. — Aptitudes ethniques des Français. Démographie et Statistique 1137 Population statique. — Nuptialité. — Influence sanitaire du mariage. — Natalité. — Mortalité. — Influences qui règlent la mortalité. — Morbidité. — Valeur éco- nomique de la vie humaine. Article II. — HYGIÈNE DE L’ENFANCE 1149 Première enfance 1149 Le nouveau-né. — Alimentation de la première enfance. — Allaitement maternel; — mercenaire; — naturel par les femelles d’animaux; — artificiel. — Habitat. Soins généraux chez les nouveau-nés. — Les crèches. — Enfants assistés. — Les tours. Deuxième enfance 116(1 Sevrage. — Jouets d’enfants. — Ecoles maternelles. Article III. - LE GROUPE SCOLAIRE 1168 Les bâtiments scolaires 1168 La salle de classe. — Latrines scolaires. — Bains. Le mobilier scolaire 11*8 Tables-bancs. Matériel d’instruction 1186 Livres classiques. — L’écriture anglaise. — Matériel de gymnastique et de jeux. Pages. L’élève. Conditions normales ou pathologiques 11M Age. — Heures de classe. — Prédispositions morbides. — Maladies scolaires. — Prophylaxie générale. — Prophylaxie spécialo. — Inspection sanitaire des écoles. — Internats et externats. Article IV. — LE GROUPE RURAL 1203 Influence du sol. — L’air rural. — L'habitation rurale. — Alimentation des paysans. — Le travail rural. — Ignorance de l'hygiène. — Les maladies des paysans. — Médecine publique et assistance. Article V. — LE GROUPE URBAIN 1210 Villes. Définition. Topographie et construction 1210 Plan des villes. — Les rues. — Ruelles, passages, impasses. —Boulevards, places publiques, jardins. Sol des villes 1210 Protection du sol des villes. — Enlèvement des boues et ordures ménagères. — Latrines et urinoirs publics. — Excrétions humaines. — Eaux ménagères. Air urbain 1219 Protection de l’air des villes. Alimentation des villes 1221 Le pain. — La viande. — Abattoirs et tueries. — Halles et marchés. — Le lait. — Vacheries intra-urbaines. — Alimentation des ouvriers des villes. Propreté des personnes. 1224 Bains. — Lavoirs publics. — Assainissement des effets, tapis, literie. Vie urbaine 1224 La circulation dans les rues. — Foires. — Cales, brasseries, théâtres. — Eclairage des villes. — Accidents de rues. Secours. — Hospitalité de nuit. Les morts et les inhumations 1228 Dépôts mortuaires. — Inhumation. — Crémation. Démographie et pathologie urbaines 1231 Caractères de la population.— Nuptialité; — nationalité; — mortalité urbaines. Maladies, cause de la mortalité urbaine. Article VI. — LE GROUPE INDUSTRIEL 1235 Influences industrielles et prophylaxie générale 1235 Le milieu industriel. — Construction des ateliers. — L’air du milieu industriel. — Assainissement du milieu industriel. — Les instruments et le travail. — Les contacts. — Les substances objets du travail. — Le mouvement professionnel. — Les accidents de l’industrie. — Protection contre les accidents de l’industrie. L’ouvrier. Conditions physiques et morales 1247 Age, sexe, constitution, état moral. — Durée du travail. — Protection légale des ouvriers. — Travail des enfants. — Apprentissage. Hygiène générale des ouvriers 1257 Alimentation. — Habitation. Influence de l’industrie sur le milieu extérieur 1204 .Le sol. — L’air. — L’eau. — Établissements classés. Article VIL — LE GROUPE MILITAIRE OU MARIN 1282 Conditions propres aux soldats 1282 Age, dépaysement, changement do milieu, vie en commun. Règlementation de l’hygiène 1284 Casernes. Baraques. Tentes. —Cantonnement. Bivouac. — Vêtements. — Ali- mentation. — Soins corporels. Morbidité et mortalité dans l’armée 1295 Maladies. — Mortalité militaire. — L'armée en expédition. La .MARINE 1301 Le navire, les conditions de la vie nautique, les voyages. Article VIII. — LE GROUPE DES DÉTENUS 1305 Conditions spéciales 1395 Conditions physiques, — morales. Conditions d’hygiène des prisons 1306 Abri; — literie. — Vêtement. — Propreté corporelle. — Alimentation. — Travail. — Punitions. — Soins en cas de maladie. Systèmes pénitentiaires 1312 Détention en comrpun, système d’Auburn; — des classes; — cellulaire; — irlan- dais ; — déportation. Article IX. — LES MALADES ET LES MALADIES 1315 Le malade à, domicile 1315 Le malade à l’hôpital 1316 Les hôpitaux. — Emplacement et construction. — Locaux. — Salles. — Les hô- pitaux spèciaux. — Maternités, hôpitaux de contagieux; — d’enfants; — mili- taires; — maisons de santé. — Asiles de convalescents. — Hospices marins. — Dispensaires. Les malades vis-à-vis des individus sains ' 1332 Protection contre les contages. • Infectieuses indigènes ] 333 Varioleux; Prophylaxie : Isolement des varioleux; — vaccination et revaccina- tion. — Rubéoleux et Scarlatineux. —Diphthéritiques. — Typhiques et lypboi- sants. — Septicémiques. — Syphilitiques. Infectieuses exotiques 1346 Peste. — Fièvre jaune. — Choléra. — Prophylaxie internationale. Les zoonoses 1356 Rage. — Morve. TROISIÈME PARTIE ORGANISATION DE L’HYGIÈNE PUBLIQUE. Organisation et législation sanitaires en divers pays 1362 France. — Hygiène publique à l’intérieur. — Organisation spéciale. — Adminis- tration sanitaire départementale. — Organisation sanitaire municipale. — Or- ganisation sanitaire extérieure. — Police sanitaire des animaux 1364 Angleterre 1379 Belgique 1387 Allemagne. ' 1389 Autriche 1393 Italie • — 1393 Hollande 1394 Suisse 1395 États-Unis 1396 Table alphabétique 1399 FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. \ / NOUVEAUX ÉLÉMENTS D’HYGIÈNE INTRODUCTION CARACTÈRES ET PORTÉE DE L’HYGIÈNE. Définition. — Le mot Hygiène, dans le temps actuel, a quelque peu dévié de son sens littéral et primitif. Comme l’indique l’étymologie ('Yytrjç, sain; Cytecvci;, salubre; rx vyisivâ, les choses salubres, les préceptes de l’hygiène), les anciens l’entendaient d'un état qui était toujours bon et de conditions avantageuses qu’il n’y avait qu’à démêler et à choisir au milieu d’un vaste ensemble, comportant à la fois des circonstances favorables et d’autres nuisibles. On dit encore vulgairement d’une maison, d’une ville, que « l’hygiène y règne ou en est absente » ; et c’est par abus de langage qu’on distingue une bonne et une mauvaise hygiène; distinction, du reste, que l’on applique aussi à la santé. Jusqu’au commencement de ce siècle, le choix des conditions naturelles les plus heureuses a constitué la meilleure part du domaine de l’hygiène ; les grandes créations d’assainissement ne faisaient, pour ainsi dire, que les copier. A mesure que se développaient les sciences physiques et naturelles et avec elles la médecine, on s’est habitué à analyser l’influence des agents extérieurs sur l’homme et à étudier la modalité des phénomènes physiques ou même biologiques, mais s’accomplissant toujours en dehors de lui, qui paraissent l’impressionner d’une façon utile ou nuisible, déterminer son état de santé ou de maladie. On en a conclu à de certains actes, par lesquels l’homme tente de régler au mieux des intérêts de sa propre conservation le mode des phénomènes extérieurs; à de certaines pratiques, au moyen desquelles il atténue ou élude l’influence des milieux qui l’entourent et le pénètrent, lorsque celle-ci devient compromettante pour la vitalité de l’in- dividu ou de l’espèce. Aussi les Allemands substituent-ils parfois la péri- phrase : « soin de la santé » (Gesundheilspflege) à la vieille expression galénique, hygiène, que nous conservons ici, parce que le sens des mois suit toujours les modifications du caractère des choses. Il ressort de là que l’hygiène se sépare absolument des sciences physi- ques et naturelles, tout en paraissant embrasser les mêmes objets. Les premières, en effet, étudient le sol, l’air, l’eau, les êtres vivants, pour eux- mêmes ou au point de vue économique, industriel, etc.; l’hygiène ne les envisage que .comme modificateurs possibles de la vitalité humaine. Elle se distingue, du reste, également de la physiologie, de la pathologie et de toute autre branche delà médecine, en ce que le champ de son étude est essentiellement extérieur ; tandis que les sciences médicales, ses sœurs, poursuivent par-dessus tout les phénomènes internes. En d’autres termes, elle est autonome. Aussi croyons-nous pouvoir la définir : la science des rapports sanitaires de l'homme avec le monde extérieur et des moyens de faire contribuer ces rapports à la viabilité de l'individu et de l'espèce. Celte science n’est pas faite, sans doute; mais elle a un bon commence- ment et, depuis une dizaine d’années, on aperçoit si clairement un certain nombre des rapports qu’elle recherche, que ces rapports vont devenir des furmules invariables, des lois. Quelle est, d’ailleurs, la science qui n’ait plus rien à découvrir? Phases historiques «le l’hygiène. — L’hygiène, soit comme ensemble de connaissances, soit sous forme d’actes protecteurs, a toujours suivi la marche de la civilisation dans les familles humaines; elle en a traduit les oscillations et le caractère. En outre de l’aspect signalé au début, elle a été nationale, ou plutôt par- ticularité, dans les sociétés antiques, qui vivaient d’égoïsme. Le bien-être et même la vie des individus étaient souvent sacrifiés à l’intérêt social. L’ygiène des Juifs et celle des Spartiates sont m arquées de cette empreinte jusqu’à la cruauté. Sparte honorait la frugalité et avait raison, encore que cette vertu puisse ne pas aller jusqu’au brouet noir; mais elle interdisait a chaussure aux jeunes gens, le bain chaud aux hommes, réduisait la femme au rôle de fabrique de guerriers et exterminait odieusement les faibles. Chez les Juifs, la circoncision était un acte de culte et un symbole de consécration plutôt qu’une pratique d’hygiène; à vrai dire, il est impru- dent de la présenter comme une mesure de salubrité, car l’utilité en est contestable, tandis que les dangers en sont évidents. Moïse interdisait la viande de porc et celle de quelques autres animaux (Deutéronome, chap. xiv), en alléguant des motifs d’histoire naturelle, sur lesquels la malignité de Voltaire n’a pas eu de peine à s’exercer. 11 y avait, sans doute, au fond, des raisons plus sérieuses, par exemple le parasitisme (cysticerques, trichine?) auquel le porc est sujet; il n’en reste pas moins que la prophylaxie par simple prohibition est médiocre, et qu’il eût été plus sage de ne pas fermer aux pauvres gens une source puissante de matière azotée, alors qu’il suffi- sait de prescrire la propreté dans l’élevage des animaux et la cuisson par- faite des viandes. En réalité, il ne s’agissait là, apparemment, que d’une de ces précautions ingénieuses, sur lesquelles renchérirent plus tard les pha- risiens (isoleurs), prises en vue d’empêcher à jamais la fusion du peuple juif avec les nations voisines. Dans le même ordre d’idées, l’hygiéniste théocratique défendait au peuple élu de manger d’une bête morte, mais recommandait d’en donner ou même d’en vendre la chair aux étrangers de passage. Quant à la prophylaxie des maladies contagieuses, on n’a pas imaginé de quarantaine aussi vexatoire que celle qu’il imposait aux lépreux. Dans d’autres cas, il faisait massacrer les malades ou môme ceux qui étaient soupçonnés de l’être, comme il arriva des filles Madianites, à Sittim, et de leurs amants. La tradition de cette désinfection radicale s est heureusement perdue. Athènes, la ville des arts, des lettres et du beau langage, amoureuse de la forme et idolâtre de la beauté, déroge notablement aux rudes habitudes de l’ancien monde. Elle eut la palestric/uc et Yoplomachie pour les hommes; mais elle réservait aux femmes Yemmélie gracieuse, ouvrait ses jardins aux infirmes et accordait aux esclaves les cynosages. La voirie y laissait pourtant à désirer et peut-être l’habitation; il n’y avaii ni latrines publiques ni égouts (Hermann Baas). Ces circonstances ont pu ne pas être indifférentes dans l’intensité effroyable de la peste de Thucydide (425 av. J.-C.), que l’on combattit d’ailleurs surtout par des prières publiques et des processions. On ne saurait oublier, pourtant, que la Grèce a produit l’auteur du livre De l'air, des eaux et des lieux, Hippocrate, ou les hommes que ce nom résume et qui avaient déjà entrevu la vaste triade sur laquelle reposent l’hygiène et l’étiologie. L’ancienne civilisation Indoue ne resta pas étrangère aux études ni aux institutions sanitaires. Le roi Pyiadasi, contemporain d’Antiochus II, deux siècles et demi avant notre ère, créait des hôpitaux et une organisation d’assistance publique. Il y avait une médecine et une hygiène des camps, nécessairement relevées de pratiques religieuses et d’astrologie. L’usage du bain était habituel; il ne lui manquait que de ne pas être, dans certaines circonstances, une prescription sacrée. Un voyageur du septième siècle rapporte que « les bouchers, les pêcheurs, les comédiens, les bourreaux et ceux qui enlèvent les ordures », étaient relégués en dehors des villes et villages. Suçruta poussa loin les études d’hygiène alimentaire. Malheureu- sement, le boudhisme devait faire verser dans le végétarianisme ce peuple immense de l’Inde, aujourd’hui bien tombé et qui semble être une preuve qu’il est utile à l’homme d’introduire dans son régime la chair des animaux. Rome, fille de brigands, qui ne se distinguait d’abord que par une gymnastique guerrière et barbare, prit l’hygiène aux Grecs et les dépassa de beaucoup, sous le rapport des créations d’utilité publique. Ses rues dallées, ses vastes égouts, ses aqueducs, ses thermes, son énorme appro- visionnement d’eau, son organisation d’hygiène municipale, surtout en ce qui concerne l’alimentation des habitants de l’immense ville, ont trop mis en relief l’orgueil et la richesse des grands personnages en même temps que l’avilissement du peuple. Cependant, il y avait là des enseignements d’as- sainissement urbain qui ne devaient pas être perdus. Cette grande civilisation allait s’écrouler sous la double invasion des barbares et du christianisme. L’hygiène parut sombrer avec elle, et l’huma- nité entra pour quelques siècles dans une phase d’engourdissement qui fait songer à l’état de chrysalide par lequel passent certains insectes. L’Église prêchait le renoncement aux biens terrestres, dont la santé fait partie; condamnait les bains, dont les payens avaient effectivement mal usé, et sanctiûaitla malpropreté volontaire. Elle ouvrait, sans doute, des asiles et des hôpitaux; mais sans souci de l’hygiène intérieure et uniquement pour cloîtrer la misère et la souffrance, comme on se cloîtrait partout et jusque dans le château féodal. Ce furent les grands jours des feux sacrés, de la famine, de la lèpre, du typhus probablement et de la peste, et aussi de ces folies lubriques des processions de femmes demi-nues, de flagellants et autres, qui cherchaient à éloigner les fléaux à la façon des bacchantes du temps de Thucydide. Dieu et le diable résumaient toute l’étiologie, avec quelques conjonctions d’astres sur lesquelles ceux qui en parlaient étaient tout aussi renseignés que sur les génies du bien ou du mal. Cependant l’homme se fatigue, à la fin, de regarder dans le vide, et il fallut bien qu’un jour, sous les coups successifs de la lèpre, de la peste noire, de la syphilis, les gouvernements et les peuples se décidassent à se défendre par des moyens terrestres. On commença par isoler les lépreux; les rois lombards, au septième siècle, leur interdirent le mariage. Le roi Dagobert, en 630, frappait d’amende la souillure des puits, et Charlemagne réglementait le commerce des denrées alimentaires, qui a toujours attiré les voleurs. L’empereur Frédéric II, en 1224, était obligé de nouveau de protéger l’alimentation publique et l’intégrité des milieux. La peste noire fut l’occasion de la création, à Venise, des provéditeurs de santé (1348) et de la pratique des quarantaines, à Milan, Reggio, Majorque. Les papes, tout au long du moyen âge, avaient multiplié les ordonnances et les mesures de police concernant la prostitution, dont ils percevaient d’ailleurs la taxe, absolument comme les empereurs de Rome. On conçoit que ce fut un redoublement de réglementation, à l’époque où la syphilis manifesta sa réviviscence aiguë de la fin du quinzième siècle. L’arrêté du Parlement de Paris, du 6 mars 1496 est resté célèbre ; aux termes de cet arrêté, les malades (syphilitiques) étrangers à la ville devaient en sortir dans les vingt-quatre heures, sous peine d’être pendus, et se rendre soit dans leur pays natal, soit où bon leur semblerait. L’hygiène municipale aussi était particularité ; on protégeait sa ville, mais l’on dispersait volontiers les fléaux sur les voisins. Maximilien Ier, Jacques IV d’Angleterre, le pape Alexandre VI, poursuivaient, de leur côté, la même prophylaxie. Néanmoins les villes restaient matériellement encombrées, étouffant dans leurs murailles, avec des rues tortueuses, sans pavé (Francfort eut la première rue pavée en 1399), étroites et sombres, chargées des excrétions des hommes et des animaux. Des ruelles ignobles, entre les maisons, rece- vaient les ordures ménagères et d’autres immondices. L’eau était fournie par de rares fontaines et par des puits; on ne connut pas le savon avant l’an 1000, et l’on fut plus longtemps à apprendre à se servir de mouchoirs de poche. A Paris, en 1533, on dut encore prescrire sous peine d’amende l’installation de cabinets d’aisances dans les habitations. Antérieurement, on avait usé de la rue eL des ruelles et, jusqu’au dix-huitième siècle, on vit les soldats et les bourgeois s’aligner le long des maisons pour uriner. Cette coutume n’est pas encore déracinée en province. Au commencement du dix-huitième siècle, lady Montague (1721) rappor- tait d’Orient en Europe Y inoculation variolique; Itamazzini (1701) écrivait son traité De morbis artificum; Frédéric Hoffmann (1713), John Howard, Pringle, Hufeland, Gardanne, Tissot, le statisticien J.-P. Süssmilch, inscri- vaient à des titres divers leur nom parmi les promoteurs de l’hygiène moderne. La Société royale de médecine se fondait, à Paris, en 1776, et Jean-Pierre Frank publiait (1778) son « plan d’une organisation de police sanitaire com- plète » (System einer vollstandigen medicinischen Polizeij), que les Allemands regardent, avec raison, comme une date historique. C’étaient là des précurseurs, hommes éclairés, qui participaient à la pré- paration du grand mouvement humanitaire sur le point de s’accomplir, et dont la voix en d’autres temps n’eût peut-être pas eu beaucoup d’écho. Mais la Révolution française éclata sur le monde. C’en était fait de l’arbi- traire, des familles privilégiées, des castes dirigeantes, des aumônes du couvent et des largesses royales ou patriciennes, qui avaient fait payer quelque élégance extérieure et quelques générosités de surface par une misère parfaite dans les. couches profondes du peuple. Désormais il n’y avait plus seulement une nation personniüée dans son chef et des institu- tions sociales abstraites; chaque membre de ce grand corps recouvrait une individualité, devenait un citoyen et, comme tel, acquérait des droits égaux à ceux de toute autre personne dans l’unité nationale. Parmi les « droits de l’homme » il était clair que le droit à la santé s’inscrivait de lui- même, et désormais l’hygiène devenait individuelle, hvmaine; elle reposait sur le respect dû à la dignité de l’homme libre et sur la reconnaissance de sa valeur, véritable capital d’intelligence et de travail. Il n’est pas besoin de dire ici qu’aucun peuple n’a échappé à ces principes nouveaux qui, au fond, n’étaient que la vérité retenue prisonnière jusque-là, et que l’essor des institutions dirigées vers le bien-être et la santé publics a eu ce point de départ, même chez les nations qui ne s’en doutent pas ou n’en convien- nent point. Nous ne serions pas surpris que l’Angleterre, dont les créations d’hygiène ont commencé le grand mouvement qui se continue aujourd’hui sur le continent, ait cédé d’abord à cette impulsion, tout en comprenant la dignité individuelle et la valeur de la vie humaine suivant ses habitudes utilitaires. C’est l’intérêt des pauvres et celui des ouvriers qui a décidé le pouvoir central à faire, en 1834, par la création des Commissaires de la loi des pau- vres, la première brèche au selfgovernment municipal ; à multiplier, depuis 1844, les lois relatives aux constructions, aux bains et lavoirs publics, à l’approvisionnement d’eau des villes, à l’assainissement urbain ; à fonder le Registrar general sous la direction de W. Farr ; enfin, à promulguer la première loi sanitaire (public heallh Ad 1848) et à créer le general Board of health ou Administration sanitaire gouvernementale, à la tête de laquelle fut longtemps Edwin Chadwick, l’homme du monde qui a le plus énergiquement donné à l’hygiène le caractère d’une science écono- mique et sociale. Cette direction centrale, que ses administrés trouvaient un peu rude, a disparu et fait place, en 1871, au local Government Board, dont nous reparlerons. Mais le caractère de l’hygiène anglaise n’a pas changé. En France, la première République et l’Empire, qui la renversa, furent trop agités au dedans et au dehors pour procéder aux réalisations d’hygiène qu’exigeait l’ère nouvelle. Portons cependant à l’avoir du régime impérial le décret du 15 octobre 1810 sur les Etablissements insalubres, dangereux ou incommodes. 11 est assez remarquable que, dès cette époque, contraire- ment à ce qui se passait en Angleterre, un certain nombre de communes françaises prévenaient et suppléaient l’organisation sanitaire centrale. Paris eut son Conseil de salubrité dès 1802. Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Troyes, Rouen, Bordeaux, ne tardèrent pas à imiter la métropole. Il y eut même, en 1822, une tentative de centralisation par la création d’un Con- seil supérieur de santé, rattaché au ministère de l’intérieur, en même temps que l'on organisait les Intendances et les commissions sanitaires pour le littoral (loi du 3-9 mars 1822). Lorsque, en 1848, le peuple rappela au pouvoir, qui s’efforçait de les oublier, les conquêtes de la Révolution, il y eut un effort considérable vers une organisation définitive de l’hygiène publique en France. Le caractère du Comité consultatif d'hygiène publique (10 août 1818) et celui des Conseils d’hygiène et de salubrité (18 décembre 1848) ne furent pas absolument ce qu’eût voulu Royer-Collard, dont les vues très libérales et très pratiques semblèrent trop larges à de certains esprits. Néanmoins, c’était un grand pas de fait et, vraisemblablement, les institutions existantes pourront atteindre à de grands résultats, lors- qu’elles auront la cohésion nécessaire et qu’elles seront doublées d’agents d’exécution spéciaux, avec une direction médicale à leur tête. Il n’est que juste de reconnaître la part qu’ont prise au développement de l’hygiène, scientifique ou pratique, par la parole ou par le livre, nos illustres devanciers : Hallé, Desgenettes, Parent-Duchâtelet, Rostan, Londe, Michel Lévy, Tardieu, Bouchardat. D’autres, heureusement, sont encore sur la brèche. Nos contemporains ont adopté, pour l’hygiène et d’autres spécialités, un procédé qui n’a pas peu contribué à provoquer un vaste mouvement, à vul- gariser les notions utiles et à y intéresser le public, â savoir, les Congrès nationaux et internationaux, habituellement accompagnés d’une Expo- sition, qui matérialise les préceptes. D’ailleurs, l’expansion moderne de toutes les sciences physiques et naturelles a bénéficié à l’hygiène ; la physique, la chimie, la physiologie, lui ont rendu tant de services qu’elles ont semblé parfois l’absorber ; aujourd’hui, c’est le tour d’une science encore jeune, mais déjà riche de faits, la bactériologie. Mais l’absorption de l’hygiène n’est pas à redouter; s’il arrivait que quelqu’un l’identifiât avec l’une des sciences qui ne sont que ses moyens, l’hygiène romprait d’elle-mêmc ce cercle étroit, par la complexité des études qu’elle embrasse. Nous retrouvons encore, à l’époque actuelle, en France, l’initiative mu- nicipale complétant le mécanisme administratif de l’hygiène publique par l’atcion des bureaux d'hygiène (le Havre, Nancy, Reims, Amiens, etc-), imités de ceux de Turin et de Bruxelles. L’autonomie municipale, sur le terrain de l’assainissement urbain, n’a d’inconvénients que quand on en profite pour ne rien faire. En fin de compte, l’Europe entière et le Nouveau-Monde sont entrés dans la même voie. 11 est même des nationalités jeunes, ou récemment sorties d’un long sommeil, qui d’emblée ont fait mieux que la France et que l’Angleterre, tant au point de vue de l’organisation sanitaire que sous le rapport des grands travaux d’hygiène publique. Nous n’avons pas de peine à le reconnaître et ne trouvons pas mauvais qu’elles s’en vantent. Il est plus difficile de remettre sur pied un vieil outillage, et surtout de le remplacer, que d’en installer un tout neuf, là où il n’y avait rien et que l’on peut pro- fiter des écoles des autres. Le mal ne commencerait que le jour où nous prendrions notre parti d’être devancés par l’étranger. Mais ce jour ne se lèvera pas; le peuple qui a toujours été à la tête de la civilisation peut mesurer sans faiblesse la distance qu’il faut regagner et marcher avec con- fiance vers l’avenir nouveau. L’Allemagne unifiée, montrant avec un légitime orgueil les travaux d’as- sainissement de Berlin, Danzig, Breslau, Francfort-sur-Mein, poursuit l'é- volution de son organisation sanitaire sous la surveillance de l’Office impérial de santé (Reichsgesundheitsamt), créé en 1875. Elle a passé comme une grande revue de ses forces, dans ce cadre pacifique, à l’Exposition de Ber- lin (1883). Les États-Unis d’Amérique, où les bureaux sanitaires d’États (State Boai'd of kealth) ont déjà une remarquable activité, se sont donné un organe central d’administration sanitaire, le National Board of heallh (3 mars 1879). Le gouvernement italien vient de créer (juin 1887) la pre- mière direction de la police sanitaire d’un grand État et l'a confiée à un professeur d’hygiène, L. Pagliani (Y. IIIe Partie. Législation sanitaire). Dans l’ordre de l’enseignement et des recherches, l’Allemagne a carré- ment mis l’hygiène sur le même pied que les autres sciences médicales en lui élevant des Instituts dans ses universités (Munich avec Pettenkofer ; Berlin avec II. Koch; Gœttingen — aujourd’hui Breslau — et C. Fliigge; Ilostock et J. Uffelinann, etc.). C’est là un levier d’une extrême puissance. Nous ne manquons pas, en France, d’établissements et de laboratoires dans lesquels on poursuit de fructueuses recherches d’hygiène, à des titres divers. Mais ces moyens sont un peu épars, ces foyers presque étrangers 1 un à l’autre et n’obéissant pas à la même pensée. Le jour est prochain, sans doute, où l’Université de France, quoique gardienne des traditions, accomplira aussi ce progrès, d’outiller les chaires d’hygiène pour des travaux pratiques. Les maladies évitables. — John Simon, en 1858, relevant la mortalité de 023 districts d’Angleterre et du pays de Galles, constatait une mortalité moyenne de 22.4 p. 1000; mais remarquait que, dans 54 d’entre eux, la proportion obituaire n’était que de 15 à 17 p. 1000. Or, à cette date, si tous les individus n’avaient succombé qu’à la vieillesse, soit à l’âge de qua- tre-vingts ans, la mortalité n’eût été que de 12.5 p. 1000. La différence a donc été fournie : 1° par des maladies évitables, celles qui ont porté de 15 ou 17 à 22.4 ou au delà la mortalité de la plupart des districts; 2° par des maladies inévitables, celles qui ont fait que les districts favorisés ont eu cependant 15 à 17 décès p. 1000, au lieu de 12.5. L’honorable Medical Of- ficer range parmi ces maladies, non évitables : les malformations, la fai- blesse native, les accidenls, les maladies contagieuses des enfants, les maladies de misère eL celles qui proviennent de l’hérédité. Or, à coup sûr, il en est déjà beaucoup, parmi celles auxquelles John Simon se résigne si bénévolement, qui sont parfaitement évitables : les maladies contagieuses des enfants ne diffèrent pas sous ce rapport des contagieuses des adultes, qui sont précisément très évitables par la désin- fection et l’isolement. Quant à la faiblesse native, les malformations, elles se confondent avec l’hérédité, si l’on veut bien se souvenir qu’un géné- rateur malade ne lègue pas toujours à sa descendance exactement la même forme morbide qui avait été sa caractéristique pathologique; il y a des transformatioms, quelquefois très inattendues. Mais, outre que l'hérédité ne s’exerce pas toujours fatalement et que nous disposons de moyens propres à lutter contre les tendances morbides, nous pouvons couper court à l’hérédité dès le début, en empêchant l’héritage funeste de se constituer. Que nous arrivions à déraciner la syphilis et l’alcoolisme, maladies essentiellement évitables, et il est probable que beaucoup de difformités et de maladies nerveuses disparaîtront, qui n’étaient que du transformisme héréditaire. L’hygiène ne prétend pas donner à tous l’abondance et les loisirs; mais elle cherche la meilleure réglementation du travail, la pro- tection des ouvriers, l’intégrité des substances alimentaires; elle entend que l’air et le soleil pénètrent dans l’atelier, dans l’habitation du plus pau- vre ; que les immondices en soient éloignées exactement et sans retard; qu’il n’y entre qu’une eau sans soupçon. Plus elle approchera du but, plus rares se feront aussi les accidents et les maladies de misère, le lymphatisme, le rachitisme, la scrofule, l’anémie, les dégérescences. Ces réflexions s’appliquent encore pour une part à la scrofule, môme lorsqu’elle n’est autre qu’une tuberculose réelle, et à la tuberculose elle- même, le plus meurtrier de tous les fléaux, puisqu’elle entraîne, rien que par phthisie pulmonaire, pour 100,000, habitants, 216 décès à Londres, 326 à, Berlin, 360 à Bruxelles, 422 à Paris, 425 à Lille, 695 à Vienne, 776 à Budapest. Naguère, on pouvait encore supposer que la phthisie est l’abou- tissant banal de toutes les causes de dépression, mauvais air, mauvais ali- ments, excès divers, chagrins, tellement on la voit moissonner dans les groupes sur qui ces plaies existent en permanence. Aujourd'hui, la tuber- culose est une maladie parasitaire avérée et ne se propage que par infec- tion ; mais alors, comme les germes eh sont excessivement répandus et flottent dans l’air pour tout le monde, si ces germes se développent parti- culièrement chez les misérables, c’est que les causes banales, sans créer la tuberculose, lui sont une merveilleuse préparation. Or, l'hygiène a prise sur ces causes et reste, par conséquent, une sauvegarde, au moins relative, contre la phthisie. N’est-ce point ainsi que s’explique la diminution de la fréquence de la tuberculose à la suite du drainage du sol des lieux habités, constatée parBowditch, en Amérique, et par Cf. Buchanan, en Angleterre? Du reste, vis-à-vis des maladies infectieuses, dont la tuberculose fait partie, il y a des défenses plus positives que la soustraction du terrain aux germes, opération souvent difficile. De nos jours, on dispose de i iso- lement des malades, de la désinfection et de quelques vaccins. Les deux premiers moyens sont applicables à la tuberculose. Les maladies infectieuses qui, non compris la précédente, causent moyen- nement 5 décès pour 1000 vivants chez la plupart des nations euro- péennes, sont celles que l’on regarde comme le plus essentiellement évi- tables. C’est sur leur domaine, dans tous les cas, que se rencontrent les efforts de l’hygiène en faveur de l’homme, et son action sur les milieux extérieurs. A l’heure qu'il est, infectieuses et 'parasitaires sont des termes peu éloignes d’ètre synonymes, bien qu’il règne encore une profonde obscu- rité à l’égard du parasite de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la syphilis, de la'rage. Aussi les distinctions classiques entre les virus et les miasmes, entre Yinfection et la contagion, tendent-elles à perdre beaucoup de leur ancienne valeur, comme ne consacrant désormais guère plus que des vues de l'esprit. Les organismes inférieurs pathogènes ont de certaines lois communes et peuvent être classifiés, comme tous les êtres qui relèvent de l'histoire naturelle; mais leur individualité, qui fait précisément les ma- ladies distinctes, a plus d’importance que les traits communs. Il n’y a pas deux espèces morbides qui suivent exactement les mêmes lois. Nous con- serverons les trois classes suivantes, pour ne pas rompre encore avec le passé et jusqu’à plus ample information. a. Les contagieuses, dont l’homme régénère le principe ou germe et qui sont directement transmissibles. Exemple, la variole. b. Les miasmatiques, que l’homme subit, sans en régénérer le germe ni le transmettre (c’est déjà contesté). Type, la fièvre malariale. c. Les contagieuses-miasmaliques, dont les germes se développent et se multiplient chez le malade, mais ne peuvent, d’ordinaire, contaminer les individus sains qu’indirectement et après avoir passé par un milieu exté- rieur. Ce groupe, aussi, devient de plus en plus discutable. On y rattachait la fièvre typhoïde et le choléra, qui paraissent assez souvent susceptibles de transmission directe. Parmi les contagieuses, la variole, au siècle dernier, entraînait proba- blement 6 à 8 p. 100 de tous les décès (à Berlin et à Copenhague, 3 décès p. 1000 hab.) et aveuglait bon nombre des survivants. Or, c’est une ma- ladie parfaitement évitable. L'individu, pour s’en protéger, a la vaccine et la revaccinalion ; les sociétés ont la vaccination obligatoire, que l’Allemagne a promulguée et qu’elle applique avec une rigueur intelligente, alors que l’Angleterre ne sait pas s’en servir et que nos législateurs n’ont pas encore su nous la donner. Notre armée, où l’obligation existe et est prise au sé- rieux par les médecins militaires, n’a eu, en 1883 (la dernière année dont la statistique ait paru), que 371. cas de variole et 15 décès pour 436,000 pré- sents, soit 0,03 décès p. 1000 hommes. Si nos soldats n’étaient assaillis par les contages varioliques de la population civile environnante, qui, elle, n’est pas vaccinée et revaccinée avec la même exactitude, nul doute qu’ils ne fussent aussi indemnes que l’armée allemande où, pour les deux années 1880-1881, il n’y a eu que 30 cas de variole. Contre la variole et aussi contre la rougeole, la scarlatine, la diphtérie, les groupes disposent encore de l'isolement des malades, des hôpitaux spé- ciaux, de la désinfection des locaux et des effets. Un jour peut-être, chez les nations civilisées, l’individu qui, par sa faute, aura été l’origine d’un foyer épidémique sera responsable et pourra être poursuivi judiciairement. Enfin, il n’est pas dit que l’on ne trouvera pas un vaccin, ou quelque chose d’approchant, pour d’autres contagieuses que la petite-vérole. Déjà, Pas- teur diminue considérablement les cas de rage humaine à l’aide d’inocula- tions préservatrices, qui sont pourtant faites, parce qu’il s’agit de l’homme, dans des conditions défavorables, c’est-à-dire après l’introduction, chez les sujets, du virus même qu’il faut combattre. D’autre part, et surtout vis-à-vis des maladies spécifiques des deux der- nières classes, les études d’hygiène ont établi que le milieu naturel de conservation et de multiplication des germes, infectieux et autres, ce sont les souillures du sol, de l’eau, de l’air, des habitations : la malpropreté ou la putridité, ce qui revient à peu près au même. On a, avec raison, qualifié de « maladie de malpropreté » (Filthdisease, Schmutzkrankheit) la fièvre ty- phoïde, cette plaie de nos grandes villes et de l’âge auquel l’homme touche à son plus grand rendement en travail. Eh bien ! nous savons comment le sol, l’eau et l’air s’infectent, et il est en notre pouvoir, dans de grandes limites au moins, d’empêcher ce résultat, qui est toujours le fait de la pré- sence de l’homme; de blinder, de drainer, d’assainir le sol; de prendre l’eau de consommation à des sources pures et d’en abriter les conduites et les réservoirs; d’épargner à l’air des rues et des maisons, par l'éloignement immédiat des immondices, les émanations putrides; d’éviter l’encombre- ment, de prévenir le confinement de l’air. Là où l’on a pris ces précautions (Londres, Bruxelles, Berlin, Danzig, Francfort-sur-le-Mein, Munich), la fièvre typhoïde a baissé dans des proportions énormes. Le choléra n’a pas reçu la même épithète que la fièvre typhoïde et la pa- thogénie en est encore indécise sur quelques points importants. Cependant, il a été évident pour tous que, dans la dernière épidémie (1884-1887), il visitait de préférence nos villes du Midi, trop indifférentes à l’intégrité des milieux, la Bretagne et la Vendée, qui partagent ces habitudes et, en Bre- tagne comme en Provence, les quartiers les plus sales, les plus encombrés, les plus négligés de chacune des villes atteintes. Nos hygiénistes officiels ont été absolument dans le vrai en condamnant d’abord les immeubles sordides, les fontaines souillées d’immondices, les collectionnements d’or- dures, et en réclamant l’assainissement urbain comme prophylaxie contre le choléra à venir. Il n’est pas téméraire de soupçonner que certaines villes d’Italie et d’Espagne, très éprouvées par le fléau, sont en situation de pro- filer des mêmes leçons. On ne perdra pas de vue que la propreté, l’objectif capital de l’hygiène, prévient à la fois la souillure spécifique et la souillure banale; empêche que l’on sème les germes pathogènes sur le sol ou dans les eaux, tout comme elle lutte contre la putridité vulgaire. Vis-à-vis des souillures spécifiques, l’hygiène a mieux que l’abstention, qu’il serait difficile d’obtenir rigou- reuse; elle poursuit les organismes infectieux eux-mêmes, et les tue ou les paralyse parles antiseptiques et les désinfectants. On commence il entrevoir le moment où ces moyens, appliqués aux na- vires, aux objets transportés et même aux passagers, en les aidant de la la surveillance médicale continue et du temps d’observation nécessaire, permettront de réduire beaucoup, sinon de supprimer les incommodes quarantaines d’autrefois, vis-à-vis du choléra, dont la provenance est d’a- bord exotique, et vis-à-vis d’autres infectieuses affecLant les mêmes allures [peste, fièvre jaune, etc.). Les maladies des armées en campagne, jadis si meurtrières, sont entiè- rement susceptibles de la prophylaxie moderne. La démonstration en a déjà été faite d’une façon remarquable pour le typhus exanthématique. Ce fléau fournissait, en 1780, 5,000 malades aux hôpitaux de la marine anglaise ; il mourait 1 homme sur 8 dans la flotte entière. En 1830-36, il n’y avait plus qu’un mort sur 72 hommes, et le typhus des vaisseaux est devenu une rareté. Or, ç’a été un résultat voulu ; il a suffi de veiller à la propreté des navires et à l’aération des locaux occupés par les matelots. Le typhus des camps avait également maltraité l’armée française et anglaise de Crimée, dans l’hiver de 1854-1855; il épargna la seconde pendant la formidable recru- descence de 1855-1856. Celle-ci s’était donné des logements de troupes et des ambulances conformes aux règles de l’hygiène. En 1870-71, l’armée allemande, où l’hygiène est dirigée par les médecins, sut ne pas avoir le typhus, bien qu’elle possédât des Silésiens et des Polonais dans ses rangs. Elle réalisa, d’ailleurs, ce phénomène sans exemple jusque-là, d’avoir, pour toute la guerre, deux fois moins de morts par les maladies que par le feu. La mention des blessés de guerre amène naturellement à la pensée les infections traumatiques, infection purulente, pourriture d’hôpital, septicé- mies diverses, érysipèle, toutes complications évitables, naguère effroya- blement meurtrières, aussi bien dans les hôpitaux urbains que dans les ambulances, et aujourd’hui évitées, grâce à l'antisepsie chirurgicale, d’une façon si complète qu’elles vont n’être plus qu’un souvenir. D’ailleurs, en appliquant cette antisepsie non seulement au blessé et au pansement, mais à l’opérateur, à ses aides, aux instruments et aux locaux, la chirurgie ar- rive à guérir ou à traiter avantageusement des affections auxquelles les maîtres d autrefois n’osaient toucher et à inaugurer une médecine opéra- toire qui eût semblé un rêve à nos devanciers. Delà même manière ontélé supprimées les infections puerpérales. Pourtant la vie et la mort des animaux et des plantes accumulent une masse effroyable de substance usée, naturellement vouée à la décomposi- tion. Celle-ci ne peut s’accomplir que par des oxydations rapides ou lentes, cest-à-dire par des processus fort voisins de la fermentation et de la pu- tréfaction, si ce n’est la putréfaction elle-même. Faut-il chercher un moyen de supprimer cette loi de la nature? Nullement ; mais il importe d’en régler l’exécution. C’est d’abord le sol qui est le foyer normal de ces combustions organiques; il n’y arien de mieux que d’en user. Mais il ne convient point que la portion de sol choisie pour cet effet supporte des abris humains, et il importe que le sol soit aidé dans son rôle d’épurateur par le drainage, par l’aération que donne la culture, par la réglementation dans l’apport des détritus, par l’utilisation de la matière organique morte à la nourriture d’arbres, de céréales, de plantes fourragères. De telle sorte que cette autre loi ressorte immédiatement et dans toute sa vérité : que rien ne se détruit, mais que tout se transforme. A cette mesure, la malaria, qui prospère sur les sols abandonnés à leur activité propre, est une maladie évitable. On la réduit notablement en soustrayant l’eau à la putridité spéciale et spontanée du sol, à l’aide de canaux, du drainage systématique, des puits absorbants, dçs plantations d’arbres. C’est ainsi que l’Algérie est devenue habitable. En France môme, l’assainissement de la Dombe, de la Sologne, des Landes, montre tous les jours que la chose est possible et comment il faut s’y prendre. En dehors des maladies de la putridité, sont encore évitables toutes les maladies d'alimentation. Celles qui relèvent du parasitisme n’exigent que la diffusion des premières notions d’hygiène et une bonne police sanitaire sur le commerce des denrées, aidée de laboratoires municipaux d’analyse. L’étude et l’expérience ont suffisamment éclairé la question des viandes pu- tréfiées, charbonneuses, trichinées, de la viande et du lait tuberculeux, pour que les autorités sanitaires instituent des mesures de protection. L'ergotisme se fait rare, grâce à la diminution des terrains semés en seigle, grâce à de meilleurs procédés de culture, à la facilité des transactions, qui permet de restreindre l’usage de cette céréale sous forme de pain. En France, au moins, on ne consomme guère que du blé et de la meilleure qualité. Il faut bien que des améliorations analogues, avec l’assainissement du sol et, peut-être, certaines modifications daus l’état social, parviennent à éteindre la pellagre dans ce beau pays de Lombardie qu’elle désole encore. Le scorbut est tout à fait à notre merci ; on en connaît parfaitement l’ori- gine et le remède, et il ne faut qu’un peu de surveillance et de jus de ci- tron pour le prévenir. Sur 50,000 marins qui voyagent sous pavillon bri- tannique, il n’y a plus que 3 ou 4 scorbutiques par an. Quant à la famine et aux désastres qui en dérivent, la prophylaxie en est faite de plusieurs éléments dont beaucoup échappent aux sciences médicales pures. Mais l’hvgiène se montre ici comme un trait d'union entre les sciences biolo- giques et les sciences sociales; elle entrevoit la prophylaxie de la lamine dans le développement de l’agriculture, dans l’exercice des libertés pu- bliques, dans la liberté du commerce, dans l’acheminement des peuples vers la suppression de la guerre et l’effacement moral des familles qui font la guerre et s’élèvent par elle. Dans tous les cas, elle prescrit de ne point agglomérer les faméliques, sous peine de voir le typhus éclore dans la pu- tridité multiforme qu’ils traînent avec eux. Double caractère de l'hygiène. — Celte rapide revue des maladies évi- tables révèle la préoccupation capitale des hygiénistes contemporains : la lutte contre les agents extérieurs des maladies. Mais il est un côté par le- quel il importe non moins de songer à l’homme lui-même, qui est le ter- rain de ces maladies. Les agents infectieux sont très répandus; pour bien dire, ils nous pénè- trent; ce que Verneuil a exprimé par le terme heureux de microbisme latent. Cependant, ils sont bien loin de réussir toujours; il faut une adapta- tion réciproque du germe et du terrain, une prédisposition de celui-ci. Même quand ils ont réussi à s’implanter chez l’individu et à provoquer une maladie, il arrive que, dans la lutte pour l’existence entre la cellule animale et le microorganisme pathogène, la première l’emporte ou suc- combe selon que l’événement l’a trouvée plus ou moins robuste. Or, l’adaptation de l’individu et la débilité de la cellule animale sont liées à un même état d’infériorité vitale chez l’individu, état qu’il faut empêche de se produire et remplacer constamment par le plus large épanouissement possible de la vitalité humaine. En poursuivant ce but, l’hygiène ne cesse pas de s’occuper des milieux extérieurs ; elle serre seulement de plus près leur action sur l’homme; elle vise toujours à conserver la santé et, de plus, à Xaugmenter. Il va sans dire que l’intégrité des milieux, qui était déjà le préservatif contre les germes nuisibles, est encore le tonique le plus sûr, à ce point de vue général. L’air qui sent mauvais, l’eau affadie par les matières organiques, la misère et le surmenage, n’engendrent pas la fièvre typhoïde; mais ils allanguissent les fonctions et la vitalité du consommateur; ils le disposent à la fièvre typhoïde et à beaucoup d’autres, dès que le germe se présentera. C’est donc faire de l’hygiène positive, que d’assurer aux groupes l’air pur, l’eau pure, une alimentation salubre et suffisante, un travail bien équilibré. Mais, en outre, nous disposons de moyens scientifiquement institués de provoquer le développement des forces et de la résistance. C’est l’exercice méthodique, Xentraînement, la gymnastique. Nous dirons, en son lieu, ce qu’il faut entendre par ces mots. Dès maintenant, retenons la nécessité de l’hygiène active, qui est la meilleure manière de se défendre. Les anciens en avaient grand souci; les Grecs ont été les maîtres de la gymnastique. Il est possible qu’elle n’ait été, pour ainsi dire, qu’un des modes du culte du beau, chez ce peuple idolâtre de la forme humaine. Soit; il ne serait nulle- ment à regretter que nous revinssions à ce culte, décidément trop négligé à notre époque d’usines et de fabriques. Division. —Les divisions introduites dans l’étude de l’hygiène ne valent que par la clarté qu’elles y apportent; il est des distinctions, peut-être lo- giques, qu il faut sacrifier à ce but essentiel. Nous croyons, d’ailleurs, que la distinction en hygiène privée et hygiène publique repose, toute classique quelle soit, sur un simple abus du mot privée. En médecine, il n’y a que laclinique qui fasse du particularisme; l’hygiène s’y prêterait certainement, mais en pratique et non dans un livre. En réalité, l’hygiène privée des au- teurs traite du sol, de l’eau, de l’air, etc., et se trouve être l’hygiène de tout le monde, que nous préférons appeler générale. A la vérité, cette con- ception entraînait à séparer aussi le sujet et la matière de l’hygiène. Nous pensons qu’il faut laisser le sujet (l’homme) à la physiologie et ne particu- lariser qu’en faveur de certains groupes naturels, qui usent effectivement d’une façon spéciale des objets de l’hygiène commune. A notre sens, cette vaste étude pourrait être fructueusement répartie en trois branches : 1° Hygiène générale ; 2° Hygiène spéciale ; 3° Législation et police sanitaires. A. L’hygiène générale prend l’homme comme le résumé d’attributs abso- lument communs à tous les individus de l’espèce, et envisage les rapports nécessaires de cet être abstrait avec les agents ou milieux cosmiques qui peuvent influencer la santé, soit naturellement, soit par suite de la pré- sence même de l’homme. Il est facile de voir que cette série de rapports est également commune et fatale ; tous les hommes la subissent et même la partagent avec le reste des êtres vivants, tandis que les rapports qui feront l’objet de l’hygiène spéciale sont particuliers et habituellement libres, im- pliquant des situations que l’homme seul est apte à se créer. Ces rapports nécessaires comprennent les objets suivants, énoncés dans un ordre qui a paru naturel, mais qui pourrait être dérangé sans le moindre inconvénient : 1° Le sol, ou support commun; 2° L’eau, modificateur commun; 3° L’atmosphère, milieu commun, dans le sens le plus vulgaire du mot; 4° Les organismes inférieurs, qui pénètrent tous les milieux; 5° Les abris, comprenant l’habitation et le vêtement, qui est un abri por- tatif; tous deux, modifcateurs communs à l’homme et aux animaux, quoique à des degrés différents ; 6°Les soins corporels; 7° Les aliments. On y joindra les boissons artificielles, seul objet qui soit exclusif à l’homme ; 8° L’exercice et le repos. B. L’hygiène spéciale sépare absolument l’homme du reste des êtres et en fait tout d’abord, dans la série animale, un groupe social. Dans ce groupe, elle en distingue un certain nombre d’autres, très réels, dont les rapports sanitaires avec le monde extérieur ont une nuance qu il convient de marquer, en approfondissant certains détails et en formulant des règles qui adaptent les principes généraux à une situation caractérisée. Elle paraît devoir embrasser les études suivantes : 1a Hygiène sociale (anthropologie, ethnologie, démographie); 2° Hygiène de Venfance; 3° Groupe scolaire ; 4° Groupe rural; 5° Groupe urbain; 6° Groupe industriel; 7° Groupe militaire ou marin; 8° Hygiène des prisons (groupe carcéraire); 9° Hygiène des malades (hôpitaux, assistance, prophylaxie spéciale). C. La troisième partie comprendra l’organisation de Y hygiène publique dans les divers pays, tant au point de vue national qu'international, les autorités et agents sanitaires, les lois et pénalités. Bibliographie. — Erhle (Cari) : Ueber die Gesc/iichle der Gesundheilspflege im Aller- thume (Deutscho)Vierteljahrsschrift für ôffentl. 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Paris, 1879. PREMIÈRE PARTIE HYGIÈNE GÉNÉRALE. CHAPITRE PREMIER DU SOL. Définitiou. — Le mot sol veut dire proprement surface ou support. La surface terrestre, rien qu’au point de vue de l’hygiène, serait déjà une vaste étude. Mais, de même qu’en agriculture, on a été conduit ici à éten- dre notablement le sens du mot et à l’entendre de toute la partie de la croûte terrestre qui peut avoir une influence sur la santé des humains. C’est plutôt la signification du latin tellus, auquel ne répond pas tout à fait notre mot : terre; mais l’adjectif tellurique est passé dans la langue de l’étiologie. (Les termes allemands: Boden, Grund, et même Erclc, adaptés à des nuances un peu différentes, renferment plus que notre mot sol l’idée à laquelle se rattachent les études de l’hygiène. 11 en est de même de l’anglais ground, soil.) Dans tous les cas, l’eau qui imprègne les premières couches terrestres rentre dans le sujet actuel. importance «le cette étude. — Les êtres vivants sont sortis du sol et y retournent. L’homme n’est pas un de ceux qui y soient le moins rigoureu- sement fixés par un contact plus ou moins immédiat et permanent. « Tout ce que la terre produit est conforme à la terre elle-même », ont répété Hippocrate et Montesquieu, à deux mille ans de distance : cet axiome est passible de puissants correctifs qui se présenteront d’eux-mêmes un peu plus tard ; mais il conserve une grande part de vérité. Le sol ne fait pas, à lui seul surtout, les différences ethniques non plus que les affinités pa- thologiques, que poursuit la géographie médicale; mais il y contribue. En fait, l’homme emprunte d’abord aux produits du sol la part la plus constante, sinon la plus essentielle, de sa nourriture; et, puisque tous les sols ne sont pas également fertiles, ce qui est par trop évident, et qu’ils ne le sont pas de la même manière, il est clair que les propriétés naturelles du sol doivent nuancer profondément les caractères ethniques et peser d’un grand poids dans le mouvement de la population, selon les groupes. Ce qui arrive. Il convient que nous nous rendions compte de l’influence que peuvent avoir sur la santé les qualités visibles, la configuration de cette surface sur laquelle nous marchons, quoique, comme on le verra souvent, la question des influences de contact soit la moins importante et la moins difficile. Mais il faut surtout que nous sachions quels phénomènes nous menacent ou nous favorisent dans l’intimité de ces premières couches, où rien ne se passe sans que les êtres qui vivent à la surface ne risquent d’en recevoir le contre-coup. Ce qui retourne au sol n’a pas moins d’intérêt peut-être, pour nous, que ce qui en vient. Le sol reçoit, à sa surface ou à des pro- fondeurs variables, les cadavres de tout ce qui a eu vie et les excrétions de l’homme et des animaux, masse énorme de matière organique qui, pour redevenir utilisable, doit être décomposée en ses éléments chimiques à l’aide d’opérations probablement redoutables. Il y a ici une action simul- tanée et réciproque de l’atmosphère et du sol; si la première fournit les agents de ces décompositions, c’est d’ordinaire dans le second ou à sa surface qu’ils accomplissent leur œuvre et se multiplient; puis, ils re- viennent à l’atmosphère avec les gaz et les particules issus de la désor- ganisation ; le sol rend à l’air plus qu’il n’en a reçu. Ce n’est pas dans notre temps, où les phénomènes de putridité et de fermentation retiennent si puissamment et à si juste titre l’attention des médecins, que l’on peut hésiter à rechercher dans quelles conditions le sol se prête ou fait obstacle à ces processus, les rend inoiïensifs ou en favorise la nocuité. De nos jours, on a posé définitivement le principe du respect des cours d’eau publics; mais c’est le sol qui doit purifier les eaux d’égout, rivières artificielles, chargées des déjections humaines et des résidus de l’industrie. Il est urgent de savoir dans quelles conditions de terrain, naturelles ou vou- lues, on pourra compter sur une filtration et une épuration irréprochables. Les peuples d’Europe prolifèrent sur place et sont forcés de déverser leur trop-plein de population dans le courant de la colonisation lointaine. Comment reconnaître les qualités de la terre nouvelle, comment l’aborder si elle est meurtrière, et que doit-on attendre de sa mise en culture? Sur quel terrain, haut ou déprimé, faut-il que l’homme élève sa maison, que le soldat plante sa tente? Si l'on n’a pas eu le choix ou que l’on ait commis des erreurs, que doit-on craindre et quels sont les moyens de parer au danger? Et puisque, dans nos mœurs, c’est encore la terre qui est la dernière demeure des humains, dans quelles couches est-il préférable d’installer cette putréfaction méthodique? Le sol, par lui-même, immobilise les nuisances, tandis que l’air les dissémine. Ce n’est pas tout avantage, puisqu’il y a concentration dans le premier cas, dilution dans le second. Mais encore, cette concentration, sur laquelle on croirait avoir prise commodément, n’est peut-être pas très rigoureuse; l’air et l’eau du sol pourraient opérer une certaine diffusion des impuretés qu’il contient. La question, au moins, est à examiner. Division. — Le sujet actuel comprendra les divisions suivantes : i° Constitution du sol; AnNOüLü, Hygiène. 2e édit. 2 2° Rapports du sol avec l’air; 3° Rapports du sol avec l’eau; 4° Nappe souterraine; 5° Thermalité du sol; 6° Microorganismes du sol ; 7° Souillures du sol. Leur transformation. 8° État de la surface. Culture. Boisement. Marais. Données géogéniques et géologiques. — L’histoire des premiers âges de la terre et des révolutions du globe ne s’est pas jusqu’ici montrée comme positive- ment utilisable pour l’hygiène. Contentons-nous de lui emprunter ce qu’il nous faut de lumière pour nous guider dans les conditions modernes. Il y a eu et il y a encore : 1° des formations ignées; 2° des formations aqueuses; 3° des modifica- tions métamorphiques des unes et des autres et souvent les unes parles autres. Dans l’hypothèse d'un état primitivement incandescent de notre planète, ce sont naturellement les formations ignées qui ont été fixées les premières; puis aussitôt, mais à leurs dépens, l’eau a précipité sur elles des sédiments qui, en raison de la proximité du feu central à cette époque, n’ont pu échapper au métaphorphisme ; enfin, les formations aqueuses sont devenues plus générales et plus nettes ; elles se continuent sous nos yeux (alluvions, deltas, dunes, etc.), sans préjudice des spécimens également contemporains de formation ignée, que nous offrent en petit les volcans ; ce qui, nécessairement, entraîne aussi, par points, la réappa- rition du mode intermédiaire, le métamorphisme. Le fait que des roches d’origine ignée et massives se constituent encore aujour- d’hui, simultanément avec les stratifications les plus modernes; la difficulté de savoir si jamais, en un point quelconque du globe, le géologue a pu contempler la portion réellement primitive de la croûte terrestre; la grande probabilité que le gneiss et même le granité ne sont pas les premières roches de fusion; toutes ces circonstances ont fait que les savants abandonnent peu à peu l’ancienne division des terrains en : primitif, de transition, secondaire, tertiaire, quaternaire, moderne, pour une classification plus fructueuse et plus vraie, reposant sur l’époque rela- tive de l’apparition de la vie à la surface du globe et ses phases successives, révélées par les débris fossiles. D’où quatre grandes divisions de temps : Temps cosmiques, T. azoïques, T. paléontoniques, T. contemporains (J. Gosselet), et cette classification des couches sédimentaires, empruntée à Credner : 1° Constitution du sol. GROUPES DES FORMATIONS CAIN'OZÜÏQUES. Quaternaire ( Alluvions. Tertiaire ( Diluvium. Pliocène. \ Miocèno. I Oligocène i (Jligocèi ( Éocèue. GROUPES DES FORMATIONS MÉSOZOÏQUES. Crétacé Sénonien. Turonien. Cénomanien. Gault. Néocomien ou Hills (Wealds). ( Jurassique supérieur ou J. Blanc (Malm). Jurassique • Jurassique moyeu ou J. brun (Dogger). i Jurassique inférieur ou J. noir. i Keuper. Trias Muschelkalk. ( Grès bigarré. GROUPES DES FORMATIONS PALÉOZOÏQUES. Dyas ou Permien... Carbonifère ( Zechstein. ‘ ) Rothliegendes. ^ Mouiller. Millstone grit. ( Culm et calcaire carbonifère. Dévonien. Silurien. CROUPES DES FORMATIONS ARCHAÏQUES. lluronien ou formation des schistes cristallins (avec le Cambrien). Laurenlien, ou formation des gneiss primitifs. Le sol primitif, avec le granité, termine naturellement la série de ces étages. Chacun de ces terrains vient affleurer à la surface, en tel ou tel point du globe; c’est même ainsi que l’on a pu les étudier. C’est là qu’ils prennent quelque intérêt pour l’hygiène, en raison de leur structure, de leur disposition, ou de quelque autre propriété intrinsèque moins évidente. Il est probable qu’en général un terrain quel- conque, depuis le granité jusqu’à l’alluvion, ne possède pas de vertu qui lui soit conférée par son âge géologique ; on peut d’ordinaire décomposer la raison de sa salubrité ou de son insalubrité et reconnaître qu’il les tient de la nature de ses éléments, de leur mode de groupement, de la disposition de ses assises, etc. Salubrité relative des terrains anciens et des terrains modernes. —On a, du reste, rarement opposé les terrains anciens, comme tels, aux terrains de formation plus récente, au point de vue de leur influence sanitaire respec- tive. Foucault l’a tenté, en ce qui concerne l’immunité vis-à-vis du choléra, et Magne, sur la question du développement des épidémies de fièvre typhoïde. Encore est-il apparent que l’idée de l’influence de l’humidité se joignait chez le premier à la conception d’une propriété purement géologi- que. Quoi qu’il en soit, Fourcault fait remarquer que le choléra s’est parti- culièrement développé dans les trois grands bassins tertiaires de la France : en 1832 dans ceux de Paris et de la Gironde; en 1834 et 1833 dans le delta du Rhône, après avoir longé le littoral de la Méditerranée. On sait qu’il est entré chez nous, tantôt par nos ports de l’ouest, tantôt par Marseille ; or, lorsqu’il arrivait par le Midi, il s’arrêtait au pied des montagnes volca- niques et cristallines de l’Auvergne et du Cantal ; quand il débarquait sur le littoral breton, il ravageait la côte, mais ne gravissait pas le massif gra- nitique de la presqu’île. Bien plus, les roches anciennes circonscrivant des terrains plus jeunes ou leur servant de frontière ont paru protéger ceux-ci contre le fléau ; les Vosges ont semblé empêcher, à cette époque, son pas- sage au bassin tertiaire de l’Alsace; les terrains de transition des Ardennes, de la Bourgogne, de la Normandie, ont joué ce même rôle de barrière sa- nitaire, abritant contre lui, selon le sens de ses progrès, les terrains ter- tiaircs et carbonifères (Loire) situés derrière eux, tandis que le choléra sévissait avec la plus grande intensité sur les bassins carbonifères de l’An- gleterre, de la Belgique et du nord de la France, qui ne sont point protégés ou isolés par de semblables roches. Yial et Dechambre ont confirmé géné- ralement ces observations par leurs remarques sur des épidémies cholé- riques ultérieures, bien qu’en reconnaissant çà et là quelques exceptions à la règle. On sait aussi que ce sont des faits analogues, et principalement l’immunité proverbiale des quartiers de Lyon établis en sol granitique, qui ont servi de base à Nérée Boubée et à Peltenkofer pour établir les théories qui mettent en rapport avec l’immunité cholérique, non pas précisément l’ancienneté des roches, mais l’absolue imperméabilité de la surface du sol, propriété normale du granité non altéré, du calcaire compacte, etc. Une telle loi s’est trouvée en défaut sur divers points. Mais celle de Magne l’est plus visiblement encore, puisqu’il s’agit de la fièvre typhoïde, dont les épidémies sont d’observation incessante en France. Cet auteur affirmait la fréquence infiniment plus considérable de la fièvre typhoïde sur les terrains modernes ; en particulier sur les terrains de formation pos- térieure aux terrains houillers, notamment ceux qui appartiennent au trias et à la formation oolilhique. Or, la prolongation forcée des observations a démontré que cet heureux privilège des terrains anciens est une illusion : « Je ne crois pas, dit Léon Colin, qu’il existe en France une garnison ou une ville qu’on puisse déclarer inaccessible à la fièvre typhoïde ; elle appa- raît à toute altitude, sur des sols de toute formation, sur ceux-là même qu’on a considérés comme réfractaires par leur constitution. » Du reste, l’idée qui est derrière ces formules se décèle facilement; la question se réduit, en somme, à la réceptivité du sol pour l’eau et les ma- tières organiques. Mais il est bien clair qu’il faut entrer dès lors dans l’a- nalyse des propriétés du sol. Si le granité accepte malaisément l’eau et les détritus putrescibles, c’est moins parce qu’il est granité que parce qu’il est imperméable. Le granité désagrégé cesse d’être réfractaire aux infiltrations et, par conséquent, d’être salubre. Kratter affirme que le crétinisme et le goitre endémique, en Styrie, sont attachés aux formations primitives et aux vallées d’alluvion où les détritus de ces roches se sont déposés. Fécondité relative des terrains. — Il a pu arriver que les massifs graniti- ques interrompissent parfois la marche envahissante du choléra, simple- ment parce que l’aliment naturel des fléaux épidémiques, l'homme, man- quait. En effet, le granité est infertile, ainsi que la plupart des autres roches primitives, et par conséquent n’attire pas la population. La culture exige la présence de la chaux, et le granité, les gneiss, les schistes, non plus que les coulées volcaniques, n’en possèdent une proportion suffisante. Notre grand plateau central, vaste masse granitique trouée par des volcans, dont les laves sont superposées çà et là au terrain primitif, n’est cultivé que dans les vallées; il est boisé sur les pentes, mais les sommets sont stériles. Ce n’est pas la fécondité du sol, mais l’industrie, qui peuple certains des départements appartenant à cette zone (celui de la Loire, par exemple), de même que c’est l’Océan et non la terre qui vaut à nos populations bretonnes leur densité. La facilité à l’émigration, traditionnelle chez les habitants de l’Auvergne, du Forez, du Limousin, est la conséquence de l’improductivité de leur sol. Ce n’est pas le manque d’eau qui entretient cette infertilité, car les phénomènes géologiques qui ont tourmenté le pays y ont précisé- ment multiplié les sources, et plusieurs fleuves ou rivières s’en échappent. Mais, à aridité égale, les plateaux calcaires sont plus généreux à la popu- lation que les croupes granitiques. La différence se remarque précisément aux limites du Plateau central, où les assises calcaires de la Lozère et du Rouergue succèdent au granité. « Au nord du plateau calcaire de Larzac, aux assises unies, revêtues d’herbes fines (il n’y a d’eau que celle de l’at- mosphère), s’élèvent les croupes inégales, couvertes de fougères, du Lévezou granitique; d’un côté sont les champs d’avoine et d’orge, çà et là même des fromentals; de l’autre sont les ségalas ou terres à seigle. Les paysans du calcaire, les Caoussenaous ou « Caussenards » se distinguent aussi à première vue, et fort à leur avantage, de leurs voisins du granité, les « Ségalains ». Le Caussenard, mangeur de pain d’orge et d’avoine et buveur d’eau claire, est grand, osseux et fort. L’habitant des terres cristallines, mangeur de seigle et de châtaignes, buveur de cidre, est beaucoup moins vigoureux. » (Élisée Reclus.) Le seigle et le sarrasin, céréales pauvres, sont en effet la culture prin- cipale des sols granitiques. C’est encore là que le châtaignier prospère au mieux et donne les meilleurs fruits. On sait le rôle que jouent le sarrasin et la châtaigne dans la Bretagne, cette «terre de granité, recouverte de chênes » (Brizeux), avec ses landes et ses bruyères sur terrain cristallin, ses grandes collines à croupe infertile. Les indigènes fertilisent des par- celles de leur sol avec la vase appelée tangue, un véritable engrais de plantes marines et de coquillages, abandonné par l’Océan; ou encore avec le sable calcaire des dunes, le Iraez. Il suffit de mentionner l’infertilité des hautes Vosges, des Ardennes, et d’y opposer la productivité des saillies parallèles du Jura. Toutefois, le privilège du terrain calcaire se perd par une perméabilité excessive: ainsi en est-il de la craie, en Champagne Pouilleuse, qui laisse filtrer jusqu’aux engrais et évaporer l’eau qui ne disparaît pas dans la profondeur. En règle générale, les terrains stratifiés ont plus de chances d’être fertiles que les terrains massifs, puisqu’ils proviennent de la désagrégation et du mélange des éléments de roches primitives variées : ils sont, pour l’agri- culture, plus complets. Peut-être pourrait-on ajouter que les sédiments les plus jeunes présentent cet attribut dans son plus haut degré, en raison de leur richesse de plus en plus grande en débris ayant eu vie et, par con- séquent, formant déjà un ensemble bien équilibré d’éléments propres à la vie, y compris même de la substance organique. La « Vallée » de la Loire, ou plutôt la large plaine alluviale de l’Authion (Maine-et-Loire), peut passer pour un exemple de ces aptitudes. r Eléments principaux «lu sol. — Hoches. — La silice, la chaux, Y alumine sont les éléments constituants essentiels et à peu près constants de toutes les formations géologiques; il s’y joint, moins régulièrement et dans des proportions moins importantes, de la potasse, de la soude, de la magnésie, du Fer et du manganèse. Les trois premières surtout se retrouvent dans toutes les roches, massives ou stratifiées, et la différence entre les roches ne repose pas sur la présence ou l’absence de l’une ou de l’autre, mais sur la variabilité des proportions dans lesquelles chacune d’elles entre dans la constitution du terrain et sur le mode d’union des molécules constitutives. Un terrain, dans lequel ces divergences s’effacent, parce que l’industrie humaine est intervenue et que les débris organiques qui s’y mêlent tendent à équilibrer les proportions de chaque élément, c’est la terre arable, le terrain humifère ou humus. Roches siliceuses. — La silice et les silicates d’alumine et de potasse pré- dominent dans certaines roches compactes ou fragmentées; sous le pre- mier état, ces roches s’appellent granité, gneiss, grès; sous le second, cailloux, graviers, grève, sable. Le sol où la silice prédomine est généralement salubre. L’imperméabilié et les fortes pentes des roches primitives qui en sont formées empêchent la stagnation des eaux et l’imbibition des couches superficielles; par con- séquent, pas de foyer de putréfaction possible, ni d’humidité permanente; c’est plutôt l’excès contraire qui est à craindre. L’eau qui jaillit à la base des saillies granitiques est irréprochable. Cependant, les granités schis- teux, facilement désagrégés par la pluie, sont capables de créer, dans les points déclives, dans le fond des vallées, un terrain nouveau, perméable et qui, sur quelques points (Bretagne), donne lieu à la formation de marais particulièrement dangereux. Il est à croire que ce danger résulte de l’im- perméabilité du sol primitif qui a reçu les débris et devient dès lors le sous-sol : la couche perméable est trop peu épaisse pour faire disparaître toute l’eau, elle reste imprégnée, humide et d’ailleurs naturellement accessible à l’air nécessaire aux fermentations. En effet, le sable siliceux, à grains plus ou moins gros, est salubre par lui-même, s’il est en couches de grande épaisseur ou si, étant même en couche mince, il ne repose pas sur un sous-sol imperméable. Partout, le sable est un support d’engrais, où la charrue n’a presque rien à faire. Autour de Versailles, des terrains sans valeur donnent ainsi de belles moissons, grâce aux fumiers d’une garnison de cavalerie. Les sables de la .Marche de Brandebourg, dit Pfeil, sont une supériorité de la Prusse et permettent, en effet, les irrigations autour de Berlin. Les sables de Gennevilliers et d’Achères sont, de même, un des côtés heureux de la situation de Paris. Dans nos Landes françaises, dont le sol est un ancien lit de la mer recouvert par des sables de l’époque pliocène, il se passe un phénomène curieux, bien décrit par Élisée Reclus et qui a paru aux hygiénistes digne d’être relevé. « Les masses sableuses, qui ont en maints endroits une puissance de plus de 80 mètres, ren- ferment seulement quelques couches d’argile; mais, à une faible distance au- dessous de la surface, les infiltrations de tannin et d’autres matières organiques ont changé le sable en une couche de grès d’un brun noirâtre qui présente 1 aspect et quelquefois la dureté du fer; en certaines régions, des veines de ce métal s’y générale.] trouvent mêlées. Ces bancs de grès compacte, auxquels on a donné le nom d'altos, sont le grand obstacle qu’oppose le sol des landes à la végétation forestière : les racines ne peuvent le traverser que difficilement. En outre, le banc d’alios, presque toujours d’autant plus dur qu’il est moins épais, reste imperméable aux eaux comme une assise rocheuse, et prévient tout échange de gaz et d’humidité entre les strates de sable ou d’argile qu’il recouvre et la terre qui lui est super- posée. Retenue par cette couche continue, l’eau de pluie doit séjourner sur le sol; pendant ta saison pluvieuse, la surface des landes serait changée en un immense marécage, si l’on n’avait eu depuis le commencement du siècle le soin de creuser de distance en distance des crasles ou fossés d’écoulement qui reçoivent le trop- plein des eaux et les portent soit aux ruisseaux de l’intérieur, soit aux étangs du littoral... Des entonnoirs d’écoulement en communication avec des eaux sou- terraines s’ouvrent aussi dans le plateau » (Élisée Reclus). Cet état du sol explique suffisamment l’usage antique des échasses chez les bergers des Landes. Ce même littoral offre un exemple des plus frappants d’un autre état particulier au sable et qui, dans divers points, a une influence immédiate et irrésistible sur le mouvement de la population, à savoir les dunes mouvantes qui, poussées par le vent du large, empiètent sur les terres occupées par la culture ou les pâturages, et finiraient par les reconquérir sur l’homme si celui-ci n’y faisait obstacle à l’aide des plantations et particulièrement des forêts de pins maritimes. Les^rès durs et compactes ont les mêmes propriétés que le granité. Les grès poreux et perméables sont secs et salubres, s’ils sont en assises puis- santes et non point en couche mince superposée à de l’argile ou à du grès compacte. Roches calcaires. — De celles-ci le carbonate de chaux est l’élément le plus ordinaire; il faut en rapprocher la clolomie, dans laquelle la magnésie s’associe à la chaux, et le terrain gijpseux, où le sulfate de chaux est plus ou moins exclusif. Les roches calcaires ont des propriétés fort différentes, selon qu’elles sont en assises continues ou qu’au contraire elles se trouvent naturelle- ment ou accidentellement fragmentées; selon qu’elles possèdent une tex- ture serrée et une consistance dure ou qu’au contraire elles sont formées de grains Ans sans cohésion. Les degrés sont du marbre et des calcaires noirs au calcaire oolithique et à la craie. On prévoit donc qu’ici le cal- caire aura presque la salubrité des sables siliceux par son extrême per- méabilité, tandis qu’ailleurs il sera à peu près aussi impénétrable que le granité. Dans ce dernier cas, il est sans influence nuisible sur l’air et sur l’eau, à la condition que les pentes des couches soient suffisamment accentuées; en plateau, il est encore salubre, mais aride, si l’eau des pluies s’évapore entièrement à sa surface; mais on constate parfois la présence de collections aqueuses et de marais à de grandes hauteurs, dans ces conditions; par l’action de l’acide carbonique des eaux pluviales, des excavations se sont formées dans le calcaire et sont devenues des réser- voirs d’eau (Roth et Lex). ' La craie est salubre et les eaux de ce terrain, quoique très riches en sels calcaires, ne passent point pour défectueuses. Les médecins du camp de Chàlons ont trouvé louable l’eau des puits forés en pleine craie, bien qu’elle fût un peu laiteuse dans les premiers jours qui suivaient l’établis- sement du puits (Goffres, J. Périer). La craie perd ses avantages lorsqu’elle est pénétrée de marne argileuse ou qu’une faible épaisseur de craie repose sur un sous-sol marneux. La craie tuffeau ressemble infiniment, sous le rapport hygiénique, à la craie blanche. Il n’y aurait rien de particulier à dire du calcaire dolomilique, si la pré- sence do la magnésie dans les terrains n’avait été l’occasion d’une théorie étiologique du goitre qui eut un certain retentissement. Les observations de Grange ont été généralement confirmées par Boudin, en ce qui con- cerne la géologie. Quant à la doctrine étiologique, elle a été contestée et n’est plus guère aujourd’hui qu’un souvenir. Les terrains gypseux renferment le sulfate de chaux à l’état de gypse ou (Yanhydrite. Ils ne sont pas imperméables, parce que le gypse n’y est point stratifié, mais en dépôts lenticulaires ou en filons. Quoique peu soluble, le gypse est lavé par les pluies et rend les eaux dures. Associé à l’argile et au sel gemme, il forme des marais dans les points déprimés. Il ne serait pas inexact de dire qu’en résumé le calcaire tient le milieu entre le sable et l’argile et doit peut-être sa supériorité générale à ses pro- priétés en quelque sorte bien équilibrées. Le calcaire, qui existe dans presque tout terrain cultivé, détruit les acides dans le sol, convertit rapi- dement les fibres végétales en humus, absorbe plus d’eau que le sable, la laisse filtrer plus rapidement que l’argile; il a moins de cohésion que celle-ci et une moindre aptitude à prendre et à garder la chaleur. (Roth et Lex.) Roches argileuses. — Elles sont toujours de stratification. L’argile est extrêmement répandue et, selon la nature des éléments qui lui sont asso- ciés, porte différents noms : Argile plastique (Thon, Allem.; Clay, Angl.) ; argile ferrugineuse ILelten); marneuse (Tegel, Flinz); bitumineuse (Alaun- thon); calcaire (.Lehm et, en poudre, Lœss); kaolin, latérite, argile à silex, Terra rossa, etc. L’argile, comme on le verra, a la propriété d’absorber l’eau et de la retenir avec une extrême énergie. Elle devient alors imperméable. Mais elle n’en est pas moins humide, dangereuse au contact et capable d'être le foyer de phénomènes putrides. D'ailleurs,l’argile n’est pas toujours plas- tique et il y a des degrés dans la compacité du sol argileux. Ces circonstances font que de tels sols sont généralement le souci de l'hygiène et réclament la protection par le travail de l’homme. L’humidité du sol et de l’atmo- sphère, les fermentations de toute nature au sein du sol, la qualité douteuse des eaux, l’infériorité des végétaux alimentaires, et par conséquent de la chair des ruminants qui s’en nourrissent aussi, telles sont les principales circonstances menaçantes, très ordinairement attachées aux sols ar- gileux. Il va sans dire que ces dangers sont d’autant plus intenses que l’argile domine davantage ou règne exclusivement, et qu’ils sont modifiés par la culture, le drainage, l’adjonction artificielle d’éléments calcaires. 11 est heureux qu’il en soit ainsi, parce que les sols argileux attirent 1 homme, en raison de leur fertilité et de leur facile accès. Le terrain y est sans acci- dents notables et plutôt ondulé. C’est la plaine, bien plus séduisante que la montagne et plus praticable; les plantes trouvent partout à plon- ger leurs racines, dans ce sol toujours humide et sans pierres, et la végé- tation spontanée enrichit d’elle-môme le terrain ; il appelle la charrue, et les populations s’y pressent irrésistiblement, luttant par une reproduction active, et aussi par l’immigration, contre la forte mortalité. La terre elle- même, à peine durcie par le feu, se prête à la confection des briques dont on édifiera les grandes villes avec une rapidité merveilleuse. Au fond, la nature du sol ne fait que le disposer à être salubre ou insa- lubre. C’est l'homme qui décide en dernier ressort, par la protection et l'as- sainissement du sol, — ou par le contraire. Transformations incessantes iiu sol. — Sans parler des grands cata- clysmes qui ont creusé les mers et fait surgir les continents à la surface du globe, des modifications profondes s’accomplissent incessamment sur l’écorce primitive de la terre. a. Modifications par les phénomènes météoriques. — Les alternances thermiques dilatent, resserrent, fendillent les roches primitives et les pré- parent à la désagrégation ; la couleur, la capacité pour le calorique de ces roches favorisent ou retardent cet effet. L’eau des pluies use mécaniquement, par lavage, les roches les plus dures et, en pénétrant dans leurs pores, les éclate par la congélation en hiver. Chimiquement, elle les attaque au moyen de l’oxygène et de l’acide carbonique qu’elle tient dissous. Les roches silicatées sont les plus résistantes; elles cèdent néanmoins et d’autant plus vite qu’elles ren- ferment plus de chaux. L’oxygène, les acides, l’ammoniaque de l’air, participent à cette action chimique. Les plantes inférieures, mousses, lichens, qui croissent sur les roches aident à l’action des agents météoriques. Les uns et les autres disposent des siècles. Leur puissance est plus grande dans les zones tropicales que sous les pôles. Ainsi s’émoussent les crêtes des montagnes et s’abattent les sommets. Les torrents rassemblent les débris dans le fond des vallées; les fleuves les emportent, les étalent sur leurs bords en plaines d’alluvions et, en les déposant à leur embouchure, prolongent les continents, comme font le Rhône, le Pô, le Nil, le Gange. La géogénie dure toujours. D’ailleurs, les plantes nées sans culture, depuis les mousses jusqu’au baobah, vivent et meurent sur le môme point et y entassent lentement ce qu’elles ont fijé de substance par les emprunts au sol et à l’atmosphère ; c’est ainsi que se forme le terreau sous les arbres des forêts par des feuilles qui tombent chaque année, ou par les végétaux de petite taille qui croissent dans le voisinage. Sur les hauts plateaux du Sahara algérien, les touffes d'halfa se font à elles-mêmes de petites buttes de terreau; avec un nombre suffisant d années, de siècles peut-être, ces buttes se seront assez élargies ou élevées en hauteur pour combler les sillons en réseau qui les séparent aujourd’hui et où l’on voit la grève nue. b. Modifications ducs à'I’homme. — Tel qu’il s’est formé sous les in- fluences secondaires que l’on vient de dire, le sol est encore naturel. Mais l’homme en modifie, à son tour, la nature et l’aspect par son séjour et ses abris, par des constructions diverses, des déblais et des remblais, par l’abandon de ses produits de déchet et de ceux des animaux à son usage, par la culture surtout, qui utilise Y humus ou terreau et, au besoin, en pro- voque la formation. La terre arable a pour caraclérisque la présence d’une proportion notable de matière organique et, dans sa structure, le défaut de cohésion. Au point de vue de sa composition chimique, on cherche le plus possible à lui faire perdre toute son originalité; mais il est commun qu’elle rappelle son origine et la nature du sous-sol sur lequel elle repose, par la prédomi- nance de l’élément siliceux, calcaire ou argileux. Son état grumeleux serait dû, selon Schlœsing, à ce que la matière humique, en même temps que l’argile colloïdale, forme un ciment qui soude les unes aux autres les fines particules de sable et que ne désagrège pas l’eau ordinaire. L’emplacement des villes présente au plus haut degré l’empreinte des modifications que l’activité humaine imprime au sol. Le terrain s’y ex- hausse de siècle en siècle; c’est un sol de détritus (Füllboden) qui se sont superposés, comme les générations se succèdent. Schliemann a dû tra- verser 16 mètres de terrain, sur le plateau d’Hissarlik, pour retrouver le sol primitif de la Troade, et a rencontré les vestiges de six villes superpo- sées sur l’emplacement de Pergame. La ville moderne de Gonstantine s’élève sur une ville arabe, sous laquelle repose une cité romaine, assise elle-même sur la forteresse numide. Vienne (Süss) et Marienberg (Welz) sont dans des conditions analogues qui, d’ailleurs, ne sont pas rares. C’est, en effet, une tradition de bâtir et rebâtir sur les ruines du passé, quoique ce sol de débris soit un des plus défavorables. 2° Rapports du sol avec l’air. C’est tout d’abord aux rapports du sol avec l’air que fait songer ce prin- cipe, déjà indiqué : que les influences sanitaires du sol dépendent de ce qui y entre et de ce qui en sort. Aussi, les premiers points à étudier sont-ils la porosité et la. perméabilité du sol. La plupart des lois obtenues en ce qui concerne la porosité et la perméabilité pour l’air seront vraies quand il s’agira de l’eau. A. Porosité «lu soi. — En hygiène, comme en agriculture, le sens du mot porosité est moins étroit qu’en physique. Selon Soyka, un corps cesse d’être poreux lorsque les pores en sont assez petits pour qu’il ne puisse plus y avoir d’échanges entre le contenu de ces pores et les fluides qui entourent le corps, supposé d’une certaine épaisseur. Les roches massives, compactes, ne sont point poreuses. Les terrains stratifiés, le sol de débris sont poreux. Le sol formé de fragments de roches massives, bien que chaque fragment soit imporeux pour lui-même, peut être parfaitement poreux, si les débris ne sont point joints par un ciment sans pores. Ainsi, le sable siliceux, le gravier, les cailloux roulés provenant du gra- nité, du porphyre, etc., forment des sols très poreux, attendu qu’il reste des vides entre les éléments particuliers de l’ensemble. Delesse (1860) cons- tatait que le granité, trempé dans l’eau distillée chaude, n’absorbe que de 0.06 à 0.12 p. 100 de son poids d’eau, c’est-à-dire qu’il est imporeux. Cependant, à l’état de poudre, il prend 27 p. 100 d’eau (en poids). On sait aussi que les débris granitiques forment, en Bretagne, des marécages dan- gereux. En d’autres termes, la porosité n'est pas liée à la nature du sol, mais à sa structure et à l’agencement de ses éléments. D’ailleurs, il est nécessaire de procéder ici par constatation directe. Cer- tains terrains, que l’on pourrait croire compactes, sont en réalité poreux. On objecta pendant quelque temps à la théorie de Pettenkofer la facilité avec laquelle le choléra se propage sur le rocher de Malte, jusqu’à ce que Pettenkofer lui-même montrât que ce rocher est d’un grès mou, si poreux qu’on le coupe au couteau et qu’on y taille des vases qui servent de filtres dans la marine anglaise. On appelle volume des pores le rapport de l’ensemble des pores au volume de sol. Ce rapport est, naturellement, très variable. Cependant, Hoadley assure qu’il est essentiellement le même dans tous les sols poreux et plutôt au-dessus qu’au-dessous de 40 p. 100. Cette formule n’est pas absolument à repousser en pratique, puisque, en expérimentant sur des sols artificiels de gravier ou de débris, Renk a obtenu les limites de 36 à 33.5 p. 100; Welilschkowsky, celles de 35.2 à 41.9. C. Flügge, opérant également sur des sols artificiels, mais dont il avait provoqué le tassement, avait observé les volumes de pores ci-après : Gravier 38.4 à 40.1 p. 100 Sable 35.G 40.8 — Argile 3G.2 42.5 — Sable et gravier (parties égalesj 23.1 28.9 — Lang et FUigge ont calculé le volume des pores en supposant un sol dont tous les grains seraient sphériques et parfaitement égaux. Selon que l’agencement des grains donne, à la coupe des lacunes restées entre eux (pores), une forme trian- gulaire ou celle d’un quadrilatère, ils ont trouvé le volume des pores = 25.95 ou 47,64 p. 100. Cette tentative ne nous parait guère plus qu’un exercice de mathé- matiques. Indépendamment des lacunes que détermine la juxtaposition des grains du sol, ceux-ci peuvent être eux-mêmes poreux. Les grains de sable quar- ts11* ne le sont pas, mais cela arrive du sable calcaire, de l’argile, de 1 humus, de la tourbe. Enfin, dans un sol à grains inégaux, les grains les plus petits peuvent remplir une partie des lacunes laissées par les plus gros. Les résultats expérimentaux sont donc d’autant plus approchés de la vérité que le sol est à grains plus lins, d’essayer directement le sol naturel. [Hygiène En dernier ressort, le mieux est G. Flügge a enlevé des portions du sol à l’aide d’un cylindre de laiton plongé en terre; puis, il a déterminé le volume des pores en déplaçant, au moyen de l’acide carbonique, l’air de ce sol partiel. Les résultats ont été les suivants : Sol sableux, lm,2 de profondeur, provenant d’un remblai d'environ quinze ans de date 43 j p jqq Terre de jardin, 1™,50 de profondeur 4G.i Sol sableux, 1 m,50 de profondeur, à 0m,30 au-dessus du niveau de la nappe souterraine 35,5 _ Argile sableuse, sol naturel, 0ra,50 de profondeur 32.7 — Le sous-sol d un marais, avec 82 p. 100 de matières organiques, aurait donné à R. v. Schwarz, par une autre méthode, un volume de pores de 84 p. 100. B. Perméabilité du soi. — La perméabilité à l’air est, pour le sol, la propriété de pouvoir être traversé par l’air à la faveur des ruptures d’équi- libre de la pression, soit du dedans au dehors, soit d’un point à un autre dans l’épaisseur même du sol. Elle suppose la porosité, mais ne la copie nullement dans ses allures. En effet, nous avons vu que les « volumes des pores » ne varient pas dans de très grandes limites, quoique le nombre des pores soit évidemment beaucoup plus grand dans le sol à grains fins que dans le sol à gros grains. La facilité avec laquelle l’air circule dans le sol, à pression égale, étant en raison inverse de la résistance qu’il éprouve, il est clair qu’il pénétrera moins aisément le sol à pores nombreux, qui multiplie les inflexions et les étranglements de la voie suivie par l’air, par conséquent augmente aussi les frottements et la longueur du chemin. En d’autres termes, la perméabilité augmente avec la grosseur des grains. Renie, Ammon, Welitschkowslcy, Soylca ont étudié expérimentalement les lois delà perméabilité du sol à l’air. Nous reproduisons ci-dessous un tableau dans lequel Soylca a résumé les résultats de Welitschkowslcy. Il s’agit d'un sol sec, artificiel, de 50 centimètres d’épaisseur. DIAMÈTRE DES GRAINS. VOLUME LITRES D’AIR PASSÉS PAR MINUTE. ’ NATURE DU SOL. des PORES. PRESSION : 50““ d’eau. PRESSION : 10mm d’eau. PRESSION : 5mra d’eau. Moins de 0min,3 De 0mm,3 à lmm 41.87 0/0 40.64 — 01,0058 (1) 0.8890 (155) » » 01.187 (1) 1.628 (8.7) 12.518 (67) 28.493 (152) » De 1“® à 2“” 37.38 — 7.399 (1276) « De 2 à 4 35.47 — » 7'.I82 (1) 17.470 (2.4) 37.S80 (5.2) De 4 à 7 35.93 — » De 7 à 20 35.24 — » Les chiffres entre parenthèses sont des nombres proportionnels. Soylca démontre optiquement que la perméabilité croit avec la grosseur des grains en faisant passer, à travers des colonnes de sols à grains de calibre dif- générale.] PERMÉABILITÉ DU SOL. 29^ férent, du gaz d’éclairage qu’on allume à la sortie. La flamme grandit comme la perméabilité du sol en expérience. La culture, sans changer la taille des grains du sol, en modifie les dispo- sitions et, régulièrement, élargit les pores, en crée d’autres et augmente la perméabilité à l’air. Les remuements du sol des villes, le creusement des canaux, des ports, atteignent au môme effet. L’air pénètre alors jusqu’à la profondeur et rend l’activité à des organismes qui sommeillaient. Le profes- seur Soyka voit dans celte circonstance une part de l’explication des recru- descences de fièvre — palustre ou typhoïde — qui ont signalé la mise en culture de la Pennsylvanie, de la Mitidja, le creusement des canaux de Wal- cheren, du port de Jade, l’ouverture de tranchées pour les eaux ou les égouts en diverses villes (Francfort-S-M., Nancy, Auxerre, etc.). Le sol naturel, sec et pulvérulent, a été examiné par Fleck, dans les cimetières de Dresde. Le tableau ci-après, dans lequel la perméabilité du sol le plus perméable est exprimée par 100, donne les principales consta- tations de l’auteur. NATURE DU SOL. VOLUME DES PORES. PERMÉABILITÉ. I. Gravier roulé (15e0,5 = 20 grammes renferment : gravier pierreux 5"; sable 10co; argile 0°c,5) 49.7 0/0 100 II. Gravier et sable 32.9 — 62.33 III. Sable quartzeux (grains (le 0m“,5 à 2mm) IV. Sable plus fin. Traces d'argile 34.5 — 61 .60 43.2 — 45.86 V. Sable très fia 41.3 — 36.88 VI. Sable argileux (Rothlieqendes : sable 15; argile 4,5) 56.4 — 1.46 VU. Sable argileux en poudre très fine 52.1 — 1.09 VIII. Sable riche en argile et marne 51.8 — 0.61 IX. Sol argileux, moitié sable, moitié argile 55.8 - 0.59 X Sol argileux, ne renfermant que des traces de sable 54.8 — 0.52 On voit que l’argile est très imperméable et entraîne l’imperméabilité des autres éléments du sol, même quand elle est sèche. C’est qu’elle est suscep- tible de prendre la forme d’une poudre excessivement ténue, à pores innom- brables, mais extrêmement petits. Dans la nature, la sécheresse lui donne le plus souvent, surtout après humectation, l’état granuleux, avec des'grains de 1 à2 millimètres; ce qui est compatible avec, une grande perméabilité à l’air. La perméabilité du sol diminue, quand il est mouillé ou humide. La di- minution est en raison directe de la capacité du sol pour l’eau ; on conçoit, en effet, que la présence de l’eau supprime un certain nombre de pores et rétrécisse les autres. File est aussi en raison de la quantité d’eau prise par le sol, soit de haut en bas (pluie), soit de bas en haut (ascension capil- laire de l’eau souterraine). Elle marche plus vite dans les sols à grain ün ; plus vile dans l’argile, qui a une extraordinaire affinité pour l’eau, que dans le sable; plus vite (llenk), dansl’humectation de bas en haut qu’inversement. Le tableau suivant, que Soyka emprunte à Renie, exprime en chilTres ces di- verses lois : DIAMÈTRE des VOLUME PRESSION EN M1I.L1M. QUANTITÉ D’AIR passé par heure. QUANTITÉ D’EAU RETENUE en 0/0 du volume des pores. HUMECTATION NATUIIE des POT. MOUILLÉ GRAINS. PORES. d eau. SOL SEC. d’en haut. d’en bas. par en haut. par en bas. Gravier moyen.... ^ 7 ram 37.9 0/0 20m“ 15'.54 14'.63 13'.70 6.6 12.6 Gravier fin < 4 37.9 — 40 14.04 13.16 12.55 7.8 16.9 Sable grossier < 2 37.9 — 40 2.33 1.91 1.71 23.4 31.2 Sable moyen < 1 55.5 — 150 0.84 0.23 0.00 36.4 46.5 Sable fin <‘'S à‘/i 55.5 — 150 0.01 0.00 0.00 65.1 77.4 Le professeur Soyka, qui appartient à l’école de Munich, fait remarquer que, par le mécanisme indiqué, la pluie peut fermer les pores superficiels et emprisonner dans la profondeur l’acide carbonique et probablement des agents plus offensifs avec lui. En fait, Lewis et Cuningham ont observé, à Calcutta, que la courbe du choléra descend à la saison des pluies. L’eau se dilatant d’un dixième de son volume par la congélation, le sol gelé est encore moins perméable que le sol humide ; la perméabilité peut être supprimée, si le sol a été surpris en état d’humectation notable. Les échanges s’arrêtent alors entre l’air du sol et l’atmosphère sur toute l’éten- due de sol atteinte par la congélation. Le malheur veut qu’au moment où le fait se réalise, les portions de sol qui ont échappé à la gelée sont préci- sément celles sur lesquelles reposent nos habitations; c’est donc de ce côté que se porLent les échanges entre le sol et l’atmosphère, comme l’ont si- gnalé Layet, Soyka, Renk, Wolffberg, à propos des empoisonnements par le gaz d’éclairage; d’autant plus qu’au même moment le chauffage déter- mine dans nos demeures une aspiration qui suffirait à elle seule à y ame- ner le courant souterrain. C. Air «lu sol. — A part quelques phénomènes volcaniques, fumera les, solfatares, mofettes, et les émanations des mines de charbon, qui intervien- nent d’une façon insignifiante dans sa constitution, l’air du sol est essen- tiellement caractérisé par l’introduction, dans l’air atmosphérique, des gaz résultant de la décomposition des matières organiques : acide carbonique, ammoniaque, hydrogène sulfuré, hydrogènes carbonés (méthane, dans le sol abreuvé d’eau, selon Iloppe-Seyler après beaucoup d autres, qui 1 appe- pelaient gaz des marais). C’est là un des faits les plus considérables qui puissent attirer 1 attention de l'hygiène. Les matières mortes, sous forme de débris ou en combinaisons solu- bles, sont entraînées par les eaux dans l’intimité des premières couches du sol et y sont soumises à la combustion lente, c’est-à-dire à l’oxydation, qui leur permettra bientôt de rentrer dans le cercle de la vie. Quand il se rencontre un point de la surface du globe où rien ne vit, par conséquent où rien ne meurt, la richesse de l’air du sol en CO2 ne dépasse pas celle de l’air atmosphérique. Pettenkofer a pu analyser, à Munich (1874), des volumes d’air atmosphérique et d’autres d’air du sol, rapportés des déserts de la Lybie par le professeur Zittel, a son retour d’une expédition avec le voyageur Rohlfs. L’air atmosphérique du dé- sert contenait, comme le nôtre, de 2.5 à 5 d’acide carbonique pour 10.000; mais l’air du sol correspondant n’en renfermait pas davantage. La transformation des matières mortes au sein du sol a ses côtés dangereux ; mais, linalement, c est le grand moyen d’assainissement dont dispose la nature. L’acide carbonique représente de l’oxygène disparu (Fodor, Fleck) de l’air atmosphérique et consommé par la vie des microorganismes ou em- ployé à la formation de CO2, des nitrites et nitrates et de diverses combi- naisons inorganiques, qui accaparent l’oxygène. Iloppe-Seyler en conclut qu'il y a, dans l’épaisseur du sol, une limite (pas absolument éloignée) à laquelle l’oxygène n’arrive plus. Partout où il se forme du gaz des marais, de l’hydrogène sulfuré, du carbonate, des sulfates de fer, du phosphate se colorant en bleu à la lumière, c’est que l’accès de l’oxygène est supprimé. Boussingault et Michel Lévy qui, les premiers (1852), ont étudié l’air du sol, lui trouvaient (en volume) la composition suivante : Oxygène 10.35 Acide carbonique 9.74 Azote 79.91 100.00 Fleck et Fodor, en additionnant les chiffres d’oxygène et de CO2, observés par recherche directe dans l’air du sol, ont toujours obtenu un total égal ou un peu supérieur à 21.03, qui est la proportion normale d’oxygène dans l’air atmosphérique. Acide carbonique de l'air du sol. — L’acide carbonique, qui est, non la cause, mais le critérium de l’insalubrité de l’air extérieur, est aussi le témoin par excellence des opérations suspectes effectuées spontanément au sein du sol. Pettenkofer a donc pu penser qu’il pourrait également servir à construire l’échelle d’insalubrité du support de nos demeures. Cette vue ne doit pas être appliquée en toute rigueur, pour des raisons que l’on dira ; mais elle est généralement juste. Les proportions de CO2 dans l’air tellurique sont toujours, comme on a pu le prévoir, bien supérieures à celles qui existent dans l’atmosphère libre; les plus élevées appartiennent régulièrement au sol des lieux habités. Depuis Pettenkofer, un grand nombre de savants, agriculteurs et hygiénistes, Fleck, Fodor, Angus Smitth, Moller, Port, Wollny, Wolffhügel et d’autres, se sont occupés de doser l’acide carbonique de l’air du sol. On doit à Fodor un procédé de recherches dans cette direction, qui consiste à introduire, à des profondeurs variables, dans un trou de forage que l’on comble ensuite avec de la terre, un thermomètre et des tuyaux de plomb destinés à aspirer l’air du sol. Ceux-ci s adaptent à un appareil d’aspiration d’une contenance connue qui fait passer l’air du sol dans une solution de baryte titrée, où CO2 est absorbé et devient d’un dosage facile (méthode de PetLenkofer). Nous résumons ci-dessous ses résultats de 1874, à Klauscnbourg, et de 1876 à Buda-Pest (casernes Ullôe, Karl, Neuve). Acide carbonique de L'air du sol (vol. p. 1000). STATIONS D’OBSERVATION. 4 MÈTRES. 2 MÈTRES. I MÈTRE. Cour de l’Université (Klausenbourg) 107.S 37.6 18.7 Cave de F Université (Klausenbourg) )) 7.9 5.9 Sol de l’hôpital (Klausenbourg) » 10.0 3.7 Sol d une colline hors de la ville >1 14.1 9.1 Caserne d’ülliie 28.7 6.6 4.8 Caserne Karl 36.5 28.4 18.1 Caserne Nueve 20.1 14.3 13.7 Pettenkdfer, à Munich, dans un sol de cailloux roulés calcaires (Alpenkalk- gerôlle), avait constaté les moyennes suivantes : Pour 1000 volumes d’air du sol. De janvier à mars'. D’avril îi juin De juillet à septembre... ( 1871 3.9 CCD 1 1872 4.7 — ( 1871 5.5 — '/ 1872 12.7 - j 1871 '/ 1872 12.7 — 21.0 — Lewis et Cunningham, à Calcutta, ont recherché l’acide carbonique de l’air du sol sur un terrain en repos depuis vingt-cinq ans et sans souillures à la sur- face. Nous avons déjà dit que les proportions de CO2 dans le sol leur parurent augmenter avec les pluies. Voici les chiffres réels. Acide carbonique dans le sol, à Calcutta. PROFONDEUR. MAXIMUM. MINIMUM. 11 p. mille (septembre). 12 p. mille (septembre et janvier). 4 p. mille (mai). 7 p. mille (mars). Dans une station à 45 mètres de la première, utilisée en 1874-1875, à des pro- fondeurs de 6 et 10 pieds, on obtint les résultats exprimés dans la double courbe de la figure 1. En Amérique, Nicliols, à Boston, regarde l’acide carbonique comme le plus sùr indice de la souillure du sol. Il a expérimenté en un terrain conquis sur l’eau, à l’aide de la projection de cailloux dans la vase. Comme la couche de remplissage variait d’épaisseur et, par conséquent aussi, la proximité de l’eau souterraine par rapport à la surface, on fut naturellement amené à recueillir l'air du sol aux profondeurs diverses de 2, 3 et demi, 6 et 10 pieds anglais. dégage par jour 17.5 centimètres cubes de GO2 du sol, Fodor estime que Fig. 1. — CO2 p. 1000 à 6 pieds et à 10 pieds de profondeur (d’après Lewis et Cunningham). la respiration de l’homme et des animaux, les foyers divers, ne sont rien auprès du sol au point de vue de la production de l’acide carbonique qui fait partie intégrante de l’atmosphère. L’eau souterraine, peut-être, pour- rait en céder aussi au sol, par réduction des bicarbonates qu’elle peut con- tenir; mais Peltenkofer fait remarquer que la couche d’air du sol en con- tact avec la surface de la nappe souterraine renferme bien plus de GO2 que 1 eau ne saurait lui en fournir. Le sol poreux est donc la source de GO2 aussi bien pour l’eau que pour l’air qu’il renferme. Variations des proportions d'acide carbonique dans le sol. — Il ressort suffisamment des données qui précèdent que CO2 est plus abondant à la profondeur, jusqu’à de certaines limites, que dans les couches rappro- chées de la surface. C’est probablement une simple question de diffusion ; les couches superficielles sont plus énergiquement ventilées que les autres. Aussi Port, dans les observations faites aux stations officielles de Munich, a-t-il remarqué quelques rares exceptions à cette règle. Arnould, Hygiène. 2e édit. 3 Les proportions de GO2 varient d’un point à l’autre d’une même ville. Si l’acide carbonique est bien le baromètre de la souillure du sol, on com- prend que la lièvre typhoïde, le choléra, dont les germes paraissent se plaire sur les sols putrides, se distribuent irrégulièrement dans les villes, se limitent à certains quartiers, voire môme à certains immeubles. La richesse du sol en CO'2 est en raison inverse de sa perméabilité. A souillure égale, le sol argileux, par exemple, retient l’acide carbonique plus énergiquement que le sol léger. Le second est facilement ventilé et permet la diffusion des gaz ; le premier ne s’y prête pas. Par la môme rai- son, la pluie, qui ferme les pores du sol, y élève les chiffres de CO2. Il est à peine besoin de constater que l’acide carbonique du sol est, au contraire, en raison directe du degré de souillure de la surface et des pre- mières couches. Dans ses dernières recherches (1886) sur l’acide carbonique du sol, Wollny a indiqué un certain nombre de circonstances qui influent sur les proportions de cet élément. En des terrains en pente, il y en a davantage sous les pentes de 20 degrés et tournées vers le sud, moins sous celles de 10 et même 30 degrés regardant le nord. C’est, évidemment, une question de chaleur et d’humidité, plus ou moins favorables aux microorganisrnes et aux oxydations. Pour les mêmes raisons de température et d’humidité, 11 y en a plus dans le sol de couleur sombre, qui s’échauffe davantage et évapore plus, que dans le sol de couleur claire. Si l’on élève un remblai, il y a plus d’acide carbonique sous la terre annoncelée que sous la rigole creusée au pied du remblai. La stratification du terrain a une sérieuse in- fluence, si les strates opposent de la résistance au mouvement des gaz. Pendant la saison chaude, le sol revêtu de végétaux vivants a moins de CO2 que le sol nu et celui-ci moins encore que le sol couvert de plant es mortes. Il n’échappera point qu'il y a là, à la fois, une question de température, d’évaporation et d’aliment à la décomposition organique. Quelques-uns des tableaux qui précèdent font voir que CO2 est plus abondant au sein du sol dans les mois les plus chauds. Fodor trouve tous ses maxima en juillet; les minima sont en janvier, pour la profondeur de 1 mètre ; en mars, pour les profondeurs de 2 et 4 mètres. Diverses in- fluences peuvent intervenir ici, spécialement le régime des pluies de la con- trée. Mais l’une de celles qui sont le moins contestables, c’est la tempéra- ture qui, assurément, favorise de plus d’une façon les phénomènes de décomposition organique, desquels résulte l’acide carbonique du sol. Nichols attribue à la température un si grand rôle qu’elle lui parait primer l’intensité des oxydations. Port remarque qu’à Munich, le chiffre le plus élevé de CO2 appartient, non aux mois d’été, mais à l’autom ne, et que l’époque du plus grand abaissement de sa production varie de janvier à juin. Nous ne sommes pas persuadé qu’il y ait ici une dérogation positive à la règle ; indépendamment de diverses conditions qui la modifient sans la détruire, nous verrons que la température au sein du sol retarde sur celle de l’air extérieur et qu’à une certaine profondeur les maxima tom- bent précisément en automne. D'autre part, la température extérieure, de même que les oscillations ba- rométriques et les vents, déterminent, dans les proportions de 1 acide car- bonique de l’air du sol, des oscillations liées aux mouvements de cet air, que nous étudierons un peu plus loin. Disons, en un seul mot, que la courbe de CO2 est en sens inverse de celle des indications du baromètre. Acide carbonique à la surface du sol. — Il nous a paru intéressant de re- produire à cette place quelques observations qui continuent rigoureu- sement les précédentes et, en nous donnant une idée de l’abondance de CO2 émergé du sol, révèlent un détail curieux sur les qualités de l’atmo- sphère en contact avec la croûte terrestre. Nichols. recherchant les proportions de CO2 à la surface du sol, constata 6.4 p. 1,000 le 16 octobre, et 3.8 p. 1,000 le 10 novembre. Fodor, qui avait eu le premier l’idée de cette exploration, obtenait antérieurement les chiffres qui suivent : CO2 à la surface du sol p. 1000 volumes d’air à zéro et sous 0m,7G0 de pression. 0.573 7 0.571 9 0.452 13 0.472 0.926 5 mai (jour) 0.523 5 mai (nuit) 0.806 6 mai (jour) 0.506 6 mai (nuit) 0.444 9 mai (jour) 9 mai (nuit) 0.805 11 mai (jour) 0.646 11 mai (nuit) 0.746 12 juin (juin) 0.643 12 juin (nuit) . • 1.110 14 juin (jour) 1.134 14 juin (nuit) 1.003 29 juin (jour) 0.568 29 juin (nuit) 0.849 8 juillet (jour) 0.856 8 juillet (nuit) 0.670 12 juillet (jour) 0.574 12 juillet (nuit) 0.670 13 juillet (jour) 0.483 13 juillet (nuit) 0.912 14 juillet (jour) 0.701 14 juillet (nuit) 0.943 On reconnaît dans ces colonnes la constante production de CO2 dans le sol et son émanation considérable à tout instant, mais d’ordinaire plus la nuit que le jour, comme si l’air extérieur devait attendre jusqu’à la nuit le résultat chimique des réactions qui se sont accomplies à la faveur du calo- rique lentement introduit dans la terre pendant la durée du jour. Ammoniaque dans l'air du sol. — Le gaz ammoniac provient de la décom- position des matières azotées. Il se forme volontiers dans les terrains riches en humus (la tourbe par exemple). Dans le gravier, les décompositions organiques donnent plutôt lieu à des nitrites et à des nitrates qu’à l’am- moniaque. Le dosage de cet élément est assez difücile. Néanmoins, Fodor l’a tenté et a pu üxer quelques faits. Dans 100 litres d’air à 0° sous 0m,760 de pression, il a trouvé : LIEU ET PROFONDEUR. DATES. A* H3 EN grammes. Cour de l’Université 2 m. 19 novembre. 0.000048 — — 2m. 25 — 0.000052 Sol d'une cave 2 m. 2 décembre. 0.000075 — — 2m. 8 — 0.000082 Par comparaison, Smilh a constaté pour le môme volume d’air : Dans l’intérieur de Londres : 0.01)00028 h 0.000005; Dans une chambre à coucher, 0.00001 et même Dans une fosse à fumier, simplement 0.000033. Les recherches de Nichols ont aussi porté sur l’ammoniaque de l’air tel- lurique des marais, mais sans résultat appréciable. Hydrogène sulfuré dans le sol. — Ce gaz, qui probablement joue un rôle important dans l’atmosphère de certaines galeries de mine (houille), n’a pas été reconnu par les observateurs dont il vient d’être question. Hydrogène carboné. — En expérimentant sur la vase d’un canal, Nichols put déterminer trois fois la proportion de gaz des marais à la profondeur de 14 pouces (0m,35): elle était de S,26 le 24 juin; de 10,28 le 1er juillet; de 0,921e 26 août (pour 1,000, en volume). Absorption des gaz par le sol. — Il ne faut pas confondre avec la per- méabilité du sol à l’air le pouvoir d'absorption ou de condensation des gaz, qu’il possède à un degré variable, quelquefois tel qu’il peut renfermer un volume de gaz bien supérieur au sien. D’après Babo (cité par Soyka), le sol désséché à 35-40° absorbe la vapeur d’eau aussi énergiquement que l’acide sulfurique concentré, le chlorure de calcium, etc. L’azote, l’oxygène, l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, l’ammoniaque, les hydrogènes sulfuré et carboné (Saussure, Reichardtet Blumtritt, Scheermesser, Dehérain, Simon, Brustlein, Eichhorn, Bretschneider, Hervé-Mangon, etc.), peuvent être absorbés et condensés par le sol, qui favorise, d’ailleurs, du même coup la transformation de quelques-uns d’entre eux. L’abaissement de la tem- pérature aide à cet effet; il atteint son maximum entre 0° et 18°. La pro- portion des gaz condensés croît avec la finesse des grains, c’est-à-dire avec le nombre des pores et l’étendue de la surface d’adhérence. Soyka explique par cette absorption ce fait remarquable, observé par Biefel et Poleck, que le gaz d’éclairage qui se perd dans le sol se dépouille des carbures d’hydrogène lourds et des vapeurs odorantes; circonstance éminemment redoutable, puisque, dans les cas où ce gaz reflue dans l’in- térieur des habitations, son odeur cesse d’avertir les occupants qui de- viennent dès lors des victimes. Rôle sanitaire de l’air du sol. — L’air du sol forme une grande partie des effluves, des émanations, c’est-à-dire des gaz et vapeurs émanés de la terre, que l’on appelait aussi « miasmes » et auxquels on attribuait le rôle capital dans l’étiologie de beaucoup de maladies infectieuses, spécialement les fièvres palustres et la fièvre typhoïde. Aujourd’hui, que l’on sait que les maladies infectieuses relèvent d’organismes vivants, les « émanations » du sol, comme telles et à supposer qu’elles ne véhiculent point de microorga- nismes offensifs, n’ontplus, selon la juste expression de Soyka, qu'une va- leur symptomatique. Elles prouvent qu’il y a dans le sol des décompositions organiques, des oxydations et même, remarque Fodor, de la putréfaction dans la profondeur, quand l’air pénètre malaisément; par suite, des champignons inférieurs dont quelques-uns pourraient être dangereux. Savoir si les gaz remontant du sol les mêleront à l’air atmosphérique, c’est une .question que nous traiterons en son lieu et que nous résoudrons géné- ralement par la négative. Mais c’est quelque chose de prouver que le sol est sale et qu’il est apte à nourrir des germes. Par ailleurs, l’air du sol, lors- qu’il est suffisamment riche en CO8, en hydrogène sulfuré ou carboné (puits ou galeries de mines) est impropre à la respiration ou même toxi- que. Des puisatiers ont été asphyxiés par CO2 en descendant au fonds d’un puits (exemple à Chécy, près d’Orléans, en 1876). Sans, même, s’arrêter trop à ces accidents aigus et rares, il est bien probable que le mélange, à l’air atmosphérique, des gaz issus d’un sol putride est d’un usage fâ- cheux et très propre à affaiblir, fût-ce banalement, la vitalité des individus. 11 n’engendre pas la fièvre typhoïde ni le choléra, mais il y prépare au mieux. On comprend ainsi que les épidémiologistes de l’ancienne École attribuent souvent la fièvre typhoïde à des « émanations ». Quant à l’influence de l’air du sol sur la vitalité des microorganismes eux-mêmes, elle est très variable et encore mal étudiée. Les moisissure s ont besoin d’oxygène. Les levures prospèrent sous l’action de l’air et de la cha- leur, mais peuvent, à la rigueur, se passer du premier. Des schizomycètes (bactériens), les uns ont besoin d’air (aérobies); c’est le plus grand nombre. D'autres s’en passent (anaérobies) et perdent même de leurs propriétés sous l’action de l’oxygène. Quelques-uns s’adaptent à vivre alternativement dans l’air et sans air. Parfois, l’air est une condition de sporulation ; tantôt, c’est le contraire. En général, les bactéries de la putréfaction sont avides d’oxy- gène. L’acide carbonique à petites doses excite les bactéries; à haute dose il les paralyse. C’est déjà beaucoup que l’air du sol puisse favoriser ou entraver la réus- site, au sein du sol, de microorganismes qu’un autre véhicule sera capable de recueillir et de porter à distance. Si l’air du sol n’en ramène pas au dehors les germes, fussent-ils simplement les organismes delà putréfaction, il n’y a pas lieu d’accepter l’explication que donne F. Rabitsch (de Ivlagenfurth) de la prédominance, observée par lui, du catarrhe gastrique aigu dans les périodes de dépression barométrique, c’est-à-dire alors que l’air du sol s’élève le plus aisément au dehors. L’auteur suppose, en effet, que ce catarrhe est dû à 1 irritation, banale ou non, que produisent sur la muqueuse gastrique les germes du sol, déposés par l’air ascendant sur les lèvres, dans la bouche, le pharynx, et ensuite déglutis avec la salive ou les aliments. D. Mouvements «le l’air du soi.— 11 y a entre l’atmosphère libre et l’air du sol, des échanges incessants dont la perméabilité du sol est la raison suffisante. On a remarqué maintes fois que des ouvriers, surpris par un ébou- lement dans une galerie de mine, pourvu qu’ils ne fussent pas écrasés, renouvelaient suffisamment leur air à travers d’épaisses couches de terre pour conserver la vie. Ce sont là des mouvements dans le sens vertical. D autres s accomplissent d’un point à un autre de l’intimité même du sol, dans le sens horizontal. L’air, en effet, est essentiellement mobile et, dans le sol comme au dehors, il obéit aux changements de pression, à la température, au vent, au mouvement de l’eau souterraine. On remarquera que ces trois dernières circonstances se traduisent aussi par des change- ments de pression. 1. Il semble, théoriquement et à priori, que quand la pression atmosphé- rique baisse, l’air du sol doit s’élever, de la profondeur vers la surface et, par suite l’acide carbonique augmenter dans les couches superficielles, aux- quelles il afflue d’en bas. Inversement, une augmentation de pression re- foule l’air du sol et, d’ailleurs, provoque la dilution de GO2 par l’air ex- ' térieur pénétrant dans la terre. Telle était l’idée d’A. Vogt (1874). Le pro- fesseur Fodor (1877) compara, à cet égard, en quatre stations, les propor- tions de CO2 constatées dans le sol, à 1 mètre de profondeur, soit au moment de l’ascension, soit au moment de la chute du baromètre, avec les mêmes valeurs observées le jour précédent. La moyenne de 463 constatations prouva que l’acide carbonique avait augmenté avec la chute du baromètre en trois stations et diminué en une seule. Toutefois, l’augmentation est si peu sensible que, dans des observations isolées, les rapports entre les oscil- lations du baromètre et celles de CO2 peuvent échapper à l’observateur. 'YVolffhügel, àMunich, est arrivé à des résultats identiques. Néanmoins, Soyka pense qu’il ne faut pas en conclure que les oscillations barométriques sont sans influence sur les mouvements verticaux de l’air du sol. Ce phénomène peut ne s’accomplir que très lentement, à cause des résistances semées sur la route de l’air et de la faiblesse de la force motrice. La diffusion de CO2 masque peut-être les mouvements réels. Il y a probablement un échange de ce gaz entre les couches qui en ont le plus et celles qui en ont le moins. 2. Fodor attribue, avec raison, une influence capitale à la température sur ce qu’il appelle les « courants » de l’air du sol. En effet, la tempéra- ture n’est jamais en équilibre, du sol à sa surface et à l’extérieur ni même d’un point à un autre de l’épaisseur du sol. D’où des différences de densité ou de tension entre l’air intérieur et celui du dehors ou entre des couches différentes du premier. Les colonnes les plus denses vont vers les moins denses, qui font appel. L’air du sol est plus froid en été et, généralement pendant le jour, que l’air de l’atmosphère ; à ces époques, il s’élève. En hiver et pendant la nuit, il est plus chaud ; dans ces conditions, c’est l’air extérieurqui pénètre dans le sol. Soyka fait remarquer que ce fait est en contradiction avec l’expli- cation traditionnelle du danger d’infection nocturne, dans les pays palus- ( très. C’est qu’il est probable qu’on se trompe en attribuant cette infection à l’ascension de l’air du sol ; il est plutôt à croire que le danger est dû à la précipitation, au moment où l’air extérieur se refroidit, de la vapeur d’eau tenue en suspension à la faveur de la chaleur diurne; cette rosée entraîne avec elle les germes qui flottaient dans l’air pendant le jour et c’est là ce qui est redoutable. Les différences de température de la surface et d’une couche à l’autre déterminent des courants aériens secondaires. Litrow les a démontrés expérimentalement. Ces courants expliqueraient (Wildt) les irrégularités des minima journaliers de CO2 à la profondeur. En considérant, non pins les échanges entre le sol et l’air libre, mais les échanges entre le premier et l’air de nos habitations, Soyka fait, à la salu- brité de la maison, une application intéressante des principes ci-dessus énoncés et des faits observés par Forster, sur la diffusion de l’acide carbo- nique, par Renk etFodorsur la richesse en CO2 de l’air des caves. L air de la maison est presque toujours plus chaud que l’air du sol et que 1 air ex- térieur. 11 fait donc appel sur l’un et l’autre et, si les caves, les sous-sols, ne sont exactement blindés ou, ce qui vaut mieux, ventilés, leur air se charge d’acide carbonique de l’air du sol et, le cas échéant, de gaz d’éclairage. Cet appel est, en effet, le réel mécanisme de l’intro- duction de ce toxique dans nos habitations (Pettenkofer, Hofmann, Layet, Welitsch- kowsky, Wolffberg). Nous aurons l’occasion d’y re- venir. 3. Le vent provoque tou- jours des vagues dans l’air du sol, qui est comme lavé par l’air atmosphérique. Fo- dor, dans 111 observations, en comparant les propor- tions d’acide carbonique du sol dans les jours de vent avec celles des calmes, a constaté que, 07 fois, le vent amenait une diminution, 44 fois une augmentation de cet élément de l’air telluri- que. L’effet le plus ordinaire est donc une ventilation sa- FiS- 2- — Appareil 'de\Peltenkofer pour démontrer , . . , , _ , l'action de l'air exlèrieur sur le mouvement des qaz lutaire du sol ; ce que Pet- du soL tenkofer avait déjà cherché à démontrer. L’effet est de courte durée. En outre, il dépend beaucoup des conditions dans lesquelles le vent a donné. Le vent qui souffle contre la muraille d’une maison détermine en avant de ce mur un excès de pres- sion et une dépression en aval; c’est encore une manière de favoriser l’en- trée de l’air du sol dans nos demeures. Pettenkofer montre, à l’aide de l’appareil représenté par la figure 2, l'action du vent et de l’excès de pression sur le mouvement des gaz du sol. — Dans le tube A, rempli de gravier, plonge jusqu’au fond un tube plus mince E, mis en communica- tion par son extrémité supérieure avec un tube en U, à demi-plein d’eau. Si on souffle à la surface du gravier, l’eau monte dans la branche libre du tube en U. On peut colorer cette eau pour rendre le résultat plus sensible. 4. Nous avons déjà constaté que la pluie bouche les pores du sol, à la surface, et en arrête la ventilation. Il est bon de remarquer que la partie du sol qui n’est pas mouillée, au moment de la pluie, est précisément sous nos habitations. Il s’établit donc là une fâcheuse compensation et les échanges entre l’air du sol et l’air extérieur y redoublent d’activité. — Par ailleurs, les mouvements de la nappe souterraine dans le sens vertical ont nécessairement cet effet que l’ascension du niveau détermine le refoule- ment vers le haut de l’air du sol, et que sa chute fasse appel sur cet air dans le sens de la profondeur. Il est clair que les oscillations gazeuses qui en résultent se font d’une façon insensible. De patients observateurs (Fleck, Renk, Ammon, Welitschkowsky), dont Soyka résume les travaux, ont cherché à mesurer la vitesse des courants aériens du sol. Ils ont obtenu des vitesses théoriques de i7 à 106 millimètres par seconde; mais les frottements atténuent les chiffres dans la réalité. Quoi qu’il en soit, la vitesse est ordinairement suffisante à transporter des Schizomycètes, puisqu’un courant d’air, passant avec une vitesse de 8 millimètres à travers un liquide qui en ren- ferme, peut les porter à une certaine distance. Mais beaucoup d’autres circons- tances interviennent ici. Les Schizomycètes dans l’air ne voyagent pas seuls ; ils sont accolés à d’autres ou à des particules d’une nature étrangère, qui ne leur permettent pas de passer aussi aisément qu’on aurait cru. D’où cette loi para- doxale, formulée par Hesse : que les moisissures, beaucoup plus grosses que les Schizomycètes, sont plus aisément transportées qu’eux ; les individus de la première catégorie voyagent seuls. 3° Rapports du sol avec l’eau. La présence de l’eau dans le sol et la manière dont elle s’y comporte, même sans parler encore de la nappe souterraine, empruntent leur impor- tance à ces deux faits sommairement exprimés par Fr. Hofinann, savoir : qu’elles règlent les processus de décomposition aussi bien que le dévelop- pement et la multiplication des microorganismes au sein du sol ; — et que l’eau peut servir de véhicule aux germes et aux matières nuisibles, soit dans le sens horizontal, soit vers la profondeur. La production de GO2 au sein du sol, preuve et résultat de l’oxydation des matières organiques, n’a pas lieu dans un sol parfaitement sec ; elle croît au fur et à mesure de l’humectation du sol, jusqu’à un point maximum au-delà duquel elle décroît de nouveau (Moller, Wollny, Soyka). Un sol qui, à 20°, avec une proportion de 6.79 p. 100 d’eau, mettait dans l’air du sol 3.22 p. 100 de GO2, en produisit 54.24 p. 100 avec 26.79 p. 100 d’eau; 61.49 p. 100 avec 46.79 p. 100 d’eau. En faisant fermenter par la levùre de bière une solu- tion sucrée, versée sur un sol formé de perles de verre, Soyka constata que la fermentation n’a pas lieu au-dessous de 3.5 p. 100 et que son maximum d’intensité est aux environs de 35 p. 100 d’eau. L’eau des premières couches, d’ailleurs, constitue une réserve puissante, absolument nécessaire pour que les précipitations aqueuses bénéficient à la nappe souterraine ; à bien dire, la nappe souterraine n’est alimentée que par le superflu de cette réserve. Les lois générales, en cette matière, primitivement étudiées par les agronomes, ont été recherchées dans ces derniers temps par les hygié- nistes. Elles commencent à pouvoir être formulées. Mais elles servent sur- tout à faire saisir la complexité de celle question, que quelques-uns se bornent à résoudre par des hypothèses. Pour parler exactement, on ne connaîtra bien les rapports avec l’eau d’un sol quelconque, pris en par- ticulier, que quand on les aura étudiés directement dans ce sol lui-même. 1. Proportion d’eau dans le sol. — II ne s’agit pas ici de l’eau qu’on pourrait appeler de constitution, qui humecte les roches les plus dures, dites imporeuse<; ni de celle que certains corps peuvent prendre, comme Vanhy- drile, par affinité chimique; mais de celle qui peut se déplacer dans le sol et lui donner la propriété d’être humide, dans le sens vulgaire du mot. La présence de l’eau dans le sol a pour raison d’être la porosité de celui-ci ; mais la porosité n’est la mesure exacte de l’humectation que dans les couches où existe une nappe souterraine, c’est-à-dire là où l’eau remplit tous les pores, après en avoir expulsé tout l’air, sauf celui qui y est retenu par adhérence ou par condensation. D’ordinaire, il y a à la fois de l’eau et de l’air dans les pores du sol. Des roches très dures, qui ne renferment que très peu d’eau à l’état compacte, peuvent en recevoir une quantité notable à l’état pulvérulent. La granité compacte ne prend que 0.06 d’eau p. 100 de son poids; en poudre, il en admet 27 p. 100. Il en est de même des trapps désagrégés, qui forment les terres à coton dans l’Inde. Les caractères minéralogiques et chimiques ont une grande influence sur la quantité d’eau contenue dans le sol. L’argile plastique renferme deux fois plus d’eau que le sable d’alluvion ; le sol souillé de matières orga- niques, beaucoup glus que le sol resté pur. Mais la structure mécanique est probablement plus décisive encore. La saison de l’année, la profondeur à laquelle on observe, ont aussi leur importance (Fodor, Ilofmann). Ces faits ressortiront des tableaux que nous donnons plus loin. Disons seule- ment que les quantités d’eau varient dans une assez grande étendue, non seulement d’un sol à l’autre, et d’une couche à l’autre d’un sol unique, mais encore dans le même sol, d’une époque à la suivante ; par exemple de 32 grammes d’eau à 168 p. 1,000 grammes de sol (Fodor); de 32 à 687 grammes par litre de sol (Hofmann). Pour 1000 litres de sol, Fleck, à Dresde, constatait les poids d’eau suivants : à 0m.0I de profondeur, dans un sable très fin., 31101.7 ^ 0 12 — — une terre noire de jardin 73 8 k 1 — — le sable très fin 33 9 à 2 10 — — un sable légèrement argileux... 125 G ^ 3 10 — — le même 137 4 DU SOL. [Hygiene à 3m 37 de profondeur, dans un gravier très argileux........ 117ki|.0 ^ 4 10 — — le gravier 54 2 k 5 — — le sable très fin 20 6 D ailleurs, indépendamment du régime des précipitations aqueuses,'la quantité d eau contenue dans le sol est essentiellement réglée par la capacité du solpoui l eau,\o.cii culation capillaire, la perméabilité, Y évaporation [fèoykoYj. 2. Capacité Sable pur Argile à galets sableuse 8.75 3.34 1527 64 32.0 10 0.05 0.40 1061 203 60.0 1 1 Gravier grossier 9.45 37.77 1133 087 274.8 Moyennes )> 9.64 1833 193 Total 1258.2 Ainsi, le sol pur renferme dans ses couches moins d’eau que le sol souillé. Fodor l’avait déjà constaté, à Budapest. « Tenir le sol propre est line façon de l'asséclier. » On doit noter que les échantillons du sol n° 3 ont été pris au mois de mai, qui se ressent encore de l’humidité de l’hiver. Cependant, vers 3m,o0 de pro- fondeur, le sol est extrêmement sec. A 9m,45, il est très humide ; mais c’est parce que la nappe souterraine est à 9m,50 et que l’on est en pleine zone d’humectation. Aux autres profondeurs, l’humectation varie beaucoup et dépend de la dimen- sion des grains. On apprécie, d’après ce tableau, la justesse de cette réflexion d’IIofmann : « celui qui penserait avoir une idée de l’humidité du sol, en exami- nant au hasard une couche ou deux dans son épaisseur, s’exposerait à d’étranges illusions. » Le même savant a institué, du 2 décembre 1879 au la avril 1880, dans le cime- tière neuf de Leipzig, une série de recherches adaptées à montrer comment un sol pur et homogène se comporte dans la saison de la plus grande humectation. Il utilisa des fosses creusées en un point qui n’avait encore jamais servi aux sépul- tures. La tranchée coupait une couche d’argile à galets avec quelques blocs erra- tiques de 3 à 4 mètres d’épaisseur; au-dessous de celle-ci se trouve une couche d’argile plastique de 5 à 10 centimètres ; puis reparaît le sable diluvien. La nappe souterraine est moyennement à 12m,50 au-dessous de la surface. Comme toujours, la proportion d’eau des diverses couches dépend ici de la nature du terrain. Le sable retient peu d’eau, même en décembre. D ailleurs, en n’importe quel terrain, dans les couches de 1 à 3 mètres de profondeur, il ny a pas plus d’eau au mois d’avril qu’en décembre ou janvier; c’est-à-dire que la fonte des neiges, au printemps, semble passer inaperçue pour ces cou- ches. On remarque, toutefois, que les couches superficielles, plus influencées par les précipitations atmosphériques, sont un peu plus humides que les couches profondes. Finalement, on trouve 242 kilogrammes d’eau par mètre cube dans 1 argile du sol du cimetière et 123 kilogrammes dans le sable. L'argile descendant de la sur- facejusqu’à 3 mètres de profondeur, c’est un poids de 3 X 242 = 726kilogrammes d’eau par mètre carré de surface. Le sable allant de 3 mètres à I2m,50, son poids d’eau arrive à 123 X 9 = 1,108 kilogrammes par mètre carré. Total 1,894 kilo- grammes d’eau. (Dans le tableau ci-dessous, les proportions d’eau des couches argileuses sont en caractères ordinaires; celles qui appartiennent, à l'argile plastique, en caractères gras ; enfin, celles du sable, en italiques.) Sol du cimetière de Leipzig. Eau {en grammes) par 100 de terre (Hofinann). DATES. 0” - 0",3. 0”,3- 1". l“-lm,S. J *j _ Oro, On _ 2tu,5. 2n*,3-3m. 3”-3”,25 3",25-3“,50. 1879. 2 décembre ... 13.1 12.8 12.6 12.2 9.8 9.8 23.1 3.8 — 6 — 11.2 10.8 12.3 11.3 10.1 9.3 21.9 5 — 12 — 49 9 11.2 11.0 11.8 10.8 10.5 16.0 6.5 — 19 — 12. 1 10.0 12.0 13.0 10.4 10.3 22.4 0.1 — 20 — 13.6 12.9 14.1 13.7 11.6 11.4 » n — 29 — 13.2 fl.5 S.5 8.3 3.6 5.2 » » 1880. 3 janvier 13.4 12.7 13.1 11.4 9.5 10.0 U n 9 — 14.0 12.9 12.7 il.l 10.8 10.7 » »> — 12 — 16.0 14.1 13.4 13.2 12.0 5.6 » >v 16 — 14.0 12.9 11.2 11.1 11.0 S.l » » 29 ' — Il .6 12.0 14.2 12.4 11.0 9.9 )» » — 7 février 13.8 13.4 13.1 13.0 10.5 21.3 n » — 14 — 12.2 13.8 12.8 12.1 10.a 11.3 )> » — 6 mars 11.9 10.5 11.0 12.1 10.9 10.5 » » — 9 — 13.0 13.4 14.2 11.4 10.5 10.7 » » — 13 avril 10.1 12.3 13.4 11.2 10.1 9.5 » » Or, t kilogramme d’eau par mètre carré de surface représente exactement une hauteur de pluie de 1 millimètre. Si, donc, le sol du cimetière de Leipzig se trou- vait, un jour, entièrement desséché, il ne faudrait pas moins de 1,894 millimètres de pluie, en supposant qu’il ne s’en écoule ni ne s’en évapore rien, pour remplacer par infiltration l’eau disparue. Comme la moyenne annuelle de pluie, à Leipzig, n’est que de 574 millimètres dont la moitié ne pénétre pas dans le sol, ce rempla- cement mettrait de trois à sept ans à s’accomplir. Ce qui explique qu’en beau- coup de lieux il n'y a aucun rapport entre les précipitations atmosphériques et les oscillations du niveau cle l’eau souterraine. / Un mètre carré de surface cle sol sur 1 mètre de profondeur peut con- tenir 139 kilogrammes d’eau, 239 et même 410 kilogrammes, c’est-à-dire absorber, dans nos pays, toute la pluie d’une année, ou d’une demi-année, déduction faite de la part de l’évaporation. Celle-ci peut être telle que les pluies d’été no saturent pas même la couche superficielle. Ce sont les pluies d’hiver, époque à laquelle l’évaporation est presque nulle, qui réparent réellement les pertes de l’année. Celle-ci peut avoir été pluvieuse en été, sans que la nappe souterraine s’élève ou même cesse do s’abaisser. A Lille, le 10 novembre 4887, après des pluies qui avaient déjà fatigué tout le monde, le déficit persistait dans les réservoirs de la distribution d’eau, à Emmerin. La limite, dit Hofmann, au delà de laquelle les phénomènes d’évapora- tion ne sont plus influencés par les oscillations périodiques de la tem- pérature, n est jamais bien loin de la surface. A partir de cette limite, il y a une zone dans laquelle les interstices du sol sont saturés d’eau. S’il pleut, 1 infiltration peut y amener encore de l’eau ; les pores encore libres se remplissent; mais ils ne peuvent retenir l’eau, qui pénètre au delà dans la profondeur jusqu’à ce que le sol soit ramené à l’humectation dont il est susceptible en vertu de sa capacité propre. En conséquence de ces observations, Hofmann distingue trois zones ou couches inégales de sol : a. La zone d'évaporation, couche supérieure, d’humectation extrêmement variable et, cependant, la plus importante au point de vue de l’hygiène, puisque c’est elle qui reçoit surtout les souillures de l’extérieur, qui subit les plus hautes températures de l’année et s’ouvre à l’invasion directe des champignons pathogènes. Elle peut, après une longue sécheresse, retenir toute la pluie d’une demi-année ou même d’une année, de telle sorte qu’il n’en passe pas une goutte dans les couches inférieures. b. La zone de transition, dans laquelle l’évaporation n’a plus lieu. Cette zone renferme une proportion d’eau invariable et assez riche, correspon- dant à la taille des capillaires du sol. L’eau y est stagnante, tant qu’il ne lui vient pas un tribut d’en haut. Celui-ci ne change que passagèrement la richesse en eau de la zone, puisque ce qui dépasse la capacité hydrologique de ces couches s’écoule verticalement. Réciproquement, cette zone n’alimente les couches inférieures que quand elle-même est sursaturée. c. La zone de la nappe de capillarité, contiguë à la nappe souterraine, alimentée par celle-ci par capillarité ascendante, et qui rend le sol plus ou moins riche en eau, selon que les dimensions des voies capillaires rendent l’ascension liquide plus ou moins importante. Dans un sol à gros grains, elle peut n’atteindre que quelques décimètres; dans un sol à grains fins, 1 à 2 mètres. Cette zone est exactement réglée par les oscillations vertica- les du niveau de la nappe souterraine; mais c’est la seule qui soit dans ce cas. En effet, les couches moyennes ne reçoivent que l’excès d’eau des cou- ches supérieures; quant à leur rôle vis-à-vis de l’alimentation de la nappe souterraine, il faut se souvenir que «l’eau qui s’en écoule dans l’unité de temps n’est qu’une fraction de celle qui y reste. » Pour les couches supérieures, leur état est subordonné à l’évaporation. Elles n’influencent aussi la nappe souterraine que quand elles sont sursaturées. On ne saurait donc trop rester sur la réserve vis-à-vis des théories étiologiques, basées par quelques auteurs contemporains sur la croyance, généralement erronée, que des averses ont entraîné jusqu’à la nappe souterraine les impuretés et matières pathogènes déposées à la surface du sol,ou dans ses premières couches. (Voy. plus loin : Souillures du sol, p. 95.) 4° Nappe souterraine. L’eau qui fait partie intégrante des couches terrestres superficielles semble pouvoir s’appeler eau tellurique. Celle qui détermine l'humidité du sol et dont il vient d’être question est le premier mode de l’eau tellurique ; la nappe souterraine en est un autre. Les précipitations atmosphériques, comme on le sait vulgairement, se divisent en trois parts, plus ou moins égales selon les lieux et les circons- tances. L’une de ces parts s’évapore; l’autre suit les parties déclives du sol jusqu’au prochain cours deau; la troisième pénètre dans le sol. Si, à une profondeur médiocre au-dessous de la surface, il existe une couche impé- nétrable à l’eau et qu’après la saturation do la capacité du sol, comme il a été expliqué, il reste un excès d’eau, celle-ci est arrêtée par la couche imperméable, remplit tous les pores du sol immédiatement superposé à cette couche et. pourvu que celle-ci ne soit pas trop inclinée, y forme une collection que l’on nomme l'eau souterraine, la nappe souterraine, le Grundwasser. Quand la couche imperméable est très près de la surface, à 50 centimètres par exemple, en pays plat, l’eau de précipitation imbibe le sol, le rend improductif, tout en favorisant la végétation palustre et la faune correspondante. C’est le marais sous l’un de ses aspects les plus caractérisés. L’eau peut même excéder la capacité de la mince couche poreuse du sol, rester visible, immobile et ne dispa- raissant que par évaporation, à moins que la surface du sol n’ait une pente très favorable. Cette forme (Tagwasser) est encore très dangereuse et ne diffère pas sensiblement du marais. Le premier cas était celui de la vallée de la Bièvre, à Paris, avant les travaux d’assainissement (Rives). Pellenkofer définit la nappe souterraine d’une façon qui nous a paru en faire bien ressortir le caractère essentiel. C’est « cette couche aqueuse souterraine, plus ou moins haute, existant dans le sol poreux, qui nous est accessible par le creusement des puits. Les eaux souterraines de nos sur- faces terrestres peuvent être considérées comme des étangs et des fleuves souterrains, remplis par des alluvions et plus ou moins comblés, de telle sorte que nous habitons et cultivons la terre par-dessus leur niveau. Si nous établissons un puits, nous pratiquons une ouverture à travers la cou- verture de cette eau souterraine ; arrivés au niveau de l’eau, nous extrayons encore à quelques pieds de profondeur les matériaux de remplissage, de sorte que le bassin est déblayé et que l’eau s’y collectionne, pour être ramenée à la surface à l’aide d’une pompe ou d’un seau à puiser. » D'ailleurs, l’eau souterraine fournit réellement de véritables sources, comme l’ont indiqué Daubrée (1849) et Darcy (1856), lorsque la couche imperméable sur laquelle elle repose vient mettre sa tranche au jour sur un point du flanc d’une colline. C’est le mécanisme précisé par Richthofen pour les « sources d’eau souterraine », par changement de direction de la couche imperméable, à la faveur d’une pente brusque, d’une vallée, d’une tranchée quelconque. Normalement, la nappe souterraine porte les eaux du sol jusqu’au cours d’eau qui se trouve sur la ligne de collectionnement du drainage de la contrée (Soyka). Souvent, ce déversement a lieu par des sources sur le bord même de la rivière, ainsi qu’il arrive à la Scarpe, dans le Pas-de-Calais; ou môme par des sources cachées dans le lit de la rivière. Les sources dites des couches superficielles, qui proviennent de l’eau de pluie tombée dans les fissures d’un sol imperméable et reparaissant plus bas ; celles (les couches profondes, qui se prêtent à la création des puits artésiens, ne se ratta- chent que de loin à la nappe souterraine, prise dans le sens de l’hygiène. Cepen- dant, une situation du premier genre, rappelée par Soyka, présente un réel intérêt. C’est celle des eaux qui sortent des collines de Rome. Ces collines s’élèvent autour de la ville, d’étage en étage, jusqu’à des cratères d’anciens volcans, au- jourd’hui transformés en lacs. De ces bassins naturels, ou simplement par suite des pluies sur les hauteurs, l’eau s’écoule par les tissures et par les voies per- méables, cheminant souterrainement sur les couches de tuf volcanique ou d’argile, à travers des couches de pouzzolane, de lapilli, de sable. Si elle rencontre une masse compacte, elle remonte en source jaillissante. Sinon, elle va former des sources au pied des collines et même des marais, en un pays où il ne pleut guère. Les anciens avaient pratiqué dans ces collines un drainage intelligent (cuniculi), dont la ruine, par l’incurie du moyen âge, a causé l’insalubrité proverbiale de l’A(7?’o Romano. Tommasi-Crudeli en a retrouvé les traces, sur les indications du docteur Tucci. Disposition et rapports île la nappe souterraine. — On ne Saurait trop se pénétrer de l’idée que le niveau, la pente, le mouvement de la nappe souterraine sont subordonnés aux qualités, à la structure du sol, aux accidents de surface de la couche imperméable. Des communications existent habituellement entre les cours d’eau qui occupent le fond d’une vallée et la nappe souterraine des pentes; mais le fait n’est point néces- saire, puisque les roches sont parfois inclinées (roches anticlines) dans un sens qui éloigne du fond de la vallée les eaux entrées dans le sol. Nous verrons, de plus, que la nappe influence beaucoup plus le cours d’eau que celui-ci n’agit sur la nappe. On peut admettre que la rivière repose sur les points les plus déprimés de la couche imperméable ou même entame celle- ci, suivant deux lignes le long dequelles la couche de terrain léger, superposée à la précédente, arrive à sa moindre épaisseur. La nappe a, d’ordinaire, une double inclinaison qui la dirige à la fois dans un sens perpendiculaire au fleuve et suivant une pente analogue à celle du cours d’eau lui-même, de telle sorte qu’elle lui fournisse sous un angle aigu ces affluents souterrains qui expliquent pourquoi les fleuves grossissent dans leur cours, même alors qu’on ne leur voit pas d'affluents superficiels. Dans tous les cas, grâce à son incorporation aux pores du sol, grâce à sa liaison avec la couche imperméable, elle échappe beaucoup plus que l’eau superficielle à la tendance à l’horizontalité du niveau, de même que son mouvement ne saurait se calculer d’après les lois de la pesanteur. Il va sans dire que le relief extérieur du sol ne donne non plus aucune indication sur la disposition ou le niveau de la nappe souterraine et il ne faut pas croire que celle-ci soit inclinée vers le fleuve comme les pentes de la vallée. Gela peut arriver; mais le contraire se présente également. A quelque distance du bord du fleuve, la nappe souterraine reprend absolu- ment son indépendance ; la couche imperméable ondule pour son propre compte, quel que soit le relief de la superficie, et il se fait souterrainement des lignes (le séparation dos eaux, tout comme il y on a à 1 extérieur, mais sans correspondance nécessaire des unes avec les autres. Un puits, ou un trou de forage, donne la profondeur à laquelle se trouve la nappe souter- raine au point examiné; mais il faut en creuser plusieurs, sur des lignes verticales et sur des lignes parallèles à la direction du cours d eau du fond de la vallée, pour avoir une idée approchée de la disposition d ensemble du niveau de l'eau souterraine sur une certaine étendue. A Munich, la cou- che de marne imperméable sur laquelle repose la nappe souterraine, cette nappe elle-même, de même que le cours de l’Isar et les pentes superfi- cielles, s’inclinent simultanément du sud au nord; mais la pente est bien plus raide de la part de la couche superficielle, c’est-à-dire que cette couche de gravier, poreuse, diminue d épaisseur du sud au nord ; aussi, on haut, vers le sud, la nappe souterraine est-elle à plus de 20 mètres de profon- deur, tandis qu’au nord de la ville elle s’échappe de terre sous forme de sources nombreuses. En quelques points, le relèvement brusque de la couche imperméable donne lieu à des ondulations de la surface de la nappe et à la formation de cuvettes où il y a une sorte de stagnation de l’eau sou- terraine (voy. lig. 3). Près du village badois d’Immendingen, une partie de l’eau du Danube naissant disparait sous terre pour ne reparaître qu’à trois lieues plus loin, à la petite ville d’Ach. Or, cette eau tombée dans la nappe souterraine appartient au bassin du Rhin à sa réapparition. A Barmen, au contraire, sur une étendue dans laquelle la Wupper descend de 20 mètres, tous les puits creusés à une même distance de la rivière, ont l’eau à 3 mètres de profondeur; c’est donc que la surface du sol et celle de la couche im- perméable ont la même inclinaison. Ce ne sont pas les fleuves qui alimentent la nappe souterraine, c’est le contraire; la preuve en a été donnée plusieurs fois. A Dresde, lorsqu’on faisait les travaux de distribution d’eau, l’eau des tranchées ouvertes près du bord de l’Elbe conservait, en été, une température de 7° R., tandis que celle du fleuve en marquait 19. En hiver, après une semaine d’épuise- ment par les pompes tel que le niveau des puits avait baissé de 2m,50 vers l’Elbe, l’eau des tranchées était toujours à 7° R., et celle du fleuve à 0°. Ce n’était donc pas l’eau du fleuve que les pompes amenaient au dehors, mais celle des couches de gravier, ouvertes par les travaux. Sous le sol même du lit du fleuve, on a reconnu que l’eau n’est point celle de l’Elbe arrivée là par filtration. Veilmeycr, aux Tegelsée et Mügggelsée (Berlin), Gruner et Thiem à Strasbourg, Salbach à Halle, ont fait des observations analogues. L’analyse chimique, dans les eaux de forage de Dresde, donne 84 milli- grammes de matières fixes; celle de l’eau de l’Elbe en fournit 104 milli- grammes. Dans le premier cas, le résidu se compose de 7.3 p. 100 de substance organique non azotée; de 92,7 p. 100 de matières minérales; il n’y a ni ammoniaque ni acide nitrique. Dans le second, les matières organiques non azotées représentent 22.1, et les minéraux 77.9; il y a des traces d’ammoniaque et une quantité notable d’acide nitrique, 38 Alexandre Millier s’est assuré que les puits creusés autour du Müggelsée, môme après avoir été épuisés pendant cinq mois, ne renferment que 16mg,4 de chlorure de sodium par litre, tandis que le lac en contient 35mg,3. Or, le chlorure de sodium n’est aucunement retenu par la filtration. A Lyon, d’après Séeligman, le degré hydrotimétique des eaux de puits varie de 13 à 133 degrés, tandis que celui des eaux fluviales (Rhône et Saône) n’oscille qu’entre 13 et 20 degrés (Depéret). En France, la partie du Pas-de-Calais, qui s’étend de Boulogne à Guines, lon- geant la mer, décèle parfaitement l’indépendance de la nappe souterraine par rapport à la collection visible (la mer) et l’étroite liaison des mouvements de cette nappe avec les ondulations de la couche solide impénétrable. Là, tout ouvrage en substruclion amène invariablement la découverte de sources ou plutôt de ce qu’on appelle, en termes techniques, « des bancs de suintement». Sur la falaise de Boulogne-sur-Mer, connue sous le nom de Montagne d’Odre, à 27 mètres au- dessus du niveau de la mer et à 200 mètres environ du rivage, un trou creusé dans le sol, quel que soit son peu de profondeur, se remplit d’eau immédiatement. Ce n’est, certes, pas là de l’eau en communication avec l’Océan ; c’est de l’eau des pluies. Et l’on a, dans ces conditions, un type frappant d’une nappe virtuelle, apparaissant sous forme de collection aqueuse dès qu’on lui creuse un bassin; d’ailleurs, d’une gênante proximité de la surface, à tel point que la construction des routes et des chemins de fer dans le pays rencontre de ce fait de sérieuses difficultés. Dans les plaines, on constate de même, çà et là, de vastes bassins souterrains qui n’ont aucun rapport avec les cours d’eau superficiels non plus qu'avec les sources émergeant du sol dans la contrée. Ainsi, autour de Berlin. La figure 3 (pag. 39), choisie parmi celles qui ont accompagné le travail de la commission municipale de Munich (1874-75) pour la canalisation et l'approvision- nement d’eau de cette ville, montre bien que la nappe souterraine n’est absolu- ment commandée ni par les ondulations de la surface, ni par le niveau du cours d’eau, ni même par les inflexions de la couche imperméable (les proportions dans le sens vertical sont à dessein exagérées). 11 se rencontre, cependant, suivant la remarque de Soyka, des cours d’eau qui ne sont pas le canal collecteur du drainage d’une contrée, mais plutôt des rigoles d'évacuation d’une eollecLion aqueuse, et qui, coulant en terrain perméable, au- dessus du niveau de la nappe souterraine, finissent par se perdre partiellement ou totalement dans cette nappe. Ainsi, le Wiirm qui sort du lac de Starnberg; la Leitha qui, dans un espace de 13 kilomètres, perd 52 p. 100 de son cube d’eau; l’Ain qui, entre Neuville et Pont-d'Ain, diminue de 1,289 litres par seconde. La puissance de la nappe n’augmente pas beaucoup, en général, par cette sorte de tribut. En Sicile, en Sardaigne, en Algérie, des cours d’eau disparaissent aussi sous terre, mais ne tombent pas en réalité dans la nappe souterraine. La rivière s est creusé un lit invisible sous le lit apparent, dans le sol perméable du fond; elle reparaît quand la couche compacte se rapproche de la surface ou que les pluies dépassent la capacité du sol perméable. 11 suffit de creuser un trou à moins d’un mètre de profondeur dans le lit à sec, pour rencontrer l'eau. Ainsi en est-il de l’Oued-Mzi, à Laghouat. Ces cours d’eau cachés se révèlent parfois par des in- fluences palustres (fiurnare, en Sicile ; tremulo, en Sardaigne). .Mouvement «le lu nappe souterraine. — La nappe S éCOllle donc dans le fleuve et, à bien dire, fait corps avec lui. Quand les bords de celui-ci sont des alluvions, qui ne se relèvent pas rapidement, on peut dire qu’une parL du fleuve coule souterrainement dans ses propres alluvions; mais la nappe n’est pas le fleuve sous terre; c'est le fleuve qui est la nappe visible. Sans la nappe, les fleuves tariraient dans l’intervalle des pluies. De môme, cette solidarité de la nappe avec les cours d’eau retarde le débordement de ceux-ci au moment des grandes précipitations atmo- sphériques. Non seulement la nappe emmagasine l’eau des pluies; mais elle se prête à un reflux, dans le sol perméable, de l’eau du fleuve, dont le niveau s’élève beaucoup plus et plus vite que celui de la nappe. Fodor a constaté que l’eau des puits de Budapest situés au bord du Danube est moins impure, quand le fleuve se gonfle; l’eau du Danube vient, par la nappe souterraine, diluer les impuretés des puits. Les rapports habituels, cette fois, sont donc changés; le fleuve envoie [Échelle horizontale: 1/3G000; —verticale: l/GOO.) son tribut à la nappe dans les couches perméables. C’est, du reste, un des modes de formation des marais. L arrêt et surtout le reflux de l’eau souterraine sont peu sensibles lorsque les couches perméables, au bord du fleuve, se relèvent brusque- ment en pente raide; on les reconnaît, au contraire, trop bien sur les bords des fleuves coulant en terrain peu relevé latéralement. Ainsi, les crues de la Seine, à Paris, se traduisent par l’apparition de l’eau dans les caves de la place Saint-Michel. Dans les crues de l’Elbe, la pénétration de I eau fluviale dans le sous-sol accuse une vitesse de 2 à 3 mètres en vingt- quatre heures; à Munich, ce déplacement latéral est de 3 mètres dans le meme temps. fhiem, en comparant 1 ascension de l’eau dans deux puits séparés par une istanco connue et en déterminant le temps écoulé entre la montée dans I un et dans l’autre, a trouvé dans la vallée du Rhin, en amont de Strasbourg, des pentes de nappe souterraine de 0,00 p. 1000; et ailleurs 3 p.1000. A Munich, en 1870, le niveau moyen de la nappe souterraine, à 1,500 mètres de l’Isar, était à 7 mètres au-dessus du niveau du fleuve. A Zurich, en 1855, le niveau de la Limmat était à 400 pieds au-dessous de celui de la nappe du haut faubourg de Fluntern. A Paris, en 1854 (Delesse), la ponte moyenne de l’eau souterraine vers la Seine était de 1 p. 1000; dans des points très voisins du fleuve, 1 p. 100; alors que la pente de la Seine elle-même n’est que de 1 sur 20,000. E. Suess (cité par Soyka) a déterminé un point entre le Danube et la Theiss, à 45 kilomètres du premier et 55 kilomètres de la seconde, où le niveau de l’eau souterraine est à 42 mètres au-dessus du Danube et 00 mètres au-dessus du niveau de la Theiss. Cette différence de niveau est, naturellement, la raison de l’écoulement de la nappe souterraine vers la collection aqueuse visible. La vitesse de cet écoulement est réglée par l’action de la pesanteur, diminuée de celle des frottements. Elle est proportionnelle à la hauteur de l’eau et en raison inverse de la hauteur de la couche de sol traversée (Thiem, Soyka, après Darcy, Boussinesq, etc.). On en a, du reste, écrit la formule : Y = k~; dans laquelle Y est la vitesse, h la pression, l le chemin parcouru, k un coefficient dépendant de la nature du sol. Les procédés employés pour la déterminer directement ne sont pas très sûrs. On fait baisser d’une quantité déterminer le niveau de l’eau dans un puits et, en connaissant le rayon d’alimentation de ce puits, on observe le temps que met le niveau primitif à se rétablir. Ou encore, on se base sur le temps après lequel l’eau d’un fleuve, en cas de crue, appa- raît dans les puits des environs. Par le premier procédé, Thiem évalua la vitesse de l’eau souterraine sur le haut plateau de la Bavière à un chiffre situé entre 3m,06 et 7m,82 par 24 heures. Hess, par la seconde méthode, obtint de 10 à 35 mètres. Dans une autre circonstance (Soyka), on intro- duisit du sel marin dans des trous de forage pratiqués à 5, 10, 20, 50, 100 mètres d’un puits dont on faisait, à l’aide de la pompe, baisser le niveau de 3 mètres. Le sel apparut dans le puits avec une vitesse de 2,074 mètres en 24 heures, du forage situé à 5 mètres, de 1,045 mètres de celui qui était à 10 mètres, de 86m,4 du trou creusé à 100 mètres. Ce n’est pas encore très démonstratif. Il est certain, toutefois, que le déplacement de l’eau souterraine est très lent et c’est là un fait d’impor- tance capitale. l*uis.sance, profondeur et alimentation de la nappe souterraine. — On ne peut se rendre compte de la puissance d’une nappe souterraine qu’en déterminant l’étendue et l’épaisseur de celle à laquelle on a affaire pour le moment. C’est une précaution à prendre toutes les fois que l'on demande à la nappe souterraine l’approvisionnement d’eau d’une ville. La nappe au-dessus de laquelle est Munich a 35 kilomètres dans un sens et 70 dans un autre. Elle couvre une surface de 1,485 kilomètres carrés, ou 148,558 hectares. Son épaisseur est très variable; il y a des points où le flinz (argile imperméable) sur lequel elle repose pousse son relief si près de la surface du sol que la nappe souterraine n’a pas plus de 40 centimètres de hauteur; à 250 mètres plus loin, elle est épaisse de 10m,50. La profondeur à laquelle on trouve son niveau est également tiès variable. A Munich, sur un espace de 650 mètres, elle va de 4m,2 à 6m,4, c’est-à-dire oscille dans les limites de 2"l,2, alors que la pente de la surface du sol ne varie que de 5 centimètres. Un peu au nord de Munich, elle est assez près de la surface pour former des marais; tandis qu’à la limite de la région des moraines, elle s’enfonce jusqu’à 50 à 85 mètres. Sans parler du danger de la formation des marais, la profondeur de la nappe ne laisse pas que d’avoir son importance. Elle offre un rapport immédiat avec la salubrité des habitations. Elle a d’autres rapports avec l’étiologie des maladies .infectieuses. Il est, à la vérité, des extrêmes qui simplifient beaucoup Ta question. Ainsi, un sol imperméable dès la surface (cas très rare) n’a pas de nappe souterraine; un autre, perméable à une profondeur énorme, peut en avoir une, mais si éloignée qu’elle perd toute influence sur les êtres vivant à la surface. En général, il est avantageux que le niveau de la nappe souterraine soit aumoins à 4 ou 5 mètres et ne dépasse pas 10 ou 12 mètres. A Paris, suivant Delesse (1858), qui, dans ce cas particulier, l’appelle « nappe d'infiltration », la nappe d’eau souterraine est formée de quatre nappes secondaires, correspondant à la Seine, à la Bièvre, au ruisseau de Ménilmontant et au canal Saint-Martin, et convergeant vers le centre de la ville, à 27 ou 28 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est-à-dire à 6 ou 7 mètres de profondeur, puisque l’altitude à la surface, en ce point, est de 34 mètres en moyenne. Elle règne d’ordinaire entre les terrains de transport ou de remblai et les marnes supérieures ou calcaires grossiers situés plus profondément (Vallin). Son niveau forme une ligne régulière, légèrement inclinée vers la Seine, passant sous les diverses saillies du sol (Chaillot, Passy, Montmartre, Belleville, Ménilmontant, Sainte-Geneviève), sans s’infléchir. Sur la rive gauche, il n’y a guère que'5 mètres de diffé- rence entre le point le plus haut et le plus bas ; la différence est de plus du double sur la rive droite, où les terrains imperméables s’élèvent davan- tage. Elle passe sous le sol des catacombes, c’est-à-dire que les habitants de ces quartiers ne peuvent en être influencés. La nappe souterraine de Paris a 40 mètres d’altitude à Belleville, 36 au boulevard Magenta, 33 aux Buttes-Chaumont et à l’hôpital Beaujon, 29 à Vaugirard, 28 aux Gobelins (le niveau de la Seine étant à 25-26 mètres). Mais, a 1 Observatoire, le sol est à 61 mètres, la nappe à 30, c’est-à-dire qu elle a une profondeur de 31 mètres. Tandis qu’au quai des Grands-Au- gustins, le sol est à 33 mètres, la nappe à 26, soit à 7 mètres de profon- deur. Au pied delà colline Montmartre, rue Taitbout par exemple, l’eau est souvent voisine du sol (2 mètres environ). [Hygiène NIVEAU DU fiOL. NIVEAU de L’EAU BOUTEaitAINtî. PROFONDEUR de LA NAPPE. Hôpital Lariboisière Barrière Montparnasse. Observatoire Panthéon Barrière do l’Étoile Barrière de Clichy Barrière Blanche Belleville 58 mètres. 5 5 — til — S8 — 38 — 38 — Cl — 90 à 110 33 mètres. 29 — 37 — 27 — 28 — 33 — 32 — 40 — 23 mètres. 26 — 31 — 31 — 30 — 23 — 29 — 30 à 76 Ce tableau esl, emprunté à Vallin, qui a cherché si les influences de la nappe souterraine avaient joué quelque rôle étiologique dans l’épidémie très sévère de lièvre typhoïde de 1876, à Paris. Les résultats de cette enquête ont été peu signi- ficatifs et, dans tous les cas, notablement différents de ceux qui ont été reconnus pendant le choléra de 1832, bien plus meurtier (3o décès pour 1,000 hab.) aux arrondissements riverains qu’aux arrondissements très élevés (10 décès pour 1,000 hab.). Mais l’auteur remarque judicieusement que la statistique des décès ne distingue pas entre les divers quartiers d’un même arrondissement, où la nappe peut être plus ou moins voisine du sol, et que d’ailleurs, ce n’est pas tant la proximité de la nappe, qui a de l’importance, que ses oscillations verticales. Or, Paris ne bénéficie pas encore, comme nombre de villes étrangères, de stations multiples où l'observation de ces mouvements soit suivie et enregistrée. Ce sont d’abord les précipitations aqueuses atmosphériques, pluie, neige, rosée, qui alimentent la nappe souterraine et, par suite, les sources, les cours d’eau, les lacs, la mer. Le régime des pluies, celui des saisons, donnent à cette alimentation ses caractères particuliers. Il n’arrive jamais à la nappe qu’une fraction de l’eau tombée. Dalton a calculé que la Tamise et les autres fleuves d’Angleterre ne portent à la mer que 40 p. 100 de l’eau qui a arrosé le pays. La Seine n’écoule qu’un tiers de l’eau de pluie tombée sur les terrains de son bassin ; le Rhône, que 58 p. 100; la Garonne, 64,6 p. 100 (Soyka); le Rhin, 50 p. 100(Berg- haus). Des constatations analogues ont été faites à l’égard de la Weser, de la Lippe, de l’Yonne. Il en résulte qu’indépendamment de l’étendue de la surface arrosée, correspondant à une nappe souterraine, et de l’abondance des précipi- tations aqueuses dans la région, il faut toujours tenir le plus grand compte de l’aptitude du sol aux infiltrations d’eau jusqu’à la nappe et de l'ali- mentation de celle nappe, s’il y a lieu, par la déperdition de certains ruis- seaux, lorsqu’il s’agit d’apprécier dans quelle mesure telle ou telle nappe peut assurer l’approvisionnement d’eau d’une ville. La nature du sol et l’intensité variable de l’évaporation expliquent que l’ascension du niveau de la nappe souterraine n’ait pas toujours lieu dans le môme temps après les pluies dans un môme lieu et n’offre pas les mômes rapports en tous lieux avec les précipitations atmosphériques. On a constaté, sur certains points, que le sommet de la courbe du niveau de l’eau souterraine coïncide précisément avec la plus grande chaleur de l’année. A Munich (28 ans d’observation), le sommet de la courbe des pré- cipitations tombe en juin et celui de l’eau souterraine en juillet; mais, à Berlin (16 ans d’observation), le premier est en juillet et le second en avril. En outre, les rapports des deux courbes sont bien différents d’un point à l’autre. Tandis qu’il Munich une différence entre le minimum et le maximum mensuel des pluies allant de 30 à 112 millimètres d’eau n’arrive qu’à faire passer le niveau de l’eau souterraine de l’altitude miniina 515m,485 à l’altitude 515m,753 comme maximum, les extrêmes corres- pondants, à Berlin, sont 32 et 06 millimètres de pluie, 32m,38 et 32m,90 d’al- titude de l’eau souterraine. Tous les météorologistes savent qu’en beaucoup de lieux, comme Madrid, Home, le Caire, etc., il s’évapore trois ou quatre fois plus d’eau qu’il n’en tombe. Il faut donc que sur des espaces voisins, l’évaporation soit entravée par diverses conditions de température, de végétation. La péné- tration de la pluie dans le sol est la meilleure protection contre l’évapo- ration et, en fait, plus l’eau a pénétré profondément, moins elle s’évapore (Soyka, d’après Haberlandl). La faiblesse de l’évaporation en hiver permet de comprendre pourquoi les précipitations de cette saison sont le plus sérieux aliment de la nappe souterraine. En été, dans les pays secs, il est certain que la condensation de la vapeur d’eau de l’atmosphère, par absorption de la part du sol (Volger), rend une part sérieuse de son eau au sol. La raison physique de cette condensation est dans la température du sol, plus basse, à ce moment et à une faible profondeur, que celle de l’air. Le sol sec et froid absorbe au mieux la vapeur d’eau. Dans l’année sèche 1863, ltisler a observé que, sur sa propriété de 12,300 mètres carrés, des 815 millimètres d’eau tombée il s’en évapora 664, ou 81 p. 100. La moyenne, sur une série d’années, est bien au-dessous de ce chiffre. D’ordinaire, une pluie modérée et üne, fût-elle d’abondance médiocre, profile plus à l’eau souterraine que les averses violentes, quelle que soit la quantité d’eau qu’elles précipitent. UtiliNntion «le la nappe souterraine comme moyen «l’approvisionnement «l’eau. — En dehors des sources proprement dites qui s’en échappent, la nappe souterraine alimente tous les puits que les particuliers creusent dans les centres habités. Elle peut également servir à abreuver les groupes urbains et, en fait, de nos jours, comme on le verra (chap. Eau), elle fournit, à l’aide de puits profonds et de galeries d’aspiration, des quantités énormes d’eau irréprochable à des municipalités qui, parfois, croient emprunter l’eau d’un fleuve. — On a calculé que, dans un rayon de 20 lieues autour de Londres, le bassin de la Tamise, formé d’une épaisse couche de craie sur roche imperméable, emmagasine par jour plus de 2 millions de mètres cubes d’eau, môme en supposant que le sol n’y absorbe que 150 des 700 millimètres d’eau qui y tombent annuellement. Variante» «le la nappe souterraine. — 11 existe, parfois, dans un plan différent de la nappe principale, des nappes secondaires d’étendue restreinte, qui, sauf leurs dimensions, ont les mômes rapports avec la santé des humains que celle qui a été étudiée. D’autres sont comprises entre deux couches imperméables (Unlergrundwasser, Virchow); ce sont les nappes profondes ou secondes nappes, que l’on va quelquefois chercher par des- sous et à travers la première, la vraie nappe souterraine, dans les grandes villes industrielles, comme Lille, où celle-ci est très corrompue et, surtout, trop peu abondante. On fait, dans ces cas, des puits de 30 à 00 mètres de profondeur. Suivant Delesse, la véritable nappe souterraine, à Paris, serait, au con- traire, sur un plan plus élevé que la nappe d'infiltration (qui se draine à la Seine). Elle est au-dessus de l’argile de Beauce et de l’argile verte, bien plus haut que cette dernière. La nappe d’infiltration s’étend principa- lement dans la vallée de la Seine et de la Marne, où elle alimente les puits; la nappe souterraine venant de l’argile verte gagne les collines et les plateaux des environs de Paris, où elle fournit des sources en abon- dance. On peut considérer comme nappes souterraines les eaux invisibles qui, en Afrique, dans des zones sans pluie, reposent dans des dépressions de terrain, à fond de rochers, remplies d’une couche d’alluvions. En ce point surgit une oasis. Mais la menace d’influences malariales de la part du sol est établie (marais souterrain). Mesure de la profondeur de la nappe et de ses oscillations verticales. — Ce que l’on cherche, c’est la distance de l’eau souterraine à la surface du sol et les variations de cette distance. Pour faire cette recherche, on choisit un puits qui ne serve qu’à cela ou un trou de l'orage fait exprès. Autrement, l’eau extraite du puits ferait baisser artificielle- ment le niveau de l’eau souterraine. Toutefois, on peut attendre quelques heures après qu’il a été puisé de l’eau, pour pratiquer la mensuration, et même, dans les terrains légers, opérer Lout de suite, parce que l’eau puisée est vite remplacée et que le niveau se rétablit aussitôt. Un ruban métrique ou une longue règle, portant à son extrémité libre un corps sur lequel la trace de l’eau se reconnaît aisément, est descendu dans le puits suffisamment pour rencontrer l’eau. On note, d’autre part, le point où la partie supérieure du ruban se trouve à la hauteur d un « point fixe » situé sur la margelle et précisant l’altitude du lieu. La distance, lue sur le ruban, entre la division correspondant à ce point lixe et celle où 1 on constate l’humectation par l’eau du puits, est la mesure cherchée. Pettenkofer a imaginé de munir de petits récipients ou coquilles la partie inférieure du ruban. Ces coquilles se succèdent à de courtes distances; on compte les divisions jusqu'à la première qui se trouve pleine d’eau. On n’a pas tardé à recourir à des appareils automatiques et même enregistreurs. A Munich, une chaînette portant du côté du puits un flotteur en liège, de l’autre un contrepoids, s’enroule sur un cylindre horizontal qui porte, à une extrémité, une aiguille verticale. Selon que le flotteur monte ou s’abaisse, l'aiguille indique des chiffres plus ou moins élevés sur un cadran lixé en arrière d’elle. Il y avait, à l’exposition d’hygiène de Berlin (1883), un appareil enregistreur construit par Fucss: un flotteur portait une lige verticale, rigide, armée d’un cravon horizontal il sa partie supérieure hors du puits; celui-ci inscrivait sur un cylindre tournant les oscillations que la montée ou la descente du flotteur imprimaient à la tige. Applications «le l’observation «le la nappe souterraine il l’étiologie. On a pu déjà entrevoir, surtout à un point de vue général, quelques- unes des conséquences sanitaires qui peuvent résulter des phénomènes de décomposition dans l’épaisseur des premières couches du sol, favorisés par l’humidité de ces couches et accompagnés de dégagements et d’é- changes gazeux. Les hygiénistes ont éprouvé le besoin de préciser ces conséquences et nous chercherons à faire de même. Parmi les tentatives de ce genre, il en est qui appartiennent encore à l’histoire contemporaine et qui ont eu un éclat mérité. 11 convient de les prendre pour point de départ. I. Ces essais ont porté sur l’étiologie du choléra et celle de la fièvre typhoïde. ot. Choléra. — On avait remarqué, dès les premières apparitions du cho- léra en Europe et particulièrement en France (Nérée Boubée, Fourcault, Yial, Dechambre), que les localités reposant immédiatement sur le roc ou sur des couches compactes, inaccessibles à l’eau, pouvaient bien présenter des cas isolés de la maladie, mais n’avaient jamais eu que très rarement de véritables épidémies de choléra. On savait également que les foyers épidé- miques du mal affectionnent les localités situées le long des fleuves; mais, comme d’autre part l’homme est le véhicule avéré du fléau, on ne voyait dans ce fait que le rôle de grandes routes, départi aux fleuves dans les relations entre humains. En 1854, Pettenkofer reconnut que l’on trouvait, dans la carte épidé- mique du choléra, des localités atteintes qui n’étaient pas précisément sur le passage par eau, mais se reliaient au fleuve uniquement par leur situa- tion dans le bassin ou sur la pente d’une vallée. Les localités établies sur la ligne de partage des eaux, fussent-elles à une hauteur médiocre, étaient régulièrement épargnées. On s’aperçut bientôt que le voisinage des fleuves, en soi, n’était pas l’influence décisive. Là où la rive était formée de ter- rain compacte, on n’avait pas le choléra, et, sur les rives de terrain poreux, la vallée fluviale n’était frappée épidémiqueinent que dans une étendue limitée. Or, dans un terrain dont les couches superficielles sont poreuses, c’est la couche imperméable la plus prochaine qui détermine la ligne où un cours d’eau doit apparaître au jour. Ce cours d’eau occupe nécessai- rement les points les plus déclives, le long de la ligne sur laquelle con- vergent les couches imperméables de pentes diverses. Là, l’humectation du sol poreux n’est plus ce qu’elle était à la ligne de partage. De même, les alternatives d’humectation du sol poreux varient d’un point à un autre de la vallée fluviale; un degré d’humidité qui n’existe plus à la partie su- périeure de la vallée peut persister en aval. Mais ce n est, dit Pettenkofer, ni le sol poreux en soi, ni la nappe sou- terraine seule, qui ont de l’importance vis-à-vis du développement des épidémies cholériques; la circonstance déterminante, ce sont les alter- Ap.nould, Hygiène. 2e édit. o nances île niveau de cette nappe, les inondations souterraines. L’épidémie de 1854 â Munich et celle de 1855 à Zurich et ailleurs ont été précédées d’une énorme élévation du niveau de l’eau tellurique. Il va de soi que l’auteur n’attribue pas une influence directe et mysté- rieuse à ces oscillations mêmes ; celles-ci agissent en humectant les dé- tritus organiques de provenance humaine dont le sol est imprégné, non seulement sous les habitations en maçonnerie de nos villes et de nos villages, mais sous les tentes des troupes en expédition, autour des bara- ques et des boutiques improvisées où s’abritent et se fournissent les ouvriers employés aux grands travaux publics, et même aux lieux de cam- pement des caravanes de pèlerins, dans la traversée du désert. La souil- lure dangereuse, dans le cas présent, est la dispersion ou la pénétration dans le sol des excréments humains. Le moment redoutable est celui où, à une ascension considérable du niveau de l’eau souterraine, succède un abaissement qui laisse derrière lui l’humectation et fait appel à l’air exté- rieur. C’est dans le sol d’alluvion que ce phénomène est le plus facile et le plus commun. Même dans l’Inde, il semble présider aux réveils épidé- miques de l’endémie dont cette contrée a le fâcheux privilège. La quatrième proposition contenue dans les recherches de Pettenkofer sur le choléra dans l'Inde est ainsi conçue : « L’élément du processus cholérique, qui se développe dans le sol et dépend essentiellement des allures du choléra par rap- port au temps, dans ses foyers d’endémicité ou d’épidémicité, exige, parmi d’autres conditions, un certain degré d’humidité moyenne du sol. Une sécheresse perma- nente (comme celle du désert) et une humectation prolongée du sol (comme dans le Delta du Gange, à la fin de la saison des pluies) sont également défavorables au choléra. C’est pourquoi, dans les régions de l’Inde supérieure, où la sécheresse et la chaleur dominent, le choléra coïncide habituellement avec la saison des pluies (choléra d’été ou de la mousson, à Lahore), tandis que dans le Bas-Bengale, dont le climat se caractérise par la chaleur humide et des précipitations aqueuses abon- dantes, le choléra se réveille avec le printemps sans pluie (choléra de printemps, à Calcutta) et disparaît de nouveau avec les pluies et la mousson d’été. Les loca- lités, telles que Madras, qui, toutes choses égales d’ailleurs, tiennent le milieu entre Lahore et Calcutta pour le régime des pluies, présentent, assez régulière- ment, dans la même année, un choléra de printemps et un choléra d’été. « Ainsi, selon que, dans une même contrée, les circonstances de température, d’humidité et, par conséquent, les oscillations de la nappe souterraine, s’écartent de la règle ordinaire, le rythme dans le temps et la fréquence du choléra varient dans un sens ou dans l’autre. A Bombay, l’on voit, pour ces raisons, prédominer tantôt le choléra d’été, tantôt celui de printemps. « Une môme quantité de pluie agi tdifféremment sur des sols de constitution diffé- rente et différant aussi par la sécheresse ou 1 humidité habituelle. Le sol et les oscillations de la nappe souterraine peuvent être regardés comme les raisons de l’immunité temporaire ou permanente. » En cherchant à vérifier, pour quelques villes de France, la théorie tellurique de la propagation du choléra, Decaisne constate que Lyon a toujoui-s montré une grande résistance à ce fléau ; ce qu’il y a de plus frappant dans les conditions hygiéniques de cette cité, c’est qu’une partie de la ville repose sur le roc et le granit, soit immédiatement, soit par l’intermédiaire d’une couche d’argile inter- posée (Croix-Rousse, Fourvières, Saint-Just), et que l’autre partie, qui repose sur le terrain d’aUuvion (Perrache, la Guillotière, les Brotteaux, Yaise), possède une nappe souterraine toujours très élevée et ne s’abaissant notablement qu avec les bas niveaux du Rhône. Ces quartiers furent môme assez éprouvés en 1854, époque à laquelle le Rhône descendit à l’un des niveaux les plus bas qu’on ait eus depuis quarante ans. Versailles, qui ne fut jamais que très peu touchée par le choléra, est bâtie sur un sol sablonneux qui recouvre à peu de profondeur une couche de marnes imperméables; les fondations des maisons de Versailles (Gémin) reposent sur cette couche. Paris, au contraire, qui ne s’est montré réfractaire à aucune des épidémies cholériques, est bâti sur les terrains éocènes tertiaires, perméables et arides. Dans le bassin de la Seine, il y a eu immunité cholérique pour le massif grani- tique du Morvan, le terrain crétacé inférieur, excessivement humide, imperméable, couvert d’étangs, les argiles à meulières supérieures, de même caractère, le Lias Auxois, Bazois, argileux, très imperméable, aride en été. Ont été maltraités : les cal- caires oolithiques de la Bourgogne, arides par excès de perméabilité, la craie blanche de Champagne, et les terrains éocènes tertiaires, calcaire grossier, sables moyens. Les villes de Birmingham, Francfort-s.-M., Würzbourg, Stuttgart, Crefeld, Salzbourg, Innsbrüclc, Munster, ont été reconnues jouir d’une immunité pareille à celle de Lyon et Versailles vis-à-vis du choléra. La théorie de Pettenkofer obtint rapidement une grande vogue, non toutefois sans rencontrer des contradicteurs autorisés. C’est à l’occasion d’objections soulevées par Virchow, que l’auteur s’expliqua à l’aide de l’hy- pothèse de la génération alternante des germes, défendue aussi par le pro- fesseur Liebermeister (de Bâle), et à laquelle sa formule étiologique s’adap- tait, en effet, merveilleusement. Ce n’est pas le lieu de développer cette doctrine; qu’il suffise de dire que l’on distinguait le germe (Cho 1eralceim) du poison cholérique (Choleragift); le premier se trouve chez le malade et dans ses selles; il est inofîensif; pour devenir poison et être capable d’in- fecter un sujet sain, il a besoin d’accomplir une nouvelle phase de son existence, hors de l’homme, dans un substrat approprié. Le meilleur substrat, ou milieu, est le sol souillé d’immondices et dans lequel l’air et l’eau se rencontrent. Aujourd’hui, les élèves de l’École de Munich et le maître lui-même, dans son grand ouvrage sur Y État actuel de la question du choléra, cherchent à moderniser la doctrine formulée, il y a plus de trente ans, et à en atténuer, en quelque sorte, l’expression première. On vise un peu moins les oscillations de la nappe souter- raine et davantage les conditions qui rendent le sol « miasmatique » (Siechhaft, .Nâgeli), entête desquelles, toutefois, reste toujours un degré prononcé d’humidité. Il n est plus guère question de la « Grundwasserthcorie », mais de la théorie « localiste». 11 y aune certaine disposition de lieu (dépendant du sol) qui, à la faveur d une certaine disposition de temps, décide souverainement de la réussite des germes cholériques, importés parmi les groupes; à tel point que cette disposition locale est plus importante que la bactérie du choléra et que, pour Pettenkofer, 1 assainissement du terrain prime tout à fait la désinfection, l’isolement et les quarantaines. — On ne contestera peut-être pas que la réalisation du premier ne réduise beaucoup l’œuvre des autres. Malgré ces concessions, l’étiologie du choléra, depuis la découverte du bacille de Koch, rompt tous les jours le cercle dans lequel l'enfermait Pettenkofer. On semble affirmer de plus en plus sa transmissibilité directe, sans l’intermédiaire du sol, par tout autre véhicule que l’air s’élevant de celui-ci, par l’eau de boisson spécialement (R. Koch, Marey, Proust, Brouardel, Charrin, v. Gruber, etc.); fina- lement, la possibilité de sa propagation sur toutes les formations géologiques, même sans nappe souterraine (L. Pfeiffer). (J. Fièvre typhoïde. — De 1855 à 1866, pendant que Pettenkoffer notait les oscillations de l’eau souterraine, Bulil autopsiait tous les typboïsants morts à l’hôpital de Munich et en tenait exactement le registre. Rappro- chement fait, il se trouva que les plus bas niveaux de la nappe coïncidaient avec les chiffres les plus hauts de la léthalité typhoïde et, inversement, que les niveaux les plus élevés de la nappe souterraine se rencontraient, sous le rapport du temps, avec les chiffres les plus faibles du typhus abdo- minal. Buhl en concluait simplement que le principe spécifique de la fièvre typhoïde est dans le sol; mis à nu quand la nappe plonge, il serait recouvert par elle quand elle remonte. Ce qui est incontestable, c’est que plus la chute de la nappe souterraine est rapide, profonde et durable, plus riche est la quantité de substances organiques putrides qui sont mises en liberté dans le sol; réciproquement, plus son ascension est rapide, puissante et prolongée, plus il y a de ces matières recouvertes et submer- gées. En supposant que le principe de la fièvre typhoïde fût un germe et qu’il y eût encore lieu ici à une génération alternante, on ne pouvait mieux trouver pour expliquer comment le milieu d’évolution (substrat) était tan- tôt offert, tantôt soustrait, au germe typhoïde. Et si ce germe existe à un moment donné dans le sol (venu avec les selles d’un premier typhoïsant), rien n’est plus simple que de comprendre sa pénétration dans l’air de nos demeures, grâce aux échanges gazeux inévitables entre l’air du sol et l’at- mosphère, et sa puissante influence dans l’atmosphère limitée de nos appartements, où aucun moyen de ventilation ne permet d’approcher de la dissémination des germes qui se fait d’elle-même à l’air libre. L’échange gazeux atteint quelquefois aussi son effet en pleine campagne ; en ce qui concerne le choléra, Pettenkofer relevait soigneusement le fait qui suit. 11 y avait, aux Indes, une certaine route par une vallée fluviale, sur laquelle les troupes anglaises, à certaine époque de l’année, ne pouvaient jamais camper sans avoir de nombreux cas de choléra : on avait fini par l’éviter systématiquement. Un jour, par suite de circonstances pressantes, un détachement de 400 hommes, sous le commandement de sir Patrik Grant, fut obligé de la reprendre. On défendit rigoureusement aux soldats d’entrer dans aucune maison des indigènes, de boire même une goutte d’eau des sources du pays. Néanmoins le campement dans la vallée coûta la vie à 80 hommes du détachement. D’où était venu le germe du choléra, sinon du sol, par l’air émané de ses couches superficielles? Presque dans le même temps que Buhl, Seidel (de Dresde) apportait un sérieux appoint à la théorie des oscillations du Grundvvasser en montrant que le niveau de la nappe souterraine dépend de la quantité d eau tombée et, à la fois, que les mois de plus grande précipitation aqueuse sont ceux de moindre léthalité typhoïde. Il était tout naturel de réunir les trois faits : eau tombée, niveau de l’eau souterraine, lréquence de la fièvre typhoïdq. C’est ce qui fut fait et Pettenkofer, d’après les calculs de Seidel, put annoncer en 1872, à la Société médicale de Munich, que seize années d’observations permettaient d’afûrmer que les probabilités de la coïnci- dence d’un niveau d’eau souterraine déprimé avec une fréquence élevée du typhus abdominal étaient désormais de 36,000 contre 1. Le typhus (abdo- minal) monte comme le Grundwasser descend : telle est la loi. II. Or, cette loi a été l’objet de protestations nombreuses, ou tout au moins a paru, çà et là, susceptible de restrictions ou de modifications pro- fondes. Virchow consent à regarder les années sèches comme des années de typhus (abdominal), ce qui ne dérange pas sensiblement la formule précédente; mais, fait-il observer, il y a bien des localités où les couches superficielles du sol sont humides sans qu’il y ait de nappe souterraine ; les oscillations de celle-ci peuvent donc avoir quelque influence, sans être une condition sine quâ non. Pfeiffer et Delbrück ont trouvé une relation différente : celle du choléra avec la température du sol. 11 est vrai que la discordance est loin d’être absolue, puisque, nous le verrons, lorsque la nappe souterraine s’est retirée et que la fermentation putride commence, rien ne la favorise mieux que la chaleur des couches qui en sont le foyer. Sur divers points d’Allemagne et à Munich même, en face de la Grund- ivasserthéorie, s’éleva une doctrine étiologique nouvelle et qui faisait table rase de la première, à savoir celle de la propagation du choléra et de la fièvre typhoïde par l’eau de boisson (Trinkwasserthéorie), dont Wolfsteiner ] fut le champion déterminé dans la Société des médecins de Bavière. Divers faits éclatants, observés en Angleterre (Snow), en Hollande (Snellen), en Allemagne même (Wolfsteiner, Zuckschwerdt), plaidaient en faveur de ce ' nouveau rapport étiologique, que nous retrouverons ultérieurement. Quant à l’influence de la nappe souterraine, Buchanan faisait remarquer que 25 villes anglaises, à l’aide de l’établissement de conduites d’eau et de la canalisation souterraine, avaient fait baisser notablement le niveau de leur nappe sans que pourtant la fièvre typhoïde éprouvât une recrudes- cence ; c’était plutôt le contraire. Pettenkofer (1870) considéra cet argument comme une subtilité et n’eut pas tout à fait tort. Ce dérangement artificiel de la nappe souterraine de- vait évidemment troubler aussi les indications fournies par les oscillations du niveau, sans qu’on puisse taxer l’instrument lui-même d’infidélité, de même que l’on peut, en dérangeant avec le doigt les aiguilles d’une montre qui va bien d’ailleurs, lui faire marquer une heure fausse. Il y eut des dissidences mieux motivées. Biermer constate qu’à Zurich , la fièvre typhoïde de 1867 et celle de 1872 ne respectent pas la loi des os- cillations inverses du typhus abdominal et de la nappe souterraine. Socin, à Bâle, d’après un relevé de vingt années (1848-1869), trouve que la fièvre typhoïde n atteint annuellement ses chiffres les plus élevés qu’un temps notable après que l’eau souterraine a présenté son plus bas niveau. Nowak (de Prague) fait des observations qui l’amènent à conclure que le Grund- wasser monte avant la pluie; de telle sorte que cette ascension permet d’annoncer la pluie plus sûrement que la chute du baromètre. Albu, à Berlin, contredit énergiquement Virchow sur les rapports que. celui-ci admet entre les années sèches et le typhus abdominal et s’efforce de rui- ner la part d’influence que l’illustre professeur est disposé à accorder aux oscillations de la nappe souterraine, à l’humidité du sol, aux fermenta- tions organiques. En 1871, 1872 et 1873, il surprend à plusieurs reprises le typhus abdominal et la nappe souterraine oscillant parallèlement, c’est- à-dire en sens inverse de la règle. Krügkula (1878) note que l’épidémie de 1877, à Vienne, éclata au moment où la nappe souterraine, après avoir atteint son plus bas niveau, commençait à monter. Fodor, cependant élève de Pettenkofer, est obligé de déclarer qu’à Budapest les rapports sont inverses de ceux de Munich ; le typhus et la nappe montent et descendent ensemble. A Paris, Léon Colin s’inscrit en faux contre l’absolutisme de la théorie de Pettenkofer. A côté des faits ordinaires de mobilité et d’ubiquité de la fièvre typhoïde, il cite spécialement l’épidémie de la caserne du Man- sourah, près de Constantine (1876), où la nappe souterraine est à une profondeur trop considérable pour que ses oscillations puissent influencer le dégagement d’émanations à la surface du sol ; celle du châ- teau de Montbéliard, sur un rocher imperméable et taillé à pic; c’est-à- dire à peu près sans nappe souterraine ; et, enfin, la recrudescence pendant le quatrième trimestre, époque des pluies, de l’épidémie pari- sienne de 1876. Pour notre compte, nous invoquerons les cas de contagion immédiats, et que personne ne conteste, de fièvre typhoïde chez les infirmiers employés dans des salles de typhoïsants, ou chez des malades atteints d’affections banales et soignées au voisinage de typhoïsants (Arnould, Quinquaud, Olli- vier, Laveran, Debove, etc.) ; les faits de transmission immédiate dans des villages, quelques jours après l’arrivée d’un malade, ou même quelques jours après que des personnes de ce village sont allées visiter de leurs pa- rents, malades dans un village voisin. Il n’est guère possible, ici, que le germe typhogène ait eu le temps d’évoluer en poison dans le substrat; il n’y a pas eu le temps nécessaire pour l’accomplissement des deux phases d’une génération alternante; ce sont bien les typhoïsants qui ont infecté les individus sains, sans l’intermédiaire du sol et tout au plus, avec laseule véhiculation atmosphérique. Ce qui, par parenthèse, atteint aussi bien la fameuse théorie de W. Budd que celle de Pettenkofer. Ces observations contradictoires sont indiscutables et, en réfléchissant aux circonstances nombreuses qui peuvent faire varier tantôt les foyers putrides d’où émane la fièvre typhoïde, tantôt les conditions adjuvantes de ces foyers, humidité, chaleur, etc., personne ne s’étonnera d’apprendre que les choses ne se passent pas partout exactement comme à Munich ou Dresde. Est-ce à dire que les vues étiologiques de Pettenkofer soient absolument erronées et négligeables ? En aucune façon; aussi longtemps, au moins, que l'on regardera la fièvre typhoïde comme étroitement liée, dans ses explosions épidémiques, à la présence de foyers putrides, créés par la vie animale et surtout humaine. On ne peut guère contester aujour- d'hui que le sol, dans de certaines conditions, à l’intérieur des villes ou des villages, ne soit le grand réceptale des déchets organiques, de la ma- tière à putréfaction. On ne contestera pas davantage que les résidus orga- niques, les excréments humains surtout, sont d’autant plus dangereux que la fermentation y est plus active. Le principe delà fièvre typhoïde est un microorganisme; il a donc besoin, pour vivre, comme d’autres microorganismes, de chaleur, d’humidité et de matière nourricière. Toutes ces conditions ne se trouvent jamais mieux réunies que dans le cas supposé par Pettenkofer, pourvu qu’on n’attache pas une importance absolue à loi des oscillations inverses. Aussi faut-il tenir compte des vues étiolo- giques de cette École, tant qu’il ne sera pas démontré que le bacille typhique, qui est complaisant et vivace, ne saurait ni se développer ni se conserver dans le sol, quelles qu’en soient les propriétés. La question est plutôt de savoir comment il peut en sortir, avec l’eau ou avec l’air, problème que nous aborderons bientôt. Que si l’influence typhogëne, directe et spécifique, du sol venait à être controu- vée, il n’en resterait pas moins que, du sol imprégné de substances putrescibles, où le degré convenable d’humidité a permis la fermentation, il se dégage des produits gazeux et des composés volatils mal définis, qui sont l’association la plus fâcheuse que puisse subir l’air atmosphérique. Ces émanations agissent, au moins, sur les récepteurs de la fièvre typhoïde, préparent l’économie à être un bon terrain de culture et affaiblissent la vitalité de la cellule animale. Mais le sol ne peut-il êlre à la fois chaud, aéré et humide, qu’à la condi- tion de posséder une nappe souterraine? Et, s’il y a une nappe souter- raine, la fermentation, avec l’activité qui convient pour l’éclosion d’une épidémie typhoïde, se rencontrera-t-elle toujours à point nommé avec tel ou tel des mouvements de cette nappe ? L’effet pathogénique des émana- tions du sol sera-t-il constant et fatal, et les phénomènes de putréfaction ne peuvent-ils s’accomplir que dans le sol perméable, dans les conditions convenables pour la réviviscence de la fièvre typhoïde? Les choses natu- relles n ont point cette invariabilité, et les études étiologiques ne nous ont guère habitués à des rapports simples et mathématiques entre les faits exté- rieurs et la génération des maladies. La formule de Pettenkofer exprime un fait général réel et qui peut êlre d observation fréquente ; mais elle ne saurait être acceptée comme unique etd application universelle. Nous avons proposé ailleurs de ne la prendre que dans le premier sens, qui ressort suffisamment des développements dans lesquels on vient d entrer. « Elle gagnerait de l'importance en perdant de sa rigueur, » disions-nous, et il ne serait pas nécessaire d’adhérer à 1 hypothèse de la génération alternante des germes pour admettre qu’un sol accessible aux déjections de cholériques ou de typhoïsanls peut être spécifiquement dangereux, et cela d’autant plus qu’il les retient mieux à une laible profondeur et qu’il se prête mieux au conflit de l’air et do l’eau dans les couches dont l’iniluence sur l’air atmosphérique est incon- testable. Ici, encore, il semble que les élèves de Pettenkofer admettent quelque atténua- tion aux formules présentées autrefois. On peut s’en apercevoir à la lecture des récents travaux de Port et de Soyka sur l’étiologie de la fièvre typhoïde (insérés dans Archiv fur lhjgicnc, l’organe officiel de l’École de Munich). Le docteur Port, qui a exposé d’une façon remarquable les allures de la fièvre typhoïde dans les casernes de Munich, maintient la loi fondamentale : que les épidémies de typhus sont amenées par la chute de la nappe souterraine et répri- mées par son ascension ; mais il ajoute déjà : « dans tous les lieux où les propriétés du sol sont les mêmes qu’à Munich ». Il reconnaît, en outre, que le point le plus bas de la courbe du typhus retarde de 4 mois sur le point le plus élevé de celle de la nappe, et que le fastigium du typhus retarde d’autant sur le moment de la plus grande dépression de l’eau souterraine. Enfin, il ne dissimule pas certaines irré- gularités, ressortant d’ailleurs de ses graphiques, soit d’une année à l’autre dans la même caserne, soit d’une caserne à la voisine. Soyka établit une intéressante comparaison entre les villes de Berlin, Munich, Francfort-s.-M., Brème, Salzbourg. Les observations faites sur ces points divers confirment essentiellement le principe ; mais avec quelques divergences qui amènent l’auteur à rester, au moment de ses conclusions, dans des termes gé- néraux. « La répartition saisonnière du typhus, dit-il, a un rythme qui ne corres- pond pas aux divisions ordinaires du temps, mais aux changements dus à la hau- teur de l’eau souterraine. Le rythme du typhus est généralement en sens inverse de celui de la nappe.» On peut aisément, à la seule inspection de ses courbes, sur- prendre parfois le typhus et le niveau de l’eau souterraine marchant parallèle- ment; par exemple, à Berlin, en 1874; à Brème, en 1874 et 1884; et même à Munich, de 1880 à 1885. L’auteur admet, ce qui est grave pour l’École à laquelle il appartient, qu’un bon approvisionnement municipal d’eau soustrait, au germe typhique, un « moyen de transport important », encore qu’il puisse influencer la nappe en ne mettant plus à contribution les puits. Bref, il ne réclame plus, pour les oscillations de la nappe, un rôle causal, mais simplement le titre d’une condi- tion, de même que la poussière, dans la théorie d’Aitkin, est une condition du brouillard, mais ne le fait pas. Nous pensons que bientôt il faudra encore faire descendre de cette dignité les oscillations de la nappe souterraine. En France, le professeur Corail [Acad, de méd., 29 mars 1S87) a proposé, de l’influence des oscillations de la nappe, une explication déjà avancée par Gafflcy, mais que l’école de Munich n’acceptera certainement pas. «La théorie de Pettenkofer, dit Corail, ne contient qu’une partie de la vérité au sujet de l’étiologie de la fièvre typhoïde, mais cette partie de vérité est incontestable... Un abaissement de la nappe souterraine, c’est la diminu- tion d’une rivière ou d’une source, c’est l’accumulation, sous un plus petit volume, des germes nocifs qu’elle peut contenir. D’autre part, dans un terrain perméable, c’est l’attraction des microbes vers les parties déclives, c’est-à-dire vers les origines de la collection des eaux. Le contraire a lieu naturellement, quand la nappe s’élève ; la quantité de l’eau dans les sources ou les rivières est augmentée et, pour un même poids, sa virulence est dé- truite ou affaiblie. Les organismes pathogènes, au lieu d’être attirés vers ces sources, sont alors projetés loin d’elles par l’ascension del eau souterraine. » Ces vues ont l’attrait de la simplicité. Malheureusement, même en regar- dant comme certaine l’aptitude très contestée du bacille typhique à vivre dans l’eau, elles supposent résolues un assez grand nombre de questions relatives aux rapports de la nappe avec les collections d eau visibles et au déplacement des microorganismes dans le sol; questions encore à 1 étude, mais dont la solution ne semble pas devoir incliner manifestement dans le sens de l’éminent professeur de Paris. Après tout, si le bacille typhique se plait dans l’eau, on ne voit pas bien en quoi l’ascension de la nappe vers les couches superficielles, naturellement les plus souillées, pourrait lui être défavorable. ou Thermalité du sol. Les couches du sol qui intéressent l’hygiène reçoivent de la chaleur, d’une part du foyer central, d’autre part du soleil. Leur état thermique, sous cette double influence, est réglé par la conductibilité et la capacité calorifique des éléments du terrain, modifiées elles-mêmes par les pro- portions d’air ou-d’eau que le sol renferme. La température du sol s’accroit d’environ 1 degré par 30 ou 32 mètres, en descendant de la surface vers le centre. Le fait intéresse immédiatement les mineurs, dont quelques-uns travaillent à 300 ou 600 mètres sous terre. Dinzer, observant par des trous de sonde et tenant compte de la chaleur développée par le forage même, a élevé ce chiffre à 1° par 27m,8. C’est là une loi d’observation. Mais l’on conçoit que, pour être générale, elle ne se vérifie qu’à partir d’un point suffisamment distant de la surface pour que le sol devienne indifférent aux oscil- lations de la tempéi’ature extérieure. La profondeur de ce point varie quelque peu selon les latitudes et surtout en raison de la conductibilité des éléments du sol, de la perméabilité du terrain qui permet plus ou moins les échanges gazeux, etc. Les caves de l’Observatoire de Paris, à 29 mètres de profondeur, marquent au ther- momètre, depuis plus de cent ans (Réaumur, Lavoisier, Arago), une température d à peu près 11°,7 (C.), sans oscillation notable. En diminuant ce chiffre d’un peu moins dune unité, on obtient 10°,8, qui est précisément la moyenne thermique annuelle de Paris, donnée par les instruments et l’observation directe. Le point de température invariable, dans la profondeur, possède, en effet, la moyenne thermique du lieu. A Paris, ce point est donc vers 3o ou 36 mètres de profondeur (la moyenne réelle, d’après Renou, ne dépassant pas 10°). Partes, observant en Angleterre, place ce point entre 16 et 30 mètres; Roth et Lex, en Allemagne, à 10 mètres. Là où la moyenne thermique du lieu est au-dessous de zéro, la zone de température constante est toujours gelée; par suite, l’épaisseur du sol gelé est d’autant plus grande que la température moyenne annuelle est plus au-dessous de zéro (Soyka). L effet de la chaleur centrale est perceptible dans les mines, sous les tunnels de montagnes. Nous avons personnellement constaté 2o degrés, au fond de la fosse du Chaufour (Anzin), à 400 mètres, la température extérieure étant de 10°. Il y a également 30°,t dans le tunnel du Mont-Cenis, à 1,609 mètres au-dessous du sommet de la montagne (Giordano); 30°,6 dans le tunnel du Saint-Golhard, à I,2o0 mètres au-dessous de la surface (A. Koch). 11 y a une troisième source de chaleur pour le sol, sur laquelle Soyka appelle légitimement l’attention ; ce sont certains phénomènes physiques ou chimiques qui s’accomplissent à sa surface ou dans ses premières cou- ches. Ainsi, Vabsorption de l’eau ou de la vapeur, la condensation de la vapeur d’eau. On sait que 1 kilogramme de vapeur en repassant à l’état d’eau abandonne 536 calories. 11 est assez curieux que cette condensation, déterminée par le fait que le sol est plus froid que l’air, tend précisément à compenser ce refroidissement. Les actions chimiques capables de faire de la chaleur dans le sol sont de l’ordre des oxydations et des réductions, qui, pour la plupart, s’accomplissent avec l’intervention des microorga- nismes; la destruction des combinaisons organiques met en liberté de la chaleur latente. Pouvoir thermique «lu noI. — Comme d’habitude, le pouvoir émissif et le pouvoir absorbant marchent, dans le sol, d’une façon parallèle. L’un et l’autre sont liés aux propriétés physiques et minéralogiques des éléments du sol ; plus élevés dans le sol léger et moins dans les matériaux com- pactes (Soyka, Lang); moins sensibles dans les terres ou roches de couleur claire et très accentués dans celles de couleur sombre (Wollny). L’humus, qui est noirâtre, absorbe beaucoup plus le calorique que la craie ou que divers sols siliceux de couleur éclatante. La coloration est tellement déci- sive en ceci, que la teinte brune permet réchauffement de certaines argiles (lœss, lehm) ou marnes douées cependant d’une capacité calorifique assez considérable. La couleur sombre élève, de même, l’aptitude au refroidis- sement (Flügge). Tout ce qui mulLiplie la surface, la culture, la végétation, augmente les pouvoirs émissif et absorbant. Capacité pour le calorique. — Il faut distinguer la capacité pour le calo- rique (ou chaleur spécifique) des éléments du sol et celle des sols eux- mêmes. En les rapportant à la chaleur spécifique de l’eau = 1,000, on a attribué à diverses substances minérales ou même végétales les capacités suivantes : Eau Bois Tourbe Gypse Carbonate de chaux 1,000 (Régnault). 54:? (Mayer). 529 (Lang). 273 (Neumann). 271 (Lavoisier). Kaolin Argile Marbre (poudre) Sable siliceux.. Quartz 233 (Lang). 217 (Calculée). 214 (Lang). 190 (Fischer). 1S6 (Kopp). La capacité calorifique de l’air, = 267, correspond sensiblement à la moyenne de celles des sols. Il est aisé de comprendre, d’après ce tableau, que la richesse d'un sol en eau en augmente la capacité calorifique. D’où il suit que la présence de l’eau dans le sol retarde à la fois son échauffement excessif dans la saison d’été (indépendamment du refroidissement par évaporation) et l’abaisse- ment exagéré de sa température en hiver (Wollny et Pott). Aussi les expé- rimentateurs sont-ils arrivés à des résultats assez différents, selon qu’ils ont étudié la chaleur spécifique du sol — desséché à 100°, — desséché à l’air, — ou en état de saturation capillaire (Soyka). Le degré le plus élevé est au degré inférieur, comme 3.2 :1, selon Liebenberg; comme 2.1 : 1, se- lon Pfaundler. Nous nous bornerons à reproduire., à cet égard, le court tableau suivant, que Soyka emprunte à Schwarz. Capacité pour le calorique à volumes égaux (Schwarz). NATURE DU SOL. DESSÉCHÉ A 100°. DESSÉCHÉ A L’AIR. E.\ ÉTAT DE CAPIL SATURATION LAIRE. CHIFFRE absolu. CHIFFRE proportionn. CHIFFRE absolu. CHIFFRE proportion»!. CHIFFRE absolu. CHIFFRE proportionn. Sol de marais 140 1.00 191 1.36 960 6.85 Sable d'alluvion (quartz.). 325 2.32 347 2.48 675 4.82 Lehm (Lehm-Lœss) 326 2.33 341 2.46 762 5.44 Argile 289 2.00 406 2.00 804 5.74 Conductibilité du sol. — Cette propriété du sol est encore assez indé- cise, malgré les recherches de Schübler, Péclet, Pott, Less, Littrow, parce que les résultats obtenus sur les éléments du sol à l’état de fragments compactes prouvent peu à l’égard du sol ordinaire, ordinairement assez divisé, et que, si l’on opère sur ces éléments réduits en poudre, on y as- socie un corps d’une conductibilité extrêmement faible, l’air, qui peut changer le sens des indications. Le pouvoir conducteur de l’eau est de 21 à 26 fois plus grand que celui de l’air (Eau, 1 ; Air, 0,037 à 0,047). Il en résulte que la présence de l’eau dans un sol sera généralement favorable à sa conductibilité. Dans les sols secs, ce pouvoir semble ne varier que dans la proportion de 1 à 3.5. Selon Soyka, les comparaisons suivantes de Péclet donnent plus exac- tement la conductibilité relative que les chiffres absolus de ce pouvoir. Les matières minérales étaient essayées en poudre. Marbre Calcaire Gypse Terre cuite Sable quartzeux Brique pilée 3.130 (100 ) 1.823 ( 58.2) 0.430 ( 13.7) 0.000 ( 10.1) 0.270 ( 8.6) 0.152 ( 4.8) Craie on poudre Cendre de bois.. Coton Laine Duvet Tissu de lin 0.004 (3.0) 0.066 (2.1) 0.040 (1.2) 0.044 (1.3) 0.030 (1.2) 0.052 (1.6) Littrow a exprimé d autres lois d’une certaine importance. Ainsi : 1° la constitution mécanique a la principale influence sur les aptitudes thermi- ques des sols secs, de telle sorte que la qualité des parties entraînées par le lavage, déterminable par le microscope, mette en évidence leur action; plus ténues sont les parties constituantes du sol, plus faible est leur con- ductibilité pour le calorique; 2° la constitution pétrographique et chimique s efface devant 1 importance de la constitution mécanique. La présence de la chaux et de la magnésie paraît diminuer la conductibilité calorique du sol, 3° tous les sols humectés conduisent mieux la chaleur que les sols secs, attendu que l’eau est meilleur conducteur que l’air ; 4° cependant, les sols humectés conduisent mieux le calorique que l’eau ; 5° en effet, en soi, les matériaux constituants du sol sont meilleurs conducteurs que l’eau ; 6° les courbes de conductibilité des sols secs sont comprises entre celle de l’eau et celle de l’air; les courbes des sols humides sont, au con- traire, toutes supérieures à celle de l’eau, qui est comme la transition entre les premiers et les seconds. Echauffemeut «lu sol. — Les particularités relatives aux divers pouvoirs thermiques du sol sont assez indécises pour qu’il soit indispensable d’ex- plorer leurs effets par l'observation directe. Il est utile, pratiquement, de distinguer réchauffement à la surface et la température clans la profondeur. h’échauffement à la surface, très important à connaîlre, puisque c’est là que l'homme est en contact avec le sol, dépend de l’irradiation solaire, de la longueur des jours, de l’exposition et des pentes, qui décident de l’incidence des rayons du soleil et, tout d’abord, de leur arrivée jusqu’au sol (exposition Sud). Il est entravé par la traversée des rayons dans l'air, qui absorbe de la chaleur — à la faveur de la vapeur d’eau, selon Tyndall, — par les brouillards, l’acide carbonique, les poussières en suspension, d’après Magnus, Lecher, Heine. Il est clair que l’état nuageux du ciel retarde cet échauffement et que sa sérénité l’active. C’est à la surface du sol, meilleur conducteur que l’air, que l’on constate ces hautes températures de GO degrés (de Humboldt), 67°,5 (Nouet, à Thèbes d’Égypte), et même 70 degrés, sur le sable du désert, ainsi qu'il est arrivé à quelqu’une de nos colonnes du Sud-Algérien. D’ailleurs, pourvu qu’il y ait du soleil, cet échauffement est tout aussi sensible sur les hauteurs, où la raréfaction de l’air diminue son pouvoir d’absorption des rayons calorifiques (Soyka). En effet, au mois d’août 1842, Martins, sur le Faulhorn (2,680 mètres), observait 8°,2 dans l’air et 16°,2 à la sur- face du sol. Au même moment (9 heures du matin), il y avait à Bruxelles, 21°,4 dans l’air et 20°,1 à la surface du sol. A vrai dire, sur les hauteurs, le rayonnement nocturne du sol — et le refroidissement consécutif — sont extrêmement intenses. Au point de vue des oscillations diurnes ou annuelles de la température de la couche superficielle du sol, le professeur Soyka utilise la comparaison faite par Wild des observations de Dohrandt à Nukuss, sur l’Amou-Daria, avec celles de Neubauer, à Melbourne. La température moyenne annuelle est de 9°,4 dans la première localité ; 14°,1 dans la seconde. Or, les minima journaliers se rencon- trent à 5 heures du matin, à Nukuss et à Melbourne et sont très voisins dans l’air ou sur le sol (un peu plus de o° à Nukuss ; près de 11° à Melbourne); les maxima sont, à Nukuss, 17°,13 dans l’air, à 3 heures, soir; 32°,23 sur le sol, et à Mel- bourne : 18°,72 à l’air; 26°,32 sur le sol, tous deux à 1 heure après-midi. — Les oscillations annuelles sont remarquables par le rapprochement étroit des minima d’hiver ou d’été, à l’air ou sur le sol, à Melbourne comme à Nukuss. Les maxima, au contraire, indiquent une supériorité de la température du sol sur celle de l’air de plus de 23 degrés, dans la saison chaude (juillet), à Nukuss, et de plus de 12 degrés en novembre-janvier à Melbourne. Le caractère de la thennalité de la couche superficielle du sol est de pou- voir varier dans de grandes limites et beaucoup plus rapidement que celle des couches profondes. Elle atteint des degrés qui permettent la multipli- cation de certains microorganismes pathogènes, alors que ceux-ci ne trouveraient jamais dans la profondeur la chaleur qui leur est nécessaire. 11 est remarquable, d’autre part, que la congélation à la surface ne tue pas, d’ordinaire, les formes permanentes. Moyennes des températures maxima de la surface du sol sans abri (Descroix, Paris). 1872-73. 1873-71. 1871-75. 1875-70. 1870-77. 1877-78. 1878-79. Octobre 19-3 19» 1 22° 9 19° 3 19» 6 20“ 9 19“ 2 Novembre 12.5 12.1 12.7 12.1 13.6 13.6 8.7 Décembre 10.9 6.3 4.2 6.6 10.5 7.8 3.9 Janvier 10.2 9.6 10.1 5.7 11.6 6.6 2.4 Février 6.9 ' 11.9 7.9 10.G 13.9 10.2 10.6 Mars 18.7 17.4 15.6 16.1 14.6 15.5 16.9 Avril 21.7 27.3 27.9 23.5 22.6 23.9 22.0 Mai 29.5 31.9 35.3 30.4 23.9 27.1 27.4 Juin 35.5 37.0 35.0 35.6 34.7 31.8 33.6 Juillet 37.4 36.8 35.1 40.6 32.6 37.4 34.3 Août 34.3 32.7 37.3 37.6 32.5 31.5 36.1 Septembre 24.6 31.0 32.2 26.2 25.5 31.1 34.3 2. Réchauffement dans la profondeur est subordonné à la conductibilité du sol ; par suite, à son humectation, à son revêtement par des végétaux. On peut considérer la profondeur de o centimètres, ou aux environs, comme appartenant encore à la couche superficielle. A 5 centimètres, en effet, la température a des extrêmes moins élevés qu’à la surface ; mais le degré thermique peut encore y dépasser notablement celui de l’air. Au delà de cette profondeur, la température du sol retarde sur celle de l'atmosphère et d’autant plus que la profondeur augmente. La loi est vraie des oscillations diurnes et des oscillations mensuelles, des minima et des maxima. Toutefois, elle n’a rien de mathématique et ne se réalise pas d’une façon proportionnelle à la profondeur. D’après les observations des deux Becquerel, les oscillations thermiques annuelles, à Paris, s’accom- plissent : à J mètre de profondeur, dans les limites de 7 degrés; à 6 mè- tres, dans celles de 1°,07; à 31 mètres dans celles de 0°,04. Dans des observations faites à Bruxelles (Wiel), on attendit un mois pour qu’une couche de sable de lm,8 d’épaisseur fût traversée entièrement par le calorique extérieur; à une profondeur de 11 mètres, il se passa six mois, de telle sorte que la chaleur du sol atteignait à son maximum précisément à 1 époque où la température de l’air était à son minimum. Il en résulte que si certaines maladies, la fièvre typhoïde par exemple, sont réellement influencées par la chaleur du sol et les phénomènes de fermentation qui s y accomplissent, on s explique qu elles n’aient point leur acmé épidé- mique en été, mais en automne ou en hiver — au moins dans nos contrées. Nous empruntons à. l’Annuaire de Montsouris pour 18*7 le tableau ci-dessous qui met bien en évidence la proportionnalité du retard thermique dans le sol, à de faibles profondeurs, avec la distance de la surface. La moyenne à l’air du mois de mai 1875 a été de 15°,3. — Nous avons fait suivre les chiffres des maxima de la lettre grecque g, pour faire ressortir leur régularité. Températures moyennes diurnes du sol (mai 1875, Montsouris). HEURES. SURFACE. PROFONDEUR 0“,02. 0”, 10. O”,20. 0",30. 1 mètre. 6 h. du matin 12» 75 13» 09 15» 18 15» 99 16» 01 13» 59 fl li 20.75 15.11 15.12 15.73 15.87 13.61 Midi 25.83 n 17.45 15.87 15.69 15.75 13.64 3 h. du soii' 23.66 18.53 jA 16.92 16.01 15.79 13.66 6 h 16.90 17.99 17.37 n 16.43 15.98 13.72 y h 12.09 16.59 17.14 -16.71 n 16.22 13.69 Minuit 9.72 15.56 16.53 16.65 16.31 jjl 13.70 Nous ajouterons le tableau suivant, dans lequel la comparaison est faite avec le sol gazonné et auquel, à ce titre, nous renverrons ultérieurement, mais qui met en relief mieux que les précédents la marche respective de la température dans l’air, à la surface du sol et à diverses profondeurs. Températures moyennes i?iensuelles du sol gazonné, au soleil (Montsouris, 1874-1875). TEMPÉR. SURFACE SOL A LA PROFONDEUR DE M OI S. A l’air. EXTÉRIEURE. 0m,02. 0»1,10. 0m,20. O^O. 1 mètre. 11»6 13“ 6 11 » 79 12» 23 12» 99 12» 85 14°46 5.0 6.61 7.09 7.99 7.88 10.52 0.5 0.6 2.13 2.74 3.65 3.54 6.56 5.4 5.4 4.06 3.88 4.32 3.88 5.12 1.5 2.4 1.44 1.80 2.57 2.32 4.64 5.3 7.5 4.98 5.10 5.53 5.06 5.05 10.2 9.99 10.11 10.47 9.S7 8.00 Mai 15.3 21.1 15.97 16.24 16.59 16.01 13.66 16.9 22.8 18.15 18.31 18.73 18.20 16.49 17.1 22.6 18.16 18.35 18.70 18.20 16.87 19.2 24.6 19.89 10.99 20.45 19.97 1S.51 16.9 21.3 17.87 18.16 18.80 18.45 18.11 Toutefois, les moyennes ne font pas ressortir un fait très significatif, vis-à-vis de la faible conductibilité du sol; à savoir qu’il faut « des froids très intenses et surtout très prolonges pour que la gelée descende à 0m,2t) ou 0m,30 et encore, une couche de neige de quelques centimètres d’épais- seur suffit-elle a enrayer ce mouvement d’approfondissement de la gelée ». (Marié Davy.) A l’époque des plus grands froids de décembre et janvier, alors que le thermomètre couché à la surface du sol marquait — 15°,4, le thermomètre placé à 0m, 10 ne descendait pas au-dessous de — 1°,87 ; à 0m,20 il ne dépassait pas -}- 0m,47; à 1 mètre il s arrêtait, quatre jours après, à -f- 3°,7U son point le plus bas. Les soldats, en campagne, creusent volontiers le sol à l’intérieur de leurs tentes, si l’on n’y prend garde; celte pratique avait une certaine vogue pendant les rigoureux hivers de l’expédition de Crimée (1854-1856), de même que l’on recherchait les taupinières, baraques formées de planches disposées comme un toit au-dessus d’un trou dans la terre. Les tentes à sol creusé et les taupinières sont de détestables habitations au point de vue du méphitisme ; mais l’on s’ex- plique aisément que les soldats y trouvent un moyen de conservation du calorique. En vérifiant la température du sol à diverses profondeurs sur les deux talus opposés d’une tranchée de chemin de fer, sous la direction de F. Küchenmeister, A. Bellmann (de Freiberg) a pu constater que le talus sud (qui ne regarde pas le soleil) a plus froid en hiver et moins chaud en été que le talus nord (exposé au soleil). Ainsi, à 1 mètre de profondeur, le minimum est 10,9, le 5 mars, du côté nord, tandis qu’il descend à 1°,75 du côté sud. A la même profondeur, le maximum est 16°,8 le 9 septembre, dans le talus nord, et 15,75 dans le talus sud. Cette observation peut avoir quelque importance vis-à-vis du choix de l’exposition des maisons que l’on veut bâtir. Rapports hygiéniques «le la thermalité du sol. — Il suffira de rappeler que la chaleur du sol active la production de CO2 dans les premières couches (page 34), c’est-à-dire les oxydations organiques; qu’elle a une action incessante sur les mouvements de l’air du sol (p. 38); qu’enfin, la rétraction de certains sols, sous l’influence de la chaleur et de l’évaporation, exaspère d’une façon parfois très dangereuse les échanges entre le sol et l’atmosphère. Mais la température du sol prend une importance plus grande encore lorsqu’on envisage le rôle qu’elle peut jouer dans les fermentations qui s’accomplissent au sein du sol, source de chaleur elles-mêmes, et dans la vitalité des microorganismes, soit ceux de la putréfaction, soit ceux que l’on appelle pathogènes. Ces derniers peuvent aisément trouver dans la couche superficielle du sol ces hautes températures, voisines de la chaleur du sang, que l’air n’atteint presque jamais, non plus que l’eau; tous deux étant mauvais conducteurs et l’eau possédant une haute chaleur spécifique. Cette couche peut donc être le lieu de multiplication des microbes patho- gènes, et les autres, plus profondes, leur lieu de conservation, en raison de ce qu'elles atteignent à des degrés beaucoup moins élevés. Bien avant que la doctrine de la nature parasitaire des maladies infec- tieuses fût assise sur les bases solides que lui ont données les découvertes contemporaines, on soupçonnait déjà les relations de la température du sol avec le développement de quelques-unes de ces maladies; bien plus, on formulait déjà l’idée qu’une température élevée du sol pouvait déterminer 1 éclosion des germes de ces maladies que l’on regardait comme soumises à la génération alternante. Delbrück, à Halle (1867), et L. Pfeiffer, à Weimar (1871) tentaient de rapporter aux allures de la température du sol le développement des épidémies de choléra. Dans son premier mémoire, à défaut d’observations locales suffisamment mul- tipliées, Pfeiffer envisageait l’influence de la température du sol sur le développe- ment du choléra selon les grandes zones du globe. II émettait, sans pouvoir le prouver, l’idée que’dans la zone polaire le choléra trouve la raison de son activité dans réchauffement du sol par les habitations des cités populeuses, artificielle- ment chauffées elles-mêmes pour lutter contre le climat; sous ces froides lati- tudes, il s’agirait vraisemblablement toujours d'épidémies de maison, comme on en voit chez nous en hiver. Sous les tropiques, où la température du sol ne varie guère, on ne saurait recourir à l’hypothèse d’un lien entre les accès de chaleur du sol et le développement du choléra: en fait, il apparaît et règne dans les Indes et d’autres pays intertropicaux, à n'importe quelle époque de l’année. Mais pour ce qui concerne les latitudes tempérées, l’auteur croit pouvoir établir, avec un certain degré de vraisemblance, sur ses propres observations et celles qui lui ont été communiquées, cette loi : que l’acmé de l’épidémie cholérique coïncide avec le moment de la plus haute température du sol à une faible profondeur, ou survient peu après ; que le choléra décroît avec une chute rapide de la température du sol et qu’il disparaît quand celle-ci est au-dessous de 5 à 7° C. — Delbrück, à Halle, avait remarqué que la cessation du fléau coïncidait avec une chute de la tempé- rature du sol de 2°,S. — Pfeiffer se garde bien, d’ailleurs, de négliger la part que peuvent avoir les oscillations de la température atmosphérique, les différences de nature, de conductibilité, de revêtement, d’humidité du sol, sa richesse en produits de décomposition, toutes circonstances au milieu desquelles la température du sol pourrait n’ètre qu’un facteur. L’année suivante. Pfeiffer proclamait la vérification de sa loi pour le royaume de Prusse, de 1848 à 1859, pour Bruxelles et l’Angleterre. La découverte du kommabacillus par R. Koch n’a point paru au médecin de Weimar une raison pour abandonner sa théorie; il l’a seulement modifiée et adaptée aux faits nouvellement acquis. Dans un travail datant de 1884, Pfeiffer relève ce détail de la biologie du bacille cholérique, que sa végétation propre s’ar- rête aux températures inférieures à 16 degrés, et l’accepte. Mais, à Leipzig, la température du sol jusqu’à 40 centimètres de profondeur est supérieure à 16° pendant les trois mois de juin, juillet, août. Les décès cholériques, en 1866, y ont eu lieu, effectivement, en août, septembre, octobre, c’est-à-dire pendant et aussitôt, après l’époque des maxima de température dans les premières couches. D'où il suit que le parallélisme des oscillations (inverses) de la nappe souterraine, de la chaleur du sol et du choléra, persiste même avec la nouvelle étiologie. Seulement, il faudra dire : « Les épidémies cholériques dans nos pays atteignent leur acmé au moment où la température du sol, dans les couches supérieures, arrive à 16° ou un peu après ce moment ; le choléra diminue quand la température de ces couches s’abaisse au-dessous de ce chiffre; il n’y en a plus quand la température tombe au-dessous de 5 à 7° à 50 centimètres dans le sol. » Mesure de la. température du sol. — On peut connaître la température du sol à une faible profondeur au moyen des thermomètres ordinaires, pourvu que la tige en soit un peu longue et sorte de terre. Habituellement, en pareil cas, il y a lieu de faire une correction. Les thermomètres à maxima et à minima, les thermo-éléments, sont également utilisables. Mais lorsqu’on désire faire simultanément l’observation à des profondeurs diverses, on emploie des thermomètres, rendus peu sensibles par l’enve- loppement de leur réservoir dans la cire à cacheter, la paraffine, le caout- chouc, et qui, renfermés dans des tubes de bois, de verre, de métal, sont placés en terre de façon à pouvoir être retirés facilement. Ils peuvent rester dehors pendant deux ou trois minutes, — le temps de (aire la lec- ture, — sans varier dans leurs indications. Flügge indique plusieurs appareils imaginés dans ce but et spécialement l’appareil Lamont, que Pfeiffer avait déjà décrit dans les termes suivants : « Quatre tubes de bois, rectangulaires, verticaux, respeclivement longs de 1, 2, 3, 4 pieds, sont assemblés à côté l'un de l’autre à la façon de tuyaux d’orgues et enterrés dans le sol. Dans chacun de ces tubes se trouve une tige de bois d’une lon- gueur égale à celle du tube, qui remplit le calibre de celui-ci aussi exactement que possible, tout en restant mobile dans le sens de la perpendiculaire. A l’ex- trémité supérieure de cette baguette, un petit anneau de fer servant, de poignée permet de la retirer du tube. Le thermomètre destiné à mesurer la température du sol est encastré à l’extrémité inférieure de la tige de bois et assujetti à l’aide de lames de laiton. Le fond de chaque tube est également fermé avec du laiton et, en avant de la boule du thermomètre, la paroi du tube porte une ouverture obturée par une plaque du même métal, de telle sorte que l’accès de la chaleur soit rendu aussi facile que possible. La partie des tubes enterrés qui émerge au- dessus du sol est recouverte d’une caisse fermant bien. Les thermomètres sont gradués par dixièmes de degré, de — 10 à -(- 20 degrés Réaumur. » A de plus grandes profondeurs, des tubes cylindriques de tôle étamée, placés à 50 centi- mètres ou 1 mètre de distance les uns des autres, remplacent avantageusement les tubes de bois, sans fausser les résultats. Bibliographie. — Lewis (E. R.) and Cunningham (D. D.) : Choiera in relation to certain physical phænomena. Calcutta, 1878. — Wollny : Einfluss cler Farbe des Bodens auf die Erwürmung (Forschungen aufdom Gebicte der Agriculturphysik, I, 1878. — Lang : Ueber Würmeabsorption und Emission (Forschungen auf d. Geb. d. Agriculturphysik, I. 1878). — Flügge (C.) : Beitrüge zur Hygiene. 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Paris, 1884. dans le sol, en grand nombre; ils y vivent à la faveur de la richesse du sol en matière organique, c’est-à-dire nourricière, et leur rôle est précisé- ment la transformation de cette matière, qui provient des déchets de la vie. Par suite, ils sont bien plus nombreux dans la couche superficielle que dans la profondeur; c’est, d’ailleurs, dans la première aussi qu’ils trou- vent les conditions d’aération, de température et d’humidité qui leur sont nécessaires. A ce point de vue, la couche superficielle n’a pas plus de 1 à2 mètres d’épaisseür. Au delà de 4 à 5 mètres, les germes de bactériens sont très rares ou manquent tout à fait. Leur absence dans la couche de la nappe souterraine est donc la règle. Ils sont d’autant plus abondants que le sol est plus souillé (nourricier). Les bacilles, plus nombreux que les microcoques, à moins de la présence de matière putride en grande quantité. En général, les germes sont plutôt à l’état de spores qu’à l’état de dévelop- pement parfait. C’est principalement le cas pour les microorganismes pathogènes, qui se conservent dans le sol plutôt qu’ils ne s’y multiplient. ■> Les premières constatations que nous connaissions sur le nombre des micro- organismes du sol sont dues à P. Miquel, de l’observatoire de Montsouris (1879 . Les échantillons de terre furent pris à une faible profondeur, 10 ci 20 centimètres, et dans des espaces cultivés, sauf le cas des gazons du parc de Montsouris. Les résultats furent : Chiffres moyens de schizomycèles par gramme de terre. Terre (gazonnée) du parc de Montsouris Terre irriguée à l’eau d’égout depuis dix ans Terre semblable, non irriguée 700.000 570.000 900.000 Les bacilles étaient les plus répandus ; les microcoques, toutefois, l’emportaient à la surface de l’humus. Un peu plus tard (1881), Itob. Koch fit connaître, sans donner aucun chiffre, un procédé assez simple à l’aide duquel il avait exécuté quelques recherches sur les microorganismes du sol, à Berlin; sa formule générale, comme conclusion, fut que les couches superficielles du sol sont extraordinairement riches en germes de bactéries et que cette richesse diminue rapidement avec la profondeur, tellement qu’il n’y a à peu près plus de germes, dans un sol non remué, à un mètre au- dessous de la surface. De la terre prise à 2 mètres de profondeur, à une dis- tance du lit de l’infecte Panke qui n’atteignait pas 2 mètres, se montra extrêmement pauvre en microorganismes. D’ailleurs, les germes de bacilles dominaient, au point de vue du nombre; les microcoques n’arrivaient à être aussi nombreux que dans le sol très souillé ou imprégné d’engrais. Comme, en fait, on trouve dans le sol beaucoup plus de spores que de bacilles, R. Koch pense que ces spores ne se sont point formées sur place, mais ont été apportées de plus loin dans les matières de déchet, les engrais, les produits de décompo- sition. Les travaux sur ce sujet commencent à se multiplier depuis 1886. Dans une dissertation inaugurale, à Leipzig, L. Adametz s’est proposé de déterminer les espèces auxquelles appartiennent les champignons inférieurs que l’on rencontre dans la croûte terrestre. Nous lui empruntons les renseignements ci-après, qui expriment la richesse en germes de la terre du jardin d’expériences de l'Institut agricole de Leipzig. Les chiffres se rapportent à 1 gramme de terre. Nature du sol. Germes à la surface. Germes à 20-25 cent. prof. Sable 380,000 460,000 Argile (lehm) 500,000 464,000 Le docteur Beumer a examiné des échantillons de terre empruntés aux envi- rons de l’hospice de Greifswald (Berlin), en des points divers et à différentes pro- fondeurs. Il a compté les microorganismes par millions, même à 5 et 6 mètres de profondeur, sauf dans une dune de sable tout à fait nue, où il n’a plus trouvé que de rares germes au delà d’un mètre de profondeur. Nous pouvons négliger ses chiffres absolus, parce que ses recherches sont entachées d’un vice d’exécu- tion ; mais nous en retiendrons que ces chiffres, même quand il s’agit de millions, vont en décroissant à mesure que la profondeur augmente. A Turin, Maggiora constate, à la surface du sol, 1,600 germes par gramme sur une colline sableuse, sans végétation; — 11 millions dans un champ cultivé; — 78 millions dans la boue des rues de Turin. La progression descendante selon la profondeur se représente dans les résultats de ce savant et dans les limites suivantes : 69 millions à la surface, 51 millions à 1 mètre ; 42 millions à 2 mètres : 20 millions à 3 mètres; 17 millions à 4 mètres. On voit que la souillure du sol a une influence décisive. Duclaux, à Paris, au, voisinage d’un égout qui reçoit depuis un siècle les déjections d’une caserne a' obtenu 64,000 germes par gramme de terre, contre la paroi, à 1 mètre de pro- fondeur, et 1,000 à 2 mètres, au niveau du radier. Les résultats numériques ci-dessus, selon Cari Frankel (de 1 ’Institut d'hygiène de Berlin), sont tous suspects au point de vue absolu, parce que les explorateurs ont procédé dune façon défectueuse et, surtout, n’ont pas eu le soin d’examiner leurs échantillons de terre aussitôt après les avoir recueillis. En effet, si l’on tarde à faire cet examen, les quelques germes qui peuvent se trouver dans le sol i de la profondeur se cultivent d’eux-mèmes, une fois à l’air et à la température du laboratoire, et se multiplient d’une façon rapide et étonnante, qui fausse en- tièrement les résultats. L’auteur a imaginé un appareil d’extraction des échantil- lons de terre, qui empêche tout ensemencement étranger, et un procédé de cul- ture qui consiste à mêler un volume déterminé de la terre en examen à la géla- tine nourricière à l’état liquide, introduite dans l’éprouvette, en l’étendant ensuite sur les parois intérieures du verre, selon la méthode d’Esmarch. 11 a été impossible, même en reproduisant artificiellement, pour des cultures spéciales, les conditions de température, d'atmosphère, d'humidité, qui existent au sein du sol, ou en créant des conditions contraires, de reconnaître auquel de ces facteurs on doit attribuer la multiplication particulièrement rapide des microor- ganismes dans les échantillons pris à la profondeur. Mais on comprend, peut- être, que ceux de la surface ne se multiplient pas de même. Ceux-ci ont déjà opéré cette multiplication autant que le permettait la richesse nourricière des couches superficielles, accessibles d’ailleurs à la chaleur et à l’oxygène. Quelles que soient les conditions nouvelles qui leur sont faites, ils ne dépasseront pas ce maximum de prolifération. La « profondeur » doit s’entendre ici des couches situées à 2 ou 3 mètres. Le résultat capital des recherches de C. Frankel est, en effet, que les ensemence- ments avec de la terre prise à 4 et 5 mètres, même ulors que cette profondeur appar- tient à la zone de la nappe souterraine, ne donnent plus ou que très peu de colonies. Il reste certain que les couches superficielles sont très riches en germes, quoique les chiffres obtenus n’atteignent pas aux millions de Beumer et de Maggiora. Dans le terrain choisi pour les expériences, un sable d’alluvion mêlé d’humus jusqu’à 75 centimètres de profondeur, au Püngstberg (Potsdam), la moyenne a été aux environs de 100,000 germes par centimètre cube. Ce qui est remarquable, c’est que la diminution selon la profondeur n’est point progressive, mais se pro- duit tout à coup, vers lm,2o environ, de telle sorte qu’on trouve, à ce niveau, 100 fois moins de germes qu’à 25 centimètres au-dessus. On trouva plus de germes en été (maxima en juillet-août) qu’en hiver. Le revê- tement par la végétation ou la nudité du sol parurent indifférentes. Les espèces microbiennes liquéfiant la gélatine se montrèrent très abondantes dans les couches supérieures du sol. Dans cette zone, les bactéries prédominent avec quel- ques moisissures ou ferments et certains bacilles, tels que le bacille du foin. Les microcoques sont plus rares que les bacilles. Dans la détermination des espèces, on ne put jamais démontrer qu'il se présentât une espèce pathogène. Les microorganismes reconnus furent régulièrement des aérobies; malgré des dispositions prises pour permettre aux anaérobies de se cultiver, fauteur n'obtint que très rarement de ces derniers. Le sol du Pfmgstberg étant relativement vierge, les mêmes recherches furent reprises sur divers points du sol de Berlin et donnèrent sensiblement les mêmes résultats ; les couches superficielles se montrèrent encore très riches en micro- organismes, et cette richesse, sauf un peu moins de netteté que dans le cas précé- dent, alla en diminuant avec la profondeur, y compris la région de la nappe souterraine, jusqu'à disparition complète. Les anaérobies furent, encore ici, très rares, et les espèces pathogènes manquèrent. Nous verrons plus loin pourquoi les bactéries ont tant de chances de vitalité à la surface et pourquoi elles ne sont pas entraînées mécaniquement dans la pro- fondeur. Bornons-nous à noter ici que C. Frankel, voulant reconnaître si les bacilles pathogènes, au moins, ne rencontrent pas dans la profondeur du sol des conditions de température et d'atmosphère qui leur soient défavorables, plaça dans des conditions pareilles, obtenues artificiellement, des bacilles du charbon. du choléra, de la fièvre typhoïde, et constata que les premiers perdent l’aptitude au développement à 3 mètres de profondeur; que les seconds, à la même pro- fondeur, ne la gardent que pendant les mois d’aoftt, septembre, octobre; qu’en- fin, les bacilles typhiques, plus résistants, ne sont réfractaires à la culture que pendant les mois d'avril à juin. (11 n’y eut pas d'expériences de Décembre à Avril.) Ces divers faits, si considérables, ont besoin, assurément, d être encore vérifiés et contrôlés. S’ils sont exacts, il est clair que les théories étiologi- ques, qui reposent sur l’hypothèse du facile passage des germes dans la nappe souterraine d travers les couches du sol, sont à modifier de fond en comble. Le sol conserverait sa haute importance en étiologie, mais par l’état de la couche superficielle, celle qui peut donner de la poussière, ainsi que nous l’avons indiqué au sujet de la fièvre typhoïde (Congrès de Genève, 1882). Il en résulterait aussi que la perméabilité de la couche superficielle, sa richesse en matière organique, expliqueraient la fréquence de certains germes morbides, dans les contrées où la terre arable est d’une grande épaisseur, et leur absence dans les terrains granitiques ou crayeux impropres à la culture. Ce serait une des raisons pour lesquelles la Beauce entretient le charbon, tandis que les savarts de la Champagne ne le con- naissent pas. Enfin, il y aurait lieu, peut-être, de revoir la théorie de la nitrification par les organismes, dont il va être question. En effet, l’eau, qui n’entraîne pas les microbes dans les couches profondes du sol, y amène néanmoins les matières azotées solubles; celles-ci se nitrifient comme les autres. S’il n’y a pas de microorganismes dans la profondeur, c’est donc que la nitrification peut s’accomplir sans eux (C. Frankel). Nous allons retrouver cette question. Propriété» des microorgaiiismes du sol. — Dans le soi, Comme en d’autres milieux, les microorganismes sont saprophytes (selon le terme moderne qui a remplacé zymogène) ou pathogènes. I. Microorganismes saprophytes. — Les auteurs qui ont examiné le plus soigneusement le sol au point de vue de sa richesse en organismes n’ont désigné ceux-ci par leur nom qu’avec réserve, et ont, vraisemblablement, bien fait. Jusqu’à présent, ce qui semble le plus prudent, c’est de se borner à distinguer les bactéries non pathogènes du sol en Bactéries oxydantes et Bactéries réductrices. Nous renvoyons à quelques pages la question de la transformation des matières organiques du sol comme fonction de certains microorga- nismes. Pour le moment, il s’agirait d’indiquer les espèces qui oxydent et celles qui réduisent. Malheureusement ce qui a été dit à cet égard, il y a peu de temps encore, est incertain ou déjà contesté. Schlœsing et Müntz pensaient avoir aperçu leur ferment nitrique dans des corpuscules punctiformes assez semblables aux « corpuscules bril- lants» que Pasteur, à cette époque, annonçait comme étant les spores des bactéries. Fodor prétendit, plus tard, que l’organisme oxydant ou nitriticateur devait être Bacterium lineola, qui est extrêmement répandu. D'autres ont signalé Bacterium lermo comme l’agent spécial de la putréfaction, c’est-à- dire de la décomposition des matières organiques en grande masse (comme les cadavres). Mais il paraît aujourd’hui que ces désignations s’appliquent à des collectivités plutôt qu’à des espèces distinctes (Eidam) et que les bacilles compris sous ces titres n’ont rien à voir avec la putréfaction. Heræus (de Ilanau) a prouvé, finalement, que micrococcus prodigiosus, les bactéries de Miller et celles de Finlder, les spirilles du fromage, staphylus citreus, le bacille du charbon et celui de la üèvre typhoïde peuvent être nitrificateurs de l’urine. 11 n’y a donc pas un ferment nitrique, mais des organismes aérobies nombreux et divers qui, vivant d’oxygène libre, sont aptes à l’introduire dans la matière azotée. Il en est probablement de même du saprophyte réducteur, dénoncé par Gayon et Dupetit, Dehérain et Maquenne. On pensait alors pouvoir l’identifier avec le ferment butyrique de Pasteur, Bacillus arnylobacter de Van Tieghem, Clostridium butyricum, Bacillus butyiicus de Prazmowski. Mais déjà cette espèce est décomposée (Liborius, Hueppe) et, d’ailleurs, Heraeus et Fritz Gahen démontrent qu’un grand nombre de bactéries possèdent le pouvoir réducteur. Peut-être même que, selon les circons- tances, la même espèce est oxydante ou réductrice (Aérobie ou Anaérobie). 2. Microorgaiiismes pathogènes. — Nous avons, autrefois (Annales d'Hygiène, novemb. 1885, p. 410), émis l’idée que les microorganismes pathogènes, aujourd’hui généralement incapables de vivre autrement qu’en parasites chez l’homme ou les animaux, n’ont pas primitivement cette propriété — ou celte infériorité. — Ils appartiennent aux milieux extérieurs et trouvent là le champ normal, sinon de leur pleine végétation, au moins de leur conservation sous les formes durables. Le sol est essentiellement ce milieu de conservation des organismes pathogènes; quelques-uns, d’ailleurs, s’y trouvent encore chez eux et s’y multiplient sans difficulté et sans être obligés de passer par l’économie des animaux supérieurs. Toutefois, il ne convient pas de résoudre cette question par des à priori. La fameuse maturation des germes dans le sol, imaginée par l’École de Munich, a été une hypothèse imprudente. Le sol, surtout à quelque pro- fondeur, n’a pas toujours la température de 16°, au-dessous de laquelle les microbes pathogènes ne se développent plus. Les bactéries pathogènes, fait remarquer Flügge, ont besoin d’une nourriture plus délicate que les espèces saprophytes et celles-ci accaparent les substances nutritives du sol avec une énergie dont les autres sont victimes (Miquel). « Koch a essayé de cultiver les bacilles du charbon dans le terreau, dans la terre riche en humus provenant des rives d’un fleuve, dans la vase, dans la boue mélangée d'eau; il n’a observé aucun développement. Praussnitz, à l'Ins- titut de Flügge, a fait des recherches dans le même sens; mais, jusqu'à présent, avec aucune espèce de terre, ni avec aucun fumier, il n’a obtenu de multiplication des bactéries pathogènes » (Flügge). Schrakamp, comme nous l’avons rapporté ailleurs, a pu constater un développement des bacilles du charbon dans une terre préalablement stérilisée et arrosée d’urine, de sang, de sérum, d’infusion de foin ; sans compter que l’on en- semençait aussi avec 3 à 4 gouttes d’urine renfermant les bacilles charbon- neux ou leurs spores. Mais il est clair que cette expérience ne prouve rien pour un sol ordinaire, non stérilisé, et où les saprophytes ont l’avantage, sans parler de l’accumulation de GO2, antipathique aux bactéries patho- gènes. Cette objection, que nous avions faite, Flügge et G. Frank la formu- lent de leur côté. Donc, en règle générale et sauf une ou deux exceptions qui vont être exprimées, les micruorganismes 'pathogènes ne se multiplient pas dans le sol, Le degré de souillure banale de celui-ci n’a pas d’importance à cet égard. Quant à la souillure spécifique, elle peut donner lieu à une illusion contre laquelle il est bon de se mettre en garde. Le bacille du charbon, arrivant avec du sang sur le sol, peut encore vivre et se multiplier quel- que temps dans ce sang et faire croire à sa multiplication dans le sol. Les bacilles du choléra et de la fièvre typhoïde, dispersés à la surface du sol avec des selles de cholériques ou de typhoïsants, peuvent se multiplier encore quelque temps, dans la couche superficielle du sol, aux dépens des matières nutritives des déjections, comme ils le feraient, par exemple, sur du linge, qui n’a aucune aptitude par lui-même à les nourrir. Tryde a peut-être, lors de l’épidémie typhoïde de la caserne de la Marine, à Co- penhague, rencontré une circonstance de ce genre. La conservation des microorganismes pathogènes dans le sol, soit sous forme de spores, soit sous forme de bactéries asporées, est, au contraire, possible et même probable; mais il n’y a pas, à cet égard, de démons- tration péremptoire. Le professeur Soyka, en arrosant un sable quarlzeux fin (à grains de 0mm,2 de diamètre et 38,8 p. 100 de volume de pores) avec un bouillon renfermant des bacilles charbonneux exclusivement sous la forme végéta- tive, a pu acquérir la certitude que « la formation des spores dans le bacille charbonneux a lieu sous l’influence du sol beaucoup plus rapide- ment que sans sa participation », à la condition d’un certain degré d hu- midité du sol (qui admet des oscillations, d’ailleurs, assez étendues) et d une température supérieure à. 17°. Il n’y a rien de bien précis à en con- clure pour la conservation des spores du bacille charbonneux dans le sol. Peut-être y a-t-il des spores de bacilles pathogènes qui, à la faveur des pluies, de la chaleur, d’un apport convenable de substance nourri- cière, trouvent à la surface du sol un moment favorable pour germer et produire de nouveaux bacilles (Flügge). Ce n’est pas là un moyen de con- server le microorganisme, mais plutôt une façon de le mener à sa des- truction par les saprophytes, qui le ruineront dans sa forme végétative. A quelque profondeur, au contraire, les conditions nutritives défavorables et la température trop basse s’opposent à la germination des spores. Aussi observe-l-on dans le sol des quantités considérables de ces formes durables. En outre, dans ce milieu, les bactéries asporées sont fixées sur les parois des pores par les liquides qui s’y étalent en couche excessive- ment mince; de sorte qu’elles ont assez d’humidité pour ne pas se dessé- cher, et pas assez de substance nourricière pour se multiplier. Le professeur Feltz (de Nancy) a pensé obtenir, par le séjour des bacilles charbonneux dans le sol, une atténuation de ce virus, qui ne paraît à Soyka autre chose qu’une raréfaction des germes du parasite. Une boîte en bois de 54 centimètres de long sur 18 de haut et 17 de large est remplie de terre à laquelle on a mêlé du sang charbonneux frais et une culture de bacilles du sang de rate. De cette caisse, exposée aux vicissitudes atmo- sphériques, à la fenêtre du laboratoire, on extrait de temps en temps de petites portions qui sont inoculées à des lapins. Les animaux inoculés dans les dix premiers mois moururent tous; de 13 à 23 mois, il n’en succomba qu’un nombre de plus en plus faible; après 23 mois et jusqu’à 31, tous résistèrent. Cette expérience peut, en effet, prouver la disparition pro- gressive des germes charbonneux dans le sol, tout aussi bien sinon mieux que l’atténuation du virus. On a distingué, parmi les organismes pathogènes : 1° ceux qui sont normale- ment dans le sol et y jouent un rôle naturel, mais qui, introduits dans l’écono- mie animale, y déterminent des accidents ou une maladie spécifique; 2° Ceux qui semblent plutôt avoir pour milieu naturel l’organisme animal, mais qui peuvent se rencontrer dans le sol à de certaines époques et en certains lieux. — Comme nous ne croyons pas qu’il y ait des microorganismes qui soient ■primiti- vement des parasites essentiels, cette distinction ne nous paraît ni très rationnelle ni très instructive. Les organismes actuellement pathogènes ont pu être primiti- vement et sont peut-être encore saprophytes dans le sol. Récipi’oquement, les saprophytes actuels peuvent avoir des propriétés pathogènes, s’ils pénètrent dans l’économie des animaux. A tout le moins, ils fabriquent des ptomaïnes, capables de provoquer de redoutables intoxications, comme l’ont prouvé les expériences de W. Sirotinin, Beumer et Peiper, à propos de la transmission de la fièvre ty- phoïde aux espèces animales. Ce qui explique aussi que l’injection de terreau, de vase, ou de l’eau qui les a lavés, soit éminemment toxique. Les microorganismes pathogènes constatés dans le sol sont : Le vibrion septique de Pasteur, Bacille de Vœdème malin de Koch, qui serait très abondant dans la couche superficielle de la terre de jardin et même dans la poussière de foin, selon Koch, Fliïgge, Gaffky; tandis que Cari Frankel ne l’a jamais rencontré. Pasteur l’a trouvé avec les spores du bacille charbonneux, dans la terre d’un champ où avait été enfoui un mou- ton mort du sang de rate. Le bacille du tétanos (Bacillus (étant), découvert à 1 Institut d'hygiène de Gœttingen, par Nicolaier, anaréobie; probablement encore à contrôler. Il aurait été vu par Socin, à Bâle. On le trouverait dans la terre des jar- dins, la boue des rues, des cours, les champs cultivés et ceux des irrigations à l’eau d’égout; jamais dans le sol des forêts. Chez les animaux inoculés. on ne le retrouve pas dans le sang, mais dans le pus formé au point d ino- culation (Fliigge) et dans les parties qui entourent ce point (Carie et Rattone). Ces deux microorganismes existent dans le sol surtout à l’état de spores, apportés probablement avec les déchets domestiques, les fumiers, etc. Nicolaïer a encore rencontré, dans la terre de champs fumés, Bacillus cigrigenus septicus, voisin du bacille de la septicémie du lapin et de celui du choléra des poules. Son inoculation est rapidement mortelle chez les lapins et les souris. Les bacilles ont une tendance il s’attacher aux globules sanguins. L’existence des spores de Bacillus anlhracis dans le sol a été mise hors de doute par Pasteur, lorsqu’il a montré que l’on communique le charbon à des cobayes par l’inoculation de l’eau de lavage de la terre de fosses où des animaux charbonneux avaient été déposés trois ans et même douze ans auparavant. C’est là, surtout, le sens de ses expériences depuis 1878, avec Chamberland et Roux. Après avoir cultivé dans bOO grammes de terre privée de germes de bacilles, 20 gouttes de sang charbonneux étendu d’eau, on en a repris 2 grammes que l'on a mêlés à 300 grammes de nouvelle terre ; puis, de celle-ci, on a prélevé b grammes qu’on a mêlés à 100 grammes de nouvelle terre également vierge de bactéridies. De cette dernière, enfin, on a prélevé b grammes d’où il a été facile d’extraire des germes de bactéridies et dont la virulence a été démontrée par des inoculations à des cochons d’Inde. De même, dans la terre où avait été enfoui, dix mois auparavant, un mouton charbonneux, à Saint-Germain, auprès de Chartres, Pasteur recueille des corpuscules-germes de bactéridies, inoculables. « Donc, si le département d’Eure-et-Loir contient des germes de bactéridies en grande quantité, c’est que, le charbon y ayant depuis longtemps établi domicile, la ma- ladie s’y entretient d’elle-même en quelque sorte, les animaux morts, les ma- lades, semant un peu partout des germes de contagion qui durent long- temps. » On sait que Pasteur attribue aux vers de terre, dans les conditions ha- bituelles, le pouvoir de rapporter du fond à la surface les spores char- bonneuses incluses dans les spires de terre finement pulvérisée qui sortent du tube digestif de ces lombrics; tandis que les Allemands contestent ce mécanisme, dont Feltz et Bollinger ont montré au moins la possibilité. Mais le mode de transmission, quoique assurément plein d’intérêt, peut rester indécis devant ce fait considérable delà conservation des spores du charbon dans le sol. Le Bacille typhique (Bacillus typhi abdominalis) n’a été dénoncé dans le sol que par Tryde, ainsi qu’il a été dit plus haut. Chantemesse et Widal, d’une part assurent que « ses spores semblent résister à la dessiccation»; d autre part, ont reconnu que de la terre placée au fond d’un flacon rempli d une eau que l’on ensemence de bacilles typhiques, fournit encore de ces baciiïes au bout de deux mois, alors que l’eau elle-même n’en contient plus. A 1 occasion de l’épidémie de Pierrefonds, Brouardel a affirmé que les germes de la fièvre typhoïde résistent longtemps dans la terre; dans le cas particulier, les microorganismes de la lièvre auraient pu accomplir un trajet de 20 mètres et môme de 40 mètres à travers le sable. Cela n’est pas impossible, quoique la constatation directe n’en ait pas été laite ; mais c’est contraire à tout ce que l’on sait du cheminement des matières organiques et des microbes dans les couches du sol. Ce que l’on peut dire, c’est que les spores du bacille typhique sont, en elîel, assez résistantes et que, se trouvant dans les matières intestinales, elles peuvent bien être souvent dis- persées sur les terrains de culture, jardins, campagnes, champs d’irriga- tion, à la surface plus que dans la profondeur. Les bactériologues ne tar- deront pas, sans doute, à nous dire si elles existent dans la terre de Gennevilliers et d’Osdorf. Naguère, Klebs et Tommasi-Crudeli semblaient avoir confirmé, par la découverte de leur Bacillus malariae, l’idée ancienne que le principe des fièvres malariales vit dans le sol. Malheureusement, le prétendu bacille était une illusion (Cuboni, Marchiafava, Ziehl). Aujourd’hui les chances paraissent être du côté des organismes de Laveran, qui ne sont probable- ment pas des schizomycètes. Enfin, Soyka rattache aux microorganismes du sol le pneumocoque de Friedlànder [Bacillus pneumoniæ), parce que Emmerich l’a démontré dans le sol artificiel ou terreau qui se dépose dans les enlrevous des pièces habitées. Le paragraphe qui va suivre fera comprendre que ce n’est point par des inductions qu’on peut résoudre la question de la présence des microor- ganismes dans le sol. Rapporta des microorg'anismes du sol avec l’extérieur. — Le soi peut se prêter à recevoir des microorganismes du dehors ou, au contraire, en rendre à l’atmosphère. A. Pénétration des microorganismes dans le sol. — Etant donné que les microorganismes tombent de toute part à la surface du sol, comment peuvent-ils pénétrer dans son épaisseur et à quelque distance de la sur- face ? Ce ne peut être à la faveur de la véhiculation par l’air, dans les échanges entre l’air du sol et l’atmosphère extérieure. Le rôle de l’air, à cet égard, a été exploré. Il est à peu près nul, comme nous verrons, d’ailleurs, qu’il est nul vis-à-vis de l’issue des microorganismes. L’air qui pénètre dans le sol se filtre très exactement. Il suffit de quelques millimètres d’épaisseur de sol pour arrêter tous les microbes de l’air (Pumpelly). Iiofmann, étudiant cette question au point de vue de l’intégrité de la nappe souterraine, entrevoit, pour la dispersion des germes morbides et leur pénétration jusqu’à l’eau de boisson, l’une des deux circonstances suivantes : 1. Le développement progressif des champignons pathogènes, dont les colonies pourraient gagner d’un grain du sol à l’autre et, finalement, arri- ver jusqu’à la nappe souterraine; 2. Leur transport mécanique par l’eau de pluie ou par les liquides échap- pés des fosses d’aisance, s’infiltrant dans le sol. La réalisation du premier mode, même dans des conditions de culture favorables, semble devoir être d’une lenteur incalculable. On a semé un champignon chromogène sur du sable blanc contenu dans un cylindre de verre, stérilisé et imbibé d’un liquide nourricier; les colonies colorées mi- rent plusieurs semaines à recouvrir quelques centimètres de la paroi du verre. Ce qui était à prévoir, si l’on réfléchit à ce que représentent de sur- face les'grains de sable que les colonies, qui envahissent les lacunes de la masse, doivent recouvrir l’un après l’autre. Deux échantillons du sol de Leipzig (Hofmann) fourniraient ainsi, par mètre cube, des surfaces de 0,360 mètres carrés et de 9,027 mètres carrés, en ne tenant pas compte des grains d’un diamètre inférieur à 1/2 millimètre. D’ailleurs, si la pénétration des organismes est un phénomène vital, il faut se rappeler que l’oxygène se raréfie à la profondeur et, surtout, que la chaleur y fait défaut. Les organismes de la putréfaction eux-mêmes lan- guissent quand la température moyenne est de 7 à 8 degrés. Pour ce qui est des pathogènes, ils ont contre eux les mêmes conditions défectueuses, l’inaptitude de la matière nourricière et la concurrence vitale des sapro- phytes, si redoutable aux premiers (Nâgeli). La véhiculation des microorganismes dans la profondeur au moyen de l'eau est d’abord réglée par les lois de la porosité et de la perméabilité, par celles de la capillarité et par la capacité des divers sols pour l’eau. On se rappelle que l’eau qui tombe doit d’abord restituer celle qu’a perdue la zone d’évaporation; puis, saturer la capacité de la zone intermédiaire. Il peut pleuvoir pendant six mois sur un point sans que l’eau arrive à saturer ces deux zones et, par suite, sans qu’il parvienne une goutte d’eau à la nappe (Ilofmann). L’entraînement profond des microorganismes n’est donc pas chose si simple ni si commune. On a, peut-être, accusé de souil- ler la nappe souterraine des averses qui n’avaient pas mouillé 30 centi- mètres de l’épaisseur du sol. Au moins faudrait-il que la nappe fût singu- lièrement peu distante de la surface ; qu’il y eut des crevasses dans le sol, des fissures dans la maçonnerie des fosses contenant les liquides excré- mentiliels. Très généralement, le sol filtre les microorganismes de l’eau. Il y a, sous ce rapport, une distinction à faire entre les spores permanentes et les formes végétatives. Les premières sont les plus aptes à aller au fond. Les autres sont en filaments, en chaîneLtes, en amas ou zooglées, qui ne faci- litent point la circulation. On construit avec des matériaux empruntés au sol (gravier et sable, à Londres, Berlin), des filtres assez efficaces, quoique leurs lacunes soient plus larges qu’il n’est nécessaire pour laisser passer les microorganismes. Les voies à parcourir dans le sol sont très irrégulières et beaucoup de germes y sont retenus par affinité, comme dans les ballons à col recourbé de Pasteur. Il nous a paru qu’il faut se défier, à cause de cela, de l’expérience faite par Charrin sur du sable contenu dans un tube de 1 mètre de haut sur 5 centimètres de diamètre et qui, arrosé d’un bouillon riche en bacilles, en laissa échapper à la filtration. Les parois rectilignes du cylindre ont pu laisser glisser de haut en bas quelques microorganismes que la terre aurait retenus. Et puis, ce sol était fort artificiel. Frankland, Falk, Pumpelly, ont beaucoup varié les expériences de filtration des liquides bacillaires et ont toujours obtenu la diminution ou même la dispa- rition des organismes dans l'eau qui s’écoulait du sol artificiel, même sous une faible épaisseur. Dans les grands filtres que l’on construit aujourd’hui pour la filtration dite centrale, il est reçu que l’imperméabilité aux bactéries n’existe pas au début du fonctionnement. iVlais elle ne tarde pas à se réaliser, par le fait que les matières en suspension dans l’eau et les bactéries elles-mêmes rétrécissent bientôt les pores du filtre. Pasteur et Joubert, avec infiniment de raison, attribuent à cette puis- sance filtrante du sol la pureté de l’eau des sources, dans laquelle il y a peu ou point de germes. Or, les sources viennent, d’ordinaire, de la nappe souterraine. Les puits, qui sont des sources provoquées, non jaillissantes, ont de l’eau très pure, quand on les protège bien contre la pénétration, par leur orifice, des impuretés extérieures et des bactéries de l’air. Si cette eau, à un moment donné, se trouve renfermer beaucoup de bactéries, on n’a qu’à épuiser le puits. L’eau devient d’autant plus pure que l’on pompe plus longtemps, c’est-à-dire alors que l’eau souterraine sort davantage du sol voisin pour alimenter le puits (Flügge), ainsi que les expériences de Heraeus, sur les puits de Hanau, l’ont fait ressortir d’une façon irré- cusable. Au besoin, on pourrait encore invoquer la pureté relative, au point de vue des germes, de l’eau qui sort des drains d’Osdorf et de Gennevilliers. Mais les constatations de Cari Frankel sur l’absence de germes quel- conques, aux profondeurs de 4 à d mètres, seront, si elles se vérifient, la démonstration la plus éclatante de la réelle protection que nous offre le sol contre les microorganismes dangereux, à savoir les microbes patho- gènes qui, mêlés à des excrétions morbides, peuvent se répandre à la sur- face ou gagner certains points de l’épaisseur du sol à travers la fêlure d’une fosse d’aisance ou par les parois d’un puits absorbant. B. Issue des microorganismes hors du sol. — Les germes, pathogènes ou non, s’échappent certainement des couches superficielles du sol, où ils sont le plus abondants, avec la poussière qui se produit en temps sec et se soulève par le vent ou sous les chocs divers, plus à la ville qu’à la cam- pagne, à cause de la circulation des chevaux et des voitures et de la trépi- dation que le passage de ces dernières imprime au sol urbain. Il n’y a pas et il ne saurait y avoir de contestation à cet égard. C’est à cause de la poussière et, d’ailleurs, de la richesse de la couche super- ficielle en germes que nous avons, à Genève (1882), indiqué comme un des mi- lieux naturels de l’agent typhogène « le sol, dans de certaines conditions de structure, d’humectation et de saturation infectieuse, mais plutôt à la surface que dans la profondeur. » C’est par la poussière aussi, pour une part, que s'explique la nocuité des remuements de terrain dans l’intérieur des villes. La profondeur devient surface; les germes qui y sommeillaient se réveillent rapidement, comme dans les cultures de C. Frankel; par l’exposition à l’air, cette surface récente et dangereuse donne de la poussière, dans laquelle peuvent se trouver des semences typhogènes (Avranches, Nancy, Francfort-sur-Main, Auxerre). Dans ces cas, l’ar- rosage des terres avec un liquide désinfectant parait donner de bons résultats; ce liquide empêche d’abord la poussière. Là où des difficultés surgissent, c’est lorsqu’il s’agit de savoir si des germes peuvent s’élever de l’intimité du sol, véhiculés par les gaz tellu- riques qui font échange avec l’atmosphère, à la faveur des inégalités de pression. Dans le cas de l’affirmative, il serait possible que des microorga- nismes pathogènes, s’il s’en trouve dans le sol, fussent ainsi ramenés dans notre atmosphère, dans l’air de nos habitations surtout, où il se fait parfois une réelle aspiration, et jusqu’à l’entrée de nos voies respiratoires. On ne doutait pas, naguère encore, que ce mécanisme de la propagation des maladies épidémiques ne fût très commun. L’éliologie par les émana- tions s’appuyait, d’ailleurs, sur l’hypothèse de la présence habituelle, dans le sol, des germes de certaines maladies, en tête desquelles la fièvre typhoïde. Or, cette hypothèse ne prend déjà pas de consistance, comme on vient de le voir. La véhiculation des germes de bas en haut par les gaz du sol ne se vérifie pas davantage. L’air qui s’échappe du sol sec, fendillé, peut assurément ramener des germes à l’extérieur, puisqu’il pourrait en ramener de la poussière. Renk, Miquel, Mifiet, ont pu s’assurer que l’air aspiré du sol, dans ces conditions, même avec une vitesse faible, renferme quelques organismes. En revanche, le sol humide filtre l’air avec une exactitude parfaite ; on l’a constaté maintes fois (Nageli, Pumpelly, Miquel, Renk, Emmerich), dans les con- ditions les plus variées , soit avec des sols artificiels dont on réglait à volonté l’épaisseur, soit sur le sol naturel, à des profondeurs diverses. D’ordinaire, l’aspiration exercée sur l’air du sol, dans ces expériences, lui donnait une vitesse bien supérieure à celle des courants qui peuvent y exister dans les conditions naturelles. La démonstration est donc sans réplique. Il n’est pas utile de mettre en cause la vapeur cl'eau qui peut s’élever du sol. Elle est encore moins suspecte que l’air. Les surfaces humides évapo- rent, mais n’abandonnent point de germes à la vapeur. Ces constatations gênent beaucoup la théorie étiologique de Pettenkofer, qui ne se comprend guère sans la réascension des germes avec les gaz du sol. Aussi les élèves de celte école ont-ils cherché à tourner la difficulté et à trouver, à la place de 1 air, un autre véhicule qui ramènerait, néanmoins, les germes de la profondeur à la surface et dans l’atmosphère libre. Ce véhicule ne pouvait être que 1 eau. C’est à l’eau, en effet, que l’on attribue ce rôle, par sa pulvérisation (Nageli, Buchner) ou par son ascension en courants capillaires (Soyka). Nageli et Buchner considèrent que, quand le niveau d’une eau riche en bac- téries, qui pénètre le sol, s abaisse par infiltration dans la profondeur, il en reste une mince couche, des lamelles, fixées aux parois des pores du sol qu elle vient d’abandonner. Par un degré plus avancé de dessiccation, ces lamelles éclatent et pulvérisent leur eau dans l’air environnant, avec les bactéries qu’elle renferme. — Cette idée est subtile et le mécanisme délicat. Encore doit-il être peu efficace et n’agir que près de la surface. Soyka pense avoir démontré que les organismes sont ramenés de la nappe sou- terraine à la surface du sol par les courants capillaires ascendants, qui pren- draient, d’ailleurs, en route les bactéries arrêtées sur leur passage. Ces courants ascendants sont déterminés par l’évaporation même dans la zone superficielle; ils conduisent les microorganismes jusqu’à la couche extrême où se forme la poussière et les y abandonnent. Dès lors, les germes suivent le sort de ceux qui sont naturellement dans cette poussière. L’expérience de l’auteur a été instituée comme il suit. On remplissait de terre stérilisée un tube de verre de 30 centimètres de long (d’ailleurs susceptible d’être allongé) et de 1 centimètre 1/2 de diamètre, et l’onplongeaitl’extrémité inférieure de ce tube dans un liquide contenant des bactéries déterminées. A la partie su- périeure du tube s’adaptait une sorte de poire creuse, traversée à sa base par le tube et renfermant un liquide nourricier stérilisé, qui se disposait autour de la portion émergente du tube, sans y entrer. L’extrémité opposée de la poire était percée d’une ouverture obturée par un bouchon d’ouate. Au bout de quelques heures ou de quelques jours, on voyait le liquide bacillaire s’élever dans le tube et atteindre jusqu’à l’extrémité supérieure du tube. Il suffisait alors de faire tomber, par une légère secousse, un peu de la terre de la surface du tube dans le liquide nourricier environnant pour obtenir dans ce liquide une culture des microorganismes primitivement existants dans le liquide inférieur. La légitimité de cette expérience et ses résultats ont été contestés par A. Pfeif- fer (de Wiesbaden) et il paraîtrait que le professeur de Prague, en répétant son essai à Berlin, dans le laboratoire de R. Koch, n’a pas été heureux. Il s’en est suivi une polémique de quelque âpreté. Nous n’avons aucune raison de prendre parti entre les adversaires ; mais nous restons en garde contre les résultats ob- tenus dans de petits tubes de verre, avec de la terre qui ne ressemble en rien au sol naturel. Nessler attribue aux courants capillaires ascendants la grande richesse de la couche superficielle en matières solubles. Celles-ci resteraient là, à la suite de l’évaporation de l’eau. Sans mettre en doute l’existence des courants capillaires, on peut croire que la couche superficielle serait déjà très pourvue de matières fertilisantes, même sans leur intervention. Pour terminer cet article, rappelons seulement le rôle des vers de terre, selon Pasteur, dans l’exhumation des spores charbonneuses. 7° Souillures du sol. Leur transformation. Les souillures du sol, qu’il ne suffit pas de considérer dans les lieux habités, proviennent : 1° de la dispersion, à la surface, des immondices de rue, ordures ménagères, eaux de vaisselle et de nettoyage, déjections des animaux, fumiers, excrétions humaines, projetées sur le sol clandestine- ment ou par incurie; 2° des infiltrations à la profondeur des matières excrémenlitielles collectionnées dans des récipients creusés en terre, fosses d’aisance, puits absorbants; 3° des irrigations avec les eaux d’égout et les eaux industrielles. Nous laisserons de côté les sépultures, qui ne sont qu’une souillure limitée et réglementée, et la diffusion du gaz d’éclairage dans le sol des villes, plus redoutable parles poisons minéraux que le gaz contient qu’à tout autre égard. Ces deux objets importants se retrouveront en leur lieu. Les impuretés dont il est ici question sont essentiellement d origine organique; c’est presque toujours le sens attaché, en hygiène, au mot souillure. 11 est évident qu’avec de bons règlements et de bonnes habitudes sanitaires, on peut réduire iniiniment la masse de celles des deux pre- mières catégories. Mais, alors, il faudra augmenter d’autant celles de la troisième. Ces matières sont d’ailleurs, à l'état solide, en suspension dans un liquide, ou dissoutes. Dans les deux premiers cas, elles éprouveront au moins autant de difficultés que les microorganismes à pénétrer dans l’épaisseur du sol, puisqu’elles n’ont aucune action vitale qui puisse compenser la filtration que le sol fera subir à l’air ou à l’eau qui les entraîne. En solution dans l’eau, les matières organiques pénètrent dans le sol suivant certaines lois qui résultent déjà de ce qui a été dit précédemment (Rapports du sol avec l'eau) et que nous allons compléter à l’aide des récentes formules d’Hofmann et de Soyka. Pénétration îles impuretés «lans le sol. — Les impuretés dissoutes étant évidemment les plus appropriées à la pénétration dans le sol, les faits positifs que l’on constatera à leur égard pourront être pris comme un maximum que les molécules en suspension et, par suite, les schizomy- cètes, ne peuvent dépasser. Une eau chargée d’impuretés doit d’ahord remplir tous les pores de la zone d’évaporation, s’ils sont vides ou s’il leur manque une part d’humec- tation ; puis, déplacer l’eau de la zone intermédiaire, dont la quantité dépend à la fois de la quantité et de la taille des pores et reste invariable, malgré la continuation de l’arrosage. Fr. Hofmann a rempli deux tubes en fer-blanc de 1 mètre de long, dont la coupe représentait une surface de 16 c. m. q., 7, et fermés à leur partie inférieure avec une toile métallique : le premier, d’un sable pur, à grains du diamètre de 1/2 à 1 millimètre; le second, du même sable, mais en grains de 0mm,3 à 0mm,5. Tous deux présentaient, pour pesanteur spécifique, 2,6. On les arrosa d’eau dis- tillée à plusieurs reprises et abondamment et l’on attendit qu’il ne tombât plus une goutte d’eau par l’extrémité inférieure. L’augmentation de poids des tubes donna la quantité d’eau retenue par capillarité : Tube n° 1 ; volume de pores, 601 centimèt. cub. ; eau retenue 182 gr. — n°2 ; — 613 -- — 309 — Les tubes étant ainsi préparés, on fit tomber à la surface du sable, goutte à goutte, 50 centimètres cubes d’une solution de sel marin (que le sol ne décom- pose pas), renfermant lsr,008 de chlorure de sodium par 100 centimètres cubes. Le liquide qui s’écoulait par en bas était recueilli dans des ballons pesés. Les jours suivants, on remplaçait la solution de sel par 60 centimètres cubes d’eau, pour imiter le lavage'des impuretés, que réalisent les pluies. Lorsque tout le sel fut passé, on recommença l’expérience, à titre de contrôle. Le tableau ci-après en résume les résultats. W U /. w 5 LIQUIDE ÉCOULÉ DU SABLE N° 1. LIQUIDE ÉCOULÉ DU SABLE N° 2. c. 2 ' J M Q cn a o O •“1 LIQUIDE VERSÉ (en centim. cubes). LIQUIDE (en grammes). 100 CRNT. C. de ce liquide renferment NaCl (en rnilligr.) QUANTITÉ de chlorure de sodium entraînée (en rnilligr.) LIQUIDE (en grammes). 100 CENT. C. deceliquide renferment NaCl (en rnilligr.) QUANTITÉ de chlorure de sodium entraînée (en rnilligr.) 1 50cc avec 0nr,50i- NaCl. 40.5 0 0 48.3 0 0 2 50 eau distillée 47.1 51 24 40.0 0 0 3 50 — 44.8 402 180 48.8 0 0 4 50 _ 47.8 243 116 47.7 0 ü 5 50 — 50.2 171 86 50.0 0 0 6 50 — 43.6 162 71 47.7 • 143 69 7 50 — 49.2 45 22 48.9 402 197 8 50 — 48.4 12 6 45.4 357 162 9 50 — 48.3 7 3 46.7 147 69 10 50 — 47.4 2 1 46.4 11 5 11 50 — 47.6 0 0 46.5 0 0 12 50oc avec NaCl 0cr,504. 44.9 0 0 42.8 0 0 13 50 eau distillée 46.9 47 22 44.7 0 0 14 50 — 48.4 303 176 44.6 0 0 15 50 — ..... 46.4 255 119 44.7 0 0 16 50 — 42.6 189 80 43.0 0 0 17 50 — 46.7 139 65 42.8 78 33 18 50 — 49.1 54 26 46.2 393 181 19 50 — 47.6 18 9 46.5 432 201 20 50 — 47.0 6 3 45.6 162 74 21 50 — 47.2 2 1 44.6 32 14 22 50 — 47.5 0 0 43.7 0 0 Les chiffres de l’eau écoulée sont inférieurs à ceux de l’eau versée, par suite de l’évaporation en 24 heures. Comme le sable n» 1 renfermait au préalable 182 grammes d’eau et le sable n° 2 309 grammes, on voit d’abord par ce tableau que la richesse du sol en eau n influence pas sensiblement le degré de dilution des impuretés qui pénètrent dans la profondeur. Mais il y a des différences remarquables selon que le sol est à gros grains ou à grains fins, à grands pores ou à pores petits. a. Dans le sol à grands pores, malgré la rapidité de la pénétration, les impuretés sont retenues assez longtemps et se fractionnent; de telle sorte que la moyenne qui peut en arriver dans l’eau d’un puits n’est pas élevée. Il y a, dans un tel sol, des lacunes larges, qui laissent passer les liquides, et d’autres plus étroites, qui les retiennent par action capillaire. Finale- ment, un sol à grands pores n'est jamais relativement aussi souillé qu'un sol compacte. La comparaison ci-dessous le fait clairement ressortir. . Quantités absolues de chlorure de sodium contenues dans le sol. Sable n° 1. Sable n" 2. Au 1er jour Os1-.504 0sr.504 oc _ 0 481 0 504 Sable n° 1. Sable n° 2. Au 3° jour 4° — O*'1',303 0 186 08r,504 0 504 5e — 0 103 0 504 6° — 0 035 0 453 7° — 0 011 0 264 b. Le sol à pores fins peut retenir l’eau par capillarité dans tous ses inter- stices, sauf l’air qui y reste emprisonné. La pénétration d’eau souillée dans un tel sol ne détermine, qu’à un degré extrêmement faible, le mélange de celte eau avec celle qui existait déjà dans le sol. Les impuretés pénè- trent lentement, couche par couche, en franchissant une étendue qui correspond exactement au chemin parcouru par l’eau versée à la surface; de sorte que, si les liquides versés étaient alternativement purs et souillés, on trouverait également dans le sol des couches alternantes d’eau pure et d’eau impure, et que la nature du liquide versé et entrant par en haut ne prouve rien quant à la nature de celui qui gagne, au même moment, la nappe souterraine. L’eau sale déplace d’abord l’eau qui existait dans le sol ; celle-ci peut être très pure ; c’est elle qui tombe dans la nappe. Au point de vue de la rapidité de la pénétration, il passait, en 20 minutes, 736 sr, 4 d’eau par le sable n° 1, — 93 sr, 8 par le sable n° 2; soit, par mètre carré de sol, à 1 mètre de profondeur : Sable n° 1. Sable n° 2. litres litres. En 1 heure 1.323 108. G — 24 heures 31.752 4.046.0 Un litre d’eau répandu sur une surface d’un mètre carré représente exacte- ment une épaisseur de 1 millimètre. On voit donc que, même le sol n° 2 pour- rait absorber en un jour plus de 4 mètres d’eau, c’est-à-dire 6 à 7 fois autant qu’il en tombe en un an à Paris, Leipzig, Lille. Quand on réfléchit qu’un sol aussi facile à l’absorption d’eau ne laisse passer le sel marin en solution que le sixième jour à travers 1 mètre de son épaisseur, on peut se faire une idée du temps que mettent les impuretés moins solubles à traverser les sols naturels, généralement beaucoup moins perméables. Hofmann a pensé très justement qu’il faut faire des applications de ces lois aux sols naturels, en chaque lieu, et il a commencé par celui de Leipzig, où il tombe par an 574mm, 37 d’eau, ou lmm, 57 par jour, en 194 jours de pluie. Les 30 centimètres cubes répandus sur une surface de 16 c.m. q., 7 corres- pondent exactement à 30 litres par jour sur un mètre carré ou 30 millimètres de hauteur de pluie. Par conséquent, les 100 centimètres cubes qui, versés sur le sol à grands porcs (n° 1), y font apparaître la souillure au deuxième jour, à 1 mètre de profondeur, correspondent à 60 millimètres; et les 300 centimètres cubes, qui font le même effet sur le sol à pores fins (n° 2) au sixième jour, cor- respondent à 180 millimètres. Dans ces conditions, le nombre de jours qu’il faudra, à la dose quotidienne moyenne de lmm,37, pour porter une souillure à 00 I mètre de profondeur sera de = 38 jours dans le sol à grands pores; — de | gQ ■j-m: — jours dans l’autre. Ou encore, la vitesse sera de 26 millimètres par 1^0/ jour dans le premier cas; de 9 millimètres, dans le second. Arnould, Hygiène. 2® édit. 7 Par suite, on arrive aux résultats suivants pour Leipzig. Pénétration de l’eau dans le sol du cimetière de Leipzig. PROFONDEUR. QUANTITÉ d’eau à déplacer par mètre carre. QUANTITÉ DE l’LUIE à introduire par mètre carré. PÉRIODE DE TEMPS correspondant A CETTE QUANTITÉ DE PLUIE. TOTA L UES JOURS nécessaires. 0”.0 à 0“,5 132 litres. 132 litres. Du l*r janvier au 15 avril 104.9 0“,5 û lm,0 127 — 127 — Du 15 avril au 23 juin 69.3 lm.O à 1 ”.5 132 — 132 — Du 23 juin au 27 août 66.4 1“,5 il 2”.0 124 — 124 — Du 27 août au 2.3 novembre.... 86.6 2”,0 ii 2"\5 107 — 107 — Du 23 novembre au 16 février.. 84.3 2”,S il 3m,0 104 — 104 — Dn 16 février au 27 avril 70.6 0“,0 ii 3“,0 726 litres. 726 litres. Du Ier janvier au 31 décembre et au 27 avril suivant 482.6 Pénétration de l'eau dans un sol de remblai (Leipzig). PROFONDEUR. QUANTITÉ DEAU ii déplacer par mètre carré. QUANTITÉ DE PLUIE h. introduire par mètre carré. PÉRIODE DE TEMPS correspondant _À CETTE QUANTITÉ DE PLUIE. NOMBRE DE JOURS nécessaires. 0”,0 à 0m,25 0m,25 il 0m,7o 87 m 87 m Du 1er janvier au 16 mars 75 242.50 242.50 Du 16 mars au 25 juillet 131 0”,75 à lm,25 160.50 160.50 Du 25 juillet au 21 novembre... 119 1 m,25 à im,7o 156.0 156.0 Du 21 novembre au 31 décembre et du l«r janvier au 4 mars... 103 lm,75 à 2“,25 207.0 267.0 Du 4 mars au 29 juillet 147 2'",25 à 2“,90 172.0 172.0 Du 29 juillet au 21 novembre.. lia 2“,90 à 3”,00 37.0 37.0 Du 21 novembre au 14 décembre. 23 0m,00 à 3“,00 1122m 1122lil 23 mois et 14 jours. 713 On remarquera qu’il n’est pas tenu compte de l’évaporation qui détourne du sol au moins un tiers des pluies. Ainsi, toute la pluie qui tombe à Leipzig en un an ne parvient pas à faire passer jusqu’à la nappe souterraine une souillure de la surface. Et il faut à une solution de sel marin, sur laquelle le sol est sans action; ici 482 jours, là 713 jours, pour arriver à 3 mètres de profondeur. Ces recherches sont instructives au plus haut point, vis-à-vis des questions que soulèvent la souillure des puits, celle des nappes souterraines par les irrigations, etc. On voit qu’il faut, aux bactéries pathogènes répandues à lasui'face du sol, une vitalité énergique et des circonstances exceptionnellement favorables pour arriver jusqu’à l’eau des fontaines à travers une couche de terre, si peu consi- dérable qu’elle soit. Transformation «les impuretés «lans le sol. — Le Sol fixe 11 11 e partie des matières organiques que l’eau introduit dans son épaisseur; les unes, par attraction de surface, de la part des parois des pores: d’autres, à la faveur de réactions chimiques auxquelles se prêtent, d’une part les silicates doubles du sol, de l’autre les bases alcalines des matières organiques, potasse, soude, ammoniaque. Les humâtes et silicates alcalins et terreux sont très peu solubles. Huntable, Way, Thompson, Schlœsing, Soyka, ont signalé cette action du sol ; on la nomme absorption. Il faut en tenir compte. C’est à elle que l’on doit l’épuration de beaucoup d’eaux par le sol, dans des circonstances où les microorganismes n’interviennent probable- ment pas. Falk, faisant passer différentes substances à travers des colonnes de sable de Berlin, de 60 centimètres de hauteur et de 3 centimètres de diamètre, constata que les suivantes ne se retrouvaient pas dans le liquide sortant du filtre : sulfo- carbonate de soude, naphthylamine, thymol (volatiles); éther d’éthylène, indol, s’ils ont été versés en solution étendue; strychnine, nicotine; les ferments non figurés, émulsine, myrosine, ptyalinc, avaient perdu leur pouvoir de dédouble- ment; lasalicine, l’amygdaline la conservaient. Les poisons morbides de Senator et de Hiller en sortaient inertes. Soyka a montré que ce pouvoir décomposant du sol s’étend à la quinine, la morphine, l’atropine (sulfates), à la pyridine et son sulfate, à la pipéridine et au chlorhydrate de pipéridine, au sulfate de quino- line et au chlorhydrate de cinchonine, soit que l’on expérimente avec le gravier, soit que l’on essaye la tourbe, qui a un très grand pouvoir d’absorption. Ce pouvoir croit comme la concentration des solutions versées (Lissauer) ; mais il ne s’exerce bien qu’autant que l’on en fait passer de petites portions à la fois. Mais le fait capital est la transformation des matières organiques dans le sol, telle que ces composés dangereux redeviennent capables de nourrir des végétaux et de rentrer dans le cercle de la vie. C’est « l’assainissement spontané » du sol (Soyka). 1. Cette action du sol est essentiellement une oxydation par combustion lente. L’azote organique et l’ammoniaque deviennent des nitrites et des nitrates; le carbone, de Yacide carbonique; peut-être que l’hydrogène fait de l’eau (on n’en parle pas, parce que cette circonstance est assez indiffé- rente en hygiène). La formation de nitrites et de nitrates dans le sol a été reconnue dès que l’on a commencé à répandre sur des terres les eaux d’égout, qui ren- ferment beaucoup d’azote organique et d’ammoniaque, sans traces de nitrites ou de nitrates, et qui sortent des champs d’irrigation avec une proportion de ces deux derniers bien supérieure à celle que le sol pourrait leur fournir. Frankland (1868) constatait dans l’eau d’égout, avant la filtra- tion : azote organique 2.48; ammoniaque 5.58 ; azote nitrique 0 (p. 100,000 parties); après la tiltration : azote organique, de 0.11 à 0.33; ammoniaque, de 0.01 à 0.62; azote nitrique, de 3 à 4. De même, l’eau d’égout de Berlin, filtrée, renferme 8 à 13 p. 100,000 d’ammoniaque libre ou en combinaison organique et à peine des traces d’acide nitreux ou nitrique; l’eau qui sort des drains d’Osdorf, au contraire, ne renferme plus que de 0.07 à 0.28 d’ammoniaque, mais offre 20 à 22 d’acide nitrique dans les planches, 8 à 15 dans les prairies, avec des proportions sensibles d’acide nitreux (Rapport de 1886). L’oxydation des matières organiques dans le sol, du carbone aussi bien bue de l’azote, a lieu grâce à la présence de microorganismes dans ce milieu; c’est une fonction vitale de ces êtres infimes. Le rôle des microorganismes dans la nitrification a été entrevu par Pasteur et par Alexandre Millier. Il appartient à Schlœsing et Müntz d’en avoir formulé la loi et de l’avoir démontrée. Schlœsing remarqua d’abord que le sol possède « une vertu propre qu’il doit à l’humus ou terreau, en d’autres termes à ces résidus de l’oxydation des matières végétales dont aucune terre n’est entièrement dépourvue. » Si l’on arrose d’une dissolu- tion très étendue d'ammoniaque, un mélange de sable calciné et de craie placé dans un tube large et bien aéré, au bout de plusieurs semaines pas une trace d’ammoniaque n’aura été brûlée et convertie en nitrate. Mais si l'on mêle à la craie et au sable un peu de terreau de jardinier, la nitrifica- tion de l’ammoniaque s’effectuera en quelques jours. Boussingault avait an- térieurement faitdes expériences identiques et avec le même résultat, en se servant de sang, de chair, de chiffons de laine, etc., au lieu d’ammoniaque. Le terreau étant lui-même engagé dans la combustion lente au moment où les composés organiques viennent adhérer à ses molécules, il les allume, en quelque sorte, ou les entraîne, comme disent les chimistes. Depuis lors, Schlœsing et Müntz (1877) ont fait connaître que, quand on arrose régulièrement avec de l’eau d’égout du sable quartzeux calciné au rouge, c’est-à-dire dépouillé de toute substance organique, on peut obtenir la combustion totale des impuretés et la nitrification complète de l’azote, si la dose journalière versée sur le sable est telle que le liquide mette huit jours à en parcourir l’épaisseur. Mais la nitrification opérée dans ces con- ditions est absolument arrêtée lorsqu’on introduit dans le sable de la vapeur de chloroforme. Or, Müntz a démontré que cet anesthésique para- lyse tous les organismes-ferments, les levûres, le Mycoderma aceti, les vibrions des fermentations putrides. Il devient donc extrêmement pro- bable que la nitrification peut être corrélative de la vie d’organismes capables de transporter l'oxygène de l’air sur les matières organiques les plus diverses (Schlœsing). Les eaux d’égout sont évidemment en état d’apporter de tels organismes au sable calciné. Schlœsing pense que cette théorie n’exclut pas la possibilité de la nitrification par combustion lente sous l’action des seules forces physiques ou chimiques et sans l’intermé- diaire de la vie ; mais, en se reportant aux travaux de Pasteur, il lui paraît que la nitrification par les organismes est douée d’une activité bien plus grande que la première. Schlœsing et Müntz ont supposé, sans doute, que cette fonction merveil- leuse devait être dévolue à un organisme spécial et unique, qu’ils ont nommé ferment nitrique. Ils en ont même essayé la morphologie, tentative prématurée que Fodor allait reprendre quelque temps après (voy. plus haut, page 86). Il est extrêmement probable qu’au contraire le ferment nitrique est multiple, c’est-à-dire représenté par des organismes assez variés, dont quelques-uns sont même en dehors du vaste genre des saprophytes. Les deux savants français ont donc eu raison d’assurer qu’il est très répandu, que la terre végétale est son milieu de prédilection et qu’il existe dans toutes les eaux sales, voire même dans les eaux courantes, ne fùt-ce que dans la vase du fond. La découverte de Schlœsing et Müntz a été confirmée par Warington, qui reconnut que le sulfure de carbone et les autres antiseptiques produi- sent le môme effet sur la nitrification que le chloroforme ; par Ilehner et par Wollny, qui étudia surtout les effets des organismes du sol sur la pro- duction de GO2 et fit, sur ce sujet, une conférence ù. l'Exposition d'hygiène de Berlin en 1883; par Fodor et par Soyka, à qui l’on doit d’intéressantes modifications des expériences relatives à cette question. Pour éviter certains reproches que l’on a faits au procédé qui consiste à stéri- liser le sol par la calcination, Soyka employa alternativement du gravier, chauffé au rouge, et du verre pilé, qu’il arrosait d’urine étendue, tantôt stérilisée, tantôt non, une fois en laissant un libre accès aux poussières de l’air, d’autres fois en l'empêchant. La nitrification fut suspendue dans le verre pilé comme dans le gra- vier calciné, pourvu que l’on empêchât dans l’un comme dans l’autre l’accès des germes de l’air. Elle ne se monti’a plus quand on ajouta au sol stérilisé de l’urine préalablement bouillie. C’est encore le même savant professeur qui, en 1884, a montré que la nitrification par le sol s’opère sur certains alcaloïdes, après la fixation dont il a été parlé tout à l’heure; et que, chez certains autres, comme la quinine, la quinoline, la cinchonine, qui sont des poisons pour les ferments, il y a décomposition, mais non point nitrification. La strychnine appartient à la première catégorie. Quand une solution de strychnine à 0,01 ou 0.1 p. 100 est versée sur du sable siliceux, fin, moyen ou grossier, à la dose de 12 centimètres cubes par jour, elle traverse une couche de 0,80 d’épaisseur dans l’espace de 4 à 7 jours, de telle sorte que le sol retienne 0,04 0/0 de sonpoids de strychnine. Un volume de 630 litres de sable, pesant 1623 kilogr., absorbe ainsi 2 kil. 23 de strychnine; de quoi empoisonner cent mille hommes. Mais le poison n’est que fixé. Après quelques jours, commencent la décomposition, puis la nitrification. Au septième jour, le liquide qui passe à travers le sable en expérience donne les réactions de l'acide nitreux; au douzième jour, celles de l’acide nitrique. Au bout de 167 jours, les soixante centièmes de l'azote de l'alcaloïde sont convertis en ni- trates inoffensifs. Objections à. la théorie biologique de la nitrification. — On a d’abord critiqué les expériences de Schlœsing et Müntz. La calcination du sol, a-t-on dit, en altère les propriétés physiques, qui eussent suffi à l’oxydation des impu- retés. Elle décompose les silicates doubles; elle diminue, en chassant l’air, les lacunes du sol et, par suite, la surface qui eut pu permettre les larges contacts avec l’oxygène. Peut-être que les poussières n’ont pas le rôle bio- logique que l’on suppose; mais un pouvoir mécanique de fixation, comme elles fixent la vapeur d’eau dans les brouillards, selon la théorie d’Aitkin. Hoppe-Seyler nie formellement l’intervention des microorganismes dans les oxydations qui ont lieu dans le sol; les affinités chimiques lui parais- sent suffire à déterminer celles-ci et, si l’on trouve habituellement des microbes avec les nitrates, c est que les premiers réussissent bien dans les conditions où se forment les seconds. L’oxygène « indifférent » devient actif, selon lui, en présence d’hydrogène à l’état naissant et peut faire passer 1 ammoniaque à l’état d’acide nitrique, si d’autres corps facilement oxydables ne s en emparent point. Or, c’est ce qui se passe dans le sol. sans qu’il soit besoin de microorganismes, parce qu’il s’y accomplit suffi- samment de fermentations pour mettre en liberté de l’hydrogène. Fleck prétend, de même, que l’ammoniaque se transforme, dans l’eau ou dans le sol, par simple réaction chimique et croit le démontrer par une expérience. 11 prend des bandes de papier à filtre qu’il trempe d’abord dans une solution de sublimé au centième, puis dans de l’ammoniaque liquide concentrée ; il les sèche ou même les maintient plusieurs heures à la température de 140 degrés. Des bandes ainsi préparées, larges de 3 centimètres et longues de 50, sont dis- posées, une extrémité dans un verre à pied rempli d’une eau faiblement ammo- niacale, et l’autre extrémité dans un verre vide, placé sur un plan inférieur. Au bout de quelques instants, le liquide passe du premier verre dans le second, le long de la bande de papier. Or, ce liquide donne nettement la réaction du nitrite d’ammoniaque. Frank repousse encore le rôle des organismes dans les oxydations et s’appuie sur ce fait, que, dans une solution stérilisée de sel ammoniac, additionnée d’une liqueur nourricière également stérilisée, il a introduit une culture pure de bactéries du sol et n’a rien obtenu. En ajoutant, en outre, du carbonate de chaux stérilisé, il n’a pas davantage vu se produire de nitrification. Si, au contraire, dans la solution ammoniacale ense- mencée, il déposait un peu de terre, la nitrification s’opérait. Mais cette terre nitrifiait déjà, au préalable, sans addition de bactéries et même après calcination. La théorie biologique persiste néanmoins et a trouvé de nouveaux adhé- rents, Hulwa, Emich, Landolt et J. Uffelmann, qui a démontré à nouveau qu’un sol stérilisé à 180 ou 200 degrés a perdu tout pouvoir nitrificateur, même alors qu’on y ménage un libre accès de l’oxygène, au moyen de l’air convenablement privé de germes, et qu’en revanche une terre humide peut absorber, de l’air, du nitrite d’ammoniaque ; ce qui explique peut-être pourquoi des observateurs, tels que Fleck, ont trouvé ce composé nitreux dans un sol dûment stérilisé. Le fait fondamental paraît donc hors de doute; l’oxydation, c’est-à-dire la transformation des matières organiques mortes au sein du sol, s’accom- plit sous l’influence de microorganismes ; c’est un acte vital. Que sont ces microorganismes? On ne le sait pas très exactement, et ils semblent être fort nombreux ; les espèces pathogènes elles-mêmes participeraient, au besoin, à cette grande opération, qui est une phase importante de la vie universelle; et, à vrai dire, elles rentreraient dans leur rôle qui n’a pu, à l’origine, être de produire des maladies infectieuses chez les animaux su- périeurs. Mais alors, il ne semble pas qu’il convienne de présenter comme un danger ce fait que, pendant que les matières mortes sont détruites et su- bissent la nitrification, les organismes vivants persistent, quelques-uns se reproduisant dans le sol et y pullulant. En effet, ceci est la condition de cela et c’est précisément parce qu’il y a des microorganismes vivants dans le sol que les matières organiques mortes peuvent être transformées. Le défaut de microorganismes dans les couches profondes (4 à 5 mètres), constaté par G. Frankel, n’est peut-être pas une réelle difficulté. Il n’y a probablement, h ce niveau, pas plus de matière à nitrifier que d’organismes nitrificateurs ; ce qui rendrait ceux-ci inutiles. La descente des impuretés vers la nappe, nous l’avons vu, est extrêmement lente et la nitrification a eu tout le temps de se faire dans les couches supérieures avant que les matières mortes arrivent à 4 ou 5 mètres où, d’ailleurs, la température s’élève difficilement et où se raréfie l’oxygène, sans lequel les organismes ne peuvent plus faire de composés nitriques ni d’acide carbonique. Circonstances qui favorisent la transformation des matières organiques. — Nous envisageons ici la formation de GO2 aussi bien que celle des nitrites et des nitrates. L’oxydation du carbone des matières organiques mortes est, en effet, le complément obligé de la nitrification. Il parait certain que Y alcalinité des terres est la meilleure condition pour la nitrification ; par suite, la présence, du carbonate de potasse dans le sol qui, selon Fittbogen, se trouverait en tête de tous les autres éléments à cet égard. Viendraient ensuite le carbonate de chaux, la chaux, la magnésie. Le sol le moins propice serait le sable quartzeux sans mélange calcaire. Le pouvoir nitrificateur du sulfate de chaux étant 100, celui du sulfate de soude serait, d’après Pichard, de 47.91 ; celui du sulfate de potasse35.78; du carbonate de chaux 13.32; du carbonate de magnésie, 12.52. Dans les différentes discussions qui ont eu lieu à la Société de médecine publique de Paris, au sujet de l’épuration des eaux d’égout par le sol ou de la propa- gation de la fièvre typhoïde, le professeur Brouardel a rarement manqué de spécifier « que le sol détruit les matières organiques mortes qu’on lui confie, pourvu qu elles tombent dans un milieu alcalin, où elles subissent la nitrification. » La porosité et la perméabilité du sol influent naturellement sur la nitri- fication; il est évident, en effet, que la ventilation plus ou moins libre et active dans le sol décide de l’afflux de l’oxygène. Toutefois, il convient aussi que le nombre des pores multiplie la surface de contact et que la terre retienne assez d’eau. Aussi,, faut-il, pour une nitrification active et une production abondante de CO2 (Wollny) que le sol soit poreux, mais à grains fins. Les meilleures dimensions seraient au-dessous de 1 millimètre de dia- mètre (Pichard). La nécessité de la présence simultanée de l’air et de l’eau entraîne en- core celle du déversement fractionné et discontinu des eaux impures sur le sol, ce qu on a appelé, en Angleterre, la filtration intermittente. D’ailleurs, pour la même raison et aussi pour ne pas déborder la puissance fonction- nelle des organismes, chaque dose doit être modérée et la dilution des impuretés poussée assez loin (Warington). La température la plus favorable à la nitrification est celle de 37° (Schlœ- sing et Münlz); au-dessus et au-dessous de ce point, elle se ralentit pour s arrêter au-dessous de 5° ou au-dessus de 55°. La production de CO2 (Môller, Wollny), très faible à zéro, augmente avec la température; elle est très active à 50°. Les nitrates et les nitrites du sol sont lavés par les pluies et en partie entraînes dans la nappe souterraine (les puits), dans les ruisseaux, les neuves; une autre partie est reprise par les racines des plantes et rentre dans la circulation vitale. De même, l’acide carbonique du sol alimente l’atmosphère (Fodor) et sert aussi à la fixation du carbone par les grands végétaux. 2. 11 est une autre action du sol, beaucoup moins importante que la pré- cédente, mais qui arrive aussi à transformer les impuretés quoique par un procédé au premier abord moins avantageux; c’est l'action réductrice, par laquelle, entre autres, les nitrates repassent à l'état de nitrites (Gayon et Dupetit) et les uns et les autres à l’état de protoxyde d’azote et même d’azote (Dehérain et Maquenne). Les expérimentateurs se sont assurés que cette réduction est le fait d’organismes vivants en se servant des mêmes moyens que Schlœsing et Müntz pour démontrer que la nitrification est un acte vital, c’est-à-dire en paralysant par la chaleur, le chloroforme, le sul- fate de cuivre, les organismes supposés. Le ferment dénitrifiant, selon Dehérain et Maquenne, serait le bacillus amylobacter de van Tieghem (iClostridium butyricum, Bacillus buhjricus), le ferment butyrique de Pas- teur, anaérobie. Son rôle est probablement assez limité et ne s’exerce que quand l’oxygène a peine à pénétrer dans le sol. Dans tous les cas, il ne paraît point qu’il puisse être offensif. C’est, au contraire, un des agents d’une transformation utile et nécessaire. Il décompose les matières orga- niques mortes dans un autre sens que le ferment nitrique ; mais il les dé- compose. Nous avons dit plus haut que, d’après Heraeus et Cahen, d’autres espèces, dans des conditions déterminées, réduisent également les nitrates en ni- trites et même ceux-ci en ammoniaque. Il y a probablement, dans le même sol, des bactéries qui oxydent et d’autres qui réduisent ; celles-ci suppléant les premières lorsque la matière organique est trop abondante et que l’oxy- gène fait défaut; de même que Heraeus assure que, dans l’eau riche en matière organique, il y a d’abord réduction partielle de l’acide nitrique en acide nitreux avec assimilation d’ammonium par certaines bactéries; puis, bout de quelques jours, commence l’oxydation et le retour des nitrites à l’état de nitrates. 4 Applications sanitaires. — Il ressort des deux paragraphes qui précè- dent que, si le sol est le réceptacle presque nécessaire de tous les déchets de la vie, de toutes les immondices banales et de la plupart des immon- dices d’origine morbide, il est également le grand et peut-être l’universel épurateur. Sa constitution normale et ses propriétés naturelles sont telles qu’il peut abriter ces choses impures pendant longtemps, sans danger pour l’air qui passe à sa surface ni pour l’eau qui circule dans sa profondeur. Si le contraire arrive et que l’air nous rapporte des poussières dangereuses ou que l’eau de nos puits et de nos fontaines renferme des microorganismes offensifs, c’est qu’une circonstance due à la négligence de l’homme, un accident, une pénétration violente, ont fait échapper les souillures a ce merveilleux laboratoire du sol, sans qu’il cesse de remplir son oflico. Ac- cuser le sol de multiplier et même de conserver trop exactement les germes pathogènes, c’est marcher à une hygiène désespérante; puisqu’il est impos- sible de détourner absolument du sol tous les déchets organiques et qu’il est non moins impossible de substituer à ce vaste appareil d’épuration un artifice qui l’égale. A notre avis, l’hygiène n’a guère de chances en heur- tant les forces naturelles; elle est toute puissante en ayant pour règle de s’en servir. D’ailleurs, la conservation des germes pathogènes dans le sol n’est pas plus certaine que leur migration, soit verticale, soit horizontale. Les affirmations par induction, qui se sont fait jour dans ce sens, ont d’autant plus besoin d’une démonstration directe que toutes les recherches et les expériences régulièrement instituées tendent à établir le contraire. Nous savons déjà que les microbes pathogènes vivent difficilement à quelque profondeur dans le sol; qu’ils y reprennent des fonctions banales, celles de nitrification; qu’on ne trouve plus leurs germes à quelques mètres dans la terre; qu’il n’y en a pas davantage et qu’il n’y a de germes d’aucune sorte dans la couche au contact de la nappe souterraine. Que de faits im- portants et rassurants ! En somme, il reste constant que, sous certaines conditions que l’on devine et que nous indiquerons, l’eau de la nappe souterraine peut être utilisée sans inconvénient pour la boisson des humains et que le sol peut servir à la transformation méthodique des immondices des groupes popu- laires, sans risquer de créer d’immenses magasins de germes pathogènes aussi variés que nombreux. Bibliographie. — Schloesing (Th.) et Müntz (A.) : Sur la nitrification par les ferments organisés (Comptes rendus Acad, des scienc. LXXXIV à LXXX1X, 1877-18'8). — Pum- pelly (R.) et Smyth (G. A.) : The relation nf soils on Health (National Board of health Bul- letin, 1881). — Koch (Rob.) : Bodennntersuchung (Mittheilungen aus dem kaiserl. Gesun- dheitsamtc, I, p. 34, 1881). — Gayon et Dupetit : Compt. rend. Acad, des scienc., XGV, p. 641, 188‘2. — Dehérain : Les microbes et les nitrates dans le sein de la terre (Compt. rend. 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Là, on a des chances d’avoir pied sur le roc (imperméable) et, dans tous les cas, de bénéficier sans grands frais du facile écoulement des eaux. Les pentes des montagnes ou des collines participent à ces avantages. Cependant, nous avons vu que la nappe souterraine ne se moule nulle- ment sur le relief extérieur du sol et que, parfois, elle peut être disposée en sens contraire de la pente. Dans ce cas, elle affleure en certains points et ne draine pas la surface du sol, comme on aurait pu s’y attendre. Les pentes qui regardent le midi reçoivent plus de chaleur que celles qui sont tournées vers le nord. C’est une circonstance qui peut retarder la multiplication des microorganismes et la fermentation dans ces der- nières, les hâter dans les autres (Yoy. page 76). l.e fond des vallées et de toute autre dépression (cirques, cuvettes), est l’ensemble des points vers lesquels convergent naturellement les nappes souterraines des pentes. Le sol peut y être très sain, quand un fleuve puis- sant et bien creusé collectionne sans peine les eaux de drainage des pentes sur ses deux rives. La Seine, à Paris, a son lit creusé en partie dans la couche imperméable; de telle sorte que la nappe souterraine (nappe d’infiltration, selon l’expression de Delesse) peut s’y épancher aisé- ment pendant la plus grande partie de l’année et n’a pas de tendance à se rapprocher de la surface, môme aux bords du fleuve. Quand il en est au- trement, les impuretés restent volontiers dans les alluvions des rives. Les vallées profondes, tortueuses, ont été accusées d’avoir une part dans le développement du goitre et du crétinisme (Tarentaise, Maurienne); si c est une question de sol, elle rentre probablement plutôt dans les influences chimiques que dans celles de la configuration. Les plaines ne sont pas toujours insalubres; mais c’est avec cette dispo- sition du terrain que l’on rencontre le plus communément les dépôts d’al- luvion et la stagnation de l’eau superficielle, en raison de la nullité ou de l’insignifiance des pentes. L’insalubrité augmente lorsque la couche imper- méable est à peu de distance de la surface. Les plaines basses sont évidem- ment plus exposées à l’action nuisible des eaux superficielles ou pro- fondes; mais les plateaux ne sont pas à l’abri; l’Anahuac (Mexique) a ses dépressions, ses marécages, ses fièvres. II. Revêtement et culture. — Les aptitudes naturelles du sol vis-à-vis de la chaleur, des gaz et de l’eau peuvent être notablement modifiées par quelqu’une des circonstances suivantes : Vétat improductif, la végétation, la culture, le séjour de l'homme. a. Etat inculte et improductif. — On a vu (page 31) que le sol nu et aride du désert contient un air qui n’est pas plus riche en GO3 que l’air atmosphérique. L’affinité d’un pareil terrain pour l’eau dépend entière- ment de sa constitution physique et géologique, et les lois précédemment énoncées trouvent ici leur application plus exacte que partout ailleurs. Il en est de même de sa température; c’est dans ce cas qu’on voit le sol s’échauffer jusqu’à 30° à la surface (Arago), même dans nos pays tempérés, et que dans l’Inde, sous les rayons du soleil, on a parfois 7ü° sur le sol, tandis qu’il n’y a que 40° à deux pieds au-dessus. Les officiers qui font expédition dans le sud de notre colonie algérienne rencontrent fréquem- ment, à travers le Sahara, des particularités identiques. b. Véf/étalion. — Les végétaux de petite taille gênent l’accès des rayons du soleil, mais, par la multiplication des surfaces, favorisent l’absorption du calorique et le rayonnement terrestre. La couleur des plantes et l’eau qu’elles renferment sont également favorables à l'absorption et à l’émis- sion de chaleur. Maqnenne compare le pouvoir rayonnant des feuilles à celui du noir de fumée et le pouvoir absorbant de la chlorophylle à celui de l’eau. Ges efiels semblent donc se compenser et ne devoir pas influencer no- tablement les phénomènes chimiques ou biologiques de la surface. L évaporation par les plantes a des résultats bien plus sensibles. La terre nue évaporant un peu moins de la moitié de ce que perd en vapeur, dans le même temps, une égale surface d’eau, il a été reconnu par les ex- périences faites à Montsouris, que la présence de végétaux entraîne une déperdition d’eau, plus abondante non seulement que celle de la terre nue, mais même que celle de l’eau, pourvu que l’action de la lumière intervienne en même temps. C’est une fonction vitale encore plus qu’un fait physique. Quatre pieds de haricots, observés du 24 au 25 juillet, ont perdu 30 grammes d’eau, de 7 heures du soir à 4 heures du matin : une surface d’eau égale à celle de la terre des pots en aurait perdu dans le môme temps environ 27 grammes, et cette terre elle-même n’a pu en perdre que 14 à 15 grammes tout au plus; les feuilles des haricots ont donc dû évaporer pour leur propre compte de 15 à 20 grammes d’eau. Mais les choses sont autrement accentuées dans la période diurne, de 4 heures du matin à 8 heures du soir : la déperdition totale a été de I kilog. 269 grammes; or, une surface d’eau équivalente n’aurait perdu, dans ce temps, que 257 grammes; la terre, à peine 100 grammes, e.t les feuilles 150 à 200 au maximum. « La plante, sous l’action de la lumière et par voie de transpira- tion, a donc consommé près de 1 kilogramme d’eau. » Il est constant, dit Marié-Davy, «■ que le débit moyen des sources en pays cultivés diminue à mesure que la culture fait de nouveaux progrès; aussi voit-on, depuis une trentaine d’années, des ruisseaux disparaître dans l’Eure par l’effet des défrichements et de la suppression de la jachère dans un pays depuis longtemps déboisé. » Nous avons dans ces exemples, parlé de plantes cultivées, mais sans viser les modifications que la culture même imprime au sol; il nous a suffi qu’il s’agît de petits végéLaux, et il nous paraît clair que l'elfet est le même quand ces petits végétaux sont spontanés. Pourquoi donc la colo- nisation européenne, en Algérie, en Amérique et peut-être ailleurs, s’est- elle habituée à redouter l’exploitation agricole des solitudes à végétation spontanée, de la « prairie», des espaces à broussailles? Ce n’est pas, sans doute, que les petits végétaux n’aient rempli là leur rôle habituel ; ils ont certainement dépensé, comme d’habitude, l’eau du sol et celle qui lui vient de l’atmosphère. Mais d’autres conditions interviennent : l’abon- dance d’eau ne fait pas toute l’insalubrité du sol; il en arrive presque toujours assez, dès qu’il est permis aux débris organiques de s’accumuler et quand les végétaux, comme c’est le cas pour les plantes spontanées, ne troublent pas la fermentation et ne suffisent pas à en utiliser les pro- duits (carbone, azote). De ces deux éléments d’insalubrité du sol, l'eau et les matières putrescibles, l’un peut être plus abondant que l'autre et, si la différence n’est pas trop grande, l’excès de celui-ci semble pouvoir com- penser l’insuffisance de celui-là. Les agronomes de Montsouris démontrent que le blé d’un champ rapportant 30 hectolitres à l’hectare consomme en moyenne, d’avril en juillet, une tranche d’eau de 0m,212. Lawes etGilbert, àRothamsted, avaient obtenu un résultat pres- que identique, et E. Risler, de Genève, a trouvé 0m, 256 pour le chiffre correspon- dant. Si à cette tranche l’on ajoute l’eau évaporée par le sol d’aoùt en mars, on arrive à un total peu éloigné du total des pluies qui tombent en année moyenne à Paris. Supposons une culture intensive et avec laquelle la terre, à peine dépouil- lée de la récolte de céréales, est aussitôt ensemencée de plantes oléagineuses, de navets, ou d'une autre céréale, et réciproquement, ainsi qu’il arrive dans le Nord et le Pas-de Calais, et l’on soupçonnera que l’eau du ciel ne suffit pas à la con- sommation des plantes, qu’un puissant appel est fait de la surface à l’eau du sol. Avec un autre aspect de l’assainissement par la culture, que nous présenterons tout à l’heure, cette circonstance doit contribuer grandement à diminuer les dan- gers d’un pays plat, à sous-sol imperméable et, çà et là, d’un très bas niveau. En effet, cet appel est très réel. L’assèchement de la couche superficielle, occupée par les racines des plantes, met en jeu l’ascension par capillarité de l’eau du sous- sol. Ce phénomène suffit même à rendre humides les couches superficielles du sol quand l’évaporation est faible dans celles-ci; lorsqu’elle est prépondérante, la surface reste sèche malgré l’évaporation capillaire, mais l’eau souterraine tend à diminuer d’autant. Toutes les observations faites en Angleterre, en Suisse, à Orange, comme à Paris, montrent que l’évaporation du sol cultivé s’élève à 70 ou 80 pour 100 du total des pluies. Une forte proportion de ces pluies tombe dans la saison froide, alors que la végétation a cessé. De la sorte, non seulement la surface, mais les nappes souterraines (et les sources) peuvent en profiter. Si l’automne et l’hiver sont secs, les nappes souterraines ne sauraient emmagasiner de réserves d’eau. Bien plus, il peut arriver qu’à l’été suivant on doive, en faveur des plantes culti- vées, emprunter à l’eau du sol sur ses réserves naturelles. Dans ces conditions, comment veut-on que les impuretés de la surface arrivent à la nappe souterraine? (Voy. page 98.) L’influence des forêts n’est pas tout à fait la même que celle des petits végétaux. Il paraît certain que les masses de grands arbres, comme les hauteurs, sollicitent la précipitation de l’eau des nuages; c’est le résultat des observations de Mathieu (Nancy), Masure (Loiret), Hennig et Gries- bach, Fautrat et Sartiaux, auxquelles Dove contredit cependant. Quoi qu’il en soit, les pluies tombent sur le sol boisé moins violemment que sur le sol découvert et il y a moins de chances pour qu’une forte partie de cette eau s’écoule vers les points déclives. 11 est clair aussi que l’évaporation de la surface du sol est entravée par la couverture de forêt; la diminution serait de 64 p. 100. Si le sol de la forêt est en outre revêtu d’un feutrage de feuilles et d’herbes mortes, comme il arrive fréquemment, l’évaporation se réduit encore de 22 p. 100. Mais une bonne partie, 26 p. 100 environ, de l’eau tombée en forêt n’arrive pas jusqu’au sol et est évaporée immédiate- ment sur les feuilles. Finalement, la quantité d’eau qui pénètre dans un sol boisé dépend d abord de la perméabilité de ce sol. Mais le feutrage superficiel des feuilles en retient une forte proportion. Pour le reste, les racines des grands arbres font l’office de drains verticaux et l’introduisent jusque dans les couches imperméables. Elles s’insinuent dans les fentes des roches, y grossissent et, par leur pression excentrique aussi bien que par l’eau qui les suit, elles contribuent à en opérer la désagrégation. L’effet de la présence des arbres sur un sol perméable déjà sec, dit Du- rand-Llaye après Belgrand, est de drainer autour de lui le peu d’eau qui reste clans les couches superficielles et d’y ruiner la végétation; ce drai- nage peut, au contraire, être très favorable, si le sol est imperméable, et permettre de vivre aux plantes de petite taille, d’ailleurs protégées par l’ombre des arbres. D’un autre côté, pendant la phase de végétation, les arbres évaporent énergiquement par leurs feuilles et font appel à l’eau du sol, dans laquelle les racines doivent trouver leur nourriture en dissolution. La quantité évaporée par 1 hectare de forêt est évaluée par Schleiden à dix fois celle qui s’évapore de 1 hectare de terre nue, et Pettenkofer estime qu’elle repré- sente plus de huit fois l’eau tombée sur une surface égale (il s’agissait d’une forêt de chênes). Marié-Davy a fait observer, avec raison, que cette loi ne peut être applicable aux arbres à feuilles caduques que pour le temps où ils possèdent des feuilles. Quant aux espèces à feuilles pei'sistantcs, leur pouvoir d’évaporation peut être plus durable; mais, en général, leurs feuilles sont des aiguilles et, sans doute que leur nutrition sommeille en hiver, bien qu’ils gardent leurs feuilles. Les forêts assèchent donc le soleil humectant l’atmosphère. Aussi Schwappacli a-t-il pu (Congrès d’hygiène de la Haye, 1884) formuler cette proposition au sujet du déboisement : « Si l’humidité en surabondance n’est plus éloignée par l’action susdite des forêts, le terrain deviendra facilement marécageux. » Mais on com- prend moins la suivante : « Le déboisement augmentera et accélérera l’évapo- ration des eaux tombées sur la surface et entrées dans les couches supérieures du sol et exercera une influence défavorable sur l’abondance et la conservation des sources. » C’est donc qu’il y a des circonstances qui font brèche à la loi pre- mière. Peut-être aussi n’en est-il rien, et faut-il donner raison à ceux qui nient que les forêts soient, comme quelques-uns l’ont prétendu, une garantie contre les crues subites et les débordements des fleuves. L’influence des forêts sur la température du sol a été expressément étu- diée par Ebermayer (d’Ascbaffenbourg). La température moyenne annuelle, qui décroît de la surface à la profondeur et qui baisse d’un demi-degré de 1 à 4 pieds, est encore plus basse dans le sol boisé ; le degré observé dans la profondeur de celui-ci est généralement de 21 p. 100 plus bas que dans le sol découvert, toutes choses égales d’ailleurs. Au printemps, le sol de la forêt est de 1 et 1/2 degré R. plus froid que le sol des champs; en été, la différence en moins atteint 3°, 49 R.; en automne, elle est encore de 1°,22; en hiver, elle est presque nulle. Le maximum de température qui, à toutes les profondeurs, baisse en raison de l’élévation perpendiculaire du lieu au- dessus du niveau de la mer, et se présente plus tard sur la montagne que dans la plaine, ne s’écarte pas autant du maximum dans le sol boisé que dans le sol libre; c’est le degré représentant la chaleur qui est amoindri, le degré inférieur n’est pas atténué. De sorte que la température moyenne dans le sol de forêt est de 1°,12 R. plus faible que dans le sol découvert. Les oscillations diurnes de la température du sol boisé sont plus faibles que celles du sol libre; à 0m,60 de profondeur, elles sont insensibles; leur maximum est en mai. La moyenne des maxima annuels serait abaissée de 5°,2 par rapport au terrain découvert, et la moyenne des minima relevée, un peu comme dans les îles. Il y a donc certainement, de la part des forêts, des influences locales sur le sol. Il est probable que de pareilles influences se font sentir sur l’air, et l’on accepte aisément l’assertion de Schwappach, que la température moyenne annuelle de l’atmosphère s’abaisse dans la forêt et que les extrêmes de température y sont atténués. Nous n’insistons pas sur ce point, parce qu’il ne s’agit pas ici du climat. Mais l’on commence à contester beaucoup, aujourd’hui, que ces influences puis- sent se faire sentir à distance et modifier le climat d’une région ou le régime des eaux. Fuster attribuait à ses immenses forêts la rudesse de climat et l’humidité de la Gaule au temps de la conquête de César ; Ch. Bœrsch et Michel Lévy assu- raient que la destruction des forêts d’Alsace a rendu les hivers du pays plus rigoureux et les revirements de température plus brusques. Il y a là plutôt des vues de l’esprit que de solides observations. Durand-Claye fait remarquer que le maigre relief des forêts n’est rien auprès des vastes phénomènes qui règlent le climat d’une contrée. Une donnée plus acceptable, c’est le rôle d’écran contre les effluves palus- tres, que les forêts remplissent dans des cas donnés, et que de simples rideaux d’arbres peuvent être appelés à remplir. 11 est d’autres éléments encore à délerminer. Dans les régions de fortes pentes et où la neige, en raison de la hauteur, tombe abondamment, s’ac- cumule et, au moment de la fonte, glisse par masses énormes dans le sens de la déclivité du terrain, les arbres si rabougris qu’ils soient, les brous- sailles et même les herbes les plus humbles sont une précieuse ressource. Ces maigres végétaux ont la puissance du nombre; chacun fait sa part de travail; ils divisent la masse neigeuse, la fixent et, au moment dangereux, ces faibles brindilles se trouvent être capables de retenir l’avalanche. De même, elles fixent le peu de terre végétale qui recouvre les pentes ardues et que l’eau entraînerait à la fonte des neiges ou à la chute des averses. Il y avait autrefois une sorte de ban national sur les bois protecteurs des sommets pyrénéens (Bédats) et dans les Alpes de la Suisse et du Tyrol (Banmvalder). L’on a oublié, il y a quelques années, la signification de ces traditions antiques; des cultivateurs étourdis ont cru pouvoir gagner un peu de terre arable en défrichant la montagne et l’on a, autre part, laissé les troupeaux transhumants ravager sur de vastes espaces l’herbe et la brous- saille. Ç’a été simplement un désastre; les spéculateurs ont à peu près ruiné le pays (Surell). Par suite du déboisement, la limite supérieure de toute végétation a graduellement baissé, et la terre végétale elle-même a glissé de la roche à laquelle l’herbe la retenait. Notre département des Basses-Alpes est devenu le moins peuplé de France (20 habitants par kilo- mètre carré) et celui où la vie moyenne est la plus courte (Bertillon). Hâtons-nous d’ajouter que la réaction et la réparation commencent; on a reconnu, de nos jours, l’origine du mal, et l’on s’efforce d’y remédier par le reboisement méthodique et les mesures de conservation des herbes à l’égard du gaspillage par les troupeaux. Aussi bien, il se mêlait à ces conséquences, déjà fâcheuses, mais locales. une question d’intérêt général et qui touche à la conservation de la vie humaine aussi bien qu’à la protection des propriétés. Le déboisement était accusé de favoriser le débordement dos rivières et des fleuves, du Rhône en particulier, et rendu responsable de la fréquence des inondations. Belgrand et Marié-Davy ont pensé que la relation ici entrevue n’était pas suffisam- ment établie; le premier constate « qu’il existe en France des bassins pres- que entièrement boisés dont les cours d’eau présentent le régime le plus irrégulier; qu’il en existe d’autres, au contraire, presque entièrement dé- boisés, et dont les cours d’eau ont une régularité d’allures incomparable- ment plus grande que celle des premiers. » Et, pour Marié-Davy, « la seule ulilité réelle du reboisement par les essences à feuilles caduques est de faire obstacle au ravinement des terres, et de rendre productifs des terrains qui ne le sont pas. » Quand nous aurons introduit la réflexion que ce sont précisément les essences toujours vertes (conifères) qui ont été détruites et que l'on cherche à réimplanter sur les montagnes, nous aurons épuisé tous nos arguments dans cette discussion qui, après tout, laisse entièrement de- bout l’utilité du reboisement des régions élevées, encore qu’il y ait des va- riantes dans la manière d’envisager les services que les arbres rendent au sol. c. Culture. — En dehors de l’influence des plantes elles-mêmes, qui vient d’être étudiée, la culture est, d’une façon méthodique et continue, une division mécanique de l’écorce terrestre, luttant incessamment contre la compacité du terrain, y introduisant l’air et favorisant l’issue des gaz et des vapeurs de la couche profonde. Elle assure la facilité des échanges gazeux et dispose le sol à emmagasiner la chaleur de l’air extérieur. La charrue s’adresse à Y humus, à la terre arable, quelles qu’en soient les variétés ; il semblerait qu’il dût en résulter tout d’abord une situation éminemment dangereuse, puisque retourner cette croûte superficielle, c’est mettre au jour le foyer des fermentations qui se sont accomplies dans son épaisseur et les germes dangereux qui peuvent y sommeiller. En fait, les premiers cultivateurs des terres vierges courent de grands risques et sont parfois cruellement atteints pour avoir été exposés aux effluves du sol attaqué par les instruments aratoires. Mais, répéter cette opération, c’est troubler régulièrement, d’une façon intermittente, la fermentation organique; c'est en tuer les agents par l’afflux de l'air libre et par la dessiccation; dans tous les cas, c’est empêcher l’accumulation des principes morbigènes qui peuvent en résulter. La conséquence définitive, c’est Y assainissement du sol. Presque toutes les propriétés primitives du sol disparaissent par le fait de la culture ou, tout au moins, tendent à se modifier entièrement de telle sorte que la terre cultivée s’achemine à se ressembler partout, à perdre son originalité, à devenir sinon indifférente, du moins une composition géologique artificielle, à éléments connus et de structure à peu près constante. La surface du sol prend des dispositions dans lesquelles les accidents naturels sont soigneusement com- battus ; des pentes convenues se dessinent, des sillons plus ou moins profonds servent à drainer à ciel ouvert la masse en relief. L’équilibre entre les éléments fondamentaux, silice, calcaire, argile, est ouvertement cherché et l’on donne, par les amendements, aux terres mal équilibrées la minéralisation qui leur fait défaut. Ce que le cultivateur redoute par-dessus tout, c’est la compacité du ter- rain, et cette affinité singulière pour l'eau des terres argileuses ou marneuses qui fait qu’elles se rétractent et se crevassent pendant les jours de chaleur et de sécheresse, ouvrant aux émanations telluriques des surfaces et des baies de déga- gement d’une haute nociveté. Avec la culture, pas d’eau oubliée dans les dépres- sions sur une couche imperméable; pas de terrain spongieux, indéfiniment imbibé, sur un plan plus ou moins voisin de la surface; pas de plantes parasites au dehors et pas de pullulation des parasites invisibles, à la faveur d’un repos séculaire, au dedans. La culture, sans doute, ajoute intentionnellement de la matière orga- nique au sol, et offre des détritus animaux à l’infiltration par l’eau des pluies. Mais il y a une différence énorme entre ce dépôt méthodique et celui que réalise la végétation spontanée. Les plantes croissant spontané- ment prennent leurs substances minérales au sol et empruntent surtout leurs principes organiques à l’atmosphère; à la fin de leur existence, elles tombent sur le sol, et font place à de nouvelles générations de la même famille qui n’utilisent pas les débris organiques de leurs ancêtres et, au contraire, accumulent du terreau. Tandis que les plantes cultivées, desti- nées pour la plupart (céréales, légumineuses) à incorporer à leurs graines de notables proportions d’azote, absorbent rapidement les produits nitri- ques que le pouvoir oxydant du sol répand autour de leurs racines. C’est ainsi que l’on peut impunément confier à la terre le fumier des animaux et même les excréments humains (engrais flamand, poudrette, etc.), et faire tourner au profit de la production alimentaire ces redoutables forces de la fermentation organique. Bien plus, comme la culture assainissait les terres vierges et convertissait en richesses les effluves de la putréfaction des êtres ensevelis, au long des âges, dans le sol livré à lui-même, on s’est avisé de charger systématiquement le sol de l’épuration des résidus organiques des grands groupes humains, en lui livrant ces monceaux de matière putride pour être convertis, la culture aidant, en plantes utiles, puisqu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de les détruire et que, même, il aurait tort d’essayer. Telle est la double et heureuse influence de la culture. D’une part, elle annihile les effets de la décomposition spontanée dans le sol naturel; de l’autre, elle rend inoffensifs les foyers putrides que l’homme crée lui- même, sur un sol modifié et même préparé pour ce but. Elle a assaini les polders de Hollande, les plaines algériennes, la prairie américaine; et elle sert aux villes à se débarrasser des excréments de leurs habitants, sans danger pour elles-mêmes ni pour les voisins. Par réciprocité, 1 abandon de la culture laisse le sol redevenir l’abri des décompositions et des microorganismes et reprendre les propriétés meur- trières qui en résultent. Léon Colin a montré que la campagne romaine a commencé d’être insalubre quand, après les conquêtes de la république, les habitants du Latium furent nourris des blés de Sicile et d’Afrique et se déshabituèrent de l’agriculture. d. Séjour de l homme. — C’est la grande et perpétuelle cause de l’arrivée des souillures à la surface et dans la profondeur du sol. Nous l avons déjà Apnould. Hygiène, 2° édit. 8 dit suffisamment pour n’avoir pas à le répéter. Mais c’est le cas de mettre les souillures de cette origine en opposition avec celles que tous les êtres des deux règnes organiques, en dehors de l’homme, imposent aussi au sol. Cette sorte de souillure spontanée, presque normale, se rapproche infiniment de l’autre, comme on pense, au point de vue de la nécessité et du mode des transformations ultérieures. Mais, en raison, soit de la nature des déchets, soit de la façon dont l’air et l’eau interviennent, soit pour quelque autre mo- tif, la décomposition ne ressemble pas exactement ici à ce qu’elle est dans le premier cas ; les produits diffèrent et peut-être aussi, les agents moteurs. Or, le véritable miasme tellurique, l’agent d’insalubrité qui se forme tout seul dans le sol non habité, la présence de l’homme le fait fuir. Il se peut que ce soit une simple supposition, mais le fait est frappant. L’homme est d’abord maltraité par les influences telluriques; mais, s’il s’implante, ses fléaux à lui prennent la place de celui qui sortait du sol et ne s’y ajoutent que rarement. Dans le noyau très peuplé de la Rome actuelle, il n’y a plus guère de malaria; ce sont les affections typhiques qui dominent. En 1865, on établit la gare du chemin de fer dans la région alors insalubre qui en- toure les thermes de Dioclétien ; la population s’y pressa bientôt, comme il arrive en pareil cas, et les fièvres d’origine tellurique baissèrent progressi- ment (L. Colin). De même, l’insistance de la colonisation européenne, en Algérie, a fait une ville prospère de Bouffarik qui, au début, abîma dans la fièvre une ou deux générations de colons. Si l’on vient à creuser dans un tel sol et à remettre la couche profonde à la surface, il n’est pas rare que l’on retrouve le miasme tellurique spon- tané. Ainsi, à Paris, dans les travaux de creusement du canal Saint-Martin (1811), des fossés de la fortification (1840), des égouts de la Bièvre (1876). Il arrive aussi que l’imprégnation malariale du sol soit si puissante, le groupe humain étant d’ailleurs peu dense, que la présence des habitants ne parvienne pas à changer ou à masquer l’influence tellurique. Certaines villes des grandes colonies asiatiques ou américaines restent en proie à la fièvre malariale, tout en persistant et même en prenant de l’importance. Bibliographie. — Ford (W. H.) : Soit and Water (A. Treatise on hygiene and public liealth, edited by Alb. Buck. New-York, 1879. — Ritter (Ch.) : Influence des forêts sur /esnappes liquides et sur la pluie (Annal, des ponts et chaussées, 1881). —Layet (Alexand.): Hygiène et maladies des paysans. Paris, 1882. — Mauié-Davy (L. H. et Ferd.) : Météoro- logie appliquée à l'hygiène et à l'agriculture (Annuaire de Montsouris pour 1884 et 1885). — Schwappach (A.) : Sur les effets du déboisement dans les climats tempérés de l’Europe (Compt. rend, et Mémoires du cinquième Congrès internat, d’hygiène. La Haye, 1885). Consultez. — Schleiden : Baian und Watd, 1870. — Ebermayer (E.) : Die physikalischen Einwirkungen des Waldes auf Luft und lioden und seine klimatologische und hygienische Bedeutung. Aschaffenbourg, 1873. - Reclus (Élisée) : Géographie univeiselle. — Pauly : Esquisse de climatologie comparée. Paris, 1873. — Arnould (J.) : L’hygiène rurale i/ans ses rapports avec le cantonnement des troupes (Gazette médicale de Paris, 187G). — Marié- Davy (L. H.) : Météorologie appliquée à l’agriculture et à l'hygiène (Annuaires de Mont- souris pour 1880 et années suivantes). III. Marais et état maiariai du soi. — C’est à dessein que nous amenons à cette place et sous ce titre l’étude des conditions du sol, que les méde- cins, de temps immémorial, mais sans pousser l’analyse aussi loin que le l'ont nos contemporains, ont regardées comme la raison d’être de toute une classe d’affections, très homogènes d’ailleurs, désignées sous les noms divers de fièvres, fièvre intermittente, fièvre de malaria, fièvres pernicieuses, accidents palustres, fièvre tellurique. En effet, il ne parait pas que l’on puisse légitimement rattacher ces influences à l’étude de l’air, qui n’est que le véhicule presque indifférent des principes sortis du sol dans les cir- constances que l’on va définir. Et, d’autre part, si l’on peut, en tête de cet article, inscrire le mot marais, qui répond aux idées antiques, ce sera surtout une occasion de montrer que l’eau n’est qu’un des agents qui prennent part à une élaboration dangereuse, assez complexe, dont le sol est le réceptacle habituel et à peu près nécessaire. L’air et l’eau sont ici des éléments appelés à jouer un rôle chimique ou physique, sans spécifi- cité. La spécificité n’est pas davantage dans la nature des substances que le sol offre à l’action de ces réactifs. Elle est tout entière dans la nature des agents des phénomènes qui s’ensuivent, agents qui sont, encore une fois, des êtres animés. On trouve toujours, à l’origine des accidents dits palustres ou telluriques : 1° Le sol, perméable à la surface et jusqu’à une faible profondeur ; 2° La présence de détritus ayant appartenu au monde vivant et subissant, abrités par les molécules du sol, la fermentation plus ou moins rapide; 3° L’accès de l’eau jusqu’au foyer où s’accomplissent ces phénomènes et, d’ordinaire, l'immobilisation (stagnation) de cette eau, par défaut de pente et par imperméabilité de la couche sous-jacente ; 4° L’accès simultané de l’air, dont l’oxygène participe aux combinaisons nouvelles et qui apporte peut-être les agents de la décomposition organi- que, en même temps que les oscillations de l’atmosphère tellurique et les échanges gazeux permettent la durée du phénomène; 5° L’action de la chaleur. " On peutremarquer que ces conditions extérieures, le conflit de l’eau, de l'air, de la chaleur, avec des matières organiques dans le sol, sont essen- tiellement les mêmes que celles dans lesquelles se mûriraient, suivant l’école de Munich, les germes de la lièvre typhoïde et du choléra. La diffé- rence spécifique serait donc constituée par les germes de part et d’autre ; cest-à-dire que le parasite duquel relèvent les fièvres palustres serait, dans le cas actuel, 1 élément caractéristique de la situation. Cependant, en dehors de ce parasite encore mal connu, il est un trait de la préparation malariale du sol qui ne saurait échapper à l’observateur ; à savoir, que les détritus organiques qui, cette fois, alimentent la fermentation sont four- nis par la vie commune et universelle, par la spontanéité du sol, si l’on peut dire, et sans que l’homme y soit pour rien. C est pour cela que les épidémiologistes français réservent aux fièvres palustres 1 épithète de maladies telluriques, en la refusant au choléra et sur- tout a la fièvre typhoïde, beaucoup plus liés aux souillures humaines du sol. C est pour ce la encore que Léon Colin a placé dans le «sol improductif», cest-à-dire livré à sa spontanéité, un foyer de production de l’agent fébri- gène aussi puissant que le marais proprement dit. Des marais. — Il n’est pas nécessaire que l’hygiène et l’étiologie élargis- sent le sens vulgaire du mot marais. Nous pouvons en accepter la défini- tion géographique : « un terrain dont la couche superficielle est imbibée d’eau jusqu’à en être amollie et en garder souvent une certaine épaisseur au-dessus d’elle sans renouvellement sensible. » Habituellement, ce lac ou cet étang sans profondeur est envahi par les joncs, les carex, les ro- seaux, et des arbres, dont les racines se plaisent dans la vase, s’élèvent sur ses bords. Mode, de formation des marais. — La création d’un marais dépend de la façon dont l’eau arrive au terrain et de la manière dont celui-ci se prête à la recevoir et à la garder. La coïncidence de ces deux conditions a lieu spontanément ou artificiellement et par la volonté même de l’homme, sui- vant la distinction établie par Vallin. a. Le sol spongieux des alluvions, naturellement riche en débris orga- niques et accessible à l’eau, est l’un des plus aptes à la formation des ma- rais; d’autant mieux qu’il se trouve nécessairement à la terminaison des déclivités et là où la nullité des pentes amortit le cours des eaux. Les ma- rais célèbres se trouvent aux deltas de beaucoup de grands fleuves, Nil, Gange, Mississipi, Rhône, Pô. Ils ont d’ordinaire une haute nocuité, en rai- son de la facilité que le sol meuble des alluvions offre à la vie végétale. Mais les dépôts alluvionnaires sont formés de l’usure, par les pluies et les neiges, de roches de toute nature, parfois métamorphiques ou cristal- lines. C’est dire qu’il n’y a pas de sol antipathique en soi à la formation des marais. La désintégration des granités, surtout des granités schisteux, donne lieu, en effet, à la formation de marais d’une nocuité reconnue; le sable ou le gravier, dans lequel l’érosion de la mer convertit les rochers de la côte, et que le flot repousse ensuite sur le rivage, se montre parfaite- ment doué d’une semblable aptitude. Les sols argileux ou marneux, qui sont vite saturés d’eau, mais retiennent énergiquement ce liquide, se prê- tent bien à la constitution des marais; mais il en est de même du sable ou du calcaii’e à fragments, toutes les fois que ce sol léger est en couches minces reposant sur un fond d’argile ou tout autre stratum imperméable. L’ubiquité des marais prouve que la nature géologique des terrains n’a pas une extrême importance. Tout ce que l’on peut concéder, de par l’ex- périence, c’est que la constitution chimique des sols peut influer sur le plus ou moins de malignité du marais. En dehors de la richesse en matières organiques, il paraît démontré que l’abondance des sulfates et carbonates contribue à en élever les propriétés malfaisantes, sans doute parce que les sels terreux et alcalins jouent un rôle dans le processus chimique des dé- compositions putrides. En ce qui concerne la surface, la condition capitale est la dépression lo- cale et la nullité ou Y insuffisance des pentes. C’est là ce qui ouvre la porte à l’afflux des eaux et ce qui leur ferme essentiellement les issues d’évacua- tion. Cela revient à dire que le rôle de l’eau est le plus important et que celui du sol est secondaire. En effet, l’eau, dès qu’elle peut recouvrir d’une façon durable un terrain à peu près quelconque, y précipite une couche alluvionnaire donl l'épaisseur s’accroît lentement, mais sûrement; bouche les pores du sol s’il est poreux; recouvre de vase, tantôt la roche nue, tantôt la terre cultivée, et, même aux grandes hauteurs, finit par créer des marais. Néanmoins, l’imperméabilité des couches les plus voisines de la surface reste un puissant auxiliaire. L’eau qui forme des marais peut être celle de la pluie ; pourvu qu’elle soit abondante à une certaine saison ; qu’elle ne s’infiltre pas assez vite et assez pro- fondément; qu’elle ne s’évapore pas rapidement en entier; qu’elle ne trouve pas à s’écouler immédiatement vers un cours d’eau. Ce sont des circonstances pareilles qui, à moins d’une grande surveillance, feraient des marais dans les Dombes, lors même que l’industrie humaine ne les eût pas provoqués. L’homme n’a d’ailleurs fait que mettre à profit les dispositions naturelles du terrain. La Dombes est un plateau élevé de plus de 100 mètres au-dessus du niveau du Rhône, à pente tournée vers le nord, argilo-siliceux et presque imperméable ; il a suffi de quelques barrages pour établir une multitude d’étangs, essentiellement ali- mentés par l’eau du ciel. D’autres fois, l’eau de la pluie tombe sur une plaine excavée, à sol perméable, traversée par un cours d’eau ; mais la pente est nulle de la plaine vers la rivière, et celle-ci, gonflée elle-même par la précipitation pluviale, contribue d’autant moins à drainer le pays environnant. Bien plus, comme c’est le cas de la part de la Loire, de la Seille, le fleuve lui-même peut déborder et ses eaux gagnent à distance des dépressions dont le fond est notablement plus bas que le bord de la rivière; elles ne rentrent donc pas, même quand le niveau du fleuve abaissé, et si le sol est argileux, elles stagnent jusqu’à évaporation. La mer, dans les marées hautes ou parle gros temps, fait de même sur les côtes basses de l’Océan et de la Méditerranée ; elle projette par-dessus le bourrelet de gravier (cordon littoral) qu’elle s’est fait à elle-même, par-dessus les barres, les flèches, les dunes, de l’eau que la vague ne ramène pas à l’Océan et qui séjourne désormais dans les dépressions du littoral. Les barres se forment sous l’influence des courants marins parallèles à la côte ; en rencontrant un fleuve, comme le Rhône, qui charrie du limon, ces cou- rants arrêtent et amoncellent les débris amenés par le fleuve. En arrière de la barre, il reste une nappe sans profondeur ne communiquant plus avec la mer ou ne s’y ouvrant que par la coupure étroite, appelée grau dans le Midi. Les saisons sèches, en mettant à découvert la queue des étangs, ou le canal par lequel les étangs, les lacs, certains bras de rivière, communiquent avec l’eau courante, provoquent la formation de marais des plus actifs. Sur divers points, la déperdition d'eaux thermo-minérales, nécessairement riches en sels et quelquefois sulfureuses, a été la raison de l’existence de marais remarquablement offensifs. h. L’industrie humaine provoque une assez grande variété de marais, à la faveur toutefois des mômes conditions de sol que celles qui président à la formation du marais spontané. L’exploitation de la tourbe, les brique- teries, les travaux de chemins de fer en terrains plats, sont l’occasion de cavités artificiellement pratiquées dans le sol, caisses d'emprunt, parfois dans le but même d’y ménager une retraite à l’eau. Les routoirs en eau dormante sont des marais avec une putridité spéciale et provoquée. Les marais salants accompagnent l’industrie des salines au bord de la mer et les marais gâts (ou gâtés) la suivent. On appelle marais mixtes ceux dans lesquels il y a mélange d’eau douce et d’eau salée ; la richesse de cette dernière en sulfates favorise les réductions par la matière organique (Daniell, Chevreul) ; en outre l’eau de mer tue les organismes d’eau douce (Méiier, Bouchardat), et réciproquement. C’est un aliment de plus aux décompositions. L élève du poisson a été la raison de l’entretien des étangs en Dombes et en Sologne. La culture du riz en Piémont, en Camargue, dans l’Inde et l’Indo-Chine, motive ailleurs des marécages systématiques. L’élève de la sangsue, quand la thérapeutique avait encore les allures sanguinaires de 1 école physiologique, fut le prétexte de la conservation de quelques marais sur les bords de la Garonne, dans la Meurthe et dans la Nièvre. La canne à sucre, les oseraies, font encore créer dos marais ou profitent de ceux qui existent. On a accusé, à tort du reste, les irrigations à l’eau d’égoutde constituer des foyers marécageux (Gennevilliers, 1875). Etat malarial du sol, sans marais. — Il y a longtemps que l’on a reconnu l’existence d’influences fébrigènes sans marais. C’est pour cela que divers auteurs ont tenté de substituer, à l’étiologie par les effluves palustres, l’ac- tion de la chaleur, de l’électricité, de l’ozone (Armand, Eisenmann, Burdel, Durand de Lunel, Pouriau, Bœckel). Le professeur Aug. Hirsch déclare qu’il est impossible de retrouver les marais sous une forme quelconque dans les points suivants, où il existe cependant des fièvres semblables à celles qu’on nomme palustres : Le haut plateau de Castille, désert, nu, sans eau, stérile et à physionomie de steppe ; — la plaine de l’Araxe, haut plateau basaltique ; — les terrasses de la Perse et particulièrement le plateau d’Iran, sans aucun cours d’eau et sans pluie ; — les maremmes de Toscane, la campagne romaine et les Calabres. A part des alluvions marines et quelques points vraiment marécageux à l’embouchure des cours d’eau sur la côte des Maremmes, la surface du sol est formée de tuf volcanique ou de marne tertiaire, et la contrée extrêmement pauvre en eau, assez stérile ; — les hautes plaines de l’Inde et spécialement celles de Malwa, Chota- Nagpoure et Mysore, où le sol est volcanique ou granitique, et où néanmoins, les médecins anglais observent le hill-fever, identique à la fièvre des hauteurs couvertes de jungles et de forêts, comme dans la région des Ghattes (Gibson, Wight, Macdonnell) ; — enfin l’ile de Katch (ou Kutch), aux bouches de l'Indus, volcanique et stérile, et divers points montagneux de Ceylan. Léon Colin a constaté à son tour la parfaite' sécheresse de la plaine insa- lubre qui est YAgro romano, et ne peut que répéter le jugement de Bonstetten : f< La campagne même de Rome est si peu marécageuse que je ne connais pas de^pays sans police où il y ait si peu d’eau stagnante. » Et c’est justement Pétüde attentive de ce sol mal famé qui lui a servi de base pour l’édification de sà/cfôclrine de « l’intoxication tellurique » et non plus « palustre ». Les marais Pb'nttns eux-mêmes possèdent de vrais marécages, mais une bien plus grande éiyiüdtlle de terrain recouvert de végétation spontanée, servant de pâture. Sous Piè1 VI, la surface submergée avait été réduite de 20,000 à 2,000 hectares. L’Algérie, comme le faisait remarquer Armand et comme l’a rappelé Pauly, est moins marécageuse que son ancienne réputation n’eût pu le faire supposer. Ses marais ne sont que des ilôts vis-à-vis des immenses territoires secs sur lesquels, néanmoins, le séjour est dangereux à l’homme. Et l’on verra que le transport à grande distance des miasmes fébrifères est des plus hypothétiques. Personnelle- ment, nous avons vu des médecins d’Afrique hésiter à traiter par le sulfate de quinine des soldats qui avaient pris la fièvre en traçant une route au flanc d’une colline. Peut-être bien que les médecins de 1834, que Maillot eut tant de peine à convaincre, n’étaient pas non plus très frappés de l’état palustre de l’Algérie. Aux États-Unis d’Amérique (Woodward, Charles Smart), l’on connaît également une fièvre de montagne (mountain-fever), qui s’observe dans les prairies et les grandes terrasses de l’Ouest. Frappés de l’impossibilité de trouver une surface d’eau stagnante ou simplement fangeuse qui pût expliquer, sur ce terrain, une réelle infection de l’air (malaria), les auteurs américains ont néanmoins pensé que le principe de la fièvre est dans le sol, mais qu’il est apporté aux économies par l’eau de boisson ; ils ont môme fait, à ce propos, la distinction de la malarial- fever et de l’aquamalarial-fevei' ; c’est cette dernière qui est la fièvre de monLagne. On n’a pas manqué d’opposer à l’objection qui ressort de ces faits d’au- tres faits, dont quelques-uns ont été constatés directement, mais parmi lesquels il en est qui ne sont guère plus qu’une induction. Nous ne reviendrons pas sur la preuve, donnée par Tommasi-Crudeli, qu’il y a une réelle infiltration et une stagnation d’eau dans le sol des col- lines romaines (voy. p. 56), malgré la nature volcanique du sol. Il est certain aussi que, sur divers points où l’humectation fait absolument défaut à la surface, l’eau souterraine est à très peu de distance et peut, avec des conditions convenables de chaleur, de végétation spontanée, alimenter les mêmes organismes et la même décomposition que le sol palustre ty- pique. C’est ce que F. Jacquot, Armieux, ont appelé le marais souterrain. On en a signalé en Grèce, en Turquie, en Belgique, dans la praû'ie améri- caine, les steppes russes. Il faut probablement attacher une grande importance à l’humectation de la surface par la rosée, dans les régions chaudes où il ne pleut pas et qui, naturellement, sont continentales. L’amplitude des oscillations journalières de la température y est considérable ; de telle sorte qu’à un moment donné, 1 air y est capable d’une grande quantité de vapeur d'eau et qu’à l’extrême opposé de température, c’est-à-dire pendant la nuit, la rosée, qui a com- mencé de bonne heure, est extrêmement abondante. Elle suffit, la conden- sation de la vapeur dans le sol aidant, à entretenir quelque végétation en même temps que les microorganismes qui se chargeront de transformer les débris morts de ces plantes spontanées. Léon Colin a eu soin de noter que des brouillards recouvrent, chaque matin, toute la campagne romaine et même la base des montagnes qui limitent le bassin de Rome. La salubrité des villes bâties sur les monts Albains est en raison directe de leur émer- gence au-dessus de ce brouillard. Nous avons déjà lait remarquer qu’il n’est pas de sol, si granitique ou volcanique qu on le suppose, qui ne s’érode par les agents météoriques et ne finisse par fournir un dépôt meuble, accessible à l’eau. Valéry Meunier [Hygiène a rapporté celte observation des rochers granitiques d'Espagne. D’ailleurs, il pleut plus sur les hauteurs qu’en pays plat et même, dans les pays chauds, la précipitation nocturne des vapeurs par refroidissement y est plus décidée qu’ailleurs. Or, les contrées, citées comme foyers de malaria sans marais, sont à peu près exclusivement dans les pays chauds. Dès qu’il y a la terre et l’eau, il y a de la vie et, par conséquent, de la mort. La terre, l’eau, la vie et la mort, entraînent forcément les phéno- mènes de décomposition exigés pour rendre le sol dangereux. Il le sera si ces phénomènes se sont accomplis pendant des siècles sans que rien vienne les troubler et annuler leur influence; si, surtout, le puissant auxiliaire de la chaleur, dont il sera parlé, vientdonner en intensité à ces petits foyers ce qu’ils n’ont pas en étendue. Persistance des propriétés malariales du sol. — La longue immobilité du sol, l’abandon de la terre à sa spontanéité, telle est la circonstance vrai- ment grave vis-à-vis des chances d’infection tellurique que peut courir l’homme qui aborde un point du globe où les familles humaines ne sont pas encore concentrées. C’est dans ce sens que nous comprenons que le sol produise la fièvre, quand il ne produit pas des plantes voulues, des moissons ou toute autre récolte digne de ce nom, selon la formule de Léon Colin. La vaste expérience de la colonisation moderne hors d’Europe prouve l’uniformité de cette menace et la réalité du péril. C’est ainsi que le défrichement de la forêt vierge et l’exploitation agri- cole de la prairie sont si redoutables; que la plaine de la Mitidja dévora les premières générations de colons européens qui la mirent en culture; que nos troupes furent rudement éprouvées, en Algérie, lorsqu’on les appliqua à la création de routes, même sur le flanc des montagnes et non dans le fond des vallées. La différence entre ces sols vierges et le marais, c’est que l’influence de celui-ci persiste comme lui et que celle des autres disparaît par la culture et l’implantation même des groupes humains. Encore ne disparaît-elle que de la surface, c’est-à-dire de la portion du sol où l’on a brusquement mis fin à l’activité des décompositions et rompu l’accumulation de leurs produits. Si l’on creuse plus profondément dans le terrain assaini et autre- fois insalubre, l’influence fébrigène reparaît. C’est ce qui se passa quand on fit les nouvelles fortifications d’Ulm, dans d’anciens marais occupés par la culture; c’est ce que nous observâmes à l’époque de la construction du fort de Saint-Cyr (1875), sur un plateau recouvert chaque année de riches mois- sons, mais qui, du temps de Louis XIV, était l’étang de Bois-d’Arcis. Il ne semble pas irrationnel de rattacher àla même loi la longue épidémie palustre qui régna de 1858 à 18G9 (Cari Wenzel) sur les ouvriers employés à creuser le port de Jahde, dans ce littoral des bouches de la Weser, où l’homme lutte incessamment contre la vague et où la formation du marais océanique est toujours imminente. Gibert (du Havre) redoutait avec rai- son, en 1880, que l’exécution du canal de Tancarville, sur la rive droite de la Seine, malgré vingt années de travaux d’assainissement, ne réveillât des manifestations de paludisme. En effet, si la culture, le drainage, assurent dans la couche superficielle du sol malarial la grande aération, antipathique aux microorganismes fébrigènes (comme c’est à supposer), ils ne changent pas absolument « l’accès limité » de l’air (Parkes) dans les couches profondes. Il n en faut, apparemment, pas davantage pour permettre aux germes de ces orga- nismes de se conserver et de repulluler ensuite, lorsque le travail du ter- rassier les ramènera à la surface. Constitution chimique du sol malarial. — Les tendances modernes détour- nent les esprits de la recherche des propriétés chimiques du sol et de l’air des marais, auxquelles on attachait autrefois tant d’importance. 11 est vrai que cette recherche n’a pas été fertile en renseignements décisifs ; mais c’est que l’on visait un but trop élevé. On espérait trouver la cause des fièvres malariales dans des objets qui ne peuvent être que des conditions des milieux dans lesquels vit l'agent animé de ces maladies. En reprenant à ce point de vue la constitution chimique du sol et de l’air des points marécageux, nous pensons qu’il peut encore être utile de fixer certains détails d’observation. 1. Les éléments minéraux du sol à malaria ne sont pas absolument ca- ractéristiques. On signale, en effet, les silicates d’alumine, les sulfates alcalins, ceux de chaux et de magnésie, le carbonate de chaux, assez communs partout. Kirk attribue une nocuité particulière aux roches cal- caréo-magnésiennes qui ont subi l’action volcanique. Ranald Martin, sans rien affirmer d’ailleurs, a appelé l’attention sur la présence du fer, en quantité notable, dans des terrains justement réputés pour leur insalu- brité; ainsi, la terre rouge de Sierra-Leone renferme 38 p. 100 d’oxyde de fer. Pauly, Isidore Pierre, ont fait des remarques analogues. Paul de Gas- parin trouve dans divers sols palustres les détails suivants : Analyse J g , | physique. ^ Argüe Acide phosphorique Potasse i Soude V Chaux Analyse ' Magnésie chimique.] Sesquioxyde de fer [ Eau combinée Acide carbonique Matière organique Partie inattaquable par l'eau régale.. ALT» E5-LES-PA LDBS (Vaucluse). ALLUVION de l’Ardèche. TERRIIX SIUM (Camargue). ÉTANG (Orange). 0.80 » » )) 47.10 84.40 44.00 )) 52.01 15.00 55.40 » 0.054 0.032 0.032 0.105 0.002 0.190 0.405 0.070 » )) 1.440 )) 49.40 0.802 17.500 28.655 0.505 0.871 0.590 0.481 1 .070 5.870 3.915 2.570 0.524 3.258 1.908 1.110 0.428 )) 1.355 0.850 39.745 8.707 » 22.515 1 .182 » » 8.125 0.000 08.00 55.175 34.930 Et Isidore Pierre, dans les vases de l’Orne : Argile, sable, oxyde de fer avec un peu de phosphate. Carbonate de chaux .Matières organiques.. 57,40 à G1,50 p. 100. 31,G0 à 37,40 — 3,90 h G,90 — 2. Les analyses des sols marécageux les plus mal famés ont révélé une haute proportion de matière organique végétale; la terre des Maremmesde Toscane en possède en moyenne 30 p. 100; un marais de la Trinité en a présenté 33 p. 100 (Parlces). La décomposition, très lente habituellement, des débris végétaux, favorisée par la chaleur et retardée par le froid, abou- tit à la formation des acides humique, ulmique, crénique et apocréniquc. Kraut et Schweizer ont trouvé, dans l’eau croupissante, des acides gras volatils et en particulier des butyrates. Le terrain noirâtre des tourbières et des bruyères renferme jusqu’à 90 p. 100 de matière organique. La ma- tière organique animale ne saurait faire défaut dans les vases humides qui sont, normalement, à leur surface et dans les premières couches, l’habitat ordinaire d'une foule d’espèces. Mais elle paraît particulièrement abon- dante dans le sol des marais côtiers. Au bord des estuaires de l’Ems et de la Weser, dans ces marais si intéressants de la Frise allemande, le sol est formé pour une part de débris d’animalcules. D’après les recherches d’Ehrenberg, « la vase des golfes de la Frise consiste, au moins pour une vingtième partie, en débris d’infusoires; dans le port d’Emden, cette vase profonde ou Schlick est, pour les trois cinquièmes, formée de ces restes d'animalcules. » (Élisée Reclus.) 3. Air du sol malarial. — Comme on pouvait s’y attendre, l’air du sol malarial trahit les décompositions intérieures par une extrême richesse en CO2, en hydrogène carboné et même en acide sulfhydrique ; parfois il s’y joint de l’hydrogène libre, de l’ammoniaque, de l’hydrogène phos- phoré. La vapeur d’eau est toujours largement associée à ces gaz. Personne, du reste, ne pense plus aujourd’hui que ces éléments chi- miques puissent être la cause de la fièvre; les agents d’infection ne sont pas volatils. Il faut également renoncer à l’idée que l’air du sol puisse ramener de bas en haut le miasme fébrigène dans l’atmosphère libre; cet air est exactement filtré et pur de germes. Quant à la vapeur, au moment où elle s’élève du sol, ce n’est que de la vapeur (Y. p. 93). Mais il ne sem- ble pas douteux qu’il en soit autrement quand elle retombe en brouillards, ces brouillards classiques sur les polders, en Bresse, en Sologne, au pied des collines romaines. Les vésicules du brouillard se forment autour des poussières et rien ne semble plus légitime que de croire que les poussières détachées du sol malarial sont souvent le support de microorganismes fébrigènes. Il est bien probable que la matière organique et les débris d in- fusoires que l’on constatait autrefois dans l’air des marais, étaient de cette provenance et se précipitaient par ce mécanisme. Vauquelin, en Langue- doc (1810-1811), Rigaud de l’Isle, dans les marais Ponlins, Moscati (1818) dans les rivières de Lombardie, Meirieu à Montpellier (1829), Thénard, Dupuytren, Brocchi, Boussingault, Gigot (1839), Bechi (1861), Bouchardat (1866), ont fait à cet égard des recherches, des analyses et des théories dont il faut leur savoir un gré infini, parce qu’elles étaient la préparation néces- saire de l’ère contemporaine, mais qui n’ont plus d’autre valeur que celle de documents historiques. L’époque était à la chimie et nous sommes très étonnés aujourd’hui (Vallin) que l’on s’évertuât alors à altérer et à détruire cette matière suspecte, à l’aide des acides ou des bases, sous prétexte de l’étudier, alors qu’il eût été bien préférable d’en faire l’analyse anatomique, comme disait Robin, l’analyse biologique, comme on dit aujourd’hui. Il est probable qu’il y avait, dans les récoltes de nos devanciers, beaucoup de spores, de filaments de mucédinées. Meirieu, du moins, expérimenta cette matière sur l’économie vivante. Microorganismes spécifiques dans le sol malarial. — Dès 1849, Mitchell soupçonnait que l’agent des accidents palustres pouvait être vivant. J. Le- maire, le premier (1864), tenta, par des procédés très primitifs, de le dé- couvrir au milieu des algues, des moisissures, des Schizomycèles, qu'il récoltait de l’air de la Sologne. Salisbury, professeur à Gleveland (Ohio), en 1866, fit grand bruit avec son Gemiasma, spore d'une algue voisine des Palmelles, que l’auteur retrouvait, parfois à l’état de complet dévelop- pement, à la surface du sol des marais, des bas-fonds vaseux, et aussi dans la sueur, les urines et l’expectoration des fébricitants. Malgré les adhé- sions de Hammond, Mossy, Hallier, Schürtz, Balestra, et les opinions voi- sines de Zürn, Posada Arango, J.-D. Alrey, le succès des Palmelles fut tou- jours restreint et, dans tous les cas, éphémère. 11 en arriva autant de quelques autres végétaux microscopiques, signalés par Safford et Bartlett, par Bur- gellini, Grifûni (1873), Eklund (1878), par Lanzi et Terrigi. Ces deux der- niers auteurs ne tardèrent pas à abandonner eux-mêmes leur découverte. Notons, toutefois, qu’ils tentèrent ensuite de substituer à la théorie para- sitaire l’étiologie par « un poison cadavérique végétal, procédant de la pu- tréfaction des algues et d’autres plantes ». On est déjà loin des émanations de la flouve et des charas (Boudin), du poison sécrété par les infusoires (Bouchardat), et l’on voit s’ouvrir l’ère des ptomaïnes. En 1878, deux savants, l’un Romain, Tommasi Grudeli, l’autre Allemand, Klebs (aujourd’hui à Zurich), qui s’était fait quelque notoriété dans les travaux de bactériologie, s’associèrent pour des recherches sur le micro- organisme de la malaria, que le raisonnement et l’observation leur faisaient supposer être dans le sol, ou plutôt à la surface du sol et dans la couche qui peut donner de la poussière. On procéda par ensemencement à l’aide du sol malarial et par des cultures, que la technique d’alors ne permit pas de faire aussi exactes que celles auxquelles on arrive aujourd’hui. Nous ne nous étendrons, d’ailleurs, pas sur des travaux dont les résultats sont actuellement regardés comme illusoires. Les bâtonnets en forme de hal- tères de Klebs (Bacillus malariæ), constatés d’abord dans le sang de fébri- citants par Cuboni et Marchiafava, ne tardèrent pas à être vus par les mêmes auteurs, quoique en quantité moins considérable, dans le sang de personnes non atteintes de la maladie. Ziehl les trouva dans la période apy- rétique de la fièvre aussi bien que dans le paroxysme et, après les avoir cherchés en vain dans le sang de vingt-cinq individus malades qu’il observa par la suite, les rencontra chez un diabétique. Les accidents provoqués par 1 injection de ces bacilles à des animaux n’ont point paru identiques aux véritables accidents palustres. Il en a été de même (A. Laveran) de ceux que Geci (1882) obtenait au moyen de cultures d’organismes, probablement divers, recueillis en terrain palustre. C’est en 1880 que Laveran, à ConslanLine, a observé, dans le sang d’im- paludés, les microorganismes qu’il regarde comme les moteurs de la lièvre paludéenne. Pendant longtemps — et cette période n’est peut-être pas encore terminée — on a cru que les formes aperçues par ce savant médecin n’étaient que des modiücations pathologiques des globules du sang, à. coup sur très directement intéressés par le parasite malaria], quel qu il soit. Aujourd hui, après la description des plasmodes dans le sang des impaludés, de Marchiafava et Celli (1883), après les observations conformes à celles de Laveran, faites par Golgi (1886), à Pavie, par Stern- berg, Councilman et W. Osler, en Amérique, et surtout après la position qu a prise Laveran lui-même dans le débat, en acceptant carrément pour ses microorganismes le titre « d'hématozoaires du paludisme », il semble que 1 étiologie de l’impaludisme tende à prendre une place à part et qu’il se distingue des autres infectieuses, chez lesquelles le parasitisme appar- tient aux plus intimes degrés du règne végétal. Nous aurons occasion de revenir sur les caractères de ce parasite ma- larial. D’ailleurs, les questions de pathogénie ne nous appartiennent pas et nous pouvons d’autant plus aisément arrêter ici cette digression du cha- pitre Sol que, d’après Laveran, « l’eau est bien plus souvent que l’air le véhicule des germes du paludisme ; » ce qui mettrait généralement hors de cause le sol proprement dit. Auxiliaires du soi maiariai. — a. La température moyenne des lieux, ou à la rigueur la température moyennne estivale, est décisive vis-à-vis des manifestations paludiques; c’est-à-dire que les lignes isothermes règlent assez bien la distribution de la malaria à la surface du globe. Dans notre continent, il n’y a plus de sol malarial au-dessus de 60° latitude N.; dans le nouveau, la limite s’abaisse au 45e degré (moyenne annuelle, 4 à 5 degrés ; moyenne de l’été 16 degrés). Le tableau ci-dessous, emprunté à Hirsch, précise ses limites pour l’hémisphère Nord : LATITUDE. TEMPÉRATURE MOYENNE ANNUELLE. ESTIVALE. Les fièvres de marais se rencontrent encore : à Fort Vancouver (Orégon) 4-5° 40' 11° 5' 1S° 7’ Québec (Canada) 46.5 3.0 17.5 Kingston (Canada) . 44.8 6.7 19.8 Halifax (Nouvelle-Bretagne) 44.36 7.4- 19.9 Toronto (Canada) 43.30 5.95 18.3 Gestricie (Suède) 60.1-2 6.9 16.0 Saint-Pétersbourg 59.56 4.7 16.1 Barnaul (Sibérie) 53.19 —0.5 17.6 Elles ne se rencontrent plus : k Fort Brady (Michigan) 46.30 4.65 16.6 Fort Makinack (id.) 45.31 4.80 16.6 Fort Kent (Maine) 47.15 2.7 15.2 Islande 64.0 4.12 13.1 Feroë 62.0 9 10.0 Sous la même influence, mais à un autre point de vue, les manifestations de l’intoxication tellurique sont des fièvres tierces ou quotidiennes en Hollande, dans la Bresse, des fièvres rémittentes ou continues en Algérie, continues bilieuses, liématuriques au Sénégal. Elles n’apparaissent que dans la saison chaude de nos pays tempérés et disparaissent en hiver. Dans les régions de haute lhermalité, elles croissent en fréquence et en gravité, sur un même terrain, à mesure que la saison chaude s’avance et se pro- nonce (3e trimestre : Mayotte, moyenne thermique 24°.8; Sénégal, 26°.7 ; Antilles, 27°. 13; Guyane, 28°.3).Bien plus, les accidents les plus graves sui- vent la saison des chaleurs plus qu’ils ne l’accompagnent; c’est en octobre que l’Algérie a ses fièvres les plus malignes et les cas les plus accentués d’imprégnation malariale ; comme si les hommes récoltaient en automne les fruits des germes que l’été a fait éclore, fleurir et mûrir. b. L'altitude, qui, au point de vue du climat, équivaut parfois à la latitude, est incompatible avec les influences malariales, au point de vue absolu, quand elle abaisse la température moyenne du lieu à 4 ou 5 degrés. En Europe, les marais situés à 800 ou 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et même à 2,000 mètres dans les Pyrénées, sont encore dangereux; ils le sont à plus de 2,000 mètres au Mexique et à 3,600 mètres au Pérou (Tschudi). Relativement, c’est-à-dire sous le rapport de la hauteur au-dessus du foyer, les observations de Monfalcon, de Parkes, de Léon Colin, ont prouvé qu’on n’est à l’abri, en Italie, qu’à la hauteur d’environ S00 mètres et que, dans l’Inde, il faut pousser cette altitude relative à 600 ou 800 mètres. Mais nous touchons là à une question qui se retrouvera plus loin, celle du transport des germes à distance par l'air. c. L’abondance et la distribution saisonnière des précipitations atmosphé- riques ont une influence de premier ordre sur la production et la prospérité du principe fébrigène malarial. D’une façon absolue, il faut de l’humidité au sol pour qu’il soit capable de devenir le foyer des fermentations mala- riales; la pluie apporte d’abord cette humidité nécessaire. Mais si les pluies sont continues, ou très abondantes à un moment donné, l’eau peut être en excès, recouvrir le sol jusqu’à une certaine hauteur; et l’expérience a démontré que le principe malarial ne prospère pas sous une couche aqueuse un peu épaisse; il ne se trouve pas mieux de la submersion que de la dessiccation. Les circonstances les plus favorables sont des pluies d’hiver généreuses, suivies de sécheresse en été et jusqu’à l’automne : c’est ce qui arrive le plus fréquemment en Algérie. Si les hivers sont secs, l’en- démo-épidémie malariale n’est point sévère dans notre colonie. A la suite des sécheresses de 1866 et 1867, qui devaient engendrer la famine et le typhus algérien de 1868, les fièvres d’été et d’automne furent relativement rares et presque toujours bénignes. L’hiver et le printemps de 1868 furent marqués par une grande abondance d’eau météorique ; les fièvres de 1868, en été et en automne, reprirent l’extrême fréquence et la malignité qui avaient frappé les premiers observateurs. Dans nos pays tempérés, quelques jours d’une pluie abondante, en été ou en automne, peuvent couper court à une épidémie de fièvres telluriques: le sol malarial est noyé pour un temps durable. Dans les pays chauds, il en est tout autrement; les averses d’été n’arrivent point à couvrir un sol déjà profondément sec ; l’eau en est d’ailleurs rapidement évaporée, s’il en reste à la surface. Ces averses ne font, habituellement, que donner un surcroît d’activité aux phénomènes de vie dans la couche superficielle et assurer une plus grande intensité des manifestations malariales. Ün observe le fait en Algérie. Il est plus frappant encore au Sénégal : Borius, Béren- ger-Féraud, remarquent avec insistance que, le sol étant parfaitement sec et les fièvres absentes pendant la saison sèche, les premières pluies de l'hivernage, en juin, qui ne mouillent que la poussière, font apparaître la fièvre après vingt-quatre ou quarante-huit heures ; en plein hivernage, c’est- à-dire dans la période d'inondation, l’insalubrité des premiers jours se modère; puis, elle redouble en septembre et octobre, c’est-à-dire quand les pluies s’arrêtent et que les chaleurs terminales de l’hivernage viennent dessécher les marigots créés par l’eau de la pluie. On retrouve aisément, dans ces circonstances, la raison de la distinction autrefois classique et rappelée par Vallin : des marais couverts, découverts et alternatifs. e. Les marais recouverts de végétation sont moins offensifs que les marais nus; planter des arbres ou des légumes est même un moyen d’assainir les marais. Mais encore faut-il que les plantes aient été choisies par l’homme et que la végétation soit méthodiquement dirigée. Au fond, l’effet d’as- sainissement est lié au remaniement du sol plus qu’à la présence des arbres. La forêt vierge, les jungles, les hauts herbages n’empêchent pas le sol d’être malarial. 11 en est de nombreux exemples dans toutes les parties du monde. La vaste zone du Teraï, au pied de l’Himalaya, l’une des plus meurtrières aux humains, est précisément recouverte d’arbres, de lianes et de broussailles. f. il y a des influences de localité, mal expliquées jusqu’aujourd’hui. Divers points du globe présentent en apparence toutes les conditions nécessaires à la constitution d’un sol malarial ou même de marais véri- tables, sans que néanmoins l’action funeste des émanations d’un tel sol sur l’homme se fasse sentir. Tel est le plateau des Parécis, à 305 mètres d’altitude, où se fait le partage des eaux de l’Amazone et du Paraguay, avec des pentes si faibles que l’on voit pendant quelque temps le Rio Alègre (du bassin de l’Amazone) couler à 3 mètres du Rio Aguapey (appartenant au bassin du Paraguay). Telle est, du reste, presque toute la région pam- péenne. Taïti, la Nouvelle-Calédonie, la plupart des îles de la Polynésie, partagent cet heureux privilège. Boudin relevait cette circonstance et ten- dait à en faire un caractère général aux terres de l’hémisphère sud. Les marais du Brésil et du Pérou, très délétères, prouvent bien qu’il ne s’agit pas ici d’une semblable règle. J. Girard crut pouvoir noter, comme circon- stance importante, que les îles à marais inoffensifs, comme Taïti et la Nou- velle-Calédonie, sont entourées de coraux vivants, tandis que les Antilles, très insalubres, le sont de coraux morts. Mais que dire de la plaine des ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. t27 générale.1 pampas? Pauly en attribue la salubrilé il une ventilation sans obstacle par des courants énergiques. Pommay adopte cette explication pour les marais inoffensifs des hauts plateaux du Sud Oranais. Je ne sais si l’on pourrait appliquer la même théorie à la rareté des fièvres sur divers points de l’Amérique du Nord et de l’Inde, cités par Hirsch (d’après Kingii Monterey, Ilead dans le Minne- sota, Wortabel en Syrie, Annesley dans la présidence de Madras), et qui ont extérieurement toutes les apparences du sol malarial. Est-ce aussi pour cette raison que les bords des grands lacs américains, de 43° à 46° de latitude nord, sont inoffensifs? g. Quelques autres faits de même ordre sont restés sans explication. Ainsi, la différence d’intensité des épidémies d’une année à l’autre, ou même des excerbations de l’endémie, en un même lieu, dans des circonstances climatériques sensiblement identiques pendant une série d’années (L. Yolz). Ainsi encore, les manifestations pandémiques de la malaria, signalées par Hirsch, apparaissant par longues périodes irrégulières, quoique chaque année ramène à peu près les mêmes phénomènes météoriques, et gagnant des zones territoriales qui, habituellement, ne se montrent pas favorables au développement de la maladie. On a même fait remarquer que la Suède et la Norwège ne prennent leur part de l’extension pandémique qu’un an ou deux après l’Europe centrale, comme s’il s’agissait d’un transport réel d’un agent morbigène, à la façon dont on voit le choléra venir de l’Asie vers l'Europe par étapes successives et ne pénétrer en Occident qu’un temps notable après la recrudescence dans l’Inde, qui a été son point de départ. Répartition géographique du soi malaria.I —• NOUS indiquerons rapi- dement les points qui se sont acquis une fâcheuse notoriété sous ce rapport. Asie. — Toutes les côtes basses delà Méditerrannée,’de la mer Noire, de la mer Caspienne; les terres historiques de la Troade et de la Palestine; la Mésopo- tamie et surtout la région comprise entre le Tigre et l’Euphrate; les bords des lacs d’Arménie et de Perse; en Arabie, les environs de Médine et les côtes du golfe Persique; plusieurs points de l’Afghanistan ; dans l’Inde, le pied des pentes méridionales de l’Himalaya, les bouches de l’Indus, la plaine et le Delta du Gange, les régions des jungles et des rizières, Ceylan; la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin, les côtes Sud et Sud-Est de la Chine. Afrique. — Toute la côte septentrionale jusqu’à l’Atlas; quelques rares points dans la zone des oasis; la région des Chotts; le Delta du Nil et ses rives sur presque tout son parcours en Egypte et en Nubie, de Kartoum à Gondokoro ; les bords des grands lacs de l’intérieur, N’Gami, Nyanza, Tangagnyka, Tschad; la côte occidentale, du Sénégal au golfe de Guinée. C’est là qu'on voit ces fièvres à ma- nifestations bilieuses et hémorrhagiques, qui rappellent si fort la fièvre jaune- Madagascar, Nossi-Bé, n’ont pas une renommée meilleure. Amérique. — Il y a des marécages, mais pas de fièvre, dans la Nouvelle-Angle- terre, le Bas-Canada, les rives de la baie d’Hudson, le Groenland et l’Amérique Busse. La fièvre commence à se montrer sur les rives des lacs tluron, Sainte-Claire, Erié, Ontario, et sur le versant ouest des montagnes Rocheuses, à l’embouchure de la Colombia. Sur le versant Atlantique, elle règne à partir* de Kingston et d Halifax. On cite, à cet égard, le littoral de la Caroline du Nord, la Pensylvanie, New-Jersey, la « prairie », c’est-à-dire l’espace immense de terre végétale qui s’étend des bords du Missouri au pied des monts Alleghany, à travers les États de Missouri, Iowa, Minesota, Wisconsin, Michigan, Illinois, Indiana, Ohio; la partie ouest du Kentucky et surtout les bords du golfe du Mexique (Floride, Géorgie, Alabama, Louisiane, Texas, bords du Mississipi, du Rio Colorado, du Rio del Nortc, etc); la côte mexicaine et quelques points des hauts plateaux; les États de Centre-Amérique, spécialement sur le versant oriental. La côte du Pacifique a des marais, redoutables en Californie, mais'à peu près inofîensifs à partir de Centre-Amérique jusques et y compris le Chili. Les Antilles sont affligées d’un lit- toral marécageux et traitent rudement les Européens; la sinistre réputation des Guyanes et de leurs prispris n’est que trop méritée. L’état marécageux du sol est commun au Brésil (fleuve des Amazones), au Pérou et dans l’immense plaine des pampas; cependant, l’influence malariale, à ce que l’on assure, y est peu appa- rente ou nulle. Océanie. — Les grandes îles asiatiques, Sumatra, Java, Bornéo, les Célèbes, les Philippines, ont des côtes basses, des barres et des atterrissement à l’embou- chure des fleuves, des jungles et des palétuviers. Elles reflètent la haute insalu- brité de l'Inde et de lTndo-Chine. Batavia est « le cimetière des Hollandais ». En revanche, les deltas marécageux, les côtes fangeuses, les terres vierges de Taïti, delà Nouvelle-Calédonie, des Sandwich, de la Tasmanie et delà partie sud du continent australien, ont une réputation d’innocuité qui aurait peut-être be- soin d’être confirmée (Voy. p. 126). Europe. — L’Europe septentrionale, la Scandinavie, le Danemark, la Russie, la Pologne, possèdent beaucoup de lacs et de véritables marais, que la moyenne thermique de ces contrées empêche d’être très dangereux. Toute la côte alle- mande de la Baltique et de la mer du Nord; les rives hollandaise, belge et même française de [cette dernière sont des terrains plats, très déprimés, où la terre et l’eau sont en perpétuel conflit; la Vistule, l'Oder, l'Elbe, la Weser, l'Ems, le Rhin, la Meuse, l’Escaut, se divisent dans la dernière partie de leur cours et forment des deltas, des barres, des flèches. La Sprée et la Havel, aux environs de Berlin, sont une série de lacs réunis par un filet d’eau. Les tourbières abondent dans l’Allemagne du Nord et l'on y voit des îles flottantes. Lalande deLunebourg [Lüneburger Heide), les marécages de Broolc (Hambourg), les marécages du Ha- novre (Bourlanger Moor) sont bien connus. L’impaludisme y'existe, mais n’est cependant pas très sévère. Les rives du Danube et de ses affluents, l'Isar, la Tisza, la Save, la Drave, la Morawa, qui débordent au loin, constituent une assez large zone de marais en Bavière et en Autriche. La « plaine de Hongrie » ressemble aux Landes françaises. En Bohême, le cours supérieur de la Moldau traverse des tourbières (Filze) entre- mêlées d’étangs et de deux ou trois cents petits lacs. La Hollande serait le pays le plus malarial du monde, si elle n’était, selon l’expression justement admirative de Monfalcon, la plus belle conquête du génie humain sur les eaux de la mer. Elle a les tourbières, les prairies tremblantes, les îles voyageuses, les plages vaseuses; mais elle a fait les « polders», desséché les lacs et élevé les digues qui fontpasser l’Océan du rôle d’ennemi à celui de protec- teur. On se souvient des désastres éprouvés par l'armée anglaise à Walcheren. Les provinces d’Utrecht, de Nord-Hollande et de Sud-Hollande, quoique très peu- plées, sont toujours très insalubres. En Belgique,tle littoral des Flandres continue la Hollande, avec ses digues, ses vases submergées. De plus, on y trouve les landes de la « Campine » et les /agnes des vallées profondes des Ardennes. L’Angleterre compte : les bruyères de Beaulieu, au sud de Southampton , les Romney-marsh, les bords de la Tamise, les Fens ou lourbes, dans le comté de Lincoln. En Écosse, les loelis et les moors sont communs, mais n ont pas d’influence malariale bien prononcée. Il en est de môme des landes et tourbières d’Irlande (bogs). L’action malariale du sol est autrement expressive dans l'Europe méridionale : aux bouches du Danube et dans la Dobrudsclia ; en Bulgarie, en Albanie, à Corfou, dans la Morée, où les médecins français de l’expédition de 1828 ont retrouvé les accidents décrits par Hippocrate, il y a deux mille ans. Les Grecs modernes ne parais- sent pas se soucier à un degré suffisant d’entretenir le drainage des kephalarias et des katavothres, qui procuraient une certaine sécurité à leurs ancêtres des temps héroïques. L’Italie est, en Europe, la terre classique du méphitisme malarial sous tous ses aspects. En Lombardie et en Piémont , il est assuré par les rizières, par les dé« bordements du Pô et de l’Adige. Les lagunes de l’Adriatique sont insalubres lors- qu’elles ne communiquent pas librement avec la mer. Dans la basse Toscane, entre Piombino et Ortebello, s’étend la Maremme, où l’air est pestilentiel jusqu’à 300 mètres d’altitude. L'Agro Romano, plus de 200,000 hectares, est le domaine classique de la malaria, avec les marais Ponlins entre Porto d’Anzio et Terra- cine. La Pouille, la Basilicate, les Calabres, sont dévorées par la fièvre. On re- trouve une autre maremme sur le versant de l’Adriatique entre Manfredonia et la bouche del’Ofanto.La Sicile et la Sardaigne sont coupées d’étangs et de marécages, sans parler des vallées fluviales, où les exhalaisons palustres sont mortelles dans la saison chaude. Les maremmes d’Espagne (marismas) sont aux bouches du Guadalquivir. Les steppes de Castille et d’Andalousie, les environs de Huelva, ceux de Gibraltar, la côte de Valence, rivalisent avec elles d’insalubrité. En Portugal, de l’embou- chure du Minho au cap Carvoeiro, s’étend une plage qui ressemble aux Landes françaises entre l’estuaire de la Garonne et la base des Pyrénées. France. — A l’estimation de Vallin (1875), il y avait encore, en France, plus de 500.000 hectares (la surface d’un département) de marais non assainis. Les deux tiers sont sur le littoral (Charente-Inférieure, Loire-Inférieure, Bouches- du-Rhône, Landes, Manche, Gironde, Vendée, Somme, Pas-de-Calais, Morbihan, Finistère, etc.). Le littoral du Nord et du Pas-de-Calais possède ce curieux pays des Wate- ringues et Watergands, 70.000 hectares de polders, enrichis par la culture maraî- chère, mais toujours menaçants et parfois réellement offensifs, pour peu que l’on néglige les canaux d’assèchement ou que les inondations aient été exagérées. A vrai dire, le soleil de la région ne donne pas une extrême activité aux effluves marécageux: les fossés, des alentours de Lille, les rivières occupées par le rouis- sage, les tourbières de la Somme et du Pas-de-Calais, ne se sont pas fait, à cet égard, de réputation fâcheuse. La Seine entretient, à son embouchure, 1 e marais Vernier. Les prairies basses de la Normandie, les marais de Carentan, les tourbières du Cotentin, les bords fan- geux des rivières du Calvados, sont presque entièrement assainis par la culture. Les marais de Dol (Ille-et-Vilaine) sont un terrain fertile plutôt que dangereux. Le Finistère et le Morbihan gardent encore des marais et des landes, avec des populations trop pauvres pour les assainir. Arnould, Hygiène. 2e édit. 9 Sur les deux rives de la Loire, qui achève la formation géologique du pays, on trouve des dépressions correspondant aux anciens golfes et aux lacs salés, que les alluvions comblent peu à peu. Les marais de Saint-Gildas, de Donges, de Montoir, de Machecoul, en partie desséchés de notre temps, en marquent la trace. Au nord de Saint-Nazaire, la Grande-Bnàre est un vaste marais à tourbe, traversé par l’Elier de Méan et entouré à distance d’autres « brières » moins im- portantes. Les Briérons en retirent chaque année plus de 20.000 tonnes de tourbe. Sur la rive gauche, au sud-ouest de Nantes, le lac de Grand-Lieu représente une petite mer de Harlem. Paimbœuf est bâtie dans le voisinage immédiat de nom- breux marais. Le Bocage et le Marais vendéen sont aujourd’hui bien modifiés par le drainage et la culture. De la Seudre à l’estuaire de la Loire, la côte est bordée de salines, où l’eau de mer est promenée de compartiments en compartiments, jusqu’à ce qu’elle dépose le sel (Élisée Reclus). Mais, en raison de la difficulté du travail et pour d’autres causes encore, les marais salants sont abandonnés les uns après les autres et se changent en marais gdts, c’est-à-dire gâtés pour la production du sel. Quand l’eau douce venue de l’intérieur se mêle à l’eau saline, l’air s’y empoi- sonne et les populations du voisinage sont décimées. Les districts de Rochefort et de Marennes, où pendant longtemps on commettait cette faute d’abandonner les marais salés et de permettre le mélange des eaux, avaient autrefois énormé- ment à souffrir des fièvres endémiques : les bourgs et les villages se dépeuplaient; Brouage, entourée de remparts et de bastions, devenait un misérable hameau. En 1830, la mortalité à Marennes approchait de 48 pour 1.000 habitants. Aujour- d’hui, tout ce pays s’est bien assaini, et la région de Marennes spécialement, grâce aux efforts de Le Terme, ne perdait, dans la période de 1866 à 1876 que 27 habitants sur 1.000, pas beaucoup plus que la moyenne en France. Néanmoins, les polders de la rive poitevine, de Luçon à Marans et même plus au sud, influen- cent encore l’aspect de la pathologie dans les villes de Marans, la Rochelle, Jar- nac, Rochefort, Jonzac, Marennes. Cette influence s’étend le long de la Sèvre jusqu’à Niort. De l’embouchure de la Gironde à celle de l’Adour, les dunes de la rive sépa- rent de la mer une série d’étangs ou lacs salés. En arrière de ceux-ci, le terrain, très plat, est formé de ce sol singulier, Yalios, dont il a été question plus haut (p. 21). Cette région a été l’une des plus malheureuses de France. De nos jours, le fixation des dunes par les plantations de pins maritimes, les aunes occupant les mares, la mise en culture de la lanne (ou lande) elle-même par la substitution du pin maritime et du chêne-liège aux ajoncs, genêts et carex, les fossés d’écou- lement (crastes) creusés dans l’alios, les puits d’absorption, ont puissamment modifié, assaini et même enrichi la terre des Landescots, qui perdent peu à peu l’habitude de le locomotion sur des échasses. Des procédés du même genre sont en voie de faire disparaître du Médoc les fièvres médoquines, la cachexie hérédi- taire et la pellagre. Le département des Basses-Pyrénées n’a pas plus d’un millier d’hectares de marais. Celui de Pont-Long influence encore les communes voisines. L’état du sol, sur le littoral méditerranéen, de Perpignan et Agde jusqu’à la branche orientale du Rhône, contraste singulièrement avec les côtes situées à l’est du fleuve. Celles-ci sont rocheuses, élevées, baignées d’eaux profondes; les populations y prospèrent. Au contraire, du côté de Montpellier, la côte est plate, indécise, encore en formation géologique par les alluvions du Rhône et les barres que dessinent les courants de l’ouest à l’est ; la terre y est entrecoupée d’étangs de peu de profondeur et plus ou moins renouvelés par l’eau de mer selon que les graux sont plus on moins libres. D’ailleurs, le canal des Étangs, mal entretenu, et l’industrie des salines chez les habitants, augmentent l’insalubrité de ces cantons. On se souviendra que le danger des émanations telluriques est assuré ici par les ardeurs d’un soleil vraiment africain. Ainsi s’explique l’état pitoyable de la population des communes de Vie, Capestang, VilIeneuve-lez-Ma- guelonne, Mirerai, Vias; tandis que Balaruc, Bouziguc, Mèze, Marseillan, sur les bords de l’étang de Thau, suffisamment profond et accessible au flol marin, ont une mortalité à peine supérieure à la moyenne de la France. Dans l’ile de la Camargue, se trouvent le marais de Valcarès et les rozelières. L’établissement de rizières dans les parties les plus marécageuses de l’ile, dit Vallin, a plutôt augmenté que diminué l’insalubrité du sol. Le canal de Beau- caire à Aigues-Mortes traverse une série de marais, qui prolongent et étendent à l’ouest ces conditions d’air malarial. Nos garnisons du littoral méditerranéen (XVe et XVIe corps) sont très éprou- vées par les fièvres intermittentes de toutes formes. Chose remarquable, elles le sont aussi, à un haut degré, par la fièvre typhoïde. La Corse a des marais dans les découpures profondes du sol, sur la côte orien- tale particulièrement, et ailleurs l’état inculte des espaces h maquis. Les mani- festations aiguës de l’impaludisme sont communes dans plusieurs de ses can- tons. Les insulaires des régions malsaines ne descendent dans la vallée que pour la culture et les moissons ; leur habitation est dans la montagne. En rentrant sur le continent français, nous trouvons encore dans notre Midi les terres sur lesquelles les débordements de la Durance répandent l’insalubrité ; les marais de la Sorgues, issue de la fontaine de Vaucluse, le palus de Honteux, sur la rive gauche du Rhône; les marais de Bourgoin, dans l'Isère; la plaine du Forez et ses étangs, où Monfalcon observa les étangs à poisson du département de l’Ailier. La Bresse, et spécialement la portion qui porte le nom de Dombes, s’est acquis, avec la Sologne, dont il va être parlé, une sorte d’illustration lugubre dans les fastes de l’impaludisme. La Bresse, selon les géologues, est le fond d’un ancien lac. Au nord, les eaux sont épuisées et le pays est salubre. Mais, dans la région argileuse du sud, les étangs sont encore nombreux ; c’est la Dombes. Ces étangs sont précisément les restes de l’ancien lac; le pays était en culture avant les guerres du moyen âge; mais, à cette époque, les paysans ruinés par le passage des gens de guerre profitèrent de la pente naturelle du sol et des dépressions pour mettre leur propriété sous l’eau, à l’aide de barrages en arrière desquels l’eau se collectionne, à la faveur de l’imperméabilité des couches prochaines. L’étang, exploité pour l’élève, du poisson pendant deux ans, était vidé la troisième année et ensemencé d’une céréale médiocre, de seigle .ou d’avoine le plus ordi- nairement. Mais la misère régna partout et la fièvre décima les habitants des villages. De 1802 à 1842, la vie moyenne en Dombes n’excédait pas vingt-quatre ans. Les choses, heureusement, ont bien changé depuis le milieu de ce siècle ; on a traversé d’un chemin de fer et reconquis, à l’aide d’engrais et d’amendements, plus de la moitié de ces 200,000 hectares, alternativement noyés et asséchés ; on y cul- tive aujourd’hui le blé et même la vigne, car la Dombes n’est pas une plaine basse et creuse, mais un plateau assez élevé, d’une inclinaison uniforme vers le nord- ouest, que trahit nettementla direction constante de tous les étangs (Voy. fig. 4). Notre Nord-Est a peu de marais. Ancelon avait fait autrefois une réputation fâcheuse, d ailleurs méritée, aux bords de la Seille, depuis l’étang de Lindre jus- qu’en aval de Château-Salins, comme les médecins de Strasbourg avaient signalé les influences des débordements et des bras morts du Rhin. Le pays arrosé par la Seille appartient à cette assise du trias où se trouve le sel gemme; les flaques d’eau à la surface deviennent aisément saumâtres et les prairies y renfer- 2°, V2 E. de Punis 5° 02 E. do Greenwich/ Echelle : 6*t0 000 VO Kil Fig. 4. — La Dombes et ses étangs. ment çà et là des plantes familières aux plages marines. D’ailleurs la rivière déborde à tout propos et, comme sesbords sont souvent plus élevés que la plaine environnante, l’eau ne rentre pas, et l’inondation dure longtemps. Ces diverses circonstances et surtout la salure du sol ont pu contribuer à donner aux fièvres de la contrée une malignité particulière. Aujourd’hui, le lit de la Seille est l’objet de fréquents curages, et des fossés profonds, perpendiculaires au courant, y re- cueillent les eaux des prairies inondées; la vallée est devenue beaucoup moins insalubre que par le passé. Le nord du département des Ardennes continue les Ardennes belges et, sur le plateau arrosé par la Meuse et la Scmoy, l’on retrouve les landes et marais appelés fagnes dans le pays. A l'ouest de Versailles, Seine-et-Oise a les étangs en eau ou cultivés de Bois- d’Arcis, de Saint-Quentin. L’Oise, l'Orne, Eure-et-Loir, Seine-et-Marne, la Vienne, la Haute-Vienne, ont des marais de peu d’étendue et sans grande notoriété. 11 n’en est pas de môme de cette vaste région du Centre, appelée la Sologne et la Brenne. La Sologne s’est faite à peu près comme la Dombes. Autrefois, de vastes fo- rêts y buvaient l’eau dont les dépressions du sol favorisent les collections. La guerre, le pillage,le déboisement, passèrent parla; les nombreux jours d’absti- nence des nombreux moines de l’ancien rite donnaient quelque valeur au poisson; et la Sologne devint, au centre de la France, le triste pays de marécages et de fièvres que l’on sait, de plus de 4,500 kilomètres carrés d’étendue. Les étangs et les marais de la Sologne sont essentiellement dus à l’imperméabilité des premières couches du sol, à la faible pente et aux faciles débordements des rivières (le Beu- vron, la Sauldre, le Cosson). De plus les Solognots négligeaient bien plus leurs étangs que les Bressans ; on les laissait en eau pendant une dizaine d’années, et l’on ensemençait seulement les bords et la queue de chaque bassin, fertilisés par la vase. Depuis 1852, on travaille à assainir la Sologne, en commençant par l’arrondissement de llomorantin, le plus malheureux. Le but n’est pas très diffi- cile à atteindre, si les habitants cessent de croire que leur existence est attachée à la production du poisson. Avec le canal de la Sauldre et des canaux secon- daires, le défrichement et le reboisement, avec le chemin de fer d’Orléans à Vierzon, des modifications profondes sont survenues dans les habitudes du peuple et dans l’état du sol; les étangs diminuent et les arbres se multiplient : on cultive le blé en Sologne et même la vigne; le vin récolté est médiocre sans doute, mais voilà un travail salubre, et la médiocrité même du produit fait qu’on le consomme sur place ; c’est de la force emmagasinée et un préservatif de la fièvre (Ed. Burdel). La présence des cours d’eau, affluents du Cher, qui traversent le pays, est une con- dition favorable pour l’évacuation, à l’aide de canaux, des petits bassins lacustres. La Sologne (département de Loir-et-Cher) est située sur la rive droite du Cher; cette rivière la sépare de la Brenne, quelquefois appelée petite Sologne et qui ap- partient au département de l’Indre. La Brenne, dit Vallin, est un plateau d’ar- gile et de marne imperméable, couvrantplus de 100,000 hectares dans les cantons de Mézières, Tournon et Le Blanc. Il faut y joindre le Bois-Chaud, du même dé- partement de l’Indre, canton de La Châtre, avec 87,000 hectares de forêts et 164,000 de landes et bruyères (Bertrand). Le pays est coupé de haies, de fossés, avec de nombreux étangs. L’Indre, aux eaux dormantes, déborde à la moindre crue et laisse loin de ses bords des flaques stagnantes. La Creuse est presque dans le même cas. L’eau séjourne indéfiniment sur le tuf argileux, en. nappes qui sont toujours minces sur une grande étendue. La Brenne n’a pas seulement des étangs, mais encore de vastes plaines incultes, humides, occupées par des bruyères; ce sont lesBrandes, tout aussi insalubres que les étangs à poisson, qui le sont surtout, comme on pense, par leur mauvais entretien. Toute cette contrée est peu peuplée et les habitants y sont chétifs, minés de fièvres, à physionomie cachectique. Ils fournissent d’un quart à un tiers d’exemptés pour faiblesse de cons- Million, à chaque levée de recrues pour le service militaire. Les chevaux eux- mômes y sont petits et les arbres rabougris. La Brenne a plus de peine à s’améliorer que la Sologne; la population y est ' dense, il n’y passe pas de chemin de fer et l’attention du gouvernement ne s’est pas concentrée sur ce point. Assainissement du sol. L’assainissement du sol comprend aussi les moyens préventifs de la souil- lure. Il s’adresse, ou bien au sol qui supporte nos demeures, ou bien à ce- lui auquel l’homme demande l’entretien de son existence ou qu’il traverse accidentellement, dans une phase quelconque de son immense mobilité. A. L’homme ne sait pas, comme les espèces animales, choisir d’instinct le sol qui lui est le plus favorable; il s’installe sur toute espèce de terrain et tente l’exploitation des terres les plus diverses, de concert avec les ani- maux qu’il s’est assujettis, et qu’il force de subir, comme lui, lesinlluences telluriques naturelles ou provoquées. Encore ceux-ci ont-ils le privilège d’une susceptibilité moindre que celle de notre espèce, puisqu’ils n’ont pas la fièvre malariale. Très souvent, le coin de terre que l’homme a choisi pour vivre avec sa descendance est d’avance l’ennemi de sa race ; lors- qu’il était inoffensif dès l’abord, la fixité des familles humaines le rend bientôt dangereux. En écartant les circonstances géologiques ou de constitution minérale, qui favorisent ou contrarient le développement des causes réelles d’insa- lubrité, on a pu reconnaître, d’après les études qui précèdent, que la con- dition capitale de l’insalubrité du sol, c’est la présence et la décomposition des matières organiques au sein des couches voisines de la surface. Or, cette décomposition n’a lieu qu’autant que la triple action de l’eau, de l’air et de la chaleur peut s’exercer sur ces matières fermentescibles. L’homme ne peut pour ainsi dire rien sur la chaleur du sol, qui paraît bien être une conséquence de la température extérieure et, parconséquent, dépend de l’action solaire. L’air est lui-même un agent très mobile, difficile à maîtriser; on n’a pas songé à lui interdire l’accès du sol, ni même à l’en extraire absolument quand il y apénétré; çà et là, au contraire, on le renouvelle, ce qui est une circonstance défavorable à la multiplication et à l’accumulation des agents de la putréfaction. Mais il est possible d’avoir prise sur l’eau, qui est peut-être l’élément le plus indispensable àladécom- position. Nous pouvons, non point l’empêcher de tomber sur le sol ni la lui soustraire entièrement, mais l’éloigner des couches où sa présence opére- rait d’une façon dangereuse, ou bien encore la disposer de telle sorte que ce soit, pour les matières organiques, non plus Y humectation, mais la sub- mersion; ce qui est, aussi bien que la dessiccation, une manière de les rendre inertes et inoffensives. Nous disposons de moyens à l’aide desquels nous abaissons la nappe souterraine et lui fixons des limites d’oscillation, de telle sorte qu’elle ne vienne point alternativement humecter, puis aban- donner les couches voisines de la surface, où l’imprégnation organique est, naturellement, à son maximum. Ces moyens constituent le drainage, qui s’applique à la ville comme aux champs. Il faut entendre d’une façon un peu large ce mot drainage. Cette opéra- tion ne se pratique pas rien qu’avec des tubes; les rigoles dans les cul- tures, les fossés dans les prairies, les canaux d’écoulement et de retrait des eaux sont du drainage. Le sillon tracé par la charrue draine quelque peu la couche tout à fait superficielle. Les arbres à longues racines drainent déjà profondément, sans compter la soustraction d’eau qu’ils opèrent par le phénomène vital de la transpiration. Dans les villes, nombre de canaux construits pour un autre but drainent sans qu’on y ait songé. B. Comme premier moyen préventif, il serait aisé et il semblerait ration- nel de conseiller aux groupes humains de ne point ajouter d’immondices aux détritus organiques que la vie et la mort des êtres divers déposentindé- finiment surlesol. Mais, outre quecedernier moden’enexisterait pas moins malgré les précautions prises par l’homme, il n’est pas possible, dans les conditions actuelles de la civilisation, d’éviter la production abondante d’immondices de provenance humaine non plus que la permanence de cette production sur des espaces restreints. Les peuples nomades, comme les fauves, se déplacent et peuvent, en abandonnant pour de longues années le sol souillé par le séjour de la tribu, lui assurer la purification naturelle que les éléments finiront par accomplir. Mais les peuples civilisés super- posent les générations dans les mêmes enceintes; il n’y a pas à résister à la production d’immondices, il faut seulement les empêcher de s’étaler, les diriger et les rendre inoffensives lorsqu’elles ont, malgré tout, gagné l’épaisseur du sol. Un seul des modes de souillure du sol des lieux habités peut être évité relati- vement,ou même absolument supprimé, si les sociétés humaines le veulent; c’est celui qui résulte de l’inhumation des cadavres. Les lois modernes ont déjà reporté les cimetières hors des villes; des tentatives ont été faites pour les éloigner da- vantage encore ; lorsque la pratique de la crémation aura pénétré dans les mœurs, tout danger de ce côté sera écarté, et la question résolue pour ce qui regarde cet aspect de l’hygiène. Il convient que, dans les grandes villes, les autorités municipales fassent tout pour protéger la rue, les places et même la maison de chacun, autant qu il est possible de le faire sans amoindrir le respect de la liberté indivi- duelle. Il y a quelques moyens de blinder le sol, si l’on nous permet cette expression. Quant aux dangers que l’on ne peutsupprimer, il est possible de les localiser ; l’ennemi est moins redoutable, quand on saitoù le prendre. Pour concréter cette pensée : toute ville, qui a prévu et installé des latrines et des urinoirs publics, est moins sale que celle qui n’en a pas, attendu que dans cette dernière la dispersion des urines et même des matières fécales est partout, insaisissable et irrésistible. Mais le progrès moderne a inspiré les grandes tentatives et les travaux magnifiques d assainissement du sol des villes ; l’hygiène n’a point déses- péré d être à la hauteur des nécessités formidables que créent le besoin d’évacuation des immondicesde groupes composés d’un ou de plusieurs mil- lions d’hommes, et les déchets de toute nature des industries qui opèrent sur des matières organiques ou manient des agents minéraux menaçants. Les détails que comporte cette réalisation spéciale des conceptions de l’hygiène trouveront naturellement leur place, pour une part, à l’article : Habitations; le reste appartient àI’Hygiène des villes. C. Nous sommesdoncramenéà n’envisager l’assainissement dusol qu’au point de vue de ses influences propres et en quelque sorte spontanées. Il va sans dire que c’est surtout du sol malarial qu’il s’agira. 1. Culture et drainage. — Ces deux procédés sont tout d’abord appli- cables à toutes les espèces de sol, comme moyens préventifs, puis au sol malarial sans marais visible, comme procédés d’assainissement. Combinés à d’autres, ils deviendront aussi la raison définitive de la transformation radicale des marais avérés. La culture, comme il a été dit plus haut (page 112), décide l’aération du sol et en diminue la richesse en eau, non seulement parce qu’elle favorise l’évaporation, mais parce qu’elle élargit les pores des sols compactes et en détruit la capillarité. Elle faisait autrefois la salubrité du Latium (L. Colin); elle rend habitable notre Algérie, le district de Pola, au bord de i’Adria- tique (Jilek), et bien d’autres. Mais c’est une entreprise hardie et périlleuse que de porter pour la première fois l’instrument aratoire sur le sol vierge, de propriétés inconnues, ou sur une terre notoirement malariale (voyez page 29) ; c’est « comme la première tranchée qu’on va ouvrir sous le feu de l’ennemi », selon l’énergique image employée par Vallin, et les rangs des travailleurs sont tout d’abord rudement décimés par les effluves dont on vient détruire le foyer. Quesnoy, comparant la mortalité dans la Mitidja, pendant dix années de défrichement, avec la mortalité de dix années pos- térieures, obtenait les chiffres suivants : DÉCÈS ANNUELS SUR 1,000 HABITANTS. TENDANT APRÈS le défrichement le défrichement Douèra 106 67 Ibrahim 118 15 Le Fondouk 80 ü9 Boufarik 48 36 D’où la conclusion qu’il faut joindre à l’héroïsme deladécision première la précaution de défricher vite et d’une façon continue. Comme dans toutes les industries dangereuses, il serait bien utile ici de pouvoir rem- placer la main de l’homme par la machine. On le fait aux États-Unis, en arrachant les arbres à l’aide du Grubber ; les Anglais le font en Guyane, où ils creusent avec des machines fouilleuses très puissantes (excavator) des canaux de dessèchement sur lesquels des bateaux amènent les machines au bord des pièces à défricher; la charrue déposée à terre, est mue sur tout l’espace compris entre deux fossés par des appareils à vapeur munis de poulies, installés sur les bateaux (E. Vallin). 11 n’est pas inutile d’ajouter, car les colons sont imprévoyants, que l’on choisira pour les travaux la saison la moins chaude de l'année, qu on évi- tera le travail aux environs du lever et du coucher du soleil, c’est-à-dire aux heures de brouillards; que l’on fera de longues pauses dans le milieu de la journée et que l’on soutiendra par un régime tonique la force de ré- sistance des travailleurs. Léon Colin, à propos de l’ouverture du canal de Tancarvillo, a tracé des règles dont la plupart sont applicables ici, spécialement les suivantes : Suspension des travaux durant les mois de juillet et d’août; — installa- tion des ouvriers, durant la nuit, dans les centres de population voisins, ou dans des baraques bien closes ; — allumage., matin et soir, de grands feux au voisinage du chantier; — aplanissement incliné et drainage superficiel des terrains remués ; — transport direct et rapide des matériaux de déblais sur les points où il y a quelque nivellement à opérer ; — ensemencement et culture intensive de ces terrains. Les foyers allumés ont pour but de réchauffer les travailleurs, mais sur- tout de déterminer une ventilation énergique de la surface du sol. Il n’est pas impossible que des locomotives traversant sur leurs rails un pays palustre n’atteignent jusqu’à un certain point à cet effet de ventilation et d’assainissement (L. Colin), comme un journal médical américain l’a pré- tendu. Mais les travaux et les groupements humains, que les chemins de fer provoquent, ont vraisemblablement plus d’efficacité. D’ailleurs, les influences nocives du sol à mettre en culture seront tou- jours considérablement atténuées par l’établissement préalable de fossés d’épuisement, de puits absorbants, de canaux de dérivation, d’irrigations, de lavage et autres mesures dont il va être parlé. Le drainage proprement dit abaisse et fixe le niveau de la nappe souter- raine; il va même jusqu’à en faire une, à laquelle il ouvre une issue là où il n’existait que l’irnbibition superficielle (7agioasser). Il consiste essentiellement à établir, dans la profondeur du sol, une couche perméable à la place d’un sol compacte. Le but peut évidemment être atteint de plusieurs manières et l’a été quelquefois par des procédés très primitifs. Vallin note que, d’après Columelle, on a depuis longtemps la coutume en quelques pays de placer au fond de petites tranchées des fas- cines, des fagots d’épines, des blocs de pierre. En Lorraine, il n’est pas rare de rencontrer dans les champs cultivés, àune profondeur un peu plus grande que celle à laquelle atteint le soc de la charrue, des conduits de 25 à 30 centimètres de diamètre, faits de pierres brutes grossièrement assemblées, sans aucune espèce de ciment; ce sont de véritables drains. Parfois le conduit s’écroule; mais, en tombant les unes sur les autres, ces pierres inégales ne se touchent que par points et n’empêchent pas l’eau de circuler à travers leurs interstices. En même temps qu’il égoutte le sol, le drainage l’aère par une réelle aspiration. Une pente légère favorise l’installation d’un système de drains; quand le terrain ne la présente pas, on pourrait la créer en faisantles tranchées un peu plus piofondes à 1 extrémité qui aboutit au canal d’écoulement qu’à celle qui commence dans la pièce à drainer. De notre temps, le drainage se pratique, en agriculture, au moyen de tubes ou de briques en terre cuite poreuse, ajustés bout à bout et recouverts de terre. Les tuyaux de drainage à peu près exclusivement employés sont en terre cuite ; ils ont de 39 h 40 centimètres de longueur et un diamètre intérieur variable entre 0m,025 et 0ra,20, suivant le volume d’eau dont ils doivent assurer l’écoulement; les premières dimensions sont celles des drains secondaires, les secondes appar- tiennent, aux drains principaux, sorte de collecteurs. Leur épaisseur est de 0m,01 environ. Les extrémités des tuyaux sont engagées dans des colliers, également en terre cuite, de 0ra,07 à 0m,10 de longueur et dont le diamètre est tel que le tuyau entre facilement dans le collier (Yoy. fig. 5). Fig. 5. — Drainage agricole (*). Le calibre, la profondeur, la distance réciproque des tubes à drainage, sont déterminés par les ingénieurs. En général, la profondeur est de lm,50 à 3 mètres; la distance entre deux lignes de drains est de 4à 6 mètres; on donne à ces li- gnes une direction oblique. Quand il a été nécessaire de créer une pente factice, on les fait aboutira des puits absorbants. Pour la profondeur, le mieux est que les drains avoisinent de très près la première couche imperméable. Les drains sont plus rapprochés dans le sol qui doit servir de support aux habitations que dans les terrains de culture ; les habitations se trouvent bien du dessèchement absolu du sol, tandis que les champs ensemencés n’ont à se débarrasser que de .l’eau en excès. 11 est facile de prévoir que le drainage aide au succès de la culture, en tant qu’elle est un moyen d’assainissement, en même temps qu il lui per- met de rendre fertiles des terrains où le séjour prolongé de l’eau dans les rigoles, à la fin de l’hiver, détruisait la moitié de la récolte. En France, depuis 1858, une loi a ouvert un créditde cent millions pour favoriser l’extension du drainage; il n’y a cependant encore que quelques millions de prêtés et, en 1866, il n’y avait guère plus de 200,000 hectares (*) a, coupe d'une tranchée de drainage; - b, tube à drainage; - c, deux tubes réunis par un collier; jonction d'un drain ordinaire avec un drain principal. de terrains drainés. En revanche, celte pratique semble s’ôtre merveilleu- sement développée en Angleterre et aux États-Unis. Bowditch, qui, dans cette dernière contrée, a ouvert la croisade contre l’humidité du sol, cite des cantons de l’Illinois, de Michigan, de l’État de New-York, où le drainage a fait presque entièrement disparaître les lièvres. De volumineux rapports officiels anglais attestent que l’introduction du drainage dans les districts marécageux (fen fonds) des comtés do Norfolk, Lincolnshire, Cambrid- geshire, a fait baisser tout à la fois la sévérité et la fréquence des fièvres qui les désolaient; le pays est devenu relativement salubre. Buchanan fait, d’ailleurs ressortir le relèvement de la santé générale par l’assèchement du sol dans les villes et la diminution de lélhalité par les fléaux ordi- naires, tels que la phthisie et la fièvre typhoïde. Le tableau ci-dessous, qui lui est emprunté par Latham, exprime quelques-uns de ces faits. Élévation du niveau de la santé publique en Angleterre par les travaux d'assainissement (d’après Latham). LOCALITÉS. POPULATION en 1861. MORTALITÉ pour 1000 avant les travaux. MORTALITÉ pour 1000 depuis les travaux. GAIN biologique pour 100. DIMINUTION de la fièvre typhoïde pour 100. DIMINUTION de la phthisie pour 100. Bambury 10.238 23.4 20.5 12.5 48 41 CardifL 32.951 33.2 22.6 32.0 40 17 Croydou 30.229 23.7 18.6 22.0 63 17 Dover 23.108 22.6 20.9 7.0 36 20 Ely 7.S47 23.9 20.5 14.0 56 47 Leicester 68.050 26.4 25.2 4.5 48 32 Macclesfield 27.475 29.8 23.7 20.0 48 31 Merthvr 52.778 33.2 26.2 18.0 60 11 Newport 24.756 31.8 21.6 32.0 36 32 Rugljy 7.818 19.1 1S. 6 2.5 10 43 Salisbury 9.030 27.5 21.9 20.0 75 49 Warwick 10.750 22.7 21.0 7.5 52 19 2. Plantations. — Végétaux antipalustres. — Le sol malarial, comme on l’a vu, est loin d’èlre toujours dépourvu de végétation; c’est plutôt le contraire. 11 ne manque môme pas d’espaces mal famés qui sont occupés par la forêt vierge ou par des arbres de futaie. Ce ne sont donc pas des plantes ni des arbres quelconques qui sont propres à assainir le sol malarial. Les savants qui se sont occupés de la question, depuis Chevreul (1853) et Maury (1857), ont eu en vue l’efficacité assainissante des plantes qui absor- bent et évaporent rapidement beaucoup d’eau; dans ces derniers temps, 1 on a ajouté une idée de plus à celle-ci en faveur de Y Eucalyptus qui, en outre de l'absorption de l’eau , posséderait des propriétés aromatiques, antiputrides, fébrifuges. On oublie peut-être un peu facilement que toute végétation voulue emporte une certaine culture, une action directe de 1 homme sur le sol, un effort contraire à la spontanéité de celui-ci; ce qui a quelque importance. , Chevreul avait signalél'Helianthusanntuusf tournesol ou soleil, pour sa puissance d évaporation. G est encore cette plante que recommandait l’Américain Maurv, pensant avoir constaté une diminution des fièvres de malaria aux alentours de l’observatoire de Washington, à la suite de sa culture. Selon Valentin, le houblon aurait eu la même puissance vis-à-vis du dessèchement des fossés de fortification. Ali Cohen aurait protégé contre les fièvres une contrée aux bords de l’Escaut, qui en était infestée jusque-là, en faisant planter des bouquets d’helianthus à 30 ou 40 pas des habitations. On a essayé, en Prusse, d’après Vivenot, le riz indien ou riz sauvage (Zizania aquatica), plante originaire de l’Amérique du Nord, qui pros- père dans les marais ; quand on la sème au moment opportun en automne, on n’a plus besoin de renouveler la semaille, car les pannicules répandent ensuite spontanément leurs grains sur le sol; la plante se développe au printemps sous forme de roseaux de b à 6 pieds de hauteur, ornés de feuilles d’un goût agréable et si épais qu’en deux ou trois ans ils ont enveloppé tout un marais. Malheu- reusement, les graines arrivées d’Amérique avaient souffert dans le transport et n’ont pas réussi. On sait que, dans notre Midi (Camargue) et en Lombardie, les vraies rizières aggravent plutôt qu’elles n’atténuent les fâcheuses influences du sol alternativement submergé, puis asséché. Magne (cité par Vallin) attri- bue des effets plus heureux à la culture de la modeste fève des, marais. La vogue est aujourd’hui à Y Eucalyptus globulus, gommier bleu de Tas- manie (Myrtacées) et à ses nombreuses variétés fmarginata, ciiriodora, amygdalina, persicifolia, obliqua, etc. Un botaniste français, La Billardière, le découvrit en Tasmanie en 1792, dans un voyage à la recherche de La Peyrouse. Le professeur Goppert assure que ce fut un de ses compatriotes, le baron Ferd. von Millier qui, en 1851, émit l'idée que les émanaLions aromatiques de cet ai’bre pourraient rendre des services à l’atmosphère des contrées en proie aux fièvres de malaria. En 1857, une certaine quantité de ses graines, envoyées en France, furent semées à titre d’essai en Algérie, où elles réussirent merveilleusement. Trottier, directeur des^cultures en Algérie et qui s’est fait l’apôtre de l’Eucalyptus, remarqua bientôt que l’ar- bre ne se distingue pas seulement par ses effluves aromatiques, mais encore par une croissance rapide et une extraordinaire puissance d’absorption et d’évapo- ration d’eau; il allait être naturellement appelé à « boire les marais » algériens. Il se plaît d’ailleurs dans les terrains marécageux, absorbe dix fois son poids d’eau et fait l’office de drains dans le sous-sol. Malgré la rapidité de son dévelop- pement, c’est un bois très dur et propre à tous les usages ; les variétés amygdalina et viminalis atteignent, dit-on, à la hauteur prodigieuse de 150 mètres. En Europe même, des sujets de quinze ans s’élèvent à 10 mètres de hauteur dans les ré- gions froides; à Nice, à Gênes, à Cannes, on en voit du même âge ayant lm,50 de circonférence et une taille de 15 à 18 mètres; à Antibes, à Ylsola Madré, on en montre de 30 mètres de hauteur. Il paraît avéré, d’après les témoignages de Trottier, Hamel, Cosson, E. Bertherand, etc., que les plantations massives d’Eucalyptus ont singu- lièrement assaini des localités naguère ravagées par la fièvre. A vrai dire, les arbres ne sont point jetés et abandonnés au hasard: ils sont espacés de 10 en 10 mètres et attentivement entretenus, c’est une véritable culture. Puis, il n’est plus certain que leur mode d’action soit unique ou môme double; l’ombrage, la réfrigération de l’atmosphère, l’arrêt des vents, l’occupation donnée à l’activité du sol, paraissent à Bertherand jouer quel- que rôle à côté de l’absorplion de l'eau et des émanations odorantes, antiputrides. C’est, dans tous les cas, une tentative à encourager. Il y a aujourd’hui probablement quelques millions d’Eucalyptus en Algérie. Le gouvernement italien, en 1875, en a distribué trois mille pieds aux habitants de la Cam- pagne romaine, après avoir constaté que les environs du couvent des Ca- maldules à Tivoli avaient été délivrés de la fièvre par une petite forêt de ces arbres. Le gouvernement autrichien doit faire un essai analogue à Pola et sur les côtes de Dalmatie. Le professeur Gôppert place au même rang que l’Eucalyptus le Pauloivnia imperialis du Japon, qui avec des propriétés analogues de croissance et d'absorption, a l’avantage de se prêter mieux à la température des latitudes européennes. 11 a été importé à Paris en 1842; il existait plus tôt en Hol- lande; c’est de là que von Siebold l’introduisit en Allemagne. 3. Dessèchement des marais. — Les travaux de dessèchement (dont le drai- nage fait partie) sont affaire d’ingénieur plus que d’hygiéniste, selon la juste remarque de Vallin. On indiquera seulement les principaux modes usités jusques aujourd’hui. Pour peu que la dépression, qui retient l’eau, stagnante à la surface du sol, soit à un niveau plus élevé que les cours d’eau avoisinants ou que la mer, il suffit d’un système de canaux dont les plus petits sont des drains à ciel ouvert, et les grands des collecteurs d’évacuation, pour transporter par la pente naturelle l’eau du marais dans les grands réservoirs, où elle est inoffensive. Elle le devient, d’ailleurs, dans les canaux mêmes, s’ils sont bien entretenus, puisque la couche aqueuse est profonde et ne permet jamais plus la mise à nu du sol de leur lit. Dans quelques cas, ces canaux suffisent à recueillir l’excès d’eau et à assécher les portions de terrain qu’ils comprennent dans les mailles de leur réseau. C’est ce qui arrive pour les waterinrjues et ivatergands de l’ancien golfe de Saint-Omer, de Calais à Fur- nes, en temps ordinaire. Après les pluies de l’hiver, quand le terrain so- lide lui-même est couvert d’eau, l’on profite de la faible différence de ni- veau (quelques mètres) qui existe entre la terre et la mer pour faire écouler les eaux à marée basse, à l’aide d’écluses que l’on referme à marée haute; car les marées d’équinoxe remontent à un niveau plus élevé que la surface de ce canton, et le flot la recouvrirait de plus belle. Mais l’on n’a même pas eu la ressource de celte différence momentanée de niveau sur le littoral hollandais et sur quelques points de la côte anglaise (les fens) ; de vastes espaces du sol de la Hollande sont constamment plus bas que la surface de la mer et seraient submergés immédiatement sans la présence des digues si connues. On s’est donc servi de machines élévaloires, mues au- trefois par des moulins à vent, aujourd’hui plus communément par la vapeur. C’est avec la force motrice du vent qu’a été desséché le lac de Harlem ; on voit encore, dans les polders au nord de Saint-Omer, quelques moulins à vent de destinaion semblable. Le lac Fucino a été vidé dans le Liri, par un merveilleux canal d’écoulement. Tous les terrains plats du département du Nord et du Pas-de-Calais doi- vent aux canaux qui les sillonnent en tout sens, et aux cultures sou- tenues que les habitants entretiennent dans les carrés de terre circonscrits par l’eau, d’ôtre d’une salubrité satisfaisante. C’est la reproduction en petit de ce qui se passe sur les rives hollandaises, anglaises, belges et sur di- vers points du littoral atlantique français, ou même sur les bords de la Méditerranée et de l’Adriatique. Toutes les fois que la démarcation est nettement accomplie entre la terre et l’eau, la salubrité est assurée et d’autant plus que l’eau collectionnée est plus constante et plus profonde, car, dans les contrées méridionales, une épaisseur d’eau insuffisante ne met pas à l’abri des effluves maremmatiques. Mais malheur aux riverains qui laissent les canaux s’envaser, s’obstruer, redevenir marais par l’affais- sementde leurs bords! Il y a cinquante ans, pendant l’été, les salles et les médecins ne suffi- saient plus aux soins des fébricitants accumulés dans les hôpitaux de Ro- chefort et de la Rochelle. Mais depuis, dit le Dr Barbreau (1878), « des travaux immenses ont fait de terrains incultes, toujours sous l’eau, de vastes prairies bien canalisées, qui non seulement ont plus que quintuplé de valeur, augmentant la richesse publique, mais ont tari les sources de l’infection paludéenne, qui faisait de la fièvre intermittente jun véritable fléau pour la population. » Toutefois, Yallin, qui rapporte ces paroles ras- surantes, paraît fort hésiter à les prendre au pied de la lettre. Il y a pro- grès, sans doute, mais il reste quelque chose à faire. Si les étangs de la Sologne étaient partout maintenus avec une bonne profondeur d’eau, ils ne seraient guère dangereux ; c’est la queue des étangs, partie alternativement submergée, puis asséchée, qui cause tout le mal (Burdel). A vrai dire, on ne comprend pas que de vrais hygiénistes prennent en considération les ressources que la pisciculture offre aux So- lognots. Ces ressources sont juste ce qu’il faut pour entretenir la misère. Au lieu de produire un mauvais poisson qui se vend à bon marché, il y a toute apparence que le Solognot trouverait dans une agriculture sérieuse une ré- munération supérieure de son travail. Les cours d’eau, qui traversent le pays et ne servent qu’à entretenir les étangs, sont tous prêts à devenir des déversoirs. Une culture bien entendue, des champs labourés en dos d’àne sur le milieu avec des rigoles latérales, exactement drainés, assainiraient absolument le canton et sous peu l’enrichiraient. Quand la pente et les déversoirs naturels manquent, on a cherché à uti- liser les couches perméables profondes du sol, à titre de couches absor- bantes, pour y faire aboutir les tuyaux de drainage, les canaux d'évacuation, dont l’eau se perd ainsi dans le sein de la terre. Tels sont les puisards ou etnbugs des faluns de Marseille, dont l’origine remonte au roi René, les boitout du Gâtinais, les puits absorbants qui percent l’alios des Landes et reçoivent l’eau amenée par les craslcs ou tranchées. Voici comment Em. Trélat (1880) apprécie les résultats de cette pratique dans cette dernière contrée : « Je parcourais, il y a quelques semaines, les 800,000 hectares de nos landes de Gascogne, jadis si misérables, aujourd’hui transformées et llorissanles. Les fièvres et la pellagre y régnaient en per- manence. Une maigre population, juchée sur de grandes échasses s épui- sait au milieu des eaux croupissantes et se débattait contre la mort. Il n y a plus de pellagre et les lièvres ont disparu. L’homme a repris pied sur terre; il occupe des villages sains et propres, des maisons lumineuses et gaies au sein d’une végétation vigoureuse. Il n’a fallu qu’un second génie bienfaiteur à ces contrées dépeuplées pour les refaire. Au commencement du siècle, l’ingénieur Brémontier avait fixé les dunes du littoral et garanti nos deux départements de Gascogne contre les envahissements de la mer. En quinze ans, M. l’ingénieur Chambrelent vient de transfigurer les landes en les débarrassant par des écoulements réguliers de leurs eaux meur- trières. » Naguère (1878), les Trappistes ont abordé le problème de l’assainisse- ment de la campagne Romaine, en perçant le tuf imperméable qui se trouve sous la mince couche de terre végétale et en le faisant sauter sur de larges espaces avec la dynamite, de façon à atteindre la couche profonde du sol, qui est poreuse, et peut recevoir l’eau des pluies. 4. Colmatage, terrement, ivarpage. — Beaucoup de fleuves, on l’a dit pré- cédemment, par la richesse minérale de leurs eaux et le limon qu’ils aban- donnent, sont des fabricateurs de continent. L’Aude apporte annuellement près de 2 millions de mètres cubes d’alluvion ; les deux Rhônes, 2t millions de mètres cubes, la moitié de ce que charrie le Pô et le tiers du Danube. Cependant, la France, dit Élisée Reclus, laisse perdre les « présents du du Rhône », et ces apports avec lesquels on pourrait faire reculer les marais salants devant les eaux douces, donner aux sols les plus ingrats une grande fertilité, reconquérirlaCamargue, ne servent guère qu’àfairedes « barres » et à envaser les graux des étangs (Surell). Quoique la pente soit très faible (2 mètres de Fourque à la mer), ses eaux, aidées au besoin de machines hydrauliques, suffisent pour lessiver le sol, le débarrasser de toutes ses mo- lécules salines et se ramifier en canaux vivifiants dans tous les terrains encore incultes. 11 ne faut pas croire que le Rhône agrandisse incessam- ment la Camargue ; ses bouches se déplacent d’elles-mêmes à travers ses propres alluvions. Le colmatage consiste donc à faire combler par les fleuves eux-mêmes, à l’aide des alluvions qu’ils apportent et déposent, les dépressions occupées par l’eau stagnante et le marais. On voit que du même coup, l’eau flu- viale, filtrant à travers le sol et gagnant en définitive la mer, dessale le ri- vage où a séjourné l’eau marine ; double effet d’une porLée identique quant à l’assainissement. C’est par le colmatage qu’au commencement du siècle a été comblée, suivant les plans mêmes de Galilée et de Torricelli, la vallée de la Chiana, entre le Tibre et l’Arno ; que le palude di C.asliglione l’a été avec l’eau tourbeuse de l’Ombrone ; que, près de Narbonne et aux environs de Vie, on a comblé des étangs à l’aide des alluvions de l’Aude. Le terrement consiste à projeter de la terre, prise à ses bords, dans un canal de détournement d’un cours d’eau assez rapide, que l’on a dirigé vers la dépression occupée par le marais. Ce cours d’eau voulu exécute ainsi le colmatage à l’aide des alluvions qu’on lui improvise. Ce procédé est utilisé en Allemagne, dans les bruyères de Lunebourg et de Brême (Vallin). En Angleterre, à l’embouchure de l’Humber; en France, dans divers points de la côte de Normandie et de Bretagne, on exhausse le terrain du littoral à l’aide du limon marin [warp, angl., langue en français), dont des écluses fonctionnant convenablement assurent l’accès au moment des hautes marées et empêchent le retour quand le Ilot se retire. 11 est rare que l’on se résigne à l’œuvre longue et coûteuse d’opérer le terrement par le transport en tombereaux, à la façon des terrassements ordinaires. 5. Avivement. — Quand les fossés d’une citadelle donnent lieu à des effluves fébrigènes, on les assainit en les inondant. Du même, on rend la salubrité aux canaux envasés, en redressant leur talus et en creusant leur fond ; aux étangs marécageux, en endiguant leurs bords et en substituant une eau profonde à la partie où la minceur de la couche liquide l’expose à la dessiccation pendant les chaleurs de l’été. Sur notre littoral atlantique ou méditerranéen, les marais salants cesse- raient d’être insalubres si on les noyait, soit d’eaux douces en empêchant le reflux marin, soit d’eau salée en y déterminant un large accès du flot de la mer. Dans notre Midi, on maintient salubres les bords de? étangs en prévenant l’ensablement des graux ; là, il faut et il suffit que l’eau des étangs ait plus de 1 mètre de profondeur, pour annuler l’influence du fond. Les villes riveraines de l’étang de Thau, Balaruc, Bouzigues, Mèze, Mar- seillan, n’ont pas une mortalité très supérieure à la moyenne en France, parce que le flot marin pénètre librement dans leur étang. Quand il est possible de laver les marais salants par l’eau douce, on ferme au contraire les graux, et des écluses empêchent le reflux de la vague ma- rine. Cela s’est pratiqué en divers points des marais de Toscane et de notre Midi. On combine avantageusement Xavivement avec le colmatage, en creusant et encaissant d’un côté, tandis que l’on comble les dépressions de l’autre. Ernest Déjardin propose de déblayer le golfe de Fos (à la pointe est de la Camargue), menacé d’atterrissement, en rompant la digue sud du Rhône et en rouvrant le grau de Roustan, fermé depuis seulement un quart de siècle. La terre se formera à l’ouest, où la côte est fortement érodée par le courant, et celle-ci deviendra salubre par le colmatage, tandis que le golfe de Fos le sera par submersion. Bibliographie. — Di Tucci : Dell’ antico e présente stalo delta Ca7npagna di Roma, in rapporto alla fertilita del suolo ed alla salubrita dell' aria. 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Mais l’homme, être intelligent, perfectible et capable d’hygiène, s’est créé, en vue d’une existence meilleure, des besoins dont beaucoup réclament l’intervention de l’eau : la toilette quotidienne, le bain, la propreté des ustensiles, du linge, de la maison, de la rue, et surtout 1 activité industrielle, qui consomme de l'eau en proportions énormes. Il existe, en hygiène, une expression qui répond à une partie de cet emploi de l’eau : c’est le terme Eau de lavage. Comme il convient qu’une expression unique comprenne à la fois les eaux qui servent à la propreté et celles qui alimentent l’industrie, nous adopterons le terme Eau d’utilisation, plus compréhensif et, d’ailleurs, en usage à l’étranger (Allem. Brauchwasser ou Nulzivasser). 11 ne faut pas conclure de cette distinction dans les mots qu’il doive y en avoir une dans les choses. Le mieux serait, au contraire, que chaque groupe humain n’eut qu’une seule espèce d’eau et que celle-ci fût excel- lente et abondante. Il est clair que celle qui peut servir de boisson est à la hauteur, et au delà, des autres besoins. Mais l’eau irréprochable est quel- quefois assez rare pour qu’en pratique on se résigne à laver les rues et les égouts avec une eau inférieure. Cette étude semble comporter les articles suivants : 1° L’eau dans la nature; 2° Le rôle sanitaire de l’eau ; 3° L’expertise de l’eau; 4° Les moyens de correction; 5° Approvisionnement d’eau. Certaines notions complémentaires trouveront mieux leur place au chapitre Alimentation et à Hygiène urbaine. 1° L’eau dans la nature. On s’apercevra, dans les développements qui vont suivre, que l’eau est celui des milieux naturels dont les propriétés ont au plus haut degré le caractère de subordination. Elle est constamment modifiée, au point de vue qui intéresse l’hygiène, par le sol, par l’atmosphère et par l’homme ; le vœu de l’hygiène étant d’abord qu’elle soit pure, c’est-à-dire qu’elle ne renferme, au moins, pas de matières toxiques ni de matières infectieuses, selon la mesure, à vrai dire un peu étroite, établie par les procédés con- temporains d’expertise de l’eau (Plagge et Proskauer). Aussi pourrait-on ne distinguer que les eaux de la surface et celles de la profondeur; les premières exposées aux souillures, les secondes protégées par le sol. Nous nous conformerons, toutefois, à la tradition en établissant ces trois groupes qui, au fond et au point de vue physique, sont assez naturels : les eaux superficielles ou terrestres; les eaux souterraines ou telluriques; les eaux météoriques ou de l’atmosphère. A. Eaux superficielles. i,a mer. — L’eau marine n’est utilisée comme boisson que dans des circonstances exceptionnelles et après une préparation spéciale. Mais elle intéresse sérieusement l’hygiène à d’autres égards. Sous des noms variables, la mer occupe plus des deux tiers de la surface )) Sulfate de soude 3.G60 1.420 (1) )) — de maguésie 0.610 1.120 2.541 0.350 — de chaux 2.030 1.620 1 .392 0.280 Autres » 0.310 1.200 0.670 Total 36.882 33.240 38.617 7.100 (1) Sulfate de potasse. L’eau de mer renferme de 22 à 30 centimètres cubes par litre d’un air beaucoup plus riche en oxygène et en acide carbonique que l’air atmo- sphérique. Les proportions seraient, d’après L. Carpenter : A la surface. Au fond. . 25 19,53 . 54,21 52,60 .. 20,84 27,87 Oxygène Azote Acide carbonique Les recherches de Commaille sur l’eau de la Méditerranée ont fixé quelques résultats d’un grand intérêt. L’eau puisée sur la route de la Corniche, très lim- pide, donna : GAZ DÉGAGÉ PAR l’ÉOULLITION : COMPOSITION DE l'aIR dissous : Acide carbonique. Oxygène Oxygène 4C0.79 5 IG 74 Azote Azote.. 11 ,95 ] 23”, 25 Résida séché à -f- 130° — calciné = 43sr,700 par litre. . — 37 ,980 10ü”,00 Une eau de la même mer, puisée au large à 220 mètres de profondeur, donna : Résidu séché à + 130° = 44gr,04 par litre. — calciné = 3G ,00 — Les chlorures de sodium et de potassium l’emportaient de beaucoup, et plus dans le second cas que dans le premier. Les eaux des ports, au contraire, renferment beaucoup moins de matières mi- nérales: Joliette 28sr,68; Vieux-Port 17 à 18 grammes; canal maritime 7sr,04. Mais elles présentent moins d’oxygène, Vieux-Port 16,20 p. 100 (au lieu de 28,61) ; plus d’acide carbonique, 12cc,98 (Joliette) à 28cc,45 (Vieux-Port); elles dégagent de l’ammoniaque, 0mgr,04 (Joliette) à 0msr,42 (Vieux-Port) ; de l’hydrogène sulfuré, 0CC,38 (Joliette) à 4CC, 61 (Vieux-Port), ceux-ci en raison directe de la diminution d’oxygène; en certains points, de l’hydrogène carboné C2tP (33cc,37 dans le canal maritime; 20cc,24 à un quai du Vieux-Port), La raison de cette constitution singulière et d’aspect peu rassurant est dans l’abus que fait la ville de Marseille des eaux qui baignent ses quais pour y dé- verser ses égouts. Le Vieux-Port est évidemment un foyer de putréfaction et a été justement signalé (Brouardel) comme l’une des grandes insalubrités qui pré- parent la ville à accueillir les fléaux exotiques et autres, le choléra spécialement. Peu de cités aussi populeuses projettent leurs immondices dans des eaux aussi peu renouvelées que celles des ports de Marseille, et il semble que d’autres rives puissent se permettre ce mode d’évacuation, si compromet- tant pour les habitants des bords de la Méditerranée, qui n’a pas de marée. Mais, là où la marée se fait sentir, ce que le flot descendant a emporté, le Ilot montant le ramène et l’étale. On dépeuple de poissons l'embouchure des fleuves et l’on fait fuir les visiteurs des stations balnéaires maritimes. On reviendra sur ce point (Voy. Hygiène urbaine). Mais, dès à présent, nous pouvons énoncer cette formule ; que la mer ne doit pas être prise pour l’aboutissant des égouts. La température de la mer à la surface se rapproche de celle de l’air; mais elle s’abaisse dans la profondeur, de 4 à o degrés par 1,000 mètres jusqu’à 2°,4 vers 4,000 ou 5,000 mètres. Dans les explorations du Tra- vailleur, auprès des Canaries, on trouva 2 degrés à 4,000 mètres, l’eau de la surface étant à 25° (A. Milne-Edwards). Les oscillations thermiques de la masse soint moins rapides et moins étendues dans la mer que sur les eaux douces. La mer a souvent, dit-on, la moyenne thermique du lieu où l’on observe. Un des phénomènes les plus curieux et les plus décisifs vis-à-vis de la réparti- tion des climats sur le globe, c’est l’existence des courants marins, étudiés depuis 1830 par le commodore américain Maury et par les géographes et physiciens cjui ont suivi son exemple. Ce sont comme des fleuves océaniques énormes, dont la direction résulte de l’inégalité de température entre les régions polaires et la zone équatoriale et du mouvement de la terre. Ils sont chauds de l’équateur au pôle et froids dans le sens contraire. Les courants chauds dans l’hémisphère nord réchauffent les côtes occidentales; les courants froids influencent les rives orien- tales. C’est l’inverse dans l’hémisphère sud. Le Gulf-Stream (courant du golfe) nous intéresse particulièrement; parti du golfe du Mexique, ce lleuve de 23 lieues de large et de 9,000 mètres de profondeur aborde obliquement les côtes de France, déjà divisé en deux bras en venant du large ; le bras méridional, qui atteint notre littoral atlantique, détache un courant secondaire qui va tournoyer dans le golfe de Gascogne puis rejoint le courant principal pour se diriger vers le nord; le bras septentrional baigne les côtes des Iles-Britanniques; l’un et l’autre se heurtent au rivage de la Scandinavie en s’acheminant vers le pôle. C’est à eux que la plus grande partie de la Norvège doit d’être habitable et non occupée par des glaces perpétuelles. Grâce au courant aérien qu’il entraîne avec lui, le Gulf-Stream verse sur les côtes d’Irlande, de Bretagne et d’Aquitaine, des vapeurs tièdes qui y entretiennent un climat égal et d’une température moyenne supérieure à celle que comporterait la latitude. De là, les prairies de la « verte Erin, » de l’Angleterre et de la Normandie, les arbustes des pays chauds persis- tant en Bretagne, les primeurs que ce pays envoie au centre, et le figuier de Roscoff, le plus beau figuier du monde. Le Kuro-Siwoo (fleuve noir) est pour le Pacifique ce que le précédent est pour l’Atlantique. Il attiédit les côtes orientales du Japon et du Kamtschatka. Des courants froids abaissent la température de la côte est de l’Amérique du Nord et du Groenland, du littoral occidental de l’Amérique russe, les côtes de la ■Corée et de la Mandchourie. L'air marin, peu distinct chimiquement de l’air terrestre, lui est très supérieur par sa pureté, comme il sera dit plus loin (Atmosphère). L’eau de mer n’est pas potable ; des malheurs célèbres ont montré que l’homme peut mourir de soif sur l’Océan comme dans les solitudes du Sahara. Depuis plus d’un siècle, les navires ont adopté le procédé de lu distillation, qui permet d’approprier l’eau de mer à la consommation des navigateurs (cuisine distillatoire de Peyre et Rocher, appareil Perroy, etc.). L’eau de mer ne convient pas plus pour le lavage des navires que pour la boisson des marins; elle dépose, sur le bois et dans les interstices de la charpente, des sels déliquescents qui entretiennent l’humidité et disposent le bois à pourrir. Il est vrai que les médecins de marine, qui condamnent formellement les lavages à l’eau de mer, tendent à trouver que le mieux serait la plus grande rareté possible de lavages quelconques, remplacés par le nettoyage à sec. Tout porte à croire qu’ils ont raison. En revanche, dans quelques villes d’Angleterre, d’après Boulnois et J. W. Cockerell, on se trouve très bien de l’arrosage des chaussées avec 1 eau de mer, qui forme sur le macadam une sorte de croûte, solide et fixant bien la poussière. Le voisinage de la mer impose aux populations côtières des habitudes particulières de travail et d’alimentation. L’Océan fait appel aux hardiesses de l’homme et à l’esprit d’aventure. Nul doute qu’il n’ait contribué à donner à certaines races des aptitudes caractéristiques, la patience mêlée d’audace, l’entêtement allié à la résignation, un haut sentiment d’indé- pendance qui n’exclut point l’amour do la terre natale. Ijob cours «l’eau. — Ce sont, originairement, des eaux de source, sor- tant très pures des flancs ou de la base de quelque montagne; ou la col- lection de filets issus d’un glacier et coulant sur le roc, par conséquent irréprochables dès l’abord. Cependant, quelques cours d’eau naissent d’un marais ou sortent du sol spongieux de grandes forêts, telles que les forêts vierges d’Amérique, où les débris végétaux ont formé une couche épaisse à la surface; en pareil cas, l’eau courante est primitivement dou- teuse. A partir de son origine, le cours d’eau est soumis à des vicissitudes nom- breuses, à ne parler même que des influences naturelles. 11 traverse des terrains de constitution très diverse, s’enfonce dans des coupures profondes ou s’étale en surface, quelquefois disparaît sous terre dans une portion de son cours, et par conséquent dissout ou abandonne des matières terreuses selon l’occasion. A ses eaux, dans tous les cas, les pluies ajoutent de saison en saison leur contingent, formé de la partie des précipitations atmosphé- riques qui n’a pas le temps d’être évaporée ou qui ne trouve pas à filtrer dans le sol. Les pluies d’averse, comme sont généralement celles d’orage, fournissent donc l’apport proportionnel le plus considérable. Toutes, mais celles-ci plus que les autres, en raison de leur violence, entraînent avec elles dans les cours d’eau ce qu’elles ont pu dissoudre de l’atmosphère et du sol,, et surtout des matières minérales ou organiques, recueillies et véhiculées- mécaniquement. Des sources secondaires, des affluents, les communica- tions avec la nappe souterraine, alimentent encore les fleuves, chemin, faisant. Le mouvement de l’eau dans les fleuves et rivières, les heurts du courant contre les aspérités de la rive, lui font perdre les gaz en excès, ou au con- traire servent à aérer ces eaux. La proportion des sels qu’elles tiennent en- dissolution dépend des terrains d’où jaillissent les sources, de ceux que le cours d’eau traverse et de l’apport minéral des pluies. L’analyse des eaux de fleuves donne donc des résultats variables d’un fleuve à l'autre et d’un point à un autre du fleuve. Une circonstance qui peut contribuer pour une part à la richesse des- eaux courantes en sels et déterminer la nature de quelques-uns de ceux-ci, mais qui est capitale vis-à-vis de la richesse en matières organiques, c’est la présence sur l’une ou l’autre rive d’un fleuve, ou sur les deux, d’une grande cité, d’une ville industrielle, et la façon dont les coutumes urbaines respectent l’intégrité des eaux fluviales, ce qui est rare et difficile, ou au contraire se servent du fleuve comme d’un canal d’évacuation naturel pour les immondices de l’agglomération humaine et pour les déchets des indus- tries diverses. Constitution de l'eau des fleuves et rivières. — L’eau courante renferme normalement le maximum d'air que l’eati peut dissoudre, de IG à 50 centi- mètres cubes (Moleschott, Bolley); les gaz de l’air y sont dans des propor- tions correspondant au coefficient de solubilité de chacun d’eux. Les matières minérales y existent en dissolution ou en suspension. a. Les premières varient en nature et en quantité, d’un fleuve à l’autre, d’un point à un autre d’un même fleuve, d’une saison à la suivante; il est clair que les cours d’eau ne dissolvent que ce qu’ils rencontrent dans le sol de leurs bords : taies svnt aquæ qualis terra per quarn fluunt (Pline). Poggiale trouvait, au môme moment, 0Br,230 de matières fixes dans 1 eau de la Seine, à l’un de ses bords, et 0Br,296 à la rive opposée. C. Schmidt remarque que les carbonates sont plus abondants en hiver, dans les eaux fluviales, alors que l’acide carbonique y est aussi en plus grande proportion. L’Elbe donne 260 milligrammes de résidu par litre à Magdebourg, et 270 à Hambourg (Reichardt); le Rhin, à Cologne, par les basses eaux, en oc- tobre 1870, renfermait 240 milligrammes de matières fixes par litre, 160 mil- ligrammes en novembre suivant, les eaux étant hautes, 245 milligrammes en janvier 1871, par la gelée (Yohl). Reichardt a examiné en des mois différents l’eau de la Saale, à Iéna, et a constaté des différences de 80 mil- ligrammes, le 3 mai, à 312 milligrammes le 3 novembre, tandis que l’eau d’une source ne variait qu’entre 295 et 470 (d’ailleurs aux mêmes dates). Cn attribue à la Seine de 180 à 330 milligrammes ; à la Tamise de 273 à 396 ; au Nil jusqu’à 1,600. Deville calcule sur 180 pour le Rhône, 300 pour la Garonne, 511 pour la Marne; Emmerich et Bruhner, sur 210 à 219 pour l’Isar en amont de Munich; Polek 135 dans l’Oder, à Breslau ; Wolffhügel 187 à 194 dans l’Aar, à Soleure; Emmerich-Brunner 191 à 247 dans le Danube, à Deggendorf. On voit que rien n'empêche, de ce côté et à priori, d’utiliser l’eau des fleuves pour la boisson et les usages domestiques. En effet, les matières fixes sont en général moins abondantes dans l’eau des fleuves que dans celle des sources, probablement parce que la première renferme moins d’acide carbonique et que des carbonates se sont pré- cipités. Quant à leur nature, ces matières sont surtout des carbonates de chaux et de magnésie, du chlorure de sodium, rarement des nitrates (Rhin, Seine). Le Rhin renferme de 0mgr_,17 à 0mgr,48 d'ammoniaque par litre (Boussin- gault, 1853); la Seine, au pont d’Ivry, 0mgr,17 (Poggiale). b. Relativement aux secondes, tous les fleuves charrient, même en dehors des grands « troubles », une cerlaine proportion d’éléments solides en simple suspension. Bischoff donne l’estimation suivante pour quelques fleuves (en milligrammes par litre) : l’Elbe 9 ; le Rhin 17 à 20 ; le Danube 92 ; le Mississipi, jusqu’à 588; le Gange 217 à 1,943. Poggiale a trouvé dans la Seine de 7 à 118 milligrammes de matières suspendues; Terme, de 350 à 1,250 dans le Rhône. Dans le Rhin et le Danube, ces éléments sont sur- tout siliceux, puis argileux, ferrugineux, calcaires. Ils sont parfois d’une ténuité telle qu’ils passent à travers les filtres et mettent 4 mois à se pré- cipiter par le repos (le Rhin à Bonn). Ce sont eux dont la constance donne 132 une véritable coloration à certains cours d’eau et leur mérite des noms qui rappellent le fait: Rio Colorado (le fer), fleuve Blanc à Java, fleuve Jaune en Chine (l’argile), Weissbach en Suisse (la chaux), Nil blanc, fleuve Bleu, Bed-River, etc. Selon Umpfenbach et E. Scbmitt, cités par Wolffhügel, le diamètre des corps (minéraux) entraînés par les eaux est proportionnel au carré de la vitesse de celles-ci, et le poids de ces corps proportionnel à la sixième puis- sance de cette vitesse. La température des eaux fluviales est réglée par la température atmo- sphérique, c’est-à-dire qu’elle est essentiellement inconstante. Nous ne parlons pas de l’eau au sortir des glaciers ni même à l’émergence de la source du fleuve. Le tableau ci-dessous, de Reichardl, caractérise à cet égard les eaux de sources, de puits, et celles des fleuves : EAU EXAMINÉE. TEMPÉRATURE. MAXIMUM. MINIMUM. DIFFÉRENCE. MOYENNE. Source (à une demi-lieue d’Iéna) 10° 8 9" 5 1° 3 10“ 3 Puits (à léna) il.O G.4 3.6 9.0 Fleuve (La Saale, à léna) 18.9 1.4 17.5 10.3 Souillures des cours d'eau. — Nous n’avons pas parlé des matières organi- ques des eaux fluviales. Elles ne différeraient pas sensiblement, comme quantité ni au point de vue de la nature, de celles des eaux de sources, encore que les débris des végétaux qui ont vécu au bord des fleuves puis- sent y tomber, et que des poissons, des mollusques ou autres animaux aquatiques, y meurent. On peut, en effet, presque toujours, utiliser sans grandes précautions, pour la boisson des humains, l’eau des rivières qui n’ont traversé que des prairies ou des champs. Mais l’homme recherche, pour y établir sa de- meure, le voisinage des cours d’eau, ces « routes qui marchent » et qui ont, d’ailleurs, tant d’autres attraits. Il est rare que les premiers habitants d’une ville située au bord d’un fleuve n’aient pas d’abord regardé ce courant comme un complaisant et naturel véhicule des immondices dont il faut débarrasser le groupe. On peut rapporter aux trois circonstances suivantes l’altération des cours d’eau : 1° le déversement des eaux de rue des villes, eaux ménagères, eaux pluviales et une notable quantité d’urine provenant des urinoirs pu- blics ou clandestins ; ces eaux sont ordinairement portées au fleuve par la canalisation souterraine; 2° la projection accidentelle ou systématique des matières de vidange au fleuve; 3° le déversement des eaux industrielles (il faut y joindre le rouissage du lin et du chanvre). Les eaux industrielles sont d’une extrême abondance dans certaines villes. Rien qu’en France, Paris, Lille, Reims, Roubaix-Tourcoing, et leurs environs en fournissent assez pour perdre de réputation les cours d’eau du pays, qui sont forcés de subir ce tribut compromettant. Les industries les plus redoutables à cet égard sont : les tanneries, les .papeteries, les amidonneries et féculeries, les sucreries, les distilleries, 1 in- dustrie des tissus (laines, rouissage, teintureries), les usines à engrais. Sou- vent ces eaux sont chaudes en même temps que sales, ce qui les aide à dénaturer plus sûrement les eaux naturelles. Scliulze et Màrcker ont cal- culé que l’eau de lavage de 100 kilogrammes de laine renferme pour une valeur de 4 à 5 francs d’engrais, potasse, azote, acide phosphorique, et Maumené estime que 300 litres de l’eau qui a lavé 1000 kilogrammes de laine pourraient rendre près de 20 francs en potasse. L’eau de la Seine, à Paris et en aval, est polluée comme nous le dirons; la Seine reçoit, dans la traversée de la capitale, le tribut de quelques blanches d égout, à Clichj, celui du grand collecteur; à Saint-Denis, le collecteui dépaitcmenlal, une quinzaine de mille maisons versent dans les égouts ce qui a passé par les tinettes diviseurs, c’est-à-dire à peu près la vidange intégrale. Cependant, ce vaste et immonde tribut lui est encore rendu plus funeste par les eaux d’industrie. Dans la Commission technique de l'assainissement de Paris (4e sous- commission,- décembre 1882), Mille constate que la Seine est déjà infectée entre Corbeil et Charenton par les usines à engrais. Les papeteries, les amidonneries, y contribuent pour leur part. Les usines qui entourent Saint-Denis ajoutent leurs eaux à celles des égouts. A Lille, au-dessus cl au-dessous, laDeule est noire et odorante; cependant, il n’y a dans la ville que des fosses Axes dont le contenu est soigneusement utilisé sous le nom d'engrais flamand. Roubaix, Tourcoing, envoient à l’Escaut l’Espierre, la plus sordide des rivières connues; pourtant, le système des vidanges y est le même qu’à Lille. Les eaux des innombrables usines delà contrée suffi- sent amplement à maintenir ces malheureux filets d’eau dans un état d'in- fection effroyable. On sait qu’il en est de même pour la Vesle à Reims, la AVupper à Barmen-Elberfeld ; à Leeds, l’Aire et le Calder étaient assez noirs •et épais, en 1868, pour qu’on pût tremper dans l’eau de ce dernier la plume avec laquelle on écrivit une pétition contre leur souillure; le tableau ci-des- sous représente l’infiuence de l’industrie du Lancashire et spécialement de Manchester sur les eaux de l’Irwel et de la Mersey (les chiffres expriment des milligrammes par litre). IRWELL. MERSEY. COMPOSITION. AU VOISINAGE des EN AVAL de Un des AU-DESSOUS de sources. M anchester. AFFLUENTS. Stockport. Matières solides en dissolution 78.0 558.0 70.20 395.0 Carbone organique 1.87 11.73 2.22 12.31 Azote organique 0.25 3.32 » 6.01 Ammoniaque 0.04 7.40 0.02 6.22 Azote en nitrates et nitrites 0.21 7.07 0.21 » Total de l’azote en combinaison 0.49 10.48 0.23 11.13 Chlore 11.50 90.30 9.40 » Dureté temporaire 3.72 15.04 4.01 10.18 Dureté totale 3.72 15.04 4.GI 10.18 Matières organiques en suspension Matières minérales en suspension )> 27.10 » » )) 27.50 >» L’eau de l’Espierre, après avoir reçu les eaux industrielles de Roubaix-Tour- coing, renferme par litre (Ladureau) : Grammes. Résidu organique — minéral j 4,650 Potasse Azote n m \ Acide phosphorique 0,024 Léon Faucher a donné l’analyse ci-dessous des eaux du Marécaux, qui reçoit les eaux des mines d’Azincourt, d’Anichc, d’Anzin et d’une sucrerie. A la sortie de Somain, ce ruisseau renfermait par litre : Grammes. Acide sulfurique 0,343 Matières organiques 0,012 Chlore, acide carbonique, chaux 1,873 Résidu sec Hydrogène sulfuré. 2,2t>0 30 centimètres cubes. L’hydrogène sulfuré est dû principalement à la réduction des sulfates par les matières organiques et par les algues. L’eau de la Sprée, à la prise d’eau de Stralau, se distingue par sa richesse en chlore : 20 à 30 grammes par litre, et en ammoniaque, 0mer,l à 12m&r,5. Les gaz de l’eau changent de nature et de proportion dans l’eau fluviale souillée. Tout d’abord, l’oxygène y est consommé par la combustion des matières organiques de déchet et, par suite, diminue. Miller a relevé les chiffres suivants sur les gaz de la Tamise en différents points : GAZ DE L’EAU. PAR LITRE. KINGSTON. II AM ME R- SMITII. SOMERSET- HOUSE. GREENWICH. K U £ •J O O £ ERIT1I. cc. CC. CC. CC. CC. CC. Gaz total 52.7 » 62.9 71.25 63.05 74.3 Acide carbonique 30.3 » 45.2 55.60 48.3 57.0 Oxvgène 7.4 5.1 1.8 0.25 0.25 1.8 Azote 15.0 15.1 16.2 14.6 14.50 15.5 Rapport de l’oxygène à l’azote.. 1:2.0 1:3.7 1:10.5 1:60.1 1:52.0 1:8.1 De même, A. Gérardin en 1874-1875, dose l’oxygène de l’eau de la Seine par la méthode de Schützenberger ( à l’hydrosulfitc de soude) et y trouve en centimètres cubes par litre : Oxygène. A Corbeil (en amont) Au pont de la Tournelle 8,05 A Auteuil (au-dessus de la bouche du collecteur) 5,99 A Épinay (au-dessous delà bouche) 1,05 Au pont de Poissy 8,12 A Mantes 8,96 A Vernon 10,40 (En 1880, l’état de la Seine avait encore empiré et la limite du titre oxymé- triquc 8 avait reculé jusque près de Vernon.) D’ailleurs, dans les eaux fluviales souillées par les déchets urbains, les proportions à'ammoniaque libre deviennent sensibles; les hydrogènes sulfuré et carboné s’y développent. Les nitrates, nitrites et surtout les chlorures prennent de l’importance et, néanmoins, comme les sels alcalins l’empor- tent sur les sels terreux, le degré de dureté (hydrotimétrique) s abaisse. Souvent, de la graisse flotte ù la surface; des acides gras fétides se produi- sent, qui annoncent au loin le voisinage de l’eau corrompue. A. Gérardin a noté avec exactitude que ces eaux deviennent vertes, tandis que les bonnes eaux sont bleues; comme celles du Rhône, à Genève, au sortir du lac, qui sont tellement bleues qu’on s’est demandé si elles n’étaient pas teintées d'iode. Les eaux vertes de- viennent de plus en plus communes; il en est, du reste, aussi de grises, de brunes, de noires. La faune et la flore aquatiques ne tardent pas, dans ces circonstances, à changer de caractère. Les pois- sons, les batraciens, les mollusques disparaissent suc- cessivement et font place aux infusoires. Le cresson de fontaine, les épis d’eau, les véroniques, qui ne poussent que dans de bonnes eaux, cèdent aux pre- miers degrés de souillure. Les roseaux, patiences, ci- guës, menthes, salicaires, scirpes, joncs, nénuphars, s’accommodent encore d’eaux médiocres. Arundo phragmites est la plus robuste des plantes aquatiques et persiste la dernière. Puis, il n’y a plus que les Algues, vertes, bleues, brunes : Confervacées, Chcira- cées, Phycochromacées, Diatomacées (fig. 6); enfin, les Algues sans chlorophylle ni phycochrome, Lepto trichées, Cladolrichces, Bcggiatoées (13g. 7) ; et les Bactéries. Fig. 7 . — Beggiatoa alba. 180 : 1. Grou- pes de filaments fixes (Zopf). On peut, si l'on dispose d’un terrain suffisant, se donner le spectacle en sens inverse de cette dégradation de la vie dans les eaux à mesure qu’elles sont plus sales. On n’a qu’à creuser, à la suite les uns des autres, quatre ou cinq bassins de décantation, se déversant du premier au dernier, à la faveur d’une certaine dif- férence de niveau et par des déversoirs de superficie. On fait arriver dans le bas- sin le plus élevé, avec quelques précautions, de l’eau d’égout ou de l’eau de dé- suintage des laines. La vie apparente disparaît dans le premier bassin; des végétaux complaisants se montrent dans le second; il y en a de plus délicats et (*) (*) A, Navicula viridula. — B, Pinnularia viridis. — C, P leur os if/ ni a attenuatum. — D, Gomphonema constrictum. — E, Tabellaria fejiestrata. — F, Diatoma vulyare. quelques mollusques dans le troisième; les grenouilles nagent déjà dans le sui- vant; enfin, sur les bords du dernier, poussent les herbes de la meilleure qualité, et le poisson que l’on y met continue à vivre. L’infiuence des eaux industrielles sur le poisson a été étudiée, en 1872, par Grandeau, à propos des soudières de Dieuze. Elle a été reprise récemment par C. Weigelt, à l’occasion du dépeuplement de certains cours d’eau en Alsace, et d’un concours institué par le roi de Saxe, en coïncidence avec l’Exposition d’hy- giène de Berlin (1883). L’auteur a examiné l’action, sur les truites et sur les tan- ches, de diverses substances vénéneuses ou suspectes. Parmi celles que l’indus- trie met le plus souvent dans les eaux, il a reconnu la haute nocuité, pour ces animaux, du chlorure de chaux, à des doses variant entre 0,0008 et 0,005 p. 1000 ; de l’acide sulfureux (0,0005 p. 1000); de l’acide sut/'hydrique (0,01 à 0,001 p. 1000); du sulfure de sodium (0,1 à 0,05 p. 1000); de l’acide phéiiique (0,01 à 0,005); tandis que les acides chlorhydrique, sulfurique, azotique sont supportés jusqu’à la dose de 0,1 p. 1000, les acides oxalique et taurique à doses plus élevées encore, le carbo- nate de soude et le carbonate d’ammoniaque à près de 1 p. 1000, et surtout les chlo- rures de sodium et de calcium jusqu’à 10 p. 1000, à la condition que la température ne dépasse pas 9®. En effet, cette dose devient mortelle à 20°, comme l’avait re- marqué Grandeau. C’est donc avec raison que Poincaré, en 1881, innocentait les ■chlorures, versés dans le Sanon par les usines de la Compagnie Solway et qui ne montent pas à plus de 0er,28 par litre, d’une maladie des poissons de la Meurthe, qui fut d’ailleurs reconnue pour être de nature parasitaire. Dans les expériences de Weigelt, les truites se montrèrent plus sensibles que les tanches; les individus jeunes plus que les grands; la nocuité des eaux toxi- ques augmentait avec la température. Ces eaux parurent ne pas influencer les œufs, protégés par leur membrane d’enveloppe ; mais l’embryon sorti présentait le maximum de susceptibilité. Enfin, ces mêmes eaux ruinaient les résultats de la fécondation, si elles se rencontraient avec la liqueur spermatique. Mais l’auteur se hâte de déclarer que ses expériences sont fort éloignées de ce qui se passe dans la nature et que jamais les poissons des cours d’eau n’y trou- vent des proportions de substances toxiques approchant de celles de ses solu- tions. C’est donc que les poissons des rivières souillées ne trouvent plus dans ces eaux, dont la faune et la flore sont, d’ailleurs, si modifiées, les conditions de leur existence. La truite, en particulier, est très difficile et veut des eaux vierges. Les poissons désertent donc et, probablement aussi, leur frai réussit mal. Nous partageons cette manière de voir. Cependant, il arrive quelquefois que ces empoisonnements aigus auxquels Weigelt ne croit pas, se réalisent par l’af- flux soudain et en un seul coup d’un liquide industriel toxique dans une rivière peu considérable. Nous avons vu, un jour, la Seille charrier des milliers de pois- sons, morts brusquement du tribut des Salines de Dieuze; les paysans ne s’em- pressaient pas de recueillir ces épaves et quelques-uns, parait-il, qui mangèrent de ce poisson, furent malades. Une autre fois, c’était la Deùle, à son entrée dans Lille, dont la surface était couverte de poissons, d'ailleurs médiocres, le ventre en l’air. Il y a, en amont, plusieurs usines très compromettantes, spécialement une fabrique de produits chimiques. Avec l’aide et les conseils du professeur Alexandre Muller, Weigelt a aussi expérimenté les eaux ménagères et les eaux d’égout renfermant des matières fécales. Les unes et les autres se montrèrent antipathiques aux poissons; mais celles dont l’action meurtrière parut la plus rapide et la plus énergique furent les eaux d’égout additionnées de matières fécales. Les analyses décelaient, dans les gaz de l’eau d’égout, 70 0/0 d’acide carbonique; l’oxygène, par rapport à l’azote, était comme 1 : 27; dans les eaux ménagères, il n’y avait que 39 0/0 de CO2 ; oxygène 1, azote 10. Probablement aussi qu’il se rencontrait, dans 1 eau d'égout, de l’hydrogène sulfuré, lequel est toxique a petites doses pour les pois- sons, comme il a été dit plus haut. Mais le fait capital est évidemment, en ceci, la privation d’oxygène. Les poissons meurent d'asphyxie lien plus r/ue d empoisonne- ment. En fait, il est beaucoup d’espèces, les carpes, les tanches et même les per- ches (Lavalettc-Saint-Georgcs, Bouclnardat), qui sont très friandes des excréments humains et s’en alimentent avec succès. Ce qui n empêche pas qu on obsci ve une grande « mortalité de poissons » dans la Sprôe, chaque lois qu une pluie d orage, abondante et brusque, a poussé dans la rivière le trop plein des « déversoirs de nécessité ». Les poissons se trouvent soudain dans une eau qui a absorbé tout l'oxygène pour les oxydations dont elle est le foyer. C. Aird a remarqué qu’on les voit alors, les petits surtout, venir avaler de l’air à la surface. Mais comme ils doivent introduire l’air de l’eau par leurs branchies et non l’air atmosphérique par la bouche, ils ne succombent pas moins à l’asphyxie. On a dit, avec raison, que la destruction des poissons est une perte cer- taine d’aliments. Il faut ajouter qu’en supprimant la pèche, elle enlève du même coup à bien des gens l’occasion d’une promenade et d’un exercice au grand air, que l’hygiène voyait d’un bon œil. Le canotage, à Lille au moins, résiste à la souillure des cours d’eau; il serait, pourtant, plus favo- rable encore à la santé s’il ne plaçait point les amateurs dans une atmo- sphère affadie parles émanations de l’eau sale.L’usage du bain de rivière, dans de pareilles conditions, devient un acte de courage et se perd peu à peu. Enfin l’eau ne se prête môme plus aux lavages vulgaires, à l’arrosage des rues, et l’industrie d’aval finit par être ruinée d’eau par l’industrie d’amont. A d’autres égards, la précipitation des matières en suspension dans l’eau fluviale accumule la vase dans le lit du fleuve, compromet l’air environnant, entraîne à des dragages coûteux et même exhausse le fond du lit, comme il est arrivé à la Bièvre,à Paris, à l’Escaut, de Cambrai à Valenciennes, au Danube, à Vienne. La projection des eaux d’égout aux rivières pollue les cours d’eau à l’égal de l'industrie, surtout (mais pas beaucoup plus) si les égouts reçoivent les matières fécales et toutes proportions gardées. Toutefois, il est clair que le degré de souillure dépend beaucoup de la puissance du fleuve, de son débit et de la rapidité de son cours par rapport au nombre des habitants qui en usent. Les hygiénistes allemands, qui ont eu recours à cette formule très rationnelle, à Nüremberg en 1877, songeaient à Cologne qui dispose du Rhin, à Francfort qui a le Mein à ses portes, à Munich traversée par l’Isar. On voulait, avec raison, instituer le « tout à l’égout» et, provisoirement au moins, charger le fleuve d’emporter l’intégralité des immondices. Un peu plus lard (1882), Emmerich montrait que la dilution fécale dans l’Isar ne pouvait dé- passer le degré inoffensif. Il est impossible de ne pas reconnaître qu’en effet les inconvénients de la projection des eaux-vannes aux cours d’eau publics sont relatifs et peuvent être très atténués; le Rhin, à Bonn, ne renferme pas plus de matière organique (0mgr,28 p. 100) à 180 mètres au-dessous de l’em- bouchure de l’égout collecteur qu’en amont de la ville (Wachendorf). Mais il n’est pas moins légitime de maintenir le principe : que le déversement des eaux industrielles ou des eaux d'égout dans les cours d’eau publics doit être inter- dit, à moins d’une épuration préalable satisfaisante. Nous ne faisons pas de distinction, et pour cause, entre les égouts qui reçoivent systématiquement la vidange et les autres. Assainissement spontané des cours d'eau. — Les eaux courantes, affectées d'inconstance et de dépendance, comme on vient de le voir, tendent néan- moins à reprendre la pureté originelle et y arrivent dans de certaines con- ditions. Les moyens de l’assainissement spontané des fleuves sont : 1° la dilution des impuretés par l’abondance croissante de l’eau, que déterminent les affluents visibles ou souterrains des cours d’eau; 2° la précipitation des matières, favorisée par le frottement sur le fond et les bords de la rivière; 3° l'oxydation, dont les infusoires, les algues, les bactéries et peut-être les végétaux et les animaux supérieurs sont, par de certains côtés, les agents; le mouvement du flot, qui multiplie les contacts avec l’air atmosphérique, secondant puissamment le phénomène. A mesure que ce travail d’oxydation est plus avancé, il reste de plus en plus d’oxygène libre dans l’eau et la ri- vière reprend son taux normal, 9 p. 1000, comme la Seineà Yernon. Letheby prétendait que l’eau d’égout, diluée dans 20 fois son volume d’eau fluviale pure, est tout à fait inoffensive après avoir cheminé l'espace de 20 milles anglais; la formule est trop optimiste; Frankland montra, au contraire, que beaucoup de cours d’eau d’Angleterre ne sont pas assez longs pour avoir le temps d’oxyder toutes les impuretés que les cités riveraines leur ont im- posées. Les résultats sont, d’ailleurs, fort variables. Selon Fr. Huhva, l’Oder n’a repris sa pureté qu’à 32 kilomètres au-dessous de Breslau, tandis que, d’après Hawksley, le Trent, qui reçoit les égouts de 2 millions de person- nes avant d’atteindre Nottingham, fournit cependant à cette ville une eau limpide, de bon goût et chimiquement pure. La Wupper, si effroyablement sale à Elberfeld, est redevenue assez pure et limpide à Opladen, quelques milles plus bas, pour être recherchée dans les opérations les plus délicates de la teinturerie. En revanche, l’Escaut, àGand, n’est pas encore débarrassé des souillures que lui a versées l’Espierre, à 60 kilomètres plus haut. Les analyses de Schelhass, Brunner, Emmerich, ont démontré que l’Isar, qui reçoit, à Munich, quarante-neuf ruisseaux de rue, s’assainit spontanément à un haut degré. Dans l’État de Massachusets, d’après Ripley-Nichols, le Blackstone-River, qui reçoit les égouts de Worcester, est d’une putridité absolue à quelques milles au-dessous de cette cité; il lui arrive quelques affluents non pollués et, à Blackstone même, à 20 milles en aval, il a sem- blé assez pur pour pouvoir être proposé comme source de l'approvisionne- ment d’eau. Le Merrimack-River est encore plus étonnant; les villes manu- facturières de Lowel et de Lawrence s’y déchargent de leurs eaux indus- trielles et même de leurs eaux d’égout; cependant, ses eaux, même en aval de Lawrence, sont encore moins altérées que celles du précédent à Blackstone. Les expériences de Ch. Lauth, contrairement à celles de P. Bert et de Ilorvath, mais conformes à celles de Hansen, Reincke, H. Buchner, etc., ont montré que l’agitation de l’eau d’égout à l’air empêche la putréfaction et favorise la com- bustion rapide des matières organiques en même temps que le développement des Infusoires et des Algues. Le tableau ci-après, emprunté à Gérardin, exprime les effets du mouvement sur l’oxygénation de l’eau, quelle qu’elle soit : Variation* de la quantité d'oxygène dissous dans un litre d’eau avant et après sa chute. Bois de Boulogne. Chantilly Gonesse Aubervilliers c. c. Canal, au-dessus de la grande cascade 9,60 Grande cascade, au rocher sur lequel l’eau se brise... 10,70 En amont du dôservoir du grand lac 8,9G En aval du dôservoir 10,20 Puits artésien, à la sortie du tube 2,40 — après une chute d’un mètre 4,10 Puits foré, à la sortie 3, — à la surface de l’eau 3,25 Pour épuiser les modes de la souillure, rappelons que les grands cours d'eau ont parfois servi de sépulture aux cadavres d’hommes et d’animaux, après les grandes batailles ou dans les calamités publiques, comme le Rhône pendant la peste noire (1348) qui, béni au préalable par lepape Clément VI, reçut parmillicrs les morts d’Avignon. Aujourd’hui encore, le Gange reste pour les Indiens un tleuve sacré; on s’y baigne par dévotion et l’on confie à ses flots, comme à un Dieu, les dernières dépouilles des parents morts. Indépendamment de ces rôles divers, les eaux courantes ont encore une action sur les qualités de l’atmosphère qui se trouve à leur contact plus ou moins im- médiat. D’une part, les fleuves à cours rapide entraînent avec eux les colonnes d'air dont la base est à la surface de leurs eaux; ce sont des ventilateurs éner- giques, assurant la salubrité des habitations élevées sur leurs rives, autant que des « bras morts» la compromettraient. D’autre part, ils humectent et rafraîchis- sent l’air par l’évaporation, que le mouvement du flot favoidse encore. Cette hu- mectation arrive facilement à être excessive et nos villes de Lyon (Marmy et Quesnoy), de Bordeaux, Paris même, lui doivent la fréquence de leurs brouillards. Les fleuves sont des « chemins qui marchent » pour les relations nationales et internationales. L’industrie humaine crée même des cours d’eau artificiels, d’une direction plus simple, d’un tirant d’eau plus régulier, les canaux, pour appliquer le plus largement possible ce mode de transport, le moins coûteux de tous. Au point de vue de la qualité des eaux, les canaux devraient infiniment ressembler aux fleuves, desquels ils s’alimentent; quelques-uns ne sont même que des ri- vières « canalisées ». Malheureusement, la faible pente des canaux, si favorable à la navigation, la grande fréquentation de ces voies commerciales, leurs rapports intentionnels avec les grandes usines, avec les cités manufacturières, les exposent particulièrement aux divers genres de pollution. Quelques-uns d’entre eux, comme à Lille, pénètrent au cœur de la cité, soit pour les facilités du commerce, soit avec l’intention de servir au drainage des rues et au collectionncment des immondices de la voie publique. De tels canaux sont voués à une infection ra- pide et fatale, lors même que le maintien de la pratique arriérée des fosses fixes, comme en Flandre, les préserverait du déversement systématique des matières de latrines. Ceux qui sont à ciel ouvert, et quelques-uns ne peuvent être autrement, souillent l’atmosphère de leurs émanations. Couverts ou non, il est peu probable qu’ils soient cause d’infiltrations putrides dans le sol, parce que les dépôts va- seux imperméabilisent leur fond. Ils n’influencent donc pas les puits du voisi- nage. En effet, il est beaucoup de puits, à Lille, très voisins des canaux, dont l’eau est bonne, sauf sa richesse en nitrates. Ce ne serait qu’en se remplissant brusquement par une pluie d’orage, après de longs jours de sécheresse, que les canaux pourraient permettre l’issue de l’eau par leurs parois crevassées. C’est-à- dire que les infiltrations sont des accidents et non la règle. Les fleuves n’assainissent plus l’air ni le sol quand au lieu de rouler des flots puissants et rapides dans un lit bien encaissé, ils hésitent dans leur direction s’étalent, se divisent en bras multiples, changeant même délit de siècle en siècle. Au lieu d’aider au drainage du sol, ils y entretiennent le marécage et infestent l’air d’émanations putrides. Peut-être que l’insalubrité de la Mésopotamie et des rives de la mer Caspienne, foyer actuel de la peste ; que celle de l’Inde, berceau du choléra, sont dues à des circonstances semblables dans le régime etles allures des fleuves de ces contrées. Des faits identiques se reproduisent aux deltas de beaucoup de grands fleuves. Mais ici, le mal porte avec lui son correctif pourvu que l’homme sache et veuille l’appliquer. La plupart de ces fleuves qui s’obstruent eux-mêmes, qui se barrent à leur embouchure, le Rhône, le Pô, le Danube, sont des « fleuves travailleurs». Leurs troubles, les sables, les matières minérales qu’ils apportent avec leurs eaux et qui se déposent au moment où l’arrivée à la mer ralentit leur cours, sont du continent nouveau que les fleuves gagnent sur le bassin maritime, en le comblant à l’aide des fragments arrachés à la montagne. Il y ajustement là le moyen d’an- nuler par le lavage et le colmatage les dangereux marais qui se forment dès que se réalise le conflit des eaux douces et des eaux salines. Le procédé a été expliqué (p. 143). Enfin, les fleuves sont sujets aux crues et deviennent les agents d’inondations, quelquefois fertilisantes quoique peu salubres, comme celles du Nil; plus souvent désastreuses et coûtant des vies humaines tout d’abord en même temps qu’elles assurent d’une façon durable la ruine de populations nombreuses. En France, le Rhône, la Loire, la Garonne, ont sous ce rapport leurs fastes funèbres. C’est un fléau contre lequel les riverains sont presque toujours désarmés. Les ingénieurs, en ce moment même, en étudient d’une façon active et bien opportune les causes etles remèdes. 11 paraît dès maintenant établi que ledéboisement des montagnes et la destruction de toute végétation herbeuse (Surell) sur les hauteurs y jouent un rôle considérable etdes plus funestes. La végétation, si faible qu’elle soit, re- tarde la fonte et le glissement des neiges, conduit et retient une portion des eaux dans le sol par le chevelu des racines, en évapore une autre par les parties de la plante à la lumière. C’est donc de ce côté que doit d’adord se porter l’attention des gouvernants, des administrations forestières, des autorités locales. En fait, des améliorations sérieuses sont commencées (voy. p. 112). Lmcs et étangs. — Ces collections aqueuses sont dues à une ou plusieurs des circonstances suivantes : à la portion des eaux de pluie qui n’a pu trouver son écoulement vers les fleuves ni s’infiltrer dans le sol; aux sources plus ou moins visibles et à l’eau souterraine qui s’épanchent dans les dépres- sions de terrain formant le bassin des lacs ou étangs; quelquefois à un fleuve tout entier, qui traverse ces collections ou s’y termine. L’eau des lacs de montagne est très pure; il est aisé de le comprendre, lorsque les précipitations atmosphériques ont la plus grande part dans l’entretien de la masse aqueuse; le défaut de déplacement limite, en effet, l’action dis- solvante de cette eau etles occasions de souillure organique sont rares ou nulles. Mais l’eau du lac se puriûe encore parle simple repos, comme l’ont démontré Hermann Fol et Dunant, Plagge et Proskauer, lorsque le lac n’est que l’évasement du lit d’un fleuve, ainsi qu’il arrive pour le llkône par rapport au lac de Genève, à d’autres rivières ou lacs de Suisse et, d une façon un peu différente, au lac de Tegel par rapport à la Havel. Les lacs et étangs tournent aisément au marais, par insuffisance de tribu- taires et de courants d’écoulement. Il n’est pas impossible que le voisinage des groupes humains leur inflige les mômes souillures qu’aux fleuves, avec une gravité qui est en raison inverse de la masse liquide qu’ils contiennent. Les oscillations de la température de ces eaux sont soumises à des influences analogues; une grande profondeur maintient le degré thermique dans des limites peu étendues. En été, par suite du peu de mobilité de l’eau, la température est plus élevée à la surface que dans la profondeur. Le lac de Gérardmer, dans les Vosges, essentiellement constitué par les •eaux météoriques, a une eau presque exempte de matières minérales, suivant Braconnot. Celle du lac Starnberg, étudiée par Mendius et par Thiem, au point de vue de l’approvisionnement de Munich, en renferme seulement 50,2 milligrammes par litre; celle du lac Rachel, dans la forêt de Bohême, 70 milligrammes (Johnson). L’eau du lac de Zurich, en janvier, par les basses eaux et à une température de 3°,5, a offerL à Moldenhauer un résidu de I39mgt,3 (Knapp, Wolffhügel). Nous reproduisons ci-dessous un tableau emprunté par Wolffhügel à Veitmeyer et Bischoff, relatif à la cons- titution des eaux de quelques lacs qui alimentent Berlin ou qu’il est ques- tion d’exploiter pour cet office. Les analyses sont dues à Finkener. CONSTITUTION DE L EA». Résidu après évaporation Permanganate de potasse employé. Perte au rouge Chlore Acide nitrique Ammoniaque Acide sulfurique Oxyde de fer et alumine Chaux Magnésie Degrés hydrotimétriques Acide carbonique 1 Acide carbonique Oxygène Azote LAC DE TEGEL. MUGGELSEE. LANGENSEE. ta W . _■ %n _ua i| § ë u .P < J < •J a ® a O < J U c a o g 3 * c. o 3 « rf H O 3 ce a H mgr. mgr. mgr. mgr. mgr. mgr. 188.3 231.7 151.7 160.7 170.5 222.0 12.9 1 3.8 22.8 3.8 36.0 10.1 13.6 15.2 20.2 15.4 20.3 8.2 12.6 21.5 10.2 10.4 16.0 22.8 2.1 5.4 2.0 1.0 0.4 0.6 0.7 0.8 0.9 0.4 2.0 2.4 10.2 17.7 20.8 8.0 12.4 8.9 1.3 0.7 0.8 0.5 0.5 3.6 63.5 84.3 44.1 53.5 49.9 77.1 8.1 6.8 3.7 8.1 7.2 8.3 7.5 9.4 4.9 6.5 6.0 8.9 55.1 61.5 29.4 44.2 42.9 63.5 2.74 1.79 1.94 7.71 2.20 10.58 0.03 2.90 9.06 3.71 5.80 » 18.64 17.86 17.12 17.48 14.14 » Comme il sera dit plus loin, l’eau des lacs peut servir à l’approvision- nement des groupes humains. Dans le sud de notre Algérie, où les cours d eau tarissent en été, les indigènes et leurs troupeaux s’abreuvent à de grandes flaques (reclirs) formées par la pluie dans des dépressions de terrain Arnould, Hygiène. 2e édit. j { imperméable. C’est une boisson des plus médiocres. Quant aux lacs sans profondeur, à eau saumâtre, qu’on appelle les chotts, ils sont tout à fait impropres à la boisson. Ti’enu de» marais. — C’est déjà celle des chotls et des redirs. On n’en utilise de pareilles que le moins possible, pour quelque usage que ce soit, en pays civilisé. Il n’est pas certain que la fièvre intermittente puisse venir par ce véhicule (voy. page 196) ; mais il vaut mieux s’abstenir, quand on peut faire autrement, que de boire l’eau de marais. Cependant, il existe, paraît-il, dans les plaines basses de l’vUlemagne du Nord, des localités rurales qui ont dans leur voisinage des mares où l’eau se trouble aux premières cha- leurs par le développement d’organismes inférieurs; puis, celte végétation précipite d’elle-même en clarifiant, au-dessus d’elle, l’eau, qui redevient potable et dont on boit, en effet, sans inconvénient. L’eau des marais, au point de vue des caractères qui dépendent de la provenance, ressemble à l’eau des lacs et étangs. Elle est encore plus exac- tement soumise à l’action de la température extérieure, puisque les marais manquent essentiellement de profondeur. Même sans être précisément impure, et par ce fait qu’elle subit le contact de l’air sans être en mouve- ment, elle renferme les Diatomées et des algues vertes dont se nourrissent Fig. 8. — Daphnia pulex, a, grandeur naturelle; A, le même très grossi. Fig. 9. — Cyclops quculricornis, d'après Brehm, la Vie des animaux. les grands Infusoires. On y rencontre des Infusoires ciliés, 1\ assit Ig, Loxo- des, ürostyla; des Entomostracés, Dctphnia (fig. 8), Cyclops {fig. 9) et Cypris, des Rotateurs, des vers nématodes. Quand il y a des matières organiques- en suspension, des champignons inférieurs, suivant F. Colin, se déve- loppent sur leurs débris : Leptomitus lacteus, Pénicillium glaucwm, Mucor mucedo, Aspergillus; puis d’autres Infusoires apparaissent : Amibes, Para- mecium aurclia, Amphileplus lamella, Oxytricha pellionella, Epistylis, L ki- lodon cucullus, Euplotes charon, des Anguillules, des Rotateurs [Rotifer vulgaris), etc. Les œufs de beaucoup d’Entozoaires sortent de là: Tricho- céphale, Stroqgle, Douves, Bolhriocéphale, Tænias. Ce qui peut être le moins démontré, malgré une infinité de tentatives, c'est la présence dans l’eau des marais du principe, vivant ou non, des fièvres palustres. B. Eaux souterraines. Nous avons exposé antérieurement (chap. I, page oo), le mode de for- mation de la nappe souterraine. Au point de vue qui nous occupe actuelle- ment, cette nappe est une collection aqueuse, plutôt virtuelle que libre, composée d'une infinité de filets ténus, circulant (Gosselel) autour de chaque particule du sol poreux et se déplaçant d’ensemble dans un sens qui porte la masse vers les collections visibles, fleuves et lacs, avec des chances de voir quelquefois, sous l’influence des crues, l’eau de ces col- lections superficielles refluer vers 1 eau souterraine. Sauf ce dernier cas, les nappes souterraines sont de vastes réservoirs d’une eau qui devient de plus en plus pure, au fur et à mesure de son che- minement dans le sol, qui est très lent dans le sens vertical, aussi bien que dans le sens horizontal, ainsi qu’il a été dit. Même lorsque le trajet à par- courir n’a pas été long et n’a point dépassé quelques mètres, s’il s’est fait à travers le sol normal, l’eau a eu le temps et les moyens d’abandonner à ce filtre naturel les organismes amenés de la surface et d’y oxyder les matières organiques solubles qu’elle a lavées à l’extérieur. C’est pour cela, précisément, que les sources présentent, à leur sortie de terre, une eau pure, c’est-à-dire exempte de matière toxique ou infectieuse, et douée aussi de propriétés moins négatives. Les sources ne sont que l’apparition spontanée de la nappe souterraine sur un point particulier; leur eau est d’abord de l’eau de la profondeur. Les puits, qui sont la mise au jour, voulue et artificielle, de la nappe sou- terraine, ne diffèrent pas, originairement, des sources. Nous rattachons l’une et l’autre modalité à cet article. L,es sources. — C’est l’eau de la pluie qui, infiltrée dans le sol jusqu’à la profondeur où se rencontre une couche imperméable, a formé une nappe souterraine, puis a reparu sur quelque point de la surface, comme l’expli- quait Bernard Palissy, à la faveur de l’inclinaison de la couche imperméa- ble. Les stratifications, en effet, sont rarement horizontales ou seulement parallèles à la surface du sol [synclines] ; le plus souvent, elles sont isoclines ou anticlines, c’est-à-dire qu’elles ramènent les eaux des deux pentes d’une même vallée vers le fond de celle-ci ou les en écartent; dans ces deux- derniers cas, l’eau tend à sourdre et à jaillir au point le plus déclive de la couche imperméable, là où elle affleure à la surface. La figure 10, d’ailleurs schématique, montre comment il peut jaillir en C, une source provenant de la couche perméable D C. Elle représente encore une autre circonstance géologique, en raison de laquelle l’eau jaillit en un point beaucoup plus élevé que la portion déclive de la nappe souterraine, c’est la présence d’une lame de porphyre ou de trapp, coupant plus ou moins perpendiculairement les stratifications. Dans ce cas, le porphyre forme digue et oblige l’eau à remonter, en S par exemple. Enfin, il airi\ecjue 1 apparence de source jaillissante est due à ce que les géo- logues appellent une faille. C’est ainsi que la figure 11, due au professeur Chan- dler, reproduit le mécanisme suivant lequel sourdent les eaux minérales de la vallée de Saratoga (New-York). L’eau du terrain perméable B, à droite de la figure, Fig. 11. — Mécanisme suivant lequel sourdent les eaux minérales de la vallée de Saratoga (**)• tombe au fond de la faille et, ne rencontrant que des roches compactes, est forcée de remonter; n’étant pas suffisamment reprise par la portion de gauche de la couche perméable, qui regarde en haut, elle reflue jusqu’à la surface S. On peut, d’après ces faits, être certain que les couches profondes du sol retiennent fréquemment des nappes souterraines, destinées à ne pas appa- raître au jour spontanément, soit à cause de leur horizontalité uniforme, soit parce que de larges lacunes entre les assises des terrains, des fissures en sens perpendiculaire ou oblique, ou bien une perméabilité presque indé- (*) (**) (*) AB, assise imperméable. — CD, coucbe perméable. — S, source déviée par un filon de porphyre. (**) AA, terrain imperméable. — BB, souche perméable. — CC, D, E, couches superficielles. — S, point où l’eau reflue par la faille. finie, les ont conduites à une grande profondeur. Là, les eaux souterraines forment des fleuves ou des lacs invisibles qui, parfois, communiquent avec les eaux visibles d’une façon imprévue et en influencent le niveau ou le cou- rant. Dans le langage de l’hygiène, elles n’appartiennent plus à la nappe souterraine. Ce sont elles que va chercher la sonde pour les puits artésiens. Si l’homme, sur quelque point, va «à la recherche de la nappe souter- raine, en creusant dans l’épaisseur du sol, il la rend apparente et crée, à des profondeurs variables, une collection d’eau qui, d’ordinaire, ne jaillit point, mais, sauf cela, ne diffère en rien, primitivement, de l’eau des sour- ces. Ce sont les puits, qui, pratiquement, forment une classe de sources, tout à fait à part, à cause de la facilité et de la régularité avec lesquelles leur eau est influencée par la présence de groupes humains sur le sol correspondant. Caractères des eaux de source. — 11 est impossible d’assigner à priori des caractères spécifiques aux eaux de source; l’idée contraire est même un écueil dont il faut se garer. Ce qui est le plus constant, c’est que les eaux de pluie, si elles ont entraîné dans le sol des matières organiques, les y perdent par la transformation de ces matières en sels, à la faveur du che- minement très lent des eaux d’infiltration à travers les couches perméables. Les eaux de source, à leur émergence, sont donc toujours très pauvres en matières organiques, suspendues ou dissoutes, et en micro-organismes. En revanche, elles ont pu dissoudre largement l’acide carbonique de l’air du sol. Par leur action dissolvante commune et surtout par l’aide que leur donne leurrichesseenCO2, ces eaux altaquentles couches perméables, qu’elles tra- versent, et même les couches^orewses, qui lesgardent jusqu’à ce que de nouvel- les infiltrations viennent les déplacer. Elles font passer à l’état de bicarbonates les carbonates de chaux et de magnésie, peu solubles dans l’eau ordinaire, mais assez solubles dans l’eau chargée d’acide carbonique (Fresenius, Bis- chof, Mohr), et dissolvent des proportions notables de ces sels terreux. Le môme fait se produit vis-à-vis des oxydules de fer et de manganèse. Les sili- cates alcalins et terreux de l’argile, du feldspath, du granit, des schistes, qui ne sont pas insensibles à l’action de l’eau pure (Dietrich), sont eux- mêmes attaqués par les eaux acidulés, selon l’observation d’Ebelmen. La présence des sels ammoniacaux favorise le phénomène en provoquant des doubles décompositions; de même, le carbonate de magnésie en présence du gypse se transforme en sulfate soluble. 11 résulte de là que la constitution des eaux de source varie essentielle- ment d’un lieu à un autre et dépend de la nature des terrains que l’eau a traversés dans sa route souterraine. L’eau des roches silicalées, Quartz, Feldspath, Granit, Gneiss, Porphyres, Basaltes, Syénite, est pauvre en élé- ments minéraux. Moins pauvre est l’eau des terres argileuses, qui renferment également de la chaux et de la magnésie, et celle du sable, dont les grains sont le plus souvent agglomérés par de la marne calcaire. L’eau des terres calcaires, de la craie, de la dolomite, est la plus riche en carbonate de chaux et de magnésie. Les sulfates et les chlorures prédominent dans les eaux des terrains gypseux. L’eau des terrains humifères, toujours assez minéralisée, 1 est plus dans l’humus formé de débris argileux et calcaires que dans celui dont le sable et les graviers siliceux forment la masse; elle accuse, dans l’un et l’autre cas, son passage sur des débris organiques par la présence de la potasse, de l’ammoniaque, de l’acide phosphorique, ou de leurs combi- naisons, et en moindre quantité, de l’acide silicique, de la soude, de la chaux, de l’acide sulfurique (Way, Liebig). On s’explique, en conséquence, que les éléments minéraux habituels des eaux de source, les plus naturelles de toutes les eaux, soient l'oxygène, l'azote, l’acide carbonique; les carbonates de chaux, de magnésie, de fer, dis- sous à la faveur de cet acide; la silice libre et les silicates alcalins et ter- reux; les sulfates de chaux et de magnésie, le chlorure de sodium; excep- tionnellement, les sulfates, chlorures et nitrates d’ammoniaque, de 'potasse, de soude, de chaux. Les trois gaz de l’air, les sels de cbaux, le sel marin, n’y manquent à peu près jamais. On peut, sous réserve de l’examen bac- tériologique, regarder comme pures les eaux qui ne renferment pas plus de 50 à 60 parties de matières dissoutes pour 100,000 d’eau, dont 15 à 25 sont constituées par la chaux et la magnésie, 2 à 3 par le chlore, 8 à 10 par l’acide sulfurique, quelques cent-millionièmes par l’ammoniaque, l’acide azotique ne s’y révélant point. FORMATION. CONTRÉE. EN l’eau CONTIENT MILLIGRAMMES, PAR LITRE. W D O . H ~TZ 2£S O 5 K c § = C ' 3 -a •G) Matière organique. Acide 1 nitrique. | Chlore. j Acide | sulfurique. | Chaux. d "en -c £c S 24.4 15.7 » 3.3 3.9 9.7 2.5 12.7 70.0 4.0 s .2 3.4 30.8 9.1 43.5 Silésie 210.0 4.7 traces. 10.3 44.8 21.0 74.2 160.0 19.2 8.4 17.1 61.6 22.5 93.1 150.0 1.8 traces. 3.4 31.6 28.0 60.8 Porphyre alumineux.. — 25.0 8.0 n h 3.4 5.6 1.8 8.1 120.0 0.5 2.5 24.0 50.4 7.3 60.6 60.0 17.3 8.8 1.7 2.8 3.6 7.8 70.0 17.0 2.0 5.0 5.6 1.8 8.0 80.0 21.0 10.6 10.0 44.0 10.S 59.1 125.0 13.8 4.2 S.8 73.0 48.0 139.6 à à 225.0 9.8 — Près de Meiningen. . 300.0 9.1 4.0 3.2 3.4 95.2 7.2 105.0 190.0 4.0 8.9 27.5 39.2 28.0 78.4 — Prés de lludolstadt.. 90.0 2.0 )> 7.5 n 10.0 3.6 15.0 Muschelkalk 325.0 9.0 0.21 3.7 13.7 129.0 20.0 169.5 Dolomie (Chiffres moyens)... 418.0 5.3 2.3 traces. traces. 140.0 65.0 231.0 34.0 Gypse Près de Kudolstadt.. 2365.0 traces. traces. 161.0 1108.3 766.0 122.5 927.5 1 degré hydrotimétrique allemand = 1,25 anglais : 1,79 français. Selon la prédominance de telle ou telle roche dans une contrée, les eaux offrent une prédominance relative des éléments minéraux correspondant à cette roche, ainsi qu’il ressort du tableau précédent, emprunté à Rei- c’iart (d’iéna). L’eau de quelques sources provenant de terrains tourbeux ou d’analogues renferme des molécules organiques réfractaires à l’oxydation, certains éléments solubles de l’humus, les acides crénique, apocrénique,' /tumique, formique (Schérer, Gorup-Besanez, Vogel). La proportion de gaz dissous dans l’eau de source est habituellement peu élevée, puisque cette eau n’a pas eu de contact avec l’atmosphère avant son émergence. Boussingault indique le maximum de 35 centilitres par litre. Ces gaz sont ceux de l’air et surtout l’acide carbonique, aban- donné par les bicarbonates au moment où l’eau voit le jour. La température de l’eau de source est à peu près constante, ce qui lui assure d’ordinaire, pendant la saison chaude, le mérile de la fraîcheur. Bans nos contrées, elle est entre 10 et 12 degrés, c’est-à-dire voisine de la moyenne thermique du lieu. Quelques eaux minérales et celles des puits artésiens, venues de grandes profondeurs, ont une température en conséquence et assez élevée pour qu’on puisse en donner des bains chauds. L’eau du puits de Grenelle (548 mètres) sort à 28°; celle du puits artésien de Rochefort (856 mètres) arrive à plus de 40 degrés. Valeur sanitaire des sources. — On ne doit pas formuler de jugement absolu sur l’eau de source. On a fait remarquer qu’elle est facile à ame- ner dans les villes par les seules forces de la gravitation; mais beaucoup de villes sont à un niveau plus élevé que l’émergence des sources dont elles disposent et ce n’est qu’un jeu, aujourd’hui, pour les ingénieurs, d’installer des machines élévatoires. Bouchardat, après Hippocrate et J.-P. Frank, a répété qu’il faut juger des eaux par la santé des habitants des lieux où l’on en use; mais, outre qu’il est bien désirable, quand il s’agit de sources que l’on ne connaît point et que l’on voudrait utiliser, de ne pas faire sur l’homme des expériences qui peuvent être dangereuses, il faut bien se dire que l’eau de source elle-même, à moins d’être soigneusement protégée dès le point où elle sort de terre (et même un peu avant), n’est pas à l’abri de toute influence extérieure. Telle qui a longtemps abreuvé un hameau avec avantage pourrait ne pas rester sans tache si le hameau deve- nait une ville. 11 est des sources avoisinant les terrains sur lesquels se font des irrigations à l’eau d’égout ou d’industrie, par conséquent à distance des villes, et qui n’en sont pas mieux protégées, parce que des crevasses, des galeries de taupes, à un jour donné, mènent tout droit les eaux de surface dans la profondeur. Ailleurs, l’eau de source jaillit en pleine campagne, mais traverse, avant d’être introduite dans l’aqueduc qui la porte jusqu’à une ville populeuse, un faible groupe d’habitations auquel on n’a pas atta- ché d'importance ; ou encore, le canal fermé qui contient l’eau de source présente quelque Assure, juste au niveau des rares maisons situées sur son passage. Un jour, dans quelqu’une de celle-ci, il y a le choléra ou la Aèvre typhoïde; puis un peu après, la fièvre typhoïde ou le choléra éclatent dans la ville en aval. Et de lourds soupçons, non sans apparence de fonde- ment, pèsent sur cette eau de source, d'ailleurs pourvue de toutes les qua- lités (Gênes, Clermont-Ferrand). En An de compte, l’eau de source est pure, tant qu’elle reste Y eau souter- raine, dans sa virginité première ou reconstituée (parla Altration) ; c’est-à- dire quand elle est éloignée ou à l’abri des influences du voisinage de l’homme. Si elle devient un moment « eau de surface », elle a les mêmes chances de souillures que celle des fleuves et que celle des lacs et étangs dont il a été question. Notons que les sources, si légitimement recherchées pour l’alimentation des villes, n’ont pas un débit absolument constant. On en connaîL qui ont baissé spontanément et trompé de graves calculs. Certaines administrations municipales ont essuyé, de ce chef, de véritables catastrophes financières. lies puits. — On distingue les puits plats, creusés dans la première nappe, c’est-à-dire dans la véritable nappe souterraine, et les puits pro- fonds, que l’on descend jusqu’à une seconde nappe et auxquels Frankland assignait une profondeur d’au moins 30 mètres. Surtout, comme les puits sont le véritable moyen d’accès et le plus commun jusqu’à la nappe sou- terraine, on a séparé ceux des nappes sous-jacentes aux grandes villes des puits qui fournissent l’eau d’une nappe sans soupçon, par exemple de celle qui s’étend sous le sol d’une petite localité champêtre sans établisse- ment industriel. Ces distinctions ont perdu beaucoup de leur importance depuis que, par l’expertise bactériologique des eaux, par la vérification des résultats du fil- trage, par l’étude des propriétés du sol, on a appris que la nature et l’abon- dance des substances chimiques de l’eau des puits n’ont pas de rapports (Heræus, Plagge et Proskauer, Ch. Girard) avec la richesse en bactéries, et surtout en bactéries pathogènes, et que le sol, même celui des villes, n’est pas absolument disposé à laisser pénétrer dans les puits des matières in- fectieuses, sans parler encore des constatations de C. Frankel, qui portent à croire que les couches telluriques en contact avec la nappe souterraine n ont habituellement plus de micro-organismes. La condamnation sommaire des puits plats serait excessive, car il en est beaucoup d’excellents ; l’instal- lation systématique de puits profonds de 30 mètres serait souvent puérile et coûteuse, attendu qu’elle est rarement nécessaire. Il peut y avoir et il y a souvent, dans de très petites localités, des puits détestables, parce qu’ils sont mal construits et mal protégés contre les souillures extérieures, alors que la nappe est irréprochable. Et l’on peut rencontrer, en pleine grande ville, des puits dont l’eau, sans être parfaite, au sens de la chimie, est néan- moins pure, dans le sens que nous avons défini plus haut. Dans les villes, les puits sont mieux abrités que dans les campagnes contre les influences du dehors. Quant à la constitution de la nappe urbaine, elle est commu- nément assez riche en nitrates, en chlorures et même en ammoniaque ; mais elle l’est beaucoup moins qu’on ne croit en matière organique, en substances dérivées de la putridité et en micro organismes. On a été, naguère, sur le point de déclarer fait général et constant les infiltrations putrides à travers le sol, verticalement ou horizontalement, dans la nappe souterraine des villes. Nous avons suffisamment montré jus- qu’à présent que cette présomption demande une analyse sévère. Il y a sans doute, dans les villes à fosses fixes, quelques-uns de ces récipients qui ne sont pas étanches ; certaines de ces villes ont môme des puits absorbants. Mais rien ne prouve qu’à la suite d’épanchements de matières fécales dans le sol, à la faveur de cette brèche, des molécules organiques et des bacté- ries aient gagné la nappe souterraine et, par cette voie ou par quelque autre, aient reparu dans l’eau des puits. Les observations commencent plu- tôt à prouver le contraire et, spécialement, celle des filtres de sable (Berlin), qui, avec une épaisseur d’un mètre, dépouillent assez exactement de ses germes une eau quelconque. Emile Trélat a été large lorsqu’il a concédé que les bacilles typhiques, dans l’épidémie dePicrrefonds, ont pu être transportés par la nappe souterraine à travers une épaisseur de 20 mè- tres de sol sableux. En réalité, lorsqu’il y a des échanges souterrains entre les fosses et les puits, c’est à la faveur d’une extrême proximité de ceux-ci avec celles-là, et surtout d’accidents, que l’on pourrait dire d’une nature grossière, à la suite desquels des voies de communication s’établissent. Il existe, à Lille, dans la ville ancienne et dans la nouvelle, un très grand nombre de puits dont on boit dans les meilleures maisons ; les consom- mateurs vantent môme leur eau et ne paraissent ressentir de son usage aucun inconvénient. Ce n’est que dans les quartiers pauvres et encombrés que l'eau de puits donne la fièvre typhoïde. Il suffirait, selon nous, de diviser les puits en deux classes : ceux qui sont exactement protégés contre les influences extérieures et ceux qui ne le sont pas. Ces derniers comprendraient tous les puits qui ne sont que des sortes de réservoirs cylindriques, dans lesquels l’eau arrive par en bas, à parois plus ou moins bien maçonnées et cimentées, mais à large orifice, élevé ou non au-dessus du sol et ouvert d’une façon permanente ou temporaire. Les autres seraient les puits exactement fermés sauf à la partie inférieure et surmontés d’une pompe assez bien ajustée pour qu’aucune impureté ne puisse couler dans le puits, le long de son tuyau. Les « puits tubulaires » ( Tubular Wells, Rôhrenbrunnen) sont, évidemment, l’idéal du genre. Dans la construction de ces puits, les deux opérations du sondage et du tubage sont simultanées, au lieu d’être successives. Le puits est formé d’une suite de tubes creux en fer, de 3 à 8 centimètres de diamètre, que l’on enfonce dans le sol par les procédés ordinaires de sondage et que l’on visse les uns sur les autres au fur et à mesure de l’enfoncement. On pousse cette colonne creuse jusqu’à la nappe liquide et on la couronne d’une pompe ordinaire. On appelle encore ces puits « instantanés ». Les Anglais en ont fait un grand usage dans leur campagne d'Abyssinie (sous le nom de pompe Norton). Le procédé, malheureuse- ment, n’est applicable qu’aux terrains dans lesquels ces tubes peuvent pénétrer facilement, à la seule condition de garnir l’extrémité inférieure d’une pointe d acier plus ou moins lourde, ou de la terminer en vis. Constitution de l’eau de puits. — Lorsque la nappe souterraine n’est pas influencée par la présence des humains et que les puits sont convenable- mentabrilés, leur eau ne diffère pas sensiblement de l’eau de source. Elle est riche en CO5, oxygénée, et ne renferme que les sels alcalins ou terreux habituellement empruntés au sol, dans des proportions qui ne sont pas faites pour inspirer des inquiétudes. Les matières organiques dissoutes n’y dé- passent pas 15 il 20 milligrammes par litre. Dans l’intérieur des villes, au voisinage de fosses fixes, de certaines in- dustries, de cimetières, elle se distingue par la présence ou tout au moins l’importance du chlorure de sodium, des nitrates et parfois des nitrites, de l'ammoniaque et des matières organiques. Une telle eau n’est pas recom- mandable, mais elle n’est pas pour cela toxique ni infectieuse. 11 reste à faire l’examen bactériologique. L’élévation du chiffre du chlorure de sodium est essentiellement due à l’infiltration des urines dans le sol. Ce sel n’est pas modifié à son passage dans les couches terrestres. Son abondance est donc significative. Les ni- trates sont le produit final des oxydations organiques; c’est le témoignage de ce qui s’est passé, mais aussi la preuve que l’épuration parle sol s’est accomplie. Les nitrites sont un degré de transformation moins avancé. L’ammoniaque, naturellement, est un état encore plus voisin du début de la décomposition. Aussi, le professeur J. Fodor la regarde-t-il comme la véritable mesure de l’impureté des eaux souterraines, ce qui est générale- ment exact ( Voir le tableau ci-après). Les sels de potasse et de soude sont, pour la plupart du temps, les mêmes sels préformés des matières animales ou végétales. On dit que la présence de la potasse se rapporte d’ordinaire à la putréfaction des viandes, ou vient des cendres. Souillures de l’eau souterraine, en milligrammes par litre (Fodor). EAU SOUTERRAINE. RÉSIDU. MATIÈRE ORGANIQUE. CHLORE. ACIDE NITRIQUE. W * “ w n AMMONIAQUE. Premier groupe. Sol pur 2403 58.5 314 549 0.242 1.15 Sol souillé 2419 90.5 353 . 562 0.209 3.69 Deuxième groupe. Près d’une fosse d’aisance » 80.5 370 538 » 3.09 Loin de la fosse » 79.5 362 528 » 1.61 Troisième groupe. Avec beaucoup de matière organique.. )> 188.0 417 426 » 6.23 Avec peu de matière organique » 22.5 203 400 >* 0. il Les matières organiques de l’eau de puits ne sont pas toujours de pro- venance excrémentitielle ; il s’en faut et il semble que ce soit aller un peu loin que de donner comme sacramentelle la réduction du permanganate de potasse dans l’expertise des eaux, ainsi qu’on le fait encore. La matière organique vient quelquefois simplement du vieux bois qui formait cadre à la margelle du puits et dont les morceaux sont tombés à l’intérieur. Un millier de bactéries typhogènes dans un litre d’eau n’augmenterait pas le poids des matières organiques. Il est probable que, dans quelques cas, si l’on en juge d’après l’odeur de certaines eaux de puits, il s’y est mêlé de réels produits de putréfaction, hydrogène carboné et sulfuré, acides gras, trimé t h y lamine, phénol, indol, crésol, scatol, etc., comme il y en a déjà dans les matières fécales. Il ne semble pas qu’on y ait reconnu des alcaloïdes cadavériques [ptomaïnes), ce qui prouve, d’ailleurs, que le sol cesse rarement d’exercer son action oxy- dante. Mais il est évident que la présence du « poison septique » n’y est nullement impossible. Constitution de l'eau des puits (milligrammes par litre). Le volume et la nature des gaz de l’eau de puits ne sont pas moins va- riables. Ritter, dans les puits de Nancy, trouvait de 27 à 84 centimètres cubes, avec 4 à 6 centimètres cubes d’oxygène et même 8 à 10 dans les puits souvent pompés. Munkacsy, à Budapest, obtient 12SC0,8 CO2; 4,82 oxygène; 27,67 azote. il est des puits particulièrement mauvais, soit parce que leur construction défectueuse y a laissé pénétrer largement les impuretés, soit parce que celles-ci sont de la nature des substances que le sol ne modifie pas. \\ olffhügel, examinant l’eau du sol sous une fabrique de sulfate de soude, qui provoquait les plaintes des voisins, y trouvait un résidu par litre de 3er,800, <0gr,270 de chlore, 113 milligrammes d’acide nitrique, lRr,567 d'acide sulfurique; l’eau réduisait 11 m»r,2 de permanganate de polasse, tandis que celle d’un puits voisin, mais qui n’était pas dans le sens du courant souterrain, présentait 400 mil- ligrammes de résidu, 13 de chlore, 48 d’acide nitrique, 24 d’acide sulfurique, et ne réduisait que 6m«r,o de permanganate. Les usines à gaz sont également compromettantes pour l’eau souterraine. F. Fischer a constaté que l’eau d’un puits situé à 300 mètres d’une semblable usine était trouble, laiteuse, sentant le gaz et impropre à tous les usages domes- tiques aussi bien qu’à la boisson. Elle renfermait par litre : matières organiques, 4 188 milligrammes, chlore, 440m8r,2; acide sulfurique, 992milligrammes; acide nitrique, 2mer,3; acide nitreux, 0; ammoniaque, 8im»r,6; chaux, 906msr,l ; ma- gnésie, 136 milligrammes; dureté, 109,7. Les fabriques de couleur d’aniline ont été signalées comme versant de l’arsenic dans l’eau souterraine. Goppelsrôder a réuni plusieurs cas d’empoisonnement de cette origine. Quelques-uns des puits des villes du département du Nord, d’après Viollette, fournissent une eau tellement alcaline que son usage un peu large emporterait la menace de suralcalinisation du sang chez les consommateurs. L’eau des puits de cimetière ou des environs est assez communément riche en nitrates, assurément inolTensifs à cette dose. Aussi, la plupart des hygiénistes se montrent-ils rassurés à leur endroit (Pettenkofer, Reich, Fr. Hofmann, Réz- sahegyi, Du Mesnil, Miquel). La température de l’eau des puits, pour peu que ceux-ci soient profonds et abrités, est fraîche et varie, comme celle des sources à leur émergence, entre 10 et 12 degrés. C’est, en somme, la température de la nappe souter- raine, généralement peu ou point influencée par la température extérieure. Cette fraîcheur séduit régulièrement les clients des puits, fussent-ils mé- diocres, et les détourne de puiser à la distribution d’eau municipale, si l’on a pas eu soin de protéger efficacement celle-ci contre la chaleur. Il semble que ce soit le cas à Joigny (Longbois). i*uits profonds. Galeries filtrantes. — On creuse des puits profonds, aux environs de trente mètres, réunis par des galeries et desquels partent même des galeries d'aspiration, en vue de collecter l’eau d’une nappe sou- terraine puissante pour l’approvisionnement d’une ville. En général, pour se placer dans les conditions les plus avantageuses, c’est-à-dire au point où aboutit naturellement le drainage de la zone territoriale, on installe ces puits très près du bord d’un cours d’eau ou d’un lac. Çà et là, on s’est figuré qu’en abaissant le fond de la tranchée parallèle au fleuve jusqu’au- dessous du lit de celui-ci, on ferait appel à l’eau même du courant et qu’on l’obligerait à filtrer vers la galerie de colleclionnement. C’est à peu près toujours une erreur. Le fond du lit des fleuves est imperméable ; leurs parois sont également imperméables jusqu’à la hauteur à laquelle elles sont constamment couvertes par l’eau. Ce qui arrive (à Nancy, par exemple, avec l’eau r/ùede laMoselle), c’est que l’on reçoit d’ordinaire, dans lagale- rie, l’eau de la nappe souterraine, excellente; mais, que dans un moment do crue, l’eau de la rivière s’élève jusqu’au point où sa paroi latérale, crevassée par la sécheresse antérieure, n’est plus étanche, et qu’elle passe, en effet, souvent trouble, à travers le filtre insuffisant qui la sépare de la tranchée ; d’autant mieux que la pression est beaucoup trop forte pour une filtration convenable. Ailleurs, on traverse la nappe d’infiltration et la couche imperméable sur laquelle elle repose et l’on va chercher une seconde nappe à plus de 30 mè- très et jusqu’à 100 mètres. Il existe des puits de ce genre à Lille, Douai, Aire. L’eau en est satisfaisante. Mais il ne semble pas que son origine soit une garantie absolue. 11 peut, en effet, se produire quelques fissures dans la^coucbe imperméable, ou son étanchéité offrir quelques lacunes, qui mettent en communication les deux nappes. Puits artésicus. — Le nom de ccs puits, essentiellement profonds, leur est venu de leur fréquence dans l’Artois, où le premier de ce genre fut creusé, à Lillers, en 1126. Les Chinois les pratiquaient de temps immé- morial. Leurs eaux sont régulièrement pures, au sens de l’hygiène ; mais leurs propriétés physiques ou chimiques n’en font pas toujours de bonne eau de boisson. Trois puits artésiens d'Erlangen, venant du Keuper, ont offert à Schnilzer les particularités suivantes : Eau de puits artésiens. PUITS. PROFONDEUR. MILL1 RÉSIDU. GRAMMES PAR L MATIÈRE ORGANIQUE. ITRE. CHAUX. Numéro 1 90 mètres. 215 13 67 Numéro 2 127 — 128 9 49 Numéro 3 080 — 3060 52 464 Quelques-uns de ceux que l’on fora à Munich donnèrent une eau si chargée d’hydrogène sulfuré et de fer que l’on dut renoncer à s’en servir (Wolffhügel). Le puits de Grenelle présente un résidu de 140 milligrammes par litre ; mais l’eau de celui de Rochefort laisse plus de 6 grammes de ré- sidu. Deux puits artésiens de Munich fournissent à des brasseries une eau regardée comme louable et dont les principaux caractères sont : résidu, de 240 à 335 milligrammes; acide sulfurique, 6,2 à 13mgr; acide nitrique, 12,5 à 29mgr,l; chlore, 0,3 à 13mgr,l; chaux et. magnésie, 71 à 154 milli- grammes; éléments organiques 22,5 à 23 milligrammes (Fonssagrives). C. EAUX MÉTÉORIQUES. On comprend sous ce litre la pluie, la neige, la rosée, les brouillards, la grêle, la gelée blanche, le givre. La première est de beaucoup la plus impor- tante. Nous étudierons, à l’article Météorologie, les conditions qui en règlent l’abondance et la distribution selon les temps et les lieux. i/eau «le la pluie. — L’eau de pluie, qui est le résultat de la condensa- tion des vapeurs océaniques et autres, serait absolument pure, chimique- ment et biologiquement; si, en tombant, elle ne traversait l’atmosphère, très divisée et avec une certaine violence. Elle dissout des gaz, au passage, spécialement GO2, participe à des combinaisons chimiques, entraîne des | Hygiène poussières minérales, des débris d’infusoires et de végétaux, des micro-or- ganismes. Comme l’a ditFrankland et comme leconstalent les bactériologues contemporains, « elle lave l’atmosphère » ; par conséquent elle lui emprunte une bonne part de ses impuretés. Sans parler des poussières siliceuses, quartzeuses, argileuses et du char- bon que les pluies abattent, particulièrement au-dessus des villes, celle eau renferme du chlorure de sodium, quelquefois d’autres chlorures encore, du sulfate de chaux et de soude, du carbonate de chaux, du brome, et même, selon Chatin, de Y iode. Le résidu sec s’élève à 2mer,6 d’après Brandes; à 50m!?r,9 au calcul de Marchand. 11 est clair que ces chiffres peuvent différer selon les lieux. A Paris, on sait que l’eau de pluie renferme assez de sels terreux pour rester sans action sur les tuyaux de plomb, que l’eau distillée attaque. Mais la qualité vulgaire de cette eau d’être très favorable au les- sivage, grâce à sa pauvreté en sels calcaires, est constante. L’eau de pluie utilisée dans la ferme de Lawes et Gilbert, à 25 milles de Londres, a été trouvée contenir 40 milligrammes de matières solidesparlitre. Toutes les pluies dissolvent des gaz de l’atmosphère et d’autant plus que la température est moins élevée. (A la pression normale, suivant Wurtz, l’eau pure dissout 28 centimètres cubes d’oxygène à 20 degrés, 32 centi- mètres cubes à 10 degrés). En janvier, par 4 degrés, Reichardt obtint 32cc,4 de gaz par litre d’eau de pluie; en juin, par 15 degrés, 24cc,9 et même 26cc,9. D’après Baumert, les gaz de l’eau de pluie se répartiraient dans les pro- portions suivantes : oxygène, 33,76; azote, 64,47; acide carbonique, 1,77 p. 100. Reichardt, sur quatre épreuves, a trouvé les variations ci-après : Proportions pour 100 de gaz. n° 1 n° 2 n° 3 n° 4 Oxygène 31,8 27,0 13,3 22,0 Azote G1,6 04,2 72,6 G4,8 Acide carbonique 6,7 8,8 14,1 13,2 L’eau de pluie contient d’une façon très constante de Yammoniaque et, le plus ordinairement, sous forme de carbonate d’ammoniaque. On pensait que ce corps et ses congénères (acide nitrique, nitrates) émanent du sol par l’intermédiaire des décompositions organiques qui ont lieu à sa surface ou dans ses couches corticales : Boussingault, comparant les grandes villes à d’immenses fumiers à ce point de vue, expliquait ainsi la richesse azotée des pluies qui ont balayé l’atmosphère au-dessus des capitales. Mais, ré- cemment, Schlœsing a cru pouvoir affirmer que l’ammoniaque de l’air vient des mers et non point du sol. Notons, néanmoins, que dans le YI° rapport de la Hivers pollution commission, l’on cite un fait dans lequel l’eau de pluie, au voisinage de champs couverts de fumier, renfermait plus d’azote que l’eau des égouts de Londres (Fr. Sander). Elle serait, suivant Brelschnei- der, plus riche en ammoniaque au printemps qu’en hiver, et en été qu’au printemps et en automne. Les phénomènes électriques de l’atmosphère pas- saient pour faire dériver aisément, de l’ammoniaque, Yacide nitrique (Ci- vendish, Bence Jones, Barrai) et les nitrates (Schonbein). Bretschneider a remarqué, au contraire, que la plus forte proportion de ces produits azotés ne coïncide pas avec les orages. La pluie de Paris a présenté jusqu’à 6 milligrammes d’ammoniaque par litre (Boussingault) ; celle de Lyon, IG milligrammes (Bineau); celle de Francfort-sur-le-Mein, de 0,9 à 3 milligrammes (Kober). Sur le Liebfrauen- berg (Vosges), 0msr,79. Les physiciens de l’Observatoire de Montsouris dosent séparément, dans l’eau de pluie, Y azote organique, dont il sera question un peu plus loin, Yazote ammoniacal et Yazote nitrique {des nitrites et des nitrates). Nous leur empruntons les chiffres ci-après, moins forts que ceux de Barrai en 1852, mais où cependant les oscillations mensuelles sont dissimulées par ce fait que les moyennes sont rapportées aux années. AZOTE PAR LITItE D’EAU DE PLUIE (MONTSOURIS) Azote Azote ammoniacal. nitrique. Années. — — — mgr. mgr. 1S75-187C 1,98 » 187 G-1877 1,54 0,5 1877-1878 1,91 0,2 1878-1879 1,20 0,7 1S79-1880 1.36 1,6 J 880-1881 0,S 1881-1882 2,41 0,6 Ainsi, l’azote total est entre 2 et 3 milligrammes par litre, de sorte que la pluie restitue au sol, en un an, à Montsouris, 13lts,8 d’azote. A Rothams- ted, d’après les calculs de Lawes, Gilbert et Warington, cette quantité ne dépasse pas 10 kilogrammes. Le court tableau suivant, emprunté encore à Y Annuaire cle Montsouris (1883), indique sous ce rapport l’influence relative des villes et des cam- pagnes. Angleterre (intérieur des terres) — (dans les villes) Écosse (près de la côte) — (intérieur des terres) — (Glascow) Montsouris Azote Azote ammoniacal. nitrique. mgr. mgr. 0.88 0,19 4,25 0,22 0,61 0,11 0,44 . 0,08 7,49 0,63 1,76 0,74 Suivant Bobierre (Nantes), l’ammoniaque est régulièrement plus abon- dante dans la pluie recueillie à une faible hauteur (7 mètres) que dans une zone atmosphérique élevée (47 mètres) ; c’est généralement l’inverse pour l’acide nitrique. L acide nitreux est un élément régulier de l’eau météorique (Schœnbein). Meissner, Slruve, Goppelsrœdor ont signalé, dans les pluies d’orage, le pe- roxyde d hydrogéné, qui est peut-être appelé, suivant Schüno, à prendre le rôle attribué autrefois à l’ozone. Les acides sulfureux et sulfurique se ren- contrent (1 à 2 centigr. SO:‘ par lit.) dans la pluie des villes, où l’air ren- ferme les produits de la combustion des houilles pyriteuses. Les proportions de matière organique dans l’eau de pluie sont assez «levées. Dans les recherches de l’Observatoire de Montsouris, portant soit sur la pluie du parc de Montsouris, soit sur celle des Buttes-Chaumont, un litre d’eau a absorbé de 1 à 3mgr,G d’oxygène du permanganate de potasse alcalin. JLsi neijçe. — L’eau de neige ressemble inliniment à la précédente, puis- qu’elle est de même origine. Examinée par Reichardt, elle contenait 22c0,2 •de gaz; oxygène, 29,1 p. 100; azote, 64,2; acide carbonique, 6,7. La neige absorbe encore de l’ammoniaque, alors qu’elle repose sur la terre (Boussingault). Elle a, d’ailleurs, abattu les impuretés de l’air, y compris les bactéries, tout comme la pluie, et quelques-uns l’ont considé- rée comme l'épurateur par excellence de l’atmosphère. Cependant, elle ne relient pas les micro-organismes avec la même énergie que le sol mouillé. L’eau de neige, comme boisson, a une réputation médiocre. Les méfaits qu’on lui attribue sont, toutefois, mal établis. Il est même à peu près cer- tain qu’on doit renoncer à lui attribuer un rôle dans l’étiologie du goitre. «osée, brouillard, etc. — La Rivers pollution commission de 1868 a cons- taté de 0mgr,26 àlmgr,96 d’azote par litre dans la rosée et la gelée blanche. Boussingault, de 1 à 6 milligrammes d’ammoniaque dans la rosée de Paris et jusqu’à 138 milligrammes dans l’eau d’un brouillard. La rosée et le givre précipitent les organismes de l’air, comme la pluie. Mais ces incidents météoriques n’ont vraiment aucune importance vis-à- vis de la consommation d’eau ; ils reparaîtront, du reste, plus légitimement dans l’étude de l’atmosphère. 2° Rôle sanitaire de l’eau. L’influence sanitaire de l’eau peut être, plus expressément que celle d’aucun autre milieu, considérée au point de vue positif et au point de vue négatif. L’eau, en d’autres termes, doit contribuer à élever la santé d’une part, et, de l’autre, ne doit causer ni malaises ni maladies. A. Rôle positif de l’eau. — Il s’exerce de la part de l’eau d'utilisation aussi bien que de l’eau de boisson. La dernière n’a presque aucune importance comme matière alimentaire, car nos aliments, tels que nous les préparons, renferment toujours une bonne partie de l’eau nécessàire pour compenser les pertes aqueuses de l’organisme; mais elle en a, au contraire, une très considérable, comme assaisonnement des repas, comme condiment, chez les groupes nombreux qui n’ont pas le moyen de les accompagner de vin, de bière, de café, de thé. Ces trois dernières boissons emportent, d’ailleurs, l’intervention de l’eau et le vin lui-même est souvent l’objet de coupages volontaires, par le consommateur (sans parler du mouillage clandestin). Une eau appétis- santé à l’œil et au palais rehausse la saveur des repas et stimule les fonc- tions digestives. Elle peut certainement faire concurrence à beaucoup de boissons alcooliques et quelques hygiénistes prétendent, avec raison, que l’approvisionnement d’eau excellente est un des moyens propres à, com- battre l’alcoolisme. Nous ne sommes pas éloigné, non plus, de partager l’opinion de ceux qui croient que la bonne eau peut remplacer toutes les tisanes. Quant à l’eau d'utilisation, il est évident qu’il importe au plus haut point à la propreté de la maison, des ustensiles, du linge, que les lavages soient faits avec une eau qui ne commence pas par augmenter elle-même les impuretés; sans compter qu’elle peut en apporter de dangereuses. Le contact d’une eau limpide et inaltérée est seul tolérable en bain chaud, seul tonique en bain froid. Plus sera fraîche et salubre l’eau dont on lavera les ruisseaux de rue, dont on arrosera la chaussée, plus agréable sera le séjour d'une ville. Ce serait même rendre un mauvais service aux habitants que de répandre sur leur passage de l’eau sale. Par contre, c’est leur ménager des promenades et des exercices salutaires, la natation, lç canotage, la pêche, que de protéger contre les souillures l’eau des rivièrqs et des lacs, sans parler de tant d’industries qui ont besoin d’une eau d’une pureté chimique poussée loin. B. Rôle négatif de l’eau. — Contrairement à la tendance, qui semble prédominer aujourd’hui, en France et au dehors, à ne considérer l’eau comme dangereuse que quand elle renferme des microorganismes patho- gènes, ou tout au moins des poisons chimiques, nous pensons qu’elle peut être nuisible aussi, rien qu’en introduisant dans les voies digestives des substances qui n’ont rien à faire avec la nutrition, ou qui la gênent si elles sont absorbées, et qui, tout au moins, irritent le tube intestinal à la façon des corps étrangers à l’organisme. La question est donc générale et spéciale. Nous devons faire remarquer, avant d’aller plus loin, qu’il ne convient guère, ici, de séparer l’eau de boisson de l’eau d’utilisation. Les principes offensifs, surtout s’ils sont de nature spécifique, qui pourraient être absorbés par la muqueuse digestive, avec l’eau de boisson, semblent égale- ment capables de pénétrer dans l’organisme par l’extérieur, à la moindre occasion, à la faveur du pouvoir d’absorption de la peau ou d’une solution de continuité. L’eau sale, étalée sur la rue, sur le sol de nos demeures, s’y évapore et abandonne des impuretés minérales ou organiques, des orga- nismes pathogènes peut-être, qui se mêleront aux poussières et pénétre- ront dans l’économie par les voies respiratoires. On se contente peut-être trop aisément de réclamer de l’eau de source pour la boisson des citadins, en admettant que des eaux fluviales des plus suspectes se répandenl partout ailleurs que dans l’estomac des habitants. Les microorganismes pathogènes sont aussi transportés par voie sèche et, d’ailleurs, les pous- sières peuvent également être dégluties. 1. influence «les matières minérales. — Les gaz. — Leur présence ou leur absence sont, en elles-mêmes, assez indifférentes. Arnould, Hygiène. 2e édit. 12 L'acide carbonique, quelle qu’en soit la provenance, est assurément inoll'ensif dans l’eau, puisque nous en absorbons, de propos délibéré, des quantités notables dans l’eau de Seltz, les vins mousseux, la bière mous- seuse. Du reste, on ne l’accuse pas et l’on se plaindrait plutôt de son absence, parce qu’il excite légèrement l’estomac et donne à l’eau un air de fraîcheur. Les proportions de ce gaz dans l’eau de puits sont en raison directe de l'abondance des résidus et des matières organiques, d’après Munkacsy ; un excès de GO2 (par exemple au delà de 100 centimètres cubes par litre) serait donc généralement une fâcheuse présomption pour l’eau, lin revanche, d’après les recherches de G. Leone, l’acide carbonique dans l’eau, même lorsqu’il y est dissous sous pression, est antipathique à l’exis- tence des bactéries. La diminution de l'oxygène, au moins dans l’eau fluviale et lorsqu’elle correspond à une augmentation de CO2, est une note des plus fâcheuses pour l’eau, puisque l’oxygène a disparu en oxydant les souillures. Mais ce n’est rien de plus. Les poissons meurent par asphyxie dans l’eau sans oxygène,parce qu’ils ne peuvent respirer ailleurs; mais cet oxygène ne sert en rien à la respiration chez 1 homme et l’on ne voit pas en quoi il aiderait à la digestion. L’azote, dans l’eau, est évidemment sans aucune action nuisible sur les consommateurs. L'hydrogène sulfuré, Y hydrogène phosphoré, qui se développent dans des eaux extrêmement sales et au sein desquelles s’accomplissent des décom- positions organiques, quelquefois de nature animale; le gaz d’éclairage qui, parait-il, s’est diffusé dans certains puits, ne sont pas dangereux, parce que ces eaux sont remarquablement puantes et que, par suite, personne n’en boit. Les matières minérales solides. — 11 faut distinguer parmi elles : 1° les substances toxiques positives : plomb, arsenic, mercure, etc., qui peuvent arriver dans l’eau à la faveur de certaines négligences ou par une manœuvre criminelle. De celles-ci, le danger n’est pas douteux; mais le cas est rare. 2° les sels alcalins et terreux que l’eau dissout des terres traversées; 3° ceux qu’elle doit à la transformation des matières organiques et que la nappe souterraine recueille particulièrement dans les lieux habités. De ces deux dernières catégories, la première n’est guère suspecte. Les sels de la seconde pourraient inspirer quelque inquiétude; mais la dose à laquelle ils se trouvent dans l’eau la plus souillée est assez rassurante. Le sulfate dépotasse, par exemple, n’est à la dose que de 0Bt,32 par litre dans l’eau d’égout, à laquelle on ne s’abreuvera certainement jamais. Tous les sulfates ensemble ne font pas 1 gramme par litre; et un adulte élimine 2 grammes d’acide sulfurique en vingt-quatre heures par les urines. Voici, d’ailleurs, les chiffres des divers sels reconnus par Tiemann et Preusse dans une eau de ce genre. Pour 100,000 parties (l'eau, le résidu desséché à 100° contenait . Sulfate de chaux — de potasse Carbonate de chaux ,!1 — de magnésie ^ — de fer _ C» Chlorure de sodium — de potassium 1 Nitrate d’ammoniaque •> — de chaux U* Silice ’ _ Matières organiques non volatiles à 100 degrés.... 21,5 Total 225,0 Les carbonates de chaux, de magnésie et de fer, qu’on n’incrimine pas, au point de vue de l’influence sanitaire, ne représentent que 0sr,405 par litre. 11 y en aurait le double, que personne n’y prendrait garde. Mais, d’ordinaire, l’eau ne saurait en dissoudre davantage. Le Congrès de Bruxelles de 18o3 avait fixé à 0er,b par litre, ou bO parties pour 100,000 d’eau, la proportion que les matières minérales ne doivent pas dépasser. En réalité, cette proportion pourrait s’élever à 60, 70, 80 p. 100,000 sans être préjudiciable à la santé, si l’eau est d’ailleurs exempte de souillure et si la ma- jeure partie des matières fixes est constituée par des carbonates de chaux et de ma- gnésie, dissous à la faveur de CO2 libre. Mais ce cas se réalise difficilement, le Con- grès s’en est rendu compte, et voici pourquoi : Les carbonates des terres alcalines existent dans l’eau à l’état de sels acides ; autrement dit, ils sont dissous à l’aide de l’acide carbonique libre. Or, peu d’eaux sont assez riches en CO2 pour pouvoir tenir dissoutes plus de 20 parties de chaux ou de magnésie dans 100,000 d’eau ; 20 p. de chaux fournissent 3b de carbonate de chaux; 20 de magnésie, 44 de carbonate de magnésie. Dans le pre- mier cas, il reste 50 — 3b = lb; dans le second, bO — 44 = 6, pour les sels al- calins, et dans des proportions qui ne menacent pas la santé. Y a-t-il plus de bO de résidu pour 100,000 d’eau? il se peut à la rigueur que le surplus soit encore de carbonate de magnésie ou de chaux; mais, d’après ce que l’on sait de l’abon- dance limitée de CO2, il y a beaucoup de chances pour que l’excès soit surtout .constitué par des sels d’un autre acide : chlorures, nitrates, sulfates, lesquels sont plus positivement offensifs que les carbonates. Il y a même des probabi- lités, d’après les faits, que ces sels seront à bases alcalines. Le chlorure de sodium, le carbonate de soude et le sulfate de chaux peuvent encore être rangés dans les sels naturels de l’eau, c’est-à-dire fournis par les terrains traversés; mais, déjà, il arrive que certaines eaux doivent une partie de leurs chlorures à l’urine qui y a été versée directement. C’est même dans la haute proportion du chlore que l’on peut trouver une échelle de la souillure des fleuves, comme le fait remarquer Brouardel, et des puits intra-urbains. A Berlin, où l’eau municipale est prise à la Sprée et au lac de Tegel, on distingue tout de suite l’eau du lac de celle du fleuve à ce que la première ne renferme que 16 à 18 milligrammes de chlore, tandis que 1 eau de la Sprée en offre 20 à 30 milligrammes (Plagge et Proskauer). [Hygiiuio Saul' ce souvenir, nous ingérons journellement plus de chlorure de sodium que les .eaux n’en renferment dans la quantité que nous pouvons en boire. Dans la région des Cholts, en Algérie, on trouve des sources ou des puits dont l’eau est horriblement salée. On se borne à ne pas en user (Jaquemet). C’est comme de l’eau de mer. Les nitrates, comme le faisait remarquer Grellois, sont employés en thérapeutique à des doses beaucoup plus élevées qu’il ne peut arriver par la consommation d’une eau de puits. Nous en dirons autant des sels de soude. Pourtant, nous avons déjà reconnu qu’il n’est point bon d’introduire d’une façon continue des alcalins dans le sang; il peut en être de même vis-à-vis de sels qui excitent la fonction rénale, comme les nitrates. Enfin, il vaut mieux ne pas absorber quotidiennement du sulfate de potasse, même à petites doses. Letheby, comparant la statistique de soixante-cinq villes anglaises, a cru reconnaître que la mortalité baisse comme la dureté de l’eau con- sommée augmente. Avec Wolffhügel et la Hivers pollution commission, nous pensons que les sels de chaux, de magnésie et de fer n’ont pu être pour rien dans cet état de choses, très heureux et peut-être bien réel. C’est assez qu’ils soient inoffensifs et que notre époque les ait exonérés des soupçons qui pesaient sur eux, dans l’étiologie de la pierre, de la carie dentaire, du goitre, du crétinisme. Leurs inconvénients sont autres et moindres. Ils constituent ce que l’on a appelé la dureté dé l’eau. Nous indiquerons la manière de déterminer cette dureté; dès maintenant, disons qu’on la reconnaît à de certains indices, qui sont en même temps des exemples de l'incommodité des eaux qui en sont affectées. Les eaux dures incrustent les tuyaux de conduite ; cui- sent mal les légumes, parce que les sels terreux forment avec les albuminoïdes des composés insolubles; font obstacle au savonnage, parce que d’autres composés également insolubles se constituent avec les acides gras du savon et les terres alcalines de l’eau ; sont impropres à la fabrication de la bière, à la teinture, à l’alimentation des chaudières à vapeur, etc. Le fer, en grandes proportions, peut rendre l’eau impotable, quoique inoffensive. 11 se fait aisément des légendes sur l’effet des eaux. On attribuaità l’eau de Munich (avant l’établissement de la distribution de Mangfalllhal) la diarrhée dont souffrent les nouveaux arrivants. Wolffhügel soupçonne que les pa- tients ont bu plus de bière de Bavière que d’eau. 11 arrive aussi, à Paris, qu’il faudrait quelquefois accuser le marchand de vins plus que l’eau de Seine. Des diarrhées d’une nature grave ont été attribuées à l’usage des eaux troubles du Gange, du Mississipi. Cette étiologie peut être exacte ; mais quel élément du trouble est vraiment le coupable, et n'y a-t-il pas du parasi- tisme en jeu ? Grellois s’est mis lui-même, pendant quelque temps, au régime de l’eau limoneuse et n’a constaté autre chose que le manque de charmes d’une semblable boisson. La Medjerdâh (Tunisie), qui charrie des dépôts considérables, est toujours trouble et, cependant, les riverains s’y désaltèrent et Moissonnier déclare que cotte pratique est sans inconvénient. 2. Influence des matières ory»niques. — Les maticlCS Olgailiques do l’eau sont mortes on vivantes. Les premières sont en suspension ou dissoutes. a. Matières en suspension. — Ce sont des débris animaux ou végétaux, extrêmement variés : filaments de lin, de coton, de laine, duvet, plumes, poils, végétaux ou animaux, fragments de bois ou de paille, corpuscules d’amidon, spores de grands champignons; — la gangue des immondices; épithélium buccal, globules de mucus, débris alimentaires, matière sler- corale, cellules végétales diverses, fragments de fibres musculaires: — des fragments ligneux, provenant souvent du bois pourri de la margelle d’un puits ou d’un corps de pompe; — les restes plus ou moins complets d’ani- maux noyés, rats, insectes, écailles de papillons, pattes de mouches, ou même d’animaux qui ont vécu dans l’eau, poissons, batraciens, mol- lusques, etc. Toutes ces choses mortes sont répugnantes; mais il n’est pas certain qu’elles soient très dangereuses. C’est, au moins, une question de quantité et, surtout, il importe de noter la nature des accidents qui peuvent résulter de l'ingestion de ces débris. Or, les débris cadavériques, non plus que les matières fécales, ne peu- vent mettre dans l’eau des agents virulents, des bactéries pathogènes en d’autres termes, s'ils ne proviennent eux-mêmes d’animaux atteints d’affec- tions bacillaires Ce qui nous reporte à la discussion qui sera tentée tout à l’heure(Voy. Les Microorgamsmes de l'eau). Hors de là, nous ne pouvons plus avoir affaire qu’à la putridité banale. 11 est probable que les débris animaux sont plus fâcheux que les substances végétales. Celles-ci et ceux-là restent sans influence apparente tant que leur masse n’atteint pas à des proportions considérables. Dans les cam- pagnes, en France, on voit beaucoup de puits mal protégés, où tombent les feuilles des arbres, où les enfants jettent des ordures et dans lesquels de petits rongeurs se noient fréquemment. Les paysans boivent, néanmoins, cette eau, généralement fraîche, assez copieusement et ne paraissent pas s’en porter plus mal. Cependant, Léon Colin est disposé à rapporter aux matières organiques des étangs, canaux et rivières, auxquels boivent les soldats en marche, la fréquence de la dysenterie dans les expéditions mili- taires. Jaqucmet, de même, attribue aux matières organiques en décom- position la diarrhée qui suit l’ingestion de l’eau des puits du désert, dans laquelle tombent les débris des branches de palmier ou de bois d'aria et où l’on a quelquefois jeté un cadavre humain. Nous-même, pendant notre séjour en Algérie, nous avons pu nous convaincre que boire aux eaux lim- pides, mais de saveur ligneuse, de certains ruisseaux africains, c’est s’ex- poser à brève échéance à des coliques violentes. La diarrhée n’est pas précisément la dysenterie, quoique elles se con- fondent aisément, dans les pays chauds. La dernière pourrait bien être une maladie parasitaire, ce qui réduirait les matières banales de l’eau au rôle de cause prédisposante. Au fond, l’action mécanique des débris n’est probablement pas autre que <’ello do substances indigestes, ce qui est peu grave, quoique à éviter. Le rcel effet de la matière putride est produit par la partie soluble de ces débris et de ces immondices. b. Matières organiques dissoutes. — Ce sont des substances albuminoïdes ou hydrocarbonées, naturellement solubles, mais n’ayant pas subi de mo- difications; — ou bien les dérivés de ces substances. Tiemann et Preusse énumèrent, parmi les produits de dédoublement qui résultent de la putré- faction des matières albuminoïdes, les corps suivants : peplone, triméthyla- mine; des amides dérivés d’acides monobasiques ou bibasiques de la série grasse (leucine, acide asparagique, glutamique, etc.), des acides de la série grasse (acides valêrianique, butyrique, etc.). Enfin, des substances apparte- nant à la série aromatique, phénol, crésol, indol, scalol, tyrosine, acides hydroparacumarique, paroxyalphatoluique, alpkatoluique, hydrocinnamo- mique). Les graisses se décomposent en glycérine et en acides gras riches en carbone. Les hydrocarbonés donnent des alcools (aldéhydes) et des acides de la même série. Il y a dans la matière excrémentitielle des corps immé- diatement solubles (l’urée, spécialement). Nous avons parlé précédemment des « éléments de l’humus » qui se présentent dans certaines eaux. C’est ce que l’on accuse, d’ailleurs, le moins. Mais tous ces corps, parmi lesquels il s’en trouve de dangereux, au moins à dose sérieuse et d'une façon banale, sont loin de se trouver simultané- ment dans les eaux que l’on dit chargées de matière organique. On ignore môme, régulièrement, s'il y existe un quelconque d’entre eux. Les procédés d’expertise les plus parfaits ne savent que distinguer les matières azotées et les matières carbonées, ou encore signaler l’urée et les amides parmi les autres substances (G. Pouchet). La plupart du temps, on dose en bloc « les matières organiques », sans soupçonner en aucune façon leur nature ou leurs propriétés. Aussi peut-on trouver étonnant que, dans des livres sérieux et même dans des instructions officielles, il soit donné un chiffre précisde matière organique par litre au-dessous duquel l’eau est «très pure ». tandis qu’elle est « suspecte» ou « mauvaise » au-dessus. C’est, assurément, le moyen de condamner beaucoup d’eaux irréprochables et d’en autoriser d’autres, d’une incontestable nocuité. Nous pensons qu’il faut absolument se déshabituer de dire : « toute eau qui ne consommera pas plus de 1 milli- gramme d’oxygène du permanganate sera parfaite; toute autre qui en exigera plus de 3 milligrammes sera détestable. » Il va sans dire qu’aucune matière organique dissoute ne peut communi- quer à l’eau la propriété de provoquer des maladies spécifiques, autrement dites parasitaires. 11 est entendu également que les matières dissoutes ne sont pas toutes nuisibles et que la quantité qui en existe dans l’eau n’est pas décisive. Cependant, pourvu que l’on abandonne la rigueur mathématique des formules d’autrefois, nous croyons que l’eau notablement riche en ma- tière organique est généralement inférieure et à éviter le plus possible. Les matières organiques dissoutes peuvent correspondre au « poison sep- tique » de Panum et Bergmann, au ferment non figuré de Hiller, au « poi- son fécal » d’autrefois, aux « pfontaines » d’aujourd’hui. A ce titre, elles ne peuvent déterminer qu’une intoxication, remarque Wolllhügel, et non point une maladie véritable: mais c’est déjà quelque chose et c est trop. Simon (Heidelberg) a pu injecter 16 grammes d’urine fraîche sous la peau d un homme et une livre du même liquide sous la peau d’un chien, sans tuer ni l’un ni l’autre. Mais II. Emmerich (Munich) empoisonnait en quarante-trois heures un fort lapin avec 20 centimètres cubes d’une urine ayant stagné quelques jours. Le même savant a reconnu toxiques les matières fécales, même fraîches, en dilution jusqu’au dix-millième; bien qu’il ait pu faire impunément sa boisson, pendant plusieurs jours, d’une dilution fécale au vingt-millième. Mais nous abandonnons volontiers le terrain des intoxications et nous attachons formellement une importance beaucoup plus grande à l’action lente de l’usage habituel de l’eau sale en boisson, à titre de préparation locale et générale de l’économie à recevoir les maladies infectieuses, spéciale- ment celles qui peuvent être supposées pénétrer par les voies digestives et qui, dans tous les cas, semblent se fixer de préférence sur l’intestin. Nous croyons que les magnifiques conquêtes de notre époque dans le domaine du parasitisme ont un peu trop accaparé les esprits au profit des causes spécifiques. La façon dont l’homme contracte les maladies, même parasi- taires, n’est pas une inoculation. Elle comporte une préparation des portes d’entrée des micro-organismes pathogènes et une adaptation du milieu, c’est-à-dire de l’économie. La mauvaise eau, banalement souillée, nous paraît un des plus sûrs agents de cette double préparation. Remarquons, d’ailleurs, que l’eau riche en matière organique est peut-être elle-même un milieu nourricier pour les bactéries pathogènes. Dans tous les cas, lors- qu'elle en renferme de telles, elle possède en même temps le pouvoir d’irri- tation de la muqueuse digestive, qui favorise la pénétration des parasites. De sorte que, si l’on réserve le nom d'eau pure à celle qui ne renferme ni matière toxique ni matière infectieuse, nous maintiendrons entre le cadre des eaux pures et celui des eaux impures les « eaux nuisibles », c'est-à-dire celles qui renferment des substances putrides ou les produits de la putréfaction. Et que, lors même qu’il y aurait lieu de contester ou de restreindre le rôle spécifique de l’eau dans la propagation des maladies infectieuses, on aurait toujours raison de regarder l’absence d’eau irrépro- chable comme l'une des plus grandes misères que puissent supporter les groupes. c. Organismes vivants. — 11 semble que l’on puisse faire deux classes des organismes qui vivent dans l’eau et qui intéressent l'hygiène. Dans une première classe se rangent les grands parasites, les infusoires, les algues. On peut, à la rigueur, compter en tête de la série la sangsue de cheval (Hæmopis sanguisuga), commune dans les eaux d’Algérie, que l’on avale grosse comme un fil et qui se fixe au pharynx, où elle se gorge. Puis, viennent les œufs et les embryons d’entozoaires et d’hématozoaires : les distomes, spécialement le distome hématobie (Bilharzia haematobia), qui cause l’hématurie endémique du Cap et d’Égypte, et le Disloma llingen ou peut-être D. pulmonale, qui accomplit la première phase de son existence [Hygiène dans un petit coquillage d’eau douce, selon Patrick Manson, et auquel il faut attribuer l’hémoptysie intermittente du Japon, de Chine, de Formose; la filaire de Médine, dont le premier habitat est le corps d’un cyclope; la Filaria immilis, F. sanguinishominis, filaire de Bancroft ou de Wucherer, qui dépose ses œufs dans les larves de moustics. Enfin, les œufs ou les em- bryons d'ascarides, de Yankylostome duodénal, qui serait coupable de l’ané- mie d’Égypte (Griesinger), de l’anémie des ouvriers du tunnel du Saint- Gothard (Perroncito, Concato, Sonderegger) et même de l’anémie des mineurs d’Anzin (Lesage). 11 faut probablementy joindre les œufs de ténias. Une des phases de l’existence du Bolhriocephcilus latus s’accomplirait dans le corps de certains poissons du lac de Genève (les férats). Les eaux de la fi 5 Jl J?a/u«i Vfc Fig. 12. — Famille des Oxytriehiens ("). Cochinchine introduisent dans l’intestin les angnillides de la diarrhée chronique (Normand, Laveran, Bavay, Dounon); mais il n’est pas certain que ces parasites soient la cause de la diarrhée de Cochinchine (A. Bordier). Les Entomostracées, Daphnia, Cyclups, Cypris (voy. page 162), ainsi que la plupart des Rotateurs, se nourrissent d’algues et d'infusoires plus petits. Ils n’ont aucun effet nuisible sur l’économie et leur présence ne prouve pas nécessairement que l’eau soit mauvaise. Les Infusoires carnivores, Amibes, Paramécies, Oxytrichées, Chilodon cucullus, Euplotes Charon, RoLifev vul- garis (fig. 12), les Infusoires flagellés, certains Infusoires ciliés, Glaucoma scintillans, Vorticella infusionum, Colpoda cucullus, Enchelgs, Paramecium putrinum, Leucophrys piriformis, etc. (fig. 13), ne sont pas plus offensifs par eux-mêmes. C’est seulement l'indice d’une forte proportion de matières organiques dissoutes dans l’eau, sans qu’on puisse en rien conclure sur la (*) I. Iiuplotes Charon Ehr. — 2. Aspidieca turrita Cl. et E. ex Ehr., vu de face. — :t. Le même, vu de profil. — 4. Aspidiscu cicada CL et L.. vu de face. — 5. l.e même, vu de dos. — fi. Le même, vu de profil. Fig. 13. — Paramécies et Kolpodes {*). des eaux, de leur putréfaction' sur le sol découvert (Annbœna, Clathro- cystis). Mais l’odeur qu’elles répandent a l’avantage d’éloigner les consom- mateurs. On peut en dire autant des algues bleu verdâtre (phycochroma- cées). Les Oscillariées et les Beggiatoées réduisent les sulfates, et mettent en liberté de l’hydrogène sulfuré. Les Saprolégnées vivent sur des débris stercoraux ou cadavériques. Ces trois dernières familles ne paraissent pas (*) 1, Paramecium inver.ium Cl. et Lach., d'eau douee. — 2. Kolpoila parvifrons Cl. et L. — 3. Cycli- dium eloni/alum Cl. et L., d'eau douce, à mouvements saccadés, alternant avec des périodes d’immobilité (famille des Kolpodéens). — 4. Buxleya crassa Cl. et L., des eaux de mer et saumâtres (famille des Dvs- tériens). — 5. Trichopus dysteria (famille des Trachéliens). •— 6. Pleuronema chrysalis Perty (PI. crassa et marina Dujardin). — 7. Balte ri a volvox Eiclrwald, d'eau douce (famille des Haltériens). (1) Dans les figures ci-dessus, relatives aux infusoires, les lettres ont la signification sui- vante : n, le nucléus; o, la bouche; v, les vaisseaux; v. c., la vésicule contractile; a), l’anus. Grossissement : 300 à. 500 diamètres. Celles qui ne sont pas accompagnées d’une indication spéciale sont tirées des mémoires de Claparède et do Lachmann (Etudes sur les Infusoires et les B/iisopodes, in Mémoires de l'Institut de Genève in-4°, avec planches. 1858-18G1). générale.] ROLE SANITAIRE DE L’EAU, nature ou la provenance de ces matières (1). En général, cette eau n est pas séduisante et l’on n’est pas tenté d’en boire. Les Algues vertes sont plus utiles que nuisibles; elles remettent en liberté de l’oxygène de l’acide carbonique dissous dans 1 eau et, par suite, contribuent à l’oxydation des souillures. On a signalé (Farlow, à Boston , Bouillard, à Versailles), l’inconvénient qui résulte, au moment du retrait êLro plus malfaisantes que les autres. L’eau qui les renferme a des carac- tères extérieurs qui suffisent à protéger les humains contre elles. Une Algue absolument inoffensive, quoique gênante, a fait beaucoup parler d’elle à Halle, à Berlin, où on l’appela la « Calamité des eaux », et à Lille ; c’est le Crenothrix polyspora (fig. 14) de Cohn, ou Hypheothrix Kühniana Rabenhorst, qui semble venir du sol plus que des collections aqueuses et aune prédilection pour l’oxyde de fer, qu'il emprisonne dans ses masses zoogléiques. Aussi sa présence dans les eaux de distribution, en même temps qu’il gêne par la quantité, s’accompagne- t-elle d’une saveur d’encre qui rend l’eau impropre aux usages domestiques. La plante n’a pas d’autre inconvénient au point de vue sanitaire. Mais ceux-là sont suffisants pour qu’on l’évite, de même que toutes ses congénères, dans l’approvisionnement d’eau des villes. 2. Le second groupe peut être formé des Champi- gnons inférieurs, moisissures, levures, schizomycèles ou bactériens. Les uns et les autres peuvent être doués de pro- priétés banales ou, au contraire, de propriétés nuisi- bles, pathogènes. C’est à la présence de ces êtres dans l’eau, mais surtout à ceux de la dernière catégorie, que nous consacrons l’article suivant. Fig. 14. — Creiiof/irix Kühniana. 1:300. Fila- ments avec disques cy- lindriques et coccus'ya), d’après Zopf. Les levures ne sont jamais guère signalées comme agents pathogènes chez l’homme, sauf le cas du muguet et celui des troubles digestifs attribués à l’usage de certaines bières mal fabriquées. Aussi en sera-t-il peu question dans ce cha- pitre. On connaît quelques moisissures pathologiques, au moins chez les oiseaux; mais comme ce sont les spores qui, introduites parla respiration, peuvent déter- miner des accidents, il ne semble guère probable que les moisissures des eaux soient jamais offensives pour l’homme et par elles-mêmes. Le nombre de celles qui le sont, dans les circonstances les plus favorables, est d’ailleurs très restreint. En outre, Frankel a montré que celles (certains Aspergillus) qui ont la faculté de croître dans les corps des animaux à sang chaud sont précisément celles pour lesquelles la température la plus favorable au développement est très élevée et voisine de la température du corps (37 à 40°). Or, les eaux, surtout les eaux de puits, sont d’ordinaire à un degré bien inférieur. Lies microorgnniâmes «le l’eau. — H y a des microorganismes dans toutes les eaux, même les plus pures. 11 est, en effet, impossible qu’il en soit autrement, dès que l’eau est en rapport avec l’air et avec le sol. On en trouve jusque dans l’eau distillée, pour peu que les manipulations nécessaires pour vérifier le fait aient permis des contacts entre cette eau et l’air. Par suite, il est inévitable que, parmi les bactéries innombrables que les mille incidents de la vie des humains dispersent dans l’air, répan- dent sur le sol ou les objets extérieurs, et introduisent par ricochet dans les eaux, il ne s’en rencontre pas quelquefois de très offensives. Mais il importe, selon la judicieuse remarque de Meade Bollon, de distinguei entre les bactéries qui se trouvent dans les eaux par accident, et celles qur y vivent comme dans leur milieu normal, celles que l’on pourrait appeler des bactéries aquatiques. a. Nombre des microorganismes de l'eau. — Il semble que l’on ait compté les microorganismes de l’eau en France plus tôt qu’ailleurs. Nous avons une numération publiée par P. Miquel (Annuaire de Montsouris pour 1880), avant que Itob. Koch ait communiqué (Mitlheilungen ans dem kaiserlichen Gesundheitsamte, I, p. 30, 1881) la manière de s’y prendre pour les ensemencements sur gélatine et le dénombrement des colonies, sans d’ailleurs fournir de résultats particuliers. Les quelques chiffres ci-après sont empruntés au premier de ces savants et à une citation faite par Yillaret des travaux du second. Microorganismes par centimètre cube d'eau. Miquel (188G). Vapeur d'eau atmosphérique (Montsouris) ... 1,4 Eau de pluie (Montsouris) 4,3 Eau des drains de Gennevilliers 12,0 — de pluie (caserne Lobau) 18,7 — de la Vanne, à Montrouge 120,0 — de la Seine, à Choisy 300,0 — à Bercy 1,400. 0 — à Saint-Denis 200,000.0 — d’égout, h Clichy 0,000,000.0 — d’essangeage des lavoirs de Paris 20,000,000.0 R. Koch (1883). Eau distillée bouillie 4 g — du lac de Rummelsbourg 32,000 — de la Sprée (embouch. de la Wuhle) 52,000 — en amont 115,000 en aval 118,000 à l’usine de Stralau 125,000 La môme, après filtration 120 Eau d'égout 38,000,000 Cos données ne comprenant pas les eaux de puits, dont la richesse en microorganismes est particulièrement intéressante à connaître, nous résumons ci-après les renseignements fournis par Mœrs, de Mülheim (près de Cologne). La numération a été faite par l’ensemencement sur la géla- tine, et les cultures ont été accomplies à la température de 18 à 20 degrés. Microorganismes par centimètre cube (moyennes). Usine à eau, alimentée par des puits creusés au bord du Rhin 02 Eau du Rhin ' jo 080 Puits de la ville, non loin du Rhin (moins do 50 métros) 80 îi 178 Eau d un ruisseau souillé par des déchets d'industrie 24,000 Puits public voisin do co ruisseau Autres puits Doux puits excellents, bien faits et soignés (en ville) Puits dessorvant un groupe de maisons à fièvre typhoïde., Un autre, dans le môme cas Un puits h. Liebour, dans une cour à fièvre typhoïde de 628 à 1792 de lit à 162 0,260 (C’est en cultivant l’eau de ce dernier que l’auteur- reconnut quelques colonies de bacille typhique, comme il sera dit plus loin. Les deux précédents, examinés au même point de vue, n’avaient rien donné de pareil.) L’eau des lacs, puisée au large, est pauvre en bactéries, ainsi qu’Her- mann Fol et Dunant l’ont constaté sur le lac de Genève, Plagge et Pros- kauer sur le Tegelsee. Diverses circonstances influent de la façon la plus prononcée sur le nombre des germes que l’on peut rencontrer dans une môme eau. D’abord, la température du moment. Il y a toujours bien moins de bac- téries dans l’eau, de novembre à avril, que dans le reste de l’année. Puis, la température à laquelle on a fait les cultures; il semble que le point le plus convenable pour obtenir le développement de tous les germes pré- sents soit aux. environs de 22 degrés. Le moment auquel on a procédé à l’examen est de la plus haute importance. On n’approche de la vérité qu’à la condition d’opérer immédiatement après avoir puisé l’échantillon de l’eau en examen ; quelques heures après, il se fait déjà une multiplication notable des bactéries (Miquel, Meade Bolton), qui devient excessive au bout de vingt-quatre heures et, parfois, de plusieurs jours, pour faire ensuite place à la diminution par précipitation, reconnue par Fol el Dunant, ou même à une disparition réelle des organismes. |â. Signification de la présence et du nombre des microorganismes. — Elle est bien plus négative que positive. Absolument, la présence de microor- ganismes dans l’eau ne prouve rien, puisque toutes les eaux en possèdent, y compris l’eau de source la plus louable. En raisonnant d'après ce prin- cipe : que les microorganismes ont besoin de nourriture, et particulière- ment d’une nourriture azotée, on avait cru, un moment, pouvoir établir un certain parallélisme entre le chiffre des germes constatés dans l’eau et la souillure de celle-ci, essentiellement représentée par la « matière orga- nique ». L’eau eût été d’autant plus mauvaise qu’elle aurait renfermé plus de bactéries. Le raisonnement péchait déjà par ce côté, que les bac- téries quelconques ne constituent pas un danger plus positif que des matières organiques également quelconques. Mais, en outre, il est prouvé aujourd’hui que l’on peut réduire énormément la matière nourricière de l’eau, sans que les bactéries cessent de s’y multiplier. Meade Bolton a pleinement réussi plusieurs séries d’ensemencements dans l’eau distillée pure. Il en conclut que « la qualité de l’eau et la proportion des substan- ces organiques ou minérales qu’elle renferme, paraissent indifférentes vis- à-vis de la multiplication des bactéries. » Le rapprochement des analyses chimiques et de l’examen bactériologique des eaux de Berlin (Plagge et Proskauer) a montré, des milliers de fois, qu’il y a là des renseignements sans aucune solidarité entre eux, et qu’il faut se garder de substituer les résultats d’une des méthodes à ceux de l’autre. On peut encore en trouver une preuve dans le travail communiqué par A. Proust à 1 Académie de médecine (Appréciation de la valeur des eaux potables à laide de la culture dans la gélatine, 1884) ; l’eau de la Vanne, qui ne renferme que •> milli- grammes de matières organiques, fournit H,000 colonies par centimètre cube; tandis que l’eau de l’Ourcq, avec 14 milligrammes de matières organiques, n’en donne que 8,000. Le chiffre élevé des bactéries ne prouve pas la stagnation de l’eau, puis- que les microorganismes se précipitent à la faveur du repos prolongé du liquide; un chiffre bas ne prouve pas que l’eau soit en mouvement, car Leone a démontré que le mouvement de l’eau n’empècho point la multi- plication des bactéries. Le nombre des bactéries n’a pas plus de rapports avec l’oxygénation de l’eau. Liborius a reconnu qu’entre les Aérobies obligés et les Anaérobies également constants, il y a une troisième classe d’organismes, Anaérobies facultatifs, qui se multiplient aussi bien sans oxygène qu’avec cet élément. Il sera utile, sans doute, de véritier si la rareté des germes n’est pas sous l’inlluence d’une notable proportion de GO2 dans l’eau, selon les indications de Leone. Ce que le petit nombre (non point l’absence) des microorganismes dans l’eau démontre le plus incontestablement, c’est l'exactitude de la filtration naturelle ou artificielle de l’eau, immédiatement avant son arrivée dans le bassin ou le réservoir dans lequel on l’a puisée. C’est, en effet, en raison de cette filtration que l’eau des sources, bien captées et bien amenées, renferme si peu de bactéries et que l’eau des puits lui ressemble, sous ce rapport, dans de certaines conditions qui permettent précisément d’y puiser sans retard l’eau souterraine telle qu’elle est son arrivée, et sans avoir encore été ensemencée par l’exté- rieur ou par les parois. Meade Bolton a toujours remarqué que « l’eau souterraine qui alimente les puits, pourvu qu’elle vienne de quelque dis- tance de ceux-ci, est libre de bactéries. » Plus on prend de l’eau à un puits et plus est continu cet épuisement, plus s’abaisse la proportion des microorganismes de cette eau, sauf dans quelques cas où, peut-être, le jeu de la pompe a commencé par remuer le dépôt bactérien du fond, et mêlé à l’eau plus de germes qu’elle n’en paraissait contenir. Si, d’ailleurs, l’on a affaire à des puits tubulaires (Abyssiniens) bien installés, ou à tout autre puits convenablement couvert et protégé contre les souillures de surface, pourvu qu’il n’y ait pas de crevasse imprévue dans le sol, pas de communication accidentelle avec un foyer putride, on peut compter sur une proportion habituellement médiocre de microorganismes dans l’eau. Les recherches do Heraeus, à Hanau, qui montrent aussi que la pureté bactériologique est fréquemment en coïncidence avec l’impureté chimique (et inversement), sont très instructives au point de vue de la filtration par le sol de l’eau qui alimente les puits. Dans un des 29 qu’il a étudiés, à 7 heures du matin, après le repos de la nuit et alors que le jeu de la lui» DK L'EAU. Hygiène pompe n’avail duré que deux minutes, il trouve 193 germes par cen- timètre cube; après trois quarts d’heure de fonctionnement continu de la pompe, il n’y en eut plus que 123; et lorsque l'on eut pompé encore trois autres quarts d’heure, suivis d’une pause d’une demi-heure, on n’en obtint que 33. Un autre puits, dont la pompe était actionnée par un moteur à gaz, présentait, le lundi matin, après trente-six heures d’un repos presque absolu, 5,000 germes; l’expérimentateur fit pomper d’une lacon continue, interrompit le travail de la pompe pendant une demi-heure et, à l’aide d’un tuyau distinct de la pompe, puisa un deuxième échantil- lon d eau; celui-ci ne fournit que 35 colonies. Plagge et Proskauer, après avoir exposé les résultats si remarquables, au point de vue de la pureté bactériologique, que l’on obtient en faisant passer de 1 eau de la Sprée et celle du Tegel à travers des filtres de sable qui n ont pas lm,50 d’épaisseur, émettent l’avis que l'on est généralement en droit d’en attendre autant, pour le moins, de la plupart des puits, à la condition que des précautions efficaces soient prises pour empêcher que des microorganismes venus de l’extérieur se mêlent à celte eau, fournie sans germe par la nappe souterraine, à la faveur de la tiltration par le sol. C’est en regard de ces divers procédés de filtration, spontanée ou voulue, que la numération des microorganismes de l’eau prend de l’importance; elle donne, en effet, la mesure de l’efficacité de cette filtration,. — à moins qu’elle ne révèle la négligence vis-à-vis des réservoirs (puits ou autres). — Et, comme le vaste monde des bactéries, en définitive, compte parmi ses représentants les agents infectieux, on peut apprécier, par ce moyen, le degré auquel on est à l’abri, au moins du côté de l’eau. Dans cette pensée, Plagge et Proskauer ont tenté de donner un « chiffre limite » de la constitution bactériologique des eaux. Ce chiffre ne devrait guère dépasser loO germes par centimètre cube et pourrait même être abaissé à 30. Non que ces bO germes eux- mêmes puissent être regardés comme une tolérance à l’égard des filtres. Ceux-ci ne doivent laisser passer aucun microorganisme. Mais il est inévitable que dans les récipients, les conduites, les machines, et dans les mani- pulations d’expertise, il ne se glisse des germes d’ailleurs étrangers à l’eau et qui ont vite fait d’atteindre à cette proportion. Heræus attribue 16 germes à l’eau de distribution de Wiesbaden ; Leone, b microorganisihes par centimètre cube à l’eau des sources de Mangfallthal, a son arrivée à Munich. Il est donc assez étonnant que Chauveau, Fochier et Arloing n’aient reconnu « ni germes, ni microorganismes » dans les eaux du Sevmard, du Pollon et du Neyrieu (vallée de l’Ain), et non moins étonnant, dans un autre sens, que Proust accuse 11,000 germes dans l’eau de la Vanne.— A vrai dire, le nombre des'microorganismes constatés dans l’eau dépend aussi du procédé employé pour les obtenir. y. Nature des microorganismes de l'eau. — 11 n’y a guère, au point de vue où nous nous plaçons en ce moment, d’autre distinction à introduire parmi les organismes inférieurs quç celle de microorganismes pathogènes et non pathogènes. Meade Bollou en a fait une autre, des organismes qui peu- vent se multiplier dans l’eau et de ceux qui ne le peuvent pas; elle est très rationnelle, puisqu’elle oppose les microbes normaux de l’eau, ceux qui sont vraiment aquatiques, à ceux qui ne se trouvent dans 1 eau qu acci- dentellement et d’une façon passagère. Nous verrons que cette classifica- tion peut être rapprochée delà précédente, en ce que les microorganismes pathogènes sont précisément de ceux qui ne se multiplient point dans l’eau et ne se trouvent dans ce milieu que par accident. On recherche encore une autre sorte de caractère différentiel, au moins en ce qui concerne les bactéries; les colonies de ces organismes liquéfient ou ne liquéfient pas la gélatine. Les premières sont, à proprement parler, les Saprophytes (carcpôç, putride; ÿutov, plante), ou bactéries de la putré- faction. Leur présence fait donc songer à des souillures organiques de l'eau. Mais elles ne sont pas offensives par elles-mêmes. Les autres ne le sont pas toutes, à beaucoup près; mais, parmi elles, se trouvent des espèces pathogènes. Microorganismes indifférents. — Les eaux salies par les déjections des villes semblent se prêter particulièrement à la végétation des moisissures, des levùres et des bactéries liquéfiantes. B. Rosenberg, dans l’eau du Main, en aval de Würzbourg, a trouvé de six à quatorze moisissures sur cent colonies et vingt de celles-ci liquéfiant la gélatine; tandis qu’en amont, les moisissures et levures manquent très souvent ou sont fort rares et que la- proportion des colonies liquéfiantes ne dépasse pas 3,5 p. 100. Les micro- coques l’emportent de beaucoup sur les bacilles dans l’eau d’amont, rela- tivement pure; c’est le contraire en aval. Au-dessus de la ville, l’eau ne renferme, dit Rosenberg, que des matières humiques, qui sont malaisément décomposables ; au-dessous, elle a reçu des matières d’origine animale, plus faciles à la décomposition. Dans cette eau sale, il a reconnu des sarcines. Miquel a signalé le ferment lactique dans l’eau de pluie, Bacillus ureæ dans l’eau d’égout; un microbe qui décompose les substances albuminoïdes en produisant de l’hydrogène sulfuré, dans la même, et beaucoup d’autres ferments. Lober et Héricourt (1884) ont trouvé, dans l’eau de la Basse- Deule, égout collecteur de Lille, des « bacilles courbes » qui paraissent dénués de spécificité. Le Bacterium rubescens de Ray Lankesfer, qu’il faut peut-être appeler Clathrocystis roseo-persicina, est un organisme des eaux stagnantes. Miquel décrit un Leptothrix racemosa à la fois dans l’eau de la Seine et dans celle de la Vanne. Le môme auteur a reconnu, dans l’eau de la ville de Paris, les Bacillus subtilis, Bacillus ulna, etc. Dans l’eau d'es- sangeage des lavoirs, se sont montrés : Micrococcus prodigiosus, M. rosaceus, M. tetragonus, Sarcina alba, S. lutea, Bacterium termo, lineola, fætidum, xruginosum ; Bacillus subtilis, ulna, /luorescens, cyanogenus, saprogenus, et beaücoup d autres. Parmi eux, deux ont manifesté des propriétés virulentes. Plagge et Proskauer ont souvent observé, dans les eaux de Berlin, une bactérie ebromogène, dont la présence se traduit par une coloration bleu foncé et qu’ils rapportent à Bacillus janthinus (Zopf). Meade Bolton a isolé seize espèces particulièrement fréquentes dans l’eau, parmi lesquelles six se multiplient dans ce milieu avec activité, deux microcoques et quatre bacilles; Micrococcus aquatilis el Bacillus erythrosporus lui ont servi à faire ses remarquables expériences sur les bactéries dont l’eau parait être le milieu normal. Mais tous ces microorganismes sont étrangers aux maladies infectieuses de 1 homme et pourraient, tout au plus, servir à constituer un soupçon de médiocrité pour les eaux qui les renferment en abondance. La question capitale est tout autre; il s’agit de savoir si des microorganismes patho- gènes peuvent se trouver dans l’eau avec la même fréquence et la même facilité que les précédents. Plus exactement, il y a lieu de décider s'il existe des microorganismes pathogènes qui se multiplient dans l'eau; ce qui revien- drait à déclarer l’eau leur milieu naturel. Il est évident, en effet, que tous les microorganismes spécifiques peuvent se rencontrer dans l’eau acciden- tellement et personne ne doute qu’il n’y ait, par exemple, des bacilles typhiques dans une eau où des selles de typhoïsants sont tombées à même quelques minutes auparavant. JUicroorgsinismes pathogènes dans l’eau. — Nous relèverons rapide- ment : 1° les faits relatifs à la multiplication des organismes pathogènes dans l’eau ; 2° les constatations relatives à la présence de certains de ces organismes dans diverses eaux. 1° Multiplication des organismes. — Bagénoff, en 1885, annonça que, d’après ses recherches, la vitalité des bacilles typhoïdes se conserve dans l'eau et qu’ils peuvent même s’y multiplier dans une certaine mesure. Wolffhügel et Riedel (1886) firent connaître qu’ils avaient obtenu une mul- tiplication assez large du bacille charbonneux au-dessus de 12°, dans une eau pauvre en impuretés; une multiplication passagère du bacille typhique, au-dessus de 8°, dans de l’eau pure ou impure, mais stérilisée; qu’enün, ils n’avaient pu réussir la multiplication du bacille de Koch à des tempé- ratures supérieures à 16° ; le Komma bacillus, du reste, était rapidement étouffé par les bactéries banales, si l’on essayait de le cultiver dans une eau non stérilisée. Meade Bolton expérimenta sur Bacillus prodigiosus (qui n’est point patho- gène, mais peut passer pour intermédiaire aux bactéries aquatiques et aux champignons malfaisants), Bacillus anthracis, Staphylococcus aureus, Ba- cillus typhi abdominalis, Micrococcus tetragenus. Les eaux ensemencées varièrent depuis l’eau distillée jusqu’à une eau absolument sale ; mais toutes furent préalablement stérilisées. On eut soin de ne pas porter dans l’eau en essai, avec une parcelle de culture pure des microorganismes, une portion quelconque de la matière nourricière sur laquelle on les avait obtenus. La température fut tantôt de 18 à 22°, tantôt de 35°. Or, dans aucune de ces expériences, les bactéries n'offrirent de multiplica- tion; elles subirent, au contraire, une diminution constante et progressive. Bacillus prodigiosus dura seulement un peu plus que les autres. Lorsqu on avait introduit dans l’eau des bacilles à spores, il était possible de retrouver encore pendant assez longtemps l’aptitude au développement de la part des organismes; presque au bout d’un an chez les spores du charbon: jusqu’à un mois, au moins, et trois cent-dix jours au plus, pourles bacilles typhoïdes. La matière organique quelconque des eaux malpropres ne convient géné- ralement pas aux bactéries pathogènes. Les conditions leur sont encore bien plus défavorables, quand on n a pas soin de ménager aux bacilles pathogènes une eau portée à une tempé- rature qui leur soit propice et stérilisée, c’est-à-dire dans laquelle on a supprimé la redoutable concurrence vitale des saprophytes. Kraus, à Munich, a cherché à se placer dans des conditions naturelles en opérant sur trois eaux distinctes : l’eau de distribution de Mangfall et deux eaux de puits, dont l’une ne servait pas à la boisson, mais donnait 1,500 colonies par centimètre cube. Aucune d’elles ne fut stérilisée et leur température resta aux environs de 10°,o. Dans de telles eaux, le bacille de Koch dispa- rut en vingt-quatre heures ; le bacille typhique en six jours, et le bacille du charbon en trois. L’auteur attribue ce rapide anéantissement à l’action des bactéries aquatiques ordinaires. Toutefois, le nombre de celles-ci dans l’eau ne parait pas avoir d’importance, puisque la disparition des organis- mes pathogènes s’est faite aussi vite dans l’eau très pure de Mangfall que dans celle très souillée des puits; observation, d’ailleurs, qui contredit doublement celle de Gabriel Pouchet, d’après laquelle le bacille typhique se conserve et se développe beaucoup mieux dans l’eau pure que dans une eau souillée. Finalement, nous croyons pouvoir maintenir ici les deux conclusions que nous avons formulées naguère au sujet de la véhiculation du bacille typhique par l’eau, et dont la seconde, adoptée à l’étranger, était ainsi con- çue : Veau, telle qu elle se présente dans la nature, et fût-elle riche en matière organique, est un milieu antipathique aux bactéries pathogènes. 2° Constatations directes. — Pasteur est le premier qui ait annoncé l’exis- tence, dans les eaux, même très pures, d’un vibrion (septique ou pyogène) capable de rendre l’eau dangereuse, si l’on s’en sert pour le lavage des plaies, sans l’association d’un antiseptique. On n’a plus guère reparlé de cet organisme qui, d’ailleurs, ne paraît pas être offensif par la voie gas- trique. La découverte, par G. Gaiïky, élève de R. Koch, de la bactérie de la septicémie du lapin de Davaine, dans l’eau de la Panke (1881), à Berlin, ht quelque sensation. Ce fut une nouvelle bien plus sérieuse, lorsque R. Koch lui-même écrivit de Calcutta (4 mars 1884) qu’il venait d’obtenir des bacilles du choléra en grand nombre par la culture de l’eau d’un tank, dans lequel on avait lavé du linge de cholériques et sur les bords duquel le choléra sévissait. Depuis lors, Kommabacillus a été revu dans diverses eaux; mais déjà, Rob. Koch avait reconnu que ce bacille, prétendu amphibie, vit d’autant moins longtemps dans l’eau qu’elle est plus souillée. Dans ces dernières années, l’attention s’est portée vers les observations qui ont eu pour objet le bacille typhique et sa présence (non expérimentale) dans l’eau. Quand une eau est suspectée de recéler le bacille typhique, on la cultive sur la gélatine nourricière, comme pour la numération des colonies. 11 se développe, en effet, un nombre de colonies plus ou moins considérable. Parmi celles-ci, il Aitxoui.u. Hygiène, 2e édit. 13 s’en présente quelquefois une ou deux, dont l’aspect rappelle la physionomie des cultures pures de bacülus typhi abdominalis. On s’empresse d’isoler cette colonie et de la cultiver seule. Los nouvelles cultures sont d’un examen plus facile; le contrôle au microscope, la coloration, peuvent s’exercer sur une espèce univoque; on a le moyen, sinon de faire sur les animaux des expériences de transport qui ne prouvent rien, au moins de comparer les bacilles de culture avec ceux que l’on extrait des rates de typhoïsants encore en vie (procédé que nous ne recomman- dons pas). Il existe un certain nombre d’observations dans lesquelles on a cru re- connaître le bacille typhique dans l’eau de boisson, à l’occasion d’une épi- démie de lièvre typhoïde et, régulièrement, après l’épidémie plutôt qu'avant, ou même dans la période de formation. On en trouvera l’indication dans les bibliographies (pages 194 et 199). Bornons-nous à rappeler, dans l’ordre chronologique, les noms des bactériologues qui auraient réussi à saisir sur le fait la culture spontanée de ce parasite dans une eau servant à la consommation des humains: Mors (1885), Ivan Michael, L. Dreyfus- Brisac et F. Widal, Brouardel, Chantemesse et Widal, Brouardel et Chan- temesse, Thoinot, Marty et Chantemesse, Rollet, Arloing et Morat, F. Ma- rié-Davy, Macé. Il convient d’en rapprocher les recherches négatives de G. Gaffky (Epidémie de la garnison de Wittenberg, 1881); de C. Cramer, lors de l’épidémie de Zurich, en 1884; de Rietsch, à l’occasion de l’épidémie typhoïde survenue dans la division de réserve du Tonkin au camp du Pas-des-Lanciers, en 188b; de M. Simmonds, à Hambourg, dans une épidémie qui régna sur cette ville, la même année, et que l’on crut devoir attribuer à l’eau. Sans entrer dans la question étiologique générale, on peut mettre, en regard des faits positifs ou soi-disant tels, les résultats de l’expérimenta- tion (voy. plus haut), desquels il résulte que la présence des bacilles pa- thogènes dans l’eau ne peut être qu’une rareté, et les difficultés singulières de la morphologie des Schizomycètes. Plagge et Proskauer assurent que le bacille typhique en particulier est de ceux qu’il est le plus facile, d’après ses caractères extérieurs, de confondre avec des bactéries inoffensives. D'autre part, les agents infectieux ont toutes les chances du monde de n’être plus dans les milieux au moment où l’on a une raison de les y cher- cher. Aussi, encore que la constatation du bacille typhique dans l'eau soit possible, doit-on la considérer comme une rare exception, de même que c’est une exception de rencontrer dans l’eau le bacille-virgule du choléra, dont les propriétés physiques et biologiques ont cependant plus de carac- tères différentiels que beaucoup d’autres. Bibliographie. — Reichahdt (E.) : Grundtage sur Beurtheitung des Trinkwassers. 4t,e Auflagc. Halle-a.S. 1880. — Gérakdin (Aug.): L'altération de la Seine en ISSO (Rev. d’hyg., II, p. 148, 1880). — Neuville (G.) : Des eaux de Paris. Thèse de Paris, 1880. — Fodor (Joseph) : Hggienische Untersuchungen ilber Luft, Boden uud Wasser, aus dem Ungarischen übersetzt. Braunschweig, 1881. — Jaquemet : Les eaux de la région des cliotts (Rcc. des mém. de méd. militaire; 3° série. XXXVII, 1881 ). — Moissonmer : Rapport sur le régime des eaux en Tunisie. (Ibid.). — Mcncaksy (Paul) : Ueber den Gcis- rjeha.lt des Trinkwassers (D. Vierteljahrsschr. f. ofientl. 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Goitre et crétinisme. — La variété des propriétés successivement incri- minées dans 1 eau, à l’égard de l’endémie goitreuse, a surtout prouvé 1 ignorance dans laquelle on vit de la cause véritable. Pline accusait l’eau de neige fondue, c’est-à-dire privée d’air; Inglis, Grange, Aitken, ont dénoncé les sels magnésiens; Mac Clellan, les sels de chaux; Saint-Lager, les sels métalliques et spécialement les pyrites (sulfures do fer et de cuivre); Maumené, le fluor; Prévost et Chatin, le manque d’iode dans les eaux des pays à goitre. Ce lut déjà un progrès lorsque Bonjean, Vingtrinier, Morelin, Lenoir, Morel, Lunier, soupçonnèrent la présence dans les eaux « goitri- I gènes », de matières organiques douées de propriétés spéciales, peut-être d’un principe analogue au miasme de la malaria. Saint-Lager a abandonné l’étiologie par le sulfure de fer. Longuet constate qu’il y a des sources notoirement « goilrigènes »; mais le problème reste aussi obscur qu’au- trefois de savoir si la cause de la triste endémie goitreuse est l’un des éléments connus de l’eau ou un autre, encore à déterminer. Peut-être finira-t-on par rattacher nettement le goitre au parasitisme, de la même façon queViry et Richard ont soutenu la nature infectieuse du goitre épidé- mique de la garnison de Belfort en 1877. Il y aura lieu alors de reconnaître, dans l’eau, la bactérie goitrigène. Nous ne sachions pas que personne y ait pensé. Calculs urinaires et gravelle. — Une opinion assez répandue, quoique ne reposant que sur des vues théoriques, veut que les eaux calcaires contribuent à déterminer la pierre dans la vessie. Le fait que les affections calculeuses prédominent dans certaines régions territoriales pourrait aussi faire songer à des influences dépendant de la nature du sol et par suite de celle des eaux qui traversent ces terrains. Cependant les hommes sont plus calcu- leux et graveleux que les femmes, quoique buvant plus qu’elles tout autre liquide que l’eau, et les riches plus que les pauvres. Il s’agit vraisemblable- ment d’une direction particulière de la nutrition dépendant d’une étiologie complexe et beaucoup plus large que cette opinion ne le ferait supposer. Fièvre malariale. — Le terme même de malaria atteste que, dans l’esprit de nombreuses générations de médecins et de malades, le principe infectieux de l’impaludisme a passé jusqu’aujourd’hui pour être véhiculé par l’air et non par l’eau. Si ce principe était le parasite que Klebs et Tommasi Crudeli cultivaient du sol malarial, il serait probablement soulevé facilement dans l’air avec les poussières de la saison sèche. Mais le Bacil- lus malariæ n’a pas pris rang dans le cadre des organismes pathogènes, et l’on peut encore garder quelques réserves vis-à-vis de l’hématozoaire de Laveran, qui, selon les vues de l’auteur, pénétrerait exclusivement par les voies digestives et avec l’eau de boisson. Sur le terrain des faits, Léon Colin a fortement amoindri l’argument que Boudin tirait jadis de l’histoire du navire sarde (YArgo, 1834), sur lequel cent vingt militaires de passage au- raient été atteints de fièvre d’accès pour avoir bu de l’eau palustre embar- quée avec eux, l’équipage, qui buvait une eau différente, restant indemne : un autre historien, Léonard, pense avoir de bonnes raisons pour qualifier de fièvre typhoïde les prétendus accidents palustres offerts par ces soldats. Nous-même avons cherché à ramener à leur juste valeur les quelques faits cités par Henri Blanc, ce courageux médecin anglais qui fut prisonnier de Théodorus, à l’appui de la contamination palustre par véhiculation aqueuse et par la voie gastrique. Les expériences faites avec l’eau palustre, dans un lieu où les sujets d’expériences respirent en même temps l’air malarial, ne sauraient être bien probantes. On a pu attacher plus d’importance aux faits de dispari- tion, ou plutôt d’atténuation des fièvres, dans certaines localités à la suite de Rétablissement d’une distribution de bonne eau. Mais il a été répondu qu’en outre do la protection générale de la nutrition, assurée par une eau irréprochable, l'amenée de l’eau de source dans une commune prouve sur- tout une administration intelligente et amie du progrès, qui réalise en même temps, sans doute, beaucoup d’autres améliorations très propres à diminuer l’impaludisme de la contrée. En fait, la fièvre malariale existe à Rome, où l’eau est excellente, et on l’observe dans d’autres grandes villes, à l’occasion de remuements de terrains, sans qu’il soit rien changé à l’eau de boisson. Diarrhée. Dysenlene. — Ce que peuvent provoquer ces eaux palustres et toutes les « eaux de hasard », que des colonnes en expédition, des voya- geurs, voire des populations fixes, mais négligentes (et négligées par les administrations), consomment par étourderie ou par nécessité, c’est bien plutôt la diarrhée et la dysenterie (Barrallier, Léon Colin, Jules Arnould) que des manifestations malariales. Et s’il ne faut voir en ceci rien de spé- cifique, mais une irritation des voies digestives par des matières unifor- mément putrides, on admettra bien encore que de semblables accidents résultent parfois de l’ingestion d’eaux malpropres quelconques, dès que la malpropreté est constituée par des détritus organiques. On n’a jamais guère manqué de mentionner la souillure organique de l’eau parmi les causes des épidémies de dysenterie qui ont régné en France (Briquet). A la vérité, la dysenterie a quelques droits à prendre place parmi les in- fectieuses, quoique son microbe n’ait pas encore fait parler de lui. Ch. Amat a fait cesser une épidémie de dysenterie qui régnait sur la garnison de Saint-Germain-en-Laye, en soumettant à l’ébullition préalable l’eau du Pecq, consommée par les soldats et qui était très souillée de matières or- ganiques. Or, l’ébullition a surtout pour effet de tuer les bactéries. Toute- fois, la dysenterie ne disparut, par l’usage d’eau bouillie, qu’au 11° chas- seurs; elle persista au 16° dragons. (Statistique médic. de l’armée pour 1884.) Fièvre typhoïde. — L’eau malpropre, même lorsqu’elle renferme des matières fécales, n’engendre point la fièvre typhoïde, si elle ne véhicule en même temps le bacille typhique; mais elle semble tout à fait capable de disposer l’économie, — localement, par son action irritante sur la mu- queuse digestive, — d’une façon générale, à titre de moyen dépresseur de la nutrition, — à recevoir le parasite spécial et à devenir pour lui un milieu nourricier. 11 est clair que le trouble digestif banal favorise au mieux l’im- plantation d’un microorganisme qui s’établit d’abord dans les follicules intestinaux. Nous ne saurions trop répéter que c’est là une raison suffisante pour réclamer l’amenée d’eau irréprochable de la part des administrations des villes qui souffrent particulièrement de la fièvre typhoïde; de même que 1 établissement d’une bonne distribution d’eau explique la diminution des coups de ce fléau dans des localités qui en avaient jusque-là été des foyers. Pour ce qui est de la réelle véhiculation du bacille typhogène et, par suite, de la propagation de la fièvre typhoïde par l’intermédiaire de l’eau, il est évident que la réalisation n’en est pas absolument impossible. Desselles de lyphoïsants peuvent arriver dans l’eau et il serait certainement dange- reux, au point de vue de la fièvre typhoïde, de boire cetle eau dans un délai assez court après la contamination spécitique. Personne ne soutient le contraire et il nous a môme semblé que Pettenkofer et Soyka, les ennemis jurés de l’étiologie par l’eau de boisson, ne s’inscriraient pas en faux contre celte formule; ils ne contestent pas, au moins, que l’eau puisse servir à transporter les germes typhoïdes jusqu’au point où ils seront convena- blement placés pour mûrir. De telle sorte que l’éloquent défi porté par Brouardel, au Congrès de Vienne, avait toutes les chances imaginables de n’être point relevé. La fièvre typhoïde peut être transportée par l’eau, lorsque la contamination de celle-ci par des déjections de typhoïsants est récente et a été directe. Nous l’avons reconnu au Congrès d'hygiène de Genève (1882) et n’avons pas découvert, depuis, de raisons d’aller plus loin que cette for- mule. Au contraire, les recherches mentionnées précédemment et qui ont si nettement mis en relief la filtration efficace du sol sur les bactéries, l’antipathie des bacilles pathogènes pour l’eau et leur infériorité dans la concurrence vitale vis-à-vis des bacilles aquatiques, ces recherches nous portent à croire que la proposition de Brouardel : « que l’eau est le distri- buteur qui la porte (la fièvre typhoïde) 99 fois sur 100 » serait plus près de la vérité, en la retournant. Les observations d’épidémies typhoïdes attribuées à l’eau de boisson conta- minée sont assez nombreuses. Il en est peu qui remplissent, au point de vue des anamnestiques étiologiques, la double condition que nous indiquons plus haut. Le plus souvent, l’étiologie est faite par induction ou s’appuie sur des expé- riences sans valeur, tout en négligeant des faits d’observation de grande im- portance en hygiène et en nosologie. Nous avons cité ailleurs : l’épidémie du couvent des sœurs de charité de Mu- nich (1861); celles de l'orphelinat de Halle-s.-Saale (Zuckschwerdt 1871), de Lausen, canton de Bàle (Hâgler, 1872); de Croydon (1875, Carpenter, Buchanan); d’Ackworth (1870), du collège de Braham (1869, G. Wilson); du village des Monts (L. Baraduc, 1879); de Caterham et Red Hill (18.79, Thorne-Thorne) ; de Nabburg (Proels, 1880), etc. De plus modernes sont indiquées plus loin, en bibliographie. On nous per- mettra de ne pas les mentionner ici, afin d’éviter un double emploi. Il est, du reste, entendu aujourd’hui que la fièvre typhoïde, dans Paris, n’est pas propagée autrement que par l’eau de boisson. Et l’on a pu croire un moment qu’il allait eu être de même des autres villes. Mais voilà qu’en 1887, quelques semaines après l’éclatante profession de foi étiologique présentée au Congrès d'hygiène de Vienne, deux grandes ciLés, le Havre et Bordeaux, pourvues d’une eau excellente et sans soupçon, se sont vues en proie à une sévère épidémie de fièvre typhoïde. 11 va sans dire que les eaux ont été dénoncées tout d’abord, par habitude, et que le public, apeuré par des doctrines retentissantes, les accusa de confiance. On visita comme des impures, ces eaux vierges. Les chimistes les analysèrent; la géla- tine les cultiva. On ne trouva rien (ce qui estpresque étonnant, mais très heureux). Il ne semble pas que les hygiénistes locaux ni les administrations aient beaucoup apprécié cette haute sollicitude, non plus que les théories qu’on leur appliquait dans l’espèce. A Paris môme, une réaction, qu’on peut dire salutaire, a commencé. Bechmann (Société de médecine publique, 23 novembre 1887) proteste contre la théorie de Brouardel et fait remarquer que, danslemoment même où trois arrondissements Je Paris recevaient de l’eau de Seine et subissaient la lièvre typhoïde attribuée à cette eau, les autres arrondissements, desservis par l’eau de source, avaient la fièvre typhoïde tout comme les premiers et même davantage. De môme, l’exacer- bation de la fièvre typhoïde chez les sapeurs-pompiers, dont Itégnier a accusé la substitution de l’eau de rivière à l’eau de source, coïncidait avec une augmen- tation des cas dans la population civile, y compris la caserne de Ménilmontant, qui n’avait pas cessé d’être alimentée par l’eau delà Dhuis. 11 n’est pas utile de relever l’insignifiance des preuves tirées de l'expérimen- tation par les solutions de sel marin, d’aniline, d’acide phénique, auxquelles on faisait traverser un certain espace de terrain pour démontrer que les bacilles typhiques peuvent en faire autant; non plus que l’inanité de cet argument : que l’épidémie a cessé lorsque l’on eut fermé le puits d’où l’on supposait qu’elle était sortie. D’abord il y a eu de ces épidémies, prétendues d’origine aquatique, qui ont continué malgré la fermeture des fontaines suspectes; celle d’Auxerre (1882, Dionis des Carrières) est en partie dans ce cas. En outre, il convient de remarquer que toutes les épidémies finissent naturellement à une certaine date, et que cette date peut bien coïncider avec l'époque, toujours assez tardive, où, après enquête et réflexion, les administrations appliquent le remède qu’on leur a signalé comme le meilleur. Il nous a toujours paru regrettable, en pareil cas, que l’on ait trop négligé, en ne visant que l’eau, un certain nombre de mauvaises conditions d’hygiène ur- baine ou privée, très favorables aussiàlapropagation delà fièvre typhoïde, encore que l’usage d'une mauvaise eau puisse être rapproché, au même titre banal ou spécifique, de ces circonstances adjuvantes ou parfois déterminantes. Itililiograpliie. — L’eau et la fièvre typhoïde. — Baraduc (Léon) : Contribution à L’étude de la fièvre typhoïde (Bull. Soc. méd. publiq., 8 décembre 1880). — Ballard (Edward) : Observations on some ways in which drinking-waier may become polluted wit/i the con- tagiuni of enteric fever (British medic. 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Gspfige, XVIII, p. 537, 1886). — Riëtscii : Contribution à l’étiologie de la fièvre typhoïde à propos de /épidémie du Pas-des-Lanciers (Journal de l'Anatomie, mai-juin 1886). — Régnier (L.) : Note sur l'influence des eaux d'alimentation sur le développement de la fièvre typhoïde dans les différentes casernes de Sapeurs-pompiers en 1882 et en 1385 (Archives de médecine militaire, VIII, p. 81, 1886). — Mors : Die Brunnen der Stadt Mül- heim-am-Rhein vom bakleriologischen Standpunkte aus betrachtet (Ergauzungshefte zum Cenlr. blatt f. allgem. Gesundhcitspflege. 11,2, p. 133, 1886). — Dreyfus-Brisac (L.) et Widal (Fera.) : Epidémie de famille de fièvre typhoïde (Gazette hebdomad. de méd. et dur., p. 726, 188G). — Bhouardel (P.) : Sur une épidémie de fièvre typhoïde qui a régné à Pierrefonds en août-septembre 1886 (Acad, scionc., 13 décembre 1880 et Revue d'hygiène IX, p. 116, 1887). — Chantemessk (A.) et Widal (F.) : Le. bacille typhique (Bull. Soc. méd. des hôpitaux, 25 lévrier 1887). — Arnould (Jules) : L’eau et les bactéries, spéciale- ment les bactéries typhogènes (Revue d’hyg., IX, p. 27, 1887). — Cornil : L'eau de rivière et la fièvre typhoïde à Paris (Acad, de méd., 29 mars 1887). — Thoinot : Sur lu présence du bacille de la fièvre typhoïde dans l'eau de la Seine à Ivry (Acad, méd., 5 avril 1887). Vallin (E.) : L'eau de Seine et la fièvre typhoïde (Rev. d’hyg., IX. p. 265, 1887). Bhouardel (P.) et Chantemesse (A.) : Enquête sur les causes de l’épidémie de fièvre typhoïde qui a régné à Clermont-Ferrand (Revue d’hygiène, IX, p. 368, 1887. — Rol- lf.t (J.) : Épidémie de fièvre typhoïde à l'École normale et au collège de Cluny. Lyon, 1887. — Lechaudel : L’épidémie de fièvre typhoïde de Sézanne (Archives de médecine mi- litaire, X, p. 431, 1887. — Marty : Sur l’analyse de l'eau des fontaines de la commune de Be/vès (Dordogne) (Bull. Acad, méd., G septemb. 1887). — Soyka (Isid.) : Zur Ætiolo- gie des Abdominaltyplius (Archiv f. Hygiene, VI, p. 257, 1887). — Bechmann : Les eaux de Paris et la fièvre typhoïde (Bull. Soc. de méd. publ., 23 novemb. 1887). — Marik- Davy : Contribution à l’étude des eaux potables (Journal d’hygiène, 3 nov. 1887). — Martin (A.-.T.) : L'épidémie de fièvre typhoïde et l'assainissement au Havre (Gazette hebdomad., 9 décembre 1887). — Bordeaux. L’épidémie de fièvre typhoïde (Rev. gén. de cliniq. et de thérapeutiq., 15 décembre 1887). — Arnould (Jules) : Typhoïde (fièvre). (Dictionu. encyclopéd. des scienc. médic., 1888). Le choléra. — Les difficultés doctrinales et celles de l’interprétation des faits pathologiques sont à peu près les mêmes au sujet de la propagation du choléra que sur le terrain de la fièvre typhoïde. Nous avons vu que le bacille du choléra ne résistait que vingt-quatre heures dans l’eau, entre les mains de C. Kraus. Robert Koch avait, antérieurement, limité sa vitalité à vingt-quatre heures, dans le contenu d’une fosse d’aisances, sept jours dans l’eau d’égout, trente jours dans l’eau de puits, c’est-à-dire qu’il sem- blait se maintenir d’autant moins que la concurrence des saprophytes était plus décidée. Koch, Nicati et Rietsch lui accordent quatre-vingt-un jours d’existence dans l’eau du port de Marseille. Il paraît que ce contage se maintient mieux dans l’eau salée. Au demeurant, Kommabacillus est à peu près, pour son inventeur, une plante aquatique; la sécheresse lui est mortelle. Aujourd’hui encore, on doute que ses spores, vues par Hüppe, et qui pourraient se trouver dans la poussière, soient suffisamment démontrées. « On ne connaît pas un seul cas, dit R. Koch, dans lequel le choléra, comme le sang de rate et la variole, se soit propagé par des objets secs. » Cette formule si exclusive nous paraît d’une hardiesse imprudente. Comme pour la fièvre typhoïde, il y a deux camps en présence. La véhiculation par l’eau est soutenue par Robert Koch et ses élèves; en France, par Marey, L. Le Fort, Laboulbène et, pour des cas particuliers, par Proust et Charrin ; en Italie, par Ceci, Maragliano, Stassano, Pagliani et la Société italienne d'hygiène; en Angleterre, par de Renzy, Macnamara. En revanche, l’école de Munich et son chef, Pettenkofer, repoussent plus que jamais cette doctrine déjà vieille, mais à qui le bacille-virgule a entr’ouvert de nouveaux horizons. A l’Académie de médecine de Paris, sans partager pour cela les idées doctrinales de l’étranger, Michel Peter et Léon Colin résistent avec éclat à l’entraînement général vers la théorie de la propaga- tion par eau et, personnellement, nous n’hésitons pas à nous rattacher à cette minorité et à répéter pour le choléra la formule que nous avons pro- posée pour la fièvre typhoïde : La propagation du choléra par l eau n est pas impossible, dans le cas de projection directe et récente des excrétions cholé- riques dans l’eau de boisson; mais ce mode est d’une réalisation difficile et rare. L’idée de la propagation du choléra par l’eau de boisson a rendu célèbre l'Anglais Snow, qui la formula en 1849 et l’appliqua aux épidémies de 1834 et 1866, a Londres, avec un certain bruit. L’histoire de la pompe de Broad-Street est légen- daire; Marey l’a reproduite à l’Académie de médecine, en même temps que Le Fort rappelait les accusations portées, en ce temps-là, contre la Compagnie des eaux de laLea, par Netten Radclifle. Or, Letheby avait déjà fait ressortir les hy- pothèses gratuitos sur lesquelles s’appuyait cette étiologie et les faits contradic- toires : des groupes entiers recevant la même eau que les quartiers atteints et n’éprouvant que peu ou point de choléra; d'autres qui, au milieu du quartier envahi buvaient l’eau non suspecte d’un puits artésien etavaient le choléracomme les voisins. Si bien que Letheby déclarait que l’on pourrait rapporter la carte du choléra à la canalisation du gaz tout autant qu’à celle de l’eau. Pettenkofor a relevé partout ailleurs des faits identiques. Le choléra de Gènes (1884) passa pour avoir été amené par le canal Nicolaï, dé- rivé de la Scrivia, dans laquelle les femmes de Bussola avaient lavé des linges de cholériques, en amont de la ville. Quand on eut fermé ce canal, dit Ceci, il se produisit une amélioration sensible. Léon Colin fait remarquer que l'on ferma aussi les cabarets. La statistique officielle reconnaît, d’ailleurs, qu’il y avait eu des cas de choléra dans Gênes le 30 et le 31 août, tandis que l’on n’en vit que le 20 septembre à Bussola; par conséquent, les premiers au moins ne dérivaient pas des seconds par voie fluviale. Finalement, Gènes déverse ses immondices dans son port, de même que Marseille; ce qui ne l’empêche pas d’être assez sale, à l’inté- rieur, et d'avoir un sol (tuf) imprégné de putridité, ainsi que Monti l’a écrit à Pettenkofer. A Naples, Emmerich a fait remarquer que l’hôpital d’enfants de YAnnonciata, quoique alimenté en eau de la Bolla (irréprochable), a eu le choléra comme les autres habitations du quartier bas, dans lequel il est situé, et qui devait juste- ment son atteinte aux conditions locales de son emplacement. La garnison de Paris, en 1884, dit Léon Colin, a été particulièrement, frappée dans la personne des Sapeurs-pompiers, plantons, ordonnances, soldats de bu- reaux, qui passent leur vie partout excepté à la caserne et boivent toute espèce d’eaux. L’épidémie disparut brusquement des casernes de Reuilly et Bonaparte, sans que 1 oneùt changé d'eau. Onavait seulement pratiqué l’isolement. D’ailleurs le choléra a maintes fois éclaté, à Paris, dans un grand nombre de points, assez distants les uns des autres, simultanément. Dans les relations de Marey et de Laboulbène, nous avons surtout été frappé de ce fait, que le choléra est plus sévèi’e dans les quartiers denses des communes, autour de l’église, par exemple, dans les points déclives, sur les rives fangeuses des ruisseaux et dans les habitations malpropres. La malpropreté générale des \ i lies et des immeubles est encore ce qu’il a été le plus facile de constater comme conditions de la propagation du choléra à Toulon, à Marseille, en Bretagne et chez diverses nations qui nous touchent de près. Il y a quelques observations d’une étonnante sagacité pour ce qui concerne le rôle de 1 eau comme véhicule du choléra, dans le rapport de Robert Koch et Gaffky. A notre avis, ce qui n’vest pas assez, c’est la conclusion quel'on pourrait lirer de l’étrange négligence, d’ailleurs constatée, que les mœurs orientales admettent vis-à-vis de l’éloignement des immondices. Les ouvriers français des moulins de Boulait boivent sans doute une eau différente de celle des indigènes du Caire. Mais nous nous plaisons à croire qu’ils ont aussi des habitudes différentes à toutautre égard. Voici, dureste, qui prouve l’influence banale de l’eau deboisson et non pas le rôle spécifique que prétendent les auteurs. Le môme canal d'eau douce fournit à la consommation des trois villes de Suez, Ismaïlah et Port-Saïd. A Ismaïlah, le canal traverse le quartier arabe à découvert et se trouve soumis à de nombreuses souillures; on eut, 16,8décès cholériques sur 1000 habitants,dans ccLLe ville. En se dirigeant sur Suez, le canal traverse le désert; son eau est peu contaminée; en 1883, Suez eut seulement 4,7 décès sur 1000 habitants. Enfin, d’Ismaïlah à Port-Saïd, l’eau traverse des conduites en fer, imperméables ; on ne compta à Port-Saïd, que 0,46 décès cholériques sur 1000 vivants. Eh bien! c’est là que la théorie nous semble faible. S'il y a des bacilles-virgules dans l'eau qui va d’Ismaïlah à Suez ou d’Ismaïlah à Port-Saïd, pourquoi ne font-ils pas le choléra de la môme manière dans les trois villes? Et, s’il n’y en a pas, pourquoi le choléra existe-t-il néanmoins à Suez et à Port-Saïd, encore qu’il y soit plus clément qu’à Suez? A la suite de son rapport sur le choléra du Finistère, Proust a inscrit cette conclusion, qui m'emporte pas, au moins, l’exclusivisme doctrinal : « L’eau a joué un rôle évident dans la propagation de la maladie à Guilvinec. Cette action, sans être aussi démontrée, paraît probable à Quimper et pour un quartier de Douarnenez. Cette action a été nulle à Audierne et surtout à Concarneau. >• La conclusion correspondante du rapport général, en 1886, du même auteur, était plus vague : « L’eau a joué un rôle important dans la transmission. » L’essentiel est qu’il soit laissé place à l’examen. Nous l’avons fait, cet examen, sur le texte de l’honorable inspecteur des services sanitaires ; et nous devons déclarer que nous n’y avons trouvé que des probabilités, des raisonnements par l’analogie ou par opposition; aucune preuve directe et péremptoire. A part le fait, d’ailleurs négatif, et où il peut n’y avoir qu’une influence géné- rale, de l’immunité de Lechiagat, approvisionné de bonne eau, par rapport aux malheurs, de Guilvinec, on ne voit pas non plus d’une façon éclatante la trans- mission par l’eau, dans l’intéressant mémoire de II. Ch. Monod. En revanche, l’idée de la transmission directe ou par des effets à usage s’impose, en même temps qu’on est frappé du rôle énorme de liquides tout différents de l’eau, c'est- à-dire des boissons alcooliques. Si l’eau de boisson n’est pas le véhicule le plus ordinaire du choléra, il n’en reste pas moins certain que la mauvaise eau, comme pour la fièvre typhoïde, est ün puissant moyen à'adaptation de-l’économie, par son action générale sur la nutrition et par son action locale sur le tube digestif, appelé à être le lieu de développement des organismes pathogènes. L'eau pure est donc une protection positive et l’on ne risque rien d'en approvi- sionner les villes comme si la théorie de la véhiculation aqueuse du choléra était exacte, à la condition que l’on ne s’enferme pas dans l’exclusivisme qu’elle engendre et que l’on ait soin de porter une attention égale sur les autres objets de l’hygiène. Uiblioçrapliie. — Choléra. — Mabey : Les eaux contaminées et le choléra (Bull. Acad. do méd., 14 octobre 1884). — F.mmebich (Rud.) : Ueber die Choiera in Neapel und die in Choteraleichen und Cholerakranken gefundenen Pilze (Avchiv f. 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Ch.) : L’épidémie de choléra au Guilvinec en 1885 (Rev. d’hyg., VIII, p. 189, I88G). — Proust (A.) : Rapport sur l’épidémie de choléra dans le département du Finistère (Recueil des travaux du Comité consult. d’hyg. publ. de France, XVI, p. G8, 1887). — Charrin : Épidé- mie cholérique de 1885-8G dans les départements du Finistère et de la Vendée (Ibid., p. 550). — Koch (Rob.) et Gaffky (Georges) : Bericht über die Thütigkeit der zur Erforschung der Choiera im Jahre 1883 nnch Egypten und Indien entsandten Commission (Arbeiten aus dem Kaiserl. Gesundheitsamte, III, 1887). Goitre. — Viry (Ch.) et Richard (Eug.) : De la nature du goitre épidémique qui a sévi sur les troupes de la garnison de Belfort en 1877 (Gazette hebdomad. 1881, p. 457). — Longuet (R.) : Étude sur lerecrutementdans l'Isère. Etiologie du goitre (Archives de méd. railit., III, p. 97, 1884). Dysenterie. — Amat (Charles) : Recherches étiologiques sur les épidémies de dysenterie régnant périodiquement à Saint-Germain en Laye (Gazette médic. de Paris, p. 172, 1885). Lien bactéries de la glace. — Nous avons dû placer ici une sorte d’ap- pendice pour \sl glace, qui n’est pas une espèce d’eau, mais peut rentrer indifféremment dans l’une des classes précédemment examinées et qui, en raison de ses usages, présente des particularités assez intéressantes, à notre point de vue, pour mériter une étude spéciale. On emprunte la glace aux collections les plus diverses et même à la mer, que la cristallisation dessale; on en fabrique artificiellement avec de l’eau que l’on peut choisir parfaitement pure, et, au besoin, distillée. La glace est employée à rafraîchir diverses boissons et à préparer cer- taines consommations de luxe. Lorsqu’elle est seulement appliquée sur le récipient de ces substances, ce n’est qu’une eau d'utilisa lion, d’un rôle assez secondaire pour ce qui regarde la santé. Mais si elle est introduite directement dans du vin, du café, des sirops, etc., elle devient véritable- ment une eau de boisson, et l'on a droit d’en attendre la même pureté que de toute autre. Cet usage direct n’est pas rare vis-à-vis des malades, à qui il importe particulièrement de ne rien ingérer d’offensif. Dans d’autres cas, l'on entoure de glace, sans intermédiaire, des viandes, du poisson, des fruits, dans un but de conservation. Ce contact avec des objets qui seront ensuite mangés rapproche ce rôle de la glace de celui qui vient d’être indiqué. Or, si l’eau, en prenant l’état déglacé, abandonne les sels dissous, il n’en est pas de même des molécules en suspension et, spécialement, des bac- téries. La glace retient celles-ci et d’autant mieux, paraît-il, qu’elle empri- sonne plus d’air en se formant, c’est-à-dire lorsqu’elle a l’aspect bulleux ou neigeux (Prudden). De ce qu’une eau renferme des bactéries, fussent-elles en nombre très considérable, il ne s’ensuit pas qu’elle soit immédiatement dangereuse. La question, assurément, est de savoir si ces bactéries sont pathogènes, ou si, parmi d’autres espèces, il en est de cette catégorie redoutable. Il ne sem- ble pas, du reste, que C. Frankel ait la moindre raison de prétendre que plus il y a de bactéries dans un milieu donné, plus grandes sont les chances d’y rencontrer des bactéries pathogènes. Mais il est à peu près constant que la malpropreté banale des eaux croît comme leur richesse en micro- organismes. Par conséquent, cette richesse est toujours une note fâcheuse pour une substance qui doit traverser les voies digestives. L’eau se prend en glace avec les bactéries qu’elle renferme. Mais le pre- mier effet de la congélation est la mort de la plus grande partie de ces or- ganismes. En deux jours (G. Frankel), il en disparaît les quatre cinquiè- mes ; en cinq jours les neuf dixièmes. L’effet est encore plus sensible, selon Prudden, si au lieu d’un état continu de congélation, il y a des alternan- ces de congélation et de dégel. De telle sorte que quand, par les procédés ordinaires, on a trouvé dans l'eau provenant d’une glace fondue un nom- bre élevé de bactéries, on peut affirmer que l’eau dont provenait cette glace était remarquablement sale. Par contre, lorsque les bactéries sont rares, on ne peut savoir si elles l’étaient primitivement ou si elles se sont raré- fiées par le froid ; de sorte qu’on ne doit pas en conclure que l’eau d’ori- gine était bonne. Il est des bactéries aquatiques ou des saprophytes que la congélation Lue assez rapidement. Ainsi, Bacillus prodigiosus, Proteus vulgciris, avaient disparu au cinquante et unième jour de gelée, dans les expériences de Prudden. L’effet est malheureusement moins prompt et moins complet là où il serait le plus désirable, à savoir, sur les bactéries pathogènes. Il est sensible cependant. C. Frankel reconnaît que la glace d’une eau ren- fermant des bacilles charbonneux peut encore fournir à des ensemence- ments fertiles après un temps assez long; mais il suffit pour cela qu’un petit nombre d’individus, les plus robustes, aient survécu. Le point cu- rieux serait de préciser le nombre de ceux qui ont succombé. De même pour le bacille typhique; il est très résistant. Chanlemesse et Vidai ont soumis à la gelée de l’hiver de 1886-1887 des tubes de bouillon préala- blement ensemencés de cet organisme, sans que les microbes aient été détruits. Mais ils ont, selon toute apparence, diminué de nombre, encore que la diminution soit d’une certaine lenteur, ainsi qu'il résulte des expé- riences de Prudden, dont voici un extrait : Bacilles de la fièvre typhoïde (par centimèt. cub.). Avant congélation innombrables. Après congélation de 11 jours 1.019,403 — - 27 - 336,457 — — 42 — 89,796 — — i 69 — 24,276 — — 77 — 72.930 La congélation est donc meurtrière aux bactéries, y compris les bacilles pathogènes, et purifie cprtfunement l’eau. Mais il est évident que l’effet n’est pas assez rapide ni assez décisif pour équivaloir à une stérilisation. Aussi C. Frankel a-t-il pu constater que la plupart des glaces vendues à Berlin et récoltées un peu au hasard, dans des prairies inondées, des canaux ou fossés, sont riches en bactéries — aquatiques d’ailleurs. Il en est môme ainsi d’une part de la glace fournie par des industriels qui en fabriquent, — avec de l’eau distillée, mais aussi avec de l’eau de puits ; ce que l’on con- çoit sans peine. Prudden a trouvé la glace recueillie sur l’Hudson tantôt riche, tantôt pauvre enbactéries, selon les points où la récolte avait été faite. Il est possible que des accidents aient été produits par de la glace impure ou même renfermant des microorganismes spécifiques. On n’en cite pas, toutefois, à l’exception des vingt-six personnes qui, en 1875, dans un hôtel de Rye-Beach, furent gravement malades pour avoir consommé de la glace en môme temps que cinq cents autres (W. B. Hills). Mais il est clair qu’il est de la plus simple prudence d'épargner la mal- propreté et surtout les chances d’infection à cette forme de l’eau avec le même soin que nous l'exigeons de l’autre. Il n’est pas absolument néces- saire de restreindre l’usage interne de la glace à celle que les ingénieurs produisent mécaniquement, même transparente, avec de l’eau de source. Mais il faut repousser pour tout usage celle qui a été récoltée dans des mares ou des fossés croupissants, dans les rivières en aval des villes, au voisinage d’un déversoir d’égout, etc. Célle des fleuves en amont des lacs, des étangs d’une certaine profondeur et de toute collection d’eau courante étrangère aux souillures humaines, est au contraire susceptible d’être em- poyée sans arrière-pensée. liibliogpraphie. — Pumpley (R.), Hills (W.-B.), Storer (R.) : Le danger de la glace im- pure destinée aux usages de la table (The Sanitarian of New-York, X, p. 286. Anal, in Rev. d’hyg., V, p. 1048, 1883). — Düclaux (Vincent) : Les impuretés de la glace (Annal, d’hyg., 3° série. XII, p. 97, 1884). — Fr.enkel (Cari.) : Ueber den Bacteriengehalt des Eises (Zeit- schrift f. Hygiène, I, p. 302, 1886). — Prudden (Mitchell) : On bacteria icc and lheir rela- tions diseuse with spécial reference to the icc-supply of New-York (Medical Record. New- York, 1887). — Varigny (H. de) : Les bactéries de la glace (Revue sanitaire de Bordeaux, 2ô août 1887). 3° Expertise de l’eau. Il n’appartient pas à l’hygiène de faire de réelles analyses de l’eau, c’est-à-dire d’en séparer les éléments, intégrants ou associés. Une analyse aussi profonde est, d’ailleurs, rarement utile. De plus, il existe dans les eaux des microorganismes que l’analyse, comme on l’entendait autrefois, mécon- naît, et sur lesquels il importe néanmoins d’avoir des renseignements. Aussi l’expertise hygiénique a-t-elle renoncé à la précision qui est imposée a la chimie, pour s’étendre davantage et atteindre jusqu’à des objets d’un autre ordre et tout aussi intéressants que les matières minérales ou les principes organiques. File s’est contentée, pour le dosage de ces matières et de ces principes, des méthodes tilrvmétriques ou colorimôtriques qui sont rarement rigoureuses, mais sont abordables à presque tout le monde et frappent les yeux. En revanche,- elle s’est définitivement annexé l’examen bactériologique, que l’on essaye môme déjà de pousser jusqu’à la déler- 200 mination des espèces, au moins en ce qui concerne les espèces pathogènes. L’expertise emploie donc des moyens physiques, des procédés chimiques et des méthodes empruntées à la bactériologie. I. Expertise physique. — Elle porte sur les qualités extérieures les plus saillantes de l’eau, et réclame plus souvent l’intervention des organes des sens que celle des instruments. Limpidité. Coloration de l eau. — Elles s’apprécient le plus ordinairement par comparaison. On a deux éprouvettes allongées, posées sur une feuille de papier blanc ou une soucoupe de porcelaine; l’une d’elles est remplie d’eau distillée; on verse dans l’autre une certaine quantité de l’eau en ex- pertise. En regardant de haut en bas, alternativement, par l’orifice de chacune, on juge de la transparence et de la couleur de l’eau examinée. La surface blanche cesse d’autant plus vite d’être visible que l’eau est plus trouble. Iiiller remplace celte surface par une tablette sur laquelle sont inscrits des chiffres de diverse grandeur, qui font comme une échelle de transparence. King, Knbel et Tiemann ajoutent, à de l’eau distillée, une solution titrée de carîlmel jusqu’à ce qu’elle ait la même opacité que l’eau d’expertise ; la quantité qu’il faut ajouter de cette solution est la mesure du trouble. Bowditch a même inventé un instrument d’optique pour cette recherche, qui n’est pas sans importance, mais où l’œil nu semble, cepen- dant, pouvoir suffire dans la plupart des cas. Le trouble des eaux ne prouve pas qu’elles soient mauvaises et n’a aucun rap- port avec la dureté. L’origine des matières suspendues est plus décisive que leur abondance. Si ce n’est que de la terre, l’eau pe\it rester potable ; elle ne l’est plus quand il s’agit de déchets d’industrie, d’eaux d’égout, etc. Les bonnes eaux sont transparentes et, en masse, bleues. Les médiocres sont verdâtres, les mauvaises vert-foncé, souvent grisâtres ou d’un vert terreux tirant au brun ou brun-jaunâtre. Leur surface fait miroir, soit à cause du fond de cou- leur sombre, soit à cause de leur manque de transparence. On se méfiera parti culièrement des eaux d’un blanc laiteux ou d’un bleu foncé sans éclat (eaux indus- trielles). On pouvait voir, à VExposition d'hygiène urbaine de Paris (1886), une élégante application de l’expertise optique de l’eau sous la forme d’une sorte d’aquarium, bien éclairé, à trois compartiments, dans l’un desquels arrivait l’eau de la Vanne, tandis que l’eau de Seine remplissait le second et l'eau d’Ourcq le troisième. La limpidité et la teinte bleue de la première démontrait le trouble et l’impureté des deux autres. Chamberland y avait aussi installé un cabinet noir dans lequel l'examen optique de l’eau se faisait avec l’appareil suivant : un ballon d'environ 2 litres était recouvert extérieurement, sur l’un de ses hémisphères verticaux, d’un enduit noir au centre duquel on avait ménagé un espace arrondi, non noirci, de 1 à 2 centimètres de diamètre; par cette sorte de trou clair passait un rayon lumineux venant d’un bec de gaz disposé derrière le ballon, à la hau- teur de cette petite fenêtre. L’observateur placé en avant, c’est-à-dire du côté opposé à la flamme, n’apercevait le cylindre lumineux du rayon traversant l’eau qu’autant que celle-ci renfermait des impuretés en suspension. C’est un autre mode de l’expérience qui consiste à rendre visibles les poussières d’une salle en y introduisant un rayon lumineux par le trou d’un volet. Odeur. Saveur. — La bonne eau n’a pas d’odeur, bonne ni mauvaise. Elle n’a pas davantage de saveur, et l’impression agréable qu elle pro- duit au palais dépend plutôt de sa fraîcheur eide la satisfaction du besoin d’humectation. On reconnaît assez aisément les odeurs (toujours mauvais signe) de l’eau. Pour mieux les percevoir, Flügge et tous les chimistes conseillent delà chauffer à 40 degrés, après addition d’un peu de lessive de potasse; puis on lave à plusieurs reprises, avec cette eau, l’intérieur d’une éprou- vette cylindrique très haute. Au moment où l’on vient de rejeter la dernière eau de lavage, on respire par le nez au-dessus de l’oritice de l’éprouvette. Ce procédé permet de saisir assez sûrement le fumet de l’hydrogène sul- furé et quelques autres. Du reste, la simple agitation dégage les odeurs de l’eau. Le palais humain reconnaît les saveurs suspectes dans l'eau, mais lorsque les subtances sapides y sont en proportion notable; il distingue même celles-ci, avec quelque exercice (Pappenheim, F. de Chaumont). La plu- part du temps, il faut que les sels soient aux doses de 50 centigrammes à 1 gramme par litre, sauf les sels de fer et de cuivre, qui se trahissentà la dose de 5 à 6 centigrammes. Il va sans dire que ces épreuves doivent être faites, comme la plupart des autres d’ailleurs, immédiatement après que l’eau a été extraite de ses ré- servoirs naturels. Autrement, si elle n’est pas de première pureté, elle subit, surtout en récipients fermés, une altération qui ressemble infiniment à la putréfaction et à la suite de laquelle, naturellement, apparaissent des odeurs et une saveur qui n’étaient point primitives. Ritter recommandait, non sans raison, cette épreuve d'altérabilité, car les bonnes eaux peuvent rester en vases clos des semaines et des mois sans se modifier. On pro- file du repos de l’eau pour juger de la précipitation spontanée qui peut s’y accomplir. Enfin, il est indiqué d’en vérifier la réaction avec le papier de tournesol (WolfThügel, G. Pouchet). 7empérature. — Elle se mesure au thermomètre, de préférence dans la collection aqueuse même, ou tout au moins dans le vase d’extraction im- médiatement après que l’eau a été recueillie. L'eau de boisson doit être fraîche, c’est-à-dire entre 7 et 11 degrés. Au-dessous de o degrés, elle est froide, désagréable et dangereuse, par l’irritation de la mu- queuse digestive et les répercussions qu’elle peut causer. Aux environs de U> à 20 degrés, elle est tiède, affadissante et nauséeuse. A Pékin, où l’eau n’est pas irréprochable, on évite de la boire tiède en ne la consommant que sous forme de thé brûlant (Morache)., La stimulation du liquide chaud .remplace celle de la fraîcheur et en est l’équivalent. Nous avons dit antérieurement la constance de la température de l’eau de sources et la variabilité de celle des eaux de surface. 11. Expertise chimique. — Elle porte sur les matières minérales ou or- ganiques dissoutes. Il existe une assez longue série des premières qui peu- vent se rencontrer dans l’eau ; les secondes peuvent aussi être carbonées ou azotées. Mais l'on a reconnu qu’en pratique il suffit généralement de doser les sels terreux en bloc.de rechercher certains éléments qui sont plus particulièrement les témoins d’une souillure actuelle (les chlorures) ou an- térieure (nitrates et nitrites), et de déceler la matière organique sans distinc- tion de sa nature azotée ou carbonée. Ce n’est môme pas cette matière que 1 on met en vue, mais 1 oxygène qu’elle consommerait pour être brûlée. Précautions préliminaires. — Il est indispensable de recueillir l’eau à ex- pertiser dans des récipients qui n’y ajoutent rien et, pour cela, les chimistes (Wolffhügel, Sutlon, G. Pouchet) conseillent d’employer des bouteilles en verre blanc, bouchant à l’émeri ou au liège neuf, paraffiné, très propres et rincées plusieurs fois, avant qu’on les remplisse avec l’eau à examiner. On les remplit directement plutôt qu’avec l’intermédiaire d’un autre vase, qui devrait, dans tous les cas, être très propre. Pour l’eau des fleuves et des rivières, on prend l’échantillon entre le fond et la surface; pour les sour- ces, à l’émergence. Si l’on a des raisons de la prendre à un robinet ou à une pompe, il faut commencer par faire écouler l’eau qui remplissait déjà les tuyaux. Une bouteille de 2 litres est généralement suffisante; deux bouteilles et même trois sont quelquefois nécessaires, surtout si les eaux ne sont pas très souillées. En puisant au fleuve ou à la source, on note la température de l’eau, la nature du sol et toutes autres particularités qui pourront être utiles, telles que le voisinage de foyers putrides, fosses d’ai- sances, fumier, etc. Les bouteilles soigneusement étiquetées et cachetées, sont transportées le plus rapidement possible au laboratoire, où est l’eau soumise à l’analyse, en commençant par la constatation de ses propriétés physiques. A. Détermination des matières minérales banales. — Elle comprend la recherche du résidu fixe et celle du degré hydro limé trique. Résidu fixe. — La connaissance du résidu total ne donne pas de rensei- gnements très importants et satisfait surtout des idées déjà anciennes. On continue cependant, à rechercher ce résidu et même, en le calcinant au rouge, à apprécier par différence la quantité de matières organiques qui lui étaient associées. Or, divers éléments organiques sont volatilisables au dessous de 100 degrés; d’autres se décomposent, et leur acide carbonique, par exemple, va se fixer sur Tune des bases terreuses du résidu, augmen- tant le poids des matières minérales et diminuant celui des autres. L'Instruction du comité consultatif d’hygiène publique décrit ainsi qu'il suit, ces procédés : a 1° Évaporer au moins 1 litre d’eau, dans une capsule, au bain-marie chauffé de façon à entretenir une ébullition légère; continuer à chauffer durant quatre heures après dessiccation complète, et peser le résidu au milligramme près. Sur ce résidu, il sera utile de rechercher la présence des nitrates au moyen de l’acide sulfurique en présence du sultate ferreux. 2° Évaporer, dans les mêmes conditions, une nouvelle quantité d’eau de I litre au moins; le poids du résidu sec servira de contrôle du chiffre précédemment obtenu. Ce résidu salin sera chauffé peu à peu jusqu’au rouge sombre, puis pesé au milligramme après refroidissement. « La différence entre la première et la seconde pesée fera connaître le poids des matières organiques et des produits volatils. « Ce résidu peut être utilisé pour rechercher quantitativement si la proportion des sulfates est considérable. Le résidu salin sera redissous dans l’acide chlo- rhydrique dilué et traité par une solution de chlorure de baryum qui fournira un précipité de sulfate de baryte, dont le poids fera connaître la quantité d’acide sulfurique. « Le chiffre trouvé pour l’acide sulfurique sera transformé par le calcul en sulfate de chaux; une eau contenant par litre plus de Osr,lbO à 0sr,200 de sulfate de chaux anhydre doit être rejetée pour les usages domestiques, à moins qu’il n’y ait impossibilité, comme cela arrive dans certaines contrées, de s’en pro- curer de moins séléniteuses. » Nous avons fait connaître plus haut (page 176) la limite de 5Ü0 milligram- mes que le résidu fixe, d’après les conventions, ne doit pas dépasser et nous avons donné les raisons sur lesquelles s’appuient les hygiénistes. Au fond, ce qui importe, c’est de savoir si la minéralisation de l’eau est primi- tive ou acquise. Wolffhügel prend l’exemple suivant. L’eau qui sort du muschelkalk renferme, à la source, d’après Reichardt, 325 milligrammes de matières fixes, et n’en est pas moins excellente. Mais elle ne peut ac- quérir secondairement plus de 175 milligrammes de sels provenant de di- verses décompositions organiques sans passer pour mauvaise. L’eau qui sort du granité, en revanche, avec 25 milligrammes de résidu, peut en ac- quérir 475 milligrammes, c’est-à-dire devenir à peu près du purin, sans paraître, à cet égard, plus mauvaise que la précédente. Degréhydrotimétrique. — La détermination de ce degré renseigne essen- tiellement sur la richesse de l’eau en sels calcaires et magnésiens ; mais le chiffre qui le représente est encore influencé par l’acide carbonique, et, quant aux sels de chaux et de magnésie, on ne peut savoir la part respec- tive de chacun qu’au moyen de calculs que l’on ne fait pas d’ordinaire. Comme d’ailleurs la présence des sels de chaux et de magnésie ne pré- sente qu’un intérêt secondaire, l’hydro limé trie a beaucoup perdu de son ancien prestige. Au lieu de « degré hydrotimétrique », les Anglais et les Allemands disent « le degré de dureté », ou simplement « la dureté ». Peut-être serait-il avantageux de se servir aussi, chez nous, de cette expression, qui est fort claire pour tout le monde. A. Gautier l’a employée. La dureté ou le degré hydrotimétrique d'une eau, en France, c’est la proportion de sels terreux qui sature 0^r,l de savon, ou équivaut il 0^r,0t 14 de chlorure de calcium, comme il \a être expliqué. En Allemagne, c’est la proportion, pour 100,000 parties d'eau, des sels terreux qui agit sur la solution de savon de la même façon que I partie de chaux dans 100,000 parties d’eau. Le principe du procédé est que, d’une part, l’oléate de soude, matière essen- tielle du sa\on de soude, se décompose au contact des sels de chaux et de ma- gnésie, en formant des oléates calcaire et magnésien peu solubles; d’autre part, que 1 eau ne mousse par l’agitation qu’au tant qu’elle renferme de l’oléate de Arnoci.d, Hygiène. 2e édit. 14 soude. Celte mousse, en eIlet, prouve que l’eau a acquis l’état gtutineux que lui donnent les savons alcalins. Telle est l’origine des liqueurs savonneuses titrées à l’aide desquelles on préci- pite entièrement tous les sels terreux de l’eau à expertiser, en notant la quantité qu’il a fallu employer de la liqueur, de composition connue, pour arriver au mo- ment où l’eau essayée mousse par l’agitation. La méthode porte encore le nom de Clark, qui en est 1 inventeur. Le terme de « méthode hydrotirnètrique » cor- respond, en France, aux perfectionnements que Boutron et Boudet y ont apportés. La solution savonneuse agit à la fois sur les sels de chaux et sur ceux de ma- gnésie; sur les carbonates et sur les autres sels. Si, par ébullition, l’on a expulsé l’acide carbonique de l’eau, à la faveur duquel les carbonates étaient dissous, ceux-ci se précipitent, sauf la petite quantité de carbonates neutres que l’eau peut dissoudre; et l’eau peut ne pas moins continuera décomposer le savon, par le fait des sulfates terreux qu’elle conserve. On appelle dureté temporaire, celle qui disparait par l’ébullition ; dureté permanente, celle qui persiste ; et dureté totale, l’ensemble des deux précédentes. La différence de titre des liqueurs savonneuses normales fait aussi la diffé- rence de valeur des degrés hydrotimétriques anglais, allemands, français; 4 de- grés allemands valent o degrés anglais, et 06 degrés allemands valent 100 degrés français, d’où : o(j degrés allemands = 70 anglais = 100 degrés français. La solution savonneuse employée en Allemagne est telle que 4o centimètres cubes saturent 12 milligrammes de chaux et indiquent 12 degrés de dureté, étant admis que 1 degré correspond à la présence de 1 milligramme de chaux dans 100 grammes d’eau. La solution normale usitée en France est faite avec 50 grammes de savon blanc de Marseille, dissous dans 800 grammes d’alcool à 90 degrés, auxquels on ajoute 500 grammes d’eau distillée après filtrage. Pour titrer cette liqueur (A. Gautier), on se sert d’une dissolution contenant par litre 0er,25 de chlorure de calcium fondu, pur. On introduit 40 centimètres cubes de cette solution dans un flacon gradué de 10 en 10 centimètres cubes, et on y verse la dissolution savonneuse à l’aide d’une burette dite hydrotirnètrique (fig. lo). Celle-ci est divisée en centi- mètres cubes. Habituellement, on ne marque le zéro qu’à sa deuxième division, attendu qu’il faudra, pour obtenir la mousse indicatrice, ajouter à l’eau expertisée un peu plus de la solution savonneuse qu’il ne serait nécessaire pour saturer les sels terreux. On ajoute goutte à goutte dans le flacon gradué la liqueur savon- neuse à la solution chloro-calcaire, en agitant à chaque fois jusqu’à ce que la mousse reste au moins cinq minutes sans disparaître. Si l’on a bien opéré, il faudra avoir fait descendre le niveau de la liqueur dans la burette de 23 divisions, c’est-à-dire, en diminuant d’une division pour la portion qui produit la mousse, que la burette marquera 22° hydrotimétriques. Si le nombre de degrés néces- saires est inférieur, on ajoute de l’eau à la liqueur savonneuse à raison de I 23 de son volume pour chaque division qui n’aura pas été employée. La liqueur savonneuse étant préparée, on prend 40 centimètres cubes de l’eau à expertiser et l’on agit sur elle comme il vient d’ôtre dit pour la solution chloro- calcaire. La dépense de solution savonneuse exigée par cette eau pour avoir une mousse persistante représente son degré hydrotirnètrique. Si l’eau analysée est très chargée de sels terreux, il se produit des grumeaux et non un trouble opalin. generale.J EXPIÎKTISE DË L’liA.11. 1 Un l’étend alors de 2 ,3 ,4 lois son volume d’eau distillée; mais on multiplie aussi par 2, 3, 4, le degré hydrotimétrique obtenu. Lorsqu’on veut distinguer les trois sortes de duretés (temporaire, permanente, totale), on prend d’abord le degré hydrotimétrique total; puis Ion lait bouillir l’eau pour précipiter le carbonate calcaire, on y ajoute l’eau distillée nécessaire pour compenser la perle qui est résultée de l’évaporation et, en renouvelant 1 essai Fig. 15. — Burette hydroti- métrique. hydrotimétrique sur cette eau refroidie, on obtient le degré hydrotimétrique ■per- manent. Il faut, toutefois, diminuer de 3 degrés le chiffre obtenu, pour repré- senter la petite quantité de carbonate de chaux qui reste dans l’eau bouillie. Il est ensuite aisé de calculer par différence la dureté temporaire. Le commerce vend des liqueurs hydrotirnétriques toutes préparées. Au lieu de la burette hydrotimétrique ordinaire (ou fie Gay-Lussac), Ritter sc sert de la neuse goulle à goutte, sans redresser l’instrument à chaque fois. Enfin, on peut, au lieu du flacon gradué, prendre un flacon quelconque, en verre blanc, à large goulot, pourvu que l’on mesure très exactement les 40 centimètres cubes que l'on y introduit, en se servant pour cela d’une pipette jaugée (lig. 17). Il est convenu que le degré bydrotimétrique (français) doit être aux en- virons de 21°. Tant que 1 on se borne à cette appréciation a minima, la méthode peut être conservée. Mais ce n’est pas un moyen de dosage. Il est à remarquer, en effet, que le carbonate de magnésie, en raison de l’apti- tude de celte base à former des carbonates, ne se précipite pas aussi aisé- ment que le carbonate de chaux. En outre, le chlorure de magnésium, sous l’influence de la chaleur (quand on a cherché la dureté temporaire), passe facilement à une combinaison basique dont une partie se sépare, mais dont l’autre reste en dissolution à la faveur de la présence d’autres sels. Enfin, la présence des chlorures, des matières organiques, de l’oxyde de fer, etc., altère et fausse les résultats. Au fond, la chaux et la magnésie sont gênantes dans l’eau pour les opérations culinaires ou industrielles, mais ne menacent pas la santé. Ce qui diminue le mérite de l’hydrotimétrie. Les eaux dures incrustent les parois des chaudières des machines à vapeur, entraînent à une dépense exagérée de combustible et préparent les explosions. Par la formation des savons calcaires insolubles, elle sont ruineuses dans les usines à fouler, le dégraissage des laines, les fabriques de drap. Les particules de ces savons, qui restent dans la laine lavée, nuisent au tissage et à la teinturerie. L’eau calcaire par elle-même altère la nuance de certaines couleurs, mais est favorable à diverses couleurs rouges (pourpre, garance, alizarine artificielle). Ces mêmes eaux, précipitant leurs carbonates, par l’abandon de l'acide carbo- nique des bicarbonates, obstruent le calibre des conduites, les roues de moulins, les robinets d’écoulement. L’eau douce est favorable à la germination de l'orge; mais il paraît que l’eau renfermant du sulfate de chaux (sélêniteuse) retient plus de substances albuminoïdes dans le grain et assure la qualité de la bière. L’eau qui renferme du fer (voy. plus bas) est impropre au blanchissage, à la teinturerie, à la papeterie, à cause des taches de rouille. Les nitrates font obstacle à la cristallisation du sucre dans les raffineries. Les chlorures, particulièrement ceux de calcium et de magnésium, nuisent à la fermentation (brasserie, distillerie). Woltîhügel conseille avec raison de les éviter dans l’eau qui sert à la préparation du mortier, parce qu’ils entretiennent l’humidité des murs, les taches, les moi- sissures, les algues. Les sulfate et carbonate de soude produisent, d’ailleurs, le même effet. Avec des substances albuminoïdes ou dissoutes de l’humus, l’eau in- corpore dans le mortier des éléments de nitrification (Salpêtrage des murs). B. Recherche des métaux et composée métalliques. — Le fer existe dans l’eau à l’état d’oxyde ou d’oxydule. On décèle celui-ci par le ferricyanure de potassium en solution, dont on ajoute quelques gouttes à 20 centimè- tres cubes d’eau, acidulée par l’acide chlorhydrique ; il se forme un préci- pité bleu [bleu de Turnbull, Cy''FcaFe3). Le cyanoferrure de potassium précipite l’oxyde de fer d’une eau, acidulée comme la précédente, à l’étal de bleu de Prusse; le sulfocyanure de potassium donne un précipité rouge de sang, de ferri-sulfocyanure. Le 'plomb, le cuivre sont précipités par l’hydrogène sulfuré. Un reprend le précipité par l’acide azotique étendu (1 sur 2) et l’on sépare le plomb au moyen de l’acide sulfurique ou du bichromate de potasse (précipité jaune de chromate de plomb, soluble dans la potasse ; difficilement soluble dans l’acide azotique. Le cuivre se reconnaît par la lame de fer décapée ; par l’action de l’ammoniaque, qui donne la coloration bleue des composés cuivriques ammoniacaux; par le ferrocyanure de potassium jaune, qui dé- termine un précipité couleur chocolat de ferrocyanure de cuivre. Le zinc reste dans l’eau dont l’hydrogène sulfuré a précipité les métaux précédents; mais ses sels pouvant être précipités eux-mêmes par IIS dans les solutions alcalines, on ajoute à l’eau qui a passé à la filtration un excès de lessive de soude, on filtre de nouveau et l’on traite par l’hydrogène sul- furé. Il se forme un précipité blanc de sulfure de zinc, insoluble dans l’acide acétique. G. Dosage des matières minérales provenant du sol des lieux habités. — Nous rangeons dans cette catégorie les chlorures et les sels alcalins; les sulfates peuvent y être ajoutés, en raison de la contribution que fournis- sent à l’eau, sous ce rapport, les déchets organiques des groupes humains. Il serait rationnel d’y rattacher les nitrates et nitrites, que nous mettrons dans une autre classe comme produits d’oxydation. Chlorures. — Il s’agit essentiellement du chlorure de sodium. On le dé- montre qualitativement par l’addition de quelques gouttes de solution de nitrate d’argent à de l’eau d’expertise, acidifiée par l’acide azotique pur. Use forme un précipité blanc de chlorure d’argent, caillebotté quand il y a beaucoup de chlorure dans l’eau, soluble dans l’ammoniaque. Au point de vue quantitatif, on peut faire une réelle analyse en pesant ce précipité et calculant le chlore du sel d’argent. Mais les hygiénistes (Flügge, Ritter, G. Pouchet, etc.) se sont arrêtés de préférence aux méthodes titrimétriques de Volhard et surtout de Mohr. Cette dernière est la plus simple. Nous l’avons décrite d’après G. Flügge, dans notre article Eau, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. « La méthode de Mohr est fondée sur ce principe que, tandis que les chlorures sont précipités complètement, à l’état de précipité blanc, insoluble, par la solu- tion argentique, les chromâtes le sont, par la même solution, dans une liqueur neutre, à l’état de précipité rouge-brun de chromate d’argent, soluble dans les acides. Si des chlorures et des chromâtes sont en présence, les premiers sont d’abord précipités; les seconds ne le sont que quand il n’y a plus traces de chlore dans la liqueur. Il suffit donc d’avoir une solution titrée de nitrate d’argent, que l’on fera couler dans une eau additionnée d’un chromate, pour qu’en arrêtant 1 addition du reactif au moment ou la colorai.ion rouge brun du chromate d’argent apparaît on puisse calculer, par la quantité de nitrate employée, la quantité de chlorure de l’eau, transformée en chlorure d’argent. « On a : une solution de 17 grammes de nitrate d’argent cristallisé, sec, pour 1 litre (f centimètre cube répond à 3m8r,o5 de chlore ou à 5m»r,85 de chlorure de sodium), puis une solution saturée de chromate de potasse jaune, pur, neutre, faite à froid. Dans un verre à pied, on verse 100 centimètres cultes de l’eau à essayer, addiliounéu de 2 ;i 3 gouLies de la solulion de cliromate: on y l’ail couler la solution argenliqne avec une burelle, en agitant; fréquemment. Bientôt les gouttes qui tombent de la burette se colorent en rouge en arrivant dans la liqueur, mais la coloration disparaît par l’agitation. Lorsqu’elle persiste et qu’elle est non pas seulement jaune, mais jaune rouge, on lit sur la burette le chiffre de centi- mètres cubés de nitrate d’argent employés (qu’il faut diminuer de 0,1 à 0,3); ce chiffre, multiplié par 3,53, donne les milligrammes de chlore ; multiplié par 5,85, les milligrammes de chlorure de sodium, qui se trouvent dans les 100 centimètres cubes de l’eau d’essai. Il est utile d’avoir une solution de sel marin dont 1 centi- mètre cube renferme exactement 1 milligramme de chlorure de sodium ; pour le cas où l’on croirait avoir versé trop de nitrate d’argent, on ajouterait de la solu- I ion salée une quantité convenable pour obtenir à nouveau le point voulu de colo- ration et qui permettrait aisément de défalquer le nitrate d’argent en excès du nitrate total employé. « En suivant le procédé de Volhard, on commence par traiter l’eau parla liqueur de nitrate d'argent titrée, mais en excès; on détermine ensuite cet excès à l’aide d'une solution de sulfocyanure de potassium. « Le professeur E. Se11, à la suite de recherches exécutées dans le laboratoire de VOffice sanitaire impérial, à Berlin, a constaté que le procédé de .Molir est sujet à des erreurs en plus, et celui de Volhard à des erreurs en moins ; toutefois, les erreurs du premier sont de peu d’importance, quand les proportions de chlore sont au-dessus de 3î> milligrammes par litre. » Bases alcalines. — Il est très difficile d’isoler les bases des sels alcalins, qui sont extrêmement solubles. On sépare d’abord de l’eau les sels terreux; on pèse en masse les sels alcalins et l’on dose la potasse par le chlorure de platine : on admet que la soude peut se calculer par différence. Sulfate et acide sulfurique. — Nous avons vu plus haut comment on peut obtenir par précipitation l’acide sulfurique de l’eau au moyen du chlorure de baryum associé à l’acide chlorhydrique, sans lequel il se pré- cipiterait aussi du phosphate et du carbonate de baryte. Il semblerait facile de laver ce précipité de sulfate de baryte après filtration, de le dessécher et de le peser. Le poids obtenu, multiplié par 0,343 donnerait celui de SO3. Mais l’on ne sait pas à quel moment il a été ajouté assez de chlorure de baryum et le précipité, qui est en grains impalpables, se réunit très diffici- lement. Les chimistes, Mohr, Clemm, Wildenstein, Muller, utilisent pour cette recherche ce principe, que le chlorure de baryum, en présence du cliromate de potasse, forme un précipité insoluble de chromate de baryte. Parmi les procédés qui appliquent ce principe, C. Fliigge propose le sui- vant : « On verse dans un ballon 100 centimètres cubes de l’eau à expertiser, bouillie, puis ramenée par l’addition d’eau distillée à son volume primi- tif. Ce ballon porte une marque à la capacité de 130 centimètres cubes ; on porte à l’ébullition, après avoir ajouté 10 à 20 centimètres cubes de la solution titrée (1/2 à 1 p. 100 de chlorure de baryum). Au bout de quelques minutes d’ébullition, on laisse couler dans la liqueur assez de solution de chromate de potasse pour qu’il apparaisse, après repos, une coloration jaune, faible, mais incontestable. On laisse refroidir, on verse de l’eau dis- tillée jusqu’à la marque 150 centimètres cubes, on agite et l’on filtre sur 21.1 un liitre soc. Du liquide passé à la iillralion, 1UO centimètres cubes sont portés dans un cylindre de verre étroit, de 20 centimètres de hauteur ; dans un autre cylindre semblable, 100 centimètres cubes d’eau distillée sont additionnés de chromate de potasse jusqu’à ce qu’une coloration identique apparaisse. On opère alors comme pour le dosage colorimétrique de l’ammoniaque. La quantité de solution de chromate que l’on trouve avoir été ajoutée en plus doit être multipliée par 3/2 pour tenir compte de la dilution préalablement réalisée ; on la retranche du total de ce réactif employé; la différence entre le reste de la solution de chromate et la solu- tion de chlorure de baryum employée est multipliée par 4 pour obtenir en milligrammes pour 100 centimètres cubes d’eau, la quantité d’acide sulfu- rique qui correspond à cette dernière. La solution décime normale de chlo- rure de baryum renferme 12gr,2 de chlorure de baryum sec pour 1 litre ; 1 centimètre cube de cette solution correspond à 4 milligrammes de SOL La solution décime normale de chromate de potasse, contient, pour 1 litre, 7gr,SG3 de chromate de potasse pur et autant d’ammoniaque pure qu’il est nécessaire pour ramener la couleur rouge de la solution à une colora- tion jaune franche : c’est donc un chromate neutre ammoniopotassique. » D. Dosage des substances qui passent pour des signes de fermentation dans l’eau. — 11 s’agit de Y ammoniaque, des nitrites et nitrates, de Y acide carbonique et de Yoxyqène (celui-ci au point de vue de sa raréfaction). Ammoniaque. — Cet élément étant en très faible quantité dans les eaux, on a dû recourir à un réactif très sensible. On possède aujourd’hui une préparation qui ne laisse rien à désirer sous ce rapport: le réactif de Nessler. Le réactif de Nessler est un iodure mercuro-potassique. Pour le préparer, dis- soudre 30 grammes d’iodure de potassium dans 50 centimètres cubes d’eau dis- lillée; ajouter une solution concentrée chaude de bichlorure de mercure jusqu’à ce que le précipité rouge d’iodure de mercure, qui se redissout d’abord au fur et à mesure en présence d’un excès d’iodure de potassium, finisse par persister, ce qui arrive quand on a dépensé 20 à 25 grammes de sublimé. On filtre; on ajoute une solution de 130 grammes d'hydrate de potasse dans 300 grammes d’eau; puis assez d’eau distillée pour faire 1 litre; enfin, encore 50 centimètres cubes de solu- tion de sublimé. On décante après repos. La liqueur obtenue donne, en présence de la plus faible trace d’ammoniaque, un précipité rouge, un peu plus clair ou un peu plus brun, d’iodure mercuro-ammoniacal. S’il y a peu d’ammoniaque, il est simplement jaune. Le réactif de Nessler peut servir à une expertise qualitative. On en ajoute 1 cen- timètre cube a 100 centimètres cubes de l’eau examinée, après avoir précipité les sels terreux de celle-ci par la soude et le carbonate de soude; cette eau étant placée dans un vase cylindrique long, reposant sur du papier blanc, on regarde de haut en bas, à la surface du liquide, pour juger de la coloration. Il reviendrait au même de distiller 200 centimètres cubes de 300 centimètres cubes de l’eau expertisée et d’agir sur ces deux premiers tiers passés à la distillation; toute l’ammoniaque s’y trouve. Pour 1 analyse quantitative, il existe plusieurs procédés. Celui qui porte le nom de Frankland et Armstrong consiste à comparer un cylindre renfermant 100 cen- timètres cubes de l’eau en expertise, additionnée de 1 centimètre cube du réactif •210 l)lî L’EAU. [Hygiène Nessler, avec une sérielle quatre cylindres identiques, munis chacun de 100 cen- timètres cubes d’eau distillée et additionnée de doses variant de 0ro,2 à2 centimè- tres cubes d’une solution ammoniacale de composition connue (d’ordinaire 0m&r,0o par centimètre cube). Tous les cylindres étant rangés sur une surface blanche, celui des quatre derniers auquel ressemble la coloration de l’eau exper- tisée indique la richesse ammoniacale de celle-ci. Un autre procédé porte le nom de Fleck. Ritter s’en est servi en le modifiant légèrement. 11 le décrit de la façon suivante : « Ajoutera un volume déterminé d’eau (dans un flacon bien bouché) du réactif de Nessler jusqu’à ce qu’il se forme un précipité brun; ce précipité se fasse faci- lement; l’addition du sulfate de magnésie, recommandée par Fleck, m’a paru inutile. Le précipité, séparé par décantation, est lavé à l’abri de l’air avec de l’eau distillée, dissous ensuite dans une solution d'hyposulfite de sodium (au 1/8), qui dissout le sel mercuriel. Ce dernier métal est dosé volumélriquement à l’aide d’une solution tirée d’un sulfure alcalin; on se sert comme réactif indicateur d’un papier à filtre sur lequel on applique une goutte de liquide; ce papier repose sur un papier plombique qui noircit dès que l’on a employé un excès de liqueur titrée. » Il est au moins aussi exact de doser l’ammoniaque par une liqueur alcalimétri- que. On acidulé un demi-litre ou 1 litre d’eau avec quelques gouttes d’acide chlo- rhydrique pour fixer l’ammoniaque; on évapore à siccité pour se débarrasser de l’acide en excès, et l’on distille le résidu avec une lessive alcaline alcoolique. L'am- moniaque passe à la distillation. Il suffit de recevoir le produit de la distillation dans 20 centimètres cubes d’une solution acide normale (au 10e); une partie de l’acide est neutralisée par l’ammoniaque distillée, celle qui n’est pas neutralisée est dosée avec une solution alcaline normale (au 10e) ; il est facile de connaître la première par différence. C’est à peu près le procédé employé à Montsouris ; l’am- moniaque y est reçue dans une dilution titrée d’acide sulfurique, coloré par quel- ques gouttes de teinture de cochenille; lorsqu’il s’agit de mesurer par la liqueur alcaline titrée l’acide non neutralisé, la couleur jaune de la cochenille avec l’acide passe au rouge-violet dès qu’on a versé suffisamment de la solution alcaline pour parfaire la neutralisation. Acide nitreux. Nitrites. — Le procédé de Trommsdorff, dont il va êlre question pour les azotates, peut servir au dosage des azotit.es ; ii suffit d’avoir une échelle de teintes, fournie par des liqueurs renfermant un poids connu d’azotite; on comparera à ces teintes la coloration donnée par l’eau en examen, après qu’elle aura été traitée par la solution normale (iodure de zinc, amidon, chlorure de zinc). On emploie de préférence le procédé de Gries, Tiemann et Preusse, par le métadiamidobenzol ou métaphénylènediamine. Il faut, pour l’application de ce procédé : 1° Une solution de 5 grammes de métadiamidobenzol dans 1 litre d'eau. On y ajoute un peu d’acide sulfurique étendu pour en assurer la conservation; 2° De l’acide sulfurique étendu ( I vol. d’acide pur et concentré, dans 2 vol. d’eau distillée) ; 3° Une solution de nitrate alcalin renfermant 0,01 de milligramme d’acide ni- treux (Az'20;l) par centimètre cube. On l’obtient en dissolvant dans l’eau chaude 0gr,406 de nitrite d’argent pur, sec; puis, en ajoutant du chlorure de potassium ou de sodium jusqu’à ce qu’il ne se précipite plus de chlorure d’argent; enfin, en étendant la liqueur après refroidissement de manière à porter son volume a l li- tre. Lorsque le chlorure d’argent s’est entièrement déposé, on prend 100 centi- mètres cubes de la liqueur limpide, que l’on étend encore une fois jusqu au volume d’un litre ; 4° Des cylindres étroits de verre blanc, tels qu’en y versant 100 centimètres cubes d’eau, le niveau de celle-ci s’élève à une hauteur de 16 à IR centimètres; a ce point, l’on fait un trait ; 5° Des burettes et des pipettes. Pour l’exécution, l’on verse 100 centimètres cubes de l’eau à essayer dans l’un dos cylindres de verre et l'on y ajoute 1 centimètre cube d’acide sulfurique dilué et 1 centimètre cube de la solution de métadiamidobonzol. Si, par l’agitation avec une baguette de verre, il se produit immédiatement une couleur rouge, c’est que l’eau est très riche en nitrites, et il faut recommencer l’épreuve en n’en prenant que 50 ou mème25 centimètres cubes. Dans trois des autres cylindres, on verse 0CO,3, lcc,4 et 2CC,5, de la solution renfermant le nitrite alcalin ; on remplit avec de l’eau distillée jusqu’à la marque fixe, puis on ajoute à chaque cylindre 1 centi- mètre cube d’acide sulfurique étendu et 1 centimètre cube de méladiamidobenzol. On compare la coloration qui s’est produite dans le premier cylindre avec celle des autres, servant d’échelle. Si les trois cylindres étalons ne suffisent pas, on en cherche d’intermédiaires. La coloration définitive ne se produit qu’en 20 ou 25 minutes. Elle est due à la transformation de la métapliénylènediamine dans l’eau qui contient de l’acide nitreux, acidulée par l’acide sulfurique, en triamidoazobenzol, qui communique à l’eau une couleur jaune ou jaune-rouge. Acide nitrique. Nitrates. — Les procédés de dosage sont extrêmement nombreux. Les uns appartiennent à la grande technique chimique et com- portent la réduction de l’acide azotique par un corps réducteur, pour doser ensuite, soit la quantité du corps oxydé par l’acide, soit ce qui en a échappé à l’oxydation, soit enfin les produits de la réduction, acide nitreux, azote, oxyde d’azote, ammoniaque ; d’autres, plus à la portée de l’hygiène pratique, reposent sur les changements de coloration que l’acide azotique produit sur la brucine, l’acide pyrogallique, Vindigo, le sulfate d’aniline, la diphénylamine, l’acide phénylsulfurique. Wollfhügel décrit les trois réactions suivantes, qui ne sont que des expertises qualitatives : Avec la brucine, déposer sur une soucoupe blanche, au moyen d’une baguette de \erre, quelques gouttes de l’eau à essayer et 2 gouttes d’une solution de brucine (1 sur 800); faire arriver, goutte à goutte, sur le mélange, de l’acide sulfurique concentré. Si la proportion d’acide azotique dans l’eau est élevée, il se produit une coloration rose clair à la première goutte. Si elle ne se produit pas à la cinquième goutte, c est qu il y a moins de 20 à 30 milligrammes d’acide azotique par litre. On peut alors taire évaporer 1 centimètre cube de l’eau d’essai et traiter directe- ment le lésidu parla brucine et l’acide sulfurique. Comme cette réaction se pro- duit aussi par 1 acide azoteux, il faut s’ètre assuré, au préalable, par le métadia- midobenzol, que l’eau expertisée ne renferme pas de nitrites. Avec 1 iodure de zinc amidonné. On ajoute, dans un cylindre de verre, à 30 centi- mètres cubes d eau acidifiée par l’acide sulfurique concentré, un fragment de zinc pur et une dissolution d’iodure de zinc amidonné. L’hydrogène qui se dégage ra- mène l’acide azotique à IV-l.al, d’acide azoteux. Celui-ci mol de l’iode en liberté el., par suite, provoque la coloration bleue de l’iodure d’amidon. Si l’on a, préalable- ment, fait la même opération sans l’intervention du zinc métallique, la présence des nitrites se révèle, dans le cas où il y en aurait; c’est là le procédé deTromms- dorffpour la recherche des nitrites, dont il était question tout à l’heure. La diaphénylaminc pure, en présence d’un excès d’acide sulfurique concentré, trahit par une coloration bleue lapins faible proportion d’acide azotique dans l’eau. On n’emploie qu’une goutte de celle-ci, après s’ètre assuré qu’elle ne contient pas de fer. Au point de vue de l’analyse quantitative,nous avons décrit, comme il suit, dans notre article Eau du Dictionnaire encyclopédique, et d’après Wolffhügel, les méthodes dites de Marx-TrommsdorfT et de Schulze-Tiemann, généralement adoptées; la dernière, selon L. Spiegel, donne les résultats les plus exacts. «1. Par la méthode de Marx-TrommsdorfT, le bleu d’indigo est oxydé et par suite décoloré dans une eau renfermant des nitrates, qu’on porte rapidement à la température de 120 degrés, après addition d’acide sulfurique concentré. Si l’on a préalablement une solution d’indigo dont on connaît l’action sur une dissolution de nitrate d’une proportion déterminée, on pourra calculer la richesse d’une eau en nitrates d’après la quantité d’indigo qu’il faudra.ajouter à un volume déter- miné de cette eau, pour arriver au point on elle ne fait plus disparaître la couleur bleue. Toutefois, comme l’oxydation de l’indigo n’est pas une décoloration immé- diate, mais un passage au jaune brunâtre, qu’une faible quantité de nitrates peut déjà produire, il est bon d’agir parfois sur une eau étendue d’eau distillée. La présence des chlorures favorise la réaction; aussi, ajoute-t-on, au besoin, du chlorure de sodium. Au contraire, les matières facilement oxydables en présence de l’acide sulfurique concentré réduisent aussi les nitrates et faussent les résultats en diminuant la quantité de solution d’indigo employée : il est bon, en consé- quence, lorsqu’il y a lieu, de commencer par oxyder les matières organiques à l’aide du caméléon. Pour préparer la solution d’indigo, on mêle peu à peu 1 partie d’indigotine pure à 6 parties d’acide sulfurique fumant, en évitant que la température s’élève d’une façon excessive; après repos, on verse la liqueur dans 40 fois son volume d’eau distillée; on filtre et on étend la solution jusqu’à ce qu’elle devienne trans- parente avec une épaisseur de 12 à 15 millimètres. On la titre ensuite à l'aide d’une dissolution de nitrate de potasse (ier,871 de sel pour 1 litre d’eau ; 1 cen- timètre cube renferme un milligramme de AzOc). On mêle 1 centimètre cube de celle-ci, dans un matras, à 25 centimètres cubes d’eau distillée et à 1 centimètre cube d’une dissolution de sel marin à 1 pour 100; on ajoute rapidement 50 centi- mètres cubes d’acide sulfurique concentré pur. Le mélange s’échauffe assez pour qu’il soit superflu de le porter sur le feu. On fait ensuite, en agitant le ballon, couler la solution d'indigo avec une burette, sans arrêt inutile, jusqu’à ce que le mélange prenne une coloration bleu-verdàtre. On recommence aussitôt l’ex- périence, mais cette fois en faisant arriver, d’un seul jet dans la liqueur une quantité de solution d’indigo égale à celle qui vient d’être employée. Le plus sou- vent, par le simple fait d’une manipulation plus rapide, celle quantité ne suffit pas à donner la teinte bleu-verdàtre, et il est nécessaire d’ajouter encore un peu de la solution. De ce dernier résultat on calcule la richesse de la solution d’in- digo; on l’étend, s’il est nécessaire; G à 8 centimètres cubes de' cette solution doivent répondre à 1 milligramme d’acide azotique. Il est bon de répéter les essais en augmentant la proportion de nitrate de potasse; 2 centimètres cubes de solution nitrée avec 22 centimètres cubes (l'oau ; R centimètres cubes avec 21 d'eau, etc., de façon à nécessiter des quantités doubles, triples, d indigo. Une l'ois obtenue la solution titrée d'indigo, on opère avec 1 eau a essayer 25 centimètres cubes) et l’acide sulfurique (50 centimètres cubes), comme on le faisait tout à l'heure avec l’eau artificiellement nitrée. Il faut avoir soin d agir dans les mêmes conditions de température, de rapidité, de réactifs, que précé- demment ; il convient aussi de faire plusieurs essais dans la même séance. Exemple. Le titre de la solution d’indigo est tel que 0 centimètres cubes de la liqueur correspondent à 1 milligramme AzO5. On a consommé, pour 25 centimètres cubes d’eau, 14e0,1 de solution d’indigo; on consommerait pour 1000 centimètres cubes 504 centimètres cubes. D’où 564 ir x y. Et æ=r94 milligrammes AzO5 par litre. La méthode comporte des erreurs variant entre 5 et 15 p. 100 des nitrates réel- lement contenus dans l’eau. 2. Le procédé Schulze-Tiemann a pour but de doser l’acide azotique dans l’eau qui en renferme assez peu pour que les erreurs dont le précédent est susceptible prennent des proportions relativement considérables. En d’autres termes, il s'applique aux eaux peu riches en nitrates. Aussi faut-il, avant d’y recourir, cons- tater d’abord par la méthode de Marx-Trommsdorff que 25 centimètres cubes de l’eau en expertise renferment moins de lmsr,5 d’acide azotique. D’ailleurs le procédé de Schulze, modifié par Tiemann, repose sur ce principe, que l’acide azotique, sous l’influence du chlorure de fer et de l’acide chlorhydrique, se trans- forme en oxyde d’azote. On fait passer ce gaz à travers une lessive de soude, on le recueille dans un tube à mesurer les gaz, long et étroit, et l'on en lit le volume selon les règles ordinaires; 1 centimètre cube de AzO, ramené à 0 degré et sous 760 millimètres de pression, correspond à 2msr,418 de AzOS. L’outillage et les opé- rations que nécessite ce procédé dépassent un peu les ressources ordinaires des hygiénistes; aussi nous bornons-nous à en indiquer la substance, plutôt pour le faire connaître aux lecteurs que pour leur donner un moyen qu’ils puissent uti- liser eux-mêmes, sans l’assistance d’un chimiste de profession. La méthode par laquelle Albert Lévy, à Montsouris, dose d’un seul coup l’azote des nitrites et des nitrates, azote nitrique, suppose également un laboratoire: on fait évaporer 200 centimèbres cubes d’eau préalablement rendue alcaline; on brûle les matières organiques du résidu par le permanganate de potasse, on reprend par l’eau distillée et l’on distille de nouveau; l’eau acide provenant de la distillation est filtrée, puis traitée par le sulfate ammoniacal de fer et 10 centi- mètres cubes d'un mélange de 4 parties d’acide chlorhydrique pur, 2 parties d’a- cide sulfurique et 4 parties d’eau distillée. On chauffe à l’ébullition dans un cou- rant d acide carbonique. L’acide azotique est décomposé par l’acide chlorhydrique; du bioxyde d’azote se dégage; l’oxygène enlevé à l’acide azotique se porte sur le sel de protoxyde de fer et le transforme partiellement en sel de sesquioxyde. On dose le sulfate de protoxyde restant par le permanganate. Connaissant à l’avance le titre du sulfate de fer employé, on déduit par différence le poids d’oxygène en- levé a 1 acide nitrique et, par suite, le poids de ce dernier (54 d’acide azotique fournissent 24 (l’oxygène). » Acide carbonique. — L’acide carbonique existe dans l’eau sous trois formes ; à 1 état libre; en combinaison avec les bases alcalines ou alcalino- terreuses; enfin à l’état de bicarbonates, qui renferment des poids égaux DIS L’EAU. 'Hygiène d’acide fixe et d’acide facilement séparable. D’où la nécessité d’opérations multiples pour son dosage. a. Pour connaître l'acide total, on précipite par la chaux ou la baryte caustique. Ce précipité, séparé par filtration, est traité par l’acide chlorhydrique, au moyen d’un appareil permettant d’absorber l'acide carbonique qui se dégage dans un récipient pesé avant et après. b. l'acide fixe se détermine en titrant l’eau d’essai avec un acide « normal », que l’on ajoute goutte à goutte jusqu’à ce que la coloration rouge du papier de tournesol indique que l’on vient de verser une goutte (d’acide sulfurique) de trop. — Si l’eau renfermait de l’acide carbonique libre, elle contenait aussi des bicar- bonates; pour connaître l’acide carbonique de ceux-ci, il n’y a qu'à doubler la quantité de l’acide fixe. Le procédé qui consiste à retrancher la dureté temporaire de la dureté totale, pour obtenir la proportion d’acide carbonique fixe, est infidèle. c. L'acide libre n’est évidemment que la différence entre GO2 total et deux fois l'acide fixe. On peut l’évaluer directement par l'acide rosoliqüe qui, en présence de CO2 libre, ne subit pas de changements, tandis que les carbonates doubles ont la réaction alcaline et rougissent cet acide. Il suffit d’ajouter à 100 centimètres cubes d’eau de l’acide rosoliqüe, puis de verser lentement l’eau de baryte titrée; dès que la coloration rouge apparaît, c’est qu’il n’y a plus de CO2 libre. On en calcule la quantité par celle de l’eau de baryte qu’il a fallu employer. La méthode de Pettenkofer permet de doser à la fois CO2 libre et la portion sépa- rable des bicarbonates. Elle consiste à convertir GO2 libre ou séparable de l’eau expertisée en carbonate de baryte, au moyen d’une solution de baryte titrée par l’acide oxalique. La solution d’acide oxalique est telle que 1 centimètre cube de cette solution neutralise exactement autant d'eau de baryte que 1 milligramme de CO2. Il faut, au préalable, ajouter à l'eau d’expertise du chlorure de baryum pour transformer les carbonates alcalins en chlorures alcalins et en carbonate de baryte, et du chlorhydrate d’ammoniaque pour empêcher la décomposition des combinaisons magnésiennes . L’acide rosoliqüe sert encore ici d'indicateur coloré du moment où il n’y a plus d’acide carbonique libre dans l’eau en exper- tise. Voici d’ailleurs comme on procède. Les réactifs sont : une solution de 2sp,8636 d'acide oxalique cristallisé, sec, dans 1 litre d’eau distillée; — une solution de baryte dont 45 centimètres cubes neutralisent 40 à 30 centimètres cubes de celle d’acide oxalique; — une solution d’acide rosoliqüe, à raison de 1 partie pour 500 d’alcool à 80 degrés, comme indi- cateur; — une solution de 30 centimètres cubes de solution neutre et saturée de chlorure de baryum et de 20 centimètres cubes de solution concentrée de chlorhy- drate d’amoniaque pour 1 litre. Dans un flacon d’un quart de litre, fermant avec un bouchon de verre ou de caoutchouc, 100 centimètres cubes de l’eau à expertiser sont additionnés de 5 cen- timètres cubes de la solution de chlorure de baryum et de sel ammoniac, puis de 43 centimètres cubes d’eau de baryte titrée par l’acide oxalique, avec l'acide roso- lique comme indicateur. Le flacon, bouché, est abandonné au repos jusqu’à ce que le précipité se forme, avec un aspect cristallin, et tombe au fond; ce qui dure environ douze heures. A ce moment, l'on reprend avec précaution, à l’aide d'une pipette, les 150 centimètres cubes de liquide par portion de 50 centimètres cubes, que l’on titre à nouveau. Exemple : le titre rie l’eau de baryte était de 43cc,0 d’acide oxalique équivalant à 43“5r,9 d’acide carbonique. Le titre du liquide après les opérations est encore île 23cc,4 ; la différence est de 20CO,3, c'est-à-dire que 20m8r,3 d’acide carbonique ont remplacé autant de centimètres cubes d’acide oxalique dans l’expérience. L’eau d’expertise renferme donc 20m«r,5 de CO2 pour 100 centimètres cubes, ou 20.’i milligrammes par litre. Oxygène. — L’oxygène de l’eau se dose, soit par le procédé volumétrique de Rcichardt, modifié par Tiemann el Preusse, soit à l’aide de la méthode de Schützenberger, Risler et A. Gérardin, qui est colorimétrique. Par la méthode volumétrique, les gaz dissous sont expulsés, par la chaleur, d’un volume d’eau déterminé, traversent une lessive de soude, qui retient l’acide car- bonique, pour se rendre dans un gazomèti’e et, de là, dans l’eudiomètre, où l’on mesure les gaz selon la règle ordinaire. Le procédé Schützenberger repose sur la propriété que possède l’hydrosulfile de soude de ramener au jaune clair le sulfindigotate de soude, que la présence de l’oxygène dans l’eau a fait passer du blanc au bleu. Les chimistes l’exécutent dans des conditions un peu exceptionnelles pour l’hygiène. Nous nous bornerons à reproduire, d’après A. Gérardin, la façon de titrer l’hydrosulflte de soude par la solution de sulfate de cuivre ammoniacal et de l’utiliser au dosage de l’oxygène de l’eau. « Une demi-heure avant le dosage, on remplit aux trois quarts avec de l’eau ordinaire un flacon de 60 à 100 grammes contenant une spirale formée avec une feuille de zinc et quelques morceaux de grenaille de zinc. On ajoute 10 centimè- tres cubes d’une solution de bisulfite de soude à 20 degrés Baumé. On achève de remplir avec de l’eau et l’on bouche avec un bouchon de caoutchouc; on agite plusieurs fois. Au bout de vingt-cinq minutes, le réactif est prêt. « D’une part, on verse dans une petite éprouvette 20 centimètres cubes d’une solution de sulfate de cuivre (fortement ammoniacale) que l’on recouvre d’une couche d’huile. D’autre part, dans un bocal à large ouverture, on introduit 1 litre d’eau à essayer, et l’on couvre également d’une couche d’huile, après avoir teinté en bleu très clair, au moyen de quelques gouttes de dissolution de bleu Coupier. On puise l’hydrosullite dans une pipette de 30 à 60 centimètres cubes, divisée en ilixièmes. On laisse couler peu à peu le réactif dans le sulfate de cuivre ammo- niacal, en agitant légèrement avec une baguette jusqu’à décoloration. On a soin de maintenir le bout inférieur de la pipette au-dessous de la couche d’huile pen- dant ces deux opérations. « Supposons que 1 on ait employé pour décolorer les 20 centimètres cubes de sul- fate de cuivre ammoniacal 17cc,3 d’hydrosulfite. Nous savons que ces 20 centi- mètres cubes correspondent à 2 centimètres cubes d’oxygène (au point de vue du I action sur 1 hydrosulfite). Si, d’autre part, le litre d’eau a exigé 36°°,4, on posera la proportion 36,4 36,4 X 2 x ~ 17,3 — 4CC, 16 d’oxygène dissous dans 1 litre d’eau. « Il reste une petite correction relative à l’hydrosulfite nécessaire pour décolorer le bleu employé. Mais cette dose peut se déterminer très approximativement une fois pour toutes. » A. Gérardin attache une extrême importance à la détermination du titre oxyméirique des eaux. Il a soumis à celte épreuve l’eau de la Seine, à diverses époques, et les eaux de Versailles en 1880, avec Gavin et Rémilly. Cependant, comme il le reconnaît, le titre oxyrnétrique de l’eau est très instable et incessamment modifié par l’action de l’air, de la lumière, de la température, de la végétation. On utilise peu cette notion dans l’appré- ciation des eaux potables, et Vallin a mis en doute, avec raison, que ce soit là une bonne mesure de leur qualité. Il ne serait pas excessif d’étendre ces considérations aux autres témoins de la putréfaction antérieure dans l’eau. Tout d’abord, les éléments miné- raux dus à des phénomènes de transformation, l’ammoniaque, les azotites et azotates, l’acide carbonique, ne sont pas habituellement dans l’eau à des doses inquiétantes. Mieux vaut avoir affaire à la putréfaction finie qu’à la putréfaction en cours; et c’est le premier cas que prouvent surtout ces substances. En outre, il n’est pas impossible que ces substances elles- mêmes ne soient point issues de la putréfaction, mais viennent simplement de l’atmosphère (ammoniaque) et du sol (CO2, azotites, azotates). Enfin, les putréfactions ne se ressemblent pas ; celle des matières végétales donne plus d’acide carbonique, celle des matières animales plus d’azote (Fliigge). L’ammoniaque et les nitrates se forment souvent, sur une certaine étendue et pendant un temps durable, dans l’eau qui chemine par des conduites en fer neuf (W. Gunning, d’Amsterdam). La rouille du fer, au contact de l’eau, donne lieu à la formation et à la décomposition alternantes du nitrate d’ammoniaque. Les sols poreux laissent plus aisément pénétrer l’ox}rgène dans leur intimité, et l’ammoniaque, l’acide carbonique, se diffuser dans l’atmosphère. A souillure égale, ils fourniront peut-être une eau souter- raine qui aura l’air d’être plus pure que celle de sols plus compactes. Les conclusions classiques, tirées de la présence dans l’eau des éléments en question, sont donc susceptibles de réserves. E. Dosage des matières organiques. — Nous avons indiqué, au début de ce paragraphe (page 209), le mode d’évaluation de ces matières en bloc parla perte au rouge (Glühverlust) que subit le poids du résidu üxe, obtenu par évaporation et calciné. Ce procédé est très infidèle. La température de la calcination expulse l’acide carbonique des matières minérales; cet acide se trouve donc, à la prochaine pesée, compris dans la perte au rouge, c’est-à-dire confondu dans le poids des matières organiques. On cherche à restituer l’acide carbonique aux cendres en les lavant, après la calcination et le refroidissement, avec une eau chargée de ce gaz ou avec une solution de carbonate d’ammoniaque. On chauffe de nouveau pour chasser l’excès d’acide. Mais cet artifice ne remédie pas à la décomposition possible du chlorure de magnésium, à la volatilisation des chlorures alca- lins, à la décomposition des nitrites et nitrates, due à la présence même des matières organiques. Pour pouvoir apprécier d'une façon uniforme et sans difficulté le résidu total, Finkelnburg et ililler ont construit des aréomètres très délicats (Hydromètres■, pour la température de ld degrés. La richesse en matière organique pourrait encore être reconnue par la méthode de Flügge, qui n’est guère que qualitative. Après une calcination rapide et égale, le résidu est blanc, légèrement bran, noirci par places, ou entièrement noir et ré- dants de souillure organique. Le professeur \V. Gunning emploie une solution de chlorure de fer, exempte d'acide et renfermant 5 milligrammes de fer par litre. Ajoutée a de l’eau qui con- tient île l’azote sous toute autre forme que celle d’ammoniaque, de nitrite ou de nitrate, cette solution détermine une coloration rouge due à l’hydroxydede 1er, qui ne tarde pas à se rassembler au fond du vase, pour peu qu’il y ait des traces de sulfates en présence (c’est, dans l’occasion, un moyen d’épuration de l’eau). On peut filtrer et peser cet hydroxyde. La détermination de la proportion de matières organiques dans l’eau se fait, le plus communément, à l’aide de l’une des deux méthodes suivantes : 1° celle de Frankland, qui convertit par combustion en azote et en acide carbonique toutes les matières albuminoïdes et carbonées de l’eau, de façon à pouvoir doser ensuite CO2 et l’azote séparément ; 2° celle de Wan- klyn, par laquelle on transforme en ammoniaque, au moyen du perman- ganate de potasse {caméléon), tout l’azote des matières organiques ; on évalue ensuite l’ammoniaque par le réactif de Nessler, ou bien l’on se borne à calculer l’oxygène emprunté au permanganate pour oxyder la matière organique. * L’une et l’autre ont été l’objet de justes critiques. La méthode de Fran- kland a dû subir quelques modifications (Dupré et Hake, Dittmar et Ro- binson) pour plus de simplicité. Les rapports de l’azote des matières organiques de l’eau au carbone varient entre 1 p. 12 et 1 p. 2; l’oxydation (Frankland) fait plus rapidement disparaître le carbone dans les matières végétales et l’azote dans les matières animales. Quant au dosage de l’am- moniaque albuminoïde ou de l’oxygène consommé du permanganate, per- sonne ne le regarde autrement que comme un moyen d’apprécier la qualité relative de l’eau; ce n’est pas une analyse. Toute substance faci- lement oxydable consomme du permanganate, l’oxydule de fer, les nitrites, les sulfures. El quant aux matières organiques, elle sont loin d’emprunter toutes la même part d’oxygène au caméléon. L’acide tartrique y prend les 4/o de l’oxygène nécessaire à son oxydation parfaite; mais le sucre, le phénol, n’en prennent que la moitié; la tyrosine un tiers; l’asparagine 1/9; laleucine 1/10; l’acide benzoïque 1/40. L’urée n’en enlève pas au perman- ganate alcalin, non plus que les amides, et, selon la remarque de G. Pou- chet, il faut recourir à la solution acide de ce sel pour remarquer la pré- dominance dans l’eau de ces substances, dont la signification a plus de valeur que celle de la plupart des autres. Naguère, à Londres (Cory), on a constaté que les analyses de Frankland et de Wanklyn, faites au même moment sur les mêmes eaux, ne concordaient point, quoique étant géné- ralement de même sens, et qu’à souillure égale, l’ammoniaque albumi- noïde était trouvée plus abondante dans une eau contenant des selles d individus sains que dans une autre infectée de selles typhoïdes. Au fond, ce résultat n’a rien qui doive surprendre. 1. Carbone et azote organiques (méthode de Frankland et Armstrong). — On commence pur se débarrasser de 1 acide carbonique, dissous ou combiné, puis des acides nitreux et nitrique, qui pourraient exercer sur la substance organique un effet d’oxydation, en faisant bouillir 1/2 litre ou 1 litre de l’eau à expertiser, pendant deux ou trois minutes, avec l’acide sulfureux et quelques gouttes d'une solution de cliorure de fer, en présence de laquelle les nitrates sont entièrement décomposés par l'acide sulfureux. Pendant que l’eau bout, on verse encore une petite quantité de sulfiLe de soude pour retenir l’acide sulfurique qui peut se tonner. Quanti toute l’eau est évaporée, on broie le résidu dans une capsule de verre avec du chromate de plomb. Le mélange est introduit dans un tube à com- bustion, que l’on achève de remplir avec l’oxyde de cuivre; on en ferme l'orifice extérieur avec de la tournure du même métal ; on y fait le vide par la pompe à mercure; enfin on le chauffe peu à peu. Quand la combustion est terminée, les gaz, extraits par la pompe, sont introduits dans l’eudiomètre. Ces gaz sont l’acide carbonique, l’azote, l’oxyde d’azote. Le premier est absorbé par la potasse; la diminution de volume qui s’ensuit donne sa mesure. L'oxyde d’azote, par l'intro- duction d’oxygène en excès, est converti en acide hypoazotique que l'on absorbe encore et que l’on mesure par la potasse. Enfin le reste est oxydé par l'acide pyrogallique et dosé comme azote. Si l’on a d’abord chassé l’ammoniaque de l’eau, les chiffres obtenus représentent le carbone et l’azote organiques. Ce que l’on connaît le mieux par cette méthode, c’est le rapport du premier avec le second; la grande prédominance du carbone correspond à des matières végétales; celle de l’azote à des matières d’origine animale. 2. Ammoniaque albuminoïde. — Ce procédé (Wanklyn, Chapman et Smith) dose l'ammoniaque obtenue des matières organiques par l’action de la solution alcaline de permanganate de potasse (200 grammes d’hydrate de potasse et 8 grammes de permanganate pour 1 litre). Il faut d’abord avoir dosé à part l’ammoniaque libre. Pour l’application, on se sert d’une cornue dont le col est à double courbure et s’engage dans un tube réfrigérant. On introduit dans cette cornue 500 centimètres cubes de l’eau à expertiser, additionnés de 3 centimètres cubes d’une solution de carbonate de soude (1 vol. sur 2); on distille rapidement environ 300 centimètres cubes qui sont répartis en trois échantillons séparés et successifs de 100 centi- mètres cubes chacun. On y dose l’ammoniaque libre, à l’aide du réactif de Nessler ; d’ordinaire le troisième échantillon n’en renferme plus. A ce moment, on retire le feu et l’on verse dans la cornue 50 centimètres cubes de la solution de permanganate. On distille de nouveau deux portions successives de 100 centimètres cubes chacune, que l’on soumet encore à l’épreuve colorimé- trique. Dans la pensée de Wanklyn et Chapman, la transformation des matières organiques par le permanganate donnait les deux tiers de l'azote albuminoïde. Tiemann et Preusse ont montré que cette estimation peut souvent se trouver exagérée. Il est admis que le poids obtenu d’ammoniaque albuminoïde multiplié par 10 représente la quantité de matière organique azotée. A ce point de vue, Wanklyn a classé les eaux de la façon suivante (Roques) : Première dusse. — Eaux d’une très grande pureté. Elles renferment moins de 0mgr,05 d’ammoniaque albuminoïde. Deuxième dusse. — La plupart des eaux potables, renfermant de 0mgr,0o à 0mgr, 10d’ammoniaque albuminoïde; on peut considérer ces eaux comme exemptes de matières organiques putrescibles. Troisième classe. — Eaux impures, contenant plus de 0mRr, 10 d’ammoniaque albuminoïde. La situation est plus grave, s’il y a en même temps une notable proportion d’ammoniaque libre et de chlorures, parce qu’alors les matières orga- niques sont vraisemblablement de provenance animale. 3. Dosage de l’oxygène pris au permanganate. — « Le permanganate de potasse, KMnO1, est un sel rouge-violet dans lequel l’acide permanganique cède aisément son oxygène à d’autres corps ayant de l’affinité pour ce gaz, par conséquent réduc- teurs. Par la perte d’oxygène, l'acide permanganique repasse à l’état d’oxyde de manganèse et même d’oxydule, en présence des acides sulfhydrique et chlorhy- drique. Or le sulfate d’oxydule et le chlorure de manganèse sont incolores : la décoloration du sel rouge-violet est donc le signe que la réaction s’est accomplie. Il est facile de calculer l’oxygène consommé d’après la quantité de permanganate décoloré, et si cette réduction a été opérée par des matières organiques, cette quantité d’oxygène est un dosage indirect de leur proportion dans l’eau. » On fait, par exemple, une solution de 4 grammes de permanganate dans 1 litre d’eau pure. Un centimètre cube de cette solution peut céder i milligramme d’oxygène. Pour faire un essai (Roques), on prend 500 à 1000 centimètres cubes d’eau, qu’on additionne de 50 à 100 centimètres cubes d’acide sulfurique pur ; puis, la température étant maintenue de 80 à 90°, on verse goutte à goutte la liqueur de caméléon. Lorsque celui-ci se décolore d’emblée, c’est qu’il reste des matières oxydables; on continue à verser jusqu’à ce que l’eau prenne une teinte rosée persistant pendant quelque temps. En réalité, la réaction est loin d’être complète, et l’on n’a pas, de cette façon, l’indication exacte de ce qu’il faut d'oxygène pour oxyder les matières organiques, non plus, par conséquent, que de ces matières elles-mêmes. Aussi, se contente- t-on souvent de noter simplement la quantité de permanganate qui a été employée. D’autres la multiplient, pour exprimer les matières organiques, par un coefficient qui varie de 2 à 5. Dans le but d’approcher davantage de la vérité et d’opérer d’une façon plus sûre, les savants ont modifié de diverses façons le procédé primitif. Nous décri- rons quelques-unes de ces manières d’employer le permanganate. a. La suivante est recommandée par Roques. « Un litre d’eau est additionné de 10 centimètres cubes de soude caustique à 10 p. 100, et de 10 centimètres cubes exactement mesurés d’une solution de permanganate de potasse renfermant 3gr,9o de ce sel cristallisé par litre. On chauffe le mélange jusqu’à ébullition, et l’on maintient cette dernière pendant environ une heure. Au bout de ce temps, on laisse refroidir jusqu’à environ 25 à 30° C, et l’on ajoute avec précaution 50 centi- mètres cubes d’acide sulfurique concentré et pur; le liquide échauffé, on ajoute exactement 10 centimètres cubes d’une solution d’acide oxalique renfermant 7gr,875 d’acide oxalique par litre et correspondant volume à volume à la liqueur de camé- léon. Après quelques instants d’agitation, la liqueur devient parfaitement limpide. Cette dernière étant maintenue à la température d’environ 6°, on ajoute goutte à goutte du permanganate placé dans une burette, jusqu’à ce que l’on obtienne une teinte rose persistant pendant quelques minutes. Grâce à la concentration du permanganate, il n’y a pas d’hésitation pour reconnaître la fin de l’opération. Si Ion veut obtenir un résultat plus sûr, on pourra agir par comparaison, en faisant 1 essai précédent sur de l’eau distillée, en même temps et dans les mêmes conditions que sur l’eau à essayer. Quand on a opéré comme nous l’avons indiqué sur un litre d’eau, on obtient directement, en lisant sur la burette le nombre de centimètres cubes, la quantité d oxygène exprimée en milligrammes. Ainsi, lorsqu’il faut employer 2C0,6 de solu- tion de permanganate, on conclut de l’essai que l’eau exige 2mKr,G d’oxygène par Arnould, Hygiène, 2» édit. 13 litre pour brûler toutes les matières organiques. On peut exprimer le résultat en permanganate de potasse, en multipliant le nombre de centimètres cubes par 38r,95, ou en acide oxalique, en multipliant par 7,875. » Il n’aura point échappé que ces chiffres, 3,95 et 7,875, sont bizarres et rendent difficiles les pesées exactes. Il y a moyen de tourner cette difficulté sans cesser de procéder très rigoureusement. Nous reproduisons ci-après une manière de pré- parer la solution de permanganate et la façon de s’en servir qui porte le nom de méthode de Kubel. Ces détails sont repris à notre article eau du Dict. encyclop. des sciences médicales. « On dissout approximativement 0er,3 de permanganate de potasse dans 1 litre d’eau, et l’on titre cette solution à l’aide d’une autre substance qu’il est facile d’avoir pure et de peser, en même temps qu’elle s’oxyde entièrement par le per- manganate : c’est la solution d’acide oxalique C204H2 -+- 2H20, dont l’équivalent est 126. Chaque molécule d’acide oxalique exige pour son oxydation complète 1 atome d’oxygène = 16 en poids (résultat : CO2 et eau). La quantité d’oxygène 126 employée à oxyder l’acide oxalique est donc représentée parle rapport-^-. — 1 O D’autre part, l’oxygène abandonné par le caméléon réduit s’exprime de la façon suivante : KMnO4 a pour équivalent 158 (K = 39; Mn = 55 ; 40 = 64); la décom- position est représentée par la formule : 2KMn04 -f- 3H2S04 = 2MnS04 -)- K2S04 -j- 3H20 -f- 50, c’est-à-dire que 2 molécules de caméléon fournissent 5 atomes d’oxygène, ou 316 en poids de caméléon 80 d’oxygène qui, à raison de 16 pour 126, oxyderont 630 d’acide oxalique (en poids). Si l’on prend ce chiflre pour équivalent et que l’on dissolve 8sr,63 d’acide oxa- lique cristallisé dans 1 litre d’eau distillée très pure, on aura la solution normale ou à 1/100 d’acide oxalique. C’est avec celle-ci que l’on titre la solution de per- manganate faite approximativement avec0sr,3 par litre. Pour cela, 100 centimètres cubes d’eau distillée sont additionnés de 5 centimètres cubes d’acide sulfurique étendu (3 volumes d’eau pour 1 volume d’acide) et portés à l’ébullition. On y verse, à l’aide d’une burette, 3 à 4 centimètres cubes de la solution de caméléon; on fait bouillir pendant cinq à dix minutes, puis, après avoir éloigné le ballon de la flamme, on y introduit par une pipette 10 centimètres cubes de la solution d’acide oxalique. Il se produit immédiatement une décoloration; on ajoute alors, avec précaution et goutte à goutte, de la solution de permanganate jusqu’à ce qu’il apparaisse une coloration rouge, légère, mais persistante. A ce moment, on a usé exactement autant de permanganate qu’en exigent 10 centimètres cubes de la solution oxalique. Or, ces 10 centimètres cubes renfermaient 6msr,3 : il y a donc, d’après le calcul indiqué plus haut, 0ffr,8 d’oxygène ou 3msr,16 de permanganate de potasse dans les centimètres cubes employés de la solution de caméléon. Il est facile d’en déduire ce qu’il y a d’oxygène par 1 ou par 100 centimètres cubes de ce qui reste de la solution. Elle est, dès lors, titrée. La méthode la plus employée, pour appliquer ces réactifs au dosage de l’oxy- gène brûlé par les matières organiques, est celle de Kubel, qui vient précisément d’être décrite pour le titrage delà solution de caméléon. Seulement l’eau distillée est remplacée par 10 centimètres cubes de l’eau à expertiser, la solution de per- manganate est liLrée exactement d’avance, et il faut en mettre assez au début pour que la coloration rouge soit intense et persiste pendant l’ébullition. Lorsque la réaction est finie, il n’y a qu’à déduire des centimètres cubes de permanganate total employé la quantité qu’en a usée l’acide oxalique; la différence est le chiffre de la solution de caméléon correspondant aux matières organiques. Pour con- naître l'oxygène ou le permanganate dépensé, WolfThügel propose la formule suivante : O n X 0,8 et KMnO*; n X 3,10 dans laquelle n est laquantité de solution correspondant aux matières organiques, t celle qui a été consommée par l’acide oxalique. Supposons que l’on ait dépensé en tout 10°°,G de solution. Pour l’acide oxalique soûl 0cr,8 — Il restera pour les matières organiques. 3CC,8 de solution. O O y A ()Q Et O — ' ’’ _ ■ '■ 1 = 0msr,447 pour 100 centimètres cubes ou 4m8r,47 d’oxygène 0,8 par litre de l’eau expertisée. Si la solution de permanganate est titrée exactement, on sait ce qu’elle ren- ferme d’oxygène par centimètre cube : il est donc encore plus facile d’arriver à savoir ce qu’en ont usé les matières organiques. Soit 15 centimètres cubes la quantité de solution manganique consommée par 10 centimètres cubes d’acide 0 8 oxalique : chaque centimètre cube de cette solution fournit donc -^7 milligr. d’oxygène. Si l’on en a usé x centimètres cubes pour les matières organiques, 0 08 X * l’oxygène consommé par celles-ci est = ’ —(Flügge). » 1D Il serait sans doute superflu de décrire encore la méthode de Schulze, qui alcalinise le liquide à expertiser au lieu de l’acidifier; celle dite d’Harcourt-Tidy, suivant laquelle, après avoir laissé au repos, au lieu de la faire bouillir, l’eau traitée par la solution de caméléon, on mesure, au moyen de l’iodure de potas- sium, le permanganate non réduit. Mais nous ne saurions passer sous silence le procédé d’Albert Lévy (Montsouris), adopté par le comité consultatif d’hygiène publique de France et exposé par G. Pouchet dans les termes qui suivent : « On introduit dans un ballon 100 à 200 centimètres cubes de l’eau à examiner. On y verse, pour chaque fraction de 100 centimètres cubes d’eau, 3 centimètres cubes d’une solution au dixième de bicarbonate de soude pur ; puis 10 ou 20 cen- timètres cubes d’une solution de permanganate de potasse contenant par litre d eau distillée 0®r,50 de sel. (Il faut ajouter 10 centimètres cubes de permanganate pour chaque fraction de 100 centimètres cubes d’eau). « Le mélange est alors porté à l’ébullition entretenue exactement pendant dix mi- nutes, à partir du moment où le liquide commence à bouillir. La coloration du mélange, brun-violacé au début, un peu plus rouge à l’ébullition, ne doit jamais virer au jaune; si cette coloration se produisait, ce serait l’indice que la quantité de permanganate ajoutée est insuffisante, et il faudrait recommencer l’essai, soit en ajoutant une plus forte proportion (toujours à volume connu) de la liqueur titrée de permanganate, soit en diminuant la proportion d’eau soumise à l’analyse. «Apres refroidissement, il s’est formé un dépôt jaune brun, floconneux, d’oxyde de manganèse. On acidifie la liqueur en y versant 2 à 3 centimètres cubes d’acide sulfurique pur et on ajoute immédiatement 5 centimètres cubes d’une solution de suif cite fevreux ammoniacal ainsi composée : Sulfate ferreux ammouiacal 20 grammes. Acide sulfurique pur 10 Eau distillée Q. S. pour faire un.litre de liqueur. « La liqueur se décolore rapidement et devient tout à fait limpide. Quand ce point est atteint, on verse goutte à goutte, avec une burette graduée, de la solu- tion titrée de permanganate de potasse jusqu’à production d’une teinte rosée per- sistant un moment. Le chiffre de cette lecture sert de repère. «On recommence l’opération en doublant le volume de l’eau mise en expérience; on opère exactement de la même façon, et la différence des lectures donne, cette fois, le poids du permanganate qui a fourni son oxygène à la matière organique. « Connaissant la valeur en poids de l’oxygène disponible dans 1 litre de liqueur au permanganate, il est facile de calculer la quantité d’oxygène qui a été employé à brûler la matière organique dissoute dans l’eau. La liqueur de permanganate employée renfermant, par litre, un demi-gramme de sel sec et pur, le calcul in- dique que cette solution renferme 125 milligrammes d’oxygène capable d’effectuer des oxydations; soit 0ras>,) 125 pour chaque centimètre cube. 11 est d’ailleurs facile de vérifier l’exactitude du titre oxydant de la liqueur, en recherchant le nombre de centimètres cubes de cette liqueur nécessaire pour oxyder un poids connu d’acide oxalique sec et pur. « Cette méthode, pas plus que les autres, ne fournit relativement à la matière organi- que, un chiffre absolument exact ; mais elle donne, par comparaison entre les eaux de différentes provenances, des renseignements constants' et, par cela même, fort précieux. » Il ne convient pas d’aller beaucoup au delà de cette conclusion générale. Aussi peut-il paraître étonnant qu’elle soit immédiatement suivie de cette formule inhibitive : « Une eau analysée de cette façon et consommant par litre plus de 2 à 3 milligrammes d’oxygène doit être absolument rejetée pour les usages alimentaires. » La limite est singulière, puisque entre 2 et 3 la différence est égale à la moitié du premier de ces nombres. Nous croyons, en outre, que cette règle condamnerait beaucoup d’eaux que l’on boit de longue date sans accidents, quoiqu’il reste certain que les eaux souillées dépassent cette limite et que les bonnes eaux se trouvent plutôt en deçà. On reconnaîtra, d’autre part, que cette grande variété de procédés, mis en œuvre pour le dosage très approximatif des matières organiques de l’eau, cache une pauvreté réelle peu contestable. Celte profusion de méthodes aboutit surtout à donner des valeurs différentes à des chiffres identiques fournis par des chimistes distincts, dans la colonne des analyses qui est réservée aux matières organiques. D’autant plus que les auteurs préviennent rarement de la méthode qu’ils ont suivie, et que l’un dose d’après le permanganate consommé, l’autre d’après l’oxygène, un troi- sième en s’exprimant par le chiffre d’acide oxalique correspondant. Il fut un temps où les résultats du procédé de Kubel s’appelaient uniformé- ment matière organique. Cela voulait dire qu’il fallait multiplier par 5 le chiffre du permanganate employé et par 20 celui de l’oxygène consommé (Wolffhiigel) pour avoir le chiffre des matières organiques mêmes. Pour en finir, mentionnons simplement le procédé de Fleck. Ce procédé proposé en Allemagne pour remplacer l’hypermanganate a donné à Ritter des résultats plus satisfaisants que le caméléon. Le réactif contient 17 grammes d’azotate d’argent, 50 grammes d’hyposulfite de soude et 48 grammes d’hydrate de soude. Pour l’employer, on fait bouillir 100 centimètres cubes d eau avec 10 centimètres cubes de réactif, et on détermine, à l’aide d’une solution ti- trée d’iodure de potassium (8Rr,3 par litre), l’argent qui n’est pas réduit. On em- ploie comme réactif indicateur l’empois d’amidon, auquel on ajoute un mélange d’acide chlorhydrique et de chromate rouge de potasse (1 sur 20); l’apparition de la couleur bleue indique la lin de l’opération. Le réactif indicateur se place sur une soucoupe en porcelaine. Le réactif de Fleck aurait l’avantage d’indiquer plus spécialement les matières organiques en voie d’altération, c’est-à-dire celles qui sont le plus à redouter. Nous reproduisons ci-après un tableau dressé par le Comité consultatif d’hygiène et contenant les limites dans lesquelles les principaux éléments suspects des eaux doivent être contenus. IMPURETÉS. EAU TRÈS PURE. POTADLE. SUSPECTE. MAUVAISE. Chlobe Moins de Ob',015 par litre. Moins de OB',040 | (excepté au bord . de la mer). 06r,050 à 0s', 100- Plus de 16', 100 Acide sclflbiqce Ob',002 à Ob',005 OB',005 à OB',030 Plus de OB',030 Plus de Ob',050 Oxygène emprunté au permanga- nate en solution alcaline Moins de 0sr,001 soit moins de 10" de liqueur. Moins de OB',002 soit moins de 20°° de liqueur. Ob',003 à 0s',00i Plus de Ob',004 Perte de poids du dépôt par la chaleur rouge Moins de 0b',015 Moins de 0&r,040 OB',040 à OB',070 Plus de OB',100 Degré hydrotimétriqüe total 5 à 15 15 à 30 Au-dessus de 30 Au-dessus de 100 Degré hydrotimétriqüe persistant après L'ebullition 2 à 5 5 à 12 12 à i8 Au-dessus de 20 Expertises sommaires. — Les analyses qualitatives ont été indiquées chemin faisant, toutes les fois qu’elles ont paru possibles. On les recherche particulièrement pour l’usage des armées en expédition. Bôhr et Ililler ont imaginé, à cet effet, des méthodes simplifiées qui sont décrites dans le Règlement du service de santé allemand en campagne [Kriegs-Sanitàts Ordnunrj, 1878), mais que les médecins militaires du pays ne nous ont pas paru apprécier très haut. Les liqueurs de contrôle préparées par Bohr sont de l’eau distillée ren- fermant, ici l’ammoniaque, là les chlorures, ailleurs les nitrates, etc., sous les proportions que l’on regarde comme compatibles avec l’innocuité de l’eau. L’eau à expertiser d’une part, la liqueur de contrôle de l’autre, sont traitées simultanément par une môme quantité d’un réactif approprié. On compare et 1 on juge, d’après l’effet du réactif, si l’eau en expérience est trop riche de 1 élément recherché pour pouvoir être mise en consom- niaque par litre; 10 centimètres cubes de cette liqueur et 10 centimètres cubes de l’eau à expertiser sont traités en même temps par 4 ou 5 gouttes du réactif de Nessler. Pour l’acide azotique, la liqueur renferme 12m«r,8 d’acide azotique par litre; on traite simultanément 3 à 4 gouttes de cette liqueur et autant de gouttes de l’eau d’expertise par quelques gouttes de solution saturée de brucine et 6 à 8 gouttes d’acide sulfurique concentré, dans une soucoupe de porcelaine blanche, etc. Ililler, au contraire, délitre des doses fixes de réactifs avec des quantités variables de l’eau à expertiser. Cette pratique permet d’emporter en cam- pagne des volumes moindres de liqueurs et de réactifs. III. Expertise bactériologique. — Cette expertise nous semble pouvoir comporter trois opérations d’inégale facilité : 1° la numération des micro- organismes ou germes; 2° la distinction des organismes pathogènes d’avec les saprophytes ; 3° les expériences d’inoculation ou d’injection de ces microorganismes à des animaux. 1° Numération des micro organismes. — Il importe, préalablement à cette expertise, de se conformer aux règles formulées précédemment pour la récolte des échantillons; mais surtout d'examiner le plus tôt possible l'eau en expertise, afin d’éviter la multiplication par culture spontanée qui se produit très rapidement dans les échantillons recueillis, que l’eau soit au repos ou en mouvement (Miquel, Meade Bolton, Leone, Ch. Girard). Il est assez remarquable que cette multiplication, qui s’accomplit régulière- ment dans les bonnes eaux, comme celle de la Vanne, fasse place à une diminution, par un délai de vingt-quatre heures, dans les mauvaises, comme celles du canal de l’Ourcq (Miquel). Lorsque les circonstances imposent un retard de plus de trente minutes, Meade Bolton, Miquel, recommandent l’enveloppement, avec l’aide de corps mauvais conduc- teurs, du récipient dans la glace, pourvu que cet enveloppement ne dure qu’un temps modéré. Il va sans dire que les récipients doivent être stéri- lisés et bouchés après remplisasge, de façon à prévenir la chute des germes de l'air dans le contenu. Dailleurs, la numération se fait par le procédé des ensemencements et des cultures. Les ensemencements ont lieu sur milieu liquide ou sur matière nourricière solide. A. Les méthodes de P. Miquel et d’Hermann Fol appartiennent à la classe des ensemencements liquides. Miquel recueille l’eau dans des ballons effilés en pointe, stérilisés à 200 ou 300 degrés, que l’on remplit en brisant leur pointe dans l’eau même que l’on veut examiner. L’eau introduite, on scelle de nouveau l’extrémité capillaire. Il s’agit maintenant d’ensemencer avec cette eau un certain nombre de ballons Pasteur, renfermant un bouillon convenable, stérilisé, mais de telle sorte que l’on puisse croire avec quelque apparence de rai- son qu’il n’y a pas plus d’un microorganisme dans chacun des 13 à 23 bal- lons fécondés sur 100 employés. Si l’eau est pure, il se peut qu’une goutte de cette eau, introduite dans le bouillon avec une pipette stérilisée, n’y provoque le développement que d’un germe dans 15 à 25 conserves sur 100. Mais le cas est rare et l’on est obligé, le plus souvent, de diluer au cin- quième, au dixième, au vingtième, au quarantième, etc., la goutte d’eau (2 à 3 centigrammes) que l’on fait tomber dans les ballons à ensemence- ment. Il faut, alors, multiplier par 5, 10, 20, 40, le chilfre obtenu pour 1 centimètre cube de la dilution. Les bactériologues allemands ont beaucoup critiqué les procédés de Miquel, qui ont surtout le tort de n’ètre point les leurs. Il semble même que des Français se soient associés à ces critiques. La plupart sont mal fondées et, sans croire que les numérations de Miquel soient d’une exactitude absolue, nous pensons qu’elles approchent autant de la vérité que d’autres. Les bouillons de Miquel ne sont pas toujours les meilleurs qu’il soit possible, et ceux qui sont bons pour une espèce bactérienne peuvent ne point convenir à l’espèce voisine. 11 est clair, aussi, que les chiffres obtenus ne sont que des minima, puisqu’il y a parfois deux germes dans un ballon dont on ne compte le trouble que pour un. Mais le défaut d’adapta- tion nourricière a les mêmes chances avec les gélatines qu’avec les bouillons, et il se peut, de même, qu’il y ait deux germes dans une colonie qui n’est comptée que pour une unité. En somme, la méthode de Miquel peut fournir, comme les autres, à des comparaisons très utiles. Son seul défaut, à notre avis, est d’être un peu longue, plus pénible que les cultures sur gélatine, et moins élégante. Hermann Fol emploie de même les bouillons et l’ensemencement à doses fractionnées, sauf qu’il prépare les premiers d’une façon qui lui semble présenter plus de garanties de conservation, et qu’au lieu de diluer l’eau avant de féconder les ballons, il mélange directement l'eau impure avec le bouillon stérilisé et fractionne seulement le mélange dans des bal- lons stérilisés à sec, de 10 centimètres cubes de capacité. Ces petits ballons restent en observation pendant quatre semaines. La grande majorité des troubles se produit pendant les premiers jours. A partir du quinzième jour, les cas nouveaux sont une exception. « Les résultats sont, en général, très nets, les cultures assez caractéristiques pour permettre de distinguer les espèces déjà à l’œil nu, d’après la disposition générale de la végétation. » Nous ne saurions entrer dans les détails de l’ingénieuse technique de l’au- teur, que Vallin a reproduits, du reste, dans la Revue d'hygiène, t. VI, 1884. La méthode semble susceptible des mêmes objections que la précédente, dont elle n’est qu’une variante. B. Les cultures sur matière nourricière solide ont été vulgarisées par Robert Koch. Tous les procédés, usités aujourd’hui pour faire apparaître des colonies sur plaques ou dans des éprouvettes, ne sont que des façons particulières de préparer ou d’employer la gélatine nourricière (ISàhrgela- line) qu il proposait, en 1881, dans le 1er volume des Communications de l’office sanitaire allemand, en ces termes : « On fait gonfler la gélatine dans l’eau distillée et on la dissout par la chaleur. La solution nourricière doit aussi être préparée à part, et l’on donne à chacune des deux liqueurs une concentration suffisante pour qu’après leur mélange en proportions déterminées, on obtienne finalement la richesse voulue en gélatine et en substance nourricière. J’ai trouvé, dans mes expériences, que la richesse la plus convenable de la gélatine nourri- cière en gélatine est de 2,5 à 3 p. 100. Si donc l’on veut mélanger la solu- tion de gélatine avec la liqueur nourricière à parties égales, il faut, pour que la gélatine nourricière renferme 2,5 p. 100 de gélatine, préparer la Solution de celle-ci avec 5 de gélatine p. 100; de môme il faudrait donner à la liqueur nourricière le double de substance nutritive; par exemple, pour une gélatine nourricière à 1 p. 100 d’extrait de viande, la solution aqueuse d’extrait de viande doit être à 2 p. 100. D’ailleurs on peut faire gonfler et dissoudre d’emblée la gélatine dans le liquide nourricier... » On alcalinise la gélatine nourricière avec un sel de potasse ou de soude ; elle est ensuite filtrée, versée dans des récipients stérilisés à 150°, que l’on bouche avec de la ouate, puis chauffée à nouveau, mais pendant un temps assez court et sans employer l’autoclave, sans quoi l’on pourrait lui enle- ver le pouvoir de se recoaguler. En supposant que des bactéries aient échappé à la stérilisation, on ne tarde pas à les voir se trahir dans la géla- tine par des points blancs, qui ne demandent qu’à s’étendre. Avant que cette extension se produise, on tue par la chaleur les colonies qui appa- raissent. Mais, lors même qu’on se servirait de cette gélatine pour des cul- tures, il est facile de distinguer les colonies de hasard de celles qui résul- tent des ensemencements. Primitivement, Koch conseillait de couler la gélatine nourricière, ense- mencée de l’eau en expertise, dans des récipients plats où le liquide géla- tinisable pouvait s’étaler et laisser voir les colonies naissantes. Un peu plus tard, il répandit l’usage des plaques sur lesquelles on étend une couche mince de gélatine nourricière ensemencée et qu’on porte à l’étuve humide jusqu’à l’apparition des colonies, au troisième jour en général. Rien n’est plus facile que de comprendre comment se fait, par ce pro- cédé, la numération des bactéries de l’eau. On mêle, par exemple, un dixième de centimètre cube de l’eau à analyser à 10 centimètres cubes de gélatine nourricière. Le mélange fait, on en prend, avec les précautions requises, un dixième de centimètre cube que l’on étale sur la lamelle de verre stérilisée. Au bout de soixante heures de séjour sous la cloche humide, on compte les colonies qui se sont développées et se reconnais- sent à la loupe. Chacune d’elles est supposée correspondre h un germe. On en trouve, par exemple, 5. C’est donc que l’eau examinée contenait, par centimètre cube, 5 X 10 X 100 = 500 germes ou microorganismes. Pour le cas où les colonies seraient très nombreuses et afin de ne pas compter deux fois la même, on a des lamelles quadrillées sur lesquelles est versée la gélatine de culture; ou encore on superpose, pour le dénom- brement, la lamelle ensemencée à une autre qui porte un quadrillé facile à voir par transparence. La matière nourricière et la façon de s’en servir peuvent être diversifiées dans de grandes limites et l’ont été, en effet, depuis l’origine du procédé. R. Angus Smith faisait une substance nourricière avec, simplement: Eau 1000 ; gélatine blanche 40 grammes; phosphate de soude 0sr,02. Il clarifiait avec un blanc d’œuf. Proust opère avec: Eau 100 ; gélatine comestible 5 grammes; phos- phate de soude 2 centigrammes; on incorpore, à 50 degrés, un blanc d’œuf frais étendu de 3 fois son volume d’eau. Au Laboratoire municipal de chimie de la ville de Paris, Ch. Girard a remplacé les plaques de verre par des liolcs coniques à fond plat (diamètre du fond 9 cen- timètres), fermant par un bouchon à deux trous, dont l’un est traversé par un tube bourré de coton, l’autre par une petite burette à entonnoir permettant d’in- troduire exactement 1 centimètre cube du liquide à essayer. Chaque fiole reçoit 10 centimètres cubes de gélatine; la disposition qui vient d’ètre indiquée en rend fa- cile la stérilisation à 115 degrés. L’eau en expertise est étendue 100 fois, 1000 fois, selon le besoin, avec l’eau distillée, stérilisée. Quand les colonies apparaissent, on trace un quadrillage sur le fond de la fiole et l'on compte les germes, comme précédemment. Heraeus (Hanau) remplace les petits ballons à col effilé, destinés à recueillir l’eau d’analyse, par des datons de verre bouchés à l’émeri, ou enveloppés de papier parchemin, ou même fermés par un bouchon de ouate. Plagge et Proskauer (Berlin) emploient la gélatine peptone avec une infusion de viande. On en verse 10 centimètres cubes dans des éprouvettes où l’on intro duit, avec une pipette stérilisée, 1 centimètre cube de l’eau en expertise. Après un mélange convenable, on étale la gélatine ensemencée sur des plaques de verre où l’on provoque sa coagulation rapide à l’aide de la glace. Autrefois, on se bornait à ensemencer la gélatine contenue dans les éprouvettes et l’on comptait, non sans difficultés et assez imparfaitement, les colonies que l’on voyait se développer dans cette masse un peu épaisse. E. Esmarch (Zeitschr. f. Hygiene, I, p. 293) a imaginé de n’introduire dans l’éprouvette qu’une quantité modérée de gélatine; celle-ci étant ensemencée à l’état fluide avec l’eau en exper- tise, on ferme l’éprouvette avec un bouchon d’ouate et on la porte, couchée hori- zontalement, dans une eau refroidie par la glace, où on lui imprime un mouve- ment de rotation sur son axe, qui étale la gélatine sur toute la paroi intérieure, en même temps qu’elle se coagule. Il faut s’y prendre de bonne heure pour com- pter les colonies, parce que celles qui liquéfient la gélatine ne tardent pas à cou- ler au fond du tube réactif, même si on le tient horizontal. Cette numération se faitsans grande difficulté en comptant toutes les colonies, si elles ne sont pas trop nombreuses; il suffit, pour cela, de diviser en deux dans sa longueur par une ligne à l’encre toute la capacité du tube, et départager la colonne de gélatine en trois ou quatre ségments par d’autres lignes circulaires. On s’aide d’une loupe ou d’un faible grossissement au microscope. Lorsque les colonies sont très nom- breuses,on ne compte que cellesqui se trouvent sous 1 centimètre carré de surface, et l’on multiplie le chiffre obtenu parle nombre de centimètres carrés que repré sente toute la paroi du tube. Ce nombre s’obtient selon les règles ordinaires en prenant pour hauteur du cylindre la ligne qui va de l’orifice du tube au point où la surface du verre se courbe pour former l’extrémité fermée, augmentée du dia- mètre du tube. Pour déterminer sur la paroi du tube une surface d’un centimètre carré, on découpe une surface pareille en papier et l’on applique ce papier d’un côté du tube pendant que l’on compte, à la loupe, du côté opposé, les colonies correspondantes. 2° Distinction des espèces de microor g anismes. — La distinction à laquelle se prête tout d abord la culture des eaux sur plaques de gélatine, c’est celle qui consiste à séparer les organismes en deux classes, dont l’une ren- ferme les bactéries qui liquéfient la gélatine et l’autre celles qui ne la liquéfient pas. La plupart des bactériologues qui ont mis leur talent au service de la question des eaux font cette distinction. A. Proust a tenté de fonder un moyen d’appréciation des eaux sur la date à laquelle la liqué- faction commence, date qui serait d autant plus rapprochée que l’eau est plus mauvaise. Si 1 on fait abstraction des bacilles pathogènes que l’eau peut îecéler, cette distinction n est pas à négliger, puisque les bacilles qui liquéfient sont essentiellement ceux de la putréfaction. Mais hors de là, elle n’est pas beaucoup plus péremptoire que, par exemple, le dosage de la « matière organique. i> On a voulu aller plus loin. A. Certes a pensé que l’on pourrait, au moyen des réactifs fixateurs, coagulants et colorants, employés en histologie, tuer, fixer et recueillir dans quelques centimètres cubes de liquide les microorganismes disséminés dans une grande quantité d’eau. Une fois tués, en effet, ou même affaiblis par l’action des réactifs colorants, ils se déposent, suivant l’auteur, au fond des vases, que l’on peut terminer en infundiôula, en quantité appréciable, si l’on a opéré sur des masses suffi- santes de liquide. On peut alors les reprendre dans le laboratoire et les étudier à loisir. L'acide osmique, qui tue les bactéries et les teint en noir, est particulièrement recommandé. Ce procédé, d’après lequel il faut recon- naître, à l’état de cadavres, des êLres dont la morphologie est déjà si fuyante, ne semble pas s’être répandu et ne méritait guère de succès. L’allégation du professeur Maggi, de Pavie, que les microbes inoffensifs des eaux du lac Majeur ne se colorent pas avec les couleurs d’aniline, tandis que des microbes infectieux prenaient aisément ces couleurs, ne paraît pas davantage avoir été mise à profit. Il en est de même de la ten- tative de J.-W. Gunning de distinguer les microorganismes pathogènes des bactéries de la putréfaction, en soumettant sa liqueur nourricière (une décoction de levûre) à des températures différentes et successives. Comme chaque espèce a un degré de température qui lui est plus favorable que tout autre, tels organismes prospéreront à un certain degré thermique, qui mourront ou seront incapables de développement à un degré supérieur, parfaitement propice, au contraire, à une autre espèce. Le principe est exact, mais l’on s’exposerait à de graves méprises si l’on s’en servait pour établir des catégories au point de vue de la nocuité. Le meilleur moyen consiste à examiner directement les colonies qui se sont formées dans les ensemencements de bouillons ou sur la gélatine ou, mieux encore, de prendre, avec l’aiguille de platine stérilisée, une parcelle de colonie que l’on cultive ensuite toute seule, à l’état pur, en autant de générations que l’on veut. 11 est possible alors de vérifier, non seulement la forme de l’organisme isolé, mais encore ses propriétés biologiques, la façon dont il se cultive sur les divers milieux, l’odeur qu’il dégage, la forme de ses colonies après les divers modes d’inoculation de la gélatine, en trait, par piqûre ; enfin, la manière dont il se comporte vis à vis des réactifs colorants. Quelques bactéries sont phosphorescentes; beaucoup font appa- raître une teinte verte, bleue, rouge, etc. (microorganismes chromogènes). A l’aide de l’exploration de ces caractères, on finit par pouvoir définir générale.] quelques espèces, par les faire rentrer dans des espèces connues ou tout au moins dans l’une des grandes classes aujourd’hui admises. Il est clair qu’une extrême prudence est ici de rigueur. Rosenberg, qui a étudié une trentaine d’espèces de microcoques ou bactéries dans l’eau du Main, s’est contenté de déterminer le plus de caractères possible chez chacune d’elles et de les désigner simplement par un numéro d’ordre : Bacterium a, bac- terium b, etc. Nous avons vu précédemment que Meade Bolton, Plagge et Proskauer, Miquel, avaient désigné nominativement certaines espèces qui se plaisent particulièrement dans l’eau ou s’y trouvent dans des circonstances déOnies. C’est en étudiant l’aspect des colonies développées sur les plaques de géla- tine que Mors, Ivan Michael, Chantemesse et Widal, et d’autres, ont pensé reconnaître le bacille typhique parmi les germes contenus dans certaines eaux. En dehors des bacilles courbes du choléra, récoltés par R. Koch dans l’eau d’un tank indien, le bacille typhique est le seul pathogène qui ait été isolé de celle manière. Encore y a-t-il quelque arrière-pensée à son sujet à cause de la fréquence des bacilles inoffensifs qui lui ressemblent (On en décrit un en particulier, qui s’en rapproche si fortque G. Riedlin lui donne le nom de Typhusàhnlicher Bacillus, comme qui dirait bacille typhoide, l’autre étant typhique). Les procédés d’ensemencements suivis par Miquel sont moins favorables que les colonies sur gélatine pour examiner l’aspect de la prolifération microbienne et aussi pour emprunter à celle-ci la matière d’une culture pure. Cependant Miquel a maintes fois spéciüé les microorganismes déve- loppésdansses bouillons. Onalu plushautlesnoms de quelques-uns deceux qu’il a trouvés dans l’eau d’essangeage, à côté de deux espèces virulentes. 3° Expériences sur les animaux. — Lors des recherches de Miquel sur les eaux d’essangeage, 18 des microbes qui étaient les moins familiers à l’auteur furent inoculés à des cobayes. Six de ces microorganismes pro- venaient de l’eau de la ville et n’ont pu produire sur les animaux de lésions appréciables; sur 12 isolés des eaux d’essangeage, 10 se montrèrent innocents et 2 présentèrent une virulence de force inégale; l’un de ceux- ci, un bacterium très grêle, détermina par inoculation un phlegmon qui resta localisé ; l’autre, gros bacterium à articles courts, provoqua à la suite de son inoculation une septicémie chronique mortelle. Les bactéries banales de l’eau et les microbes saprophytes portés chez les animaux par la bouche, par la peau ou par injections intra-veineuses, ne sauraient échapper aux règles générales. Ils ne se multiplient pas assez rapidement pour que le sang ne s’en débarrasse pas avant qu’il s aient pu nuire, selon le mécanisme indiqué par Fodor et Wyssokowitsch, et avant qu’ils aient fourni assez de plomaïnes pour entraîner une intoxication. Cepen- dant il se pourrait aussi que leur injection en nombre suffisant donnât lieu à ces accidents dont parle Flugge et qui, d’après W. Sirolinin, Beu- mer et Peiper, rendent si suspects les résultats obtenus par M. Simmonds et E. Frankel, dans leurs tentatives d’infection typhique chez les animaux. « C est une chose connue, dit le professeur de Breslau, que tout un groupe de microorganismes assez répandus, mais n’ayant rien à voir avec le bacille du typhus, sont en état de produire, à la suite d’injections sous-cutanées ou intra-veineuses, une gastro-entérite mortelle, souvent accompagnée de tuméfaction et d’ulcération des plaques de Peyer. » Ce transport aux animaux semble, par suite, un assez mauvais moyen de caractériser les bacilles trouvés dans l’eau et que l’on suppose être les bacilles typbogènes. Ivan Michael y a eu recours, lors de sa découverte de ces bacilles dans une fontaine ; mais les auteurs français ont préféré com- parer les bacilles typhiques de l’eau à ceux de la rate des malades, bien que Cbantemesse et Widal assurent aussi avoir déterminé, chez des ani- maux, par l’introduction des bacilles typhoïdes, « une invasion bacillaire ». Si l’on réfléchit aux incertitudes de ces expériences, à la possibilité de rencontrer une espèce animale qui supporte sans danger une espèce bac- térienne offensive pour une autre ; aux précautions étonnantes que R. Koch doit prendre pour introduire son bacille courbe dans l’intestin des animaux en expérience et à celles que les expérimentateurs d’aujourd’hui prennent pour en faire autant du bacille typhique, on reconnaîtra que ce procédé d’expertise n’est pas encore en état de fournir des lumières déci- sives sur l’importante question de savoir si les microorganismes, cultivés d’une eau, sont ou non pathogènes. Heureusement, il est prouvé que ceux de ce dernier ordre ne se plaisent pas dans l’eau quand on les y met expérimentalement. D’où il est permis de conclure qu’ils n’y restent pas très longtemps quand ils y sont tombés par mégarde. Bibliographie. — Ritter : Les eaux de Nancy au point de vue hygiénique. Nancy, 1879. — Certes (A.) : Note sur l'analyse microscopique des eaux (Bull. Acad, méd., 15 juin 1880). — Miquel (P.) : Des eaux de la Vanne et delà Seine (Annuaire de Mont- souris pour l’année 1880) : — Sell (Eugène) : Veber Wasseranoh/se, unter besonderer Derücksichtigung der in Kaiserl. Gesundheitsamle üblichen Méthode (Mittheilungen aus d. Kaiserl. Gesundheitsamte, I, Berlin, 1881). — Wolffhügel (G.) : Wasserversorgung (Handbuch der Hygiene und der Gewerbekrankheiten von Pettenkofer und Ziemssen, II, 1, 1882). — Roques : Sur quelques procédés d’analyse des eaux (Rev. d’hyg., V, p. 185, 1883). — Boulliard : Dosage rapide des matières organiques et de l'ammoniaque dans les eaux potables (Archives de médecine militaire, II, p. 441, 1884). — Gunning (J.-W.) : Bei- trdge zur hygietiischen Untersuchung des Wassers (Archiv f. Hygiene, I, p. 335, 1883). Villaret : L’hygiène à Berlin (Rev. d’Hyg., V, p. 639, 1883). — Smith (R. Angus) : Notes on the development of living germs in Water by the Koch’s qelatine process (Sanitary Record, 15 février 1883). — Frankland (F.) : The London Watersupp/y (British medical Journal. 3 mars 1883). — On the interprétation of the results of the Chemical analyse of drinking-water (The Practitionner, XXXI, 1883). — Vallin (E.) : L'analyse biologique des eaux potables (Rev. d'Hyg., VI, p. 922, 1884). — Limousin (S.) : Moyen rapide de déterminer la qualité des eaux potables (Répertoire de pharmacie, u° 11, 1884). — Fol (Herrnann) : Nouvelle méthode pour le transvasage de boidllons stérilisés et le dosage des germes vivants contenus dans l’eau (Archives des sciences physiques et naturelles do Genève, p. 557, juin 1884). — Fol (H.) et Dunant (P.-L.) : Recherches sur le nombre des germes vivants que renferment quelques eaux de Genève, Genève, 1884. — Héricoürt (Jules) : Les bacilles courbes des eaux (Revue d’hyg., VII, p. 6, 1885). — Girard (Ch.) • L'analyse biologique des eaux potables (llev. d’hyg., VII, p. 391, 1885). — Miquel (P.) : Bactéries des eaux de pluie (Annuaire de Montsouris pour 1885, p. 597). — Esmarch (E): Ueber eine Modification des Koch’schen Plattenverfarhens zur Isolirun gund zum quanti- tativen Nachveis von Mikroorganismen (Zeitschr. f. 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Ils ont pour but de modifier dans un sens favorable à la santé ses pro- priétés physiques, chimiques ou biologiques. Les efforts des anciennes méthodes se portaient de préférence sur celles des deux premiers ordres ; aujourd’hui, l’on s’attache davantage à celles du dernier ordre, c’est-à-dire que l’on cherche à éliminer ou à détruire les agents infectieux que l’eau peut renfermer. Pour assurer cet effet, on retient indistinctement tous les microorganismes. 1. Correction de la température. — Il est en général facile d’élever la température de l’eau, lorsqu’elle est assez basse pour être désagréable ou dangereuse. L’inverse est moins simple et, néanmoins, c’est le problème qui se présente communément dans les pays chauds et même dans nos pays tempérés pendant quelques mois de l’année. Les vases poreux (Alcarazas, gargoulettes), remplis d’eau et suspendus dans un courant d’air aussi frais que possible, rafraîchissent l’eau par l'évaporation des gouttelettes qui transsudent à la surface de la terre du vase. C’est un phénomène physique bien connu. Il faut laver souvent et renouveler ces vases au bout d’un certain temps d’usage, parce que les matières minérales de l’eau finissent par en obstruer les pores. Si l’on ne dispose pas de vases poreux, on les remplace par des bouteilles ou des carafes, revêtues d’une chemise de laine, que l’on trempe dans l’eau de façon à imbiber l’étoffe et que l’on suspend comme les gargoulettes. Le temps de suspension a besoin d’être prolongé. C’est là un procédé de campagne, bon pour les voyageurs et les soldats. Dans les villes de pays chauds, on rafraîchit les boissons par la glace. L’u- sage de pareilles boissons n’est inoffensif que quand il accompagne le repas ou qu’on boit au chalumeau, c’est-à-dire à très petites gorgées ; prises à grands traits par quelqu’un qui a l’estomac vide, ces boissons peuvent irriter les voies digestives et causer des répercussions fâcheuses. Dans nos habitudes, les glaces sont servies à la fin du repas et n’apportent d’ordinaire qu’une stimulation favorable aux organes digestifs. 2. Aération. — Les anciens (Pline) comptaient beaucoup sur l’oxygéna- tion par le mouvement pour améliorer les eaux médiocres. Sur le trajet de la conduite d eau de Constantinople, on avait élevé des tours en maçon- nerie au sommet desquelles on montait l’eau et d’où elle se précipitait. Bien que 1 absence d’oxygène ne rende point l’eau malfaisante, il est cependant utile qu’elle soit aérée, fût-ce au moyen de l’acide carbonique. Elle en est plus légère et trouve peut-être dans cet élément quelque pro- priété stimulante. Il est facile d’aérer par la chute en cascade, la projection en pluie, le battage avec une poignée de verges, l’eau qui a perdu ses gaz par la filtration, l’ébullition, la distillation. 3. Traitement chimique. — L’alcool, le vin, le thé, le café (à part l’action de l’ébullition), la menthe pouliot, vantée par Pline, les amandes amères, employées sur les bords du Nil et du Mississipi, les feuilles de laurier-rose, usitées chez les Berbères, les semences de ricin chez les Nubiens, n’ont guère d’autre effet que de masquer le mauvais goût de l’eau impure. Dans l’Inde (Wolffhügel), on frotte les bords du récipient qui renferme l’eau avec le noyau des fruits du Strychnos potalorum; le buveur perçoit naturellement une saveur amère, mais l’eau n’en est pas autrement améliorée. L’alcool coagule peut-être une part des matières albuminoïdes. Les substances chimiques que l’on suppose capables de corriger l’eau sont assez nombreuses. On a essayé Yalun et d’autres sels d’alumine, les sels de fer, le carbonate de soude, la chaux, le permanganate de potasse, la poussière quartzeuse (Frankland). Le permanganate est un oxydant. Les autres n'opèrent qu’une sorte de collage et une décantation plus ou moins rapide. Il se pourrait que l’alun et le sulfate d’alumine gélatineux entraî- nassent plus ou moins les protoorganismes (Vallin) ; on ne l’a pas vérifié. Mais ils ne précipitent jamais qu’une fraction des matières organiques dis- soutes. En revanche, ils mettent dans l’eau une substance anormale ou un composé qui peut être gênant, d’autant plus que l’on est toujours porté à employer trop du corps correcteur, afin qu’il y en ait assez. Traitement par la chaux. — En ajoutant à une eau de l’eau de chaux, celle-ci sature l’acide carbonique et, par conséquent, empêche les bicar- bonates de se maintenir. Les sels terreux se précipitent et aussi le fer et le manganèse, entraînant en même temps, une forte proportion de matières en suspension. L’eau est donc purifiée, mais aussi privée d’acide carbonique, c’est-à-dire rendue indigeste. On a cherché à lui rendre mécaniquement l’acide carbonique ; mais il est clair que cette nécessité complique telle- ment le traitement qu’on a dû y renoncer. Traitement par l'alun ou le sulfate d'alumine. — Ces corps, agissant sur le carbonate de chaux de l’eau, se convertissent en sulfate de chaux et met- tent en liberté, d’une part, de l’acide carbonique, de l’autre, de l’alumine qui se précipite et entraîne les substances suspendues : -40 centigrammes d’alun en poudre suffisent pour 1 litre d’eau; il est bon d’agiter celle-ci et d’attendre un quart d’heure avant de s’en servir. Le tannin et le perchlorure de fer se combinent avec les matières orga- niques et les embaument en quelque sorte. On ne peut guère conseiller, pour les eaux de boisson, le permanganate de potasse, le chlorure de baryum, le carbonate de soude, qui pourraient leur communiquer des propriétés nuisibles ou même toxiques. Nous y joignons sans hésiter le carbonate de baryte ou ivhithérite, proposé par Strohl et Bernou, avec la recommanda- tion, il est vrai, de liltrer l’eau après le traitement. 4. Ébullition. — Ce moyen se trouve appliqué partout où 1 on convertit l’eau douteuse, à un titre quelconque, en infusions théiformes. Les hygié- nistes modernes le préconisent sans cesse, et le Conseil de santé de 1 armée l’a compris dans son Instruction du 12 septembre 1881. Charles Amat assure avoir coupé court, par l’usage de l'eau bouillie dans son régiment, aux dyssenteries qui régnaient sur celte troupe. L’ébullition expulse les gaz de l’eau et spécialement l’acide carbonique libre ou demi-combiné; ce qui n’est pas un effet avantageux et ôte à l’eau sa saveur. Il en résulte aussi une précipitation des carbonates terreux, du fer, de l’argile. Les ferments solubles, non figurés, sont détruits par la cha- leur humide à 100° ; les poisons putrides ne le sont pas d’une façon certaine. Les infusoires sont tués; les algues et la plupart des bactéries, y compris leurs spores, ne résistent pas à cette température. Beaucoup de microorga- nismes, pathogènes par conséquent, disparaissent dans l’eau bouillie. Les expériences de l’Office sanitaire allemand ont démontré qu’il en est ainsi du bacille charboneux et de ses spores, à la condition que la température de 100° soit réellement atteinte dans toute la masse du liquide et sur tous les points du vase. Mais il ne faudrait pas en conclure qu’il en est de même des autres organismes pathogènes. Les méprises éclatantes de l’hétéro- génie prouvent qu’il est des germes qui ne meurent point à la tempéra- ture de l’eau bouillante. II faudrait en avoir essayé un grand nombre d’espèces diverses pour pouvoir formuler une loi (Yoy. chap. iv). De telle sorte qu’il est certain qu’on ôte à l’eau, par l’ébullition, beaucoup de ses qualités ; mais qu’il l’est moins qu’on la dépouille de tout agent pathogène spécifique. Quand on réfléchit que l’ébullition a surtout pour résultat de coaguler les matières albuminoïdes et, par suite, de modifier avantageuse- ment la matière organique de l’eau, il semble rationnel de croire que cette correction entrave bien plus sûrement l’influence banale des eaux mau- vaises que son pouvoir infectieux. Toutefois, c’est quelque chose que de rendre indifférentes les substances putrides ou issues delà putréfaction, et il ne faut point négliger un procédé qui atteint à cet effet. La correction par ébullition et refroidissement consécutif est aisément praticable chez les particuliers et même dans des groupes restreints. Les régiments peuvent se servir, dans ce but, du percolateur que les règlements leur accordent. Mais il est clair qu’on n’appliquera jamais la méthode à une distribution municipale. 5. Distillation. — Ce moyen est usité en grand dans la marine, où l’on a des machines distillatoires sur les navires pour ce but spécial. Nous avons pensé quelquefois qu’il serait possible de l’étendre à des groupes en terre ferme, qui se trouventréduits à. l’usage d’une eau si défectueuse que la filtration en est pénible et que l’ébullition même n’est pas sans arrière- pensée. 11 faut, pour se servir en boisson de l’eau distillée, lui incorporer de l’air comme à l’eau bouillie et y ajouter quelques sels (chlorure de sodium, bicarbonate de chaux, etc.). 6. Décantation. — Les molécules solides en suspension dans l’eau se précipitent naturellement, pour une part, à la faveur du repos ou même du cheminement du liquide. On connaît, en chimie, ce moyen de purifica- tion de l’eau sous le nom de décantation. D’ordinaire, quand l’eau d’appro- visionnement d’une ville est empruntée à un fleuve, on fait précéder la fil- tration d’une décantation qui simplifie le travail des filtres. L’eau séjourne, avant d’arriver à ceux-ci, pendant 24 à 36 heures, dans des bassins où les impuretés les plus grossières se déposent d’elles-mêmes. Il ne faut pas dépasser ce laps de 36 heures, parce que les matières précipitées seraient envahies par la fermentation putride. La décantation en petit peut encore être utilisée quand on n’a pas mieux. 7. Filtration. — L’eau de toute provenance se purifie d’elle-même, dans la nature, en cheminant dans le sol, de la surface à la profondeur ou dans le sens horizontal sous terre. C’est l’exemple et l’idéal de la ültration. On ne cherche même, lorsque l’on institue cette correction de l’eau, qu’à imi- ter le procédé naturel, en suppléant en outre, par quelque artifice, au défaut de temps et de longparcours, qui se présente le plus communément. On se propose, par la filtration, de débarrasser l’eau de boisson : 1° des corps tenus en suspension ; 2° de la plus grande partie possible des sub- stances dissoutes, notamment de celles qui, comme les matières organiques, peuvent être d’origine putride. Il va sans dire qu’à notre époque, les mi- croorganismes étant les plus suspects des éléments en suspension, ce sont eux surtout que les filtres s’efforcent d’arrêter. La distinction, vis-à-vis du filtrage, entre les bactéries banales et les bactéries pathogènes étant im- possible, les filtres doivent retenir tous les microorganismes quels qu’ils soient, et le meilleur filtre sera celui qui atteindra ce résultat le plus exac- tement. Parmi les appareils connus, il en est qui agissent davantage sur les microorganismes; d’autres sur les substances en solution. Il y aura donc avantage à ne spécifier les effets de chacun d’eux qu’au moment même de leur description. Au point de vue technique, plutôt que pour l’hygiène, il y a deux sortes de filtrations. L’une est adaptée aux besoins de tout un vaste groupe et placée sur le trajet même ou à l’origine d’une distribution d’eau ; on l’a justement nommée filtration centrale. L’autre ne sert qu’à de petites collec- tivités, à des familles; c’est la filtration à domicile. Nous en rapprocherons la filtration qui se pratique au profit de groupes mobiles ou de voyageurs, parce qu’elle comporte les mêmes appareils, simplifiés et réduits pour la circonstance. Filtuation centrale. — Ce mode est à peu près indispensable aux villes qui fournissent à leurs habitants de l’eau fluviale ou lacustre. Cette eau est amenée par des canaux souterrains ou, au contraire, à l’aide de machines élévatoires, dans les bassins de décantation dont il vient d’être parlé. De là, elle passe à d’autres bassins à sol étanche, à parois verticales, qui sont à proprement parler les filtres et renferment par couches alternantes les matières choisies pour opérer la filtration. Ces couches sont horizontales et disposées de telle sorte que les matières les plus grossières soient en bas, et les plus ténues, formant à elles seules la moitié de l’épaisseur du filtre, à la partie supérieure. Le procédé qui consiste à placer ces couches verticale- ment, à côté les unes des autres, n’a point prévalu. On supposait qu’il rendrait plus rare le renouvellement du filtre. Les matières filtrantes sont: de bas en haut, des pierres, du gravier gros- sier, du gravier fin, du sable. Le tout a dû être lavé exactement. On recom- mande décomposer les couches d’une façon bien homogène, en se servant de tamis gradués pour en constituer les éléments. Les mailles de ces tamis, selon Kœnig et Poppe, varient depuis 60 millimètres jusqu’à 2 milli- mètres de diamètre. L'eau pénètre parla couche grossière pour s’élever jusqu’au-dessus de de la couche de sable fin, ou inversement, mais avec une très faible vitesse, par conséquent sous une pression médiocre. On imite ainsi la nature ; avec une vitesse plus grande, beaucoup d’impuretés passeraient, sous la puis- sance de la pression. Quant à l’étendue du parcours, elle ne dépasse jamais guère lm,50 et cependant, est suffisante, avec quelques précautions. La surface d’un filtre ne doit pas aller au delà de 3,600 mètres carrés. Les treize filtres du Tegel (Berlin) ne couvrent que 29,400 mètres carrés. D’or- dinaire, on revêt le bassin de filtration d’une voûte assez épaisse pour soustraire l’eau à l’influence du soleil, de la gelée et, d'’ailleurs, pour lui épargner les poussières de l’atmosphère. Le rendement de ces filtres varie de 2 à 6 mètres cubes en vingt-quatre heures par mètre carré de surface filtrante, selon que l’eau est plus ou moins trouble avant de pénétrer dans les filtres. Les filtres de la Tamise, à Londres, ceux de la Sprée et du lac de Tegel à Berlin, sont aujourd’hui classiques. Plus de 7 millions de personnes, en Angleterre, reçoivent de l’eau ainsi traitée. 11 a semblé utile de donner un aperçu de l’installation et du fonction- nement de la filtration centrale dans ces deux grandes villes, où les résul- tats du procédé ne peuvent qu’être décisifs. a. Le professeur Vallin, qui a visité, en avril 1883, avec la Commission technique clc Vassainissement de Paris, les travaux de Londres, en parle en ces termes : « Près des deux rives (de la Tamise) sont échelonnés en divers points, distants les uns des autres de quelques kilomètres, une douzaine de loater-works ou prises d’eau, pres- que tous identiques. A 30 ou 30 mètres de la rive, on voit trois ou quatre lacs ou bassins, ayant chacun une surface de plusieurs hectares; un drainage souterrain \a cherchei 1 eau du fleuve à quelques centaines de mètres en amont. Chaque bas- sin, creuse au milieu de la pelouse, a une profondeur de 1 à 2 mètres; le fond est garni d une couche de béton, puis de gravier, recouvert de sable; l’eau filtre à travers le sable et des pompes puissantes, ou la gravitation, la conduisent dans des réservoirs placés sur des points qui dominent Londres. Parfois, l’eau prise en cette partie haute du fleuve, dans une zone oit l’on ne permet pas l’établissement AnpiouLn, Hygiène. 2e édit. 10 •> ;•> d’usines sur la Tamise, est conduite d’emblée dans des bassins de filtration, situés à Londres même. Là, des pompes aspirantes et foulantes, d’une puissance extra- ordinaire, l’élèvent dans des colonnes creuses et verticales en fonte, énormes tuyaux accouplés, dressés sur le sol comme des mâts de navire, ayant 20 à 23 mètres de hauteur. Poussée jusqu’au sommet d’une des branches de l’U renversé, l’eau passe dans l’autre, retombe par son propre poids et va gagner les réservoirs de chacune des maisons du district du quartier. » « La filtration, dit encore Vallin, est incomplète. L’eau est clarifiée, non épurée; le sable ne retient que les corps en suspension, non les matières dissoutes. Il est même certain que beaucoup des matières suspendues passent à travers le filtre. Quand le sable est souillé, on le lave, environ une fois par mois, et il sert à une nouvelle filtration ! Aussi, l’eau est toujours riche en matières organiques et il n’est pas rare de rencontrer dans l’analyse de Franklaïul, que les journaux de Londres publient tous les mois, la mention suivante : « Contient des myriades d'in- fusoires et d’organismes vivants. » Les bassins de filtration des eaux de Londres occupent une vaste surface (environ 40 hectares), dans une région très habitée, où on ne leur épargne pas le voisinage Fig. 18. — Filtre de la Compagnie Lambetk (filtration de haut en basL des dépôts d’immondices, des usines d’agglomérés, c’est-à-dire des établissements à poussières. Or, les bassins d’épuration «sont absolument découverts au niveau du sol a ; ce qui semble, à vrai dire, une incurie assez complète. La constitution des filtres de la Compagnie Soulhwark and Vauxhall est la sui- vante : Mètres. Sable d’Harwick, sur une épaisseur de 0,75 Gravier dit Hoggin 0,30 Gravier fin 0,23 Gravier grossier 0,23 Total 1,51 « La quantité 'd’eau filtrée est d’environ 75 litres par mètre carré et par heure ; ce qui explique que ces filtres occupent des hectares de terrain. « Les Compagnies Chelsea et Lambelh filtrent avec : sable de la Tamise, co- quilles et ballast, gros gravier, sur une épaisseur tolale de 2m, 12 à 2m,43. La filtra- tion est u'd peu plus rapide que chez la précédente. « Malgré ces appareils, l’eau distribuée de la Tamise ou de la Lea renferme en- que l’eau de la Compagnie Kent n’en donne guère plus de 2 milligrammes. Celte dernière est fournie par la nappe souterraine.» Au témoignage de Frankland, les filtres de Londres diminuent, cependant, la proportion de matière organique dissoute, en même temps qu’ils retiennent les corps en suspension. Peut-être que l'action oxydante de 1 air intervient en ceci. Aux usines de la Compagnie de Cbelsea, l’eau de la Tamise renferme : Carbone organique. Avant la tiltration 5,25 Après la filtration 2,08 Azote organique. 0,46 0,32 6. L’eau de Berlin, qui vient en partie de la Sprée, en partie du lac de Tegel, est filtrée à la station de Stralau, en amont de la ville, et à celle du Tegel, entre Ber- lin et Spandau. La première possède huit filtres découverts et trois voûtés, occu- pant ensemble une surface de 37,000 mètres carrés. A la seconde, il existe aujour- d’hui treize filtres, tous voûtés, d’une surface de 29,400 mètres carrés ; il y en aura jusqu’à vingt et un, avec une surface de 30,000 mètres carrés. Chacun de ces filtres est un bassin en maçonnerie, ciment et béton, à parois étan- ches; le fond, d’une surface de 2,000 à 4,000 mètres carrés, en esL traversé par de Grands canaux collecteurs. Il est rempli, jusqu a une hauteur de lm,20 à lm,30, de couches successives dont les éléments sont de plus en plus fins, en allant de bas en haut. Ainsi, à Stralau, où l’on a imité le mode anglais, on trouve les éléments sui- vants dans chaque filtre, sous les épaisseurs ci-après (Plagge et Proskauer) : Fondation Couche intermédiaire. Couche filtrante. \ Grosses pierres. ( Petites pierres. Î Gravier grossier — moyen. — fin ( Sable grossier j — fin 0“,305 0 ,102 0 ,076 0 ,127 0 ,152 0 ,051 0 ,559 Total lm,372 Les filtres de Tegel renferment: pierres 0m,300; gravier et gros sable 0m,300; sable fin 0m,G00. En tout fm,200. On maintient par-dessus ce remplissage une hauteur d’eau non filtrée d’environ 1 mètre, afin d'avoir une vitesse de 3 mètres par jour ou de 12o millimètres par heure. Lorsque la différence de niveau entre l’eau à filtrer et celle qui se réunit dans les collecteurs d'eau pure au fond du bassin dépasse 2 mètres, l’expérience a démontré que la filtration est trop rapide et reste incomplète. Pour ralentir plus sûrement la vitesse de filtration, le réservoir d’eau pure, dans lequel se réunissent les collecteurs de l’ensemble des filtres, n’esL qu’à un niveau inférieur de 30 centi- mètres à celui de l’eau impure dans les filtres. En outre, le tuyau de conduite d’eau pure de chaque filtre est muni d’un registre à l’aide duquel on peut à volonté aug- menter ou diminuer l’écoulement. Pour mettre un filtre en fonctionnement, on commence par y faire pénétrer de l'eau du réservoir d’eau pure, c’est-à-dire en sens contraire de la direction nor- male. Cette eau monte lentement jusqu’un peu au-dessus de la couche de sable fin et chasse l’air qui était contenu dans les matériaux du filtre. On ferme la conduite d’eau pure et l’on ouvre le registre de la conduite d’eau brute, de telle sorte que l'eau non filtrée remplisse le filtre jusqu’au trop-plein, c’est-à-dire jusqu’à f mètre au-dessus de la couche supérieure. Les choses restent ainsi pendant au moins vingt- quatre heures, afin que les matières étrangères contenues dans l’eau puissent se déposera la surface du sable sous forme d’une membrane mince, friable, à pores fins. Finalement, le registre de la conduite d’eau pure est ouvert peu à peu et le filtre entre en plein fonctionnement avec la vitesse normale de 3 mètres en vingt- quatre heures. La membrane dont il vienl d’être question est, pour Plagge et Pros- kauer, le véritable filtre; le sable n’en est que le support. Aussi est-il de la plus haute importance de procéder avec une extrême lenteur. Lorsque le filtre a fonc- tionné un temps notable, la membrane s’épaissit et il faut augmenter la pression pour conserver la même vitesse. La filtration n’en est que plus parfaite; mais il vient un moment où il faut, cependant, interrompre le fonctionnement du filtre, parce que l’exagération de la pression apporterait du trouble dans les couches de sable et de gravier, sous l’effort de l’eau. On ne doit pas dépasser la différence de 60 centimètres de pression entre le filtre et le réservoir d’eau pure. Pour nettoyer le filtre, on en fait écouler l’eau par un canal spécial; puis, il suffit d’enlever la membrane vaseuse brunâtre qui recouvre le sable avec 1 ou 2 centi- mètres de l’épaisseur de celui-ci, au moyen d’une pelle plate. Ce sable sali est sou- mis au lavage et sera réemployé plus tard. Le filtre est ainsi prêt à fonctionner de nouveau en prenant les mêmes précautions qu’au début. On peut aller jusqu’à l’é- puisement de la moitié ou des deux tiers du sable primitif, ce qui amène à le renou- veler entièrement environ une fois par an, tandis que les couches de gravier et de pierres sont d’une durée indéfinie. Le passage à travers les filtres à sable, comme l’avait déjà reconnu Wolffhügel, s’est toujours montré sans influence sensible sur le poids du résidu, des chlorures et de la chaux ; mais il y a toujours eu une diminution notable de la 'perte au rouge, de l'ammoniaque et des matières qui consomment de l'oxygène,. On n’a jamais retrouvé, dans les eaux filtrées, de nitrates, de nitrites, ni d’hydrogène sulfuré. Des traces de fer et de sulfates s’y sont quelquefois révélées. Au point de vue bactériologique, la filtration artificielle sur le sable s’est toujours montrée très efficace, sauf dans deux ou trois cas où il y avait eu des accidents dans le fonctionnement des filtres. Plagge et Proskauer estiment que les filtres re- tiennent à peu près tous les germes ; mais qu’il esL impossible que l'on n’en trouve pas constamment quelques-uns dans l’eau filtrée, par le fait des manipulations mêmes et en raison de ce qu’il en existe sur quelques poinLs des réservoirs et des conduites de distribution. On peut considérer la filtration comme bien faite, disent ces auteurs, lorsqu’on ne trouve que cinquante germes dans l’eau fraîchement fil- trée, cent cinquante au plus, par centimètre cube, ou au maximum trois cents dans l'eau de distribution de la ville. Les colonies qui liquéfient la gélatine ne se sont jamais montrées les plus nom- breuses, dans l’eau filtrée ou non filtrée, soit de Slralau, soit de Tegel. Le crenothrix semble avoir disparu des eaux de distribution de Berlin. Plagge et Proskauer ne parlent des bactéries pathogènes que pour noter le peu de chance que l’on a de les rencontrer dans l’eau et la difficulté qu’il y aurait de les reconnaître au milieu de tant d’autres, si elles s’y trouvaient au moment de l’examen. On ne sait pas bien par quel mécanisme les matières organiques sont partielle- ment retenues par les filtres, puisqu’elles ne se retrouvent pas sous forme de nitrates ou de nitrites. Mais le fait est général. Weber reconnaît aussi que l’eau de l'Elbe, à Hambourg, perd par la filtration sur le sable 64- p. 100 de ses matières organiques. Dans certaines localités, on filtre l’eau de pluie tombée sur les toits et même sur le sol, pour l’introduire dans des citernes, très vastes (Constan- tinople, Venise) ou, au contraire, de dimension en rapport avec les besoins générale.] d’une seule maison. La figure 19, empruntée à Parkes, représente la consti- tution d’une citerne de ce dernier genre; on y reconnaît quelques-uns des Ml VE/ U nti -SOL Fig. 19. — Filtration de l'eau de pluie. détails qui ont été indiqués au sujet du fonctionnement de la filtration centrale. Filtratiox a domicile. — Elle supplée la filtration centrale et, parfois, la complète. Les appareils à l’aide desquels on la réalise sont extrême- ment variés et les matières filtrantes ne le sont guères moins. Parmi les premiers, il faut choisir les moins compliqués et, surtout, ceux dont le nettoyage est le plus facile. Gomme matières filtrantes, il semble requis de n'admettre que des substances minérales neutres ou plutôt indiffé- rentes, c’est-à-dire incapables de communiquer à l’eau des qualités chi- miques nouvelles, et d’exclure les matières végétales ou animales qui, précisément, pourraient donner à l’eau l’imprégnation pùtride que l’on s’efforce d’éviter. Le gravier, le sable, le grès filtrant, le fer spongieux, le charbon animal, le charbon de bois, le charbon plastique, Vargile, la por- celaine, Vasbesle ou amiante, les mélanges minéraux (C.arferal, Carbo-calcis), sont donc bien préférables à Yéponge, à la laine, au colon, aux déchets d'étoffes et de feutre, imbibés ou non de substances chimiques, au papier, môme pénétré de charbon, à la cellulose, etc. Nous décrirons ici un petit nombre de filtres, en choisissant ceux qui se distin- guent par quelque originalité et surtout qui paraissent avoir un réel mérite. Filtre au fer spongieux. — Les hygiénistes, F. de Chaumont, A.-J. Martin, Wiel et Cnehm, vantaient naguère le filtre de Gustave Bischof, professeur à Glasgow, dont la substance filtrante est le fer spongieux (spongy iron), un peu cher il est vrai, mais don! 1 action mécanique et chimique surpasse celle du sable. Frankland a constaté qu il réduit de 32 milligrammes à 0 milligrammes par litre l’azote orga- nique de 1 eau de la Tamise et que l’eau filtrée par ce moyen retarde indéfiniment la putréfaction de la viande. Il est utile de faire passer sur du marbre en poudre 1 eau qui a filtré du fer spongieux pour fixer à l’état de carbonate insoluble le fer qui a pu être dissous et entraîné. Dans J’appareil décrit par A.-J. Martin, la filtration a lieu de haut en bas et se ter- mine par le passage, à travers trois couches de sable préparé, de l’eau qui a tra- versé le fer spongieux. Le sable préparé renferme du bioxyde de manganèse naturel, destiné à chasser la petite quantité de fer entraînée par l’eau. Le filtre est muni d’un régulateur. L’éponge de fer est du fer poreux, très pur, qu’on peut obtenir par la réduction de Vhématite au moyen du charbon, à une température aussi basse que possible. 11 faut avoir soin que le fer spongieux du filtre soit constamment couvert d’eau ; autre- ment, la rouille le mettrait hors de service. Ce filtre retient tous les microbes; son action s’épuise lentement. Frankland a constaté que le fer est très antipathique au développement des protoorganismes. Nous pouvons mentionner, à côté de ce filtre, assurément peu répandu en France, mais qui eut une certaine vogue en Angleterre et même en Allemagne, le filtre à Yoxycle de fer magnétique, employé par Spencer, il y a vingt-cinq ans, pour purifier les eaux de la Calder à Wakefield. Les propriétés de ce minerai sont fort analogues à celles du fer spongieux (Vallin). Enfin, dans ce lemps-là, les casernes et les hôpitaux anglais étaient pourvus, par ordre ministériel, des filtres au « Carferal » (carbone, fer, alumine), du major Crease, qui avait l’assentiment du laboratoire de Netley. Vallin raconte qu’à son voyage à Londres, pour visiter l’Exposition de 1884, il chercha en vain à obtenir ces deux objets; « il semble que ce produit et ce filtre soient complètement inconnus aujourd’hui, même à Londres. » Filtres au charbon. — Le charbon a, depuis longtemps, la réputation d’absorber les gaz; récemment éteint, il peut absorber 80 à 90 fois son volume de gaz ammoniac, sulfureux ou chlor- hydrique, avec la même avidité que l’eau absorberait ces gaz. Le char- bon animal fixe les sels métalliques, particulièrement ceux de plomb, comme l’a fait ressortir Chevallier; en revanche, il contient une énorme proportion de phosphates qui, peut- être, sont favorables à la vitalité des microorganismes dans l’eau après la filtration (F. de Chaumont). Pour la construction du filtre Maignen, dont il va être parlé, on a soin de débarrasser le charbon animal d’une part de ses phosphates, au moyen du lavage à l’acide chlorhydrique. I. Le charbon dit plastique est, par Fig. 20. - Filtre à charbon (d’après Nowak). ce f&it même> d>un maniemenl facile. La figure 20 montre comment on fait des filtres très simples, composés d’un bloc de ce charbon dans lequel est implanté un tuyau flexible, d’une certaine longueur. Lorsqu’on veut s'en servir, on plonge le bloc de charbon dans un vase rempli d’eau; on aspire par l’extrémité libre du tuyau qu’il suffil ensuile d’abandonner sur le bord du vase pour avoir un écoulement continu. 2. Le filtre de Maignen, dit aussi « filtre rapide», et qui,effectivement, fonctionne avec quelque rapidité, tout en filtrant bien, est essentiellement un filtre à charbon. Mais l’auleur (un Français qui opère en Angleterre) a su donner au charbon des formes et une association avantageuses, en môme temps qu il en assurait 1 < ffi< cité par l’adjonction de l’asbeste et qu’il trouvait moyen de restituer à 1 eau filtiéi l’air que le charbon lui enlève. Les matières filtrantes sont : 1° l’asbeste; 2° une poudre noire d’une extrême te- nuité, faite de chaux et de charbon (powdcrcd carbo-calcis); 3° du charbon animal en grains du commerce ou, de préférence, lavé avec de l’acide chlorhydrique. On les emploie de la façon suivante, que les figures 21 à 2o feront saisir sans embarras. Un vase cylindrique extérieur, ouvert par en haut, reçoit dans son calibre un autre vase plus large en haut qu’en bas et donL le fond est percé d un trou. Entre le fond du second vase et celui du premier, il reste un espace vide constituant le Fig. 21. Fig. 22. / Fig. 23. Filtre rapide de Maie/nen. réservoir d’eau pure et muni d’un robinet. D’autre pari, un cône de porcelaine, creux et percé de trous (A) est engagé dans le vase intérieur et s’y fixe à frottement par un prolongement qui passe par le trou ménagé dans le fond de celui-ci. Ce cône de porcelaine est revêtu exactement d’une chemise d’amiante (E), fixée avec des cordes de même subslance ; un manchon d’amiante recouvre aussi le prolongement inférieur de celle pièce et contribue à sa fixité dans le trou du récipient intérieur. On délaye, dans un vase quelconque rempli d’eau, un paquet de carbo-calcis en poudre (fourni avec l’appareil) et l’on verse ce mélange dans le filtre (fig. 21) par- dessus la chausse d’amiante, qui prend alors l’aspect figuré en C. L’eau passe, en elfet, à travers le tissu d'amiante; mais la poudre de carbo-calcis reste à sa sur- face. C’est cette couche qui doit arrêter les impuretés les plus ténues. Enfin, on remplit l’espace autour du tissu d’amiante avec du charbon animal en grains (D); par-dessus on place l’opercule perforé B, surmonté d’un manche et qui porte le nom de déversoir, et l’on verse en F l’eau ù liltrer. Quand, enfin, on a mis le couvercle plein sur le cylindre extérieur, l’ensemble du filtre a l'aspect des figures 24 et 25, selon qu’on a ménagé ou non des agréments artistiques sur la terre dont il est fabriqué. L’appareil peut fonctionner de trois à six mois, selon le degré d’impureté de l’eau. Pour le nettoyer, on retire successivement le carbo-calcis en grains et le châssis- filtre. On lave à grande eau (fig. 23) la surface du tissu d’amiante. On rince les au- tres parties du filtre; on le remonte avec du carbo-calcis en poudre et en grain, comme il est dit plus haut. On pourrait faire servir à nouveau les matières fil- trantes vieilles en les calcinant dans un creuset après lavage; mais le charbon en grains ne coûte pas cher. A la rigueur, on filtrerait sur l’amiante sans carbo-calcis; seulement l’eau ne serait pas clarifiée et point débarrassée des impuretés en solution. L’inventeur a, très heureusement d’ailleurs, modifié de cent façons la forme de son appareil sans en altérer le principe ni la constitution, pour l’adapter à des be- Fig. 20. Fig. 27. Filtre à baquet (pour troupes en campagne). soins divers, à ceux des groupes considérables et à ceux des individus. Nous signa- lerons spécialement le « filtre de touriste » et les « filtres d'armée ». Ces derniers se prêtent à être emboîtés dans des baquets et des paniers eu osier, qui en rendent le transport facile (fig. 26 à 28). P Enfin, il existe des « filtres de poches » de très petites dimensions, 12 centimètres dans le plus grand sens, et pesant de 114 à 128 grammes, dits filtres-montres (fig. 29), filtres de soldai (fig. 30), destinés à compléter le bagage individuel. A vrai dire, le soldai a déjà bien des objets à porter et à soigner. Ce qui nous fait craindre que le fil- tre inventé pour lui ne soit plutôt un ingénieux joujou qu un appareil d utilité positive. Il suffit, apparemment, de jeter un coup d’œil sur les figures ci-jointes pour com- prendre la manière d'utiliser ces filtres. La pomme d’arrosoir qui termine le tuyau flexible annexé à l’appareil est plongée dans l’eau impure; le buveur porte à ses lèvres l’embout placé au côté opposé et opère par succion. Ainsi qu’il a été constaté, à Londres, par Chamberland et Vallin, et que nous le démontrons journellement dans notre laboratoire à la Faculté de médecine, le filtre Maignen, non seulement clarifie l’eau, mais fixe les sels dissous (l’eau perd la moi- tié de ses degrés hydrométriques en traversant le filtre) et décompose ou retient les matières organiques. Une expérience assez élégante consiste à additionner un verre d’eau de quelques gouttes d’une urine légèrement fermentée; on fail voir aux assistants que cette eau décolore inslantanément une solution, faible de permanga- nate de potasse, versée goutte à goutte dans le mélange. On fait passer cette eau par le filtre et, en répétant l’essai par le permanganate, on met en évidence la per- sistance de la coloration rosée dès les premières gouttes du réactif. Le filtre Mai- gnen dépouille le vin rouge de sa couleur et des deux tiers de son alcool. En ce qui concerne les microorganismes, « la couche de poudre impalpable qui se dépose à la surface externe de l’amiante parait capable de retenir les éléments morphologiques les plus fins, et l’on prétend qu’un des assistants du professeur Frankland se serait assuré que ce filtre ne laissait pas passer les microbes conte- nus dans un liquide en pleine putréfaction.» (Vallin). L’inventeur lui-même, à côté du nom du Dr Hodgkinson (l’assistant cité plus haut), place celui de Denayer, de Bruxelles, qui aurait aussi prouvé par l’analyse microscopique que les vibrions les plus petits ne passent pas avec l’eau filtrée. 3. Filtre au papier carboné. — On voyait à Y Exposition de Londres (1884) un filtre formé d’une feuille de carton comprimé entre deux disques de bronze. La pâte à papier, dont on avait fabriqué ce carton, était mélangée de 10 à 20 p. 100 de char- bon animal, débarrassé de son phosphate. La face interne de chaque plaque de mé- tal était rayée de cercles concentriques en creux, coupés par un trait de lime suivant le diamètre du disque. Par la juxtaposition des deux plaques, cette raie rectiligne formait un canal collecteur de toutes les rigoles circulaires. A l’une des extrémités de ce canal aboutissait la conduite d’eau à filLrer; de l’autre parlait le robinet d’eau pure. Ce filtre décrit et loué par Vallin, exige une pression de plusieurs atmosphères. Il fonctionne bien et efficacement. Il a l’avantage de pouvoir se nettoyer avec une grande facilité, en remplaçant, tous les jours si l’on veut, le papier qui a servi par un papier neuf. On peut réunir en un seul appareil plusieurs de ces disques filLrants. Filtres en porcelaine poreuse. — Ces appareils sont une application du procédé em- ployé par Pasteur pour débarrasser certains liquides des bactéries qui en sont les agents virulents (bacilles du charbon, de la septicémie). L’illustre savant faisait pas- ser ces liquides par aspiration à travers les parois d’un tube en porcelaine dégour- die ; les pores de celle-ci retiennent tous les microbes et le liquide filtré peut être impunément inoculé à des animaux. 1. Filtre Chamberland. — Dans son essence, le filtre Chamberland (fig. 31) est une bouijie creuse de porcelaine dégourdie, fermée partout sauf à son extrémité in- férieure effilée. Cette bougie (A) est introduite de bas en haut, à frottement et avec fermeture hermétique par un écrou C, dans un tube métallique D où l’eau est ame- née, en E, par un tuyau dépendant de la distribution municipale et vissé sur le tube. L eau ne peut sortir par l’orifice B qu’en traversant de dehors en dedans les parois de la bougie. Les matières impures sont arrêtées sur la surface extérieure de celle-ci. Pour la nettoyer, on l’extrait du tube de métal ; on la brosse pour enlever le sédi- ment ; au besoin, on peut la passer au feu ou tout au moins dans l’eau bouillante. Les pores de la porcelaine s’obstruent d’autant plus vile que la pression est plus forte (Hesse); aussi évite-t-on aujourd’hui de dépasser 2 atmosphères. En pratique, on réunit un nombre plus ou moins considérable de bougies qui fonctionnent simultanément. La figure 32 représente un de ces assemblages. Les premiers appareils construits supposaient le raccordement à une distribution Fig. 31. — Filtre Chamberland : Filtre simple. Fig. 32. — Filtre Chamberland : Filtre multiple. d’eau faite sous une certaine pression, au moins 2 atmosphères. On ne tarda pas à remarquer que celle condition rendrait bien souvent le lillre Chamberland inutili- sable ; il fallait en trouver un qui fonctionnât sans pression. D'autre part, il conve- nait d’éviter le plus possible les cylindres, écrans, armatures, etc., métalliques, qui laissent toujours quelque arrière-pensée sur l’innocuité absolue de l’eau. On est ar- rivé assez aisément à substituer le grès, la faïence, la fonte émaillée, le caoutchouc aux métaux. Pour réaliser le filtre sans pression, l’on s'est servi d'une porcelaine moins dure et l’on a utilisé le principe de l’écoulement continu par les siphons amor- cés. La figure 33 donne la démonstration de ce mécanisme à la simple vue et d’une façon schématique. L’eau impure B pénètre par infiltration, dans les bougies A, A, A. A ce moment, on remplit d’eau le tube amorceur en II et on le fixe en E au Lube D. L eau du tube amorceur s’écoule par le tube T et détermine une aspiration qui entraîne 1 eau pure des bougies dans le collecteur C et dans le tube D. Le siphon ainsi établi donne un écoulement continu. Chamberland a trouvé, dans l'applica- tion, un mode de construction assez élé- gant, que l’on aperçoit dans la figure 34. « Les bougies sont adaptées à un collec- teur en couronne ou autrement; le tube d’écoulement s’ouvre dans la paroi darè- avec flacon amorceur. Fig. 34. — Filtre de ménage. cipient, qu’il suffit de remplir pour que l’amorçage du siphon se produise automati- quement. Il est clair, d’ailleurs, qu’à l’aide de modifications convenables de forme, de ma- tière, de disposition des assemblages de bougies filtrantes, on a pu adapter le filtre Chamberland, tantôt aux besoins des groupes considérables, tantôt à ceux des ar- mées en campagne, c’est-à-dire qu’on a construit des appareils transportables, sus- ceptibles d’être installés sur un brancard, sur une voiture, etc. Le filtre « en biscuit » de porcelaine donne incontestablement des résultats par- aits au point de vue de la séparation des germes de l’eau, c’est-à-dire qu'il la sté- rilise. Il stériliserait même tout autre liquide, comme l’ont démontré Miquel, IL Fol et L. Dunanljdu vin, du bouillon, par exemple, à la condilion qu’il n’existe aucune fêlure dans la porcelaine. Aussi convient-il de vérifier les bougies et de rejeter celles qui présentent des défauts (II. Fol et Dunant), ce qui se pratique aujourd’hui chez le fabricant et chez l’inventeur. Toutefois, il ne faut pas confondre, fait remarquer Ghamberland, le trouble que produit parfois, dans des liquides filtrés, la précipi- tation des matières protéiques avec le trouble qui résulte de la pullulation des germes. Il est à noter aussi qu’en laissant en contact avec l’intérieur des bougies Fig. 35. Aéri-filtre Mallié. un liquide très putride, comme l’urine altérée ou la matière fécale délayée, des filaments mycéliens finissent par s’introduire dans les pores de la porcelaine et tra- verser la paroi. Ce qui répond, eu partie, aux objections formulées par Galippe. D’ailleurs, les eaux auxquelles on a recours pour la boisson ne se rapprochent ja- mais d’une impureté pareille et on ne les laisse pas séjourner dans les filtres. Sui- vaut Hesse, les filtres de porcelaine qui ont donné de l’eau stérilisée pendant quinze jours la donneront telle indéfiniment. La porcelaine poreuse, naturellement, n’agit en aucune façon sur les matières dissoutes dans l’eau et ne retient, par conséquent, point les sels toxiques, les pto- maïnes, les matières albuminoïdes banales. 2. Aéri-filtre Mallié. — Cet appareil semble n’être qu’une variante du précédent. Il filtre de même avec la porcelaine brute; seulement, le passage se fait de dedans en dehors. Comme le montre la figure 35, la bougie de porcelaine est remplacée par un cône renversé, disposé à l’intérieur d’un récipient en verre épais, terminé par un téton, d’où l'eau doit être conduite par un tuyau fermé dans les vases des- tinés à la recevoir et non point tomber goutte à goutte dans l’air extérieur, ainsi qu’on le voit dans la figure, sous peine de reprendre les germes dont on veut pré- cisément la débarrasser. Cet appareil fonctionne sous pres- sion; on doit donc y adapter une pompe aspirante et foulante (fig. 36) capable de comprimer 4 à 5 atmosphères dans un ac- cumulateur, lorsqu’on ne dispose pas de la pression de la distri- bution municipale. Le double nom de ce filtre est légitimé par son intention d'aérer l’eau en même temps qu'il la purifie de ses molécules en suspension. L’aération est censée se réaliser au moyen d’une provision d’air comprimé, emprisonné sous le chapeau qui recouvre la partie supérieure du cône filtrant. Au fond, cet air forme surtout un coussin destiné à amortir les coups de bélier qui se produisent communément dans les tuyaux de conduite des distributions urbaines et sont bien faits pour briser le cône de porcelaine. L’enveloppe de verre se prête aussi à suivre le fonctionnement et à reconnaître les fêlures; l’accumulateur-pompe. dans le cas où la pointe du cône filtrant se détacherait, la tige qui repose sur le fond de celui-ci, en s’abaissant, fermerait une soupape placée à l’ajutage d’arrivée, de manière à prévenir une inondation; — la pression de l’eau elle-même forme le joint, disposition originale qui facilite le démontage rapide de l’appareil pour le nettoyage. On peut, comme pour le précédent, réunir plusieurs filtres simples en batterie, pour collèges, hôpitaux, etc. L'efficacité de ce filtre, au point de vue de la séparation des matières organiques en suspension dans l’eau (des germes, par conséquent), a été reconnue par Ch. Girard. Filtres à l'amiante. — En réduisant l’amiante en bouillie ou en confectionnant des tissus de celle substance, on obtient une matière filtrante douée du précieux avan- tage de pouvoir être, au moment voulu, purifiée par calcination. Nous avons déjà vu qu une chausse d’amiante constitue le dernier élément filtrant des appareils Mai- gnen. Le papier carboné, dont il a été question plus haut, a été remplacé par un tissu d asbesle dans les disques filtrants à l’aide desquels Miquel stérilise certains liquides. Mais c’est surtout en Allemagne, grâce aux ell'orts de W. Hesse, et proba- blement pour ne pas accepter simplement la porcelaine, qu’avaient choisie les français, que 1 on s est efforcé d’obtenir avec l’asbeste des filtres réalisant la sépa- ration de toutes les impuretés « mécaniques », comme dit Hesse, notamment de tous les microorganismes. 1. Filtre rapide de Piefke. — Ce filtre a été construit par Arnold et Schirmer sur les indications de I'iefke, directeur des eaux de Berlin. Nous l’avons décrit na* Fig. 36. — Filtre avec guère dans les termes suivants : « C’est un ensemble de compartiments filtrants superposés et renfermés dans un récipient cylindrique commun; l’eau filtre de bas en haut et se collectionne à la partie supérieure du cylindre. La matière filtrante est la cellulose préparée et l’asbeste à l’état de bouillie ou bien sous forme de dis- ques obtenus par compression. Elle est déposée sur des plaques de tôle criblées de trous et recouvertes d’une toile métallique très légère, en cuivre étamé. >» Le net- toyage s’en fait d'une façon très éner- gique au moyen de bras disposés par paires, correspondant à chaque com- partiment filtrant, portés par une lige centrale verticale, qu’une manivelle placée au-dessus du couvercle permet de mouvoir sur son axe (fig. 37). Ces bras ou ailettes raclent les impuretés déposées par l’eau et, en même temps, la bouillie filtrante, brassent le tout avec l’eau de l’intérieur et obligent le mélange à passer à tra- vers le tamis du fond pour être ex- trait par le bas du cylindre, au moyen d’un robinet ménagé à cet effet. Quand la bouillie d’asbeste est suffisamment lavée, on la fait repas- ser par l’entonnoir d’amenée, comme on a fait d’ailleurs pour mettre le filtre en fonctions; elle se dépose en couche mince sur la gaze métallique de chaque chambre filtrante. Le cou- vercle du cylindre porte un orifice d’échappement de l’air. On modifie, selon les cas, la dis- position de cet appareil. Hesse ne le regarde pas comme parfait, puisqu’il le range parmi les filtres ordinaires et propose de l’employer à filtrer Fig. 37.—Filtre rapide de Pief/ce. d’abord, pour la débarrasser des plus grosses impuretés, l’eau que l’on veut ensuite faire passer par un filtre impénétrable aux microorganismes. 11 suffit d’une faible pression pour obtenir de cet appareil des résultats satisfai- sants. L’asbesle semble à W. Hesse généralement supérieur aux tubes de porcelaine (quoique les Allemands et Hesse lui-même, associé à Iv. Môller, s’efforcent d’imiter les filtres Chamberland). Cette substance en raison de son inaltérabilité et de son faible poids se prête bien à la confection des filtres de voyage. 2. Filtre à micro-membrane, de Breyer. — Ce filtre est construit avec une bouillie d’amiante que l’on étend sur une toile métallique recouverte de tulle, qui est ensuite, après dessiccation, enchâssée dans un cadre de cuivre, à l'aide d’un vernis à la laque. Ce sont là les plaques, «lamelles» ou micro-membranes, qui forment à proprement parler le filtre de Breyer. On conçoit qu’elles puissent être agencées de diverses façons, remplacées quand elles paraissent salies, etc. L'inventeur perfectionne tous les jours la fabrication de cet engin, dont la complication et la fragilité ont inspiré à Vallin quelque défiance. Weichselbaum (de Vienne, comme Breyer aussi) a publié des expériences desquelles il faudrait conclure que la stérilisation de l’eau est par- faite après le passage par le filtre de son compatriote. Les épreuves auxquelles, plus tard, Buchner a soumis l’appareil semblent avoir été un peu moins favorables, puisqu’il échappa 1 germe sur 370 et même I sur 284 à la filtration. L’un des points essentiels, dans la construction des filtres, est qu’ils soient faciles à nettoyer et qu’au besoin on puisse remplacer entièrement la substance filtrante. 11 est reconnu, en effet(Kiihne, Wolffhügel, Frank- land), que les filtres employés pour les usages domestiques deviennent de véritables foyers de végétation pour les microorganismes, une fois qu'ils ont fonctionné pendant quelque temps et qu’ils ne peuvent plus alors que souiller l’eau qui les traverse. Pour des situations urgentes, l’ingéniosité individuelle arrive à impro- viser des filtres assez bons que nous croyons devoir mentionner. Le pro- fesseur Champouillon, dans ses cours, donnait le conseil suivant applicable à une colonne militaire en expédition. On prend quelques fûts vides, de ceux qui ont contenu des boissons alcooliques ; l’un des fonds du tonneau est enlevé, l’autre percé de trous à la vrille; le fût étant debout, le côté ouvert en haut, on répand sur le fond criblé du gravier, du sable, mêlé aux braises des feux de bivouac, jusqu’à une hauteur de 20 à 25 centimètres ; le tonneau est alors introduit dans le ruisseau voisin, dans une mare même, de telle sorte que le bord libre émerge suffisamment hors de l’eau ; il ne tarde pas à se remplir par filtration de dehors en dedans, à la façon des bouteilles-filtres. Un autre médecin militaire a montré à sa troupe, en Algérie, à faire de petites galeries filtrantes à ciel ouvert en creusant dans le sable du bord des rivières africaines des rigoles perpendiculaires au cou- rant: de ces rigoles, les unes communiquent avec le ruisseau; les autres, intermédiaires aux premières, ne s’ouvrent pas sur le courant. L’eau filtre à travers le sable, des rigoles pleines aux rigoles vides. Il est probable que ce médecin avait vu les Arabes recueillir l’eau du sous-sol en creusant, avec un bâton, un trou en entonnoir dans le sable des Oueds, à sec en été. L’Instruction du Conseil de santé de l’armée du 12 septembre 1881 recom- mande encore, pour une filtration rapide, la chausse des pharmaciens, une couverture de laine, l’éponge (sous réserve de fréquents nettoyages). De très remarquables expériences de Frankland, relevées par Yallin, prouvent aussi qu’à défaut de récipients et de filtres construits exp'rès, on peut obtenir une purification très satisfaisante par projection dans l'eau de la matière filtrante pulvérisée et agitation de quinze minutes. En agis- sant de cette façon sur une eau très impure (urineuse), Frankland a noté les résultats ci-dessous, obtenus par l’ensemencement d’une parcelle de la couche supérieure du liquide, clarifié par précipitation du dépôt. I Hygiène Nombre cle colonies par centimètre cube d’eau, avant et après agitation avec la matière pulvérisée. For spongieux Àvaut. Après. Craie 274 An Charbon animal Coke pulvérisé Kaolin 0 effet nul Brique pulvérisée Eau do chaux et soude 4 On remarque l’effet si complet cle la poudre de coke, supérieur môme au charbon animal. Finalement, il est possible d’obtenir par la filtration la parfaite innocuité de l’eau et nous croyons que cette correction est supérieure à toutes les autres. Mais il faut convenir, avec Vallin et Plagge, qu’au-dessus de tous les Offres possibles, ce qu’il y a encore de mieux, c’est une bonne canali- sation centrale d’eau de source. Bibliographie. — Bischof (G.) : Unlersuchung über clen Eisenschwamm und die Thierkohle als Reinigungsmittel fur Wasser (Zeitschrift für Biologie, XIV, 1878). — Nichols (AV. R.) : On the filtration of Potable Water. New-York, ÎS’ÎO. — Denton (J.-Bailey) : House Sanitation. Water Supply and Domesticfiltration. 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D’une part, il faut procurer au groupe intéressé une eau abondante et pure; d’autre part, cette eau doit lui être distribuée de la manière la plus commode, avec toutes les garanties d’inno- cuité et, toutefois, sans excéder les ressources des administrations. D’où les questions suivantes étudier: Nature et étendue des besoins (quantité de l’approvisionnement); provenance de l'eau (qualité) ; travaux de colleclionne- ment et de distribution. I. Nature et étendue des besoins. — Sans se préoccuper encore des oscillations obligées dans la consommation, on peut répartir de la façon suivante les circonstances dans lesquelles l’eau est nécessaire. ci. Besoins de la maison. — Boisson, cuisson des aliments, lessivage, soins de toilette, bains, cabinets d’aisances, arrosage de jardins, boisson des animaux, nettoyage des écuries, voitures, chevaux, etc. b. Besoins de la rue et du groupe d'habitations. — Arrosage des rues et des jardins publics, fontaines publiques, incendies. c. Besoins de l’industrie. Un grand nombre d’hygiénistes se sont exercés à calculer les chiffres qui correspondent à ces divers besoins. Suivant Biirkli, ceux du premier ordre réclament 35 p. 100 de l’eau à fournir; ceux du second, 45 p. 100; l’in- dustrie, 20 p. 100. Parkes fait l’addition ci-dessous, rapportée à un adulte et à un jour moyen : Litres. Boisson I;5 Cuisson des aliments 3,5 Soins do toilette corporelle 22,5 Entretien de la maison et des ustensiles 13,5 Lessivage 13,5 Bain (une fois par semaine) 18 AVater-closets 27 Gaspillage inévitable 12,5 Total 112 Avec une prévision de 22Ht,5 par jour pour les animaux et autant pour l’industrie, on arrive au chilTre moyen de 157 litres par habitant. Bürkli demandait pour Zurich 190 litres, estimant à 40 litres par individu les besoins de l’industrie, à 27 ceux de la propreté des rues, à 60 litres l’eau nécessaire à l’alimentation des fontaines publiques. La réflexion de Salbach, qui estime que le taux de l’eau de distribution doit s’éle- ver avec le chiffre de la population, nous parait fort juste; si les villes de 2,000 à 5,000 habitants ont 100 litres par tête, il faut bien en donner 120 à celles qui comptent plus de 5,000 âmes et 150 à 200 litres aux capitales. « Il faut trop d’eau pour qu il y en ait assez, » a dit Boucher de Careil. Le témoignage peut être invo- qué de temps en temps; mais le mot n’est point d’une application indéfinie. L’eau Arnould. Hygiène, 2° édit. 17 coûte à faire entrer et aussi à faire sortir; toutes les villes ne sont pas prêtes à éva- cuer dans de bonnes conditions des lorrents d’eau. Au fond, il y a presque toujours beaucoup de gaspillage; les maisons abonnées à l’année usent plus d’eau (propor- tionnellement) que celles qui ont un compteur. A Berlin, où la consommation est contrôlée, il se dépense par jour et par habitant 80 litres d’eau ; à Francforl-s.-M., 0(1 elle ne l’est pas, la dépense est de 138 litres, sans que l’on remarque que celle ville l’emporte sur la première au point de vue de la propreté. Breslau, avec con- trôle, consomme 81 litres; Dusseldorf, sans contrôle, 157 litres (Gill et Fôlsch, Schmick, Grohmann). A Londres et à Hambourg, l’eau est encore distribuée à do- micile d’une façon intermittente, au moins dans certains quartiers; on est donc obligé d’avoir à la maison un réservoir trop grand pour l’être assez; or, quand vient le moment de recevoir l’eau 'fraîche, les habitants ont soin d’évacuer à l’égout la portion de celle de la veille qui restait dans le récipient. Le tableau ci-après, emprunté à Kœnig et Poppe, ne comporte pas de moyenne, mais fait comprendre que la moyenne s’élève quand la ville possède des usines, des jardins particuliers ou publics. Décomposition de la dépense d'eau. PS P ta ce ta CS MACHINE V VAPEUR ARROSAGE P p PAR CHEVAL d'une surface ta Z es ^2 < O en o £ Z ET PAR HEURE. de 100 mètres carrés. ^ . > u > P ■< O es O > H ta S ta « oc S w c. g ta * z P w Z 5 § 53 — C* J z * P X *Q M es < Z w P ce < p ta o» % - POUR UN Machine à î te pression Machine à ndensation. Les rues, une s par jour. Jardins t avenues, par an. < < ci c £ Ci O *a — Dépense en litres. 25 75 40 70 300 35 800 100 50.800 D’autre part, les jours de la semaine, ni même les heures du jour, ne se ressemblent sous le rapport de la consommation d’eau. C’est généralement le samedi qui en use le plus, et le dimanche le moins. Le jour en coûte plus que la nuit; les 65 centièmes de la dépense se rapportent à l’intervalle entre 8 heures du matin et 6 heures du soir; les maxima sont de H heures à midi et de 3 heures à 4 heures. Les mois de juin-juillet dépassent nota- blement la moyenne, tandis que janvier-février restent au-dessous (Kœnig et Poppe). De telle sorte que, pour les administrations comme pour l’hy- giène, il convient d’envisager plutôt la quantité disponible que la quantité moyenne distribuée. Selon Kœnig et Poppe, 150 à 170 litres par jour et par habitant doivent suffire à la plupart des villes d’Allemagne. Bürkli demande de 135 à 189 litres et 200 à 270, s’il doit y avoir une large flottaison des immondices. D’après l’ingénieur Crahn, 128 villes anglaises reçoivent une moyenne de 142 litres par tête et par jour, mais dans les villes à water-closets, la quantité disponible varie de 180 à 340 litres; à Southampton (54,000 habi- tants), elle est de 252 litres. Dans 80 villes allemandes qui jouissent d’une distribution d’eau, la quantité disponible est en moyenne de 179 litres, mais la quantité distribuée varie de 41 à 103 litres; en moyenne, elle est de 63 litres. En France, Dijon dispose de 130 litres; Toulouse de 100; Marseille de 300 ; Lille de 100 litres, et peut en avoir le double ; Paris de 200 litres, et se propose d’en avoir 230 (520,000 mètres cubes pour 2,220,000 habitants). Les villes américaines, New-York spécialement, ont des approvisionnements énormes, 300 à 400 litres par habitant; moins, sans doute, pour les besoins actuels, qu’en prévision de l’extension rapide des cités, que l’expérience a surabondamment fait ressortir. C’est parfois une préoccupation qu’il con- vient d’avoir en Europe. Les villes qui n’ont pas de water-closets et ne pratiquent point la vidange à l’égout ont autant besoin d’eau que les autres. Lille en est un exemple. Ces villes-là, d’ordinaire, ont un réseau d’égouts fort incomplet et les canaux qui existent sont mal construits, par conséquent réclament un énergique lavage. Quant aux rues où ils manquent tout à fait, les ruisseaux où lan- guissent et se putréfient les eaux ménagères y sont lamentables, si l’on n’y fait passer un flot d’eau. En général, la surface à laver, dans ces conditions, est plus étendue que ne serait celle de la paroi de l’égout. Rendement de la collection d'approvisionnement. — Il importe que les ingénieurs, avant d’établir la distribution d’eau, se soient rendu compte de la quantité que pourra en fournir la source ou la collection qui va être exploitée. Quand il s’agit de sources jaillissantes ou de cours d’eau, le débit en est, d’ordinaire, vulgairement connu. Il est facile, d’ailleurs, d’évaluer le débit d’une source en recevant son eau dans un réservoir de capacité connue et en observant le temps qu’elle met à le remplir : Q = —. Pour les cours d’eau, on apprécie la vitesse au moyen du flotteur, de la roue hydraulique, etc.; on la multiplie par la surface de section du courant et l’on divise par le temps qu’a duré l’observation. Le rendement de la nappe souterraine s’évalue en épuisant partiellement un puits; on mesure à la fois la quantité extraite et celle que représente la dépression obtenue dans le niveau du puits; la différence (en faveur de la première) exprime le rende- ment du puits pendant le temps de l’opération. Mais il convient d’aller plus loin encore, quand il s’agit d’emprunter pour une ville la nappe souterraine ou les sources d’une région. On doit avoir, à l’aide de forages de puits instantanés, déterminé la puissance, la perméa- bilité et la pente delà couche aquifère, la vitesse de déplacement du courant souterrain. Il faut avoir précisé 1 orographie de la contrée et en connaître la météorologie, non seulement par les moyennes, mais aussi en ce qui concerne les oscillations. Ce n’est pas uniquement la moj^enne annuelle de la quantité d eau tombée qui décide de la convenance des sources choisies; c’est aussi le régime des pluies. De celui-ci, en effet, dépend l’invariabilité du tribut des sources. Etant données la surface de terrain qui se draine dans la même direction, la moyenne ombrométrique do la contrée et la. moyenne de 1 évaporation, on peut calculer à peu près la quantité d eau qui s emmaganise, chaque année, dans la zone mise à contribution. Mais la restitution de 1 eau empruntée est plus ou moins régulière selon la répartition des pluies sur chaque saison et chaque année. Thiem a calculé qu’il faut, h raison de 780 millimètres d’eau tombée par an, 3,250 hectares de terrain pour fournir 150 litres d’eau par jour et par tête à une ville de 300,000 habitants (comme Munich). Une épaisseur de 8 à 12 mètres de la couche aquifère est une bonne condition. Le tribut de la nappe souterraine a baissé dans la proportion de 3 à 2, à Danzig, depuis l’établissement de la distribution; la constitution de l’eau de Potsdam (nappe souterraine) est devenue moins bonne, de 1877 à 1882. Les sources de Kaiserbrunnen et de Stixenstein, à Vienne, ne fournissent plus que le cinquième de leur rendement primitif. A Francfort, l’eau obte- nue des sources est de 25 à 30 p. 100 au-dessous de ce que l’on avait espéré. C’est que la nature du terrain traversé par les eaux de la pluie influe aussi sur le débit des sources. Dans le gravier, l’eau met quatre ans à parcourir 1 kilomètre; on ne peut donc juger, d’après le débit immédiat d’une source que l’on vient de capter, de ce qu’elle fournira au bout de quelques années. A moins qu’il ne s’agisse de sources très anciennement connues, et encore. On suppose que celles qui jaillissent de pentes énormes, comme les versants des Alpes, ont dans l’épaisseur de la montagne des réservoirs qui les alimen- tent dans les temps secs, indépendamment des pluies de l’année. Les sources qui jaillissent de la couche superficielle de la nappe souter- raine peuvent tarir, quand le niveau de celle-ci s’abaisse. Celles qui viennent des couches profondes de la nappe ne sont exposées à presque aucune irrégularité, parce que la pression varie peu. Quand on veut prendre l’eau de la nappe souterraine, il est d’habitude de faire fonctionner pendant des mois les puits d’essai, pour s’assurer que la constitution de l’eau ne change pas. II. Provenance «1e l’eau «l’approvisionnement. — Toutes les eaux dont il a été question dans le premier paragraphe de ce chapitre peuvent être appelées, selon les cas, à fournir l’eau de distribution des groupes. Nous n’aurons donc, ici, qu’à indiquer la manière de procéder pour s’assurer l’un ou l’autre approvisionnement et à apprécier les modes divers. a. Eau de sources. — C’est celle à laquelle le vulgaire et les traditions donnent la préférence. La plupart des hygiénistes sont du même avis et pensent qu’on ne doit recourir à une autre eau que quand des circonstances très sérieuses l’imposent. Telle a été la formule des hygiénistes allemands aux Congrès de Danzig (1874) et de Düsseldorf (1876). Les médecins et les ingénieurs municipaux de Paris, à l’heure actuelle, s’accordent à poursuivre l’extension de l’approvisionnement de la métropole en eau de source. A Genève même, bien qu’on ait sous la main l’eau si pure du lac, on songe à aller chercher des sources dans le Jura. Pour utiliser l’eau d’une source, il est nécessaire de capter celte source, c’est-à-dire de l’approfondir, à son point d’émergence, et de transformer sa cuvette naturelle en un réservoir de quelque capacité, qu’on entoure de maçonnerie. On recouvre le tout d’un toit, ou plutôt d’une voûte, sur laquelle on étend une épaisseur de terre suffisante pour que l’on puisse y semer du gazon et même y planter des arbres, en vue de maintenir la tem- pérature égale de l’eau. Le réservoir de captage régularise le débit de la source et permel la précipitation des particules de sable que l’eau ramène de terre en jaillissant. 11 faut en faire un lors même que la source sort de terre dans la localité qui en use. C’est d’ailleurs une protection pour l’eau, quand le travail est bien fait. De ce réservoir part un aqueduc d’amenée dans lequel l’eau chemine par la gravitation [Gravilationswasserleitung), quelquefois jusqu’au collecteur de distribution, plus souvent jusqu’à un bassin intermédiaire, dit réservoir inférieur, d’où l’eau est refoulée par des machines élévaloires dans le réser- voir supérieur, ou de distribution. L’altitude de celui-ci détermine la pres- sion avec laquelle l’eau arrive en ville et aux divers étages des habitations. Les villes captent, d’ordinaire, plusieurs sources à la fois dans la même zone territoriale. Dans ce cas, chaque cuvette de captage est réunie, par un aqueduc particulier, à une conduite principale de collectionnement. Par- fois, une source, qui se trouve sur le passage de la conduite principale, s’ouvre directement dans celle-ci. 11 est préférable de laisser distinctes et avec un canal afférent particulier toutes les sources, parce que, s’il surve- nait une altéraliondans la nature de l’eau de distribution, il serait plus facile de reconnaître la source dans laquelle une altération est réalisée et de la supprimer. Il est clair qu’on ne doit pas accepter, pour une distribution urbaine, des sources menacées d’in/iltrations suspectes par le voisinage de dépôts pu- trides, par la pratique des irrigations à l’eau d’égout ou avec les eaux indus- trielles. Le captage doit, du reste, être exact et la conduite imperméable sur tout son parcours. C’est pour avoir négligé ces conditions que l’on a, parfois, laissé planer des soupçons jusque sur l’eau de source. Ainsi, la fameuse source de Yallan (Auxerre) ; les sources qui alimentent Clermont- Ferrand; celles qui abreuvent Lille. La région de captage peut être assez éloignée du point de distribution pour que la ville intéressée ait à exécuter 20, 40 et jusqu’à 100 kilomètres de conduite. Comme applications du système, on peut citer : Francfort-s.-M., qui a joint aux sources de la région basaltique du Vogelberg celles du grès du Spessart; — Munich, qui vient de réaliser le captage des sources de Mangfallthal ; — Vienne (Autriche), dont les habitants, au dire de Mosny, ont un véritable culte pour leurs eaux des hautes sources de Kaiserbrunnen et de Slixenstein ; — Stuttgard, avec les sources de Haarwiesen, Saugrenl, Oberelsenthal, Vogelsang, etc. Les sources du liain fournissent une partie de l’eau de Bruxelles. Lille a les sources du vallon d Houplin; Le Havre, celles de Saint-Laurent, cap- tées, dit A.-J. Martin, dans d’excellentes conditions, et celles de Sainte-Adresse; Bordeaux, les sources de Budos et autres; Clermont-Ferrand, les sources de Royal et des Combes, sortant des coulées de lave; Montpellier, les sources de Saint-Clé- ment et du Lez; Saint-Étienne, celles île la vallée du Paran; Rouen, Limoges, Amiens, Dijon, ont des eaux de sources. Grenoble reçoit l’eau des sources de Ro- chefort, qui est parfaite. Guéret, Morlaix, Villefranche (Rhône), Épinal, Chambéry, sont en voie il exécuter des travaux d’amenée d’eau de source. Paris avait, depuis longtemps, les sources d’Arcueil et de Belleville. La ville a ac- quis, en 1863, la source de la Dhuis, affluent du Surmelin, située près du village de Pargny (Marne); puis, successivement, les sources nombreuses, très pures, de la Vanne, dont l’origine esta Fontvanne (Aube), et celles de Cochepies, près de Ville- neuve-sur-Yonne. L’aqueduc de la Dhuis reçoiL encore les sources du Verdon et du Surmelin, et son réservoir, à Ménilmontanl, les eaux de la source de Saint-Maur. Ce qui n’empêche point la capitale d’avoir dû conserver les distributions d’eau de Seine, de Marne, d’Ourcq, que l’on emploie le plus possible comme eau d'utilisation, mais que l’on est obligé d’offrir, de temps à autre, dans la saison sèche, comme eau de boisson. La Ville, depuis 1884, poursuit l’acquisition des sources de la Vigne et de l’Avre (Eure-et-Loir), de la.VouIzie et du Durteint (Seine-el-Marne) : 240.000 mètres cubes d’eau par jour. Les communes rurales peuvent encore s’approvisionner d’eau de source et le font, en effet, en Lorraine particulièrement, où la plupart des villages ont des fontaines jaillissantes. On peut constater, par les rapports du Comité consultatif d'hygiène pu- blique, en exécution du décret du 30 septembre 1884, qu’un très grand nombre de petites localités, par toute la France, s’efforcent de constituer ou de compléter leur approvisionnement en eau de source. L’obstacle, en pareil cas, est d’ordinaire l’exi- guïté des ressources Financières de la commune. Aussi est-il désirable que cette eau puisse être entièrement amenée par gravitation. Le plus souvent, il est annexé à la fontaine un abreuvoir et un lavoir. Lorsqu’il y a de notables dépenses en pers- pective pour l’amenée d’eaux de source dans les localités rurales, il est bon que l’État leur vienne en aide, comme l’a fait le gouvernement Wurtembergeois (1860), en accordant des subventions aux municipalités pauvres et en mettant à leur dis- position un ingénieur de l’État (le savant von Ehmann). Un des résultats les plus remarquables de celte initiative intelligente est la dis- tribution des eaux dans la Rauhe Alp, dans laquelle l’État est intervenu pour 437.000 marks (546,230 francs). La Rauhe Alp, prolongement du Jura suisse, fait partie des Alpes souabes; elle est comprise entre Ulm et le Schmicbathal. C’est une région formée de vallées extrêmement profondes, très encaissées, et de hau- teurs couronnées de plaines arides, où la végétation est presque nulle ; elle est ha- bitée par des pasteurs de race souabe pure et des individus adonnés exclusivement à l’industrie du lin. Dans le but d'installer là une distribution d’eau suffisante, on a groupé les villages et on s’est servi des cours d’eau qui traversent les vallées, pour mettre en mouvement les appareils destinés à aspirer et à refouler l’eau dans des conduites ayant de 8 à 12 kilomètres de long. Déversées dans des réservoirs, ces eaux y sont reprises par des machines qui les élèvent dans les régions les plus hautes. Soixante villages environ, habités par 30,000 individus, sur une surface de 22 milles carrés, sont divisés en huit groupes dont chacun a son usine spéciale avec des réservoirs particuliers, d’où l’eau est conduite dans les localités intéressées. Le plan comporte une distribution de 80 litres par tète et par jour (2,400 mètres cubes en tout) et une dépense totale de 3 millions de marks. En 1876, trente-quatre com- munes avec 17,000 habitants étaient pourvues, il en restait trente à réunir au sys- tème. L’eau de distribution n’est point prise aux cours d’eau, mais à des sources jaillissantes et à l’eau du sol du fond de la vallée ; les cours d’eau ne produisent que la force naturelle pour monter l’eau de distribution dans les réservoirs qui sont entre 171 et 314 mètres de hauteur. L’abonnement revient à 5 francs par tête et par an. On sait combien est aride le calcaire jurassique; les habitants de la Rauhe Alp ne s’abreuvaient autrefois que de l’eau de la pluie, recueillie dans les villages; par les temps secs et la gelée, il fallait aller chercher l’eau péniblement au fond des vallées. Pourtant, telle est la force de la routine, les Souabes de la montagne com- mencèrent par refuser net les avances du gouvernement; leurs pères avaient souf- fert des eaux insuffisantes et mauvaises, de la fièvre typhoïde et des incendies; il ne fallait pas changer la coutume des aïeux. Il fallut quelque énergie et une phi- lanthropie bien décidée pour rompre la tradition. b. Eau souterraine. — En dehors des sources jaillissantes dont il vient d’être question, il y a deux manières d’utiliser l’eau souterraine, selon qu’elle doit fournir à une petite ou à une grande distribution. 1° Les petits groupes ont recours aux ■puits, superficiels (Flachbrunnen) ou profonds (Tiefbrunnen), sous des noms divers : puits ordinaires, puits tubulaires, instantanés, abyssiniens, en télescope, forages surmontés d’une pompe, etc. Les puits instantanés se prêtent particulièrement aux besoins des troupes en expédition ; les Anglais en ont usé avec grand avantage dans leur campagne d’Abyssinie (pompe Norton). On creuse les puits ordinaires dans toute espèce de terrains, grès, sable, craie, argile, pourvu qu’il y ait une nappe d’infiltration à quelques mètres de profondeur. On en revêt la paroi d’une maçonnerie au ciment et à la chaux hydraulique dans la partie supérieure, d’une maçonnerie perméable dans la partie inférieure; de cette façon, l’eau pénètre par en bas, après avoir filtré dans une énorme épaisseur de terre, et ne peut pénétrer que par là. La maçonnerie est terminée en haut par une margelle, débordant le sol, qui empêche les eaux superficielles d’arriver dans le puits. De même, un toit impénétrable, au-dessus de l’orifice, écarte les eaux de pluie, les poussières, les corps volumineux qui pourraient tomber dans le collecteur. Quand le procédé d’extraction de l’eau s’y prête, il vaut mieux encore fermer hermétiquement l’orifice par un couvercle cadenassé ou une lourde pierre de taille, en vue de parer aux accidents et aux souillures qui pour- raient provenir de la malveillance. Comme il a été dit précédemment, un puits exactement fermé, sauf à l’extrémité par laquelle il plonge dans la nappe souterraine, peut fournir de l’eau irréprochable, ou tout au moins inoffensive, même au centre d’une ville. 11 convient, toutefois, de ne pas braver sans nécessité le danger des infiltrations organiques et d’éviter, pour les puits, le voisinage des fu- miers et dépôts d’immondices, des puits absorbants et des fosses d’aisance. A Lille, dans bien des maisons, la fosse et le puits sont vraiment gémellés, c’est-à-dire séparés à peine par quelques mètres de terre. La fosse pouvant n être pas indéfiniment étanche, c’est évidemment une pratique malpropre et dangereuse. Un puits quelconque peut être rendu meilleur en construisant toute sa paroi imperméable et en revêtant son fond d’une couche de béton à travers laquelle passe un tuyau en poterie, rempli de matières filtrantes, de telle sorte que 1 eau ne puisse arriver dans le puits qu’en traversant ce filtre (fig. 38). On doit, dans ce cas, avoir des tuyaux de rechange. Les « puits- filtres » remplissent le même but; ils s’obtiennent en pratiquant, dans le fond du puits, une double maçonnerie, l’une extérieure et cimentée, l’autre intérieure en pierres sèches ; entre les deux, on ménage un espace qui est rempli de gravier. Le sol reste naturel sous le gravier; on le recouvre de ciment dans le cercle intérieur. L’eau ne peut arriver que filtrée dans la capacité du puits. Certaines villes n’ont pas d’autre mode d’approvisionnement qu’un Fig. 38. — Utilisation d'un puits sans profondeur. ensemble de puits, dont chacun dessert un groupe de maisons, ou seule- ment une maison, dans laquelle il est la propriété du possesseur de l’immeuble. Mais, lorsqu’il faut recourir à cet approvisionnement toujours un peu suspect, les municipalités ou même les particuliers creusent dans la localité même un certain nombre de puits profonds, c’est-à-dire pénétrant jusqu’à la seconde nappe. Parfois, on y installe une pompe à vapeur et si le rendement en est suffisant, rien n’empêche qu’à l’aide d’une pompe aspirante et foulante on n’en fasse une véritable distribution d’eau avec canalisation spéciale. 2° Plus habituellement, les villes qui veulent prendre leur eau à la nappe souterraine creusent, à distance de leurs murs, en un point où l’on s’est assuré que cette nappe est suffisamment riche, plusieurs puits profonds, réunis entre eux par des aqueducs en maçonnerie ou des tuyaux de fonte. De chacun d’eux partent en rayonnant d’autres aqueducs ou galeries d’as- piration, sous une pente favorable à la convergence des eaux souterraines vers le puits. L’action des pompes élévatoires, sur le puits central, détermine aussi une aspiration de même résultat. Le sol de ces puits doit être de 3 à 6 mètres plus bas que le niveau le plus inférieur de la nappe (Kœnig et Poppe) ; celui des canaux, de 1“ ,50 à 2 mètres.. Pour la distribution de Charloltenbourg, on a établi trois puits abyssi- niens de 27 à 38 mètres de profondeur (Kaeber), qui traversent une couche d’argile de 1 à 5 mètres d’épaisseur, à 15 ou 20 mètres au-dessous de la surface, pour gagner une couche de gravier aquifère de 7 à 10 mètres. On doit éviter, dans des travaux de ce genre, les sols de sable fin, qui s’éboulent dans l’eau de distribution et la troublent. On repoussera encore les sous-sols ferrugineux qui, en favorisant la décomposition des débris végétaux, appauvrissent l’eau d’oxygène. L’oxydule et l’oxyde de fer don- nent, d’ailleurs, à l’eau une saveur d’encre insupportable; à Leipzig, on dut abandonner une conduite d’eau à cause de cet inconvénient. Sur d’autres points (Berlin, Lille, Dessau), le fer a manifestement favorisé le Crenothrix. Budapest s’abreuve à des puits intra-urbains, assez, nombreux, concurremment avec l'eau du Danube et celle d’une distribution municipale par des puits filtrants. De ces puits, les uns sont irréprochables, d’autres médiocres ou mauvais (Fodor). Augsbourg utilise la nappe puissante qui descend des Allgüuer Alpen. Trois grands puits, d’un diamètre de 4 mètres, à 100 mètres l’un de l’autre, réunis par des galeries de collectionnement, forment la prise d’eau. La conduite d’amenée jusqu’au réservoir inférieur part du puits du milieu. De 1878 à 1884, Strasbourg, Kiel, Hanovre, Baden-Baden, se sont donné des dis- tributions d’eau souterraine suivant cette méthode. La distribution dite de Pottschach (1877), qui complète l’approvisionnement de Vienne, est un travail du même genre. Il comprend quaire puits de 10 mètres de profondeur et de 0 mètres de diamètre (Mosny), dans la vallée de la Schwarza. Berlin avait essayé ce système, en creusant des puits profonds au bord du lac de Tegel. Elle a été obligée d’y renoncer, à cause de l’invasion du Crenothrix (Wasser- calamitat) qui, paraît-il, vient du sol. Aujourd’hui, l’eau de cette distribution est prise dans le lac même. Un accident pareil est arrivé à Lille, en 1882, par ce fait que les ingénieurs s’étaient abstenus, à dessein, de faire un radier à l’aqueduc d’amenée. Ainsi construit, l’aqueduc était en même temps une galerie de collec- tionnement et recueillait, sur son passage, le tribut de la nappe souterraine, très abondant et qui, en effet, complétait avantageusement, au point de vue de la quan- tité, l’apport des sources. A l’invasion du Crenothrix, on a dû fermer le radier et renoncera l’eau du sol. A Stralsund, la nappe étant peu riche et les pluies insuffisantes dans la zone choisie pour le captage de l’eau, l’ingénieur A. Tbiem a fait entrer dans son projet l’irrigation de cette zone au moyen de l’eau du lac de Borgwall ou étang de Putter, à titre de suppléance de l’eau météorique en même temps que c’est une manière de filtrer l’eau lacustre. Une seule des compagnies de Londres, la compagnie Kent, s’approvisionne à la nappe souterraine. En Amérique, Brooklyn a un projet comportant ce même mode. Il semble que ce soit la première ville des États-Unis qui entre dans cette voie. Reims, Avignon possèdent une distribution prise à la nappe souterraine. Orléans s’abreuve à des puits. Les puits artésiens peuvent être rattachés à ce paragraphe. Ils ne servent jamais que d’auxiliaires aux distributions municipales. Ceux de Paris comptent à peine pour 7,000 mètres cubes dans les 370,000 qui sont distri- bués chaque jour aux habitants. c. hau de drainage. — On donne souvent ce nom à un approvision- nement qui est réellement pris à la nappe souterraine, mais qui diffère du précédent en ce que les moyens de collectionnement s’étendent, au lieu de se concentrer, et que les puits sont remplacés par de longues galeries dites d infiltration ou de recueillement. Ces galeries s’enfoncent également sous la nappe souterraine. Mais, d’autres fois, le drainage n’a pour but que de collecter les eaux superlicielles filtrant à travers le sol, les flaques des dépressions, les petits ruisseaux et, à la rigueur, le trop-plein de la nappe dans les ascensions de son niveau. 11 arrive, en pareil cas, que de véritables sources jaillissantes sont enveloppées dans le réseau de drains. C’est véritablement là l’approvisionnement d’eau de drainage. Mais il n’y a pas de sérieux inconvénients à réunir les deux modes sous une même appellation, en raison de l’analogie des travaux de captage. On peut ainsi aspirer l’eau d’une surface étendue. La quantité que l’on en obtient est sujette, naturellement, à d’assez grandes oscillations. La qualité dépend de la nature du sol drainé et, surtout, de ce qui se passe à la surface (culture, engrais, etc.). La méthode paraît avoir réussi à Cassel, Danzig, Golha, et moins bien à Kœnigs- berg. La ville de Wiesbaden a installé, dans les vallées de Werlilzlhal et Walk- mühlenthal, des tuyaux de drainage (il y en a 3,000 mètres dans la première) qui vont jusqu’à la roche et versent leur eau dans des galeries de collectionnemenl. L’apport est de 6,000 mètres cubes d’eau par jour. Amsterdam draine les dunes du voisinage. Cette ressource ne lui suffit pas et il est question de la compléter par une prise d’eau dans le Vecht, bras du Rhin. Bruxelles a renforcé la distribution des sources du Hain par le drainage de la zone environnant l’aqueduc, par celui du bois de la Cambre et celui de la forêt de Soignes; en tout, près de 8,000 mètres de galeries de 10 à 30 mètres sous la nappe liquide. En France, le Comité consultatif d'hygiène publique a approuvé, en 1886, un projet de la ville de Poitiers tendant à collectionner par galeries l’eau des nappes de Nesdes, de Fleury et de Broyé, et un projet analogue formé par la ville de Tarbes. d. Eau des galeries filtrantes. — Ce mode d’approvisionnement nous paraît se rattacher beaucoup plus à la nappe souterraine qu’à l’eau fluviale, quoique certains pensent le contraire. Le procédé consiste à creuser, au bord d’un fleuve et parallèlement à son cours, des tranchées dont le fond atteint au moins, et souvent dépasse, la profondeur du lit de la rivière. Si le terrain des rives est une couche épaisse de gravier, de sable, d’alluvions perméables, on suppose que l’eau fluviale arrive par aspiration dans la tranchée, en subissant une filtration à travers les 25 ou 30 mètres de sol poreux qui séparent celle-ci du courant. Ce qui arrive d’abord dans lesdites tranchées, c’est certainement l’eau de la nappe souterraine, qui est naturellement à son plus haut degré de richesse vers le fond de la vallée, c’est-à-dire au bas de la pente. C’est la nappe souterraine qui alimente les fleuves et rivières, et non le contraire, comme nous nous sommes efforcé de le répéter. L’eau du fleuve ne reflue vers la nappe que dans les temps de crue, alors que la pression est devenue très forte dans le premier. Ce reflux ne s’accomplit point par le fond, qui est nécessairement imperméable; mais par la partie du talus latéral qui était découvert pendant la sécheresse. Ce talus peut avoir été assez crevassé pour que l’eau du fleuve passe trouble dans la galerie. 11 arrive, du reste, que l’eau fluviale passe par-dessus la cloison de sol qui la sépare de la galerie. En temps ordinaire, l'eau de celle-ci ressemble à l’eau de la nappe et non à celle du lleuve. S’il y avait une réelle filtration, comme on ne nettoie jamais le filtre, il finirait bien un jour par ne plus fonctionner. 11 arrive, en effet, un moment où la galerie ne reçoit môme plus le tribut irrégulier de l’eau lluviale, qui vient d’être indiqué. Aussi est-on obligé d’augmenter la longueur des tranchées. Grimer et Thiem déclarent que, là où les galeries liltrantes ont réussi, c’est qu’on est tombé sur une nappe souterraine très riche. Au Congrès de Genève (1882), Rollet, Durand-Claye, Herscher, on fait connaître des observations, dont quelques-unes avaient déjà été faites par Belgrand sur les bords de la Seine, et desquelles ressort la loi que nous venons de formuler, à savoir : que les filtrations, qui rem- plissent les puits et les galeries à proximité des fleuves, proviennent exceptionnellement du fleuve lui-même et beaucoup plus ordinairement des eaux qui descendent des régions voisines vers le fleuve. Lorsqu’on a recours à cette méthode, Kœnig et Poppe recommandent d’établir les galeries sur les points de la rive où les flexuosités du fleuve décrivent une ligne concave. A ces endroits le courant entraîne de lui- même les dépôts vaseux. Dresde a des galeries filtrantes sur la rive droite de l’Elbe. Leur eau est bien su- périeure à celle du fleuve (Salbach, Sander). (Dresde.) Eau de distribution. Eau de l’Elbe. milligr. milligr. Résidu fixe 112 par litre. 155 par litre. Sel marin 13 — 28 — Matières organiques 4,8 — 18 — •• Ammoniaque » — » — Acide nitrique 2 — » — Halle-s.-Saale, qui a usé du même procédé, a eu affaire au Crenothrix, ce qui ten- drait à prouver précisément que ses galeries reçoivent l’eau du sol plus que celle du fleuve. Vienne a des galeries sur le canal du Danube, qui filtraient probable- ment quelquefois son eau, car elles se sont engorgées et ont dû èlre allongées; au- jourd’hui l’eau de source permet de ne plus avoir recours à cette conduite (Ferdi- nands Wasserleitung). Toulouse est connue pour ses galeries filtrantes sur la Garonne ; l’eau n’y dépasse pas 13 à 14° et ne descend pas au-dessous de 8 à 9 en hiver; ce qui serait assez étonnant s’il s'agissait vraiment de l’eau fluviale. Les Lyonnais se félicitent de leurs galeries sur le Rhône; mais, néanmoins, ne repoussent pas le projet de l’ingénieur Michaud, qui leur donnerait les sources de la vallée de l’Ain. La distribution dite de l’eau de la Moselle, à Nancy, vient de galeries filtrantes, élablies à Messein, en amont par rapport à la ville. L’ingénieur Schwab (1886) a vivement critiqué les eaux fournies par celte installation; les communications directes des tranchées avec la rivière lui paraissent bien plus certaines que la filtration. Aussi l’eau de Nancy est-elle souvent trouble. La ville de Lawrence (Massachusets) prend son eau, en partie directement dans le Merrimack,en partie dans des galeries élablies sur la rive de ce cours d’eau. e. Eau fluviale ou lacustre. — Un assez grand nombre de villes emprun- tent leur approvisionnement intégral ou partiel au fleuve qui les traverse ou au lac dont elles sonL voisines. Ces eaux, primitivement, n’ont rien qui les empêche d’être bonnes et même excellentes, sauf les variations de température ; mais ce sont des eaux de surface, par conséquent très exposées à d’inquiétantes et multiples souillures, surtout en notre temps où les populations qui se pressent au bord des cours d’eau en usent si volontiers pour se débarrasser des déchets de la vie quotidienne et des résidus d’in- dustrie. II faut, dans tous les cas, établir la prise d’eau en amont et assez loin de la ville à desservir, éviter les bras morts, les anses, les pointes où l’eau est dormante. D’ordinaire, on ne puise pas à même le fleuve, mais dans des bassins latéraux, où l’eau est amenée par un aqueduc en maçon- nerie ou en fonte et dont l’entrée est munie d’une grille qui retienne les corps étrangers volumineux. Les bassins de collectionnement servent eux- mêmes à la décantation. D’ailleurs, cette eau doit toujours être soumise à la filtration centrale, comme celle de la Tamise à Londres, celle de la Sprée et du lac de Tegel à Berlin. Lorsqu’on dispose de cette installation, on peut se dispenser du canal de dérivation et recourir à des pompes. Pour puiser à un lac, on fait déboucher la conduite d’amenée à quelque distance de la rive et entre deux eaux, pour éviter à la fois les impuretés de voisinage, les sédiments du fond et les couches à température trop va- riable de la surface. Nous allons indiquer un certain nombre de villes qui s’abreuvent à des fleuves ou à des lacs. On en trouvera, parmi elles, un assez grand nombre de très populeuses, qui n’ont pas précisément la mortalité la plus élevée et, en particulier, ne payent pas un lourd tribut à la fièvre typhoïde. A vrai dire, l’eau des fleuves est, ici, soumise à la filtration centrale et l’on ne sait pourquoi Paris n’installe pas cette pratique à ses prises d’eau sur la Seine, la Marne, l’Ourcq, dont il offrira encore longtemps le produit à ses habi- tants avant d’avoir doublé la Dhuis et la Yanne de la Vigne et de l’Avre. Néanmoins, comme les filtres ne sont pas exempts d’imperfections et d’accidents, il est assez étonnant que l’eau fluviale et lacustre ne cause pas plus généralement la fièvre typhoïde dans les villes dont il va être question, s’il y a un fondement sérieux dans les accusations portées contre cette eau à Paris, à Hambourg, à Genève, à Zurich. Londres est le type des villes à eau fluviale; les neuf dixièmes de son eau vien- nent de la Tamise et de la Lea. — La ville d’Henley, également sur la Tamise, em- prunte aussi son eau à ce fleuve eL la traite par un lait de chaux avant de l'intro- duire dans la distribution. Berlin s’approvisionne à la Sprée (ouvrages de Stralau, en amont) et au lac de Tegel, près de Spandau, 1 une de ces grandes cuvettes qui sont sur les rives de la Sprée et de la Ilavel et communiquent avec elles. Hambourg puise à l’Elbe, Varsovie à la Vislule; Anvers à la Nètlie, avec filtration au fer spongieux. New-York a converti en lac, par un barrage, la rivière le Crolon; c’est de là que lui viennent par jour 136,000 mètres cubes d’eau. Washington a un aqueduc ma- gnifique sur le Potomac. Philadelphie va compléter sa distribution par l'eau du Tohickon, affluent du Delaware ; Memphis va puiser à la rivière Wolf. Angers boil l'eau de la Loire; Marseille, celle de la Durance; Tours, celle du Cher; Saint-Étienne, celle du Furens. Paris a la Seine, la Marne, I Ourcq, pour les lavages surtout; mais les Parisiens boivent encore de ces eaux, certainement très médiocres, plus souvent qu’il n’est dans le programme. Genève a sa prise d’eau sur son lac merveilleux et des hygiénistes qui ne la trouvent pas assez pure. Zurich a la sienne dans la Limmat au moment où celle-ci naît du lac; h la suite de la fièvre typhoïde de 188o, il a été décidé de remonter cette prise d’eau d’au moins 200 métros et l’on y installe des filtres à sable. 11 n’y a pas de motifs pour ne point louer celte amélioration et Genève pourrait l’imiter. — Stultgard fait venir son eau d’utilisation des petits lacs des environs, Katzen- bachsee, PfalFensee, Steinbachsee, etc. Des ingénieurs français amènent à Constantinople l'eau du lac Derkos, vers la mer Noire, à 40 kilomètres de la ville. Le loch Katrine et la Clyde desservent Glasgow. Les villes américaines s’approvi- sionnent volontiers aux grands lacs de la région; le lac Michigan abreuve Chicago ; le lac Érié, Cleveland; le lac Cochituate, Boston. f. Eau de barrage. — Ce système se confond presque avec le précédent quand, par un large barrage, on convertit une petite rivière en un lac arti- ficiel. Mais l’on peut faire aussi un barrage pour retenir les eaux de pluie qui descendent les pentes d’une vallée. En Angleterre, les villes des comtés de Lancashire et Yorkshire s’alimentent à des lacs artificiels que l’on ob- tient de la manière suivante : on coupe, par un barrage, les étroites vallées que forment entre ces deux comtés des montagnes ardues à sommet dé- sert, inculte et recouvert de bruyères; en arrière de la digue s’accumule l'eau des pluies qui a filtré à travers le sol des montagnes, jusqu’à la couche imperméable située à une médiocre profondeur. Liverpool utilise ainsi 78 p. 100 des 99 centimètres de pluie qui tombent sur le terrain affecté à ce drainage. Par deux fois, une pareille digue, haute de 25 à 30 mètres, s’est rompue et a causé de grands désastres ; à Sheffield, en 1864, 238 per- sonnes périrent dans une inondation ainsi provoquée. Un fait du même genre s’est produit naguère en Algérie. Néanmoins, Roanne se proposait, en 1884, de barrer la gorge de la Tache ou celle du Renaison pour réunir dans un grand réservoir les eaux des sources grani- tiques de la Madeleine (Reuillet). g. Approvisionnement d'eau de pluie. — Dans les villes difficiles à pour- voir, les particuliers recueillent, dans leurs habitations, l’eau météorique qui tombe sur les toits et dont la masse est assez importante pour que Fonssagrives, imitant le calcul fait à Londres par Parkes, ait estimé à 5 mil- lions de mètres cubes celle qui passe, chaque armée, sur les toits de Paris. Cette eau, comme nous l’avons vu, est d’une grande pureté, à la condition que, pour la recueillir, on néglige, selon le conseil de Guérard, la première portion des averses, qui a lavé la poussière et les ordures des toits, — ou qu’on la filtre avant de l’introduire dans les réservoirs où elle est conservée. Ces réservoirs sont les citernes et la figure 39 indique une manière de filtrer l’eau qui y pénètre. Les citernes doivent être construites en bonne maçonnerie étanche, à parois intérieures d’un nettoyage facile. On les protège exactement conlre les souillures extérieures et contre les variations de température. Les villes elles-mêmes peuvent recourir aux citernes, comme mode gé- néral d’approvisionnement. Celles d’Orient ont toujours pratiqué ce mode de collectionncment de l’eau, que Venise leur a peut-être emprunté. Cons- lantinc possède encore, à sa Kasbah, de vastes citernes, dans lesquelles l’eau reste particulièrement fraîche, en raison de la profondeur des réser- voirs et de l’épaisseur des voûtes. Celles de Venise, paraît-il, ne présentent point le môme avantage. Mais l’eau y est pure, parce qu’elle y arrive fil- Fig. 39. — Coupe d'une citerne à eau de pluie, à Venise. trée selon le procédé représenté dans la figure 39. (Le fameux'puits de la place Saint-Marc est une citerne de ce genre.) Dans une excavation maçonnée et à parois imperméables, on voit un remplis- sage de sable dans lequel deux conduits (drains), à droite et à gauche, déversent l’eau de la pluie. Au centre, un puits, à parois imperméables saut à la partie inférieure, se remplit d’eau filtrée; on y puise par l’orifice supérieur, ouvert. Dans le cas d’approvisionnement urbain par des citernes munies de ma- tériaux filtrants, on recueille non seulement l’eau des toits, mais encore celle des places publiques et, au besoin, des rues. A Cadix (Ferreira). Ion s’arrange de façon à perdre les premières portions de la pluie, qui entraî- nent diverses impuretés. Les ingénieurs du chemin de fer de l’Oucst-Algérien (Oran) ont imité la disposition représentée ci-dessus pour établir des citernes loin des centres habités. Dans une dépression de terrain propre ù emmagasiner les eaux pluviales, on creuse un trou carré à talus raide, au centre duquel on éta- blit un tube en maçonnerie; la partie inférieure de ce puits est en pierres sèches et laisse arriver l’eau; le reste est cimenté. On entasse, tout autour et de bas en haut, des moellons, des pierres, du gravier, du sable lin, de la terre sableuse sur laquelle on fait des semis. Les eaux pluviales arrivent filtrées dans celte citerne. h. Eau de mer. — Nous n’inscrivons ici que pour mémoire cette source d’approvisionnement. L’eau de mer n’est utilisable en boisson que distillée et reste le monopole des navigateurs (voy. Groupe militaire et marin). Ce- pendant, il n’est pas impossible que, dans une ville maritime, mal appro- visionnée, on ne recoure parfois à celte ressource. La question s’est posée à Dunkerque, qui reçoit les eaux du canal de Bourbourg, médiocres en tout temps, très rares en été, et s’abreuve surtout à des citernes. III. Traraui de collectionncment et de distribution. — NOUS ne reve- nons pas sur la question de la distribution unique ou double. La solution de principe est, assurément, pour le premier mode, à la condition que la dis- tribution unique soit d’eau abondante et pure. Lorsque l’abondance fait défaut, il faut bien tolérer une seconde eau moins parfaite ou même mau- vaise, en prenant les précautions nécessaires pour qu’elle ne serve pas d’eau de boisson. Il a été entendu que la quantité d’eau nécessaire aux habitants, chaque jour, doit être constamment disponible ; d’autre part, que l’eau doit arriver dans les maisons et à tous les étages. De là les réservoirs, les conduites d’a- menée, les tuyaux de distribution, la pression. Réservoirs. — Si l’eau captée peut faire tout le trajet qui la sépare des consommateurs par simple gravitation, il suffit d’un réservoir, à la péri- phérie de la ville, placé à une altitude telle que l’eau arrive à destination avec une pression qui la monte à tous les étages (2 à 3 atmosphères). Lors- que la gravitation ne peut suffire qu’à une partie du trajet, on établit, au point où elle amène l’eau, un réservoir inférieur, d’ou elle est refoulée par des machines élévatoires dans le réservoir rapproché de la ville (ou même situé en ville), qui devient alors le réservoir supérieur. A Paris, les réser- voirs supérieurs sont à compartiments ou étages superposés, renfermant une eau différente les uns des autres. Dans les villes de quelque étendue, on élève un second réservoir supérieur, à l’extrémité de la ville opposée à celle où se trouve le premier. Ce second réservoir permet de limiter la ca- pacité du premier et, surtout, maintient la pression dans tout le réseau, dont les dernières ramifications n’auraient presque plus d’eau, dans les moments de grande consommation, par le fait que les immeubles situés sur les conduites d’amont exploitent énergiquement celles-ci. Pour celle raison, on l’appelle réservoir d'équilibre (Gegenreservoir). Lille en a cons- truit un, en 1886. Les réservoirs doivent contenir au moins toute l’eau nécessaire à la con- sommation moyenne d’un jour et 20 p. 100 en surplus, en vue des oscilla- tions du débit. zr2 On leur donne une profondeur utile de 3 à 3 mètres. On a pu en prati- quer quelques-uns dans le sol, dans une excavation de rochers. Quand il faut les élever sur une assise de maçonnerie et employer le fer dans leur construction, leurs parois sont enveloppées de corps mauvais conducteurs. Krieger, à Strasbourg, a proposé d’en arroser d’eau le pourtour et le toit, dans la saison chaude, afin de rafraîchir l’intérieur par l’évaporation. Par contre, dit Wolffhügel, on est quelquefois obligé de réchauffer l’eau du ré- servoir, en hiver, par une circulation d’eau chaude. A Lille, le réservoir supérieur est en pierres exactement cimentées ; la voûte en est recouverte d’une épaisseur de terre plantée d’arbres, qui en fait une véritable butte et le rend indifférent aux variations de température. L’eau y tombe en cas- cade, afin de s’aérer. A Charloltenbourg, on a remarqué que l'aération de l’eau par la chute en pluie réduit de 1,66 à 0,36 p. 100,000 la proportion du fer que cette eau apportait de son sol d’origine et fait disparaître l’odeur d’hydrogène sulfuré qui résultait des transformations du carbonate d’oxy- dule de fer. Conduites d'amenée. — On amène encore l’eau comme autrefois chez les Romains à l’aide de canaux en maçonnerie et ciment, découverts ou abri- tés par une voûte sur laquelle on rejette la terre. Lorsque les canaux sont assez profonds, la culture peut continuer à se faire par-dessus; si le canal est en relief, on se contente de gazonner la terre qui le recouvre. Mais on ne se sert plus de pareils canaux, d’ailleurs excellents, que pour marcher en ligne droite et avec une pente uniforme. S’il se rencontre une vallée profonde à franchir, un cours d’eau à traverser, là où les anciens eussent élevé ces arches ou ces « ponts » (arches de Jouy-les-Metz, pont du Gard) dont nous admirons encore les ruines gigantesques, les modernes emploient simplement le siphon. Pour exécuter celui-ci, il faut une con- duite résistante, fragmentée, dont les parties se réunissent en angles, en courbes, selon le besoin. 11 est clair que les canaux qui travaillent sous pression doivent être fer- més et étanches; on les fabrique d’ordinaire en fonte. Ceux qui utilisent la gravitation pourraient être ouverts en dessus, sauf les joints où l’aqueduc est en siphon, pour passer sous une rivière, par exemple, ou franchir une vallée. Mais ce mode de construction serait déplorable : des impuretés tomberaient dans la conduite ; l’eau s’y échaufferait en été, gèlerait en hiver. On a donc soin de faire des aqueducs en bonne maçonnerie bien cimentée, et même on place à dessein le canal assez profondément dans le sol ; s’il le faut, on lui superpose un remblai de terre qui le soustrait d’autant plus à l'influence de la température extérieure. On reprend le tuyau de fonte pour les siphons. L’aqueduc en maçonnerie est remplacé, parfois, par des cylindres en argile cuite ou en ciment, réunis bout à bout à l’aide de joints appropriés. Ces conduites sont d’un bon usage, mais paraissent plus exposées aux dé- tériorations. Les tuyaux de fonte exigent également un choix attentif des joints. Le caoutchouc entre d’ordinaire dans la confection de ceux-ci. Il n’est pas impossible que les tuyaux de fonte ne mettent un peu d oxyde ou d’oxydule de fer dans l’eau qui les traverse. Toutefois, cet accident n’est pas signalé. Mais il se forme assez fréquemment des concrétions de ces oxydes qui finissent par rétrécir le calibre du tuyau. (J. Arnould, art. Eau : Dict. encycl. des sc. médic.) Un accident semblable avait réduit de moitié, en 1883, l’apport de l’eau à Grenoble. Pour y obvier, Angus Smith, Parkes, Ripley-Nichols ont recom- mandé de revêtir la paroi intérieure des tuyaux d’un enduit composé de goudron et d’huile de lin. Pour des approvisionnements peu importants et des conduites de faible parcours, les tuyaux en bois sont encore d’un usage assez répandu. On se sert de préférence du bois de sapin, auquel on a, préalablement, fait faire un séjour dans l’eau. Ces tuyaux sont cerclés de fer à chaque extré- mité. Ils ont l’inconvénient de n’être pas inaccessibles à la putréfaction et de devoir être remplacés tous les dix ou quinze ans. On les fait durer un peu plus, en les imprégnant au préalable d’un liquide conservateur. Que les conduites d’amenée soient en maçonnerie ou constituées par des cylindres d’argile ou de ciment, il est nécessaire d’y pratiquer de distance en distance, chaque 300 mètres environ, des ouvertures de descente et des orifices de décharge; ces derniers permettent d’évacuer le trop-plein de l’aqueduc, s’il y a lieu, et de détourner le courant, lorsqu’il y a des répa- rations à faire sur un point. Indépendamment de ces ouvertures, on éta- blit des tourelles de ventilation à 1500 ou 2 000 mètres de distance l’une de l’autre, quand les conduites parcourent un long trajet. En outre, on fait tomber l’eau en cascade dans le réservoir supérieur, pour l’aérer dans sa chute. (J. Arnould, loc. cit.) Lorsqu’il y a lieu, on établit, sur les conduites travaillant en pression, des caisses à vent, des soupapes de sûreté, qui régularisent et limitent la pression. Ces dernières donnent lieu à de fâcheuses déperditions d’eau. La pression obtenue au moyen des réservoirs élevés, indépendamment de l’ascension de l’eau aux étages, est une provision de force que l’on uti- lisera encore dans les cas d'incendie, pourvu que l’on ait ménagé dans les rues, dans les maisons, des bouches d’incendie et des hydrants, avec un ajutage sur lequel se visse en un rien de temps le tuyau manœuvré par les pompiers. Conduites et tuyaux de distribution. — Les conduites en ville sont presque toujours en fonte. Celles de maison, en fonte, en fer forgé, en plomb, en étain. Les conduites de la ville étant d’assez fort calibre, il est nécessaire de les établir en fonte, dans des tranchées assez profondes pour qu’elles échappent à la trépidation du sol de la rue et aux variations de tempé- rature. A Paris, elles sont assez souvent accolées à la paroi ou à la voûte de 1 égout. Sur ces conduites principales, la ville branche les tuyaux qui alimentent ses bornes-fontaines ; les particuliers, leur tuyau d’origine de distribution privée, lequel est, d’ailleurs, commandé par un robinet dont 1 administration retient le gouvernement. , Arnould. Hygiène. 2' édit. 18 Les tuyaux de plomb ont de grands attraits en raison de leur bon marché et de la facilité avec laquelle ce métal se prêle aux courbures qu’exige la distribution domestique de l’eau. Les dangers qui en résultent, et qui vont être l’objet d’un paragraphe spécial, ont porté les industriels à fabriquer des tuyaux de fer forgé; ceux-ci n’ont pas réussi, à cause de l’inaptitude aux lavages et de la saveur d’encre qu’ils communiquent à l’eau, quand ils viennent à s’éroder. Les tuyaux de fer étamé, d’une fabri- cation assez difficile, ne tardent pas à perdre leur étain par places, et l’oxydation du fer n’en est que plus intense. Nous avons indiqué ailleurs, d’après A. Wazon, le procédé de Barff, qui permettra peut-être d’utiliser plus heureusement les conduites en fer : « Il consiste à porter ces tuyaux à la chaleur rouge dans un mouflle en fer et à les soumettre à l’action de la vapeur surchauffée; le fer chaud décomposant l’eau, il en résulte que son oxygène forme avec le fer une croûte superficielle d’oxyde magnétique qui s’oppose à toute oxydation ultérieure ou formation de rouille à la sur- face qu’il recouvre. L’ingénieur Bower obtient cet oxyde magnétique par réduction du sesquioxyde sous l’action des gaz hydro-carbonés et oxyde de carbone. Une Compagnie s’est formée, à Londres, pour l’exploitation du procédé Barff-Bower. » Enfin, en Amérique et dans une vingtaine de villes allemandes, on emploie des tuyaux de fer galvanisé, ou plutôt zingués, qui ont fait l’objet de recherches attentives de la part de Winsor, Boardman, R. Nichols, Bunte, v. Ehmann, Rautert. Les Américains, un peu optimistes, préten- dent que ces tuyaux sont inoffensifs, même en supposant que l’eau les attaque et dissolve de l’oxyde ou surtout du chlorure de zinc. En Alle- magne, on se borne à cette formule : que les tuyaux galvanisés, comme les tuyaux de plomb, sont attaqués par certaines eaux et point par d'autres ou qu’il y a des eaux qui les incrustent; par suite, ils conviennent dans quelques cas et, d’autres fois, doivent être écartés. Les tuyaux de plomb ne doivent pas traverser un sol humide, très cal- caire, non plus qu’une gangue en ciment à la chaux (Besnou, v. Knorre), sous peine de devenir rigides et cassants. Il faut, néanmoins, les protéger contre les chocs extérieurs, contre la dent des rats et contre la gelée. Dans les maisons légèrement bâties, que l’on multiplie dans Lille pour être louées, les tuyaux de distribution d’eau sont si mal protégés que leur con- -tenu est atteint par la gelée et fait éclater le métal, pour peu que l’on oublie, par les soirs d’hiver, d’interrompre la communication avec la conduite municipale et d'évacuer le liquide restant dans leurs divisions. Au moment du dégel, des inondations en sont la conséquence; dans tous les cas, des réparations ennuyeuses deviennent nécessaires. Il importe, enfin, que des robinets de fermeture bien faits puissent inter- rompre exactement l’arrivée de l’eau dans telle ou telle branche de la distribution domestique et que l’on puisse vider à volonté le branchement sur lequel porte l’interruption. Malheureusement, l’habileté ou le soin de nos fonlainiers et de nos ingénieurs « hydrauliciens », comme ils s’inti- tulent, laissent beaucoup à désirer. Les tuyaux de plomb au point de vue sanitaire. — L’usage des tuyaux de plomb est très ancien et très répandu. Cependant, à priori, le contact d’un liquide alimentaire avec un métal toxique éveille l’idée d’un danger pour les consommateurs du premier. En fait, ce danger existe et les acci- dents qui le traduisent ont été signalés de temps immémorial (Yitruve, Galien, Palladius). Des catastrophes presque contemporaines, de même origine, ont eu un certain retentissement. Ainsi, les cas d’empoisonnement observés sur la famille d’Orléans, par H. Guéneau de Mussy, au château de Claremont (1848) et résumés par A. Chevallier, dans les Annales d'Hygiène de 1853; les faits rapportés par Moizard (1877), Kœchlin- Schwartz (1879), E. Richard (1880); ceux de Huddersfield (1879-1882), qui ont donné lieu à un procès fameux, encore pendant devant la chambre des lords; de Sheffield (1885), de Mirlield; les intoxications nombreuses (au moins 92), constatées à Dessau, en 1886, par le médecin de cercle llichter; celles que Pullmann a signalées (1887) à Offenbach-sur-Mein, etc. Cependant, les villes anciennes, Rome (Varron), le Paris de Philippe- Auguste, Constantinople, Clermont-Ferrand, comme Belgrand le faisait remarquer, Londres, Berlin, Danzig, Francfort-sur-Mein, Halle, Hanovre, Essen, Rostock, Posen, etc., Lille, Nancy et une foule de villes françaises 'ont usé des conduites privées en plomb et continuent à le faire. Paris en a plus de 3,000 mètres. A première vue, les accidents consécutifs sont infi- niment au-dessous de la vulgarité de la méthode. A Paris, Champouillon constatait, en 1873, que sur 108,000 malades reçus dans les trois hôpitaux militaires de la métropole, il n’avait pas été signalé un seul cas d’intoxica- tion saturnine. Cette opposition entre la fréquence du danger et la rareté des accidents explique qu’il y ait eu à la fois, d’un côté une sorte de croisade pour la suppression radicale des tuyaux de plomb (de Laval, Ilamon), de l’autre une résistance de parti pris. On ne saurait nier que la disparition absolue des dangers ne soit dans la première solution ; mais, comme le rempla- cement des tuyaux de plomb n’est pas absolument simple et qu’il y aura longtemps encore de ces sortes de conduites, le mieux est d’examiner dans quels cas l’eau attaque le plomb, dans quelles conditions cette action est dangereuse, ou au contraire quelles circonstances, naturelles ou voulues, protègent les consommateurs contre l’intoxication saturnine. A 1 occasion des accidents de Dessau, G. Wolffhügel a résumé les données de la chimie el de 1 expérience sur ces points divers. Ce travail met en relief : i° L influence capitale et décisive du mélange de l'air avec l’eau (Yorke, Pliilipps, Horafoid, taiszt, Kersting, Pettenkofer, Johnson, Balard, Fordos), surtout s’il y a alternance entre l’action de l’eau et celle de l’air (Philipps, Smith, Pettenkofer, Bobieire, Besnou). L eau pure, sans air, n’attaque pas le plomb. Avec l’air, il y a formation d’hydrate d’oxyde de plomb, soluble dans 10 à 12,000 parties d’eau. Souvent, d après BonsdorfT, Horsford, Stalmann, Balard, R. Nichols, la formation oxyde seiait précédée de celle d’un sous-oxyde insoluble dans l’eau et dans les solutions salines, et qui en se déposant, tapisserait la surface du métal. Si 1 air en contact avec l’eau est riche en acide carbonique ou oue l’eau elle-même en renferme, libre ou demi-combiné, il se forme, avec l’oxyde de plomb, du car- bonate de plomb basique, très peu soluble dans l’eau (à peine t partie dans 4,000,000 d’eau), qui se précipite, dans les tuyaux, sur la paroi métallique. C’est une réelle protection. Cependant, si CO2 était en excès, ce qui est rare, le carbo- nate de plomb passerait en partie à l’étal de bicarbonate, relativement soluble (Pappenheim, Reichardt, Cbristison, Yorke, Graham, Hofmann, Miller, Nichols, Roscœ et Schorlemmer, Fodor, Roques). 2° L'influence de la constitution chimique de Veau. — Il y a des sels qui disposent l’eau à prendre le plomb des tuyaux, d’autres qui l’en empêchent. L’action de l’eau sur le plomb dépend de la prédominance des uns ou des autres. Selon Balard, ceux qui sont une protection s’annexent eux-mêmes le plomb et se trouvent à l’état de soluLiou saturée, tant qu’il n’y a pas d’incrustation à la surface du métal. D’ail- leurs, la précipitation a lieu sous la forme pulvérulente ou sous celle d’un revête- ment continu. Ce revêtement, selon Ilorsford, consiste en combinaisons de l’oxyde de plomb avec l’acide carbonique, l’acide sulfurique et même d’autres; la protection serait d’autant plus assurée que la couche isolante renfermerait en outre des matières organiques et de la rouille de fer. A l’époque (1873) de l’agitation soulevée par de Laval, Belgrand, aidé de Fél. Leblanc, montra que l’eau de Paris, riche en calcaire, revêt la paroi des tuyaux de plomb d’un enduit formé de matières terreuses et de carbonate de chaux, réalisant la neutralisation déjà indiquée par Dumas. A Ha- novre, F. Fischer a reconnu que la couche de sédiment d’un tiers de millimètre laissée par l’eau en treize années se composait surtout de carbonate et de sul- fate de plomb avec un peu de carbonate calcique. E. Reichardt, dans l’enduit d’un demi-millimètre d'épaisseur qui recouvre les tuyaux de plomb d’Andernach, vieux de trois cents ans, a trouvé un mélange de chlorure de plomb, de phosphate et d’oxyde de plomb. L’analyse de l’enduit terreux d’un vieux tuyau de plomb qui avait servi à l’eau de la Vanne offrit à Gautier : oxyde de plomb 73,96 p. 100 ; chaux 1,09; magnésie 0,29; acide phosphorique 8,45; acide carbonique 1,11 ; chlore 1,25; silice, traces. Il est à peine utile de remarquer que cet enduit n’est pas à l’abri des fissures que peuvent lui imposer la chaleur ou les atteintes mécaniques. Il peut même, un jour, être attaqué par l’eau et redissous, à la faveur d’une modification dans les proprié- tés de celle-ci ou dans la manière d’employer les conduites. L’enduit de carbonate de plomb, par exemple, est attaqué lorsqu’il se présente dans l’eau du chlorure d’ammonium, du nitrate ou de l’acétate d’ammoniaque, ou un fort excès d’acide carbonique. On admet en général que l’eau prend d’autant mieux le plomb que ses propor- tions de matières solides dissoutes sont plus faibles. Cbristison exige au moins ()sr,125 par litre de sels, avec prédominance des carbonates et des sulfates, pour qu’il soit permis de faire passer l’eau par des tuyaux de plomb. Mais Besnou doute que l’on puisse préciser quel est le sel qui protège le mieux. Les sels de chaux passent pour les plus efficaces vis-à-vis de la production de l’enduit protecteur. Le sulfate de chaux affaiblit l’action dissolvante de l’eau sur le plomb; le carbonate de chaux la limite de la façon la plus décisive. Il suffit, selon Lissauer, de 58 milligrammes de carbonate de chaux par litre d'eau pour que 1 on puisse se servir des conduites de plomb impunément. Les eaux de source ordinaires et même la plupart de celles des fleuves ne peuvent donc causera cet égard, aucun souci. Toutefois, il y a quelques opposants (Kersting, Napier, Clément, C. Schneider) a celte loi généralement acceptée : que les tuyaux de plomb sont surtout attaqués par les eaux douces, eau distillée, eau de pluie, eaux de fleuve, et le sont très peu par les eaux dures, riches en sels terreux. Selon Noad et Kersting, l’addition de sels alcalins (I p. 100 de carbonate de soude, par exemple) élève l’action de l’eau sur le plomb; tandis que Muir assure qu un peu de carbonate de potasse supprime cette action presque entièrement. D après Besnou, les carbonates alcalins et le sulfate de chaux seraient d’une protection plus efficace que les chlorures des mômes bases. Il semble, d’ailleurs, que pour la formation de la croûte protectrice, il ne suffit pas d’une certaine richesse de l’eau en sels de chaux ou de magnésie, mais qu’un adjuvant est nécessaire, lequel serait une faible proportion de carbonate alcalin et de CO2 libre (Muir, Pettenkofer, A. Wagner). Les sels d’ammoniaque favoriseraient la formation de l’enduit protecteur (Muir). Le nitrate d’ammoniaque (Kersting, Fordos), le nitrite (Medlock et H. v. Sicherer), le carbonate de la même base (Bôtlger) seraient surtout dans ce cas. Le fer, sous toutes ses formes (G. Wolfi'hügel), esL probablement propice à l’in- crustation isolante, comme l’avait entrevu F. Varrentrapp et comme le prouve le procédé de Medlock pour la purification de l’eau dans les conduites de plomb. Les matières organiques semblent devoir affaiblir l’action de l’eau sur le plomb, puisqu’elles absorbent l’oxygène et réduisent les nitrates. Cependant Graham, Hofmann, Miller, Noad, Varrentrapp prétendent le contraire. Medlock attribue l’ac- tion sur le plomb de l’eau renfermant des matières en décomposition à la forma- tion d’ammoniaque, de nitrites, etc. While, en Angleterre, a attribué l’action marquée sur le plomb d’une eau prove- nant d’un terrain tourbeux à ce fait que la décomposition végétale aurait mis des acides en liberté. Jarmain, dans une autre occasion, a mis les acides libres au compte de la décomposition de pyrites de fer et Tidy a rappelé qu’il avait démon- tré dans l’eau la présence d’acide sulfurique. Tous les carbonates font obstacle à l’action de l’eau sur le plomb. Les phosphates (Christison, Frankland, Parkes, R. Nichols) forment au mieux le revêtement inso- luble; Yorke, toutefois, ne regarde pas ce fait comme suffisamment démontré. Les chlorures élèvent l’action dissolvante de l’eau sur le métal (Horsford, Graham, Hof- mann, Miller, Nevins, Miahle, Fordos, Letheby, etc.). Suivant Fordos, les chlorures ajoutés à l’eau lui permettent même de dissoudre en quelques jours l’enduit de carbonate de plomb qui s’était déposé à la faveur des bicarbonates de chaux et de magnésie. Philipps refuse l’action protectrice au sel marin, qui a paru, au con- traire, à Gautier, retarder l’action dissolvante de l’eau. Les chlorures de calcium, de magnésium, de bore, suivant Balard, ou bien étendent sur le plomb un enduit facilement soluble, ou bien forment des précipités qui troublent l’eau. Les sulfates empêchent plus ou moins le passage du plomb dans l’eau (Morveau, Philipps, Wetzlar, Muir). Cependant, ils paraissent le favoriser, le sulfate de ma- gnésie surtout, quand ils sont en excès. Miahle et Fordos ont montré que le sulfate de plomb n est pas insoluble dans 1 eau et, suivant le premier, la présence du sel marin excite la solubilité du plomb dans le liquide gypseux. Solly affirme qu’une partie de sulfate de chaux sur 4,000 à 8,000 d’eau suffit à rendre possible la con- servation de celle-ci dans des récipients en plomb. Les nitrates rendent l’action de l’eau plus énergique. Horsford, Graham, Hof- mann, Miller, Stalmann, Boussingault, Balard, Letheby, etc., s’accordent sur ce point. Les expériences de Kersting lui ont, cependant, semblé prouver le contraire ou, du moins, révéler la nullité de celte influence. H après les recherches de Crookes, Odling et Tidy, la silice retarde l’absorption du plomb par l’eau. 3° L’influence clés propriétés du métal des tuyaux. — Le plomb à surface mate ou rugueuse est plus fortement attaqué que le métal poli. Toutes choses égales d’ail- leurs, les tuyaux neufs sont plus dangereux (pendant quelque temps) que les vieux (Catvert, Goblcy, Wliite, Moizard). Les tuyaux de plomb dtamés ou faits d’un alliage de plomb et d’étain donnent plus de prise que ceux de plomb pur (Nevins, J. Smith Edwards, EIsner, etc.). Aussi les soudures sont-elles particulièrement suspectes (Walkly). 4° L'influence de la durée du contact est une des plus positives; il faut que l’eau ait fait plus que passer (expérience de Hitler, à Nancy), qu’elle ait séjourné quel- que temps dans les tuyaux de plomb, pour se charger sensiblement des sels toxi- ques (Calvert, Chandler, A. Gautier, Besnou, Geissler, Steiner, Iteichardl, etc.). D’où vient ce conseil : que l’on doit toujours faire couler l’eau qui a rempli les tuyaux pendant la nuit ou pendant une période de vacances, avant d’emprunter à un robinet de distribution l’eau alimentaire. Ce fut le premier remède dont on usa à Dessau. La quantité de plomb dissous n’est pas, toutefois, proportionnelle à la durée du contact. White, à Sheffield, a constaté que la pression de l’eau dans les conduites ne joue qu’un rôle secondaire dans le résultaL des influences de celte nature. La température, soit de l’eau, soit de l’air extérieur, agit dans le sens positif, comme l’ont établi les expériences de White et les observations de Richard, en Algérie. On reconnaîtra, par cet aperçu, qu’il y a, dans cette question, beaucoup de points qui ne sont pas encore suffisamment éclaircis et même des contradictions (Bolley). Comme le fait remarquer Knapp, il ne convient pas de se rattacher simplement aux formules générales; il importe plutôt de rechercher les éléments dont l’influence prédomine. Wolffhügel, après Yorke et Philipps, relève cette particularité que le plomb dis- sous dans l’eau n’est qu’une partie, souvent la plus faible, de celle que l’eau a prise au métal. Les molécules plombiques en suspension ne sont, cependant, pro- bablement pas indifférentes. La richesse en plomb que l’eau ne doit pas dépasser pour rester inoffensive est de 0mer,7 par litre, selon Grabam et Calvert, ou même 0msr,357 suivant Angu.s Smith. L’eau de la Seine et l’eau de la Dhuis, dans des conditions favorables à la dissolution, n’ont pas donné à A. Gautier plus de Omer,l de plomb par litre. En pratique, dit cet auteur, « il n’y a pas lieu de se préoccuper outre mesure de la distribution des eaux potables par des branchements de plomb partant de la rue, à la condition que ces eaux n’y séjournent pas trop longtemps ou n’y soient pas battues avec de l’air, qu’elles ne soient pas trop surchargées d’acide carbonique, qu’elles ne viennent pas s’accu- muler dans des bassins, citernes ou réservoirs de plomb, de zinc ou d’étain soudés au plomb, placés dans les habitations où l'accès de l’air favoriserait la dissolution du mêlai toxique; que les eaux ainsi distribuées ne provien- nent pas d’eaux de pluies, n’aient pas été artificiellement aérées par leur passage préalable à travers des filtres tels que des bancs de sable ou de cailloux ; enfin qu’elles coulent à plein tuyau dans les conduites de distri- bution sans pouvoir s’y fouetter avec l'air. » Les eaux de Paris, si rien ne change, de quelque origine qu’elles soient, « sont sans action sensible sur le plomb » (A. Gautier). C’est ce qui résulte des recherches anciennes de Dumas, de Belgrand, et des expé- riences contemporaines de Gautier et de Schiilzenberger. En 1887, le fait fut encore mis hors de doute pour l’eau de la Vanne dont l’aqueduc venait d’être, pour couper court aux infiltrations, muni d’une cuvette en plomb sur la paroi interne ; après avoir laissé l’aqueduc fonctionner pendant un mois avec son nouveau revêtement, on examina soigneusement à la fois l’eau d’amont et l’eau d’aval (acide acétique et hydrogène sulfuré); dans aucun des deux échantillons il ne se produisit ni coloration brune ni pré- cipité coloré pouvant accuser la présence de traces de plomb (Schützen- berger). Amélioration des tuyaux de plomb. — Cependant, Gautier lui-même reconnaît que les conditions heureuses des eaux de Paris pourraient être modifiées par des circonstances accidentelles. D’ailleurs, il est constant que certaines localités ont éprouvé des désastres par le fait du plomb dissous dans leur eau. 11 est donc tout à fait rationnel de chercher à se mettre à l’abri, tout en conservant les tuyaux de plomb, à cause de leur bon marché et de la facilité avec laquelle ce métal se travaille. Indépendamment des précautions à prendre dans le fonctionnement, précisées plus haut, on a voulu obtenir des tuyaux de plomb inattaquables (les tuyaux de cuivre ou de zinc ne pouvant être adoptés). Schwarz et Christison ont imaginé les tuyaux de plomb sulfurés, au moyen d’une solu- tion de sulfure de potassium, ou encore phosphatés, dans un bain de phosphate de soude. Gautier, Wilm, recommandent ces tuyaux, que Belohoubek, Hamon, Reichardt, repoussent au contraire, comme n’offrant que des garanties insuffisantes. Les tuyaux de plomb étamés ou vernissés, en raison de la facilité avec laquelle l’enduit se fissure ou se détache par points, ne peuvent donner qu’une sécurité illusoire. Mieux vaudraient encore les tuyaux de plomb mou, fin (Smith, Kersting, Galvert, Belohoubek, Reichardt). La tentative qui paraît aujourd’hui couronnée de succès, à cet égard, est la fabrication de tuyaux de plomb doublés d’étain à l’intérieur, ou encore de tuyaux d’étain avec enveloppement de plomb, comme disent les Alle- mands. Ce procédé, du à l’ingénieur Ilamon (Paris), a été discuté par quelques hygiénistes, tels que Reichardt, Meinel, Teuchert, au moins parce que les tuyaux ainsi construits coûtent trop cher (un tiers en plus que les tuyaux de plomb environ) et ne sont pas indispensables. Depuis lors, ils ont été conseillés à la ville de Dessau et Wolflhügel déclare qu’au point de vue sanitaire, ils ne laissent rien à désirer, pourvu qu’ils soient parfaitement faits et soudés. Tels sont les faits connus. Nous croyons, néanmoins, que le vœu, for- mulé au congrès de Vienne (1888), par Hamon, en vue de l’interdiction des conduites de plomb pour l’amenée des eaux potables est excessif et prématuré. En terminant cet article, mentionnons les essais, rationnels d’ailleurs, tendant à donner à 1 eau qui ne l’a pas la propriété d’incruster les tuyaux de plomb, par l’addition de gypse et de silice (Grookes, Tidy, Odling, Heyer) ou de pierre calcaire pulvérisée (Sinclair Wkite). Enfin, rappelons que les filtres au charbon retiennent les sels de plomb; mais que, malheureusement, ils perdent ce pouvoir bien avant le moment où ils cessent d’ôtre perméables. 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Gespflg., XIX, p. 255, 1887). — Richter : Die Bleierkrunkun- gen durcit Leitungswasser in Dessau im Jahre 1885 (D. Vierteljahrss. f. œfT. Gespflg, XIX, p. 442, 1887). — Wolffhügel (G.) : Wasserversorgung und Bleivergiflung (Arbeiten aus d. Kaiserl. Gesundheitsamte, 1887). — Du même : Ueber blei-und zinkhaltige Gcbrauchs- yegenstlinde (Ibid., 1887). L’eau a la maison. — Nous avons dit, plus haut (p. 258), quelques mots qui justifient la rétribution pécuniaire, exigée des habitants par les munici- palités, lorsque celles-ci fournissent l’eau. Cette rétribution, assurément équitable, prévient le gaspillage et, par suite, la disette d’eau, en même temps qu’elle maintient dans des limites modérées le cube d’eau usée, que la ville doit évacuer. Les tuyaux de distribution à domicile sont, naturellement, de petit calibre. La distribution est continue ou intermittente. Le premier mode entraîne incontestablement quelque gaspillage de l’eau ; mais le second ne va pas sans l’installation dans quelque coin de l’habitation de réservoirs, où l’on fait provision d’eau pendant que la conduite municipale est ouverte, et, par conséquent, expose aux risques de malpropreté des récipients et de souillure de l’eau. La distribution continue est évidemment préférable, dût-on imposer le compteur à eau à tout propriétaire ou locataire qui serait convaincu de gaspillage. Londres est en voie de substituer celle-ci à l’autre, dans toutes ses habitations. La distribution intermittente emporte l’usage de réservoirs à la maison. Qu’il y en ait pour cette raison ou pour une autre, les préoccupations qui se sont présentées au sujet des tuyaux de plomb peuvent se reproduire, en raison de la tendance des particuliers à construire en plomb, en zinc, en un métal étamé (souvent à l’étain plombifère), ces récipients où l’eau est plus ou moins battue avec l’air et dont le métal est alternativement en contact avec l’air et avec l’eau, selon qu’ils sont vides ou pleins. Le plomb peut être attaqué plus sûrement, en raison de la durée du contact; le zinc, de môme, sauf que la toxicité de ses sels est faible. Quelquefois, on munit les réservoirs d’armatures en fer ou en cuivre qui augmentent le danger. Rocques a retrouvé, dans deux échantillons de résidus retirés des réser- voirs, pour 100 grammes de matières : 1" échantillon. 2' échantillon. Oxyde do zinc Ssr.O llKr,G7 — de plomb 2 ,01 G >00 — de cuivre traces. traces notables. Le mélange est à l’état de silicates et de carbonates. L’attaque finit par s’arrêter lorsque le métal est recouvert d’une couche d’oxyde; mais celle-ci peut être enlevée mécaniquement ou par l’action de l’ammoniaque, qui opère un décapage spontané. 11 est donc indiqué d’éloigner les réservoirs métalliques des endroits où peut se dégager de l’ammoniaque. Or, c’est précisément à la cuisine et aux water-closels que l’on s’en sert. A. Gautier a trouvé 0sr,74 de plomb dans 100 grammes de la matière d’encroûtement du bain-marie èlamé, annexé au fourneau de cuisine qui fonctionnait depuis sept ans dans son appartement. Les mêmes dangers existent de la part de certaines peintures dont on revêt parfois les réservoirs en fer et, spécialement, de la peinture rouge au minium, même alors que celui-ci serait intitulé minium de fer, car il renferme encore du plomb. Toutefois, la situation des réservoirs immo- biles de nos maisons n’est pas tout à fait analogue à celle du navire nor- végien Douna-Zogla, qui arriva, en mai 1885, à Brooklyn, avec un grand nombre de saturnins dans son équipage ; l’eau, dans un réservoir de navire, est agitée par le roulis et tend incessament à détacher des parcelles de l’enduit intérieur. La confection des robinets exige un soin particulier; les meilleurs sont ceux qui ferment par une vis. Chameroy a inventé un robinet qui porte son nom et qui a l’avantage de régulariser la pression dans les tuyaux, en même temps qu’il assure un écoulement intermittent; quand le robinet a versé un certain nombre de litres, l’écoulement s’arrête et il faut donner un second tour de clef pour qu’il recommence. Les inondations par négli- gence sont ainsi prévenues. Il est de toute importance d’avoir des tuyaux — et, quand il y a lieu, des réservoirs, — absolument distincts pour l’eau de boisson et pour celle qui se rend aux water-closets. Le mieux est de rompre la continuité du tuyau qui se rend à la cuvette des latrines et de le munir d’un orifice libre, fer- mant à robinet, au-dessus d’un réservoir spécial dont le tuyau d’écoulement aboutit à la cuvette. Si, par des variations de pression, les gaz des latrines remontent dans les conduites d’eau, ils ne dépasseront pas le réservoir aflecté exclusivement au nettoyage et à l’entraînement des matières excré- menlitielles. Dans les pays froids et en hiver, les particuliers auront grand soin de mettre les tuyaux et leurs dépendances à l’abri de la gelée; il y va non seulement de la continuité de l’approvisionnement d’eau, mais de la sécu- rité de la maison. Une fissure a bientôt fait de donner passage à une inon- dation au moins incommode et compromettante pour les maçonneries. j ^n^n’ *1 est nécessaire d’organiser la surveillance des fuites et pertes d eau. Le mieux serait que cette organisation fût municipale, comme à Liverpool et à Cincinnati (Wazon). Cependant, la Sanitary Protection Asso- dation, qui s’est formée en Angleterre, rend de grands services dans la recherche des fissures et des dislocations des tuyaux de conduites, qui est une partie de ses attributions (Vallin). Du reste, on a inventé un certain nombre d’appareils avertisseurs des fuites (système Deacon, de Liverpool; microphone de Kümmel, etc.). Kiltlioffrupliie. — Grahn (E.) : Die stüdtische Wasserversorgung. München, 1878. — Tiiiem (A.) : Die Wasserversorgung dcv Stadt Leipzig. Leipzig, 1879. — Denton (J. Bailey): House sanitation, Watersupply, etc. London, 1879. — Masquerez : Établissement d'eau de la ville de Lille, 2« éd. Paris, 1879. — Brown (J. H. 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Consulter. — Gartner (A.) : Ueber die Beurtheilung der hygienischen Beschaffenheit der Trink-und Nutzwassers nach dem heutigen Stande der Wissenschaft (VIe Congrès inter- nat. d’hygiène à Vienne en 1887). — Hueppe (Ferdin.) : Der Zusammenhang der Wasser- versorgung mit der Enlstehung und Ausbreitung von Infectionskranlcheiten und die hieraus in hygienischer Beziehung abzuleitenden Folgerungen (Ibid.). — Ziegeler (G.-A.) : Die ■ ' Wasserverhtiltnisse Stralsunds (D. Vierteljahrsschr. f. ôlT. Gespflge, XIX, p. 47 7, 1887). CHAPITRE III DE L’ATMOSPHÈRE Air et atmosphère. — L'air est un composé d’oxygène et d’azote ; mais Y atmosphère est un milieu, de constitution et de propriétés complexes, d’une analyse plus longue et plus délicate que l’air, entendu dans le sens chimique. D’autant plus que celles de ces propriétés qui s’éloignent de la définition chimique de l’air sont incessamment variables, et néanmoins, par leurs variations mêmes, intéressent l’hygiène au plus haut degré. Quand on considère que l’air est le premier élément de la vie et celui dont le besoin est le plus continu; que l’enfant qui vient de naître respire énergiquement l’air bien avant de prendre le sein de sa nourrice, et que l’homme respire seize à dix-huit fois par minute, tandis qu’il ne mange que deux ou trois fois par jour, faisant passer 8 à 9,000 litres d’air par son éco- nomie dans le môme temps qu’il consomme 2 à 3 litres d’eau ; on est porté à attacher une importance de premier ordre aux circonstances de la con- stitution de l’air par lesquelles il répond à notre fonction de respiration, à l’inéluctable nécessité de l’oxygénation du sang. Et l’on ne saurait dire que ce soit une erreur de céder cette tendance. Pourtant, dès que l’on pénètre dans la pratique, on ne tarde pas à reconnaître que les circonstances dans lesquelles l’air devient dangereux, non par la privation, mais par la simple diminution de son élément respirable, sont de beaucoup les plus rares et que d’ordinaire l’air appelle la sollicitude de l’hygiène parce qu’il s’est fait le véhicule de substances totalement étrangères à sa conception chimique ou qu’il a acquis des propriétés qui ne s’y rattachent pas davantage. Ce n’est plus la respiration qui est menacée, mais quelque autre fonction vers les organes de laquelle la respiration a simplement servi de grande route. Et ce sont justement ces conditions surajoutées, fortuites, variables, qui doivent et qui vont tenir la plus grande place dans celte étude. L’hygiène envisage l'atmosphère; l’air n’en est que l’élément fondamental, auquel s’enchevêtrent d’autres agents d’une influence considérable sur les moda- lités de la vie. C’est à la fois un milieu et un ensemble de modificateurs. L’atmosphère est celte masse gazeuse qui environne notre globe sur une épaisseur de 60 à 80 kilomètres (quelques-uns disent ISO à 200 kilom.). Au point de vue de l’hygiène, sa constitution peut être présentée ainsi qu’il suit : !esse?iliels accessoires... (gazeux | solides | ATMOSPHÈRE. Oxygène, Azote. Vapeur d'eau. Acide carbonique. Oxyde de carbone, Ammoniaque, Hydrogène sulfuré, carboné, etc. Poussières inorganiques. Id. organiques et germes. Déplus, l’atmosphère est plus ou moins pesante, plus ou moins chaude, plus ou moins en mouvement, traversée par la pluie, chargée d'électricité. Ces divers états embrassent la Météorologie et sont la base de la distinction des CLIMATS. I- — Éléments normaux de l’atmosphère. On sait, d après Scheele, Priestley et Lavoisier, que l’air est composé d oxi/gène et d'azote. Les proportions sont, moyennement : oxygène 20,9; azote 79,1. En tenant compte de l’acide carbonique, Angus Smith donnait les chiffres suivants : Ain ATMOSPHÉMQUE POUIl 100 VOLUMES. Air pur. Air extérieur mélaugé. 0xygène 20,99 20,96 Azote 78,98 79,00 Acide carbonique o,03 0,04 100,00 100,00 En comprenant la vapeur d'eau parmi ces éléments, l’atmosphère de Berlin (Roth et Lex) renferme : Oxygène 20,74 Azote 78,26 Acide carbonique 0,04 Vapeur d’eau 0,96 100,00 De ces éléments, les trois premiers constituent l’air à proprement parler, l’air chimique, et qui est absolument en rapport avec la fonction de respi- ration. 11 n'en est plus de même de la vapeur d’eau, qui, contrairement aux autres, varie de proportion dans des limites très étendues; qui n’est point, comme l’azote, le véhicule de l’oxygène et dont la quantité relative n’oscille pas en raison inverse de celle des autres éléments, ainsi qu’il arrive entre l’oxygène et l’acide carbonique. Oxygène et Azote. — L’oxygène est l’agent actif des combustions vitales qui s’accomplissent dans tout organisme vivant, végétal ou animal. La res- piration est tout d’abord l’introduction d’oxygène (environ 24 litres par heure) chez l’homme. Un très petit nombre des êtres les plus intimes se passent d’oxygène libre. L’air fournit également son oxygène à la combustion des détritus organiques enfouis dans la terre et à leur transformation en matériaux neufs, et c’est pour cela que, précédemment, nous avons attaché tant d’im- portance aux échanges gazeux entre le sol et l’atmosphère et à la produc- tion de gaz d’oxydation dans le sol. On regarde comme bonne la proportion de 20,96 p. 100 ou même de 20,90 d’oxygène dans l’air. Liebig et Graham acceptent 20,9. Smith estime que l’air commence à être mauvais quand il n’a que 20,6. Bunsen, dans 28 analyses de l’air de Heidelberg, obtenait de 20,84 à 20,97 et indiquait comme moyenne 20,944. Régnault fixait le chiffre de 20,96 comme la moyenne de 100 analyses faites à Paris. D’autres l’élevaient davantage; Gay-Lussac et Ilumboldt à 21,00; de Saussure à 21,05; Berthollet, Davy, Thomas, Thomson, Yogel, Hermbstadt, à 21,00 et même 21,59. Voici, au surplus, quelle a été la richesse en oxygène de l’air examiné en différents lieux : D’APRÈS REGNAULT. Oxygène de l'air. 100 analyses : Paris de 20,913 à 20,999 9 — Lyon et environs 20,918 20,966 30 — Berlin 20,908 20,998 10 — Madrid 20,916 2.1,982 23 — Genève et Suisse 20,909 20,993 15 — Toulon et Méditerranée 20,912 20,982 5 — Océan Atlantique 20,918 20,965 1 — Équateur » 20,960 2 — Mont Pichincha 20,949 20,981 Moyennes 20,919 à 20,988 Moyenne de Paris... 20,96. Les proportions trouvées par Angus Smith sont : à Londres, 20,9o et même, au milieu de Hyde-Park, 21,005; à Glasgow, 20,889 à 20,929 ; à Manchester, de 20,91 à 20,98; en Écosse, 20,922 dans les points déprimés et 20,98 au sommet des collines. La météorologie du moment semble avoir quelque influence. Macagno, à Palermc, constale 20,92 d’oxygène par le temps sec et seulement 19,99 par la pluie. Jolly obtient le maximum quand souffle le courant polaire et le minimum avec le cou- rant équatorial (le fœhn, favonius). Les régions équatoriales consommeraient donc plus d’oxygène, par suite des décompositions organiques et malgré une végéta- tion puissante. L’hygiène gagne peu, du reste, à cette notion. La proportion d’oxygène s’abaisse sensiblement dans les abris clos. Elle était, selon Angus Smith, de 20,70 dans le tunnel du Metropolitan Railway et dans cer- taines chambres de maison; de 20,74 à 20,8G dans un théâtre; 20,84 dans une chambre étroite; 20,89 dans un salon. Elle est basse au fond des puits de mines; 20,42 (A. Smith) et plus encore dans certaines « grottes empoisonnées ». A la grotte des Fées (Saint-Maurice), Forel trouve : oxygène 15,33; azote 82,66; acide carbonique 1,99. Dans les mines, l’oxygène diminue par suite des combinaisons chimiques spon- tanées et par la déflagration de la poudre. P. Moyle a trouvé comme moyenne, en dix-huit points différents des mines de Cornouailles, la proportion 16,87 p. 100, que Smith pense devoir être rectifiée à 17,55. Dans les cas extrêmes, 14,51 et 14,76 (que Smith croit devoir porter à 15,51 et 15,74), les lampes brûlaient avec difficulté et quatre hommes moururent. Félix Leblanc, analysant l’air des mines de Poullaouen et de Huelgoat, en Bretagne, où les pyrites de cuivre absorbent de l’oxygène sans produire d’acide carbonique, constate les résultats suivants de cette raréfaction pure et simple de l’oxygène : A. Dans un endroit où il n’y a plus que 16,7 p. 100 d’oxygène, la respiration est peu gênée, mais l’air est trouvé faible par les mineurs ; B. Avec 15,5 d’oxygène, on peut respirer d’une manière continue et sans trop de difficultés ; C. Avec 9,8 d’oxygène, l’air est asphyxiant et au bout de 1 à 2 minutes on se sent pris de défaillance. La raréfaction va jusqu’à 13 p. 100 d’oxygène dans les mines du Harz (Haus- mann) ; 13,8 dans les houillères (Bunsen) : 4,88 dans un trou de mine, immédiate- tement après l’explosion (Poleck), et 12,73 un quart d’heure après. Il est remarquable que l’on ait maintes fois constaté une moindre pro- portion d’oxygène aux grandes hauteurs que sur les bas niveaux. Tandis que neuf observations faites à Paris donnaient à Dumas et Boussaingault une moyenne de 20,864, cinq autres sur le Faulhorn n’aboutissaient qu’à 20,774. W. Allen-Miller trouvait, en août 1852, 20,88 d’oxygène dans un air rapporté par un ballon d’une hauteur de 18,000 pieds, pendant que l’air au niveau du sol marquait 20,92. Frankland reconnaît aux Grands-Mulets, la proportion de 20,802 (avec 0,111 pour 100 d’acide carbonique); au som- met du mont Blanc, 20,963 d’oyygène (et 0,061 de COs); à Chamounix, 20,894 (et 0,63 CO2). Saussure pensait qu’il s’agit ici d’une réelle augmen- tation d’oxygène au voisinage du sol, par ce fait que les végétaux décom- posent l’acide carbonique et rendent de l’oxygène à l’atmosphère. A. Smith croit, au contraire, qu’il y a une augmentation d’acide carbonique dans les régions supérieures par l’oxydation des particules organiques qui Ilot- tent dans l’air. Los voyageurs Sclilagintweit ont aussi constaté que les pro- portions d’acide carbonique croissent jusqu’à 11,000 pieds de hauteur. Tru- cliot, au contraire, assure qu’elles diminuent au-dessus de 1,000 mètres. Nous avons vu que l’air est très pur au sommet des collines d’Écosse. Liebig et Iloppe-Seyler ont fait le calcul, plus curieux qu’utile, du temps qu’il faudrait à un milliard d’hommes pour consommer tout l’oxygène actuellement existant, concurremment avec les divers foyers qui en absorbent, et en supposant qu’il n’en soit pas restilué. Les chiffres obtenus sont entre 460,000 et 800,000 ans. Mais il est restitué une grande masse d’oxygène, comme on sait, par les plantes, qui décomposent CO2 et fixent le carbone. L’azote (79,1 p. 100) n’augmente que par diminution de l’oxygène. Son rôle est d’être tout d’abord le véhicule et comme le températeur de l’oxy- gène, qui détruit, en réalité, les organismes, puisqu’il ne les fait fonction- ner que par combustion de leur substance et des matières de réparation (Ch. Kopp). Il rend possible la pression atmosphérique sous laquelle nous vivons; à une pression pareille, l’oxygène pur est un poison (Jourdanet). Bien que tous les organismes vivants renferment de l’azote, ils ne le prennent pas simplement à l’atmosphère, comme ils le font de l’oxygène. Cependant, l’azote de l’atmosphère est la grande réserve de cet élément, indispensable à la structure des animaux et même des végétaux. Ville (i850) avait soupçonné que les plantes peuvent s’emparer directement de l’azote atmosphérique. Berthelot a démontré que le fait se réalise effecti- vement sous l’influence de l’électricité et qu’en outre, les sols argileux, sables et kaolins, à la faveur des microorganismes qu’ils renferment, fixent directement et incessamment de l’azote libre, de 16 kilogr. (sable) à 32 kilogr. (kaolin) par hectare et par an. Ozone et Antozone. — L’ozone passe pour un simple état allotropique de l’oxygène, dû à l’action de l’électricité ou de quelque autre force sur ce gaz. Trois volumes d’oxygène se condensent en deux, l’un de ces volumes prenant l’électricité de nom contraire à celle des deux autres (q 0 o) - La densité devient une fois et demie plus grande que celle de l’oxygène, et le poids de la molécule s’élève de 32 à 48. L’ozone, en présence de l’eau à 100°, se décompose lentement et repasse à l’état d’oxygène ordinaire. Il est peu soluble dans l’eau (1/2 vol. à 0°). C’est un gaz incolore, mais s’ac- cusant par une odeur phosphorée telle que celle que l’on perçoit sur le passage de l’étincelle électrique (Meymolt Tidy). L’ozone peut être obtenu par le passage de l'étincelle électrique à travers l’oxygène. Dans l’électrolyse de l’acide sulfurique dilué, l’oxygène mis en 1 liberté au pôle positif contient jusqu’à — de son volume d’ozone. La com- bustion lente du phosphore à l’air, de l’éther, des huiles volatiles, ozonise une portion de l’oxygène de l’air. Dans la nature, l’électricité atmosphé- rique est la plus grande source d’ozone ; l’oxygène que rendent les plantes sous 1’infiuence de la lumière solaire en renferme, d’après de Lucca : les recherches de Hinzinger lui auraient démontré qu’il n’en est rien. Les plantes aromatiques, les fleurs (Mantegazza); le suc des champignons (Schonbein, Phipson) ; les processus de fermentation et de putréfaction (Phipson), déterminent le passage de certaines proportions d’oxygène à 1 l’état d’ozone. Pourtant, l’air n’en renferme jamais plus de qqq son volume (Houzeau). On sait que les premières notions positives sur l'ozone sont dues à Schon- bein (1840). Selon Meymott Tidy, il y a plus d’ozone pendant la nuit que pendant le jour; c’est au lever du soleil qu’on trouve le maximum; il y en a plus en hiver qu’en été et moins en automne; plus sur les hauteurs que dans les bas-fonds; plus sur le littoral que dans l’intérieur du continent; plus à la campagne que dans les villes, après les orages qu’en temps calme, par la sécheresse que par l’humidité, par le vent d’ouest que par le vent d’est (enAngleterre).Iln’yena pas d’ordinaire, dans les habitations (WollThügel). On en trouve davantage, suivant Ebermayer, dans les forêts et moins dans les lieux sans arbres, plus en rase campagne et moins dans les lieux hu- mides; dans les forêts, plus au faîte des arbres que près du sol. Il est rare ou nul par les temps très couverts et dans l’air humide. Il y en a peu au- dessus des marécages dans la saison où la décomposition des matières végétales est le plus active. Toutefois Burdel prétend le contraire et Grel- lois assure qu’il y en a plus là qu’aux alentours. L’ozone est un oxydant énergique. Probablement hâte-t-il la combus- tion des matières organiques azotées, phosphorées, sulfurées, dont la putréfaction lente ne se fait pas sans dangers pour les humains. Peut-être même est-ce un agent destructeur des germes qui accompagnent réguliè- rement la putréfaction. Dans la proportion de 1 d’ozone sur 240, l’oxygène est rapidement mortel pour les animaux; il détermine de la congestion pulmonaire, de l’emphysème, de la distension des cavités droites du cœur. On conçoit qu’à un taux moindre l’ozone soit encore un irritant des voies respiratoires et ait pu être regardé comme jouant un rôle important dans les épidémies-de grippe; qu’enûn, dans des proportions moyennes, il soit un excitant utile et rende l’air de la campagne plus vif que celui des villes, comme l’entendent Houzeau et Fonssagrives. Les savants qui ont fait de l’ozone l’objet de leur étude de prédilection ont imaginé des Ozonomètres à la portée de tous. En général, l’ozonomèlre est un papier préparé avec l’amidon à l’iodure de potassium ; l’ozone oxydant le métal fait apparaître la teinte bleue de l’iodure d’amidon, d’au- tant plus accentuée que la décomposition est plus parfaite, c’est-à-dire l’ozone plus abondant. Une échelle colorée, préparée d’avance à l’aide d’es- sais convenables, permet d’obtenir par comparaison et très rapidement le degré ozonomélrique. Malheureusement, les résultats, comme on pense, ne sont qu approximatifs (en France, on se sert du papier Schonbein et de YOzonuscope Salleron). On ünit même par reconnaître à peu près d’un commun accord l’inanité des indications du papier ozonométrique (Houzeau, Berthelot, Daremberg, Louvet, Bonus et Daniel, Wolffhügel, Itenk, Schone). fin effet, le peroxyde d’hydrogène, les acides nitreux et nitrique, etc., décomposent le papier ioduré. fin revanche, les acides sulfureux et sulfhydrique pâlissent la coloration bleue. On ne sait jamais, dit Wolffhügel, quelle quantité d’air a passé sur le papier ozonométrique; or, cette quantité diffère beaucoup selon la force du vent. L’air sec, ozonisé ou non, n’agit pas sur le papier; d’où Schone conclut que c’est là une mesure de l’hygrométrie autant que de l’ozone. Aussi trouve-t-on beaucoup de celui-ci dans l’air des marais. Bien plus, Schone met en doute l’existence môme de l’ozone dans l’air et rapporte à YAntozone, c’est-à-dire au peroxyde d’hydrogène, dont il existe 0mBr, 182, en moyenne, dans 1 litre d’eau de pluie, tous les effets que l’on a attribués au premier. (Les courants équatoriaux sontplus riches que les vents polaires en H20'2.) A cette mesure, on appréciera les tentatives faites pour utiliser, en étio- logie et en hygiène, les observations ozonométriques. Elles n’ont donné rien de précis. Onimus, cependant, à l’occasion du choléra de Mar- seille (1884), a cru pouvoir faire ^marquer que, d’après ses constata- tions, les recrudescences de mortalité cholérique ont coïncidé avec les maxima d’ozone en juillet et août. A Montsouris, on dose l’ozone en poids en faisant passer l’air, aspiré au moyen d’une trompe, à travers un liquide formé de 20 centimètres cubes d’eau distillée, 2 centimètres cubes de dissolution à'arsénite de potasse mélangé d’iodure de potas- sium pur. L’oxygène ozonisé transforme partiellement l’arsénite en arséniate; l’iodure de potassium ne sert qu’à activer la réaction. On évalue à l’aide d’une dissolution d’iode titrée le poids d’arsénite restant, par conséquent le poids d’ar- sénite transformé et par suite celui de l’oxygène qui a servi à cette transformation. Ce poids, multiplié par 3, est le poids de l'ozone. Ce procédé est évidemment plus exact que l’emploi du papier. Reste à savoir si l’ozone a quelque importance en hygiène. Aci«ic carbonique. — L’acide carbonique est un élément normal, non de l’air, mais de l’atmosphère; si, meme, l’on ne considère'pas exclusive- ment les animaux, c’en est un élément essentiel, car le jour où il disparaî- trait de l’atmosphère, il n’y aurait plus de végétation possible. Les propor- tions de ce gaz dans l’air ont été bien plus considérables dans les temps géologiques qu’aujourd’hui et ont permis la formation des assises puis- santes de houille, qui sont actuellement la plus riche réserve de carbone. Elles ont également fourni l’acide fixé dans les coquilles des mollusques et dans les terrains qui forment la croûte solide du globe; celui-là est défini- tivement perdu pour la circulation vitale. La propoj'tion actuelle d’acide carbonique dans l'air libre n’est pas de 4 p. 10,01)0, comme l’indiquaient les anciens chimistes, Saussure, Boussingault, Verver. Elle atteint tout au plus3 p. 10,000 et serait plutôt un peu au-dessous. Acide carbonique pour 10,000 d'air. Auteurs. Localités. Tbuchot Clermont, par le beau temps Reiset..., Campagne près de Dieppe — Dans une jeune forêt — Dans los champs, au môme moment.... _ Dans un champ do trèfle rouge en fleur, — Dans l’espace libre, au même montent.. D'après de nouvelles recherches Risleb Calèvos (Suisse) LÉVY et Maiué-Davy. Montsouris (moyenne) Armstrong Grasmere (Westmoreland), de jour — — de nuit Müntz et Aubin A la campagne, do jour — — de nuit _ — Pic du Midi, (2877 mètres) Fa use y Autriche Anges Smith Écosse, campagne et hauteurs — Manchester (banlieue) — Londres (points découverts) Cleasson — — Storer Boston, public Garden C02 p. 10,000 .. 3,30 ,.. 2,94 ... 2,91 ,2,90 ... 2,89 ... 2,91 ... 2,978 ... 3,035 ... 2,9S ... 2,96 ... 3,299 ... 2,88 ... 3,00 ... 2.80 ... 3,43 ... 3,36 ... 3,40 ... 3,01 ... 2,79 ... 3,00 Les membres des diverses missions envoyées en 1884 pour observer le passage de Vénus sur le soleil, au Mexique, en Floride, à la Martinique, à Haïti, au Chili, ont toujours obtenu des chiffres inférieurs à 0,280 p. 1000. Les sources de l’acide carbonique de l’air sont : le sein de la terre, d’où il ■s’échappe par les volcans, par certaines excavations telles que les grottes fameuses du Chien (Naples), des Fées de Saint-Maurice, les vallées empoi- sonnées de Java; avec les eaux minérales (Ems, Vichy, Marienbad) ; — mais surtout les combustions organiques qui s’accomplissent pendant la vie de tous les animaux et végétaux (chez ces derniers, pendant la nuit seule- ment) et après leur mort; enfin, les divers foyers de chauffage ou d’éclai- rage, domestiques ou industriels. Comme la respiration chez l’homme et •chez les animaux, avec les phénomènes de décomposition organique, est l’une des sources les plus puissantes de CO2 et que, dans ces cas, celui-ci représente de l’oxygène disparu, les hygiénistes ont pu légitimement le prendre comme Y indicateur et la mesure de la souillure de l’air. Contre l’élévation des proportions de CO2 dans l’air lutte incessamment la fixation de carbone par les végétaux, pendant le jour et par les parties •vertes, avec restitution d’oxygène à l’almosphcre. Un hectare de forêt emprunte 2,000 kilogr. de carbone à CO2 par an. 11 n’y en aurait plus au .bout de 172 ans dans l’air, suivant Hoppe-Seyler, si les combustions qu’on vient de dire ne le restituaient au fur et à mesure de sa destruction. La pluie et la neige, à vrai dire, qui renferment en moyenne lcc,732 •d acide carbonique par litre (Reichhardt, Parkes, Nowack), en rendent de notables proportions à l’atmosphère. L’Allemagne, qui reçoit 700 milli- métrés d eau météorique par an, serait couverte, suivant tRenk, d’une couche de iram,2 d épaisseur d’acide carbonique de cette provenance. Les couches superficielles du sol, dans lesquelles ont lieu les phéno- mènes de décomposition des matières organiques mortes, renferment un Arnould, Hygiène. 2» édit. 19 air très riche en CO2, comme on l’a vu. Le professeur Fodor, à qui nous devons, sur ce point, de si remarquables études, regarde le sol comme étant de beaucoup la source la plus importante d’acide carbonique. De plus, il serait le régulateur des proportions de ce gaz, dans l’air libre, en ce qu’il en fournit à l’atmosphère, lorsque la tension normale de CO2 s’y abaisse, et qu’au contraire il en absorbe quand celle tension à l’extérieur est en excès. Cette manière de voir ne semble pas entièrement en concor- dance avec les expériences de WolfThügel, qui trouva, dans l’atmosphère de Munich, les couches supérieures de môme constitution que les couches au niveau du sol, et de Renk, qui démontra expressément l’appel exercé sur l’air du sol par les maisons, appel déjà mis en vue par les observations de Pettenkofer, Cobelli, etc. Le véritable régulateur de CO2, selon Schlœsing, serait la mer, par les carbonates qu’elle contient. Lorsque l’acide est en excès dans l’atmosphère, les carbonates marins lui en prennent pour se transformer en bicarbo- nates; si CO2 diminue, ces bicarbonates en cèdent à l’atmosphère et repas- sent à l’état de carbonates. Ainsi subordonnées à des causes de production et de destruction d’in- tënsilé variable, les proportions de CO2 de l’atmosphère sont nécessaire- ment sujettes à des oscillations dont quelques-unes ont une certaine régu- larité. A la vérité, elles s’exercent dans des limites modérées et jusqu’à présent n’intéressent l’hygiène que parce qu’elles dénoncent l’activité de certains foyers de décomposition et de putridité, sans avoir par elles- mêmes une influence sensible sur la santé. La proportion est plus élevée la nuit que le jour; plus par les temps couverts qu’avec le ciel serein. Sous ce dernier rapport, les quantités de CO2 marchent en raison inverse de la luminosité de l’air (Lévy et Al- laire, à Montsouris). Auteurs. Reiset Müntz et Aubin. Armstrong Fodor. Localités. C02 p. 10,000 Paris pendant le jour 2,891 — — la nuit 3,084 — — avec du brouillard 3,166 Paris, ciel couvert 3,22 è 4,22 — ciel serein 2,89 à 3,10 à la campagne, de jour 2,88 — de nuit 3,00 Grasmere, de jour 2,960 de nuit 3,299 Budapest, de jour 4,18 — de nuit 4,26 D’après le voyageur Zittel et d’après Pettenkofer, l’air des déserts afri- cains est tout aussi riche en CO2 que celui de nos vallées. En ce qui concerne l’influence de l’altitude, on a déjà vu dans l’article précédent (Oxygène) que les témoignages ne concordent pas et que cette question reste indécise. Dans son voyage aérien des 23 et 24 mars 1873, G. Tissandier trouva 2,4 CO2 pour 10,000 à 890 mètres de hauteur et 3 p. 10,000 à 1,000 mètres. D’où il résulterait que CO2 augmente en raison de l’ascension verticale. Mais Trucliot, en 1873, faisait connaître les résul- tats suivants, qui concordent avec ceux de Wollny (1886) : Proportions d’acide carbonique aux grandes hauteurs. Hauteur. Température. Pression. CO5 p. 10,000 V) 359 mèt. 25» C. 0™,725 3,13 1440 21 0 ,G38 2,03 1884 G 0 ,57 1,72 On conçoit, d’après ce qui précède, que les proportions de GO2 dans l’air ne se ressemblent pas d’une saison à l’autre, d’une année à l’autre, etc. C’est, effectivement, ce qui ressort des observations prises à Monlsouris. Marié-Davy fait remarquer que l’élévation des chiffres de CO2 coïncide avec les années humides elles mauvaises récoltes. Le tableau ci-après est intéressant au point de vue des oscillations annuelles et saisonnières des pro- portions de CO2 atmosphérique. 25. Volume, exprimé en litres, d’acide carbonique renfermé dans 100mJ d'air du parc de Monlsouris. 1877. 1878. 1870. 1880. 1881. 1882. 1S83. Moy lit lit lit lit lit lit lit lit Janvier 28,0 33,3 35,6 2G,5 29,7 28,6 31,7 30,6 Février 28,2 33,5 35,5 27,7 27,G 29,0 2G,9 29,7 Mars 27,6 32,2 35,7 27,0 26,7 30,0 26,8 29,7 Avril 27,0 33,1 35,8 24,3 28,6 31,1 27,3 29,7 Mai 27,8 35,9 35,6 25,4 26,9 28,5 27,7 29,8 Juin 27,9 35,1 35,6 28,4 27,6 29,5 28,7 30,4 Juillet 27,7 35,2 34,6 27,7 26,9 28,7 29,5 30,0 Août 2G,7 35,0 33,2 26,1 28,4 28,3 28,6 29,6 Septembre .. 28,0 34,7 33,0 2G,1 27,6 29,3 28,9 29,7 Octobre 2G,8 35,3 30,4 27,1 27,1 26,6 30,9 29,2 Novembre... 30,8 35,4 2d, d 28,3 26,6 25,8 30,1 28,9 Décembre... 34,4 35,5 24,5 29,2 28,1 27,4 29,9 29,9 Moyennes. 28,4 34,5 32,9 27,0 27,7 28,6 29,0 29^8 On pourrait craindre que l’énorme multiplicité des combustions vitales et autres, qui s’accomplissent dans l’intérieur des grandes villes, élevât d’une façon fâcheuse la proportion d’acide carbonique dans l’air urbain. 11 n’en est rien, heureusement; ou plutôt l’élévation du chiffre de CO2 n’est qu’une fraction insignifiante du taux normal (0,067 p. 1,000 en plus, en moyenne, selon Renk). Même à Manchester, qui produit par jour près de 8 millions de mètres cubes d’acide carbonique (Angus Smith), la diffusion de ce gaz dans l’air est si rapide qu’on s’aperçoit à peine d’une augmentation. Acide carbonique dans l’air des villes. Auteurs. Localités. COs p. 10,000 d’air. Anges Smith Genève /, gg — Madrid n’ig Pesth et environs ■'/l3G Glasgow, lieux découverts, hiver //(jl — — lieux fermés 5’39 — Stirling-square [Sanitary-départ). 3,38 Manchester, dans les ruos 4 42 — par le brouillard G,79 — Londres, dans les rues 3,41 — — moyenne de la Cité 4,39 Pettenkofer Munich Lange et Woi.ffhügel. Boussingault Paris PiEISET Macagno Palermo Fodor lvlausenburg Budapest Les conséquences de la combustion respiratoire et de celle des matières carbonées dans les foyers sont plus graves dans les abris clos et spéciale- ment dans les habitations privées ou, surtout, collectives. Il se passe, toute- fois, ici, un fait assez constant, à savoir, que l’acide carbonique n’occupe pas les couches inférieures de l’atmosphère, comme pourrait le faire croire son poids spécifique élevé (1,52; l’air pesant 1). Il y a même plus qu’une simple diffusion, comme l’a fait remarquer Pettenkofer; de réels courants, dus principalement aux inégalités de température, entraînent CO2 et le mélangent énergiquement à l’air. Dans les pièces habitées, il y en a plus à 4 mètres de hauteur qu’au ras du sol. Acide carbonique dans l'air confiné. Auteurs. Smith E. Thomson Storer et Pearson, Kedzie O. Krause Pettenkofer OErtel Baring Nichols Wilson De Chaumont A. Braud Roscoe Lieux. CO2 p. 10,000 air. Tunnel du Metropolitan Raihvay, Londres.... 14,52 Palais delà Chancellerie (Chancery - Court)... 19,75 Strand-Théàtre (galeries) 10,1 Le môme, à un certain moment de la soirée.. 21,8 Théâtre de la Cité (parterre) 25,2 Standard-Théâtre (parterre) 32,0 Écoles publiques à Philadelphie 13,15 Écoles publiques à Boston 14,5 Écoles publiques de Michigan 24,0 Annaberg, cinq écoles 39,9 Écoles après deux heures de classe 62,0 Wilhelm’s Gymnasium (mars) 55,8 Le même (juin) 22,9 Écoles populaires (la plupart) 90,0 École du dimanche, après une heure de classe. 29,51 Voitures publiques (à vapeur ou non) 23,00 Prison de convicts à Portsmoutli 7,20 Baraques d’Aldershot (intérieur) 9,76 Baraques d’Anglesey 14,04 Casemates du fort Elson 12,09 Hôpital militaire de Portsmouth 9,76 Portsmouth civil infirmary 9,28 Herbert Hospital 4,72 Prison militaire d’Aldershot (cellules) 16,51 Pentonville prisou (cellules), Jebb’s System... 9,89 Brasserie à Paris (11 h. soir) 23,8 Salle de bal (après 4 h. 30) 29,0 Amphithéâtre de cours (à la fin du cours).... 80,6 Petite chambre à coucher (8 h. 30 de séjour).. 46,2 Londres. Pièces habitées 12 â 33,0 Les espaces dans lesquels s’opère la fermentation, dans l’industrie de la brasserie, de la distillerie, contiennent des proportions de GO2 allant par- fois jusqu’à 10 p. 100. Dans les mines de Gassel, Bunsen a observé des proportions de 283 à 744 p. 10,000. La moyenne, dans les mines d’Angle- terre, était de 78,3 (Angus Smith). Dans le tunnel du Saint-Gothard, Bunsen constata de 30 à 90 CO3 p. 10,000, pendant le travail. Pol'eck, après l’explosion d’une mine, trouva dans la galerie 449 p. 10,000. Vapeur «l’eau. — La chaleur solaire soulève incessamment, des collec- tions aqueuses, des masses de vapeurs qui se mêlent à l’atmosphère; c’est le point initial de la circulation de l’eau sur le globe. Par refroidisse- ment, au contact de corps froids ou de colonnes d’air de basse tempéra- ture, ces vapeurs repassent à Létal liquide. La vapeur d’eau n’est que mêlée à l’atmosphère; l’air n’a pas de pou- voir d’absorption à son égard. Il en existe moyennement 1 p. 100 (en volume) dans l’air atmosphérique; mais cette proportion est soumise aux oscillations les plus considérables. Jourdanet note que la vapeur d’eau contribue à maintenir la chaleur à la surface de la terre; aux premiers âges du globe, une atmosphère éminemment humide emmagasinait une part énorme de la chaleur du soleil. Fonssagrives, après J. Tyndall, fait remarquer que l’excursion diurne du thermomètre est très grande partout où l’air est très sec (Sahara, Aus- tralie). Mais, inversement, la tension et la quantité de la vapeur d’eau mêlée à l’atmosphère dépendent de la température et de la pression. Plus la température est élevée, plus l’air est capable de contenir de la vapeur d’eau; l’augmentation de pression (ou mieux la compression) équivaut, au contraire, au refroidissement (Jamain), c’est-à-dire hâte le moment où la vapeur se résoudra en eau. Il importe de distinguer l'humidité absolue, l’humidité relative et la tension de la vapeur d’eau. L'humidité absolue est le poids en grammes de l’eau contenue à l’état de vapeur dans 1 mètre cube d’air. Ce poids varie dans de certaines limites, qui sont diffé- rentes pour chaque degré de température. Quand l’air, à une température donnée, renferme le maximum de vapeur qu’il peut contenir à celte température, on dit qu’il est saturé. A ce point, s’il est tant soit peu refroidi, il laisse se précipiter de l’eau sous forme liquide. A n’importe quel degré, la température à laquelle il faut abaisser l’air pour obtenir ce résultat s’appelle le point de rosée. Poids de la vapeur d'eau par mètre cube d’air à l’état de saturation : Température. — 20<> 15 10 5 0 + 1 2 3 4 5 0 7 8 9 10 11 12 Saturation. lsr,2 1 8 2 5 3 5 4 8 5 2 5 0 5 9 G 3 G 7 7 2 7 7 8 3 8 8 9 3 10 0 10 G Température, -b 13° 14 15 IG 17 18 19 20 21 22 23 24 25 2G 27 28 29 Saturation. I lSr,2 II 9 12 G 13 5 14 3 15 2 IG 1 17 0 18 1 19 3 20 4 21 5 22 7 24 2 25 9 27 5 30 0 L'humidité relative est le rapport de l'humidité absolue avec la quantité d’eau que l’air contiendrait, à la même température, s’il était saturé. Soit, à la tempé- rature de lli°, une humidité absolue de 9 grammes d’eau par mètre cube d’air. Saturé à la même température, l’air contiendrait 12«r,6 de vapeur. L’humidité rela- tive sera donnée par l’équation 1^-—-. Et x= 71, 4 p. 100. y x 12,6 Au lieu d’exprimer l’humidité relative par un rapport, on l’exprime encore par différence, et c’est plus intéressant. On retranche l’humidité absolue du chiffre de saturation à la même température; le reste s’appelle déficit de saturation. Renk fait remarquer qu’avec une même humidité relative de 60 p. 100, le déficit de satu- ration est de 0er,426 à —20°, 1,930 à zéro ; 3,749 à 10°; 6,866 à 20° ; 12,056 à 30°. Ces valeurs méritent évidemment d’être connues. En effet, selon la juste remarque de Deneke, c’est ce déficit de saturation, bien plus que le degré d’humidité rela- tive, qui fait paraître sec ou plutôt desséchant l’air des zones à haute température, comme le Sahara, le Sénégal, le Brésil. Il est clair que, par suite du déficit consi- dérable qui existe toujours aux températures de 30 à 40 degrés, même quand l’humidité relative serait de 30 p. 100, il est fait un appel énergique à l’évaporation vis-à-vis de tous les objets qui se trouvent à la surface du sol, y compris le corps de l’homme. Alors le bois se fend, les meubles craquent, l’ivoire même se fissure, les lèvres de l’homme se gercent, ainsi que le relève H. Reinhard, d’après les récits de Rohlfs (Sahara), Borius (Sénégal), Todd (Australie), Ilann (Mexique), Ritchie, Duveyrier, etc. La tension de la vapeur d’eau est le chiffre de millimètres de mercure qui lui fait équilibre. Elle est aussi contenue, pour chaque degré de température, dans de certaines limites qu’elle ne peut dépasser, mais qui s’étendent à mesure que la température s’élève. Tension de la vapeur à diverses températures (Régnault). Température. Tension eu millimètres. Température. Tension en millimètres. — 20° 0,927 + 15° 12,099 15 1,400 10 13,536 10 2,093 17 14,421 5 3.113 18 15,357 0 4,000 19 10,340 + 1 4,940 20 17,391 2 5,320 21 18,495 3 5,087 22 19,659 4 6,097 23 20,SSS 5 0,534 24 22,184 6 6,998 25 23,550 7 7,492 20 24,988 8 8,010 27 26,505 0 8,574 28 28,101 10 9,105 29 29,:S2 11 9,792 30 31,548 12 10,457 35 41,827 13 11,182 40 54,906 14 11,908 La connaissance de la tension sert à évaluer le poids p. 100 de la vapeur d’eau de l’air. On sait que tous les éléments de l’atmosphère occupent, chacun pour son propre compte, tout l’espace qui leur est offert et que chacun est sous sa pression propre. Si l’on exprime le volume de ces divers éléments pour 100 volumes d’air} c’est comme si l’on déterminait les espaces relatifs qu’occuperait chacun des gaz en le supposant sous une pression égale à la pression totale de l’atmosphère. La tension de la vapeur est-elle de 9mm,l65 (à 10°), c’est que la vapeur d’eau de l’air à la surface du sol est sous une pression égale à-^ 9,165 1,2 60 — de la normale; elle se 100 réduirait donc à 1,2 p. 100 de son volume, ou du volume de l’air (d’après la loi de Mariotte), si elle était sous la pression normale. C’est-à-dire qu’il y a 12 centimètres cubes de vapeur d’eau dans 1000 centimètres cubes (ou 1 litre) d'air, 12 litres dans 1 mètre cube d’air. Comme, à pression et à température égales, la pesanteur spé- cifique de la vapeur d’eau est 0,622 (celle de l’air étant 1), il suffit de multiplier par ce rapport le chiffre du volume p. 100; dans le cas particulier, 0,622 X 1,2 = 0,746. Recherche de l’humidité atmosphérique. — Le procédé le plus sûr pour déterminer la quantité d’eau contenue dans l’air est le procédé chimique, qui consiste à faire absorber par de la pierre ponce imbibée d’acide sulfurique la vapeur contenue dans un volume d’air connu; l’augmentation du poids de l’appareil indique le poids p de la vapeur absorbée. En cherchant dans la table la tension maximum à la température à laquelle on opère, on calcule facilement le poids P, que le volume d’air contiendrait s’il était p saturé. Le rapport-est l’état hygrométrique cherché (Gréhanl), Les hygromètres à condensation (Daniell, Régnault) sont des instruments d’une exactitude satisfaisante. On sait qu’il s’agit de déterminer la température du point de rosée, c’est-à-dire celle à laquelle l’air est saturé par refroidissement; on connaît, d’autre part, la température réelle de l’air. On cherche dans les tables la tension maximum de la vapeur à la température du point de rosée, on la divise par la tension maximum à la température de l’atmosphère. Le quotient est l’état hygromé- trique. Pour des observations rapides, les médecins et les agronomes emploient de préférence l'hygromètre à cheveu de Saussure plus ou moins modifié (fig. 40). Il faut savoir que l’échelle est une simple division en parties égales de la distance qui sépare le point de saturation du point d’extrême sécheresse, mais que les états hygrométriques ne sont pas proportionnels aux degrés de l’instrument. Ainsi, la division 50 n indique pas la demi-saturation (qui est la circonstance la plus favorable); ce point correspond à peu près à 72 degrés de l’hygromètre (72°, H). Fig. 40. — Hygro- mètre à cheveu. A 72°, 11 de 1 hygromètre, l’air contient par mètre cube : à IG degrés à 20 — à 25 — à 30 — à 35 — G6r,41 d’eau 8 39 - 11 00 — 14 25 — 18 50 — à 40 degrés à 45 — à 50 — à 55 — à G0 — 23sr,20 d’eau 29 30 — 3G 81 — 44 37 — 52 97 — (A. Bouvet.) Enfin 1 état hygrométrique de 1 air peut aisément et avec assez de précision être détermine à 1 aide du psychrométre, instrument dont le psychromèlre d’August est reste le type, mais dont il existe d’assez nombreuses modifications (fig. 41). On comprend d autant mieux ces variantes que le jeu de l’instrument se réduit en définitive à la comparaison de deux thermomètres, l’un sec, l’autre mouillé, qui sont associés dans les psychromètres ordinaires, mais qui pourraient évidemment être libres 1 un et 1 autre. A la rigueur même, un seul thermomètre alternativement sec, puis mouillé, suffirait au luit qu’on se propose. Les indications du psycbromètre sont incertaines pendant les gelées et par certains vents. Il ne donne immédiatement que la température T du thermomètre sec,T'température du ther- momètre mouillé, d’où l’on déduit la différence T T'. On trouve la tension (e) de la vapeur dans l’air par la formule : £ —e h (I 1 ) b, dans laquelle e représente La tension correspondant à la température T', b la hauteur du baro- mètre, et K un facteur empirique évalué par Régnault, Dans do petites chambres fermées, à... 0,00128 Dans de grandes — — .. 0,00100 Dans des salles, les fenêtres ouvertes.. 0,00077i Dans des cours 0,00074 A l’air libre, sans vent 0,00090 Du reste, la tension de la vapeur et l’humidité relative de l’air, correspondantes aux indications du thermomètre, sont inscrites d’avance dans des tables toutes faites, dont se ser- vent les mélérologistes. Les Annuaires de Montsouris pos- sèdent de pareilles tables avec l’indication des corrections nécessaires. En 1864, l’on construisit pour les observations météorologiques des hôpitaux de l’armée des tables très étendues et très commodes, qui se trouvent dans le Recueil de mémoires de médecine militaire (3e série, t. XI, 1864). Les hygromètres à cheveu ne sont, à vrai dire, que des hygroscopes, et l’inventeur de l’un de ces instruments le plus en vogue, Ivoppe (de Zurich), est le premier à le déclarer. C’est au psychromètre que les hygiénistes doivent avoir recours. Mais les indications de celui-ci sont plus ou moins rapides et exactes, selon le mouvement de l’air, qui détermine l’évaporation sur la boule du thermo- mètre mouillé. Pour contrebalancer celte influence essentiellement variable et uniformiser les résultats, Deneke (de Hambourg) recommande l’usage du psychro- mètre fronde. Celui-ci n’est autre que le psychromètre ordinaire dont les deux thermomètres sont indépendants et mobiles. Chacun d’eux étant suspendu à une ficelle d’un mèlre de long, on leur fait faire séparément 100 tours — en fronde — dans l’air libre, à raison d’une seconde de durée pour un tour; ce qui équivaut à l’action cl’un courant d’air de 6m.3 par seconde. Cette pratique simplifie l’outillage, le rend très transportable et s’adapte spécialement aux observations dans les locaux habités, où l’air est peu mobile. Oscillations cle Vhumidité de l’air. — La quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air est soumise à des oscillations journalières, saisonnières, annuelles, qui ne se ressemblent pas d’une contrée ou d’une localité à l’autre, et qu’il faut, par conséquent, avoir déterminées par l’observation directe. L’humidité absolue, au bord de la mer, a son maximum unique un peu après midi. Dans l’intérieur du continent, elle a un maximum à 8 heures du malin et un autre à 6 ou 8 heures du soir. Pour l’année, le maximum est en juin-août; le minimum en janvier. Les allures de l’humidité relative sont réglées par les circonstances sui- vantes. En été, il s’évapore de la surface des collections aqueuses une quantité de plus en plus grande à mesure que la chaleur du jour s élève; celte vapeur se répand dans l’air, dont l’humidité va, par conséquent, en Fig. 41. Psychromètre ordinaire. augmentant. Celte situation dure jusqu’à 9 heures du matin environ. A ce moment, réchauffement du sol est suffisant pour dilater les couches d air en contact avec lui ; celles-ci s’élèvent, entraînant leur vapeur, et, bien que l’évaporation continue, les couches inférieures de l’air sont relativement sèches. Ce mouvement cesse vers 4 heures du soir; alors 1 humidité va en s’accumulant dans les couches inférieures de l’atmosphère jusque vers 9 heures du soir, instant auquel le refroidissement de l’air met une borne à l’évaporation. En hiver, le soleil ayant peu d’action, les choses se passent autrement; c’est vers 2 heures que l’air renferme le plus d’eau et au coucher du soleil' qu’il en a le moins. Au lever du soleil en été, l’air nous paraît très humide, quoique ce soit le moment où il renferme le moins d’eau. L’bumidité absolue décroît de l’équateur au pôle et croît inversement. L’air est plus sec sur le continent que sur le littoral; il va sans dire que les collections d’eau intérieures peuvent modifier cette loi. La moyenne annuelle, dans nos contrées, est un peu au-dessus de la demi- saturation, 70 p. 100. Selon Dove, la moyenne annuelle dans les six stations- de l’Institut météorologique prussien a varié entre 54 et 94 p. 100. La limite inférieure, de 11 degrés hygrométriques, observée à Montsouris en juin 1871, est exceptionnelle chez nous. En Algérie, la moyenne hygromé- trique est de 45 à 50°. Dans la zone méditerranéenne, àHyères, lamoyennne annuelle est de 56°,47 (Fonssagrives), avec des oscillations de 20° à 80°. A Nice (Roubaudi), avec une moyenne de 58°,2, il y aurait des oscillations de 15° à 90°. Le voisinage de la mer, surtout de l’Océan (non de la Méditer- ranée), tend à élever le chiffre de l’hygrométricité : à Lille, Meurein trouve un peu plus de 77 p. 100 d’humidité relative pour l’année moyenne (Lille est presque un climat marin). Circonstances qui influent sur l’humidité de l'atmosphère. — Les vents doi- vent être mis en tête. Les vents nés sur les mers tropicales abattent l’hu- midité dontilssont chargés sur les contrées où les colonnes d’air se portent, tandis que les souffles venus du Sahara n’apportent que la sécheresse. C’est de cette façon que les côtes de l’Inde n’ont que deux saisons, une sèche et une pluvieuse, selon que régnent les vents de mer ou les vents conti- nentaux. Il en est un peu de même dans nos contrées, sauf que les souffles océaniques et les vents continentaux n’alternent pas avecla même régularité. Les chaînes de montagnes dépouillent de leur eau les vents humides. Le Fiihn arrive chaud et humide des pentes sud des Alpes; il se refroidit sur les sommets et précipite ses vapeurs; de telle sorte qu’il est sec et froid lorsqu il gagne les vallées du Rhin, de la Reuss, de l’Aar, du Rhône. En ce qui concerne 1 influence des forêts, il n’y a pas beaucoup plus d humidité absolue (Ebermayer) dans leur air qu’en plaine. Mais, comme la température y est moins élevée, la saturation arrive plus vite (Eber- mayer, Fautrat), et 1 évaporation est moindre en forêt qu’en plaine (Broi- tenlohncr, C. Ney). Quant aux extrêmes d’humidité, le degré de 100 p. 100 est très souvent % atteint; c’est quand se forment les brouillards ou la pluie. En revanche, celui de zéro p. 100, à l’air libre, ne l’est jamais; ni en Sibérie (Ilumboldt, Rose) ni on Abyssinie (Abbadie). Les espaces clos et habités peuvent gagner une atmosphère saturée, par la respiration môme des humains, si la ventilation est insuffisante. Le cas contraire arrive quelquefois par le fait du chauffage sans restitution de vapeur d’eau. L’air humide est plus léger que l’air sec. Un mètre cube d’air sec, à 15°, pèse lkn,225 ; à 50 p. 100 d’humidité, lkil,222 ; à 100 p. 100 lkil,218 (Soyka). Applications sanitaires. — Il ne sera question, dans les lignes qui sui- vent, que du rôle des éléments constituants de l’atmosphère et de la portée des oscillations auxquelles ils sont sujets. A. L'oxygène a le rôle actif dans la respiration des animaux ; il pénètre dans l'économie par échange endosmotique avec l’acide carbonique qui provient des combustions interstitielles. Les chiffres ci-dessous, empruntés à Kiihne, représentent les résultats de cet échange, au point de vue de la consom- mation d’oxygène et de la production d’acide carbonique : Azote. Oxygène. Acide carbonique. Air inspiré 20,81 0,04 Air expiré 16,03 4,38 + 0,40 — 4,78 + 4,34 C’est-à-dire que l’oxygène baisse et que l’acide carbonique s’élève de 4 p. 100 de tout le volume. Dans la respiration ordinaire d’un adulte, il est inspiré et expiré environ 1 demi-litre à chaque respiration. Le volume de l’air expiré paraît plus grand qu’il n’est réellement, parce que cet air est chaud et humide; ramené à la température de l’atmosphère, il serait moindre de 1/40 ou 1 /50, attendu, que tout l’oxygène n’est pas représenté par de l’acide carbonique et qu’une partie du gaz comburant est rendue sous forme d’eau. A raison de 17 respirations par minute, chiffre moyen, 17 un adulte consomme — lit. X 0,0478x60 = 24 litres oxygène par heure, 17 et rejette — lit. x0,0434x60 = 22 litres acide carbonique. La tempéra- J* ture influe sur l’expulsion de ce dernier; elle est moindre quand la tem- pérature s’élève (Vierordt). Le travail musculaire par rapport au repos, le jour par rapport à la nuit, élèvent également la production d’acide car- bonique et la consommation d’oxygène (Ludwig, Czelkow, Voit et Pet- tenkofer, Pflüger). L’oxygène est dissous dans le sang artériel à la proportion moyenne de 20 à 21 p. 100/11 est surtout fixé à l’hémoglobine; 6,4p. 100 seulement sont retenus par absorption dans le plasma. Indépendamment des circonstances dans lesquelles l’oxygène de l’air, comme dans les mines (de charbon particulièrement), est consommé par des combustions diverses et tombe au-dessous de la proportion normale, les variations de la pression atmosphérique font baisser (altitudes, voyages en ballon) ou monter (travail dans l’air comprimé) le chiffre absolu de cet élément. Nous en retrouverons les conséquences sanitaires plus loin, à l’article : Propriétés physiques de l’air, où elles seront étudiées plus à leur place qu’elles ne seraient ici. B. L’azote est dissous dans le sang à raison de 1,8 p. 100 en moyenne. 11 diminue quand la pression baisse et augmente dans le cas contraire, mais moins que ne le voudrait la loi de Dallon. Comme on le verra plus loin, les influences de ce gaz ne sont guère que d’ordre mécanique. C. L’acide carbonique à 10 p. 100 dans l’air empêche la combustion des lampes. La tension de 13,5 à 17 de CO2 est mortelle pour les reptiles; celle de 24 à 28 pour les moineaux; elle atteint et dépasse 60 pour les mammi- fères (P. Bert). On a vu de telles asphyxies dans l’entre-pont des navires, dans des locaux où l’on avait entassé des prisonniers de guerre, etc. Pet- tenkofer a passé quelques heures dans une atmosphère à 10 p. 1,000 de CO2, sans en être positivement incommodé; bien plus, Forster a respiré sans difficulté pendant dix minutes dans une cave où fermentait du vin et à 40 p. 1,000 de CO2. Selon Smith, quand la richesse de l’air en CO2 pro- vient de la respiration, la tolérance est moins facile ; il lui a paru impos- sible de rester un temps notable dans une atmosphère à 40 p. 1,000 de CO2 de cette origine. La plupart des auteurs pensaient que l’acide carbonique n’a aucune pro- priété toxique et qu’il éteint la vie simplement à la façon dont l’eau éteint la flamme. Les expériences de Demarquay, dans lesquelles l’homme a res- piré pendant 4 à 6 minutes un mélange de 8 à 10 parties d’oxygène ou d’air avec 1, 2, ou même 3 de CO2, sans éprouver autre chose que des trou- bles passagers, semblent prouver à la fois que la tolérance de l’organisme pour ce gaz peut être poussée très loin et qu’il n’est pas toxique, puisque les troubles (oppressions, vertiges) ne se prolongent que pendant peu de temps après l’expérience. Néanmoins Smith a remarqué que les propor- tions assez ordinaires dans quelques mines mal tenues peuvent devenir tout à coup dangereuses. Une dame était entrée dans une chambre close où la proportion de CO2, faisant obstacle à l’entretien de la flamme des bougies, n’allait pas à moins de 21 p. 1,000, et où l’on ne pouvait d’ail- leurs reconnaître la souillure organique de l’air qui a servi à la respiration ; pendant cinq minutes, cette dame, bien portante et nullement impres- sionnée, se trouva parfaitement bien dans cette atmosphère carbonique; mais, tout à coup elle pâlit et l’on dut venir à son aide pour la faire sortir. On a cherché à expliquer de tels incidents par la difficulté des échanges gazeux intrapulmonaires; l’acide carbonique, accumulé dans l’air, fait sur la muqueuse respiratoire l’effet d’un vernis, disent A. Gautier et Mo- relle (de Lille). Mais L. Hirt fait observer que : 1° un animal meurt plus vite dans CO2 que dans l’azote, qui est simplement irrespirable ; 2° l’animal plongé dans CO" meurt néanmoins quand on a introduit assez d’oxygène pour que la flamme reprenne vigueur. Selon cet auteur, et d’après l'in- fluence anesthésique (contestée) de ce gaz, l’acide carbonique appartien- drait à la classe des poisons narcotiques. Smith et surtout Forster partagent cette manière de voir et comparent l’action de CO* à celle de l’opium. Les expériences de Paul lîert ont confirmé les propriétés anesthésiques de CO2 et, en le rangeant parmi les réels poisons, montré commentil faut comprendre son rôle. « Quand un animal respire en vase clos, soit dans l’air comprimé, soit dans un air suroxygéné, à la pression normale, en telle sorte que l’oxygène ne lui fasse jamais défaut, la tension croissante de CO2 dans l’air maintient une proportion croissante du môme gaz dans le sang, si bien que l’acide carbonique produit dans la profondeur des tissus reste dans ces tissus. Il résulte de celte accumulation un ralentissement progressif des oxydations intra-organiques, d’où, comme consé- quence, un abaissement considérable de la température du corps. Le système nerveux central, dans cette action générale sur l’organisme, manifeste le premier qu’il est atteint, par la perte des transmissions réflexes, d’abord aux membres, puis à l’œil, puis enfin au centre respiratoire, d’où résulte la mort », sans agita- tion ni mouvement convulsif ; ce qui ruine la théorie de Brown-Séquard, d’après laquelle CO2 serait un poison convulsivant. Les convulsions qu’on remarque sous l’influence de l’acide carbonique n’apparaissent qu’au moment où l’on fait cesser son action. Le cœur ralentit ses mouvements, mais conserve très longtemps toute sa force ; il est encore Yultimum moriens. Donc CO2 n’est pas non plus un poison du cœur. « La vie végétale, la germination, le développement des moisissures, la putré- faction, sont ralentis, suspendus, arrêtés définitivement par l’acide carbonique sous une tension suffisante. « Ainsi, l’acide carbonique est un poison universel, qui tue animaux et végétaux, de grande taille ou microscopiques; qui tue les éléments anatomiques isolés ou groupés en tissus. Et tout cela n’a rien d’étonnant, puisqu’il est le produit d’excré- tion universelle de toutes les cellules vivantes; sa présence empêche l’excrétion et arrête par conséquent, en y opposant un obstacle terminal, toute la série des transformations chimiques de la vie, qui commencent par l’ahsorption d’oxygène et finissent par le rejet de l’acide carbonique. » D’une autre façon, quand, dans une atmosphère, CO2 s’élève à 2 ou 3 p. 100, c’est d’ordinaire l’oxygène qui diminue d’autant et dont la tension s’abaisse de 21 à 18, ou aux environs. Or, toutes les fois que la tension de l'oxygène se trouve ainsi réduite, que ce soit par diminution totale de l’atmosphère (comme aux grandes altitudes), ou par raréfaction de l’oxygène seul sous la pression atmo- sphérique normale (comme dans la cloche à expériences de P. Bert), les accidents asphyxiques, vertiges, nausées, céphalalgie, anxiété, etc., commencent à se faire sentir. On peut ainsi éprouver le mal de montagnes (Voy. plus loin: Climats) en plaine au niveau de la mer, ou même au-dessous, au fond d’une mine. Forel fut saiside troubles intellectuels, defaiblesse musculaire, d’accélération desmouvements circulatoire et respiratoire dans la grotte des Fdes de Saint-Maurice (le 23 juin 1864), où le professeur Bischoff constatait 2 p. 100 d'acide carbonique. Mais la proportion d’oxygène étaiL réduite à 13,33, c’est-à-dire que la tension de ce gaz équivalait à celle qu’il possède dans l’atmosphère à une altitude de plus de 2,000 mètres. 11 est certain, comme il a été dit plus haut, que l’acide carbonique entrave les échanges gazeux respiratoires et que le poumon rend d’autant moins de CO2 qu’il y en a plus dans l’air fourni à la respiration. Gréhant fait res- pirer à un chien 50 litres d’air pur et, recueillant les gaz expirés, constate qu’ils renferment 2Br,747 de CO2. Il fait ensuite respirer au même animal un mélange de 49 litres d'air et de 1 litre CO2; l’air expiré contient 3Br,61 de CO2 ; d’où il suit, en retranchant le poids lBr,83 du litre de CO- préala- blement ajouté, que le poumon n’a fait, cette fois, que 3,61 1,83 = 1,78 CO2. A 48 litres d’air et 2 litres de CO2, il ne rend que 0sr,533. Enfin, si le mélange contient 4 à 3 litres CO2, non seulement l’élimination de 1 acide diminue, mais elle est remplacée par une absorption, et l’on trouve, dans les gaz expirés, moins de CO2 (0Br,52 à IBr,25 en moins) que dans le mélange inspiré. Ainsi, à 1/10 de CO2, le gaz est absorbé. A cette dose, l’animal ne paraît pas souffrir; il est seulement un peu agité et multiplie les efforts inspirateurs. Mais il est difficile qu’un gaz qui a tant de caractères d’un agent toxi- que, d’autre part, n’agisse pas quelquefois par lui-même, au moins quand il est absorbé à hautes doses. L’acide carbonique a bien pu jouer un rôle direct dans les asphyxies en masses qui eurent lieu sur le transport anglais Maria Sorties (1846), sur le steamer Londonderry (1848), dans la « prison noire » (Black Idole) de Calcutta. Qu’il y ait quelque chose d’une action toxique, à un moindre degré, dans les circonstances vulgaires où l’air se charge de CO2, chez les ouvriers des mines, chez ceux qui percent les tunnels, comme celui du Saint-Gothard (Pagliani, 1880), chez les soldats dans les chambres de caserne vers la fin de la nuit, les écoliers à la fin de la classe, les habitués des cafés, brasse- ries, théâtres, les garçons etfillesde magasins, la population des ateliers, etc., cela ne nous paraît nullement impossible. Il ne peut être indifférent d’absorber un poison, même à petite dose. Cela n’a pas de rapport direct avec le développement de la phtisie, de la scrofule, de la fièvre typhoïde, du choléra, ainsi que le faisait remarquer Boudin; mais cela pourrait être une préparation à beaucoup de maladies, par la dépression constante et progressive de la vitalité des individus. Il serait étonnant que l’acide car- bonique ne fût pour rien dans les fâcheux caractères de l’air confiné, dont il est le premier élément. A vrai dire, il n’y est pas seul. Quand il est dû à la présence des humains, il s’accompagne toujours des produits des sécrétions cutanées, des gaz rendus par les voies digestives et des impuretés (autres que lui-même) pro- venant des voies respiratoires. Nous préciserons plus loin la nature de ces dernières. Dès maintenant, cette simple mention suffit à faire comprendre pourquoi l’acide carbonique est adopté par les hygiénistes, comme Y indi- cateur de la souillure de l’air dans les habitations. C’est moins lui, d’ordi- naire, qui est une souillure, que les éléments auxquels il est associé. Ce rôle d indicateur justifie 1 importance que l’on a attachée à l’expertise de 1 air, au point de vue de son titre en CO2 et les procédés et appareils, assez nombreux, que 1 on a imaginés pour mettre celte expertise à la portée du premier venu. Il est convenu (Pettenkofer, Wiel et Gnehm) que l’air des lieux habités est pur quand il n a pas plus de 4 d’acide carbonique p. 10,000; qu’à 7 p. 10,000, il est inoffensif • mais qu’au-dessus de 10 p. 10,000 il est impur et insalubre. C est pour cette raison que nous pensons devoir consacrer quelques pages aux recherches qui ont en vue celle détermination. Dosage iic l’acitic carbonique de i*air. — L expertise la plus exacte est assurément l’analyse de l’air, faite selon les procédés minutieux des chi- mistes. Mais l’hygiène n’a pas besoin d’approcher des chiffres réels jusqu a des fractions infinitésimales. Les dosages de l’acide carbonique par le procédé de Régnault se prati- quent en faisant passer de grandes quantités d’air sur une solution de potasse (voir les Traités de chimie). A. Braud a imaginé un appareil, imité de celui de Régnault, mais dans lequel la potasso est remplacée par la baryte. A l’aide d’un ballon de caoutchouc, on peut rapporter de l’air pris dans n’importe quel local sans que l’appareil ait besoin de quitter le laboratoire. Cet appareil (fîg. 42) se compose : 1° d’un flacon de verre A, aspirateur, de 7 à 8 litres de capacité, muni d’un robinet à sa partie supérieure, et rempli avec de l’eau dont l’écoulement se fait à la partie inférieure, par différence de niveau, dans un deuxième flacon de verre B, vide, qui est relié au premier par un tube de caoutchouc ; — 2° d'une série de tubes en U, a, b, c, d, e, f, garnis de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique, les quatre premiers a, b, c, d, destinés à retenir l’hu- midité normale de l’air examiné, les deux autres e, f, disposés pour reprendre à l’air l’humidité qu’il a pu entraîner par son passage dans l’eau de baryte; 3° de tubes barboteurs I, II, remplis d’une quantité convenable d’eau de baryte, destinée à s’emparer de l’acide carbonique de l’air qui traverse l’appareil ; le tube II n’est là que pour témoigner que le tube Iaretenu tout l’acide carbonique. Tous ces tubes sont réunis les uns aux autres par des bouts de tubes en caoutchouc serrés avec des fils ; au tube a s’adapte un bal- lon de caoutchouc C, gonflé d’un air rapporté du lieu dont on veut con- naître le régime atmosphérique ; le tube /'s'ajuste à l’aspirateur A. Pour connaître la quantité de CO2 fixée à l’eau de baryte, il suffît de peser ensemble, avant et après l’ex- périence, à l’aide d’une balance très sensible, les tubes barboteurs, I et II, et les tubes en U, e, f ; la diffé- rence est le poids cherché de CO2. Par un calcul de proportions, on trouve le poids de CO2 par litre d’air. A Montsouris, le volume de CO2 est fixé dans une dissolution de po- tasse au cinquième par l’air qui pé- nètre dans trois barboteurs. Cet air est amené par une trompe, se dé- pouille de ses poussières en traver- sant une couche de colon et est mesuré au compteur. La figure 43 lë‘ l3' ~ barboteurs en verre et en platine ... c,e Montsouris. reproduit la disposition essentielle des appareils de fixation carbonique. Le dosage se fait en déplaçant CO2 du carbo- nate de potasse formé, au moyen de l’acide chlorhydrique. Ces procédés ne peuvent convenir qu’aux grands laboratoires. Ceux de Petlenkofer et de Hesse sont, au contraire, essentiellement des procédés d’hygiénistes. Méthode de Petlenkofer. — On prépare deux solutions: l’une de 7 grain- mes d’hydrate de baryte dans un litre d’eau, l’autre de 2Kr,8636 d’acide oxalique cristallisé pour 1000 d’eau. De celle-ci, 1 centimètre cube = 0,0028630 d’acide oxalique; c’est la quantité qui équivaut à un milli- gramme CO2. De la première, 100 centimètres cubes correspondent exac- tement à 98 milligrammes CO2. Pour indicateur, on se sert du papier ou d’une solution de curcuma, qui est d’une couleur brune avec les alcalis et d’un jaune clair avec les acides. Dans un flacon d'environ 5 litres, nettoyé et sec, on introduit, à l’aide d’un soufflet, de l’air du lieu que l’on veut expertiser; l’air du flacon peut être considéré comme identique à l’air extérieur quand on a injecté cinq fois le volume de gaz que ce vase peut contenir. On ajoute alors un volume déterminé, soit 100 centimètres cubes, de la solution de baryte, on ferme le flacon, l’on agite vivement et l’on attend dix à quinze minutes; après ce temps, l’acide carbonique de l’air intérieur est absorbé et l’on s’en aperçoit au trouble du liquide. On ajoute goutte à goutte la solution nor- male d’acide oxalique, à l’aide d’une burette graduée, en essayant à cha- que instant si la liqueur intérieure a cessé d’être alcaline; ce qui se voit, soit en en versant une goutte sur le papier de curcuma, soit en ayant eu la précaution d’introduire un peu de solution de curcuma en même temps •que la solution de baryte ; dans les deux cas, la couleur brune de curcuma passe au jaune clair. Au moment précis où la liqueur de baryte paraît neutre, on s’arrête et l’on note la quantité de centimètres cubes employés de la solution acide; en prenant l’équivalent en acide carbonique de la quantité d’acide oxalique dépensée et en la retranchant de ce qu’il eût fallu pour neutraliser les 100 centimètres cubes de la solution de baryte, on a le volume de CO2 absorbé préalablement par celle-ci, c’est-à-dire celui que renfermait l’air essayé. Par exemple, le flacon étant de la capacité de 5,100 centimètres cubes, on a dû ajouter 52 centimètres cubes de la solution acide avant de voir apparaître la couleur jaune clair du curcuma : 100 centimètres cubes eau de baryte exigent 0sr,09S CO- On a employé : Acide oxalique 52 centimètres cubes = 0tr,052 CO^ Reste 0Br,046 CO-’ •c’est-à-dire que le poids de l’acide carbonique de l’air contenu dans le flacon atteint 46 milligrammes. A 0° et par 760 millimètres de pression, 1 milligramme d’acide carbonique occupe environ 0,5 de centimètre cube. Dans le cas supposé, l’air du flacon (5,000 cent, cub.) renfermerait donc 23 centimètres cubes GO2; ce qui équivaut à 46 volumes de CO2 pour 10,000 d’air ou à 4,6 p. 1,000. On ramène le volume d’air à zéro et à 760 millimètres de pression par la formule suivante : VxP V'=Hil>(l+»,u««7XT)’ ‘1“S la‘""î"e V' est le volume cherche, V, le. volume connu du flacon en centimètres cubes, P, la hauteur barométrique en millimètres, T, la température en degrés centigrades. Soit V = 5000, P= 700, T = 10, nous aurons : 4442 centimètres cubes. Des tables ont d’ailleurs été dressées qui donnent le volume Y' pour toutes les températures et pour les diverses pressions. Procédé de liesse. — C’est une modification du précédent. liesse a voulu épargner aux expérimentateurs la peine de transformer les poids en vo- lumes; et surtout leur mettre entre les mains un outillage facile à trans- porter. De plus il a remplacé le papier et même la teinture de curcuma par une solution (1 gram. dans 500 gram. d’alcool à 80 degrés) d'acide ro- solique, qui est d’un beau rose dans les liqueurs alcalines, jaune d’or dans les acides et incolore dans les liquides neutres. Les flacons employés va- rient de contenance depuis 1 litre jusqu’à un douzième de litre; les plus grands sont pour les cas où l’on suppose que l’air à examiner renferme très peu de CO2. La solution acide est titrée de telle sorte que 1 centimètre cube de la solution oxalique représente aussi 1 centimètre cube (non pas 1 millig.) de CO2 ; on dissout 5Br,6325 d’acide oxalique dans un litre d’eau ; chaque centimètre cube renferme donc 0Br,0056325 d’acide oxalique, équi- valant à 1 centimètre cube de CO2. Yoici la façon dont on opère : « On prend un flacon de 1 litre, à la température du milieu où l’on va opérer; avec un soufflet, on y insuffle de l’air. Le flacon est fermé avec un bouchon en caoutchouc percé de deux trous qu’on obture provisoirement avec de courtes tiges de verre. A l’aide d’une pipette dont la pointe est glissée dans l’un de ces trous, on verse 20 centimètres cubes d’une solution de baryte titrée, contenant quelques gouttes (2 ou 3) d’alcoolé d’acide rosolique. On agite ; au bout d’une demi-heure au plus, on introduit dans le bouchon le bec très allongé d’une burelte graduée, avec robinet de verre, contenant une solution acide titrée (5^6325 d’acide oxalique par litre, ou mieux celte solution décime). En ouvrant le robinet, on laisse couler goutte à goutte cette solution, on agite, et l’on arrête l’écoulement quand on voit apparaître la décoloration ou le début de la teinte jaune. On lit sur la burelte le nombre de centimètres cubes de solution acide employés pour obtenir ainsi la neutralisation; il en a fallu 18, tandis que la solution normale de baryte n’était antérieurement neutralisée que par 20 centimètres cubes. La différence est 2 ; donc i litre de cet air contient 2 centimètres cubes ou 2 p. 1000 d’acide carbonique. » (Vallin.) On voit par celte description que le bouchon et la burette graduée adaptés à l’appareil de Hesse comportent une construction un peu spéciale. Mais leur emploi dispense l'opérateur de tout souci vis-à-vis de l’entrée de l’air extérieur dans le flacon; cet air ajoutant un peu de CO2 à la solution de baryte, chaque fois qu’on débouche le flacon, les résultats obtenus se trouvent légèrement faussés, dans la méthode de Pellenkofer. En répétant deux fois, successivement, la même analyse, suivant le procédé de Hesse, on trouve plus aisément le point auquel la neutralisation est parfaite, et le second résultat obtenu est fort exact. Les corrections se font à l’aide de tables ou de la formule citée plus haut. Procédé minimétrique d'A. Smith. — Celui-ci est, plus encore que les précédents, à la portée de tous les hygiénistes. Le principe en est que plus AnNouLD, Hygiène. 2» édit. 20 il y a d’acide carbonique dans l’air, moins il faut de cet air pour troubler 1 eau de baryte. On dOleimme donc le Tyizïivuiunx de l’air d’un lieu donné qui trouble une solution de baryte, adoptée une fois pour toutes. Celle solu- tion est à 6 grammes d’hydrate de baryte dans 1 litre d’eau. L’instrument est représenté dans la figure 44 (qui ne reproduit pas absolument l’appa- reil primitif; le modèle ci-dessous est pourvu du perfectionnement apporté dans le mode de fermeture f g par Fischli, préparateur de Wiel, à Zurich). A est un flacon de 53 centimètres cubes, renfermant 7 centimètres cubes d’eau de baryte limpide. — B, une poire à air en caoulcnouc, d’environ 28 centimètres cubes Fig. 44. — Appareil minimétrique d’Angus Smith. de capacité, servant à aspirer l’air extérieur. — a, tube de verre descendant au fond du flacon. — b, tube de verre coudé, ouvert à la partie supérieure du flacon et le mettant en communication par un tuyau de caoutchouc avec la poire à air. — D, tube évasé (modification Fischli), terminant le tube a et fermant par un bouchon que traverse le lube/'(l centimètre de diamètre et 8 centimètres de long). — f, petit tube ouvert aux deux extrémités et dont l'inférieure est engagée dans un court tuyau de caoutchouc, que ferme un cylindre plein en verre, g. — c et k, deux fentes longitudinales, faites d’un coup de canif et faisant l’office de soupapes (dites de Bunsen), s’ouvrant de dedans en dehors. — Pour ne pas être obligé de mesurer à chaque fois les 7 centimètres cubes d’eau de baryte, on fait sur le verre du flacon un trait gravé marquant le niveau auquel doit atteindre la liqueur alcaline. Voici comment on opère. Les 7 centimètres cubes d’eau de baryte étant introduits, on bouche et l’on agite ; en général, il ne se produit pas de trouble, sans quoi ce serait un air extrêmement impur. On presse sur la poire B; l’air s’échappe par la soupape c, sans qu’il en sorte par /’, puisque la soupape k s’y oppose ; en aban- donnant la poire, l’air pénètre par f, entre par k dans le récipient D et, de là, va se mettre au contact de l’eau de baryte. On agite de nouveau. On fait, en les comp- tant, mais en donnant le numéro 2 à la première, autant d aspirations avec la poire qu’il est nécessaire pour produire un trouble deciiled, dit 1 auteur; mais, jus- tement, la difficulté est dans cette appréciation. Le trouble ne doit être ni absolu- ment laiteux ni tout à fait transparent ; il faut qu’on ne distingue plus, à travers, des leltres tracées au crayon sur un papier blanc, collé au fond du ilacon (en dehors). Ce trouble est celui qu’on obtient en secouant, dans une bouteille de 644 centimètres cubes, une demi-once d’eau de baryte (08r,8 de baryte dans 14 gram- mes d’eau) avec de l’air ordinaire, à 4 CO2 pour 10,000. — Avec de l’habitude, on se met en quelque sorte la teinte dans l’esprit. Vallin a pu se servir utilement du procédé, et nous-même l’avons employé avec succès dans des salles de cours. Les proportions d’acide carbonique, selon le nombre d’aspirations, sont indi- quées dans la table ci-dessous: Nombre Vol. (le C O- «i’aspirations. p. 10,000 vol d air. 4 22,0 5 17,G G 14,8 7 12.6 8 11,8 9 9,9 10 8,8 11 8,0 12 7,4 Limite de la salubrité. 13 G,8 14 G,3 15 5,8 IG 5,4 17 5,1 18 4,9 20 4,4 22 4.0 Limite de l’état normal. 2G 3.4 Air normal. 30 2,9 Air très pur (Vallin). Procédé de Wolpert. — Le professeur Wolpert a remplacé l’eau de baryte par l’eau de chaux saturée, qui ne coûte presque rien et n’est pas toxique. Son appareil, fondé sur le môme principe que le précédent, se compose de deux parties : 1° un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités, long de 12 centimètres et de 12 millimètres de diamètre; le fond est en porce- laine opaque et porte à l’intérieur un millésime (1882 par exemple) en ca- ractères noirs ; au-dessus du fond, à une hauteur correspondant au volume de 3 centimètres cubes, un trait noir sert de point de repère invariable; 2° une poire à air en caoutchouc, de 28 centimètres cubes de capacité, fixée à un tube assez mince et assez long pour pouvoir être introduit jus- qu’au fond du précédent. \ On s en sert de la façon suivante. De l'eau de chaux saturée, limpide, est versée dans le premier tube jusqu’au Irait noir. On introduit le tube de la poire à air dans 1 eau de chaux jusqu à mettre le pourtour de l’orifice de ce tube au contact du fond du premier; puis, en tenant la poire entre l’index et le médius de la main droite en supination, on presse doucement avec le pouce sur son fond, de façon à en chasser tout 1 air qu elle contient et qui sort bulle à bulle en barbotant dans 1 eau de chaux. Le tube de la poire est retiré jusqu’à 3 ou 4 centimètres au-dessus du niveau de l’eau de chaux; la poire est abandonnée à elle-même et se remplit dr* nouveau d’air par aspiration. La petite manœuvre de tout à l’heure recommence et cela, autant de lois cju’il est nécessaire pour qu’en regardant de haut en bas dans l’éprouvette, les chiffres du millésime (1882) cessent d’être nettement visibles et disparaissent tout à fait après agitation énergique du contenu. Si la première injection d’air produit ce résultat, c’est que l’air renferme 20 p. 1000 d’acide carbonique. Pour connaître la richesse en CO2 de l’air essayé, il suffit de diviser 20 par le nombre des injections pratiquées ; 10 poires, par exemple, correspondent à 2 d’acide carbonique p. 1000 d’air. D’ailleurs, l’appareil est accompagné d’une table où les calculs sont faits. Le tout, avec une fiole d'eau de chaux et des instruments de nettoyage, est contenu dans une boite qui peut se mettre à la poche. Procédé de Bcrtin-Sans. — Les méthodes qui précèdent ont des faiblesses, que le professeur Bertin-Sans (de Montpellier) a fait ressortir avec quelque sévérité, quoique cet hygiéniste n’atlache aucune importance aux propor- tions d’acide carbonique des atmosphères confinées, en tant que ces pro- portions pourraient nuire par elles-mêmes. L’auteur a cru trouver mieux dans un appareil assurément moins simple et que nous ne croyons pas très répandu, mais qu’il convient de mentionner ici, comme un témoignage de plus des efforts tentés dans celte direction. La partie essentielle de l'appareil est le verre barboteur (fig. 46), renfermant Fig. 45. — Aspirateur. Fig. 46. Barboteur. c Fig. 47. Tube de dosage. 6 centimètres cubes d’une lessive de soude, concentrée et récente, à travers laquelle passe, de bas en haut, le volume d’air (10 litres) aspiré par le flacon (fig. 45) qui se vide dans un seau de contenance au moins égale, construit, d’ailleurs, de façon à pouvoir loger toutes les pièces de cel outillage. Le passage de 10 litres d'air par ce barboleur dure de 30 à 45 minutes. Quand il est terminé, on fait pénétrer la lessive chargée de CO2, par l’entonnoir c, dans la branche gauche du tube en U (fig. 47), graduée en centimètres cubes, de la façon suivante. Cette branche a été remplie de mercure, versé par la branche de droite pendant que le robinet b est fermé et que le robinet a est ouvert; en fermant ce dernier et en ouvrant l’autre, le mer- cure de la branche droite s’écoule seul. C’est alors que, re- fermant le robinet b, on introduit la lessive de soude par le robinet a. Le mercure remonte un peu dans la branche droite ; on l’écoule de nouveau. Finalement, avec la pipette à bec recourbé (fig. 48), plongée dans la branche droite, on porte, à la base de la colonne mercurielle de gauche, quelques gouttes d’acide sulfurique, qui s’élèvent jusqu’à la lessive de soude et mettent CO2 en liberté. Ce gaz occupe immé. dialement, dans la chambre barométrique, un certain nombre de divisions qui sont des centimètres cubes et des dixièmes de centimètre cube ; par conséquent, précisément le chiffre proportionnel de CO2 p. 10,000 d’air. En réalité, il faut ajouter 5 à ce chiffre, parce que les 5 centimètres cubes d’eau de la lessive de soude retiennent en dissolution le même volume de CO2, qui ne sera pas sensible sous forme de gaz. _ . „ . . . ,, . c -l Pipette u bec recourbé. De telle sorte, même, que si 1 air ne renfermait que 5 CO2 p. 10,000, il n’apparaîtrait aucun gaz dans la branche gauche du tube en U. — 11 y a aussi quelques corrections à faire. Indicateur automatique continu. — On connaît une substance, la phtha- léine du phénol (Phenolphthalein), qui a la propriété de se décolorer sous l’influence de l’acide carbonique, dans les solutions alcalines qu’elle colore en rouge. Le chimiste Ballo, il y a quelques années, avait déjà exposé un procédé de dosage de l’acide carbonique de l’air, fondé sur ce principe. En 1886, Wolpert a eu l’idée de l’appliquer à la construction d’un appa- reil assez analogue aux hygromètres à cheveu ou à boyau, qui indique à chaque instant le degré d’impureté carbonique de l’air, et fonctionne tout seul. Nous l’avons décrit, d’après l’inventeur, dans la Revue d’hygiène, t. IX, p. 79, 1887. Une cordelette de lin, à laquelle on a communiqué une certaine raideur par 1 immersion répétée dans une forte solution de phénolplithaléine, est fixée dans le tube terminal d un petit entonnoir de verre et suspendue verticalement au- dessus d une cuvette. A côté et sur le même plan que l’entonnoir repose un vase ex lindrique renfermant la solution alcaline (soude), colorée en rouge par la phtha- léine du phénol. On recouvre le liquide d une mince couche d’huile minérale pour prévenir 1 évaporation. Dans la solution, au moj'en du flotteur auquel il est fixé, plonge un tube capillaire recourbé en siphon, qui verse une goutte de la liqueur rouge dans 1 entonnoir, toutes les 100 secondes, à la température ordinaire. — La cordelette, recevant incessamment de la liqueur rouge, se décolorera s’il y a assez d’acide carbonique dans l’air, clans la partie qui est le moins arrosée de la liqueur, c’est-à-dire à son extrémité la plus éloignée de l’entonnoir, et sur une longueur proportionnée à la richesse de l’atmosphère en CO2. L’expérience prouve qu’il en est ainsi, en effet. 11 ne reste qu’à monter les diverses parties de cet appareil sur un cadre et à placer derrière la cordelette indicatrice une règle de 40 centimètres de longueur, portant cinq grandes divisions, lesquelles correspondent, de bas en « Fig. 49. — Indicateur automatique de CO2 dans l’air, d’après Wolpert. haut, aux litres de CO2 suivants : 0,7 p. 1,000 (Air •pur)-, 1 p. 1000 (tolérable); 2 [mauvais); 4 (très mauvais); 7 (extrêmement mauvais), comme le montre la figure 49 (*). D. La richesse de l’air en vapeur d’eau n’est point indifférente à la santé. Mais ce que l’on sait sur ce point ne saurait être bien compris qu’après l’étude des Propriétés physiques de l’air et, spécialement, de la température atmosphérique et des pluies. Nous renvoyons aux développements qui seront donnés, plus loin, à ces objets. II. — Éléments accidentels de l’atmosphère. La plupart des corps dont il va être question sont presque aussi coti- stanls dans l’air que les précédents, mais leur présence ne se conçoit pas comme nécessaire ; ils procèdent d’ordinaire de circonstances liées à la vie des êtres organisés, à l’existence de l’homme en société, à ses habitudes, (*) Le cordon B est décoloré jusqu’à 2 p. 1000. Eu A, ou voit les détails essentiels de l'appareil à son industrie. Ils constituent un caractère plus local, plus varié, selon les temps et selon les lieux, que les proportions d’oxygène, d’acide carbo- nique, et môme de vapeur d’eau. A. Éléments accidentels gazeux. — Les premiers dont il va être question, quoique étant des impuretés, sont tellemenls constants, qu’ils pourraient être mis sur le môme pied que l’un des éléments normaux, l’acide carbo- nique. 1° Ammoniaque. — C’est le corps auquel s’applique le mieux cette for- mule. « D’après l’opinion émise par Boussingault et reprise par Scblœsing, les nitrates enlevés au sol par le drainage naturel des eaux pluviales et versés dans la mer, y seraient décomposés sous l’action de la vie sous- marine et ramenés à l’état d’ammoniaque. Les eaux marines en renferment, en effet, des quantités appréciables qui s’en échappent graduellement avec l’eau évaporée. Là serait l’origine de l’ammoniaque normale de l’air, peu variable d’un point à l’autre d’un grand pays comme la France. » (Annuaire de Montsouris.) Par un autre côté, l’origine de l’ammoniaque la range bien dans les éléments accidentels; ses proportions dans l’air oscillent, en effet, selon que les décompositions organiques, fumiers, foyers putrides des grandes villes, en dégagent plus ou moins, par localités. Elles sont toujours très faibles, ainsique l’on peut en juger par le tableau suivant, que Renk emprunte à Fodor et à quelques autres auteurs: Ammoniaque dans l’air libre (par mètre cube). Auteurs. Localités. Græger Mulhouse (par la pluie) Kémp Côtes d’Irlande Frésénius Wiesbaden, de jour — — de nuit Horsford Boston, en juillet — — en décembre Pierre Caen, à 3 mètres au-dessus du sol (hiver).. — — à 8 mètres — (année). Bineau Lyon, à 7m,50 — — — à 23 mètres — — Caluire, en été Viu.e Paris Brown Burton, sur le Trent — Aux environs de la ville.... Smith Clermont-Ferrand Au puy de Dôme Au pic de Sancy Montsouris (moyenne) Budapest (moyenne do 1819) — moyenne de jour.. — — do nuit.. Truchot. Lévv. . Fodor Ammoniaque par mètre cube, en milligr. 0,425 4,G4 0,126 0,218 62,3 1,55 4,515 0,645 0,425 0,27 0,132 0,032 4,19 2,78 0,10 0,93 à 2,79 1,12 à 3,18 6,27 à 5,55 0,022 0,0331 0,0461 0,0475 Solon les deux derniers savants, les proportions d’ammoniaque sont à leui minimum en hiver, augmentent au printemps, atteignent le maximum en été, et se maintiennent encore assez haut en automne. En Ecosse, sur divers points de Glascow, on a obtenu les nombres sui- vants, par mètre cube d’air : Milligr. Western Inflrmary .. 0,015 d’ammoniaque. IIospital-Kcnnedy-Street 0,019 — Sailor's Home 0,024 — Calton 0,044 — Stirling-Square 0,059 — Quoique toxique, l’ammoniaque n’existe pas dans l’air libre, à un taux qui puisse, par lui-môme, compromettre ni même influencer la santé. Il n’en est pas tout à fait de même dans les espaces clos, lorsque la décom- position de matières azotées envoie dans un air limité des quantités considérables d’AzH3 à l’état gazeux. C’est tout d’abord un indice de putri- dité. En outre, ce gaz et ses combinaisons peuvent avoir des effets d’irri- tation locale sur diverses muqueuses; à la rigueur, influencer la consti- tution du sang. Mais alors, comme dit Renk, son action se confond avec celle de tant d’autres gaz ou corps volatils, que l’on ne sait pas bien quelle est sa part. D’après les expériences de K.-B. Lehmann, à l’Institut d’hygiène de Munich, l’ammoniaque ne produit des effets pathologiques chez les animaux (chats, lapins, cobayes, rats), qu’à des doses assez élevées, en général dépassant ! p. 1000. Les effets immédiats sont plutôt généraux et consistent dans le ralentissement de la respiration. Puis, à partir de 2 p. 1000, se manifestent les effets locaux, dont le trouble de la cornée est l’un des pre- miers et des plus constants. Il faut arriver aux doses de 15 à 30 p. 1000, pour remarquer des signes violents de douleur et déterminer la mort des animaux, au milieu delà dyspnée et des convulsions. Si la dose, assez forte, n’a pas été poussée jusqu’au point d’entraîner la mort, il se produit de l’œdème de la glotte, des hémorrhagies sous-muqueuses, du catarrhe bron- chique, de l’œdème pulmonaire, mais pas de gangrène ni de nécrose. Il va sans dire que, chez l’homme, l’inhalation de pareilles quantités d’ammoniaque ne se réalise que dans certaines circonstances rares, qui rentrent dans les accidents de l'industrie (fabriques de glace par l’appareil Carré, fabriques de soude, etc.). Il y a de si grandes inégalités dans les proportions d’Aztl3, selon les lieux et les temps, que Renk y voit la preuve qu’une bonne parlie de l’ammoniaque de l'air n’est pas à l’état gazeux, sans quoi elle obéirait à l’action des courants et de la diffusion, mais à l’état solide et qu’elle reste en suspension dans l’air comme le charbon de la fumée. En effet, AzH3 se combine avec les acides carbonique, nitreux et nitrique de l’air; le carbonate d’ammoniaque peut rester volatilisé, mais cela n’arrive pas, à la température ordinaire, au nitrate d’ammoniaque. Nous avons dit précédemment (page 174) que Scklœsing regarde la mer comme la principale source, ou tout au moins comme le régulateur de l'ammoniaque de l’air. L’azote des matières animales ou végétales décomposées s’oxyde dans le sol et ce sont des nitrites et des nitrates que l’eau souterraine et les fleuves portent à la mer; celle-ci réduit les nitrates et met de l’ammoniaque en liberté. Le professeur Fodor tend à se séparer de cette théorie et fait ressortir que l’ammoniaque de l’air vient de la surface du sol, qu’elle augmente avec les cir- constances qui favorisent la putréfaction et qu’elle est comme la mesure de la propreté des localités. Dosage de l’ammoniaque. — Le môme savant hygiéniste dose AzII3 en faisant passer de 4 à 10 ou 12 mètres cubes d’air sur l’acide sulfurique étendu ; la solution acide et les eaux de lavage sont ensuite soumises à la distillation avec du lait de chaux, jusqu’à ce que toute l’ammoniaque soit passée. On détermine alors la pro- portion d’ammoniaque dans les produits de la distillation au moyen du réactif de Nessler et de la solution normale au 100° de chlorure d’ammonium, comme terme de comparaison. 2° Acides nitreux et nitrique. — Ils se forment de l’azote et de l’oxygène de l’air, sous l’influence de l’étincelle électrique, et aussi de l’oxydation (par l’ozone) de l’ammoniaque provenant des décompositions de matière azotée. Les proportions dans lesquelles ils existent dans l’atmosphère sont très faibles et n’intéressent probablement pas la santé. On ne parvient à les doser qu’en analysant les eaux météoriques, qui les dissolvent, comme nous avons vu aussi (p. 175) qu’elles dissolvent de l’ammoniaque. Acide nitrique par litre d’eau météorique. Auteurs. BxnnAL Bocssingault Localités. Paris Vosges — par une pluie d'orage Paris AzOS par litre, en milligr. 6,2 0,28 0,4 à 2,1 — •— d'un brouillard condense 10,1 — eau de neige 0,3 à 4,0 Way Angleterre (eau de pluiel Bobiebbe Nantes GoPPEt.SUÔDER . . . . . Bâle Eiciihorn Kutsclien 0,12 Insterburg 1,72 Rcgenwalde y,87 — Proslcau Les météorologistes de Montsouris trouvaient (1877) de 0raer,3 à 7msr,8 Az O5 par 100 mètres cubes d’air, à Paris. On pourrait, dans certaines fabriques de produits chimiques, en rencon- trer des proportions plus élevées et plus offensives. 3 1 impuretés gazeuses ou volatiles. — Elles ont un caractère tout à fait contingent. Leur présence est liée à des conditions locales; elles ne sont sensibles qu à une courte distance du point où elles se sont formées et ne sont pas durables. On peut les rattachera trois ordres de causes: les décom- positions organiques, l’industrie, la vie de l’homme et des animaux. a. (jo.~ de décomposition organique. — A cette classe pourraient se ratta- chai , pour une grande part, 1 ammoniaque et Y acide carbonique, sur lesquels nous ne reviendrons pas. h hydrogène protocarboné se remarque dans l'air des marais (Roth et Lex); il caractérise l’air de certaines galeries de mines (grisou). L hydrogéné sulfuré, qui accompagne quelquefois le précédent, dans les contrées malariales, est un des produits les plus constants de la putréfaction et fait toujours partie, avec Y ammoniaque, les amines, les acides gras volatils, des gaz des fosses d’aisances, des égouts mal faits, des fleuves qui reçoivent les déjections urbaines (la Tamise en 1833, sous les fenêtres du Parlement). La pratique de la vidange à la main et en petits tonneaux mal fermés en verse, tous les matins, des torrents dans les rues de Lille (sulfhydrate d’ammoniaque). On peut rapprocher des gaz dont il est ici question les émanations des cimetières mal soignés, des voiries, des clos d’équarrissage, des fabriques d’engrais (Paris, en 1880); ce qui nous conduit aux gaz d’industrie. On a signalé Y hydrogène phosphoré dans l’air des cimetières. L’acide sulfhydrique est toxique pour les animaux (chiens et chats) dans les proportions de 2,5 à 5 p. 1000 qui, heureusement, ne se réalisent jamais à l’air libre. Mais le fait se produit peut-être dans les fosses d’aisances et sur certains points des égouts. Dans tous les cas, les gaz de la putréfaction, y compris ceux des égouts et des latrines malpropres, ne peuvent déterminer que des intoxications et n'engendrent pas de maladies infectieuses. A cet égard, la théorie anglaise (■Seivergases theory) sera discutée au chap. de I’Hygiène urbaine. L’idée de Wernich, que les gaz de la putréfaction disposent le sang humain à être le milieu de culture des germes infectieux, a été réduite à néant par Buchner et par F. Renk. Ce dernier admet toutefois une intoxication chronique par l’inhalation prolongée de ces mômes gaz, avec des désordres de l’héma- topoïèse et de la digestion qui entraînent peu à peu l’inanition, l’amaigris- sement, la faiblesse intellectuelle et physique. Zuber restait dans le doute vis-à-vis de cette « hypothèse ». Cependant, à défaut de vérification par le laboratoire, il semble bien que l’observation naturelle montre quelquefois la réalisation plus ou moins parfaite de l’état décrit par Renk, chez les habitants de quelques quartiers des villes dont les logements abritent, d’une façon spéciale, la putridité. b. Gaz de l'industrie. — La plupart des houilles sont pyriteuses; d’où il suit qu’en brûlant, elles répandent des vapeurs d'acule sulfureux, qui, à la faveur de l’humidité de l’air, se transforme en acide sulfurique. Le chauffage domestique au charbon de terre projette déjà de ces acides dans l'air urbain, mais ils ne sont qu’une infime partie de ce qu’en versent les hautes cheminées d’usines (400 à Lille, environ), les fours des verreries, les fabriques de bleu d'outremer par le procédé français, les fabriques d’a- cide sulfurique. On compte lBr,67 d’acide sulfurique dans 1000 mètres cubes de l’air de Londres; 2e%518 à Manchester (A. Smith). On en trouve aisément 22 milligrammes dans 1 litre d’eau delà pluie de Lille (Ladureau). Renk cite, d’après Hasenclever, une usine qui mêle à l’air 1,440,000 quintaux de gaz acides, dont 58 p. 100 d’acide sulfureux dû à la combustion de la houille. C’est un inconvénient sérieux. Outre le fumet désagréable de ces vapeurs, elles brûlent les plantes, acidifient l’eau des citernes, attaquent les instruments et les ustensiles de cuivre ou d’acier, déco- lorent les papiers de tenture, ternissent Iqs étoffes, etc. A Lille, la pluie troue rapidement les toitures en zinc et les plombières. On ne sait quelles influences l’acide sulfureux, dans ces conditions, peut avoir sur la santé; elles ne semblent pas devoir êlre heureuses, bien que quelques-uns aient rappelé, à celle occasion, les propriétés antiseptiques de ce gaz. Les recherches de Masanori Ogata, qui ont l’assentiment de Lehmann, tendent à prouver que l’acide sulfureux n’a pas, vis-à-vis des grands animaux, l’indifférence relative que lui attribuait L. Ilirt. Il tue les lapins à la dose de 2 ou 3 p. 1000. Indépendamment de son action irritante, ce serait un « poison du sang ». A vrai dire, les proportions mortelles n’existent pas dans l’air libre; mais elles pourraient quelquefois so présenter dans l’industrie. L’ammoniaque fait quelquefois partie des gaz d’industrie (Voy. plus haut). Dans d’autres circonstances, ce sont des vapeurs de chlore, d'arsenic, d'acide phosphorique. Le chlore est un des gaz les plus toxiques que l’on connaisse, et, d’après Lehmann, ses effets sont beaucoup plus intenses que ne l’ont cru L. Hirt et Eulcnberg, puisque le premier n’a pu, dans ses expériences sur les animaux, aller au delà de la proportion 0,8 p. 1000 dàns l’air qu’il leur faisait respirer. Les phénomènes manifestés par les victimes sont ceux d’une excitation violente et douloureuse, la dyspepsie et, plus tard, la somnolence. L’acide chlorhydrique (fabriques de soude) agit comme l’ammoniaque (Lehmann). Les fabriques d’ammoniaque mêlent à l’air de l’hydrogène sul- furé, du sulfhydrale d’ammoniaque, de Y hydrogène arsénié; les ateliers de vulcanisation du caoutchouc y envoient du sulfure de carbone; les fonderies de suif, les fabriques de vernis, celles de bâches imperméables, y répandent des acides gras volatils; les tanneries y mêlent des gaz de putréfaction. Le gaz d’éclairage a droit à une mention particulière. Sa canalisation dans le sol en fait pénétrer des torrents sous le pavé des villes, par les Assures ou les maljoints des conduites; de là il se diffuse dans l’air. C’est, comme nous le dirons, un mélange très complexe d’hydrocarbures, la plu- part odorants, et d’oxycle de carbone (3 à lo p. 100), gaz éminemment toxique, mais dont la nocuité ne s’exerce pourtant que dans les espaces clos (Voy. Habitations, Éclairage). c. Produits gazeux ou volatils dus à la vie de l'homme et des animaux. — Ceux-ci ont une grande importance, de ce fait qu’ils atteignent tout d’abord l’air limité des habitations et des rues. En tête de ces produits se placent ceux de la respiration. On savait depuis longtemps que Y air expiré des poumons de l’homme et des animaux vicie 1 air des espaces clos, par l’acte carbonique, dont les proportions s’élèvent aisément à 1 p. 1000 et davantage, dans une chambre de caserne à la An de la nuit, dans une salle de classe après quelques heures de séjour des écoliers. Mais 1 on se rendait bien compte que cette viciation par de telles proportions de CO2 n’est qu’une infériorité de l’air, et ne le rend ni toxique ni infectieux. Aussi supposait-on que l’air expiré renferme quelque autre chose de beaucoup plus oü'ensif; ce quelque chose devait être tout au moins de la matière organique de déchet, putrescible ou déjà putride, dans un état de division extrême, volatile peut-être; et même, le cas échéant, cette matière expulsée par l’acte expiratoire pouvait renfermer de véritables germes infectieux. Or, ces hypothèses se sont évanouies quand on les a soumises à la véri- fication expérimentale. L’air expiré n’est pas aussi optiquement pur que le prétend Tyndall, car il contient une partie des poussières qu’avait intro- duites l’air inspiré; mais la surface vésiculaire ou bronchique ne fournit aucune molécule solide, germe ou autre, à la colonne d’air que le poumon rejette; c’est le contraire, cette surface relient les poussières qui sont venues à son contact. Ilermans démontre, par l’analyse chimique, que l’air d un espace clos, dans lequel a respiré, pendant huit heures, un homme préalablement baigné et vôtu d’effets absolument propres, bien portant, et n’ayant spécialement aucun trouble des fonctions digestives, ne révèle pas trace de matière organique aux réactifs les plus délicats (solution de camé- léon). Il n’y a, par conséquent, pas de matière oxydable volatile dans un pareil air, non plus, apparemment, que de poussières organiques en sus- pension. W. Dubreuilh et J. Straus, d’autre part, ont reconnu que l’air expiré est généralement pur de germes; la respiration des hommes fixe les microbes sur le poumon, et ce pourrait être un moyen de purifier l’air à cet égard. Il reste pourtant, de ces études, une remarque récente, qui prouverait que tout n’est point erroné dans l’intuition de nos devanciers, et que la respiration de l’homme et des animaux met une substance volatile nuisible dans l’air des espaces clos. Ce sont les constatations de Brown-Séquard et de d’Arsonval, communiquées à la Société de biologie (24 décembre 1887 et séances suivantes), d’après lesquelles l’air expiré contiendrait une ou plu- sieurs substances toxiques telles que, si l’on injecte à un lapin 6 à 7 grammes du liquide obtenu par la condensation des vapeurs pulmonaires qu’entraîne l’air expiré sortant de la bouche d’un homme, on observe des troubles divers (dilatation pupillaire, ralentissement de la respiration, accélération du pouls, abaissement de température, faiblesse paralytique) et même la mort, lorsque l’injection va à 15 centim. cubes de ce liquide. La toxicité de ce liquide ne diminue point par l’ébullition. Pour les auteurs, c’est un « alcaloïde volatil », sécrété parles poumons et très analogue à la ptomaïne que Brieger appelle « névrine putréfactive ». Toutefois, A. Dastre et P. Loye, qui admettent que l’excrétion de divers composés, tels que le carbonate d’ammoniaque, peut être une fonction per- manente de la glande pulmonaire, ont appelé l’attention sur la nécessité de distinguer entre l’air qui sort du poumon directement et celui qui a, en outre, traversé les voies respiratoires supérieures, les bronches, le pharynx, la bouche. En faisant agir le premier seul, ces derniers auteurs n’ont observé aucun accident. Mais comme dans la réalité des choses, c’est le second, c’est-à-dire l’air mixte, qui se répand dans les pièces où se trouvent des hommes ou des animaux, il convient d’accorder la plus grande atten- tion aux résultats de Brown-Séquard et de d’Arsonval. L'anthropoxine n’est plus une simple vue de l’esprit; il y aurait môme une zootoxine pulmonaire. D’ailleurs, cette viciation organo-chimique de l’air est complétée par l’évaporation de la sueur et par ses éléments volatils (acides formique, buty- rique, acétique, propionique), ou les produits de leur décomposition dans les vêtements que la sueur imprègne (ammoniaque, acides valériamque, capro'ique, caprylique), avec des substances odorantes, variables selon les individus. La peau elle-même fournit de ces dernières, indépendamment de la sécrétion sudorale, en santé ou en maladie. Le tube digestif, de la part des personnes chez qui ses fonctions sont quelque peu pénibles, évacue des gaz et des vapeurs odorantes, par haut ou par bas. Les gaz qui se sont accumulés dans l’intestin s’échappent avec l’excrétion fécale qui, elle-même, encore à l’état frais, en met en liberté d’autres avec des essences odorantes (acide carbonique, ammoniaque, hydrogène, acides butyrique, acétique, indol, phénol, scalol). Lorsque les déjections ont fermenté, c’est le tour de l’hydrogène sulfuré et des amines. Dans de mauvaises conditions, que l’on spécifiera ultérieurement, les cabi- nets d’aisances sont le foyer de production de ces éléments et en pénètrent l’air des habitations. Le chauffage et l'éclairage produisent toujours de l’acide carbonique; le second fournit presque toujours de la vapeur d’eau. Selon que les appa- reils sont plus ou moins parfaits et fonctionnent plus ou moins bien, ce sont là aussi deux sources d’oxyde de carbone, de vapeur de charbon, de carbures d’hydrogène, d’acides sulfureux et sulfurique. Le passage des poussières organiques sur la paroi rougie des poêles de fonte donne lieu à la forma- tion de produits de distillation sèche, mal odorants. La fermentation de la gélatine des enduits, de la colle de pâle sous les papiers de tenture, des matériaux de construction quelconques, à la suite de l’invasion des moissisures ou des Schizomycètes, dont beaucoup fabri- quent des odeurs, est une cause fréquente d’imprégnation fétide de l’air des appartements. Les odeurs de crasse et de renfermé sont dues, vraisem- blablement, à la fermentation des molécules organiques déposées par les contacts et par la sueur sur les vêtements, les meubles, les objets de toi- lette. Il n’y est remédié que par la propreté et par la ventilation, qui oxyde à fond ces substances en proie à la décomposition lente. 11 suffit d’une mention, défavorable d’ailleurs, aux parfums artificiels, dont quelques-uns aiment à s’entourer, et même aux fleurs odorantes, dont la place n’est pas dans les pièces habitées. L'homme fuit instinctivement les mauvaises odeurs et recherche les odeurs agréables; c’est aux plantes, le plus communément, que l’on demande celles-ci et c’est là qu’est le principal danger; parce que les fanatiques des fleurs s’en entou- rent dans les appartements et que les plantes respirent, par conséquent altèrent aussi l'atmosphère (la nuit surtout). Cependant, on cite quelques faits qui prou- veraient que les parfums végétaux par eux-mêmes peuvent être cause d’accidents graves et même mortels. Ainsi, cet épicier et son domestique, cités par Wiel et hnehm, que 1 on trouva morts dans leur chambre pour avoir couché en compagnie de trois caisses d orangers, et cet autre imprudent qui s’était fait une sorte d’al- (ô\o avec des branches d Oleandcr, et qui éprouva le même sort (Les parfums du laurier-rose ont peut-êlre une toxicité spéciale). Les odeurs de la putréfaction éloignent tout naturellement les humains des foyers où s accomplit ce phénomène. Cependant IN'ægeli fait remarquer que la putréfaction suppose nécessairement l’humidité ; or les spores de champignons infectieux ne quittent pas les surfaces humides; par conséquent l’odeur de putré- faction indique précisément qu’il n’y a pas encore de danger. C’est quand le foyer est à sec, que le dégagement de gaz cesse et qu’il n’y a plus d’odeur, que les germes infectieux peuvent se répandre dans l’atmosphère et gagner nos voies respiratoires. On comprend, dans cette conception, que des auteurs aient déclaré inoffensives les selles fraîches de cholériques ou de Lyphoïsants. En fait, les médecins, si souvent atteints par l’odeur de pareilles déjections; les paysans, qui vivent dans les parfums stercoraux; beaucoup d’ouvriers et même la plupart des citadins, dont l’atmosphère est si souvent pénétrée de parfums suspects, ne sont pas frappés de maladies en proportion du danger qu’il y aurait, si ces émanations, comme telles, étaient vraiment très offensives. Finalement, au point de vue des applications sânitaires et en dehors de ce qui a été dit des fortes doses de gaz toxiques, la formule ne saurait être l’innocuité des gaz étrangers en proportions minimes, des corps volatils et des principes odorants. « Tout ce qui pue ne tue pas », disait Bouley, et l’inverse est également exact. Mais tout ce qui atteint le simple bien-être diminue l’épanouissement de la vitalité. L’hygiène n’est pas seulement négative ; elle ne se borne pas à enseigner la préservation contre les agents violents; elle tend à élever la santé humaine et, tout d’abord, dans ce but, à maintenir aux milieux leurs vertus positives. La principale vertu de l’air est d’être un tonique et un oxydant; il l’est d’autant plus qu’il est plus pur, comme on le reconnaîtra, h chaque pas, dans ce cha- pitre. De sorte que l’hygiène ne saurait mieux faire que de réclamer la réalisation de la définition des chimistes : « l’air est un gaz incolore, inodore et sans saveur. » Il n’est pas plus normal de respirer un air enta- ché de gaz putrides, de vapeurs irritantes, d’émanations nauséabondes, que de boire une eau sale ou de manger des aliments avariés. Bibliographie. — Wolpert : Ueber Mess un g und Vermehrung der Luftfeuchligkeit in Wohnungen (Corresp. Blatt des Niederrheinischen Vereius f. ôff. Gcsundheitspflg. Côlu, 1876). — Hesse : Bestimmung der Iiohlensciure in der Luft (Zeitschrift f. Biologie, 1877). — Gotschalk : Nachweisbarkeit des Kohlenoxydes in sehr kleinen Mengen. 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Consulter. — Dumas et Boussingault : Recherches sur la véritable composition de l’air at- mosphérique (Annales de chimie et de physique, 3° série, III, 1841). — Boussingault : Recherches sur la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air de la ville de Paris (An- nales de chimie et de physique, 3' série, X, 1844). — Boussingault et Lévy : Observa- tions simultanées faites à Paris et à Andilly pour rechercher la proportion d’acide car- bonique contenue dans Pair atmosphérique (Comptes-rend. Acad, des sciences, XVIII, 1844). — Régnault : Résultat de recherches sur la composition de l’air atmosphérique à Paris pendant le mois de janvier 1848 (Comptes rend. Acad, sciences, XXVI, 1848). Pettenkofer (Max von) : Ueber eine Méthode die Kohlensüure in der atmospharischen Luft zu bestimmen (Abhandl. d. Kgl. Bayer. 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Poussières atmosphériques. — Au point de vue du volume, Nægeli divise les poussières en trois groupes : poussières visibles, poussières solaires, poussières invisibles. Le dernier groupe est essentiellement constitué par les Schizornycètes. Dans le premier, se rangent toutes les poussières visi- bles à l’œil nu. Celles qu’on ne voit que dans un rayon de soleil sur fond sombre forment le deuxième groupe. Tyndall a montré que ce rayon tra- versant un air absolument pur ne serait pas visible. Renie assure néan- moins avoir trouvé un moyen de rendre visibles des poussières qu’on ne remarque pas dans un rayon de soleil ; ce moyen repose sur le fait par le- quel Ailkin explique la formation du brouillard, à savoir, que, dans un air saturé d humidité, la vapeur ne se précipite que sur des molécules solides. Provenance des poussières. — Il y a peut-être des poussières cosmiques ; ainsi les sphérules noires de fer, signalées par Gaston Tissandier, revues par Nordenskjold sur les glaces des régions circumpolaires, et par Schuster au voisinage des Pyramides. Mais le caractère météorique attribué à ce fer par les auteurs précédents est contesté par d’autres, principalement en raison de ce qu’il n’y a pas de poussière de nickel, métal que l’on devrait rencontrer plus souvent que le fer, s’il y avait des poussières d’origine cosmique. Les poussières les plus communes viennent de l’usure des roches, sous l’action delà température et de l’eau. Bien que lourdes, elles sont assez ténues pour que le vent les soulève, les transporte au loin, les étale sur les continents, dont elles modifient le relief, avec l’aide des siècles. On leur attribue la formation des grandes plaines qui s’étendent du Mississipi aux Montagnes Rocheuses, les steppes de la Chine et de l’Asie centrale (v. Richthofen). D’autres fois la poussière est due à des phénomènes volcaniques. Celle qui ensevelit Ilerculanum • et Pompéi, et qu’on appelle improprement « cendre», est de la lave porphyrisée parles gaz développés pendant qu’elle était en fusion. Dans les villes, le frottement des roues de voitures et les pieds des che- vaux pulvérisent, à la surface des chaussées, des matières calcaires et sili- ceuses, que la trépidation du sol en détache ensuite et que le vent disperse. Le charbon, le silex, les sels terreux, alcalino-terr eux et alcalins, ne font jamais défaut dans la poussière urbaine (Miquel). Le silex y apparaît soit en frag- ments à arêtes aiguës, soit en grains extrêmement ténus. Le carbonate et le sulfate de chaux se rencontrent à l’état amorphe ou semi-cristallisés. Miquel a maintes foisconstaté, contrairementàl’opinion decertainsauteurs, que l’air renferme des cristaux à formes géométriques parfaites. Mais c’est surtout la poussière de charbon qui est le fléau des grandes villes, indus- trielles spécialement, Londres, Manchester, Birmingham, Lille, Barmen, Elberfeld, etc. (Yoy. hygiène urbaine). Renkinsiste sur le désagrément qu’in- flige à tout le nord-ouest de l’Allemagne la fumée de la tourbe (Moorrauch), provenant de l'habitude qu’ont les paysans de la Frise et de certaines régions de la Hollande de brûler, au printemps, d’énormes quantités de tourbe pour pouvoir cultiver dans ses cendres un peu de froment, de seigle ou d’avoine. Des pays entiers, très éloignés des marais tourbeux, sont in- festés de cette poussière charbonneuse et de ces noirs nuages, juste au mo- ment (avril-mai) où le réveil de la nature devrait la rendre le plus agréable. On peut rapprocher des précédentes les poussières industrielles, si variées, simplement irritantes ou sérieusement toxiques, dont le détail sera donné en son lieu. Enfin, les règnes organiques fournissent une quantité de poussière que Gaston Tissandier a évaluée au tiers de la masse pulvérulente qui existe dans l’atmosphère des villes. Tichborne (Dublin) et Wolfinger (Munich) indiquent à peu près la même proportion. Ehrenberg, dès 1828, recon- naissait dans l’air de Berlin la présence d’organismes propres aux régions africaines et, dans l’air du Portugal, des débris d’infusoires appartenant aux steppes d’Amérique. Ce fut le commencement des immenses décou- vertes qui allaient être faites sur le rôle des germes de l’air. Les poussières végétales sont ou dos microorganismes vivants et leur» spores, ou des débris de fibres, de cellules, de pellicules épidermiques, de spires de trachées, de poils végétaux. Dans l’air des habitations, les libres de coton, de lin, de chanvre, abondent. Puis viennent les pollens de toute sorte (fig. 50, d), dont il y a une extrême abondance aux mois d avril, mai, juin. Enfin, les grains d’amidon forment environ la centième partio des poussières organisées, ap- portées par les vents. Les poussières animales com- prennent des cadavres de petits insectes ou leurs débris, des écailles de papillons, du duvet, des brins de laine, des débris de cellules épithéliales, rares en plein air. L’air tient encore en suspension des œufs d’infu- soires ; Ehrenberg, de Quatre- fages, Sanderson, Cunningham en ont jugé ainsi d’après les constatations de ces œufs dans les eaux météoriques. Mais il est très difficile de les trouver dans l’air même, au milieu des autres corpuscules, à l’aide de la réaction de l’ammoniaque, du moment qu’il n’y en a qu’un ou deux, selon l’estimation de Miquel, dans 10 mètres cubes d’air, c’est-à-dire perdus dans 200,000 spores de cryptogames. L’observateur qui vient d’être nommé a réussi, au moyen de procédés ingénieux et qui n’admettent guère d’objections, à obtenir dans l’eau de pluie, à côté de nombreuses productions cryptogamiques, un infusoire voisin du genre Chætomonas, de nombreux infusoires de ceux qu’Ehrenberg a nommés Monas lens, des amibes et des infusoires ciliés très analogues, sinon iden- tiques, à l’espèce Cercomonas crassicaudata de Dujardin ; c’est-à-dire des Monades et des Rhizopodes, comme il était arrivé à Samuelson. Donc il y a des œufs d’infusoires dans l’air, et il n’est pas nécessaire de supposer que les monades et les rhizopodes aient besoin pour exister de passer à l’état de zoospores de cryptogames. D’ailleurs, on s’est assuré que les spores de cryptogames vulgaires, cultivées à l’état de pureté, ne donnent point d’infusoires quand on les ensemence dans de l’eau bouillie. (") a, cristaux. b. débris végétaux, fibreux et cellulaires. — c, grains d'amidon. —d, pollens Miquel). Arnould, Hygiène. ‘2e édit. 21 Fig. 50. — Particules minérales et poussières végétales clc Vatmosphère (’). Suspension des poussières dans l'air. — A l’air libre, ce sont les grands courants atmosphériques qui font flotter les molécules solides, sollicitées d’ailleurs par l’attraction du globe. Dans les habitations, selon la remarque de Nægeli, cet effet est dû aux courants de ventilation et même à ceux dont on ne se rend pas compte, qui procèdent des irrégularités de tempéra- ture. En outre, les gaz de l’air se condensent sur les petits corps solides et en augmentent le volume, sans en élever sensiblement le poids. De là une diminution de la densité des corpuscules de la poussière, telle que l’équilibre peut être parfait entre la vitesse du courant d’air et l’attraction terrestre ou même être rompu à l’avantage de la première. Les liquides et les surfaces humides, lors même qu’il y aurait là des molécules en suspension ou lâchement fixées, ne donnent pas de pous- sières. C’est un des faits les mieux établis, grâce aux expériences de Nægeli, Buchner, Pumpelly et Smith, Miquel, Wernich. Cette loi s’appli quant aux microorganismes du sol humide et des eaux souillées, son importance ressort d’elle-même, et la question de savoir si les vapeurs émanées d’une surface liquide entraînent avec elles des microorganismes et des germes est résolue négativement. Une circonstance, toutefois, fait brèche à celte loi tutélaire, c’est que les liquides violemment agités, ou dans lesquels se forment des bulles de gaz qui viennent éclater à la surface, projettent de fines gouttelettes dans l’air par une sorte de pulvérisation ; les molécules solides primitivement en suspension dans cette part du liquide se trouvent ainsi transportées dans l’air et peuvent y rester. Quantité des poussières. — Gaston Tissandier trouvait, dans l’air de Paris, 6 milligrammes de poussière par mètre cube, après la pluie, et 25 milligrammes par la sécheresse. A son estimation, 15 kilogrammes de poussières environ flottent dans une épaisseur de 5 mètres de l’aiu qui couvre le Champ-de-Mars (500,000 m.q.). A la campagne, le même savant n’obtenait que 0B'er,25 après la pluie et 3 à 4mgr, 5 en temps sec. Fodor, dans l’air libre, arrive aux moyennes de 0mgr,42 en automne, 0mgr,24pour l’hiver, 0mgr, 35, au printemps et0mgr, 55 en été. En somme, les recherches portant sur la poussière en général sont peu nombreuses. On s’est porté avec beaucoup plus de soin vers la recherche des poussières animées, et nous n’aurons à indiquer cette technique spéciale qu’à l’occasion des microorganismes de l’air. Rôle étiologique des poussières. — En en séparant, jusqu’à nouvel ordre, les corpuscules vivants, les poussières atmosphériques semblent pouvoir se distinguer en indifférentes, vulnérantes, toxiques, septiques. Les premières proviennent surtout des substances végétales, sont de faible consistance, n’attaquent point nos tissus et sont facilement arrêtées par l’épithélium vibralile des bronches. Les secondes, calcaires, siliceuses, charbonneuses, sont dures et sou- vent pourvues d'angles et d’arêtes qui leur permettent de forcer la résis- < tance du revêtement épithélial des voies aériennes. Les poussières toxiques, de provenance minérale (plomb, arsenic), agissent beaucoup plus par absorption que par pénétration et, à la rigueur, peuvent être prises par la muqueuse des lèvres, de la bouche, être déglu- ties avec la salive et jouer leur rôle d’agents vénéneux, sans s’introduire très profondément dans le système respiratoire. Les poussières septiques nous paraissent compléter l’imprégnation lâ- cheuse de l’air que nous avons déjà signalée à propos du poison pulmo- naire et des émanations odorantes. Les poussières de toute espèce peuvent pénétrer et pénètrent dans l’économie. Deux circonstances ont pendant longtemps retardé la reconnaissance de ce fait, aujourd’hui unanimement admis; d’une part, on croyait que les poils placés à l’entrée des fosses nasales et surtout les cils vibratiles de l’épithélium bronchique empêchaient l’accès de molécules étangères jusqu’aux alvéoles du poumon; en sup- posant même que cet obstacle pût être franchi, comment les molécules minérales ou autres auraient-elles traversé la paroi alvéolaire? toul au plus les fragments ■pierreux ou métalliques, à angles aigus et à arêtes tranchantes, en paraissaient-ils capables. D’autre part, quand il s’agissait de la présence, dans le poumon, des molécules charbonneuses, les plus communes de toutes, il se posait toujours la question de savoir si les amas noirs n’étaient pas simplement du pigment d'origine animale plutôt que du charbon véritable. La première difficulté était la plus sérieuse. Pearson en 1813, Laënnec en 1819, et beaucoup d’autres après eux, en France ou en Angleterre, avaieut affirmé la présence du charbon dans le tissu pulmonaire et indiqué les rapports de cette lésion avec la profession de charbonnier. Cependant, lorsque Villaret (1862), à l’aide d’expériences sur des lapins, eut démontré directement que la respiration d’une atmosphère charbonneuse entraîne le dépôt de molécules de charbon dans les alvéoles, il se crut obligé, en faisant la théorie des résultats obtenus, de sup- poser que ces molécules avaient pris le chemin très long de la circulation générale ; elles avaienl été absorbées sur la muqueuse digestive par les veines mésentériques, transportées par la veine-porte au foie, de là au ventricule droit, puis au poumon. Une circonstance qui le frappait particulièrement, c’est qu’il n’arrivait pas de pous- sière dans les alvéoles dans un laps de temps moindre que 6 heures d’inhalation. Il n’y a plus aujourd’hui à discuter ce point. Les poussières de toute espèce suivent la voie bronchique, gagnent la vésicule pulmonaire et en traversent la paroi pour atteindre jusqu’au tissu conjonctif du poumon. Zenker (1865-67) dé- montra que les particules poussiéreuses n’ont même pas besoin pour s’introduire de posséder des angles ou des aspérités ; ainsi, la poussière d’oxyde de fer, com- posée de grains arrondis, nullement offensifs, se retrouvait dans les alvéoles. En •ce qui concerne la poussière de charbon, Traube (1860) la reconnaissait dans les cellules et le tissu du poumon, après la mort, chez un individu qui avait pratiqué Je commerce du charbon de bois. Virchow, après quelques hésitations fondées sui- des raisons physiologiques (l’absence de particules charbonneuses dans l’épaisseur de la cloison inleralvéolaire, leur accumulation sous la plèvre), déterminait non seulement la nature des amas noirs, mais jusqu’à l’essence de bois qui les avait fournis. Selon Robin, la pénétration des particules solides dans les tissus se fait, non par déchirure, mais par pression; les éléments histologiques s’écartent pour laisser passer ces molécules et se referment sur elles. Rindfleisch (1871) proclame de meme que les particules poussiéreuses adhérentes à la paroi vésiculaire ne peuvent recouvrer leur liberté; leur pesanteur aide à la pénétration. Arrivées dans le parenchyme pulmonaire, elles suivent le torrent des fluides nourriciers exlra- 'asculaires, rencontrent les éléments cellulaires qui sont capables de fixer dans leur protoplasma les corpuscules solides de très petites dimensions, les corpus- cules du tissu conjonctif, les cellules migratrices (Wanderzellen); celles d’entre elles qui ne sont pas fixées gagnent la racine du poumon et s’incorporent aux glandes lymphatiques du médiastin. Il conviendrait, selon nous, d’ajouter à la dureté, avec ou sans arêtes, la ténuité comme condition qui favorise la pénétration des molécules minérales dans l’épais- seur du tissu pulmonaire. Los poussières de coton, comme telles, ne possèdent ni l’une ni l’autre de ces qualités dangereuses et, s’il est certain qu’elles pénètrent aisément dans les bronches, même les petites, il l’est beaucoup moins qu’elles traversent la paroi alvéolaire, comme le charbon, et forment des noyaux ou amas dans le tissu conjonctif du poumon. Il semble, en efi'el, que les maladies profes- sionnelles de cette origine soient plutôt des catarrhes bronchiques que des pneu- moconioses. (Voy. Hygiène industrielle.) Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que toutes les poussières peuvent être ingérées aussi bien qu’inspirées, puisque l’air choque d’abord les lèvres, le palais, le pharynx, avant de s’engager dans les voies res- piratoires et qu’elles sont aptes à pénétres par toute solution de continuité de la peau. Cette réflexion vaut également pour les microorganismes de l’air. Les poussières, minérales ou autres, ont encore une action mécanique fâcheuse sur la peau, dont elles obturent les pores ou qu’elles irritent sim- plement. Cette action irritante est plus sensible là où le tégument fait place à une membrane plus délicate, comme sur la partie extérieure du globe oculaire. Les grandes villes, où le macadam a remplacé le pavé dans beaucoup de rues, où les démolitions, les bâtisses nouvelles, le grattage des façades, font voler incessamment la poussière jusqu’aux yeux et aux poumons des passants, doivent à cette pulvérulence commune une part de leur insalu- brité (Bertillon, 1869). Certaines essences d’arbres, particulièrement re- cherchées pour les avenues des cités, versent dans l’atmosphère des pous- sières d’origine végétale, très offensives ; Durwel (1873) et Kestner (1879) ont dénoncé, sous ce rapport, en Alsace, la poussière des platanes. Les feuilles, les fruits et les jeûnes pouses de ces arbres, particulièrement des espèces d’Occident, se recouvrent dès le printemps d’une poussière blan- châtre, d’abord très adhérente, qui se détache en août-septembre, par les vents secs. Les yeux, le larynx, les bronches, en sont directement atteints ; de la toux et même des crachements de sang en résultent parfois chez les gens qui ont séjourné sous ces arbres. Le Comité de salubrité du cercle de Mulhouse, api'ès enquête, a dû donner le conseil de subs- tituer aux platanes des promenades urbaines des arbres n’offrant pas cet inconvénient. On trouvera plus loin la liste des professions à poussières, l’indication de la nature et des effets particuliers de celles-ci, les moyens de pro- phylaxie (Voy. II0 Partie: Hygiène industrielle). Les maladies qui s y rattachent sont toutes des affections banales ou des intoxications, jamais des maladies infectieuses. Les poussières septiques sont formées des molécules détachées du corps de l’homme, sain ou malade, et de celles qui s’élèvent des divers foyers de putréfaction, quand la surface en est suffisamment desséchée pour pouvoir se fendiller, s’effriter et abandonner des parcelles de matière sous l’influence des chocs ou des courants aériens. Il est difficile d en- visager isolément les poussières de cet ordre, parce qu’elles portent avec ■elles, d’ordinaire, les microorganismes de la putréfaction ou même quelques-uns de ceux qui ont passé par l’économie d’individus atteints de maladies infectieuses. Pourtant, rien que par elles-mêmes, elles sont des souillures de l’air à un degré plus élevé encore que les gaz et vapeurs de môme caractère. Les particules mortes, de provenance animale ou même humaine, ne sont pas difficiles à démontrer dans l’air atmosphérique. Eiselt (de Prague), Lhalvet, Réveil, Devergie, ainsi que Parités, Stanley, de Chaumont, etc., les ont trouvées dans les salles d’hôpital, associées ou non à des globules de pus. La condensation de la vapeur d’eau de l’air des habitations collectives sur des ballons refroidis, selon les procédés de J. Lemaire, permet aisément de recueillir de semblables débris, rapidement putré- fiables. Les remarques d’Angus Smith ont fixé un fait qu’il était facile de pré- voir, à savoir, qu’à la faveur de l’humidité intérieure, que l’évaporation pulmonaire des individus assurerait au besoin, une semblable putréfaction s’empare en peu d’instants des particules organiques projetées dans l’air des habitations par les individus qui y séjournent. Venues ou non des poumons et de la peau d’hommes sains, ces matières communiquent à l'air une propriété absolument étrangère : Y animalisation. Fraîches, elles ■sont très anormales; putréfiées, il est vraisemblable qu’elles sont offen- sives. Ces corps étrangers sont incessamment et abondamment produits dans les habitations étroites des familles pauvres, où une seule pièce sert, de jour et de nuit, à sept ou huit individus, dont le tégument est d’ailleurs habituellement malpropre; dans les dortoirs des lycées et pensionnats; •dans les chambres de casernes, surtout dans les pays où le gouvernement n’a pas encore assuré aux soldats le bénéfice du bain régulier. L’atmos- phère de pareils locaux est nauséabonde; ceux qui viennent y dormir la trouvent oppressive et n’y obtiennent qu’un sommeil agité ou pénible. Cet état de choses s’aggrave naturellement quand la négligence à l’égard des tplanchers et des parois des pièces habitées leur permet de s’imprégner •de détritus organiques et d’en rendre la poussière à l’air intérieur. Le sol putride de quelques points des villes, des cours et rues que l’on ne pro- tège pas contre le dépôt des immondices, fournit, en temps do sécheresse, des poussières de même nature, qui font échange avec celles des loge- ments. La présence, dans ceux-ci, de latrines défectueuses, avec des abords déjà souillés de matières excrémentielles; le simple voisinage de latrines dans ces conditions, sont encore autant d’occasions de poussières septiques pour les habitations. 32i) Il existe un moyen d’acquérir une idée de l’importance des matières organiques de l’air, lesquelles sont surtout constituées par les poussières septiques. Il consiste à doser séparément Ycimmoniaque albuminoïde de l’air, c’est-à-dire celle qui est en combinaison avec ces matières. En procédant de cette façon (dosage par le permanganate de potasse, méthode de Wanklyn), F. de Chaumont dans l’air des salles de Saint-Mary’s Hospital, et Ira Remsen, à Baltimore, ont constaté par mètre cube : Ammoniaque libre. Ammoniaque albuminoïde. milligr. milligr. De Chaumont 0,3519 à 0,GG80 0,4710 à 0,0915 Ira Remsen 0,07 h 0,12 0,21 à 0,45 On croyait autrefois que Y animalisation et la putridité de l’air, dans lesquelles les poussières dont il est ici question jouent le principal rôle, peuvent par elles-mêmes propager les maladies infectieuses, si elles pro- cèdent de malades atteints d’affections de cette nature, et môme pro- voquer d’emblée certaines de celles-ci, comme le typhus et la fièvre typhoïde, par le simple fait qu’elles émanent de la peau d’hommes sains, de foyers de putridité banale. Cette doctrine a fait place, à peu près complètement, à l’étiologie parasitaire des maladies infectieuses. L’animalisation de l’air ne peut donc plus avoir qu’une influence indirecte sur le développement de ces formes morbides, soit que la putridité atmosphérique fournisse aux germes un milieu nourricier, ce qui est difficile, à cause de la mobilité de ce milieu; soit, plutôt, qu’elle prépare le terrain humain et déprime la vi- talité de la cellule animale: Que les déchets organiques de l’économie, et jusqu’aux matières excré- mentielles, y rentrent par une voie quelconque, par l’estomac ou par le poumon, ce sont des poisons réels, merveilleusement aptes à altérer les- propriétés du sang, à compromettre les fonctions primordiales, celles du cerveau, des organes digestifs, des glandes de l’hémopoïèse. On voit les soldats, dans les casernes, devenir dyspeptiques et anémiques à la fin de l’été, lorsque la chaleur et l’insomnie ont aidé, directement ou indirec- tement, l’action des molécules putrescibles de l’atmosphère de leurs cham- bres. En tout temps, ils ont moins de résistance vis-à-vis des maladies spé- cifiques ou banales de n’importe quelle nature, partageant cet attribut inférieur avec la majorité de la population des villes, surtout de celle qui d’habitude alimente les hôpitaux. D’ailleurs, il peut y avoir des accidents aigus de cette origine et AV. Ham- mond avait quelques raisons de croire que les accidents mortels de la Black Hole de Calcutta n’étaient pas dus uniquement à l’acide carbonique, mais que les malheureux prisonniers s’étaient réciproquement empoisonnés par leurs produits de déchet. A la vérité, il envisageait particulièrement les produits de l’exhalation pulmonaire, qu’ils fussent solides ou gazéiformes, et l’expérience qu’il institua pour démontrer leur toxicité s’applique pré- cisément au poison pulmonaire dont Broxvn-Séquard et d’Arsonval s’effor- cent de démontrer l’existence (Hammond enferma une( souris sous une cloche, en ayant soin d’absorber CO2 et la vapeur d’eau au fur à mesure de leur production et de restituer à chaque instant l’oxygène consommé; l’animal ne mourut pas moins au bout d’une heure. — Mais les expériences plus récentes d’Hermans permettent de conserver des doutes à l’égard de la façon dont la précédente a été menée). i^es inicroorganiitmes «1e l’air. — Cette classe intéressante de pous- sières, dont on ne soupçonne l’importance que depuis les travaux d’Ehren- berg, Schulze, Schwann, Schrœder etvonDusch, et surtout de Pasteur, a été tout d’abord le champ d’exploration préféré des bactériologues mo- dernes. On espérait y trouver les germes d’un grand nombre de maladies, comme les agents des diverses fermentations. L’événement n’a pas enliè- rement justifié les prévisions, et l’étiologie n’a pas reçu de ce côté les lu- mières positives qu’elle attendait. Néanmoins une foule de faits inté- ressants ont été établis et il importe de les connaître, même quand ils sont négatifs. A. Richesse de l’air en microorganisjies. — Les résultats acquis jus- qu’aujourd’hui permettent déjà de faire certaines distinctions instructives. 1° Air libre. Altitude moyenne. — L’air libre, sur le continent, aux alti- tudes moyennes, renferme des chiffres variables de microorganismes, dont les suivants, donneront une idée : Auteurs. P. Miquel De Fiieudenreich. . P. Miquel \V. Hesse Fbankland et Haut. Colonies Localités. par mètre cube. Parc de Montsouris (moyenne de cinq années).. 480 Ville de Berne (rue Fédérale, 1884) 580 Paris (rue de Rivoli, moyenne de quatre années). 3480 Londres (Ryder-Street, juin 1884, par la pluie).. 24o Berlin (janvier 1882) 200 — (février 1882)... 258 Schwarzenberg (octobre 1880, par la pluie) 2383 Kensington (moyenne) 4500 Les chiffres varient selon les années, les saisons, les mois, les jours et même les heures, suivant un certain nombre de lois. Le froid paraît être l’influence la plus antipathique aux bactéries aériennes. Les pluies en dé- pouillent momentanément l’atmosphère; mais, après chaque pluie chaude de l’été, leur nombre s’élève progressivement pendant dix à quinze jours, pour s’abaisser de nouveau, si la sécheresse continue. Moyennes des bactéries par saison (Montsouris). Hiver. Printemps. Été. Automne. 260 495 650 380 bactéries par mètre cube. Les minima appartiennent généralement au mois de février et les maxima au milieu de 1 été. Sur la journée, il y a un premier maximum vers 8 heu- res du matin et un second, très élevé, à 7heures du soir; les minima sont vers 2 heures après-midi et 2 heures du matin. Les couches d air les plus voisines du sol sont toujours les plus riches en organismes. Les bactériens de l’air des villes, dit Miquel, peuvent venir de la campagne, de 1 intérieur des habitations et du sol des rues. 11 en vient peu de la campagne; mais beaucoup de la boue des rues, que cer- taines villes entretiennent par les ruisseaux des chaussées et les gargouilles d’eaux ménagères. Les habitations en cèdent à la rue, par l’ouverture des fenêtres, les jours de grands époussetages. L’air du parc de Montsouris représente assez bien, sous le rapport de la richesse en bactéries, l’air de la campagne. Là, ils sont peu nombreux, parce que les conditions de leur dilîusibilité sont difficiles. Quand la pluie les a fait tomber sur le sol, ils y restent, par le fait de l’humidité d’abord, puis parce que la surface du sol s’encroûte et ne fait pas de poussière ; et aussi parce que les brins d’herbes, les plantes cultivées, les arbres, s’opposent à •ce qu’ils se relèvent dans l’atmosphère. Enfin, les schizomycètes étrangers sont mal venus, à la campagne, parmi les organismes normaux des terrains. 2° Air des espaces limités. — Nous empruntons à P. Miquel et à W. Hesse, les chiffres suivants, qui montrent combien la richesse en bactéries de l’air des habitations l’emporte sur celle de l’air libre : Auteurs. P. Miquei.. ... W. Hesse Espaces clos. Microbes par m. c. Appartements de la rue Monge 36.000 — de la rue Censier (neufs) 4.5G0 Laboratoire de Montsouris 7.420 Nouvel Hôtel-Dieu de Paris 40.000 Hôpital de la Pitié... 79.000 Égouts de Paris (1880) 6.000 Chambre habitée (Berlin, 1882) 6.461 — (Schwarzenberg) 2.600 Salle d’école (Berlin) avant la classe 2.000 — pendant la classe 16.500 — au moment de la sortie des élèves.. 35.000 Écuries de l’office sanitaire (Berlin) 36.000 à 260.000 Atelier de triage de chiffons innombrables. Le nombre des microorganismes s’élève donc avec la condensation des habitants, la vétusté et la malpropreté des immeubles. L’air des égouts en renferme relativement peu. Il est intéressant de faire remarquer que les sédiments atmosphériques qui se déposent sur nos meubles, sur les saillies et dans les encoignures des parois de nos appartements, sont les réelles réserves de microorganismes. Un gramme de poussière renferme, selon Miquel : A l'observatoire de Montsouris 750.000 bactéries. Dans une chambre (rue de Rennes) 1.300.000 — — (rue Monge) 2.100.000 — 3° Air libre sur les hauteurs. — Lucien Benoist, aide de Miquel à Mont- souris, a, le premier, fait des observations bactériologiques sur l’air des hauteurs. 11 opéra au sommet du Panthéon, en 1882, dans des conditions pénibles et méritoires, et obtint une moyenne de 200 microorganismes par mètre cube d’air. De 1883 à 1884, Ed. de Freudenreich (de Berne) observa sur divers points des montagnes de son pays, entre 2,000 et 4,000 mètres d’altitude (Eiger, Strahlegg, glacier d’Aletscb, Schilthorn, Niesen) ; les germes de l’air étaient recueillis par filtration sur des bourres de coton de verre, que l'on soumettait ensuite aux procédés de Miquel. Les résultats furent légèrement variés, mais prouvant toujours l'excessive pauvreté en germes de l’air des altitudes. De telle sorte que Miquel, en inscrivant une bactérie par mètre cube pour l’air des montagnes, n’est vraisemblablement pas au-dessous de la moyenne. -4° Air marin. — La bactériologie de l’air marin a été faite par Miquel, au moyen de récoltes pratiquées sur des bourres de coton de verre par le commandant .Moreau et le Dr Planty Mauzion, en divers voyages sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, des navires la Gironde, le Cambodge, le Saïd, l'Amazone. Peu après, Fischer, de-la marine allemande, obtenait les mêmes résultats dans un voyage aux Antilles. L’air de la mer, au large et par les vents du large, ne renferme autant dire pas de microorganismes, puisqu’il en a fallu 10 mètres cubes pour fournir quatre à six germes cultivables. Quand les navires se rapprochent des cotes (à une distance inférieure à 100 kilom.), on peut en trouver de 0 à -45 par mètre cube, selon que le vent vient de la terre ou non. Le vent de la mer épure, au contraire, l’air des côtes. « La mer est le tombeau des moisissures et des Schizophyles aériens, » dit Miquel. En sa qualité de masse liquide, elle les retient pour toujours et c’est seulement quand elle est grosse et houleuse, qu’elle peut céder à l’atmosphère, par pulvéri- sation d’eau, quelques-uns des microorganismes qu’elle a engloutis. Les salons des paquebots, au départ des ports, renferment une atmosphère beaucoup plus riche en bactéries que l’air marin, mais qui va en s’épurant à mesure que le bâtiment s’éloigne, jusqu’à un point où s’établit l’équi- libre entre l’épuration par la ventilation marine et l’infection par la vie à bord. Dans tous les cas, cette atmosphère est cent fois moins riche en bactéries que celle des habitations parisiennes (Miquel). Il est, d’ailleurs, facile d’expliquer cette absorption des microorganismes par les océans. Ceux qui sont poussés par les vents au-dessus de cette vaste surface, non seulement y tombent par leur propre poids, mais sur- tout sont amenés au contact de l’eau par les courants partiels multiples, que les oscillations thermiques déterminent dans l’atmosphère marine. Une fois dans l’eau, ils n’en sortent plus. B. Nature des micrüorgaxismes de l’air. — Les microorganismes de l'air ne s’y trouvant qu’à la faveur de la dessiccation des surfaces et de leur aptitude à donner de la poussière, on peut s’attendre à trouver parmi eux, avec une notable prédominance, les organismes qui ont l’habitude de vivre dans les couches superlicielles du sol. Viennent ensuite ceux qui se détachent des matières putrides ou excrémentitielles, abandonnées à l’air et desséchées; dans ce nombre peuvent se trouver des microbes patho- gènes, soulevés dans 1 air par les courants inévitables, à la faveur de l’état pulvérulentqu ont pris des produits pathologiques. Les espèces les plus tenaces ont seules le privilège de se maintenir vivantes dans ce milieu mobile et d’une faible humidité. Les microbes pathogènes ne sont généralement pas dans ce cas, et ceux d’entre eux qui n ont pas de forme permanente (le bacille du choléra, probablement) ne peuvent cire que très rares et pour peu de temps dans l’air. Les spores de Mucédinées peuplent l’atmosphère (Maddox); ainsi, celles d'Aspergillus, Pénicillium, Coremium, Botrytis, Pcronospora, etc.; de Leptotrichum, Tricholhecium, Septoncma, Cladolricfium, Alternaria, Septos- porium, Ceralocladium, Selenosporium, et, selon Miquel à Paris, d'Uyte- rographium, Myriangium, Pestulozzia, Sporocadus, Fusidium, Brachycla- dium, Fusoma, Helicotrichum, Sphæria, etc.; plus rarement, d'Uredo, Dactylium, Arthrobotrys. Parmi les Schizomycètes proprement dits, en nous reportant aux cons- tatations de Miquel, les microcoques sont les organismes les plus répandus dans l’air; puis, les bacilles et les bactéries, en nombre à peu près égal. L’au- teur cite en particulier : micrococcus ellipsoideus, des microcoques, jaunes, blancs, quadrigéminés; des bacilles rappelant Bacillus subtilis, B. buly- ricus; Bacterium termo; des ferments divers (micrococcus ureæ, etc.). Les organismes provenant de cultures des germes de l’air ont presque toujours été essayés, au point de vue de leur virulence possible, au moyen des injections et des inoculations à des rongeurs. Jamais on n’a rien obtenu, même avec des germes recueillis dans le faux-pont de la Gironde. Il y a une exception en ce qui regarde l’air des hôpitaux, dont certaines cul- tures, inoculées à des cobayes, ont produit l’infection purulente. Fodor, à l’aide d’une méthode assez simple, a recueilli de l’air plus de bactériums que de microcoques et surtout que de bacilles. Il signale spé- cialement un Micrococcus aloma, Bacterium termo et lineola, divers micro- coques chromogènes et un organisme qui développe dans la liqueur nourricière une odeur fétide, dont l’injection à un lapin détermina une infection septique. Il est disposé à. l’appeler Bacterium agile, ou, dans le cas où il s’agirait d’un infusoire, Micromonas agilis. Au témoignage de Renk, Hartmann et Emmerich auraient pu démontrer les microcoques de l’érysipèle dans l’air d’une salle d’autopsie, de même que le dernier a reconnu lesmicrocoques de la pneumonie (de Friedlænder), dans la poussière des entrevous de la prison d’Ainberg, et Ulpadel, un bacille pathogène, de propriétés analogues à celles du vibrion septique, dans les entrevous des salles de l’hôpital militaire d’Ausgbourg. Enfin, Cornet a tuberculisé, 1 fois sur 5, des animaux par l’inoculation des pous- sières aériennes de salles de phthisiques. C. Applications étiologiques. — Ces données sur la bactériologie de l’air peuvent être rapportées à l’étiologie générale ou à celle des maladies infectieuses. 0 Au point de vue général, les chiffres élevés de microorganismes prouvent toujours, comme on l’a vu, ou bien le confinement des atmo- sphères, ou bien l’existence antérieure de foyers de décomposition, en d’autres termes, la malpropreté de l’air. Ils trahissent le voisinage de con- ditions locales particulièrement favorables il la pullulation de ces êtres inférieurs, puisque les vents tendent toujours à les disséminer et à égaliser les proportions dans lesquelles ils se rencontrent dans l’air. A la rigueur, sur une série d’années, ou même en comparant les sai- sons entre elles, on pourrait admettre que les courbes bactériologiques et celles de la mortalité, sur un point déterminé, présentassent un parai- lélisme qui ne fût point un pur accident. Il ne serait même pas absolument illogique de croire que certaines maladies infectieuses, d’ailleurs endé- miques dans une localité, telles que la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie, l’érysipèle, les infections puerpérales, etc.; sont d’autant plus généralisées et meurtrières que l’air de cette localité est plus riche en microorganismes, c’est-à-dire en somme plus influencé par un sol impur et par des foyers putrides. Mais il semble difficile d’aller au delà et de supposer que les microorganismes pathogènes, que l’on ne reconnaît presque jamais dans l’air, augmentent de nombre dans ce milieu en môme temps que les bactéries banales. Les coïncidences notées, par les bactériologues de Montsouris doivent apparemment rester dans ces limites. Le total des décès par les maladies précitées, à Paris, est tombé de 14,080 en 1880 à 11,340 en 1884, alors que la moyenne annuelle des bactéries de l’air (rue de Rivoli) passait de 6,293 (1881) à 3,400 (1884). Si l’on considère, dit Miquel, « les grands travaux d’assainissement de la ville de Paris, les lavages multipliés des ruisseaux des rues, l’arrosage du sol des voies publiques, dès qu’il tend à devenir pulvérulent, etc., on ne peut se défendre de voir là le résultat magnifique et démonstratif obtenu par tant de sacrifices. » 2° En ce qui concerne la propagation des maladies infectieuses, diverses conditions ont diminué dans les esprits l’importance du rôle que l’on attri- buait à l’air, dans les premiers temps de la science des germes. D’abord, les résultats si modestes de la bactérioscopie aérienne, dans le champ des organismes pathogènes; mais ce mode d’investigation n’est qu’à ses débuts et il donnera plus de lumières en se perfectionnant. Puis la reconnaissance de ce fait, que les microorganismes ne se détachent pas des surfaces humides (ce qui est communément l’état des produits patho- logiques) et que la respiration des malades ne répand point dans l’air, comme on le croyait, les germes de l’affection dont ils sont atteints, puisque la muqueuse respiratoire retient même les microorganismes exté- rieurs (Tyndall, Gunning, Charrin et Karth, Straus et Dubreuilh). On s apercevait d ailleurs, tous les jours et de plus en plus, que beaucoup de maladies contagieuses se transmettent par les contacts directs ou par 1 intermédiaire des linges, objets de pansements, instruments, médecins, élèves, infirmiers. Les mouches elles-mêmes transportent et inoculent les Schizomycètes (Marpmann, 1884), y compris les bacilles de la tuberculose (Spillmann et Haushalter). La rougeole est contagieuse dès le début, alors qu il ny a que les sécrétions de la conjonctivite et du coryza, tout autant qu’au moment du furfur épidermique, si aisément transporté par l’air. Il est évident aussi que 1 air a beau être capable de véhiculer au loin les fragments filamenteux auxquels adhèrent des germes, les débris de zoo- glées et de colonies, les microorganismes de même espèce issus d’un foyer sont bientôt immensément diffusés; « ils ne voyagent plus par légions » (Miquel), mais vont en divergeant et s’isolent, si bien que les humains ne sont atteints en aucune façon ou ne reçoivent qu’un trop faible nombre d’agents virulents. Cependant celte diffusion, dans les abris clos, est très limitée. En fait, les agents dos infections traumatiques sont charriés par l’air, autrement les travaux de Lister et de Koch n’auraient pas de raison d’être. Le choléra semble bien être quelquefois propagé par l’air, et c’est un des modes les moins douteux de la transmission delà fièvre typhoïde. Pettenkofer, OErlel, Ilirsch, admettent ce môme mode pour un grand nombre de maladies infectieuses. Bertillon (1880) signalait la prédominance de la variole dans le quartier de la Sorbonne, situé sous le vent de l’Hôtel-Dieu annexe, alors que des varioleux y étaient soignés, et dans le quartier des Quinze-Vingts, autour de l’hôpital Sainte-Eugénie. Les habitants du quartier de Londres dans lequel s’élève Hampstead Small-Pox Hospital ont réclamé judiciaire- ment contre cet hôpital, qui selon eux entretenait la variole autour de lui, et le tribunal du Banc de la Reine leur a donné raison. Dans la banlieue de Paris, on proteste de même contre les hôpitaux d’isolement que la ville y installe (Aubervilliers, 1887). Les navires ne sont pas en sûreté dans le porl d’une ville qui a la fièvre jaune (Lacroix). En ce qui regarde le poison malaria], par les temps calmes, une très faible distance du foyer est une garantie; 200 à 300 mètres en moyenne suffisent à mettre l’homme hors de la portée des effluves. Ainsi l’équipage des navires ancrés près d’une côte palustre reste indemne (Lind). Toutefois, pour des raisons qui n’ont pas été précisées, mais qui paraissent relever de la densité du miasme dans l’air, il arrive que dans les pays chauds, en Chine, et dans les Indes occidentales, la distance de 1,000 mètres ou même d’un mille anglais ne met pas complètement à l’abri. Les marais salés auraient, à cet égard, une puissance de diffusion parti- culièrement élevée. Mais lorsqu’il y a des déplacements de la masse d’air qui a plané au-dessus du sol malarial, la diffusion des miasmes peut se faire sentir au loin. Au Gabon, même sans vent très appréciable, les effluves palustres se font encore sentir à 2,800 mètres (Forné). Les Dombes envoient la fièvre à Lyon; elle vient aisément du Brouage à Rochefort, quoique la distance soit de 7 à 8 kilomètres (À. Lefèvre). Par les vents forts, il peut théoriquement y avoir des transports au loin ; mais, en fait, au point de vue de la salubrité des lieux qui environnent un foyer, c’est plutôt le contraire qui s’observe. Les vents médiocres déplacent l’atmosphère tout d’une pièce; les vents forts, au contraire, éparpillent les masses atmosphé- riques et diluent le poison malarial à un degré tel qu’il devient inoffensif (Pauly). Il peut bien y avoir eu quelque exagération et quelques méprises de la part du public, en ce qui concerne les hôpitaux de varioleux. De plus, toutes les maladies ne sc ressemblent pas, au point de vue de la résistance des agents de la contagion. Cependant, il y a là, au moins, une question à maintenir à l’étude. La véhiculation des microbes pathogènes par l’air ne préjuge rien, d’ail- leurs, de leur mode de pénétration dans l’économie humaine. Ils peuvent toujours y arriver par les voies digestives, par une solution de continuité à la peau, aussi bien qu’en suivant les voies respiratoires (voy. p. 324). Les écoles modernes (Paris, Berlin) tiennent pour l’introduction digestive, tandis que Pettenkofer (Munich) continue à croire que celle-ci est difficile, dangereuse pour les microorganismes, et qu’au contraire l'absorption res- piratoire réunit toutes les chances favorables aux molécules virulentes.Nægeli fait remarquer qu’il n’y a pas un point, dans le corps humain, où la résis- tance d’une paroi soit aussi facile à vaincre, pour les champignons infec- tieux, que celle de la membrane des capillaires sanguins dans les cloisons alvéolaires du poumon. Tappeiner, Cadéac et Mallet, ont déterminé la tuber- culose chez des animaux soumis à l’inhalation de poussières de crachats tuberculeux desséchés. Buchner a, de même, communiqué le sang de rate à des souris par des poussières renfermant des spores charbonneuses. Après tout, les poussières minérales pénètrent jusque dans les alvéoles et même dans le tissu pulmonaire ; on ne voit pas ce qui empêcherait les poussières pathogènes d’en faire autant. D. Recherche des microorganismes de l’air. — On recueillit d’abord les poussières de l’air au moyen d’appareils dits aéroscopes, dont A. Pouchet (de Rouen) eut le premier l’idée et que les observateurs de Montsouris ont perfectionnés depuis, comme on le voit dans les figures 51 et 52. Il s’agissait, en somme, d’examiner au microscope les molécules extrê- mement variées qu’une quantité d’air, mesurée ou non, abandonnait à son passage sur une lamelle enduite d’une substance visqueuse. — En 1884, Miquel employait un mélange obtenu en broyant dans un mortier de por- celaine un blanc d’œuf, un peu d’eau, très peu de glucose et un excès de biiodure de mercure, celui-ci pour rendre imputrescible le liquide vis- queux. — Parmi ces molécules se trouvaient quelques microorganismes ou germes. Il n’est point malaisé de soupçonner que ces organismes ou germes sont peu reconnaissables et peuvent même échapper entièrement à l’exa- (*) Aéroscope à aspiration. — A. Partie solidement fixée a 2 mètres au-dessus du sol. — B. Partie qui se visse à la précédente. — La première, en forme de cloche, est munie d’un tube d’aspiration communi- quant avec une trompe; la seconde, conique, est percée à sa partie supérieure d’une ouverture très fine par laquelle 1 air est projeté au centre d’une mince lamelle enduite de glycérine et glucose. Cette lamelle s éloigne ou se rapproche à l’aide d’une vis de réglage. L’air aspiré par la trompe, après avoir traversé 1 appareil, est reçu dans un compteur à expériences qui mesure exactement son volume. (**) Aéroscope à girouette. — Portatif, mais ne peut servir qu’à l’analyse qualitative des germes de l’air. — 11 se démonte en une partie B, qui, liée à une girouette, a son extrémité supérieure évasée constam- ment opposée au vent, et une partie A, munie d’un étrier porte-lamelle, qui s’ouvre au contraire toujours au vent. De faibles courants suffisent au jeu de l’appareil. Avec l’aide d'un anémomètre, on peut approxi- mativement déduire, de la vitesse du vent, la quantité d’air qui aura traversé Paéroscope pendant la durée de l'expérience. men dans de telles conditions. C’est au point que les kétérogénisles, en ce temps-là, pouvaient assurer que l’on ne retrouve pas, dans les pous- sières de l’air, les germes ou organismes auxquels les panspersmistes attri- buaient la fermentation des infusions. L’aéroscopie simple est aujour- d’hui à peu près abandonnée et remplacée par les ensemencements des germes de l’air sur terrain nourricier, liquide ou solide. 1° Procédé de Miquel. — Il consiste à introduire dans une série de tubes à boule stérilisés (fig. 53) une quantité déterminée d’air, telle que le trouble du bouillon contenu dans les tubes ait lieu cinq fois sur dix. Chaque tube fécondé est compté pour un germe. Il ne s’agit plus que de faire le total des germes obtenus, celui des litres d’air employés et de ramener les résultats à l’unité. Le bouillon actuellement en usage à Montsouris (1885) est le bouillon de bœuf salé à 1 p. 100, beaucoup plus sensible que le bouillon Liebig. Les tubes à boule sont préparés et stérilisés selon les procédés Pasteur. L’air y est introduit par aspiration, par la pointe a, traverse le liquide bulle à bulle, se filtre sur la bourre d’amiante en c et y dépose les poussières qui peuvent avoir échappé à l’action coercitive de la liqueur. L’aspiration terminée, le tampon d’amiante est projeté brusquement dans le liquide; le tube est refermé et porté à l'étuve à 30 ou 35°. Habituellement, c’est du deuxième au huitième jour que se manifeste l'altération du bouillon; mais certaines espèces ne se réveillent qu’au bout de quinze jours ou même de plusieurs mois. Celle méthode, ainsi qu’il a été dit au sujet de la baclériologie de l’eau (page 231), ne donne que le minimum des germes contenus dans l’air, puisqu’on ne peut savoir, quand un ballon se trouble, si ce résultat n’est pas produit par deux ou trois germes au lieu d’un. En outre, le bouillon unique peut bien ne pas convenir à toutes les espèces de microphyles ; l’expérience de Miquel lui-même a prouvé que, quand il employait le bouillon Liebig, les résultats étaient fort au-dessous de la vérité; peut être arrivera-t-on quelque jour à obtenir un bouillon supérieur à celui d’aujourd’hui. Il paraît enfin, au dire de Rud. Emmerich, que l'air qui a traversé les tubes à boule de Miquel est encore quelquefois capable de féconder un second bouillon. Aussi le savant de Munich a-t-il inventé une modification du tube à boule, qui oblige les bulles d’air à un contact plus prolongé avec le liquide nourricier. IL Fol et Dunant ont également perfectionné l’appareil et son mode d’emploi. A notre avis, la supériorité de ce procédé, un peu long et délicat, consisle dans la possibilité qu’il procure d’attendre aussi longtemps qu’on le veut la germi- nation de certains microorganismes tardifs qui, dans les cultures sur plaques, seraient noyés dans la liquéfaction de la gélatine opérée par les premières colo- nies. D'ailleurs Miquel et Benoist ont fait un pas vers les cultures sur terrain solide en préparant, pour observer les variations horaires des bactéries aériennes, un 'papier nutritif qui s’applique sur un cylindre tournant et constitue un ingénieux appareil enregistreur. Ce papier s’obtient de la façon suivante : sur une planche de Tube à boute. buis bien rabotée, on étend une feuille de papier humide (non collé et luinto de bleu cobalt, à moins que l’on n’incorpore la couleur à la gelée même), dont les bords sont relevés et maintenus verticaux; on jette la gelée de lichen nuliitive chaude sur la feuille; elle s’y étend régulièrement et en quelques minutes elle est assez solide pour être portée à l’étuve à 35-40°, sur un filet à mailles étroites tendu horizontalement. A l’état frais, la couche de gelée doit posséder 2 à 3 milli- mètres d’épaisseur; desséchée, elle n’atteint pas un tiers de millimètre. Poui l’employer, on la gonfle sous un jet de vapeur et on la maintient humide en pla- çant un cristallisoir contenant de l’éponge imbibée d’une solution de bichloiure, sous la cloche qui recouvre le cylindre enregistreur. Les résultats de ce mode d’observation sont très élégants. Miquel l’a adaplé à la numération des bactéiies de l’eau de pluie. 2° Procédé de Hesse. — C’est l’application, à la numération des microorganismes de l’air, du procédé de R. Koch, par la gélatine nourricière étendue sur plaques. Un tube de verre (fig. 54) de 0m,70 de longueur sur 0n,,03o de diamètre, stérilisé, reçoit de la gélatine nourricière encore chaude et liquide, que l’on étale en couche mince sur la paroi in- terne, par un mouvement de rotation sur son axe du tube tenu horizontalement sous un filet d’eau froide. L’une des extrémités de ce tube est munie d’une coiffe de caoutchouc, percée à son centre d’un trou d’un centimètre de dia- mètre. Par dessus cette coiffe perforée, on en met une seconde, pleine, qui s’enlève au mo- ment de faire fonctionner l’appareil. L’autre extrémité est fermée par un bouchon de caout- chouc, que traverse un tube de 10 centimètres de long et de 1 centimètre de diamètre, portant dans son intérieur deux tampons de ouate, un peu espacés. C’est ce tube que l’on met en rap- port avec l'aspirateur, au moyen d’un tuyau de caoutchouc. Cet aspirateur n’est autre que le flacon accroché vers le haut du support, que l’on remplit d’eau et qui se vide par un siphon de caoutchouc dans le flacon inférieur. Lorsque l’on a fait passer un premier litre d’air par le tube, et que l’on veut en aspirer un second litre, il suffit d’interrompre la communication du flacon supérieur avec le tube en enlevant le tuyau qui lui amenait l’air, et de substituer les deux flacons l’un à l’autre. On fait de même pour un troisième litre; ainsi de suite. Un robinet-pince sur le tuyau qui fait siphon permet de régler la vitesse d’écoulement. Les germes laissés par l’air sur la gélatine du grand tube y forment des colonies généralement visibles à l'œil nu dès le troisième jour. 11 est rare qu’il y ait des colonies sur plus de la moitié de la longueur du tube et, chose remarquable, elles occupent toutes la moitié inférieure du cylindre. On compte les colonies selon la méthode ordinaire et l’on rapporte ce nombre au volume d’air qui a passé par l’appareil. Huppe et von Sehlen font encore passer l’air à travers la gélatine pendant qu’elle est fluide; on la laisse se solidifier; les colonies se développent et on les compte au moment favorable. Fig. 54. — Appareil de W. Hesse pour la numération des microor- ganismes de l'air. 3° Méthode de Pétri. — Le principe de ce que l'auteur appelle la « nouvelle méthode » consiste en ceci, que les germes de l'air sont retenus sur des filtres à salle pour Cire ensuite cultivés sur la gélatine. On songe involontairement aux leurres de coton de verre, de Miquel et Freudenreich, dont Pétri critique néanmoins sévèrement les procédés. D’ailleurs, lui-même a essayé d’abord les filtres de coton de bois, de verre, d’asbeste, avant d’adopter définitivement le sable, en grains de 0,25 à 0,5 de millimètre, stérilisé par calci- nation. L’appareil à filtrer l’air est renfermé dans un tube de verre de 9 centimètres delong et de 15 à 18 millimètres de diamètre, dans lequel on place deux filtres de sable tassé, de 3 centi- mètres de hauteur chacun. Ces deux filtres sontséparés d’une part, el maintenus de l’autre, par des godets en toile métalli- que, introduits à frottement. Le premier filtre est le seul réel- lement efficace ; le second n’est que de sûreté et de contrôle. A la partie inférieure du tube-filtre, un bouchon de caout- chouc est traversé par un tube d’aspiration en verre, muni lui-même d’un tampon d’ouate vers le milieu de sa longueur, et réuni par un joint hermétique à un tuyau de plomb. L'as- piration doit être assez énergique et exécutée au moyen d’une pompe. Mais il importe de mesurer exactement la quantité d’air aspirée, soit à l'aide d’un compteur à gaz, soit autre- ment. L’orifice supérieur de l’appareil est obturé par un bouchon d’ouate qu’on enlève au moment d’opérer la filtration de l’air. Fig. ô,j. — Filtre à Pour l’ensemencement du sable chargé des poussières atmos- sable pour les phériques, on se sert de la gélatine nourricière ordinaire ou de Pétri (*). d agar-agar. L appareil est enleve de son support. On verse avec précaution le sable du filtre supérieur par portions, dans de petits plateaux de verre, ou grands verres de montre, doubles, de 9 cen- timètres de diamètre et de 15 millimètres de profondeur, dont on ne fait que soulever le couvercle pendant l’opération pour éviter que la poussière du sable s’envole au dehors. Il faut de trois à dix-huit de ces plateaux, selon que l’on soupçonne que l’air est plus ou moins riche en germes, afin de pouvoir ultérieu- rement compter les colonies qui se développeront. Le même partage, en deux plateaux seulement, est fait du sable du deuxième filtre, qui ne conlienL presque pas de germes. Puis l’on a des tubes de gélatine maintenue liquide à 25 à 30 degrés; on les vide successivement, toujours en soulevant le couvercle des plateaux, sur les fractions que l’on a faites du sable des filtres ; on imprime à ces plateaux quelques vives secousses horizontales afin de dégager les germes qui adhèrent entre eux ou aux grains de sable, lesquels restent par leur pesanteur au fond du verre de montre. Enfin, on les met de côté, quand la gélatine se solidifie, pour les porter ensuite dans la chambre humide. Une couche mince de gélatine est aussi répandue sur les parois internes du tube-filtre, sur les godets intermé- diaires et même sur le bouchon d’ouate. Les colonies se développent, à la température de 13°, et sont visibles dès le \ ! / (*) il, tube-filtre. — bi à û;, godets en toile métallique. — rj c2. filtres à sable. — 9 ,18 7 ,95 7 ,00 — 1 ,19 — 3 ,87 . Y .57 6 ,sa 17', 43 17 ,62’ 7 ,91 7 ,50 Varsovie 52 ,1.3 Francforl-sur-Mcin 50 ,7 9 ,85 1 ,42 9 ,75 18 ,27 9 ,9.1 Prague...... 50 ,6 9 ,97 - 0 ,44 9 ,75 19 ,93 10 ,65 Lille 50 .37 10 ,00 3 ,12 9,03 17 ,08 10 ,73 Carlsrube 49 ,2 10 ,48 i',07 10 ,63 18 ,74 10 ,57 Paris 48 ,50 10 ,81 3 ,59 10 ,29 18 ,01 11 ,26 Stuttgart 48 ,46 10 ,00 1 ,10 9 ,81 18 ,75 10 ,20 Strasbourg 48 ,32 9 ,78 1 ,38 9 ,86 17 ,82 9 ,82 Vienne..' 48 ,12 10 ,37 0 ,18 10 ,43 20 ,36 10 ,50 Munich (altitude 428 met.) 43 ,10 8 ,S0 — 1 ,13 8 ,97 18 ,25 9 >9 Nancy 48 ,41 9 3 ,7 14 ,07 17 ,14 5 ,55 Uuda-Pcslh 47 ,30 10 ,53 — 0 ,41 10 ,61 21 ,18 10 ” 76 Zurich (407 met.) Lyon..(, 47 ,23 8 ,9 — 0 ,8 9 \ï 17 > 9 ,5 45 ,45 Il .97 2 ,'l il .1 20 ,3 U .4 Genève (378 met.) 46 ,12 9 .23 0 ,51 8 ,'56 17 ;?i 9 ,86 Turin 45 ,4 >1 ,7 0 ,8 11 .7 22 ,0 12 .1 Toulouse. 43 ,36 12 ,9 5,2 * 11,8 19 ,9 13 ,9 Montpellier 43 ,36 14 ,1 6 ,9 13 ,8- 24 ,4 16 ,1 Avignon 43 ,57 14 ,4 5 ,8 13 ,9 23 ,1 14 ,6 Perpignan 42 ,41 15 ,5 7 ,2 14. ,4 23 ,9 IG ,2 Rouen 49 ,26 11 ,2 4 ,7G 15 ,1 18 ,3 6 ,9 Le Mans 48 ,0 10 ,9 5 ,3 14 ,0 17 ,3 7 ,1 Orléans f *7 ,54 14 .3 6 ,8 18,1 22 ,\ 9,5 Mouiréal (Canada) 45 ,31 7 ,00 — 8 ,22 6 .5 21 ’5G 8 ,2S slbany (État de New-York) 42 ,31 •9 ,00 — 3 >3 8 ,17 21 |ll 10 ,0 Washington 38 .53 13 .39 2 ,28 13 ,22 24 ,61 13 ,56 Saint-Louis (Missouri) 38 ,37 13 ,00 1 .00 •13 jS6 24 "d 12 ,78' Cincinnati (Ohio) II. — Régions moyennes et tempérées (Suite) LOCALITES. Etna (3350 mètres) ,.... Saint-Bernard ('3478 mètres).. Jîrzcroum (1592 mètres) Fort Kcarny (719 mètres).... Madrid (033 mètres) Innsbrück (575 mètres) F.dimbourg Copenhague Kœnigsberg Dublin La Haye Londres Dieppe Fécamp Brest Lorient y. La Rochelle Odessa Venise Bordeaux Nice.’. ■ : Marseille Iiobart-Town (Océanie) Boston (Massachusetts) Constantinople Naples 'Lisbonne San-Franciseo Fort Monroë Alger.. Ville du Cap Funchal (Madère) New-Orléans B. MONTREUSES ET HAUTS PLATEAUX. C. INSULAIRES ET MARITIMES. ■yf 37o,46' N. — I",35 — 8".63 — 2»,74 6°,58 45 ,50 — 1 ,26 — 8 ,24 - 2 ,41 G ,04 .39 ,57 8 ,22 — G ,39 7 ,22 21 ,23 40 ,38 8 ,72 — 5 ,00 8 ,22 21 ,94 40 ,25 14 ,44 6 ,89 13 ,17 23 ,50 47 ,16 8 .9 - 0 ,9 8 ,8 17 ,9 — 0°,64 — 0 ,02 10 ,33 9 ,61 14 ,17 9 ,8 ’f 55»,57' N. S».39 3»,50 7»,2 2 13»,94 ’ 8»,33 35 ,41 7 ,69 — 0 ,92 4 ,99 17 ,13 9 ,21 54 ,42 6 ,49 — 3 ,26 5 ,55 15 ,87 6 ,87 53 ,21 19 ,00 4 ,77 9 ,17 16 ,11 10 G 52 ,18 11 .13 3 ,46 10 ,63 18 ,.33 11 ,79 51 ,31 9 .83 4 ,0a 8 ,67 10,11 10 ,39 49 ,53 11 ,4 5 ,13 10 ,5 18 -,03 11 .83 49 ,46 10 ,1 5 ,00 8 ,9 15 ,03 10 ,8 48 ,23 11 ,6 8 ,83 10 ,5 17 ,00 12 ,7 47 ,45 12 ,5 7 ,2 11 ,4 18 ,7 12 ,8 46 ,90 11 ,70 4 ,78 10 ,98 19 ,22 11 ,80 46.29 9,11 — 2 ,56 7 ,61 21 ,17 10 ,39 45 .26 13 ,1 3 ,4 12 ,6 22 ,8 13 ,3 44 ,50 13 ,80 6 ,17 13 ,99 21 ,72 14 ,39 43 ,42 13 ,27 8 ,79 13 .46 22 ,37 16 ,46 43 ,18 14 ,61 7 ,33 13 ,2S 22 ,72 15 .6 42 ,55 S. 11 ,34 5 ,63 11 ,63 17 ,25 10 ,86 42 ,21 N. 9 ,39 — 1 ,72 7 ,94 20 ,61 10 ,89 41 .7 14,11 5 ,44 11 ,17 22 .94 16 ,83 40 .51 16 ,33 9 ,11 14,71 21 ,57 .18 ,6 08 ,45 16 ,34 11 ,42 15 ,37 21 ,05 IG ,92 37 ,48 13 ,28 10 ,50 12 ,50 14 ,06 13 ,83 37 ,00 15 ,50 4 ,66 13 ,88 21 ,78 16 ,50 36 ,47 19 ,94 12 ,39 15 ,53 22 ,35 19 .89 35 ,55 S. 19 ,06 14 ,82 18 ,75 23 ,50 19 ,62 31 ,18 N 18 .31 15 ,59 16 ,87 20 ,S7 19 ,61 29 ,57 20 ,88 12 ,78 19 ,89 26 ,44 20 ,00 III. — Régions équatoriales et intertropicales. LOCALITES. LATITUDE. PRINTEMPS. A. CONTINENTALES. Cawnporc (Indes-Orientales). Béuarès Calcutta ICobbe (Darfour) B. MONTEEUSES ET HAUTS PLATEAUX. Quito (2894 métrés)1 Mexico (2267 mètres) Gondar (2200 mètres) Guatemala (1426 mètres)... Bangalore (914 mètresl Saiutc-Hélène (538 mètres). C. INSULAIRES ET MARITIMES. 26»,29' N. 26»,69 19»,17 29»,85 31»,35 2b ,18 25., 04 16 ,87 29 ,50 30 .30 22 ,35 25 ,02 1 S ,60 27 ,00 28 ,57 14 ,11 27 ,21 20 ,38 29 ,38 30 ,78 0°,14’ S. 1K»,G2 15" ,51 15», 66 15«.39 19 .26 N. 15 .73 11 ,67 17 ,44 18 ,4 4 12,34 1S ,06 19 ,61 21 ,97 16 ,65 14,36 20 ,33 1S ,x9 20 ,25 21 ,03 15,58 23 ,13 21 ,35 25 ,90 23 ,3S 15 ,55 N. 16 ,34 17 ,72 18 ,31 1-4,08 La Havane 23»,9 ' 21»,39 20", 22 24»,28 29»,60 Canton 23 ,8 21 ,06 12 ,72 21 ,00 27 ,78 Rio-de-Janciru 22 ,54 S. 23 .17 26 ,17 23 ,72 20 ,33 Ile-Bourbon 21 ,15 25 ,04 » 1» U Vera-'Cruz . 19 .12 N. 25 ,28 22 ,17 25 ,56 27 ,50 Bombay 18 ,50 26 ,50 23 ,40 27 ,13 27 .97 Madras 13 ,4 27 ,06 25 ,03 28 ,33 30 ,10 Sicrra-Leone 8 ,30 27 ,24 27 ,43- 23 ,61 26 ,20 G ,9 S. 25 ,-OS 25 ,93 26 ,40 25 ,(»7 Cayenne 5 ,10 N. 26 ,80 16 ,1V 20 ,55 26 ,99 26»,52 24 ,93 25 ,97 24 ,10 13»,«9 15 ,61 17 ,14 20 ,16 23 ,40 14,67 21», 17 22 ,67 22 ,67 >» 23 ,94 27 ,33 27 ,47 26 ,72 25 ,00 27,62 Rôle sanitaire de la température atmosphérique. — La température de l’air est, sinon la plus importante des propriétés physiques du milieu com- mun, au moins celle dont les effets sont le plus évidents et le mieux con- nus. Gela explique la prépondérance que lui ont accordée les climatolo- gistes. La physiologie nous apprend que l’homme possède une chaleur propre dont le taux, un peu variable selon l’âge, le sexe, la constitution, est en moyenne de 36 à 38°. Il est clair que le cas où le milieu atmosphérique est précisément à la tem- pérature moyenne du corps humain, ce qui, du reste, est une circonstance gênante, est infiniment rare et ne saurait être durable. Notre existence est donc un perpé- tuel échange de calorique avec les objets extérieurs et, pour bien dire, une lutte incessante contre la tendance du milieu à nous soustraire de la chaleur ou à l’ac- cumuler dans notre économie. Heureusement, les ressources de celle-ci sont con- sidérables, puisqu'il n’y a pas moins de 130 degrés de différence entre les tempé- ratures des points extrêmes habités par notre espèce, depuis les régions circum- polaires, où le mercure gèle, jusqu’aux tropiques, où le thermomètre atteint fréquemment 70 degrés. De telle sorte que les expressions de froid et de chaud, que nous employons dans nos régions tempérées, changent tout à fait de sens en passant dans la bouche des habitants de l’extrême Nord ou de ceux de la zone équatoriale. L’action de la température atmosphérique, indépendamment de ses oscillations propres, varie encore selon le degré d’incidence des rayons solaires el celui de l’hu- midité de l’air. 11 nous est possible d’éprouver sans inconvénient notable une élévation ou un abaissement de la température propre qui ne dépasse pas 1 degré ou 1 degré et demi en plus ou en moins ; le fait se réalise assez souvent sous la simple influence du passage d’une température à une autre. J. Davy constata que la température de six matelots s’était abaissée de 37°,7 à 36°,8 pendant que, dans l’espace d’un mois, celle de l’air était descendue de 23°,44 à 15°,5. On voit, en sens contraire, la température des marins qui se rendent de nos ports dans les contrées tropi- cales, augmenter considérablement. Eydoux et Souleyet ont noté que, par une dif- férence de 40° dans l’air, la température humaine s’était élevée de 1°. Cette éléva- tion a monté à 1°,27 dans un voyage de Brown-Séquard, pour une augmentation de température extérieure de 22°. Enfin, Mantegazza à trouvé jusqu’à 2°,23 de diffé- rence dans la température de J’urine, pour un changement extérieur de 25°, en allant du Brésil à Rio de la Plala. L'homme dispose, vis-à-vis de l’action de la température extérieure, de deux forces physiques qui, toutes deux, tendent d’ordinaire à le refroidir, mais dont il peut régler le jeu jusqu’à un certain point par son propre fonctionnement phy- siologique et par les artifices de l’hygiène (vêlements); ce sont le rayonnement et la conductibilité. Pour élever directement sa chaleur propre, il a l’alimentation, le mouvement, les sources artificielles de chaleur. Il fait, par jour 2 000 à 3,000 calories. ’ ’ La conductibilité est mise en exercice par le contact du corps avec des objets plus roi s que lui, l’air, les vêlements; par l’ingestion ou l’inspiration de sub- stances froides, aliments, boissons, air respirable ; par l’évaporation d’eau à la surface de la peau et des poumons. La quantité de cette eau va jusqu’à 800 ou 1000 grammes (Seguin) et peut saturer 60 mètres cubes d’air à 13". Lédiauffement du corps appelle naturellement le rayonnement et surtout leva- poralion compensatrice. En ell'et, la peau se dilate par l’élévation de température; l’accélération des mouvements du cœur, la faiblesse de la tension artérielle, hâtent la réplétion et la distension des capillaires superficiels, d’où l’issue plus facile et plus abondante de la sueur. influence «1e la chaleur. — Les manifestations provoquées par l’action de la chaleur peuvent se répartir dans les trois ordres suivants; 1° modifi- cations physiologiques; 2° accidents; 3° maladies — aiguës ou chroniques. On joindra à cette dernière section les aptiludes morbides et l’influence de la chaleur sur les modalités morbides elles-mêmes. 1° Modifications physiologiques. — Les rayons solaires font monter le thermomètre jusqu’à 70 et même 100°, sous les tropiques; on a pu, en Angleterre, au mois de juillet 1864, dans une caisse bien fermée, avec un couvercle en verre, obtenir un résultat tout pareil, 112° (par la suppression de tout mouvement de l’air). Dove, en juillet 1852, a vu le thermomètre noirci marquer 61° par la seule irradiation directe. A ce degré, il devient peu à peu impossible de faire passer le courant électrique par les nerfs de la grenouille. La respiration, sous l’influence de la chaleur, « active ses mouvements, dit Lacassagne, pour exhaler de la vapeur d’eau». C’est ce qui s’observe communément chez l’homme. Pourtant, si le degré est suffisant et l’appli- cation assez prolongée, il lui arrive la même diminution de fréquence res- piratoire qu’aux animaux mis en expérience par Yierordt et Ludwig. L'activité circulatoire augmente légèrement chez les nouveaux arrivants des tropiques; la tension artérielle étant faible, les pulsations cardiaques deviennent plus fréquentes. A un degré élevé, l’activité du cœur cède comme le reste. Mathieu et Urbain ont démontré que le sang dissout moins d’oxygène, si l’air qui arrive aux vésicules pulmonaires est plus chaud; ce qui semble contradictoire avec la remarque faite par Yallin, que la chaleur augmente l’absorption et la consommation d’oxygène pur par l’hémoglo- bine. Il paraît certain, dans tous les cas, que les combustions organiques sont ralenties et que la production de CO2 est atténuée ; d’où la diminu- tion de ce gaz dans l’exhalation plumonaire, signalée par Copland, et l’ex- crétion des matériaux carbonés, en quelque sorte supplémentaire, par la peau et surtout parle foie, « le poumon des pays chauds». Il n’est, cepen- dant pas certain qu’il y ait cette polycholie physiologique dont on parle, un peu par induction. La digestion est atteinte dans le sens dépressif. L’appétit, surtout pour les aliments d’origine animale, languit. Néanmoins, le besoin de restitution alimentaire reste le même que sous les températures moyennes. C. v. Scherzer a fait remarquer que les tra- vailleurs du sud de la Chine consomment par jour 902 grammes de riz, alors que Yoit n’en demande que 896 grammes, avec l’addition d’un peu d’albumine, pour un ouvrier bavarois moyen. Selon Playfair, le régime ne diffère pas, à Bombay, de ce qu’il est en Angleterre. Les habitants des pays chauds, toutefois, évitent de faire de la chaleur en consommant de la graisse et remplacent instinctivement celle-ci par les féculents et le sucre. La vitalité de la peau est surexcitée ; cette enveloppe est dans un état permanent d’hyperémie; elle transsude de l’eau et se pénètre de pigment. L’urine diminue d’abondance et aussi' la proportion journalière d’urée rendue (Forbes Watson et Becher). Posant en principe que l’organisme cherche à « faire le moins de chaleur possible dans un milieu où il en perd peu», Lacassagne met en rapport avec le besoin de dépenser du carbone non brûlé l’augmentation de la sé- crétion lactée et la précocité de la menstruation dans les pays chauds ; selon Courty, la perte serait môme plus abondante à chaque époque que dans les pays froids. Bien que l’on voie des Européens se livrer, dans les climats chauds, à des travaux physiques ou intellectuels exigeant une grande énergie, la cha- leur tend à déprimer l'action nerveuse. Il se peut qu’à un faible degré et pendant les premiers temps de l’action du nouveau milieu, il se manifeste une réelle excitation de toutes les fonctions auxquelles préside le système nerveux; mais, comme toujours en physiologie, l’excitation trop forte ou trop prolongée aboutit à l’effet inverse de celui du début, c’est-à-dire à l’é- puisement et à l’inertie. Les colons de vieille date en Algérie, au Sénégal, dans les Indes, aux Antilles, se créolisent, sous le rapport de l’activité phy- sique ou morale ; et les créoles ne passent pas pour le type de la force en- treprenante et agissante. Cela ne veut pas dire qu’ils n’aient point des pas- sions vives et une imagination extraordinaire ; ce sont des indices de faiblesse. Ils sont même capables d’efforts qui durent le temps d’un feu de paille. On peut y joindre les apparences d’exagération de Yactivité génitale, qui est plus en désirs qu’en fait. En réalité, la nutrition tout entière est déprimée par la chaleur excessive et habituelle. Un certain nombre de circonstances d’ordre presque physique rendent compte de cette infériorité;mais ce qu’il ne faut peut-être pas per- dre de vue, c’est que l’air chaud renferme une quantité absolue d’oxygène moindre que l’air tempéré ou froid. Le même cube d’air qui, à 0°, renferme 368r,73 d’oxygène n’en contient plus que 33Br,46 à 26°. Nous verrons plus loin que c’est précisément cette raréfaction de l’oxygène qui entraîne l’a- némie et l’apathie physique et morale des habitants des hauts plateaux. Dans les circonstances où l’application d’une haute température est brusque et passagère, la tolérance peut être portée très loin, si l’air est sec; il en va ainsi pour nombre d’ouvriers dans diverses industries (boulangers, chauffeurs d’usines à gaz, ouvriers métallurgiques). Fordyce et Blagden ont supporté pendant huit minutes l’étuve sèche à 126°; la température du corps ne s’éleva que de 1°,37 : une jeune fille, observée par Tillet, resta pendant dix minutes à la chaleur d’un four à 132°. Les expériences de Berger et Delaroche ont, au contraire, montré que personne ne peut supporter 53° dans l’étuve(saturée, et Ludwig a constaté que dans des conditions pareilles, où l'évaporation ne peut avoir lieu, la température ani- male s’élève rapidement de plus de 4 degrés. 2° Accidents. a. Insolation. — On observe, sous l'influence d’une haute température de 1 air, des accidents graves et parfois mortels, bien étudiés par Ohernier, Claude Bernard, Vallin, Lacassagne, Wood, Wallher, Jacu- basch, Zuber, J. Iléricourt, clc., et qui ont reçu les noms divers de coup de soleil, coup de chaleur, insolation, sunstroke, heatstroke, heut apoplexy, Hitzschlag, Sonnenstich, Warmeschlag, etc. La forme pathologique en est d’ailleurs assez variée, quoique l’origine essentielle reste la même ; sans doute que les organes plus particulièrement atteints, quele mode d’action et de caractère du calorique, ou que l’association d’un autre élément à la chaleur, décident aussi des nuances qu’affectent les phénomènes mor- bides. Lacassagne distinguait déjà du coup de chaleur, qui se produit dans les pays chauds, par échauffement général et môme sous l’influence de la chaleur à l’ombre, le coup de soleil, que l’on voit partout, mais qui est plutôt un accident des pays tempérés et dans lequel les symptômes ou les lésions dépendent du point d’incidence des rayons solaires. Jacubasch, faisant intervenir un autre élément encore, répartit les accidents sous trois chefs, savoir: 1° Le coup de soleil (Sonnenstich), dû aux rayons directs du soleil sur le corps au repos. La mort peut s’ensuivre en quelques heures ou être amenée par des accidents méningitiques. La guérison n’est pas rare. La cause anatomique de cet état serait une modification moléculaire du muscle cardiaque à la température de 45 à 46 degrés. C’est l'insolation sthénique d’Obernier et de Vallin. 2° Le coup d'échauffement [Hitzschlag), qui se produit dans l’état d’activité physique, sous une température bien inférieure à celle du corps et même n’atteignant pas 30 degrés. L’acumulation du calorique dans l’économie est due au travail fourni et à quelques autres raisons entravant la déper- dition de chaleur. C’est la forme qui s’observe communément dans nos pays tempérés sur les troupes en marche. 3° Le vrai coup de chaleur des tropiques ( Warmeschlag), résultant, comme le précédent, de l’accumulation du calorique dans l’économie humaine, mais par suite de la haute température du milieu et sans que les individus aient besoin d’être exposés aux rayons du soleil ou d’être en état d’activité musculaire. Dans l’une et l’autre de ces deux circonstances, la mort peut arriver selon le même mécanisme que dans le premier cas, ou encore par suite . d’un trouble profond de l’innervation, peut-être avec un commencement de fusion de la myéline (à 52°), le cœur étant en diastole (insolation asthé- nique.) Il est à supposer que le vêtement, l’armement des soldats, le poids dont ils sont chargés, leurs allures cadencées et en rangs, l’immobilité prolon- gée sous les armes, parfois l’ingestion précipitée et considérable de boissons froides, de qualité suspecte, ont beaucoup aidé l’action de la chaleur et aggravé les manifestations morbides. Cependant, Martin Duclaux (1859) a décrit, sous le nom de : congestion rachidienne ou maladie des moissoneurs, des accidents qui rappellent les insolations militaires et prouvent qu’on peut les subir même avec l’aisance de vêtements et d’allures que comporte le travail des champs. Les excès alcooliques, un peu avant ou pendant les marches, le défaut (l’entraînement antérieur, sont des causes prédisposantes des plus effica- ces à l’insolation. L’état de colonnes en masses compactes, soulevant la poussière des routes, échauffe encore et altère l’air autour des soldats. 11 y a probablement des conditions topographiques qui favorisent l’immo- bilité et réchauffement de l’air, comme les routes en terrain déprimé, les chemins creux, les forêts, les rues des villes. On a fait observer (Roth et Lex) que l’insolation (au soleil, non dans la chaufferie des navires à vapeur) se produit peu au large de l’Océan ou sur les hauts plateaux, qui reçoivent tout aussi bien que la plaine les rayons du soleil, mais où l’air est pur et mobile. Enfin, on a noté que les catastrophes se réalisent particulièrement la veille des orages, alors que l’atmosphère est à la fois chaude et humide, chargée d’électricité. Les hommes atteints, en pareil cas, éprouvent une anxiété respiratoire considérable, de la titubation, du vertige, des nausées; ils ont la face blême, couverte de sueur, les lèvres cyanotiques; une syncope survient, quelquefois si rapidement que les premiers phénomènes n’ont pas été aperçus; le patient s’affaisse, insensible et en résolution musculaire. Quel- ques-uns présentent des convulsions. Zuber a remarqué que, parmi les malades, les uns suent abondamment, les autres non. C’est sur ces der- niers que la terminaison est le plus régulièrement mortelle. La mort arrive dans le coma et dans un état asphyxique. A l’autopsie, on rencontre une congestion étendue des méninges, des foyers apoplectiques dans le tissu cérébral, une congestion pulmonaire extrême ; des ecchymoses sous les séreuses, divers petits épanchements sanguins dans les ganglions nerveux et les muscles, quelquefois un état trouble du muscle cardiaque; souvent le ventricule gauche contracté et vide. En somme, les températures élevées entravent la respiration et frappent de collapsus (peut-être après excitation) le système nerveux. Les explica- tions physiologiques ne répondent pas à tout ce qui se passe dans ces accidents singuliers et graves de l’insolation. Nous attachons une grande importance aux conditions difficiles dans lesquelles s’accomplit l'héma- tose par l’air surchauffé — et raréûé. — En effet, beaucoup de symp- tômes de l'insolation sont purement asphyxiques, et rappellent ceux du mal des montagnes (lipothymies, nausées, faiblesse des membres infé- rieurs, syncope). On dirait qu’il s’agit d’abord d'une irritation des tissus et des centres* nerveux par un sang moins oxygéné qu’à l’état normal ; d’où « la dilatation paralytique des capillaires du poumon par acte réflexe » (Layet). Nous n’avons pas entendu parler, dans les lignes précédentes, de Véry- thème solaire, accident local et sans gravité, auquel on donne quelquefois aussi le nom de « coup de soleil ». Les annales de la médecine militaire de tout pays, contiennent des relations d insolation du type véritable. Citons, dans les pays tempérés : des soldats belges, se rendant de Beverloo à llassclt (1853); un bataillon de chasseurs à pied français allant de Nogent à Paris (1857); les soldats allemands faisant étape de Bonn à Cologne (I8G5), qui ont été l’occasion Aiïnould. Hygiène, 2e édit. 23 du travail d'Obernier; les hommes de la revue de Longchamps, du 25 juil- let 1875 ; les réservistes de Lyon (aoûL 1878); deux régiments du l'r corps d’armée (30 août 1886) et quelques autres, français et étrangers, à la môme époque. Dans tous ces cas, il y eut des morts plus ou moins rapides et un grand nombre d’individus moins gravement atteints, qui se rétablirent. Des chauffeurs des bateaux à vapeur qui traversent la mer Rouge éprou- vent parfois, par 65 à 75 degrés, « des douleurs de tête, des vertiges, des troubles de la vision ». Quelques-uns doivent être emportés de la cale, présentant les symptômes suivants : « injection de la face, embarras de la parole, facultés intellectuelles obtuses, respiration stertoreuse, battement des temporales, etc. » (Bourel-Roncière). La prophylaxie des insolations consiste dans l'entraînement préalable, les habitudes de sobriété vis-à-vis des boissons alcooliques, l’usage de vêtements légers, le soin de desserrer entièrement les rangs, quand on marche en colonnes, d éviter les routes poussiéreuses et de ne pas empê- cher les soldats de boire, mais, au contraire, de leur assurer le moyen de se désaltérer à l’aide d’une eau fraîche et pure, en leur recommandant de se mouiller d’abord les mains et les tempes, et en les remettant en route avant que cette boisson froide ait pu causer chez eux une répercus- sion fâcheuse. Un point capital est, en effet, de prévenir l’accumulation du calorique; or, 1 litre d’eau, pour passer de 10° à la température du corps, exige 27cal,5; et pour s’évaporer à 37 degrés, 572 calories. Il faut leur permettre d’ouvrir leur uniforme et d’enlever tout ce qui fait constriction au cou, sur le thorax ou l’abdomen ; ne pas reprendre la marche trop tôt après le principal repas de la journée ; les empêcher de se coucher sur le sol, même à l’ombre, puisque le sol est encore plus chaud que l’air. Mais les haltes, d’ailleurs faites debout, devront avoir lieu à l’ombre, car la transpiration se supprime pendant l’immobilité au soleil. S’il n’y a pas d’ombre à trouver, mieux vaut poursuivre lentement la marche (Iiéricourt). b. Délire aigu. — Calenture. — On remarque parfois, dans les insola- lions de nos pays tempérés, à côté des symptômes asphyxiques et conges- tifs, des convulsions et du délire. Ce dernier caractère s’accentue davantage dans les pays chauds, au Bengale, au Sénégal et même en Algérie. Le délire comporte volontiers la tendance au suicide. En 1836, parmi les troupes du général Bugeaud, 11 soldats sur 200 insolés se brûlèrent la cervelle. En pareille occasion, les marins se jettent à l’eau. Chacun use du procédé de suicide qu’il a sous la main. C’est à cette tendance délirante que les Espagnols ont donné le nom de Calenture qui, selon Barallier, ne répond à aucune individualité morbide. 3° Maladies et aptitudes morbides. — La chaleur provoque directement un certain nombre de maladies. Mais il est plus commun qu’elle favorise l’éclosion de diverses espèces morbides, qu’elle en règle les allures, habi- tuellement en les exaspérant, et qu’elle imprime à l’ensemble pathologique des pays chauds, ou même de la saison chaude des pays tempérés, une phy- sionomie notablement distincte de celle de la pathologie des régions froides. La plupart des microorganismes, et surtout les organismes pathogènes, s’accommodent au mieux du degré le plus voisin de la température du •corps. Cependant, certaines moisissures, Aspergillus glaucus, Pénicillium ylaucum, cessent de croître à ce dégré. Les Schizomycètes sans spores succombent pour la plupart entre 50 et 70°; mais les spores de moisis- sures supportent bien la chaleur sèche de 115°, celles de certains bacilles la température de 140° sans perdre l’aptitude à germer. Au contraire, •elles ne résistent pas à la vapeur d’eau à 100°. La chaleur météorique ((indépendante de l’homme) arrive rarement à un degré qui entrave les phénomènes de la putréfaction; elle les favorise le plus ordinairement. 11 est probable que les hautes températures atmosphériques atteignent parfois à la destruction, né fùt-ce que par soustraction d’eau, des bacilles pathogènes à l’état de développement; mais ne parviennent pas à com- promettre leurs spores. D’où il résulte que telle endémie cesse de sévir pen- dant la sécheresse, qui se réveillera vigoureusement aux premières pluies. La chaleur est, selon toute apparence, la cause prédominante et directe -de quelques dermatoses ou épidermatoses très simples, se reliant étroitement à l’hypérémie continuelle du tégument et à l’exagération de ses fonctions ■comme organe sécréteur. La gale bédouine, bourbouille, lichen tropicus, prickly heat (dans l’Inde), n’apparaît qu’en été, au moment où la sueur se •concrète sur les parties découvertes, chez les Européens à épiderme déli- cat, transportés dans les pays chauds. Les éruptions furonculeuses, qui tourmentent si fort les Français en Algérie, à la fin de l’été, dépendent •probablement aussi de l’irritation permanente de la peau. Il n’est pas in- vraisemblable que la môme disposition fondamentale ne contribue à donner aux manifestations cutanées de la syphilis un épanouissement extérieur exubérant (la lèpre kabyle); probablement aussi, la sollicitation incessante faite à la nutrition dans le tégument est-elle une raison des hypertrophies de celui-ci, des œdèmes actifs, de l’éléphantiasis (des Arabes). J'ai pensé autrefois que le même excitant pouvait rendre compte, en partie, de divers accidents cutanés exotiques, tels que le clou de Biskra, Yulcère de Mozambique, l’ulcère annamite, etc. Il se fait de plus en plus probable que le parasitisme est à l’origine de toutes ces formes étranges. Le microcoque du clou de Biskra (ou de Gafsa), en particulier, a été mis en vue par les recherches d’E. Weber, Duclaux, Depéret et Boinet : ce qui met hors de cause la chaleur en tant qu’agent direct et primitif; mais il est bon, néanmoins, de ne pas oublier qu’elle influence encore le mode de ces accidents et que, tout d’abord, elle est une des ■principales conditions qui ont rendu le milieu propice à l’existence et à la propagation du parasite lui-même. Cette considération est applicable à d autres affectations parasitaires des payschauds : filaire du sang (Chine, Brésil), filaire de Médine, ver de Caxjor, Larbisch (Sénégal), Distome héma- ■iobie (Egypte, Cap de Bonne-Espérance, où il détermine l’hématurie). La chaleur provoque par elle-môme, surtout chez les Européens qui su- bissent 1 acclimatement, des fièvres d’intensité variable, dans lesquelles la participation des voies et des glandes digestives est toujours plus ou moins évidente; telles sont : la fièvre continue simple, que l’on observe d’ailleurs à Paris, pendant l’été, sous le nom de catarrhe cjastrique aigu, fièvre éphémère, synoque imputrule, et à Montpellier sous la rubrique fièvre bilieuse ; la fièvre inflammatoire des Antilles, le common continued fever dans l'Inde, la fièvre bilieuse simple partout, même lorsque son intensité arrive jusqu’à lui donner quelques traits de la lièvre jaune. Nous avons, après Félix Jacquot, contribué à séparer ces « affections climatiques » des fièvres d’origine mias- matique, qui les masquent si facilement dans les latitudes chaudes. A. La- veran, qui les nie, les a néanmoins observées comme nous; ce qui était dans la nature des choses. La chaleur joue un rôle plus ou moins direct dans la genèse de la dysen- terie et de la diarrhée chronique des pays chauds, sans doute par le méca- nisme des répercussions intestinales à la suite des refroidissements de la peau et de la suspension des sueurs. Le tégument, en effet, dans les pay& chauds, est d’autant plus sensible aux abaissements de température qu’il a été plus surchauffé, comme la physiologie le démontre d’ailleurs. L'hépatite passe pour une maladie des pays chauds et, sans doute, légi— timement. Sans parler de ses rapports avec la dysenterie, elle n’est pour ainsi dire, sous la forme d'hépatite parenchymateuse, que l’exagération de la végétation luxuriante de l’élément glandulaire du foie, habituelle aux. pays chauds, ainsi que l’ont remarqué Kelsch et Kiener. Il se peut que l’influence paludéenne ait marqué ici son passage; mais ce ne serait pas une raison de renoncer entièrement à la part étiologique de la chaleur. Les fièvres de la Sologne et de la Bresse, en effet, grossissent la rate comme celles de l’Algérie ; mais nous ne sachions pas qu’elles se signalent par la complication d’hépatite. La chaleur continue, si peu favorable aux fonctions digestives et respi- ratoires, entraîne Yanémie, qu’Aubert-Roche regardait comme une condi- tion de l’acclimatement des Européens en Égypte. A vrai dire, la mention de ce dernier pays fait songer que Yankyloslome duodénal peut aider à l’établissement de ce fâcheux état. Les statistiques de Hirsch, de même que les observations des médecins de l’armée et de la marine, ont établi que beaucoup de maladies aiguës, la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme, réputées naguères maladies des pays froids, n’épargnent nullement les latitudes intertropicales. Le terrain, gagné chaque jour par l’étiologie parasitaire, rend compte de cette opposi- tion entre les faits et les opinions préconçues d’autrefois. Selon Villemin, la tuberculose est remarquablement sévère dans la zone torride. L’enquête résumée par Feuillet tend à prouver, cependant, que la phthisie est relativement rare en Algérie, même chez les indigènes. Un des faits les plus considérables en celte matière, c’est la puissante influence de la chaleur sur quelques maladies dont elle n’est d’ailleurs pas le générateur, ni même la condition absolue et qui, d’ordinaire, sont des maladies infectieuses. Le berceau de la fièvre jaune est dans des parages dont la moyenne ther- mique est entre 20 et 2o degrés; partout ailleurs,elle ne se montre qu’après importation. Mais encoro, elle ne prospère sur les rivages nouveaux qu’au - tant que la moyenne de la saison approche de 20 degrés; l’hiver venu, elle -disparaît, de même qu’il est impossible de la débarquer, en Europe, au nord du 50'’ degré de latitude. Le choléva, dont les recrudescences indiennes affectent la saison chaude, n’a de vigueur en Europe que pendant les étés. S’il ne disparaît pas régu- lièrement à l’approche de l’hiver, au moins il sommeille et atténue ses coups. Il faut en rapprocher le choléra noslras et le choléra infantile, affec- tions de la saison chaude des pays tempérés. Par une singulière exception, la peste a sa zone d’endémicité en pays chauds et s’étend de préférence vers les régions tempérées ou froides. En Europe, les chaleurs de l’été lui sont manifestement contraires. Hors de là, on peut dire : que la chaleur météorique communique une activité plus grande à la plupart des agents infectieux et que, d’un autre côté, elle dispose mieux l’économie à les recevoir; de même que le plomb des navires, inoffensif à Brest, se révèle par la colique sèche quand l’équi- page aborde aux Antilles ou au Gabon. Nous avons, l’un des premiers, signalé pareille influence, dans le sens ■de l’aggravation des symptômes, de la chaleur sur la fièvre typhoïde en Algérie. Léon Colin a établi en loi que les fièvres telluriques sont périodiques dans la Bresse, rémittentes en Algérie et continues au Sénégal, la gravité s’accentuant d’autant plus que l’intermittence disparaît plus complètement. Ce n’est que dans les régions malariales chaudes qu’on voit des formes violentes et d'une haute perniciosité, connues sous les noms de fièvre hématurique, fièvre bilieuse mélanurique. , i Itililioçrapliie. — Blachez : Du coup de chaleur (Gazette liebdomad. de méd. et de chir., n° :î3, 1877. — Lacassagne : De L’insolation et des coups de soleil. Paris, 1878. — Jacubasch : Sonnenslich und Hitzschhlag. Berlin, 1879. — Zuber : Élude sur le coup de cha- leur (Bull. Soc. méd. des hôpitaux, octobre 1880). — Borius (A.) : Les maladies du Séné- gal. Paris, 1882. — Bordier (A.) : La géographie médicale. Paris, 1884. — Poincaré (Léon) : Prophylaxie et géographie médicale. Paris, 1884. — Duclaüx (E.) : Étude d’un microbe rencontré sur un malade atteint de clou de Biskra (Gazette liebdomad., p. 397, 1884). — Depéret (Ch.) et Boinet (Ed.) : Du boulon de Gafsa au camp de Sathonay (Arch. de méd. milit., III, p. 29G, 1884). — Des mêmes : Nouveaux /ails relatifs à l’histoire du bouton de Gafsa (Archives de méd. milit., IV, p. 425, 1884). — IIéricourt (J.) : Des accidents causés par la chaleur (Arch. de méd. milit., VI, p. 7, 1885). — Bi.anc (H.) : Recherches sur la fièvre typhoïde en Tunisie et sur les modifications que lui imprime la chaleur (Arch. de méd. mil., IX, p. 18, 1887). •Consulter. Vaelin (E.) : Recherches expérimentales sur L’insolation (Arch. gén. de méd., 1870). — Bernard (Claude) : Leçons sur la chaleur animale, sur les effets de la chaleur et sur la fièvre. Paris, 187G. — Laveran (A.) : Traité des fièvres palustres. Paris, 1884. influence «lu froid. — Nous suivrons le môme ordre que pour l’étude précédente, sur l’influence de la chaleur. 1 Modifications physiologiques. — Le terme de froid n’a rien d’absolu. Habituellement, on dit qu’t/ fait froid, quand le thermomètre est au- dessous de o degrés centigrades. Encore ce degré est-il plus désagréable en automne (après 1 été) qu’au printemps (après l’hiver), de même que 20 degres au-dessous de zéro paraissent une température tiède quand on vient de passer par — 40 degrés. L’action du froid sur 1 économie est modifiée par diverses conditions d’âge, de sexe, de tempérament, de constitution, de dispositions indivi- duelles ou ethniques. Le premier effet est le besoin de mouvement, pour faire de la chaleur ; le tremblement n’est peut-être qu’une manière incon- sciente pour l’économie de se défendre par l’activité musculaire. Un autre besoin corrélatif est celui de manger, poussé jusqu’à la boulimie, par le froid excessif (Catat), et spécialement d’ingérer de la graisse et des hydro- carbonés, aliments combustibles. On peut, à vrai dire, exprimer cette loi d’une autre façon, peut-être plus juste ; à savoir que les gros mangeurs supportent mieux le froid que d’autres; d’après Voit, les explorateurs des mers polaires embauchent de préférence, pour leurs expéditions, les mate- lots doués d’un robuste appétit et se munissent de provisions en consé- quence. Cependant, les observations de Larrey pendant la retraite de Russie (1812-1814), celles des médecins de la guerre de Crimée (1854-I856)r de Lebastard au Tléta des Douairs (1879) ont prouvé que les individus do race liguro-ibérique, et même les Arabes, bruns, secs et petits mangeurs, résistent mieux au froid que les hommes blonds, à vaste estomac, de raco germanique. Ch. Martins insinue que les habitants des pays chauds ont emmagasiné, pendant leur séjour sous le ciel natal, de la chaleur dont ils dépensent le superflu lorsqu’ils sont transportés dans des latitudes moins heureuses. Nous aimons mieux prendre en considération le ressort nerveux des Méridionaux et leur habitude de se passer de la stimulation dangereuse de boissons alcooliques. La configuration du sol, l’état du ciel, la mobilité de l’atmosphère, la durée de son application, modifient les effets du froid. Lorsqu’on s’élève em hauteur, d’après Sonklar, la décroissance de la température marche plus lentement par les vents du sud et de sud-ouest que par ceux du nord et de nord-est. La force du vent l’accentue. Par le temps clair et avec de fai- bles courants, la décroissance de température est lente dans les régions- inférieures de l’air et rapide dans les couches supérieures. La présence de la vapeur d’eau dans l’air est de quelque importance; ceci doit être plus à considérer pour les froids modérés que pour les températures très bassesr puisque, au-dessous de zéro, l’air renferme naturellement la plus grande- proportion relative et la moins grande proportion absolue d’humidité. Plus l’air est limpide, plus énergique est le rayonnement; celui-ci atteint à un degré extraordinaire pendant la nuit, par un air calme et sous un ciel' sans nuages. Melloni prétend que le rayonnement du corps n’est pas plus grand sous un ciel pur que sous un ciel nuageux, mais que la perte de chaleur est mieux ressentie. Flammarion a, cependant, noté qu’en s’élevant en hauteur, l’abaissement de température de -1° n’exige que 189 mè- tres d’ascension verticale par un temps découvert, tandis qu’il faut s’élever de 194 mètres lorsque le ciel est nuageux. Le vent, même modéré, rend les basses températures insupportables.. L’équipage du capitaine Ross travaillait sans trop de peine au dehors, dans une température de — 41° par un temps calme ; tandis qu’il ne pouvait quitter le bâtiment sous un froid de — 29°, avec un vent léger. Quel que soit le froid, la question est toujours de savoir dans quelle mesure les actes physiologiques calorifiants compensent la soustraction de chaleur. Sous l’impression d’un froid modéré, que l’homme peut équilibrer par une nourriture plus abondante et par la protection des vêtements, il n y a pas de troubles sérieux, mais plutôt un sentiment de bien-être, une aug- mentation de l’appétit, une disposition parfaite à l’activité physique et intellectuelle. L’apport d’oxygène en plus grande quantité aux poumons a permis à la fonction respiratoire d’alimenter plus généreusement la com- bustion organique. Sous l’iniluence d’un grand froid, lorsque les ressources de l’économie sont au-dessous du besoin, les physiologistes (Poiseuille, Dickinson, Brown-Séquard et Tholozan, Cl. Bernard, Allen et Pepys, Walther, Pou- chet, Michel, de Crecchio) ont noté des troubles de plus en plus graves, dont la sériation se présente à peu près comme ci-dessous. d. C’est d’abord la sensation de froid, l’horripilation, l’état de la peau dit chair de poule, l’obscuration du sentiment. 2. Les capillaires périphériques se contractent, le sang reflue dans les gros vaisseaux, en général, dans les organes vasculaires profonds; le tégu- ment et les extrémités pâlissent tandis qu’il y a de l’oppression thoracique et des douleurs de tête, par réplétion sanguine des viscères. Le pouls devient petit et lent dans les extrémités naturellement les premières et les plus influencées (orteils, doigts, nez, oreilles). 3. L’excrétion d’eau par les poumons et la peau diminue, l’urine aug- mente, en revanche, et la proportion de ses éléments solides s’abaisse. 4. A ce moment, si l’application du froid cesse, ou même si le degré de froid n’est pas poussé plus loin, il peut y avoir réaction, c’est-à-dire que les vaisseaux capillaires se dilatent comme s’il y avait paralysie vaso-motrice, que le sang reflue à la peau où se produit delà chaleur avec démangeaison, que le pouls reprend de la plénitude. 3. Si au contraire, le froid persiste ou s’élève, il se manifeste des sensa- tions douloureuses dans les membres, la tête, la poitrine. La respiration est déprimée, l’absorption d’oxygène augmente (Mathieu et Urbain) par le simple fait physique d’une plus grande solubilité dans le sang; tandis que l’exhalation de CO2 diminue par ralentissement de la combustion intersti- tielle. 6. Les extrémités se raidissent, se congèlent. Le sang gèle dans les vais- seaux, en commençant par les couches les plus voisines de la paroi (Poi- seuille). Le degré auquel se produit la congélation du sang varie de — 0°,o ou 1° (Crecchio) à — 8°,9 (Richardson). Les changements de structure des globules ne se montrent qu’au dégel. Pouchct pense que la structure cellulaire de ces corpuscules est détruite; de Crecchio prétend que l’en- veloppe reste intacte, mais que le contenu s’en échappe par osmose. 7. Les parties gelées sont insensibles à l’excitation électrique et se lais- sent envahir par la gangrène. 8. Après la congélation des parties périphériques surviennent de l’affai- I 300 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène blisscment général, des vertiges, de l’engourdissement, une invincible ten- dance au sommeil. Les contractions du cœur, les mouvements respira- toires se suspendent; la mort arrive avec une réplétion sanguine des organes internes et une paralysie du système nerveux. D’ailleurs il n est pas possible de préciser le degré de froid qui est mortel, attendu que ce degré varie énormément selon les individus et les circonstances. A. Laveran résume en quelques lignes l’action du froid: «Si l’impression d'un froid modéré est capable de produire une excitation sur certains éléments, sur la fibre musculaire en particulier, on peut dire d’une façon générale que l’action des températures voisines de zéro ou inférieures à ce degré est une action essentielle- ment paralysante qui diminue la vitalité de tous les éléments anatomiques et qui finit par amener leur mort. Les mouvements des leucocytes, ceux des cils vibratiles, disparaissent par le refroidissement, les nerfs deviennent mauvais conducteurs, puis cessent entièrement de fonctionner, les muscles se paralysent. » D’une soigneuse revue des expériences et des théories connues, Lebaslard con- clut: que, dans le refroidissement brusque et progressif, la mort arrive par anémie cérébrale; dans le refroidissement lent et continu, la mort est due à une conges- tion cérébrale; la mort par suite de congélation partielle esL due aux embolies capillaires formées par les caillots contenus dans la partie congelée. Le professeur Colin (d’Alfort) a pratiqué sur des animaux une double série d’ex- périences de refroidissement par l'air et par l'eau, qui éclairent vivement Ja question. Tout en réservant le problème délicat des différences d’aptitude à supporter le froid que l’on observe chez les diverses espèces de mammifères et même chez des individus d’une même espèce (chez l'homme en particulier), le savant physiologiste s’est convaincu que « les effets du froid sur l’ensemble de l’organisme sont des effets secondaires, subordonnés à ceux qu’il produit sur la peau, » et que « si le froid ne réussit pas à abaisser notablement la température de la peau, il est par- faitement supporté et reste inoffensif, tandis qu’il détermine des troubles graves et tue même, s’il fait descendre le tégument d’un certain degré. » Il est, d’ailleurs, certain que le froid supprime les sécrétions de la peau et pro- voque la rétention des matériaux de déchet. D’autre part, l’irritation des nerfs de la peau par le froid est reportée, par action réflexe, aux centres vasomoteurs, aux nerfs trophiques et aux nerfs de la sensibilité (Seitz). Étant démontrée l’importance du refroidissement de la peau, on reconnaîtra, avec le professeur d’Alfort, que le tégument peut perdre de la chaleur: 1° par con- ductibilité et rayonnement, comme tous les corps; 2° par l’évaporation des liquides exhalés à sa surface ; 3° faute de recevoir par le sang la somme de chaleur néces- saire pour compenser ses perles. Le premier mode est le plus important; on con- çoit aisément que le sang lui-même vienne perdre sa chaleur au contact d’une si vaste enveloppe, lorsqu’elle est refroidie, et qu’il ait quelque peine à la lui rendre ensuite, quand on fait cesser l’action du réfrigérant. Le froid, selon Colin, semble agir de trois manières : a, par impression immédiate sur le système nerveux ; h, en refoulant le sang de la périphérie vers les organes profonds, qu’il conges- tionne ; c, par aslriction, effet auquel les organes profonds sont diversement sen- sibles. L’impression sur le système nerveux lui paraît avoir la préséance. Lorsqu'on songe à la différence d’impressionnabilité, vis-à-vis du froid, des diverses espèces animales, des variétés d’une même espèce et même des individus de même famille. on ne peut s’empêcher de partager généralement cette opinion. Au demeurant, c’est là un sujet qui, malgré bien des recherches expérimentales, paraît encore loin d’être épuisé (Vallin). Le rôle du sang dégelé, dans le mécanisme de la mort après la congéla- tion, a été envisagé par Michel (de Nancy) comme le résultat de l’oblitéra- tion des capillaires pulmonaires (d’où la syncope) par une foule de petites embolies provenant de la désintégration de caillots microscopiques, qui se sont formés pendant l’application du froid. 11 se peut que le mécanisme de la mort ne soit pas toujours le môme. Ogslon l’a attribué à l’anémie cérébrale, qu’il a reconnue dans des autopsies d’individus morts de froid. Lacassagne fait la distinction, légitime en théorie, des trois modes suivants : .Mort par refroidissement rapide el progressif; — par refroidissement lent et continu ; — par refroidissement d’une partie. Les accidents généraux n’aboutissent pas tou- jours à cette mort rapide et dans la somnolence, à laquelle Larrey ne trouvait rien de cruel et qui fut probablement la manière de passer de vie à trépas de ces senti- nelles qu’on relevait raide-gelées et debout à leur poste, pendant le siège de Metz par Charles-Quint, en 1552 (Forestus). Wiel proteste contre cette tradition; il a souvent trouvé le cadavre des individus gelés dans une altitude qui révélait un rude combat avec la mort, les membres convulsivement fléchis et tordus, le sol gratté tout autour. Il y aurait imprudence à prendre pour une loi physiologique l'image effrayante et hardie dont s’est emparé le poète: On voyait des clairons à leur poste gelés, Restés debout en selle et muets, blancs de givre, Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre. (Victor Hugo.) Les habitants des pays froids ont dû mettre leur économie à la hauteur du besoin de production de calorique qui leur est imposé. Leur caracté- ristique physiologique est l'ampleur et l’intensité des combustions organi- ques. C’est dire qu’ils se distinguent par un formidable appétit et leur apti- tude à ingérer des quantités prodigieuses d’aliments, choisis surtout parmi ceux qui représentent du combustible immédiat, la graisse, l’huile, les viandes huileuses. 11 faut bien aussi que la fonction respiratoire se mette au diapason de 1 apport de combustible et qu elle introduise suffisamment d aii pour entretenir ces puissants foyers. Heureusement, l’air des climats simplement Iroids est riche d’oxygène (en poids). La circulation ne paraît pas en être activée; les Groenlandais passent pour avoir le pouls remarqua- blement lent. Le système nerveux de la vie animale semble s’effacer devant (.(.lui de la vie végétative; quand 1 estomac domine, le cerveau sommeille. 11 serait peut-être téméraire de mettre le lymphatisme des climats polaires en rapport avec l’activité forcée des fonctions de nutrition et de sanguifica- tion, sauf les tiaits extérieurs, il y a du lymphatisme sous les tropiques comme au ceicle polaire et il faut bien, s'il y a une cause commune, qu elle soit autre chose que la température. Les hommes des régions tempérées, dans des circontonces mémorables, ont a rouie pendant un temps assez long les rigueurs des climats polaires, à des lali- tudes que les Esquimaux eux-mômes ne visitent pas. 11 s’agissait de découvertes géographiques, de la recherche de la « mer libre » du Pôle, ou encore de la déter- mination de voies commerciales (ce fameux passage du Nord-Est, le plus court chemin de l’Europe à l’Océan Pacifique, que Nordenskjold vient de reconnaître). Parry (1819), Franklin, Richardson, Bellot, J. Ross (l'Entreprise, 1848-1849), Kane, Rayes, Mac-Clure, Auslin, Nares (Bcsolulc, 1854), Mac-Clinlock (1859), les marins du Polaris (1872), Payer et Weyprecht du Teghetoff (1873), les marins de l’Alerf et du Discovery (1873), Nordenskjold et Palender (la Vega, 1879), nous ont glorieuse- ment appris jusqu’où peut aller contre le froid la résistance de l’homme, armé de courage et muni des ressources de l’hygiène. Ces expéditions comportent habi- tuellement deux phases, l’une d’immobilité, pendant laquelle l’équipage reste sur le navire enclavé dans la glace, subissant la nuit polaire de 4 à 5 mois; l’autre d’activité, que l’on emploie, à la faveur du retour de la lumière, à des explorations en traîneaux. Pendant la première, surtout vers sa fin, quand le mois de mars ramène le soleil, l’air extérieur présente couramment une moyenne de — 30°, par des latitudes de 78 à 80 degrés (Nord). L’Alert, encastré dans la glace, par 82°,24 de latitude nord, en mars 1876, enregistrait un minimum de — 59°. La tem- pérature minimum pour une période de 24 heures fut de — 37°,1 pour 1 ’Altrt, de — 35°,4 pour le Discovery. Pendant sept jours consécutifs le Discovery eut une moyenne de — 31°; YAlert rapporte une moyenne de — 31°,5 pour treize jours consécutifs et de — 34°,8 pour une autre période de cinq jours et demi. Mais l’on parvient à entretenir dans le navire une température un peu au-dessus de zéro. Le moment où le froid devient redoutable est celui des excursions. Celle de Mac- Clintock et Allen Young, en 1839, eut à lutter contre un froid de — 44°,4; Nares et Hamillon, du ResoJute (1834), observèrent — 42°,2 ; Payer du Teghetoff fut huit jours absent et subit jusqu’à — 31°; les officiers de YAlert opérèrent par des températures de — 41°,1 et — 46°,3 (Ad. Nicolas). A la vérité, si l’on sort victo- rieux de cette lutte, ce n’est pas sans blessures ni perte d’hommes. En général, ces expéditions ont coulé 1,7 décès sur 100 hommes d'équipage; YAlert et le Discovery, plus particulièrement maltraités, perdirent même 4 hommes et 3 offi- ciers, 7 hommes et 1 officier eurent les pieds gelés et 3 d’entre eux subirent l’amputation des jambes. Mais on dépassa 83° lat. Nord! ho. Jeannette, capitaine de Long (1879-1882/, perdit les deux tiers de son monde. R périt dix hommes sur seize de l’équipage du lieutenant Greely (1881-1883) du Proteus. 2° Accidents du froid. — L’on vient de voir, par les lignes qui précèdent, que les effets physiologiques du froid confinent aux accidents et, même, les constituent, quand l’impression météorologique a été suffisamment intense et prolongée. Ces accidents, on a déjà pu le reconnaître* sont locaux et portent plus communément le titre de congélations, — ou généraux, et méritent le nom à'asphyxie par le froid, préférable, quoique insuffisant, à celui de congéla- tion générale. Les congélations, qui, naturellement, atteignent surtout les extrémités, ont été réparties parLegouest suivant une échelle de gravité qui rappelle celle des brûlures : engelure, phlyctène, eschare du tissu cellulaire, gan- grène des muscles, mort totale du membre. Quand l’accident n’est qu’aux premiers degrés, il est possible de rappeler la partie à la vie en la rame- nant progressivement à la température normale; l’application immédiate de la chaleur équivaut à la perte du membre; dans les pays froids, on prati- que vulgairement les frictions de neige sur les extrémités où l’on voit appa- raître le blême de la congélation commençante; un bain d’eau glacée est le meilleur topique à appliquer au membre que l’on espère ramener à la vie. D’ailleurs, au moment où les accidents généraux ont envahi les fonctions essentielles, sans les annuler encore, le brusque passage du froid à une atmosphère chaude est encore le pire des remèdes. Les soldats de la re- traite de Russie tombaient, « frappés d’une apoplexie foudroyante », dans les feux dont ils s’approchaient avec une sorte de fureur, malgré tous les conseils, croyant prendre une revanche de leurs souffrances pendant la marche sous la neige. Sureau, pharmacien en chef de la Grande-Armée, expira en quelques heures dans une chambre chaude où il avait pensé trouver une compensation au froid éprouvé en gagnant Kowno. En dehors des faits à la rencontre desquels vont les explorateurs des mers glaciales, les congélations générales ou partielles se produisent un peu partout, dans nos pays tempérés, dans la saison froide. Mais les obser- vations qui sont restées historiques sont principalement des désastres mi- litaires, depuis la retraite des Dix-Mille (Xénophon) et le passage du Cau- case par l’armée d’Alexandre, jusqu’à la retraite de Russie (1812-1813), la guerre de Grimée (1834-1836), la guerre franco-allemande (1870-1871), et le désastre du 4e zouaves au Tléta des Douairs, en mars 1879. En cette occasion, une tourmente de pluie et de neige assaillit avec une violence inouïe une colonne de troupes se rendant d’Aumale à Laghouat; 19 hom- mes succombèrent et des catastrophes plus nombreuses se fussent pro- duites, si des secours n’étaient venus de la part d’hommes énergiques et dévoués. Sans parler de la retraite de Constantine, en 1836, des accidents éprouvés près de Bougie en 1831, au passage de l’Atlas en 1832, la colonne du Bou-Thaleb (près de Sétif), en 1843, restera comme un des plus dou- loureux souvenirs; il y eut 228 décès sur 2,800 hommes ! A vrai dire, et ce n’est pas la première fois qu’on en fait la remarque, la température de l’air descendait à peine au-dessous de zéro. Mais on avait les pieds dans la neige fondante et l’alimentation des soldats laissait à désirer. La neige fondante soustrait évidemment beaucoup de calorique aux tissus vivants qui sont à son contact; on s’en aperçoit encore aux fâcheux effets de 1 usage de la neige à titre de boisson, pratique vivement déconseillée par les hygiénistes. C’est dans la neige d’automne, en partie tondue, que les marins de YAlert ont subi les congélations dont il est parlé plus haut. Dans son émouvant récit de la catasrophe du 4° zouaves au iléta des Douairs, Lebastard fait remarquer qu’il tombait autant de pluie que de neige; mais cette eau froide imbibait les pantalons de toile bouf- fante des zouaves et les refroidissait d’une façon continue; les hommes étaient harassés par une longue étape dans la boue, sous une tempête de pluie et de neige; par-dessus tout, ils avaient faim. La prophylaxie de ces accidents sera, légitimement, exposée aux articles : vêtement, habitation, chauffage, exercice, alimentation. Dès à présent, l’on peut dire qu’un système nerveux bien trempé, un bon état de la nutrition générale, une alimentation largement assurée, des vêtements mauvais conducteurs, sont les garanties dont il faut s’entourer lorsqu’on s’aventure dans le séjour ou la marche à travers une atmosphère glaciale de n’im- porte quelle zone. Nous ne poussons pas l’esprit de système jusqu’à inter- dire absolument l’alcool; les boissons stimulantes (café, thé) sont avanta- geuses, par conséquent l’alcool aussi, dès que l’on ne dépasse pas les doses auxquelles il reste simple stimulant. Mais, si l’on va plus loin, c’est un insensibilisant, qui s’ajoute à l’action anesthésiante du froid, et l’on com- prend que des capitaines d’expéditions polaires l’aient supprimé net à des matelots pour qui l’usage se confond aisément avec l’abus. En pleine lutte avec le froid, le soldat est dans le mouvement et l’exercice musculaire ; ici, la force physique ne suffit pas; l’énergie morale, la volonté, deviennent la suprême ressource. Qui la possède se sauve et peut en sauver d'autres. Dans les colonnes armées, un vieux soldat plein de ressort, un sous- officier de quelque vigueur, peuvent arracher à la mort nombre d’hommes de recrues démoralisés et qui fléchissent devant l’ennemi atmosphérique. On les objurgue, on les pousse, on les frappe, s’il le faut, pourvu qu’ils marchent, car « qui s’arrête, s’endort, et qui s’endort ne se réveille plus ». 3° Maladies du froid. Aptitudes morbides qu'il crée. — A mesure que l’on connaît mieux les maladies diathésiques ou générales, que les statistiques se font plus nombreuses et plus exactes, que l’on sait retrouver les germes spécifiques sous des dehors d’emprunt et que l’on analyse plus rigoureuse- ment l’étiologie, le rôle pathogénique du froid et, d’ailleurs, de tous les agents de la météorologie se rétrécit davantage. Il convient aussi de dis- tinguer le cas de l’influence directe du froid et celui où il n’est qu’un auxiliaire — ou une entrave — de la cause véritable. Le froid ralentit ou arrête le développement des microorganismes, mais ne lue point leurs spores, même quand il est poussé très Loin. C’est l’agent le plus impropre à la désinfection que l’on connaisse. Les bactéries banales de l’eau se développent encore faiblement à -j- 6° (Flügge); le bacille ty- phique à -f- 3° (Seitz). La spirille du choléra a sa limite inférieure à lo°; les bacilles de la morve ont la leur à 22°, ceux de la tuberculose à 33°; ceux du charbon à 12°. Mais il est évident que l’homme, par lui-même ou par ses abris, peut compenser les conditions difficiles que crée le froid aux schizomycètes infectieux. L’activité nutritive, suscitée par le froid, semble être en rapport naturel avec une plus grande fréquence des inflammations dans les contrées froides et dans les saisons froides des pays tempérés. Les inflammations viscé- rales s’accommoderaient assez bien de la théorie, citée plus haut, du transport par action réflexe de l’irritation subie par les nerfs cutanés. Les formes simples des affections aiguës des voies respiratoires, la Bronchite, la Bronchite capillaire, Broncho-pneumonie, pneumonie ca- tarrhale ou lobulaire, se rattachent peut-être à de telles conditions. 11 n’en est plus de même de la Pneumonie, qui parait bien être de toutes les saisons et de tous les climats (A. Hirsch, Grisolle, L. Colin). La Pleurésie elle-même est répartie sur toute l’année dans nos pays et n’est point étran- gère aux climats chauds; bien que plus fréquente et plus grave pendant nos hivers et sous les zones froides, clic est loin d’atteindre à la physiono- mie d’une affection propre aux milieux atmosphériques froids. A en juger par quelques observations personnelles, j’inclinerais à croire que 1 action des froids rigoureux n’est pas étrangère à. la formation des épanchements purulents; le rude hiver de 1879-1880 a amené dans mes salles de l'hôpital militaire (Lille) un nombre tout à fait inusité de pleurésies de cette nature (purulentes d'emblée, cela va sans dire). On s’explique sans peine, à notre époque, une généralisation aux temps et aux lieux si frappante et qui embarrassait tant l’ancienne étiologie à frigore. La pneumonie est une maladie infectieuse et la pleurésie, d’après les constatations de Kelsch, serait très généralement une manifestation de la tuberculose. Le froid ne saurait donc que favoriser le développement du microcoque ou du bacille en préparant le terrain humain et en affaiblis- sant la résistance de la cellule animale. Il est acquis aujourd’hui que le Rhumatisme articulaire aigu, affection diathésique, n’est point engendré du froid et n’épargne pas les pays chauds ni les saisons chaudes. En revanche, il est ordinaire que le froid réveille les manifestations douloureuses, n’ayant pas le caractère d’un accès complet, du rhumatisme chronique. Il importe, d’ailleurs, quand on étudie les faits capables d’éclairer le point de vue étiologique, de bien distinguer du froid les refroidissements. Une région à climat très froid, mais constant, peut être beaucoup moins favorable aux inflammations thoraciques qu’un plus doux, mais à grandes et brusques oscillations thermiques. Ainsi, les rhumes sont rares en Islande. De même, l’influence permanente du froid sur les indigènes des régions subpolaires n’est pas absolument identique à l’impression, toujours un peu brusque et assurément nouvelle, que ressentent et que peuvent manifester les explorateurs venus de latitudes plus favorisées au point de vue thermi- que. Dans ce dernier cas, le trouble est plus probable et se montrera plus bruyant; il se traduit volontiers par des déterminations thoraciques, de même que le passage du climat tempéré à la zone chaude se traduit par des localisations abdominales (Fonssagrives). Les maladies éruptives, en leur qualité de virulentes, sont.à peine entra- vées par les froids les plus rigoureux; la variole existe au Groenland et au Kamtschatka; la rougeole a été l’objet d’une remarquable relation de Panum, aux îles Féroé, en 1846. On a même cru que les contrées et les saisons froides en favorisaient 1 activité ; ce serait absurde, si l’on supposait qu une basse température convient spécialement à l’éclosion des germes morbides; mais c est exact, si l’on entend que le resserrement des groupes et des familles, imposé par le froid extérieur, multiplie les contacts et les chances de propagation. Pourtant, la syphilis, qui s est établie aux lies Féroé, paraît ne pouvoir se propager en Islande, quoique les marins l’apportent communément à Reykjavik (Mackensie, Schleissner). Elle se cache, en Suède, sous le nom de Rudezyge (Bœek). Parmi les infectieuses, la malaria, dont les formes vont en s’atténuant à mesure que la moyenne thermique diminue, ne dépasse pas le 62e degré de latitude N. en Europe, le 47e en Amérique; le choléra, qui craint le froid, semble pointant avoii une vitalité plus tenace encore; non seule- ment, il a dépassé le 00e degré de latitude N. et l’isotherme de 5 degrés, comme la malaria, mais il n’a pas cédé à un froid de — 20°, Moscou (1830), de — 30°, à Orenbourg. La fièvre jaune, heureusement, est absolument antipathique au froid ; les navires de l’Atlantique, qui s’aperçoivent en mer qu’ils la rapportent avec eux des Antilles, mettent le cap au nord pour s’en débarrasser (Etioü-Kérangal). Les affections typhiques adoptent de préférence la forme de typhus exanthématique. Si le froid y contribue, ce doit être d’une façon indirecte, en poussant les individus à s’entasser dans des demeures étroites, d’ail- leurs malpropres. La phthisie, sur le développement et la marche de laquelle, dans nos pays tempérés, pèsent fâcheusement les transitions fréquentes et rapides de la chaleur au froid, passe pour être rare ou inconnue dans les régions polaires. Si de bonnes statistiques ont été faites, cela prouverait au moins que le froid constant ne provoque pas la phthisie. Villemin, dans la pensée que la tuberculose est une maladie zymotique, laisse entendre que les froids extrêmes peuvent paralyser les germes de celle-ci, comme ils le font des germes en général; malheureusement, nous venons de voir que les latitudes circumpolaires n’arrêtent ni la variole ni le choléra. L’immunité phthisique des climats polaires rappelle celle des altitudes. Jourdanet croit apercevoir dans l'anémie la raison commune de l’immunité phthisi- que des altitudes et de celle des contrées hypothermiques; comment peut- il y avoir anémie dans l’air froid, par conséquent dense, et où la tension de l’oxygène n’a rien perdu? C’est que la nécessité de la production de chaleur, de combustions organiques intenses, augmente le besoin d’oxy- gène, consomme tout celui qui est fourni et n’en laisse pas de disponible; il en faut tant qu’il n’y en a jamais assez ; les habitants des pays froids sont anémiques de la même façon qu’un millionnaire est pauvre s'il dépense ses cinquante mille francs de rente et se sent encore l’appétit d’en dévorer cinquante mille autres. Cette théorie est fort ingénieuse, mais aurait besoin d’une vérification approfondie. Il semble bien que la zone froide des pays tempérés soit plus maltraitée par la phthisie que la moiLié qui confine aux pays chauds. La France, par sa situation climatologique, se prête à cette comparaison. Or, Lombard constate : « 1° que la phthisie esL moins répandue dans les villes françaises que dans la plupart des villes septentrionales, » Londres, Glasgow, Christiania, Bruxelles, à l’exception d’Amsterdam ; 2° qu’en comparant les neuf départements septentrionaux français avec les onze départements méridionanx, les décès par phthisie représentent, dans le Nord, 108 pour 1000 de tous les décès, tandis que, dans le Midi, ils ne comptent que pour 79 millièmes : soit un tiers en moins. Le rapport des décès phthisiques au total des décès n’est peut-être pas une expression suffisamment claire. Nous avons pris la question autrement eu nous servant de la statistique de l’armée. Il est bon de rappeler qu’alors les garnisons de chaque corps d’armée n’étaient que très peu recrutées dans la région môme ; par conséquent, il n’y a pas lieu de se préoccuper des dispositions ethniques. Pour les deux années I87o et 1876, la moyenne des entrées aux hôpitaux par tuberculose ayant été de 2,30 pour 1000 hommes, cette moyenne se trouve être 4,12 dans le 1er corps (chef-lieu: Lille); 3,70 dans le Xe corps (Rennes); 2,80 dans le VII0 (Besançon); 2,23, dans le XVII0 (Toulouse) ; 2,1 o, dans le XV0 (Marseille) ; 2,04, dans le gouvernement de Paris; l,o2, dans le XVI0 corps (Montpellier); 0,91, dans le XIX0 (Algérie). On a donc quelques raisons de croire que, là où il ne s’agit pas d’extrêmes de froid ou de chaud, le froid n’est point un préservatif, et la chaleur, point une cause provocatrice de la tuberculose. Ce serait plutôt le con- traire. Il est probable que la modalité de la température est plus importante en ceci que son degré moyen, et ce pourrait bien être à leur égalité relative que les cli- mats de la région de Montpellier et de l’Algérie doivent d’être au-dessous de la moyenne en ce qui concerne la tuberculose dans l’armée. Le scorbut, à première vue, parait être une maladie des pays septentrio- naux; son nom même y fait songer. Villemin en a fait la remarque et a, d’ailleurs, revendiqué pour le scorbut le titre de maladie infectieuse. Cette doctrine peut se soutenir et acquiert probablement des chances avec l'extension actuelle des théories parasitaires. On a, du reste, le scorbut en Algérie (Benech) et sur les navires qui voyagent entre le Pérou et Saint- Nazaire, comme le trois-mâts l'Avenir (Mathelin, 1876). Mais, sans parler de la pénurie d’aliments frais, que les expéditions polaires imposent et qui a toujours quelque importance, il n’est guère contestable que le froid intense et prolongé n’y aide puissamment, comme aussi la longue obscu- rité des nuits polaires qui « étiole » les individus (A. Nicolas). Le scorbut de l’expédition anglaise de 1875 éclata aussi bien sur les hommes partis en traîneaux, et qui n’étaient que trop aérés, que sur les matelots restés au navire, dans un milieu susceptible d’être considéré comme miasmati- que. Les Esquimaux de ces parages ont le scorbut, plus que les équipages munis de lime-juice, et les capitaines anglais leur laissent des barils de jus de citron pour guérir cette maladie. Le froid peut bien être pour une part dans les maladies de peau des mi- sérables tribus de l’extrême Nord, au moins quand il ne s’agit pas de syphilis; mais il est à présumer que l’effroyable malpropreté de ces pau- vres.gens occupe aussi une grande place dans l’étiologie de ces derma- toses. Quant aux entozoaires, ils sont évidemment de provenance ali- mentaire. Terminons par la mention de Yophthalmic des neiges (snow blindness), qui est une sorte de traumatisme par l’air froid, mais aussi, comme l’indique son nom, par l’éclat des surfaces neigeuses. Bibliographie. — Le froid. — Colin (d’Alfort) : Des variations de température de la peau; du refroidissement et de réchauffement du corps dans divers milieux (Bull. Acad, do med., 1880, n° 5). — Du même :Sur le refroidissement du corps par L'eau. Action de la pluie, des aspersions et du bain froid [ibid., 1880, il0 15). — Lebastai») : Relation mé- dicale du désastre du Tléla des Douairs, L 28 mars 1870 (Recueil do méra. de inôd. milit., 3° série, XXVI, 1880). [Hygiène Régions polaires. — Bellot (A.) : Lu prochaine Expédition arctique anglaise (Revue mari- time et coloniale, 1875). — Rochefoiit : l’Expédition anglaise du pôle Nord (Archives de méd. navale, XXIV, 1875). — Our Artic Expédition (The Engineering, avril 1875). — Ni- colas (Ad.) : le Scorbut de l’expédition anglaise au pôle Nord (Gazette hebdomad., 1877, nos 1 et 2). — Nohdenskjold : Sur le passage du Nord-Est (Comptes rendus Acad, des sciences, 5 avril 1880). — Laveran (A.) : Froid (Dict. encycl. des sciences médic.). Feulard (Henri) : Les froids polaires (Gazettehebdomad. de méd. et de cliir., n° 51 1887 Consulter. — Shrimpton- : Relation de la retraite du Bou-Thaleb [(Rec. de mém. de méd. milit., 184G). — Miguel : Contribution à l’étude des embolies capillaires de l'artère pul- monaire à la suite de la congélation des pieds (Journ. de méd. de Strasbourg, 1867). — Crecchio (L. de) : De la mort par le froid (Il Morgagni, 1866). Influence comparée de la chaleur ou du froid sur la morbidité et la mor- talité. — Il ne serait pas très instructif de comparer, à ce double point de vue, les pays du Nord avec les régions intertropicales. Outre que les docu- ments ne sont point partout recueillis avec une exactitude suffisante, il y a trop de conditions associées qui pèsent sur le mouvement démographi- que, en même temps que la météorologie, pour qu’une pareille comparaison puisse prendre pour unique base les différences de moyennes thermiques. On obtient un enseignement meilleur et plus sûr en comparant entre elles les saisons, froide et chaude, d’une même zone, choisie par conséquent dans les climats tempérés qui, seuls, présentent une alternance parfaite- ment nette. Des recherches statistiques faites à Genève par lui, par Ed. Mallet et Marc d’Espine, le Dr Lombard conclut qu’en général : le froid augmente la morbidité, tandis que la chaleur la diminue; et, plus exactement, qu’à une- température froide et prolongée succède une forte morbidité, pendant qu’à une température chaude et prolongée succède une faible morbidité. On conçoit qu’en effet les résultats définitifs de ces impressions se voient mieux après que pendant la saison qui leur permet de s’exercer. Graffenauer, Stœber et Tourdes, à Strasbourg, sont arrivés aux mêmes conclusions. Casper, de même, à Berlin (18-16), disait que : aucune circonstance atmosphérique n’est si nuisible pour la vie que le froid sec. C’est que, si l’on applique la même étude à la détermination des oscillations de la mortalité, on trouve encore qu’à Berlin (Casper), Strasbourg (Stœber et Tourdes), à Genève (Lombard), à Glasgow (Robert Cowan), « une forte mortalité succède ou coïncide avec le froid, tandis qu'une faible mortalité succède ou coïncide avec la chaleur. » En conséquence, dans tous les pays d’Europe (statistique générale de Wappaeus), sauf de rares dérogations, les chiffres les plus élevés de la mortalité se rapportent à l’hiver et les plus bas à l’été, à moins qu’il ne s’agisse de pays marécageux, ou qu’une épidémie d’été (choléra, dysen- terie) n’ait renversé les rapports. Parmi les déviations de cette loi, Wasserfuhr signale la ville de Stettin, où, de 1833 à 1838, la mortalité moyenne a été de 21,94 pour 100 décès dans le 1er trimestre; 24,02 dans le 2e; 32,50 dans le 3e (juillet, août, septembre) ; 24,54 dans le -V. L’auteur fait remarquer que les maxima thermique, liyétométrique et l'ascension du niveau de l’Oder, affectent aussi ce même 3° trimestre; mais, comme les mêmes coïncidences se représentent ailleurs, il suppose que ces auxi- Maires de la putréfaction trouvent à Stettin un sol plus souillé que dans d’autres villes. C’est l’exaspération de la putridité, et non la météoro- logie, qui élève le chiffre des décès. Celte explication ne paraîtra proba- blement pas suffisante. La comparaison des années entre elles pour une même ville démontre- rait de la même manière l'influence meurtrière du froid sur tous les indi- vidus vieux, faibles, valétudinaires, qui, dans la cité, ne se maintiennent 10 mètres. II y a des villages plus élevés encore, qui 11e sont habités que dans la belle saison. En été, les troupeaux vont paître jusqu à ;>,000 mètres. Le Mirza, envoyé au Tbibet en 1809, signale même un village, Thok-ÜJalandk, à la hauteur extraordinaire de 4,980 mètres. A ces hauteurs, l’homme n’est pas moins entouré de nombreux animaux privés ou sauvages, de yaks, de lamas, d’oiseaux, d’insectes. Le condor plane hardiment jusqu’à 7,000 mètres, c’est-à-dire jusqu’aux environs de la dépression à 31 centimètres, à laquelle les oiseaux de nos pays, y com- pris les rapaces, titubent, vomissent, etc. Il est vrai que, dans les parages fréquentés par les grands vautours, les pâturages oit vivent les troupeaux qui doivent fournir à leur nourriture sont déjà élevés de 2 ou 3,000 mè- tres. Les chats paraissent supporter moins bien que la plupart des autres mammifères le séjour des hautes altitudes. Les chevaux et les mules des hauts plateaux ont moins de force et de fond que ceux de la plaine; Jour- danet nous apprend que lorsqu’on voulut introduire à Mexico des courses de chevaux, ce divertissement cher aux races espagnoles tourna en une joule dérisoire. Castelnau avait reconnu la môme physionomie aux com- bats de taureaux essayés à la Paz. 11 est d’un incontestable intérêt de se rendre compte de l’état physiologique et des chances de santé ou de maladie de ces habitants des hauteurs. Ceux-ci représentent des peuples entiers; les ascensionnistes et les aéronautes ne forment que des individualités. A la. rigueur même, l'hygiène ne doit ses soucis qu’à celles de ces ascensions qui ont en vue quelque problème scientifique. A 76 centimètres de pression, l'homme a 20 volumes d’oxygène dans son sang artériel et 12 dans son sang veineux : à 48 centimètres (La Paz) ou, surtout, 44 centimètres (Cerro de Pasco), il n’en a plus que 16 ou 14 volumes dans le sang artériel et 8 ou 6 dans le sang veineux, théoriquement, et comme il résulte des recherches de P. Bert, de Frankel et Geppert sur les animaux, de Speck sur l’homme. Est-il possible que, par PeHel de la résidence et de l’habitude, les habitants des hauts plateaux arrivent à extraire, pour les combustions organiques, de ces 14 ou 1 6 volumes d’oxygène, la même quantité (8 vol.) qu’un homme de la plaine trouve dans ses 20 volumes? Cela parait peu probable. L’augmentation de fréquence des inspirations n’y suffirait pas; elle est d’ailleurs impossible au taux que le calcul indique comme nécessaire pour la compensation, et, en fait, cette augmentation n a pas lieu, c’est plutôt le contraire (Jourdanet). L’exagération d’amplitude des respirations ne serait pas davantage d’une efficacité absolue; elle n’est, du reste, pas plus démontrée que l’augmentation de fréquence. Les créoles, dit Jourdanet, ne modifient pas leurs formes en passanl de la plaine sur les hauteurs; leur poitrine reste la même qu en bas. Coindet n’avait pas été frappé du développement thoracique des Indiens; Vivenot (de Vienne) a, au contraire, remarqué que la poiliine se dilate dans 1 air comprimé. Les Indiens ont un rapport thoracique consi- dérable, c est-à-dire que leur périmètre thoracique est grand par rapport à la taille, avec 1m,60 ou 11,1,63 de taille, ils ont, par exemple, 0'“,89ë de circonférence thoracique. Mais cest aflaire de race; ils ont les cuisses et les jambes courtes (d Oibigny) et ceux de la plaine présentent celte conformation aussi bien que ceux de la montagne. Si 1 homme des hauts plateaux s’appropriait la même quantité d’oxygène que celui d en bas, il brûlerait la même quantité de carbone, produirait le même poids Arnould, Hygiène. 2« édit. 26 [Hygiène de CO2, et la proportion centésimale de celui-ci, en volume dans l’air expiré, augmenterait en raison inverse de la pression. A Cuzco, elle augmenterait d’un tiers et, au lieu de 4,3 au niveau des mers, deviendrait 6,5; à Mexico elle serait de 5,5. P. BerL ne regarde pas comme démonstratives les observations faites jusqu’aujourd’hui à ce sujet, tout en pensant que très probablement l’intensité des combustions respiratoires a diminué. Cependant, rien qu’à prendre les résultats de Coindet, qui en concluait le contraire, il n’ést brûlé que 9 grammes de carbone par heure, à Mexico, au lieu des 11 à 12 grammes qu’Andral et Gavarrel ont donnés comme étant la moyenne des adultes sous la pression ordinaire. Jourdanet, qui a constaté que le chiffre de 9 grammes de carbone brûlé ne peuL être atteint que par les respirations de choix, estime que l’on ne saurait parvenir à respirer 12 litres par minute, à Mexico, même quand on en aurait l’intention formelle, et que la proportion de CO2 dans l’air expiré reste à 4,52 p. 100. Pourtant, il y a incontestablement un acclimatement relatif. Considérant que, dans l’état habituel des choses, au niveau des mers, nous consommons plus d’oxygène qu’il n’est nécessaire pour nos fonctions et que 580 calo- ries par jour sont perdues par simple évaporation cutanée, P. Bert émet l’hypothèse que la nutrition se modifie, chez les habitants des hauteurs, de façon à éviter cette perte, qui se convertit en une fixation par l’économie. Dans le travail, nous produisons une chaleur dont il n’est utilisé que 18 à 20 p. luO; une quantité énorme doit nous en être enlevée par la sueur; peut-être que les gens des hauts plateaux arrivent, par acclimatement de race plutôt que d’individu, à posséder une machine mieux réglée, qui utilise 30 à 40 p. 100, par exemple, de la chaleur produite, et par consé- quent leur permette une même dépense dynamique avec une absorption d’oxygène — et aussi d’aliments — beaucoup moindre. Nous aurions ainsi l’explication des batailles du Pichincha et d’Ayacu- cho, des danses à Quito et des travaux de mines et de chemins de fer au flanc des Andes. Il est vrai que notre espèce est remarquablement batail- leuse, qu’il est difficile d’imaginer une situation dans laquelle les dames (Espagnoles surtout) perdent l’envie de danser, et qu'en définitive le prin- cipe : « tout est relatif », trouve son application dans les déploiements de force et d’activité, comme en d’autres occasions. Quant à la tolérance du condor pour la décompression considérable et brusque, c’est encore un fait particulier non expliqué. Finalement, au Congrès d’hygiène de Genève (1882), P. Bert a fait con- naître que le sang des animaux absorbe plus d’oxygène (c’est-à-dire est plus riche en hémoglobine) à La Paz que dans nos climats, 18 à 20 p. 100 de son poids à 1,000 mètres d’altitude contre 10 à 12 au niveau de la mer. D’où il suit qu’au fur et à mesure que la pression atmosphérique dimi- nuera sur le globe par l’extinction du feu central, le sang de nos descen- dants, comme celui des habitants des Cordillères, « se mettra en harmo- nie avec le milieu ambiant, et la facilité avec laquelle il absorbe l’oxygène de l’air augmentera, et la vie continuera à être possible, bien longtemps après que nos calculs l’auront déclarée impossible. » Les conséquences de l’apathie et de la faiblesse physique et morale des habitants des hauteurs semblent à Jourdanet Être d’une grande portée. Il y voit la principale raison de l’asservissement des Thihétains par les Chi- nois, des Abyssins par les Gallas; la raison pour laquelle la famille indo- latine du Haut-Mexique, naturellement douce et pleine d’avenir dans la paix, est incessamment menacée par les bandes audacieuses de la plaine et par les Anglo-Saxons des États-Unis. Il fait remarquer la triste instabi- lité politique des Républiques des Andes, vis-à-vis du développement régu- lier du Brésil, de la Plata, du Chili, où la population est groupée aux bas niveaux. Par ailleurs, il insiste sur cette singularité qu’un état morbide, Yanémie devient l’état physiologique des habitants des hauteurs et imprime un cachet uniforme à toutes leurs maladies. Les maladies inflammatoires à types aigus ne sont pas rares sur l’Anahuac ; mais les réactions vives y sont peu durables; elles font place à l’adynamie ataxique ou typhoïde. La pneumonie y est doublement redoutable par sa fréquence et par le tribut de mortalité dont elle est l’occasion ; elle prend surtout des caractères adynamiques et se complique souvent d’un état asphyxique mortel. Les inflammations chroniques y sont rares, comme si les faibles ressources de la nutrition ne pouvaient suffire à prolonger l'état inflammatoire. Les enfants sont difficiles à élever, malgré l’égalité du climat; il en meurt 33 p. 100 dans la première année, de méningite, de fièvres éruptives ou d’affections aiguës de poitrine. Les fièvres éruptives sont meurtrières même pour les adultes. Les affec- tions graves se compliquent volontiers d’hémorrhagies pétéchiales; mais, selon Jourdanet, il faut remarquer soigneusement que la dépression atmo- sphérique et le séjour des hauteurs ne sollicitent point les hémorrhagies, tandis qu’ils favorisent la stase veineuse et l’état congestif (du foie, par exemple), par une sorte de paresse de la circulation. La Verruga du Pérou, qui d’ailleurs ne s’observe pas au Mexique, serait une tuméfaction vas- culaire due à ce mécanisme et donnant lieu à des écoulements sanguins dangereux. « Le trjphus s’insinue sans obstacle et travaille sans résistance » sur le plateau mexicain. En revanche, celui-ci est réfractaire à la fièvre jaune et les cas de vomito importés sur les hauteurs restent stériles. Les hauts-plateaux américains jouissent, bien entendu, d’une remar- quable immunité vis-à-vis de la phthisie. Il en est ainsi des hauteurs de 1 Abyssinie (Hirsch), de celles de la Perse (Wagner et Polak), des plateaux de l’Himalaya (Hirsch, Schnepp), des Cordillères, Pérou, Bolivie, Équateur (Guilbert). Yillemin, comme on sait, n’attache aucune importance en ceci a la pression de 1 atmosphère ; la phthisie partage, selon lui, cette anti- pathie pour les hauteurs avec les maladies zymotiques et ce fait prouve qu elle-meme est une de celles-ci, malgré la prospérité du typhus et des fièvres éruptives à Mexico, ainsi qu’il vient d’être dit. En terminant ce paragraphe, nous devons mentionner l’idée émise par P. Bcrt que la respiration dans l’air comprimé, employée méthodiquement, pourrait rendre des services aux habitants des grandes altitudes. Thérapeutique par l'air raréfié. — Par contre, et indépendamment de la [llygièae 401 ... . Aa i„ rnre do la phthisie par le séjour sur les hauteurs, Itate “è vienne," 1870), Waldonbourg (1873), Stœrk, Cuba, TreuUer, * R Lépine (1875), ont appliqué l'air raréüé au traitement (les , .H,lies du poumon et du cœur. L'expiration dans l’air raréfié accroît le vobirne de l'air expiré, c’est-à-dire augmente la ventilation pulmonaire ... facilite l'expulsion de CO>; elle congestionne le poumon et, par la, ct * désemplit la grande circulation. Elle est donc favorable aux em- physémateux. On a, du rester associé l’inspiration dans l’air comprimé à l’expiration dans l’air raréfié. II. Compression à plusieurs atmosphères. — Cet objet appar- tient incontestablement à I’iiygiène professionnelle. 11 était, pourtant, difficile de ne pas mettre en regard des considérations relatives à la dépression atmosphérique celles qui ont trait à l’augmentation de la pression barométrique. Nous cédons à cette exigence, tout en reconnaissant le double emploi qui va en résulter, nous proposant de l’amoindrir et de nous borner à un simple renvoi lorsque l'hygiène spéciale nous ramènera sur ce point. L’air comprimé est employé usuellement dans deux circon- stances : 1° à. l’occasion de tra- vaux que des ouvriers doivent exécuter sous l’eau, ou dans toute autre condition qui ne permet pas la libre communi- cation avec l’atmosphère noi- f//; male; 2° comme moyen théra- peutique. a. Travail dans l'air comprimé. - H y a une cinquantaine d’années, on descendait encore des ouvriers x- au fond de l’eau à l’aide d’une clo- (.he à gradins intérieurs lourdement lestée, dans laquelle 1 au se compn Fig. 6ü '••ÎWixCx — Travail dans l’air comprimé (d’après A.-E. Foley) (*). lui-mème par le poids de la cloche el l’ascension de l’eau dans l’intérieur de celle-ci. Cet incommode et dangereux appareil est aujourd’hui complètement abandonné. C’est ii l’ingénieur français Triger (I8.'t0) qu’est dit l’emploi de l’air comprimé a de hautes pressions pour le forage des puits ou le fonçage des piles de pont (P. Bert). La première application du procédé eut lieu en vue de l’exploitation du terrain houiller de la Haye-Longue (Maine-et-Loire), recouvert d’alluvions que traversaient les eaux de la Loire et où l’on ne pouvait songer à épuiser l’eau qui envahissait les puits el les galeries. Triger conçut l’idée de repousser cette eau par de l’air insufflé de la partie supérieure du puits, de telle sorte que les ouvriers, travaillant à sec au fond, dans l’air comprimé, pouvaient oblitérer les voies d’eau par des voûtes en maçonnerie. La méthode fut bientôt imitée dans les mines de Douchy (Nord) par l’ingénieur Blavier. Les docteurs Pol et Walelle apprécièrent les conséquences physiologiques qui en résultaient pour les travailleurs. En 1851, le procédé du tube de fonte, descendu au fond de l’eau et duquel on chasse l’eau par l’air comprimé, pour pouvoir y construire une pile en maçonnerie, indiqué par Triger lui-même (fig. GG), fut appliqué par l’ingénieur anglais Hughes, dans la construction du pont de Rochester sur la Medway (comlé de Kent). Succes- sivement, les ponts de Chepstow (Brunei), de Szegedin (Hongrie), Bordeaux, Kaffre- Azzial sur le Nil, Ivehl (1859), Londonderry (1861), Argenleuil, Bayonne-sur-l’Adour, du Mississipi (1863), furent établis suivant le même audacieux système. Le procédé servit encore, en 18S0, pour relier le bassin de radoub de Missiessy (Toulon) au sous-sol marin. L’entrée des ouvriers a lieu par la chambre E, la sortie par la chambre D. Un système de robinets permet d’équilibrer la pression, soit pour pénétrer dans le tube où l’air est comprimé soit pour sortir de l’appareil. La pression appliquée aux ouvriers des divers modes de travail qui com- portent l’emploi de l’air comprimé (les précédents et les scaphandriers) va de 2 à 4 atmosphères. Les ouvriers séjournent dans cet air de deux à six heures consécutives. Pendant la compression, les phénomènes éprouvés ont paru, aux obser- vateurs, différer un peu selon le degré de pression et selon le temps passé dans les tubes. Surtout, ceux de la fin ne ressemblent pas à ceux du com- mencement et les accidents de la décompression sont caractéristiques autant que graves. A 1 arrivée dans les tubes, il y a une sensation de pression désagréable dans les oreilles, par refoulement de la membrane du tympan; les ou- vriers s en débarrassent tout de suite, soit par des mouvements de déglu- tition, soit en faisant Je mouvement de souffler en se pinçant les narines et la bouche fermée. Les sons acquièrent une intensité métallique étrange. Les sens du goût et de l’odorat, suivant Foley (Argenteuil), sont émoussés ou abolis ; le toucher lui-même est moins délicat. L’acte de p.ulcr est difficile; celui de siffler, impossible. «Les ouvriers sentent moins la fatigue qu à 1 air libre et ne s'essoufflent pas autant ; la faim les prend vite, ils suent beaucoup et cependant n’ont jamais soif.» Selon Foley, le pouls devient filiforme et même insensible. Pol et Walelle, avec la plupart des observateurs et physiologistes, en ont également constaté la diminution de fréquence ; cependant, Bucquoy a vu le contraire, saui chez son ami Ilitter qui, ayant la fièvre en entrant dans le tube, passa de 95 à 75 pulsations. La capacité pulmonaire augmente ; c’est un point sur lequel à peu près tout le monde est d’accord. Les ouvriers tubistes ac- quièrent la propriété de travailler sans essoufflement dans leur appareil (Foley). La fatigue, l’inertie physique et morale, l’inappétence, apparais- sent au contraire, par un séjour prolongé dans les tubes. Le nombre des respirations diminue, et aussi l’amplitude des oscillations respiratoires; il passe, naturellement, moins d’air à travers le poumon, dans un temps donné, dans l’air comprimé qu’à la pression normale (en volume). Il y a quelquefois des épistaxis pendant la compression. La peau et les muqueu- ses pâlissent. La couleur du sang de la saignée présente, en revanche, une rutilance extraordinaire (Pol et Watelle). L’urine augmente de quan- tité. Des expériences non irréprochables de J. Pravaz (1875) tendent à établir que le chiffre de l’urée rendue s’élève de même. Celles, plus ri- goureuses, de P. Bert prouvent dans le même sens. Quand on sort des tubes à air comprimé, il se peut que rien de bien fâ- cheux ne se produise, ni immédiatement, ni plus tard. Mais le plus sou- vent, quand la compression a été portée au-dessus de 3 atmosphères, l’ouvrier présente le phénomène des « puces », ou démangeaisons atroces à la peau, quelquefois celui des « moutons», ou tuméfactions musculaires, des gonflements synoviaux, des douleurs articulaires, de la faiblesse des membres, surtout des membres inférieurs. D’ordinaire, ces phénomènes inquiétants disparaissent rapidement et sans retour; d’autrefois, même lorsque l’affaiblissement musculaire a débuté quelque temps après la sor- tie des tubes, ils sont le début d’une paralysie durable, affectant principa- lement la forme de paraplégie (membres inférieurs, vessie, rectum). Des morts assez nombreuses ont suivi l’aggravation rapide de tels accidents. Dans quelques cas, une décompression absolument brusque, due à une rupture d’appareil, a causé la mort immédiate. Dans les travaux du bassin de Missiessy, 643 hommes fournissant deux corvées de six heures par jour, sous une pression de 2atm.7, eurent 123 entrées à l’infirmerie, 48 à l’hôpital et 2 morts. La cause principale des accidents était la rapidité de l'éclusement et du déséclusemenl, qui se faisait à la volonté des hommes, en tournant un robinet, et durait 2 minutes. Michel, qui rapporte ces faits, remarque aussi; que l’on ne renouvelait pas suffisamment l’air comprimé et que le travail avait lieu à la lueur de lampes horriblement fumeuses. Somme toute, le moment dangereux, dans ces pratiques, thérapeuti- ques ou industrielles, est celui de la décompression. Physiologiquement, de tous les détails reconnus pendant la compression, celui de l’amplification du poumon est le plus aisément explicable. P. Bert, qui l’a constamment retrouvé dans ses nombreuses expériences, le considère comme le résultat mécanique réel de la pression atmosphérique; celle-ci refoule les gaz intestinaux, oblige le diaphragme à s’abaisser et, par conséquent, le poumon à se dilater d’autant. Quant à « l’aplatissement » de dehors en dedans de la peau et des vaisseaux périphériques, l’éminent physiologiste constate que la pression artérielle est notablement augmentée par l’action mécanique de la pression; que le thorax est relativement comprimé parce que l’ouverture trachéale n est pas suffi- samment large ; mais que du reste, la pression intérieure et la pression extérieure s’équilibrent toujours rapidement, à moins de circonstances mécaniques spéciales. Une autre influence est d’ordre chimique et, de môme que pour l’air raréfié, dépend de la tension de l’oxygène et de celle de COs, isolées ou combinées. L oxy- gène dissous dans le sang augmente avec la pression, mais bien moins que la pres- sion môme, surtout quand on arrive à de très hautes pressions, 10 atmosphères par exemple. L’acide carbonique du sang diminue presque toujours; comme CO2 dépend de l’oxydation de nos tissus, la quantité qui en est produite ne saurait guère varier; or, cette môme quantité occupera moins de place si la pression est plus forte; G p. 100 de CO2 à la pression normale donnent : 6X 1=6; à une pression de 2 atmosphères, le volume est diminué de moitié et l’on a pour valeur de CO2 : 3X2 = 6; à 3 atmosphères, 2X3 = 6, ainsi de suite. Mais l’azote augmente, quoique pas aussi vite, à beaucoup près, que le voudrait la loi de Dalton. A la suite de ses mémorables expériences sur l’action de l’oxygène à forte ten- sion, que les faits démontrèrent être un toxique sûr et terrible, P. Bert fut amené à déterminer à quelle pression se trouvait réalisé le maximum d’oxydation intra- organique. Il lui parut que ce maximum est aux environs de trois atmosphères, vers la tension de 60 d’oxygène. A la pression de 6 atmosphères, qui équivaut à l’inspiration d’oxygène pur (100 p. 100), le sang n’est pas encore saturé d’oxygène; mais déjà, il y a de l’oxygène dissous conformément à la loi de Dalton et non plus uniquement combiné ; la présence de ce gaz dissous empêche précisément les tissus de prendre, comme d'ordinaire, leur oxygène à la combinaison oxy-hémo- globique; les globules sont condamnés à la saturation perpétuelle. Si l’on pousse la compression à un degré plus élevé, l’incapacité vitale devient définitive pour les éléments anatomiques. Donc, bien qu’il soit difficile d’indiquer ici des limites pré- cises, il est probable que l’empoisonnement par l’oxygène commence à se faire sentir chez les ouvriers comprimés entre 3 et 5 atmosphères. Il se traduit par des accidents d’anémie. Pour ce qui est des accidents de la décompression (puces, mouton, em- physèmes, paraplégie), ils sont absolument d’ordre mécanique et relèvent du fait signalé, à l’occasion de la construction du pont de Kehl, par le professeur Rameau et parBucquoy; les gaz du sang repassent à l’état libre et provoquent des accidents comparables à ceux d’une injection d’air dans les veines. Seulement, ce ne sont pas les trois gaz qui redevien- nent ainsi aériformes, mais l’azote essentiellement, c’est-à-dire celui qui a, de beaucoup, le plus suivi la loi de Dalton. On trouve, en effet, des bulles de gaz dans les capillaires périphériques et pulmonaires et du ns les cavités droites du cœur; on en trouve dans les vaisseaux du cerveau et de la moelle, où ces embolies gazeuses déterminent un ramollissement, constaté d ailleurs aux autopsies d’hommes, victimes de la décompression. Prophylaxie. — S’il fallait dépasser la pression déjà dangereuse de 5 at- mosphères, P. Bert conseille d employer au refoulement dans les tubes ou scaphandres un air pauvre en oxygène, de manière à maintenir la tension de celui-ci aux environs de 40, et de renouveler l’air des tubes pour préve- nir 1 accumulation de CO2 ou de CO. L’éclairage électrique devra y rem- placer les lampes. En vue des accidenls de la décompression, il faudra décomprimer len- tement. Une demi-heure n’est pas trop, entre 2 et 3 atmosphères; une heure entre 3 et 4. 11 sera nécessaire, dans les chambres d’équilibre, de pourvoir l’ouvrier de vêtements secs et chauds, pour lutter contre le re- froidissement et la rosée qui sont la conséquence de la dilatation de l’air. Autrefois, quand les accidents de décompression apparaissaient, on re- comprimait le patient pour les faire cesser; P. Bert propose de faire res- pirer de l’oxygène pur (ce qui équivaut à 5 atmosphères) aux ouvriers sortant des tubes ou des scaphandres, même alors qu’il ne se produirait pas immédiatement de signe suspect. b. L\nr comprimé en thérapeutique. —On doit aux médecins français Junod(l 83o), Ch. Pravaz (1836), Tabarié (1838), les premiers essais de l’application de l’air com- primé à diverses maladies. De nos jours, il existe de nombreux établissements créés en vue de l’emploi de cette méthode. Vivenot, en Allemagne, de 1860 à 1868, lui consacra de longues recherches et de nombreuses publications. P. Bert, depuis 1872, a éclairé par la physiologie expérimentale cette pralique, dont les ressources ne sont pas contestables. C’est particulièrement contre Yasthme et l'anémie qu’est dirigée la cure d’air comprimé. Pour l’asthme, c’est, l’action mécanique de la pression qui joue le principal rôle; pour l’anémie, c’est l’action chimique, la satu- ration plus parfaite de l’hémoglobine, à la condition que l’on ne dépasse pas 3 atmosphères, mais que l’on s’en rapproche, comme le conseille P. Bert, tandis que les aéro-thérapeutistes jusqu’ici semblent craindre d’arriver à d’aussi fortes pressions. A la vérité, quand il ne s’agira que d’a- némie, l’on peut apparemment se dispenser de l’élément mécanique et remplacer la pression, soit par l’inspiration d’oxygène pur, soit, mieux encore, par l’usage d’un air à 23, 30, 40 p. 100 d’oxygène, représentant sans pression aucune la même tension d’oxygène qu’une fraction sura- joutée d’atmosphère, ou même qu’une atmosphère ou davantage, selon ce que l’on aura désiré. Par ailleurs, l’action mécanique de la pression serait probablement utile pour aider au taxis des hernies, pour combattre cer- taines tympanites. A de hautes pressions, ce serait peut-être un antiphlo- gistique à essayer. Ch. Bouchard constate expérimentalement que l’air comprimé diminue la toxicité des urines. Chez un sujet tenu pendant quatre heures sous une pression de 116 centimètres, elle a diminué de 43 p. 100. Bibliographie. — Jourdanet : Influence de la pression de l’air sur la vie de l'homme. Paris, 1875. —Mermod : Nouvelles recherches sur l’influence de la dépression barométri- que. Lausanne, 1877. — Goguel (L.) : Relation des accidents causés par la foudre au camp de la Valbonne (Recueil de mém. de raod. milit.., 3e série, XXXIII, p. 243, 1877). — Bert (Paul) : La pression atmosphérique. Paris, 1878. — Michel : Étude sur la nature et la cause présumée des accidents survenus parmi les ouvriers qui travaillent aux fondations dans l’air comprimé (Archives de médecine navale, mars 1S80). — Blanchard (R.) et. Regnard (P.) : La maladie des plongeurs (Société de biologie, 2 juillet 1881). — Bert (P.) : Sur la richesse en hémoglobine du sang des animaux vivant dans les hauts lieux (Acad, des sciences, 20 mars 1882). — Du même : Influence des altitudes (4e Congrès internat. d’hygièDe, 1, p. 193, Genève, 1883). — Lombard (H. CL): Influences hygiéniques, prophy- lactiques et thérapeutiques des attitudes (C.-R. du 4e Congrès internat, d’hygiène, I, p. 181, 1883). — Frankel und Geppkrt : Ueber die Wirkungen der verdünnten Lu fl ouf den Organisants, 1883. — Charpentier : Sur un accident professionnel survenu chez un scavhandrier (Rov. d’hygiène, V, p. 244, 1883). — Duclaux : Influence de la lumière solaire sur la vitalité des germes ou microorganismes (Comptes rendus Acad, des scien- ces, 12 janvier 1885). — GÉiunn : Les accidents de la décompression (Gazette médic. n° 11, p. 123, 1885). — A mat (Ch.) : Du rôle de l'atmosphcre et de l’état hygrométrique en par- ticulier comme facteur étiologique des épidémies de choléra (Gazette médic., p. 35*, 1885). — Regnard (P.) : Influence des très hautes pressions sur les animaux (Société de biologie, 25 juillet, 1885). — Arloing : Influence du soleil sur la végétation, ta végétabi- liléel la virulence des cultures du liadllus Anthracis (Acad, dos sciences, août 1885). - üocchard (Ch.) : Influence de l'abstinence, du travail musculaire, et de l’air comprimé sur la toxicité' des urines (Comptes rendus Acad, des sciences, 17 mai 188(1). — Renic (Friedr.) : Die Luft (Handbuch der Hygiène und dor Gewerbckrankheiten von Pettenkofer und Ziemssen. Leipzig, 1880). — Arloing: Destruction des spores de Bacil/us Anthracis par la lumière solaire (Acad, des sciences, 7 mars 18S7).— Lèques (G.): Élude sur l hy- giène des bataillons alpins (Archives de méd. milit., avril 1888). Les climats. — Les propriétés physiques de l’atmosphère, qui viennent d'être étudiées, sont constantes à un degré et sous une forme quelconques ; leur modalité seule varie et dans de très grandes limites. C’est l’état par- ticulier et la modalité spéciale de ces propriétés, pour un point donné du globe, qui en constitue le climat. Les modifications physiologiques ou morbides des humains, ou plutôt des êtres vivants en général, n’en font pas partie ; mais elles en sont fréquemment l’expression. Il y a là un rap- port qu’il appartient à l'hygiène de préciser et d’interpréter. Le sens du mot climat a été entendu plus largement qu’on ne le fait ici par Hippocrate, Montesquieu, Boudin, Virey, Foissac, de Humboldt; l’in- fluence du sol et des eaux rentrait plus ou moins dans la conception du climat, selon les anciens. Il est préférable de le limiter, avec Fonssagrives, à la considération des propriétés physiques de l’atmosphère, facteurs bien distincts, indépendants des précédents, encore qu’il y ait nécessairement, en maintes circonstances, une action réciproque entre l’air, d’une part, le sol et les eaux, de l’autre. Tout en donnant au climat cette large compréhension, la plupart des classifications de climats sont établies sur la considération d’un facteur unique, qui est une propriété de l’atmosphère, à savoir la température. Or, ce facteur est assurément d’une grande importance et pèse sur la modalité des autres; mais il ne suffit pas à constituer la physionomie d’un climat et lui-même est quelquefois subordonné à la prédominance de telle ou telle modalité de quelqu’un des autres. Il est absolument nécessaire de se péné- trer de 1 idée qu en hygiène, climats chauds, climats froids, climats tem- pérés sont des expressions adoptées pour la commodité du langage et les besoins didactiques ; consacrant un trait de premier ordre, dominant si 1 on veut, du caractère météorologique d’une région donnée, mais ne ré- pondant point à la réalité de l’élément physiologique ou étiologique climat, qui est très complexe, où l’équilibre est sollicité en divers sens, par des facteurs physiques divers et dont l’influence décisive est habituellement une résultante, beaucoup plus que le triomphe d’une force unique ou prépondérante. Celte habitude de classer les climats d’après la température a donné le change aux esprits incomplètement renseignés et entraîné la tendance à confondre les limites des climats avec les degrés de latitude, voire avec les lignes isothermes, et à envisager le climat comme une zone géographique. Quoique l’isothermie soit une base légitime à la distinction des climats (J. llochard l’a adoptée), il faut renoncer à appliquer uniformément l’épi- thète de climat froid, ou chaud, ou tempéré, à de vastes surfaces sur les- quelles, en divers points, des conditions locales créeront des exceptions et des contradictions aux lois météorologiques ou physiologiques formu- lées pour le type. En réalité, il n’y a guère de climats de zones, pas beaucoup plus de climats de régions ; il y a surtout des climats de localités. Division des climats. — Fonssagrives propose une classification dont l’es- prit se rapproche de celui de la méthode naturelle, adoptée en botanique et en zoologie, et qui observe la subordination des caractères. Celui qui est pris pour dominant est la thermalité. Exemple : 1° Climat hyperthermique, à chaleur constante, très humide, à humidité varia- ble, venteux, très clair, hyperozonique, à pression modérée. 2° Climat hypothermique constant, sec, calme, brumeux, à pression considéra- ble, hypozonique. 3° ClimaL mésothermique variable, humide, clair, venteux. Cette façon d’exprimer les espèces climatiques est très rationnelle; il esL pro- bable, cependant, que l’on ne s’en servira pas. Pour les médecins, les rapports d'ordre sanitaire avec les diverses espèces, qu’on pourrait ainsi créer, resteront toujours trop vagues pour qu’on s’astreigne à tenir compte de divergences, atta- chées quelquefois à une nuance insignifiante. Ce n’esL pas tant le complexus cli- mat, ou le type qu’il constitue, qui a de l’importance en hygiène et en étiologie, que les éléments météorologiques dont il est composé. En y ajoutant la modalité de chacun de ces éléments, circonstance souvent capitale, on a tout ce qui peut entrer dans un rapport démontrable. La médecine d’aujourd’hui ne se contente plus de ces vues très larges, mais très vogues, qui s’adaptaient aux vieux systèmes de l’humorisme, de l’asthénie ou de l’irritation; elle s’habitue à mettre en regard d’un fait physique précis, comme cause, un effet physiologique (ou morbide, ce qui revient au même) également déterminé. Fuster a dépensé en pure perte beau- coup de talent pour réduire toute la pathologie sous la loi des influences climati- ques. La classification des climats par J. llochard, basée sur la notion des températures moyennes, répond au besoin que l’on a de rapporter les in- fluences climatiques à un agent physique parfaitement net ; on a choisi le plus important, la température. Celle de Lombard vise un caractère plus abstrait mais dont le rôle en étiologie n’est pas moins évident et considé- rable : la modalité des éléments météorologiques. Pour un pays en par- ticulier, comme la France, on a fait des climats régionaux, marqués chacun d’une note dominante sur un fond commun ; il est clair qu’en pareil cas on ne saurait trouver de très grandes divergences .dans l’expres- sion ni les allures d’aucun des éléments du climat ; cependant, des inci- dents particuliers, d’une portée plus ou moins large, donnent assurément une nuance distincte à la physionomie climatique et sanitaire de chaque zone d’un grand pays. En prenant pour base la température, les climats sont : chauds, tempérés ou froids ; ce qui donne cinq zones climato-thermiques à la surface du globe, puisque la zone tempérée et la zone froide se répètent l’une et l’autre au nord et au sud. J. Rocharda dédoublé la zone chaude et la zone froide; d’où neuf zones climatiques et cinq espèces de climats : A. Climats tonddes (une seule zone), entre l’équateur thermique et les isothermes de 25°. B. Cl. chauds, nord et sud, de 25 à 15 degrés. C. Cl. tempérés, nord et sud, de 15 à 5 degrés. D. Cl. froids, nord et sud, de -j- 5° à — 5°. E. Cl. polaires, nord et sud, de — 5° à — 15°. Outre que la notion de la moyenne thermique est bien trop insuffisante, ainsi isolée, il est évident que la distribution en zones limitées par les lignes isothermes englobe, dans la bande géographique de chaque climat spécifié, des points qui ne portent aucunement la caractéristique même du climat auquel on les attribue. Si, par exemple, je m’en rapporte à la ligne isotherme, je trouve Yera-Gruz et Mexico à peu près sur la même ligne de 25° de température moyenne annuelle ; cependant, ce chiffre, qui indique un climat absolument au point de contact de la zone torride et de la zone chaude, n’est vrai que pour Yera-Cruz. La moyenne de Mexico est de 17°, ce qui rapproche cette ville et les vastes plateaux qui l’envi- ronnent de la thermalité des climats tempérés; les indigènes disent eux- mêmes : tierras templadas et tierras frias. Sans compter que nous ne savons rien des extrêmes; or, il gèle parfois à Mexico. Bien plus, les neiges éter- nelles des Andes et du Kilimandjaro sont comprises dans cette zone artifi- cielle des climats torrides. 11 serait apparemment avantageux d’associer à la division en zones une distinction des climats qui tend à s’introduire et qui emporte avec elle toute une série de renseignements, celle des climats continentaux, 7nari- limes et de montagnes. On subdiviserait ces derniers en climats de mon tagnes proprement dits et en climats d’altitudes. Il y aurait donc des climats continentaux, maritimes ou de montagnes, de la zone chaude, de la zone tempérée, de la zone froide. La prééminence du caractère chaleur serait respectée, tout en fixant par le déterminatif continental, marin, etc., des circonstances d’intérêt capital. Ainsi, qui dit climat continental dit :• climat excessif, subissant les extrêmes de la température que comporte la zone, à pression voisine de la normale, recevant une abondance modérée de pluies, inclinant plutôt vers la sécheresse, à ciel souvent découvert, à vents variables. Le climat maritime ou marin implique la constance, l’atté- nuation des extrêmes, les fortes pressions, l’humidité, des pluies d’abon- dance moyenne, un ciel brumeux et souvent nuageux, des vents souvent réguliers. Enfin, au climat de montagnes se lient la température et la pres- sion décroissantes, les grandes précipitations aqueuses, la haute hygro- métrie avec de faibles quantités absolues d’eau, un ciel souvent découvert, des vents déterminés par la configuration du sol. Lombard (de Genève) s est servi de ce mode de distribution des climats et nous-môme l’avons appliqué à la climatologie de la ! rance, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Çà et là, des régions particulières se présentent avec des caractères cli- matiques propres tellement accentués qu’on se voit conduit à désigner le climat par le nom même du pays : climat Sénéyalien, climat Saharien, cli- mat Algérien, etc. Un des plus légitimes, à ce point de vue, est le climat Méditerranéen, qui a le singulier privilège d’être le trait d’union des trois parties de l’ancien monde, de rapprocher Marseille, Smyrne et Alger, et d’être comme un témoin que le littoral méridional de l'Europe est une terre africaine, détachée de l’énorme presqu’île dans les âges géologiques. 11 ne faut pas, du reste, y rechercher les traits du climat maritime; la mer inté- rieure n’est qu’un lac vis-à-vis des influences océaniques; ce climat est in- dépendant, comme la Méditerranée elle-même a cessé de participer à la constitution et aux mouvements de l’Océan. Il conserve plutôt, à l’époque moderne et dans une vaste zone territoriale, les souvenirs paléontologiques (surtout dans le règne végétal) ; il donne à notre littoral méridional une physionomie que l’on croirait exotique, à première vue, mais qui, en réa- lité, n’est que le reste d’une phase déjà lointaine de la vie du globe (l’é- poque Miocène). Climats français. — La répartition par climats régionaux a été adoptée par Ch. Martins, O. Reclus, J. Arnould, en ce qui concerne la France, notre pays étant d’ailleurS, fondamentalement, l'idéal du climat tempéré. On a créé, de la sorte : Le climat Séquanien. Année. Été. Hiver. Pluie. Vents dominants. 10®,9 17o,5 4° 548mm SO et NE. 2° Le climat Girondin. TEMPÉRATURE. Pluie. Vents dominants. Année. Été. Hiver. 12o,7 20o,6 5o 586mm SO. 3° Le climat Méditerranéen. TEMPÉRATURE. Vents dominants. Année. Été. Hiver. 14°, 8 22°,6 6°,5 651 mm NO. 4° Le climat Rhodanien. TEMPÉRATURE. Pluie. Vents dominants. Année. Été. Hiver. 11° 210,3 2<>,5 720mm N., S., NO., 0. 5° Le climat Vosgien. TEMPÉRATURE. Vents dominants. Année. Été. Hiver. 9o,6 18o,6 0o,6 069mm SO., NE. Comme nous l’avons dit précédemment, la moyenne thermique indiquée est toujours un peu trop forte et le chiffre d’eau tombée trop faible. Un vice capital de la division classique, mais déjà vieille, qui est repro- duite ci-dessus, c’est de laisser croire que les zones territoriales, auxquelles il semble que soient affectées les désignations climatiques, se touchent et se continuent l’une par l’autre, de telle sorLe que ces cinq climats embras- sent toute la France. Or, le climat du plateau central, le climat des Alpes, le climat de la presqu’île Armoricaine, ne se rattachent légitimement à aucun des cinq types traditionnels. 11 ne serait que strictement juste d’a- jouter à la liste : un climat Breton, un climat Auvergnat, un climat Alpestre, et peut-être d’autres encore. Malgré ses titres inconleslables à représenter le type des climats tempérés, la France subit de temps à autre de longs et rigoureux hivers pendant lesquels le thermomètre descend à des degrés qui rappellent les régions polaires; l’année 1879-1880 en est un exemple. Le 9 décembre 1879,1e thermomètre marqua—25°,6, à une heure du matin et, à 8 heures, — 28° sur la neige, à l’observatoire de Saint- Maur. Le froid fut général et s’étendit jusqu’à notre Midi. Du reste, à des dates qui ont été conservées, ce beau climat Méditerranéen a vu de véritables désastres causés par l'hiver. En 1507, la mer se prit dans le port de Marseille; le 11 décem- bre 1560, les charrettes traversèrent le Rhône sur la glace. En 1709, les oliviers périrent par la gelée; on observa le minimum — 16° à Montpellier; le même chiffre est encore noLé dans celte ville, le 21 janvier 1855 et le 31 décembre 1870. Dans ces circonstances, beaucoup d’arbustes exotiques, qui, en France, ne vivent en pleine terre qu’à Montpellier (Caroubier, Laurier-rose, Grenadier, Laurier-tin, Ciste,etc.) gèlent jusqu’aux racines. Il n’est pas très rare d’observer 30 à 40 jours consécutifs de gelée; dans l’hiver de 1829-1830, du 17 novembre au 15 mars, on en compta 77. En 1819-1820, la vigne gela partout et l’on dut couper les ceps à ras de terre. Le 3 février 1830, on observait, à Mulhouse, — 28°,1. Par contre, les maxima atteignent dans certaines années des chiffres non moins surprenants dans un autre sens. En juillet 1830, de Gasparin note, à Orange, le maximum 40°,2, qui n’est pas commun même en Algérie. A Paris, le thermomè- tre marqua 40° en 1720; 40°, le 26 août 1765; 39°4, le 14 août 1773; 38°4, le 9 juil- let 1874 (à Montsouris). En admettant même, ce qui est probable, que les indica- tions des instruments soient un peu élevées, il n’en reste pas moins acquis que, dans cette seule année 1830, le thermomètre parcourut en France plus de 68 de- grés, ce qui est assurément extraordinaire pour une région que l’on dit être une tempérée modèle. Les moyennes mensuelles pour juin, juillet, août, atteignent fréquemment de 19 à 23° à Paris, de 23 à 27 ou 28 degrés à Alais. Indépendamment des effets directs et immédiats du froid ou du chaud sur 1 économie humaine (Voy. p. 350 et 357), il suflit de signaler ici les conséquences venues aussi du froid, par l’intermédiaire de son action sur la nature en général, débâcles et embâcles des fleuves, destruction des quais, des habitations, anéantissement plus ou moins complet des ré- coltes, mort d’arbres ou d’arbrisseaux productifs, vigne, oliviers; ou de la chaleur, par un mécanisme inverse, dessèchement du sol et des eaux, arrêt de développement des herbes et des céréales, récoltes insuffisantes, disettes. Influences biologiques «les climats. — 1° Les plantes. — La fixité des vé- gétaux, qui ne peuvent, comme les animaux (les oiseaux surtout) se trans- porter d’année en année, ou de saison en saison, dans les conditions atmo- sphériques qui leur conviennent, devait faire penser, au premier abord, que la llore de chaque contrée serait une expression exacte du climat de celle région et pourrait servir à le différencier de celui d’autres zones. « Les plantes ne choisissent pas leurs conditions, dit A. de Candolle, elles les subissent ou elles meurent. » C’est sur ce principe qu’est basée la distinction de seize formes végétales, rapportées à autant de zones terrestres, indiquée par de Humboldt; la môme idée a inspiré les grands travaux de Géographie botanique des deux de Candolle. Le climat, par la température et l’humidité, domine, en effet, générale- ment l’ensemble des conditions qui règlent la distribution géographique des plantes à la surface du globe, et les palmiers, les grandes malvacées, distinguent la zone chaude; les chênes, ormeaux, hêtres, la zone tempérée; les conifères rabougries et les lichens, la zone froide, tout aussi bien que les moyennes thermiques. De même, dans chaque zone, les végétaux accen- tuent particulièrement la division si naturelle des climats continentaux, marins, de montagnes. A vrai dire, les botanistes voient en ceci quelque autre chose encore que les influences météorologiques ; il y a là un ensemble de circonstances décisives qui constituent Yhabitat. Toutefois, la vitalité de chaque espèce végétale est subordonnée à la constitution chimique des terrains (H. Bâillon) et, d’autre part, certaines espèces très malléables sont cosmopolites et n’attendent qu’un hasard qui les transporte sous un ciel nouveau pour l’adopter définitivement. Les céréales et le blé en particulier sont, heureusement, dans ce cas. La vigne même participe à cette propriété dans une certaine mesure, pourvu que la moyenne de l’été atteigne 18 degrés. En Suisse, il n’y a plus guère d’arbres fruitiers à 880 mètres. Les noyers disparaissent à 800 mètres ; les châtaigniers à 780 mètres. Les bouleaux, sur le Caucase, s’arrêtent à 2,360 mètres ; en Laponie, à 585 mètres. C’est le dernier arbre dans la direction du pôle. Les plantes des sommets évitent de se développer en hauteur et s’étalent plutôt, comme pour échapper au froid de l’air. Ch. Martins a mentionné un certain nombre d’arbustes, qui, en France, vivent en pleine terre sous le climat méditerranéen exclusivement (Mont- pellier), mais y gèlent jusqu’aux racines dans quelques hivers rigoureux ; ce sont des restes de la flore tertiaire, plantes exotiques par leurs caractères botaniques, dépaysées chronologiquement; ainsi, le caroubier, le laurier- rose, le myrte, le laurier d’Apollon, le grenadier, le figuier, le pistachier, le laurier-tin, le chêne-vert, le ciste de Montpellier. Le dernier palmier-nain de pleine terre en France est mort en 1841, à Beaulieu près de Nice. Le noyer, le châtaignier, sont probablement aussi dépaysés dans nos climats. Le marronnier d’Inde l’est certainement; c’est un exemple remar- quable du tempérament malléable de quelques végétaux; il fut un temps où les jardiniers le cultivaient avec précaution dans les serres; c’était un arbuste. On le transporta à l’orangerie, puis en pleine terre, et il se montra l’arbre puissant que l’on connaît. Les palmiers-dattiers ne portent pas de fruits en deçà de l’isotherme de 20°. On en voit de très beaux à Toulon et à Alger, mais qui sont stériles. Au-dessus des dernières herbes, sur la montagne, la vie végétale n’a pas encore dit son dernier mot ; elle y est manifestée par de nombreux lichens. Agassiz en a trouvé cinq espèces au sommet de la Jungfrau (4,175 mèt.ï. Ch. Martins et Bravais en ont vu les analogues au Spitzberg. En rapportant les caractères des climats à la végétation de quelques espèces vulgaires, communes à plusieurs régions, on peut très bien trouver des plantes climatomètresdont les phases de développement, rapprochées des dates auxquelles on les observe, deviennent autant de marques distinctives des climats locaux. La primevère, lapâquerette, le sureau, l'aubépine, Yalalerne, peuvent ainsi, dans notre pays, par l’époque de leur frondaison, de leur flo- raison, etc., être des climatomèlres qui distinguent une zone d’une autre. 2° Les animaux. — P. Bert a proposé la répartition des animaux caracté- ristiques en huit zones, dont les traits essentiels relèvent du climat, mais dont quelques-uns ne dépendent apparemment que des circonstances géographiques ou géologiques : 1. Zone polaire arctique, limitée par le 60e degré de latitude. Pas de chéiroptères ni de pachydermes. Ours blanc, renne, ovibos, isatis, zibeline, glouton, baleines. 2. Zone de l’Amérique du Nord, jusqu’au 30e parallèle. Chéiroptères; point de pachydermes, de camélidés, de mosebidées ni de mangoustes. Loup rouge, bison, marmottes, renards, martres, mouflons, antilopes, élans. 3. Zone de l'Amérique centre et sud. — On n’y rencontre pas: lémuriens, insectivores, hyènes, éléphants, rhinocéros, bœufs, chèvres, moutons, anti- lopes, chevrotins, monolrèmes. — Les caractères positifs sont marqués par des singes spéciaux (ouistitis, hurleurs, atèles, sajous); des rongeurs non claviculés (myopotame, chinchillas, agoutis, pacas, cobayes, cabiais), lamas, vigogne, tapir, pécaris (représentant des pachydermes), le fourmi- lier, le tatou, l’aï, etc. -4. Zone australienne. — Tasmanie et Nouvelle-Guinée. Pas de mammi- fères monadelphes, à l’exception de quelques rongeurs et chéiroptères : tous les marsupiaux. 5. Zone de l'Asie sud et des îles Malaises. — Grands herbivores (éléphant d’Asie, rhinocéros, tapir indien), antilopes, babiroussa, civettes, ours euryspile, tigre, dugong. 6. Zone de Madagascar. — Absence de singes, de rongeurs, d’ours, de chiens, de chats, de mustelides, d’hyènes, de loutres, de proboscidiens, de pachydermes, d’édentés, de ruminants, de marsupiaux, de monotrèmes. Faune très spéciale caractérisée par des indris, des makis, des roussettes, des genettes, des musaraignes. 7. Zone africaine. lous les monadelphes, pas de didelphes. Ni ours, ni paresseux, ni cerfs, ni tapirs. Faune caractérisée par le gorille, le chim- panzé, les cynocéphales, les lemnopithèques, le chrysochlore, la vraie civette, le chacal, la hyène, le rhinocéros, le zèbre, l’hippopotame, la girafe, la gazelle, le bubale, les oryctéropes, etc. 8. Zone de l'Europe et de l'Asie tempérée. — Ni singes, ni lémuriens, ni roussettes, ni subursins, ni proboscidiens, ni rhinocéros, ni hippopotames, ni tapirs, ni édentés, ni didelplies. Le sanglier habite toutes les parties de cette zone. Le chameau, le cheval, les ours, les marmottes, le castor, l’once, l’aurochs, le chamois, etc., sont les principales caractéristiques de cette l'aune, d'ailleurs mal délimitée et se confondant par des échanges nom- breux avec les zones voisines (Fonssagrives). Un certain nombre d’animaux, mammifères ou oiseaux, partagent la malléabilité que l’on a reconnue chez quelques plantes. L’homme a utilisé cette disposition pour s’assujettir, sous presque toutes les latitudes, le chien, le cheval, beaucoup de ruminants. Mais le déplacement en latitude des espèces transportées ne se fait pas sans que celles-ci subissent des modifications où se retrouve l’influence cli- matique. Les chiens à longs poils les perdent quand la race est implantée dans les pays chauds; les bœufs prennent une toison d’autant plus épaisse qu’on les observe plus au nord. Ces modifications sont les caractères d’une situation nouvelle, que notre espèce seule sait créer, pour elle-même et pour celles qu’elle a réduites à son service ; c’estl’acclimatement. L’existence, chez les animaux domestiques, de ces modifications fonctionnelles ou même de formes, qui les rendent capables de se perpétuer sous un ciel inaccou- tumé, fait prévoir que de semblables inflexions physiologiques ne sont pas impossibles de la part de l’homme. Dans les contrées où les familles humaines sont denses, elles modifient elles-mêmes puissamment la faune, pour les besoins de leur défense ou simplement de leurs plaisirs. Les loups se raréfient dans toute la France; il n’y en a plus en Angleterre. L’ours a disparu des Vosges et desCévennes; il est bien près d’en faire autant des Pyrénées, où le cerf n’existe plus. Il y a encore de rares bouquetins sur le versant espagnol des mêmes montagnes* un chasseur de l’Ariège a abattu le dernier, en 1825, sur le versant fran- çais. Le castor se plairait encore partout en Franco, où il y en a eu beau- coup, si l’on n’avait profité de la faiblesse de ce rongeur pour le détruire ; en vain a-t-il changé son mode de construction et, au lieu de bâtir sur pilotis, se réfugie-t-il dans des terriers sur les bords du Rhône, son der- nier asile dans nos contrées; les crues du fleuve le chassent de ses demeu- res et le mettent à la merci de son ennemi. En revanche, les croisades nous ont apporté le rat, qui ne sert à rien et que l’on ne chasse que pour réprimer ses méfaits; d’autres déplacements humains ont introduit en Fiance le surmulot, venu de l’Inde ou de la Perse, il y a un peu plus de cent ans, et qui se substitue violemment au précédent. Tous ces faits sont des enseignements pour la zootechnie. Les oiseaux, quoique parfaitement mobiles et échappant mieux quelesqua- drupèdes au chasseur, caractérisent encore les climats: —a, parles espèces sédentaires, comme l’autruche, la perdrix gambra, dans l’Afrique Nord. En France, la perdrix rouge est la seule, au midi; la grise, seule au nord ; les deux variétés se mêlent dans le centre ; — £,par leurs migrations ; il y a des espècesqui émigrent entièrement (cailles, hirondelles, cigognes) cherchant constamment une moyenne thermique de faibles oscillations ; d’autres n’émigrent que partiellement, comme les rouges-gorges. Les alouettes, dans nos contrées, restent parmi nous si l’hiver n’est pas trop rude; quand le froid les force à se déplacer, elles se rapprochent du littoral Atlantique. Les martinets arrivent plus tard chez nous que les hirondelles et nous quit- tent plus tôt. Les grandes mouettes ne quittent pas les régions arctiques; quand on en voit sur nos côtes, elles y ont été emportées par un coup de vent, de même que les Baleines y arrivent poussées par des tempêtes. 3° L’homme. — Les rapports du climat avec l’homme se présentent sous deux aspects. D’une part, il y a des modifications ou nuances physiologi- ques du type humain, compatibles avec l’existence des individus et la per- manence des familles; de l’autre, les maladies qui naissent des agents mé- téorologiques et surtout les caractères que le climat de chaque zone im- prime à la pathologie du territoire correspondant. A ce second aspect se rattache légitimement l'emploi thérapeutique du climat. A. Le climat modificateur physiologique. Acclimatement. — Le climat a été l'un des facteurs principaux dans la constitution des races humaines, soit qu’on les envisage comme des espèces, dans le sens de Darwin, soit que l’on n’entende par ce mot, avec de Quatrefages, que des variétés d’une espèce unique. Aidé du temps, de la sélection naturelle et de quelque autre élé- ment moins prévu, le climat est assurément capable d’opérer des modifi- cations sérieuses sur les familles humaines et de provoquer la formation detypesdistincts. On ne s’explique pas pourquoi de Quatrefages s’approprie cet axiome et semble l’opposer à la doctrine darwinienne, qui peut égale- ment le revendiquer. Ne pouvant aujourd’hui remonter plus haut que les temps historiques, qui relativement ne vont pas très loin, nous ne savons rien autre chose que ceci : qu’il y a des hommes sur presque tous les points de la surface solide du globe, à des latitudes et sous des climats profondément diffé- rents les uns des autres. Toutes ces régions ont-elles été colonisées succes- sivement et de proche en proche, par une seule famille humaine, dont le berceau serait, par exemple, en Asie? ce n’est pas absolument impossible, mais c’est invraisemblable. L’anthropologie et la linguistique comparées ont à peu près mis hors de doute qu’une race, évidemment très supérieure, la race aryenne, a fait autrefois preuve d’un cosmopolitisme de grande puissance, en s’étendant sur une grande partie de l’Asie et sur presque toute l’Europe. Elle a eu, il est vrai, à sa disposition, les siècles, la sélection naturelle, le séjour pro- longé à chaque étape de ses vastes migrations, et le croisement avec les débris des races autochtones, comme il en existe des traces peu récu- sables. Cette race si bien douée pourrait-elle refaire le même chemin en sens contraire? est-elle capable d’étendre jusqu’au nouveau monde ses ra- meaux vivaces, franchissant même des latitudes qu’elle n’avait point abor- dées dans sa translation séculaire, et avec la rapidité des moyens modernes de locomotion à la vapeur? Les races inférieures, nègres, Polynésiens, n’ont aucune tendance à Arnould. — Hygiène. 2e édit. 27 l’expansion, et l’expatriation est généralement funeste aux individus de cette provenance à qui on l’impose. Toutefois, le milieu moral est ici tout aussi dangereux à ces peuples en retard que le milieu atmosphérique nou- veau; ils succombent presque aussi fatalement quand ce sont les Euro- péens qui viennent à eux, chez eux. Si jamais les efforts contemporains, accomplis en vue de porter au cœur de l’Afrique la civilisation et la lumière, sont couronnés de succès, il faudra prendre des précautions inünies pour que l’épreuve ne coûte pas la vie aux populeuses tribus de ces régions, sommeillant dans une morne immobilité. L’acclimatement réalisé se juge moins à l’individu qu’à sa descendance. Une race est acclimatée quand elle conserve : 1° sa force d’expansion dé- mographique ; 2° sa longévité normale ; 3° son aptitude au travail physique ou intellectuel. Par ailleurs, les caractères physiques ou moraux peuvent se modifier. L’accomplissement de ces modifications est l'acclimatation, et, quand elles sont devenues fixes, sans que les conditions requises plus haut s’amoin- drissent, sans qu’il y ait aucun genre de décadence, Y acclimatement est fait. Modifications physiques. — Il est très rare que les éléments purement météorologiques, par eux-mêmes, repoussent absolument l’homme, d’où qu’il vienne, et fassent obstacle à. la persistance des races implantées, si le sol n’est pas meurtrier. Il n’y a d’excepLion à cette loi que pour les climats polaires (les Esquimaux eux-mêmes ne dépassent pas 82° de latit. N.) et pour quelques localités chaudes, rares, salubres du reste, comme Pondi- chéry et Bourbon, qui épuisent la vigueur des Européens et qu’il faut quitter un jour. Encore y a-t-il, à la Réunion, les petits blancs, souvent ci- tés, qui cultivent et prospèrent, mais en habitant, il est vrai, les hauteurs. Modifications morales. — Le courage, l’intelligence, les passions, par conséquent les mœurs et les lois, dériveraient des climats, selon Montes- quieu; en réduisant leur rôle à celui de facteur important d’un état très complexe, cette vue est parfaitement exacte. Le physique influe sur le moral, pas aussi fatalement peut-être que le pensait Cabanis, mais un peu plus que ne semble l’admettre Fonssagrives; « les climats, dit le savant professeur de Montpellier, ne sont pas sans influence sur les modalités accessoires de la vie morale des peuples, sur leur caractère; mais leur action ' ne va pas au delà et elle n’atteint en rien les facultés de conscience... » La réalité est plus large que les scrupules de l’école spiritualiste. Conditions d’aptitude a l’acclimatement. — 1. Le peu de changement de latitude. — Les migrations de familles humaines dans le sens des lignes pa- rallèles et surtout le long d’un même parallèle sont en général faciles et heureuses. Les Anglais et les Français ont aisément colonisé le nord de l’Amérique. Lorsque le déplacement se fait dans le sens du méridien, il y a avantage à s’élever un peu vers le nord, ou plus exactement, à passer sous une isotherme plus faible. En 1678, 10,000 Français fondèrent la colonie du Canada; ils sont aujourd’hui un million, après avoir traversé des épreuves politiques et sociales indépendantes de leur volonté. L’Acadie fut colonisée en 1671 par 47 familles françaises, comprenant 304 per- sonnes; les Français d’Acadie sonl aujourd’hui plus de 100,000, malgré les persécutions et les massacres dont l’Angleterre s’esl souillée à leur égard (Halifax, 44°,36' lat. N., tempérât, moyenne annuelle 6°,2; Mon- tréal, 43° 31' lat. N., moy. ann. 6°,5). Néanmoins, le penchant uniforme des peuples les entraîne plutôt à coloniser vers le sud et sous des isother- mes plus élevées. Mais ce n’est pas toujours un obstacle à l’accliinale- ment; les Allemands, qui réussissent mal dans notre Algérie, pullulent d’une façon effrayante aux États-Unis (Boston, moyenne ann. 9°,3 ; W a- shington, 12°, 7). Bien plus, ils ont fait, au Brésil (Simonnot), la colonie de San-Leopoldo, avec 120 familles qui, en quarante-cinq ans, ont monté à 120,000 individus. 2. Les dispositions ethniques. — On signale vulgairement et ajuste titre l’étonnante malléabilité des Juifs, qui se sont répandus dans le monde entier, conservant sensiblement partout leur type de race et se maintenant peu près sans croisement. Car, malgré quelques contestations du fait Boudin) et de rares exceptions, les Juifs ont jusqu’aujourd’hui subi inté- gralement les conséquences, bonnes ou mauvaises, de l’isolement que la doctrine pharisaïque leur a créé et religieusement perpétué au milieu des autres peuples. Toutefois, ceux qui prospèrent si bien dans quelques villes d’Allemagne, où l’on peut prévoir qu’un jour ils en seront les seuls habi- tants, ne sont pas des Sémites, mais bien des Germains et des Slaves con- vertis au judaïsme (Voy. Hygiène spéciale : Groupes ethniques). Les Chinois ont remplacé les esclaves, comme travailleurs libres, dans quelques colonies anglaises; ils font, en Amérique, une rude concurrence aux hommes du pays, dans l’exploitation des mines. Le commerce et la finance sont entre leurs mains, dans les grandes îles asiatico-océaniennes. Toutefois, ils ne réussissent pas comme travailleurs aux Antilles, à la Réu- nion, à la Guyane. Nous venons de noter la remarquable aptitude des Français, des Anglais, des Allemands, à l’acclimatement dans le nord de l’Amérique. Lorsqu’il s’agit de pays intertropicaux, ces heureuses dispositions s’évanouissent d’ordinaire; la population blanche de la Guadeloupe a peine à se mainte- nir, même en s’abstenant du travail manuel. Une famille européenne fait exception à la règle, ce sonl les Espagnols. A eux appartient l’avenir des républiques américaines du Centre et du Sud. On a fait remarquer, et la chose en valait la peine, que les Espagnols sont bien loin d’étre des Latins purs; ce ne sont même pas, originairement, des Aryas au même litre que les autres familles gréco-latines. 11 y a des raisons sérieuses de croire que les Ibères sont d’un sang africain, ou atlantique (G. Lagneau); de plus, à travers les siècles, l’Afrique se remit maintes fois en relations avec la Pénin- sule, par Carthage, les Maures, etc. L’infusion de sang romain, puis germa- nique, n’a pas absolument prévalu sur ces éléments fondamentaux. Aussi l’Espagnol n’est-il point dépaysé dans les latitudes voisines des tropiques, et n a-t-il aucune hésitation devant l’accouplement avec l’Indienne ou la négresse, pour peu que, de gré ou de force, il ait été versé à la femme une goutte d eau sur la tête. Ces colons prospèrent merveilleusement, plus que chez eux, dans notre Algérie ; le tableau ci-dessous donne une idée de cette aptitude surprenante : Race espagnole. Natalité p. 1000. Décès p. 1000. En Espagne 37 27 A Cuba 41 24 En Algérie 46 34 Les Italiens, au sud de la Méditerranée, s’implantent également bien. En Algérie, en particulier, pour la période 1867-1872, ils ont eu 40 naissances contre 29 décès et, dans l’année 1872 seule, qui est évidemment exception- nelle, 43,4 naissances pour 1,000 contre 22,8 décès. La statistique de 1882 donne, pour les Français en Algérie, les chiffres suivants, que nous rapprochons du mouvement démographique en France : Naissances p. 1000. Décès p. 1000. En France (1882) 24,8 22,2 En Algérie (1877-1881) 33,3 29,2 En 1874, Ricoux, Algérien de naissance, constatait qu’à Philippeville, il y avait 42,8 naissances et 31,1 décès p. 1000 vivants pour toute la popu- lation européenne, mais que les chiffres pour les Français devaient être ramenés à 39,6 naissances et 30,8 décès. Dans la période 1873-1876, il y a 1,174 naissances contre 1,000 décès, l’excédent étant toujours fourni par les races méridionales (Maltais, Ita- liens, Espagnols), tandis que les Allemands sont toujours en déficit. En 1884, les Français d’Algérie compensaient de plus en plus leurs per- tes ; 120 naissances pour 100 décès. En 1886, 133 naissances contre 100 dé- cès. Il convient, d’ailleurs, de remarquer que, si la mortalité a un chiffre proportionnel élevé, les naissances sont également très nombreuses, ce qui est la caractéristique d’un mouvement démographique vigoureux (comme en Prusse). En outre, depuis 1886, le sexe masculin a cessé de compter plus de décès que de naissances, ce qui avait constitué jusque- là un fâcheux pronostic pour l’avenir; aujourd’hui, le nombre des nais- sances est supérieur à celui des décès chez les garçons comme chez les ûlles. 3. Les mœurs et les habitudes des colons. — Beaucoup des immigrants français à la Guadeloupe étaient des gentilshommes, qui n’avaient pas l’ha- bitude du travail dans la mère patrie ; comment l’auraient-ils prise aux Antilles? Les petits blancs de la Réunion, d’une extraction plus modeste, ont pu vivre de la culture et de leurs propres bras. En Algérie, les premiers colons, gens aventureux, déclassés, disposés à vivre d’industries de bas étage plutôt que de la culture, ne pouvaient rien prouver pour ni contre la vitalité de la colonisation européenne en Afrique. On commit la faute d’y donner des concessions de terre à des acteurs, comme le ministre Choiseul l’avait fait en 1763 pour la Guyane. Plus tard (1832), un gouver- nement issu de la violence y expédia des Français qui n’appréciaient pas le procédé de « sortir de la légalité pour rentrer dans le droit » ; ces colons malgré eux ne pouvaient guère être animés de dispositions favorables, et c’était jeter un singulier jour sur la colonie. Néanmoins ces bannis étaient gens de cœur; beaucoup se sont pris d’affection pour la nouvelle patrie et il se trouve aujourd’hui qu’elle leur est redevable d’une bonne part de son développement. Un grave écueil dans l’acclimatement des Européens aux pays chauds a toujours été la conservation par eux des habitudes alimentaires anglaises, françaises ou germaniques. Celte délicate épreuve n’admet pas l’intempé- rance, et l’alcool y est autrement nuisible que sous les climats froids. Ajoutons qu’il faut savoir aussi adapter le vêtement et l’habitation aux conditions nouvelles, répartir d’une façon appropriée les heures de travail et celles du repos. On a tout d’un coup élevé le niveau sanitaire des troupes d’Algérie en sonnant la retraite à 10 heures du matin et la diane à 2 heures après midi, pendant les mois d’été ; les soldats rentrent et se reposent à la caserne pendant les heures les plus chaudes du jour. La sobriété est au moins une partie du secret du facile acclimatement des Juifs, des Chinois, des Espagnols et même des méridionaux de France, en Algérie et ailleurs. 11 convient de noter, comme restriction à ce qui concerne les Juifs, qu’ils recherchent les villes, où l’influence du sol est médiocre, et qu’ils manient beaucoup plus l’argent et les marchandises que la pioche ou la charrue. Dans certaines contrées d’Autriche, où ils travaillent de la même façon que les chrétiens, ils meurent autant et plus que ceux-ci. On doit rapprocher des mœurs et des habitudes des individus l’état social, politique et religieux du peuple auquel ils appartiennent, ou qu’ils ont formé sur la terre nouvelle. Il est à présumer que l’écroulement de l’empire romain avait tout ce qu’il fallait pour emporter avec lui la colo- nisation latine de l’Afrique au septième siècle ; les dissensions religieuses, en outre, y aidaient merveilleusement. Bertillon n’a peut-être pas attaché à ces circonstances l’importance qu’elles ont réellement, lorsqu’il a cru pou- voir prendre celte disparition de la colonie gallo-romaine comme une preuve des chances mauvaises de l’acclimatation des Français en Algérie. Les républiques latines d’Amérique eussent prospéré davantage, si elles n’avaient eu à lutter d’abord contre les fâcheuses traditions politiques de l’Espagne et si elles n’étaient encore imprégnées d’une religion peu favo- rable à l’expansion de l’activité humaine. 4. L'aptitude aux croisements et les éléments du croisement. — Les croise- ments de la race hispano-ibérique avec les familles indiennes du nouveau monde et même avec les nègres transportés d’Afrique ont étè eugénésiques, selon 1 expression consacrée, et ont donné lieu à une véritable race nou- velle, que les Anglo-Saxons des États-Unis n’ont ni le penchant ni proba- blement le pouvoir de produire dans les domaines qu’ils occupent. Ici, les descendants de mulâtres retournent à l’un des types primitifs, blanc ou noir ; et c est grave, s il est vrai, comme on l’a dit, que la race anglo-saxonne perde à la créolisation; que les masses musculaires des mollets s’effacent chez les vrais Yankees et les mamelles chez leurs femmes, peu fécondes d’ailleurs et pratiquant l’avortement. Tandis que la race mélisse hispano- américaine a les caractères d’une famille désormais fixée, se reproduisant avec ses attributs mélangés, l’idéal de la créolisation réussie. Jourdanet entrevoit pour elle l’avenir le plus brillant, et de Qualrefages, qui est du même avis, s’appuie sur ces faits considérables pour répéter sa formule, que le climat, aidé du temps et du métissage, est un modificateur irrésis- tible. Ces croisements heureux ont eu lieu entre des races point trop éloi- gnées l’une de l’autre ; c’est la condition de fécondité indéfinie des produits. Lorsque le croisement a lieu entre deux types placés aux extrêmes de divergence, les produits sont presque des hybrides; or, les métis sont fé- conds entre eux; les hybrides, non. Pour la colonisation européenne en Algérie, Vallin proscrit l’union des Français du Nord et surtout des Alsaciens entre eux; il recommande les mariages de ces familles avec les Français venus du Midi, entre Alsacien et Provençale par exemple, les alliances des Français de toute zone avec les familles espagnoles, italiennes, maltaises, à la rigueur avec les Kabyles, dont les veines ont peut-être reçu jadis quelque infusion de sang euro- péen. Quant aux unions de Français avec des femmes arabes, voire des filles de Golouglis, qui parurent un instant pleines de promesses à nos gé- néraux et à nos médecins (Félix Jacquot; A. Vital), il pense judicieusement que les facteurs sexuels, en pareils cas, sont trop foncièrement étrangers l’un à l’autre pour arriver à procréer une véritable race créole douée d’attributs transmissibles de génération en génération. D’ailleurs les obs- tacles sociaux et religieux suffisent à rendre extrêmement rares ces accou- plements sans avenir. 5. Le sol et les localités. — Partout où le sol n’est pas insalubre, le pro- blème de l’acclimatement est singulièrement simplifié. Il est rare que la chaleur seule fasse absolument obstacle aux déplacements humains et à l’implantation des familles émigrées. Quand elle s’ajoute à l’influence d’un sol insalubre, le danger est à son comble et les difficultés deviennent extrêmes, sinon insurmontables. En Algérie, c’est le sol, à coup sûr, qui repousse les Européens, bien plus que le climat. On s’en aperçoit mieux de jour en jour et, justement, par suite de cette circonstance très heureuse, que l’homme civilisé se montre capable de maîtriser ce sol redoutable lui- même. Il va sans dire que cette victoire a été chèrement achetée. Quel que soit le sol abordé par l’émigrant, il est impossible que certains de ses points ne soient pas préférables à d’autres. En général, les lieux élevés ont plus de tolérance que la plaine, quoique celle-ci ait plus de sé- ductions pour le colon. C’est en occupant d’abord ces localités, qui se présentent avec des caractères de salubrité probable, que les colons de- vront essayer le climat nouveau ; s’ils descendent dans la plaine pour la culture, qu’ils aient au moins leur habitation sur la hauteur, selon le judicieux conseil de Treille. Revenons encore à l’exemple des petits blancs de la Réunion, qui se maintiennent en cultivant le sol, mais qui habitent la partie montagneuse de l’ile. Les Anglais de l’Inde retardent l'obligation du rapatriement à l’aide de leurs sanitaria de lTIitnalaya. Action stabilisante du climat. — Quand une nation s’est formée au moyen d’élé- ments ethniques divers, les uns autochtones, d’autres immigrés en une ou plu- sieurs fois, la famille nouvelle prend des caractères dominants, qui peuvent passer pour une résultante des attributs de tous les composants. Mais, peu à peu, tout ce qu’il y avait de saillant dans les attributs primitifs s’émousse et s’atténue; l’en- semble finit par prendre une nuance uniforme, dont les attributs particuliers ne sont que des accidents; la nation nouvelle, d’origine très complexe, finit par être une, à la condition que les propriétés du sol et du climat ne diffèrent point consi- dérablement, d’une extrémité à l'autre du territoire occupé. La part d’influence que possède le climat vis-à-vis de cette uniformisation est incontestable, il tend incessamment à monter les économies à sa note propre ; c’est pour cela qu’elles finissent par se ressembler essentiellement. Lorsque le point d’adaptation parfaite de la vitalité au climat est atteint, les mêmes influences ne cessent point d’agir, mais, naturellement, ne peuvent faire autre chose que maintenir l’harmonie obte- nue. Comme on le voit, c’est toujours la même force, celle que de Quatrefages appelle l’action « stabilisante » du climat. La population actuelle de la France, fournie originairement et à des dates très diverses par des rameaux ethniques extrêmement nombreux, offre, à notre avis, un remarquable exemple d’effets heu- reux de cette action du climat. Malgré les nuances intéressantes, que les anthro- pologistes y retrouvent aisément, le peuple français est certainement un des plus homogènes que l’on puisse rencontrer, tant sous le rapporl des caractères physi- ques que sous celui des dispositions eL des aptitudes morales et intellectuelles. B. Le climat modificateur étiologique. — Nous avons, jusqu’à présent et, croyons-nous, avec raison, toujours décomposé le climat en ses facteurs, au point de vue du rôle étiologique ; nous avons trouvé des maladies de la chaleur ou du froid, de la sécheresse ou de l’humidité, de la dépression ou de la compression, ou des influences de quelqu’un de ces ordres, aidant à l’éclosion, à la prédominance, aux caractères spéciaux de mala- dies qui ne relèvent pas primitivement d’un agent météorologique. Reste- t-il, après cela, des maladies des climats ? Oui, sans doute ; parce qu’en dehors des éléments météorologiques isolés, il y a le mode, la succession, la combinaison de ces éléments, ce que l’on peut appeler le « régime » climatique. Des régimes divers doivent comporter des influences sanitaires également différentes, soit d’un pays à un autre, soit dans le même pays, d’une année ou d’une saison à la suivante. Cette loi s’est imposée, depuis Hippocrate, à l’esprit de la plupart des médecins qui ont étudié et suivi l’histoire des épidémies. Malheureusement, elle est à peu près restée à l’état de tradition et d’intuition ; il ne paraît pas que la doctrine des cons- titutions médicales ait jamais éclairé la pathologie, autrement qu’en dé- composant la soi-disant constitution en ses facteurs éliologiques, le froid, le chaud, l’humide, etc. Depuis vingt ans, la Société médicale des hôpi- taux de Paris enregistre simultanément les observations météorologiques et la statistique des maladies et décès ; elle est arrivée, dit E. Besnier, le laborieux auteur des Rapports qui réunissent ces deux éléments, à « dé- montrer la réalité des constitutions médicales bénignes ou malignes ; la variabilité des différentes affections à des époques diverses; la variabilité du pouvoir contagieux d’une même affection à différentes périodes... »; mais en quoi la climatologie a-t-elle pesé sur ces variations, en dehors des influences précises et d’ordre banal, signalées précédemment? Est-ce la pluie ou le beau temps qui a fait que, pendant un an ou deux, le virus de la variole restait stérile à Paris, ou bien n’est-ce point plutôt une modi- fication spontanée, encore inconnue, dans les propriétés du virus lui- même? La découverte de l’atténuation des virus, par Pasteur, entr’ouvre à cet égard de nouveaux horizons; il est très possible que les oscillations épidémiques d’un certain nombre de maladies soient précisément dues à des atténuations ou à des recrudescences d’activité des virus, dont le mé- canisme ne nous est pas révélé. Nous savons que le froid ou le chaud, le sec ou l’humide, entravent ou favorisent le développement et la sporula- tion des microorganismes. Et c’est beaucoup; mais l’atténuation spontanée, pour être très probable, ne nous est pas démontrée. Nous sommes donc encore loin de savoir comment les actions météorologiques pourraient l’obtenir. En d’autres occasions, le climat agit sur les milieux. C’est d’abord par les effets de la chaleur et de l’humidité sur le sol que s’expliquent les lois d'exacerbation estivo-automnale de la fièvre typhoïde, d’Ernest Besnier, et d'oscillations inverses du typhus et de l’eau souterraine, de Pettenkofer. D’une consciencieuse étude de l’influence des climats sur la fréquence de la lithiase urinaire, Rey a pu conclure que cette influence « est nulle ou tout au moins fort problématique ». La fièvre typhoïde nous a toujours paru fort cosmopolite. En 1882, Saint- Yelassurait qu’elle «n’existe pas sous les tropiques » ; Poincaré(1884) la signale néanmoins comme très fréquente à Sainte-Hélène, fréquente en Indo-Chine et assez fréquente au Mexique et aux Antilles. La phtisie ne respecte que les régions polaires et les hauts sommets, c’est-à-dire les climats très froids et, sans doute, ceux où l’âpreté du ciel et l’infécondité du sol oblige les humains à vivre épars et sans relations fréquentes d’un groupe à l’autre. Mais l’on voit que nous quittons le terrain de l’étiologie par les climats, dans laquelle, comme il a été dit plus haut, on trouve peu de lois ressor- tant du complexus météorologique, mais qui est au contraire fort riche si l’on décompose le climat en ses éléments. Nous ne pouvons'que ren- voyer à ce qui a été dit de ceux-ci. En résumé, les maladies de climats banales sont essentiellement des maladies de la chaleur, du froid, du sec, etc. ; quant aux affections spéci- fiques, elle trouvent dans la météorologie un auxiliaire ou un obstacle et souvent, dans le régime climatique, un régulateur. Il est utile d’ajouter aux notions que nous avons fixées, en ce qui con- cerne l’acclimatement, celles que Saint-Vel a recueillies sur les dangers qui menacent les créoles retournant aux pays tempérés. Les maladies a friyore, la broncho-pneumonie, le rhumatisme, les néphrites, marquent volontiers cet acclimatement en sens inverse, avec un certain nombre de manifes- tations fébriles ou névralgiques, qui sont un efîort de l’impaludisme colo- nial antérieur. Prophylaxie. — Les mesures d’hygiène à conseiller selon les climats ressemblent à l’étiologie. On ne lutte pas contre la synthèse météorologi- que, mais contre le froid, le chaud, le sec, l’humide, etc. A vrai dire, les chances de l’homme sont peu étendues ; il ne peut modifier les propriétés de l’air que dans ses abris et d’une façon imparfaite et temporaire. Les périls, toutefois, ne sont pas les mêmes, pour les individus qui sont nés et ont vécu sous un climat excessif, que pour les nouveaux venus; ceux-ci ont à supporter tous les risques de l’acclimatement et ne peuvent, souvent, en faire bénéficier que leur descendance. La protection contre le froid est dans l’usage de vêtements épais, faits de tissus mauvais conducteurs ou de fourrures; dans des abris solides et capables de conserver la chaleur artificielle sans faire obstacle à l’aération ; dans les divers procédés de chauffage. L’alimentation doit être généreuse. L’alcool est plus nuisible qu’utile. Les maisons en bonne maçonnerie, et non en bois ni paillotes, protègent aussi contre la chaleur; on doit, dans les pays chauds, y assurer une large ventilation, mais en évitant que les courants d’air rencontrent les habi- tants. Les vêtements peuvent être légers; mais il ne faut pas oublier que « la flanelle est réellement le tissu des pays chauds » (Maurel). On mettra un soin particulier à protéger la tête (casque, parasol), et aussi les pieds, dans l’intérêt du derme. Le travail au dehors doit être suspendu pendant les heures du milieu du jour; la sieste est utile, pourvu que le repas qui la précède ne soit pas trop copieux. Selon Treille, l’Européen devra s’abs- tenir, sous les tropiques, d’exercer par lui-même la profession d’agricul- teur. Le bain froid (25°) de 10 à 15 minutes est éminemment salutaire. Maurel déconseille, au contraire, la douche qui excite la peau, dont le fonc- tionnement est déjà excessif. Il faut se nourrir, sous les climats chauds, comme ailleurs ; mais la toxicité de l’alcool s’y élève comme la température. C. Le climat modificateur thérapeutique. — Il n’est à la portée que du petit nombre des malades de pouvoir user des propriétés curatives des climats ; il faut, dans celte médication, aller à la rencontre du médicament et, malgré les chemins de fer, les déplacements restent toujours onéreux. Au titre thérapeutique, le climat agit : 1° par changement des conditions étiologiques; 2° en favorisant la médication proprement dite; 3° (le plus souvent) en fournissant un milieu météorologique indifférent. C’est le cas pour la phtisie, l'affection sur laquelle ont convergé essentiellement les efforts de la climatologie médicale. Plus que jamais il convient de répéter, à son propos, que les moyennes fictives ont bien moins de valeur que les oscillations mensuelles, diurnes, nycthémérales, en un mot, que la moda- lité climatique. On s accorde à reconnaître que sa curation exige : des moyennes hibernales assez élevées, estivales modérées, un climat constant. C est pour cela, et non à cause de Y air marin, que Montpellier, Arcachon, Alger, Ilyères, Cannes, Nice, Monaco, Menton, Ajaccio, Madère, etc., sont utiles aux phtisiques. L air marin est bon en mer, à cause de sa pureté; mais il ne faut pas le chercher dans les villes du littoral, où il s’imprègne des effluves terrestres sans dépouiller pour cela ses propriétés météorolo- 420 RE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène giques; Dunkerque, ni môme Cherbourg, ne sont avantageux à la phtisie. Les pays chauds, à ce litre, ne le sont pas plus (J. Itochard); la chaleur élevée et continue épuise le reste de forces des tuberculeux et surexcite leurs nerfs. Les phtisiques doivent môme fuir les pays chauds en été. Les règles suivre ont été tracées par le médecin anglais H. Bennetqui, phti- sique lui-même, n’a eu qu’à raconter sa propre histoire : « Pendant deux ans, je restai entièrement en dehors de la vie active, passant les étés à pêcher en bateau sur les lacs sauvages et isolés de l’Écosse, les hivers à Menton... » Le traitement de la phtisie par le séjour des stations alpestres relève d’influences climatiques très spéciales, qui ont été indiquées en leur lieu, et surtout de l’extrême pureté de l’air, au point de vue des souillures orga- niques et des microbes. 11 y a là une preuve par les contraires de l’opinion de Brown-Séquard sur l’influence de l’air confiné vis-à-vis du développe- ment de la phtisie. Beaucoup moins communément qu’à la phtisie, on applique la médica- tion par le climat : à la scrofule, que l’on envoie dans les climats secs, à air vif; aux rhumatisants (chroniques), que l’on dirige vers les pays chauds; aux dyspeptiques, en les conduisant sous un climat froid, tonifiant, etc. D’ailleurs, le climat-médicament est en quelque sorte susceptible d’être dosé, comme les agents de la pharmacopée; les malades ne doivent donc en user que sous la direction d’un médecin. Bibliographie. — Lombard (H. Cl.) : Traité de climatologie médicale. Paris, 1877-1880, et Atlas de la distribution géographique des principales maladies. Paris, 1880, avec 25 pl. col. — Vallin (Em.) : Colonisation (Dictionn. eucyclopéd. des sciences méd. 1877). — Williams (C. T.) : The influence of Climate in the prévention and treatment ofpulmonary consumplion 1877. — Arnould (J.) : France. 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D’autre part, ils sont de puissants modi- ficateurs des milieux, des aliments et de l’homme lui-même. Il semble qu’il y ait comme un grand cercle microbiologique. Les micro- organismes pullulent dans les premières couches du sol et y décomposent toutes les matières organiques mortes; ce sont les réels épurateurs. Leur œuvre terminée etleur période de développement accomplie, ils sont sou- lev s par les courants d’air, avec les parcelles pulvérulentes qui les portent, et dirigés vers la surface de l’Océan qui les retient et les engloutit. C’est une force irrésistible et aveugle, comme toute loi naturelle. Si, au cours de ce grand travail, les objets qui nous sont utiles ou nécessaires, comme les aliments, se trouvent sur le passage des microorganismes ; si l’homme lui-même offre par quelque point une prise à leur action, celle- ci continue à s’exercer suivant le mode ordinaire; il y a seulement erreur de lieu. Ce sont les manifestations qui en résultent que nous appelons corruption chez les denrées alimentaires, maladies chez l’homme. Les va- riantes dépendent des nuances qui existent dans la modalité de nutri- tion des microorganismes. L intervention des infiniment petits dans l’origine des maladies a été maintes fois soupçonnée avant l’époque actuelle; mais il fallait d’abord démontrer l'exis- tence de ces êtres invisibles. A cet égard, Leuwenhœck (1G80) et Ehrenberg (1828 sont les précurseurs des bactériologues modernes. Bassi qui, en 1835, montra que la muscardine des vers à soie est due au déve- loppement d’un champignon, Tulasne.de Bary, qui mirent hors de doute la nature parasitaire de certaines maladies des céréales, des pommes de terre, etc., prépa- raient l’avènement de la théorie parasitaire appliquée aux maladies infectieuses. Mais, à cette époque et pendant une quarantaine d’années encore, l’attention des savants étail plutôt accaparée par le rôle des germes de l’air dans la fermentation et les phénomènes analogues. Cagniard-Latour, en 1836, annonçait que la levûre qui fait fermenter l’eau sucrée est un végétal vivant. F. Schulze, la même année, démontrait que les liquides putrescibles, soumis à la coction qui tue les germes, ne se décomposent plus si l’on empêche, au moyen d’une couche d’huile, l’air d’y revenir ou que l’on fasse passer celui-ci à travers l’acide sulfurique. En 1837, Schwann obtenait le même résultat en débarrassant l’air de ses germes par la cha- leur. Schrœder et von Dusch(1854) filtrèrent l’air sur des tampons de ouate. Pas- teur (1862) obtint la retenue des germes au moyen du col allongé et tortueux, donné aux ballons renfermant les liquides fermentescibles bouillis. Si donc l’air dépouillé de ses germes était incapable de faire fermenter ou de troubler les liquides organiques, c’est que rien dans sa constitution chimique n’est apte à déterminer ce phénomène et que les agents de la fermentation se trouvent parmi les êtres vivants que l’on a retenus ou tués. En vain des savants de moins en moins nombreux onL cherché, contre ces faits nouveaux, à relever la doctrine de Yhétérogénie, abiogenèse ou génération spontanée (Pouchet, 1858); en vain une petite école a essayé, jusque dans ces derniers temps, d’introduire dans la science certains microzymas, éternels et indestructibles, expression dernière de la forme vivante, desquels procéderaient les ferments animés. Il est absolu- ment certain que le suc de raisin, le jaune d’œuf, le lait, le sang, ne fermentent point et ne se peuplent pas d’organismes, s’il ne leur arrive que de l’air pur, c’est- à-dire dépouillé de ses germes. Ce qui ne prouve pas qu’à côté des ferments figurés il n’y ait des ferments solubles. Pasteur a d’ailleurs distingué les diverses fermentations et précisé quels orga- nismes ont pour fonction la fermentation alcoolique, quels autres la fermentation lactique, butyrique, etc. Il lui a paru que la fermentation se fait au mieux dans les solutions sucrées, lorsqu’on supprime l’accès de l’air, et qu’en général un orga- nisme est d’autant mieux adapté à être ferment, qu’il a moins besoin d’oxygène libre. D’où les deux classes d’organismes aérobies et anaérobies, moins importantes qu’on ne le croyait, depuis qu’on connaît une troisième classe d’organismes indiffé- rents, qui peuvent être tantôt aérobies, tantôt non, selon les conditions du milieu. En pathologie, Rayer et Davaine, en 1850, avaient remarqué des filaments dont la présence dans le sang est l’un des caractères de la maladie des ruminants vul- gairement appelée sang de rate. Pollender (1855) et Brauell (1858) revirent ces filaments et les firent connaître. Davaine donnait encore, en 1854, le titre d'infu- soires à ces organismes parasitaires. C’est seulement en 1863 qu’il proclama for- mellement que les maladies charbonneuses relèvent d’un parasite, la bactéridie, selon son appellation d’alors, et que tel est le virus charbonneux. Le sujet a été, comme on sait, repris par Pasteur, qui a traduit avec un grand éclat la découverte nouvelle en une application vaccinale de première importance pour l'élevage des bestiaux, et par Robert Koch, qui a reconnu, en 1876, la sporulation du parasite et complélé son histoire naturelle. A ce moment (1865), la doctrine faillit être très compromise par le professeur Huilier (d’iéna) qui, partant du fait très exact, mais encore mal connu, du polymor- phisme des champignons, crut avoir saisi la transformation des virus en moisis- sures, dans son laboratoire, où n’étaient pas prises les précautions que 1 on regarde aujourd’hui comme élémentaires, vis-à-vis de l’ensemencement spontané des germes de l’air sur les milieux de culture où l’on a l’intention de développer un organisme moins banal. Mais il est inutile de rappeler celte phase négative de l’histoire de Pétiologie parasitaire (ou vitaliste, comme on dit en Allemagne). En 1867, le pansement de Lister et, jusqu’à un certain point, le pansement ouaté d'Alphonse Guérin donnèrent raison en bloc à la théorie d’après laquelle l’air était capable d’apporter aux plaies découvertes les germes de septicémies diverses. On exagérait peut-être l’importance de la véhiculation par l’air; mais l’on ne se trompait point en enveloppant le blessé et les chirurgiens d’une atmosphère et d’objets antipathiques à la vitalité des germes, en éloignant de la plaie les éponges, les instruments, les mains des aides, chargés de substances infectieuses. Les travaux de Klebs (1873), Billrolh (1874), Ferdinand Colin (1875), Nàgeli (1877), vulgarisaient les notions scientifiques relatives aux microorganismes. Les décou- vertes dans le domaine de la pathologie infectieuse n’allaient pas tardera se mul- tiplier. Obermeier fit connaître, en 1873, les spirilles du typhus à rechutes; Reckling- hausen, Klebs et surtout Eberlh, dés cette même époque, apercevaient le bacille de la fièvre typhoïde, qu’Eberlh devait différencier absolument en 1881. Pas- teur (1879) expliqua la palhogénie de la flacherie des vers à soie, puis, en 1880, annonça les curieuses propriétés du microbe du choléra des poules, soupçonné an- térieurement par Moritz et décrit par Perroncito (1878) etToussainl (1879). Armauer Hansen (1879) avait découvert la bacille de la lèpre; Neisser (1879), le microcoque de la blennorrhayie. Robert Koch, après avoir étudié les organismes de la septicémie et du charbon, démontra le bacille de la tuberculose, en 1882; puis, en 1884, le bacille-virgule du choléra. Le microbe de la pneumonie infectieuse était dénoncé au même moment, par Friedlànder et Frobenius; celui de la morve, par Capitan et Charrin, en France, par Lôffler et Schülz en Allemagne (après avoir été signalé par Christôl et Kiener, en 1868). Il faut y ajouter quelques parasites dont la spéci- ficité est moins certaine; celui de la diphtérie (QErtel, Klebs, Lôffler, Emmerich); celui de la syphilis (Lustgarten). D'ailleurs l’étude bactériologique des milieux se poursuivait simultanément grâce aux travaux de Maddox, Miquel, Fodor, W. Hesse, Koch, Beumer, Heræus, WoIffhügel,BoIton, H. Fol et Dunant, Chauveau, Cornil, Widal et Chantemesse, etc. Le principe qui avait légitimé toutes les recherches, dans l’ordre étiolo- gique, était qu’un agent qui se reproduit chez le malade et se multiplie à l’infini, comme fait l’agent pathogénique des maladies infectieuses, ne sau- rait être une substance chimique, un poison volatil ou autre; il se conduit comme un être vivant; c’est comme tel qu’il faut le chercher. Mais, quand on croit l’avoir trouvé, il s’agit encore de l’isoler de tout autre parasite banal, de prouver qu’on le rencontre toujours dans les cas de la maladie qu’on lui attribue et qu’il ne se trouve pas ailleurs. Enfin il est indispensable d’expérimenter avec cet organisme, en produisant des infections artificielles, de l’homme aux animaux ou de ceux-ci à d’autres, selon les cas. Pour ces inoculations, il est indispensable que les microor- ganismes transmis du malade à l’individu sain n’emportent pas avec eux la moindre parcçlle des tissus ou des humeurs du malade; il faut que les op- posants ne puissent pas dire : « Ce bacille soi-disant typhogène transmet la fièvre typhoïde, non parce qu’il est bacille, mais parce qu’il vient d’un typhoïsant et qu’il est imprégné de matière typhogène », comme le sup- posent Niigeli, Peter et Jaccoud. Lesexpérimcntateurs arrivent à ce résultatau moyen de ce qu’on appelle les cultures pures. Pasteur les pratique sur des milieuxnouvriciers liquides. Il prépare un bouil- Ion adapté aux besoins du microbe parliculièrement étudié et le stérilise par coction, au-dessus de ÎOO° si c’est nécessaire. On prend, avec des instru- ments flambés, une gouttelette du liquide ou une parcelle du tissu renfer- mant les microorganismes infectieux, en évitant de laisser les germes de l’air ou Ions autres organismes étrangers se mêler à l’opération. Cette pe- tite portion de matière infectieuse est portée dans le bouillon préparé, qu’elle ensemence et où sedéveloppe une puissante génération de microbes infectieux issus de ceux qui avaient été pris sur le malade. De ce liquide ainsi pullulant de microorganismes, on prélève une nouvelle gouttelette, à l’aide de laquelle on féconde, comme précédemment, un nouveau bouillon. Puis c’est le tour d’un troisième, d’un quatrième bouillon, etc., de façon à arriver àune vingtième, à une cinquantième génération, dans laquelle il est bien permis de croire qu’il ne reste ni un atome ni même une influence quelconque, dépendant des humeurs ou des tissus de l’animal malade, qui a fourni la matière du premier ensemencement. Quand, alors, on fait naître le charbon, par exemple, par l’inoculation à un mouton sain de bacilles de cinquantième génération, on a démontré vraiment que ces bacilles sont le virus charbonneux lui-même. Robert Koch prépare aussi des milieux nourriciers choisis; seulement il y associe constamment la gélatine ou quelque autre substance gélatini- sable, afin d’avoir un milieu demi-solide et translucide. La gélatine nourri- cière est coulée, encore tiède, sur des plaques de verre, dans des verres de montre, des tubes-éprouvettes; les ensemencements y sont pratiqués par mélange', par épandage superficiel, par piqûre ou en trait sur la gélatine. La consistance du milieu empêche les germes de se mêler, et l’on recon- naît sans peine ceux qui sont nés de l’inoculation, à ce qu’ils sont sur le point même qui a été inoculé, tandis que les microbes de hasard sont à quelque distance. Mieux encore,il est possible de distinguer les «colonies» issues de l’ensemencement, s’il est arrivé que l’on ait semé à la fois des germes de diverses sortes. On emprunte alors des semences tout à fait pures à la colonie qui semble appartenir à l’espèce étudiée. C’est de cette façon que l’on a procédé pour reconnaître la présence du bacille typhique dans l’eau, au milieu d’une foule d’espèces différentes. Nous serons forcé, dans ce chapitre, de ne point entrer sensiblement dans la « technique bactériologique », qui esttrès spéciale et qui comporte déjà des procédés nombreux et complexes. Cependant, à côté de ce qui vient d’être dit des cultures pures, nous devons noter ici les services rendus par Eberth, Ehrlichet Weigert à la science des infiniment petits, au moyen de leurs procédés de coloration, qui renseignent si heureusement sur la mor- phologie de ces êtres et fournissent parfois des caractères distinctifs, rien que par la façon dont ils réussissent. Lé principe de ces procédés est dans l’extrême affinité de la plupart des organismes inférieurs pour les matières colorantes, principalement pour celles qui dérivent de l'aniline. Comme les tissus animaux prennent beaucoup moins bien ces couleurs ou les abandon- nent aisément aux acides, à l’alcool, on arrive, à l’aide de quelques manipula- tions, à distinguer nettement les microorganismes sur des coupes d’organes. Eu élaguant de l’élude actuelle les microorganismes clans les milieux, sujet sur lequel les chapitres précédents renferment les notions indispensables, nous répar- tirons les points qui nous ont paru devoir trouver place dans ce volume de la façon suivante, imitée de C. Flügge : 1° Morphologie et rôle spécial des microorganismes; 2° leur physiologie géné- rale; 3° la défense contre leur action pathogène. 1° Morphologie et rôle spécial des microorganismes Les termes d’organismes inférieurs, de micro organisme s, de microbes, n’im- pliquent aucune idée qui ait de l’importance en hygiène. Ils prêtent d'ail- leurs à des confusions et ne sont pas compris de la même manière par tout le monde, quelques personnes limitant le sens de ces mots à la classe que l’on désigne quelquefois aussi par le nom de bactériens. Les microorganismes se distinguent par le haut degré de leur pouvoir de décomposition sur les matières organiques. A l’excepLion de quelques Flagellaires et Protozoaires, qui partagent avec eux l’aptitude au parasi- tisme, ils appartiennent au règne végétal. Quelques-uns sont encore regardés comme des Algues; mais l’immense majorité doit être rapportée aux Champignons. A vrai dire, les champignons et les algues ont extraor- dinairement de points communs, et il paraît que les Lichens ne sont autre chose qu’une algue sur laquelle un champignon vit en parasite. La division suivante, empruntée à Flügge, est plus appropriée aux be- soin de l’hygiène que botaniquement exacte. On distingue: 1° les Champi- gnons proprement dits, parmi lesquels, à notre point de'vue, les moisis- sures ou mucorinées tiennent une place si importante qu’elles ont servi à caractériser la classe; 2U les myxomycètes ou mycélozoaires ; 3° les levures, hlastomycètes ou saccharomycètes ; 4° les schizomy- cètes ou bactériens. La figure 67, ci-contre, d’après Nâ- geli, résume d’une façon un peu sché- matique les différences extérieures qui existent entre les trois principales classes de Champignons inférieurs. Les CL — Moisissures, Levures, Schizomyc'etes. longs filaments, articulés, bifurques, appartiennent aux moisissures; les corps ovoïdes sont des levûres ; à droite de la figure, on voit divers types de schizomycèles. I. Champignons proprement dits, moisissures. — Les Champignons sont formés de cellules microscopiques, qui s’allongent en filaments (hgphes) presque toujours ramifiés, divisés en articles, épars ou réunis en masses [mycélium ou thallus). De ces masses s’élèvent les organes fructifères. La reproduction des champignons a lieu d’habitude par les spores ; ses va- riétés ont fourni aux botanistes dos distinctions qui n’ont pas d’intérêt pour nous. 11 convient de noter seulement : les zoospores, cellules de pro- toplasma nu, pourvues de cils et douées de mouvement, qui s’échappent par projection de la spore primitive crevassée (spores migratrices) el, après quelque temps de mobilité, se fixent pour germer, et les spores perma- nentes, qui ne sont pas aptes à germer dès leur formation, mais ont besoin d’une phase de repos, l’hiver par exemple, pour reprendre ensuite l’évo- lution normale. Le même champignon et sur le même thallus peut présenter simultané- ment ou successivement plusieurs modes de reproduction; c’est la poly- morphie sexuelle. D’autres fois il y a une génération alternante; ainsi, Puccinia graminis, rouille des graminées, fournit d’abord des spores d’été (uréclospores), qui germent et développent, pendant toute celte saison, le même mycélium et la même fructification; en automne, il se forme des spores en massues, spores d’hiver (téleutospores), qui ne germeront qu’au printemps suivant et pousseront des sporidies, non sur le gazon, mais sur les feuilles de Berberis; le thallus qui en résulte s’est appelé Æcidium ber- beridis, et on l’a pris pour une plante différente de Puccinia, qu’il repro- duit cependant, au moyen des spores nouvelles qu’il répand sur le gazon. Un assez grand nombre de champignons intéressent l’histoire du parasi- tisme. A. Les Ustilaginées (groupe des Basidiosporées)\ivenl en parasites sur les végétaux phanérogames. Ustilago carbo envahit, sous forme de poussière noire, les épis du blé, de l’orge, de l’avoine. Le vent et la pluie ont balayé cette poussière au temps de la moisson, de telle sorte qu’elle ne se retrouve pas dans la farine et ne saurait lui communiquer rien de fâcheux. Tilletia caries pénètre dans les grains du blé et de l’épeautre, où on le trouve à l’état d’une poudre noire, d’une odeur fétide; comme les grains ne se détruisent pas, cette poudre est mêlée à la farine et y cause une odeur repoussante. Empusa musese (Entomophtorées) germe sur la peau du ventre de la mouche domestique, pénètre sous la peau et dans le sang et entoure l’insecte d’une poussière blanche. La mouche en meurt, suspendue aux murs, les pattes écartées et l’abdomen gonflé. B. Les Saprolégnées (Phycomycètes) décomposent les cadavres d’animaux ou de plantes dans l’eau et vivent quelquefois en parasites sur les pois- sons et les triions. Les Péronosporées fournissent Peronospora mfestans, le champignon de la « maladie des pommes de terre », et P. vilicola, le mildew. Le premier (fig. 68), dont les ravages furent considérables de 1845 â 1850, est favorisé par l’humidité de l’année et du sol; il apparaît, à la fin de juin, en taches noires, sur les feuilles ; les fanes se dessèchent el les taches brunes envahissent les tubercules eux-mêmes; souvent deux autres cham- pignons, Fusisporium solani et Acroslalagmus cinnabarinus, se retrouvent dans les tubercules pourris. Peronospora est réensemencé, au printemps, avec les pommes de terre qui ont résisté. Flügge conseille, avec raison, de choisir de préférence, pour la culture de la pomme de terre, les terrains secs et les espèces dures, hâtives; le parasite, en effet, ne peut traverser Fig. GO. — l. Mucor mucedo. — 2. Bolrytis grisea. a été trouvé, par U ticket, dans le bouchon qui obstruait un conduit auditif humain. D. Les Périsporiacées renferment Vét'ysiphe, nielle ou rouille des plantes dont les espèces dites oïdium ne sont qu’un mode particulier de fructitica- ( ) A, Extrémité fertile (1 un filament portant un gros sporange ss (200/1). — B, Zoosporango qui s est isole et dont le contenu se divise ; s, /.oospores qu'il renferme. — C, Zoosporange zs se vidant de ses zoos- pores s. — D, Zoospore adulte ; (500/1 pour BCD). Arnobi.d, Hygiène. 2e édit. Fig. G8. — Peronospora in/'eslans, d’après de Bary (*). générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 433 la paroi des cellules que dans les parties jeunes et tendres. Une prophylaxie analogue est applicable au peronospora de la u vigne.En outre on le traite parles désinfectants. C. Les Mucorinées comprennent des variétés importantes et tellement répandues que cette appellation est parfois employée comme l’é- quivalent de moisissures. Ce sont des touffes blanches, grises ou brunes, qui se dévelop- pent h l’air, sur les matières putrides : Mucor mucedo (tig. 09,1), sur les substances riches en azote : M. racemosus, sur les substances ri- ches en matière hydrocarbonée; M. stoloni- fer, dit aussi Rhizopusnigricans ou Ascophora nigricans, qui serait pour beaucoup, suivant G. Colin, dans les em- poisonnements dus au pain moisi, etc. On a pu transformer Mucor racemosus en levûre en le cultivant dans une liqueur saturée d’acide carbonique; cette levûre «■- (sphérique) a le pouvoir de dédoubler le sucre en acide carbonique et en al- cool. Lichtheim (1882) a „ cru reconnaître des varié- tés de mucor pathogènes et aptes à se développer dans le corps d’animaux vivants. Mucor corymbifer 28 tion (par conidies) : oïdium Tuckeri, de la maladie de la vigne; oïdium lactis, très commun, sur le lait, le pain, le fumier, identifié par Grawitz aux champignons du favus (Achorion Sc/iœnleinii), de l’herpès tonsurant (Trichophyton 'tonsurans), du pyliriasis versicolor (Microsporon furfur); à tort pi obablement, car cet oïdium lactis se développe au mieux entre 19° et 33°, et mal à la température du corps, ainsi que le fait remarquer Flügge. D'ailleurs Grawitz lui-même a reconnu que Yachorion, le trichophyton et 1 oïdium lactis sont trois êtres distincts, après les expériences de vérifica- tion de Duclaux et celles de Yérujski, desquelles il résulte que les formes de souffrance des deux premiers, qui ont illusionné Grawitz, sont dues à la pauvreté du terrain nourricier que leur offre la peau humaine. Le tricho- phyton, cultivé dans l’eau de malt, et l’achorion, dans l’eau de touraillons, prennent des formes de végétation tout à fait caractéristiques. 11 y aurait probablement lieu de contester aussi l’assimilation des champignons de la teigne des poules cl du favus de la souris, étudiés le premier par Schülz, le second par Nicolaier, soit entre eux, soit à oïdium. Il y aurait lieu, paraît-il, de distinguer Eurotium d’Aspergillus. Gepen- dant, il y a deux espèces du premier genre que l’on appelle Eurotium Aspergillus glaucus et E. repens. D’autres seraient les vrais Aspergillus clavatus, flavus, fumigatus, tiiger, albus, etc. Aspergillus glaucus (fig. 70) est une des moisissures du pain. Lombroso a assigné un rôle important à Eurotium dans l’altération pellagrozéique du maïs. Dans ces derniers temps, les variétés d’Aspergillus ont attiré l’attention par ce fait que quelques-unes d’entre elles ont le pouvoir de se développer dans l’économie animale. Après l’injection d’une grande quantité de spores dans le torrent circulatoire, il se développe un mycélium abondant en divers organes et les animaux en expérience succombent à une mycose du rein, du cœur, du foie (Grawitz et Koch). Les spores d’Aspergillus peuvent être transplantées sur la cornée (Leber). Toutefois les expériences ne réussissent pas avec Aspergillus glaucus, non plus que niger; au contraire, comme la montré Licbtheim, A. fumigatus (fig. 71) et flavescens provoquent toujours la mycose. Grawitz prétend que l’infection ne réussit qu’autant que le champignon a été cultivé et accommodé peu à peu dans un milieu nourricier alcalin liquide et à la température du corps. Mais Koch, Lichtheim, Leber, font remarquer qu’A. glaucus réussit difficilement sous de basses températures et prospère au mieux entre 38 et 40 degrés. C’est pourquoi, à une basse température, des espèces différentes (pénicillium) prennent le dessus et déterminent l’inactivité des cultures faites à froid, sans précautions particulières. A une température plus élevée, Aspergillus réussit et, de sa culture résulte un élément capable d’infection, que le milieu ait été liquide ou solide, acide ou non. Kaufmann, à Lyon (1882), assure avoir produit l’infection sur des lapins avec A. glaucus non adapté. Ce champignon est assez fréquemment observé dans le conduit auditif externe, mais seulement dans les cas de lésion, telle que la perforation du tympan, avec sécrétion abondante de cérumen. On connaît, depuis A. C. Mayer (1815), une my- cose pulmonaire des oiseaux, revue par Virchow (1856), par Stieda (1866), par Bollinger et d’autres, qui serait due, le plus souvent, à Aspergillus glaucus, selon Harz, quelquefois à Mucor racemo- sus ou conoideus. Il est plus probable qu’il s’agissait d’A. fumigatus. Ln 1870, Grohe et son élève Block annoncèrent avoir réussi, en injectant des spores de Pénicillium et Cl Eurotium dans le système circulatoire de lapins et de chiens, à développer une mycosis ge- \ ne r a lis acutissima. En 1864, Leplat et Jaillard n’avaient rien obtenu avec Pénicillium et, depuis Grohe et Block, les expérimentateurs, y compris ! Grawitz, n’ont pas réussi davantage. En revanche, Schiitz a aisément déler- imine une pneumonie mortelle chez de petits oiseaux exposés pendant ! quelques minutes à un air dans lequel avait été pulvérisé de V Aspergillus \ fumigatus. Fig. 71. —Aspergillus fumi- gatus (d’après Liobeumann). Aspergillus glaucus, Oïdium luctis, Mucov mucedo Gt Mucov racemosus seraient les moisissures les plus répandues, si Pénicillium glaucum (fig. 70, C, D) n’existait pas. Il est assez curieux que les savants, Brefeld en parti- culier, aient rapproché cette moisissure, qui croît partout, de la truffe [luber cibarium). E. Dans le groupe des pyrènomy cèles, on range Clavicepspurpurea (ergot), qui se développe sur les fleurs de seigle et aussi, moins souvent, sur l’orge et le froment; Cordyceps et Isaria, que l’on trouve sur les larves et les chenilles mortes des papillons ; Laboulbenia muscæ, très intéressante par la façon dont elle se propage; les mouches se transmettent ce parasite dans l’acte de la copulation, aussi la femelle le porte-t-elle sur le dos et la tête, le mâle le long des pattes. Le porteur ne paraît, du reste, pas en être in- commodé. Flügge y rattache Botrytis, dont la variété grisea (fig. 69, 2) est une des moisissures du pain et dont une autre, B. Bassiana, a été reconnue par Bassi, en 1835, puis par Vittadini (1852), de Bary (1867), pour être la cause de la muscardine des vers à soie. Elle n’a pas été importée des pays originaires avec le ver à soie; l’espèce existe en Europe. F. Au groupe des Basidiosporées appartiennent Uredo, Puccinia graminis, rouille des blés, Aecidium berberidis, qui sont une seule et même famille; les hyménomycèles, grands champignons à chapeau, Agarics, Bolets, etc., comestibles ou non, y compris Merulius lacrymans, qui ronge les bois des maisons humides; les gastéromycèles, parasites, quelques-uns comestibles, d’autres vénéneux. Actinomycète. — On n’est pas bien tixé sur la nature du parasite de la maladie décrite sous le nom d'actinomycose, par Bollinger et par Ponfîck, et qui consiste en une tumeur de la mâchoire, chez le bœuf le plus ordi- nairement, mais quelquefois chez l'homme. Le nom de ce végétal lui vient de son aspect radié. Harz, Johne et Israël l’ont cultivé sans succès; mais Bostrôm, en choisisssant pour ses cultures les filaments du centre, serait arrivé à reproduire les prolongements ou rayons de l’actinomycète. Le parasite en question doit probablement être classé parmi les Algues, dans le genre Cladothrix (Flügge). IL Myxomycètes. — Ces champignons n’ont point de mycélium; ils sont constitués, à l’état jeune, par un corps protoplasmique nu, de nature mu- queuse, que l’on nomme plasmodie. Des plasmodies s’élèvent des sporanges où se forment des spores. Celles-ci donnent naissance à des zoospores mobiles, munies d’un cil vibratil. Sous le nom de monades, d'amibes, les myxomycètes et leurs zoospores jouent probablement un assez grand rôle dans le parasitisme végétal ou animal. Mais il ne semble pas que les idées soient très fixées à cet égard. Fliigge cite Plasmodiophora bvassicæ, qui vit dans la racine des crucifères, et Haplococcus reticulatus, que l’on a ren- contré dans les muscles du porc. III. Saccharomycèten. Levures. — Les levûres ont pour caractéristique de se reproduire par bourgeonnement de la cellule-mère ou gemmation. Elles ont le pouvoir de déterminer une décomposition spéciale et profonde ' de leur milieu nourricier, que l’on appelle fermentation. On en rappioche, sous le nom de mycodermes, des végétaux également cellulaires, se repro- duisant par gemmation, mais qui ne font pas fermenter les monts suciés (Duclaux) et forment des pellicules ;\ la surface de certains liquides, et, sous le nom de torulacées, d’autres végétaux qui vivent dans la profondeur des liquides sucrés sans produire d’alcool. Parmi les Champignons dont il a été question dans 1 article Ier, un cei tain nombre poussent des bourgeons, comme les levûrcs, lorsqu ils sont places dans certains liquides nourriciers. Bail, Berkeley, Hoffmann, Bonorden et surtout H allier ont profité de ces faits pour identifier les levures à quelques mucorinées. Le polymorphisme des Champi- gnons est encore insuffisamment connu ; mais les vues de ces auteurs ne reposent pas sur des bases très solides. A l’aide de cultures spéciales, dans un mi- lieu nourricier pauvre, on peut inversement amener les levûres et mycodernes à se repro- duire par segmentation du protoplasme et par spores. Saccharomyces cerevisiae. — La levûre de bière est dite de fermentation basse entre 4 et 10 degrés; elle se tient au fond de la cuve (anaérobie). Entre 14 et 18 degrés, elle est de fermentation haute, est ramenée à la surface du liquide par l’acide car- bonique et est aérobie (fig. 72). Saccharomyces cllipsoideus est le ferment principal de la fermentation du vin. Très répandu partout. S. conglomérats. S. exiguus. S. Pastorianus a été reconnu par Pasteur, dans le vin qui éprouve la fermentation alcoolique insensible. Cette levûre, que l’on trouve aussi sur les fruits acides, a reçu de Reess le nom _ qu’elle porte. Elle est ordinairement présente lorsque l’on fait fermenter du jus de cerises (Duclaux). — Mycodenna vini; fleurs du vin ; M. aceti, que Niigeli regarde comme un Schizomycète ; Saccharomyces albicans, le même qu’Oidium albicans et peut-être même, selon Reess et Grawitz, identique à Saccharomyces mycoderma ou Mycoderma vini; — Saccharo- myces glutinis, ferment rose, apparaissant sur les plaques de gélatine ex- posées à l’air. IV. Schizomycète» ou Itactéries. — Les Schizomycèles sont des végé- taux unicellulaires, sphériques ou filamenteux, vivant isolés ou réunis en colonies, quelquefois doués de mouvements très vifs. Ils se multiplient essentiellement par scissiparité; mais un certain nombre d’entre eux fournissent aussi des spores. Grâce à leur puissance de multiplication et à leur activité de nutrition, ils opèrent une altération profonde de leur milieu nourricier. Les uns produisent, à cette occasion, de la matière colorante; d autres des substances odorantes, des alcaloïdes toxiques; une assez vaste catégorie de ces êtres a le redoutable pouvoir de se mul- tiplier dans l'économie vivante et d’y provoquer des maladies. Les formes arrondies portent le nom de micrococcus. Quand les cellules sont associés deux cà deux, on les appelle diplococcus; en chapelet, streplococcus ou tonila; en amas irréguliers, staphylococcus ; en grande agglomération, réunis par une substance glulineuse, zooglée (la forme de zooglée peut aussi se rencontrer chez les bacilles). Les figures 73 et 74 représentent le type isolé et l’association zoogléique. Les cellules allongées s’appelent bactéries ou bacilles. Naguère, était bactérie toute cellule plus longue que large ; si la longueur dépassait trois fois la largeur, Fig. 73. — Micrococcus. Fig. 74. — Micrococcus à l'état Fig. 75. — Bactérie commune. de Zoogloea, elle devenait bacille. D’autre part, on se servait volontiers du mot bactérie comme d’un terme générique ; de même que van Tieghem dit: « les Bactériacées. » Ceci et la fragilité du motif de distinction entre bacille et bactérie devaient ruiner l’un ou l’autre des deux termes. C’est bactérie qui est sacrifié dans la nouvelle édition de Flügge (Les Microorganismes). La figure 75 se rapporte à ce type supplanté; les éléments qu’elle renferme so.nt dès maintenant des bacilles ou bâtonnets. La désignation de bactéridie, affectée par Davaine au bacille charbonneux, est tombée en désuétude. On donne le nom de clostridium aux bacilles renflés par le milieu (en fuseau). Les bacilles peuvent être assez allongés pour figurer de véri- tables filaments ; mais parfois il n’y a qu’un faux filament, produit par le rapprochement bout à bout, dans le sens longi- tudinal, de plusieurs ba- cilles ; c’est ce que l’on qualifie de leptotlirix. Les bacilles infléchis prennent le nom de vi- brions. Les inflexions en spirale leur valent le litre de spirilles ou spirochæte (fig. 76, 77). es expressions de sphé- robactéries (microcoques), microbactéries (bactéries), desmobactèries (bacilles), proposées par Colin, n ont point prévalu. Le plus ou moins de richesse du milieu nourricier peut modifier ces formes, dites de développement. La pauvreté du milieu et la sénilité des organismes amène les formes d'involution, souvent difficiles à reconnaître et à interpréter. Les spores sont les formes durables ou permanentes. 'ton Fig. 70. — Groupe de Vibrio serpens. Quelques espèces, bacilles ou spirilles, sont munies d’un filament ciliaire (flagcl- lum), visible à l’aide des réactifs colorés ou que l’on soupçonne au tourbillon qui se produit dans le liquide où nage le schizomycète. Toutes ces cellules ont un protoplasme, généralement incolore, et une membrane d’enveloppe. Le mouvement, quand il existe, n’est qu’une trémulation sans déplace- ment sensible, chez les microcoques. Il consiste en une rotation autour du grand axe, ou bien dans des alternances de courbure et d’extension chez les autres schizomycètes. La cause des mouvements ne peut être que dans les contractions du protoplasme et dans les oscillations du flagellum réel ou supposé. Le déplacement se fait dans le sens du grand axe, en avant ou en arrière, tantôt lent et hésitant, tantôt si rapide que tout le champ visuel passe en un instant sous l’œil de l’observateur. La multiplication des Schizomycètes se fait principalement par division, mais aussi par sporulation. La division se fait presque toujours dans un seul sens (bacilles); chez les sarcines, elle a lieu dans deux sens perpendi- culaires l’un à l’autre, ce qui fait que la cellule est toujours divisée en quatre. La séparation des êtres nouveaux est très rapide; en admettant qu’un schizomycète mette une heure à se sectionner (c’est beaucoup), un seul individu aura produit 16 millions d’autres individus en vingt-quatre heures, et des milliards le lendemain. La sporulation a lieu, presque tou- jours, après allongement du bâtonnet; on aperçoit d’abord des sortes de noyaux dans le corps du bacille; puis ces noyaux deviennent des spores ovoïdes, à contour obscur, très réfringentes; enfin, les filaments se dissol- vent et mettent les spores en liberté. D’autres fois, les bacilles s’épaissis- sent par le milieu (en fuseau), ou à une extrémité (en têtard), et c’est dans le renflement qu’apparaît la spore. On ne connaît jusqu’à présent de spores qu’aux bacilles. Les spores germent d’ordinaire dans un milieu différent de celui où elles se sont formées, et suivant un mode bien étudié par Koch, Praz- mowski et Brefekl. Dans tous les cas, que la multiplication ait lieu par sectionnement ou par sporulation, les cellules-filles restent unies pendant un certain temps par une substance intercellulaire gélatineuse (zooglées, essaims). Ce qui fait qu’étant absolument microscopiques, on peut reconnaître les bactériens à 1 œil nu, au trouble diffus, ouauxnuages qu’ils déterminentdansles liquides, aux pellicules qu’ils forment à la surface, aux flocons nageant dans la masse, ou encore au précipité pulvérulent qui s’abat au fond du vase lors- que le milieu nourricier est épuisé. En terrain nourricier solide, comme sur la gélatine des plaques de Koch, les générations de schizomycètes apparaissent à 1 état de petits amas secs, de gouttes muqueuses diversement colorées et transparentes ; ou bien, ils fluidifient la substance qui les sup- porte et y creusent des dépressions. Ce sont les colonies (fig. 78). L’importance des spores, en pathologie infectieuse, est capitale. Ce sont les formes permanentes des Schizomycètes, qui apparaissent dès que le milieu est compromettant pour l’existence du microbe parfait, peu- vent se passer de nourriture et résistent aux agents de des- truction les plus énergiques, jusqu’à ce que le hasard les ramène dans un milieu fa- vorable où elles germent. On a essayé plusieurs classifica- tions des schizomycètes. Celle de Flügge, basée sur la morphologie, eslcommode pour les détails dans lesquels nous devons entrer. Elle nous suffit. Dans ce système, il y a quatre grandes divisions, savoir : 1° les micrococjues; 2° les bacilles; 3° les spirilles; 4° les bactéries dans le développement desquelles on trouve des formes de croissance variées. Dans chaque ordre, il peut y avoir des microorganismes pathogènes pour l’homme, d’autres pathogènes pour les animaux; d’autres qui n’accomplissent qu’une œuvre de décomposition banale (Saprophytes), en produisant ou non une matière colorante (Chromogènes); d’autres, enfin, dont on ignore le rôle. Nous ne croyons pas devoir aller plus loin, dans un ouvrage du genre de celui- ci, et nous renvoyons, pour des classifications plus scientifiques, aux travaux spéciaux, de Cohn, de van Tieghem, de Rahenhorst, de Flügge, etc. A. MICROCOQUES. 1° 11 icrocoqucs pathogènes pour l’homme. — Dans tOlltOS les espèces de pus, on trouve des microcoques; il est même certain que l’on ne peut faire suppurer un point quelconque du corps d’un, animal, s’il n’intervient des microorganismes. Le plus commun des microcoques du pus est Staphylococcus pyogenes aureus, appelé d’abord par Pasteur micrococcus de /’ostéomyélite, signalé par Ogston et cultivé ensuite par Rosenbach, Passet, Krause. Ses colonies ont une coloration jaune et liquéfient la gélatine; elles sont très résistan- tes. En injections sous-cutanées aux animaux, elles déterminent des abcès et parfois une infection généralisée. On le trouve dans les abcès aigus, les empyèmes, les furoncles, aussi bien que dans l’ostéomyélite. Il est souvent accompagné de Staphylococcus pyogenes albus. Passet a trouvé S. citreus dans le pus d’abcès chauds. Rosenbach a rencontré seul Micrococcus pyogenes tenuis, dans le pus d’abcès fermés. Streptococcus pyo- genes, moins virulent que Staphylococcus pyogenes aureus, se présente de 40 à 50 fois p. 100 dans le pus des abcès de l'homme. Flügge signale un Streptococcus pyogenes malignus, qui rentre peut-être dans les précédents. Garré, élève de Socin, s’est inoculé à lui-même les microbes pyogènes de culture et en a obtenu des pustules, des furoncles et un vaste anthrax. Le micrococcus du clou de Gafsa (ou de Biskra) a été isolé et cultivé (1884) par Boinet et Depéret, qui en avaient observé la transmission, au camp Fig. 78. — Colonies de différente nature sur une plaque de gélatine (d’après Flügge). de Sathonay, par des soldais revenant de Tunisie, à des hommes qui n’étaient jamais allés en Afrique ; puis, par Duclaux, qui a reconnu aussi que le microbe examiné par lui perd sa virulence dans les cultures vieillies, mais la récupère par l’ensemencement dans le bouillon de veau. Ce microcoque, comme ceux du pus, a un peu plus de 1 jx de diamètre; il est très mobile (Chantemesse) et ressemble beaucoup à Staphylococcus pyogenes aureus. A forte dose dans les veines, il tue le lapin en moins do seize heures ; le cobaye résiste mieux. Chantemesse l’a cultivé sur la pomme de terre et a inoculé, avec ses cultures, deux hommes de bonne volonté qui, tous deux, ont eu rapidement un « clou du Nil » (ou bouton de Biskra). F. Poncet signale l’accompagnement habituel du microcoque par un bacille long de 2 à 8 g.. Lemaître (de Limoges) a décrit, sous le nom de Streptococcus plicalilis, un champignon auquel il attribue la pourléche des écoliers, fissures dou- loureuses et persistantes aux commissures des lèvres. Le microcoque de Yérysipèle, déjà décrit et cultivé par Orlh et par Koch, s’appelle aujourd’hui Streptococcus erysipelalos, de Febleisen, qui l’a inoculé à l'homme. Il ressemble infiniment aux précédents et se trouve disposé en chaînettes. II. Hartmann (1887) en a confirmé la spécificité dans l’érysipèle et lui attribue la fièvre puerpérale. QErtel décrivait le champignon de la diphlhérie comme un microcoque à deux grains ou en chapelets. Il estprobable que ce n’est pas là l’organisme de cette infection. Loffler a retrouvé, dans la même maladie, des microcoques en chaînettes dont les cultures, injectées à des lapins, provoquaient la forma- tion de pus dans les articulations. D’où le nom de Streptococcus articulorum, donné à ce parasite. Il ne faut pas s’étonner que, dans les fausses mem- branes dipbthériliques, exposées au passage de l’air, il se trouve toutes sortes de microorganismes qui ne sont pour rien dans la diphlhérie même. Le microcoque de la fièvre puerpérale, de Doléris, est probablement identique h Streptococcus pyogenes (Gornil et Babes). Dans les diverses affections purulentes de l’homme et certaines septi- cémies, dans Y endocardite ulcéreuse, etc., on rencontre des microcoques qu’il est assez difficile de différencier des précédents, et qui pourraient bien se confondre avec quelqu’un d’entre eux. Le Microsporon septicum, de Klebs, Streptococcus septicus de Flügge, sont apparemment dans ce cas. Il n en est pas de même de Micrococcus gonorrheæ, démontré par Neisscr, en 1879, dans le pus gonorrhéique. C’est presque toujours un diplococcus, de l’aspect d’un biscuit, long de Op.,8 à lp.,6 et large de 0,6 à 0,8 de jx. Il siège dans le protoplasme des cellules du pus blennorhagique. Ces organismes se colorent fortement par le violet de méthyle et le dahlia, et se décolorent par la méthode de Gram (solution d’iode dans l’iodure de potassium et 1 alcool). Ils se cultivent au mieux dans le sérum sanguin et la gélatine (Leistikow et Loffler), ou le sérum seul coagulé (Bumm). Le parasite de la blennorrhagie, entrevu par Donné, avait déjà été décrit par Ilallier, Salisbury et le professeur Ch. Bouchard. Les tendances fantaisistes des deux premiers ont valu au microcoque do la blennorrhagie d’ètre englobé dans la ruine de leurs autres découvertes. Après Neisser, Spillmann (de Nancy) et ses élèves, Bokoï, Weiss, ont repris l’histoire de ce microorganisme. Enfin, il a encore été l’objet des recherches d’Elçlund, Leislikow, Petrone, Bockhardl, Sternberg, Constantin Paul, etc. 11 n’existe pas dans le pus de l’uréthrite simple, de la métrile, de la leucorrhée, des chancres quelconques. Mais Neîsser l’a trouvé dans les sécrétions de l’ophthalmie blennorrhagique ; Pétrone, dans le liquide des synovites ou des arthrites d’origine blennorrhagique; Jullieri et Heurteloup, dans la sérosité des vaginalites aiguës compliquant des arthrites blennorrhagiques. Petrone l’a décou- vert dans le sang des blennorrhagiques atteints d’arthrite; Martin (de Vevay), dans les infarctus suppurés, viscéraux et musculaires, dans un cas d’infection pu- rulente liée à une blennorrhagie. Leistikow n’a pas réussi ses inoculations tentées sur des animaux avec des liquides de culture; mais Bokoï, Bockhardt, Constantin Paul, par des inoculations à l’homme ou des injections dans l’urèthre de quelques gouttes de liquide de cul- ture, ont reproduit la blennorrhagie. Môme avec des microccocci de la septième génération, la blennorrhagie a éclaté au septième jour (C. Paul.) Ces faits importants expliquent les symptômes généraux de la blennorrhagie, justifient la médication antiseptique et ruinent la théorie de Ricord et Fournier (recette pour attraper la chaude-pisse). Frânkel signale, clans la sécrétion d’un grand nombre de vaginites, un microcoque, Micrococcus subflavus, voisin du précédent. Les microcoques de la variole, de la vaccine, de la rougeole, de la scar- latine, de la grippe, de la méningite cérébro-spinale, de la fièvre jaune, etc., sont encore douteux. Celui de la méningite cérébro-spinale a été assimilé au pneumocoque de Friedlânder (Leyden, Netter), qui est un bacille. Le cryptococcus xanthogcnicus (fièvre jaune) de D. Freire n’a pas enlevé les suffrages des savants. En Angleterre, Power et Klein, à l’occasion d’une épidémie de scarla- tine, attribuée au lait, à qui nos voisins imputent tant de malheurs, annoncèrent avoir reconnu des ulcères sur les tétines des vaches qui avaient fourni ce lait et, dans la sécrétion de ces ulcères, un streptococcus iden- tique avec le micrococcus scarlalinse. Cette sécrétion était d ailleurs inocu- lable aux veaux. Vérification faite, Crookshank et Brown ont pu se convaincre que ces ulcères sur la tétine des vaches ne sont autre chose que le cow-pox spontané, qui prend effectivement la forme ulcéreuse bien plus que la pustulation du cow-pox transmis (Layet). On parle peu des microcoques des oreillons, entrevus par Capitan, Charrin, Boinet. 2° ïlicrocoques pathogènes pour les animaux. Deux des plus intéres sants et des plus anciennement connus sont les parasites qui déterminent chez les vers à soie la flacherie et la pébrine. Streptococcus bombycis(Micrococcus bombycis de Cohn, Microzyma bombycis de Béchamp) est constitué par des cellules ovales d’au plus i g.,5 de dia- mètre dans le sens de la longueur, isolées par couples, ou en chaînettes. Il n’atteint pas d’abord le ver ni l’œuf, mais la feuille du mûrier dont l’insecte fait sa nourriture; il détermine une fermentation dans les \oies digestives du ver, qui perd l’appétit, devient flasque et meurt; son cadavre est mou (morts-flats, morts-blancs). Le microcoque ne passe dans le sang qu’au moment de la mort ou peu après (Pasteur et Raulin). Bien que les germes existent toujours sur la feuille de mûrier, la flachene ne règne pas constamment; il faut une prédisposition du ver, qui paraît être créée par l’encombrement, de même que la propagation de la fièvre typhoïde chez l’homme est favorisée pour la vie en commun condensée. La feuille qui remplit le canal digestif du ver mort-flat a été trouvée, par Pas- teur, envahie par les mêmes organismes que ceux qui se développent lorsque, après avoir broyé une feuille, on la met à fermenter dans un vase de verre. On reproduit la maladie, soit en faisant manger à des vers sains des feuilles sur les- quelles on a répandu de la matière intestinale ou des déjections des vers malades; soit en inoculant par piqûre de la peau ces mêmes matières, ou encore les micro- coques obtenus par fermentation artificielle des feuilles, recueillis dans les pous- sières de magnanerie; soit même en les introduisant par l’anus ; soit enfin en enduisant de microcoques le derrière des papillons mâles, ou simplement la coque de l’œuf dont le jeune ver absorbe toujours une portion, au moment de sortir. Les vers inoculés périssent en deux ou trois jours; infectés par nutrition, ils ne meurent qu’entre six et quinze jours. Pasteur a montré que, sans supprimer la flacherie, on peut la réduire à des proportions insignifiantes par l’hygiène des magnaneries et surtout la venti- lation, la réduction du nombre des vers dans la même chambrée, leur séparation en compartiments séparés pour qu’ils ne s’empoisonnent pas à l'aide des déjec- tions les uns des autres; enfin, par le choix des graines. En effet, les vers ne meurent pas toujours de la flacherie; ceux qui survivent filent leur cocon et pon- dent des œufs; mais les vers nés de ces œufs apportent une disposition hérédi- taire à contracter la flacherie par une susceptibilité particulière des voies diges- tives. C’est comme les enfants des tuberculeux qui ne naissent pas tuberculeux, mais sont frappés héréditairement d’une remarquable aptitude à le devenir. Nous avons insisté un peu sur l’histoire de ce parasite et de cette épizootie, qui nous paraissent très instructifs pour l’épidémiologie humaine. Nosema bombyeis (micrococcus ovatus, panhystophyton ovalum) cause la pébrine ou gatline ou maladie des corpuscules. Ce sont des cellules bril- lantes, ovales, de 2 p. de large sur 3 à 4 p. de long, le plus souvent isolées, quelquefois par paires ou en amas. Elles ont été complètement observées pour la première fois par Guérin-Menneville ; mais Cornalia avait entrevu leur importance; Osimo les avait démontrées dans les œufs, et Yittadini avait enseigné à examiner la « graine » au microscope. Lebert, Frey, Niigeli, Pasteur, ont repris cette étude et établi le rapport des corpuscules avec la pébrine, contre Filippi, qui les regarde comme un fait normal, et contre Quatrefages, qui met en cause les taches noires sur la peau des vers, dont cette maladie s’accompagne. Les parasites de la pébrine passent dans les œufs ; mais, comme les vers nés des œufs corpusculeux meurent de bonne heure, la maladie s’éteindrail bientôt, si elle n était entretenue par la transmission du parasite des vers malades aux vers sains, soit par véhiculation aérienne (Bollinger), soit à la faveur des inoculations de matièreexcrémentitielle que les vers se font entre eux, au moyen des crochets acérés qui terminent leurs pattes. Pasteur a indiqué le moyen do faire disparaître la pébrine qui, en effet, se fait aujourd hui assez laie. L est le g) ciinagc cellulaire, c est—à-dirc la séparation com- plète des couples de papillons qui doivent fournir les œufs. Après la ponte, on examine ces papillons au microscope; toutes les fois qu’un couple est reconnu entaché de corpuscules, on anéanlit les graines qu’il a produites. Nous ne saurions encore, ici, tenir compte de l’opinion de Balbiani, qui rattache les corpuscules aux Sporozoaires, ni de celle de L. Pfeiffer, qui en fait des grêgarines. Micrococcus de la nécrose progressive de la souris, M. de l'abcès progressif du lapin, M. de la pyémie du lapin, M. de la septicémie du lapin, ont été déterminés par R. Koch. Le Streplococcus de Charrin pourrait se confondre avec l’un d’eux. Micrococcus letragenus, décrit par Gaffky, se rencontre dans les cavernes tuberculeuses. C’est un microcoque d’un g de diamètre, qui se divise en quatre éléments. Il tue les souris blanches par inoculation de la moindre quantité de ses cultures. Les lapins et les chiens le supportent. Les microcoques du typhus bovin et de la péripneumonie contagieuse du gros bétail sont encore douteux. Le parasite du rouget des porcs est un microcoque pour Pasteur et Thuillier, un bacille pour Klein, Schütz et Schottelius. Nous allons le retrouver bientôt. 3° iiicrocoques saprophytes. — Micrococcus urese, en diplocoques ou en chaînettes, provoque la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque dans l’urine (Pasteur et Van Tiegbem); mais n’est pas le seul organisme qui produise cet effet (Leube, Flügge). Il en existe, en particulier, un autre, qui liquéfie la gélatine ; micococcus ureæ liquefaciens. D’après les recher- ches de Musculus, le ferment dè l’urée peut être séparé du microbe, qui ne serait alors que le producteur d’un ferment soluble. Leuconosloc mesenterioides, microcoques en chaînettes, entourés d’une épaisse couche gélatineuse, transforme le sucre de canne en dextrose. Micrococcus viscosus cause la fermentation glaireuse du vin (vin filant). Le tannin, d’après François (de Châlons) prévient cette maladie (Duclaux). Micrococjues de la putréfaction, variés et de différentes grandeurs. Micrococcus versicolor, très fréquent, cbromogène. Les colonies superficiel- les fournissent un enduit muqueux, brillant, jaune-verdâtre, à reflets nacrés. Sarcina lulea, fréquente dans l’air, remarquable par le sectionnement en quatre de la cellule-mère. Les cellules-filles restant accolées, la masse ressemble à un paquet ficelé. Sarcina ventriculi, commune dans les estomacs dilatés, où s’accomplis- sent des fermentations. Micrococcus cereus albus, trouvé dans le pus (Passet), quoiqu’il ne paraisse pas être pyogène. Et une foule d’autres, moins intéressants ou moins bien déterminés. B. BACILLES. 1° Vacille»pathogènes pour l’homme. — Le nombre commence a en être important. Ce sont essentiellement les bacilles qui représentent les agents des infections générales. Nous commençons, avec Flügge, par le plus anciennement et le mieux connu. Bacillusanlhracis (Bactéridie de Davaine, Bacille du charbon). Bâtonnets de 1 [a à l (a,25 de large sur 5 à 20 u. de long, se sectionnant après avoir acquis environ le double de leur longueur primitive (lig. 79). Quelques bacilles ont une cloison transversale dans leur milieu ; d’autres sont coudés en ce point ou suspendus l’un à l’autre; il y a parfois comme des chaî- nettes de bacilles articulés et présentant un renflement à leur extrémité, au point d’articulation. Les bacilles charbonneux sont toujours immobiles et aérobies. Sur un terrain nourricier approprié et à la température d’environ 36°, il s’accrois- sent jusqu’à atteindre cent fois leur longueur originelle et produisent des spores ovalaires, pendant qu’eux-mêmes disparaissent peu à peu (flg. 80). Cet organisme se cultive sur la pomme de terre, la gélatine, les graines amylacées, les racines succulentes, l’urine alcaline, l’infusion de foin neu- tralisée. Il réussit au mieux dans le sang des animaux vivants, chez qui il provoque une affection locale (pustule maligne) ou générale, celte sorte de septicémie que l’on nomme le sang-de-rale (.Milzbrand). Les animaux les plus divers sont accessibles à ce virus aussi bien que les moutons et les bœufs, chez qui le charbon s’observe spontané- ment. Les moulons algériens, toutefois, sont relativement réfractaires (Chauveau, 1880) et les oiseaux, dont la température est de 42°, résistent à l’inoculation, à moins d’être artificiellement refroidis (Pasteur, 1878). Toutefois, les moineaux et quelque autres sont inoculables sans prépara- tion (Koch). Les rais blancs, les chiens, les grenouilles, possèdent l’immu- nité, complète ou relative. Gibier donne le charbon à la grenouille, en l’échauffant. C’est dans le sang que s’accumulent les bacilles charbon- neux chez les animaux inoculés. Dans le corps de l’animal vivant, les bacilles ne se multiplient que par sectionnement transversal et ne forment pas de spores. Celles-ci n’appa- G 50 Fig. 79. — Bacillus anlhracis dans le sang (d’après Koch). Fig. 80. — Le même après vingt-quatre heures de culture. Laissent que dans une matière de culture inanimée et d’ailleurs sous cer- taines conditions parmi lesquelles la température joue le principal rôle. La limite supérieure est vers 43° ; la limite inférieure entre 12 et 18°. Au-des- sous de 12°, la végétation par spores ni par filaments ne paraît plus avoir lieu. Donc, dans les pays où il existe une couche de sol, à la profondeur de quelques mètres, dont la température est constante et aux environs de 10°, ainsi qu’il arrive dans nos climats tempérés, si l’on enterre les animaux charbonneux à une profondeur convenable, il ne s’engendre pas de spores, et les bacilles meurent sans passer à la forme durable. Malheu- reusement, il est fort rare que l’on prenne la précaution d’enfouir les cadavres charbonneux jusqu’à cette couche de sol constamment au-dessous de 12°. Les bacilles de ces cadavres trouvent, dans les couches superficielles du sol, déjà peut-être arrosées de sanie charbonneuse, la température et toutes les conditions nécessaires à la sporulation. Ils s’y conservent, par suite, et s’y multiplient, comme Pasteur l’a constaté, ce que reconnaît Koch lui-même, en expliquant comme il suit la conservation des bacilles charbonneux : « Les germes répandus, çà et là, de longue date, au bord des cours d’eau, dans les contrées marécageuses, peuvent se développer sur une substance nourricière végétale qui leur convienne et produire de nouvelles spores. Celles-ci sont dispersées par les inondations sur les pâturages et se retrouvent dans le fourrage. Ce qui explique la fréquence prédominante de l’infection par la voie intestinale. » On ne comprend donc pas que Koch et Flügge opposent à la théorie du transport des spores charbonneuses par les vers de terre, de Pasteur, l’impossibilité (pour raison de température) de la formation de ces spores. Et l’on conçoit que l’immunité charbonneuse des Savarts de la Champagne, où il n’y a que 13 à 20 centimètres de terre végétale sur la craie, puisse être attribuée par Pasteur à l’absence de vers dans cette couche crayeuse. Nous avons cité précédemment (page 87) les expériences peu probantes de Schrakamp et de Soyka sur la multiplication des bacilles charbonneux dans le sol. Eu 1880, Poincaré (de Nancy) reconnut, dans un liquide marécageux, rapporté d’un pré sur lequel avait pâturé un troupeau de bœufs atteint du charbon (19 vic- times en 3 semaines), des « bactéridies » semblables à celles que renfermait le sang de ces animaux. On observe quelquefois le charbon, dans le département du Nord, sur les bœufs qui mangent l’herbe des prairies exposées aux débor- dements de l’Espierre, chargé des eaux de désuintage des laines; le vétérinaire Pollet n’hésite pas à voir une relation entre cet arrosage et les accidents char- bonneux. Kitt estime que les excréments des hêtes à cornes offrent un milieu nour- ricier aux bacilles, dans les régions infestées (Flügge). Les spores charbonneuses ont une remarquable puissance de con- servation. Les bacilles charbonneux ont été l’objet de tentatives heureuses d'af- ténualion, soit au moyen de la chaleur (Toussaint), soit par l’action de l’oxygène de l’air (Pasteur). Ces virus atténués ont permis une gradation dans l’application de la méthode vaccinale aux moutons et aux bovidés. Ces faits intéressants seront l’objet de considérations ultérieures, à un point de vue général. On y joindra les réflexions qu’inspirent les assertions de H. Buchner relativement à la malléabilité biologique de Bacillus anthracis et à la possibilité de sa transformation en B. sublilis. Vibrion septique (Pasteur). — C’est le môme organisme que Koch appelle Bacillus œdematis maligni, parce qu’en effet, son inoculation est le point de départ d’un œdème du tissu cellulaire sous-cutané, qui s’étend et aboutit à la mort. Mais, en français, le titre d'œdème malin s’appliquant déjà à une affection charbonneuse, nous sommes obligé de maintenir l’appellation première; à moins que pour concilier tout le monde, on ne consente à donner à ce microbe le nom de Bacille de la gangrène gazeuse, qui lui appartient également et qui ne fera aucune difüculté pour le chi- rurgien (Ch. Bouchard, Chauveau, Arloing, Brieger). Le vibrion septique (flg. 81) ressemble beaucoup au bacille du charbon, Il est seulement quelquefois mobile, en filaments plus longs, et les éléments ba- cillaires se renflent en têtards pour la production des spores. Surtout il est anaérobie et, par suite, difficile à cultiver, à moins qu’on ne l’inocule profondément dans le milieu solide. La température qui lui est la plus favorable est de 18 à 20°. Les bacilles en question sont très répandus et se présentent dans pres- que toutes les substances en putréfaction; ils peptonisent très énergique- ment l’albumine et jouent probablement un très grand rôle comme sa- prophytes. La poussière de foin, la terre de jardin les renferment. Néanmoins ils ont des propriétés pathogènes redoutables, en inoculation aux animaux, comme il a été dit au début. Chez l’homme, ils pénètrent quelquefois par une plaie, par exemple dans le cas d’une fracture avec issue des fragments qui a été souillée de terre ou d’une autre substance renfermant les germes septiques. Bacillus typhi abdominalis, bacille typhique. — Soupçonné par Reckling- hausen et plus ou moins reconnu par Klebs et ses élèves, il a été décou- vert par Eberth, de Zurich, qui, le premier, mit en évidence sa spécificité. Depuis lors, Koch, Meyer, Gaffky, Artaud, Chantemesse et Widal, ont con- gazeuse. firmé ou complété sa morphologie et l’histoire de ses propriétés biologiques Enfin, de nombreux savants, A. Pfeiffer, C. Seitz, E. Frankel et M. Simmonds, W. Sirotinin, Beumer et Peiper, ont éclairé divers points importants do jj ses rapports avec le typhus addominal. C est un bacille peu caractérisé (flg. 82), de 2 à 3 p. de long sur 1 de large, mais capable de s’al- longer davantage et de s’épaissir dans les cultures. Par suite d’une dégénérescence partielle (Chante- messe et Widal), le bâtonnet présente assez souvent un espace clair sur une partie de sa longueur ; c’est ce qu’on appelle vacuole. Il prend mal les couleurs d’aniline, est doué de mouvements très vifs Fig. 82. — Bacille typhique et ses spores. et ne liquéfie pas la gélatine. Il est aérobie, mais facultativement anaérobie et se cultive bien dans le vide. La plupart des milieux organiques se prêtent à sa culture ; celle que l’on fp.it sur la pomme de terre passe pour caractéréristique. « Il y prospère et se multiplie, mais sans culture apparente à l’œil nu; à peine aperçoit-on au bout de quelques jours, sur la strie d’inoculation, une traînée humide, et souvent la tranche de pomme de terre doit être examinée sous un certain angle d’incidence pour que l’on puisse déceler la présence d’une culture. Lorsque la pomme de terre est très humide, on distingue sur sa tranche, au point d’ense- mencement, une légère boursouflure dont l’aspect rappelle assez bien la surface glacée de certains gâteaux. Cette apparence est parfois si légère qu’elle peut passer inaperçue pour un œil inexpérimenté » Comme on voit, ces caractères si vantés sont surtout négatifs. Les colonies sur la gélatine apparaissent au troisième jour; au bout de cinq à six jours, elles ont la taille d’une lentille, sont d’un aspect .nacré, transpa- rentes ; leur contour est déchiqueté; la surface, vue à la loupe, est tour- mentée, coupée par des sillons; on dirait une montagne de glace en miniature. Toutefois « cette forme est loin d’être constante ; la culture du bacille typhique sur gélatine est essentiellement polymorphe. » (Chan- temesse etWidal.) La sporulation se fait par l’apparition d’une spore terminale à l’une des extrémités du bâtonnet (Gaffky) ; la température de 34 à 40 degrés est la plus favorable. Ces spores sont incolores et ne prennent pas les couleurs d’aniline. Elles sont très résistantes, particulièrement à la dessiccation. Selon Chantemesse et Widal, la température la plus favorable à la culture du bacille typhique est entre 23 et 33 degrés ; à 46° le développe- ment s’arrête ; au dessous de 23°, il diminue, mais n’est pas encore arrêté à 3 degrés (Seitz). Sa résistance au froid est très grande. Sur le cadavre, on le rencontre dans l’épaisseur de la muqueuse intes-" tinale, des plaques de Peyer, dans les ganglions mésentériques, la rate, le foie, les reins et d’autres organes. On ne le trouve pas (Eberlh) sur les cadavres d’individus qui ont succombé à une autre maladie que la fièvre typhoïde. Il a été longtemps difficile de le démontrer dans le contenu de l'in- testin et dans les selles des typhoïsants. C’est à Pfeiffer, de Wiesbaden, qu’on doit la première constatation de ce genre. Sur le vivant, Neuhaus assure l’avoir obtenu des taches rosées, mais il est généralement admis qu’il ne reste pas dans le sang périphérique. C’est par ponction de la rate que les bactériologues vont le chercher (Nous ne recommandons pas cette méthode). Nous avons vu antérieurement qu’il est très difficile de remarquer les bacilles typhiques dans les milieux, même dans l’eau (page 198). Nous serions plutôt inquiet de la fréquence des succès obtenus dans cette re- cherche sur quelques points. D’ailleurs nous sommes très antipathique à l’opinion d’après laquelle un milieu ou l’autre serait le véhicule exclusif ou prédominant du bacille typhogène. Flügge estime avec raison que les aliments sonl aussi bien appropriés il ce rôle que l’eau de boisson. « Les voies de propagation des germes, dit-il, depuis les déjections jusqu’aux aliments, sont extraordinairement nombreuses. Elles semblent tantôt dues au hasard ; tantôt, elles donnent l’illusion d’une conformité à certaines lois. Donnons seulement comme exemple le fait que les déjections qui renferment des spores arrivent, en dernière analyse, sur les terrains con- sacrés à la culture, jardins, campagnes, champs d’irrigation et de là, les •spores non altérées sont transportées dans les habitations par les produits de la terre, l’homme, etc. Elles peuvent alors, par suite d’innombrables manipulations, de circonstances particulières, tomber sur un milieu nutritif favorable, s’y multiplier et donner lieu à une transmission ulté- rieure de la maladie. » D’ailleurs, la fièvre typhoïde est moins fréquente à Lille, dont toutes les matières fécales sonl répandues en nature sur les champs d’alentour, qu’à Paris, où l’on en transforme une grande partie en sulfate d’ammoniaque. Gaffky n’a jamais pu réussir, par l’inoculation ou l’injection de cul- tures pures du bacille typhique à des animaux, même à des singes, à reproduire une maladie qui ressemblât à la lièvre typhoïde. E. Frankel et :E. Simmonds assurent avoir été plus heureux; Seitz est disposé à com- prendre leurs expériences dans le même sens. Mais W. Sirolinin, Beumer et Peiper estiment que ces auteurs n’ont produit que des accidents pareils à ceux qu’on obtient avec les bactéries banales, tout au plus une intoxica- tion (par la typhotoxine de Brieger), et jamais une véritable multiplication des bacilles spécifiques (infection). Les recherches de Widal et Chante- •messe seraient plutôt favorables à Frankel et Simmonds. Bacillus pneumoniæ, découvert par Friedlânder et Frobenius (1883), fut rangé par euxdans les microcoques [pneumococcus). Commeles éléments sonl plus longs que larges, il paraît plus exact de les désigner sous le nom de bacilles. Ces organismes (fig. 83) sont entourés, quand on les prend aux tissus animaux, d’une capsule, mais non plus quand ils proviennent de cultures ; cette capsule est une enveloppe muqueuse, que l’on rencontre aussi chez •quelques autres espèces. Ils se cultivent aisément sur la gélatine, l’agar agar, la pomme de terre. En injection dans le poumon de la souris ou en inhalation, ils reproduisent la pneumonie. Mais d’autres organismes en font autant et eux-mêmes ne se distinguent pas, morphologiquement, de beaucoup d’autres espèces. De telle sorte que le rôle pathogénique des bacilles de Friedlânder n’est pas encore nettement fixé (Dreyfus-Brisac). L’organisme en question a été reconnu par Àffanasiew, dans le laboratoire -de Cornil. Emmerich, à l’occasion des épidémies de pneumonie qui rava- gent, tous les ans, la prison d’Amberg (tlaut-Palatinal), l’obtint par les cultures de la matière déposée dans les entrevous des locaux habités et, a 1 aide de ses cultures, put provoquer des pneumonies lobaires chez des cobayes et des souris. Mais Netter (1887) a isolé les mêmes bacilles de la salive de trois personnes saines; il met en doute l’intervention du microbe •de Friedlânder dans la pneumonie et rapporte le rôle pathogénique au pneumocoque de Frânkel. Arnould, Hygiène. 2e édit. 29 Bacillus luberculosus. — A été découvert par Koch (1882), au moyen de procédés ingénieux. G’esl un bâtonnet très grêle, de 2 à 5 g, rarement 8 y, de longueur, fort semblable à celui de la lèpre. Son épaisseur est à peu près celle du bacille de la septicémie de la souris. Il est habituellement infléchi (0g. 84). Il produit des spores dans la longueur du fdament, à la façon de Bacillus Anthracis, mais Fig. 84. — Tuberculose miliaire du poumon (700 x 1). ~ © b % oVV- • 2 o a Fig. 83. — Bacille de la pneumonie ; a, culture ; b, d’exsudat avec capsule (700 x 1). de sous des dimensions restreintes. Pas de mouvements spontanés.. Les bacilles se trouvent dans tous les produits tuberculeux et spéciale- ment dans les crachats. Leur foyer normal semble être la cellule géante : c’est par la rupture de celle-ci qu’ils se dispersent sur les parois des cavernes. Koch pense qu’ils sont portés à distance par les cellules mi- gratrices. Ainsi fut confirmée par la bactériologie la démonstration de la virulence de la tuberculose, fournie par Villemin (1865). Koch a cultivé le bacille tuberculeux sur le sérum du sang coagulé ; c’est un procédé laborieux et d’une réussite difficile. Nocard et Roux ont montré que Yaddition de glycérine au sérum de Koch, à la gélose nutritrive, aux bouillons, en fait des milieux très favorables à la culture du bacille de la tuberculose. Les cultures doivent se faire à la température de 37°. On ne voit appa- raître les colonies que du dixième au quinzième jour. Elles ne liquéfient pas le sérum gélatinisé et restent superficielles. Leur aspect est celui de membrane friable et de croûtes sèches. Les bacilles de culture ont été reportés avec succès sur des animaux. D’ailleurs, malgré quelques pro- testations (Forrnad, Spina), tous les bactériologues et la plupart des cli- niciens ont revu le bacille de la tuberculose et en admettent la spécificité. En 1883, Malassez et Vignal, puis en 188o, Nocard, Eberlh, et finalement Chan- temesse (1887), ont signalé des cas de lésions tuberculeuses, dans lesquels ils n’avaient pu constater de bacilles, mais qui présentaient des microcoques en zooglécs, difficiles à colorer. Par l’inoculation, les premiers reproduisirent sur quatre géné- rations de cobayes les mêmes microcoques. En dernier lieu, les bacilles reparu- rent. De telle sorle que l’on n’est poinl fixé sur la valeur et la nature de celle tuberculose zoogléique. Les microcoques en question ne sont poinl les spores de Bacillus luberculosus ; mais ils pourraient en être un mode particulier de dévelop- peinent. A moins qu’il ne s’agisse d’une psewlo-tuberculose, comme Uiarrin et Koger(1888) en ont étudié une, « inoculable en série » aussi bien que la vraie et que la tuberculose zoogléique. Le petit bacille mobile, observé par ces deux savants, provoque la formation, dans le l'oie et la rate des cobayes, de granulations analogues à celles delà tuberculose; mais il ne se développe pas dans les milieux glycérines. Dans les observations de Chantemesse, la tuberculose zoogléique a élé obtenue par l’inoculation des poussières d’un air respiré par des phthisiques. La conquête des propriétés biologiques de l’agent pathogène de la tuberculose a amené Ivocb refaire l'étiologie et la palhogénie de cette affection. Uacillus tuberculosus ne se retrouve dans aucun point du monde extérieur, indépendant de l’organisme de l’homme ou des animaux. C’est un « parasite essentiel ». Il lui faut, pour se développer, une tempé- rature d’au moins 30°, un temps assez long, un milieu nourricier très animalisé et exempt d’autres organismes, normaux ou acclimatés, qui pourraient l’étouffer. Ce n’est que dans l’économie animale qu’il rencontre ces conditions. Cette circonstance donne peu de chances à l’espoir que l’on pourrait concevoir d’une atténuation de ce virus. D’ailleurs, il est très résistant : Fischer et Schill ne sont pas parvenus à obtenir un amoindrissement de la virulence des bacilles tuberculeux en les soumettant pendant six se- maines à l’influence de la putréfaction, ni en les abandonnant à la dessic- cation pendant cent quatre-vingt-six jours. Malgré l’énorme abondance du parasite dans les lésions tuberculeuses, il n’y a que deux formes de la tuberculose qui soient nettement aptes à le disséminer, à savoir la phthisie pulmonaire de l’homme et la tuberculose des animaux. Les phthisiques humains propagent la tuberculose par leurs crachats, poudroyés dans les efforts de toux, mais surtout desséchés et pulvérisés dans l’air des habitations. Koch et Tappeiner ont démontré expérimenta- lement la transmissibilité tuberculeuse par inhalation de poussières de crachats de phthisiques. Selon Koch, les bacilles sont essentiellement vé- hiculés par les parcelles légères qui se détachent des draps de lit, des mouchoirs de poche, des couvertures, etc., sur lesquels des crachats se sont desséchés. Les bacilles ainsi inspirés pénètrent, quoique avec diffi- culté, jusqu’aux alvéoles pulmonaires, s’y fixent et font foyer; quelque fois, ils ont débuté par le larynx. Une souffrance préalable de la muqueuse aérienne, la desquamation rubéolique, la stagnation des mucosités d’un catarrhe bronchique simple, et même l’inactivité pulmonaire par les déformations du thorax, par les adhérences pleurales, favorisent leur im- plantation. Les nouveaux bacilles sont repris par les cellules migratrices et transportés, mais jamais très loin, tant qu’ils ne se sont pas ouvert un chemin par les canaux lymphatiques ou les vaisseaux sanguins. La tuber- culisation par le transport lymphatique s’étend et fait des localisations lointaines; par le sang, elle est immédiatement généralisée et souvent miliaire et aiguë. A la rigueur, les déjections intestinales des phthisiques, qui renferment beaucoup de bacilles, peuvent, après dessiccation, contribuer à répandre la maladie. Mais le cas doit être rare, parce que les phthisiques n’ont pas de selles involontaires qui souillent la literie, comme les typhoïsants. En somme, c’est la véhiculation aérienne qui transmet la tuberculose, bien qu’on n’ait pas réussi, jusqu’à présent, à démontrer la présence du bacille spécifique dans l’air, plus qu’on n’y a reconnu celui de la fièvre typhoïde ou d’autres. Bollinger, Celli et Guarneri ne l’ont pas obtenu même de l’air de locaux occupés par des phthisiques. Williams seul l’aurait reconnu dans l’air d’un hôpital de tuberculeux, au moyen du microscope, ce qui rend son observation suspecte. 11 est vrai que la culture des germes de l’air n’offre aucune chance au bacille tuberculeux, si lent à se dé- velopper. La théorie de Koch emporte en même temps la pénétration par la voie pulmonaire. En effet, les mœurs du bacille tuberculeux l’exposent fort à périr, sous l’influence des sucs de l’estomac et des mouvements du tube digestif, avant d’avoir pu s’implanter. 11 ne peut y avoir, du reste, que les bacilles à spores qui réussissent. Les phthisiques, qui avalent nécessai- rement une partie de leurs crachats, n’ont pas la tuberculose intestinale aussi souvent que cela devrait être, si cette voie était favorable à l’intro- duction du parasite spécial. Or, les animaux tuberculeux, qui ne crachent pas, ne peuvent propager la tuberculose que par la voie digestive, au moyen de leur viande ou de leur lait. Gomme la tuberculose intestinale primitive est rare, on peut encore voir là une preuve que le tube digestif ne se prête pas volontiers à l’introduction de ce virus. A vrai dire, la tuberculose des animaux est assez localisée et l’on écarte de l’alimentation les parties habituellement envahies par les tubercules. Nous retrouverons plus loin (Alimentation; cette question et celle du lait des animaux tuberculeux. Notons, cependant, que d’après Koch les rapports de la tuberculisation des animaux (Perlsucht) avec celle de l’homme ne sont pas encore abso- lument nets. Les faits de transmission du tubercule d’un animal à l’homme, par suite de l’usage de viande ou de lait infectés, ne sont ni clairs ni frappants. Cependant, comme l’inoculation des tubercules des ruminants réussit sur les animaux les plus divers, chats, lapins, cobayes, souris, il est peu probable que l’homme fasse exception. Bacillus lepræ. — Bâtonnet de 4 à G p. sur 1 de large, se colorant diffici- lement, doué de mobilité propre, mais dont la sporulation reste douteuse, se trouve dans toutes les lésions lépreuses, superficielles ou profondes. Les grandes cellules de la lèpre renferment de ces organismes en grand nombre. Découvert en 1853, par Armauer Hansen, à Berne, il a été bien décrit par Neisser, en 1879. Il ressemble, en somme, infiniment au bacille tu- berculeux. Les inoculations sur des animaux donnent, tantôt une multiplication locale, faible, des bacilles (Damsch), tantôt ne donnent rien (Vidal, Kœbneri. Mais les animaux n’ont pas la lèpre. Chez l’homme, la contagion paraît possible, quoique assez rare et môme encore non absolument démontrée (Leloir). La constance et la généralisation du bacille en question chez le>: lépreux permettent de le tenir pour l’agent spécifique. Bacille de la morve. — Étudié en môme temps, en France par Capitan et Gharrin, en Allemagne par Lœffler et Schütz. Nous ne savons trop pour- quoi Fliigge établit une opposition entre le microbe de Capitan-Charrin, que ces auteurs auraient vu à l’état d’« organismes globuleux, parfois réunis en chaînettes », et le microbe en bâtonnets de Schiitz-Lœffler. Le fait est qu’il n,’y a pas un mot de la morphologie du microbe de la morve dans la note de Capitan et Charrie, lue par Brouardel, à l’Académie de mé- decine, dans sa séance du 26 décembre 1882. Mais les expérimentateurs français devaient, selon Fliigge, avoir mal opéré parce qu'ils cultivaient leurs virus en des milieux liquides. Babes, qui, du reste, réclame la priorité sur les uns et les autres, dit seulement que les microbes de la morve, décrits par Bouchard, Capitan et Gharrin « sont plus courts et plus épais >► que ceux qu’il a vus à Budapest et à Berlin, mais non que ce ne sont pas il X J des bacilles. Ce bacille contesté ressemble, pour Babes, Lœffler et Schiitz, à celui de la tuberculose. Il se cultive sur le sérum du sang à 37°, mais plus aisément que son congénère, et donne des colonies au bout de trois jours. 11 réussit encore sur la pomme de terre et sur l’agar nutritif, qu’il liquéfie. Israël, fvitt et Weichselbaum ont confirmé essentiellement ces résultats. Bacille de la diphthérie. — Le parasite de la diphthérie est mal connu et même douteux. Il est clair que les fausses membranes du pharynx, situées sur le passage de l’air, peuvent être ensemencées d’organismes variés qui n’ont rien à faire avec l’é- tiologie de la maladie. Lœffler s’est convaincu que certains microcoques en chaînettes, rencontrés particulièrement dans la diphthérie scarlatineuse, et se propageant dans l’économie par les vaisseaux lymphatiques, ne sont point propres aux cas typi- ques de diphthérie. Les microcoques d’OErtel, de Letzerich, de Klebs (1873) de Wood et Formad 1882), ne sont pas davantage spéciaux à la diph- thérie. Il n’en est peut-être plus de même des ba- cilles annoncés par Klebs, au Congrès de Wiesbaden, en 1883, mais qu’il n’avait pu cultiver. Lôffler les a retrouvés, quoique non constamment, dans l’épaisseur de la fausse membrane, par-dessous la foule des orga- nismes indifférents apportés par l’air. La culture de ces bâtonnets ne réussit pas sur la gélatine peptone, mais sur le sérum du sang, à 37°. Au bout de trois jours, on a des colonies de bacilles droits ou légère- J; l 8 * 1/ ^ \ \ ‘ Fig. 85. — Bacilles de la. diphthérie; a, de cultures récentes ; b, forme d’in- volution (tOOOxl). ment courbes (fig. 8o), immobiles, de la longueur des bacilles tubercu- leux, mais d une épaisseur double. Les plus longs sont composés d’ar- ticles. Ils ne paraissent pas donner de spores, mais ils restent vivants pendant trois mois, si la température est assez élevée. Ils ne se déve- loppent pas au-dessous de 20 degrés. Wyssokowitsch les a cultivés, à 33®, sur plaques d’agar à l’infusion de viande peptonisée. Ils se colorent vive- ment par le bleu de méthylène. Loffler réussit un assez grand nombre des inoculations qu’il pratiqua sur les animaux; les souris et les rats se mon- trèrent réfractaires; les cochons d’Inde semblèrent succomber à une intoxication; les lapins et les petits oiseaux offrirent de la diphthérie locale; les pigeons et les coqs eurent des fausses membranes et des para- lysies; les singes n’éprouvèrent aucun dérangement. L’expérimentateur de Berlin hésite, cependant, à proclamer son bacille le parasite spécifique de la diphthérie, parce qu’il a obLenu une fois, en cultivant la salive de vingt enfants sains, des bâtonnets identiques de tous points à celui qui vient d’être décrit. Mais il se peut bien que cet agent spécifique fût venu d’autres malades diphthéritiques dans la bouche de cet enfant et y restât sans inconvénient, grâce à l’intégrité de la muqueuse. L’angine diphthéri- Lique de l’homme, on le sait, est très souvent précédée d’angine inflam- matoire. Les études de Lôfflor sur la diphthérie des veaux et des pigeons ne sont pas favorables à l’opinion qui identifie ces affections à la diphthérie hu- maine. L’identité a été soutenue par Dammann et G. Fleming (diphthérie des veaux); par Nicati, Teissier, Chauveau, et jusqu’à un certain point, R. Longuet (diphthérie des volailles). Emmerich, de Munich, considère aussi la diphthérie de l’homme et celle du pigeon comme dues à un même agent, qui serait un bâtonnet court, massif, deux fois aussi long que large. En revanche, Flügge met en suspicion la méthode d’Emmerich et déclare que l’identité de la diphthérie du pigeon et de celle de l’homme est inac- ceptable ; ce qui est aussi l’avis de Corail et Babes. Bacille de la syphilis. — Le bacille de Lustgarten (fig. 86) a passé pen- dant quelque temps pour le parasite de la syphilis. Alvarez et Tavel, du laboratoire de Corail, ont reconnu, dans le smegma du prépuce, des bacilles qui se comportent comme ceux de Lustgarten vis-à-vis des substances colorantes. D’autre part, toutes les tentatives d’inoculation de la syphilis aux animaux échouent. Comme le fait re- marquer Leloir, il convient d’avoir la plus grande défiance vis-à-vis des microbes que l’on obtient par la culture des produits de surface, sécrétion d’ulcérations syphiliti- ques ou autres détritus. Si bien que « la nature parasitaire de la vérole, bien que probable, n’est pas démontrée. » Bacille de la malaria. —Nous avons dit (pag. 124) comment s’est évanoui le Bacillus malariæ de Klebs et Tommasi-Crudeli. Les « hématozoaires du paludisme » de Laveran semblent devoir le replacer. Ce ne sont pas, il est vrai, des bacilles, ni des spirilles, ni des schizomycètes d’aucune sorte. W. Osler, propose pour eux le titre d'JIematomohas malariæ ct Melschnikoff Fig. 8G. — Bacilles de la syphilis dans une cellule migratrice (d'après Lustgarten) 1050 X 1. •celui d'Bematophyllum malanæ. On les caractériserait ainsi : « corps plas- tiques ovoïdes ou globuleux, sans différenciation du protoplasma, conte- nant des grains de pigment; llagella en nombre variable (de 1 à 4), extrê- mement polymorphes (amiboïdes, croissants, sporocystes, corps sphéri- ques libres, pigmentés). » Le bacille de la dysenterie épidémique, découvert par F. Widal et Chan- temesse sur un soldat mort de dysenterie aiguë, prise au Tonkin, et revu par eux dans quatre autres cas de dysenterie exotique, est un bâtonnet à extrémités arrondies, légèrement ventru, se cultivant dans le bouillon, sur la gélose, la pomme de terre et dans l’eau de Seine sLérilisée. On ne lui a pas vu de sporulation. Tl est très peu mobile, se colore mal par les tein- tures d'aniline et ne liquéfie pas la gélatine. On le trouve dans les matières fécales des dysentériques et, sur le cadavre, dans les parois du gros intestin, dans les ganglions mésentériques et dans la rate. L’ingestion à des cobayes leur procure des ulcérations de la muqueuse de l’estomac; l’injection intra-péritonéale, une péritonite avec péricardite et pleurésie fibrineuse ; l’inoculation intra-intestinale, un catarrhe intense des glandes de l’intestin, une diarrhée liquide, du gonflement avec ecchymoses et ulcération de la muqueuse. Les bacilles spécifiques se multiplient et for- ment des foyers entre la muqueuse et la celluleuse. Les auteurs se sont assurés que cet organisme n’existe pas chez l’homme sain. Bacille de la fièvre jaune. — Indépendamment des microbes en chaî- nettes, ovoïdes, que Babes a figurés, dans les vaisseaux du rein, dans un cas de fièvre jaune, Flügge lui attribue la démonstration, dans l’épaisseur -de la muqueuse de l’intestin grêle, de courts bâtonnets « ressemblant à •ceux du typhus ». Les bacilles du rhinosclérome, décrits par Alvarez et Cornil, ressemblent aux bacilles de la pneumonie de Friedlânder et selon Netter, sont le même organisme. 2° Bacilles pathogènes pour les animaux. — Al'loing, Cornevin et Thomas ont nommé « Bactérie » du charbon symptomatique un bacille arrondi aux extrémités, souvent porteur d’une spore terminale, mobile (contrairement au bacille du sang de rate), que l’on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané, les glandes lymphatiques, les reins, la rate, les poumons du gros bétail, dans cette maladie. Ce bacille ne se cultive qu’à l’abri de l’oxygène. L inoculation de matière empruntée aux tissus ou aux humeurs des malades reproduit 1 affection chez les cobayes, les lapins, les veaux, les moutons ; tandis que les chiens, les rats, les poules, sont réfractaires. Les auteurs précités ont découvert qu’en injectant la matière virulente •dans les veines au lieu de la déposer dans le tissu cellulaire, on obtient une maladie atténuée qui confère l’immunité contre des atteintes ulté- rieures. Ils en ont tiré une méthode vaccinale. Le Bacille de la septicémie de la souris, remarquablement étudié par Koch, est un organisme extrêmement petit (tout au plus 1 p de longueur sur 1 à 2 dixièmes do p de large), souvent par couples ou en chaînettes, sans mobilité apparente, apte à la sporulation. Il est très intéressant de savoir que, quand on inocule une vingtaine de souris avec de peliles quantités d’un liquide putride quelconque, il y en a toujours quel- ques-unes qui présentent les symptômes de la septicémie à laquelle appartiennent ces bacilles. Il ne l’est pas moins que le sang des souris seplicémiques, inoculé aux souris des champs, les laisse complètement indemnes. Cette inoculation réussit, généralement, sur les moineaux et les pigeons ; peu chez les lapins et pas du tout chez les cobayes. Par la culture de l’eau de la Panke (Berlin) et aussi de la saumure putréfiée, Gaffkj obtint un bacille très petit qu’il pensa devoir identifier avec le bacille de la septicémie du lapin, de Davaine, Badllus cuniculicida de Koch. Cependanl, la sep- ticémie de Davaine, autrefois, était inoculable au cochon d’Inde et le pigeon y était réfractaire. C’est le contraire de celle de Koch et Gaffky. Bacille du choléra des poules. — On l’a traité d’abord de microcoque, puis de bactérium. En réalité, les individus jeunes ne sont pas arrondis, mais plutôt rectangulaires, à bords parallèles (1 à 2 p. de longueur). Plus tard, ils s’étranglent dans leur milieu, ce qui leur donne la physionomie de diplo- coques. Cet organisme est immobile et aérobie. Il se cultive sur sérum, sur pomme de terre, dans le bouillon de poulet neutralisé. On le trouve dans le sang et les organes des poules atteintes de la ma- ladie que Pasteur a décrite dans les termes suivants : « L’animal en proie à cette affection est sans force, chancelant, les ailes tombantes. Les plumes- du corps soulevées lui donnent la forme en boule. Une somnolence invin- cible l’accable. Si on l’oblige à ouvrir les yeux, il parait sortir d’un profond sommeil et bientôt les paupières se referment et, le plus souvent, la mort arrive sans que l’animal ait changé de place, après une muette- agonie. C’est à peine si, quelquefois, il agite les ailes pendant quelques secondes. » A l’autopsie, on trouve une entérite duodénale hémorrhagique. Le microbe du choléra des poules a une certaine célébrité par ce fait qu’il est le premier sur lequel Pasteur ait obtenu l’atténuation d’un virus, au moyen de l’oxygène de l’air. Les pigeons, les moineaux, les faisans, les souris, les lapins, comme les poules saines, peuvent être inoculés avec les cultures pures de ce bacille 4 la mort s’ensuit rapidement. Les cobayes, les brebis, les chevaux ne meu- rent pas à la suite de l’inoculation : il se forme, au point de la piqûre, une- infiltration lardacée, dure; puis, plus tard, un séquestre qu’il est facile d’extraire, et qui est rempli des bacilles spécifiques. On a encore remarqué qu’en filtrant sur du plâtre une culture pure de choléra des poules, si l’on injecte à une poule le liquide filtré ne contenant plus de bactéries, la poule présente encore les symptômes du choléra ; mais ils sont moins accentués et l’animal en guériL. C’est, évidemment, un exemple frappant d’un microorganisme qui fabrique une substance toxi- que; celle-ci provoque les phénomènes habituels de la maladie, mais ne saurait les faire durer, parce qu’elle ne se multiplie pas. Bacille du rouget du porc. — Le rouget des porcs, mal rouge, érysipèle malin du cochon, Schweinerothlauf, a été complètement étudié, en Angle- terre, par Klein, depuis 1878. Cet auteur y signalait la présence d’un Bacillus minimus, qui n’a point paru être le véritable parasite du rouget. Celui-ci aurait été découvert en mars 1882, simultanément, par Thuillier en France et par Detmer, à Chicago. Pasteur, qui a tiré un si grand parti des propriétés de ce microbe, le décrit constamment comme un organisme en 8 de chiffre ; c’est, néanmoins, un bacille, assez semblable à celui de la septicémie de la souris, mais un peu plus long et plus épais. Schiitz et Lôffler, Lydlin, Scholtelius ont complété son histoire. Il se cultive sur la gélatine peptonisée; entre 18 et 40 degrés. Ses cul- tures ressemblent également à celles de la septicémie de la souris. Il est a la fois aérobie et anaérobie (Chamberlain! et Roux). Un des points les plus curieux de l’histoire de ce microbe est le fait, utilisé par Pasteur pour la vaccination des porcs contre le rouget, que si l’on reporte ce virus chez le lapin, on obtient de génération en génération un virus de plus en plus meurtrier pour le lapin, mais qui ne communique plus aux porcs qu’un rouget modéré. La vaccination du rouget se prati- que largement à Bade, où Lydtin a observé. Si l’on fait une semblable série d’inoculations chez des pigeons, la viru- lence du parasite augmente pour ceux-ci, mais pour les porcs également. D’après Chantemesse, il y aurait une pneumonie contagieuse des porcs, quelque- fois confondue avec le rouget, mais absolument distincte, présentant un bacille également différent et à laquelle conviendraient les désignations de Schweine Seuche, de Schütz et Lôffler, et de Swine plague, de Salomon (Washington). Elle régnait naguère dans le département des Bouches-du-Rhône. Le marché de la Villetle en est un foyer puissant. D’autre part, Rietsch et Jobert, qui ont comparé le microbe de la maladie des porcs, à Marseille, avec celui de Lôffler dans la Schweine Seuche et celui de Salomon dans le Hog Choiera, affirment qu’il s’agit de trois bactéries distinctes. Bacillus septicus agrigenus, trouvé dans la terre par Nicolaier, élève de Flügge, est mortel en inoculations aux souris et aux lapins. Il existe, dans la bouche de l’homme, dans la salive, des bacilles assez divers, dont plusieurs sont infectieux pour les animaux. Ainsi, le microbe qui fut, un instant, pris pour celui de la rage, dans un cas observé par Maurice Raynaud et Lannelongue, et au mojmn duquel Pasteur et Vulpian tuaient les lapins en quarante-huit heures. Us ressemblent beaucoup au microbe du choléra des poules. Bacillus crassus spuligenus de Kreibohm est encapsulé comme le mi- crobe de Friedlânder, mais plus gros. Injecté dans les veines des lapins et des chiens, il amène la mort en dix heures, avec les signes d’une gastro- enterile aiguë. Bacillus septicus spuligenus, observé par Frankel dans les crachats rouilles de la pneumonie, est également entouré d’une capsule et regarde par 1 auteur comme le réel parasite pathogène de la pneumonie. — Bacillus pneumonicus agilis, obtenu par Schou ; en injection dans les pou- mons du lapin ou môme en inhalation, détermine aussi la pneumonie. Nous nous bornonsâ énumérer: B. diphtherix columbarium el B. diphlhe- rix vitulorum, de Lofiler; — B. cavicida, de Brieger; — fJaclerium coli com- mune, d’Escherich; — BacilLm neapolilanus, d’Emmerich, regardé par cet auteur el par Buchner comme l’agenL cholérigène; B. necrophorus, de Lofiler; B. parvus ovatus, du même; tous plus ou moins infectieux pour divers animaux, en inoculation ou en injection veineuse; — Bacillus tetani, ainsi nommé par Nicolaier, parce que l'inoculation, à des animaux, d’un peu do la terre végétale qui le renferme, leur procure des symptômes mortels tétaniformes (anaérobie); — Bacillus alvei, déterminé parWatson- Cheyne et Cheysire pour être le champignon du couvain gâté des abeilles; — les bacilles du jequirily. 3° Jlucillcs saprophytes ou indifférents. — Il y a lieu, suivant Flügge, •qui nous sert de guide dans cet exposé, de faire cette réserve à l’égard d’un certain nombre de bacilles saprophytes, que l’on n’a pas expérimenté leurs propriétés pathogènes et que l’on pourrait être obligé, plus tard, de les Adjoindre aux précédents. Plusieurs de ces espèces sont chromogènes : Bacillus prodigiosus (Micro- coccus prodigiosus ; monas prodigiosa) produit une couleur rouge que l’on a observée sur le pain, en 1843, à Paris, et qui a valu son nom à ce microbe pour s’être montrée sur des hosties. Il dégage, en outre, une odeur de tri- mélbylamine, en décomposant les matières albuminoïdes. — B. indicus ruber (Koch) donne la même matière colorante. Bacillus (ou ?nicrococcus) pyocyaneus, a été isolé par Gessard, en 1881, de linges colorés en bleu et en vert par le pus, dans le service du professeur Chauve], au Val-de-Grâce. Cet organisme est incolore, ovoïde, long de 1 à lg.,5; aérobie, très mobile. On le cultive bien, entre 33 et 38°, dans l’urine neutralisée, la décoction de carottes. Il se développe également dans la salive, la sueur, les liquides albumineux, la sérosité du vésicatoire, de l’hydrocèle. La matière colorante bleue sécrétée est la pyocyanine de Fordos, rougissant par les acides, ramenée au bleu par les alcalis. On l’extrait facilement par le chloroforme (et agitation). La solution aqueuse de pyocyanine est neutre ; elle n’est pas altérable par l’ébullition. Bacillus fluor escens putidus, B. fl. liquefaciens, B. erylhrosporus, B. lut eus. B. fuscus, B. janthinus, B. cyanogenus, bacille du lait bleu, complètent la série des chromogènes. D'autres opèrent la fermentation des matières hydrocarbonées. La fermentation lactique, c’esl-â-dice la transformation du sucre de lait en acide lactique, en l’absence de l’oxygène et aussi en présence de ce gaz, est pro- voquée principalement, mais non exclusivement, par un organisme, le Bacille de lu fermentation lactique, qui serait, d’après Pasteur, un bâtonnet de 1,5 à R jj- de long, étranglé par le milieu, formant des groupes très denses de courts filaments, .habituellement doué de mouvements très agiles. Hueppe a décrit récemment un microbe qui est l’agent le plus fréquent de la coagulation du lait el que Miigge déclare êLre probablement le même que le ferment lactique de Pasteur el de Lister, bien que les bacilles de Hueppe ne soient pas doués de mobilité. Beaucoup de bactéries, qui produisent des ferments semblables a la présure, ainsi que l’a montré Duclaux, déterminent aussi la coagulation de la caséine. La fermentation butyrique est probablement aussi produite par des bac- téries variées (Flügge). Les bacilles décrits par Pasteur, Prazmoxvski, Fil/, et Hueppe, comme possédant ce pouvoir, ne se ressemblent pas. Le pre- mier en date est le Bacillus butyricus ou Clostridium bulyricurn, signalé par Pasteur et que van Tieghcm appelait Bacillus amylobacter. L’organisme étudié ensuite par Prazmowski en reproduit les caractères essentiels. Ce sont des bâtonnets de 3 10 a de long sur 1 de large, souvent en chaînettes ou en lilaments sans articles apparents, ou encore en zooglées, d’ordinaire doués de mouvements très vifs, se gonflant en fuseaux (clostridium) ou en têtards, au moment de la sporulation. C’est un anaérobie typique. L’oxvgène tue rapidement les bâtonnets, mais point les spores, quoique celles-ci ne germent pas à son contact. Duclaux admet, cependant, que cet être ait besoin d’oxygène à un certain moment de son existence. Max Gruber a reconnu, par une culture appropriée, trois espèces distinctes dans Bacillus amylobacter; l'une d’elles est aérobie. Ce qui explique peut-être la remarque précédente. Bacillus butyricus détermine des phénomènes fermentatifs extrêmement accen- tués. Dans les solutions d’amidon, de dextrine et de sucre, il développe eu quel- ques jours une quantité notable d’acide butyrique avec dégagement d'acide car- bonique et d’hydrogène. Les vases renfermant les liqueurs nourricières, sur les- quelles on expérimente le ferment, doivent être imperméables à l’air et privés d’air avant l’ensemencement des bacilles. La forte pression que les gaz accumulés exercent au bout de quelque temps n’arrête pas le développement du bacille non plus que la fermentation même. La température favorable est de 3o à 40°. C’est encore ce bacille qu’il faut regarder comme la cause de la fermentation butyrique du lait vieux et du fromage fait. La fermentation butyrique ne com- mence dans le lait que quand une végétation vigoureuse de bactéries lactiques a converti une grande partie du sucre de lait en acide lactique et, par suite, a ■dépouillé le liquide de son oxygène. Il est probable que la décomposition de la glycérine en acide butyrique, alcool éthylique, etc., doit être rapportée à l’action de ce bacille. Il est vraisem- blable, en outre, que c'est encore lui qui opère la décomposition de la cellulose et qu'il a une importance industrielle dans le rouissage du lin, sans préjudice de son intervention dans la digestion de la cellulose chez les herbivores. C’est cette action sur la cellulose (pie van fieghem attribuait au Bacillus amylobacter parti- culier, qu il reconnut plus tard être identique au ferment butyrique de Pasteur. Enfin, il est dénitrifiant, d après les expériences de Dchérain et Maquenne. Le B. butyricus présente cette particularité, dans certaines conditions, qu’il lournit avec 1 iode une combinaison de son plasma qui se colore en bleu passant au violet foncé. Cette propriété se réalise au mieux quand le bacille est cultivé sui un terrain renfermant de l’amidon; elle se montre encore sans amidon, s’il est lemplacc par la cellulose, le lactate de chaux, la glycérine ; mais elle disparait habituellement avec la dextrine et le sucre. Les bâtonnets jeunes sont en bleu pui, les vieux en violet loncé ; quelques-uns n’ont que des zones transversales colorées en bleu; d’autres le sont uniformément. B. butyiicus est extraordinairement répandu; on peut le retirer du suc des piaules en putréfaction, de la poussière de foin, du fromage, des cellules des plantes à suc laiteux. On peut en rapprocher le bacille de Liborius et celui de Hueppe, qui ne difièrent peut-être du piécédent que pour les expérimentateurs qui les ont cultivés. Bacillus polymyxa, de Prazmowski, ne doit pas, non plus, en être très éloigné, et, comme en d’autres cas, les propriétés particulières recon- nues ici peuvent dépendre du milieu dans lequel on a pris la semence bacillaire. Parmi les microbes qui font fermenter le lait de vache, pour la fabrica- tion du Kèfir dans le Caucase, Kern et Krannhals ont noté des bâtonnets qu’ils ont nommés Dispora caucasica et qui peuvent recevoir le litre de Bacillus caucasicus. Riedlin, dans ses expériences sur l’action de l’iodoforme, a utilisé un bacille qui ressemble exactement au bacille typhique, sauf une nuance de coloration de ses colonies et qu’il qualifie de « typhusàhnlicher Bacillus » 0littéralement : bacille typhoïde). Ce microbe a été obtenu des poumons d’un cheval mort d'influenza; il ne liquéfie pas la gélatine, mais il opère, dans ses cultures par piqûres, une fermentation qui se traduit par le déga- gement de nombreuses bulles d’acide carbonique le long des parois du canal d’inoculalion. Mentionnons: Bacillus pyogènes fœtidus (Passet), — B. putrificus coli (Bienslock), — B. saprogenes f, 2 et 3 (Rosenbach), — B. coprogenes fælidus (Schottelius) et les divers Proteus de Hauser, — P. vulgaris, mirabilis, Zenkeri, issus des substances animales en putréfaction, et qui sont remarquables par les dispositions singu- lières de leurs masses zoogléiques. Les genres Bacterium termo et B. lineola, si importants naguère, semblent ne plus exister. Ces termes se rapportent à une collectivité d'espèces bacillaires, fort communes, très mobiles, mais n’ayant rien à faire avec la putréfaction, contraire- ment aux idées reçues. En revanche, Flügge fait une remarque qui mérite une grande attention, à savoir que beaucoup d’espèces, participant réellement à la pu- tréfaction, sont anaérobies; d’où il résulte qu’il est possible que l’on ait reconnu les individus de ces espèces, au microscope, dans Les matières putrides; mais I qu’on n’en retrouve plus trace dans les culLures. Les spores de ces anaérobies sont répandues partout et pénètrent dans toutes les matières qui se putréfient à l'air; elles se développent seulement lorsque l’oxygène y a été épuisé parla nutrition des aérobies. Pour cultiver ces anaérobies, il faut porter l’ensemencement sous une couche épaisse de gélatine, cultiver dans- l’hydrogène, dans le vide, etc. Des filaments, qualifiés jadis de Leptothrix buccalis, appartiennent probablement' (Rasmussen, Miller, Flügge) à diverses espèces et cette expression ne doit plus être qu’une désignation générique. Une dernière section de bacilles comprend, d’après Flügge, les bacilles- ne produisant pas de fermentation spécifique connue. Elle est assez nombreuse et intéressante. Nous nous bornerons à y décrire Bacillus subtilis, extrême- ment commun et remarquable à divers égards. Ce sont des bâtonnets d’environ 6 y. de long, larges de 2 u, souvent disposés en! pseudo-filaments, ordinairement mobiles et s’avançant par reptation. Aux deux'I extrémités du bâtonnet, on peut, après traitement par l’hématoxyline (Koch), distinguer un Ûagellum en spirale. La sporulation a lieu quand le milieu nutritif est épuisé; le bâtonnet se gonfle en un point et produit une ou deux spores ovoïdes, assez grandes. Bacillus subtilis est un type d’aérobie; la privation d’oxygène le lue. Ses spores sont dans l’air, dans la poussière, sur tous les objets. Il prospère sur les milieux les plus variés, mémo peu riches en matière organique, pourvu qu'ils soient humides. On le voit en efllorescences blanches sur le fumier des herbivores, en membranes plissées sur les purins. L’acidité du milieu, seule, lui est antipathique. Ses spores sont douées d’une grande résistance. Buchner l’obtient en cultivant l’infusion de foin, bouillie pendant un quart d’heure. On ne sait pas quel genre de fermentation ce microbe peut opérer. On en rapproche, à cet égard, Bacillus aerophilus, B. mesentericus fuscus, B. mesentericus vutgatus, B. liodcrmos, B. multipediculus, B. racemosus liquefaciens (Praussnitz), B. mijcoîdes, les bacilles des excréments (Bicnslock), Bacterium Zopfii, dont un grand nombre ont été reconnus et étudiés à l’Institut d’hygiène de Gœltingen (Flügge) et retrouvés dans le sol par Pagliani, Maggiora et Fralini ; tous Saprophytes. — Bacillus megaterium (de Bary), B. tumescens (Zopf), B. ulna (Cohn), B. Hansenii i Rasmussen), B. tremulus (Ivoch), B. merismopedioïdes (Zopf). C. SPIRILLES. 1° Spirilles pathogènes. — L’organisme de ce genre le plus ancienne- ment connu est Spirilluni Obermeieri (Spirocfyæte O.), découvert en 1873, par Obermeier, dans le sang de malades atteints de typhus à rechutes, et retrouvé par F. Engel (1884) dans la fièvre bilieuse d’Égypte. Ce fut un des premiers exemples de Contagium animatum. Il n’existe que dans le sang et disparaît pendant la phase apyrétique de la maladie. L’inoculation de sang contenant des spirilles à des macaques (Koch et Carter) leur donna un accès, avec multiplication des spirilles dans leur sang, mais sans rechutes. Le microbe (ûg. 77, pag. 438) a de 16 à 40 g. de long et 12 à 20 spires. On n’a pu encore en faire des cultures pures et l’on ne sait ce qu’il devient pendant la phase apyrétique. Il est, sans doute, détruit par les phagocytes. Mais le schizomycète de cette classe le plus intéressant est le bacille-virgule, Komma-ba- . CiUus ou Spinllum choleræ asiaticæ, démontré linge humide, d’aprèTFltiggé par Rob. Koch, lors de sa mission dans l’Inde, (GOOx 1). au commencement de 1881. Les bacilles-virgules (fig. 87), tels qu’ils se présentent dans l’intestin des cholériques, peuvent passer pour des éléments ou pour des fragments de spirilles, patfois disposés les uns à la suite des autres en S, en s, ou encore en longs filaments ondulés. Ce sont des bâtonnets longs de b S RSV ,riM/ ter mteM 'ii '1 pt.,5 en moyenne, dont l’épaisseur esl du tiers au sixième de la lon- gueur, généralement recourbés et d’autant plus qu’ils sont plus vieux. Dans les cultures, on rencontre de véritables spirilles. Les bacilles-virgules se déplacent avec assez d’agilité; les longues spirilles sont plus lentes. Ils se cultivent dans le bouillon, le lait, la gélatine, la pomme de terre, et, en somme, dans les milieux nutritifs les plus variés. Les colonies liquéfient la gélatine; la culture par piqûre dans une éprouvette de gélatine affecte une disposition en entonnoir, que l'on a donnée comme caractéristique. 11. Koch et Flügge affirment que Komma-bacillus ne produit pas de spores. Divers observateurs qui avaient hasardé l’opinion contraire, n’avaient pas été pris en sérieuse considération. Mais un compatriote de R. Koch, d’une compétence notoire, Ilueppe, a décrit (1885) un processus et une forme de ce microorganisme qui ne peuvent guère se rapporter qu’à une « forme durable », à des spores. Sans les avoir vues, Max Gruber a observé des faits qui le portent à croire que ces spores existent. Au fond, il est assez difficile de comprendre la persistance et, parfois, l’extraordi- naire diffusion du choléra, supposé maladie parasitaire, avec un bacille sans forme permanente et, d’ailleurs, de tempérament assez délicat, d’après Koch lui-même. ' En effet, le bacille de Koch ne supporte ni l’acidité, ni la pauvreté nutri- tive du milieu, ni la dessiccation pendant quelques heures, ni la concurrence des saprophytes. Il disparaît rapidement dans l’eau, même quand elle est chargée d’impuretés organiques (Meade Bolton). R. Koch l’a trouvé dans un tank de Calcutta; mais ce fait, d’ailleurs discuté, est resté unique. Dans les fosses d’aisance, il succombe en vingt-quatre heures. Quoique aérobie, toutefois, Komma-bacille se développe encore dans ses cultures, lorsqu’on empêche l’accès de l’oxygène. Le "développement est seulement un peu plus lent. Au point de vue de la température, il lui faut au moins IG à 17° ; le point favorable est de 22 à 25°, ou plutôt de 30 à 40°, c’est-à-dire celui où la gélatine redevient liquide. C’est uniquement dans l’intestin des cholériques et dans leurs selles que l’on rencontre le bacille-virgule, régulièrement à la surface de la muqueuse et plutôt dans les premiers jours que postérieurement; puis dans l’épais- seur de celle-ci, par immigration, quand le choléra a duré quelque temps chez le malade. Le microbe en question se trouve chez presque tous les cholériques et ne se trouve pas sur d’autres malades ni en des milieux que la spécificité cholé- rique n’a pas atteints. Malgré les oppositions et les incrédulités du début (Finkler et Prior, de Bonn, T. Lewis de Netley, Malassez, Straus, Klein. Deneke, Miller, Ray Lankester, Emmerick, Buchner, etc.), l’originalité et la spécificité du parasite de Koch semblent s’établir; elles sont acceptées par Cornil et Babes, llictsch et Nicati, de Marseille, van Ermenghem, etc. U paraît assez certain que les bacilles courbes constatés dans des affections différentes du choléra asiatique, dans le choléra noslras, dans la dysenterie, dans le mucus vaginal de femmes atteintes de cancer utérin ou dans des milieux d’une banalité parfaite, n’ont de commun avec le Komma-bacille que de vagues caractères de forme. Eu fait, l’état de bacille courbe semble être vulgaire chez toutes les espèces de spirilles, pathogènes ou non, à une certaine phase de leur existence, et ne saurait servir de signe distinctif. Pourtant, les essais de transport de cultures pures du bacille-virgule aux animaux, ne sont rien moins que probants. Il faut des précautions, ou plutôt des procédés extraordinaires, pour arriver à quelques résultats. Itietsch et Nicati injectent directement les déjections cholériques ou les cultures pures dans le duodénum des animaux ; il n’est pas nécessaire de lier en même temps le canal cholédoque. Ivock fait l'injection dans la première anse d’intestin qui se présente, afin d’éviter de faire- succomber les animaux aux conséquences du traumatisme. Mieux encore, il intro- duit le virus par la bouche, en neutralisant au préalable le suc gastrique par «ne- solution de soude et en faisant une injection de teinture d’opium dans la cavité- abdominale pour paralyser les mouvements péristaltiques de l’intestin. Dans ces- conditions, il se produit habituellement deux résultats graves ; d’une part, les su- jets en expérience deviennent malades et, souvent, meurentdans le refroidissement;, d’autre part, le contenu de l’intestin est composé presque exclusivement d’une, culture pure de bacilles-virgules. 11 y a donc vraiment une infection et des symptômes cholériformes, quoique sans diarrhée ni vomissements. Mais, en faisant la même expérience avec d’autres espèces bactériennes, nolam-, ment avec les bacilles courbes de Finkler et Prior, Deneke, Miller, Koch a égale- ment provoqué, quoique bien moins souvent, la mort des sujets. On arrive,, d'ailleurs, au même résultat avec les bacilles du charbon et les bacilles de Brieger, D’un autre côté, quand on injecte de fortes doses de cultures de bacilles-virgules dans le péritoine, dans les veines des lapins, on observe également la parésie des- extrémités postérieures, le ralentissement de la respiration, des phénomènes de gastro-entérite et, fréquemment, la mort au bout de trois heures. C’est une. intoxication et non plus une infection bacillaire, puisque les microbes sont détruits dans le sang. Le parasite cholérigèue agit donc par la fabrication d’un poison, d’autant plu» abondant que les bacilles se multiplient davantage, et qui est résorbé à la surface de l’intestin après avoir d'abord entraîné la chute de l’épithélium. Cette circons- tance explique que l’on puisse arriver à provoquer, en annulant leur résistance- physiologique, chez des animaux qui ne sont pas naturellement aptes au choléra, une multiplication des bacilles et une intoxication, sans avoir reproduit vraiment le choléra. Ce que l’on obtient ne dépasse guère ce que l’on fait sur la gélatine de culture, sauf que celle-ci ne traduit pas l’intoxication. C’est pour cela que l’on peuL provoquer également, en s’y prenant bien, chez les animaux, des pseudo-choléras- avec les bacilles de Finkler et Prior et avec tous les bacilles qui fabriquent de» poisons; de même que l’on a provoqué des pseudo-fièvres typhoïdes avçc le bacille typhique et quelques autres. Quoi qu’il en soit, le bactériologue allemand a fait immédiatement eP d une façon très large la pathogénie du choléra sur les bases de sa décou- verte et comme s il n y avait plus rien à apprendre, après lui, sur la biolo- gie du parasite de cette maladie infectieuse. Le choléra ne peut venir que des déjections des premiers jours de la- maladie d un cholérique antérieur, ou des objets souillés par elles; il ne- se propage jamais par 1 air, puisque le bacille ne fait pas de spores et qu’il- meurt par la dessiccation qui lui permettrait de se trouver dans les pous— sières. Il ne pénètre jamais, par suite, par les voies respiratoires ni même par aucune autre voie que le tube digestif. Les aliments, l’eau (dans la- quelle il se plaît si mal), sont ses vrais véhicules. Les personnes qui soignent les cholériques, ou touchent leurs linges, leurs effets, s’infectent elles-mêmes en portant leurs mains à la bouche, en touchant leurs ali- ments sans s’être lavées (quoiqu’on sache que les médecins, les élèves, les infirmiers, ne soient point particulièrement maltraités par le choléra). Les mouches, qui volent des excréments cholériques aux aliments et aux bois- sons des individus restés sains, sont des agents sérieux de transport. II n’est pas difficile de prévoir que le régime des pluies peut influencer les allures du choléra, du moment qu’il relève d’un organisme dont la vitalité est liée à l’état humide des surfaces.*Les propriétés du sol et l’humidité de ses premières couches ne peuvent qu’avoir aussi de l’influence; mais nous ne comprenons absolument pas les explications, à la vérité fort dif- fuses, que donne Flügge du rôle de la zone « d’exsiccation » (ou d’évapo- ration. Yoy. p. 54); nous admettons sans peine que les bacilles-virgules s’y multiplient quand elle est détrempée par la pluie; mais cette zone humide les gardera, à moins qu’elle ne les transmette à l’eau souterraine, qui les détruira; ou bien, elles les mêlera aux poussières atmosphériques, à l’é- poque de sa dessiccation, et ces bacilles seront inoffensifs, puisque la sécheresse les tue. Par ailleurs, Koch recommande comme prophylaxie la propreté des per- sonnes et des choses, ce à quoi nous ne saurions trop souscrire, et le maintien d’un haut degré de résistance vitale chez les individus, défense excellente vis-à-vis de tous les contages et qui est précisément le but en résumé de tous les efforts de l’hygiène. On ne connaît pas encore de moyen positif d'atténuer la virulence du bacille-virgule, quoique Koch regarde cette atténuation comme possible et que Nicati et Rietsch aient cru remarquer qu’elle se réalise dans les cultures maintenues à 20 ou 25°. Quant aux inoculations préventives de Ferran, il est acquis qu’elles ne méritent pas la discussion. 2° Spirilles saprophytes ou indifférentes. — NOUS pensons avoir dit, dans les pages qui précèdent, tout ce qui peut intéresser l’hygiène au sujet des Spirilles de Finkler et Prior, de Spirillum tyrogenum de Denêke, de S. spu- tïgenum de Lewis. D’autres sont mal connues : Spirochæte plicatilis, Vibrio rugula, Vibrio serpens, Spirillum tenue, undula, S. volulans, etc. Sous le nom de Tyrothrix, Duclaux a décrit un certain nombre de microbes dont la présence a pour effet de faire fermenter les matières albu- minoïdes et qui, pour la plupart, nous ont semblé revêtir les caractères morphologiques des spirilles. Tyrothrix tenais, fîliformis, turgidus, scaber. virgula, distortus, geniculalus, sont aérobies, produisent une diastase et, au moyen de celle-ci, une matière albuminoïde dont ils se nourrissent en l’oxydant de plus en plus. Tyrothrix urocephalum, claviformi$,catenula, sont anaérobies et produisent une fermentation avec dégagement de gaz et d’odeurs D. ScmzoaiYCÈTEs a formes de croissance vahiables. —Ce cadre est ouvert par Flügge à quelques espèces de grande taille, naguère encore rangées parmi les Algues, et chez lesquelles Zopf aurait découvert un cercle étendu de formes de croissance. Nous n’avons aucune compétence pour contrôler ces faits nouveaux et nous énumérons simplement les types de cet ordre : Crenothrix kühniana (voy. page 186), Beggialoa (p. 155), Phragmidiolhrix, Cladothrix, Mo/tas. La plupart de ces organismes vivent dans les eaux au sein desquelles se putréfient des matières organiques et sont peut-être les agents de cette putréfaction (Beggialoa alba, B. roseo-persicina, etc.). Pour l’hygiène, ils ne sont rien de plus que des indices suspects. 2° Physiologie générale des microorganismes. On sait, depuis longtemps, que les Champignons inférieurs font repas- ser les combinaisons complexes de carbone et d’azote des matières orga- niques mortes, végétales ou animales, à l’état de combinaisons simples, aptes à rentrer dans le cercle de la vie et tout d’abord en nourrissant les végétaux supérieurs. Mais les découvertes de Pasteur et des savants qui l’ont suivi ont fait voir que tel n’est point le mode uniforme de nutrition des microorga- nismes. Beaucoup d’entre eux prennent l’azote aux combinaisons simples (AzH3,Àz05), absolument comme les grands végétaux; d'autres se carac- térisent par une modalité vitale inattendue et qui n’est môme pas inva- riable dans la même espèce. Il n’est guère de constant qu’un seul fait; c’est que les Champignons n’assimilent pas le carbone de CO2. La nutrition, néanmoins, et par suite le développement, la reproduc- tif des microorganismes, se traduisent par des phénomènes qui intéres- sent l’hygiène au plus haut point, à savoir, parles fermentations dans la matière organique inanimée, par les maladies chez les êtres vivants, vastes processus qui sont comme les fondions de ces agents infimes. Il n’en faut pas tant pour justifier ce paragraphe. Nous avons déjà, au cours du précédent article, indiqué un certain nombre des conditions des milieux nourriciers, favorables ou non à la vi- talité des microorganismes les plus intéressants, les circonstances de tem- pérature, d’humidité, de luminosité, auxquelles sont subordonnés leurs succès ou leur ruine, les menaces que constituent pour telle ou telle espèce la concurrence vitale des espèces voisines. Nous ne ferons, dans les lignes qui vont suivre, que formuler à ces divers égards quelques lois gé- nérales, méthode que G. Flügge a très judicieusement adoptée. Vutrition des microorganismes. — 1. Les Moisissures. — Les moisissures renferment probablement, en dehors de l’eau, 30 p. 100 d’albumine, 40 à oo p. 100 de cellulose et 5 à S p. 100 de cendres. Dans celles-ci, les ma- tières minérales seraient : potasse, 50; soude, 1,5; chaux, 1 ; magnésie, 12; oxyde de fer, 1; acide phosphorique, 30; un peu de silice, d’acide chlor- hydrique et d acide sulturique. On suppose que l’eau forme aux environs Arnould, Hygiène. 2' édit. 30 de 88 p. ICO de leur niasse, comme chez les grands Champignons. Il est possible d’induire, de ces données, les besoins de ces organismes. Pasteur et Paulin ont fait à cet égard une série d’expériences. Ce der- nier a trouvé que le meilleur milieu nourricier pour Aspergillus niger renferme : eau, 1,500 grammes; sucre candi, 70 grammes; acide lartrique, 4 grammes; nitrate d’ammoniaque, 4 grammes; phosphate d’ammoniaque, 0gr,6; carbonate de potasse, 0b'r,4; carbonate de magnésie, 0gr,4; sulfate d’ammoniaque, 0gr,2o et 0gr,Ô7 de sulfate de zinc, de sulfate de fer et de silicate de potasse. Aucun de ces éléments ne pouvait manquer sans qu’il en résultât une diminution dans la récolte. Suivant Nageli, le besoin d'azote ne peut être couvert par l’azote libre, ni combiné au carbone (cyanogène) ou à l’oxygène dans les acides picrique et nitrobenzique ; mais l’azote peut être pris aux nitrates, aux sels ammonia- caux, aux chlorures de méthyle etd’éthylamine, étaux corps suivants: trimé- thylamine, leucine, asparagine, acétamide, oxamyde, urée. En somme, les substances azotées les meilleures sont les albumines solubles et les pep- tones. Le carbone est pris aux hydrogènes carbonés des groupes CH3 ou GH2; jamais aux combinaisons du carbone avec l’oxygène ou avec l’azote seules, jamais aux acides gras insolubles. L’utilisation du carbone est d’autant plus parfaite que la combinaison du carbone est moins stable. Les meilleures substances sont : les sucres, la mannite, la glycérine ; les acides tartrique, succinique, acétique ; l’alcool éthylique, les acides quinique, benzoïque, salicylique, le phénol, et le carbone de l’asparagine, de la leu- cine, de la propylamine. L'hydrogène est fourni par l’eau. Le soufre, par l’albumine et par les combinaisons sulfuriques, sulfureuses, hyposulfureuses. Les matières miné- rales peuvent être rares, mais la soude ne saurait remplacer la potasse. Les Mucédinées ont toujours besoin d'oxygène libre. Aussi végètent-elles à la surface des liquides et aussi à la surface du corps de l’homme et des animaux et dans leurs voies aériennes. Elles ne pénètrent dans les liquides qu’autant qu’elles y trouvent de l’oxygène dissous et, même, si l’on plonge, par exemple, Mucor mucedo dans un liquide, il change son mode de dé- veloppement, pousse des bourgeons, comme les levùres dont il fait, en effet, l’ofüce et, finalement, végète; il périrait, si précisément les bulles d’acide carbonique que produit cette levûre nouvelle ne soulevaient ses cellules et ne les ramenaient à la surface où elles rentrent dans les condi- tions normales de leur existence et reprennent vigueur. La présence de champignons sur l’homme, sur les animaux, sur divers insectes et sur des plantes, le succès des injections, dans le sang, de certains Aspergillus ne prouvent pas contre cette règle. En effet, ces champignons ne produisent, dans le sang, que du mycélium auquel suffit l'oxygène faiblement combiné de l’oxyhémoglobine ; les organes de fructification ne se montrent qu au dehors (Empusa, C or d y ceps, Botrytis Bassiana, Jsaria). Les moisissures ont besoin d’eau; mais leurs exigences à cet égard sont très variées. On en voit prospérer au-dessous de 50 p. 100 d’eau dans le milieu nourricier, ce qui serait une sécheresse mortelle pour les Scliizo- mycètes; en revanche, comme certains Schizomycètes, il en est qui vi- vraient presque dans l’eau distillée. En général, elles redoutent la réaction alcaline du milieu et admettent volontiers l’acidité qui, au contraire, est habituellement fatale aux Schizo- mycètes. 1. a pression atmosphérique, Yélectricité, la lumière, paraissent être sans effet sensible sur les moisissures, dit Flügge. Il semble cependant, en ce qui concerne la lumière, que les parasites qui envahissent les céréales aient besoin du grand jour, tandis que les mucorinées, les Aspergillus, pé- nicillium, végètent mieux dans l’obscurité des caves. Les extrêmes de température sont mortels aux moisissures. Entre les extrêmes, il y a un point optimum, variable selon les espèces, et dont il faut se rapprocher pour chacune. Ce point est aux environs de 20° pour Pénicillium, de 38° pour Aspergillus flavescens. Le premier végète encore jusqu’à 2°,3 en bas, 43° en haut; le second jusqu’à 12 ou 13° en bas, 43° en haut. Quand des levûres ou des schizomycètes sont semés sur le même mi- lieu que les moisissures, les premiers peuvent empêcher entièrement le développement des secondes; c'est surtout une question de concentration ou de réaction du milieu. Entre des moisissures d’espèce différente, c’est une question de température. La formation des spores et leur germination exigent, en général, la meil- leure constitution chimique du milieu et les circonstances physiques les plus favorables. La germination se fait plus ou moins longtemps après l’éclo- sion des spores. Les « spores durables » ont besoin d’une période de som- meil. D’autres germent de bonne heure, si elles en ont l’occasion, mais peuvent garder, dans le cas contraire, pendant des mois et des années l’aptitude à la germination. 2. Les levures. — La levûre de bière, type du genre, renferme en moyenne : carbone 48 p. 100; azote 9 à 12; hydrogène 6 à 7; soufre 0 G. Les matières minérales y sont dans la proportion de 7 p. 100 (Nageli). Elles renferment de la potasse, de l’acide phosphorique, delà chaux, delà ma- gnésie. 11 est remarquable que les matières albuminoïdes des levures soient plus importantes que la cellulose; c’est le contraire des moisissures. L’eau varie de 40 à 80 p. 100. Les levûres se nourrissent essentiellement comme les moisissures. Elles prennent l’azote aux peptones et aux sels ammoniacaux, mais point aux nitrates, et, quand elles sont réduites à vivre des sels ammoniacaux, elles dégénèrent. Le carbone leur est fourni surtout par le sucre, puis par la mannite, la glycérine, l’acide tartrique, elc. Flügge fait remarquer qu’il ne faut pas confondre la nutrition des levûres avec la fermentation, qui est une fonction basée sur la première, mais n’en résultant pas nécessaire- ment et la compliquant, lorsqu’elle a lieu. Cette distinction éclaire la ques- tion du rôle de l’oxygène dans l’existence des levûres. La levûre, mise en contact avec de l’eau qui contient de l’oxygène, ab- sorbe I oxygène, comme 1 a montré Schützenberger, et son développement est plus actif, si l’on fait passer un courant d’air dans le milieu nourricier. Si l’on supprime l’accès de l’air, le développement n’a plus lieu qu’à la condition qu’il y ait dans le liquide une substance nutritive très favorabler de la peptone, par exemple, avec 1 à 10 p. 100 de sucre et 0,5 d’acide phosphorique, et qu’il puisse y avoir une fermentation. Ce qui a fait dire à Niigeli que « l’activité fermentative est en état de procurer une cer- taine somme d’énergie réalisable dans la vie végétative des cellules. » (Flügge). Les levûres supportent assez bien les acides, mais point les alcalis. La lumière et l’électricité sont sans influence sur elles. P. Bert avait annoncé qu’une pression de 20 à 40 atmosphères suspend leur développement; mais, des pressions de 300 à 400 atmosphères (Certes et Cocbin) n’atteignent pas- leur vitalité ultérieure. D’après Hansen, le mouvement leur serait favora- ble. La température qui leur est le plus propice est entre 25 et 30°. La concurrence des schizomycètes est capable d’arrêter le dévelop- pement des levûres. Mais si le milieu est avantageusement constitué pour celles-ci et que l’ensemencement de levûre soit assez considérable, le dé- veloppement des saccharomycèles peut être assez rapide pour l’emporter sur les autres parasites. Les levûres et les schizomycètes, contrairement aux moisissures, bour- geonnent et se multiplient par fragmentation, tant que le milieu nour- ricier est riche. Si celui-ci s’appauvrit, c’est alors seulement qu’ils se réfu- gient dans la forme qui n’a pas de besoins, la forme 'permanente, l’état de spores. Il suffit, par exemple, d’étendre de la levûre sur une tranche de carotte pour la voir produire des spores, comme il a été dit (page 437). Ces spores ne se forment pas au-dessous de 1/2 degré ni au-dessus de 37°,5. 3° Les Schizomycètes. — On analyse les bactéries en les isolant de leurs- cultures pures. Les données fournies, à cet égard, par Nencki, Nægeli, Lœw, Scheiler et Durin, ne concordent pas absolument. Si l’on en défal- que 83 à 85 p. 100 d'eau, la substance des bactéries renferme de 84 à 87 d’albumine, 6 à 8 de graisse, 3 à 5 de cendres. La substance albuminoïde est la mycoprotéine de Nencki, qui donne du phénol, de l’indol, du scatol, des acides gras, lorsqu’on la calcine avec la potasse ou la chaux. Les sub- stances non azotées sont en très minime quantité dans les schizomycètes: il semble cependant exister chez quelques-uns une substance voisine de la cellulose. Les schizomycètes ont donc besoin surtout d’azote; mais l’on commence à s’apercevoir qu’il est difficile de formuler sur ce point des lois générales. La plupart d’entre eux le prennent aux albumines solubles ; mais ils uti- lisent aussi les sels ammoniacaux et même, quelques-uns, les nitrates (organismes réducteurs de Gayon et Dupetit, Dehérain et Maquenne). Le carbone est fourni par le sucre et les substances analogues, glycérine, sels des acides gras, tartrates, malates, acétates alcalins, et même les acides phénique et salicylique en solution. Mais il faudrait avoir expérimenté, dit avec raison Flügge, sur chaque espèce bactériene en particulier, puisque Meade Bolton a signalé des espè- ces (Bacillus erythrosporus, micrococcus aquatilis) qui se développent dans l’eau distillée, et que, d’autre part, un assez grand nombre d’espèces, pa- thogènes pour l’homme ou pour les animaux, exigent des bouillons ou des gelées d’une provenance ou d'une constitution particulière et très délicate (bacilles de la fièvre récurrente, de la lèpre, de la tuberculose, du choléra des poules, etc.). Certaines bactéries ne peuvent vivre et se multiplier sans oxygène libre; •ce sont les aérobies de Pasteur. D’autres s’en passent ou môme ne peuvent ■se développer qu’à l’abri de l’oxygène ; ce sont les anaérobies. Entre ces deux groupes, Liborius a introduit les anaérobies facultatifs, qui se déve- loppent mieux en présence de l’air, mais le font encore, quoique plus lentement, en l’absence de l’oxygène. Une forte tension de l’oxygène leur est préjudiciable. Ce groupe nouveau compte précisément un grand nombre d’espèces pathogènes, les bacilles de la suppuration, de la septicémie, du charbon, du typhus abdominal, du choléra. Pour l’auteur, les autres sont anaérobies obligés (bacille de l’œdème malin, des Allemands; Bacillus buty- ricus, B. muscoï(les), ou aérobies obligés, accomplissant ou non une fermen- tation (Bacillus subtilis, B. æropfiilus, etc.). Les schizomycètes ont toujours besoin de beaucoup d’eau. Les acides et les alcalis leur sont défavorables, mais les premiers plus que les seconds, quoique quelques-uns ne se développent qu’en présence d’un léger excès d’acide (bacille du lait bleu, ferment acétique). La lumière solaire est antipathique au bacille du charbon (Arloing); on ne sait pour les autres. P. Bert avait constaté que la pression au delà de 20 atmosphères tue le même bacille, mais ne détruit pas la virulence du liquide qui les renferme; c’est que cette pression ne compromet pas les spores. Certes aurait observé que des pressions de 350 à 500 atmosphères n’enlèvent pas leur vitalité aux bacilles de la putréfaction ni aux bacilles charbonneux. Les opinions sont divergentes en ce qui concerne l'influence du mou- vement sur le développement des schizomycètes (Iioppe-Seyler, Horwath, Reincke, Tumas). Les diverses espèces microbiennes, dit Flügge, ont leur plus grand déve- loppement à des températures extraordinairement variées. On s’en est aperçu dans le cours de l’article Ier de ce chapitre. Mais « les schizomycètes se développent de préférence à une température plus voisine de celle du corps » que celle qui est convenable aux moisissures et levures. Nous ajouterions volontiers que cette loi est surtout vraie des schizomycètes pathogènes. Les schizomycètes redoutent peu la concurrence des lcvûres et des moisissures , mais il est clair qu ils s’en font entre eux une très redoutable, selon 1 appropriation des conditions du milieu. La sporulation se lait dans des conditions qui ont été indiquées et sous l’influence décisive de la température. Produits de l’activité nutritive des microorgnnismes. — Les mici'OOI’- ganismes, comme les êtres supérieurs, assimilent et désassimilent, con- str'Uisent et détruisent. Les substances qui pénètrent dans leur proto- plasme, soit pour être fixées, soit pour rester en réserve, ne peuvent être absorbées qu’à l’état gazeux ou en solution, absolument comme il en est chez les animaux et les plantes à chlorophylle. C’est encore la mise en liberté de force latente qui suffit à leurs mouvements vitaux, et ce dégage- ment d’énergie est le résultat de la respiration inlramoléculaire. Seulement l'oxygène n’est point toujours nécessaire ici et peut être suppléé par la fermentation. Duclaux explique très clairement l’essence de la nutrition des microorganismes et son double aspect. Dans le cas le plus simple, une mucédinée vit sur une solu- tion de sucre au contact de l’air. « A la condition qu’on lui fournisse un aliment minéral convenable, renfermant de l’azote à l’état de nitrates ou de sels ammo" niacaux, elle pousse, se fabrique de la cellulose, de la matière grasse, un proto- plasme azoté, et fournit aux rénovations incessantes dont ses organes sont le siège. En un mol, elle édifie ses tissus et les alimente, elle vit. Or, même pour les végé- taux, vivre et croître est un travail exigeant une dépense de force. Cette force, la plante la trouve dans le sucre donné comme aliment et, pendant qu’elle en utilise une partie pour l’édification et l’entretien de ses nouveaux organes, elle fait descendre à une autre portion de ce sucre l’échelle de destruction de la matière organique, au bas de laquelle tout l’hydrogène étant devenu de l’eau, tout le car- bone de l’acide carbonique aux dépens de l’oxygène de l’air, il est résulté de cette combustion complète un dégagement de chaleur, dans lequel la plante a trouvé la force dont elle avait besoin eL qu’elle a dépensée ailleurs. « Malgré les apparences contraires, la levüre de bière vivant dans un milieu sucré et lui faisant subir la fermentation alcoolique ne se comporte pas autrement. Ici encore il y a création et entretien de cellules nouvelles, eL dépense concomi- tante de force, c’est-à-dire de matière alimentaire, donL partie entre dans les matériaux de construction des cellules, partie est brûlée pour fournir de la chaleur. Toute la différence est que cette portion brûlée est moins bien brûlée que tout à l’heure. Avec la mucédinée rivant au contact de l’air, elle Tétait complètement et fournissait toute sa chaleur disponible. Dans la cuve du brasseur, il n’y a que peu ou pas d’oxygène présent à l’état libre. Celui qu’on trouve dans l’acide carbonique produit par la fermentation provient non pas de l’air, mais du sucre lui-même; la combustion, au lieu d’être extérieure, est intérieure, ce qui la rend à la fois moins calorifique et moins complète. » Il est fort difficile, chez tous les êtres, de distinguer constamment les produits excrétés des matériaux plastiques. Cependant, chez les microor- ganismes, on sait que CO2 est toujours une excrétion, tandis que les végé- taux supérieurs peuvent l’assimiler de nouveau, après l’avoir excrété. Les matériaux plastiques azotés des microorganismes sont les corps du groupe des protéines, les amides, la triméthylamine, les composés ammoniacaux, substances qui peuvent aussi revêtir un caractère excrémentiliel. En effet, dans l’expérience de Meade Bolton qui consiste à obtenir une multiplica- tion de bactéries dans l’eau distillée, il faut bien que les bacilles nouveaux vivent des excrétions des anciens. Les matières plastiques non azotées sont la glycose, la tréhalose, la mannile, la cellulose, la graisse, certains acides organiques. Indépendamment de la dépense de force, nécessitée chez les microor- ganismes par les actes nutritifs mêmes, par la croissance, la germination, il en faut une autre pour la motilité de ceux qui possèdent cet attribut, pour la production de chaleur ou de lumière par certains autres. Excrétions. Sécrétions. — L’acide carbonique, comme il a été dit, 1 hy- drogène, l’hydrogène carboné et sulfuré, l’ammoniaque, sont des produits habituels d’excrétion des microorganismes. On trouve encore, parmi ces produits, l’eau, les nitrates, l’urée, le soufre; des corps volatils, l’alcool, la trimélhylamine, les acides formique, acétique, propionique, butyrique; des acides plus lixes, lactique, malique, succinique, oxalique, tartrique; la taurine: les amides des acides gras; des corps de la série aromatique, leucine, tyrosine, phénol, crésol ; des produits de réduction, comme l’indol, l’acide paracumarique. Certains microorganismes, dans des circonstances particulières, produi- sent en outre des matières hydrocarbonées, la peptone, des substances colorantes, des matières toxiques, des ferments solubles. A notre avis, rien ne dit que ce soient toujours là des excrétions; nous songerions plutôt à des sécrétions ou à une élaboration du milieu répondant à quelque besoin physiologique des êtres qui fournissent ces substances. Il y a, sous ce rapport, une réelle spécialisation de la part des microor- ganismes; cependant une seule espèce peut cumuler plusieurs fonctions et même alterner, selon les cas, de l’une à l’autre. Mais elle ne manifeste telle ou telle fonction que dans des conditions précises du milieu nutritif. Les matières colorantes, rouge, verte, bleue, violette, sont fournies par des Champignons dont nous avons indiqué un certain nombre de types dans l’article qui précède. Peut-être que les schizomycètes, selon la re- marque de Fliigge, ne fournissent pas vraiment la couleur, mais seulement une substance chromogène qui devient matière colorante au contact de l’air. Aussi ces Champignons ont-ils besoin d’oxygène pour remplir celte fonction. D'ailleurs la coloration leur est tout à fait extérieure et la cellule mycélique elle-même n’est point colorée. La propriété de peptoniser (liquéfier) la gélatine a servi de base à une elassilicalion des schizomycètes, sans trop rien signifier par elle-même; car on trouve également des organismes insignifiants et de redoutables para- sites dans ceux qui liquéfient et dans ceux qui ne liquéfient pas. On a remarqué que dans la fermentation alcoolique, l’alcool produit arrête le développement de la levure quand il atteint à la proportion de 14 p. 100. La fermentation ammoniacale cesse quand il y a 13 p. 100 de carbonate d’ammoniaque dans le milieu. Le phénol, le paracrésol, qui sont le produit d’excrétion d’un assez grand nombre de bactéries, sont des antiseptiques reconnus. Il semble donc que l’on puisse conclure que les bacléries sont en général victimes de la pré- sence de leurs excrétions dans le milieu où elles ont vécu. Mais toutes les espèces ne produisent pas des substances antiseptiques et même, selon Buchner, le bacille du choléra prospérerait mieux dans une solution ren- fermant déjà les produits des bacilles-virgules antérieures. Flügge suppose que le moyen par lequel les saprophytes viennent à bout des bacilles pathogènes qui leur disputent l’usage d’un milieu nour- ricier consiste précisément-en ce que les saprophytes produisent une sub- stance toxique pour leurs rivaux. Mais il suffit peut-être que les sapro- phytes aient une vitalité plus puissante et que le milieu leur soit plus approprié; ils accaparent la nourriture, affament et étouffent les autres. Ptomaines. — Les matières toxiques fabriquées par les bactéries méritent quelques développements particuliers. On connaissait les poisons putrides bien avant de savoir exactement quelle est leur place en chimie et quels sont leurs rapports avec les microorganismes. Gaspard et Stich (1822), Panum (1856), Dupré et Jones Bence (1866), Bergmann (la sepsine, 1868), avaient attiré l’attention, à divers égards, sur ces composés. Panum, A. Ililler (1877) avaient même démontré que ces substances produisent des accidents pathologiques indépendants des bactéries qui peuvent avoir par- ticipé à leur formation. D’un autre côté, Sonnenschein et Ziilzer, Rôrscb et Fassbender, Otto, Hager, A. Gautier, Husemann et Cortez, Brugnatelli, Ch. Bou- chard, Brouardel et Boutmy, etc., signalaient, en diverses circonstances, la pré- sence d’agents à propriétés semblables à celles des alcaloïdes végétaux (conicine, vératrine, strychnine), dans des matières animales et même dans le maïs gâté. En 1872, A. Gautier découvrait que la putréfaction de la fibrine donne, en outre des produits déjà connus, une petite quantité d’alcaloïdes complexes, fixes ou volatils. A la même époque, Selmi (de Bologne), qui, de 1870 à 1871, avait soupçonné les alcaloïdes cadavériques dans des cas de médecine légale, les annonçait officielle- ment et allait avoir l’honneur de créer le nom de plomaïne. Nencki, le premier, isola la collidine; A. Gautier et Étard, peu après, retirèrent du maquereau en putréfac- tion la collidine et la parvoline. Brouardel et Boutmy indiquèrent un réactif général des ptomaïnes, la coloration bleue parle ferricyanure de potassium et le perchlo- rure de fer, qui, du reste, a cessé d’être caractéristique. Mais c’est surtout Brieger qui a fait sa spécialité des pLomaïnes et y a trouvé une légitime notoriété. Dans ces derniers temps, les études d’A. Gautier sur les leucomaïnes ont assuré aussi à ce savant une place très honorable dans cet historique. Les ptomaïnes sont, pour la chimie, des diamities appartenant à la série grasse et paraissant dérivées des carbures éthyléniques (CnH2n). Ce sont des bases azotées, comme les alcaloïdes végétaux. Brieger en a isolé un grand nombre de la fibrine, de la viande, de la colle, de la levure, du poisson, du fromage putréfiés, des parties de cadavres en putréfaction, et, enfin, de culture pure de microbes pathogènes (fièvre typhoïde). Elles se forment au début de la putréfaction et disparaissent par sa durée; ce qui explique que la piqûre anatomique soit beaucoup plus dangereuse dans une autopsie que dans la dissection d’un cadavre déjà avancé. Selon Brouardel et Boutmy, elles se formeraient mieux à l’abri de l’air; Brieger a fait voir, au contraire, que l’oxygène augmente le rendement. Néan- moins des essais de Henrijean, à Gœttingen, tendent à prouver que cer- tains anaérobies fournissent, en l’absence de l’oxygène, des produits toxiques en quantité plus considérable et plus rapidement que les autres microbes de la putréfaction. Il est probable que les ptornaïnes varient avec l’époque depuis laquelle la fermentation putride a commencé (Brouardcl et Boutmy). Dans tous les cas, il est certain qu’elles diffèrent suivant l’espèce du ferment qui ■détruit les matières albuminoïdes (A. Gautier) et suivant la nature du ter- rain où s’opère la putréfaction. Cependant la neuridine, la plus fréquente des ptornaïnes, a été rencontrée par Brieger dans la chair humaine, la viande de bœuf, de cheval, la chair des poissons, la gélatine et le fromage putréfiés et môme dans des tissus qui n’ont pas encore été atteints par les microorganismes, tels que les œufs cl le cerveau humain frais. D ailleurs, de môme que la lécithine (non basique) se dédouble en deux vraies bases, la choline et la névrine, de même la choline passe aisément à la névrine en perdant une molécule d’eau ; la neuridine et la cadavérine du troisième jour sont remplacées, au quatrième jour, par la putrescine, etc. Les bacilles du typhus abdominal, cultivés sur de la viande hachée, ne fournirent h Brieger aucun signe de putréfaction; mais on put isoler une ptomaïne, toxique pour les cobayes. Une autre, obtenue de Staphylococcus pyogenes aureus, dans des conditions semblables, ne se montra pas toxi- que. Les cultures pures de komma-bacillus, de bacillus crassus sputigenus, et quelques autres, donnèrent une matière toxique, qu’on n’a pas encore isolée. En revanche, Nencki et Marnie ne purent rien obtenir de pareil des bacilles du charbon. Néanmoins Fliïgge estime que « les symptômes es- sentiels du typhus, du choléra et de beaucoup d’autres maladies infec- tieuses résultent de ia production de poisons spécifiques par les germes spécifiques. » Ne sont pas toxiques ou ne le sont qu’à très fortes doses les bases suivantes : La neuridine, très répandue, isolée de la viande, du fromage et surtout de la colle en putréfaction; se rencontre dans les cadavres humains, le troisième jour; — la gadinine (morue pourrie); la cadavérine, la putrescine, la saprine, toutes du cadavre humain; — la choline, toxique à forte dose; la triméthylamine, la dvné- thylamine, et la Iriéthylamine. Sont toxiques : la peptotoxine, retirée par Brieger de l’albumine peplonisée par l’action du suc gastrique ; — la névrine (viande putréfiée) ; — l’éthylène diamine (poisson putréfié); — la muscarine, connue depuis longtemps comme le poison de la fausse oronge, trouvée par Brieger dans la chair de poisson putréfié; la myda- léine, extraite du cadavre humain. Les ptornaïnes, par suite de ces étonnantes propriétés, sont donc sou- vent le moyen par lequel les moteurs vivants des maladies infectieuses atteignent à leur rôle pathogène. Elles sont aussi la cause de ces empoi- sonnements alimentaires (botulisme), si mal expliqués jusqu’ici, que nous retrouverons en leur lieu. Par la même raison, comme il est aisé de le concevoir, elles imposent la plus extrême réserve et des études approfon- die.'» à la médecine légale qui, dans les conditions actuelles, est vraiment désarmée en présence des empoisonnements par les alcaloïdes (Linossier, Debierre). Ln certain nombre de ptornaïnes répandent l’odeur de cadavre, d’urine, ou 1 odeur vireuse; d autres, au contraire, sentent la rose, l’aubépine. Peut-être se forme-t-il parfois des ptomaïnes sans l’intervention des mi- croorganismes : elles dérivent de composés chimiques peu stables. Mais il ne convient point, pensons-nous, d’opposer à la théorie de leur genèse par les microbes, les alcaloïdes des urines (Ch. Bouchard), soit d’hommes sains, soit au cours de maladies infectieuses, ni le poison des moules (mi/tilotoxine) et de certains poissons, ni les leucomaïnes d’A. Gautier. En effet, la cellule animale équivaut ici à la cellule mycélienne et la fabrication des poisons par les animaux supérieurs n’est pas une anomalie. « Les animaux supérieurs seraient anaérobies dans une notable proportion» (A. Gautier). Avec un peu de surmenage, le côté par lequel l’homme « vit putréfaclivement » s’exagère; il y a résorption de produits toxiques — et un état morbide que Peter, bien à tort, s’est empressé d’identifier avec la lièvre typhoïde. Ferments et fermentations. — Il y a deux sortes de fermentations: l’une, par les ferments solubles, qui est un acte chimique, dans lequel une petite quantité de ferment suffit à transformer une grande quan- tité du corps à décomposer, sans que le ferment lui-même soit modifié; l’autre par la nutrition de certains microorganismes, qui est un phénomène biologique. Les ferments solubles sont produits par des appareils glandulaires chez les animaux; mais il en est un grand nombre de tout pareils que les micro- organismes fabriquent d’abord pour se préparer à eux-mêmes le milieu qui doit leur servir de nourriture; ainsi, la diaslase, le ferment inversif, les ferments peptonisants, la présure, etc. Ils sont naturellement, isolables des organismes inférieurs qui les produisent. Nous renvoyons à ce qui a été dit plus haut (page 470) de l'essence de la fermentation par acte biologique. Les organismes inférieurs vivent fer- mentativement, tantôt par nécessité et par hasard, comme les mucédi- nées ou les schizomycèles aérobies auxquels on intercepte l’oxygène libre; tantôt par constitution, comme les levures et un certain nombre de schizomycètes, qui opèrent la fermentation dès qu’ils sont au con- tact de la substance fermentescible qui leur convient; car chaque subs- tance n’est décomposée que par un seul ou par un petit nombre de fer- ments figurés. Parmi les classes de fermentation établies par Flügge, les plus fré- quentes et, sans doute, les plus intéressantes pour l’hygiène sont : les fermentations des matières hgdrocarbonées (les divers sucres), accomplies par les saccharomycètes (Saccharomyces ellipsoideus, S. apiculatus, S. exi- gu us, la petite levure qui provoque la fermentation alcoolique de la lac- tose, récemment découverte par Duclauxgetc.), et par quelques schizomy- cètes (fermentation lactique, butyrique, glaireuse, etc.); la fermentation des matières albuminoïdes, fermentation putride ou putréfaction. La putréfaction est un phénomène assez simple, comme résultat défini- tif, puisqu’il s’agit de faire repasser les composés organiques è l’état de principes binaires ou même d’éléments ; mais extrêmement complexe au point de vue de sa modalité et de scs phases successives. L’albumine est d’abord peptonisée, puis décomposée, mais en quelque sorte par échelons; le sens dans lequel la décomposition se fait dépend des microorganismes primitivement présents, de leur association et de? ceux qui viendront après. Les corps qui prennent naissance pendant la putréfaction sont : l’acide carbonique, l'azote, l’hydrogène, l’hydrogène sulfuré, phosphoré, carboné; les acides formique, acétique, butyrique, valérianique, lactique, oxalique, succinique; la leucine, le glycocolle, l’ammoniaque, son carbonate et son sulfate; un grand nombre d’amines; de l’indol, du scatol, de la lyro- sine, etc. ; finalement, les ptomaïnes. Dans la vaste concurrence et la succession variée des microorganismes qui opèrent la putréfaction, il importe de distinguer les aérobies et les anaérobies et, par suite, la putréfaction qui se fait avec l'aide de l’oxygène- de celle qui a lieu sans oxygène. La première est une oxydation rapide- et complète des substances putrescibles, s’accomplissant d’ordinaire sans odeur (les Allemands l’appellent Verwcsung, ou destruction, de venvesen, cesser d’être); l’autre est une réduction, une métamorphose lente, dans laquelle la décomposition de l’albumine a lieu par la conversion des oxa- cides en acides gras, des nitrates en nitrites, des sulfates en sulfures, ainsi de suite ; d’où les émanations odorantes. C’est la putréfaction à la- quelle se rattache le plus étroitement l’idée de putridité (Fdulniss des Allemands). 11 est aisé de voir que ces deux aspects de la fermentation des matières albuminoïdes répondent au double aspect de la nutrition des microorganismes en général. L’oxydation rapide, c’est la mucédinée brû- lant par l’oxygène libre son milieu nourricier; la putréfaction lente, ce? sont les organismes anaérobies (normaux ou forcés), prenant dans le mi- lieu nourricier lui-même le peu d’oxygène qu’il contient, en combinaison- assez stable, et par suite, opérant péniblement. Pasteur faisait remarquer, à ce sujet, l’alternance entre les microbes aérobies et les anaérobies dans- les liqueurs putrescibles : les premiers agissent d’abord, à la surface, ait contact de l’air dont il consomment l’oxygène; ils forment une pellicule qui empêche l’air de pénétrer dans la profondeur ; c’est à ce moment que les anaérobies se trouvent dans de bonnes conditions pour remplir leur rôle. Puis la membrane des premiers tombe au fond; les anaérobies sont de nouveau au contact de l’oxygène et suspendent leurs fonctions; les aérobies reprennent la leur. Ainsi de suite. A vrai dire, les choses ne sont pas en réalité aussi régulières et les mômes- bactéries, parfois, peuvent décomposer l’albumine avec ou sans oxygène. Il n’échappera à personne que la décomposition rapide des matières or- ganiques azotées, c’est-à-dire la putréfaction du premier mode, avec afflux d oxygène, est précisément le moyen que l’on adopte pour détruire dans le sol, à l’aide de ses microorganismes, les résidus excrémentitiels des- groupes urbains. Action patliogénique îles microorgnuismcB. — Seuls, les lllicroorga- nismes qui peuvent vivre en parasites sur le corps ou dans les tissus d’un> végétal supérieur ou d’un animal, sont capables d’élre pathogènes. L’un n’entraîne pas l’autre, toutefois, d’une façon fatale. Il y a des parasites qui sont plutôt utiles à leur hôte et forment avec lui une sorte d’associa- tion (symbiose), comme l’algue réunie à un champignon qui constitue les lichens (Schwendener) et comme ces curieuses associations d’un crabe et d'une moule, d’une éponge et d’un polype, relevées par A. Bordier. Parmi les microorganismes, les Mucédinées sont volontiers parasites chez les plantes et chez les insectes, parce qu’en s’alimentant sur ces êtres, elles conservent l’usage de l’oxygène et que, d’ailleurs, la nourriture est à leur convenance; elles le sont rarement chez les animaux vertébrés, sauf les Saprolégnées sur des poissons déjà malades (de Bary) et les Mucori- nées chez les oiseaux ; encore est-ce dans les voies aériennes de ces der- niers (pneumomycose). Sur les autres animaux, il faut la violence pour implanter les moisissures, et elles ne produisent que du mycélium sans spores. Chez l’homme, elles sont toujours superficielles (Achorion, etc.). Toutefois, nous avons vu que les circonstances de temps et de lieu sont décisives dans le succès de ce parasitisme; c’est un enseignement pour l’épidémiologie humaine, qu’il ne faut pas négliger. Les levures sont rarement parasites, à part Mycoderma vint (le muguet): aussi est-il inutile d’insister. Le parasitisme sur les animaux est, au contraire, comme le lot régulier des Schizomycètes, qui trouvent là le milieu nourricier riche, la tempéra- ture, l’alcalinité qui leur conviennent. Les aérobies y prennent suffisam- ment d’oxygène au sang, où il est faiblement combiné; d’ailleurs, parmi eux, beaucoup sont anaérobies quand il est nécessaire (Liborius). Les anaé- robies se mettent aisément à l’abri de l’oxygène dans la profondeur des tis- sus. Toutefois, les Schizomycètes sont loin de pouvoir être tous parasites. Récemment, Galippe a constaté la présence de microbes qu'il n’a point spécifiés, dans l’épaisseur de légumes cultivés sur des terrains fumés intensivement. Des adversaires de l’épuration par irrigation ont cru pouvoir s’appuyer sur cette cons- tatation pour condamner l’usage des légumes provenant de Gennevilliers. Outre que l’auteur a rencontré à peu près autant d’organismes dans les plantes des jardins ordinaires que dans celles de Gennevilliers, il convient d’attendre que des recher- ches de contrôle aient prouvé que des germes de hasard ne se sont pas mêlés aux cultures de Galippe, à son insu; surtout il importe de vérifier s’il ne s’agit pas ici de schizomycètes particulièrement adaptés à vivre dans le milieu froid, pauvre et acide des végétaux, ce qui n’a rien d’impossible, plutôt que de saprophytes ordi- naires et, à plus forte raison, de microbes pathogènes, qui ont besoin de condi- tions tout opposées. Les parasites sont obligés ou facultatifs (de Bary) ; de même que les sa- prophytes comptent des espèces qui sont toujours saprophytes et d’autres qui, saprophytes le plus ordinairement, sont quelquefois parasites. Parmi les parasites obligés, quelques-uns peuvent, dans des cas spéciaux, vivre en saprophytes. Les divers modes de l’action pathogénique des microorganismes. Les troubles produits dans l’économie de l’hôte parla présence des Chain- n ■ rT- générale.] PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DES MICROORGANISMES. 477 pignons parasites dérivent d’une loi de la physiologie de ceux-ci, selon l’expression de Duclaux. C’est déjà un trouble que le fait physique de la présence de cellules nouvelles (les Schizophytes) dans les tissus, au milieu des cellules ani- males, qui sont seules appelées à y être. Il y a là une action mécanique de contact, de refoulement, qui s’accroît par la multiplication des para- sites. Dans les petits vaisseaux, elle va jusqu’à former l’embolie capillaire. Les champignons de la septicémie de la souris envahissent et désagrègent les globules blancs. Puis, les cellules parasitaires accaparent la nourriture des cellules nor- males, sans qu’il y ait restitution en conséquence. Cette destruction de nourriture est remarquablement énergique de la part de certains Schizo- mycètes anaérobies, qui vivent à la façon des levûres et ont besoin d’en décomposer beaucoup pour suppléer à leur inaptitude à se servir de l’oxy- gène. A la vérité, l’absorption de celui-ci dans le sang par les bacilles qui en sont avides, comme le bacille du charbon, équivaut à une vaste asphyxie. Mais surtout, les microorganismes fabriquent des produits étrangers à l’économie et antipathiques à la cellule animale. Tout d’abord, les « dias- lases variées » (Duclaux), qui sont pour eux comme des liquides digestifs, au moyen desquels ils préparent à leur assimilation la substance organi- que qui les environne. « C’est probablement à elles que sont dues ces né- croses de coagulation, produites par presque tous les agents infectieux, et aussi ces liquéfactions d’organes ou de portions d’organes, qui en font un véritable putrilage. » Enûn il y a les produits de nutrition et de désassimilation des parasites, qui peuvent être impropres à la nutrition de la cellule animale ou même toxique pour elle, absolument comme ils sont inutilisables ou toxiques pour la cellule bacillaire. A la vérité, de même que les produits d’élimi- nation d’une cellule sont quelquefois nutritifs pour une autre, il peut ar- river que les sécrétions des microbes soient indifférentes ou utiles aux cellules du tissu environnant (Duclaux). Certaines bactéries ont l’énergie parasitaire faible et ne se développent qu’a la surface, sur la peau, les muqueuses, les plaies (Flügge), où elles répandent leurs plomaïnes plus ou moins toxiques. Celles-ci le sont quel- quefois assez pour nécroser progressivement les tissus et assurer l’inva- sion de proche en proche des parasites, jusqu’à ce que la réaction inflam- matoiie leur barre le chemin. Les bacilles de la tuberculose pénètrent très bien dans les tissus. Ceux de la gangrène gazeuse et du charbon symp- tomatique craignent l’oxygène et ont besoin d’être abrités dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les microcoques de 1 érysipèle se propagent dans les voies lymphatiques de la peau. Il impoile de noter que, dans bien des cas, la présence de certains mi- croorganismes dans un milieu est secondaire, c’est-à-dire que d’autres microbes ont primitivement préparé le terrain ou les voies. Ainsi la présence de bacilles variés, plus ou moins malfaisants sans être le bacille typhique, sur les ulcérations intestinales de la lièvre typhoïde; ainsi les microphytes divers qui pénètrent dans les cavernes pulmonaires après que le bacille de la tuberculose a commencé l’ulcération, et qui aident puissam- ment celui-ci à la rendre plus profonde, comme le signale judicieusement P. Villemin. Portes (.Ventrée. — Les microorganismes qui vivent sur les surfaces, •peau, muqueuses, n’ont besoin que de l’accès extérieur à ces membranes et des orifices naturels. Ceux qui pénètrent plus avant ne le font que par une solution de continuité, une plaie, une érosion épidermique. Cepen- dant, il peut arriver qu’une inflammation banale, ou môme celle que les parasites provoquent par leur présence, gonfle les muqueuses, entraîne la chute de l’épithélium superficiel et permette dès lors la pénétration des bactéries dans l’épaisseur des tissus. C’est ainsi que la tuberculose suc- cède à la bronchite. Nous avons dit (page 323) comment les poussières les plus ténues peuvent pénétrer par le poumon, non dans le sang d’abord, mais dans le parenchyme pulmonaire et les ganglions bronchiques. Arnold (1883) et Wyssokowitsch, bien que leurs expériences aient eu pour but de prouver l’imperméabilité pulmonaire (contre la théorie de Pettenkofer’' n’ont pas démenti, au fond, ces résultats. Ces expériences, d’ailleurs, sont discutables. L’intestin, si les bactéries ont échappé à l’acidité des sucs de l’estomac, offre la même barrière que le poumon aux microorganismes et, dans des cas donnés, la même faiblesse. Finalement, les chances d’infec- tion, autrement que par une plaie, sont d’autant plus grandes que les parasites se présentent en plus grande quantité, qu’ils peuvent faire un premier foyer sur la surface qu’ils atteignent et, surtout, qu’ils se trou- vent précisément au lieu d'élection de leur multiplication (le microcoque de Neisser sur la muqueuse uréthrale, les bacilles du typhus et du choléra dans l’intestin). Résistance de l'économie. — On a cru (Iiorwath) que le mouvement s’op- pose au développement des schizomycètes et que, par suite, le mouve- ment des liquides de l’économie est une protection contre eux. Les expé- riences de contrôle ont prouvé que cette vue est inexacte. De même, la .ressource de l’élimination des schizomycètes par les organes excréteurs, que l’on croyait capable de l’emporter parfois sur la multiplication des microbes, cette ressource doit être abandonnée; Wyssokowitsch a mon- tré que, pour l’économie normale, dans aucune sécrétion on ne trouve trace des bactéries, pathogènes ou non, qui ont été introduites dans le sang. Widal et Chantemesse ont confirmé cette loi en ce qui concerne le bacille typhique, lequel ne passe dans l’urine que quand « une lésion du filtre rénal lui a ouvert une porte de sortie. » En définitive, il y a une lutte entre les cellules bactériennes étrangères, et les cellules animales, qui sont chez elles. En général, la défense re- pose d’abord sur la vitalité de celles-ci; par leur propre multiplication, elles peuvent soustraire la nourriture aux schizomycètes, les étouffer sous leur propre végétation et éliminer, au moins, les plomaïnes que les pre- miers ont fabriquées. Cette lutte est matériellement représentée par les leucocytes (microphages) et les grandes cellules de l’épithélium et du tissu conjonctif (macrophages), que Metschnikoff a réunies, à cet égard, sous le titre de phagocytes. Ces cellules s’incorporent les microorganismes et les détruisent. La lutte a lieu presque constamment, encore qu’elle ne tourne pas toujours à l’avantage des phagocytes. Il y a une exception vis- à-vis du bacille du choléra des poules, chez les poules et les pigeons, où les phagocytes ne l’atteignent point; mais les leucocytes englobent ce même bacille chez les cobayes. De môme les cellules microphages n’atta- quent pas le bacille du charbon chez les souris, les cobayes, les lapins; mais elles l’enveloppent quand il a été introduit sous la forme du « vac- cin faible » de Pasteur. Les phagocytes agissent énergiquement sur les microcoques de l'érysipèle, sur les parasites malariques de Laveran, sur les spirilles du typhus à rechutes; beaucoup moins sur les bacilles de la lèpre et de la tuberculose, dont l’enveloppe cellulaire est dure. Pour Metschnikoff, l’inflammation n’est pas autre chose que la convergence des phagocytes sur un point en butte aux agressions d’un corps étranger, vivant ou non. Les virus atténués, les vaccins, ne confèrent peut-être l’im- munité qu’en habituant peu à peu les phagocytes à digérer des microbes pathogènes qu’ils n’absorbaient point primitivement. Ces résultats ont été, à la vérité, contestés par Wyssokowitsch, qui n’a trouvé dans les leucocytes que les bacilles du rouget et ceux de la septi- cémie de la souris, tandis que, partout ailleurs, il a plutôt vu les leuco- cytes désagrégés, c’est-à-dire victimes de la lutte. En revanche, Wysso- kowitsch a démontré que les bactéries dans le sang en sont promptement éliminées, non par sécrétion, mais par emmagasinement dans le foie, la rate, la moelle osseuse, à l’aide de la filtration parles capillaires. Ce serait dans les cellules endothéliales qu’aurait lieu la lutte, dont le résultat est la mort des bactéries ou, au contraire, la destruction des cellules animales et la multiplication des microbes. Il est probable qu’une lutte analogue s’accomplit dans les tissus où les microorganisrnes pathogènes pénètrent directement sans passer par le sang. C’est-à-dire qu’en somme la théorie de Wyssokowitsch n’est pas si éloignée qu’il le croit de celle de MetschnikoiT; dans l’un et dans l’autre cas, c’est la cellule animale qui absorbe la cellule étrangère, et Wysso- kowitsch reconnaît lui-inôme que les leucocytes ont quelquefois ce pouvoir. La disparition des bactéries dans le sang a été aussi démontrée par Fodor, qui l’attribue à une propriété chimique du sang frais; elle a lieu, en effet, môme dans le sang sorti des vaisseaux, pourvu qu’il soit récent. Quelle que soit la raison de cette propriété du sang, elle permet de garder quelques doutes vis-à-vis des expériences d’inhalation de microbes, d’a- près lesquelles les auteurs, ne retrouvant pas ces microbes dans le sang, ont conclu à l’imperméabilité pulmonaire. 3" La défense contre les microorganismes. L hygiène possède trois ordres de moyens contre l’action des micro- organismes dangereux. Ceux du premier ordre sc confondent presque avec la résistance innée des cellules animales; c’est Y immunité naturelle ou acquise. Les autres sont voulus; ils comprennent Y atténuation des virus et les méthodes vaccinales, Y antisepsie et la désinfection. 1. Immunité. — Immunité naturelle. — 11 est des immunités d’âge, de sexe, de race, auxquelles l’hygiène est étrangère. Mais il en est une vis-à-vis de laquelle elle est d’une extrême puissance; c’est celle qui dé- pend de l’intégrité biologique de la cellule animale, du plein épanouisse- ment de sa vitalité. Maintenir cette vitalité à son plus haut degré, c’est assurer à l’homme une immunité, sinon absolue, au moins de quelque valeur et souvent suf- fisante. Faire le contraire, c’est créer la réceptivité, la disposition indivi- duelle. Wyssokowitsch, par une température de 37°, par des poisons mi- néraux et des ptomaïnes, a réussi à affaiblir les cellules animales chez des lapins, à un point tel que des bactéries nullement pathogènes, injectées à ces animaux, se multipliaient considérablement dans leur économie. C’est avec cette notion et celle du parasitisme microbique latent (Yerneuil) que l’on peut comprendre comment des soldats, venus d’une garnison où l’on voyait de temps à autre quelques cas de lièvre typhoïde, font si aisé- ment une vaste épidémie, lorsqu’on les met en campagne et pour peu qu’ils soient surmenés, moralement ou physiquement. II y a, d’autre part, des dispositions de temps et de lieu, qui, tantôt favo- risent le développement des microbes offensifs, tantôt dépriment les éco- nomies. Le résultat est le même au point de vue du succès des premiers. Nous ne pouvons ici expliquer en détail comment on évite de créer la disposition individuelle et comment on modifie les dispositions de temps et de lieu. C’est d’ailleurs à peu près toute l’hygiène didactique. Aussi bien, l’on peut dire que la connaissance du rôle des microorganismes pathogènes ne change pas l'hygiène ancienne; elle l’éclaire, simplement. A la vérité, c’est un point considérable. Immunité acquise. — Une première atteinte d’une maladie infectieuse, à laquelle le sujet a résisté, confère assez souvent (il y a de nombreuses exceptions) l’immunité contre de nouvelles atteintes de la même maladie, au moins pour un temps (variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, choléra). Même s’il y a une seconde attaque, elle est plus bénigne que la première. On ne sait positivement comment expliquer l’immunité créée par une première atteinte. Pasteur et Klebs ont pensé à la soustraction, pour les microbes de la première infection, d’une substance nécessaire à celte espèce- et dont l’absence empêche les suivants de vivre dans l’économie. Chauveau, Wernich croient, au contraire, que les microbes infectieux laissent dans l’économie quelque chose de ces poisons paralysants (Duclaux), diastases ou ptomaïnes, antipathiques au développement ultérieur des organismes mêmes qui les ont produit. Buchner suppose que les organes ont une altération durable, qui ne permet pas une seconde fois le déve- loppement des germes; selon Wolffberg, la vaccine, par exemple, détrui- rait certaines cellules du réseau de Malpighi. Grawitz entrevoit, au contraire, que la lutte a élevé l’énergie vitale des cellules. L’hypothèse de Pasteur semble la plus acceptable à J- Héricourt, qui fait remarquer avec raison que les maladies, pour lesquelles l’immunité est conférée par la première atteinte, sont essentiellement des affections toxihémiques, c’est-à-dire d’infection généralisée. Mais, à ce compte, les vues de Chauveau seraient encore plus près de la vérité, s’il n’était pro- bable que l’économie se débarrasse aussi rapidement des poisons chimi- ques qu’elle récupère les composés qui lui ont été soustraits. Quelques expériences récentes sont en faveur de cette théorie. Pasteur observait déjà que l’introduction dans le corps d’une poule du liquide de culture du choléra des poules, filtré sur porcelaine, donnait à l’animal quelques-uns des symptômes de la maladie, sans cependant lui conférer l’immunité. Charrin a montré que la mort est retardée chez les lapins que l’on inocule avec le microbe du pus bleu, s’ils ont reçu préala- blement de fortes doses du liquide dans lequel a vécu le bacille pyocyano- gène. Aux États-Unis, Salmon aurait donné aux pigeons l’immunité contre le hog-cholera par injection à ces animaux de cultures stérilisées du microbe de cette maladie. Beumer et Peiper, Chantemesse et Widal, ont reconnu que l’immunité vis-à-vis du bacille typhoïde est conférée aux animaux par l’inoculation de cultures stérilisées de ce microorganisme. Enfin, Roux et Chamberland confèrent aux cobayes l’immunité contre le vibrion septique (bacille de l’œdème malin), soit en leur injectant une forte dose d’un liquide de culture de ce microbe, bien privée d’organismes par le chauffage à 110°, soit en leur faisant plusieurs inoculations successives de très petites doses de la sérosité empruntée à un animal atteint de septicémie, filtrée sur porcelaine et pure de germes. Ce liquide, en effet, est plus toxique que les bouillons de laboratoire, surtout chauffés à 110°. L’immunité est encore parfaite au bout de trente jours. D’autres fois un microbe passant par l’organisme donne l’immunité contre l’invasion d’un autre. Suivant R. Emmerich, la culture du micro- coque de l’érysipèle dans le corps des lapins procure à ceux-ci l’immunité pour le charbon. Paulowski, en contredisant Emmerich, assure que cette immunité s’acquiert par le pneumocoque de Friedlander. Il doit y avoir, d’ailleurs, des spécialisations dans ces antipathies; car l’homme peut très bien être occupé à la fois ou successivement par plusieurs maladies infec- tieuses. Au moins peut-on en conclure que l’aphorisme : une maladie n’a d'antagonisme que pour elle-même, n’est pas toujours exact. 2. Atténuation «les virus. Vaccinations. — Il est d’observation vul- gaire et ancienne qu une atteinte légère d’une maladie infectieuse assure 1 immunité aussi bien qu une atteinte forte. C’est de là qu’on est parti pour susciter chez les animaux et même chez l’homme des maladies artificielles bénignes en vue de prévenir une infection spontanée, qui peut être mortelle. Les injections de liquides à ptomaïnes, dont il vient d’être question, Arnould, Hygiène. 2* édit. 31 rentrent dans le procédé. Mais, jusqu’à ces derniers temps, on avait provoqué la maladie artificielle préservatrice on se servant du parasite môme de la maladie spontanée, soit que l’on en atténuât la virulence (Pasteur, Toussaint), soit qu’on l’introduisît dans l’économie par une autre voie que son lieu d’élection, comme Arloing, Cornevin et Thomas injectent le bacille du charbon systématique dans les veines des ruminants, au lieu de le déposer dans le tissu cellulaire. Ces virus atténués ou détournés portent le titre de vaccins, plutôt par analogie avec les résultats de la vaccine de Jenner qu’en raison des rapports de celle-ci avec la variole. Jusqu’à présent, en effet, la vaccine de Jenner et la variole passent pour deux maladies différentes (quoique l’on ne connaisse le microbe ni de l’une ni de l’autre). L’atténuation du choléra des poules s’obtient par l’action de l’air pur (oxygène) et non par le vieillissement des cultures, comme le prétendent les Allemands. Cette action bienfaisante de l'air fait songer à l’influence de l’aération sur la cessation des épidémies. L’oxygène n’atténue pas autant que le pensait Pasteur le bacille du charbon. Toussaint en obtient l’atténuation par l’exposition à une tempé- rature de 55°; Chauveau, par des températures variant de 42 à 52°; Pasteur et Koch‘par une chaleur de 42 à 43°. L’action de la chaleur doit durer d’autant plus longtemps que le degré est moins élevé; de dix minutes (Toussaint) à douze et vingt-quatre jours (Pasteur). Il faut que le bacille ne produise pas de spores pendant l’opération. Chamberland et Roux pratiquent l’atténuation de ce microorganisme au moyen de l’acide phé- nique, de l’acide sulfurique ou du bichromate dépotasse dilués; Buchner, en le cultivant dans une solution d’extrait de viande et en introduisant en même temps de l’air dans le milieu nourricier au moyen d'un agitateur. D’après Arloing, la lumière solaire atténue encore ce parasite, et selon Chauveau et Wossenessenski, une haute pression en ferait autant. Une température de 90 à 101°, pendant dix heures, atténue le virus du charbon symptomatique (Arloing, Cornevin et Thomas). On emploie d'ail- leurs comme vaccin la sérosité môme d’un premier malade, desséchée et chauffée, que l’on inocule au bout de la queue ou sous la peau de l’oreille. Le bacille du rouget s’atténue pour les porcs en passant par l'organisme du lapin. La virulence de la rage s’atténue par la dessiccation lente de la moelle dans l’air sec. C’est par ce procédé que Pasteur prépare ses vaccins rabiques. Nous ajoutons volontiers ici l’atténuation de la virulence des bacilles de la morve, et même la disparition de cette virulence, que réalise Loffier par la culture de ce microbe sur la pomme de terre. En effet, la découverte absolument française de l’atténuation des virus a rencontré chez les Alle- mands un accueil moins franc qu’il n’est permis à des savants de bon aloi, et nous sommes doublement heureux que cet élève si distingué de R. Koch ait lui-môme fait un virus atténué, en môme temps qu’il procla- mait, au Congres d’hygiène de Vienne (1887), ce que reconnaît désormais la grande école à laquelle il appartient, à savoir, que la valeur scientifique de la découverte et de la méthode de Pasteur n’est plus contestée. Comme corollaire de la loi générale, Fitz a fait perdre par la chaleur (81 à 00°) leurs propriétés fermentatives Bacillus butyricus et à H. Fitzianus. Théorie de l'atténuation. — L’importante modification que l’on imprime ainsi à divers bacilles en modifiant les propriétés du milieu parait bien être un cas parti- culier de la loi générale qui subordonne la vitalité de ces êtres inférieurs auxeondi- lions de leur terrain nourricier. Il n’y a rien au monde de plus malléable et nous ne savons pourquoi l’école de Berlin résiste avec tant d’énergie aux faits qui tendenl à prouver, dans ce monde microscopique, sinon la variabilité des espèces, au moins les écarts morphologiques et surtout physiologiques des espèces connues, équiva- lant pour le moment et en pratique à celte variabilité. A notre sens, on ne comprendrait même pas qu’il y ait des microorganismes pathogènes, si l’on n’admettait d’abord, de la part de ces êtres, l’adaptation au milieu. Il va sans dire, à notre avis, que puisqu’il est possible de diminuer la virulence de cerlains microorganismes, il n’est nullement impossible d’augmenter la virulence de quel- ques autres; et Gaffky s’est donné une peine inutile en essayant de prouver que l’augmentation progressive de virulence, observée par Davaine chez les bacilles de la septicémie, ne repose que sur la pureté de plus en plus grande du virus, de série en série. Si la conclusion n’était pas exacte dans ce cas particulier, elle le serait dans un autre. lNous n’avons pas la compétence nécessaire pour décider si Buchner a réellement fait passer Bacillus anthracis à l’état de B. subtilis et réciproquement. Mais une transformation pareille ne nous répugnerait pas (ni probablement à Fokker, Nâgeli, A. Giard, Ray Lankester), bien que van Tiegkem ait pu recon- naître Bacillus butyricus dans les conifères fossiles de la houille et que Zopf et Miller aient retrouvé nos modernes microbes buccaux dans le tartre dentaire des momies égyptiennes. L’atténuation de virulence, artificiellement établie, est désormais acquise et les nouvelles générations de bacilles la conservent, à moins de conditions spéciales du milieu. 11 est même difficile de réaliser celles-ci, et Koch avoue n’y pas réussir aussi bien que Pasteur. Pratique des vaccinations. — Il n’est pas question de la vaccination contre la variole. Pasteur a créé et régularisé la méthode de vaccination par les virus atténués. On prépare ordinairement, par une technique dans laquelle nous ne saurions entrer, deux vaccins, l’un faible, l’autre fort, que l’on emploie successivement (en commençant par le faible). A part le vaccin rabique, les virus atténués ne sont appliqués qu’aux animaux. Le vaccin du rouget des porcs a été largement employé, et avec succès, dans le grand- duché de Bade (Lydlin, Schütz). La vaccination contre le charbon sympto- matique est aujourd’hui vulgaire en Francho-Comté, en Suisse, dans le lyrol,en Italie. Depuis 1881, après une série d’expériences démonstratives les inoculations de bovidés et d’ovidés contre le sang de rate se sont répan- dues en France (Eure-et-Loir, Seine-et-Marne, Hérault), en Austro-Hon- grie, en Italie, en Espagne, en Belgique, et ont subi en Allemagne l’épreuve victorieuse du domaine de Packisch, comme il a été constaté au Congrès f e icnne, malgré 1 opposition de Lôffler. Elles sont un peu moins sûres poui es moutons que pour les bœuls, mais réduisent les perles à moins de 2 p. 100 pour les seconds. Il ne s’agit ici do l’homme qu’indirectement. Mais il est clair que l'hy- giène a tout intérêt à ce qu’il soit conservé le plus possible de cet aliment précieux et cher, la viande, et que l’industrie de l’élevage assure le bien-être des groupes qui s’y consacrent, en même temps qu’elle contribue à la for- tune nationale. L’immunité conférée aux animaux, dans les divers cas qui précèdent, ne dépasse guère un an. C’est suffisant pour beaucoup d’entre eux. D’ailleurs on peut revacciner. Il est peu probable que l’on réussisse jamais des vaccinations avec des virus qui ne font pas d’emblée une maladie générale, comme la tubercu- lose, par exemple, qui ne devient générale qu’à la suite d’une extrême mul- tiplicité des localisations. Les essais de Cornil et Babes (1883) et ceux de Fallc, dans cette direction, n’ont rien d’encourageant. En ce qui concerne les inoculations antirabiques, elles présentent ce caractère particulier qu’elles sont pratiquées chez l’homme et après que le virus delà maladie spontanée a déjà été introduit chez les sujets. C’est le 6 juillet 1885 que Grancher injecta le virus rabique, atténué par Pasteur, sous la peau du jeune Joseph Meister, mordu par un chien enragé deux jours auparavant. Le succès fut complet. Depuis lors, Pasteur a systéma- tisé la méthode ; on injecte des moelles vieilles d’abord (14 jours), c’est-à- dire de virulence faible ; puis des moelles de plus en plus récentes jusqu’à celles de quelques jours ou même d’un jour, dans les cas graves (morsures à la face, morsures des loups); tantôt les injections successives se font en dix jours, douze jours; tantôt, dans les cas pressants, on précipite le trai- tement et l’on fait parcourir en un jour au même sujet toute la série as- cendante des moelles. En septembre 1887, Chamberland (Congrès de Vienne) annonça que le chiffre des personnes traitées au laboratoire de Pasteur dépassait trois mille, et que la mortalité était tombée à 1,3p. 100 environ, alors que la statistique la plus faible, celle de Leblanc, établit qu’il y a 16 morts sur 100 cas de morsures par chiens enragés (par les morsures de loup, il y a 60 à 80 morts p. 100). Des Instituts antirabiques se sont fon- dés à Saint-Pétersbourg, Moscou, Odessa, Vienne (Autriche), Milan, Turin, Naples, New-York, la Havane, Buenos-Ayres. 3. Antisepsie et désinfection. — L’antisepsie et la désinfection s’adres- sent sans intermédiaire aux microorganismes et germes, la première pour les écarter, la seconde pour les détruire. Il va sans dire qu’il y a des de- grés et des variations dans les moyens employés par l’une et l’autre. La distinction, d’ailleurs, entre l’antisepsie et la désinfection n’est réellement pas aussi nette que nous l’indiquons ici pour la commodité de l’élude ; la première emprunte souvent quelques-uns des procédés de la seconde et inversement. L'antisepsie est une méthode de l’hygiène, que la chirurgie s’est appro- priée, elle qui est régulièrement en présence des solutions de continuité du tégument, c’est-à-dire de portes d’entrée des germes, quand elle ne les fait pas elle-même. Celle mélhocle consiste à éviter le transport des germes à la plaie au moyen des personnes et des choses, à barrer le chemin aux germes qui pourraient se présenter et même à les attaquer, là où l’on soupçonne leur présence, par des agents paralysants, coagulants, oxydants, en un mol par les agents de désinfection que nous allons examiner plus loin. ha première partie de ces pratiques se résume essentiellement dans la propreté des objets de pansement, des instruments, des mains des chirur- giens et des aides, de leurs vêtements et du local (asepsie) dans lequel s'ac- complissent les opérations. Le chirurgien attentif qui va faire une ova- riotomie commence sa journée par prendre un bain, et tous les aides qui doivent l’assister font de même. Il ne voit aucun autre malade avant de se rendre auprès de la patiente à opérer. Tous les instruments baignent dans une solution antiseptique; la région sur laquelle va être porté le bistouri est lotionnée avec le même liquide; le chirurgien et ses aides, les bras nus, y trempent leurs mains et ne s’essuient à aucun moment de l’opération, bien qu’ils aient revêtu des tabliers immaculés, sortant d’une armoire où les poussières de l’air n’ont pas accès. En un mot, on évite d’établir un rapport même indirect entre la plaie et toute surface qui aura pu recevoir les germes aériens ou d’autres. On ne lave plus les plaies à l’eau naturelle, toujours pénétrée de microorganismes, mais avec les solutions boriquées, phéniquées, bichlorurées. On barre le chemin aux germes vers les plaies à l’aide de pièces de pan- sement imperméables ou tillrant l’air, comme le pansement ouaté d’Al- phonse Guérin. On les précipite par l’humectalion à l’aide du spray, qui d’ailleurs les met au contact d’une substance défavorable à leur vitalité; surtout, on imprègne de solutions antiseptiques les pièces à pansement (Lister), on saupoudre la plaie d’iodoforme ; c’est-à-dire que l’obstacle méca- nique possède en même temps la propriété d’affaiblir et d’anéantir les mi- croorganismes. Les succès actuels de la chirurgie, en suivant cette méthode, sont tels que les chirurgiens s’habituent peu à peu à dédaigner l’état du milieu dans lequel ils opèrent ou traitent leurs blessés, comme nous l’avons constaté personnellement, en 1883, dans les cliniques de Berlin et comme le pro- lesse Championnière. Nous avons peine à croire que ce dédain soit légi- time. Lister, dit-on, réussissait ses opérations dans des salles infectes. Soit, mais nous ne saurions nous empêcher de songer encore, après l’opération, à 1 opéré lui-même, dont la vitalité générale réclame l’air, le soleil et la pro- preté ambiante. En fait, des chirurgiens avisés exigent que les parois intérieures de leurs salles soient revêtues de. matériaux lisses et imperméables, ne fixant pas les germes et se prêtant aux lavages, que l’on pratique en effet, avec la so- lution de sublimé. Ils condamnent les saillies et les encoignures, le maté- riel hospitalier qui multiplie inutilement les surfaces d’infection, le mobilier en matériaux spongieux. C’est donc qu’ils pensent devoir étendre leur pré- occupation un peu au delà de l’œuvre chirurgicale pure. dantil est des opérations, que l’on peut appeler médicales, auxquelles peut s’appliquer aussi la véritable antisepsie. Ainsi le traitement de l’hydro- pneumolhorax tuberculeux, du professeur Potain, au moyen de l’air sté- rilisé introduit dans la plèvre après évacuation du liquide (la stérilisation de 1 air s obtient par son passage à travers la ouate et une solution phéni- quée forte). Désinfectants. — Les désinfectants sont des agents qui tuent les micro- organismes, pathogènes plus particulièrement, — ou tout au moins les empêchent de se développer; ou enfin en annulent les produits. A l’ori- gine, on désinfectait ce qui est infect; aujourd’hui, l’on s’attaque de pré- férence à ce qui est infectieux (tout ce qui pue ne tue pas, et inversement). Cependant il est toujours utile, à notre avis, de comprendre parmi les pro- priétés des désinfectants celle d’empêcher les mauvaises odeurs, qui sont souvent attachées à des sécrétions d'organismes inférieurs, saprophytes ou non, comme aussi d’absorber ou d’annuler les substances odorantes. Vallin a cru devoir distinguer entre les antiseptiques, qui s’adresseraient surtout aux champignons saprophytes, et les antivirulents, qui s’appliquent naturellement aux microbes pathogènes. La classification du savant hygié- niste n’a point prévalu; on se sert aujourd'hui du terme d'antiseptiques dans les deux cas. En fait, on ne sait jamais très bien où s’arrêtent les sapro- phytes et où commencent les pathogènes. En outre il est assez régulier que la même substance qui tue ou paralyse les premiers soit également funeste aux seconds. Les microbes les plus tenaces sont même plutôt parmi les saprophytes. En empruntant seulement une part de la classification de Vallin, nous envisagerons :l°les agents mécaniques ou physiques de désinfection ; 2° les antiseptiques ou désinfectants proprement dits. Agents mécaniques ou physiques. — 11 est clair que 1 enlèvement de la source même de l’infection est un mode excellent de désinfection. Sous ce rapport, on peut, avec Vallin, ranger parmi les agents mécaniques ou physiques qui atteignent ce but : la vidange, les égouts, les cimetières, les lavages des locaux, le grattage des parois, l’épandage de sable sur les planchers, le tamisage de l’air de ventilation, la pulvérisation d’eau dans l’atmosphère des habitations, le nettoyage des instruments de chirurgie, l’enlèvement immédiat des déjections ou des linges des malades, etc. On peut y joindre la construction des habitations, collectives surtout, en ma- tériaux imperméables, à surface lisse et dure; la fabrication d’instruments de chirurgie en acier et en verre exclusivement, t\ manches en métal; la suppression du velours et du drap dans les boîtes destinées îi les renfermer. La ventilation agit mécaniquement en dispersant et en diluant les mi- crobes et odeurs, et chimiquement, en oxydant les molécules organiques. En se reportant aux résultats d’atténuation de certains virus par l’air pur, que Pasteur a fait connaître, il est permis de penser que la ventilation nous protège même contre les molécules organiques vivantes. Le charbon absorbe les gaz et la vapeur d’eau, et d’autant mieux qu il est plus récemment éteint. S'ilestantisepliquo, c’est qu’en absorbant aussi l’air il fait oxyder les autres gaz. Les poussières sèches, la terre sèche, qui forment la substance de Yearih- closet de Moule, des tinettes Goux et des procédés de traitement des ma- tières fécales recommandés par Fée, Yallin, et d’autres, agissent en absor- bant les liquides, les gaz, et probablement en oxydant les matières albumi- noïdes à la faveur des microorganismes aérobies qu’elles renferment. En effet, la terre de jardin, riche en microbes, désinfecte mieux que l’argile. Les bactéries ne vivant pas sans eau, la dessiccation des matières qui en renferment est un moyen de détruire beaucoup de microorganismes dans la phase de végétation ; elle affaiblit la virulence du vaccin (Yallin) et celle des moelles rabiques (Pasteur). En général, la croissance des bactéries est suspendue, quand la teneur en eau est à moins de G8 a 70 p. 100. Malheu- reusement les spores de divers bacilles pathogènes (typhus abdominal, tu- berculose), comme nous avons vu, résistent très longtemps à la dessiccation, des années peut-être. La soustraction de l'air est le principe de la préparation des conserves Ap- pert, à la vérité avec association de la chaleur. Aujourd’hui, l’on sait, dans les laboratoires de bactériologie, que les gelées nourricières ne s’altèrent point sous l'influence de l’air, pourvu que l’on oblige cet air à se filtrer sur un tampon d’ouate avant d’arriver à la substance putrescible. La lumière solaire détruit les spores charbonneuses, d’après Arloing. Roux estime que cet effet est dû à ce que la lumière favorise l’action de l’air. L’effet destructif de la pression est douteux (P. Bert, Certes, Gochin); il est probablement très restreint. Celui de Y électricité est plus positif; le courant galvanique constant produit l’arrêt de la multiplication. La température présente les ressources les plus certaines pour la des- truction des bactéries. Le froid est beaucoup moins efûcace que les hautes températures. A la vérité, il conserve les viandes, ainsi que l’ont prouvé les essais du Frigo- rifique et que le montre encore le transport de viandes d’Amérique en Europe sur des navires, dans des appareils réfrigérants. On a retrouvé, dans les glaces polaires, des mammouths dont la chair est mangeable. On conserve les cadavres dans la glace, à la Morgue de Paris. Mais peut- être y a-t-il là une modification du milieu nutritif qui le rend, pour un temps, impropre au développement des organismes inférieurs. Ceux-ci sont paralysés plutôt que tués. Des liquides ensemencés par Pasteur ont manifesté 1 activité viIale après avoir supporte 30 degrés au-dessous de zéro. Selon Gubler et Bordier, Melsens aurait fait perdre sa virulence au vaccin soumis à — 80°. Prudden (voy. p. 204) a reconnu que les bacilles pathogènes subissent dans la glace une diminution lente, mais progressive. Le fait parait constant, quoique les résultats de Bordoni-Uffreduzzi ne le confirment pas. Une série de congélations et de liquéfactions successives et alternanles est rapidement mortelle pour les microbes. La chaleur est le parasilicidé par excellence. 11 y a, toutefois, de grandes diflérences entre la chaleur sèche et la chaleur humide, et les effets oble- nus sont autres quand il s’agit de bacilles asporés que quand on a affaire à des organismes avec spores. Toutes les bactéries adultes et leurs spores sont détruites par l’ébulli- tion à 100 degrés, suffisamment prolongée et pourvu que la température de 100 degrés ait été réellement atteinte dans toute la masse renfermant des microorganismes. On les détruit même très complètement à des tem- pératures bien inférieures (50 à GO degrés) dans les liquides, en recourant au procédé de Tyndall et de R. Koch, qui consiste à chauffer plusieurs fois, successivement, à des intervalles de douze à vingt-quatre heures, la liqueur à stériliser ; les spores non tuées par les premières chauffes se déve- loppent dans les intervalles et sont aisément détruites au moment où elles sont devenues végétal parfait. Toutefois, Miquel, van Tieghem, Globig (à la surface du sol), ont signalé des bactéries qui se développent entre 50 et 70° et même au-dessus. Le temps d’ébullition nécessaire pour la plupart des spores varie de deux à dix ou quinze minutes; cependant, d’après Buchner, les spores du bacille du foin (Dacillus subtilis) exigent une heure. Celles du bacille de la pomme de terre de Globig, cinq à six heures d’exposition à la vapeur à 100°. La chaleur sèche exige des degrés beaucoup plus élevés, précisément parce que, dans l’état de dessiccation, le protoplasme des microorganismes ne se prête plus aisément à des changements d’étals. Dans les expériences de Wernich, des tissus imprégnés de matière putride et soumis à une tem- pérature de 110 à 118° à sec, ensemencèrent cinq fois sur six les liquides de culture. Au contraire, l’ensemencement échoua dix fois sur dix après cinq minutes d’échauffement entre 125 et 150 degrés. Certaines spores (Flügge) sont seulement tuées après un séjour de trois heures dans de l’air chauffé à 145 degrés, ainsi qu’il résulte des expériences de Koch et Wolffhügel. Les spores de moisissures ne cèdent qu’à l’exposition pendant une heure et demie dans l’air à 110-115°.Selon Miquel, les bacilles résistent plus que les bactéries et microcoques. A la suite des études de Koch, Wolffhügel, Miquel, Loffler, Gaffky, Val- lin, Herscher, Grancher, Yinay, etc,, il a été reconnu que la chaleur humide, fournie par la vapeur à l’état de courant et sans pression — ou sous une pression modérée, mais en expulsant l’air, corps mauvais conduc- teur, qui protège réellement les microbes autour desquels il se trouve, — est parfaitement suffisante pour anéantir, dans un temps convenable, tous les germes et tous les microorganismes pathogènes. La température de la vapeur sans pression ne dépasse naturellement pas 400 degrés, à moins que l’on n’ait élevé, par l’addition de sel (Dobroslavine) par exemple, le •point d’ébullition de l’eau. A une pression légère, on porte la chaleur de la vapeur à 102,7 par 1/10 d’atmosphère (H. Merke), à 105, MO degrés et plus, en surajoutant moins d’une atmosphère. (Zundel et Alph. Koch obtiennent la température de 100°, dans la désinfection des wagons de bestiaux, en empruntant un jet d’eau à la chaudière de la locomotive, où il y a 5 à 6 atmosphères, c’est-à-dire près de 160°.) Étuves a désinfection. — C’est sur la notion de l’action parasiticide de la chaleur que repose la construction des éluves pour la désinfection des vêtements, du linge, de la literie ayant servi à des malades, des pièces de pansement provenant des blessés. Etuves à air chaud. — Les premiers appareils de désinfection, con- struits à une époque où l’on avait plutôt l’intuition que la démonstration des effets de la chaleur sur les germes, employaient l’air chaud, c’est-à- dire la chaleur sèche, qui vient de se révéler comme insuffisante, à moins que l’on n’atteigne à des températures extraordinaires. Ainsi, les étuves anglaises de Notlingham, de Liverpool, de Londres; celle de Moabit, à Berlin, de l’hôpital Saint-Louis et de la Maternité, à Paris, de l’Hôtel-Dieu de Rouen, etc. En 1880, le Conseil d’hygiène de la Seine, sur un rapport de Pasteur et Léon Colin, adoptait le principe de la création de deux étuves à désinfection publiques, à air cbaud, sur deux points opposés de la capi- tale; la température intérieure ne devait pas dépasser 110°. Tous ces efforts, bien intentionnés, étaient autant d’erreurs qui, heureusement, n’ont pas trop compromis la méthode. Déjà, en 1880, Em. Trélat et Hudelo exprimaient le vœu que l’on n’essayât point, dans de pareilles étuves, la désinfection d’objets épais, comme les matelas, à l’intérieur desquels la chaleur ne pouvait s’élever suffisamment pour être efficace. L’expérience a condamné totalement ces appareils; l’air est le plus mauvais véhicule du calorique que l’on puisse imaginer; il ne pénètre que très malaisé- ment dans l’épaisseur des étoffes et surtout des couvertures et matelas, où il y a primitivement de l’air incorporé qui protège les microbes par sa conductibilité nulle. De sorte qu’il faut faire une dépense extraordinaire de combustible, pousser la température jusqu’à 125 degrés au moins, et griller les linges et étoffes au point de les rendre inutilisables, sans attein- dre, dans la profondeur des matelas, à une température approchée de celle qui pourrait tuer les microorganismes. Il est démontré, en effet (Koch et Wolffhügel), que la soie, la laine, le lin, le cuir, ne résistent pas aux températures approchant de 150 degrés. La chaleur sèche de 120° roussit déjà la laine blanche (Vallin). La chaleur humide serait moins compromettante, d’après Wolffhügel; cependant on a dû renoncer à exposer les objets de cuir à l’étuve Geneste-IIerscher, quoique la température n’y dépasse jamais 115° et reste souvent très au-dessous. « On dépense depuis un an, nous écrit Vallin, plusieurs milliers de francs pour tenir allumée jour et nuit l’étuve à air sec de lTIÔlel-Dieu de Rouen, et l’on y fait roussir le matériel de deux hôpitaux. On roussit, mais l’on ne désinfecte pas. La température centrale des oreillers de malades qui y sont exposés ne dépasse pas 65 à 70 degrés. » Nous n insistons pas davantage sur un procédé qu’il y a tout intérêt à abandonner au plus tôt. Des installations reposant sur ce principe, pourvu qu’elles ne soient pas très coûteuses, pourraient être adoptées dans des prisons, des asiles, des magasins de matériel, à la destruction des gros parasites, vermine, mites, vers. 11 existe un modèle de ce genre dans la maison Geneste-IIerscher. Mais il semble devoir, bien souvent, faire place a l’etuve à vapeur, qui rend les mômes services et d’autres plus importants. Étuves à vapeur. — Robert Koch a construit lui-même l’appareil qui sert aujourd’hui de type aux constructeurs d’étuves, en Allemagne. Une marmite remplie d’eau est surmontée d’un cylindre en fer-blanc, dont la partie supérieure est conique et se termine par un tube d’un centimètre de diamètre. Ce cylindre est enveloppé de corps mauvais conducteurs. On porte à l’ébullition l’eau de la marmite; un jet de vapeur à 100° s’échappe par le tube terminal. Si l’on a placé dans le cylindre vertical des objets à désinfecter, l’effet voulu est atteint en quinze à soixante minu- tes. Les spores les plus résistantes sont tuées dans ce dernier délai, même contenues dans une membrane épaisse. 11 est probable que l’étroitesse de l’orifice d’échappement comprime un peu la vapeur à l’intérieur du cylin- dre. Les constructeurs recher- chent parfois (Wolffhügel) des dispositifs qui permettent cette compression et une tempéra- ture notablement supérieure à 100 degrés. Or, l’un de ces dispositifs consiste simple- ment dans le jeu d’un robi- net, qui rétrécit à la moitié, au quart, le calibre du canal d’échappement. La figure 88 ci-contre re- présente l’un des modèles de « désinfecleurs » de Henneberg (Berlin). Il est facile, d’après ce qui a été dit, de compren- dre le fonctionnement de cet, appareil. Il est de remarque que les objets humides opposent une résistance plus énergique que les autres à la pénétration du calorique et que certains ob- jets, tels que les plumes, la ouate, sont plus particulière- ment endommagés par le fait de la condensation de la va- peur à leur surface, quand ils sont froids (Wolffhügel, Knorre, IL Merke). Aussi conseille-t-on de les chauffer préalablement. En France, les ingénieurs Genesle et Ilersclier ont réalisé toutes les conditions que l’on peut attendre d’un appareil de désinfection pour la (*) (*) a. Cylindre renfermant les objets à désinfecter; — /). Axe sur lequel est mobile ce cylindre pour pou voir se placer horizontalement, quand on y introduit les objets; — m. Indicateur de niveau; —• "■ ^ noir d’introduction de l'eau dans la chaudière; — o. Tuyau d’échappement de la vapeur; p. Tuj ■'>u '' ,pcnu de condensation à la chaudière; — s. Robinet d’évacuation; — t. Conduite dalimen a 10 r. Porte du cendrier; — vj. Orifices de nettoyage. Fig. 88. — Étuve ù désinfection à vapeur sans pression, de Rietschel et Henneberg (*). chaleur dans les constructions dont les figures 89 et OOdonnent un aperçu. Leur étuve agit sous pression, et ils le disent, au lieu de recourir aux solutions salines ou aux robinets de retenue, par lesquels les Allemands atteignent à des températures supérieures à 100 degrés avec des appareils Fig. 89. — Étuve à vapeur sous pression, de Geneste et Hersclier (*). dits sans pression. Mais, pour obtenir le déplacement de l’air interposé aux fibres des tissus et à la laine des matelas, et pour le remplacer par la vapeur chaude, ils ont adapté au cylindre renfermant les objets à désin- fecter un mécanisme très simple, qui permet de laisser échapper, au bout de cinq minutes, la vapeur accumulée dans le cylindre. Cette dépression, qui équivaut sûrement, comme on le voit, au courant de vapeur des Alle- mands, peut-être provoquée une seconde fois et l’opération n’en réussit que mieux. D’ailleurs la condensation de la vapeur introduite dans la chambre d’épuration est empêchée par deux faisceaux de tubes intérieurs, des- servis d’une façon indépendante, qui chauffent par rayonnement l’inté- rieur du cylindre avant l’introduction de la vapeur et après l’opération, pour le séchage. Comme l’a constaté Yinay, l’étuve Herscher satisfait aux trois indications principales qui sont la raison d’être de ces mécanismes. Elle tue les germes pathogènes (Grancher, Arloing, Yinay), y compris le Bacillus sublilis et le virus du charbon symptomatique (à 112, 115 degrés), un des plus résistants que l’on connaisse. Elle agit rapidement : quinze minutes pour la désinfection, quinze à vingt minutes pour le séchage, et ne dépense pas de combustible à l’excès: 100 kilogrammes de charbon pour dix à douze heures de travail par jour. Enfin, le passage par l’étuve n’altère ni l’aspect ni la coloration du lin, du colon, de la soie; la laine blanche seule roussit un peu. 1 outefois la chaleur, au-dessus de 100°, rend à peu près indélébiles sur le linge les taches de sang, de méconium, de pus. Si l’on cherche à en obtenir la décoloration, après désinfection, par le chlorozone, il en résulte une usure considérable. Vinay conseille le lavage préalable. D’ailleurs il met la sécurité vis-à-vis des microbes bien au-dessus des risques du linge et des effets. Les hygiénistes sont unanimes à reconnaître la sûreté de cet appareil. ( ) F. Corpscylindrique de 1 étuve. — S. Batteries chauffantes intérieures. — V. Voie d'entrée; —V'. Voie de sortie ; — G. Chariot. Wolffhügel lui-même le cite parmi les bons; J. Salomonsen et F. Levison (Copenhague) viennent de le déclarer supérieur. Les inventeurs en ont mo- difié la forme de telle sorte qu’au lieu de rester étuve fixe, il puisse être Fig. 90. — Étuve loeomobile de Geneste et Herscher. sur un navire, sur un chaland, sur une voiture. La figure 90 installé îeproduit un modèle aisément transportable, tel qu’il en circula un dans les villages du Poitou envahis par la suette mi- liaire de 1887. Objet de quelque méfiance au dé- but, le « train sanitaire » ne tarda pas à être bien accueilli par les paysans et rendit de réels services. Le ministère du Commerce français organise un service régulier de désinfection par étuves mobiles, et il vient d’en être inauguré une à Saint-Denis. Le maniement de l’étuve sur roues diffère un peu de celui de l’étuve fixe. D’ailleurs, pour l’une et pour l’autre, il importe d’utiliser un personnel intelligent et bien dressé. L’étuve Geneste-Herscher a servi, aux lazarets de Port-Gros et Bagau, à désinfecter les effets de nos soldats rapatriés du Tonkin. Les ministères du Commerce et de la Marine l’installent dans les ports et sur les navires. La ville de Paris la place dans ses hôpitaux d’isolement et dans les succursales du Mont-de-Piété. Du mois de juin 1887 au mois de mars 1888(Duval), ces dernières ont désinfecté près de 30,000 objets. Un des succès les plus remarquables est celui qui a été obtenu sur le Mytho (Proust); ce navire arri- vant d’Extrême-Orient et ayant pratiqué, à l’aide de son étuve Herscher, la désinfection à bord, a pu être admis immédiate- ment en libre pratique en France. Les étuves suppriment les quarantaines. Ce procédé s’impose naturellement pour la désinfection des chiffons (Vallin, Richard, Loffler). Fig. 91. — Appareil pour la désinfection et le nettoyage des crachoirs de phtisiques, de Geneste et Herscher. Pour ne pas étendre à l’excès cet article, nous nous bornerons à une men- tion, d’ailleurs honorable, à l’égard des étuves de Jules Leblanc, de Pierron et Dehaitre, de Reck, qui ont leurs mérites, mais ne donnent pas à la vapeur le mouvement qui dispense des hauts degrés de température, ou sont un peu compliquées. La figure 91 représente un appareil de désinfection des crachats par ébullition. La partie essentielle de cet ensemble consiste en un seau en cuivre dans lequel sont placés les crachoirs; on vide par dessus une solution de carbonate de potasse ou de soude que l’on a fait chauffer dans un seau pareil au premier et auquel on substitue celui-ci ; un cône mobile percé de trous formant trémie est introduit dans l’intérieur du seau, où il est sup- porté par trois ou quatre équerres rivées, dans le but de maintenir les crachats dans un milieu liquide et de faciliter l’ébullition. Le tout est placé sur le feu et la porte de l’appareil soigneusement fermée. Il suffit de faire bouillir pendant quelques minutes. Grancher et de Gennes affirment l’efficacité absolue de celte méthode. Antiseptiques proprement «lits. — Il est assez difficile de classer les antiseptiques. Vallin fait une classe à part des absorbants chimiques, qui ab- sorbent lesgaz et désodorisent ; mais beaucoup de ces corps (sulfates de fer et de zinc, chlorure de zinc, etc.) sont en même temps de réels parasiti- cides. Duclaux fait entrevoir une division qui comprendrait la série des paralysants, des oxydauts, des coagulants; elle est fort rationnelle, mais peut-être que le même agent pourrait rentrer dans deux catégories à la fois ; d’ailleurs les distinctions à faire ne sont pas encore précises. Miquel dis- tingue : les substances qui tuent les bactéries ; — celles qui tuent les spores; — cellesqui paralysent les microorganismes développés ou àl’étatde spores. Le même auteur a échelonné les substances bactéricides de la façon sui- vante : éminemment, très fortement, fortement, modérément, faiblement, très faiblement antiseptiques. «Un corps est éminemment antiseptique quand il s’oppose à la putréfaction de 1 litre de bouillon, à la dose comprise entre 0 gr. 01 et 0,1; » très faiblement antiseptique, quand il en faut de 100 à 300 grammes pour le même effet. A la vérité, Miquel a surtout essayé les antiseptiques sur les germes contenus dans les poussières des habitations ; ce qui n’éclaire pas absolument l'antisepsie appliquée aux microbes patho- gènes. Il faudrait avoir expérimenté sur chacun de ceux-ci, individuelle- ment, comme l’a fait It. Koch sur Bacillus anthracis, comme ont procédé Gartner et Plagge pour rechercher l’action de l’acide phénique et du su- blimé. Nous reproduisons néanmoins l’échelle d’antisepticité de Miquel : Substances. Biiorlure do mercure lodure d’argent Eau oxygénée Substances éminemment antiseptiques. Doses. 25 milligr. 30 — 50 — Substances. Biclilorure de mercure Azotate d’argent Doses. 70 milligr. 80 — Acide osraique.... — chromique Chlore Iode Chlorure d’or Acide cyanhydrique Très fortement antiseptiques. 15 centigr. ‘>0 — Brome lodoforme Bromoforme Chlorure de cuivre Chloroforme Sulfate de cuivre... Gü centigr. 70 — 80 — 90 — Acide salicylique ) — benzoïque j Bichromate de potasse , Cyanure de potassium ) Acide picrique Chlorure d’aluminium / Gaz ammoniac ) Chlorure de zinc Acide thymique Chlorure de plomb Essence de mirbane Fortement antiseptiques. 1 gramm. l8r,20 1 ,30 1 ,40 1 ,90 2 ,00 2 ,00 2 .GO Acide sulfurique , — azotique — chlorhydrique ' Essence d’amandes amères.... Acide phénique Permanganate de potasse Azotate de plomb Alun Tannin Acide oxalique j — tartrique [ — citrique ' Sulfhydrate de sodium 2 à 3 gr. 3 gramm. 3Sr,20 3 ,50 3 ,G0 4 ,50 4 ,80 3 à 5 gr. 5 gramm. Modérément Bromhydrate de quinine 5sr,50 Acide arsénieux G ,00 — borique 7 ,50 Hydrate de cliloral 9 ,30 antiseptiques. Salicylate de soude 10 gramm Sulfate de protoxyde de fer 11 — Alcool amylique 14 — Faiblement ou très faiblement antiseptiques. Ether sulfurique 22 gramm. Alcool butylique . 35 — — propylique G0 — Borate de soude 70 — Alcool éthylique 95 — Sulfocyatiure de potassium... . 120 — Iodure de potassium 140 gramm. Prussiate de potasse 185 — Glycérine officinale 225 — Urée naturelle 2G0 — Hyposulfite de soude 275 — Chlorate de soude 400 — Sels de mercure. — On remarquera la supériorité du biiodure sur le sublimé. Le biiodure est soluble dans 200 parties d’eau, surtout si l’on ajoute un peu d’iodure de potassium. Miquel a fait disparaître la fétidité des crachats chez les phtisiques en faisant respirer le spray obtenu avec 30gramines par jour d’une solution de biiodure à 1 p. 2000, en deux ou trois séances ; on ajoute 20 grammes de laudanum pour prévenir l’irritation des bronches et de la gorge. Le sublimé rend la vie des microbes impossible dans le bouillon de bœuf à la dose de 1 gramme pour 14 litres. La solution de sublimé à 1 sur 1000 tue en huit secondes les bacilles charbonneux sans spores, ceux de la morve, du typhus sans spores, de la diphlhérie, les microcoques de l’érysi- pèle, de la lièvre puerpérale, de l’ostéomyélite, iMicrococcus telragenus, Ba- rillus prodigiosus (Gartner et Plagge). La môme tue en quelques minutes toutes les spores. La solution au 5000e arrive au môme résultat en quel- ques heures. Le sublimé est donc devenu le désinfectant par excellence, dans les la- boratoires de bactériologie, en chirurgie, dans l’hygiène hospitalière et ailleurs. On l’introduit dans les approvisionnements sanitaires de guerre de toutes les nations. Le professeur Kœnig le recommande sous forme de vapeur, à la dose de 1 gramme par mètre cube pour désinfecter les habi- tations. A Paris, il a été appliqué (1887) il l’assainissement d’écuries en- vahies par la fièvre typhoïde; on a pulvérisé dans l’intérieur la solution au 1000e au moyen d’un appareil imaginé par Herscher. Le succès a été complet. A la Nouvelle-Orléans, on traite par le même procédé, très en grand, les navires suspects; selon Holt, il est pulvérisé de 7,000 à 14,000 litres de solution au millième sur les parois intérieures d’un navire. La pulvérisation (ou le lavage) est, en effet, le seul moyen d’employer le bichlorure dans des conditions pareilles. Liibbert, lleræus, Kreibohm, ont démontré que les vapeurs de sublimé, selon la méthode de Kœnig, n’ont aucune efficacité. Kubin (de Saint-Pétersbourg) a eu soin d’y substituer le spray mercuriel (solution au 1000e), ou encore la pulvérisation d’un mé- lange de la solution de sublimé et de lasolulion phéniquée à5 p. 100, dans la désinfection des baraques de l’hôpital Alexandre. Esmarch conseille de renouveler l’opération après vingt-quatre heures. Tarnier et ses élèves ont introduit le sublimé dans la pratique obstétri- cale. On s’en.sert pour laver les mains des accoucheurs et aides, les instru- ments; pour faire des lotions et des injections vaginales et même utérines. Gomment les pansements ou lotions au bichlorure, sur des plaies ou dans l’utérus saignant, ne provoquent-ils pas d’empoisonnement? C’est qu’il n’y a pas, d’habitude, d’absorption ; que, s’il y en avait, la dose de mercure absorbé serait extrêmement faible; qu’en fin de compte, il ne peut pas y en avoir, parce que le bichlorure fait, avec les sucs issus des plaies, un albuminat mercuriel en coagulation, insoluble et inabsorbable. Telle est du moins la théorie ; en fait, il y a eu quelques accidents. La solution de sublimé, selon les besoins, peutêtre à 1 sur 1000, sur 2000, sur 5000, sur 10 000. Miquel conseille la solution à 1 sur 10 000 pour beaucoup d’usages et spécialement pour désinfecter les objets de literie. Tarnier essaye de tremper les matelas dans cette solution; mais on ne parvient plus alors ù les débarrasser d’une énorme quantité d’eau, même en les chauffant à l’étuve pendant 12 heures. La solution au 2000° convient pour le lavage des mains. Le sublimé sert aux médecins de la Beauce pour panser la pustule mali- gne. — Est-ce, peut-être, comme parasiticido qu’il agit dans la syphilis? — A l’intérieur, quelques médecins conseillent d’administrer le proto- chlorure pour déterminer la production de bichlorure. Quoique antiseptique merveilleux, le sublimé est pourtant d’un usage restreint. 1° parce qu il est assez cher, bien qu’employé à petites doses, 6 à 8 francs le kilogramme ; 2° parce qu’il est dangereux. On ne l’admettra jamais, par exemple, dans la conservation des aliments. 11 serait coûteux dans la désinfection des fosses d’aisances et impraticable vis-à-vis de celles où l’on prend les matières pour servir immédiatement d’engrais; le poison pourrait être reporté sur des légumes ou des fruits. Le sublimé ne détruit pas les spores tuberculeuses, dans les crachats de phthisiques, 1 sur .>000 ni meme ci t sur oüO (Schill et Fischer), peut-être parce qu’il coagule d’abord la partie périphérique du crachat et fait ainsi une protection aux microbes de la profondeur; en effet, il réussit bien sur les crachats desséchés. Êau oxygdnde. — Angus Smith la considérait comme le désinfeclant de l’avenir. P. Bert démontra que l’oxygène lue les microbes, soit par oxydalion, soit par asphyxie. Lui et Péan emploient avec succès l’eau oxygénée neutre, privée d’acide sulfurique, à deux volumes d’oxygène pour lavages et pansements antiseptiques, à 6 volumes pour pulvérisations. Damaschino traite le muguet par le lavage à l’eau oxygénée, trois ou quatre fois par jour, sans négliger les lotions alcalines. On peut obtenir l’oxygène à l’état naissant, en faisant agir des suroxydes de plomb ou de manganèse sur une dissolution de chlorure de chaux, ou de chlorure de cobalt, ou de chlorure de cuivre (à chaud). Azotate d'argent. — Désinfecte bien à 1 sur 1000, sur 5,000, sur 10,000; par conséquent ne serait pas encore très cher. Mais il noircit la peau, les linges, les tissus et est impraticable en bien des occasions. Chlore. Iode. Brome. — L’eau iodée à 1 pour 19 000, dit Miquel, est toujours stérile. L’eau saturée d’iode pourrait servir pour la destruction des miasmes adhérents au linge des malades atteints de maladies contagieuses. Les solutions aqueuses de chlore et d’iode à 1 pour 4000 sont très efficaces ; Davaine (1874-1880) détruisait les bacilles charbonneux par une solution d’iode à 1 sur 150 000. 11 y a un traitement de la pustule maligne qui repose sur ce fait. Yallin et Mathieu ont essayé la teinture d’iode sur les chancres mous, sans arriver à des résultats certains. L’iode, comme l’a montré Dubujadoux, possède pour l’albumine une affinité qui l’empêche de pouvoir être appliqué à la désinfection des liquides albumi- neux ou d’opérer une désinfection durable à la surface d’une plaie; les microbes touchés par l’iode meurent et la couche iodo-albuminée est im- putrescible ; mais les germes vivent par-dessous. Il est vrai que cette pro- priété permet d’administrer l’iode pur à l’intérieur, soit contre la tuber- culose, soit contre la syphilis (méthode de Guillemin); on l’ajoute à du lait, qui peut recevoir lsr,33 d’iode par litre sans qu’il y paraisse à sa saveur. G. Colin (d’Alfort) avait déjà contesté les formules trop rassurantes de Davaine. Pour ce qui concerne le chlore et le brome, qui se diffusent aisément dans l’atmosphère et pénètrent partout, ils attaquent profondément toutes les substances, ce qui en restreint l’emploi. A l’état gazeux et surtout secs, ils sont presque sans action (Jalan de la Croix, Mehlausen, Miquel). Il n’en est plus de même à l’état humide et en solution aqueuse. Le chlore décompose l’hydrogène phosphore, l'hydrogène sulfuré, l’ammoniaque et les matières organiques volatiles en s’emparant de leur hydrogène. L’acide chlorhydrique qui en résulte forme avec une portion de l’ammoniaque, du chlo- rhydrate d’AzH3 (Les chlorures sur les matières fécales détruisent une part de l’engrais). En prenant de l’hydrogène à l’eau, le chlore met aussi en liberté de l’oxygène naissant. Les chlorures ne dégagent du chlore à l’air qu’en présence de CO2, qui prend la place du chlore en se combinant avec la base alcaline ou terreuse. Les « fumigations guyloniennes », que l’on prend souvent pour des fumigations au chlore, étaient en réalité des fumigations à Y acide chlorhydrique, comme 1 a démontré Vallin, dans une intéressante analyse rétrospective des procédés de Guyton-Morveau (1773), de Cruikshank (1797), de Vicq-d’Azyr (1774) el des idées de Scheele sur l’acide « muriatique déphlogystiqué, » c’est-à-dire sur le chlore qu il découvrait, de Lavoisier etBerthollet sur l’acide muriatique oxygéné, qui embrouil- lait la question. Les expériences de Renault (d’Alforl) et de Raynal sur le traitement par le chlore des virus morveux, charbonneux, claveleux et du choléra des poules, n’étaient pas favorables à ce désinfectant, même humide, non plus qu’aux chlorures. Celles de Gerlach, Peuch (virus morveux), John Dougall, Baxter, Mecldemburg, de Washington (vaccin), ont, au contraire, paru montrer que le chlore gazeux et à dose assez forte est un antiseptique énergique. Selon Baxter, il serait encore plus puissant sur la septicémie que sur le vaccin. Vallin ne semble pas éloigné d’incliner dans ce sens. Mais les recherches de Fischer et Proskauer, à F Office sanitaire Allemand, ont de nouveau réduit la valeur du chlore et du brome comme désinfectants. Les essais portèrent : sur des spores charbonneuses; sur un bacille de la terre de jardin très réfractaire à la chaleur humide ; sur des crachais tuberculeux desséchés; des bacilles du charbon, de la septicémie de la souris; micrococcus tetraçjenus, m. erysipelatos, m. prodigiosns ; la sarcine ; la levûre rose et grise; Aspergillus niger et A. rosé. Dans le laboratoire, aucun organisme ne se montra réfractaire au chlore, parce que l’on agissait dans des ballons hermétiques et dans de petits espaces, avec beaucoup de chlore. Il n’en fut pas de même dans des locaux habités, vastes el fermant bien. L'humidité de l’air joue un rôle capital, probablement en favorisant l’oxydation. Lorsque l’air est saturé de vapeur d’eau, les organismes sont détruits, pourvu qu’une proportion de 0,3 p. 100 (en volume) de chlore agisse pendant trois heures, ou une de 0,04 p. 100 pendant vingt-quatre heures. Si l’air est sec, l’action esL à peu près nulle. Quand on dégage du chlore dans un espace clos, au moyen de l’action de l’acide chlorhydrique sur le chlorure de chaux, on remarque qu’il est difficile d’obtenir tout le volume de chlore qu’indique la théorie. En outre, le gaz est lent à se diffuser; il y en a d’abord beaucoup plus à 1 m,50 de hauteur qu’à la voûte el au ras du sol que partout ailleurs ; c’est seulement au bout de quatre heures et demie qu il y en a autant à lm,50 qu’au niveau du sol. Dans ces conditions, l’action parasiticide fut énergique vis-à-vis des objets humides, vis-à-vis des organismes bien exposés, mais non profonde ni constante. En revanche, des échantillons de fils, d’étoffes, de cuirs, etc., avaient été gran- dement impressionnés, surtout dans leur couleur. Ce procédé est inapplicable aux tapis, aux vêtements, aux objets métalliques. 11 est fort dangereux pour le per- sonnel qui 1 emploie, à cause des accidents des voies respiratoires. Enfin, il serait assez coûteux ; 0 fr. 20 environ par mètre cube d’espace. Les recherches sur le brome, calquées sur les précédentes, ont donné les mêmes résultats. Arxolt.i», Hygiène. 2e édit. 32 Le chlore gazeux (dégagé par 100 grammes de chlorure de chaux et 165 grammes d'acide chlorhydrique par mètre cube) a échoué entre les mains de Kubin, aussi bien dans le laboratoire que dans la désinfection de baraques de diphlhériliques, à l'hôpital Alexandre, de Saint-Pétersbourg. lodoforme. — Préconisé, en 1881, par Mosetig von Moorhof, de Vienne, 1 iodoformo est essentiellement un antiseptique chirurgical. Les accidents d’empoisonnement qu’on lui a reprochés n’étaient dus qu’à la maladresse (Hassler) et ne 1 ont pas empêché de prendre une vogue immense, bien qu’il soit un parasiticide faible ou nul, sauf pour le vibrion du choléra; mais il dessèche la surface des plaies et les fait bourgeonner, ce qui ferme la porte aux germes (Itiedlin). Mosetig fait d’abord laver les plaies à l’eau pure; puis on emploie l’iodoforme : 1° En poudre fine, en couche mince sur les plaies ; 2° En crayons; les uns durs, préparés avec de la gomme ou du beurre de cacao ; les autres mous, à la gélatine. Pour être introduits dans les trajets ûstuleux, etc. 3° Incorporé à la gaze, à la dose de 30 à 50 p. 100. Cette gaze est employée dans les plaies de la bouche, du vagin, du rectum; pour tenir les bords de la plaie écartés. 4° En émulsion à 10-50 p. 100, avec glycérine, eau, gomme adragante ; dans les plaies profondes, les abcès froids. 5° En solution : Iodoforme Benzol Vaseline Huile de gaulthérie En injections dans les goitres parenchymateux. L’iodoforme (gaze) s’emploie aussi dans les brûlures. Sulfate de cuivre. — En dehors des métaux nobles, dit Miquel, il n’en est pas qui puisse lutter avec le cuivre au point de vue de l’efficacité pour suspendre et prévenir la décomposition des matières organiques. — Le chlorure de cuivre arrête la putréfaction du bouillon, à la dose de 1 p. 1400; le sulfate, à 1 p. 1100. — Malheureusement, les solutions saturées de sulfate de cuivre sont impuissantes à détruire les spores des bacilles communs. Miquel conseille d’ajouter à la solution de sulfate de cuivre 2 p. 100 d’acide sulfurique ou azotique. Pasteur a beaucoup contribué à donner un moment de vogue au sulfate de cuivre. Bouley, comme d’habitude, a renchéri sur le maître. Le Dr Burq avait adopté le cuivre comme anticholérique et en fut le défenseur héroïque, quoique malheureux. Thuillier, en Égypte, se bouiTait de cuivre et est mort très rapidement du choléra. Bochefontaine (Gazelle hebdomad., 21 septembre 1S83) refroidit un peu cet enthousiasme. Les solutions de sulfate de cuivre à 1 p. 100 empêchaient le déve- loppement des vibrioniens, mais point celui des spores de mucédinées. Les solu- tions à 1 p. 1000 n’empêchaient rien du tout. Un lot de cobayes fut partagé en deux moitiés qui toutes deux furent rendues baclériémiques par le procédé de 1 gramme. 9 — 11 2 gouttes. Davaine. L’une de ces moitiés bactériémisées reçut du sulfate de cuivre en injections hypodermiques. Les uns moururent comme les autres. Cependant Charpentier (Acad, méd., 4 mars 1884) a introduit le sulfate de cuivre en obstétrique. Se fondant sur les expériences de Pasteur et Chamberland et sur les siennes propres, il affirme que la solution de sulfate de cuivre au 100‘' est un antiseptique de premier ordre, qui peut rendre en obstétrique des services signalés et servir aux injections intravaginales ou intra-utérines. Vallin ne prend pas en grande considération les objections de Hochefontaine et pense que, si le sulfate de cuivre n’est pas un antiseptique radical, il peut néan- moins servira quelque chose et jusqu’à un certain point. Il conseille de mêler à chaque selle de cholérique ou à chaque litre de matière liquide, une lasse à café de chlorure de chaux en poudre, ou bien un grand verre de solution (eau bleue) : Sulfate de cuivre du commerce 50 grammes. Eau simple 1 litre. Les linges de corps ou de literie souillés par les déjections seront placés dans 20 litres d’eau, additionnés de 4 litres d’eau bleue. Le sulfate de cuivre coûte 90 francs les 100 kilogrammes. Sulfate de fer. — Désinfectant autrefois très vanté; réglementaire dans l’armée et à Paris pour la désinfection des latrines. Aujourd’hui, presque répudié par tous les hygiénistes et relégué parmi les « désodorisants ». Miquel ne le relève pas beaucoup en le classant dans les modérément anti- septiques. Le sulfate de fer oxyde les matières organiques, qui le ramènent à l’état de sulfure; ce sulfure redevient lui-mème sulfate en reprenant de l’oxygène aux matières organiques peu stables. D’où le nom de désinfectant perpétuel, que lui donnait Kühlmann. Virchow l’accusait d’augmenter d’abord la mauvaise odeur en se combinant avec l’ammoniaque et mettant en liberté les acides butyrique, valérianique, etc., qui étaient unis à cette base. Le fer exerce, selon Frankland, une action destructive sur les bactéries. Lassai- gne et de Gasparin avaient remarqué qu’il nuit à la végétation. Les cultivateurs du Nord refusaient les matières désinfectées par le sulfate de fer. Le sulfate de fer a l’inconvénienl de noircir les objets. On l’employait en solution de 180 à 2b0 grammes par litre, ou encore, 2k,500 de sulfate de fer, ou 10 litres de solution à 2b0 grammes par mètre cube de matière de fosse. Ou encore 15 à 25 litres de la solution à 180 grammes, qui était bien insuf- fisante, mais coûtait 5 centimes le litre. V.dlin a constaté que 10 grammes de sulfate de fer dissous dans une petite quantité d’eau ne désodorisent pas 500 grammes de matière solide, en pleine fermentation. Le sulfate de fer brut coûte de 9 à 15 centimes le kilogramme. Il est la base du procédé de désinfection des fosses avant la vidange. Les acides azotique, sulfurique, salicylique, phonique, sulfureux. — Les acides sont presque toujours des antiseptiques, puisque les schizomycêtes redoutent les milieux acides. Il n’est pas certain que l’acide salicylique, les acides benzoïque et picrique, acides faibles, occupent un rang supé- rieur aux acides forts, azotique, sulfurique, chlorhydrique. Les premiers sont actifs cà la dose de 1 p. 1000. L’acide sulfurique à I p. 50, l’acide azo- tique à 1 p. 100 tuent, dans l’espace de quelques jours, les spores des bacilles les plus réfractaires. Vallin conseille de recevoir dans une solution semblable d’acide sulfurique les selles de typhoïsants. D’après les recher- ches de Kitasato (p. 502), la solution pourrait être bien moins forte. Les fumigations nitriques de Carmichael Smith (1780), que l’on pratiquait en ajoutant du nilre pulvérisé à de l’acide sulfurique légèrement chauffé, semblent à Vallin n'avoir été autre chose que des vapeurs d'acide hypoazotique. Aujourd’hui on se sert de l’acide hypoazotique, dégagé par l’action d’un mélange d’eau et d’acide azotique sur la tournure de cuivre. Quand cet acide a oxydé les matières organiques, il redevient bioxyde d’azote; mais celui-ci, à l’air, repasse à l’état d’acide hypoazotique. On place ordinairement la tournure de cuivre dans le mélange d’eau et d’acide azotique après avoir pris la précaution de l’en- velopper dans du papier gris. On a soin également de commencer par la terrine la plus éloignée. Les vapeurs rutilantes sont très dangereuses à respirer. L’acide hypoazotique tue assez bien les bactéries et pénètre dans les coins et fissures; mais il est mortel aux linges, effets, métaux, meubles. Gérard et Pabst ont proposé de le remplacer par l’acide nitro-sulfurique, ou vapeurs d’acide nitreux dissoutes dans l’acide sulfurique, que l’on recueille des chambres de plomb. Ou imprégnerait, par exemple, d’acide sulfurique nitreux une petite quantité de coke placé dans un appareil en grès et adapté au tuyau d’évent des latrines, etc. Ce moyen détruit surtout les gaz infects (par oxydation); ces gaz étant essentiellement des hydrocarbures. On a encore conseillé Yélher nitreux ou azolite d’éthyle, qu’on obtient sans danger, à l’état de vapeurs agréables, en mélangeant 400 parties d’alcool et 100 par- ties d'acide azotique (Peyrusson, de Limoges). Vallin a contrôlé les effets de cet agent : il est bon antiseptique, mais assez peu désinfectant et rouille énergi- quement les métaux. En somme, « la désinfection par l’éther azoteux ne paraît pas avoir d’avantages très marqués et reste au-dessous de ce que la théorie permettait d’en espérer. L'acide p/iénique ou carbolique, vanté en France par Déclat., avant que Lister en eût fait l’agent par excellence de l’antisepsie chirurgicale, est peu soluble dans l’eau, mais assez soluble dans l’alcool et dans l’huile. C’est un toxique incontestable, comme le prouvent les accidents qui se mon- traient autrefois dans les lavages de la plèvre avec l’eau phéniquée et ceux qui se présentent dans le traitement de la fièvre typhoïde par l’acide phé- nique en lavement (0gr,50 à 1 gramme par lavement, A à 6 fois par jour). Lister a deux solutions ; l’une forte, à 5 p. 100; l’autre faible, à 2,5 p. 100. D’autre part, on pulvérise les solutions dans l’air autour des opérés (spray). Les recherches de Perrin et Marty tendent à prouver que le spray ne purifie point de bactéries l’air des salles d’hôpital. L’efficacité désinfectante de l’acide phénique n’a point paru élevée a Wernich, Sternberg, Gosselin, A. Bergeron, John Dougall, Parkes. Les solutions concentrées seules leur semblaient immobiliser les bactéries et les empêcher de se multiplier. Jalan de la Croix constate que, dans du jus de viande ensemencé de bactéries, celles qui ont pullulé ne sont tuées que par 1 sur 22 d’acide phénique. Pour que les germes contenus dans ce liquide deviennent incapables de se reproduire dans un milieu convenable, il faut la proporlion énorme de 1 d’acide pour 2,6 du mélange. « L acide phé- nique, dit John Dougall, est un antiseptique, mais non un désinfectant, il embaume la matière organique, la conserve, retarde la fermentation et la putréfaction; mais bientôt, en se volatilisant, il abandonne la matière in- fectieuse sur laquelle il était fixé et lui restitue toute son activité. » Pourtant l’acide phénique ne bout qu’à 180° et ne se volatilise pas très facilement (Scbotte et Gartner). Les essais de Baxter, J. Dougall, Dreyer, Davaine, sur les virus vaccin et charbonneux ont montré que l’acide phénique ne détruit ces virus qu à forte dose. Les auteurs, toutefois, ne sont pas d’accord sur les proportions sous lesquelles il arrête la croissance des bactéries. Koch porte ces proportions à I sur 830. tandis que BatimotTles restreint à 1 sur 400 et Miquel à 1 sur 313. Quant aux proportions sous lesquelles il tue les microorganismes, Gartner et Plagge les fixent à 3 p. 100, avec 8 secondes d’application, pour tous les parasites mentionnés à la page 494; les microbes de l’ostéomyélite et de la méningite exigent 30 à 43 secondes avec la solution à 2 p.100. A 1 p. 100, l’acide phénique n’agit rapidement que sur les bacilles de la morve et ceux du charbon. Les solutions aqueuses à 5 p. 100 détruisent en quelques jours (Flügge) les formes résistantes. Les bactéries asporées sont tuées par des solutions à 3 p. 100 après un temps très court. L’acide phénique, n’étant pas coagulant, est plus propre que le sublimé à désinfecter, par exemple, les crachats de phtisiques. Lu ce qui concerne l’action des vapeurs d’acide phénique, Schotte et Gartner ont montré que les bactéries de liquides contenus dans des vases largement ouverts, placés à 2 mètres au moins du sol, n’étaient détruites que par la volatilisation rapide (300 grammes en 23 minutes) de 7sr,30 d’acide phénique par mètre cube; quand la volatilisation se faisait plus len- tement, la destruction était moins certaine. — La désinfection réussit mieux quand les tissus exposés sont humides. —A ce taux, une petite salle de huit malades, mesurant 300 mètres cubes, dépenserait4kil,500 d’acide phénique. Acide sulfureux. — Ce désinfectant a eu un moment de très grande vogue et a même été, si l’on peut dire, le désinfectant officiel, grâce aux éludes de Yallin et au patronage de Dujardin-Beaumetz. En fait, il détruit une bonne part des microorganismes développés, sinon leurs spores, quand on a soin de le faire agir dans des espaces bien clos après humectation de l’atmosphère. Personnellement, il nous a semblé, au temps où la sulfuration des locaux suspects était encore usuelle dans l’armée, que cette pratique ne coupait pas court brusquement aux épidémies de scarlatine, de rougeole, de fièvre typhoïde, mais qu’elle retardait la réapparition des cas et les rendait plus rares. On brûle de 23 à 30 grammes de soufre par mètre cube dans le local à désinlecler, en ayant soin d’en arroser d’eau le sol au préalable et d’en obtu- rer exactement tous les joints et les fissures. On peut y laisser les linges, effets, literies, mais aucun tissu coloré ni aucun objet de métal. En réalité, il est assez difficile de faire brûler tout le soufre et, rien que par la porosité des plafonds et des murailles, il se perd de 40 à (J0 p. 100 de l’acide sulfureux produit. Les tissus sont attaqués très inégalement et, là où ils le sont avec énergie, ils sont hors de service. Depuis les recher- ches de Wolffhügel (1881), cet agent a beaucoup perdu de sa réputation. — « L’acide sulfureux, môme à la dose presque inapplicable de 10 vol. sur 100, est un moyen incertain de destruction des spores; l’humectation ne suffit môme pas à assurer le succès... » Miquel n’a pu réussir à détruire la vie des germes contenus dans la poussière en faisant brûler du soufre jusqu’à extinction dans un vase de verre hermétiquement clos, môme après un contact de 20 jours. Chaux. — Dans ces derniers temps, Liborius a fait connaître des résul- tats intéressants sur l’action désinfectante de la chaux, substance qui est vulgairement employée depuis si longtemps pour le traitement des ma- tières putrides et spécialement des eaux d’égout. L’auteur emploie une solution de chaux à 0,123 et jusqu’à 0,134 p. 100. Si l’on mélange 30 cen- timètres cubes de cette eau de chaux à 23 centimètres cubes de bouillon putréfié, le dépôt qui s’est formé au bout de vingt-quatre heures n’est plus capable d’ensemencer la gélatine. Les bacilles typhiques sont rapidement tués par une proportion de 0,0074 de chaux. Pour détruire les bacilles du choléra, il faut faire agir pendant six heures 100 centimètres cubes d’eau de chaux sur 400 centimètres cubes de culture. La chaux vive, dont le prix est, du reste, minime, serait un excellent dé- sinfectant de la fièvre typhoïde et du choléra, au dire de S. Kitasato. Cet auteur n’a pas obtenu des résultats aussi brillants que Liborius, parce qu’il a expérimenté sur des bouillons non dilués; néanmoins, la chaux, après quatre à cinq heures d’action, a détruit les bacilles typhiques à la dose de 0,0966 p. 100 et les spirilles du choléra à 0,1004 p. 100. La potasse, la soude, l'ammoniaque, la baryte et leurs sels n’agissent qu’à des doses plus fortes ou beaucoup plus fortes. On ne peut lui comparer que le plus efficace de tous les acides, Y acide sulfurique^ qui tue le bacille typhique à 0,08 p. 100 et la spirille du choléra à 0,049 p. 100. Naphtol. — Ch. Bouchard et Maximowitch annoncent, en ce moment même, les propriétés désinfectantes très élevées (aux doses de quelques dix-millièmes) des naphtols p et surtout a. Applications. — Les applications essentielles, et cela constitue un fais- ceau énorme, de nos connaissances à l’égard des antiseptiques et des désin- fectants, se résument en la prophylaxie des maladies infectieuses, en tant que l’on mettra d’abord à part et sur un plan supérieur l’hygiène commune, visant à la pureté des milieux et à l’élévation de la vitalité humaine, et les méthodes de vaccination, dont la vaccine de Jenner est jusqu aujourd hui la seule réalisation parfaite chez l’homme. Les quarantaines et Yisolemenl, dont nous nous occuperons plus loin, sont déjà de l’antisepsie. A la vérité, c’est une antisepsie ruineuse, éminemment difficile à rendre complète et qui tend à se démoder. Nous n’indiquerons ici, sommairement, que les mesures à prendre lors- qu’une maladie infectieuse existe et qu’il s’agit de l’empêcher de se répan- dre. Ces mesures, comme on doit le prévoir d’après les propriétés que nous avons reconnues aux microorganismes pathogènes, varient quelquelois, mais ont cependant des caractères généraux. Mesures générales. — Elles s’adressent aux excrétions du malade qui ren- ferment les agents infectieux et, par suite, à tous les objets qu’elles auront pu souiller, linges, literie, etc. 11 est presque toujours salutaire de conserver ces excrétions à l’état humide et de plonger dans une eau, désinfectante ou non, les linges provenant du malade, lesquels se dessèchent vite à la chaleur d’un fébricitant; au moins, aucun microbe ne s’en détache dans l’air, tant que les surfaces sont mouillées. Flügge pense que celte précau- tion est inutile dans le choléra; nous la prendrions néanmoins. On devra imperméabiliser toutes les surfaces d’absorption, obturer tous les réser- voirs de bactéries, protéger les parquets et les murs que l’on ne pourrait rendre imperméables et les laver au sublimé ou à l’acide phénique. On coule très bien une solution désinfectante dans les entrevous, par les Assures du plancher, au moyen d’un arrosoir de petit calibre. L’entourage doit ob- server la plus stricte propreté, user souvent des lotions au sublimé ou à l’acide phénique, ne pas porter au dehors les vêtements sous lesquels il aura séjourné près du malade ; bref, ne transporter dans aucun autre point de l’habitation ni au dehors les contages qu’il aura pu recueillir du patient. Il est élémentaire d’écarter les individus en puissance de la réceptivité naturelle ou acquise. Les jeunes gens n’ayant pas eu la lièvre typhoïde ne resteront pas autour d’un typhoïsant, les individus atteints de diarrhée ne seront pas admis à. soigner les cholériques. Mesures spéciales. — Dans les exanthèmes aigus, la ventilation dilue les germes spéciûques que le malade répand dans la pièce; il est prudent, en outre, de fixer ces germes en humectant la peau du patient avec un corps gras. Lorsque les microbes spécifiques sont dans les déjections intestinales, les précautions doivent tendre particulièrement à les détourner de l’eau de boisson et de toute matière alimentaire, sans préjudice de celles que l’on prendra pour que rien de ces déjections ne se dessèche sur un point de l’habitation ou de ses dépendances. Les matières excrémentilielles sont justiciables de l’acide phénique (à 5 p. 100), qui ne coagule point; seulement il faut laisser le contact se prolonger vingt-quatre heures. On pourrait se servir de l’acide chlorhydri- que fumant. Chaque déjection doit être traitée isolément; les vases doivent être rincés avec les mêmes solutions. Le corps du malade, dans les points où il est souillé de ses déjections, sera lotionné à la solution phéniquée ou à celle de bichlorure. C’est encore l’acide phénique que l’on emploiera, de préférence au sublimé, pour traiter les crachats et les matières purulentes. Les linges de corps, de lit, à pansement, la literie, les couvertures, les vêtements de drap, les rideaux, les tapis, etc., sont désinfectés par la cha- leur humide, en d’autres termes dans les étuves à vapeur. On est obligé de se borner aux lotions phéniquées ou hydrargyriques pour le cuir, le caout- chouc, le cadre des sommiers, les bois de lit, les meubles, le parquet. La solution faible d’acide phénique est employée pour nettoyer le siège, la cu- vette, le tuyau de chute des latrines; l’acide chlorhydrique pour désin- fecter les fosses mobiles et les fosses fixes de petites dimensions. 11 faut renoncer à désinfecter les grandes (Flügge). 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CHAPITRE V DES ABRIS ET DU VÊTEMENT Les abris — et le vêtement, qui n'est qu’un abri constant et immédiat,— se rattachent étroitement, au point de vue de l'hygiène, aux circonstances atmosphériques dont l’étude a fait l’objet du cqapitre III; celui-ci et ceux- là, en effet, ont pour but de faire échapper l’homme, le plus possible, aux incidents nuisibles ou désagréables des oscillations incessantes de 1 atmo- sphère, quant à ses propriétés physiques. Tel est le côté positif de la question. Mais ce n en est pas le seul ni peut-être le plus difficile à résoudre. L’usage des abris, dans les sociétés civilisées, a pris une vaste extension et des caractères que le besoin physiologique ne faisait pas prévoir. Les hommes préhistoriques, lorsqu ils se réfugiaient dans le creux des arbres, dans des cavernes, sous des huttes improvisées, ne cherchaient pas autre chose qu’une protection contre les écarts de la météorologie, et aussi contre les animaux féroces; mais, depuis, l’abri de nécessité est devenu une habitude et un objet agréable ; d’accidentel qu’il était, son usage s’est fait permanent; il a, peu à peu, retenu d’une façon indisconlinue les faibles de la famille, les femmes et les enfants; puis, les objels,et les denrées nécessaires à la vie, réunis par la prévoyance du maître; puis, des travailleurs dont l'œuvre ni les outils ne pouvaient être exposés aux vicissitudes atmosphériques ; enfin, des ma- lades, encore moins capables de tolérer impunément le froid ou le chaud, les vents et la pluie. Bref, le tronc d’arbre creux des premiers âges, la caverne des troglodytes (il en existe encore dans les faluns delà Loire, près de Tours), se sont transformés en maisons, en hôtels, en palais, en casernes, en ateliers, en hôpitaux. C’est ce que nous appelonsaujourd’hui l'habitation. Or, du moment que l’on y séjourne, l’abri se présente sous un nouvel aspect. Ce n’est plus seulement un appareil destiné à nous rendre presque indifférentes les propriétés physiques de l’atmosphère; c’est un espace limité, plus ou moins clos, dans lequel la vie même des habitants modifie puissamment la constitution du milieu et fait surgir tout d’un coup une question énorme, celle des altérations de l'air dans l’habitation et des moyens de les éviter ou tout au moins de les maintenir au degré compa- tible avec la santé. L’idéal de l’habitation serait évidemment une création qui soustrairait l’individu, la famille ou les groupes à l’action des propriétés physiques de l’atmosphère, dans la mesure convenable et rien que dans cette mesure; > en même temps qu’elle permettrait aux intéressés de jouir de l’intégrité parfaite des propriétés chimiques et biologiques de l’air. Toute l’hygiène de l’habitation est là : trouver les moyens de satisfaire à cette double exigence, ce sera résoudre le problème ; et les développements dans lesquels nous allons entrer seront constamment dominés par le souvenir de ces deux objectifs inséparables. Le vêtement est, tout d’abord, comme l’habitation, un moyen de modifier les qualités thermiques ou hygrométriques de l’air; de même que la mai- son, il ne doit rien nous faire perdre des actions bienfaisantes de ce milieu. C’est pourquoi nous réunissons les deux objets dans le même chapitre. I. Choix et préparation du sol des habitations. Le sol peut avoir des influences directes ou de contact; mais les influences indirectes, émanations gazeuses, humectation de l’air, imprégnation pu- tride, sont de beaucoup les plus importantes dans le cas actuel. . Les règles d’hygiène à formuler, relativement au sol destiné à supporter une habitation, sont déjà une application des principes établis au cha- pitre Ier. Les influences sanitaires du sol dépendent du conflit, dans ses couches superficielles, de l’air, de l’eau et des matières fermentescibles. L homme ne saurait être plus étroitement soumis à ces influences ailleurs que dans 1 habitation, puisque c’est là qu’il séjourne le plus habituellement et le plus longuement sur une surface limitée, toujours la même. Or il est entendu qu il n y a pas à s’occuper directement de l’accès de l’air extérieur dans le sol ; d abord parce que c’est l’agent sur lequel il est le plus difficile <1 avoir prise, puis, parce qu’il est inoffensif et plutôt avantageux par lui- ineme. 1 en est autiement de 1 air tellurique, dont les mouvements ont lieu dans le sens vertical ou horizontal, et dont la pénétration dans nos de- rneuies ne peut être qu insalubre. Heureusement, les mesures destinées à écarter 1 humidité des habitations servent du même coup à diriger en dehors d’elles le courant de l’air du sol et surtout à prévenir le méphitisme de cet air, lequel est en raison de la fermentation des matières organiques. En ce qui concerne celles-ci, la première indication est de ne pas choisir un sol qui en soit naturellement pénétré, comme le sont les alluvions et toutes les variétés d humus. Mais, d une part, on n’a pas toujours le choix, et il arrive que l’hygiéniste, se trouvant en présence du fait accompli, ait précisément à résoudre le problème de l’assainissement de maisons établies en des sols pareils, sans qu’on se soit soucié, à l’origine, des influences sanitaires ; d’autre part, le séjour môme des humains tend incessamment à imprégner de matières organiques le sol de la maison et de ses alentours, quelle qu’ait été primitivement la nature du terrain. Éviter cette souillure, instituer des procédés faciles et sûrs d’éloignement des immondices que la vie produira fatalement, c’est un des plus graves soucis de l’hygiène, ét l’étude de cet objet capital se rattache à ce chapitre; mais, toutd’abord, ilestindiquéetil estderègle de se meltrehors de l’atteinte de l’agent qu’il est le plus facile de régir, c’est-à-dire l’eau du sol, qui, outre son rôle nécessaire et considérable dans la putréfaction, intervient encore comme modificateur des propriétés thermiques et hygrométriques de l’air. Degrés de convenance du sol. — S’il était donné à l’hygiène de présider à la construction des nouveaux centres habités, de réaliser autant de Salentes hygiéniques (Fonssagrives) ou de copier indéfiniment la ville modèle, YHygieia de Richardson, il est clair que l’on choisirait d’abord le sol de façon à se mettre dans les conditions les plus heureuses et à n’avoir pas une cause d’insalubrité antérieure même à l’installation de la cité. On chercherait un terrain perméable à une grande profondeur, un sol sableux, le gravier, le calcaire léger ; on hésiterait devant le granité, le calcaire compacte, fort salubres, mais très désagréables pour les travaux de con- struction à accomplir, réfractaires aux plantations d’agrément et autres, et qui, par la prolongation du séjour des hommes, ne seraient pas garantis contre l’encrassement organique de la surface, tandis que la dureté du sol serait un obstacle à la pratique de l’évacuation souterraine des immon- dices. L’argile serait évitée, d’autant plus rigoureusement qu’elle serait plus pure et plus compacte ; l’argile est peu perméable, mais elle est poreuse et relient énergiquement l'eau. A défaut de mieux, la terre arable et cultivée serait admise, parce que la culture lui a donné un haut degré de légèreté; mais un sol pareil a été imprégné d’engrais, c’est-à-dire de matières organiques en décomposition, et sa légèreté artificielle ne fait rien préjuger de la perméabilité dans la profondeur. D’ailleurs, le premier soin des constructeurs est d’enlever entièrement la couche de terre arable afin d’asseoir les fondations sur un sol moins mobile. A aucun prix l’on ne bâtirait sur les terrains vaseux, limoneux, marécageux, non plus que sur les sols de remblai ou de déblai, tels que ceux qui sont formés des déchets urbains, des houes amoncelées, des matériaux de démolitions. Toujours au nom des mêmes principes, l’on n’installerait jamais l’habi- tation privée ou collective au fond d’une cuvette topographique, ni même sur la plaine basse. Les souvenirs antiques des temples d Hygie, bâtis sur les hauteurs, et que les moines des collines romaines ont intelligemment copiés, seraient des préceptes matérialisés. On ne dépasserait pas une élévation modérée, sur une pente douce, suf- fisante à favoriser l’écoulement des eaux, sans rendre l’accès de la maison difficile. L’exposition serait ensoleillée et lumineuse, se détournant un peu du soleil de midi. La façade principale fuirait les vents humides et des arbres heureusement placés briseraient les vents froids. Mais l’espèce humaine est cosmopolite pour le sol comme elle 1 est pour le climat ; il n’est pas do terrains qu’elle n'aborde, si disgraciés qu’ils soient; le sol plat, imbibé, mouvant, de la Hollande est précisément un de ceux où la population est au maximum de densité ; et, dans les villes modernes, on rebâtit incessamment sur les ruines des cités anciennes, en un sol qui s’est exhaussé par l’accumulation des débris de toute sorte et d’immon- dices séculaires. C’est la supériorité de l’hygiène moderne qu’elle ne se borne pas à être préventive et qu’elle oublie souvent de l’être pour s’élever jusqu’à la lutte contre les agents destructeurs. Elle n’arrête point les audaces de l’homme ; elle les suit et, dans toutes les situations dangereuses où le place la culture ou l’industrie, elle vient l’aider à rendre indifférents le support et les mi- lieux. Voici comment elle enseigne à épargner à l’habitation l'humidité du sol et les influences de ses souillures, originelles ou secondaires. Assèchement et blindage «lu sol. — Étant connues les influences que le sol peut exercer sur l’air circonscrit et plus ou moins immobilisé des habi- tations qu’il supporte, il semble que l’on puisse arriver à les supprimer ou à rendre le sol indifférent pour l’atmosphère de la maison : 1° en mainte- nant le niveau de l’eau souterraine au-dessous du sol des locaux les plus bas ; 2° en annulant les échanges entre l’air du sol et l’air intérieur de la maison; 3° en épargnant au sol, au voisinage de l’habitation, les souillures de surface ou de profondeur (voy. page 94), qui peuvent donner lieu à des fermentations putrides. 1. Drainage, simple ou double, du sol des habitations. — Il est convenu, comme l’ont demandé les hygiénistes allemands à Munich (1873), que la nappe souterraine, à son niveau le plus élevé, ne se rapprochera jamais à moins d’un mètre du sol des caves. Si le terrain choisi n’offre pas natu- rellement cette condition, il ne reste qu’à abaisser et à uniformiser le ni- veau de l’eau souterraine par le drainage, lequel comprend les drains pro- prement dits et la canalisation des immondices. Le moins qu’on puisse faire, et c’est le cas pour les habitations isolées, c est d établir dans le sol de simples drains, tels qu’on les emploie en agriculture, en les plaçant assez profondément pour que les fondations de la maison ne les atteignent ni ne les écrasent, et en les multipliant, non seulement sous la maison, mais encore dans les alentours, dans une pro- portion correspondant au degré d’humidité du sol, à la présence d’inli 11ra- tions, de sources, etc. Ces drains pourraient, à la rigueur, n’êlre que du gravier ou des fragments de pierre ; mais il est plus sûr d’employer les tubes en terre cuite. On leur donnera une pente continue et suflisante, et on les fera aboutir, comme d’ordinaire, à un cours d’eau ou à un puits absorbant, creusé assez profondément pour qu’il traverse la couche imper- méable. S’il est nécessaire, on placera sous le sol de la cave des lignes de drains, séparées de 4 à 5 mètres, croisant les lignes du système plus pro- fond et recouverts de terre bien lassée. Ce serait une erreur de croire que l’on s’est fait un sol convenable pour y bâtir, en comblant avec des matériaux solides un terrain creux, où l’eau se collectait, un marécage plus ou moins évident: on a, par ce procédé, simplement recouvert, mais non supprimé le foyer d’émanations. L’usage de drains uniquement et expressément adaptés à soutirer l’eau tellurique a paru tellement indispensable, que beaucoup d’hygiénistes veulent les associer au système de canaux d’évacuation des eaux de pluies et ménagères (égouts). C’est, en particulier, l’avis de Fonssagrives. La question financière vient ici se mêler aux prescriptions de l’hygiène. Pour- tant, il est possible (et il faut le chercher) de satisfaire à celles-ci sans trop aggraver celle-là. Sur quelques points, on a cru pouvoir réaliser l’association désirée en Fig. 92. — Égout et drain combinés. Fig. 93. — Égout et dram combinés d’Huddersfield (’). construisant les tuyaux d’égout de matériaux imperméables dans leur seg- ment inférieur, et perméables à la partie supérieure; celle-ci sert de drain pour l’eau du sol. Mais il arrive que la filtration en sens inverse du but voulu, c’est-à-dire de l’égout vers le sol, l’emporte aisément sur celle qui est utile; cette pratique est condamnée, et l’on fait, avec raison, les égouts absolument étanches (Durand-Claye, Bailey-Denton, etc.). Toutefois, pour simplifier les travaux, tout eu rendant distincts le drain vrai et l’égout, il est possible de les coucher côte à côte dans la même tranchée, et même de les conjuguer de la façon, assez peu répandue sur le continent européen, qui est représentée-dans les figures 92 et 93. Pour la canalisation de Dantzig, Wiebe et Lathain ont nettement séparé les deux tuyaux, mais en les renfermant dans la même tranchée, comme le montre la figure 94. Le tuyau d’égout S, en briques ou en poterie, est au fond de la fosse et recouvert d’argile pâteuse G, bien foulée. Sur cette couche d’argile reposent deux lignes de drains ordinaires D, placées de chaque côté de la tranchée et correspondant au niveau moyen de la nappe (') A, drain pour l’eau du sol. — B, égout. — B. supports du tuyau d’égout. souterraine. Le reste de la fosse est comblé avec la terre commune. Une dérogation à ce procédé a été admise sur quelques points, où les tuyaux de drainage ont été remplacés par une simple couche de gravier G, parfaite- ment perméable (fig. 95). Lorsque le niveau de la nappe souterraine est par trop près de la surface du sol, on renonce à la maîtriser. Mais l’on en sépare absolument, néan- moins, môme l’étage le plus inférieur de la maison. Au lieu de chercher à Fig. 04. — Égout et gravier Fig. 95. — Égout et drains- drainant. tuyaux. abaisser l’eau souterraine, on élève l’habitation sur pilotis ou sur des assises de maçonnerie, comme cela se pratique sur le sol imbibé de la Hollande et sur quelques plages du littoral allemand. 2. Assèchement par les égouts. — Les égouts unitaires qui, comme nous l’expliquerons en temps utile, reçoivent les eaux ménagères et les eaux pluviales, sont un puissant moyen d’éloigner l’humidité du sol des habi- tations. Tout d’abord ils préviennent l’inûltration de ces liquides dans le sol par les interstices du ruisseau de rue. Quand l’installation est complète, le tuyau de chute des eaux pluviales conduit directement celles-ci des ché- neaux de la toiture dans le tuyau d’égout, les empêchant aussi de tomber au pied des murs, dans lesquels elles pénétreraient par capillarité. Pour l’eau tombée sur la chaussée, elle gagne la bouche d’égout la plus pro- chaine et, séjournant peu sur cette surface, n’a pas le temps de s’infiltrer notablement. L’eau qui arrose les jardins est seule dans ce dernier cas. Mais les canaux ou tuyaux d’égout, bien qu’imperméables, font aussi l’ofûce de drains véritables, en raison de la perméabilité du sol qui les en- toure et qui a été rendu meuble par le fait du creusement des tranchées, au fond desquelles reposent les canaux. L’eau circule naturellement avec plus de facilité, le long de la paroi externe de l’égout, la suit par capillarité et fait appel à. 1 eau des couches plus éloignées. Le fait est, dit von Haselberg, que dans les localités pourvues d’un bon système do canalisation, on ne voit pas le niveau de la nappe souterraine dépasser le segment inférieur des canaux, lors même qu on aurait négligé de mettre les canaux en rap- port avec eux, selon le précepte formulé plus haut. Bien plus, selon Varrcn- AnNot'i.D, Hygiène. 2e édit. 33 trapp, à Hambourg, ii l'ianclorL-sur-le-Moin (et probablement aussi ùStral- sund, puisque c est von llaselberg qui a dirigé les travaux de canalisation de cette ville), les canaux d’évacuation sont placés fort au-dessous des caves, absolument dans la zone des oscillations de la nappe souterraine, et la terre qui les environne est drainée d’une façon remarquable. On fait ce- pendant ces canaux en briques et ciment ou en poterie vernissée, et l’on se sert de ciment partout où il y a jonction de tuyaux secondaires au canal principal. Le conseil aétédonné(von llaselberg), pour que l’eau souterraine n’arrive jamais à moins d’un mètre au-dessous du sol des caves, de creuser dans celles-ci de pe- lils puits que 1 on mettrait en communication par un tuyau de trop-plein, avec les canaux d’égout situés sur un plan plus profond; dès que la nappe souterraine s’élèverait, l’eau s’écoulerait à l’égout et le niveau convenable, par rapport à l’ha- bitation, serait maintenu. A. Müller propose de placer ces puits, en assez grand nombre, dans les rues et dans les cours des maisons;ils se déverseraient à l’égout lorsque le niveau de leur eau serait parvenu à une hauteur déterminée; mais, par ailleurs, il lui semble utile de traverser le sol de drains véritables et de recueillir l’eau souterraine pour les lavages. Ces idées, qui entraîneraient quelque complica- tion, ne semblent pas avoir été souvent mises en pratique. 3. Assèchement 'par construction. — Le principe étant que l’habitation doit reposer sur une « terrasse asséchée », on aura cette terrasse par le fait que le sol aura été drainé convenablement. Si ce drainage manque ou qu’il ait été impossible de le faire suffisant, on arrive encore à obtenir la terrasse asséchée en revêtant le sol sur lequel doit reposer celui de la cave de plaques d'isolation. Putzeÿs recommande, pour cet usage, les plaques d’asphalte comprimé, imperméable et extensible. Mais le ciment, le bitume ordinaire, les plaques de plomb, etc., pourraient également être employés (L. Philippe). Cette couche isolante doit naturellement s’étendre jusque sous le pied des murs de la maison, et même, s’il y a lieu, remonter le long des murs, à l’extérieur, au moins jusqu’au niveau de la surface du sol environnant. Parfois on applique sur le sol, lorsque PefTort ascensionnel de l’eau souterraine est énergique, des voûtes renversées, dans lesquelles on introduit néanmoins le revêtement d’isolation, courbé et tournant sa sur- face convexe du côté du sol. Un excellent procédé est celui qui consiste à doubler le mur extérieur d’un autre mur, avec un espace plein d’air entre les deux, comme dans la figure 99, ou encore à ménager cet espace entre le mur de l’habitation et le talus d’une sorte de fossé descendant jusqu’à la fondation. Cette dispo- sition, aire ou area des Anglais, est représentée dans la figure 96. Le fond de ce fossé doit être à 15 centimètres au-dessous du sol de la cave et son talus maçonné. S’il faut le couvrir, on aura soin de ne pas ramener la terre sur la plaque ou la voûte servant de couverture. La figure 96, em- pruntée à W. Buck, indique aussi l’emploi des revêtements isolants. Enfin, pour assurer encore un obstacle à l’ascension par capillarité de l’eau du sol dans les murs de l’habitation, on place transversalement, dans l’épaisseur de la maçonnerie et à une faible hauteur au-dessus du sol, des plaques d’une substance imperméable que l’on répète de distance en dis- tance. Le plomb, l’ardoise enchâssée dans du ciment, l’asphalte, le carreau émaillé, rendent de réels services dans ces occasions. Mais l’on réalise au mieux la défense contre l’humidité en adjoignant aux corps solides imper- méables une enveloppe d’air, comme on l’a déj;\ vu par l’emploi de Yarea. Fig. 9G. — Fondation d'une maison. Dispositions à prendre pour éviter l’humidité et l’air du sol (*). Des matériaux de bâtisses qui semblent pouvoir parfaitement répondre à ce but, ce sont les briques en argile vitrifiée, de différents modèles et d’é- paisseur variable, percées de trous réguliers pour permettre le libre accès de l’air entre le sol et le plancher de la maison. La figure 98 en reproduit divers exemplaires et la figure !)7 les montre en place, formant une zone Fig. 97. — Mur en briques d’argile vitrifiée. Fig. 98. — Uriques en argile vitrifiée. imperméable de bas en haut, accessible à l’air horizontalement, dans toute l’épaisseur du mur, à 15 ou 20 centimètres au-dessus du sol. ltien n’est plus facile que d introduire une couche pareille dans les murs de vieilles maisons et, par là, de les assainir notablement. Au lieu de pratiquer une aire au moyen du double mur quelque peu singulier de la figure 09, Eassie a imaginé de gémeller le mur de revête- ment et le mur principal en se servant de briques en argile vitrifiée, pla- (*) (*) A- Cou,',ie solide-asséchée. - B. Muraille étanche. - C. Revêtement d'asphalte. cées les unes au-dessus des autres comme paroi extérieure du dernier, et en reliant celui-ci au précédent au moyen d autres bricjues creuses trans- versales (tig. 100). Ce mur creux, ainsi que le raccordement de ses deux parties, sont obte- nus d’une façon un peu différente par Jennings, qui a inventé tout ex- près une « brique unissante », également à jour. La figure 101 reproduit le modèle de celte brique et la façon dont elle est appliquée pour obtenir l’area. l'ig. 99. — Mur creux for- Fig. 100. — Mur revêtu de Fig. 101. — Briques unissantes mant area d’assèchement briques en argile vitrifiée (Jennings). (Eassie). (Eassie). Considérant que les caves sont presque toujours humides et que leur air, saturé de vapeur d’eau ainsi que des gaz du sol, compromet l’atmosphère des étages au-dessus, l’architecte Christian Nussbaum conseille de ne pas faire de caves et de les remplacer par une couche imperméable à l’air et ù l’eau (béton, ciment, carreau, asphalte), régnant sous le rez-de-chaussée tout entier, et traversant les murs. On ferait reposer ce revêtement sur une bonne épaisseur de sable ou de gravier, d’ailleurs bien ventilé. Nous pensons qu’il ne faut pas repousser de parti pris les caves ; ce serait plutôt le contraire. Mais, quand on a quelque raison de ne pas en faire, on ne saurait trop se rapprocher du mode de construction recommandé par l’au- teur précité. 11 va sans dire que le but des dispositions prises contre l’eau n'est sûrement atteint qu’autant que l’architecte connaît, au préalable, le taux du niveau moyen delà nappe souterraine et l’amplitude de ses oscillations dans la localité. A Munich, la différence enlre le pins haut et le plus bas niveau est de 3 mètres ; mais, dans les points où la moyenne ombrométrique est considérable, celte différence peut aller au double ; à .lubbulpore, dans l’Inde, elle est de 4 mètres, à Sangore de plus de 5 mètres. De Chaumont regarde comme salubre une profondeur du niveau de la nappe souterraine d'au moins b mètres; comme insalubre, une profondeur de moins de 2 mètres. Éloignement «le l’air «lu soi. — Les dispositions qui viennent d’èlre indiquées défendent déjà, pour la plupart, l’habitation contre les gaz du CONSTRUCTION. sol aussi bien que contre l’ascension capillaire de l’eau souterraine. D au- tres ont directement en vue l’éloignement de ces gaz. On sait que les échanges entre les gaz du sol et l’air des habitations ont lieu à la suite de la rupture de l’équilibre de pression entre le dehors et le dedans. C est par-dessus tout le chaulFage des habitations qui ronipL cet équilibre et fait appel sur les gaz du sol. Forster observa la production de CO2 par une cuve en fermen- tation placée dans une cave; la température de la cave étant de 13 à 14°, celle du rez-de chaussée de 13°,8, celle du premier étage de 14°,4, et celle de l’air extérieur de 13°,7, c’est-à-dire avec des différences insignifiantes, il ne trouva que 4 p. 100 de l'air du sol dans l'atmosphère du rez-de-chaussée et 2 p. 100 dans celle du pre- mier étage. Mais l’on chauffa le rez-de-chaussée à 22°,4 et le premier étage à 22°,8. et l’on constata que l’air de la cave venait former les 34 centièmes de celui du rez-de-chaussée et les 38 centièmes de l’air du premier élage. Pour obtenir l’évacuation des gaz du sol hors de la maison, Slæbe et Niemeyer ont conseillé d’établir au-dessous du niveau des fondations, et séparée de celles-ci par un plancher d’asphalte ou toute autre couche im- perméable, une vaste chambre de ventilation que l’on met en rapport avec une cheminée d’appel. Quand l’air du sol monte (au printemps, en hiver et en automne), cette cheminée l’évacue au dehors; quand, en été, l’air du sol s’abaisse, il se produit sur la maison un courant d’air frais, de haut en bas. Nussbaum pense assurer à la fois la siccité de la cave et le renouvelle- ment de son atmosphère, en y établissant un circuit de ventilation de la manière suivante. Le sol de la cave est construit imperméable et le revê- tement se continue sur la face externe des murs, de toute la hauteur dont la cave plonge dans le sol et même jusqu’un peu au-dessus de la surface du sol. Le reste de la paroi est en briques et mortier de chaux. Mais, entre le mur perméable et le revêtement extérieur éLanche, règne un intervalle de 5 à 10 centimètres de large qui communique d’une part avec l’air de la cave, au ras du sol de celle-ci, et d’autre part avec l’air extérieur par des tuyaux de ventilation ménagés dans chaque pile de murailles et s’ouvrant surle toit. Un autre tuyau, partant d’un point d’une des parois intérieures de la cave où son orifice est grillé, s’adosse le plus possible à une chemi- née et va déboucher au-dessus du toit. C’est un tuyau d’évacuation, le pre- mier étant la voie d’entrée de l’air. Ln résumé, il faut que l’habitation humaine soit entourée d’air pur de tous côtés, au-dessous et latéralement aussi bien que par-dessus. Pour ce qui concerne la protection du sol contre les souillures, ce sera l’objet d’un des articles qui suivent. IL — Construction. Matériaux rte construction. — Le choix des matériaux bruts destinés il 1 édification des demeures humaines échappe ordinairement à l’hygiène, ioglé qu il est par la nécessité. Tout a été utilisé et, à la rigueur, peut 1 être . le bois, la terre, la pierre, la brique, les métaux. Nous n’avons qu’à apprécier les propriétés de ces diverses substances, en vue du double but iï atteindre, à marquer nos préférences et à rechercher le mode d’emploi qui répond le mieux aux exigences sanitaires. Pour satisfaire à celles-ci, les matériaux de construction doivent être : 1° asséchés et réfractaires à Vhumidité; 2° mauvais conducteurs du calo- rique. S’ils ne remplissent pas d’abord ces deux conditions, il faut s’efforcer de les leur procurer et toutes les dispositions de la bâtisse doivent tendre à les leur maintenir. Nous pourrions ajouter deux autres conditions qui intéressent moins immédiatement, ou à un degré moindre, la santé de tous; à savoir : Y incombustibilité et l'inaptitude à conduire le son. Porosité et perméabilité des matériaux. — Ces propriétés, chez les maté- riaux de bâtisse, ne diffèrent pas essentiellement de ce qu’elles peuvent être dans le sol (voy. p. 26 et 42); c’est dans ce cas surtout qu’il importe plus de savoir ce que les matériaux gardent que de connaître ce qu’ils peuvent recevoir. Ces deux propriétés existent dans toutes les pierres, les briques, dans les ciments, comme on le sait depuis l’expérience classique de Pettenkofer et les recherches de Mârlcer, Lang, Fodor, Poincaré, Layet. Pettenkofer démontre la perméabilité des murs pour l’air de la façon suivante. Un morceau de mur, en briques, de 40 décimètres carrés de surface sur 33 centi- mètres d’épaisseur, est fixé, à l’aide de mortier ordinaire, sur une base impénétra- ble à l’air; les deux faces de ce bloc sont revêtues de plaques de métal qui joignent hermétiquement la brique par leurs bords; les trois côtés minces libres du bloc sont recouverts d’une couche imperméable. Chaque plaque de métal est percée d’un trou sur lequel est soudé un tube de petit diamètre. En soufflant par l’un de ces tubes, on éteint aisément la flamme d’une bougie située en avant de 1 extré- mité de l’autre. C’est qu’à l’aide du onzième d’atmosphère que l’expiration ajoute à la pression normale, on a pu emmagasiner dans le morceau de briques un air sous pression qui, d’abord étalé, prend une vitesse considérable à 1 étrangle- ment par lequel il est forcé de s’échapper. On peut donner à l’expérience la forme représentée par.la fig. 102. A un cylin- dre de pierre, de brique, de bois, de mortier, exactement recouvert de cire, s a- daptent deux entonnoirs de verre terminés en tubes. Si l’on souille par 1 un de ces tubes sur une flamme placée en regard de l’extrémité de l’autre on arrive aisé- ment à l’infléchir et même à l’éteindre (Le cylindre a 13 centimètres de long sur 3 tle diamètre). Le passage de l'eau à travers les matériaux de bâtisses a des couse- quencas bien différentes de celles qu’entraîne le passage do 1 air. Celles-ci, à notre avis, sont plutôt heureuses, sauf quelques distinctions à luire, comme il sera indiqué bientôt (article Ventilation). La présence do 1 eau dans les murailles, au contraire, tend à faire régner l'humidité à 1 intérieur des pièces habitées et dans la maçonnerie môme. 11 en résulte, pour celle- ci, la formation de sels muraux, de fleurs de nilre, et le développement de végétaux inférieurs; l’eau est, en ell'et, la première condition de l'existence des champignons, des moisissures, des bactéries ; quant à la matière nour- ricière, elle peut être fournie par les matériaux eux-mèmes, spécialement par le bois, et d’ailleurs par les molécules organiques que les habitants mettent dans l’air et qui pénètrent aussi dans les murailles à la faveur de la perméabilité. A l’intérieur, l’humidité donne à l’atmosphère les qualités fâcheuses que nous avons reconnues antérieurement (page .178), exagérées encore par le fait de l’immobilisation de 1 air dans un espace clos. Les murs humides refroidissent 1 atmosphère intérieure, en lui prenant de la chaleur pour évaporer leur eau; si l’on chauffe, pour atténuer cet incon- vénient, on passe de l’humidité froide l’humidité chaude, d’autant plus pénible que l’eau incorporée aux murs les a aussi imperméabilisés pour l’air et qu’il ne s’opère plus, à travers les parois, le moindre échange entre l’air du dedans et celui du dehors. CeLte inanité de la venLilation perma- nente, la fermentation des poussières organiques à la surface des murs, les produits odorants fournis par les microorganismes, communiquent à l’air des pièces un parfum spécial, dit de renfermé, qui est au moins un avertissement. Doit-on, en raison de ces faits et par crainLe de l’humidité intérieure, n’admettre, dans la construction des habitations, que des matériaux imper- méables et môme imporeux? Nous ne le pensons pas. De tels matériaux seraient un peu difficiles à trouver; mais, avec des enduits, l’on pourrait arriver à l’impénétrabilité désirée et l’on y arrive effectivement. Or, sous une telle enveloppe, les habitants se font à eux-mêmes l’atmosphère hu- mide qu’il s’agit d’éviter et y éprouvent des sensations analogues à celles que l’on ne tarde pas à ressentir sous un manteau de caoutchouc. Il faut que les parois de la maison respirent, comme respire la peau des humains. Des parois possédant ce pouvoir sont nécessairement perméables â l’air. Mais si l’on a pris les précautions convenables pour empêcher l’ascension verticale continue de l’eau du sol, l'humeclaliou apportée dans le sens horizontal aux parois hors de terre par les vents humides et la pluie ne nous parait pas très inquiétante. D’abord parce qu’elle ne menace que les murs tournés du côté des vents pluvieux, et que l’on peut, du reste, proléger spécialement, comme on dira; puis parce qu’elle est intermit- tente et que, dans les intervalles des périodes d’humidité, la paroi a le temps de s assécher, de reprendre sa perméabilité à l’air; par conséquent de faire agir à la lois la sécheresse et l’oxygène sur les matières organi- ques et sur les schizomycètes qui auront pu se développer pendant que l’état d’humidité les favorisait. Finalement, et par suite de ce qui vient d’être dit, il convient de distin- guer entre l’eau qui peut passer et celle qui reste, en d’autres termes, comme quand il s’esL agi du sol, entre la perméabilité des matériaux et leur capacité pour l'eau. Nous ne voyons pas que les hygiénistes aient beaucoup cherché à exprimer les chiffres qui représentent cette dernière, tandis que ceux qui ont étudié cette question poursuivent toujours le « coeffi- cient de perméabilité » et même plutôt encore celui de porosité. Les expériences de Miirker ont démontré que, par mètre carré de sur- face, en 1 heure et avec 1 degré de différence de température, il passe par un mur de 0"*,72 d’épaisseur : met. cubes. Dans le grès 1,09 d’air. — la pierre calcaire 2,32 — — la brique cuite 2,83 — — le tuf calcaire 3,64 — — la brique d’argile crue (pisé) 5,12 — — la brique humide 1,68 — Le grès est donc le plus compacte des matériaux examinés. Cependant les extrémités des poutres encastrées dans une maçonnerie de grès pour- rissent plus promptement que si elles sont enfermées dans un mur cons- truit en d’autres matériaux (Putzeys), les moellons de calcaire, par exem- ple, réunis par du mortier, qui est encore plus perméable. En d’autres termes, il peut faire très humide dans des pierres qui passent pour avoir le minimum de perméabilité. Les chiffres de Miirker ont été trouvés beaucoup trop forts par Schür- mann et par Hudelo et Somasco; ils dépassaient d’ailleurs notablement les résultats déjà anciens de Pettenkofer. En outre, diverses circonstances, le degré d’humectation en particulier, peuvent faire varier de semblables chiffres. Mais le sens des comparaisons est sensiblement exact, et nous pouvons, jusqu’à nouvel ordre, nous en contenter. Or il est certain que la brique cuite et le calcaire tendre, très perméables, servent à élever des habitations parfaitement salubres, pour ce qui dépend des matériaux de bâtisse. Émile Trélat, l’un des défenseurs les plus savants et les plus convaincus de la perméabilité des murs extérieurs, a fait remarquer « les murs nets, les salles saines, les locaux avenants du bassin de la Garonne, où dominent les calcaires poreux; de la Touraine, où l’on bâtit avec le tuffeau, si tendre qu’il se taille au couteau : des rives de l’Oise, où les mai- sons sont en vergeles légers, comparativement aux « intérieurs malséants, alix murailles crasseuses, » aux chambres malodorantes, des maisons en pays de granités, de gneiss, de schistes et même de grès. Il y a une exception pour les murs qui ne sont pas en rapport avec l’air extérieur, les murs de refend, les cloisons, les plafonds: ceux-ci ne doivent pas respirer, puisqu’il ne s’échangerait, d’un côté à l’autre de la cloison, qu’un air ayant servi aux habitants des locaux, vicié. É. Trélat réclame pour ces murs intérieurs l’imperméabilité, comme Recknagel la réclame avec raison pour les plafonds, à travers lesquels il ne faut pas que l’on reçoive l’air du locataire de dessous, non plus que la fumée de ses cigares. A la vérité, un procédé supérieur encore consiste à ne pas superposer les étages habités. Dans ces conditions, les couvertures peuvent servir aussi à l’aération intérieure. On conclura, de ces considérations, que les propriétés des matériaux de biUisse, au point de vue de la porosité et de la perméabilité, n’ont pas une valeur absolue. Selon le point où ils seront employés, ils peuvent conve- nir ou être désavantageux. L’humectation diminue ou supprime la perméabilité, d’autant mieux que les pores sont plus lins. Mais la dessiccation la rétablit d’autant plus vite que les pores sont plus grands. Le tuffeau et la brique reprennent en peu de temps leur aptitude à la ventilation. La gelée supprime la perméabilité des murs humides, comme celle du sol. Si, à travers un corps poreux congelé, on fait passer un courant d’air parfaitement sec, la perméabilité augmente peuà peu (Lang, à Casscl, 1879). Elle diminue au contraire rapidement, si l’air est humide. D’où le conseil de Pettenkofer, de chauffer, en hiver, les chambres à coucher. Lang a cherché à classer dans l’ordre de leur perméabilité pour l’air les maté- riaux de construction les plus usuels. Le tableau ci-dessous lui a été emprunté par plusieurs hygiénistes : 1. Tuf calcaire 2. Briques de scories, de Hardt , 1873 3. — de Zuflenliaussen, près Stuttgart 4. — anglaises.... 5. — d'Osnabrück, 1873 6. — — 1871 7. Cendrine 8. Bois de pin (bois debout) 9. Mortier 10. Brique pâle d’Osnabrûck 11. Béton 12. Briques à la main, bien cuites, de Munich. 13. Carreau (Klinker; Clinquart) non émaillé 14. Ciment de Portland 15. Briques à la machine, de Munich 16. Grès vert (Haute-Bavière) 17. — (Suisse) 18. Briques à la main, peu cuites, Munich 19. Bois de chêne (debout) 20. Plâtre coulé 21. Carreau (Klinker) émaillé Coefficient de perméabilité. ... 7,980 ... 7,597 ... 5,514 ... 2,633 .. 1,890 .. 1,720 ... 1,327 ... 1,010 ... 0,907 . . 0,383 ... 0,258 ... 0,203 ... 0,145 . .. 0,137 ... 0,132 ... 0,130 ... 0,118 ... 0,087 ... 0,067 ... 0,041 ... 0,000 Au point de vue de la quantilé d'eau que les matériaux peuvent retenir, nous èxlrayons des recherches du même auteur les chiffres suivants : X05 Eau fixée p. 100 d'ordre. Matériaux. — —. volume. poids. I. Briques à la main, de Munich 45,72 19,13 2- — — peu cuites 32,7 19,1 ~ — très cuites 28,3 16,5 /‘- Morticr 26,0 14,8 5. Briques anglaises eu laitier 25,8 20,6 6. Briques pâles d’Osnabrück 24*4 12,8 7. Tuf calcaire . op •> 11.8 8- Béton 19’î 11.3 N°» (l'ordre. (Matériaux. 0. Ciment do Portland 10. Moellon calcaire 11. C.rôs vert (Ilaut-Palatinat) 12. Klinkcr non émaillé 13. Porphyre 14. Grauite à grain fin 15. Marbre blanc du Tyrol 16. Granité h gros grain 17. Marbre blanc clair (Carrare).... 18. — gris (Belgiquo) 19. Granité Sainte-Anne (Belgique) 20. Klinkcr émaillé Euu fixée p. 100 m ■■■ volume. poids. 17,8 11,0 17,7 7,26 10,84 4,34 0,1 3,6 2,75 1,05 0,61 0,23 0,59 0,22 0,45 0,17 0,22 0,08 0,19 0,07 0,05 0,02 0,0 0,0 Le professeur Layet a ingénieusement modifié l’expérience de Peltenkofer el remplacé l’air qui doit traverser le bloc de pierre par du gaz d’éclairage, qu’on allume à sa sortie. D’une autre façon, des blocs de pierre, cylindriques et d’égale dimension, sont armés d’un tube de verre qui pénètre jusqu’au centre du bloc et y est soigneusement scellé ; si l’on plonge ces tubes, surmontés de leur bloc, dans des éprouvettes remplies d’eau, l’eau montera dans l’intérieur de chaque tube plus ou moins vite et plus ou moins haut selon le degré de perméabilité de la pierre en essai, puisqu’elle ne peut s’élever qu’en expulsant de l’air du bloc qui ferme l’extrémité supérieure du tube. L'Hygroscopicité des matériaux de bâtisse a été étudiée par Poincaré au moyen de parallélipipèdes de même forme et de même volume (242co,5), taillés en dif- férentes pierres et plongeant d’un demi-centimètre dans l’eau pure. L’augmenta- Vion de poids était notée d’heure en heure. Toutes les espèces de pierres onl atteint leur plus haut degré de saturation au bout de 24 heures ; une seule Ta atteint en 7 heures el c’est celle-là qui a présenté l’augmentation de poids la plus élevée, 51 grammes. Pour toutes, Timbibilion a été inlense pendant les premières heures el s’eslensuite ralentie notablement. En expérimentant sur les ciments de Poriland et de Vassy, sablés ou non sablés, l’auteur a reconnu que c’est le ciment de Portland non sablé qui préserve le moins de l’humidité. Enfin il s’est assuré que des pier- res recouvertes d’une couche et même de,deux couches d’un vernis dit « hydro- fuge » augmentent encore de poids par l’immersion dans l’eau. On remarquera sans doute que cette façon de procéder met surtout en jeu l’action capillaire des pores de la pierre ; par conséquent sert plutôt à renseigner sur l’ascension verti- cale de l’eau du sol dans les murs que sur l’humectation dans le sens horizontal par les pluies et les vapeurs de l’air. Or il est entendu qu’il faut supprimer maté- riellement l’ascension de l’eau du sol. D’autre part, la capillarité ne s’exerce plus quand les pores dépassent une certaine taille; il se pourrait donc que l’eau ne montât pas dans certaines pierres, néanmoins très perméables. Comme interpré- tation, nous pensons qu’il faut éviter les pierres qui prennent par capillarité beau- coup d’eau et dans un temps très court, non parce qu’elles sont très hygroscopi- ques, mais parce qu’elles ont les pores petits, infiniment nombreux, défavorables à l’échange d’air enLre le dedans el le dehors. Matériaux en particulier. — Tonies les pierres à cassure grenue et non schisteuse, un peu élastiques et plus disposées à s’écraser sous le mar- teau qu’à se diviser en éclats cristallins, sont propres à la bâtisse : pierres à chaux, dures ou tendres, tuffeau, marbres, grés, pierre meulière, gra- nités, etc. Il est des pierres particulièrement favorables (pii présentent l’heureux privilège de durcir par l’exposition à l’air (tuffeau, grès îouge). D’autres, inversement, se délitent ou s’cffrittent par la pluie, se fendent par la gelée, s’écaillent par la sécheresse. Les terres de toute nature, en général remaniées et quelquefois mélangées d’un autre élément, gravier, paille, brindilles de bois [pisé, torchis), peu- vent servir à construire des- habitations et sont effectivement employées dans ce but. Ce sont, ù vrai dire, des matériaux de nécessité, rarement admis dans les constructions qui doivent durer. Le mortier à la chaux élève considérablement la résistance des parois de terre contre 1 humidité et les variations thermiques. A Laghouat (Alger) les indigènes font, avec de l’argile pétrie, des briques que le soleil se charge de dessécher et de dur- cir; ces briques peu coûteuses suffisent à élever d assez bonnes maisons dans un pays où il ne pleut presque jamais ; les Européens et même le génie militaire construisent avec de pareils matériaux des hôtels élégants et qui ne manquent pas de solidilé, grâce au mortier à la chaux qui protège les surfaces et comble les interstices. Les maisons des oasis du Mzab sont pour la plupart bâties de la même façon. Mais, dans nos contrées, l’on convertit la terre argileuse en briques par la cuisson au four. C'est une pierre artificielle suffisamment dure, si elle est bien cuite, légère, sèche et peu poreuse. On en fait d’excellentes bâtisses. Dans l’Inde, suivant Partes, on fait un fréquent usage de briques séchées au soleil, revêtues de ciment ou de briques cuites. Babylone et Ninive étaient bâties de cette façon. En Allemagne et en Angleterre, on confectionne des briques avec les scories ou le laitier des usines métallurgiques. Les scories sont mélangées avec de la chaux éteinte au moyen d’une machine à fabriquer le mortier, puis comprimées et enfin séchées et durcies à l’air (Putzeys). On en fait aussi des briques vitrifiées imperméables. Le bitume, l'asphalte, fondu et mélangé de sable, fournit des revêtements d’une haute imperméabilité. Les ciments de Yassy et de Porlland (dont il est fabriqué des quantités considérables à Boulogne-sur-Mer), le béton (silex ou gravier et chaux), s’en rapprochent à divers égards. L'ardoise de bonne qualité fait d’excellentes toitures. La terre, cuite et moulée en tuiles, creuses ou plates, remplit le même but, avec moins d’élégance et souvent moins de solidité. La pierre calcaire vulgaire, calcinée dans les fours à chaux, se transforme en une chaux impure qui, avec l’eau, le sable, les gravois, le mâchefer, les cendres, entre pour une part essentielle dans la composition du mor- tier. Le gypse, desséché au feu et moulu, fournit du plâtre en poudre qui a la propriété, en reprenant l’eau dont on l’a privé, de pouvoir être gâché en une pâte apte à se durcir rapidement. Suivant ce mode, le plâtre est d’un usage très général, mais ne devient très imperméable, après dessiccation des surfaces plâtrées, que si on le revêt de vernis ou de peinture à l’huile. Le bois est toujours en suspicion. On a beau l’employer sec, comme c’est de règle, lui faire absorber des liquides conservateurs (procédé Boucherie), l’enduire de goudron, de vernis divers, il reste plus ou moins hygros- copique, se fendille sous l’influence des alternatives d’humidité eide séche- resse, et devient l’abri de parasites de toute taille, le terrain de dévelop- pement des moisissures, fournissant lui-même une matière à putréfac- tion. On le réserve d’ordinaire pour les poutres, les planchers, les mar- ches d’escalier, le support du toit. Même dans cet usage restreint, il tient beaucoup de place et pèse d’un poids énorme sur les murailles. Quelques habitations pourtant sont entièrement en bois: les baraques. Les auteurs allemands se sont beaucoup occupés, dans ces derniers temps, d’un champignon, le Meruiius lacrymans (Hausschwamm), qui a la propriété de vivre particulièrement sur le bois des conifères, très employé en Allemagne, et de se répandre rapidement sur toutes les boiseries de la maison, qu’il pénètre de son mycé- lium et qu’il rend friables, non par le mécanisme de la putréfaction, mais en y prenant les sels alcalins et les phosphates nécessaires à sa nourriture. Ce parasite a été bien décrit par Colin, Sorokin, Gœppert, Ungefug, Poleck. Selon ces deux derniers la multiplication de ses spores dans l’atmosphère de la maison causerait de sérieu- ses atteintes à la santé des habitants; peut-être même Y Actinomycète (voy. p. 436) n’est-il qu’une forme de développement du Meruiius. Ces vues étiologiques sont contestées par Ilartig. Mais il paraît toutefois certain que les dégâts matériels causés par ce champignon sont assez sérieux pour que l’on doive avoir soin d’a- haltre les sapins destinés aux constructions, en hiver et non en été, afin que le bois ne soit pas encore pénétré des sucs qui forment la nourriture du parasite, et de traiter les bois de construction par des solutions de sel marin, de sulfate de cuivre, d’acide phénique, de goudron. Remarquons aussi que l’humidité est néces- saire hMerulius et qu’il ne résiste ni à la lumière solaire ni à une aération suffi- sante à amener la dessiccation des parois des locaux. Parmi les métaux, le fer entre largement aujourd’hui dans les construc- tions privées et surtout publiques. 11 remplace avantageusement le bois, partout où il fallait des poutres, debout ou transversales; et les bâtisses n’en sont que plus légères. Il a, pour l’hygiène, la supériorité incontestable d’être inaccessible à l’absorption d’humidité et aux processus fermentatifs ; il tient peu de place et permet d’augmenter d’autant le cube intérieur; enfin il est incombustible. Pourtant, si l’on généralise l’usage des métaux, on tombe dans de sérieux inconvénients, dépendant surtout de ce que les métaux sont des corps bons conducteurs du calorique. Les toitures en zinc, par exemple, nous ont toujours paru merveilleusement propres à entretenir sous les combles une température torride en été, glaciale en hiver. Les mansardes, il est vrai, sont destinées à l’habitation des pauvres gens, mais ce n’est pas une raison. Il paraît aussi que l’incombustilité du fer n’est pas un avantage lorsque se déclare un incendie, né de la combus- tion du mobilier, comme c’eSt la règle ; l’ossature de fer se dilate au feu, s’allonge, se tord, aide au besoin à la chute des murailles et est inabor- dable aux pompiers. La même propriété comporte la rétraction des char- pentes en fer, sous l’influence des grands froids ; cette rétraction peut arriver à un point tel que les poutres transversales dégagent leurs extré- mités de la maçonnerie qui les supporte et qu’une toiture tout entière manque d’appui ; le marché du Château-d'Eau s’est effondré pour cette raison, sous le poids de la neige, clans l’hiver 1870-80. 11 est vrai que ce danger peut être prévenu, suivant Emile Trélat, en supprimant les an- crages et les scellements qui unissent les fers aux supports en maçonnciies, en rendant l’ensemble de l’œuvre solidaire de telle sorte que le ramasse- ment mécanique qu’éprouve le métal ne fasse pas perdre aux organes leurs « ligures de résistance ». En dehors de ces réllexions, que la mention du fer amenait inévitable- ment, les propriétés calorifiques des matériaux de construction se ratta- chent naturellement à l'article Chauffage. Pour ce qui est des matériaux qui ne servent que de remplissage, d en- duit ou de décor, nous pensons que ce ne sont pas là vraiment des maté- riaux de bâtisse, et il en sera seulement question, comme accessoires des parois, au paragraphe qui suit. Structure «les paroiN. — L’habitation a nécessairement des parois ver- ticales et des parois horizontales, les unes regardant à l’extérieur par une de leurs faces, d’autres qui sont entièrement intérieures, comme les murs de refend, les cloisons, les plafonds. Murs extérieurs. — Les murs extérieurs sont habituellement construits tout d’une pièce, en bâtisse massive, un peu plus épaisse à la partie qui plonge dans le sol, moins aux étages supérieurs. Au point de vue de la calorification, il convient de donner à ces murs une bonne épaisseur; les matériaux étant d’ordinaire mauvais conducteurs du calorique et l'épais- seur des bâtisses n’empêchant pas l’air de les traverser, s’ils sont perméa- bles, ainsi qu’il ressort des expériences de Hudelo et Somasco. Les murs épais conservent la chaleur en hiver et protègent contre celle du dehors en été et dans les pays chauds. Plus les matériaux sont bons conducteurs, plus il convient de donner d’épaisseur au mur; 0m,50 sont un minimum avec les pierres tendres, 0m,35 avec les briques. Mais l'on peut atteindre mieux encore à l’indifférence thermique des murailles en les construisant non homogènes. Le procédé le plus sûr con- siste à composer le mur de deux parois, séparées par une couche d’air cen- trale. Celte pratique est appliquée dans les pavillons Tollet, qui ont une paroi formée à l’extérieur de briques pleines, doublées à l’intérieur d’un revêtement en briques creuses qui viennent ajoutera la paroi un véritable matelas d’air; on a pu, de cette façon, limiter l’épaisseur de la paroi à 22 centimètres et même à 15; Tollet pense qu’on pourrait la faire plus mince encore, la réduire à 10 centimètres, sans nuire sérieusement à la conservation du calorique intérieur. L’aération et la perméabilité des murs, comme on pense, n’en sont nullement diminuées ; c’est le contraire, et le professeur L. Venturi propose même d’utiliser, pour la ventilation des locaux, 1 espace aérien intermédiaire aux deux parois, qu’il est facile de mettre en rapport avec l’air extérieur. Murs intérieurs. — Les murs de refend et les cloisons doivent être im- perméables, surtout dans les habitations collectives où, sans cela, ils ne peuvent servir qu à échanger de l’air vicié et à s’imprégner de ses souil- judicieux conseil d’Em. Trélal, aussi hieri que de la superposition des étages, qui entraîne les plafonds. Parois horizontales. — Les locaux du rez-de-chaussée, et à plus forte raison ceux du sous-sol, comportent très bien le dallage ou le carrelage du sol. Le carrelage en briques est moins bon conducteur que la dalle. Dans les pays tempérés ou froids, d’ailleurs riches en bois de construction, on use du parquet et du plancher, surtout aux étages, plutôt que du car- reau, le bois étant encore plus mauvais conducteur. Quelques bâtisses destinées à l'habitation collective, se bornent à revêtir le sol, sur voûte ou non, de béton, de ciment ou d’asphalte. Le plancher ou le parquet peut être posé sur poutrelles, lorsque celles-ci elles-mêmes s’appuient sur une voûte ou sur une couche isolante; autre- ment, tout le bois pourrirait. Aujourd’hui l’on fait de bons parquets en enclavant les pièces du parquet dans une couche de bitume encore chaud, coulé sur un carrelage en pierres dures, percées de trous coniques; les pièces du parquet étant elles-mêmes façonnées à rainures et à queue d’aronde, le revêtement se trouve rivé au carrelage (procédé Damman et Cossard). Il importe, dans tous les cas, de ménager aux revêtements en bois une fondation solide, comme au pavage en bois des chaussées. Les planchers proprement dits ne se putréfient pas s’ils sont isolés du sol ; mais, à tous les étages, ils se disjoignent et permettent l’introduction de la poussière et des germes dans les entrevous, c’est-à-dire dans l’espace intermédiaire au plancher de l’étage supérieur et au plafond de l’étage inférieur. Les médecins militaires ont noté depuis longtemps qu’il se forme un véritable terreau sous le plancher des vieilles chambres de caserne, avec des traînées blanches de mycélium. On prévient notablement ces dis- joints en étendant, sur les planchers de bois blanc, de la peinture, des vernis, de la cire, de l’encaustique, de l’huile de lin bouillante (Mora- che), du goudron de houille, selon la méthode de Schaffer. Avec ces précautions, les planchers de sapin, peu coûteux et favorables à la colori- lication, restent salubres. Les plafonds en planches, poutres et poutrelles, sont détestables et, heureusement, démodés, peut-être pour des raisons d’esthétique, qui sont bien conformes aux vues de l’hygiène. Il est clair, en effet, que toutes ces poutres en saillie multiplient les surfaces d’infection et les en- coignures où s’abritent les poussières. Les plafonds en plâtre et en stuc ont l’avantage d’être très compactes; ils le sont plus encore si on les revêt de peinture à l’huile, comme la mode commence à s’en répandre. Matériaux d'entrevous. — L’attention des hygiénistes s’est fixée d'une façon particulière sur cet objet depuis qu’Emmerich (188o)a montré que la quantité de matière organique enfermée dans une maison, même neuve, peut équivaloir à celle de plusieurs milliers de cadavres. L’auteur avait été amené à pratiquer des recherches dans cette direction par sa découverte antérieure (1884) du microcoque de la pneumonie dans la matière des entrevous de la prison d’Amberg (Haut-Palatinat), où Kerschcnsteiner observait depuis plusieurs années des épidémies de pneumonie extrême- ment meurtrières. D’ailleurs, l’administration ayant fait remplacer les ma- tériaux souillés par des matériaux vierges dans un dortoir de cent détenus, qui avait été des plus maltraités par la pneumonie, cette maladie cessa dans ce dortoir, tout en continuant à sévir dans les autres. Utpadel (1887, examina les matériaux d’entrevous de l’hôpital militaire d’Augsbourg. Un mètre cube de cette matière, pesant 1,510 kilogrammes perdait par calci- nation 118ku,050, sans compter 24 kilogrammes d’eau, et renfermait 1,718 grammes d’azote, en outre de 508 grammes d’acide nitreux. Les recherches bactériologiques firent obtenir, de cette matière, un bacille qui, injecté sous la peau d’un cobaye, fit périr l’animal avec les symptômes et les lésions de l’œdème malin. 11 peut donc y avoir, dans les enlrevous, des microbes pathogènes. Aussi s’est-on préoccupé de trouver le meilleur mode de remplissage de cet espace sous les planchers, que l’on ne peut non plus laisser libre, sous peine de le voir s’infecter encore de matières organiques. Les matériaux de décombres sont unanimement rejetés. Le sable pur, bien lavé, ne paraît pas suffisamment réfractaire; d’ailleurs il est lourd. La laine de scories (Schlackemvolle) passe pour renfermer du sulfure de calcium qui dégage ensuite de l’acide sulfhydrique et noircit les peintures. C. Nuss- baum, posant en principe qu’un bon entrevous doit être léger, mauvais conducteur de la chaleur et du son, imperméable à l’eau et à la poussière, exempt de matière organique et incombustible, propose de faire, avec la tourbe moulue (4 à 6 vol.) et la chaux éteinte (1 vol.), une pâte que l’on divise en petits morceaux pour les faire sécher séparément. Cette prépara- tion est introduite entre les deux doubles du plancher, que l’on réunit par des supports en double 7", avec interposition de feutre entre le fer et le bois, pour amortir le son. Elle peut, avec avantage, reposer sur des plaques de tôle bombées et doit être recouverte de plaques isolantes en asphalte ou de carton bitumé. Ces plaques de tôle et l’épaisseur que l’on peut donner à la tourbe calcaire, qui n’est pas lourde, protègent bien contre la propagation des sons et aussi des incendies. La « laine de scories » ou mousse de laitier s’obtient en projetant violem- ment un jet de vapeur contre le courant de scories en fusion. Bien que repoussée ici des entrevous, nous signalons cette matière qui a été recom- mandée et paraît pouvoir être utile dans des cas particuliers. Placée en une couche de quelques centimètres (4 à 5 centim.) d’épaisseur sous les toits en zinc ou en tôle, elle les rend moins bons conducteurs du calorique, par conséquent diminue le froid en hiver, la chaleur en été, des logements des combles. Sous les bâtisses légères, les baraques par exemple, dans les- quelles on veut s’épargner les frais d’une cave, la laine de laitier en couche un peu épaisse forme un remplissage très salubre, qui maintient de l’air sous le plancher de 1 habitation et en éloigne l’humidité. Ce remplissage est d ailleurs antipathique aux rats et aux souris. A l’usine Krupp, à Essen, cette substance se vend 11 marks (13fr,75) les 100 kilogrammes, et avec 20 kilogrammes, on peut couvrir un toit de 15 mètres carrés d’une couche plus cher quand il faut ajouter les frais de transport h distance; mais à mesure que l’emploi de la matière se généralisera, les prix d’achat et de transport baisseront probablement. Revêtement des murs. — Les pratiques dont il va être question n’ont quelquefois d autre but que celui d orner les demeures humaines ou d’en assurer la durabilité , d autres fois, et cette pensée rentre dans les préoccu- pations de l’hygiène, elles tendent à prévenir encore l’humidité des parois ou surtout le depot à leur suiface et la pénétration dans leur épaisseur des impuretés diverses et spécialement des microorganismes. Le revêtement le plus régulier des murs est le crépissage, qu’il ne faut pas exécuter trop tôt, afin de donner le temps au mortier d’évaporer son eau et de durcir. On le fait parfois avec le mortier de ciment ; mais alors la peinture n’a plus prise sur la paroi. Les revêtements qui ont pour but d’empêcher la pénétration de l’eau de la pluie par l’extérieur, ou celle qui se condense de la respiration des hu- mains par l’intérieur, sont extrêmement nombreux et variés. Ils com- prennent les plaques d'ardoise, les feuilles de plomb, Y asphalte, le ciment, etc., comme nous l’avons vu au sujet de l’humidité du sol, sauf que ces isola- teurs sont posés verticalement et non horizontalement. On peut d’ailleurs les placer à la surface ou dans l’épaisseur des murs ; mais nous ne com- prenons pas bien ce dernier procédé, qui permet toujours l’humectation d’une partie de la maçonnerie. A ce système de revêtement se rattachent les briques vernissées, les car- reaux placés de champ, émaillés sur la face qui reste libre et qu’on emploie volontiers aujourd’hui dans les salles de chirurgie ou d’accouchements, dans une pensée d'asepsie. On a même parlé de revêtements métalliques, ou plutôt d’une seconde paroi en métal, placée à l’intérieur et laissant entre elle et la paroi en maçonnerie un espace dans lequel circulerait l’air chaud ou les conduites d’eau chaude ou de vapeur, employées au chauffage du local. Puis viennent une foule d’enduits, de vernis, de peintures hydrofuges. La silicatisation (Fuchs, Kuhlmann) s’emploie volontiers à l’extérieur, sur les monuments publics. A Lille, la plupart des façades de maisons sont peintes à l’huile de lin et à la céruse. Heureusement on en ménage les couches ; cette peinture n’est pas très imperméable et surtout ne reste pas longtemps telle. 11 va sans dire que, sous le rapport de l’hygiène, nous nous rangeons à l’avis des personnes qui poussent au remplacement de la céruse par le blanc de zinc (Griffiths, Charlton White) ; on assure qu’il est moins cher et « couvre » mieux que le blanc de plomb. Le point difficile est d’en convaincre les peintres et les fabricants. Toujours est-il que le blanc de zinc est seul admissible dans les locaux où il peut se développer de l’hydrogène sulfuré (qui noircit le plomb) ; mais y a-t-il dans la maison des endroits où le dégagement d’hydrogène sulfuré soit tolérable? Les hôpitaux construits jusqu’à ces dernières années ont les murs de leurs salles sluqués et peints à l’huile à l’intérieur. Les hôpitaux militaires ont cher- ché à se mettre à la hauteur, et leurs vieilles salles ont été rajeunies d'une couche de peinture à l’huile. Il est certain que ce perfectionnement diminue quelque peu la perméabilité des parois et contribue à exagérer dans les salles les odeurs noso- comiales; qu’il permet des lavages qu’on n’exécute guère, el fait ruisseler sur le plancher des salles l’eau de condensation de la vapeur expirée par lps habitants, pour la partie qui dépasse la saturation de l’atmosphère intérieure. Celle vapeur, sar.s doute, ne pénètre point dans les murs; mais il n’est pas préférable quelle sursature l’air des malades. On ne voit pas encore bien quel est le rôle des parois des locaux, vis-à- vis du développement des microorganismes. Niigeli préférait que ces parois fussent humides, parce que, dans cet état, 1 obstruction des pores em- pêche l’air d’y apporter ses germes, et que ceux qui viennent au contact des surfaces humides s’y fixent et cessent de voltiger dans l’air, où les habitants pourraient les recueillir. Pour noire part, nous préférons compter sur la dessiccation des lacunes des matériaux et sur l’oxydation des molé- cules organiques, mortes ou vivantes. Nous admettons sans peine que les murs d’une salle d’accouchements ou d’opéralions chirurgicales soient revêtus de carreaux émaillés jusqu’à 2 mètres de hauteur, c’est-à-dire jusqu’au point où les éclaboussures sont à craindre et les lavages faciles. Mais, par ailleurs, à quoi sert d’imperméabiliser et de lisser la surface des parois d’une salle, aujourd'hui qu'il va passer en habitude de pulvériser la solution de bichlorure dans les locaux qui auront abrité des contagieux, quelle que soit la nature du revêtement interne de leur parois? Dans nos casernes, en France, dans les habitations rurales et dans la plupart des demeures pauvres, on se borne au badigeonnage à la chaux des murs, inlns et extra. Ce badigeonnage ne modifie pas les propriétés des matériaux; mais il est excellent parce que c’est un nettoyage véritable, qu’on renouvelle souvent et qui, en somme, étend le long des murs une sub>tance antipathique aux microorganismes. L’usage des b iseries intérieures, qui faisait à peu près une double paroi et avait de grands avantages au point de vue de la calorification, se perd peu à peu. Il ne faut probablement pas le regretter. Tenlmes et tapis-eries. — Ces revêtements sont inapplicables dans les habitations collectives, où, sans parler de la détérioration rapide qui attein- drait les tissus ou les papiers peints, il est assez souvent nécessaire d’accom- plir une désinfection que ces substances ne supportent pas. En revanche, ils sont en vogue, pour l’ornement, dans les habitations particulières et peuvent y être tolérés sous de certaines conditions. Les papiers sont collés à même sur le revêtement interne des parois en maçonnerie ou en bois, ou bien sur une toile qui les écarte un peu de la muraille; cette dernière disposition est préférable pour l’assèchement des locaux et la conservation des papiers, mais à la condition que l’on pré- vienne I introduction des parasites de toute nature dans l’espace resté libre, ce qui ne manque pas d’arriver dès qu’il y a une solution de continuité à la toile. Depuis quelque vingt ans, l’emploi des papiers peints a soulevé de sérieuses questions de salubrité, qui donnent un autre aspect à ce dé- tail d hygiène. Il ne s’agit plus, en effet, d’une substance plus ou moins Arnould, Hygiène. 2e édit. 34 propre à conserver la chaleur et l'humidité; les papiers peints, surtout ceux de couleur verte, sont préparés avec des sels arsenicaux; d’autres 1# sont avec des sels de plomb. Il est malheureusement prouvé que, soit les contacts, soit la chute spontanée de parcelles pulvérulentes venant de la suiTacc de cos papiers, peuvent provoquer des phénomènes d’absorption et, par conséquent, des symptômes d’empoisonnement. Il y a donc là un dan- ger à signaler et contre lequel il faut se mettre en garde. On peut y join- dre le danger des émanations de la térébenthine vulgairement employée dans la peinture des boiseries. ; ■ ■ La mode, aujourd’hui (les hygiénistes y sont peut-être pour quelque chose), remplace peu à peu les papiers à tons brillants, très dangereux, par les papiers à tons anciens (Duchesne et Michel), qui n’ont pas besoin des couleurs plombiques ou arsenicales. Enfin, les papiers de tenture peuvent tirer une fâcheuse influence de la corruption de la colle qui sert à les faire adhérer. Il intervient, en effet, des matières organiques dans certains actes de la préparation d’une mai- son. Ainsi, la gélatine dans l’enduit des plafonds, la colle de pâte dans l’application des papiers de tenture. Les matériaux qui servent à fabriquer ces substances, putréfiables par elles-mêmes, sont souvent avariés et cor- rompus d’avance. La fermentation continue donc quand les plafonds sont faits et que les papiers sont poses. E. Vallin a observé un cas d’accidents gastro-intestinaux graves dus à la putréfaction de la colle de pâle sous des papiers récemment appliqués et, en appelant l’attention sur les dan- gers qui peuvent venir de ce côté, restés inaperçus, a consei lé l’introduction dans la colle d’un peu d’acide salicylique ou d’acide borique (15 grammes pour l,00t) de colle). La même précaution se recommande dans la préparation des couleurs et des enduits dans lesquels il entre de la colle ou de la gélatine. Il n’est pas inutile de rappeler que, quand on renouvelle les tentures d’une pièce, cette occasion d'assainissement impose l’enlèvement exact des anciens papiers et le nettoyage complet des surfaces. Ce nettoyage doit se faire au mouillée t, de préférence, avec une solution antiseptique:; Vépoasse- taje ne fait que remettre dans l’air les poussières et les microbes. Les microorganismes sur les parois. — Nous ne connaissons pas de recher- ches relatives à l’absorption des microorganismes par les matériaux de construction ; celles de Layel et de Poincaré, sur ce point, sont peu dé- monstratives. Rien ne prouve non plus que les courants d’air sans vitesse qui ont lieu à travers les murs puissent introduire ou expulser autre chose que des gaz; il est même probable, contrairement à l'hypothèse de Layot, que les matériaux de construction filtrent l’air au moins aussi exactement que le faiL le sol (voy. p. 90); et, d’ailleurs, si les microorganismes sont capables de franchir celte solide barrière, c’est la maison qui y gagnera, puisque son atmosphère est plus riche en microbes que l’air extérieur. Au fond, ce ne sont pas les organismes de l'épaisseur des murs qui sont le plus intéressants, mais ceux des surfaces intérieures, que le moindre choc peut précipiter dans l’air où les habitants respirent. La question du 534 revôlement par los enduits, la pointuro, les papiers peints, amène finit]- relleinenlcelle de savoiron quel nombre, absolument et comparativement, les organismes inférieurs sont retenus sur les divers revêtements et quelle en est la nature. Des recherches dans celle direction onl été faites par E. Esmarch (Berlin). Il en résulte que les microorganismessont assez nombreux sur les parois pour que l’on puisse en compter à peu près un million sur les mursd une pièce de 3 mètres de hauteur et de 5 mètres dans les autres dimen- sions. Ils comprennent des moisissures et des Sehizoïnycètes; mais il sem- ble que la première raison du nombre et de la nature des organismes, trouvés sur les murs intérieurs, soit l’atmosphère du dehors; par sui e, l'orientalion l’exposition de la maison, les vents régnants, l’ouverture des fenêtres et des porles. I.a seconde raison serait la mobilité de l’atmosphère intérieure; par conséquent, la fréquentation, les allées et venues des 'ha- bitants, qui agitent l’air et communiquent une trépidation plus ou moins vive au sol et aux parois. Au point de vue de leur nature, les Schizomy- cètes observés par Esmarch étaient plutôt des microcoques que des bacilles; quelques-uns liquéfiaient la gélatine; on y distingua particulièrement Proleu< vulga'is, un bacille en forme de racine [Warzelformige Bacillus) très commun dans le sol, un bacille dont les colonies sont d’un jaune de soufre. Il y a une spore sur environ quarante-quatre microbes à la phase de végétation. Le tableau ci-dessous indique le nombre des colonies que peuvent four- nir les germes recueillis sur une surface de 23 centimètres carrés. GENRE DE REVÊTEMENT. BACTÉRIES. MOISISSURES. TOTAL. Écurie, mur à la chaux » » 6070 Laboratoire; pointure à la colle 32 53 87 Pièce de jour; to iture de velours 14 3 17 — tenture lisse O 26 28 — vieille tenture 5 0 14 — tenture neuve (trois mois) » 5 5 — tenture do cuir 18 7 25 Salon; tenture de soie verle S7 38 9.7 Chambre à coucher; tenture l‘me 28 5 33 — p intureè l'huile(datantd'uumuis). 1 >1 1 — tenture lisse 47 3 46 Cuisine; peinture 11 la colle... 37 34 71 — peinture datant de trois mois 3 11 14 Vestibule: parois de marbre 34 24 58 Cabinet d'aisance; peinture à l’huile /j. 9 13 U n autre 6 32 3 S Carreau de vitre d’uue chambre à coucher 15 9 21 On remarquera sans peine le grand nombre de microbes sur les parois de l’écurie, où les animaux sont dans un mouvement incessant, et leur rareté dans les cabinets d’aisances, que l'on ne visite que par intervalles. On reconnaîtra ausd que les tentures lisses, la peinture et même les parois polies, comme le verre et le marbre, n'empêchent pas le dépôt des germes. Esmarch a constaté aussi qu’ils sont de moins en moins nombreux à me- sure qu on examine la paroi plus près du plafond (absolument comme s’il s agissait de simples poussières). Sur la paroi de carreau émaillé, ménagée jusqu a hauteur d homme, dans une salle à laparotomie qui n’avait pas servi depuis six jouis et qui est lavée au savon phéniqué après chaque opé- ralion, 1 auteur ne put recueillir que 10 microorganismes pour une surface do 225 centimètres carrés. Il y en avait, au conlraire, 90 sur une surface paieille de la paroi en carreau vernissé d une salle d’accouchement, lavée a 1 eau de savon simple huit jours auparavant et qui servaiL tous lesjours. Sur 1 centimètre carié de la bordure en saillie qui marque la réunion de la paroi carrelée au reste du mur, peint à l'huile, on put récolter de 650 à 1,350 colonies. Les fenêtres. — Les fenêtres sont, assurément,.une partie des parois de I habitation ; elles en sont le point faible, au point de vue de la therma- lité. Mais leurs rapports sont si inlimes avec la ventilation et le chauffage que nous devons renvoyer à ces articles le moment d’en parler. La toiture. — C’est le complément de l’enveloppe représentée par l’habi- tation. A ce titre, elle est soumise aux mêmes règles que les autres parois; mais elle comporte quelques conditions spéciales. Le toit est destiné à protéger l’habilation contre la masse principale des précipitations atmosphériques. Là où celles-ci sont fréquentes et abon- dantes, ce revêtement est incliné dans un sens ou dans plusieurs, d’une façon plus ou moins aiguë; dans les contrées où la surcharge du toit par les pluies et surtout par les neiges n’est pas à craindre,, on le fait en terrasse à pente insensible. Cette pratique mauresque a été fort maladroitement copiée dans quelques maisons de nos pays du Nord. Dans des cas spéciaux, les usines en général, on utilise en même temps le toit pour l’introduction de la lumière sous un angle plus favorable au travail accompli dans l’intérieur que l’éclairage latéral. Sur une faible éten- due, ce but est atteint en remplaçant une petite portion de la surface du toit par une vitre (vitre hollandaise, lanterneau); lorsqu’on a besoin de généraliser cette disposition, l’on construit le toit en scie (Scigeilach)\ dans chacun des saillants, la pente la moins inclinée est vitrée, l'aulre est re- couverte comme les toits ordinaires. Ce mode est Lrès favorable à l'éclai- rage intérieur, mais il porte les constructeurs à oublier qu’il faut néanmoins des ouvertures latérales pour l’aération. Le toit est fait d’ardoises imbriquées, de tuiles ordinaires, de tuiles pla- tes (Montchanin), de nattes en chaume, de plaques de bois ou de métal, etc., supportées par des traverses en bois ou fer. L’ardoise lisse et compacte, et la tuile d’argile cuite sont les meilleurs de tous les matériaux. Au bord inférieur de chaque plan incliné que forme le toit, court un demi-cylindre métallique, à concavité supérieure (chéneau, plombiôre), destiné à recueillir l’eau qui descend la pente du toit et à la diriger vers des tuyaux de chute qui la versent dans l’endroit voulu (citernes, égouts, canaux ouverts). La surface du toit ne sauraitôlre absolument continue. Indépendamment des cheminées qui la traversent et des oriüces vitrés, ménagés pour prendre jour par en haut, les orifices de ventilation sont très bien placés dans la pa- I -! roi supérieure de l’habit al ion, puisque l’air chaud s’élève naturellement. 11 ne faut pas négliger d’uliliser celle force qui ne coule rien. Mais, comme la pluie ne doiL pas entrer par le môme endroit qui donne issue à 1 air, on protège les ouvertures du loilpardes dispositions spéciales (vitre Irançaise) qui leur permettent la verticalité. On peut encore se servir de la couverture comme organe de ventilation, en exécutant le Dachreiter des Allemands ou surtoit. 11 s’applique aisément aux bâtiments dont la toiture n’a que deux pentes, en sens opposé 1 une de l’autre, tel.e qu’on l’a fait aux baraques. Ces deux pentes, au lieu de se rejoindre sur la ligne de faîte, s’interrompent et laissent entre leurs bords supérieurs une baie de quelque largeur, au-dessus de laquelle on établit le petit toit, ou surloit, de telle sorte qu’il ne se relie au grand que par des montants verticaux; entre le bord inférieur du surtoil et le bord supé- rieur du vrai toit, il y a donc un espace. On donne à cet espace la largeur voulue et le bord inférieur du surtoit s’avance suffisamment pour le dissi- muler, de façon que la pluie ne pénètre pas par cette baie, même lors- qu’elle est chassée obliquement par le vent. D’ailleurs, pour l’hiver, il est facile d’obturer l’espace libre à l'aide de vitres mobiles, dont on ouvre ou dont on ferme le nombre que l'on veut (Voy. plus loin : Baraques). • Habitation «le» mainou» neuves. — On a beau avoir pris des précautions contre l’humidité du sol et employé des matériaux peu hygroscopiques dans la construction, on n’a pas pu s’empêcher de faire intervenir l’eau dans la confection du mortier et des plâtrages. Pellenkofer a fait, à cet égard et sur les exigences de l'assèchement ultérieur, des calculs ingénieux, qui ne peuvent guère pécher que par une précision excessive. • Une maison à trois étages, ordinaire, avec cinq chambres et cuisines, exige dans sa construction environ 83,500 litres d’eau, dont la plus grande partie devra être expulsée avant que la maison soit habitable sans danger pour la sanlé. 11 n’y a qu’un moyen d’obtenir celte expulsion, c’est l'évaporation spontanée à l’air; moyen sur, mais long. Plus l’air esL sec, plus il est chaud, et plus il absorbe d’eau ; il faut y joindre la rapidité du déplacement de l’air qui passe sur les surfaces hu- mides. Or, si l’on suppose une température moyenne de l’air de 10° (comme c’est le cas à Dresde et à Paris) et un degré hygrométrique moyen de 75 p. 100, sachant qu'à 10° un mètre cube d'air peut renfermer 9®r,7 de vapeur d’eau, il faudra re- trancher de ce ebitfre 9,7 (saturation) les 0,75, soit 7sr,3, pour connaître la quan- tité d eau qu un mètre cube d'air, dans les conditions moyennes, peut enlever aux bâtisses neuves. La différence est 28r,4. Autant de fois 2gr,4 seront contenus dans 81.500 kilo"., autant il faudra de mètres cubes d’air passant à la surface des murailles et se saturant d’humidité, pour amener le bâtiment à un degré con- venable de dessiccation. Le résultat de celte division donne plus de 34 millions de mètres cubes. hn été, il n est rien de plus facile que de pratiquer l’assèchement par 1 ouverture permanente des portes et des fenêlres; du reste, il est recom- mandé de bâtir en cette saison de préférence, parce que les matériaux et surtout le mortier, qui renlerme près d’un tiers d’eau, se sèchent déjà au fur et i mesure qu’on les emploie. En hiver, on chauffe l’atmosphère inté- rie lire. On se figure, bien à tort, que le chauffage dessèche encore lorsque les.portes et les fenêtres sont closes; dans ce cas, l’air chaud absorbe, il est vrai, beaucoup d eau, mais la vapeur reste incluse, comme l’air, dans les appailements. En poussant davantage le chauffage, on ne peut plus rien piendre aux murs, puisque 1 air de la pièce est salure; mais, en re- vanche, quand la piece se relroidit, une partie de la vapeur d’eau de l'air intérieur se précipite sur les murailles. Le chautîage, portes et fenêtres closes, promène donc simplement 1 humidité dans l’appartement, mais ne l’en expulse point. L’appareil de Kosinski, qui ventile en môme temps qu’il chauffe, est donc très rationnel. La porosité des parois favorise l’assèchement; par ces pores passe beau- coup d’eau Nous serions disposé à repousser absolument toute habitation perma- nente dans les combles, comme nous l’avons fait du séjour même intermit- tent dans.les sous-sols. Ce n’est pas l’aération qui nous inquiète le plus, en «:v.> ceci, au moins immédiatement, mais la calorification, étant admis préala- blement que la hauteur absolue de logements pareils n’est pas assez consi- dérable pour infliger un véritable surcroît de travail aux habitants, dans l’acte de la monlée et celui de la descente. Los logements dans les combles sont liés froids en hiver, très chauds en été (surtout avec les toits métal- liques) ; c’est un péril absolu. De plus, par contre-coup, le froid de 1 hiver oblige les pauvres gens (à qui ces combles sont naturellement réservés) à se surchauffer avec leurs appareils primitifs et dangereux, à s’aérer d autant moins, de môme que l’excessif échaufi'emenl de 1 atmosphère intérieure pendant l’été les porte à ouvrir leur logement à tous les courants d'air et à s’exposer aux refroidissements nocturnes. Les habitants des combles sont des malheureux, parmi lesquels la mort fauche naturellement avec plus de sévérité qu’ailleurs. Cependant, à con- sidérer les chiffres empruntés à Schwabe (page 536), il semble bien que les conditions mêmes de leur demeure aggravent notablement la situa- tion. Virchow soupçonnait que le simple fait de gravir quatre ou cinq étages d’escalier devait directement et mécaniquement compromettre l'issue de la grossesse chez les femmes de celte classe, qui représente précisément le prolétariat. Sommerbrodt a tenté de trouver l’expression numérique de cette influence en recherchant les rapports, à Berlin, de la multiplication des maisons à quatre étages avec la mortalité. Les chiffres prouvent que celle-ci croîl comme celle-là. En 1822, il y avait, à Berlin, .1,5 morts-nés p. KlOO hab. ; en 1870, 1,8; en 1873, 1,7 p. 1,000 et 4,8 p. 100 de toutes les naissances (en 1822, 4,4 p. 100). Ces résultats ne sont pas, à la vérité, suffisamment démonstratifs, attendu que par l’augmentation numérique des habitants la misère générale augmente aussi. Par ailleurs, les combles et les greniers sont fort utiles à la maison quand ils ne servent qu’à remiser des denrées ou des effets; ils l’assèchent et l’aèrent par en haut, comme la cave par en bas; ils enferment ou laissent passer au-dessus des pièces habitées une épaisse couche d’air, éminem- ment apte à réaliser l’indifférence de l’atmosphère du dedans vis-à-vis des alternatives de la température ambiante. La véritable raison de l’insalubrité de la superposition des étages réside en ceci: qu’elle est un mode de l’encombrement. Si l’individu vicie inces- samment, par tous ses actes vitaux, l’air et le sol, il est clair que le groupe familial les compromet davantage et que la superposition en hau- teur de semblables groupes augmente les souillures jusqu’à un point into- lérable, surtout si, comme dans les grandes villes, le même fait se répète dans le sens latéral, par la juxtaposition de nombreuses habitations à étages multiples. Chaque individu d’un groupe doit disposer d’une surface de quelque étendue; il est dilûcile d’en calculer et d’en fixer le minimum, mais on peut dire qu’en général la santé des agglomérations humaines croît comme les dimensions de celte surface. On compte, par maison, 8 habitants à Londres, 32 à Berlin, 35 à Paris, 52 à Pélersbourg, 55 à Vienne. La capitale anglaise n’a guère qu’une mortalité de 22 p. f ,000, moins.élevée que la moyenne de toute la France. iivHti na< ion «le» i»ièt*e». — Dans 1 g s conditions moyennes, le logement privé comporte une cuisine, une pièce où l’on mange (salle à manger), une pièce où l'on travaille, une pièce où l'on reçoit (salon, quelquefois confondu avec un local d’une autre destination), une ou plusieurs pièces dans les- quelles on dort (chambres à coucher, avec ou sans cabinet de toilette). Il faut y ajouter le local, non moins indispensable que le reste et qui a des rapports si étroits avec la salubrité de l'habitation, dans lequel on satisfait aux besoins naturels (cabinet d aisances). Celles de ces pièces dans lesquelles on ne fait que passer, comme la salle à manger et !e salon de réception, préoccupent peu l'hygiène. D’ail- leurs, les habitants sont portés à soigner d’une façon particulière ces lo- caux, que l’on montre au public, et, d'habitude, le confortable y est d’au- tant plus complet qu’il y est moins réellement utile. Il n’en est pas de même des autres. Sous le rapport de la situation respective de ces locaux de destination spéciale, les maisons à un ou deux étages, occupées par une seule famille, se prêtent admi- rablement à la distinction entre les pièces affectées aux relations extérieures elle véritable logement de la famille, telle qu’on la retrouve dans les maisons de Pom- péi, dans les maisons mauresques d’Algérie, et telle que les Américains modernes la recherchent. Les IIaliens du temps de Vilruve, qui, à vrai dire, vivaient plus au dehors que chez eux, ne mettaient pas leurs fenêtres sur la rue, mais sur des cours intérieures; la première de ces cours était celle des affaires, des visites, des occu- pations journalières ; la seconde, nettement séparée de la précédente, donnait accès aux pièces réservées à la famille. Les maisons mauresques d'Alger, de Conslanline, ont aussi cette double cour et les fenêtres en dedans, touL au moins un étage infé- rieur où se font les affaires, et un supérieur, auquel donne accès une galerie en saillie où se tiennent les femmes et les enfants, et que l'homme regagne à l'heure où il veul être chez lui et s’appartenir. Dans nos mœurs, il n’y a plus ni gynécées ni harems, et c’est apparemment un progrès; mais, tout en ouvrant les fenêtres de la maison sur la rue, c'est une pratique louable d’affecter, comme les Améri- cains, le rez-de-chaussée aux relations extérieures et le premier étage au réel chez soi. A Lille et dans d’autres villes du Nord, cet agréable et salutaire usage de la maison à un ou deux étages pour une seule famille persiste et même s’étend, à la faveur des constructions nouvelles que comporte l'agrandissement de la ville : salle à manger, salon et cabinet d’affaires, cuisines quelquefois, sont au rez-de- chaussée; la vie de famille se passe au premier et au second élages. Sous le rapport de la salubrité des habitations, la classe moyenne, et à plus forte raison les classes riches, seraient dans des conditions très favorables si, comme il a été dit, beau- coup ne cédaient encore au besoin de faire dans le sous-sol la salle à manger des jours ordinaires, et à celui de fragmenter, par des cloisons intempestives, en cabi- nets de toilette, en alcôves, des pièces qui eussent fait une bonne chambre à cou- cher, en leur laissant toute leur tenue. Cuisine. — On admet trop aisément que la cuisine soit installée au sous- sol, une véritable habitation de cave, sous prétexte que les hôtes de la maison ne doivent pas être gênés par ce qui se passe dans la cuisine, ni inversement. Le séjour du sous-sol étant positivement mauvais, il semble d’un bel égoïsme que les maîtres l'infligent à une ou plusieurs personnes chargées justement de préparer les éléments de la fonclion primordiale, l’alimenlalion. Notez que la cuisine en action est un art à quelques points de vue insalubre, puisqu’il use du charbon et produit des détritus organi- ques et des eaux impures. Que l’on commence au moins parlai offrir une atmosphère primitivement irréprochable. Donc, les cuisines au rez-de-chaussée, qu’il est d’ailleurs facile d’écarter un peu et d’isoler de la salle à manger et du salon, doivent être seules approuvées absolument. Wiel et Gnehm demandent, avec raison, que la cuisine soit spacieuse, liante de pl afond, bien ventilée et tout particulièrement bien éclairée. Ces exigences légitimes ne trouvent pas aisément leur satisfaction dans les sou- terrains. Je préfère de beaucoup la pratique de quelques «cotiages» anglais, qui placent la cuisine sous le toit. Toutefois, celte disposition n’est compa- tible qu’avec la mai-on à peu d’étages, à cause de la nécessité de ména- ger, à côté de la cuisine, un local pour le dépôt de combustible et de ne pas en éloigner sensiblement l’endroit où sont, conservés au frais la viande, les légumes, les boissons. Dans les grandes bâtisses, divisées en apparte- ments que le propriétaire loue à autant de familles, chaque logement a sa cuisine particulière qu’on place le plus possible du côté du nord-ouest et sur la façade postérieure. La cuisine étant exposée à la fumée et aux gaz de la combustion du bois ou du charbon, elle doit avoir au moins une fenêtre s’ouvrant à l’air libre et divisée en deux compartiments, dont le supérieur à châssis mobile, pour pouvoir rester presque habituellement ouvert, plus ou moins. Le foyer sera particulièrement soigné, quel que soit l’appareil en usage, et un tirage énergique et sûr y sera adapté. Les fourneaux à enveloppe de briques sont préférables aux appareils de fonte, parce qu’ils échauffent moins l’atmo- sphère. Le sol de la cuisine se prête à êlre dallé, carrelé ou en ciment, pour de fréquents lavages; les parois latérales, pour la même raison, de- vront être revêtues, jusqu’à une certaine hauteur, de briques vernissées ou de carreaux de faïence. Si ces parois ne sont pas peintes à l’huile et sus- ceptibles de lavages, il faudra les blanchir à la chaux au moins une fois par an. La cuisine doit posséder un robinet d’eau situé au-dessus de l’évier, et un tuyau de conduite des eaux ménagères s’abouchant par un siphon avec l’égout. Toutes facilités seront données pour le collcctionnement pro- visoire des délrilus et pour leur enlèvement, et une surveillance assidue s’exercera sur ce local et sur ces manipulations qui fournissent si aisément l’occasion et la malièro de fermentations putrides, dangereuses pour le cuisinier d’abord, pour loule la maison ensuite (Voy. plus loin : Les foi/ers de souillures dan< la maison). Il y a quelquefois, au voisinage immédiat de la cuisine, une buanderie. En raison de l'humidité, des vapeurs, des odeurs, de la chaleur, que déga- gent les appareils à lessiver quand ils fonctionnent, celle annexe n’est inoffensive qu aillant que la cuisine et la buanderie sont à la fois en plein air, un peu reculées des pièces d’habitation, énergiquement ventilées. Cabinet de travail. — Celte pièce doit avoir de 3m,50 à 4 mètres de hau- teur et être assez longue pour cpie l'homme qui l'habile puisse de temps à aulre quitter son bureau cl son fauteuil de cuir et luire un peu de mou- vement en arpentant l’espace. L exposition à l est est celle que Riant regarde comme la meilleure. La ventilation en sera assurée par un mé< a nisme automatique ; celui que Riant conseille nous paraît tout à fait illu- soire (corniche métallique creuse, divisée en deux canaux superposés et percés de trous, l’un pour introduire l’air pur, l’autre pour donner issue à l’air vicié) ; l’on ne saurait trop recommander la large ouverture des fenê- tres, le matin, avant l’arrivée de l’homme de cabinet, et dans la journée, chaque fois qu’il s’éloigne pour prendre ses repas ou pour tout autre motif. C’est le moyen unique d’oxyder les précipitations organiques diverses qui emplissent d’ordinaire ces sortes de pièces d’odeur de crasse, de bouquins et de tabac. On y joindra l’abstention de meubles inutiles, surtout de ceux qui sont faits d’étoffes villeuses et absorbantes, réservoirs de poussières et de méphitisme. La manie du bibelnt devrait s’arrêter au seuil de cet en- droit et les œuvres d’art elles-mêmes n’y pénétrer qu’avec discrétion. Chambres à coucher et cabinets de toilette. — On tolère, à Paris, 2m,7 et même 2m,6 dans les entresols et à l’étage supérieur; en fait, ce n’est pas trop exiger que de réclamer un minimum de 3m,o0. D’ailleurs, dé- passer 4m,50 est un luxe inutile et même gênant; s’il y a lieu de chauffer la pièce, la hauteur exagérée entraîne une dépense de combustible en pure perte. Bien qu elle ne soit occupée que la nuit, la chambre à coucher ne doit pas moins pouvoir être visitée, pendant une partie du jour, par la lumière du soleil. Pour l’aération, il n’est pas utile d’avoir aulre chose que les fenêtres et la cheminée, quand il ne s’agit de l’asile que d’une per- sonne ou de deux; mais il faut à la plus petite chambre à coucher au moins une fenêtre s’ouvrant à l’air libre, de plus d’un mèLre de largè, et le plus possible ayant la hauteur même de la pièce; si la chambre est spacieuse, on lui donnera une fenêtre pour chaque 2 mètres, au plus, de façade. Ne pas oublier que les meubles diminuent l’espace primitif, et, à titre de surfaces « ou matériaux infeclables », supprimer rigoureusement tout ce qui multiplie, sans profil, les angles, les plis, les saillies propres à recevoir et à garder les poussières, cloisons superflues, alcôves, rideaux de lit, boiseries de revêtement avec des moulures, des encadrures. Wiel et Gnehrri sont antipathiques aux armoires ou placards, pratiqués dans le mur et servant principalement de gardes-robes; ces armoires, recevant les vêtements qui ont clé portés s’imprègnent d’odeurs, d’émanations, sont envahies par les parasites, et n’en restent pas moins très difficiles à ven- tiler et à nettoyer. Les armoires mobiles sont pré,érables, pourvu que, dans les dimensions de la pièce on ait tenu compte de la place qu’elles occuperont. Un vestiaire dislnct est mieux encore. Des hygiénistes conseillent d’avoir soin que le lit soit situé de lel'e sorte que la lumière de la lune n’arrive pas à la tête du dormeur. Le conseil est bon: même sans être « lunatiques », beaucoup de personnes ont le cau- chemar pour avoir avoir négligé cette précaution (Wiel et Gnclnn). Il sera question de la constitution du lit à l’article Vêtement. Il n’y a pas de raisons d’affranchir de ces règles les chambres des do- mesliques, les chambres de logeurs; moins le locataire a le tégument propre, plus il a besoin d'un cube d’air généreux. Les commissions des logements insalubres font la guerre aux soupentes et font bieu ; pour ôlre la famille d’un portier, on n’est pas garanti contre l’horrible insalubrité de ces réduits où vont se réfugier les miasmes de chaque jour, sans qu’un courant d’air puisse désormais les en déloger. C’est un égoïsme fort malentendu, dit Pulzeys, que de mal loger les domestiques; c’est les disposer à devenir malades, par conséquent à scr- !vir peu ou point, sans compter qu’ils apporteront peut-être à la lamille qu’ils servenl le germe de la maladie dont ils sont atteints. Aussi prescrit- on de donner aux mansardes une hauteur d’au moins 2n,,o0 et de les placer sous l’avant-loit et non dans les entrails. Pulzeys voudrait qu’on revînt aux combles à la Mansard, très décoratifs, et qui sont bien plus favorables à l’hygiène de ces logements. On ne saurait trop s’associer à ce vœu, sur- tout quand il s’agit de gens pour qui la mansarde unique sert à la fois de chambre de jour et de chambre à coucher. Le même autour conseille de ménager, dans toute maison particulière, une chambre de malade, dallée, à parois revêtues de carreaux vernissés et peints à l'huile, à angles arrondis, en un mot préparée pour l’asepsie et la désinfection, et placée de façon à ne pas communiquer avec le reste de l'habitation. L’idée est fort rationnelle, mais pénétrera peut-être avec quelque difficulté. Il y a quelque avantage pour la chambre à coucher que la table de toilette avec ses accessoires trouve place dans un cabinet spécial. Mais celte pièce ne saurait être dispensée de recevoir de l’air, de la lumière et des soins de propreté d’autant plus exacts qu elle est menacée de certaines souillures. Il suffit, d’ailleurs, qu’elle renferme de l’eau, du savon, du linge et un pelil nombre d’instruments, avec une large cuvette et un pot- à-eau de bonnes dimensions (à moins qu’il n’y ait un robinet de la distri- bution d’eau au-dessus de la cuvette). Les flacons d’eau de senteur, les boîles à poudre parfumées, les pots à pommades ruses ou vertes, sont de l’excès. Tout cela lient de la place, recueille la malpropreté, rancit et pue. Sa le de bains. — Il suffit d’une mention à ce local, qui doit exister dans toute maison prétendant au confortable hygiénique. La salle de bains devra êire un endroit agréable, tout en étant construite de façon à parer à I action de la vapeur et de l’eau dont il se répand toujours quelque peu autour de la baignoire ou de l’appareil d’hydrothérapie. L’induslrie moderne a, d’ailleurs, mis cet outillage à la portée de tout le monde, commode à installer et d’un fonctionnement peu coûteux. Paliers, corridors, escaliers. — Les corridors, paliers, cages d’escaliers et tous autres espaces vides, dans la maison, protègent le logement propre- mentdil vis-à-vis des influences atmosphériques extérieures (températures et humidité), is ont, de plus, le sérieux avantage d’agrandir la surface habitée et, lorsqu on e veut, d’être des prises dliiir qui atténuent la violence et la crudité des courants directs. Mais cet heureux résultat n’est atteint qu’au tant que ces espaces intermédiaires sont eux-mêmes dans de bonnes conditions de salubrité, larges, spacieux, hauts de parois, donnant un libre accès à la lumière et pouvant en fournir un semblable à l'air extérieur par l’ouverture de grandes fenêtres. 11 arrive parfois qu’il est dangereux d’aérer la chambre d’un malade, en hiver, parles fenêtres de la chambre même; si l’air des paliers ou corridors est satisfaisant, on peut lui ouvrir la porte du malade sans refroidir celui-ci. En général, on réussit mieux à obtenir un espace lumineux et aéré avec un palier qu’avec un corridor; c’est aussi plus élégant. Les escaliers en bois, par économie et peut-être en prévision des chutes, sont préférés aux escaliers en pierre, pourtant plus salubres. Mais si, pour obvier à l’usure des marches en bois, l’on en garnit les bords avec du métal, le même inconvénient reparaît, avec celle circonstance en plus que le frottement polit la garniture de métal et la rend dangereusement glis- sante. Dans tous les cas, il faut que les escaliers soient larges, en pente douce, à marches égales et bien éclairés. A Lille, il y a beaucoup d'archi- tectes qui ne savent pas faire un escalier; à moins qu’il n’y ait encore plus de propriétaires à qui il est indifférent que leurs locataires et ceux qui leur font visite se rompent les os. Revêtement des planch rs ou parquets. Nettoyages. — Dans nos habitudes modernes, les gens tant soit peu aisés superposent aux planchers, par- quets, escaliers, au moins dans la saison froide, des tapis de laine plus ou moins épais. Cette pratique, favorable à la calorification et agréable au pied des visiteurs, n’a guère l’assentiment de l'hygiène. Ces étoffe-; vil- leuses recueillent la poussière, les émanations, empêchent d’appliquer au plancher môme les soins de propreté qu’il réclame. 11 sera pourtant difticile de lutter contre celte habitude de sensualité et qui procure au luxe une occasion de paraître; au moins faut-il prescrire que ces lapis soient fréquemment levés, battus, exposés au grand air, et même, dans des cas particuliers, désinfectés. Tous les locaux dont il vient d’être question sont soumis à des net- toyages quotidiens ou hebdomadaires, selon le ca' et selon la vigilance du maître. Malheureusement, cette opération bien intentionnée est régnliè- rnent un époussetage, qui ne fuiL que déplacer la poussière et remettre dans l’air ambiant les microorganismes qu’on aurait pu croire fixés. Il laut absolument perdre cette habitude barbare, prescrire aux domestiques d'essuyer et non d’épousseter, et. remplacer les balais et plumeaux tradi- tionnels par de la peau douce, du linge fatigué, humecté quand c est. compatible avec l’intégrité des surfaces ou des objets nettoyer. Une sérieuse amende serait légitimement appliquée aux lemmes de chambre qui secouent odieusement les lapis par les fenêtres. Cabinets d'uisanres. — Nous n’envisagerons ici que le local, nous réservant d’étudier séparément la vaste question des appareils destinés à recevoir les excrétions humaines cl des moyens de les éloigner de l’habitation. C’est l’endroit qui doit le moins être sacrifié ; le soin et môme la rocher- che qu’on y apportera entraîneront des précautions corrélatives dans la construction des appareils et bénéficieront tout d’abord à la propreté et, par conséquent, la salubrité de la maison. Le cabinet d’aisance, sans avoir besoin d’être très spacieux, réclame plus impérieusement que d’au- tres locaux de l’air et de la lumière; de la lumière, parce qu’il serait diffi- cilement maintenu propre sans cette condition; de l’air, parce que les appareils les mieux compris ne se passent pas d’une désinfection immé- diate et intermittente, comme leur fonctionnement même. Cette désinfec- tion immédiate, pour la part qui porte sur le cabinet, ne peut se faire mieux que par l’ouverture d’une fenêtre donnant sur l’extérieur. Celle-ci doit être grande et large ; quelques-uns la veulent même descendant jusqu’au plancher du cabinet, pour assurer l’évacuation des gaz lourds. Dans tous les cas, et il n’est guère besoin de le recommander, on tourne cette fenêtre du côté opposé à la rue; c’est dire que le cabinet d’aisance est généralement reporté sur l’arrière de la maison. E. Trélat voudrait que le cabinet fût parfaitement ensoleillé ; le vœu est légitime, mais à condition que les locaux habités aient d’abord pris leur part d’insolation. Les Américains font plus, sinon mieux. Ils séparent tout à fait le cabinet d’aisance de l’habitation et l’établissent dans un jardin ou une cour à quelque dis- tance. Pour l’atmosphère de rhabitalion, c’est un grave souci de moins; mais les locataires doivent souvent en être gênés et si cet avantage devait être acheté au prix de l'installation en permanence de la chaise percée dans la chambre à cou- cher, la valeur en serait bien amoindrie. En Europe, le cabinet d’aisance est con- tigu ou même incorporé au logement ; il y en a un à chaque étage, lorsque la maison abrite plusieurs familles, et il est difficile qu’il en soit autrement. Dans les maisons peu élevées d’étages et ne renfermant qu’une famille, une bonne pratique serait d’avoir à la fois un cabinet au fond de la cour ou dans le jardin, qui serait habi- tuellement fréquenté, et un autre dans le logement, qui serait réservé aux surprises nocturnes ou aux cas de maladie. Quelques-unes des nouvelles maisons de Lille possèdent cet heureux dédoublement. Il y a, en France, de si grands progrès à réaliser dans l’éducation hygiénique de la population sur le point qui nous occupe, que l’on ne risque rien de recommander un certain luxe dans l’installation des cabinets d’aisance. Une dalle en mosaïque, un parquet élégant, un siège verni et ciré, des murs stuqués ou peints à l’huile, prêchent la propreté et l'imposent presque. De tels matériaux, d’ailleurs, permet- tent des lavages, non pour enlever les souillures solides ou liquides, qui ne doivent jamais atteindre les parois du local, mais celles dont les gaz inévitables finissent, par les imprégner plus ou moins. Il faut absolument que nous arrivions, même dans les habitations collectives, écoles de tout degré, casernes, hôpitaux, à sup- primer ces horribles « latrines à la turque », hangars ouverts et immondes où l’acte de la défécation s’accomplit à plusieurs, presque en public, que des lavages répétés soir et malin n’empêchent pas d’être ignobles, et contre lesquels aucun procédé de ventilation, aucun désinfectant, ne protège l’atmosphère des demeures voisines. Un jour viendra où les latrines publiques, sous les ponts, dans les gares de chemins de fer, sous la sauvegarde des mœurs nationales, deviendront décentes et abordables, comme elles le sont en Belgique par exemple. Annexes de l habitcilion. Les écuries, quand il y en a, doivent avoir le moins de rapport possible, de sol et d’atmosphère, avec l’habitation des Arnould, Hygiène. ‘2*= édit. 35 humains. Le mieux est de les séparer tout à fait ou de leur attribuer un petit pavillon faisant angle sur le liane de la maison ; quand la bâtisse est commune, l’écurie doit avoir son entrée spéciale et ne pas communiquer par d’autres portes avec le logement. Ce n’est pas trop de 50 mètres cubes d’espace par tête d’animal (Morin). D’ailleurs, l’écurie elle-même sera haute do plafond, à sol dallé ou pavé, avec une pente légère pour l’écou- lement spontané de l’urine des animaux, munie de fenêtres et de ven- touses d’aération en haut et en bas. Si l’urine des animaux est recueillie, elle sera dirigée vers une fosse à purin étanche, recevant aussi les eaux du fumier. L’emplacement de celui-ci, le plus écarté possible, se fera sur un sol exactement pavé ; l’enlèvement en sera fréquent; il aurait lieu tous les jours qu’il faudrait s’en féliciter ; dans certaine caserne anglaise, le fumier est reçu dans des caisses de tôle et transporté au dehors quand les caisses sont pleines, comme on le fait des fosses mobiles. Les cours et les jardins, il est à peine besoin de le dire, assainissent l’ha- bitation, puisque la façade qui regarde le jardin ou la cour est en plein air et que le maintien de ces espaces libres est une garantie contre la densité excessive de la population par rapport à la surface. Mais il ne faut pas que ces termes de cour et de jardin n’aient que la valeur d’une étiquette mensongère ; on décore quelquefois du nom de cour, dans les bâtisses énormes des grandes villes, une sorte de fente ou de puits hors terre, qui n’a guère plus d’un mètre de largeur, destiné simplement à faire pénétrer un peu de lumière dans les arrière-pièces de deux maisons accolées en un seul massif. Ce mince bénéûce ne compense pas l’inconvénient de l’entas- sement architectural et de l’encombrement humain, que cet artifice permet de réaliser. Quand on songe qu’à Paris, les hygiénistes réclament un mini- mum de surface de 8 mètres carrés et même de 4 mètres carrés pour ces courettes et ne peuvent l’obtenir, on conviendra que les propriétaires sont trop peu traitables et que l’administration les protège d’un façon excessive. Une controverse s’est élevée (J. Jeannel, Fonssagrives) sur la question de savoir si le voisinage des arbres est avantageux ou nuisible à l’habitation. H semble que le problème ne soit pas si difûcile à résoudre; il est évident que la végétation et la verdure sont choses agréables et utiles, au voisinage de l’habitation; mais que les grands arbres deviennent défavorables s’ils cou- vrent de leur ombre une partie plus ou moins considérable de la maison, dans nos pays où les étés sont fort courts et où l’on doit rechercher la lumière et l’assèchement, bien plus souvent que l’on n’a à craindre les excès d’irradiation solaire. A Montpellier, ce ne serait peut-être pas la même chose. Orientation. Rapports «les pièces entre elles. — Il y a de notables divergences entre les hygiénistes relativement à la meilleure orientation de la maison. Personne ne conteste le principe : que l’habitation doit être en- soleillée pendant une partie du jour ; mais on en comprend diversement l’application, ou bien encore on fait fléchir le principe devant les néces- sités particulières. Une maison isolée, qui veut recevoir beaucoup de soleil sur sa façade principale, tourne celle-ci vers le midi, ou le sud-ouest, ou le sud-est; mais la façade opposée reste éternellement dans l'ombre et prend un as- pect assez triste. Un micrographe, qui tient à recevoir constamment une lumière douce et égale, préfère que ses fenêtres s’ouvrent au nord et, pour l’hygiène de la vue, nous verrons que l’on peut étendre cette pratique aux salles d’école. Dans un double alignement de maisons, comme est la rue d’une ville, si un rang de façades est tourné au sud, l’autre l’est au nord et n’a jamais de soleil. Bien plus, les maisons qui regardent le midi, lorsqu’elles appartien- nent à un groupe, ne sont pas dans les meilleures conditions pour recevoir la chaleur et la lumière solaires. La direction de rue recommandée en Alle- magne (Stiibben) est de sud-est à nord-ouest ou nord-est à sud-ouest; en France, on conseille en général la direction du nord-est au sud-ouest. C’est une tradition; mais, comme le fait remarquer Zuber, elle ne repose pas sur « des données scientifiques et précises ». A. Vogt (de Berne), constatant d’abord l’influence heureuse de l’insolation directe sur l’assè- chement des parois, la nécessité d’y soumettre surtout le rez-de-chaussée et le sous-sol, sa valeur sanitaire telle qu’il y a une différence de 13 p. 100 dans la mortalité au préjudice du côté non ensoleillé, a soumis la ques- tion de l’orientation et de la largeur des rues à des calculs mathématiques. Or, ce sont les façades qui regardent l’est et l’ouest qui emmagasinent le plus de chaleur parce qu’elles reçoivent les rayons du soleil suivant une ligne plus rapprochée de la perpendiculaire, tandis que ces rayons tom- bent nécessairement d’une façon très oblique sur la façade qui regarde le sud. Posant en fait que quatre heures d’insolation par jour sont néces- saires à la façade d’une maison jusqu’à son pied, même au jour le plus court de l’année (21 décembre), Vogt trouvait qu’à Berne (46°, 37' lat. N.), l’insolation ne peut être suffisante qu’avec des rues d’une largeur supé- rieure à la hauteur des maisons et avec l’orientation méridionale, c’est-à-dire du sud au nord, dite aussi royale. Clément estime que l’on doit réduire la durée de quatre heures d’insolation, exigée par Vogt, sous peine de porter à des dimensions outrées la largeur des rues, quand il s’agit de villes situées au delà de 30 degrés de latitude. D’autre part, en cherchant à évaluer expérimentalement et par le calcul la quantité de calorique absorbé respectivement par chaque façade d’une maison, suivant l’exposition, Ad. Vogt a obtenu, pour le 25 juin et le 29 juillet 1879, jours pendant lesquels le ciel est resté constamment pur (à Berne), les résultats suivants : Calories absorbées de 5 heures du malin à 7 heures du soir. Paroi est Paroi ouest Paroi sud Prop. p. 100 Lc2âjuin 5342 3994 3630 100.75.68 Le 29 juillet 438G 3840 3780 100.88.80 C est donc la paroi sud qui a absorbé le moins de chaleur, tout en étant oxposée au soleil plus longtemps que les deux autres. Ce résultat, un peu inattendu, prouve que I angle d incidence des rayons solaires prédomine sur « la force absolue Je 1 insolation ». 11 est à remarquer que 1 auteur expérimentait, non sur une maison véritable, mais sur trois tables (.le molasse, encadrées de bois de 0,u 50 carrés de surface et de 14 millimètres d’épaisseur, et disposées en fer à cheval de façon à regarder, chacune, l’un des trois poinLs cardinaux indiqués; d’après la quantité extraordinaire de calorique qu’a absorbé celte mince muraille artificielle on peut concevoir ce qu’il en est d’un mur réel, épais de 50 centimètres et de plusieurs mètres carrés de surface. A Berlin, Flügge, à l’aide de thermomètres enfoncés dans les murailles à des ’ profondeurs variables (thermomètres superficiels à 3 ou 4 centimètres, profonds a 35 centimètres), a constaté que la paroi nord, qui n’est guère touchée par le soleil, conserve sensiblement la même température pendant toute la journée et à toule profondeur; que la paroi sud présente, elle aussi, une température uni- forme, nuit et jour, de 2,5 à 3 degrés supérieure à la première; qu’enfin les oscillations les plus importantes sont celles des parois est et ouest, qui sont, il est vrai, dépourvues de fenêtres. Zuber expose ainsi qu’il suit les oscillations des thermomètres appliqués à ces deux parois. « Le thermomètre profond de la paroi est monte rapidement dès le matin jusqu’à 3 heures du soir, époque du maximum, et à partir de ce moment descend insensiblement jusqu’à 6 heures du matin. La hauteur absolue du maximum est très remarquable; à 0m,30 de profondeur, elle est de 7 à 8 degrés au-dessus de la température moyenne de la journée et de celle des murs soustraits à l’action du soleil. « Le thermomètre superficiel de la même paroi présente naturellement des oscillations moins apparentes, dont les maxima et minima sont retardés par suite du temps que la chaleur met à cheminer dans la muraille; le maximum, qui se fait sentir entre 9 et 10 heures du soir, est inférieur de 3 à 4 degrés à celui de la pro- fondeur. Le minimum qui arrive vers 9 heures du matin, est peu important, parce que, à celte heure, l’influence de l’air chaud se fait déjà sentir à travers les fenêtres, ouvertes ou fermées. « Le thermomètre profond de la paroi ouest indique, à partir du matin, une ascension graduelle; à partir de midi, une élévation rapide; le maximum, à 9 heures du soir, est encore plus élevé que sur l’autre paroi. Le thermomètre super- ficiel donne des résultats à peu près semblables à ceux de la paroi opposée, sauf que le maximum coïncide avec 3 heures du matin. « Il semble résulLer de cela, d’après la situation relative des maxima et des minima, que la chaleur met en moyenne six heures pour pénétrer de l'extérieur à l’intérieur de murailles ayant une épaisseur ordinaire (0m,50). » Les murailles peuvent donc, avec une orientation convenable, devenir des réservoirs importants de chaleur. La conclusion dépend du point de vue que les circonstances imposent à l’hygiéniste et l’on comprend aisé- ment, avec Zuber, que Yogt s’applaudisse, en songeant aux longs hivers de Berne, du même fait que Flügge déplore, en considérant les quartiers ou- vriers de Berlin, auxquels on peut, partout, adjoindre les logements des combles. En- effet, après avoir fait un calcul très large des moyens dont disposent les habitants de ces demeures pour perdre les 2,700 calories phy- siologiquement réglementaires (Helmholtz), l’auteur arrive à cette con- clusion que « la déperdition de calorique de notre corps devient, dans des locaux étroits et encombrés, un problème difficile à résoudre ». Aussi pense-t-il qu’une part de la mortalité excessive des enfants à Berlin, pen- dant les mois d’été et dans les étages supérieurs, peut bien ne pas dépen- dre uniquement d’une alimentation défectueuse. Nous sommes d autant plus de son avis que nous avons montré ailleurs comment, d après les résultats de la statistique, la mortalité infantile s’élève uniformément a l’époque des chaleurs, quel que soit le milieu. La mauvaise alimentation et l’été s’associent, d’ailleurs, trop bien dans le même effort de destruction. Les procédés de Vogt ont été appliqués par Clément (de Lyon) au calcul des rapports de la largeur des rues avec la hauteur des maisons pour des latitudes diverses. Le même savant médecin a judicieusement introduit dans le problème l’élément luminosité et l’actinométrie locale. Mais ce sont des résultats qui se représenteront dans 1 Hygiène urbaine. Pour la pra- tique, les maisons isolées peuvent tourner leur façade vers un point inter- médiaire entre le sud et l’est ou entre le sud et l’ouest. Knauff regarde même comme très bonne 1 exposition au sud, que le vulgaire recherche souvent, et qui ne s’échauffe pas à 1 excès ; la plus mauvaise de toutes, selon lui, serait l’exposition à l’est, recommandée par Yogt. Évidemment, il s’agit ici de savoir si l’habitation est dans le cas d avoir a redouter la chaleur. En d’autres termes, la règle est variable selon les latitudes et ce que nous pouvons en retenir, c’est que toute maison a besoin d’être enso- leillée, mais non échauffée à l’excès. Quelle que soit l’orientation de la maison, il y a toujours un choix à faire quant à l’installation respective des pièces, selon la destination de chacune. Celles où l’on séjourne davantage ont le plus besoin d’être attein- tes parles rayons solaires. Aussi conseille-t-on d’établir préférablement les locaux de jour au sud, la chambre à coucher à l’est, la salle à manger, la cuisine, le cabinet d’aisance, au nord. Groupement des habitations. — Rapport avec la surface. — Les bâti- ments d’habitation sont isolés ou groupés : dans le second cas, ils ont un petit nombre d’étages ou bien cinq, six, sept étages superposés; ils ser- vent à une seule famille ou à de nombreuses familles. Ces circonstances différentes influent diversement aussi sur la pureté de l’air eL l’intégrité du sol, au voisinage immédiat de l’habitation. Dans les villes françaises et même dans la plupart des villages, c’est le sys- tème du groupement par contact des maisons qui prédomine ; à Paris et dans beaucoup d’autres villes importantes de notre pays, de même qu’en Alle- magne (États du Sud), les maisons sont groupées en longues rues à double üle ou en massifs et îlots, qu’on appelle encore « pâtés » de maisons: de plus, elles ont beaucoup d’étages superposés et, souvent, plusieurs familles à chaque étage. Lille, avons-nous dit, fait une heureuse exception; elle a bien les rues et les massifs polygonaux d’habitations accolées ; mais assez ordinairement, il y a une maison pour une seule famille. Aux États-Unis d’Amérique, dans l’Allemagne du Nord (à Brême spé- cialement), en Hollande, dans la Frise orientale, à Zurich, en Angleterre surtout, 1 on a également la salutaire habitude d’une maison pour une famille unique; c est, à vrai dire, la seule façon d’être à peu près chez soi dans une vaste cité : nvj house is vvj castle. Londres continue à la prati- quer, sans crainte d’exagérer son effroyable étendue. Quand on fait plus et que la maison est entourée d’un jardin, ou tout au moins « sise entre corn- et jardin », l’on a réalisé le « Cottage-System », autant que le terme puisse trouver son application dans une grande ville. Quelques villages modernes, autour de Paris, ont inauguré méthodiquement le Cottage-System et, comme on pense, s’en trouvent bien ; à vrai dire, ce n’est pas là qu’il est le plus nécessaire de se donner de l’espace. Autour de Lille, dans le Pas- de-Calais, en Normandie, les villages sont souvent construits sur ce type; malheureusement, la maison disparaît sous les grands arbres, que l’on a plantés tout contre et qui, en y entretenant l’humidité, lui font perdre une part du bénéfice de son isolement. D’après une statistique, à vrai dire un peu ancienne (1869), pour un bâtiment d’habitation, et pour tout le pays, il y a en France 4,9 habitants ; en Angleterre et pays de Galles 5,1 ; en Belgique 5,2; en Irlande 5,6 ; en Hollande 5,9 ; en Italie 5,9 ; en Espagne 5,9; en Bavière 8,2; aux Élats-Unis 6,3; en Norvège 6,4; en Autriche 6,6; à Bade 6,8; en Hanovre 6,9; en Suisse 7,2; en Prusse 8,9; en Saxe 9,7. Dans les villes seules, il y a par maison : en Belgique 6,3 individus ; en Hanovre 8,4 ; en Suisse 8,8; en Bavière 10,2; en Norvège 11,5 ; en Prusse 12,7; en France 13,1 ; en Saxe 14,8. Relativement à la densité des habitations par rapport à la surface du territoire, on compte par mille carré : aux Étals-Unis, 36 bâtiments; en Norwège 46; en Espagne 281 ; en Hanovre 401 ; en Prusse 425 ; en Autriche 438; en Suisse 462; en Bavière 563; en Irlande 679; en Italie 715; dans le duché de Bade 752; en France 774 ; en Saxe 890 : aux Pays-Bas 934 ; en Angleterre et pays de Galles 1,441 ; en Belgique 1,624. On voit par là que c’est l’Angleterre et la Belgique qui réunis- sent les meilleures conditions d’hygiène puisqu’elles ont à la fois le plus grand nombre d’habitations par rapport à l’unité de surface et presque les plus petits chiffres d'habitants par maison. Suivant une autre statistique (citée par Wiel et Gnehm), on compte, pour une maison, 8 habitants à Londres, 32 à Berlin, 35 à Paris, 52 à Pétersbourg, 55 à Vienne. Or, la mortalité pour 1,006 habitants, qui est de 35 à Vienne (d’Avigdor), n’est que de 25,4 à Paris et de 22 à Londres. Il semble donc que la mortalité dimi- nue dans une proportion semblable à celle dont les habitants s’étendent en surface. La surface totale de Paris, selon Alex. Boulanger, représente aujourd’hui environ 133 mètres carrés par habitant (en admettant une population de 2,000,000 d’âmes). Mais cette moyenne de surface, si avantageuse, s’évanouit quand on envisage tel quartier spécial, telle maison de ce quartier. Ainsi, pour le quartier Saint-Gervais, qui n’est pas un des plus populeux de Paris et qui est traversé par quelques larges voies (rue de Rivoli, quais), la moyenne par habitant n’est que de Sm(i,55 ; pour certains îlots de ce même quartier, elle s’abaisse à lmfi,67. Tollet estime à 40 mètres carrés par habitant la surface dont dispose la population parisienne. A Londres, elle serait le double. 11 serait difficile et téméraire de fixer un minimum de surface par tête. Nous croyons, du reste, que cette surface doit augmenter dans les habita- tions collectives; c’est le contraire de ce qui se passe. Elle doit augmenter encore dans les habitations qui n’ont que du terrain bâti, sans cour ni jar- din. Les hygiénistes allemands, réunis à Stuttgard en 1879, veulent que la surface carrée des dortoirs des logements d’ouvriers ne soit pas inférieure à A mètres carrés par individu; mais, s’il y a quatre étages pareils et occu- pésdans la maison du logeur, la surface de terrain n’est plus que de 1 mè- tre carré par personne, en supposant qu’il n’y ait pas de jardin ni de cour. Dans de pareilles conditions et même avec un cubage suffisant, 1 on conviendra que les locataires ne sont pas encore bien loin de 1 entasse- ment. Le docteur Pistor, rapporteur de cette question, remarque judi- cieusement que, pour une pièce donnée, la surface ne saurait être rem- placée parla hauteur; autrement, l’on pourrait arriver à une multiplication malheureuse des pièces contiguës sur le même plan, on se tasserait dans le sens de la latéralité. J’en conclurais volontiers que, plus une maison est haute, ou mieux : plus elle a d’étages habités, plus large doit être sa base; car des hommes superposés quatre par quatre ne sauraient ne pas s’écarter quatre fois autant que des hommes logés un par un, si l’on veut conserver une salubrité égale. Les règlements militaires français exigent une surface de 3m<>,75 à A mè- tres par homme dans les casernes; en réalité, nos bonnes casernes (elles sont rares) disposent de 10 à 15 mètres de terrain bâti ou non bâti par homme. La commission anglaise de 1837 a estimé à 9 mètres de terrain bâti le minimum de surface à allouera chaque homme. Cette fixation nous paraît rigoureusement applicable aux logements d’ouvriers et à toute habi- tation collective. Rapports «le voisinage. — La maison est d’autant plus salubre qu’elle est plus en plein air; par conséquent, le voisinage de toute autre bâtisse lui est défavorable. C’est une question d’hygiène urbaine de compenser Je resserrement des habitations les unes contre les autres par la conservation d’espaces libres, rues, boulevards, places, squares, qui soient comme les poumons de l’être collectif. Mais encore y a-t-il des voisinages plus fâcheux que d’autres; celui des hautes bâtisses qui portent ombre, églises, palais, théâtres; celui des usines, qui est bruyant, poussiéreux, odorant parfois; celui des abattoirs, des tanneries, et de tout établissement où se manipu- lent des matières animales. Le voisinage des hôpitaux soulève la question de la propagation des contages à distance par l’air, dont nous nous sommes déjà occupé(p. 332). Les rives des cours d’eau sont recherchées, avec raison ; c’est un embellissement du site et c’est un drainage naturel. En revanche, il faut s'éloigner des marais et, particulièrement, s’éloigner en hauteur. Variété et forme» des habitations. — Dans les sociétés civilisées, il y a deux grands groupes d’abris : les habitations privées et les habitations collectives. Ce sont surtout celles-ci qui prennent des formes plus ou moins imposées par leur destination spéciale. On les appelle, selon les cas, écoles, pensionnats, lycées, tentes, casernes, hôpitaux, prisons, etc. En d’au- tres termes, ce sont des spécialisations de l’habitation, qui n’échappent assurément pas aux règles générales tracées dans ce chapitre, mais qui réclament une nuance particulière dans l’application de ces règles, en raison de conditions nouvelles ou plus pressantes. C’est dire que les déve- loppements qui s’y rapportent appartiennent à la 111' Partie de ce livre. Nous terminerons parla reproduction d’un certain nombre des articles adoptés par la Réunion des hygiénistes allemands, à Munich (1875), au sujet des Exigences de l'hygiène vis-à-vis des constructions neuves. On les compa- rera avec le projet adopté par la Commission des logements insalubres de Paris, que nous donnerons avec I’Hygiène urbaine. III. — H. Toute construction particulière sera soumise à l’approbation préalable des plans, laquelle sera délivrée lorsque l’examen de ces plans aura montré, non seulement que les bâtisses seront solides et garanties conLre l’incendie, mais encore qu’elles satisfont à l’hygiène. Cette approbation est exigible de la part de l’État et de la commune aussi bien que des particuliers. 12. On aura soin de n’installer nulle part d’établissements qui pourraient porter préjudice aux lots de terrain voisins ou aux constructions qui s’y trouvent, par le fait d’ébranlements du sol, de dégagements de gaz, de vapeurs, d'odeurs, par la fumée, la poussière, à un point tel que les habitants du lot voisin, dans les condi- tions de la susceptibilité ordinaire, voient leur santé compromise, ou en soient gravement incommodés, ou que les objets qui s’y trouvent soient notablement exposés, lors même qu’ils seraient d’une susceptibilité exceptionnelle. Les lieux d’aisances, places à fumier, puits, et toute aulre installation analogue, seront établis à une telle distance de la propriété voisine, ou dans de telles dispo- sitions, qu’ils ne puissent compromettre en rien le terrain du voisin, ses bâtiments, ses puits, les locaux à son usage. 13. Le sol de chaque lot doit être soigneusement examiné. S’il est marécageux ou qu’il puisse être insalubre pour quelque autre cause, on enlèvera les couches suspectes, que l’on remplacera par du sable, par une terre sèche. En général, avant de bâtir, il sera toujours prudent d’opérer cet enlèvement sur la couche végétale. 14. On assurera le parfait assèchement du sol, principalement de la cour et du bâtiment. Les ordonnances publiques interdiront toute souillure du sol par les fosses absorbantes ou autres pratiques analogues, aussi bien que tout emmagasi- nement d’immondices solides ou liquides. L’éloignement le plus rapide, le plus compleL et le plus salubre des eaux ménagères est assuré par un système de con- duites à l’égout, convenablement exécuté. 15. La jonction obligatoire de chaque lot, dès qu’il est bâti, au système général d’évacuation des eaux est imposé par l’hygiène. L’évacuation des eaux de chaque maison n’est pas moins importante pour la santé ni moins délicate à réaliser que la canalisation générale; on ne devra donc pas, sur ce point, s’en remettre sim- plement aux soins particuliers ; il faut tout au moins que les autorités prescri- vent les mesures à prendre et en surveillent l’exécution. Les tuyaux d’évacuation, de bonne qualité et à joints étanches, doivent le plus possible passer, non sous la maison, mais latéralement, pour aller se brancher sur l’égout de la rue. 16. Les propriétaires ou locataires ne pourront arguer des qualités comme en- grais, ni de la valeur vénale des excréments humains pour faire opposition aux mesures générales d’éloignement des immondices. Il appartient à la police locale de décider si les excréments humains seront dirigés à l’égout avec les eaux ménagères ou si l’on pratiquera quelque aulre pro- cédé qui n’exclue pas moins tout emmagasinement des matières et toute souillure de l’air et du sol. A celégard, on donnerait la préférence aux fosses mobiles (tinettes) fréquemment remplacées; on admettrait, dans de grands jardins, les cabinets à la terre sèche (Dnj-Earlh-Closets), ou toute autre installation qui atteignît au même but. Dans aucun cas, on ne doit tolérer les fosses fixes, si bien maçonnées et cimentées qu elles puissent êlre. 17. Chaque habitation, et môme chaque étage constituant une demeure parti- culière, doit avoir un cabinet d’aisance recevant l’air et la lumière du dehors par une fenêtre spéciale. Les fosses à fumiers doivent être étanches, bien fermées et ne jamais subir de trop-plein. 18. A tout bâtiment d'habitation nouveau doit être amenée de l’eau fraîche et pure en quantité suffisante. S’il y a une distribution d’eau générale, chaque maison, ou plutôt chaque habitation (chaque étage, s’il y a lieu) doit recevoir sa conduite d'eau particulière. S’il n’y a pas d’installation de ce genre, chaque lot de terrain supportant une maison d’habitation sera pourvu d’un puits d’une profondeur suffisante et creusé à la place convenable. Cette place, ainsi que les propriétés de l’eau, seront déterminées par un expert. 19. On ne permettra d’habiter les nouvelles bâtisses qu’après avoir vérifié leur assèchement. 20. Un bon drainage du sol et l’emploi de matières peu hygroscopiques sont de première importance; on peut y ajouter les tranchées d’aération autour de la maison, lés couches isolantes dans la muraille et toute disposition qui empêche l’ascension de l'humidité dans les murs. 21. Les constructions et leurs compartiments doivent être, dans l’ensemble et dans chaque local destiné à être habité, disposés et partagés de telle sorte, faits de matériaux tels que l'air et la lumière y trouvent un libre accès, que l’habitation soit sèche et ne puisse nuire à la santé. Il convient donc de donner aux pièces le plus fréquemment occupées et aux chambres à coucher l’exposition au sud, tandis que l’escalier, la cuisine, la salle à manger, les cabinets de toilette et d’aisance seront tournés au nord. Tous les locaux où l’on séjourne, où l’on dort, où l’on tra- vaille, de même que la cuisine et les cabinets d’aisances, doivent avoir une ou plu- sieurs fenêtres s’ouvrant sur l’extérieur. 22. En ce qui concerne l’étendue à bâtir, dans un lot de terrain, la police locale devra exiger qu’il soit assuré à toute pièce destinée à un séjour prolongé des humains, un facile échange d’air el le libre accès de la lumière sous un angle d’in- cidence de 45° au plus avec l’horizon. 23. Une paroi latérale d'habitation, dans laquelle sont percées les fenêtres de la chambre à coucher ou d’autres pièces où l’on séjourne, doit être distante du mur d en face d’au moins la hauteur de celui-ci. Là où les habitations s’élèvent déjà, plus rapprochées que ne le comporte cette règle, on exigera que les constructions nouvelles soient séparées des maisons opposées par une distance au moins égale à la demi-hauteur de ces dernières, distance qui ne peut jamais être inférieure à b mètres. Si les deux parois en regard ont l’une et l’autre des fenêtres, on appli- quera ces règles à chacune d’elles respectivement. Lorsqu’une d’elles a moins de 8 mètres de hauteur, la distance peut être réduite aux deux tiers de la mesure qui ressort des fixations précédentes. 2-jr. La hauteur d une maison sur la rue ne doit pas dépasser la largeur de la rue. Cette hauteur se mesure de la surface de la chaussée au toit de l’étage le plus élevé, y compris le toit des mansardes el la demi-hauteur du faîtage. La largeur de la rue se mesure entre les façades de deux maisons opposées, y compris le jardin d’entrée ou tout autre espace non bâti, s’il y a lieu. Aucune maison particulière ne doit avoir plus de cinq étages, en y comprenant l’entresol et les mansardes. 2b. La hauteur intérieure des pièces où l’on séjourne el des chambres à coucher ne doit pas être au-dessous de 3 mètres. On tolérera 2"',7 pour l’entresol et pour l’étage supérieur. * 26. Le sol du rez-de-chaussée doit être au moins à 0U1,0 au-dessus du pavé de la rue. Tout bâtiment d’habitation doit être sur caves. Lorsque la nature du sol ne le permet pas, ou qu’on adopte une méthode différente, il faut revêtir la surface du terrain de fragments lassés (Concretlage); le plancher en bois du rez-de-chaussée en sera séparé par une couche d’air d’au moins 30 centimètres de hauteur. 28. On interdira, en principe, l’habitation de tous les locaux (caves, sous-sols) qui ne se trouvent que partiellement hors de terre. Lorsque, pour des raisons économiques ou commerciales, de tels locaux (cuisines, ateliers) doivent être occupés d’une façon durable, on y ménagera des dispositions qui garantissent la santé des habitants. Spécialement : On ne fera pas de sous-sols dans des quartiers sujets aux inondations; Le sol du logement souterrain sera au moins à 1 mètre au-dessus du plus haut niveau présumé de la nappe souterraine ; la moitié au moins du sous-sol sera hors de terre et le sommet de la fenêtre sera à 1 mètre au-dessus du niveau du LroLtoir. Il pourrait être admis une atténuation à ces règles, si le souterrain était isolé de la terre environnante au moyen d’une tranchée de ventilation, d’une largeur au moins égale à la hauteur dont le sous-sol plonge en terre. — Indépendamment des fenêtres, ces locaux doivent être ventilés par des cheminées d’appel ou tout autre appareil efficace; Ces locaux ne doivent jamais avoir l’exposition nord. On ne les admettra que dans des maisons situées sur une place ou sur des rues dans lesquelles les maisons d’en face, de la chaussée au bord du toit, ne sont pas plus hautes que la rue n’est large. Cette règle est applicable aux cas dans lesquels les sous-sols s’ouvrent sur une cour ou un jardin ; On recommande en avant des locaux en sous-sol, dans toute leur longueur, un canal à air, d'isolement et de ventilation, dont le fond descende plus bas que le sol du local, au moyen d’un mur isolant, distant d’au moins 0m,2o du mur extérieur ; Le sol du local souterrain (à moins qu’il ne repose déjà sur une cave) sera fait d’une couche de béton épaisse de 0m,lo sur laquelle seront placées les poutrelles et le plancheyage, si l’on ne préfère les dalles et le carreau, comme pour les cui- sines, par exemple. 29. L’habitation des combles et de toute pièce susceptible d’être chauffée sous le toit ne sera autorisée que dans les constructions qui n’ont pas plus de quatre étages, y compris le rez-de-chaussée, et sous les conditions suivantes : l’ensemble de ces logements occupera l’avant-toit et ne sera pas sur les entraits ; ils auront des parois en maçonnerie ou tout au moins en charpente revêtue de maçonnerie; il y aura une hauteur intérieure minima de 2m,70 dans au moins la moilié du local, et des fenêtres en nombre suffisant pour donner un libre accès à l’air et a la lumière. 30. L'escalier, suffisamment large, recevra assez d'air et de lumière pour pou- voir servir à la ventilation naturelle de la maison. 33. Les cuisines doivent recevoir l’air du dehors et non d’un autre compartiment de la maison; elles auront leurs fenêtres particulières. 34. On devra reléguer les écuries et les dépôts de fourrages sur les ailes de la construction. Si l’on habite au-dessus, les écuries doivent être soigneusement ventilées. On exclura des habitations urbaines les ctables à porcs. Itlbliofçrnpliic. — Allaud : Projet de reniement adopté par lu commission des loge- ments insalubres (Annal, d’hyg., IV, p. 545, 1880). - Lang : Mtuere Versuche liber das I hygroscopische Verhalten van Baumatevialien bei Temperaturen liber und tinter 0° (Zeitschrift f. Biologie, XVI, p. 443, 1880). — Riant (A.) : Hygiène du cabinet de travail. Paris, 1881.— Poincaré (L.) : Sur T hygroscopicité des matériaux de construction (Annal, d’hyg., VI, p. 3G, 1881). — Layet (A.) : De la porosité des matériaux de construction (Rev. d'Iiyg., III, p. 401, 1881). — Carpenter (Alfred) : On domcstic health (British medic. Jour- nal, 20 décemb. 1881). — Piuüoin Teai.g : A picloriat Guide to sanitary defecls. 3e éd. 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Lorsqu’au contraire nous séjournons sous des abris à parois compactes ou perméables, leur atmo- sphère limitée cesse plus ou moins complètement d’ôtre en communication avec 1 océan aérien extérieur et subit, sous son cube restreint, toutes les conséquences des actions vitales auxquelles l’air doit participer. Cette atmosphère perd progressivement ses qualités positives et en acquiert d’autres de plus en plus suspectes ou offensives. Pour bien dire, c’est un milieu usé, par conséquent insuffisant et qui ne tardera pas à être nuisible. Il s’agit donc d’abord et tout au moins de retarder l’altération de l’air et d’on atténuer le degré, puis de remettre le plus tôt et le plus large- ment possible l’air intérieur en communication avec l’atmosphère libre, de remplacer môme l’air qui a servi par de l’air normal. Tel est le but de la ventilation, avec des caractères dont le sens est toujours le même au fond, mais qui, comme on le voit, peuvent varier selon qu’on la veut plus ou moins parfaite. Beaucoup d’hygiénistes se contentent d’une simple dilution, à un degré déterminé et assez haut, des impuretés atmosphériques; et il faut reconnaître qu'il est difficile d’obtenir davantage dans certaines habi- tations. Nous croyons cependant qu’il faut toujours chercher à se rappro- cher de l’idéal, c’est-à-dire à substituer de l’air pur à celui qui s’est imprégné des déchets de la vie. Sources et nature des altérations de l’air. — Les principales sources de l'altération de l’air des lieux habités sont : 1° La respiration. — Un adulte consomme en 24 heures 746 grammes (520 litres) d’oxygène et produit 847 grammes (443 litres) d’acide carbo- nique (Vierordt), c’est-à-dire de quoi porter à 8 ou 10 p. 1000 de CO2, en vingt-quatre heures, l’air de toute une pièce de 45 mètres cubes, s’il n’était pas renouvelé. A 16 respirations par minute, d’un volume de 400 à 500 centimètres cubes chacune, l’air normal étant supposé à 4 p. 10,000 de CO'2 et l’air expiré à 4 p. 100, l’homme excrète par jour, en moyenne : 450X0,04 X 16X60X24 = 414,720 cen- timètres cubes d’acide carbonique. L’àge, le sexe, l’activité ou le repos, la santé ou la maladie modifient naturelle- ment cette moyenne. D’après Andral et Gavarrel, l’expiration de CO2 par heure est : à 8 ans, de 18sr,3; à 15 ans, de 3isr,9; à 16 ans, 39er,5; 18 à 20 ans, 4tsr,7 ; de 29 à 40 ans, 44^,7; de 40 à 60 ans, 37 grammes; de 60 à 80, 33sr,7. Le tableau ci-dessous est emprunté à Wiel et Gnehm : Production de CO2 par heure, selon Pettenkofer et Voit : I. Ouvrier robuste, 28 ans, II. Ouvrier tailleur, frêle, poids : 72 kilogrammes. 26 ans : 53 kilogrammes. Au repos. Travaillant. Au repos. De jour 22>il,6 3Gm,3 16lu,8 De nuit IG .7 15 ,0 12 ,7 Production de CO2 par heure, d’après les observations de Scharling : Age. Poids. C02 par heure. _ kil. lit. Garçon 9 ans 22,00 10,3 Fille 10 — 23,00 9,7 Jeune homme 16 — .57,75 17,4 Jeune fille 17 — 55,75 12,9 Homme 28 — 82,00 18,6 Femme 35 — 65,50 17,0 La production d’acide carbonique diminue pendant le sommeil, dans les élats algides, le choléra (Doyère) ; elle augmente de moitié ou du double par la, fièvre. Nous avons vu précédemment (page .‘{77) que, dans les conditions moyennes, un adulte rend par les poumons 286 grammes d’eau en vingt-quatre heures. Quant ù la « matière organique » rejetée par le pou- mon, il est probable qu’elle a été souvent une pure vue de l’esprit de la part des hygiénistes et qu’on a pris pour telle la matière des excrétions de la peau ou du tube digestif (voy. p. 31G). Le poison pulmonaire de Brown- Séquard et de d’Arsonval est assurément dans l’air expiré; mais il n’est pas encore absolument certain qu’il vienne du poumon et non point du pharynx ou de la bouche. 2° Les fonctions de la peau. — La peau rend un peu d’acide carbonique et beaucoup d’eau : de 500 à 1,500 grammes environ en vingt-quatre heures, chez un adulte, selon la température du moment et l’activité des individus. Gela suffit à amener la saturation aqueuse de l’air dans un local clos et môme la condensation de la vapeur. La sueur n’est pas un liquide tout à fait indifférent. Le produit des glandes sébacées ne l’est pas non plus. En outre, le mouvement vital intense qui s’accomplit dans le revêtement épi- dermique tégumenlaire fait tomber dans l’air des locaux de réelles parti- cules organiques. La malpropreté des sujets aggrave le fait, sans parler des odeurs spéciales du corps humain ni de celles des excrétions cutanées, fermentées sur place. 3° Les fonctions du tube digestif. — Il s’échappe des deux extrémités du tube digestif, surtout delà part des gens chez qui ces fonctions ne sont pas absolument normales, des gaz fétides et plus ou moins toxiques. La fameuse expérience de Mantegazza, dans laquelle, des animaux de môme espèce et de même poids étant placés sous des cloches de dimen- sions égales, on voyait vivre beaucoup plus longtemps que les autres ceux dont il absorbait les émanations organiques, au moyen du charbon ani- mal, prouve la toxicité des excréLions cutanées et digestives au moins autant que celle des produits de respiration. 4° Les divers foyers de fermentation organique et de putridité. — Tout conspire, autour de l’homme, à multiplier dans ses abris les émanations, les gaz de décomposition organique (carbonés, azotés, sulfurés), les germes des organismes inférieurs qui vivent et se reproduisent dans la putridité. Nos aliments, les ordures ménagères, sont des foyers où ce mouvement biologique inférieur naît et se poursuit sans trêve. Les appareils où se déposent les produits excrémentitiels, solides ou liquides, ceux surtout où on les conserve, sont d’autres foyers d’une intensité plus grande encore. A vrai dire, ces produits ne devraient pas séjourner un seul instant dans l’habitation et il devrait y avoir une interception absolue de tous les de retour à l’orifice des tuyaux qui les éloignent des pièces habitées. Mais comme cette règle d’hygiène est loin d’être appliquée partout, il faut bien tenir compte, dans la ventilation, de la présence possible de ces éléments étrangers. 11 entre des microorganismes du dehors dans nos maisons avec des poussières de toute sorte ; mais comme les pièces habitées en ont plus que la rue, ce sont encore les foyers dont nous venons de parler qui doi- Consommation Pouvoir Production de C02 par heure. éclairant. par heure. gr. lit. lit. 20,7 1 11,3 35,5 = 0,045 10 56,8 50,5 = 0,064 7,6 4 (environ) 61,6 22,4 = 0,025 31,2 140 lit. 7,8 92,8 127 10,0 86,0 vont être regardés comme la source des bactéries dans les habitations, de môme qu’ils sont, avec l’homme lui-même, la source de ce que nous avons appelé (page 325) Y animalisation de l’air. 5° L'éclairage et le chauffage. —L éclairage, tel qu’il reste vulgaire jus- qu’aujourd’hui, c’est-à-dire on dehors de la lumière électrique, altère l’air d’une façon sérieuse. Il y introduit surtout de l’acide carbonique, et c’est une des raisons que l’on fait valoir pour substituer l’électricité à la lumière du gaz. Le qui tendrait à prouver que les hygiénistes ne regardent pas tous GO- comme inoffensif. En prenant pour unité le pouvoir éclairant d’une bougie, Erismann a fait les calculs ci-dessous : Mode d’éclairage. Hougie 20,7 Pétrole : bec fendu — bec rond Lampe à huile Gaz d’éclairage : bec en fonte... — bec plat De plus, tous les modes d’éclairage possible ajoutent à l’air des vapeurs ou des gaz étrangers, dont quelques-uns sont dangereux par eux-mêmes, comme on le verra plus loin. Il en est de même du chauffage. 6° Les êtres gui entourent l'homme. — Les animaux domestiques, dont quelques-uns vivent dans des rapports beaucoup trop intimes avec leur propriétaire, vicient l’atmosphère de la même façon que l’homme. Les plantes en fleur l’impressionnent d’une autre façon, qui a été déûnie. Enfin il convient de signaler, parmi les modes d’altération de l’air, quoique ce soit un des moins graves, Yéchauffement que lui communique la présence d’êtres vivants, la siccité et quelques autres défauts qui lui vien- nent des appareils de chauffage, etc. Nous avons suffisamment étudié, au chapitre III, les conséquences sani- taires de ces diverses altérations de l’air pour n’avoir plus à y revenir. Il nous reste à examiner les moyens de prévenir ou de contrebalancer ces altérations. Cubage «le place. — On s’est dit, d’instinct, que le premier moyen de retarder, dans un espace clos, l’arrivée du degré dangereux de l’altération de l’air est de donner d’emblée à cet espace de vastes dimensions. Cette intuition vague est loin d’être une erreur. Malheureusement il est difficile de fixer le chiffre moyen du cube d’espace qu'il faut assurer à chaque habitant, dans les demeures privées ou collectives. Sans compter que l’es- pace a trois dimensions et que la question de leurs rapports entre elles n’est pas non plus indifférente. On prend toujours pour mesure de la viciation de l’air, quand il s’agit d’aération et de ventilation des locaux habités, la proportion de CO* dans cet air : 1° parce que ce produit de déchet est une impureté et la plus constante de toutes; 2° parce qu’il suppose presque nécessairement les autres souillures dérivant également de la présence des humains, poison pulmonaire, excrétions cutanées, microbes, excès génerato.] L’UABITATtON, MILIEU RESPIRATOIRE. 5o9 do vapeur d’eau ; 3° parce qu’il est facile à doser. Étant connue celte proportion, il est possible de calculer le cube d’air primitif—ou le cube d’air de remplacement - qui est nécessaire pour maintenir l’air intérieur, non pas au taux normal de COJ (qui ne dépasse pas 4 p. 10,000, comme nous l’avons vu), mais à un taux qui ne s en éloigne pas trop considérablement, ou qui, tout au moins, n’inspire pas de sérieuses inquiétudes. On ne s’expose pas moins, ainsi, h quelques illusions, et tout d’abord en ce qui concerne le cube de place. Que l'on ait, par exemple, fixé à 30 mètres cubes l’espace alloué à un soldat, en calculant que cet espace est suffisant pour que l’air ne soit pas à plus de 4 ou 5 p. 1000 de CO-’ au bout des huit heures de nuit que l’homme passera dans sa chambre, portes et fenêtres closes; la prévision est exacte au point de vue où l’on s’est placé. Mais aura-t-on assez fait pour un homme jeune, qui a été en mouvement toute la journée, dont les sécrétions cutanée et pulmonaire sont très actives, dont le tégument est peu net et qui dépose à son côté des vêtements et des chaussures imprégnés de matière organique? Et pourtant on aura été large en ce qui concerne la consommation d’oxygène et la production de CO2. Dans un cube de 2 mètres de côté, au bout de huit heures, un adulte n’aurait encore consommé que le dixième de l’oxygène intérieur et porté l’acide carbonique qu’àl8p. 1000; ce qui n’est pas mortel, ni même compro- mettant tout d’abord et en soi. Les dimensions intérieures réclamées par les hygiénistes dépendent des idées que chacun se fait sur les besoins d’air de renouvellement. Papillon (cité par Morache), se contenterait de l’introduction de 4 mètres cubes d’air neuf par heure pour un adulte ; il demande donc 32 mètres cubes d’espace par homme dans une chambre de caserne, où les soldats passent 8 heures consécutives, fenêtres et portes closes. Wiel et Gnehm, qui ne trouvent pas exagéré un renouvellement de 21 mètres cubes et même de 43 mètres cubes à l’heure, proposent en conséquence 168 ou 360 mètres cubes d’espace par habitant. Heureusement, la perméabilité des parois rend illusoires ces calculs mathématiquesdanslaplupartdes habitations pour lesquelles l’hygiène n’a pas été appelée à prescrire des règles d’aération. D’ailleurs, d’autres cir- constances ont indiqué avec une approximation suffisante le tarif du cube invariable de nos logements, rapporté au nombre des individus qui les occupent. Le cubage de place doit être assez généreux pour permettre une cer- taine dilution de CO2 dans l’air intérieur, pendant le temps où l’on ne peut compter que sur lui. Mais dès que la proportion dépassera 1 p. 1000, il faudra des moyens de renouvellement de l’air. Or il serait inutile et même gênant que le cube intérieur fût beaucoup plus grand que le tiers de la masse d’air que l’on peut introduire par heure et par tète dans le local. Ln effet, 1 observation a démontré que l’on no saurait, à moins de courants d air, îenouveler plus de trois fois dans une heure l’atmosphère d une pièce habitée. Car conséquent, si 1 on a l’intention et les moyens d’introduire dans une pièce 60 mètres cubes d’air par heure et par tête, il tant disposer d un cubage de 20 mètres par habitant. (La réciproque est \raie, d ailleurs.) Cependant, comme il y a presque toujours un renouvel- lement insensible et imprévu, en dehors de la quantité calculée sur le débit des appareils de ventilation, on peut ajouter ces deux apports atmo- sphériques pour avoir le renouvellement total. A la vérité, on ne connaît pas exactement le premier; mais il est suffisamment certain pour que l’on puisse, sans enfreindre la règle, donner au cubage de place une ampleur un peu au-dessus du tiers de la masse d’air de renouvellement apparent et régulier. Il est à peine besoin de rappeler que, dans l’estimation du cubage de place, il faut défalquer du chiffre que l’on obtient en multipliant les trois dimensions intérieures de la pièce, le volume des meubles et autres objets dont la présence dans nos appartements est inévitable. On a quelque tendance à prendre le cubage de place en hauteur plu- tôt qu’en largeur et à faire, par exemple, pour l’obtenir suffisant, des salles d’hôpital d’une hauteur démesurée. Ainsi que le font remarquer Wiel et Gnehm, c’est làune pratique mal réfléchie. Sans doute l’air chaud (et vicié) sortant des poumons humains est assez peu dense pour s’élever tout d’abord vers la partie supérieure des locaux; mais il se refroidit au au bout de quelque temps, et rien n’empêche plus CO2 de se diffuser et les molécules solides de se précipiter dans les couches inférieures, lorsque le mouvement ascensionnel qui les entraînait s’est arrêté. Les humains fini- sent ainsi par se trouver dans les couches les plus animalisées et les plus dangereuses. Après tout, l’air vicié, même plus léger, ne saurait indéfini- ment trouver place au-dessus de la bouche des habitants. C’est l’air chaud qui, mécaniquement, transporte avec lui l’acide carbo- nique au plafond; quand la température n’agit plus, les gaz se diffusent et se disposent par zones conformément à leur densité. Dans une cave où CO2 était produit par la fermentation du raisin, Forster a trouvé sur le sol, 18,30 CO2 p. mille; à mi-hauteur, 11,99; au plafond 7,90. Il ne faut donc pas exagérer la hauteur des plafonds en vue du cube de place, ce qui se concilie bien avec ce que nous avons dit de la nécessité d’un espacement généreux en surface des habitants. En assurant 10 à 12 mè- tres carrés de surface par lit aux salles d’hôpital, la hauteur de 5 mètres entraîne le cubage de 50 à 60 mètres cubes que l’on recherche d’ha- bitude; la dépasser est inutile et illusoire. C’est même gênant, caria hau- teur exagérée oblige à des frais de chauffage extraordinaires, avec des chances de ne pas arriver à un point suffisant. Dans les habitations collectives d’individus en santé, casernes, lycées, écoles, 8 mètres carrés de surface par tête avec une hauteur intérieure de A mètres donneront les 32 mètres cubes auxquels n’arrivent pas beaucoup de casernes. Ces mêmes 4 mètres de hauteur seraient bien accueillis de l’hygiène dans les habitations particulières ; une chambre à coucher repré- sentant un cube de A mètres sur toutes les dimensions, destinée <\ un cou- ple, nefournitque les32 mètres cubes classiquesù chacun des deuxindividus qui dorment ; qu’un berceau s’y ajoute, et c’est presque une pièce exiguë. Combien de chambres à Paris, je dis dans les familles aisées, n’ont pas cet espace ni celte hauteur ! La Commission des logements insalubres de Paris, (le 1870 à 1870 (E.-11. Perrin, rapporteur), propose judicieusement au préfet de la Seine d in- terdire toute pièce destinée à l’habitation permanente de jour et de nuit, qui offre moins de 14 mètres cubes de capacité par personne, et de n’en tolérer aucune au-dessous de 10 mètres. A ceux qui ont cru que la question du cube de place pouvait être simple- ment remplacée par la question de ventilation, de Chaumont répond très judicieusement que la première domine la seconde, car c'est le cube de place qui rend possible la ventilation (Wilson). Mais on ne saurait trop répéter que le large espace et le cubage géné- reusement distribué ne dispensent point d’instituer des mesures àl’effet de remplacer par de l’air neuf les couches atmosphériques qui ont séjourné quelque temps à l’intérieur des locaux habités. Ce n’est pas, en général, dans les habitations privées que les besoins sont les plus grands ou les plus urgents, c’est dans les habitations collec- tives où, précisément en raison du développement coûteux que réclament les bâtisses, on est porté à économiser l’espace. Aussi les hygiénistes sem- blent-ils leur réserver la meilleure part de leur attention. Des situations particulières, dans cet ordre d’idées, exigent encore plus impérieusement un cube d’air normal, soit parce que la viciation atmosphérique est plus certaine et plus grave, comme de la part des malades aux hôpitaux, soit parce que le séjour des habitants est plus fatalement prolongé, comme dans les prisons. (Les prisonniers, depuis longtemps, ont le privilège d’at- tirer particulièrement la sollicitude de l’hygiène et quelques-uns lui en ont fait un reproche ; cependant, la justice n’a l’intention de priver les cou- pables que de leur liberté et non d’air respirable.) Hæsecke a relevé le tarif du cubage de place, par individu, dans un cer- tain nombre d’habitations collectives du genre qui vient d’être indiqué. Hôpitaux militaires prussiens (règlement de 1852) — — — (1802) — — — (1808) Hôpital Betlianion (Berlin) La Charité (id.) Selon Degen, l’expérience demande, par lit (Avec une hauteur de plafond d’au moins 4m,8). Pavillons do l’hôpital Lariboisière, environ Saint-Thomas Hospital (Londres) Episcopal-Hospital (Philadelphie) Hôpitaux militaires anglais Hôpitaux militaires français (blessés) Grand hôpital de Milan Hôpitaux de Turin et do Pavie Hôpital (nouveau) de Friedrichshain A Plôtzensée, cellules isolées Cellules pour 5 à 11 détenus Dortoirs Salles d’écolo et de prière Ateliers, environ Hôpital Chambre des députés, salle pleine Palais provisoire du Reichstag (tribunes non comprises) Arnould, Hygiène. ’1K édit. Mètres cubes. 14 à 17 18 à 22 Va 37 30-50-00 40 à 50 45 50 52 70 33,0 20 00 95 à 00 00 20,5 ù 31 11 il 12 19 0 à 8 17 37 il 30 10 il 11 10 il 20 36 Mètres cubes. Palais provisoire du Reiclistag (tribunes comprises et entière- ment occupées) 11 à 12 Les écoles du pays 4 5, 5,5 Les grands théâtres, quand ils sont remplis 10 à 12 (Les petits ont bien moins d’espace relatif.) Le général Morin, appuyé sur une longue expérience, exigeait comme chiffres normaux, par tôle et par heure: Mètres cubes. Hôpitaux à maladies communes GO à 70 — pour blessés et femmes eu couches 100 — recevant des maladies épidémiques. 150 Prisons 50 Ateliers ordinaires 60 — avec des causes spéciales de viciation de l’air 100 Casernes, pendant le jour 30 — pendant la nuit 40 à 50 Théâtres 40 à 50 Lieux de réunion (pour un court séjour) 30 — (pour un long séjour) 60 Écoles d’adultes 25 à 30 — d’enfants 12 à 15 L’hôpital maritime de Cherbourg possède un cubage de 22 mètres cubes; celui de Rochefort,4l mètres cubes. Les hôpitaux civils de Paris présentent une moyenne de 43 mètres ; les hôpitaux anglais 52 (Le Fort). On demande, en France, 40 mètres pour les hôpitaux de l’armée. 'Ventilation. — Malgré le principe dont il faut évidemment poursuivre le plus possible la réalisation, l’introduction d’air extérieur dans les locaux, pendant le temps de la présence des habitants, est encore plutôt une dilution des impuretés produites qu’un renouvellement parfait de l’at- mosphère. S’il était possible d’expulser et de remplacer à chaque instant l’air rendu parla respiration, ce renouvellement idéal serait atteint, et il suffirait de 500 litres d’air nouveau par heure. Mais nous ne disposons d’aucun moyen de pratiquer cette ventilation exacte; force nous est de chercher seulement à maintenir les impuretés au taux le plus bas possible, sauf à opérer le renouvellement complet après la sortie des habitants ou même pendant leur séjour, mais dans un moment favorable et d’une façon intermittente. C’est toujours la proportion d’acide carbonique qui sert de base dans l’appréciation de la souillure de l’air ; non que l’acide carbonique soit plus dangereux que d’autres produits d’exhalation, mais parce que l’on peut ad- mettre que l’accumulation de ceux-ci marche parallèlement à l’augmentation relative de CO2. Quelques hygiénistes ont prétendu pouvoir reconnaître par les sens la présence de 1 p. 100 (Pettenkofer) et même de 0,66 p. 1000 (Degen), 0,6 p. 1000 (de Chaumont) de CO2 dans l’air des locaux habités. Comme, en pareil cas, on parle habituellement d’odeur perçue, il est à croire que les auteurs ont remarqué moins l’acide carbonique que ce qui l’accompagne. Et le danger d’un air pareil ressort, non de l’impression légère et désagréable qu’il produit, mais des qualités que cet avertisse- ment révèle. Il fui un temps où l’on rapportait aussi la quantité d’air de renouvellement à la vapeur d’eau fournie par la peau et le poumon et qu’il faut diluer suffisamment pour que l’air intérieur ne dépasse pas beaucoup la demi-saturation. Bien que le chiffre de mètres cubes d’air nécessaire à cet effet soit moindre que celui qu’il faut pour réduire CO2 au taux admis, on additionnait les deux chiffres comme si le même air ne pouvait à la fois diluer l’acide carbonique et la vapeur d’eau. Aujourd’hui, l’on se borne aux indications fournies par la proportion de CO2, et l’on demande qu’elle ne dépasse pas 0,0 p. 1000 (Roth et Lex), 0,8 p. 1000 (Parkes), ou tout au moins pas 1 p. 1000 (Petlenkofer). Il est clair que les exigences seront d’autant plus rigoureuses que les chances d’accompagnement de CO2 par des souil- lures plus graves, comme dans des salles de malades ou de blessés, seront plus considérables et plus menaçantes. Le calcul suivant, de Putzeys, montre avec quelle rapidité l’air d’une pièce atteint le taux de viciation. Si l’on suppose un salon de 200 mètres cubes, le taux initial de CO2 il 0,0004, le taux de viciation à 0,0007, et un homme rejetant 22 lit. 6 (ou 0mc,0226) d’acide carbonique par heure, le temps au bout duquel le taux de viciation sera atteint est donné par la formule : 200 (0,0007 — 0,0000 (1,0226 200 X 0,0003 0,0226 2,65 ou 2 heures 39 minutes. Et, toujours en se basant sur le taux de 0,7 p. 1000 d’acide carbonique à ne pas dépasser, les auteurs arrivent à exiger un volume d’air neuf de 75 mètres cubes par heure. En adoptant le taux de 0,6 de CO2 p. 1000, on a le volume d’air à fournir par le calcul ci-après (où l’on suppose que l’homme rend 20 litres CO2 par heure) : 1000 0,6 0,020- X r-, 1000(0,020 + 0,0004a;) • 0,0004 x X~~ 0,6 100“3. La même équation peut donner le tarif de ventilation dans le cas où l’on ne tolérerait que 0,5 p. 1000 de CO2 ; ce serait alors 200 mètres cubes. Si l’on admet 0,8 p. 1000, il deviendrait 50 mètres cubes. Parkes, ne comptant que 17 litres (au lieu de 20) de CO2 produit en une heure, obtient un résul- tat un peu différent, tout en prétendant maintenir l’air à 0,6 p. 1000 d’a- cide carbonique; son tarif normal de ventilation n’est que de 85 mètres cubes à l’heure. On peut remarquer (Roth et Lex) que, dans celte façon de calculer, le cube intérieur n a pas d influence sur le tarif de ventilation ; supposons le premier de lOOmètrescubes par tête; on pourrase passer de ventilation pen- dant la première heure sans que la proportion de CO2 s’élève au-dessus de 0.6 p. 1000; mais, à partir du moment où ce chiffre sera atteint, il faudra fournir 100 autres mètres cubes par heure, absolument comme si l’espace était plus petit. C’est aussi l’avis de Ch. llerscher, et de Putzeys. Nous pensons devoir accepter la môme formule, bien qu’elle ne soit pas celle des professeurs Layet et Bertin-Sans. Layet fait intervenir la capacité des locaux dans le calcul du coefficient de ven- tilation, en raisonnant de la façon suivante : Supposons d’abord un espace de 10 mètres cubes, dans lequel respire une seule personne; ces lu mètres cubes d’air ont la viciation normale, soit LO- 0,000o. Au bout d une heure, la respiration y ayant versé 20 litres de CO2, la viciation sera : 20 -f- 5 CO2 pour 10,000 = 0 002b. Au hou t de dix heures, elle sera: 20 X 10 +o CO2, ou 20Ü p. 10,000=0,020b. Pour ramener l'air à l’état du début, c’est-à-dire à 0,000b CO2, il faut fournir une quantité d’air nouveau indiquée par la proportion : ‘ 1 d’où x = 410,000=410 mètres 10,000 x cubes; el, en divisant par 10 (puisqu’il s’agit de l’air nécessaire il dix heures), 41 mètres cubes à l’heure. Par ce procédé, et èn tenant compte de 10 litres de vapeur d’eau fournis par heure en moyenne, Layet indique, pour un homme el par heure, les coefficients de ventilation ci-dessous : Espaces en mclres cubes. 5 Coefficient par heure en litres d’air. 10 15 20 31 000 25 25 000 30 40 IG 000 50 13,000 (iO , 11,000 80 8 560 100 t!ooo Au raisonnement qui a servi de base à ces calculs, Bertin-Sans objecte que l’air à introduire pour ramener l’air intérieur à 0,000b de CO2 contient déjà précisément cette proportion; par conséquent, peut bien diluer les 20b dix-millièmes de CO2 de cet air intérieur, mais en laissant nécessairement toujours la proportion au-dessus de b p. 10,000. Mais il y a probablement ici un malentendu, provenant de ce que Bertin-Sans regarde comme taux de l’air normal 0,000b de CO2 (qui est une propor- tion un peu forte), tandis que Layet a entendu par viciation normale 0,000b de CO2 surajoutés aux 3 ou 4 dix-millièmes qu’en renferme régulièrement l’air atmosphé- rique pur. Quoiqu’il en soit, Ch. Herscher démontre très clairement qu’avec une ventilation de 60 mètres cubes à l’heure, la viciation de l’air esL la même, à quelques millio- nièmes près, au bout d’une heure, dans un local habité, que sa capacité soit de 4, de 10 ou de 20 mètres cubes par individu. La seule différence est qu’elle marche plus rapidement dans les quinze premières minutes dans le local de 4 mètres que dans celui de 10 mètres, et plus rapidement dans celui-ci que dans le local de 20 mètres pendant la première demi-heure. Il nous a semblé que le calcul au moyen duquel Bertin-Sans cherche à infirmer celui d’Herscher néglige un élément important du problème, à savoir, que le degré de viciation, à un moment donné, de l’air d’un espace ventilé, n’est pas du tout celui qu’aurait à ce moment l’air du même espace supposé clos. En effet, l’air de ventilation fournit, d’instant en instant, des fractions de celui qui sort du local; la marche de la viciation n’est nullement ce qu’elle serait dans un espace clos, et l’on ne saurait en juger sim- plement d’après la proportion de CO2 qui existerait dans un mélange de 60 mètres cubes d’air pur avec 4, 10, 20 mètres d’air vicié par une habitation d’une heure. Le professeur Vallin a, depuis, confirmé le théorème de Herscher, dit aussi de Donkin (d’Oxford) et de Lenz (de Pétersbourg). Il en a même donné fort ingénieu- sement la démonstration expérimentale. Deux ilacons à tubulures, d’une conte- nance l’un de 1 demi-litre, l’autre de 2 litres, sonl remplis d’eau. La tubulure cen- Irale est surmontée cl’une pipette remplie d’une solution de bleu d’aniline, qui laisse tomber dans chacun des flacons 00 gouttes par minute (c’est la viciation intérieure). L’autre tubulure reçoit la longue branche d’un siphon qui lait passer par chaque flacon le même volume d’eau en un temps donné; ce volume s’écoule par un tube de trop-plein partant du fond du llacon (c’est l’image de la ventilation continue). Or la coloration, au bout de quelques minutes, est la même clans les deux vases et reste telle. Du reste, nous blâmerons volontiers, avec Bertin-Sans, Layel, aussi bien qu’IIerscher et Vallin, les locaux à 4 mètres cubes par tête, parce qu’ils sont très difficiles à ventiler d’une manière continue. A CO mètres d’air introduit par heure dans un local de celle sorte, c’est remplacer quinze fois le volume d’air primitif. On risque fort, dans ces conditions, sinon de déterminer des courants d’air sen- sibles, au moins d’obliger l’air neuf à sortir aussitôt qu’il est entré, c’est-à-dire à ne pas se diffuser dans la masse où il y a des impuretés à diluer. Pour qu’un tel local fût salubre, il faudrait qu’il lui manquât deux des parois latérales en regard. Ce ne serait plus une habitation, et c’est ce que nous voulions démontrer. Pour en finir avec ces calculs, auxquels il convient de ne pas attacher une impor- tance exagérée, nous reproduisons encore la formule que Lang, Wiel et Gnehm ont empruntée à Seidel : y = 2,30258m log - - , dans laquelle loçj signifie le logarithme des tables, que l’on trouvera comme dif- férence de deux logarithmes : log(p— q) — log (a — q); m est le volume donné de l’air de la pièce; p sa proportion de CO2 p. 1000 au début; a la proportion de CO2 p. 1000 qu’il ne faut pas dépasser; q la proportion de CO2 de l’air frais; y le volume d’air frais qui devra être introduit pendant le temps déterminé pour em- pêcher la proportion p d’acide carbonique du volume m de dépasser la proportion a. Sur ces bases, en prenant 0,7 p. 1000 de CO2 comme limite d’impureté de l’air, l’échange atmosphérique par heure devrait atteindre à 113 mètres cubes par per- sonne; en se contentant d’une dilution de CO2 à 1 p. 1000, 43 mètres cubes; dans la situation la plus mauvaise, on ne pourrait exiger moins de 21 mètres cubes. Mais l’on ne peut que répéter, avec les hygiénistes qui ont vu combien la com- plexité réelle des choses déroute les prétentions à l’exactitude de toutes les for- mules, que ces calculs ne sont rien de plus qu’une indication moyenne et générale. La pratique introduit à chaque pas des éléments que la théorie n’avait pas prévus. Cent blessés dans une salle ne font pas plus d’acide carbonique que cent individus sains; osera-l-on dire, cependant, que les premiers n’ont pas dix fois plus besoin d’air neuf que les seconds? La seule formule que les médecins et les chirurgiens puissent accepter est celle, bien plus rigoureuse encore dans le cas actuel, que l’on se plaît à redire en ce qui concerne l’eau : « Pour qu’il y ait assez d’air, il faut qu’il y en ait trop. » On 1 a dit bien des fois et depuis longtemps, ce dont les mathématiques n ont pas soupçon : La quantité de l’air introduit par la ventilation ne résout point tout le problème; la provenance et la qualité de cet air ne sont pas moins décisives. Aussi, des hôpitaux parfaitement ventilés, dans les quartiers populeux des villes, peuvent-ils être médiocrement salubres pat ce fait qu il ne reçoivent, abondamment c’est vrai, qu’un air médiocre, 1 air animalisé du quartier. Bien plus, aujourd’hui que les établissements industriels se multiplient de jour en jour cl que les décisions des Gon- seils d’hygiène les tiennent sévèrement à distance du centre des cités, la zone suburbaine elle-même devient suspecte, et tel hôpital, telle caserne, tel pensionnat, placé primitivement dans un milieu atmosphérique irré- prochable, se trouve un jour, quelquefois sans que l’on y prenne garde, dans des conditions de ventilation qualitativement insuffisantes. On lait bien de prendre l’air au centre des squares pour la ventilation des théâtres, de le faire passer sous une pluie d’eau finement pulvérisée pour le débarrasser des poussières ; mais ce n’est jamais que de l’air ur- bain. D’autres fois on va chercher l’air dans des couches déjà élevées au- dessus du sol, à 15 ou 20 mètres; pratique fondée sur la croyance à ■priori que les impuretés sont plus abondantes dans les couches qui rasent la terre. Le fait est que l’air le plus pur est entre 2 et 15 mètres. Il ne faut donc pas le prendre au ras du sol ; quant aux prises d’air à 15 ou 20 mètres de hauteur, je pense qu’elles s’ouvrent dans la zone d’évacuation des tuyaux d’évent, circonstance au moins suspecte dans les villes à fosses fixes. Il semblerait inutile de déconseiller l’air des caves, souvent influencé par les gaz du sol, s’il n’existait des installations réalisant cette mauvaise pratique. Enfin, il importe d’introduire de l’air frais (10 à 12°) et non de l’air sur- chauffé (30° et plus). Règles générales. — L’une des premières est que l’air de ventilation pénètre dans les locaux d’une façon insensible et jamais sous forme de cou- rant. On admet que la vitesse de 0m,50 par seconde est, à cet égard, un chiffre qu’il ne faut pas dépasser. Pour satisfaire à cette condition, tantôt on fait monter les tuyaux d’arri- vée de l’air verticalement dans l’épaisseur des murailles et s’ouvrir, à une hauteur supérieure à la taille d’un homme, par un orifice percé oblique- ment de telle sorte que la veine gazeuse soit poussée à la fois en dedans et en haut. L’air frais se diffuse donc d’abord dans les couches supérieures et son mouvement ne peut être perçu lors même qu’il entrerait avec une vitesse notable. D’autres fois on multiplie les orifices d’accès pour éviter de les faire trop larges ; ou bien on les garnit de plaques criblées de trous, qui brisent le courant, de grilles à fines mailles. Il est bon, dans tous les cas, de ménager aux orifices, ou’mieux dans la longueur des canaux d’arri- vée, des registres qui permettent d’augmenter ou de diminuer à volonté la force du courant. Le moyen le plus sûr d’éviter les courants d’air à l'intérieur est de faire que l’introduction soit au moins égale à l’évacuation, ou même pré- domine sur celle-ci. Dans le cas contraire, on peut être certain qu’il y aura des courants, ne fût-ce que par les joints des portes et des fenêtres, circonstance particulièrement désagréable et fâcheuse. La traditionnelle ventouse de 0m,li x 0m,22, qui débite 20 à 30 mètres cubes d’air à l’heure est évidemment hors de proportion avec une cheminée évacuant de 400 à 500 mètres cubes (Bouvet). En donnant aux orifices d’entrée et de sortie la plus grande section possible, on assure à l’air de ventilation la plus faible vitesse (Iludelo). On ne saurait, du reste, fixer de règle invariable quant à la disposition respective des orilices d’entrée et de sortie, lludelo fait remarquer que, pour un même orifice d’introduction, la température de l’air du dedans, son humidité, la température de l’air de ventilation, la saison, le chauf- fage, la nature des parois, font varier l’étendue des bénéfices qu’on peut recevoir de la ventilation artificielle. Ainsi : a. L’air entrant a la même température que celui de la salle. — Si l'orifice d’entrée est vertical, le courant se produira horizontalement en s’étalant rapidement vers le haut et vers le bas, à moins que l’orifice ne soit placé près du plafond ou près du plancher. Si l’orifice est horizontal (c’est-à-dire pratiqué dans le plafond ou dans le plancher), le courant aura une direc- tion verticale, sa section s’accroissant latéralement dans tous les sens. b. L'air entrant est plus chaucl que l'air intérieur. — Si l’oriüce d’entrée est placé au plafond, la force ascensionnelle dépendant de l’excès de tem- pérature tendra à détruire la vitesse de l’air ; l’air chaud, restant à la par- tie supérieure de la salle, n’en sera déplacé que par l'air de ventilation, qui y arrive d’une façon continue ; il descendra donc lentement, par cou- ches horizontales sensiblement isothermes, jusqu’à la partie inférieure, si les orifices de sortie y sont placés. Dans le cas où ceux-ci seraient égale- ment en haut, l’air chaud s’écoulerait immédiatement et il n’y aurait aucun renouvellement dans les parties basses de la pièce. — Si l’oriûce d’entrée est dans le plancher, la vitesse d’arrivée et la température, ainsi que réchauffement par la respiration des habitants agiront dans le même sens pour faire monter l’air. Que l'orifice d’évacuation soiLen haut, le cou- rant s’y dirigera tout droit sans s’étaler et sans renouveler l’atmosphère intérieure. Si au contraire l’issue est également dans le plancher, l’air de ventilation n’y parviendra qu’après s’être étalé en haut, en cône renversé, et après être redescendu. c. L'air introduit est plus froid. — Avec un orifice d’entrée au plafond, le courant et la différence de température le poussent également à des- cendre ; il arrive en bas plus ou moins vite selon que la différence de température est plus ou moins grande, la salle plus ou moins haute. Si les orifices d’évacuation sont régulièrement distribués sur la surface du plancher, les colonnes descendantes ont pu s’étaler et faire un bon renou- vellement d’air. Souvent les personnes placées près de tels orifices ressen- tent désagréablement le courant d’air froid ; il vaut mieux reporter ces ouvertures à une certaine hauteur, l’air froid n’y parviendra qu’aprôs s être étalé sur le plancher et avoir opéré un renouvellement complet, sans manifester de courants énergiques. Si, dans ce cas, les orifices d’entrée sont pratiqués dans le parquet, la différence de température combat l’impulsion initiale; l’air de re- nouvellement ne peut monter que poussé par celui qui arrive derrière lui. L aération, efficace si les orifices de sortie sont à la partie supérieure, reste limitée aux couches inférieures lorsque ces orifices sont également au ras du plancher. Lorsque les orifices d entrée sont placés latéralement, le mouvement de 1 air prend la forme d une courbe, résultant à la fois delà vitesse horizontale avec laquelle il pénètre et de la force ascensionnelle due à la température. Il en résulte, suivant Hudelo, que dans le cas (à éviter) d’arrivée d’un air chaud, on placera les orifices d’introduction à la partie supérieure de la salle et les orifices de sortie à la partie inférieure. C’est la ventilation d’hiver. Dans le cas de l’air froid, on disposera les orifices d’une façon inverse, à moins que la grande hauteur de la salle, la faiblesse du courant, le peu de différence do température entre l’air neuf et l’air du dedans, ne permettent de conserver la même diposition que dans le premier cas. C’est la ventilation d’été. Du sens du courant de ventilation. — D’après ces considérations et, d’ail- leurs, de par la nécessité des choses, le courant de ventilation est ascen- dant, descendant ou horizontal. Ce qui vient d’être dit permet déjà de soup- çonner qu’aucune de ces directions ne peut être la règle et que, selon les circonstances, il peut y avoir un choix à faire. Voici d’autres raisons dont il faut tenir compte : Dans les conditions les plus habituelles, l’atmosphère des locaux habités ne dépassant pas 20°, l’air expiré est plus chaud et, par conséquent, moins dense que l’air ambiant ; il tend donc à s’élever, au moins en ce qui con- cerne ses éléments gazeux. L’air le plus altéré chimiquement est donc plutôt dans les zones supérieures de la pièce, la bouche des humains dans une couche relativement pure et, quelle que soit la porte ouverte à 1 air extérieur, s’il n’est par lui-même plus chaud que l’air de la pièce, il se place naturellement en bas (zone froide) pour s’élever ensuite, à mesure qu’il s’échauffera à son tour par la respiration et la présence des indivi- dus. Les phénomènes naturels semblent donc indiquer la ventilation de bas en haut plutôt que l’inverse, que l’on appelle aussi « renversée ». On a dit encore avec raison (Hudelo) que l’air venant de haut en bas ramène l’air vicié des couches supérieures vers les personnes présentes et que par là, ces personnes se trouvant assez près de l’orifice d’évacuation, sur le passage de l’air expulsé, sont précisément toujours dans la couche la plus impure. C’est au point que parfois on a même fait arriver 1 air neuf et chaud, en hiver, par la partie inférieure des salles à ventiler. Enlin il est évident qùe, dans ce système, on lutte contre les forces naturelles, au lieu de les utiliser, que l’on se crée des difficultés et que l’on s impose des dépenses dont une bonne part est inutile. De fait, il existe à f aiis un certain nombre de locaux d’intérêt public, la salle du conseil d État, la Chambre des députés, qui ont la ventilation descendante, suivant « les idées paradoxales du général Morin » (Javal), et, malgré une dépense for- midable, ne sont ni bien ventilés ni bien chauffés. Les hygiénistes de nos jours sont fort disposés à brûler ce que nous adorions naguèie et a abandonner la ventilation renversée, qui pourtant s appliquerait peut- être à des cas particuliers et serait moins extraordinaire qu elle m paraît, si l’air introduit, comme cela doit être même en hiver, n est pas plus chaud que celui du dedans. La ventilation de bas en haut, n’est pas sans reproches et réclame aussi des précautions. Si elle est un peu active, elle soulève les poussières du plancher et des couches inférieures. Mais, par-dessus tout, elle aboutit à « faire passer, dans la pièce à ventiler, un volume d’air nouveau dans un temps donné, en déplaçant le moins possible l’air vicié préexistant » (Ch. Joly). C’est par celte méthode que l’on court le risque d’obtenir de minces tilets d’air, d’ailleurs froids, courant tout droit de l’orifice d’entrée vers l'orilice de sortie, sans renouveler la masse d’air qui les entoure, sans se diffuser dans les locaux. On n’en sent les inconvénients nulle part mieux que dans ceux de nos théâtres qui sont ventilés par l’air chaud et par le « trou » du lustre ; l’air s’engouffre dans ce trou, et les spectateurs des loges reçoivent des courants glacés quand on en ouvre les portes, sans que l’intérieur de la salle soit aéré. Les architectes, qui avaient abandonné cette méthode, il y a vingt ans, y reviennent aujour- d’hui (nouvel Opéra), par suite de la difficulté d’exécution du procédé Morin. Mais on n’échappe pas complètement aux inconvénients de l’autre. La ventilation ascendante, absolument conforme aux lois de la physique, convient dans la plupart des cas, pourvu qu’on lui impose un mode entièrement inoffensif. Ce mode peut être institué, comme nous le dirons. La ventilation horizontale ne nous paraît en aucune façon mériter la réprobation à laquelle Bertin-Sans déclare la vouer. Le tout est de ne pas l’exécuter sous forme de courants d’air ; ce à quoi elle n’expose ni plus ni moins que les autres formes, pourvu que les différences de tempéra- ture ou de pression ne soient pas excessives entre l’air intérieur et l’air extérieur, et que la section des orifices d’entrée et de sortie soit exacte- ment calculée. Le courant d’air qui se rend d’une ventouse latérale, située à 2 mètres de hauteur, aune autre ventouse placée en regard sur la paroi opposée, se met en courbe vers le sol ou vers le plafond, selon qu’il est plus froid ou plus chaud que l’air intérieur, et se diffuse assez lar- gement, si sa vitesse reste dans la règle. En définitive, c’est la façon dont s’opère la ventilation continue de nos demeures par les parois perméa- bles, puisque nous avons admis que les murs extérieurs, verticaux, doi- vent posséder cette perméabilité, que nous refusons absolument aux cloi- sons horizontales. C’est surtout le mode de la ventilation intermittente — et excellente (si ce n’est la meilleure de toutes) — par les fenêtres des habitations privées ou collectives, lesquelles ne sont jamais bien aérées, si elles n’ont pas de fenêtres en regard les unes des autres. Les orifices d entrée de 1 air pur, suivant Herscher, doivent être le plus près possible des individus qui vicient l’air. La règle est bonne, si l’on sup- pose, comme Herscher, que 1 air vicié s’en ira tout seul par la partie supé- rieure. Mais si 1 on applique un procédé d'extraction, la règle ancienne redevient rationnelle : que les orifices de sortie soient au plus près des cndioits où il existe des causes spéciales de viciation. Les orifices d’arrivée ne doivent jamais être une cause d’incommodité pour les personnes qui en sont voisines, soit par la vitesse du courant, soit par la température froide ou chaude. L air introduit par n importe quel procédé se refroidit, en hiver, en glis- sant le long des parois vitrées, par lesquelles le calorique se transmet aisé- ment à l’extérieur. Les personnes placées près des fenêtres remarquent désagréablement qu’il leur descend un courant froid sur les épaules. On pare à cet inconvénient par l’emploi des doubles vitres; on peut môme faire passer de l’air chaud entre les deux parois de verre, et plutôt de l’air d’extraction que de l'air neuf, pour éviter une perte économique. Aujour- d’hui, comme nous le dirons, il y a une tendance à porter le chauffage pré- cisément sur ces points d’élection du refroidissement; l’air d’entrée lui- même est décrudi au passage, par la rencontre des tuyaux de distribution de la chaleur. La vitesse des courants de ventilation, lorsqu’elle est exagérée, et elle l’est quand elle est perçue par les habitants, dépense inutilement du tra- vail et, de plus, est une cause de déperdition de chaleur en hiver. Il doit y avoir une conduite d’air spéciale à chaque étage et môme à cha- que pièce. Autrement il pourrait arriver qu’un des compartiments prît une large part de ce qui doit revenir à son voisin. De même les tuyaux d’éva- cuation doivent être séparés le plus possible et ne se réunir en un canal commun qu’à l’endroit où tout l’air expulsé est rejeté dans l’atmosphère. Plus ce réceptacle est loin et court, moins il y a de chances de retour d’air vicié d’une pièce dans l’autre. Malgré la solidité des principes qui viennent d’être posés, il serait oiseux et trompeur, en raison île diverses circonstances que nous avons fait pres- sentir, de chercher à se rendre compte de la puissance d’un système de ventilation, en mesurant, aux orifices, comme on le faisait autrefois, la quantité d’air qui entre dans une pièce ou qui en sort. Ce sont les dépla- cements intérieurs de l’air, la diffusion, la perfection du renouvellement ou, au contraire, les points morts, qu’il faudrait pouvoir reconnaître et apprécier. Malheureusement, ni les anémomètres, ni l’observation de la flamme d’une bougie, ni les ballonnets d’hydrogène ne donnent, à cet égard, d’indications exactes (Hudelo). Des différentes espèces de ventilation. — Il n’y a que deux sortes de ventilation; la ventilation naturelle et la ventilation artificielle. Encore dif- fèrent-elles moins qu’on ne pourrait croire, car la seconde utilise souvent des forces naturelles, qui sembleraient réservées à la première. Nous pensons que l’on peut appeler naturelle toute ventilation qui n’emploie pas d’appareil spécialement disposé pour cet effet; toute autre est artificielle. I. Ventilation naturelle. — La ventilation naturelle est incontestable- ment celle qui se fait à travers les parois de nos demeures, grâce à leur porosité, et par les joints des portes et des fenêtres, grâce à l’écartement à peu près fatal qui s’opère quelque part entre le cadre et l’opercule mobile. Dans l’un et l’autre cas, il va sans dire que c’est la différence entre la tem- pérature intérieure et l’extérieure qui est la raison physique des échanges gazeux. La combustion de 1 kilogramme de bois peut ainsi appeler 100 mètres cubes à l’heure (Morin). On voit déjà que les cheminées d’appartement complètent le circuit. On ne peut faire de difficulté contre l’adjonction, à celle ventilation tout à fait automatique et par conséquent naturelle, de celle qui s opère par 1 ou- verture des portes et des fenêtres. En effet, d’ordinaire, les portes et les fenêtres ne sont pas faites, primitivement au moins, en vue de la ventila- tion, et la moitié du temps ce n’est pas dans ce but qu’on les ouvre; si bien que la ventilation se produit en réalité à la faveur de cette ouverture, mais à l’insu des habitants. Il va sans dire que c’est encore une ventilation naturelle, car elle est bien imprévue par les constructeurs, que celle qui s’effectue, malencon- treusement d’ailleurs, par les fissures et crevasses accidentelles que les murs subissent parfois, à la suite de l’âge ou autrement, par les longues fentes que les planches des baraques ne tardent pas à présenter, sous l’ac- tion des alternatives climatiques. Il est clair enfln que c’est toujours une ventilation naturelle, lorsque la propulsion de l’air par le vent s’ajoute à la pression provenant de la différence de température. Ventilation à travers les parois. — Cette ventilation est constante, à moins que les parois de nos demeures ne soient à dessein revêtues d’enduits im- perméables. Elle aurait une très grande valeur si l’on pouvait en apprécier le rendement et surtout si celui-ci restait invariable, au lieu d’être subor- donné à l’assèchement des matériaux de construction, aux oscillations de température, à la force et à la direction du vent (Voy. page 384). Le vent l’influence considérablement (Lang). S’il arrive perpendiculaire- ment sur les murs, ce qui est rare, il donne à la ventilation de porosité son maximum d’effet; s’il donne en sens contraire de la façade exposée, il ven- tile par appel, en diminuant la pression. D’ailleurs on conçoit que cette ventilation se constitue le plus ordinairement d’un courant double, intro- duisant de l’air et en expulsant; supposons que l’air extérieur soit plus troid que l’air intérieur, le courant d’entrée est en bas et le courant de sortie en haut; s’il y a une cheminée dans la pièce, elle devient naturel- lement l’orifice de sortie. Peut-être qu’elle pourrait aussi, en été, devenir orifice d’entrée et amener une odeur de suie dans l’appartement. Les fentes accidentelles jouent évidemment le même rôle que les pores des matériaux; mais elles ventilent d’ordinaire beaucoup moins et surtout beaucoup plus désagréablement; elles donnent accès à des filets d’air rapi- des et froids, l’idéal du courant d’air. La ventilation de porosité est celle des habitations qui n’en n’ont pas d autre, et il ne faut peut-être pas la dédaigner pour les maisons particu- lières, celles des pauvres spécialement. Ceux-ci bénéficient de leur mé- diocrité, qui ne leur permet pas la peinture à l’huile, en dedans ou en dehors de leurs demeures. Elle a de grands avantages, quand elle existe. Cette infinité d ouvertures microscopiques par lesquelles l’air neuf pénètre équivaut aux vastes orifices d’entrée pour rendre insensible la vitesse du courant. La lenteur du cheminement de l’air dans les parois lui permet de prendre la température de celles-ci, qui est également assez rapprochée de celle de l’intérieur; en tous cas, lorsqu’on a échauffé les murs, pendant hiver, 1 air qui les liaverse n arrive pas froid dans les appartements. Ce sont là précisément des conditions que doit remplir une ventilation arti- ficielle bien entendue et exécutée. Toutefois, il convenait grandement de se rendre compte de la portée réelle de celte sorte de ventilation. Nous avons déjà vu (pag. 520) que, d’après Mârker, avec une faible différence de température entre le dedans et le dehors, il peut passer plusieurs mètres cubes d’air à l’heure par chaque mètre carré de muraille. Les chiffres de Marker ont été trouvés trop forts. Schürmann les réduit à 0mc,257 pour la brique cuite; 0,498 pour les grés; 0,510 pour l'argile ; 0,047 dans le tuf cal- caire; 0,869 dans les moellons calcaires. L’estimation de Pettenkoffer était de 0mo,400 pour la chambre dans laquelle il a fait ses expériences, soit 8 mètres cubes à l’heure à travers un mur de 5 mètres de long sur 4 de hauteur. Si l’on suppose ce mur appartenir à une chambre de 5 mètres de profondeur, c’est-à-dire cubant 100 mètres cubes, on voit que, dans les conditions déterminées, le renouvellement de l’air pourrait se faire environ deux fois par jour; ce n’est guère, mais c’est déjà quelque chose pour une habitation particulière, et ce serait mieux s’il y avait du vent sur l’un des deux murs qui peuvent respirer, la pression du vent aidant néces- sairement la pénétration de l’air. lien serait de même avec un grand excédent de température intérieure. Les expériences de Hudelo et Somasco ont fourni àEm. Trélat des conclusions moins favorables. Les résultats obtenus par les premiers se résumaient ainsi qu’il suit : 1° Les quantités d’air qui passent à travers les murs ou à travers les matériaux sont sensiblement proportionnelles aux pressions qu’elles subissent; 2° Le passage de Pair à travers les matériaux perméables est faiblement modifiée par l’épaisseur traversée. Dans le même temps et sous la même pression, une pierre de liais laissera passer : Avec une épaisseur 1 Air 4 5 - 2 25 — l D’où l’on peut inférer qu’avec des malériaux perméables, on peut accroître l’épaisseur des murs sans réduire notablement le volume de l’air qui les traverse. 3° Sous des pressions variant entre 1 et 30 millimètres d’eau, une paroi de pierre tendre de 0m,50 d’épaisseur laisserait passer, par mètre carré et par heure, des quantités d’air variant entre 12 litres el 350 litres; 4° Quand les matériaux perméables sont mouillés, ils ne laissent guère passer que les 0,4 ou les 0,5 de Pair qu’ils laissent passer quand ils sont secs (Hudeloi, 5° Les ciments sont très peu perméables. Les marbres et les bois (dans le sens perpendiculaire aux fibres) ne sont pas perméables sous les pressions qui ne dépassent pas 30 millimètres d’eau. Le plâtre sec, qui laisse passer 1 air à peu près comme le calcaire très tendre, est protégé et rendu presque imperméable par deux couches de peinture à l’huile (Somasco). Sur ces bases, Ém. Trélat calcule qu’un vent équivalent à la pression de 30 millimètres d’eau, et qui serait une tempête, ne ferait entrer a l’heure que 5m3,862 d’air, à travers un mur d’une surface de 1 ,/5 (dé- duction faite des fenêtres), appartenant à une pièce de 120 mètres cubes de capacité. Dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire avec un vent faible ou nul, c’est assurément « une ressource nulle ». Malgré notre confiance dans les mathématiciens et les ingénieurs, nous hésitons à admettre cette nullité de la ventilation interstitielle fIu' 110 serait nullement, d’ailleurs, la condamnation des parois perméables, puis- qu’elles ont d’autres avantages. — En fait, nous pouvons, jusqu a plus ample informé, bénéficier du désaccord qui existe entre les expérimenta- teurs et ne pas nous ranger à l’avis de ceux des architectes et des hygié- nistes qui, non seulement la rayent des calculs dans l’évaluation du cube d’air fourni aux habitations, mais proposent môme de la supprimer for- mellement par les enduits imperméables. Ventilation par l'ouverture des portes et fenêtres. — Quand on ouvre une porte ou une fenêtre d’une pièce habitée, il est facile de reconnaître, à l’aide d’une bougie allumée, qu’il s’établit en bas un courant du dehors au dedans et, en haut, un courant de sens inverse. C’est donc un renouvel- lement de l’air intérieur. Cette ouverture a lieu avec une certaine fré- quence, au moins en ce qui concerne les portes, sans que l’on y songe; le va-et-vient nocturne dans les salles d’hôpital et les chambres de casernes est ainsi un mode de ventilation. De même, on ouvre les fenêtres, au matin d’habitude, plutôt peut-être pour faire entrer la fraîcheur que l’air neuf; ce n’est pas moins une ventilation. L’effet en est assurément médiocre, ainsi que l’ont démontré les expé- riences de Pettenkofer; mais, avec des dispositions convenables et dans des conditions favorables qui se présentent souvent, il est possible d’en tirer bon parti. Lorsqu’il n’y a de fenêtres que d’un côté de la pièce, le courant qui entre par en bas et sort par en haut d’une fenêtre ouverte ne fait qu’une courbe à convexité interne, qui pénètre peu dans l’intérieur; le renouvellement de l’air est peu sérieux; mais il en est tout autrement lorsque la pièce possède des fenêtres sur deux faces opposées. Si peu qu’il y ait de mouvement dans l’atmosphère ou de différence entre la tempéra- ture des deux parois opposées, de fortes colonnes d’air traversent aussitôt le local. Avec un vent (à peine sensible) de 1 mètre par seconde et une fenêtre de 4 mètres carrés de chaque côté de la salle, il passe par heure : lm 4m(i x GO X 00 = 14,400 mètres cubes d'air. Avec une seule fenêtre, il en passerait moins du tiers : environ 4,000 mè- tres cubes. Pour qui a pu faire la différence entre l’atmosphère invinciblement fade et puante des salles d’hôpital qui n’onL qu’un rang de fenêtres et l’air presque toujours tolé- rable des salles à fenêtres opposées, même quand elles n’ont pas d’autre système sérieux de ventilation, l’efficacité du renouvellement de l’air par les fenêtres ne saurait taire l objet d un doute. Sarazin recommande avec raison de s’assurer d’abord ce dispositif de première importance, dans les salles d’hôpital et les casernes, poui ma part, je ne compterais sur aucune installation, si je n’avais d’abord celle-là. On peut diviser la hauteur de la fenêtre en deux, de façon à n ouvrir que le compartiment supérieur (à bascule, à botte), si l’on redoute l’ar- rivée des courants d’air sur la tête et les épaules des habitants et si l’on veut main- tenir l’accès de l’air extérieur d’une manière un peu continue. Mais il ne faut pas que les hygiénistes partagent avec le vulgaire l’horreur traditionnelle des cou- rants d’air. D’abord, la masse aérienne qui se précipite par une fenêtre haute et large mérite moins le nom de courant d’air que les filet s aigus qui arrivent par des fentes. Et puis, quand il s agit de locaux occupés par des hommes sains, il se trouve bien un certain nombre d’heures sur les vingt-quatre de la journée, pen- (lant lesquelles ces locaux sont vides et peuvent être balayés par des colonnes d’air neuf sans que personne s’en aperçoive; pour les malades des hôpitaux, en les couvrant bien, et à moins de très grand vent, il est rare que le passage du courant sur leur tête pendant quelques heures par jour, en plusieurs fois, les incommode ou leur nuise; il semble, au contraire, que le plus souvent ce grand air frais du dehors doive leur être plus agréable que l’air qui a circulé dans des gaines de ventilation. A la rigueur, tous les malades d’une salle ne restent pas couchés d'une façon continue, surtout si on leur a ménagé des promenoirs et des réfec- toires ; il est donc possible, au moins, d’ouvrir toutes grandes les fenêtres qui donnent sur les lits momentanément vacants. L’aération par les fenêtres est celle qui, pour la quantité et surtout pour la pureté de l’air fourni, ramène l’homme le plus près possible des conditions dans lesquelles il se trouve en plein air, c’est-à-dire dans l’état vraiment normal. Le capitaine Douglas-Gallon a noté que la vitesse du déplacement naturel de l'air autour de nous est en moyenne de 5 mètres par seconde environ et qu’elle descend rarement au-dessous de lm,80. Un homme, placé au milieu de ce mouvement d’air minime, oppose au courant atmosphérique, quelle que soit sa position, une sur- face de 1 mètre carré environ. En une heure (3,600 secondes), il aura donc reçu sur son corps l’action de 1 mètre carré x 3,600 x 1 “,80 = S,480 mètres cubes d'air neuf. On peut donc, par l’ouverture de deux fenêtres en regard, se rapprocher beaucoup de ce chiffre d’irrigation aérienne et recevoir un fluide notablement plus sûr que celui qui a passé par les longs et obscurs tuyaux de ventilation des grands appareils (Ém. Trélat). Dans nos pays, cette introduction d’air naturel ne peut durer que 8 ou 10 heures sur 24 dans la belle saison, et beaucoup moins dans la mauvaise. Nous avons, du moins, été élevés dans cette croyance. Mais les tra- ditions ne vont-elles pas changer quelque peu, depuis que l’on sait que la tuber- culose et même la pleurésie, la pneumonie et beaucoup d’autres, procèdent de tout autre chose que des coups de vent, et que l’afflux et le mouvement de l’air dilue, oxyde, annule les substances putrides et les germes pathogènes? Déjà Brown-Séquard proclame que la vie au grand air rend les cobayes réfractaires à l’inoculation de la tuberculose et qu’elle en guérit les humains. Le fait que la masse d’air passant d’une fenêtre à l’autre remplace réellement l’air primitif d’une pièce a une grande importance. Les dispositifs de ventilation permanente, on l’a dit, ne font que maintenir les impuretés provenant de la vie à un certain taux ; c’est, au fond, se résigner à une souillure peu considérable mais constante. Les grandes baies ouvertes restituent quelquefois, au moins, de l’air absolument normal et comme les colonnes gazeuses énormes qui traversent cer- taines zones de la salle font, sur leur passage, un vide dans lequel se précipite l’air voisin, il est difficile que l’air ne soit pas entièrement renouvelé au bout de peu de temps. Dans son rapport sur la Construction des hôpitaux, après avoir indiqué les dimensions que doivent avoir les fenêtres, la nécessité de leur donner une partie supérieure indépendante et d’avoir des fenêtres sur les deux faces opposées des pavillons, J. Rochard ajoute : « Des ouvertures pratiquées dans le haut et dans le bas des murs complètent la ventilation ». Celte formule, très exacte, nous paraît traduire le sentiment des hygiénistes contemporains : le pre- mier moyen de ventilation, c’est la fenêtre. Il n’v a qu’à savoir s’en servir et, tout d’abord à avoir des fenêtres. « Il faut ouvrir ses fenêtres le plus souvent et le plus longtemps possible », disait miss Nightingale. Mais les gouvernements font payer l’air qu’on respire. Il y a, en France, 219,270 maisons sanc fenêtre et 1,636,636 autres qui n’ont que deux ouvertures (Martin Nadaud). La construction des fenêtres n’intéresse pas uniquement la ventilation, mais aussi l’éclairage et le chauffage. A ce dernier point de vue, on est porté à les raréfier et à les rétrécir; le verre étant diathermane, elles sont sans conteste une cause de refroidissement en hiver. Mais il y a moyen de lutter contre cet inconvénient, sans réduire les dimensions des fenêtres. 11 faut donc les construire comme si elles ne devaient servir qu’à la lumi- nosité et à l’aération du local. Pour la luminosité, on les fait monter le plus haut possible ; cela n’a pas d’inconvénient pour la ventilation, puisque l’air exhalé par les poumons est chaud et entraîne vers le plafond l’acide carbonique dont il est chargé. Mais les courants froids, le long des murs, ramènent au pied de ceux-ci les impuretés organiques; la ventilation exigerait donc que la fenêtre descendit jusqu’au plancher. On construit quelquefois ainsi. Lorsque ce n’est pas le cas, nous pensons qu’il est nécessaire d’avoir d’autres ouvertures d’entrée de l’air (chauffé au passage) au ras du sol. L’appui de la fenêtre pourra alors être à 1 mètre de hauteur. Finalement, les fenêtres ont 4 mètres à 4m,2o dans les locaux de 5 mètres de hauteur; 3 mètres dans ceux dont la hauteur est de 4 mètres; ainsi de suite. La largeur, proportionnée à la hauteur, varie de 1 mètre à lm,o0 ou même 1 m,60 (la Charité, à Lille). Pour l’hygiène, cette largeur devrait être inverse de celle des trumeaux. Dans les habitations particulières, des fenêtres de 3 mètres de hauteur sur 1 mètre ou lm,20 sont suffisantes; mais comme, d’ordinaire, une chambre d’habitation n’en a que d’un côté, il convient de rétrécir les trumeaux à 1 mètre et même moins. Dans les habitations collectives, salles d'hôpital, chambres de caserne, salles de classes, etc., il est indispensable de diviser la fenêtre en deux compartiments, dont le supérieur peut s'ouvrir isolément, pour les moments du jour où il est besoin de recourir à une ventilation énergique, pendant que les habitants sont à l’intérieur et sans leur amener trop directement de l’air froid ou de la pluie. Cette fenêtre indépendante doit pouvoir aisément s’ouvrir ou se fermer d’en bas. En général, il n’est point bon qu’elle s’ouvre par une ou par deux valves, dans le sens latéral, comme les fenêtres ordinaires. Ce qui nous paraît le mieux est que la vitre, tournant sur son bord inférieur, vienne s’incliner vers l’intérieur de la pièce, sans s’abaisser entièrement; le plan oblique qu’elle présente à l’air froid, entrant, le dirige d’abord vers le plafond. Il s’oppose aussi, plus ou moins, à l’entrée de la pluie dans la salle. Pour mieux assurer cet effet, on munit les bords verticaux de la vitre d’ailettes en métal faisant saillie à l’extérieur, qui, lorsque la vitre bascule en dedans, obturent l’espace triangulaire, ouvert entre chacun de ses bords latéraux et le cadre de la fenêtre. C est, je crois, cette disposition que l’on appelle vitre à soufflet. Il est clair, d ailleurs, qu elle ne fonctionne bien qu’autant qu’il existe en même temps des orifices de sortie de l’air; une cheminée suffit dans les appartements privés ; il faut d’autres orifices dans les habitations collectives. En remplaçant le compartiment supérieur de la fenêtre par une boite en fer galvanisé, que 1 on enchâsse dans le mur au voisinage du plafond et en établissant, par celle boite, une communication avec l’extérieur au moyen d’une valve mobile qui représente la vitre, on a le ventilateur Hheringliam, auquel nous ne trouvons que ceci de particulier, c’est qu’il ne sert pas à l’éclairage du local. A l’étranger, on a essayé de faire servir à la ventilation les fenêtres doublas, fort avantageuses pour la conservation du calorique intérieur. Le châssis extérieur n’arrive pas tout à fait jusqu’au sommet de la fenêtre; le châssis inférieur, au con- Iraire, ne descend pas tout à fait jusqu’au niveau de la tablette, ou inversement. L'air pénètre par la baie externe, eutre les deux vitres, où il se réchaull'e, et se répand dans la pièce par la baie interne. Plus simplement, on remplace un ou plusieurs des carreaux de vitre par des lames de verre, disposées comme les lames de persiennes. L’éclairage n’est pas altéré et le mouvement de l’air entrant est interrompu par la déviation qu’il subit sur les lames obliques, de manière à arriver sans vilesse à l’intérieur. Telle est, du moins, la théorie. Ventilation par clés orifices où le courant est ralenti. — Il est fort simple, pour avoir une ventilation permanente, d’ouvrir, au bas et en haut des murs extérieurs des locaux habités, des orifices qui ne servent qu’à cet usage. Mais de tels orifices donnent, à de certains moments, un froid qui semble plus onéreux que leurs services ne sont appréciables. On les arme, en conséquence, d’un obturateur à coulisse, qui ne doit les fermer que quand le courant d’air est trop sensible. Seulement il est habituel qu’une fois fermés, on oublie de les rouvrir. C’est pour remédier à cet inconvénient qu’ont été inventés une foule de dispositifs qui permettent de maintenir en permanence l’accès de l’air, par ce fait qu’ils lui impriment au passage une vitesse presque nulle. L’un des plus anciens est celui qui fournit ce que l’on a appelé la venti- lation de porosité (Porenventilation), de Reid et de Scharrath, quoiquelle n’ait rien de commun avec celle qui se fait par les pores naturels des parois. Scharrath amenait de l’air, propulsé dans un canal spécial, sous le plancher d’un théâtre de Berlin, le faisait passer dans de petits canaux ascendants, et finalement le tamisait sous chaque fauteuil à travers une gaze tendue sur un cadre. Ce tamis enlevait à l’air toute sa vitesse. Le procédé ne s’est pas répandu. » On a essayé dans nos casernes, de remplacer un ou plusieurs carreaux de vitre, à chaque fenêtre, par une toile métallique. La tentative a complè- tement échoué. Les toiles, quand elles fonctionnaient, donnaient peu d’air, mais des courants aigus, et si froids, pour les voisins de la fenêtre, que l’on avait toutes les peines du monde d’empêcher les soldats d.e coller du papier par-dessus. Bientôt, il est vrai, la poussière remplissait les mailles de la toile, et il n’était plus besoin de se défendre contre le ventilateur. La physique enseigne qu’un lluide perd sa vitesse en passant d’un canal étroit dans un plus évasé. C’est sur ce principe que reposent les briques de ventilation, percées de plusieurs conduits tronc-coniques, à base en dedans (ventilateurs Ellison), qui étaient employées avant que les frères Appert, maîtres verriers, aient réussi à fabriquer les vitres perforées que réclamaient É. Trélat, Geneste et llerscher, et dont A.-J. Martin, au Con- grès de Nancy (1886) a expliqué les propriétés. Ces vitres oui, évidemment, l’avantage de ne pas diminuer le jour et de ne point salir l’air, car elles se lavent et no retiennent pas les poussières comme les conduits assez longs, creusés dans une brique. Leur épaisseur est de 3mm,5 à 5 millimètres ; elles ont o,000 trous par mètre carré, de 3 millimètres de diamètre chacun, repré- sentant ensemble une ouverture de 3 décimètres carrés par mètre carré. 11 est très facile de faire en vitres de cette nature la partie supérieure des fenê- tres des locaux à ventiler, les impostes, comme on dit. On l’a fait et... il a été reconnu que le système n’est pas irréprochable, tout en n’étant pas absolument efficace. La démonstration la plus éclatante de cette insuffi- sance est due à Étienne Wallon, qui expérimenta officiellement au lycée Janson de Sailly. Quand le temps est mauvais et qu’il y a du vent, on est obligé d’obturer les carreaux perforés au moyen de fermetures mobiles en verre plein, à cause des courants d’air qu’ils laissent passer. En temps ordinaire, ils ventilent moins bien que les ouvertures et gaines d’évacuation du système Geneste-Herschor. Le moulinet à vent, assez bruyant d’ailleurs, que l’on fixe dans un car- reau, est encore une façon de rompre et d'éparpiller le courant d’air entrant. Il ne ventile qu’à la mesure de ses dimensions. 2. Ventilation artificielle. — A. VENTILATION PAR APPEL. — L’appel de l’air de renouvellement se fait à l’aide de l’utilisation des forces naturelles : la différence de la température et la raréfaction d’air produite par le vent; ou bien en raréfiant l’air sur un point au moyen d’appareils d’aspiration mis en mouvement par quelqu’un des moteurs ordinaires. D’ailleurs, l’appel opère, soit sur l’air frais qu’on veut introduire, soit plus souvent et plus rationnellement sur l’air qu’on veut extraire et que l’air neuf vient remplacer par son propre poids. Appel par le vent. — Quand un courant d’air passe, en s’éloignant, sur une colonne d’air immobile, il produit dans celle-ci une raréfaction qui l’entraîne dans le sens du courant. Tel est le principe qui a présidé à l’in- stallation d’un certain nombre de petits appareils, qui ont le défaut de ne bien marcher que par un vent sensible, circonstance, à la vérité, très commune dans nos pays, mais qui, en raison de leur moteur, s’appliquent bien à des habitations on marche, telles que les navires et les voitures de chemins de fer. L’appareil représenté par la figure 103, imaginé par Wolpert et qui rap- pelle les manches à vent des navires, consiste en un tube mobile, commu- niquant par en bas avec le local à ventiler et s’ouvrant à l’extérieur par un orifice évasé en entonnoir. Une girouette qui fait corps avec ce tube dirige constamment l’ouverture du côté opposé au point d’où vient le vent. La dépression opérée par le vent à l’orifice du tube détermine un courant d’évacuation de bas en haut. Cette « cape à vent » ( Windkappe) se place natuiellement sur le toit, terminant une gaine d'aération. Les girouettes se rouillent et dès lors font entendre, en tournant, un grincement désagréable, ou môme ne tournent plus du tout. Wolpert a donc construit, sans changer le principe, un ventilateur immobile dont la Ahnoui.d, Hygiène. 2e édit. 37* coupe se voit dans la liguie 104. Un tuyau a termine la cheminée et supporte une caisse d’aspiration conique b, protégée par tin couvercle c. Les flèches horizontales indiquent la direction du vent; les flèches recour- es bées montrent le courant d’aspira- tion produit par le glissement du vent sur des surfaces courbes et inclinées, qui sont les mêmes de quelque côté qu’il souffle. Wiel et Gnehm recommandent ce dispositif pour les maisons particulières et surtout pour les wagons auxquels le rapide déplacement du train fait du vent, même quand il n’y en a pas dans l’air. Fig, ÎOU — Aspirateur fixe (de Wofpert). Fig, 103, — Cape à vent, On invente, du reste, tous les jours, de nouveaux « capuchons de tirage » ou « chapeaux ventilateurs » qui ne valent guère plus qu’un tube ouvert. Au besoin l’on gratifie d’un nom nouveau un appareil déjà inventé plusieurs fois. C’est ainsi que le ventilateur à hélice et à mouvement rota- tif, que l’on vend aujourd’hui pour surmonter les cheminées, et qui, par le vent, produit une réelle aspiration, s’appelle ventilateur de Chadwick en Angleterre, de Griffith à New-York, de Venant, de Serron, etc., à Paris (Ch. Joly). Nous avons une forte tendance à rattacher à cette classe le ventilateur à vis d'Archimède de J. Iloworlh, dont les Putzeys reprodui- sent le modèle. Buchan, Steven, ont donné leur nom à des aspirateurs fixes (Exhausl ventilators), qui ont le mérite d’empêcher la pluie d’entrer dans les cheminées et le vent de refouler le courant ascendant naturel qui se fait par ces canaux. Lamb a ajouté à la liste un chapeau [fixed cowl) assez compliqué et un autre appareil qu’il qualifie de Triumph venti- lator. En général, les meilleurs de ces appareils sont ceux pour lesquels il n’est pas dépensé une part du vent à les faire tourner. L’appareil représenté par la figure 105 et attribué à Hammond ajoute jusqu’à un certain point la propulsion à l’aspiration. L’air pénètre en A et sort en B avec l’air extrait de l'intérieur par aspiration et dont le vent précipite le mouvement. Pour que la pression du vent n’arrive pas à couper ou même à renverser le courant ascendant, on a soin de rapprocher de A la partie étranglée C du double entonnoir. Quelques architectes ménagent un vide entre le plafond des pièces habitées et le plancher de celles qui sont au-dessus (le mieux est que ce soit le grenier); cet espace est largement accessible au vent, tandis qu’il est accessible, d’autre part, à l’air intérieur par des ouvertures pratiquées dans le plafond. Il est aisé de com- prendre que le vent intervienne puissamment dans la ventilation, en pareil cas, en pressant d’un côté et en faisant le vide de l’autre. Les baies du Dachreiter de certaines baraques (page 533) doivent ventiler souvent par le même mécanisme. Lorsqu’il n’y a pas de vent, il semble bien que l’air extérieur doive entrer par en bas, s’il fait froid; l’air chaud, intérieur, sortant par en haut. En été, il n’y a peut-être que l’appel du vent et quelques échanges entre l’air du côté ensoleillé et de celui qui est à l’ombre. Des constatations di- rectes auraient besoin d’être faites. Ces appareils n’ont pour but que l’extraction de l’air vicié et supposent que la rentrée d’air pur se fera par les pores des murailles, les joints des portes et des fenêtres; ce qui a lieu, en effet. Mais il conviendrait de régulariser les deux phénomènes à la fois. Pettenkofer et Ch. Joly mon- trent qu’une bougie allumée s’éteint bientôt au fond d’un ilacon ouvert, et qu’elle brûle au contraire indéfiniment si l’on divise en deux le calibre du goulot par l’introduction de deux tubes d'inégale hauteur, ou même d’une simple cloison verticale, qui dé- termine par le fait un orifice d’accès et un de sortie, en d’autres termes, un courant ascendant et un descendant. On a donc imaginé de ces ventila- teurs de faîtage qui obtiennent un courant d’introduction, par propul- sion ou non, et un courant de sortie par appel. Le ventilateur Watson en est la réalisation la plus élémentaire ; ce sont deux canaux parallèles par- tant du plafond et s’élevant au-dessus du toit; l’air descend par l’un d’eux et remonte par l’autre. En supposant que cet appareil fonctionne quelque- fois, il ne saurait étendre son effet bien loin dans l’atmosphère d’une pièce; le résultat serait plus sérieux, si les deux gaines s’ouvraient dans l’air à des hauteurs inégales et que celle qui monte le moins haut descendît (le long du mur par exemple) jus- qu aux environs du plancher. Lorsque l’air extérieur sera plus froid que 1 intérieur, les choses iront d’elles-mêmes. Le ventilateur île Mac Kinnel est identique au précédent; seulement les deux canaux sont 1 un dans l’autre, au lieu d’être juxtaposés. Le tuyau intérieur dépasse 1 extérieur en haut et en bas et serf dégainé d’évacuation. Fig. 103.— Aspirateur propulseur. Dans le ventilateur si connu de Muir, le courant descendant est de pro- pulsion, le courant ascendant est d’appel. Une cage rectangulaire est divi- sée en quatre gaines par deux cloisons verticales qui se coupent à angle droit; la paroi externe de chaque gaine est composée de lames de per- sienne de telle sorte que le vent pénètre toujours par quelque côté; l’air descend dans la gaine qui reçoit le vent et remonte dans celle du côté opposé. Nous avons idée que quelqu’un de ces dispositifs ferait merveilles au faite d’une cage d’escalier, gaine d’aspiration naturelle où se rendent, en hiver particulièrement, les odeurs des cuisines et d’autres émanations, qui sont l’objet d’échanges déplorables entre les appartements et dont l’éva- cuation immédiate soulagerait infiniment les locataires de la maison. Le ventilateur de Wutke a un chapeau à huit loges, dont une au moins est ouverte au vent et dirige l’air de haut en bas, par une longue gaine, jusqu’à la cave, où il débouche dans une chambre de chauffe (en hiver) pour, de là, se répandre dans les diverses pièces par autant de conduites parti- culières. Appel par inégalité de température. — Les appareils fondés sur ce principe réunissent presque tous le chauffage à la ventilation. La pratique de tous les jours indiquait presque cette association systématique; c’est en hiver, alors que le chauffage est forcé, que la ventilation devient aussi le plus nécessaire : et les pro- cédés de chauffage réalisent si fatalement l’inégalité de température entre les atmosphères communiquantes qu’ils font aussi de la ventilation, sans qu’on les ait institués pour cela. Aussi s’est-on appliqué à obtenir les deux choses à l’aide d’un fonctionnement solidaire et s’est-on habitué peu à peu à ne chercher que dans celte voie la solution d’une question qui est certainement double. Les médecins essayent aujourd’hui de faire revenir de cette habitude fâcheuse les physiciens et les architectes. Nous reprendrons plus loin les principes qui pa- raissent devoir l’emporter. Mais l’article qui va suivre empiétera nécessairement sur celui du chauffage, encore que nous ayons l’intention de ne considérer, pour le moment, que comme ventilateurs, des appareils qui sont en réalité à deux fins. Ventilation par les cheminées ordinaires. — Les appartements tant soit peu confortables possèdent, sur une des faces de la pièce, une cheminée plus ou moins bien faite, dans laquelle on entretient, pendant la saison froide, un foyer allumé de bois ou de charbon. Nul doute qu’il ne s’accom- plisse par l’orifice et le tuyau de fumée de cet appareil un certain tirage, qui y précipite une masse d’air dont une partie sert à la combustion dans le foyer et dont l’autre, s’échappant avec la fumée, provoque un appel sur l’air extérieur par tous les points par lesquels il peut pénétrer. Il en vient par les joints des portes et des fenêtres (nous avons vu que 1 kilo- gramme de bois, en brûlant dans une cheminée, évacue et appelle envi- ron 100 mètres cubes à l’heure). Mais on les obture du mieux possible, en général, et comme il n’y a pas de ventouse traversant la muraille, il faut croire que l’appel de la cheminée met assez efficacement en jeu la porosité des parois. L’air fourni vient de quelque part et toutes les chemi- nées ne fument pas. Ce n’est pas un système de ventilation parfait; ce n’est môme pas un système. Cependant, il faut se garder de le croire peu important. Il se passe même ce fait curieux, que la ventilation est encore réelle quand on ne fait pas de feu, pourvu que la température soit différente du dedans au dehors. Le général Morin a obtenu une évacuation d’envi- ron 400 mètres cubes à l’heure par la cheminée de son cabinet, la tem- pérature intérieure l’emportant sur l’extérieure d’environ 12°. Il est vrai que, si la différence est en sens inverse, c’est la cheminée qui devient gaine d’introduction. Une bonne cheminée anglaise (Fodor) évacue par le tuyau de fumée, par heure et selon les étages, les quantités d’air ci-dessous : Hauteur à Mètres cubes du tuyau. à l'heure. Rez-de-chaussée 15 mètres. 750 Premier étage J 3 — 6G3 Deuxième étage 9 — 575 Troisième étage 6 — 432 Quand on a ce mode de ventilation pour l’hiver, les fenêtres font la beso- gne de l’été. Les hôpitaux anglais et américains, paraît-il (Ch. Sarazin), ont conservé ce vieux système, qui est du reste institué d’abord en vue du chauffage. Les petites salles (de six lits) de l’hôpital de La Charité, de Lille, ne sont ventilées que par de semblables cheminées au charbon de terre, éminemment agréables aux malades, n’était que les bonnes sœurs leur défendent de s’en approcher. On reproche aux cheminées précisément l’énergie de leur tirage qui, dit-on, provoque des courants d’air sensibles par les joints des portes et des fenêtres. Que si l’on diminue par des registres ou autrement la vio- lence du courant ascendant, on retombe dans l’horrible inconvénient des cheminées qui fument. Cheminées ventilatrices. — Le moyen de faire de la cheminée un véri- table appareil de ventilation, c’est de lui fournir un apport d’air équiva- lent à son débit d’évacuation. Il est difficile, par les temps froids, d’ouvrir en plein appartement des ventouses assez larges pour assurer cet équili- bre sans refroidir l’intérieur de la pièce. On s’est donc arrangé, il y a long- temps déjà, de façon à faire passer l’air d’entrée autour ou au-dessus du foyer, où il s’échauffe avant de se répandre dans la pièce. L’abondance de l’air introduit et ce chauffage préalable suppriment évidemment les aigres filets que la cheminée pourrait appeler par les jointages. Cette idée, réalisée plus ou moins parfaitement par Gauger (1714), par Bel- mas (1832), par Descroizilles, Péclet, a ôté reprise par le capitaine anglais Douglas-Galton, à qui l'on en fait l’honneur sans plus ample informé (Ch. Joly). La cheminée qui porte son nom (fig. 10G) possède à la fois le foyer à feu nu et la colonne d air extérieur, de renouvellement, appelée par le tirage. Le foyer est alimenté exclusivement par l’air de la pièce; l’air de ventilation arrive du dehors par un canal horizontal, sans communiquer avec le foyer, dans une gaine enveloppante où il s’échauffe, s’élève, et d’où il s’échappe ù une certaine hauteur par des ouvertures obliques qui le dirigent vers le plafond, comme c’est la règle. On ne sauiait nier que le meme air qui assure la ventilation ne serve aussi, dans ce système, au chauffage. Le but a môme été de récupérer ainsi nue part des 95 p. 100 de chaleur, perdus par les cheminées ordi- Fig. I0G. — Cheminée Douglas-Galton. — Coupes verticales montrant le foyer, le tuyau de fumée et la game enveloppante qui s’ouvre au niveau du foyer. naires. Cependant, il semble que l’air introduit passe assez vite pour ne pas être surchauffé. Il est possible d’appliquer de bien des manières les cheminées à la ven- tilation, même en dehors de tout chauffage. Au témoignage de Wiel et Gnehm, les nouveaux hôpitaux, en Amérique, et quelques maisons de cam- pagne de la banlieue de Zurich possèdent à la fois la cheminée et un sys- tème général de chauffage; dans les saisons intermédiaires, automne et printemps, on ne se sert que de la cheminée; en été, elle continue à fonc- tionner. pour la ventilation, à l’aide d’un petit foyer d’appel (Lockfeuer) que l’on entretient dans le tuyau de fumée. C’est, en effet, une pratique facile et salutaire que d’entretenir en tout temps dans le tuyau de la cheminée, s’il y en a une, ou dans une gaine faite exprès, ce foyer d’appel qui sera un bec de gaz, ou une couronne de becs selon les besoins. Coulier a réalisé dans une salle de cours du Val-de-Grâce (Morache) cette installation, conseillée antérieurement par le général Morin, et a reconnu que la combustion d’un mètre cube de gaz (du prix de 30 centimes, à Paris) peut introduire par heure au moins 2,500 mètres cubes d’air dans un local. Houzé de l’Aulnoit a fait élever à chaque extré- mité des salles de l’hôpital Saint-Sauveur, de Lille (très défectueux), une gaine qui ne sert que do tuyau d’appel et d’évacuation ; il y brûle constamment un bec de gaz derrière un verre dépoli, de façon à servir simultanément à la ventilation et l’éclairage nocturne. C’est au moins là une ressource dans les vieilles bâtisses, élevées par la foi et la charité des comtesses des croisades, mais en dépit de l’hj'giêne et quelquefois du sens commun (la dévotion moderne s’efforce de ne pas en perdre la tradition). Une autre manière d’utiliser les cheminées, c’est d’y faire déboucher, ou d'y adosser des gaines d’évacuation dont l’orifice inférieur est au ras du plancher ou mieux sous le plafond d’une salle et qui s’élèvent obliquement dans la muraille jusqu’à la rencontre du tuyau de fumée. Dans le cas d’embouchure de ces gaines avec le tuyau de la cheminée, l’air évacué partage rapidement la température des gaz qui viennent du foyer, et la ventilation est sûre et régulière pourvu qu’il y ait toujours du feu allumé sous la cheminée. Dans le cas d’adossement simple, l’air de la gaine s’échauffe assez par voisinage pour conserver le mouvement ascendant, pendant que la cheminée fonctionne ; si le feu vient à y être interrompu, l’appel dans la gaine s’affaiblit, devient nul et peut même être remplacé par un courant de sens contraire; mais, au moins, il ne ramènera pas dans l’appartement l’air odorant de la cheminée même, puisqu’il n’y a pas de communication directe. Théorie du tirage des cheminées. — La cheminée est un tube dans lequel une colonne d’air est en antagonisme avec une colonne extérieure de même base (la section de la cheminée); l’équilibre est d’autant plus sûrement rompu que réchauffement de l’air dans la cheminée est plus accentué; de même, plus la cheminée est haute, plus la différence de pression est con- sidérable, en faveur de la colonne d’air libre. C’est pour cela que les hautes cheminées d usine ont un puissant tirage; leur élévation monumentale ne sert pas seulement à porter la fumée fort au-dessus des maisons environ- nantes, c est encore jusqu à présent le plus sûr moyen de rendre la com- bustion aussi complète que possible dans les foyers industriels et d’obtenir des cheminées « furnivores » . La colonne tl air contenue clans la cheminée est-elle amenée au double de son volume pat 1 échauflement, cet air n’est plus que moitié aussi lourd que l’air exté- rieur, il ne peut plus faire équilibré qu’à une colonne d’air extérieur de hauteur deux fois moindre. C est pour cela qu’il monte, non par une force à lui propre en qualité d’air chaud, mais parce qu’il est réellement poussé. On peut calculer la vitesse avec laquelle l’air, spécifiquement plus léger de la cheminée, esl soulevé par l’excès de pression de l’air extérieur. Soit v cette vitesse : H est la hauteur en mètres de la cheminée ; la vitesse acquise, soit 9m,81 ; t, la température de l’air extérieur; T, la température (plus élevée) dans le tuyau de la cheminée. D’où il suit que, pour une même température extérieure, le tirage de la che- minée augmentera du double, ou bien en donnant au tuyau une hauteur quatre fois plus considérable, ou bien en y entretenant une température quatre fois plus élevée. Quand on voit un fort tirage se produire avec une cheminée de faible élévation, c’est que l’action raréfiante du vent dominant à l’époque supplée au défaut de hauteur. D’autres fois, c’est que des canaux recourbés, entre le foyer et la che- minée d’appel, faisant le même office que le siphon sur l’écoulement des liquides, favorisent la ventilation. L’expérience a démontré qu’avec une différence de 20 à 25 degrés entre la tempé- rature intérieure d’une cheminée et la température extérieure, il se fait à l’orifice supérieur de la cheminée un écoulement d’une vitesse de 2 mètres par seconde. Parlant de celte donnée, Bouillard calcule la vitesse d’écoulement par une che- minée quelconque, la section des orifices d’évacuation dans les salles, celle des conduits collecteurs et celle de la cheminée. « La vitesse d’écoulement, ou le volume d’air ou de fumée évacué en une se- conde par une cheminée d’appel ou d’évacuation est proportionnelle, d’abord à la racine carrée de l’excès de la température du gaz dans la cheminée sur la tempé- rature de l’air extérieur, ensuite à la racine carrée de la hauteur de la cheminée, et enfin à l’aire de la section du conduit de cette cheminée. « Celte loi peut s’exprimer par les deux formules suivantes : dans lesquelles V = la vitesse moyenne de l’air dans le conduit, K est un coefficient numérique constant pour chaque conduit et dépendant de ses proportions; T est la température moyenne du conduit ou de la cheminée; T', la température de l’air extérieur; H, la hauteur de la cheminée; Q, le volume d’air écoulé en une seconde; Et A, l’aire de la section de la cheminée ou du conduit; « Il s’ensuit : « Qu’on active le tirage d'une cheminée en augmentant sa hauteur; qu’on augmente le volume d’air écoulé en une seconde, en donnant à la section transver- sale une plus grande superficie; et enfin que, toutes choses égales d’ailleurs, le volume d’air évacué sera toujours le même lorsque la température de l’air intérieur excédera celle de l’air extérieur d’un même nombre de degrés. » La vitesse de l’air devant être de 0m,80 par seconde aux premiers orifices d’appel (dans la salle), de lu,,20 dans les premiers conduits collecteurs et de 2 mètres à l’orifice supérieur de la cheminée d’évacuation, il en résulte que : 1° Pour des salles de seize lits, à chacun desquels on alloue 80 mètres cubes par heure (soit, pour l’ensemble, 1,280 mètres cubes à l’heure, ou 0mo,355 par seconde) n = mètres par seconde. V = V(T —T’)xH et Q = KA V(T — TjxH :î83 0«no 355 la section totale des orifices intérieurs d’appel devra être égale à (j — 0majr intérieur a été renouvelé d’autant; il se opercule. 1 , . peut qu’il y ait, le long des murs, des courants qui ne servent guère à la masse dans laquelle les habitants respirent. Mais, un défaut capital, c’est que ces ventilateurs de maisons particulières doivent être fermés pendant la nuit, puisqu à ce moment on ne fait pas de feu dans les cheminées; c’est-à-dire qu’ils suspendent leur service juste au moment où l’on en a le plus de besoin. 11 en est, d’ailleurs, de même des ventouses ménagées dans les chambres de casernes, les unes au plafond pour l’entrée de l’air neuf, les autres au ras du plancher, formant l’orifice d’une gaine d’évacuation qui va rejoindre la cheminée des cuisines. En hiver, pendant la nuit, le leu des cuisines étant éteint, l'air de la cheminée devient plus froid que celui de la chambre que la présence des hommes échauffe, et le courant se met à 1 inverse du sens voulu. Si les orifices d’évacuation sont, au contraire, vers le plafond et les prises d’air au ras du plancher, les soldats obturent do leur mieux ces ventouses, qui leur amènent tout d’abord du froid. Eu été, tout oiiiice est bon, pourvu qu’on l’ouvre. Poêles et calorifères ventilateurs. — Ces appareils, qui ont précédé les machines il extraction ou à propulsion, peuvent se diviser en trois classes . les poêles qui agissent uniquement sur l’air intérieur ; — ceux qui appellent l’air extérieur et le chauffent dans la pièce même, calorifères d'appar- lement: — les grands calorifères, ou chauffage central, qui en\ oient dans les locaux de l’air chauffé il distance. Le plus simple poêle de corps de garde est un ventilateur, puisqu il use Fig.'109 et 110. — Modèle de cheminée adopté par la ville de Paris et construit par MM. Geneste et Herscher frères. une portion de l’air intérieur pour s’alimenter et qu’il en entraîne, dans son tuyau de fumée, une autre portion par l’appel de son foyer. Mais, môme avec des orifices d’accès convenablement disposés, ce qui est rare dans ces circonstances, le poêlé à enveloppe simple est un ventilateur de peu de puissance, sans compter d’autres inconvénients positifs, dont il sera parlé (Voy. Chauffage). Un poêle de ce type et d’une taille moyenne n’évacue que 60 mètres cubes il l’heure, par une différence de 12 degrés entre la tempé- rature intérieure et l’extérieure; à peine ce qui est nécessaire à deux personnes saines. Enfin, l’air introduit, d’ordinaire par les pores et joints naturels, est froid et enveloppe les pieds des individus présents. Il est clair que les poêles à double enveloppe, encore qu’ils remédient il quelques-uns des défauts du précédent, ne ventilent pas beaucoup plus par cela seul qu’ils ont une enveloppe double, si l’on se borne à faire pas- ser l’air de la chambre dans l’espace annulaire vide, ménagé entre les deux manchons, pour lo déverser par en haut par des bouches de chaleur. Mais il en est tout autrement si l’on fait arriver dans cet espace de l’air pris à l’extérieur, à l’aide d’une gaine convenablement disposée et calibrée. C’est ce que l’on a réalisé do diverses manières. 11 a suffi de reprendre l’idée de Gauger, Belmas, Péclet, Douglas-Galton, et d’appliquer aux poêles ce que l’on avait fait pour les cheminées. Michel Lévy a décrit des « calorifères » établis sur ce type dans les pavillons alors récents du Val-de-Gràce, et qui étaient loués par Guérard. « Les prises d’air exté- rieur ont lieu par des ouvertures de 20 centimètres carrés de section. Cet air, après avoir passé par des conduits qui enveloppent le foyer, se déverse dans la salle par Fig. lit. — Poêle ventilateur. Poêle ventilateur des bouches de chaleur, s’élève vers le plafond en vertu de sa moindre densité et refoule par son élasticité les couches d’air dont il prend la place et que l’appel du foyer sollicite à descendre; la rapidité du renouvellement de l'air est réglée par celle de la combustion. » C’est-à-dire que l’orifice d’évacuation n’est autre que le poêle lui-même. Tous ces poêles-ventilateurs possèdent, autour du foyer, du poêle et quelque- fois du tuyau de fumée, ce qui est une bonne condition, un espace annulaire ou « chambre de chauffe », limité extérieurement par un manchon (Mantelofen) de structure variable; à la partie inférieure de la chambre de chauffe débouchent les canaux de prise d’air extérieur; à sa partie supérieure, sont des bouches par les- sentent le poêle Geneste, construit sur ce principe, qui est adopté dans certaines écoles municipales de Paris. « Ces calorifères chauffent moins par rayonnement qu’en versant dans la classe de l’air pur pris à l’extérieur et dont ils ont élevé la température. L’appareil de fonte où le coke est brûlé est placé au centre et à la base du calorifère; il est en- veloppé d’abord d’une large colonne d’air en mouvement, qui met à l’abri du rayonnement, puis d’un manchon de tôle à doubles parois, entre lesquelles est une épaisse couche de sable » (Riant). On ne saurait mieux préciser une erreur. Il est facile défaire bénéficier de ce mode de ventilation, sans grands frais, môme les vieux bâtiments. Le Dr Bôhm a installé des poêles d’un type analogue à l’hô- pital général de Vienne, en multipliant les prises d’air du dehors. On peut, d’ailleurs, à l’aide de registres, régler soit l’activité du foyer, soit l’accès de l’air extérieur. Selon les ressources particulières, la dimension des pièces, le mode de construc- tion, l’on varie ces dispositifs assez aisément. Les figures 111 et 112, empruntées à Péclet-Hudelo, indiquent deux des modes qu’on peut adopter. Dans la figure 111,1a gaine A introduit l’air du dehors, DD est purement évacualrice; dans la figure 112, la gaine B amène l’air extérieur; l’air vicié s’échappe par CD, qui est plutôt une cheminée d’appel. Les pavillons (système Tollet) de l’hôpital militaire de Bourges sont chauffés et ventilés par des calorifères locaux entourés d’une enveloppe en tôle, divisée en deux parties par une cloison également en tôle. L’une est la chambre de chauffe; l’air extérieur vient s’y chauffer avant d’être versé dans la salle. L’autre est une chambre de ventilation par appel; elle est surmontée d’une gaine d’évacuation allant jusque par-dessus le toit et reçoit d’autre part un canal qui est le collecteur de l’air vicié recueilli au niveau du sol par des conduits nombreux et courts. Il a semblé, dans l’hiver de 1879-1880, que ce système chauffait mal, parce que l’air passe trop vite sur le calorifère; mais qu’en revanche, il ventilait peu efficacement, parce que l’air pur, à peine sorti de la bouche de chaleur, se précipite directement dans les orifices d’éva- cuation. (Communication épislolaire du DrDauvé, médecin en chef de l’établissement.) En été, on produit la ventilation à l’aide d’une rampe de becs de gaz, placée dans la chambre de ventilation de chaque calorifère. Un certain nombre des hôpitaux de Berlin et spécialement l’hôpital militaire du Tempelhof sont ventilés au moyen d’un poêle à enveloppe de la fabrication de Gro- pius etSchmieden,que l’on nous a assuré, surplace, être aussi efficace que simple. Il est, d’ailleurs, disgracieux par sa masse. Deux poêles de fer à double enveloppe, cylindriques, sont placés au milieu de la salle, à une faible distance l’un de l’autre, sur une ligne perpendiculaire à la longueur du pavillon. Celui de gauche est un poêle de circulation; 1 air de la salle entre dans l’espace annulaire qui sépare.les deux enveloppes par des orifices ménagés dans le socle et sort chaud, par en haut, à travers une couronne de bouches de chaleur. L’autre est le poêle de ventilation; il reçoit dans sa double enveloppe 1 air extérieur, qui lui est amené par un canal sous le plancher, et le verse chaud dans la salle par sa couronne de bouches de chaleur, comme le précédent. Entre les deux, une vaste gaine en tôle s’élève du plancher jusqu au-dessus du toit ; elle est traversée par les tuyaux de fumée des deux poêles, qui se réunissent en un seul, au centre de cette gaine; le tuyau de fumée la dépasse un peu par en haut. Le pied de cet énorme manchon est percé d’une couronne de trous allongés par lesquels l’air vicié est supposé être attiré pour s’élever dans la gaine, qui est, par suite, d’évacuation (voy. fig. 113). Il est probable que ce procédé mérite les mêmes reproches que la ventilation de 1 hôpital de Bourges. Nous ne savons si l'air évacué par les orifices de la gaine forme un volume proportionné au cube de la salle, ni s’il ne se fait pas là de cou- ranls. Dans tous les cas, nuus ne sommes pas persuadé que cetle évacuation par en bas serve à purifier entièrement l’air du local; l’air chaud, léger quoique vicié, peut bien rester en une couche assez épaisse dans la partie supérieure de l’espace. Pour mémoire, ajoutons que la circulation d’air Vicié par l’un des poêles ne nous parait pas conforme à la propreté intérieure. En outre, il ne semble pas qu’on ait prévu la ventilation pour le moment où le chauffage cesse, c’est-à-dire la ventilation d’été. Ee docteur W. Roth adécriL (1878) un système de ventilation et chauffage, ins- tallé par 1 ingénieur Kelling dans l’une des nouvelles casernes de Dresde. En hiver, l’air pur, chauffé par un calorifère en sous-sol, arrive dans les chambres un peu au-dessus de la demi-hauteur du mur; l’air vicié, qui est naturellement au pla- Fig. 113. — Poêle ventilateur de Gropius et Schmieden. fond, doit néanmoins s’en aller par une ouverture au pied du mur opposé, répon- dant à une gaine d’évacucalion oùrien ne fait appel. En été, l’air d’entrée pénètre par en bas et s’échappe par la partie supérieure des fenêtres. Tl nous a paru inutile de figurer cet appareil médiocre. Mais Kelling a fait mieux pour les hôpitaux de garnison, ainsi qu’on en peut juger par les figures 114 et llo, qui n’ont pas besoin d’explication. Nous signalons seulement le foyer et le tuyau de chaleur destinés à faire appel dans la gaine d’aspiration (à gauche des figures) et qui assure bien la ventilation d’été. Ea «maison d’accouchement» de Saint-Pétersbourg reçoit un air échauffé par neuf calorifères situés au rez-de-chaussée et où l’on brûle du bois de pin. Celte installation a été établie sous la direction du baron de Derschau, qui depuis s est cependant prononcé (au Trocadéro, 1878) contre l’introduction d air chauffé au préalable, l’ne bonne précaution, c’a été do construire ces appareils en briques réfractaires. En France, un assez bon nombre de maisons particulières de quelque importance sont encore chauffées et ventilées par des calorifères à charbon, placés dans le sous-sol. L’air vicié s’en va comme il peut, ou ne s’en va Air froid extérieur. Air vicié. Air chaud. pas du tout; on n’y a pas songé. Je crois qu’il y a surtout un mélange des bouffées d air chaud, que le calorifère envoie d’en has, avec les portions antérieures du même air, qui se sont refroidies en redescendant le long des murs et des fenêtres. Le renouvellement est laissé au hasard et se fait tant bien que mal par les joints des fenêtres et des portes et à travers les mu- railles. A l’hôpital de la Charité de Lille, il y a au moins une haute che- minée dans laquelle se rendent les gaines d’évacuation, dont l’orilicc est au pied des murs des salles; cet énergique appel permet de supposer que (*) Le foyer V est en activité. La soupape c est ouverte, ainsi que K et a, b est fermée. '") Le calorifère est allume. Les soupapes K, «, b, sont ouvertes ; c est fermée. l’air chaud, débouchant sous plafond, se diffuse et descend dans la salle avant que elétio îefioidi. Dans tous les cas, en été, lorsque le calorifère est éteint, la cheminée d appel remplit un excellent office,... quand elle fonctionne. Comme on le voit, tous ces systèmes sont à double fin et prétendent obLenii le chauffage par la ventilation et la ventilation parle chauffage. 11 y a là d’autres dangers encore que celui de voir l’un des deux buts incomplètement atteint. Mais c’est une question de principe sur la- quelle il sera nécessaire de revenir et dont on trouvera la discussion plus loin. Ce que nous pouvons dire ici, c’est que les plus tolé- rables de ces appareils sont ceux dans les- quels l’air est le moins actionné par le foyer de chaleur et où il passe assez vite pour n’ètre que très modérément chauffé ou plu- tôt pour cesser d'être froid. Le dispositif que la maison Kâuffer (Berlin et Mayence) intitule Paragon, et que nous avons vu fonctionner à l’Exposition d’hygiène de Berlin, en 1883, nous paraît satisfaire par- ticulièrement à cette condition. On peut môme y supprimer tout chauffage de l’air et n’employer la chaleur que pour l’extraction par appel de l’air vicié. L’air frais pénètre par une gaine en tôle dans la caisse V, d’où il s’élève, par un système de tuyaux dans le canal collecteur Z. Une partie de cet air se rend dans le tambour T, d’où il rejoint l’autre portion, après avoir été chauffé par un bec de gaz ou une lampe à pétrole. En été, comme il est inutile d’échauffer l’air, on ferme, au moyen de la valve K, l'accès du tambour et tout l'air se rend dans l’espace Z, d’où il se répand dans la pièce. L’air vicié est repris au ras du sol, grâce à l’appel par la chaleur, traverse les canaux R, et, par le tube intérieur A, se rend dans une gaine au-dessus du toit (Voy. flg. 113 bis). Fig. 115 bis. — Paragon de Kiiuffer. d’évacuation qui débouche Le paragon s’applique aisément aux maisons particulières; mais l’on conçoit qu’en le plaçant dans le plafond au-dessus d’un lustre, il fonctionnera avantageu- sement dans une salle de réunion, dans un théâtre. Appel thermique et chauffage à l'eau ou à la vapeur. — Nous comprenons sous ce titre les grands appareils qui, tout en acceptant le fâcheux principe de la connexité du chauffage et de la ventilation, évitent cependant le ca- lorifère, vrai ou atténué. On les exécutait naguère dans les hôpitaux- monuments du milieu du siècle et dans les palais législatifs. L’appel par la chaleur se fait directement sur l’air do la salle, que 1 air extérieur vient naturellement remplacer. 11 y a la double raréfaction de ’Wolpert ; la raréfaction relative par la chaleur et la dilatation de. l’air dans les chambres et cheminées d’appel, et la raréfaction absolue dans la salle, par soustraction d’une certaine quantité d’air. Si cette dernière n’est pas simplement virtuelle, elle est au moins insignifiante, comme le reconnaît Bertin-Sans. Dans la construction, on distingue l’appel en contre-haut et l’appel en contre-bas. Le premier mode, qui n’est pas le premier en date, se trouve réalisé dans la ventilation des pavillons de gauche de l’hôpital Lariboisière. « Des chambres à air, chauffées par des poêles d’eau chaude, sont disposées dans les combles de chaque pavillon, sous une cheminée d’appel; elles com- muniquent par des conduits verticaux ménagés dans les murs et par des bouches d’appel avec les salles de malades. L’air frais pénètre dans les salles par des conduits horizontaux qui s’ouvrent au dehors au niveau du plancher; il s’échauffe, en hiver, au contact d’un système de tuyaux et de poêles d’eau chaude, et sort par les bouches d’appel pour se rendre dans la chambre h air et de là dans la cheminée qui le disperse dans les couches supérieures de l’atmosphère. » (Ch. Sarazin.) Léon Duvoir et Leblanc ont attaché leur nom à ce double système de ventilation et de chauffage qui, dans le temps, passionnait Boudin et se trouve, paraît-il, être un des plus coûteux et l’un des moins efficaces (Grassi). La figure 116 représente la partie qui a trait à la ventilation. Quand on lit avec soin les appréciations, généralement sévères, qui ont été formulées à l’endroit du système Duvoir-Leblanc, il semble que le tort le plus sérieux de ces ingénieurs ait été de vouloir absolument faire servir le chauffage à la ventilation, ce qui, personne n’en doute, enlève à celle-ci beaucoup de l’uniformilé qu’elle devrait avoir et diminue la puissance de l’appel, puisque la température de l’eau ne dépasse guère 100°. Mais il y a là un agent sérieux de ventilation; c’est la chambre d’appel; à tel point que, quand on a trouvé que le système fonctionnait bien, on a soupçonné que quelque tuyau secret, réservé pour les occasions d’épreuve, échauffait mystérieusement, au degré voulu pour un appel énergique, la chambre à air des combles. A notre avis, ce serait une note favorable, sinon poul- ie constructeur, au moins pour le système. Nous pensons qu’il faut cher- cher à extraire plutôt que diluer l’air intérieur; donc l’appel nous paraîtra toujours bon, à la seule condition qu’il ait lieu indépendamment des variations thermométriques du dedans ou du dehors. Le second mode, qui porte aussi le nom de système Grouvelle (fig. Il”), a été appliqué à 1 un des pavillons de 1 hôpital militaire de Vincennes jus- qu en 1875. Ch. Sarazin le décrit de la laçon suivante : « Le foyer de deux chaudièies a vapeur destinées au chauffage des salles, des bains, de la buanderie, etc., aboutit à un tuyau de tôle vernissée qui monte par une cheminée d appel a environ 27 mètres du sol. De celte cheminée partent des conduits qui se ramifient dans les murs du bâtiment et qui s’ouvrent Arnould, Hygiène. 2e édit. ;irç dans les salles par deux séries de bouches d’appel, à 0tn,28 et à 2m,50 du parquet, au milieu de chaque trumeau. L’air vient des caves dans des conduits placés dans les murailles et sous le plancher; en hiver, il est Fig. 11 G. —Appareil de ventilation par Fig. 117. —Système de ventilation par appel en contre-haut. appel en contre-bas. (D'après A. Morin, Manuel pratique du chauffage et de la ventilation, pl. II.) échauffé par les tuyaux de vapeur et les poêles à eau chaude des salles. Grâce à son excès de température, il monte vers le plafond, descend en se refroidissant, sort parles bouches d’appel et suit les conduits verticaux qui se réunissent et forment un égout collecteur qu’il traverse pour monter dans la cheminée d’appel, chauffée par le tuyau de fumée des chaudières. » Ce système fonctionne bien en hiver et fournit 70 mètres cubes à l'heure par malade; en été, la chaudière de chauffage étant éteinte, le tuyau de fumée ne développe plus assez de chaleur pour déterminer un appel suffi- sant. On y supplée en partie en allumant un foyer ouvert au point de jonction de l’égout aspirateur et de la cheminée. La raison qui a fait renoncer au mécanisme Grouvelle, c'est que le système de poêles à eau chauffée par la vapeur no valait rien et était dangereux. La maison Geneste et Herscher l’a remplacé par une circulation de vapeur mieux entendue, mais en conservant les gaines et collecteurs d’appel en contre-bas. Seulement on a établi une petite machine de pulsion pour les pavillons extrêmes de l’aile gau- che, et l’on a substitué, à la prise d’air des caves, des prises d’air dans le jardin. Ce sont là des perfectionnements avantageux; mais le tuyau do fumée des deux générateurs ne peut toujours pas faire appel quand on y fait peu ou pas de feu, c’est-à-dire quand le chauffage chôme. Voilà des mécanismes bien compliqués et bien coûteux, pour être passibles de tant de justes critiques. Même en les supposant bien entendus, ils sont voués à un fonctionnement inégal, en tant que ventilateurs, sans parler du chômage accidentel par dégradations spontanées, par ignorance ou incurie des employés, etc. On ne s’est pas nettement aperçu, du reste, que leur installation ait décidément abaissé la mortalité des hôpitaux, et, pour ce qui regarde l’hôpital de Vincennes, il esL à croire que son emplacement joue un plus grand rôle dans sa salubrité que ses ap- pareils ventilateurs. Dans les habitations collectives, lorsqu’il n’y a pas une situation urgente, comme elle peut l’être dans les théâtres, les ateliers, on recourt également, aujourd’hui, à la ventilation par appel thermique, mais en séparant le chauffage de la ventilation. C’est ainsi que Geneste-Herscher ventilent par appel les écoles de la ville de Paris, en utilisant la chaleur perdue par les tuyaux de fumée; la maison de santé de Charenton, l’hôpital de Saint- Germain, l’hospice de Château-Thierry, au moyen de foyers d’appel spé- ciaux; le lycée Michelet, à Vanves, avec un appareil d’appel à vapeur; le Conseil d’État, avec un appareil à gaz. Ventilation par appel mécanique. — Il est des circonstances dans les- quelles l’indication d’extraire l’air vicié est bien plus urgente que celle de diluer par l’arrivée d’air neuf les impuretés qu’il contient ; ou bien encore l’appel que l’on obtient par l’inégalité de température est non seulement insuffisant, mais dangereux. Les deux pas se présentent dans l’industrie. Tantôt ce sont des poussières qu’il faut aspirer par un courant énergique, tout près de l’endroit où elles se forment; tantôt ce sont des gaz qui sont dangereux, môme étendus, et qu’il est urgent d’extraire comme irrespira- bles, mais surtout comme inflammables et explosibles (grisou). Dans ce dernier cas, 1 appel par un foyer réalise quelquefois l’explosion que l’on voulait éviter. C est pour cela que dans les filatures, dans les ateliers où l’on travaille les meules, dans ceux où 1 on alfile les aiguilles, les armes blanches, on a installe des aspirateurs mécaniques, dont la partie essentielle se rapproche toujours des quatre ailes perpendiculaires sur un axe, du tarare vulgaire ; pour cela, surtout, que Ion a substitué, dans la ventilation des puits de mines, aux cheminées d appel par des foyers, dont le fonctionnement n’est ni assez énergique ni assez invariable, de puissants ventilateurs à aubes, mus par une machine à vapeur, d’un effet irrésistible et constant, en môme temps qu étranger à toute éventualité d’accidents formidables. Nous avons vu une machine de ce genre, à Anzin, et en avons reconnu les heu- reux résultats dans les galeries du fond. Le plus usité actuellement de ces appareils est le ventilateur centrifuge Guihal (Péclet-Hudelo). Quand il est besoin d’une dépression encore plus grande, on a recours aux appareils pneumatiques de Fabry et de Lemielle (J. Bez). Jusqu’à présent, rien de pareil n’a été essayé dans les habitations même collec- tives : üegen conseille l’aspiration mécanique à la vapeur dans tous les établisse- ments qui abritent au delà de cent individus. Cependant on ne la trouve que dans certains ateliers spéciaux ; encore a-l-on en vue l'extraction de corps étrangers véritables plutôt que le renouvellement de l'air respiré. Il semblerait donc que nous nous fussions écarté de notre sujet. Mais la réflexion suivante nous y ramène. Les machines à propulsion d’air sont, comme on le verra, passibles de diverses critiques au point de vue de la ventilation seule; mais, dans tous les cas, un fait semble incontestable: c’est quelles sont à la fois aspirantes et foulantes et, par conséquent, fournissent un double travail dont le refoulement est la partie la plus pénible. Ne pourrait-on pas, de ce seul fait, réaliser une économie en consacrant tout l’etfort de la machine à l’aspiration? Pour cela, il suffirait de renverser l’effet que l’on s’obstine à produire et le courant de l’air; on aspirerait mécanique- ment l’air des salles d’hôpital; une fois dans le tambour d’aspiration, la propul- sion le rejetterait au dehors. Mais alors, il n’a plus besoin d’être poussé à l’exté- rieur, il y va de lui-même par diffusion; quant à l’air frais, il se précipite par tous les pores qu’on lui ménage pour venir compléter l’atmosphère dans laquelle on a opéré la raréfaction absolue. Dans les mines, il rentre par les puits d’extraction, dont le puits de ventilation est tout à fait distinct. Des ventilateurs de ce genre pourraient aisément être adaptés à des ateliers, à poussières ou non, mais très peuplés. Là, il y a un arbre de mouvement, animé par une machine à vapeur, et il semble facile de prélever un peu de cette force pour mouvoir, dans le local approprié, un mécanisme d’aspiration. C'est à peine s’il serait utile de dissimuler les gaines d’évacuation en rapport avec le tambour du ventilateur. B. Ventilation par propulsion. — Les appareils d’injection d’air parais- sent être les plus anciens dans l’histoire de la ventilation, et il semble éton- nant que notre siècle savant ait cru réaliser un progrès en reprenant ces procédés, «primitifs» à plusieurs égards. Dans l’ouvrage de George Agri- cola, publié à Bâle en 1657 (Ch. Joly), on trouve décrit un vaste soufflet, adapté à l’entrée d’une galerie de mine et que l’on manœuvrait par un levier. Jusqu’en 1820, la Chambre des communes, à Londres, fut ventilée par le tarare deDésaguliers, qui opérait, selon la volonté du président, l’aspi- ration ou la pulsion. Ch. Joly propose encore le moyen assez singulier de ventiler les salons, pendant que le beau monde des deux sexes y danse, à l’aide de la machine représentée fig. 118, dont la manivelle est conliée a un manœuvre ; l’injection d’air a lieu par le gros tube qu’on aperçoit au bas de la figure et qui est mis en communication avec un réseau de gaines d’arrivée dissimulées dans les corniches. La plupart des ventilateurs à propulsion consistent essentiellement en un axe horizontal portant des ailes perpendiculaires et dont le plan est parallèle à la direction de l’axe; cet appareil est installé dans un tube a générale. air et mis en mouvement par la vapeur, par des chevaux, par 1 eau, p.u des hommes. 11 pousse Pair derrière lui de la même façon que les roues d’un bateau à aubes projettent l’eau en arrière d’elles. Les ailes peuvent avoir la disposition inclinée en hélice; on emploie même des hélices vé- ritables fort analogues h celles des navires à vapeur qui, à vrai dire, n’uti- lisent qu’une faible fraction de la force produite. La figure 119 fait comprendre le type général de ces mécanismes. A l’époque où l’on croyait que la ventilation artificielle est la seule solution du problème, la grande Fig. 118. — Ventilateur des salons. Fig. 119. — Ventilateur à propulsion. question que l’on agitait était de savoir si la propulsion est supérieure à l’appel. La ventilation actuelle de l’hôpital Lariboisière, où l’appel fonc- tionne à gauche et la propulsion à droite, est comme un souvenir monu- mental des vives discussions auxquelles on se livrait alors et de l’embarras dans lequel les hygiénistes eux-mêmes plaçaient les architectes. Ceux-ci ont reconnu depuis qu’il n’ont fait « pas grand’chose de bon » (Ém. Tré- lat). Et pourtant les machines font entrer, c’est certain, les 100 mètres cubes que les médecins demandaient. L’appareil à propulsion de Lariboisière a été construit par Farcot, suivant le système fusionné des ingénieurs Thomas, Laurens et Grouvelle; il est mil par une machine à vapeur de la force de S à 10 chevaux et injecte de l’air amené du haut de la tourelle de la chapelle (où on le suppose plus frais et plus pur), que des con- duites de vapeur échauffent en hiver, par voisinage. Son fonctionnement a sur- vécu à des critiques graves, émanées d’hommes fort compétents, puisque parmi eux l’on compte le général Morin. Ce qu’il y a de certain, c’est que la pulsion fail entrer de l’air aussi régulièrement qu’on le veut et quelle que soit la température intérieure ou extérieure. Reste à savoir si cette supériorité n’est pas plus appa- rente que réelle vis-à-vis du renouvellement de l’air des salles. Les ingénieurs et les chimistes onl quelque tendance à se contenter des renseignements de l’anémomè- tre. « A Lariboisière, il y a un compteur sur le ventilateur ! » (Hudelo.) Un mécanisme à pulsion, moins coûteux que le précédent et que l’on prétendait devoir utiliser mieux une force moindre, fut installé, en 185b, aux hôpitaux Beau- jon et Necker, par l’ingénieur Van Hecke; la machine n'avait qu’une force de 2 chevaux. Cet appareil a eu son moment de vogue et ses admirateurs engoués; mais il n’a pas trouvé d’imitateurs et, pour des raisons péremptoires, est tombé dans un juste dédain. On avait cependant démontré qu’il ventilait aussi, bien que les ailes de l’hélice fussent flexibles. Ne serait-ce pas qu’un appel auquel on ne songeait point, par quelque cheminée ou autre orifice dans les salles, déterminait un réel mouvement de l’air dans lequel le propulseur n’était à peu près pour rien? Ou sera tenté de le soupçonner si l’on se rappelle que le général Morin trouvait que la meilleure beso- gne, dans le mécanisme propulseur de Lariboisière, étail en réalité le fait de l’as- piration. Sans doute des chiffres contradictoires et des expériences lui ont été opposés ; mais on n’en a pas moins, « postérieurement à l’installation première, établi dans la cheminée d’évacuation de chaque pavillon, un foyer de chaleur alimenté par la vapeur de fuite de la machine, afin d’aider à la sortie de l’air vicié au moyen de l’appel limité. » (Hudelo.) En effet, le motif, croyons-nous, pour lequel l’insufflation d’air ne séduit pas les médecins, c’est que tant d’efforts soient dépensés, non pour renou- veler l’air, mais pour diluer l’air des salles. Sans cheminée d’appel, l’air vicié ne peut arriver aux orifices de sortie que par déplacement sous l’in- fluence de l’air introduit ; or, pour que ce déplacement ait lieu, il faudrait à celui-ci une vitesse sensible, ce qui est contre la règle ; et, s’il n’a pas de vitesse, il ne se produit guère que de la diffusion et une sorte de pénétra- tion réciproque entre l’air vicié et l’air nouveau. Le système de pulsion a été repris au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et à l’Opéra de Vienne, au nouvel Hôtel-Dieu de Paris, à l’hôpital JNlénil- montant ; pour l’Hôtel de ville, la grande maison de détention de Nanterre, etc. Mais nous remarquons que l’on paraît avoir définitivement systéma- tisé l’association de l’appel avec la pulsion. Ainsi la ventilation artificielle de l’hôpital Tenon (Ménilmontant) réunit, dit-on, les avantages de la machine à propulsion d’air pur et de l’appel d’air vicié dans les cheminées d’évacuation. Elle permet un renouvellement d’air continu à raison de 100 mètres cubes à l’heure et par lit. L’injection a lieu par deux ventilateurs centrifuges, placés chacun dans une galerie d’arrivée d’air distincte et actionnés par une machine de G chevaux ; l’appel se fait par des coffres d’évacuation situés sur le faux plancher du comble, communiquant avec une cheminée centrale de G mètres de hauteur et de 4m,50 de diamètre, â la base de laquelle se trouve un calorifère à tuyaux de vapeur. On ne saurait disconvenir que l’administration ne se soit mise en frais pour procurer à ses malades un large apport d’air urbain. Peut-être était-il possible de leur procurer un air plus pur, sans tant de complication, avec un hôpital sans étages, tout à fait excentrique. Le « John’s Hopkins Hospital » de Baltimore est ventilé par la réunion de deux cheminées d’appel avec un ventilateur à propulsion (Lincoln). On ne saurait entièrement appliquer les réflexions précédentes aux théâtres, qu’il faut bien conserver en pleine cité, qui sont un besoin intel- lectuel et quelquefois moral, et que nos habitudes ni nos climats ne per- mettent de faire retourner au type grec ou romain, à ciel ouvert. C’est pourquoi, vu l’urgence et la situation passagère, l’hygiène peut admettre l'application de l’injection d’air à la ventilation des théâtres, bien qu’on ne comprenne pas trop la raison pour laquelle, du moment qu’il s’agit de ventilation mécanique, on n’emploie pas ici les ventilateurs d’extraction qui font merveille dans une situation plus urgente encore, les mines. L’Opéra de Vienne (Autriche) possède un système d’aération par propulsion et de chauffage qui a, dit-on, l’approbation de tout le monde. Au moins faut-il lui compter le témoignage favorable de Ch. Joly, Em. Trélat, Hudelo. La composition d’ensemble appartient au docteur Bôhm, et le professeur Auguste Sicard von S'Ccydsbourg en a été l’un des architectes et l’historien. On a conservé, dans ce heatre (fig. 1-0), 1 emploi du lustre comme moyen d’appel, et l’on s’est servi de la pu .ion comme mo\en de ventilation. L’introduction de l’air neuf est déterminée au mojen c un ventilateur de Heger, actionné par une machine de 10 chevaux eL qui est a vis, avec une série d’aubes directrices comme dans les turbines. L'air trieui aiii\e pai deux puits creusés dans le sol du jardin et se rend dans deux longs corridors souterrains où l’air se rafraîchit un peu en été et se réchauffe en hiver. De là, il se rend au ventilateur qui l’envoie dans une chambre (de compres- sion) d’où parlent trois canaux aboutissant eux-mêmes à trois chambres placées sous le parterre, les loges et les côtés. Des « chambres de chaleur » chauffées à la vapeur sont ménagées aux étages et au centre; l’air envoyé par le ventilateur vient s’y échauffer, puis s’en dégage par des gaines où arrive également, à volonté, de l’air froid venu d’en bas, de telle sorte que le courant définitivement distribué aux spectateurs soit ramené, à l’aide du jeu des registres, à la température qu’on veut avoir. D’ailleurs, l’air neuf débouche au plus près des auditeurs. L’air vicié s’évacue par le trou du lustre, surmonté d’une cheminée d'appel. Pour la ventila- tion d’été, indépendamment des accès d’air indiqués, on peut faire arriver de l’air froid par le haut, à travers le plafond. Km. Trélat fait remarquer que des thermo- mètres placés aux différents points de la salle et en communication avec des fds électriques avertissent incessamment le chef de marche de l’étât des diverses tem- pératures locales de la salle; de telle sorte qu’en conséquence de ces renseigne- ments télégraphiques il modère ou active les distributions dans la chambre d'air comprimé. — Il importe de noter que, depuis les essais du début, on a ajouté un ventilateur à hélice à la cheminée d’appel pour assurer l’aspiration (Wazon). Comme on le voit, ce dispositif d’aération est, en réalité, autant en rapport avec l’état de la température du théâtre qu’avec sa ventilation. D’ailleurs, les théâtres présentent, à ce point de vue, une difficulté particulière : celle de les ventiler sans compromettre les propriétés acoustiques. Or les grands mouvements d’air vers le plafond, sous l’appel du lustre, emportent positivement la voix des acteurs. Notre Théâtre-Lyrique et le nouvel Opéra sont ventilés par appel, suivant les in- dications du général Morin, avec des calorifères disposés pour que l’air soit intro- duit chaud en hiver. Tous les ventilateurs par pulsion sont munis d’accessoires qui projetentde l’eau en pluie ou en poussière sur les ailes pour assurer l’humectaLion de l’air. A Tenon, il ne passe qu’après filtrage à travers le charbon et une toile mouillée. A l’Exposi- tion de Berlin (1883), un aspirateur-propulseur, mù par une machine à gaz de 3 à 6 chevaux, avait été installé par Rietschelet Ilenneberg dans le sous-sol du café Bauer. L’air était lancé dans une caisse à compartiments filtrants, susceptible d’èlre chauffée ou refroidie, selon la saison. A l’époque de notre visite, au mois d’août, c’était le refroidissement qui s’exécutait, au moyen d'une cinquantaine de kilogr. de glace par jour. L’air rafraîchi passait à travers un rideau de fine pluie et était aspiré dans la salle au moyen d’aspirateurs mus par une machinedynamo-électrique. Le système de Bôhm, avec sa chambre de compression entre le propulseur et les conduites de distribution de l’air, semble prévaloir aujourd’hui dans la ventilation des théâtres. Il a été appliqué à celui de Genève, par Geneste-Herscher, et à l’Opéra de New-York (1883). — Il convient de remarquer que la chambre de compression de ce système ne le fait pas rentrer dans la méthode de ventilation par l’air com- primé. Celte chambre n’est en réalité qu’un compartiment de colleclionnement et de mise en réserve de l’air, pour en faciliter la distribution aux diverses parties de l’édifice. La pression n’y dépasse la normale que de la quantité nécessaire pour mettre cet air en marche. C’est un moyen ingénieux d’emmagasiner, au passage, une partie de la force employée à la propulsion et de la reprendre au fur et a mesure des besoins. A notre époque, on ne discute plus guère sur la prééminence de la ven- tilation par appel ou de la ventilation par injection, et « l’irritant problème qui avait si fortement agité nos pères», comme dit Bertin-Sans qui, d ail- leurs, montre clairement que chacun des deux systèmes a ses inconvé- nients et ses avantages, ce problème se réduit à une question de conve- nance pratique. On installe volontiers des ventilateurs propulseurs ; mais l’on n'hésite point à les aider de l’aspiration thermique ou mécanique dans un autre point du bâtiment. Quant â la force motrice, elle est empruntée aux sources les plus variées ; seulement on s’efforce de construire des appareils qui en exigent le moins possible. Les ingénieurs Geneste-Herscher emploient leur ventilateur hélicoïdal, les ventilateurs du système L. é>e/'tûg. 121 et 122) et les souffleries à air comprimé. Le mouvement est donné ici par transmission électrique, là par des moteurs hydrauliques, ailleurs par l’air comprimé ou même par la main de 1 homme. Ventilateurs à eau. — Quelques-uns de ces appareils agissent par entrai- Fig. 121. — Ventilateur hélicoïdal Fig. 122. — Ventilateur centrifuge, système L. S. de Geneste-Herscher. de Geneste-Herscher. nement. La plupart, au point de vue du mode dont ils ventilent, sont mixtes, c’est-à-dire produisent à la fois l’appel et la propulsion, ou l’un ou l’autre à volonté. Le plus simple est la trompe à eau, dont Berlin-Sans décrit l’application à la ventilation. 11 se compose « d’un tuyau de bois vertical surmonté d’un entonnoir dans lequel on fait tomber l’eau. Une veine liquide se forme dans l'entonnoir et tombe de là dans le tuyau sans remplir le calibre de ce dernier et entraînant avec elle, dans une caisse placée au dessous, l’air que lui fournit l'ouverture supérieure de l’entonnoir ainsi qu’un certain nombre d’ouvertures latérales. Arrivée dans la caisse, cette colonne formée d air et d’eau se brise en tombant sur une tablette disposée de façon à faciliter la séparation de l’eau et de l’air. L’eau s’écoule par un orifice spé- cial ; quant à l’air, il s’accumule et se comprime dans la partie supérieure de la caisse et, en vertu de la pression qu’il y acquiert, peut être lancé, par une conduite, dans les points où il est utile. » Il esl facile de reconnaître dans les « Æolus » d’Auchner une forme de celte trompe à eau. L’eau tombe en éventail de la pomme d’arrosoir A dans le cylin- dre B et aspire l’air par l’ouverture G. En bas du cylindre, l’air est refoulé dans le manchon extérieur D, remonte et se répand dans la salle par l’orifice supérieur. E est le tuyau d’écoulement de l’eau; F, le canal d’amenée. On peut faire varier! selon les besoins, la disposition de ce mécanisme. On voyait encore, à l’Exposition d’hygiène de Berlin en 1883, le Kosmos-Ven- tüutor (fig. 124) de Schâffer et Walcker, petite turbine sur l’axe de laquelle est fixé un ventilateur a ailettes. L eau de la distribution municipale, avec la pression qu’elle possède, met en mouvement ce ventilateur centrifuge, qui peut servir à \/ Fig. 123. — Æolus d’Auchner. Fig. 121. — Ventilateur Cosmos de Schàffer et Walcker. l’extraction, ou à l’injection. Dans ce dernier cas, un disque fixé à l’axe de la roue à ailettes et sous celle-ci pulvérise de l’eau qui rafraîchit et humecte l’air d’entrée. Les figures 12o el 12t5 montrent les dispositions que l’on peut donner à celte ingé- nieuse machine selon qu’il s’agit d’introduire de l'air neuf ou simplement d’expul- ser l’air vicié. La première porte, en Z, le disque de pulvérisation ; D est la gaine d’amenée de l’air frais; A, les orifices par où il se répand dans le local. Sous le nom d'adrophore, Treuller el Schwarz, de Berlin, exposaient, à la même époque, un ventilateur à eau et à pulvérisation, appliquant d’une autre façon les mêmes principes. Ces ventilateurs, qui peuvent revêtir quelque élégance de construction, sont ît coup sûr excellents, tant parce qu’ils peuvent fournir beaucoup d’air que parce qu'ils le lavent du même coup, l’iiumectent el le rafrai- chissent (au moins ceux qui procèdent par introduction). GePe^daJlt n0‘^ ne voyons pas sans quelque inquiétude la tendance qu ils ré\ en c “ ployer en force motrice les eaux de dis- tribution municipale, qui ont une tout autre destination, qui sont, comme 1 air, un milieu nécessaire, et que beaucoup de familles urbaines n’ont pas en quantité suffisante (ou n’ont pas du tout). Fig. 125. — Cosmos pour l’introduction d’air. Fig. 12G. — Cosmos pour l’extraction d’air. Ventilation par l'air comprimé. — Quand on perce un tunnel, il est d’or- dinaire possible de ventiler les galeries, dans lesquelles travaillent les ouvriers, à l’aide de puits perpendiculaires, descendant du sol jusqu’à la galerie et pouvant servir de cheminées d’appel. Mais lorsque l’épaisseur de terrain qui recouvre la percée s’élèv.e à des centaines de mètres et que le sol, à la surface, est recouvert de neiges perpétuelles, il faut renoncer à ce moyen. C’est ce qui arrive dans les travaux gigantesques entrepris de notre temps, en vue de faire passer une voie de fer à travers le mont Cenis, le Saint-Gothard et d’autres. Le percement des tunnels de la ligne de Bologne à Florence (Berlin- Sans) a donné lieu à 1 application d un système de ventilation pro- posé par Piarron de Montdésir et réalisé par lui pour l'aération du palais do 1 Industrie a 1 Exposition de 180/. C’est la ventilation par l'air comprimé. On sait que l’air comprimé par une force naturelle, une chute d’eau par exemple, est une force que l’on peut transporter à distance à l’aide de tuyaux de conduite, comme on distribue l’eau et le gaz d’éclairage. Celte force a précisément été et est encore employée à manœuvrer des instruments qui attaquent la roche dans ces percements de tunnels sous des montagnes énormes. Il devait venir a l’esprit d’en détourner urfe part pour l’entretien respiratoire des ouvriers au fond de ces culs-de-sac de plusieurs kilo- mètres, où l’action de l’air extérieur devient â peu près nulle et où la température et l’humidité s’élèvent à un degré extraordinaire. C’est ce qu on a tenté, non sans succès, mais sans atteindre aux résultats espérés. Dans le procédé de Piarron, le jet d’air comprimé, après avoir produit son travail mécanique, passait, dit Bertin-Sans, à travers une sorte d’in- jecteur Giffard au centre d’un tuyau disposé pour l’évacuation ou pour l’appel et dans lequel il entraînait avec lui une colonne d’air considérable. Quand on a ainsi de l’air comprimé pour un autre travail, il est permis d’employer à la ventilation ce qui en reste ; mais il ne serait pas rationnel de dépenser à le comprimer dans ce but une force qui servirait mieux à l’injection d’air et surtout à l’extraction par appel, véritable mode, selon nous, de ventilation des cavités souterraines. C’est dire que la ventilation par l’air comprimé ne semble pas devoir être jamais appliquée aux habi- tations privées ou collectives. Quant aux galeries profondes des tunnels en voie de percement, on les ventile par appel mécanique. Un long tube va s’ouvrir au fond de la galerie, d’où un venti- lateur puissant (tel que le ventilateur centrifuge L. Ser), à l’autre extrémité du tube, aspire l’air méphitique qui entoure les travailleurs, avec les gaz du sol que le pic met en liberté, ceux de la poudre de mine, etc. L’air du dehors se précipite naturellement dans la galerie pour combler le vide, avec une force irrésistible. Non seulement on reçoit de l’air normal au fond du cul-de-sac, mais les gaz dangereux sont extraits et rejetés au dehors. Ce résultat, selon J. Bez, fui obtenu par Colladon, dans le tunnel du Saint-Gothard, par l’adjonction à l’air comprimé d’un système d’aspiration consistant en deux cloches plongeantes, reliées par un balancier et mues par une colonne d’eau de 80 mètres de haut. Tandis que l’un des gazomètres montait et aspirait l’air du tunnel, l'autre descendait et refoulait au dehors l'air extrait. Ce mécanisme a été reproduit en petit parla maison Walter-Lécuyer, pour la ventilation des habitations, comme on pouvait le voir à l’Exposition d'hygicnc ur- baine de Paris (18S6). Ventilation par l'éclairage. — Ce procédé rentrant dans l’appel thermique est annexé, sous une certaine forme, aux appareils de propulsion dans les nouveaux théâtres (Vienne, Genève, Bruxelles, New-York), où l’on compte formellement sur l’appel par les lustres à gaz. Nous n'y reviendrions pas, si l’on ne commençait à utiliser, dans quelques constructions modernes, pour la ventilation, la lampe à flamme renversée, lampe Siemens, lampe Wenham, Regcneralie-Brenncr, dont nous reparlerons à l’article Eclairage, et qui se prête très bien à déterminer l’évacuation de l’air vicié des locaux, de réunion. Il suffit d’entourer, sous le plafond, le tuyau de gaz auquel est suspendue la lampe Wenham d’un manchon ornementé, percé d’ou- vertures sur son contour et s’ouvrant par son extrémité supérieure dans une gaine horizontale, ménagée entre les deux doubles du plafond, laquelle rejoint elle-même un tuyau vertical d’évacuation dissimulé dans un pilier. On fait cette gaine et ce tuyau en grès, vernissé à l’intérieur, et le dernier déborde suffisamment le toit. L’entrée de l’air a lieu par des ventouses munies de registres, placées à des hauteurs variables ; pour l’hiver, on le fait entrer par une cheminée Douglas-Gallon. Dans des cir- constances urgentes, on injecte de l’air au moyen de ventilateurs mus par un moteur h gaz, ou encore on a recours i\ l’entraînement d’air par le mécanisme de l’injecteur. S. Elslcr a décrit une installation de ce genre qui fonctionne à Londres, à Y Examination Hall for Sludcnts of medicine. Ventilation par refroidissement. — Ce système, dont nous ne connaissons pas d’application, a été proposé par l’architecte Suffit. En considérant que le départ de l'air vicié, mais chaud, par la partie supérieure des locaux est une perte de calorique et que les fenêtres sont les points des parois où l’air intérieur se refroidit essentiellement, l’inventeur propose d'établir, dans l’épaisseur de l’allège de la fenêtre, entre le bord inférieur du châssis mobile et le parquet, un conduit en forme d’entonnoir, se terminant en bas dans un canal d’évacuation chauffé par le voisinage d’une cheminée. En face des fenêtres, sur la paroi qui n’en a pas, une ou deux ventouses, percées à 12 ou 15 centimètres au-dessus du plancher, introduiraient l’air neuf, froid : en s’élevant à la hauteur de lm,50 à 2 mètres, cet air s’échauf- ferait suffisamment pour n’être plus désagréable; d’ailleurs, on peut le chauffer au passage, ne tul-ce qu’en le faisant passer derrière la plaque d’une cheminée Douglas-Galton. Comme le dit Yallin, il y a là une idée assurément originale. Appréciation et indications des divers systèmes. — NOUS avons, au cours de cet article, laissé voir nos préférences, au moins en principe, à l’égard des systèmes et des appareils de ventilation. Nous plaçons en pre- mière ligne la ventilation par appel et., parmi les formes de celle-ci, nous serions tenté de préférer Y appel thermique, parce qu’il use des forces natu- relles et de conditions de pression qui se présentent d’elles-mêmes, si l’on n était porté à chercher cet appel dans des procédés qui subordonnent la ventilation au chauffage. Mais, hors de là, presque tous les systèmes et même la plupart des appareils nous paraissent bons, pourvu que i’on sache s en ser\ir, cest-à-diro choisir, dans chaque situation, la méthode qui répond le mieux au besoin spécial. La ventilation par appel se passe presque toujours d appareil ; au moins n’cntraîne-t-ellc pas la réalisation de dispositions compliquées. C’est une supériorité. L’appel mécanique est moins simple et, au point de vue de l’outillage, se rapproche de la venti- lation par injection ; néanmoins il nous a semblé que le premier assure mieux Ig déplacement de 1 aii vici(5, 1 autre paraissant produire surtout la pénétration réciproque de l’air primitif et de l’air neuf. Nous ne sommes pas très sensible au reproche que l’on a fait à la ventilation par appel d’aspirer l’air des cabinets d’aisances, des cuisines, des éviers, du sol, et même de l’égout, aussi bien que celui des tourelles de ventilation. Il'est entendu, aujourd’hui, qu’il n’existe plus de communication entre l’atmos- phère des tuyaux d’évacuation des immondices et celle de la maison ; les siphons obturateurs doivent servir à quelque chose. Sans eux, nous ne sommes point convaincu que l’air propulsé lui-même refoulerait les gaz d’égouts, au lieu de s’en laisser pénétrer. Et, d’ailleurs, si la propulsion déplace dans un certain sens l’air des pièces habitées, il faut bien qu’il sorte une part de cet air ; d’où un courant qui entraînerait très bien l’atmosphère d’une pièce voisine, s’il y a une communication. En dehors de 1 obturation hydraulique, il convient aussi de séparer par un palier le cabinet d’aisances des locaux d’habitation et de le ventiler à part: faire communiquer le tuyau de chute ou la voûte de la fosse, s’il y en a une, avec une cheminée est ce que l’on peut conseiller dans ce cas. Il est inutile de comparer la dépression de la ventilation par appel avec la compression de l’air injecté par les propulseurs, attendu que l’une et l’autre n’existent qu’à des degrés qui ne peuvent avoir aucune influence sanitaire. Les fenêtres montant jusqu’au plafond, à châssis mobile, les vitres bas- culant isolément, les chapeaux ventilateurs, les cheminées ordinaires et même les anciens poêles à large entrée d’air et à fort tirage, suffisent dans la plupart des habitations privées. Peut-être faut-il une ventouse ouverte sur la cheminée, vers le plafond, dans la chambre à coucher, dans le cabinet de travail. Sans parler des fenêtres, nombreuses et bien construites, les habitations collectives d’individus sains, les écoles, les casernes, exigent des arifices de ventilation permanente ; les prisons, où le séjour se prolonge davantage, les réclament plus impérieusement en- core. Mais l’on peut, sans doute, se borner aux procédés simples d’appel par la chaleur; faire entrer, au bas des murs, l’air très divisé et modéré- ment chauffé, s’il y a lieu ; lui fournir des orifices d’évacuation sous le plafond, où il se collecte naturellement, et aider par un foyer de chaleur son ascension dans les gaines de sortie. Si la situation est urgente et la condensation humaine aiguë, en quelque sorte, comme dans les théâtres, les concerts, les salles d’assemblée, nous admettons sans peine l’injection d’air avec un léger excès de pression. Dans tous les cas, il y a lieu à quelque procédé de ventilation mécanique, par appareil propulseur, ou par aspirateur centrifuge. La même urgence ne semble pas exister, pour les malades, à qui l'on a dû déjà mesurer largement l’espace; il leur faut, sans conteste, un renou- vellement d’air généreux, mais continu, égal, insensible, comme on 1 ob- tient, sans mécanisme coûteux, par une grande multiplication des orifices de ventilation, répartis sur une grande surface, de telle sorte que chaque lit soit à peu près ventilé pour son propre compte, sans être influencé par l’air du voisin. Si l’hôpital est topographiquement bien placé, 1 air d entrée sera sans soupçon. Dans le cas contraire, il est indiqué de le filtrer et de le laver au passage, ce qui se pratique en divers points et même pour les théâtres. Des situations spéciales (mines, ateliers, navires, tunnels de chemin de fer, wagons, etc.) réclament des dispositifs également spéciaux, dont il sera ques- tion en temps convenable. Purification de l'air extrait par la ventilation. — L’air extrait ou expulsé par les ap- pareils ventilateurs est im- pur, quelquefois même très suspect, comme quand il sort des hôpitaux, et certaine- ment contaminé quand il provient de locaux où des contages ont pu se mêler aux poussières, ainsi que le font les squames de la variole, les crachats tuberculeux desséchés, etc. Ces impu- retés se diluent rapidement dans la masse atmosphé- rique libre, et ne tardent pas à devenir inoffensives, tant par ce degré extrême de dilution que par les modifications qui les attendent de la part des actions météorologiques. Cependant, les faits que nous avons reconnus antérieurement (page 332) sur le transport des microorganismes par l’air autorisent quelques soucis relativement aux environs immédiats d’un établissement qui déverse tout autour de lui un air usé, imprégné de matière animale et véhiculant peut-être des agents pathogènes. C’est dans cette préoccupation que l’on a imaginé de faire passer à travers un foyer ardent l’air rejeté par les systèmes ventilateurs (des hôpitaux, spé- cialement), ou de le traiter, la sortie, par une nappe de liquide désinfec- tant, tel que le bichlorure de mercure. L'appareil représenté en coupe clans la figure 127 amène l’air intérieur, parla gaine E, sur le ventilateur qui l’expulse par la gaine L. Pendant le jeu du méca- nisme, le tuyau S verse au centre du ventilateur de l’eau pure, si l’on ne veut qu’humecter l’air; une solution désinfectante, si l’on veut tenter l’antisepsie atmosphérique. 11 est clair qu en renversant le mouvement, on peut avec le même appareil pro- pulser de 1 air dans un local et 1 humecter au passage. Le volume d’air varie de 350 à lo00m3 à l’heure. Mesure «les courants de ventilation. — Il ne faut pas se borner, ainsi qu il a été dit, à chercher le rendement de la ventilation aux orifices d’en- Fig. 127. — Ventilateur humecleur cl’air, construit par E. et P. Sée, de Lille. Irée ou de sortie de l’air. C’est dans l’intérieur des pièces qu’il est intéres- sant de reconnaître son mouvement. Les instruments appelés anémomètres renseignent mieux dans le premier cas que dans le second. Cependant leurs indications ne sont pas à dédaigner. tl y a deux espèces cl 'anémomètres. Les uns, comme ceux de Combes, de Recknagel, donnent le nombre de tours opérés par l’appareil compteur, et il faut calculer la vitesse de l’air au moyen d’une formule spéciale à cha- que instrument. Les autres, tels que ceux de Caseila, Füss, Wolpert, permettent de lire directement la vitesse du courant d’air exprimée en mètres, dans l’unité de temps. Dans l’anémomètre de Combes (fig. 128), un axe d’acier, AB, mince, à extrémités effilées, repose sur des supports en agate. Vers l’une de ces extrémités, l’axe porte quatre bras perpendiculaires terminés par autant d’ailettes V,V, en mica, inclinées sur l’axe d’une façon égale. Au milieu de l’axe est pratiquée une vis sans (in C. qui, à chaque tour de l’axe, fait avancer d’une dent la roue D. Celle-ci porte 100 dents avec une division de 10 en 10. On compte les dents à partir de l’une d’elles, pourvue d’un signe, que l’on met en face d’un index fixe, en commençant l’expérience. Le petit axe qui porte la roue D est muni d’un levier qui, à chaque tour de cette roue, fait avancer d’une déni une autre roue E, à bO dents, numéro- tées de b en b, à partir d’un zéro que l’on met également en regard de l'index, au début de l’expérience. Un système de cliquets empêche les roues de tourner en sens contraire et d’avancer de plus d’une dent à la fois. Les deux roues donnent le chiffre des tours qu’ont faits les ailettes dans un temps déterminé ; sur la roue D, on lit les unités et les dizaines; sur la roue E, les centaines; de sorte que l'on peut compter de 0 à b,000 tours des ailettes. Un mécanismetrès simple permet d’établir ou de rompre l’engrenage de la vis avec la roue D; le .jeu du levier qui préside à ce temps de l’expérience s’accomplit par une légère traction sur l’un des deux ru- bans, colorés d’une façon différente, L, L. Pour se servir de l’instrument, on commence par placer les zéros de chaque roue en face de 1 index fixe; on le transporte, la vis n’étant pas engrenée, sur le trajet du courant d air que l’on étudie, en ayant soin de placer l'axe des ailettes parallè- lement à la direction du courant. Après quelques minutes, lorsque les ailes ont pris leur mouvement régulier, on établit l’engrenage, on compte 50 secondes sur une montre a secondes, puis l’on rompt la communication de la vis avec les roues. Il est alors facile de compter sur celles-ci le nombre de dents qui ont passé et par conséquent de calculer le nombre des tours qu’ont accomplis les ailettes par chaque seconde. La formule de l'anémomètre Combes, n° 579, de mon laboratoire est la suivante : V=a + 6xn, dans laquelle V est la vitesse cherchée, en mètres par seconde; n le Fig. 129. — Anémomètre de Casetla. nombre de tours exécutés par les aileLles en une seconde; a et 6 deux quantités constantes, déterminées expérimentalement et d’une valeur : « = 0,142 ; 6 = 0,107. L’anémomètre deCasella, très employé en Angleterre et recommandé par Vallin, a ses ailettes contenues dans un anneau de G8 millimètres de diamètre. Elles font mouvoir une aiguille qui marque sur un cadran principal, divisé en 100 unités ou mètres, la vitesse par seconde de l’air auquel les ailettes font obstacle. Cinq autres cadrans plus petits, portant 10 divisions, indiquent les centaines, les mille, les dizaines de mille... L’instrument, numéroté et exactement contrôlé, évite à'peu près toutcalcul; il suffitde chercher, par les dimensions de l’orifice exploré, lasur- face de la colonne d’air qui a une vitesse de tant de centimètres, ou de mètres, par seconde. Cet anémomètre (fig. 129) est assez sensible pour traduire des vitesses de o a G centimètres par seconde, tandis que la plupart des autres se déplacent à peine dans un courant d air de 10 centimètres. On peut adapter aux anémomètres un appareil enregistreur, comme a fait Recknagel. r?ssoi'e_ h I '' ^ole suv ^es coefficients d'aération 'Rev. d'hyg., II, G ^ — Wmtï IîfRASCHER iCh;) ; Sur les coefficients d'aération (Rev. d'hyg., III. p. 201, iw •' ,«!! V Uebe,\\latü,'liche Ventilation vermitlelst des sclbsttlifitigcn Luffvenlils. Beilin, 1881. Koenig (Aô und Sanftlkben : Ventilation (Handb. des ôffentl. Gesundheits- AnNOt'LD, Hygiène. 2'édit. ;jf> wescus von H. Eulonborg, II, p. 1028, 1882). Suffit (J.) : Ventilation par refroidisse- ment. 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Les matériaux qui constituent les parois de nos demeures absorbent, conduisent, rayonnent, réfléchissent nécessairement du calorique, comme tous les corps; c’est-à-dire qu’ils tendent à se mettre en équilibre avec la température extérieure et à faire participer à cet équilibre l’atmosphère intérieure de nos habitations. D’autre part, celle-ci a des communications obligées avec l’air du dehors ; la ventilation, qui vient d’être étudiée, n’a même pas d’autre but que celui d’assurer ces communications. L’atmos- phère des locaux habités s’associe donc forcément aux oscillations de la climatologie extérieure et, encore que les parois de ces locaux les atté- nuent pour les habitants, ceux-ci sont exposés à ressentir, sous leurs abris, les extrêmes de température, le froid et le chaud. Nous avons indiqué précédemment (p. 349 et suiv.) les conséquences physiologiques ou morbides de la chaleur et du froid et quelques-uns des moyens dont l’économie dispose pour se défendre contre les extrêmes de température (respiration, évaporation, mouvement, vêtement, alimenta- tion). Nous allons examiner ici un autre ordre de moyens, essentiellement artificiels et adaptés à l’existence sous abri, le chauffage et la réfrigération. A. Du CHAUFFAGE. Le chauffage est le moyen d’élever artificiellement la température des locaux qui servent de demeure à l'homme. Principes généraux. — Le chauffage doit procurer le dogié de tempé- rature le plus favorable à la santé; — le donner d’une façon continue et égale dans le temps et dans l’espace ;—ne pas altérer les propriétés phy- siques de l’air, spécialement l’hygrométricité ; — ne pas y introduire d’impuretés; — n’exposer à aucun accident; — être économique. a. Le degré de température qu’il convient d’atteindre est un peu moins élevé pour les adultes sains, ayant quelque activité, que pour les enfants, les vieillards, les hommes de bureau, les malades. En Allemagne (Wol- pert, YViel et Gnehm, Wolffhügel), on demande 18 à 20 degrés dans les locaux de séjour, 12 à 16 dans les chambres à coucher, 16 à 19 dans les salles d'école ou de cours. Comme l’a fait remarquer Ad. Vogt, les Français et les Italiens sont moins frileux que les Allemands, et nous abaisserions volontiers de 2 degrés toutes ces moyennes. Les températures faibles ou même basses ne sont pas aussi dangereuses pour les malades qu’on le croyait autrefois. L’expérience des guerres de Crimée et de France, la pratique de Pirogoff, Bærwindt (1866), de L. Le Fort, de Ch. Sarazin, ont démontré que les malades et blessés guérissent sans encombre sous la lente, h des températures voisines de zéro. Pendant le rigoureux hiver de 1879-1880, dans nos salles de l’Iiôpilal militaire de Lille, d’ailleurs mal outillé pour le chauf- fage, on a été plusieurs semaines sans pouvoir obtenir autre chose que des oscilla- tions du thermomètre entre o° et 10°. Nous ne nous sommes pas aperçu que les affections traitées (maladies internes) en fussent influencées défavorablement, ni qu’il en résultât d’autres chez les convalescents. Quelques auteurs font même re- marquer que le froid peut être utile aux affections hyperthermiques, fièvres con- tinues et inflammations thoraciques. Comme la même éventualité ne se présente pas pour les maladies chroniques, on a suggéré de distribuer inégalement la cha- leur dans rhôpilal ou même dans chaque salle, de façon à réchauffer ceux-ci et à refroidir les autres. Il est certain que le surchaufl’ement dans les locaux est fâcheux et provoque précisément les accidents que l’on voulait éviter. Comme les hauts degrés de tem- pérature ne peuvent être maintenus, et que d’ailleurs les individus sont appelés à se retrouver dans l’air froid en sortant d’un milieu chauffé à l’excès, les condi- tions de la répercussion thoracique ou intestinale se trouvent posées. Il est d’expé- rience vulgaire que le séjour prolongé dans une chambre bien chaude rend extra- ordinairement frileux ceux qui l’ont pratiqué. La chambre à coucher n’a guère besoin de chauffage, si ce n’est d’une façon intermittente, pour l’assécher et, par les grands froids, pour emmagasiner un peu de calorique dans ses murailles et ses meubles : « décrudir l’air, » comme on dit. Le corps étant couvert, il n y a pas d inconvénient a ce que la face soit dans un air vif et que les poumons le respirent. h. L égalité de température quant au temps et à l'espace est difficilement obtenue. Au point de vue du temps, les cheminées â feu nu, les poêles or- dinaires et tous les appareils qui chauffent par rayonnement, — c’est-â- dire les meilleurs, au fond, — ont des oscillations inévitables. Dans leur plein fonctionnement, ils ont des ardeurs contre lesquelles on est obligé de s abriter, et c est un des reproches les plus sérieux qu’on leur adresse. Abandonnés a eux-mêmes, ce sont des foyers qui s’éteignent, se refroi- dissent et n’émettent plus de ohaleur. La situation, pourtant, n’est peut- être pas aussi grave qu’on le dit. La nature, en effet, même dans la saison la plus tempérée et sous les climats les plus heureux, ne nous offre pas une invariabilité thermique parfaite ; il s’en faut. Cependant on ne souffre pas trop que la nuit succède au jour et que des jours nuageux alternent avec les grands soleils. Dans les appartements, nous profitons, lorsque le chauffage est interrompu, de la chaleur développée alors qu’il fonction- nait, de môme que la nuit bénéficie encore de la chaleur versée par le soleil pendant le jour. Ici, c’est la terre qui a emmagasiné du calorique et le rend à l’air ; dans nos demeures, ca sont les parois, les meubles, qui le collectionnent et nous le distribuent longtemps encore après que le chauf- fage a cessé. Ajoutons que les individus eux-mêmes font de la chaleur et en répandent dans les pièces où ils séjournent. Un adulte produit environ 170 calories par heure (Hirn etGavarret). Il va sans dire que l’égalité de température dans le temps n’est plus de règle, lorsqu’il s’agit de locaux qui ne sont occupés que d’une façon in- termittente, les églises, les salles de réunions, de cours. Le mieux est, vis- à-vis de ces locaux, de les chauffer énergiquement avant l’entrée de leurs hôtes momentanés et de laisser tomber le chauffage lorsque ceux-ci sont réunis. Les parois du local, le mobilier, gardent assez de chaleur. Quanta l’espace, l’idéal serait que tous les points d’une salle, d’un mur à l’autre, du plancher au plafond, fussent à la même température. S’il y a une différence, elle devrait être en faveur de la zone contiguë au plancher, puisqu’il est entendu qu’il faut avoir les pieds chauds et la tête froide. Or c’est régulièrement le contraire qui arrive, avec presque tous les procédés de chauffage. Avec les foyers découverts, le rayonnement s’exerce dans tous les sens, mais il y a plus de chaleur au-dessus d’un foyer que laté- ralement, à cause des gaz chauds qui se dégagent de la combustion et s’élèvent. Il est vrai que les cheminées ordinaires ne savent pas mettre à profit cette grande quantité de calorique et que, de plus, on adosse régu- lièrement les foyers à un mur, de telle sorte que les trois quarts du pou- voir rayonnant sont annulés. Mais, si l’on a le froid sur les pieds avec le chauffage par foyers rayonnants, ce n’est pas que le rayonnement n’ait lieu horizontalement; c’est simplement parce que l’air froid du dehors, entré par toutes les fissures, roule sur le plancher en vertu de sa pesanteur spécifique. Si l’on prétendait que le chauffage par introduction d’air chaud est plus capable d’égaliser la température dans tout l’espace, nous ferions remar- quer que la plupart des cheminées ventilatrices, des poêles à double en- veloppe (ventilateurs), déversent déjà assez haut l’air qu’ils ont réchauffé et qui n’a, par suite, aucune tendance à descendre avant d’être allé au pla- fond chercher les zones impures et avant de s’être refroidi; que les grands appareils de chauffage par l’air de ventilation ont, d'habitude, leurs bouches d’entrée sous le bord du plafond, et par conséquent agissent sui- vant le même mode que les précédents; qu'enfin, lorsque les bouches d’air chaud sont dans le plancher, elles ne font qu’envoyer par places des bouffées désagréables, mais que cet air chaud se diffuse peu dans le sens latéral et gagne encore le plafond le plus vite possible. Une solution serait celle que conseille Wolpert, tout en reconnaissant qu’elle n’est encore appliquée nulle part, à savoir, de faire des planchers creux dans lequels circulerait de l’air chauffé en sous-sol, au moyen d’un calorifère ordinaire. Comme l’auteur admet qu’une part de cet air servi- rait à la ventilation du local, nous n’acceptons son plancher creux qu’au- tant qu’autant qu’il y circulera seulement de l’eau chaude ou de la vapeur. Une réalisation qui existe aujourd’hui est celle des tuyaux chauffants, éta- blis par Geneste-Herschsr autour du plancher, à la partie inférieure des murs et particulièrement en contre-bas des surfaces vitrées, dans les allèges des fenêtres; c’est-à-dire précisément sur les points où arrive l’air refroidi parle contact des murs et des vitres, avant de rouler sur le sol de la pièce. De celte façon, la zone froide dans laquelle se seraient trouvés les pieds est supprimée. On remédie aux ardeurs momentanées des foyers nus par des écrans; c’est d’ailleurs une incommodité qui n’est pas sans avoir sa contre-partie agréable et ne dure pas longtemps. Les poêles se doublent, à l’intérieur, de plaques d’argile (brique réfractaire); à l’extérieur, d’une seconde enveloppe. On remplit de sable l’espace intermédiaire entre celle-ci et la première, ou l’on y fait passer un cou- rant de ventilation. Wolpert construit cette seconde enveloppe en forme de prisme rectangulaire, hexagonal, polygonal, et transforme les pans en persiennes à lames métalliques, qu’on peut relever ou baisser, de façon à se procurer à volonté les avantages du poêle simple ou ceux du poêle à double enveloppe. Le même savant a imaginé « un distributeur de chaleur » ( Wdrmervertheiler), petit mécanisme à rotation centrifuge qu’on place au-dessus des poêles; l’air chaud en s’élevant le fait tourner et l’appareil chasse cet air autour de lui dans le sens horizontal. Enfin, il a cherché à égaliser le chauffage par l’air chaud, au moyen de son poêle à air, qui nous parait avoir de bien autres mérites que ceux que Wolpert lui-même lui attribue. C’est un cylindre de tôle, assez haut de forme, que l’air arrivant du calo- rifère central traverse de haut en bas avant de se distribuer dans l’appartement.. Les orifices de chaleur sontginsi au ras du plancher. Mais, surtout, l’air chaud perd, dans le poêle, son excès de température qui, en revanche, s’emmagasine dans le cylindre et est rendu à la pièce par celui-ci, par rayonnement. En disposant des réservoirs d’eau en haut et en bas de ce poêle, on oblige l’air entrant à se dépouil- ler de ses poussières et à s’humecter. c. Les propriétés physiques de l’air. — On s’occupe surtout de l’influence du chauffage sur 1 humidité de l’air. Nous pensons qu’il convient de songer aussi à sa densité. Nous avons parlé antérieurement (p. 29(3 et 377) de l’humidité et de la sécheresse de 1 air, ainsi que de leurs conséquences. 11 est admis que l’air des habitations doit se rapprocher de la demi-saturation, 50p. 100, 72° de 1 hygromètre à cheveu. Mais les limites d'humidité dans lesquelles l’air ne cesse pas d ôtie tolérable sont assez étendues. Wolpert, qui les place entre 10 et 60 p. 100, supporte très bien un air plus sec, mais non plus 70 a 80 p. 100 d humidité. Ce degré de saturation est encore agréable à sa femme, qui, en revanche, se plaint d’une sécheresse à 30 ou 40 p. J00. Mais le point capital est, ici, la température de l’air, qui peut renfermer d’autant plus de vapeur d’eau qu’il est plus chaud. Un mètre cube d’air demi-saluré, à 15°, renferme 6Br,3 d’eau ; demi-saturé à 23°, il en renfer- merait 1 I8r,35. Il est donc évident que ce môme air qui était assez hu- mide à 15° devient très sec à 23° si on lui a fait atteindre cette tempéra- ture sans lui fournir de l’eau. Cette circonstance est aggravée par ce fait que le déficit de saturation, toutes choses égales d’ailleurs, est d’autant plus grand que la température est plus élevée, ainsi que le font justement re- marquer Flügge etDeneke. En d’autres termes, pour une même fraction de saturation, le pouvoir desséchant de l’air est plus considérable, — ou la tension de la vapeur plus faible. Il est certain que l’air, qui n’a pas assez d’humidité, tend à en prendre aux objets qu’il touche, aux murs, aux meubles, au corps de l’homme, et qu’il peut en résulter quelques inconvénients. Cependant, il est frappant, comme il a été dit et comme insiste Ad. Vogt, que la siccité de l’air due au chauffage soit à peu près la seule circonstance dans laquelle on se plaigne de cette propriété, alors que partout ailleurs on se trouve très bien dans l’air sec, frais ou chaud. Quoi qu’il en soit, on s’est ingénié à humecter l’air des locaux chauffés ; quelquefois, avec des procédés naïfs, comme le plat d’eau, dont parle Wolpert, placé sur un poêle, dans une école ; alors que chaque enfant metdéjà20 grammes d’eau par heure et par mètre cube dans un air qui, à 20°, ne peut en contenir que 17 grammes; plus souvent, en faisant passer l’air de ventilation à travers une lame d’eau, une douche en pluie, etc. On doit à. Wolpert l’invention d’un moulinet qui s’établit sur un bassin plein, au passage du courant de ventilation ; ce courant fait tourner le moulinet dont les ailes pulvérisent de l’eau dans l’air introduit. Mention- nons aussi l’appareil vaporisateur (Verdunstungs-Schirm) du même ingé- nieux savant; c’est une sorte d’ombrelle en feutre qui coiffe l'orifice d’un vase plein d’eau et du centre de laquelle part un lambeau du même tissu, plongeant dans le liquide ; l’eau s’élève par capillarité et, grâce à la large surface de l’ombrelle, fournit une évaporation sérieuse, sous l’influence du poêle situé au-dessous du vase. Il n’y a peut-être pas lieu d’attacher une importance extrême à ces pra- tiques, dont le but est de lutter contre une circonstance qui n’est point grave. La lame d’eau, la douche, la pulvérisation sur les courants d’air chauffé, rendent probablement des services; mais c’est en lavant et en ra- fraîchissant cet air. En revanche, si l’air chauffé à 30 ou 40 degrés, que l'on envoie dans,les locaux par les calorifères, est saturé ou même demi-saturé en entrant, il risque fort d’être sursaturé dès qu’il se refroidira sur les murs. L’air demi-saturé â30° renferme plus des 15sr,2par mètre cube qui constituent la saturation à 18°. On conçoit dès lors que le chauffage à air n’assainisse point les murailles de nos habitations, mais y favorise, au con- traire, la végétation des moisissures et d’autres microorganismes. Quant à la densité de l’air, le chauffage tend à la diminuer, dès qu’il in- fluence directement l’air intérieur; le volume de l’air à 0° étant I devient 1,365 à 100 degrés. Em. Trélat rappelle l’expérience de Lavoisier; un indi- vidu placé au milieu d’une atmosphère à 20°,25 consomme 11 d’oxygène; le môme individu, dans une atmosphère à 12°,50 consomme 12d’oxygène. Gela veut dire qu’à oxydation égale dans le poumon, ou à production de chaleur égale, il faut que le môme individu fasse 12 aspirations dans l’at- mosphère à 26°,25 alors qu’il lui suffit de 11 inspirations si l’atmosphère n’est qu’à 12°,50. Cette considération ne touche pas Wolpert, qui s’appuie sur la raréfaction de l’oxygène aux altitudes et dans certaines mines. Ce- pendant, en reconnaissant que celte déviation de la normale n’est point mortelle, nous pensons que c’est une infériorité de l’air, puisque c’es t un anomalie. Par conséquent, elle est à^ éviter. En d’autres termes, il y a mieux, à cet égard, que le chauffage à l’air chaud. d. Les impuretés qui peuvent être occasionnées par le chauffage. — Les ma- tériaux combustibles, avant même leur utilisation, peuvent être une cause de poussières et d’émanations plus ou moins offensives, lorsque le chauf- fage se fait par l’intérieur des appartements et qu’il faut, ou bien avoir une réserve de ces matières dans la pièce, ou bien renouveler le chargement du foyer par une provision apportée du dehors à chaque fois. Ce désagré- ment est plus sensible encore au moment de l’extraction du coke des houilles grasses, des escarbilles d’une houille quelconque, de la désobstruc- tion des grilles, du nettoyage des foyers et des tuyaux, du tisonnage que nécessite l’emploi des houilles pâteuses. Les poussières que recueille l’air des calorifères, en voyageant dans les canaux sombres qui l’amènent aux locaux habités, sont un degré plus élevé de ces souillures. On ne sait ce qu’il y a dans ces canaux jamais nettoyés; mais, si des microorganismes s’y sont introduits, ils sont fort à l’aise pour se développer, à l’abri de la lumière, pendant les mois de chô- mage de l’appareil. ILacide carbonique et Y oxyde de carbone peuvent être versés dans l’air des locaux par des appareils mal construits et surtout dans lesquels la com- bustion n’est pas sufiisamment active. 11 a été suffisamment question du premier (p. 299). Le second, qui peut naître de presque tous les genres de combustible, est d une haute toxicité. Selon Gréhant, il tue la moitié des globules sanguins en une demi-heure, à la dose de 1/799; le quart, à la dose de 1 p. 1449. Max Gruber a trouvé sa limite de toxicité pour les ani- maux et pour l’homme entre 2 et 5 p. 10,000 ; mais, d’après cet auteur, quand les fuites de gaz ne s’en mêlent pas, les appareils de chauffage,’ même les poêles de fonte, n’en mettent généralement pas dans l’air des' habitations. Fokker en est moins convaincu. Mais il reste toujours la possi- bilité que le chauffage fasse appel dans l’intérieur des locaux au gaz d’é- clairage dont la diffusion dans le sol est presque vulgaire. Les foyers sans tirage, qui produisent l’intoxication carbonée, mettent dans l’air de la vapeur de charbon, dont l’élément toxique est tout d’abord 1 oxyde de carbone, mais qui contient en outre de l’acide carbonique, quand elle prov .ent du charbon de bois, de l’acide sulfureux et même de Y hydrogène suif me et de 1 ammoniaque, dans la combustion de divers charbons de terre. Le chauffage au gaz d’éclairage pourrait fournir de petites proportions iïammoniaque et d’acide cyanhydrique. Ce dernier, selon Eulenberg, résulte aussi de la combustion de la tourbe. Les moyens préventifs sont des appareils assurant : 1° une combustion parfaite ; 2° une évacuation active des gaz de combustion ; ajoutons une ven- tilation généreuse des locaux. Les poêles de métal à enveloppe simple, qui arrivent si aisément aux environs du rouge sombre ou même au delà, grillent les poussières et les molécules organiques de l’air qui viennent à leur contact. Il en est natu- rellement de même de certains calorifères dont les surfaces de chauffe sont métalliques et à feu direct. H. Fischer, après avoir essayé de démontrer que cela ne doit pas être, reconnaît que cela arrive et conseille les calorifères à eau et à vapeur, qui ne dépassent pas beaucoup -100 degrés, préférable- ment aux appareils à feu direct qui peuvent aller à 600 degrés. Le grillage des poussières communique de l’odeur à l’air qui les renferme. Nous dirons plus loin que l’air chaud est incommode à respirer. En dehors de cet effet et de celui qui s’exerce sur des éléments étrangers, y a-t-il une action réelle des hautes températures sur l’air, modifiant ses pro- priétés naturelles? Les chimistes n’ont rien fait connaître de tel; cependant ce chauffage à des centaines de degrés est une condition bien extraordi- naire pour l’air qui va passer par les poumons. Nous ne croyons pas inutile d’ajouter que le chauffage est encore, sinon la cause, au moins l’occasion d’une exagération des souillures ordinaires que la présence de l’homme inflige à l’air de ses habitations. En effet, l’on se rassemble et l’on se calfeutre dans les locaux par le froid, pour ne rien perdre de la chaleur que l’on peut produire. Comme les groupes pauvres et nombreux sont ceux dont les appareils de chauffage servent le moins à la ventilation, il n’y a de compensations d’aucune sorte à la pro- duction de CO2, de vapeur d’eau et des éléments de déchet organique qui les accompagnent, quand ils sont de provenance humaine. A cet égard, pour laisser aux appareils de chauffage leur aptitude à évacuer l’air intérieur et, au moins, pour ne pas leur permettre de ren- voyer aux pièces habitées les produits gazeux de la combustion, il est de règle de supprimer toute clef, valve ou soupape, en arrière du foyer, et de placer en avant la pièce ou le registre destiné à régler l’activité du feu. 11 suffit de ne fermer ce registre que quand le combustible est arrivé au rouge pour éviter le dépôt excessif, sur les parois intérieures de la cheminée, de la suie qui finirait par couler sur le mur à l’endroit où le tuyau du poêle s'abouche avec elle. La même précaution prévient les petites explosions qui disloquent les briques des poêles céramiques neufs, dues à ce que ces poêles renferment encore de l’eau que le chauffage transforme en vapeur. e. Les accidents auxquels pourrait exposer le chauffage sont les explosions et les incendies. C’est l’affaire des constructeurs de faire des appareils de chauffage soit local, soit central, parfaitement étanches. On y arrive, au- tant que la perfection peut être dans les œuvres humaines, et cette étan- chéité dure jusqu’à ce que l’usure y apporte le terme inévitable. Wolff- hügel fait remarquer qu'il importe de soigner avec une attention particu- lière les joints des appareils à circulation d’eau chaude ou de vapeur, au moment môme où on les établit ; si les personnes qui doivent user de ce chauffage voient s’échapper une goutte d’eau ou entendent quelque siffle- ment dans un maljoint, elles perdent toute confiance et hésitent à faire fonctionner le système. /’. Ce n’est pas seulement pour les ménages pauvres qu’il faut trouver des appareilséconomiques, mais aussi et surtout pourleshabitations collectives où toute dépense inutile se multiplie par le nombre des individus qui y séjournent. Dans ces conditions, c’est aussi une économie d’avoir un sys- tème simple, n’exigeant point un personnel nombreux pour le servir, ni une activité incessante de la part de ce personnel. Suivant les calculs de Forsler et Voit, la dépense est augmentée d’un cinquième à un quart pour la ventilation quand on chauffe au calorifère. Nous pensons, d’ailleurs, qu’il faut être en garde vis-à-vis des économies qui aboutissent à l’usage d’un appareil malsain ou dangereux, comme sont les poêles mobiles, par exemple (Voyez plus loin). Matériaux île chauflage. — Une expérience aussi ancienne que le monde nous a appris que le mode le plus facile d’obtenir un dégagement de chaleur est la combustion, c’est-à-dire .sommairement la combinaison de l’oxygène avec quelqu’un des corps qui ont pour lui de l’afûnité, et sont, en conséquence, dits combustibles. La combustion, disent les physiciens, équivaut à la destruction d’un grand travail mécanique. C’est donc que la combinaison de l’oxygène avec le carbone rend apparente tout à coup, sous forme de chaleur, quelque grande force invisible. Si l’on réfléchit que tout le carbone que nous brûlons est de provenance organique (et il n’en est guère d’autre, sans excepter le diamant), celte force n’est autre que celle qui a lentement rapproché les molécules de carbone; or, puisque le carbone a vécu, celle-ci môme était déjà de la chaleur. Les substances à la combustion desquelles nous demandons la chaleur artificielle, renferment comme éléments essentiels le carbone et l’hydro- gène, dont la combinaison avec l’oxygène aboutit à l’acide carbonique et à l’eau. La chaleur de combustion du charbon de bois est de 8,080; celle de l’hydrogène, 34,462 (Favre et Silbcrinann). Ces substances sont, d’ailleurs, solides, liquides ou gazeuses. Les pre- mières sont de beaucoup les plus importantes et sont l’origine des autres. Llles sont essentiellement constituées par la cellulose : bois, paille, tourbe, chai bon de bois, charbon de tourbe, houille, coke, tannée, etc. Les se- condes sont représentées par les huiles de toute provenance, les huiles mi- nérales, le goudron. Le gaz d’éclairage, quand il est utilisé pour le chauf- fage, constitue à peu près seul le troisième ordre. Le bois, suffisamment sec, combustible très répandu pour le chauflage, est d’un usage aussi sain qu agréable. C est lui qui répand la moindre variété de gaz dan- gereux dans 1 habitation. Les bois blancs (peuplier, Iremble, saule) brûlent vive- ment et donnent en peu d instants une chaleur passagère; les bois durs, chêne, hêtre et surtout charmille, tiennent plus longtemps le feu et sont préférés pour le chauffage des appartements. Les bois résineux brûlent facilement, mais avec beaucoup de fumée et en répandant une odeur aromalique qui, sans être désa- gréable ni dangereuse, peut devenir fatigante. Il résulte des expériences de Scheurer-Kestner et Meunier que : 1° tous les bois au même état de dessiccation produisent sensiblement la même chaleur; 2° que, pour les bois parfaitement desséchés artificiellement, la puissance calorifique est d’environ 4,000 (celle de la cellulose); 3° que, pour les bois dans l’état ordinaire de dessiccation, qui renferment à peu près 25 à 30 p. 100 d’eau, la puissance calo- rifique varie de 2,600 à'2,800. Une part du calorique produit est employée à vapo- riser l’eau. Quel que soit le bois employé, l’effet calorifique sera d’autant plus grand que le bois sera plus divisé. La tourbe est un combustible léger, spongieux, d’un brun noirâtre, provenant des débris de plantes aquatiques déposés successivement au fond des marais. Elle est caractérisée par la présence, dans sa composition, d’une certaine quantité d’acide ulmique (Frémy). Elle brûle lentement et sans produire une très haute température, avec une fumée d’une odeur piquante fort désagréable. PROVENANCE. COMPOSITION AVEC LES CENDRES c II O A z CENDRES. Tourbe de Vulcaire, près d’Abbeville... 57,05 5.03 29,55 2,21 5,58 — de Long 58,09 5,93 31,37 4.61 — de Framont 57,79 6,11 30,77 » 5.33 — de Thésy 50,67 5.76 34,95 1,92 6,70 — de Camont 46,11 5,99 35,87 2,63 9,40 « Les tourbières les plus considérables de la France sont: 1° celles de la vallée de la Somme, entre Amiens et Abbeville ; 2° celles des environs de Beauvais ; 3° celles delà rivière d’Essonnes, entre Corbeil et Villeret; 4° celles des environs de Dieuze. La Hollande, la Westphalie, l'Aulriche, la Bavière, l’Écosse et la Russie sont très riches en tourbe. » Desséchée à l’air, la tourbe conserve jusqu’à 30 p. 100 d’eau. Elle laisse 8 à 9 p. 100 de cendres (tourbes de la Somme), 15 (Nantes), 17 à 24 (Italie), 21 (Essonnes), 29 (comté de Mansfeld). On fait des tourbes comprimées et des briquettes, qui sont d’un meilleur usage que la tourbe naturelle. La puissance calorifique delà tourbe est entre 3,000 (tourbe moyenne à 25 p. 100 d’eau) et 5,153 (tourbe sèche). Le charbon de terre (lignites, houille, anthracite) est le reste des arbres amon- celés des forêts des âges géologiques anciens. On y reconnaît surtout des fougères et des conifères. Plusieurs milliers d’années avant l’Europe, les Chinois brûlaient le charbon de terre, très abondant dans leur pays et qu’ils exploitent encore, mais seulement à la surface des gisemenls, sans creuser de puits ni de galeries de mine. Le charbon de terre est aujourd’hui devenu la vie des deux mondes, et ce serait un cataclysme s’il venait à manquer subitement. Son rôle, quoique immense, dans le chauffage, est le moindre aspect de son utilisation. Les lignites, assez pou car- bonisés, brûlent avec une fumée abondante, à laquelle sont mélangés non seule- ment l’oxyde de carbone et l’acide carbonique, mais encore l'acide sulfureux et l’ammoniaque. La houille brille mieux, non sans une odeur de goudron ; fraîche- ment extraite, elle abandonne un peu d’hydrogène sulfuré et, dans la vapeur de charbon qu’elle dégage sous un foyer tirant mal, l'acide sulfureux accompagne l’acide carbonique et l’oxyde de carbone. L’anthracite, très dur, à cassure vitreuse, est un combustible très riche, mais exigeant un puissant tirage, sous peine d’avoir des vapeurs de charbon dans le local oii se fait la combustion; ses fragments ne se collent pas. La puissance calorifique observée des ligniles varie de 6,311 à 7,924 (Scheurer- Kestner et Meunier); elle dépasse souvent la puissance calorifique calculée, que l'on a trouvée être entre 5,827 et 8,343. On distingue les bouilles grasses maréchales, liack-Kohle (Allem.), qui éprouvent au feu une sorte de fusion pâteuse et donnent un coke boursouflé, léger (Saint- Étienne. Commentry, fine forge de Mous). Celle fusion pâteuse, qui intercepte le courant d’air, brûle les grilles et agglutine le coke produit, rend ces houilles im- propres à l’usage des calorifères Genesteet Herscher, à l’hôpital militaire de Bourges ; Les houilles grasses et dures, moins fusibles que les précédentes ; Les houilles grasses à longue flamme (flénu de Mons, cannel-coal du Lancashire), dont les fragments s’agglutinent seulement, sans fusion. Les Allemands appellent celle variété Sinterkohl; Les houilles sèches à longue flamme, qui donnent un coke à peine fritté, presque sans adhérence des fragments ; elles brûlent avec une flamme longue, mais de peu de durée, et ne donnent pas une chaleur aussi intense que les précédentes. Elles conviennent bien pour les grilles. C’est le Sandkohl des Allemands ; Les houilles sèches à courtes flammes, qui brûlent difficilement et avec un résidu pulvérulent. Les divers charbons de terre renferment de 5 ou 6 p. 100 d’oxygène et d’hydrogène (anthracites) à 11 (houilles grasses) et même 16 (lignites) ; à peu près autant de l’un que de l’autre. Lespuissances calorifiques observées, toujours supérieures aux puis- sances calculées, varient de 6,183 — 7,687 (lignites) à 8,021 — 9,163 (houilles), d’après Scheurer-Keslner et Meunier. Les houilles grasses à courte flamme, ou charbons à coke, qui ont la puissance calorifique la plus élevée, atteignent, à 9,300 ou 9,600 (type du Creusot, du Gard, du Nord, Charleroi, Cardiff au pays de Galles). Les bouilles, assez sèches au sortir de la mine, prennent de l’eau par l’exposi- tion à l’air, mais en revanche perdent des gaz par suite de la combustion lente (Grundmann, Varrentrapp). Les charbons provenant de la même mine se distinguent en gros, gailletlc et menu, d’après la grosseur des morceaux, et ces trois espèces se vendent à des prix ditlérenls. Les menus, qui étaient presque sans valeur, en ont repris touL à coup par la fabrication des agglomérés. Combustibles préparés. —- Avec les combustibles naturels, on obtient des produits plus économiques ou plus faciles à employer. La tannée, ou tan épuisé, est comprimée et moulée en mottes, qui sont achetées par les ménages pauvres. Elles brûlent lentement et donnent beaucoup de cendres. 1 héoriquement, la puissance calorifique de la tannée est de 2,075 calories ; mais si I on retranche les calories perdues pour l’évaporation de l’eau eL par la mauvaise combustion de la matière, il ne reste guère que 547 calories utiles. On utilise encore, de la meme façon que la tannée, la sciure de bois, les résidus de bois de teinture. Le charbon de bois s’obtient en soumettant le bois, dans de certaines conditions, à une température qui dépasse 340°. Le résultat est une substance plus riche en carbone que le bois, cassante, friable, pesant de 200 à 250 kilogr. le mètre cube, douée d’une grande puissance d’absorption pour les gaz. Desséchés à 140° et ayant perdu o a 0 p. 100 de leur poids, les charbons ont présenté la composition suivante : NATURE DU CHARBON. EAU. CARBONE. HYDRO- GÈNE. OXYGÈNE ET AZOTE. CENDRES. Charbon de hêtre on meule 7,23 88,89 2,41 ! ,40 3.02 — dur (fabriq. d'ac. acétique).... 6,04- 83,18 2,88 3,44 2,46 — léger (fabric. du gaz) (r'aisst.) B,21 87,43 2,26 0,34 1,56 Charbon de peuplier )> 87,22 3,20 8,72 0,86 — de chêne (Ebelmen.) )) 87,68 2,93 6,43 3,06 Le charbon de bois brûle à l’air sans flamme, sauf une petite flamme bleue, due à la combustion de l’oxyde de carbone, et peut fournir un échauffement prolongé. Le charbon de tourbe est poreux; il brûle facilement et lentement à cause des cendres qui s’accumulent à sa surface; des morceaux de ce charbon, séparés d’un foyer, continuent à brûler jusqu’à ce que tout le carbone ait disparu. Dans le Nord, on l’obtient par la carbonisation en meules, comme le charbon de bois dans les forêts. La quantité de chaleur qu’il dégage par Ja combustion est très variable, à cause des différences dans la proportion de cendres. Le charbon de tourbe d’Essonnes, sur 100 parties, donnant 18,2 de cendres, a une puissance calorifique moyenne de 6,600. Le coke est le charbon particulier que produit la carbonisation ou la distillation de la houille. Il renferme toutes les matières inorganiques fixes que contenait la houille dont il provient; de plus, il retient encore, en proportions plus ou moins faibles, de l’hydrogène, de l'oxygène, de l’azote. Coke desséché à 200° (de Marsilly). • Carbone. Hydrogène. Oxygène et azote. Cendres. Coke n" 1 91,30 0,33 2,17 6,20 Coke n° 2 91,59 0,47 2,05 5,89 La valeur des cokes est d’autant plus grande que la teneur en cendres est plus faible. A 10 ou 12 p. 100 de cendres, le coke est encore acceptable; il y en a de plus mauvais. A l’air, le coke reprend de l’humidité. 11 brûle presque sans flamme et il ne peut se maintenir en ignition qu’autant qu’il est en volume un peu considérable dans un foyer; aussi, le mélange-t-on souvent de houille pour le chautlage des locaux. Celui que l’on recherche pour ce but est le coke des cornues à gaz. D ailleurs, les houilles qui conviennent le mieux pour sa fabrication sont celles des types houilles grasses et particulièrement les houilles grasses à courte flamme. Quand on le fabri- que avec des menus, on soumet ceux-ci à un lavage préalable pour diminuer la proportion de cendres. Sa puissance calorifique (à 2 p. 100 d’eau et de 4 à la de cendres) varie entre 7,600 et 6,700. Agglomérés divers. Charbon de Paris. Briquettes. — Les Chinois n’emploient la houille au naturel que pour forger. Celle qui doit servir au chauffage est réduite en poudre, broyée aveo des détritus de plantes, liée avec de l’argile ; le tout, peti i en boule, est séché au soleil. Nous ne faisons guère autre chose dans la prépara- tion du charbon de Paris, des briquettes, des agglomérés de brui de Valenciennes; on utilise aussi le menu et la poussière de houille invendable, qui couvre le sol tout autour des puits d’extraction et des dépôts sur les points d’embarquement. Le charbon de Paris renferme des débris de plantes sans valeur, du tan épuisé; les bri- quettes sont agglomérées avec du bitume ou avec du goudron de bouille. Ces pré- parations brûlent lentement et donnent une chaleur durable; elles se recomman- dent surtout par leur bon marché. Combustibles liquides. — Celte classe ne comprend guère que le pétrole et Vhuile lourde provenant de la distillation de la bouille. Le pétrole ferait brèche à la loi exprimée plus haut, que tout le carbone à notre disposition est d’origine organi- que, si l’opinion de Mendeleef, Chancourlois, Byasson, venait à prévaloir; suivant cette doctrine, le pétrole, dans les gisements duquel on ne trouve pas de débris végétaux, serait de provenance minérale et volcanique (Wazon). Le pétrole pourrait fournir beaucoup de chaleur pour le chauffage, quoique son prix reste élevé dans nos pays; malheureusement, il est d’un transport délicat et d'un maniement dangereux. Audoin, puis S.-C. Deville, ont imaginé des appareils spéciaux qui permettent de s’en servir pour les locomotives et les navires. Sa puis- sance calorifique est d’environ 10,000 calories. Combustibles gazeux. — Le gaz d’éclairage ou gaz-lumière, comme disent les étrangers (gas-light, Leuchtgas), atleint à une puissance calorifique de 7,700 calo- ries par mètre cube ou 11,000 cal. par kilogr., si l’on a le moyen d'en condenser les vapeurs, et 9,734 calories sans condensation. C’est donc un agent de chauffage précieux; mais, à 0 fr. 30 le mètre cube, comme à Paris, et même à Ofr. 20 comme à Lille, il est très cher. De plus, les usines ne le livrent pas encore assez rigou- sementet assez constamment pur pour que les consommateurs soient en parfaite sécurité contre les gaz délétères qu’il peut répandre dans les appartements, l’am- moniaque en particulier (Kuhlmann), par-dessus tout l’oxyde de carbone, à moins que l’on n’imagine des cheminées qui donnent d’elles-mêmes toute garantie. Ce à quoi il faudra bien en arriver, pense E. Trélat (Congrès de Turin), dans un avenir qui ne peut être éloigné, attendu que l’extension de l’éclairage électrique va dé- posséder peu à peu le gaz du rôle de matière éclairante et en laisser de grandes quantités disponibles pour le chauffage. Comme le procédé est évidemment supé- rieur, au point de vue de la propreté, au chauffage par le charbon, on en usera largement, dès qu’on pourra le faire sans péril. On Ta fait remarquer justement, son emploi présente cette économie que l’on a de la chaleur très rapidement en allumant le gaz, et qu’on peut l’éteindre instan- tanément dès qu’on n’en a plus besoin. Il n’y a pas de combustible perdu. Le tableau ci-dessous fait saisir la cherté relative des divers combustibles en usage à Paris. Bois moyen à 30 p. 100 d’eau Charbon de bois Charbon de tourbe Houille Coke de four Coke de gaz = 2',35 Thectol. de 32k,5 Agglomérés Briquettes perforées Charbon de Paris Pétrole brut Pétrole raffiné Gaz-lumière Pouvoir Prix calorifique. l,1C' r.- VALrL‘N : La distribution du chauffage (Rov. d’Hyg., Il, p. 745, 1880). lîotmiï E.) : Lepoele américain. Ses dangers (Annal. d’Hyg., III, p. 381, 1880). — Vallin (E.) : Le danger des poêles mobiles (Rev. d’Hyg., II, p. 1033, 1880). — Godefroy (A.) : Sur une modification du poêle mobile (Rev. d’Hyg., III, p. 551, 1881).— Fischer (H.) : Ueber Dcheizung der Stiidte (D. Vierteljahrsschr. f. off.Gesundheitspflg., XIII, p. 05, 1881). — Wolpert (A.) : Ueber Trennung der Venlilation von der Ileizung (Archiv f. 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Consulter. — Péclet (E). et Hüdelo (A.) : Traité de la chaleur considérée dans ses applica- tions, 4e éd., Paris, 1878. — Geneste, IIerscher et Somasco : Sur la condition de l’air qu'il convient d’introduire dans les habitations chauffées et ventilées artificiellement (Cougrès d'hygiène à Pans, 1878). — Wazon (A.) : Chauffage et ventilation des édifices publics et privés (Rapports sur l’Exposition universelle de 1878. Paris, 1878). — Wolpert ,(Ad.) . Théorie und Praxis der Ventilation und Heizung, 2° Auflage. Brauuschweig, 1878. YI. — Éclairage des habitations. L'habitation est le milieu dans lequel s’accomplissent une grande part de nos occupations journalières et des travaux auxquels est vouée notre espèce; il en est quelques-uns, les travaux intellectuels et beaucoup de ceux de l’industrie, qui ne se peuvent guère poursuivre que sous cet abri. De telle sorte qu’appelée à nous soustraire aux inlluences physiques de l’at- mosphère, en ce qu’elles ont d’excessif, en môme temps qu’astreinte à ne pas nous en diminuer notablement les propriétés chimiques et biologiques, l’habitation doitaussi nous retrancher le moins possible de la lumière qui multiplie et précise nos rapports avec les êtres et les objets environnants. L'homme a trouvé le moyen de se conserver ce guide de la vie (si 1 air en est le pabulum), sans diminuer sensiblement la valeur de l’habitation en tant qu’abri ; bien plus, l’habitation s’est prêtée à l’entretien de loyers lumi- neux artificiels, qui s’étendent même au dehors, et qui permettent au plus laborieux des animaux de prolonger le jour et de travailler encore lorsque ia nature entière est dans l’ombre. Nous avons donc à considérer : l’Éclairage naturel et l’Eclairage artificiel des habitations. A. Éclairage naturel. — Le corps éclairant est ici le soleil, dont les rayons, à la fois lumineux et caloriques, nous arrivent à travers l’atmo- sphère, plus ou moins atténués, quelquefois réfléchis par les vapeurs et les nuages. On lui donne accès dans les habitations par des ouvertures communément vitrées, de dimension et d’orientation variable. D’ailleurs on peut recevoir des rayons solaires directs, ou la lumière diffuse, ou encore la lumière réfléchie. Il faudrait toujours que la lumière pénétrât directement dans l’habita- tion, rayonnante ou diffuse, et jamais à l’état de reflet. La lumière, dans nos demeures, sert encore à autre chose qu’à faire voir les objets ; c’est un élément vital tout autant que la chaleur, dont la puissante influence sur le règne végétal tombe sous l’observation journalière et qu’il n’est pas malaisé de retrouver aussi, avec un peu d’attention, comme une des con- ditions du développement normal des animaux et de l’homme (W. Edwards, Moleschott, J. Béclard, P. Bert). Le fonctionnement de l’appareil de la vision traduit tout d’abord le degré auquel il est satisfait à cette exigence biologique et les qualités de la lumière dont les animaux ont pu jouir. Aussi pensons-nous que les habitations collectives, comme les hôpitaux, les casernes, peuvent recevoir la lumière directe sur deux faces. Dans les premiers, on se protégera parles stores et les rideaux, au moment voulu, du côté sur lequel dardent les rayons solaires. Dans les casernes, il suffira que l’on place les locaux de jour vers la lumière diffuse (au nord); d’ail- leurs, les soldats ne craignent pas trop le soleil et ne séjournent guère dans les locaux de jour, — quand il y en a. Pour des raisons que nous examinerons plus loin, il est une classe d’habitations collectives pour lesquelles on réclame la lumière directe, sans doute, mais diffuse, c’est-à-dire venant du nord. Ce sont les écoles, où l’on comprend de prime abord que la lumière doive être douce, égale, favorable aux formes des objets et jamais fatigante. ’lrès généralement, dans nos habitations particulières, ce sera encore les propriétés biologiques de la lumière qu’il faudra poursuivre plutôt que son aptitude spéciale à éclairer le travail, attendu qu’un éclairement quel- conque, pourvu qu il soit généreux, suffit à la plupart des opérations qui se pratiquent dans la maison, tandis que son intérieur a tout d’abord be- soin de 1 ensoleillage direct et prolongé. Que si la maison renferme le ca- binet d un homme occupé à des œuvres intellectuelles, cette pièce ren- trera dans la catégorie des locaux qui, sans se soustraire à l’obligation de 1 ensoleillage, sont incommodés par les rayons directs et réclament la lu- mière diffuse. Pourtant 1 éclairage parle nord est, cette fois, moins rigou- reusement commandé que dans les salles où tout un groupe lit ou écrit. L’individu isolé bénéficie plus -aisément que les groupes de la ressource des persiennes, des stores et des rideaux; au fond, les rayons obliques du soleil à son lever ou à son coucher ne gênent pas trop le travail, et c’est plutôt une visite agréable. Si la pièce n’a de fenêtres que d’un côté, comme c’est le cas le plus habituel, et qu’elles soient absolument tournées au nord, les cahiers, les livres, la bibliothèque et les murs du savant ou du lit- térateur, ne recevront jamais de soleil. Mieux vaut une orientation inter- médiaire, nord-est, nord-ouest ou même sud-est. Nous avons dit précé- demment les raisons qui militent en faveur de la direction méridionale (du sud au nord) des rues principales des villes ; en pareil cas, les fenêtres sont forcément ouvertes sur l’est ou sur l’ouest. Ce n’est peut-être pas très fâcheux, répétons-le, pour les particuliers ; mais pourtant, aux longs jours d’été, le lever et le coucher du soleil durent longtemps. La direction sud- est à nord-ouest des grandes artères, conseillée naguère et souvent adoptée, reprend, celte fois, une certaine valeur, puisqu’elle oblige les fenêtres à s’ouvrir sur le nord-est ou le sud-ouest. Il semble avantageux pour l’homme de cabinet, de choisir la première de ces deux expositions. Dans les grands ateliers, où s’accomplissent des opérations d’une cer- taine délicatesse, comme la filature et le tissage, il faut à la fois beaucoup de lumière et, le plus possible, de la lumière diffuse, égale, point trou- blée par les jeux de rayons venus de points divers et se croisant en diffé- rents sens, circonstance qui serait aussi fâcheuse pour la vue des ouvriers que pour la précision de leur besogne. Jusqu’à présent, on obtenait assez mal ce résultat par l’orientation des jours, par le verre dépoli, la manœu- vre des persiennes et des stores. De nos jours, on a pris le parti de s’é- clairer par en haut et de façon à recevoir la lumière à profusion, tout en ne la prenant que du côté convenable. Ce résultat est atteint par le toit en dents de scie (Sagedach, Shedsdach), peu flatteur au point de vue architec- tural, mais très satisfaisant pour l’éclairage, tant par l’abondance de la lumière que par la direction de haut en bas des rayons et par son unifor- mité. On tourne, en effet, d’ordinaire sur le nord, les vitres qui forment le côté à pic de chaque dent du toit. Nous avons visité des usines récentes, pourvues de ce mode d’éclairage diurne, et nous reconnaissons avec d’autres hygiénistes qu’il ne mérite, comme tel, aucun reproche. Malheureusement, l’ahsence de fenêtres latérales donne quelque peu la physionomie de prison à l’atelier, et l’on ne peut s’empêcher de concevoir un immense regret que ces vastes murailles tout d’une pièce n'ouvrent jamais une brèche par laquelle les flots d’air et de rayons solaires se précipiteraient, assurant à l’atmosphère intérieure le large renouvellement dont elle a si grand besoin. On a ménagé, sans doute, dans les angles, au bord du loil, quelques baies dites d’aéra- tion; mais désormais cet assainissement capital est voué aux moyens artificiels, qui, en vérité, ne nous rassurent qu’à demi. Nous voudrions que les ouvertures latérales existassent, comme s’il y avait des fenêtres; seulement, au lieu de les vitrer, on les armerait de volets qui seraient fermés pendant le travail et qu on ouvrirait tout grands pendant les repos. C’est la seule façon de-faire accepter a l’hygiène l’éclairage par le toit en scie. nue l'habitation accueille les rayons solaires ou qu’elle s’ouvre seule- ment à la lumière diffuse, il importe qu’elle ne se borne pas à l'éclairage par reflet, ce qu’Émile Trélat appelle la lumière morte, et ce qui se réalise si souvent clans les grandes villes, par le fait de l’étroitesse des murs et de la hauteur des maisons, ou encore par suite de la réduction extrême des cours, à l’arrière des hautes maisons bâties sur les nouveaux alignements. En effet, les percements pour l’élargissement des rues ayant enlevé une tranche verticale des immeubles, les propriétaires cherchent à regagner ce qu’ils perdent en surface en augmentant la hauteur des bâtisses et en les serrant davantage. La besogne décréter les maisons, au moins dans les vieux quartiers, compléterait avec avantage celle des percements. Sans quoi la lumière, arrivant par une rue étroite (7 mètres et au-dessous) ou par une courette, n’éclaire directement que les logements des étages supé- rieurs; les trois ou quatre étages inférieurs ne reçoivent que la lumière réfléchie en zigzag sur le mur d’en face. Si bien, dit E. Trélat, que sur les 100.000,000 de mètres carrés de planchers qui existent à Paris, il n’y en a pas plus de 20,000,000 sur lesquels un habitant assis « reçoive sur tout son corps les caresses de la lumière du ciel. » Un premier moyen d’éclairer les habitations, c’est donc de maintenir à un niveau modéré les crêtes des maisons et d’assurer Y ampleur du vide au- tour d’elles. Le second, c’est d’avoir de grandes fenêtres. La fenêtre, selon le judicieux précepte du même savant, doit occuper le quart de la face d’éclairage, mais plutôt par sa hauteur que par sa largeur, c’est-à-dire que le linteau doit être placé le plus haut possible. En effet, la lumière qui arrive le plus avantageusement aux habitations est celle qui vient d’un point intermédiaire au zénith et à l’horizon, sous une inclinaison de 3o à 40° avec l’horizontale. Or, pour que la lumière tombant sous cet angle ren- contre jusqu’au bout le plancher d’une chambre de 4m,50 de profondeur, il faut que la fenêtre ait 3 mètres de haut. Le tableau ci-dessous, d’après Trélat, indique l’inlluence 4e la hauteur et de la largeur de la fenêtre dans une pièce de 5 mètres de profondeur et de 3 mètres de hauteur. 1 KO K.>1 ES DR LA FEKÈTHE. HAUTEUR. SURRACE VOLUME LARGEUR. DE LA HAIE d'éclat rage. HE PLANCHER éclairée. DE MUR éclairée. TRAVERSÉ par la lumière. m 2 rn mq mq 4,20 5.40 8,00 mq me 2 3,60 3,60 0,00 1,71 3,80 0,06 0,36 8,00 Ainsi, en portant de 1 “,20 à 1“,80, c’est-à-dire en augmentant de moitié la largeur de la fenêtre, on n obtient que o'n<<,40 d’éclairage du plancher, tandis qu en augmentant dans la môme proportion la hauteur (3 mètres au lieu de 2 mètres), on arrive à 8m'' de plancher éclairé. Si la pièce, c[iio nous avons supposée avec 5 mètres de profondeur et 3 mètres de hauteur, a 4 mètres de largeur, la face éclairée se trouve avoir de 12 à 14 mètres carrés de surface; la fenêtre à 3 mètres de hauteur sur lm,20 de large en occupe au moins le quart et représente l"'i,20 de surface de fenêtre pour 20 mètres cubes de capacité intérieure. Baumeis- ter n’exige que 1 mètre carré de fenêtre pour 30 mètres cubes de capa- cité (Putzeys). Persiennes, stores, rideaux. — Les persiennes, jalousies, stores, rideaux, ont pour but de régler et d’atténuer l’afflux des rayons lumineux. La mode et le luxe inutile, il faut le dire, se sont aussi emparés de cette ressource et imposent trop souvent la forme et la nature de ce qui ne devrait être qu’une protection. Les persiennes doivent être à lames mobiles, susceptibles d’inclinaison sur leur axe et pouvant être appliquées au mur ou rassemblées de façon à dégager entièrement la fenêtre, quand leur .rôle n’est plus utile. On les peint avec raison en vert, d’après ce fait d’observation que la lumière tamisée à travers le feuillage des arbres est particulièrement agréable. Les stores répondent au même but avec moins d’avantages. Une modi- fication heureuse à introduire dans leur fonctionnement consisterait à en renverser le sens; ils se dérouleraient, non de haut en bas, mais de bas en haut, comme c’est établi dans quelques écoles d’Autriche. En effet, quand il y a trop de lumière, c’est par en bas, au niveau des yeux, qu’il convient d’intercepter les rayons directs ; ceux de cet ordre qui pénètrent par dessus la tête des habitants se diffusent assez pour éclairer doucement au- dessous d’eux. Les rideaux rendent encore d’une façon moins satisfaisante le service d’atténuer la lumière. D’ordinaire ils la diminuent très positivement, là où il y en avait à peine assez. Ceux d’étoffe l’arrêtent par en haut, où elle est le moins offensive et le plus efficace; et si on les ferme, c’est l’obscurité, qui ne peut guère être utile qu’à des maladies d’yeux. Les rideaux de mousseline ont l’avantage d’intercepter la lumière aussi peu que possible et mériteraient la préférence; mais la vanité n’est pas satistaite à ce prix; il lui faut de riches et lourdes tapisseries qui barrent le passage à l’air et à la lumière, mais recueillent les poussières flottantes et, tout en rétrécissant le cube intérieur, emmagasinent les miasmes. Ém. Trélat a décrit et figuré un arrangement de draperies dans lequel un rideau unique, pouvant glisser devant toute la largeur de la fenêtre, se rassemble sur un côté et peut être ramené en une courbe, non sans grâce, devant la moitié inférieure seule de la baie d’éclairage, lorsque la lumière est excessive. B. Éclairage artificiel. — La question de l’éclairage artificiel est plus complexe que la précédente. L’hjrgiène de la vue n’est plus seule en cause, cette fois; les modes artificiels d’éclairage introduisent dans nos habita- tions des corps qui sont rarement indifférents et deviennent parfois haute- ment offensifs; l’éclairage n’est obtenu qu’à l’aide de la combustion, condition de la luminosité de ces corps et, par conséquent, élève la tempé- rature intérieure en même temps qu’il mélange à l’air de nos demeures des produits plus ou moins oxydés, aux dépens de l’oxygène de notre atmosphère. La lumière électrique, que nous rangeons à part, ne fait pas absolument exception; mais réchauffement de l’air et la consommation d’oxygène sont si faibles qu’on peut les regarder comme nuis. Matières éclairantes. — L’essence du phénomène de la luminosité dans certaines combustions échappe encore aux physiciens ; mais l’.on en connaît au moins les conditions. Tous les corps capables de donner par leur com- bustion une lueur éclairante sont des carbures d’hydrogène; solides, ils doivent pouvoir fondre à une température peu élevée ; liquides, ils doivent pouvoir prendre facilement l’état gazeux ; la combustion lumineuse n’a lieu, en définitive, que sur un corps identique au gaz d’éclairage supposé pur, c’est-à-dire sur de l’hydrogène carboné. A la faveur de la chaleur et de l’afflux de l’oxygène de l’air, l’hydrogène carboné se décompose; c’est le carbone qui brûle le premier, l’hydrogène ensuite. On sait que la flamme se compose d’une partie centrale, sombre et froide; d’une partie moyenne, lumineuse, et d'une zone périphérique, peu lumineuse, mais qui a la tem- pérature la plus élevée ; c’est dans la partie lumineuse que brûle le carbone et dans la zone chaude que brûle l’hydrogène. On a dit pendant longtemps que la luminosité est subordonnée à la présence, dans le gaz en combus- tion, de particules solides, qui, dans le cas particulier, sont des molécules de charbon; on expliquait ainsi la lumière fournie par la combustion du magnésium et le magnifique éclat donné à la flamme par l’introduction de fragments de chaux, de strontiane, de magnésie, selon le procédé de Drum- mond. Mais Frankland a démontré que les particules solides ne sont pas nécessaires et qu’il suffit d’une vapeur dense, mêlée aux gaz brûlants. Lan- dolt et Hilgard sont arrivés à la même conclusion, en même temps qu’ils montraient la rapidité avec laquelle l’air atmosphérique se diffuse à travers la flamme, avec les produits de la combustion, et comment les gaz combus- tibles diminuent dans celle-ci, en même temps que les produits de com- bustion augmentent. Erismann a reconnu que les carbures hydriques cons- tituent cette vapeur dense, éclairante. Deville a établi que la température à laquelle un corps brûle a une influence décisive sur son pouvoir éclairant. C’est sur ce principe que reposent les appareils de Tessié du Motay (au gaz oxy-hydrique), dans lesquels un courant d’oxygène est projeté sur une flamme de gaz d’é- 1 airage ; au milieu de celle-ci se tient un crayon de magnésie ou de zircone. La pression forte augmente la luminosité de la flamme; faible, elle la diminue. Dans 1 air tranquille, les hydrocarbures brûlent sans fuliginosités, lorsqu ils renferment G parties (en poids) de carbone contre 1 d’hydro- gène; 1 essence de térébenthine, par exemple, qui contient 7,5 de carbone pour 1 d hydrogène, brûle avec une flamme fuligineuse que l’on évite à peine avec les lampes armées d’un tube cylindrique, faisant office de che- minée d’appel (lampes à double courant d’air). Les matières éclairantes sont solides, liquides ou gazeuses : Solides. Suif. Cire. Acide stéarique. Huile do palme. Blanc de baleine. Paraffine. Torche de résine. Liquides. Huile de colza — d’olive — de poisson. Campbine Huile du goudron — solaire Pétrole j fixes. ! volatiles. Gazeuses. Les gaz d’éclairage obtenus par distillation du bois, de la tourbe, de la houille, etc. Le suif. — Celte substance est brûlée sous forme de chandelles, dans les- quelles on est obligé de ménager une mèche volumineuse, dont la combus- tion complète est difficile à obtenir. La chandelle des six (à la livre) perd en brûlant lt grammes de son poids à l’heure; 1 gramme de suif peut porter 100Kr,33 d’eau de 0° à 100° (Moigno). Une chandelle de ce calibre échauffe, en une heure, 3mo,56 d'air de 0° à 100; t kilo- gramme de suif consomme en brùlanl 10',33 d’air. Une chandelle des six, à la température moyenne de l’appartement, fit monter d’un degré un thermomètre placé à 13 centimètres de distance, de 0°,4 un thermo- mètre éloigné de 30 centimètres. L’intensité de la lumière d’une lampe Carcel de 29 millimètres étant 100, celle cl’une chandelle est de 10,60. Si l’on ne mouche pas assidûment la mèche, on peut perdre les 3/4 de la lumière. On sait que la flamme de chandelle vacille dans tous les sens; cette circonstance, très fatigante pour les yeux, est pourtant son moindre défaut, si l’on songe à la malpropreté de ce genre d’éclairage et à l’odeur nauséabonde qu’il répand. Cette odeur est due à quelques- uns des produits de la combustion du suif, qui ne se fait pas complètement : hydro- gène carboné, acides carbonique, stéarique, margarique, oléique, acroléique, acétique, sléarone, oléone, margarone, eau, huile empyreumatique odorante. Ajoutons les particules de charbon qui ont échappé également à la combustion et que l’on retrouve dans les crachats des personnes qui font un usage habituel de ce médiocre éclairage. Les torches de résine, dont se servaient nos pères et qui flambent encore sous les baraques des bûcherons du Schwarzwald, se distinguent de même par la richesse des produits charbonneux non brûlés qu’elles projettent dans l’atmosphère. La cire, le blanc de baleine, la stéarine. — La cire ne sert plus guère qu aux flambeaux funéraires et aux ex voto; encore y est-elle mélangée de suif. La plus importante de ces matières est la stéarine dont on fait les bougies (stéariques) de l’Étoile et autres. La chimie nous enseigne comment on retire la stéarine des graisses en faisant un savon de celles-ci à base de soude, de potasse ou surtout de chaux (procédé de Milly) et en dégageant de ce savon l’acide stéarique par l’action d’un acide minéral, l’acide sulfu- rique généralement. On ajoutait autrefois un peu d’arsenic il la stéarine pour l’empêcher de cristalliser en se refroidissant; de Milly a substitué à cette pratique quelque peu dangereuse celle de verser l’acide stéarique dans des moules préalablement chauffés. Une bougie stéarique perd en brûlant 9 grammes environ de son poids par heure et consomme la même quantité d’oxygène qu’une chandelle (tO',32 d’air par kilo- gramme), en échauffant 3mo,07 d’air de 0° à 100° (Moigno). Un thermomètre placé à 13 centimètres d’une bougie s’élève de l°,3; à 30 centimètres, de 1/2 degré (à la température moyenne des appartements). La stéarine fond a 08° ; la lumière des bougies, moins large que celle des chandelles, est plus blanche; son intensité est de 14,30 (celle de la lampe Garcel = 100). Les mèches, assez minces, sont imbibées d'acide borique ou d’acide pliosphorique, qui en rend la combustion complète et supprime l’opération du mouchage. Il se produit peu de vapeur, peu d’hydrogène carboné, de l’acide carbonique, une huile lourde, une matière colorante et du charbon. En somme, les bougies stéariques sont d’un usage beaucoup plus agréable et moins offensif que les chandelles. Huiles grasses. — Les plus employées sont les huiles de colza, de navet- tes, d’olives, de poisson, de pavots. La quantité d’huile qui brûle en une heure dépend de la construction de la lampe dans laquelle on l’emploie : Lampe à mèche plate 11 gram. par heure. — astrale 26,71 — — Carcel (Schilling) 42 — — à réservoir supérieur 45 — — à pression 60 — Avec ce dernier appareil, l’intensité de la lumière d’une lampe, rappor- tée à celle de la stéarine = 100, est de 168. Il porte en une heure 20mc,17 d’air de 0° à 100°, fait monter de 3°,8 un thermomètre placé à 15 centi- mètres de distance et de 1°,1 un thermomètre à 30 centimètres. Les lampes vieux modèles dégagent en s’éteignant une vapeur odorante qui renferme du charbon, de l’hydrogène carboné, de l’acide carbonique et de l’azote; autant d’éléments agressifs pour les voies respiratoires et compromettant leur fonctionnement. Huiles volatiles. — Le pétrole, ou huile minérale, qui nous vient du Cau- case et de Nord-Amérique et occupe, dans ces régions, presque autant de bras que l’exploitation de la houille ou du fer, a pris dans ces derniers temps une extrême importance pour l’éclairage. A l’état brut (huile de naphte), c’est un mélange de substances solides (parafüne) ou gazeuses, dissoutes dans une matière liquide. Il donne, à la température ordinaire, des vapeurs dont le mélange avec l’air est explosif. Par la distillation, on sépare de cet ensemble extrêmement complexe les matières les plus vola- tiles et l’on obtient le « pétrole rectifié » d’une densité de 0,83 à 0,90, et qui est essentiellement composé d’huiles lourdes. 11 y reste cependant quelques portions de naphte, corps très dangereux, mais sans lequel le pétrole est difficilement inflammable et fume. Selon sa composition, le pétrole bout entre 26° et 72° (Allen). En France, le décret du 19 mai 1873 fait une première catégorie des huiles qui, aune température inférieure à 35°, émettent des vapeurs susceptibles de prendre feu au contact d une allumette enflammée, et une deuxième des autres. Les premières, sous le titre d'essence inflammable, sont l’objet de prescrip- tions rigoureuses. Les autres, dites huile minérale, ont plus de liberté. En Amérique, le point de démarcation est à 43°o. Roth et Lex voudraient le mettre à 52°. Le pétrole a une très grande intensité lumineuse. Il faut 532 grammes d huile pour représenter la lumière de cent bougies stéariques et seulement 320 ou môme 280 grammes de pétrole ; soit une économie de 40 p. 100. Mieux on remplit les lampes à pétrole, moins il y a de danger d’explo- sion ou de propagation du feu au liquide, puisqu’il n’y a pas d’air au-dessus de l’essence. Dans les conditions ordinaires, le pétrole versé sur le carreau on le plancher ne prend pas feu aisément, môme à proximité d’une flamme ; si, au contraire, il est répandu sur des lapis, des étoffes, un lit, il est absorbé par les tissus, s’étale en surface, donne des vapeurs et devient éminemment inflammable. L’explosion a sa plus grande force quand il y a 1 partie de vapeur sur 8 à 9 d’air (Cbandler). On a essayé de paralyser la redoutable propriété explosive du pétrole en le mélangeant d’huile de colza (o parties d’huile et 1 de pétrole), ou d’alcool amylique (Hurtault). Le premier de ces expédients n’a pas réussi. Pour le transport, on ménage dans les vases qui contiennent le pétrole un espace vide suffisant pour que la dilatation qu’il éprouve par la chaleur n’entraîne pas la rupture de ces vases. L’huile qui bout à 31-52° seulement ne donne lieu à une explosion que si l’on agite vivement la lampe, de manière à mélanger les vapeurs et l’air, et si en même temps la vapeur est artificiellement chauffée. D’ailleurs, toutes les huiles légères obtenues par la distillation du pétrole ou du goudron (benzine, éther de pétrole, photogène, huile solaire, ligroïne, lcérosine), voire la camphine, obtenue par distillation de la résine de sapin et de la térébenthine, mal éclairantes et fumeuses, parce qu’elles ne con- tiennent pas d’oxygène, sont pour le moins aussi capables d’explosion et d’incendie que le pétrole, par le mélange de leur vapeur avec l’air. On a imaginé des appareils spéciaux pour leur utilisation. Le mieux paraît être de chercher autre chose. Gaz d'éclairage. — Le gaz d’éclairage se présente tout d’abord sous la forme que la chaleur et la combustion imposent aux matières précédentes pour devenir éclairantes. Ici, toute matière est bonne, dès qu’elle peut fournir un gaz utilisable, quel que soit le résidu. D’où il semble résulter, théoriquement, que le gaz d’éclairage ne renferme plus de substances inu- tiles ou gênantes et qu’il ne doit laisser ni fumée ni cendres. C’est bien à son propos que l’on a pu songer que l’hydrogène carboné remplace les particules de charbon qui, ailleurs, rendent la flamme lumineuse ; néan- moins, Heumann persiste à croire qu’ici encore la luminosité est due à des molécules charbonneuses infiniment petites (en réalité, le gaz d’éclairage en entraîne toujours de telles). On peut obtenir du gaz d’éclairage par la distillation sèche de toute matière organique capable de donner, d’une part un résidu fixe, d’autre part des produits volatils qui, après refroidissement et concentration, se séparent en trois parties : une aqueuse, une oléo-résineuse (le goudron) et des gaz permanents. Ces derniers sont l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, l'hydrogène, le gaz des marais, etc., qui par eux-mêmes sont peu ou point éclairants, mais empruntent ce pouvoir au gaz défiant ou éthylène, dont la combustion donne une lumière éclatante. C’est surtout le charbon de terre, puis le bois, qui sont utilisés pour la fabrica- tion du gaz d’éclairage. On a essayé, ou l’on pourrait employer aussi la tourbe, le lignite, l'huile, la résine, le goudron, l’eau de savon, l'huile de schiste, les chiffons gras, les os, le marc de raisin ou de colza, etc. Schwamborn a calculé que les eaux de foulage, rejetées par les fabriques de draps, représentent rien que pour l’Europe 2 millions de quintaux de savon calcaire, que l’hygiène verrait avec une grande faveur convertir en gaz d’éclairage. Dans ces derniers temps, on a fabriqué du gaz à l’eau par des opérations repo- sant sur le principe suivant : quand, dans un tube de porcelaine chauffé au rouge vif (1300°) et rempli de fragments de braise, on fait passer lentement un courant de va- peur d’eau, celle-ci est décomposée : on obtient un mélange, à parties à peu près éga- les, d’hydrogène et d’oxyde de carbone ; il reste une certaine quantité d’acide carbo- nique. Ce gaz est inodore et serait peu coûteux; mais il éclaire moitié moins que le gaz à la houille. En revanche, il est effroyablement dangereux, en raison de sa cons- titution. Comme il se perd toujours du gaz entre l’usine et la maison, il se perdrait aussi du gaz à l’eau et ce serait surtout l’hydrogène qui s’échapperait des conduites. Il n'arriverait guère à la maison que de l’oxyde de carbone (A. Fichet, Vallin). La distillation du charbon de terre se fait dans des « usines à gaz », à l’aide de cornues en argile puissamment chauffées. Les produits de la distillation gagnent, par des tubes de fer, un premier récipient où se déposent les matières aqueuses et le gou- dron, puis circulent dans de nouveaux tuyaux de condensation, se rendent dans un ré- cipient-laveur, de là dans les appareils de purification ; enfin, en passant par un comp- teur, vont s’emmagasiner sous un gazomètre. C’est le gaz desLinéàla consommation. Le coke qui reste dans les cornues représente 70 à 75 p. 100 de la matière employée. Les résultats de la distillation de la houille se répartissent en quatre ordres de sub- stances (Roth et Lex), savoir: 1° le coke et les cendres; 2° l’eau ammoniacale; 3° le goudron : acides divers (phénique, crésylique, rosolique, créosote, etc.), bases (pyri- dine, aniline, etc.), hydrogènes carbonés liquides ousolides (naphtaline, paraffine); 4° le gaz d’éclairage, dont les propriétés éclairantes ont été découvertes par l’ingénieur français Philippe Lebon (1818) et qui,primitivemenl, est composé comme il suit : Gaz d’éclairage (non purifié). i' Acétylène. Elaïlo. Trityle. Ditétryle. t Benzol, i Styrolène. Naphtaline. Acétylnaphtaline. Fluorène. Propylo. Butyle. , / Hydrogène. Eléments do dilution ou photophores ) Hydrure de méthyle. ^ Oxyde de carbone. Acide carbonique. Ammoniaque. Acide cyanhydrique. — sulfocyanhydriquo. — sull'hydriquo. Hydrogène carboné, sulfuré, peut-être même : Sulfuro de carbone. Azote. Impuretés . / Gaz. Éléments éclairants ou photogène. J Vapeurs. AnxoüLD, Hygiène. 2e édit. 43 Après l’oxyde de carbone et avec lui, ce sont les éléments de la dernière catégorie qui excitent le plus la sollicitude de l’hygiène. Si l’on ne trouve pas le moyen de les éliminer, il est il craindre qu’ils ne pénètrent avec le gaz dans les appartements, à l’occasion de fuites accidentelles ou d’appa- reils de conduite défectueux; abstraction faite de cette éventualité, il se peut que quelques-uns d’entre eux échappent à la combustion, ou que leur oxydation donne lieu à des produits nocifs. De là les justes proscrip- tions des hygiénistes et les efforts des ingénieurs pour arriver à fournir à l’éclairage des habitations du gaz pur, c’est-à-dire dépouillé des corps étrangers dont il esL question. Les acides sulfhydrique, cyanhydrique, sulfocyanhydrique, et le sulfure de carbone ne préexistent pas dans la houille; ils sont évidemment le résultat de la distillation. L’analyse chimique ne peut reconnaître dans la houille, en outre du carbone et des carbures hydriques solides, que l’oxygène, l’azote et le soufre en quantités variables; mais on n’y trouve ni les carbures solubles dans l’éther ou les huiles essentielles, ni Y ammoniaque en combinaison avec quelques acides (Kühlmann). Le soufre provient en partie des pyrites qui imprègnent les dépôts de charbon de terre, mais probablement aussi, pense Kühlmann, de la réduction des sulfates solubles et en particulier du sulfate de chaux. Quelques pyrites contiennent de Yarsenic; de là les petites quantités d’hydrogène arsénié qu’on trouve quelquefois dans le gaz d’éclairage. L'acide cyanhydrique et l’acide hyponitrique, qui donnent particulièrement aux gaz d’éclairage des propriétés délétères, sont engendrés par l’ammoniaque en présence de l’oxygène; Kühlmann en a expliqué la formation. Les acides sulfureux et sulfurique s’expliquent par la combustion de l'acide sulfhy- drique et par la facilité avec laquelle l’acide sulfureux se convertit en acide sulfu- rique. Quant à l’acide carbonique et à l’oxyde de carbone, la formation s’en explique aisément parla présence simultanée d’oxygène et de carbone. Épuration du gaz d'éclairage. — Le gaz se purifie déjà par le lavage, l’ammoniaque étant en grande partie absorbée par l’eau ; ce qui donne, dans les usines, des produits soigneusement recueillis pour l’agriculture. Mais il faut recourir à des moyens d’épuration supplémentaire par la chaux, les chlorures de manganèse, les sels de fer, ou l’action directe de 1 acide sulfurique. Dans quelques usines d’Angleterre, on fait couler cet acide dans des colonnes en plomb munies de coke et à travers lesquelles le gaz chemine en sens contraire du liquide. La chaux sèche, seule, absorbe d’abord de l’eau, puis l’acide carbonique, l’acide sulfhydrique, 1 acide cyanhydrique, l’acide sulfocyanhydrique et quelques autres éléments liés à la présence de l’ammoniaque; humectée, elle retient une part de 1 am- moniaque et des sels qui en dérivent. Le lait de chaux absorbe plus encore d’ammoniaque. En ajoutant à la chaux le sulfate de fer et de la sciure de bois, on prépare le mélange de Laming, dans lequel l’oxyde de fer décom- pose l’hydrogène sulfuré, tandis que la chaux opère comme précédemment. L’épuration par l’hydrate d’oxyde de fer présente cet avantage que 1 oxyde de fer a la propriété de se revivifier spontanément à l’air après qu il a été sulfuré dans les cuves. Voisinage des usines à gaz. — On peut noter ici les inconvénients du voisinage des usines à gaz pour les habitations à proximité. Chandler les a signalés pour New-York; Fronmüller mentionne expressément, pour Nuremberg, la fumée et la suie, les vapeurs émanées des cornues (assez peu dangereuses, a-t-on dit, sous prétexte qu’on y expose les enfants atteints de coqueluche — sans succès d ail- leurs); les vapeurs qui s’échappent de l’eau tout autour des gazomètres; les dan- gers d’explosion, plus redoutés du vulgaire que réels, et qui ne se réalisent guère que dans la chambre des cornues, par suite du mélange de l’air avec le gaz (1 vol. de gaz avec S à 10 vol. d’air, d’après lourdes et Würtz, donne lieu, sous l’in- fluence de la flamme, à une explosion violente; selon Pappenheim, le mélange est dangereux depuis 1 sur 4 jusqu’à 1 sur 13 à 16); les efl’els sur la végétation, plus hypothétiques que démontrés; enfin, et c’est l’inconvénient le plus sérieux en même temps que le plus grave, l’infiltration de sels ammoniacaux et d’acide sulfurique dans les eaux du sous-sol environnant, reconnue par le chimiste Lan- ghans. On peut, heureusement, y pourvoir par la construction de bassins étanches et l’établissement de conduites d’évacuation portant les eaux ammoniacales à de grandes distances. Éléments dangereux du gaz. —h'ammoniaque ne brûle pas avec les becs dits de Bunsen; elle donne lieu à la formation de cyanure d’ammonium (Romilly). Les produits de combustion du soufre et de l’hydrogène sulfuré répandent dans l’appartement des vapeurs d’acides sulfureux et sulfurique très irritantes; il se dépose sur les verres qui surmontent les becs et sur les vitres un enduit blanc de sulfate d’ammoniaque. Les procédés d’épuration viennent aisément à bout de l’hydrogène sulfuré. L'acide carbonique et Yoxyde de carbone se trouvent toujours dans le gaz d’éclairage; le second, dont la nociveté commence à 1/75 et est déjà éner- gique à 1/30 (Tourdes), représente de 4 à 15 p. 100 du volume de certains gaz de bois ou de tourbe. L’oxyde de carbone du gaz d’éclairage paraît se brûler assez exactement quand les becs sont bien construits. Gréhant fait brûler un bec d’Argand sous une cloche où le gaz et l’air arrivent au moyen de tuyaux dont le débit est connu, et les produits de la combustion sont refroidis et recueillis dans un ballon. La respiration de 20 litres des gaz ainsi obtenus diminue seule- ment de 0CC,5 le pouvoir absorbant du sang d’un chien pour l’oxygène. La différence est de 1 cent. cub. si, au lieu d’un bec d’Argand, l'on a employé le bec de Bunsen. Dans tous les cas, c’est à peine si les produits obtenus renferment des traces de GO. Bien plus, la combustion d’éclairage consomme les proportions de CO qui pourraient se trouver dans l’air, ainsi que ce savant l’a démontré en alimentant la flamme d’un air à 1/400 de CO. Voilà un nouvel exemple de l’assainissement par l’éclairage. Gréhant le regarde comme applicable à l’air des mines. La garantie des becs bien faits est évidemment dans la cheminée dont on les surmonte et qui assure le tirage. Les becs de rue n ont pas de cheminée, mais l’oxyde de carbone peut se diluer dans la masse atmosphérique libre. 111 va sans dire cIue le mélange de gaz et d’air (fuites) peut être l’occasion d explosions dans les maisons particulières aussi bien que dans les usines. Usage duga* d éclairage. Les produits de la combustion du gaz-lumière sont essentiellement : 1 eau, l’acide carbonique et l’azote. Ils renferment aussi du charbon non brûlé et peuvent présenter une certaine proportion d’acide sulfureux, de cyanure d’ammonium, d’acide nitrique (produits de la combustion de l’ammoniaque), d’acide sulfurique provenant de l’oxydation de l’acide sulfureux. D’après F. Fischer, 1 met. cub. de gaz d’éclairage consomme lœc,12 d’oxygène et produit 0mo,57 ou luil,13 d’acide carbonique et lkil,07 de va- peur d’eau. Ces chiffres sont probablement faibles et, selon A. Thomas (Lille), devraient être : oxygène dépensé imc,60; CO2 produit lk,650; vapeur d’eau lk,254. Cette consommation d’oxygène et cette production de CO2 sont loin d'approcher des dangers d’explosion et d’empoisonnement. A lumière égale, le gaz n’échautferait et ne souillerait même pas autant l’air que les autres matières éclairantes (Odling). Le gaz extrait du pétrole, beaucoup plus pur que celui du charbon, ne renferme ni produits ammoniacaux, ni composés sulfureux, ni acide carbonique, ni oxyde de carbone. Il représente par volume 4 à 5 volumes de gaz ordinaire; il échauffe moins l’air que celui-ci; lorsqu’il y a une fuite, on le reconnaît aisément à l’odeur de pétrole, d’ailleurs moins désagréable que celle du gaz au charbon. Un bec de gaz au charbon, consommant 138 litres à l’heure, porte 134 mètres cubes de 1° à 100° (Briquet). A 30 centimètres d’une flamme de gaz entourée d’un verre cylindrique, un thermomètre s’élève de 2°; à 13 centimètres de 6 degrés. Hammond a constaté que la flamme d’un bec simple, dans une pièce cubant 1600 mètres cubes, portait la température de 12°8 à 17°,2 et la maintenait à ce taux pendant plusieurs heures. Wazon calcule que le becBengel, correspondant à la lampe Carcel de 42 grammes à l’heure, brûle 103 litres de gaz par heure en produisant 88 litres de CO2, lesquels exigent 176 mètres cubes d’air pour maintenir l’atmosphère au titre de 1/1000 d’acide carbonique. A raison de 6814 calories produites par la combustion d’un mètre cube de gaz, 105 litres en produiront 715, lesquelles pourront échauffer les 176 mètres cubes d’air de ventilation de 13 degrés. On sait quelle chaleur insupportable se développe, à la fin de la soirée, dans les salles de réunion, bibliothèques, amphithéâtres de cours, cafés, éclairés au gaz ; dans les magasins luxueux de Paris et dans certains ateliers. La situation n’est pas tenable sur les gradins supérieurs ou dans les galeries. Ces locaux sont aussi mal ventilés, d’ailleurs, que surchauffés; le calorique s’y accumule donc tout autant que les souillures organiques. Pourtant ils ne renferment pas rien que des visiteurs de passage; des employés des deux sexes, la plupart jeunes gens, passent de longues heures dans les magasins à lutter contre réchauffement, â s’affaiblir et à contracter une anémie dont ils ne reviennent plus. Parmi les circonstances qui réclament une ventilation puissante dans les locaux éclairés au gaz, cet échauffement de l’atmo- sphère est une des plus impérieuses. Elle mérite atttention peut-être plus encore que l’extraction des produits de la combustion du gaz, auxquels il suffit d'ouvrir quelque issue à la partie supérieure de la pièce pour qu’ils se dirigent naturelle- ment au dehors. Comparaison des diverses matières éclairantes. — Cette comparaison, qui serait bien utile, n’est pas d’une exécution simple, malgré les instruments générale.] inventés pour ce but : Photomètres de Bunsen, de Rumford, de Muspratt. En Allemagne, on prend pour unité la bougie de paraffine, matière iden- tique à elle-même, puisqu’elle est obtenue par cristallisation, brûlant 7Kr,7 de paraffine à l'heure; en Angleterre, la bougie de spermaceti. Dans le tableau ci-dessous, de Wagner, on appelle intensité lumineuse la lumière obtenue à dépense égale de matière, et pouvoir éclairant la lumière obtenue à dépense égale d’argent. a MATIÈRES COLORANTES. P CONSOMMATION FAR HEURE en grammes. 1 INTENSITÉ LUMINEUSE. 1 bougie de cire = 100. G CLARTÉ I'OUR 10 GRAMMES de matière. £ POUVOIR ÉCLAIRANT. La bougie de cire = 100. Cire 9,02 102,0 111,02 100,0 Stéarine 9.94 95,5 90,05 84 Blanc de baleine 8,87 108,3 123,17 108 Suif 8,87 90,25 101,70 90 Paraffine (lre qualité) 8,83 )) 94,69 83 — (2' qualité) 8,49 )> 139,87 123 Huile de colza (lampe modérateur). 40,69 694,0 170,07 159 — ( — de cuisine).. 7,33 45,67 62,30 55 — ( — d'étude) 9,86 114,1 115,80 102 Photogéne 20,02 )) 149,03 131 Huile solaire 26,82 )) 225,64 199 Pétrole 15,6 )) 174,40 180 8,9 )) 186.1 195 Pour le gaz-lumière, le pouvoir éclairant (e) varie selon la provenance : Gaz de charbon de Newcastle-Pelton 197,0 — de Zwickau 216,7 Gaz de Boghead 590,2 Gaz de bois 253,3 Gaz d’huile 535,8 D’après les déterminations du Gas-Board de Londres, une lampe Carcel, qui brûle 42 grammes de colza par heure, équivaut à 9 bougies de blanc de baleine, de G à la livre, dont chacune brûle 7sr,8 à l’heure (Wagner). Cette lampe Carcel étant prise pour unité, la Commission parisienne a cal- culé que la force d’un cheval donne, en lumière électrique, par l’arc voltaï- que : 71 à 113 Carcels; avec la bougie électrique, 25 à 52; par incandes- cence, 12 à 22. Fischer, sur ces bases, conclut que pour une intensité lumineuse de 100 bougies allemandes, il faut de 0,09 à 0,25 de cheval en lumière d’arc voltaïque, 0,46 à 0,85 en lumière par incandescence. Cette quantité de lumière coûte, en centimes: 6,7 à 15,4 par l’arc voltaïque; 18,5 par l’incandescence; 18 par la lampe à gaz Argand, 6 à 13 par le pétrole, 50,3 par la lampe Carcel à l’huile de colza, 200 par la chandelle de suif; 202 par la bougie de stéarine. Selon Payen, pour obtenir la môme intensité lumineuse, il faut brûler : G3 gr. à 3 fr. 80 — 0,80 42 — 1,40 centimes, le kil. 19.00 — 14,35 — 5,88 Bougies stéariques de 10 au kilogr Chandelles (lumière variable) Huile de colza épurée Gaz do Rouille, becs usuels — becs à air cliaud... — plus 26*,60 de car- bures volatils.... Gaz de boghead, becs à air chaud.. 100 litres = 50 85 litres = 42 — 0,30 — Id. centimes. lem. c. 3,00 2,55 GG litres = 3G 25 litres = 25 — Id. — i,po 2,40 2,50 Appareils d’éclairage. — Les chandelles et bougies sont mises en usage h l'aide de supports dont il n’y a rien à dire, parce que la forme peut en être indéfiniment variée sans que cela tire à conséquence pour l’hygiène et parce que le véritable appareil d’éclairage, dans le cas actuel, est la mèche, qui sert à conduire par capillarité la matière éclairante fondue jusqu’au point où ce liquide se convertit en gaz parla chaleur. La mèche elle-même contribue à l’éclairage en introduisant des molécules de charbon dans la flamme. Si la mèche est trop épaisse, elle refroidit la flamme et rend son centre plus obscur au lieu d’aider à l’éclairage. Le problème à résoudre consiste donc à trouver une mèche suffisamment volumineuse pour déployer un pouvoir capillaire considérable, et suffisamment grêle pour brûler entiè- rement et ne rendre la flamme ni moins vive ni fumeuse. Nous avons vu plus haut que l’on augmente la combustibilité des mèches par l’acide borique ou l’acide phosphorique. Lampes à huile. — Morache les rapporte à deux types bien distincts : les lampes à aspiration et les lampes à pression. Les premières sont à l’état primitif dans la lampe funéraire antique, représentée dans les bas-reliefs. On voit encore ce modèle dans les campagnes ; un petit récipient large et plat, dont le bord est contourné en bec sur l'un de ses points, reçoit à la fois l’huile et une mèche ronde ou plate qui repose par l’une de ses extrémités sur le bec du récipient. Comme la surface du liquide est beaucoup plus large que son épaisseur, la mèche trempe dans l’huile tant qu’il y en a elle niveau de cette huile n’est jamais très au-dessous du point où la mèche brûle. Cela n'em- pêche pas ce sysLème d’être sale, l’appareil facile à renverser, la flamme fumeuse et puante ; il faut, d’instant en instant, avancer avec une pointe la mèche qui se consume progressivement. On a fait des réservoirs arrondis, clos, dont la parlie supérieure est surmontée d’un court cylindre aplati, en laiton ou en fer-blanc: une des extrémités de la mèche est engagée dans celui-ci, l’autre trempant dans l’huile; on la monte avec une pointe ad hoc ou même à l’aide d’une crémaillère; dans ce cas, on se sert habituellement de mèches plates, tressées. C’est un progrès; mais l’appareil ne fonctionne convenablement qu’aulant que le réservoir est suffi- samment rempli; quand l’huile baisse, son afflux au point enflammé se ralentit d’autant et la lampe éclaire de moins en moins. A la fin du dernier siècle, Argand avait inventé sa mèche cylindrique, creuse, qui tout d’abord était un grand pas dans la pratique de l’éclairage; en effet, l'air circule au centre de la flamme de ces mèches et en fait presque disparaître le centre obscur ; les verres cylindriques, dont Quinquet (1785) la surmonta bientôt et dans lesquels se fait un courant ascendant, contribuaient de leur côté à activer la combustion et, par conséquent, à réduire encore la zone obscure et les fuligino- sités. Restait à trouver le moyen de rendre uniforme l'arrivée de l’huile au point en ignilion de la mèche. Proust, le premier, résolut ce problème en construisant une lampe de cabinet à ]iression. Le réservoir, au lieu d'être sous le foyer, était à côté, portant l'huile a un niveau égal et même supérieur à celui du point de combustion de la mèche, au- quel il était réuni par un canal de faible calibre; c’était simplement la pesanteur qui faisait affluer l’huile au foyer. L'afflux était rendu surabondant, pour être tou- jours suffisant, et un godet vissé au-dessous du foyer recueillait l’huile en excès. Munie d’une mèche d’Argand et d’un tube de verre aspirateur, cette lampe éclai- rait très bien du côté de la mèche; mais le réservoir, évidemment, faisait ombre du côlé opposé. Satisfaisante pour un travailleur assis à son bureau, perfectionnée par l’adjonction d’un ré- flecteur opaque, elle ne pouvait être placée sur une table réunissant un cercle de convives. C’est pour ce dernier but que l’on imagina la lampe astrale, dans laquelle le réservoir, en forme de couronne, était au- tour et entièrement au-dessus du bec. Celle-ci éclai- rait dans tous les sens, sauf dans la direction supé- rieure en regard du réservoir. Néanmoins, la pression n’était pas absolument uni- forme; les godets ne laissaient pas que d’entraîner une certaine malpropreté de maniement. Les appa- reils à pression mécanique, replaçant le réservoir sous le foyer, donnant une pression constante et égale, supprimant les godets, ont répondu à toutes les exi- gences et, sauf des modifications de détail, il n’y a pas à chercher mieux. On sait que la lampe Carcel, qui fut la première réalisation de cet important pro- grès, devait sa pression à une petite pompe foulante mue par un mécanisme d’horlogerie. Celui-ci, un peu coûteux et disposé aux dérangements, a été la cause pour laquelle la Carcel s’est vue supplantée par la lampe Franchot, ou modérateur. Dans celle-ci, la pres- sion est obtenue par un piston que fait mouvoir un ressort à boudin (fig. 155), tendu par une tige à cré- maillère. Le modérateur, à proprement parler, est une tige métallique, conique, engagée dans le tube par lequel l’huile monte sous l’action du piston. Fig. 155. — Lampe modérateur à réservoir de cristal (*). Ces lampes sont disposées pour recevoir, autour de la flamme, un tube cylindrique faisant l’office de cheminée d’appel. On donne à ce tube la forme de deux cylindres joints bout à bout et dont l’inférieur est d’un dia- mètre plus considérable que le supérieur. Ce rétrécissement du tube au-dessus de la flamme a pour but de rejeter sur celle-ci les gaz et les vapeurs qui, en se dégageant latéralement, pourraient échapper û la combustion. La lampe modérateur brûle environ 60 grammes d’huile par heure avec une intensité lumineuse de 168 (celle de la stéarine = 100). Elle peut porter en 1 heure 20”«, 17 d’air de 0° à 100°. A la température moyenne des appar- tements, elle échauffe de 3°,8 un thermomètre placé à 15 centimètres, et de 1°,1 le même instrument à 30 centimètres de distance. J > P’ p,S °n °° CU1(. <1<" 8 appuie sur la paroi s s*. Ce cuir est traversé par un tube extensible E £,qu. contient une t'ge conique a. Une crémaillère c, qui engrène sur le pignon p, permet rie relever I p.slon P en tendant le ressort II. Ce ressort, en se distendant, fait monter l'huile par le tube t; la tige coni que a en modéré 1 ascension. Lampes à pétrole. — Tandis que c’est la combustion de l’huile qui dégage de celle-ci les vapeurs à flamme lumineuse, le pétrole offre naturellement ces vapeurs à la combustion, sans que le liquide subisse de décomposition. Les lampes à pétrole sont donc des lampes à aspiration, dans lesquelles le récipient se trouve- à quelques centimètres du foyer. La mèche, coupée bien nettement, doit à peine dépasser le bord du tuyau d’ascension; le récipient sera assez éloigné du foyer pour ne pas en être chauffé. Toutes ces conditions font comprendre que le pétrole ne saurait être brûlé dans des lampes à pression, puisque celles-ci font arriver le liquide même à la flamme. On utilise avec avantage, dans les lampes à pétrole, la mèche cy- lindrique d’Argand, en s’arrangeant de façon que le courant d’air qui arrive cà la flamme contribue à refroidir le réservoir d’essence (lampe Marmet). Güntner a construit une lampe dans laquelle un réservoir d’eau surmonte le récipient à pétrole; l’eau, pénétrant goutte à goutte, déplace l’essence; si la lampe vient à être renversée, l’eau arrive dans le tuyau de la mèche et écarte tout danger d’incendie. Les appareils Mille permettent d’utiliser pour l’éclairage les huiles légères; une couche d’éponge ou de liège au fond du récipient est simplement imbibée du liquide; l’air se mélangeant à la vapeur d’essence devient lourd, et s’échappe par un tuyau à l’extrémité du- quel on peut allumer ce mélange comme on fait du gaz d’éclairage. Briinner (de Vienne) brûle de la benzine dans le fond d’une lampe astrale en fer- blanc, sur laquelle est vissée une mèche d’aspiration s’échappant par une ouverture de la grandeur d’une lentille. Distribution et becs de gaz d’éclairage. — Au sortir du gazomètre, sous une pression que Morache estime à 47 millimètres, pour une vitesse de 26 mètres à la seconde, le gaz d’éclairage pénètre dans un réseau de canaux souter- rains qui le distribuent aux diverses rues des villes et sur lesquels sont branchées les conduites des maisons particulières. La pression à l'usine doit pouvoir varier, en raison des circonstances nombreuses qui font éga- lement varier les besoins sur les points de consommation; il suffirait, par exemple, qu’un établissement important allumât à la fois tous ses becs pour que la pression devînt insuffisante dans la maison voisine, alimentée par la même artère. Un outillage bien fait est en mesure de rétablir rapide- ment l’égalité de pression. Le point délicat, aussi bien pour l’économie financière que p our l’hygiène, est d’assurer une distribution de gaz sans déperdition. Nous exposerons tout à l’heure la gravité des accidents qui peuvent résulter des fuites. Il faut employer des tuyaux d’une longue résistance el des joints imperméables. L’expérience a sanctionné la vogue dont jouissent aujourd’hui les tuyaux en fonle à cordon etemboîlement avec joints coulés en plomb et matés, et les tuyaux en tôle à joints précis. Les hauts fourneaux de Marquise et de Pont-à-Mousson fournissent d’excellents tuyaux de fonte; la société Chameroy el Ci0 produit annuellement 9 millions de tuyaux en tôle el bitume (Wazon), dans lesquels la Compagnie pari- sienne d’éclairage et de chauffage par le gaz compte pour 1,500,000 mètres. « Les tuyaux Chameroy sont fabriqués avec de la tôle plombée sur les deux faces, puis rivés avec soin et soudés; une fois munis de leurs joints précis, ils sont essayés à la presse hydraulique à 8 atmosphères ; ils sont ensuite revêtus d’une épaisse couche de bitume. Leur joint précis, en forme de piston, est étanche et dilatable. » La plupart des systèmes de joints, et ils sont nombreux, sont en caoulchouc, substance très commode pour cet usage, à la condition d’être de bonne qualité (système Petit, Somzée, Lavril). Le laiton ferait des tuyaux de conduite irrépro- chables; mais, en raison de son prix, on ne l’applique qu’aux conduites parti- culières. On évite d’introduire le cuivre dans les pièces qui doivent être en contact avec le gaz ; l’action de l’ammoniaque donne lieu à un composé de cuivre et d’acé- tvlène, signalé par Berthelot, et des plus dangereux. Les ouvriers emplo}'és à la pose des branchements et aux réparations, et qu'on appelle plus particulièrement gaziers, sont quelquefois surpris par d’énormes bouffées de gaz et présentent les signes de l’asphyxie pure, plutôt que ceux de l’empoisonnement par l’oxyde de carbone. La preuve de la nature de ces accidents est qu’ils sont rapides et très fugaces; remis à l’air, l’ouvrier se rétablit presque aussitôt. Il n’en est pas de même de ceux qui travaillent aux cornues dans les usines ; à la faveur d’une aération insuffisante des hangars de distillation, de mau- vaise construction des cornues et probablement de certaines négligences, ceux-ci inspirent à intervalles fréquents de l’oxyde de carbone et, après quelque temps de travail, offrent les signes de l’empoisonnement subaigu par celte substance. Uu moins avons-nous observé, chez un ouvrier d’usine à gaz, l’anémie avec déglobu- lisation, syncopes, palpitations, diarrhée hémorrhagique, qui caractérisait autre- fois Y anémie d’Anzin, el dans laquelle l’oxyde de carbone paraît avoir joué un rôle important. Notons seulement qu’ici la haute température renfo'rce l’action toxique. Les conduites de gaz doivent être placées à une profondeur suffisante dans le sol pour rendre le gaz (riche en eau) insensible à la gelée et aux trépidations que le passage des voitures sur la chaussée imprime au terrain. En vue de ce dernier agent et en prévision du tassement inévitable de la terre en dessus et en dessous, il est nécessaire de prendre, dans la pose des tuyaux, des précautions spéciales qui sont du ressort des ingénieurs. Le gaz, amené par les conduites particulières dans les habitations, traverse un compteur et vient terminer sa course en s’échappant, à l’aide du jeu d’un robinet, par un appareil disposé en vue de la combustion de la matière éclairante qui, nous l’avons dit, étant toute prête à remplir cet office, n’a pas besoin d’être aidée d’une mèche. Cet appareil est le bec de gaz. Il en existe des modèles assez variés qui, pourtant, peuvent se réduire à deux, l’un imitant la mèche plate, l’autre la mèche cylindrique creuse. Il est évident, à priori, que le second est plus avantageux pour 1 éclairage et pour l’économie. L’éclairage public (lanternes des rues) et quelques établissements d’ins- truction (lycées, classes du soir) ont adopté le bec fendu, d’où la flamme jaillit en aile de chauve-souris (fig. 156) ou sous forme de papillon. Cette disposition procure nécessairement l’économie du verre cylindrique, d’as- pii ation. Hors de la, elle est plus coûteuse qu e la suivante et singulièrement fatigante pour le travail à la lumière artificielle, par suite du « papillotte- ment » incessant qui l’agite. Elle devrait être exclue des écoles et des ateliers, pai cette raison surtout qu’elle est la plus compromettante pour la pureté de l’air, puisque le gaz y est moins exactement brûlé. Dans les nabitations, les salles de réunion tant soit peu confortables, on s éclaiie a\ ec les becs ronds, ou plutôt annulaires, desquels le gaz s’échappe 682 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène par un nombre variable (8 à 30) de trous, disposés en cercle sur une sur- face plane cl distants les uns des autres de 3 millimètres (bec d’Argand). Ce mode est combiné avec l’emploi de verres cylindriques et de globes de cristal. La combustion du gaz y est plus parfaite que dans le système précédent et la flamme n’a pas d’os- cillations (fig. 157). Cohn a dit avec raison que la flamme vacillante est insupportable pour l’éclairage. 11 paraît que quand un moteur à gaz s’alimente sur la même conduite que l’éclairage des voisins, les becs de ceux-ci ressentent, sous forme d’oscillations verti- Fig. 156. — Flamme de gaz pour l'éclairage public. Fig. 157. — Flamme de gaz pour l’éclairage privé (*). cales, les chocs qui se passent dans le mécanisme. Il y a donc lieu, en pareil cas, d’imposer des conduites bien distinctes. Le gaz doit arriver au brûleur sous la plus faible pression possible. Le bec Siller-Argand est disposé de telle sorte que deux courants d'air arri- vent à la surface interne de la flamme et deux à la surface externe; il pos- sède un régulateur automatique de la pression. Il est reconnu que la basse température de l’air qui alimente la com- bustion rétrécit la flamme des lampes et en diminue l’intensité. Une partie du gaz échappe même à la combustion. Pour faire disparaître cet inconvé- nient — et, par suite, économiser le gaz, P. Siemens a imaginé son bec récupérateur, constitué de trois chambres concentriques : « dans la pre- mière, qui est la plus externe, monte l’air destiné à la combustion; la deuxième est réservée au courant de gaz ascendant, tandis que les produits à extraire se dirigent vers le bas à travers le compartiment central et, dans ce trajet, abandonnent aux deux premières chambres une grande partie de leur chaleur. L’aspiration est obtenue au moyen d’une cheminée qui part de l’extrémité inférieure du compartiment médian et se rend un (*) c, canal pour le gu* ; cc, anneau; d il, cylindre de verre. tuyau de fumée ou à l’air libre. » (Putzeys.) Ce système débarrasse donc les locaux des produits de la combustion du gaz, en même temps qu’il est économique. On lui reproche l’inélégance de ses appareils. La ligure 158 reproduit l’aspect général des lampes à bec récupérateur. Dans le cas parti- culier, on a fait servir l’appareil, non seule- ment à l’évacuation des gaz de combustion, qui se rassemblent en B, mais encore à celle de l’air vicié de la pièce, par la gaine A, pra- tiquée dans l’entrevous E. Le modèle ci-des- sus est l’un de ceux de la maison Wenham, de Paris. Le système Wouters, appliqué par l’usine Sée, à Lille, en est un perfectionne- ment, remarquable parle haut degré auquel est portée la récupération. Salubrité et assainissement de l’éclairage artificiel. — L’influence de l’éclairage artifi- ciel doit être considérée : 1° par rapport à l’organe de la vue ; 2° par rapport à 1a. respi- ration et la santé générale. 1° Vis-à-vis de l’organe et de la fonction Fig. 158. — Lampe à gaz Wenham visuels, les dangers de l’éclairage artificiel (système récupérateur). sont par excès ou par défaut : a. La lumière artificielle peut être agressive pour l’œil en raison de ce fait que les flammes éclairantes rayonnent de la chaleur en même temps que la lumière. Les rayons obscurs sont même les plus nombreux, de beaucoup (80 à 94 p. 100). Les milieux réfringents de l’œil absorbent ces rayons calorifiques (Janssen), la cornée les deux tiers, l’humeur aqueuse les deux tiers du reste, de telle sorte qu’il en arrive à peine aux tissus pro- fonds; mais l’irritation extérieure sur les paupières et leur bord, sur la cor- née, n’en est pas moins positive. Le verre est, heureusement, impénétrable pour une bonne part de ces rayons chauds ; une épaisseur de verre de 2 à 4 millimètres en arrête de 40 à 00 p. 100 (Landsberg). Le mica jouit de la même propriété. L’utilité des verres cylindriques, déjà si efficaces pour la combustion parfaite des gaz d’éclairage, prend donc un nouvel aspect. On s’explique, par la même rai- son, le rôle des globes. Ils soulagent les yeux, non seulement en atténuant l'intensité de la lumière artificielle lorsqu’il y a lieu, mais en interceptant les rayons chauds, offensifs pour l’œil. Pour augmenter cet effet du verre sur la chaleur rayonnante, très gê- nante dans les « lampes de travail », Schuster et Baer entourent la flamme de deux verres cylindriques, l’un plus large que l’autre; entre les deux, passe un courant d air ascendant qui emporte une forte part de la chaleur. Fischei conseille même de teinter de bleu le cylindre extérieur, ce qui di- minue, à la vérité, 1 intensité lumineuse, mais n’a pas grand inconvénient dans une lampe de travail. D ailleurs, on éloigne le foyer de lumière, lorsque par sa nature, comme "a p !v celle du gaz, elle est d’une ardeur compromettante. 11 est convenu, par exemple, que dans les écoles, les becs de gaz seront à 1 mètre au-dessus de la tôle des enfants. Mais il faut ne pas oublier qu’en pareil cas la clarté de la lumière diminue comme le carré des distances (H. Cobn). Les imprimeurs, les horlogers et quelques autres ouvriers dans des con- ditions analogues, qui ont besoin d’avoir la lumière près d’eux, préfèrent les lampes à huile ou à pétrole au gaz, en raison de la différence d’échauf- fement. L'intensité elle-même de la lumière artificielle peut blesser l’œil, soit di- rectement, soit par réflexion. Il est dangereux de regarderie soleil en face, même avec des verres fumeux; il y a un q cécité des neiges; l’éclair qui accom- pagne les coups de tonnerre a causé des troubles visuels passagers et l’on cite les deux observations de Nodier « d’ophthalmie causée par la lumière électrique » ; observations, toutefois, qui ne se représentent pas de nos jours. Dans touslescas, ainsi que l’ontformulé Em. Trélat et Hermann Cohn, il est certain que tout foyer lumineux d’une certaine intensité, dont les rayons rencontrent l’œil directement, cause une situation désagréable et même une souffrance ; il est même constant que s’il arrive, sur l’objet (livre ou cahier surtout) que l’œil examine, une quantité excessive de lumière, il en est réfléchi une partie également excessive, qui affecte encore péni- blement la vision. En général, il ne faut pas que l’œil voie la source de lumière; nous ne voyons pas le soleil; le plafond du théâtre du Châtelet est autrement agréable que les lustres, dont une partie des spectateurs sont aveuglés ; les couronnes de becs de gaz (Sonnebrenner, Sun burners) employées dans les salles de réunion sont tolérables, si elles sont placées fort au-dessus de la tête des assistants; la lumière électrique elle-même n’est agréable que quand on n’en rencontre pas du regard la source. En revanche, il n’est pas douteux que le « cordon de petites lampes à in- candescence » que Javal propose de mettre sous chaque balcon de l’Opéra, de façon que pas un des spectateurs n’échappât à la vue directe d’un foyer lumineux, serait tout à fait insoutenable. Sans doute, on se place devant les yeux des verres bleus ou jaunes, comme Fieuzal les préfère, à moins que l’on n’entoure de verres semblables le foyer lui-même de la lumière. Mais il reste démontré que l’axiome de Javal : «jamais trop de lumière artificielle », n’est pas conforme aux besoins de l’hygiène. 11 faut, dit H. Cohn, éloigner de l'œil ces sources de lumière directe ou les entourer de globes. Si ces deux précautions n’empêchaient pas la lumière d’arriver en excès aux objets sur lesquels doit s’exercer la fonction visuelle et de se ré- fléchir d’une façon agressive vers l’œil, les verres, les globes, les abat-jour sont insuffisants et il faut diminuer la source de lumière. b. L’insuffisance de lumière n’est pas moins grave. Les recherches de de Mayer, Aubert, Cohn, Carp, ont montré que l’acuité visuelle augmente un peu plus vite qu’en proportion arithmétique, quand l'intensité lumi- neuse croît en progression géométrique et réciproquement. Mais il est remarquable que l’acuité visuelle baisse beaucoup plus vite, par suite d un mauvais éclairage, chez les myopes que chez les individus à vue normale. Cohn démontre, du reste, fort ingénieusement, que dans ces conditions l'action du muscle accommodateur détermine une tension du fond de l’œil et une congestion qui amènent la myopie ou qui l’augmentent chez les personnes déjà myopes, par l’allongement progressif antéropostérieur du globe de l’œil. Comme il importe surtout d’éclairer les objets du travail et que d’ailleurs, ainsi qu’il a été dit, l’œil ne doit pas voir la lumière, il convient, quand la source de celle-ci est peu abondante, d’user d’abat-jour et de réflecteurs. Le même appareil peut remplir les deux offices, si l’on a soin que l’abat- jour, revêtu extérieurement d’une couche de couleur qui le rende opaque, présente à l’intérieur une surface blanche vernie. De la sorte, les rayons qui se perdraient au plafond et dans les murs sont utilisés. Le réflecteur est horizontal ou vertical, selon que le bec lumineux est dans l’espace ou appliqué contre un mur. On fait ces appareils en papier ou en métal; quel- quefois, l’on se borne à entourer la flamme d'un globe de cristal dont l’hé- misphère supérieur estdépoli, pour lui donner quelque pouvoir réfléchissant. On n’est pas encore parvenu à exprimer clairement le minimum de lumière artificielle qu’il faut donner à une personne, occupée dans l’intérieur d’une pièce à un travail portant sur de petits objets. On poursuit ce but à l’intention des écoliers qui, à vrai dire, sont particulièrement intéressants et réalisent au mieux la situa- tion supposée. Aussi devons-nous reprendre cette question à propos de I’Hygiène scolaire, où il sera parlé aussi des essais de photomètres. En attendant, il y a quelques formules. Celle de Soyka est la suivante : « Le minimum de clarté doit être tel qu’on puisse lire sans effort l’écriture, dans les conditions d’acuité visuelle ordinaire; ce qui arrive quand une source lumineuse de six bougies normales (voy. page 677) se trouve à 0m,50 de l’objet à voir. » Cohn fait remarquer, avec raison, qu’on ne parle pas de la grandeur de l’écriture et que l’expression de « vue distincte », souvent employée, est un peu élastique. Il propose de modifier ainsi la formule de Soyka: « 11 faut une lumière à laquelle un œil sain puisse lire aisé- ment), à la distance de Om,oO, l’écriture diamant du type le plus fin, n° 0,5 de Snellen. » Nous connaissons une autre formule, celle de Javal : « Il n'y a jamais trop, il n'y a jamais assez de lumière artificielle », au sujet de laquelle nous avons fait d’expresses réserves. Cohn lui-même, en déclarant qu’il l’accepte, entend que, s'il n’y a jamais trop de lumière artificielle, c’est qu’on peut toujours se débar- rasser aisément de l’excès, tandis qu’il n’y a pas de palliatif à l’insuffisance. 2” Tous les corps consommés par l’éclairage répandent nécessairement dans 1 air de nos habitations des produits de combustion parfaite et des produits de combustion imparfaite : CO2 et eau, d’une part ; particules de charbon, oxyde de carbone, carbures d’hydrogène, quelquefois acide sulfu- reux. D autre part, Gorup-Besanez prétend qu’à intensité lumineuse égale, il y a un rapport constant et peu variable entre la quantité des uns et celle des autres, de telle sorte, par exemple, que les oscillations de GO2 produit pai I éclaii âge donneraient la mesure des proportions des produits de com- bustion incomplète. Dans un appartement de moyenne grandeur, il a vu la combustion pendant quatre heures et à intensité de lumière égale porter la proportion de CO- à 1,8 p. 1000 avec le pétrole, à 1,5 pour le gaz-lumière, à 1,2 en brûlant de I huile. Comme, dans la pratique, on emprunte au gaz une lumière plus intense qu’aux autres matières, l’altération de l’air par les becs usuels va bien à 3 p. 1000 de CO2. 11 est remarquable que les pro- portions d’acide carbonique ne s’élèvent pas en raison directe de la durée de la combustion ; c’est au bout de trois heures que le maximum est atteint. Erismann a cherché directement les proportions (le CO2 (combustion parfaite) et celles d’hydrogène carboné (combustion imparfaite). Ce sont les lampes à pétrole bien faites qui lui ont offert les circonstances les plus avantageuses ; en général, l’altération de l’air n’est pas aussi considérable qu’on aurait pu le craindre. Dans un espace de 100 mètres cubes, avec une lumière égale à celle de 6 bougies normales et après huit heures de combustion, il a trouvé : Acide carbonique. Hydrogène carboné. Avec le pétrolè 0,056 p. 1000 u.0017 p. 10()0 — le gaz-lumière 0,047 — 0,0069 — riiuile de colza 0,109 — 0,0072 — — les bougies 0,125 — 0,018 — POUR UN ÉCLAIRAGE ÉGAL A CELUI DE 100 BOUGIES (NORMALES) A L’HEURE, IL FAUT : PRODUITS DE L’ÉCLAIRAGE. MODE D’ÉCLAIRAGE. QUANTITÉ. PRIX. EAU. ACIDE CARBONIQUE. CHALEUR. centimes. kil. m. cub. à 0°. calories. Electricité : arc voltaïque 0ch,09 à 00h,25 0,7 îi 15,4 0,00 0,00 57 à 158 — par incandescence 0 ,46 à 14 ,9 18,5 à 18,6 0,00 0,00 290 à 536 Gaz d’éclairage, lampe récupératrice 0”c,35 à 0“c,o0 7,9 à 12,6 » » euv. 1500 — brûleur d'Argand 0 ,80 à 2 ,00 18,00 0,80 0,46 4.860 — — à deux trous... 2 ,00 à 8 ,00 45,00 2,14 1,14 12.130 Pétrole, grand brûleur rond OUI,28 6,25 0,37 0,44 3.360 — petit brûleur plat 0 ,60 13,5 0,80 0,95 7.200 Huile soîaire, lampe Schuster et llaer... 0 ,28 6,7 0,37 0,44 3.360 0 60 14,2 0,80 0,95 7.200 Huile de colza, lampe Carcel 0 (43 5l)6 0,52 0,61 4.200 lampe d’étude 0 ,70 84,0 0.85 1,00 6.S00 Paraffine 0 ,77 174,0 0,99 1,22 9.200 Spermaceti 0 ,77 337,5 0,89 1,17 7.960 Cire 0 ,77 385,0 0,88 1,18 7.960 Stéarine 0 ,92 207,5 1,04 1,30 S. 940 Suif 1 ,00 200,0 1,05 1,45 9.700 On ne se préoccupe pas assez de la vapeur d’eau qui contribue, avec la chaleur produite par l’éclairage, à rendre l’air étouffant. Il est évident que la ventilation, même quand elle est à peu près abandonnée au hasard, diminue énormément la proportion d’acide carbonique que l’éclairage met dans l’air des locaux habités. La construction des appareils influence surtout la production des élé- ments de combustion incomplète. Un bon tirage est, en général, favorable à la combustion intégrale; cependant, si l’afflux d’air est excessil et que cet air soit froid, l’effet contraire est atteint; la combustion se ralentit et il s’échappe des corps incomplètement brûlés. Les oscillations delà flamme sous l’influence des courants d’air, les flammes trop longues (lampes qui lîlent, huile, pétrole), assurent le même résultat et mettent de l’oxyde de carbone dans l’air. Pour cette raison, il ne faudrait jamais avoir un bec de gaz nu (bec papillon, en ailes de chauve-souris) dans l’intérieur des locaux. En tenant compte des fuites que les appareils mal faits laissent s accom- plir dans l’habitation môme, on comprend que l’éclairage au gaz, un peu largement établi, influence fâcheusement la santé des personnes qui ont cet éclairage partout, dans leur salle à manger, leur cabinet de travail et même leur chambre il coucher. La réelle prophylaxie consiste à avoir des appareils scrupuleusement construits et installés. On y arrive vulgairement, à notre époque, sans parler des systèmes (Siemens) qui évacuent du même coup les produits de la combustion. Aussi ne parlons-nous que pour mémoire du dispositif assez compliqué de Faraday, perfectionné par Rutter, qui enveloppe la flamme d’un globe de verre portantii sa partie supérieure une ouverture par laquelle les produits de combustion s’échappent dans un tube de métal qui les con- duit à l’extérieur; et de cet autre, plus simple, en usage dans les casernes et les hôpitaux anglais, adopté depuis dans les hôpitaux de l’Allemagne du Nord, et qui consiste en un entonnoir renversé, de 25 centimètres de dia- mètre, suspendu à 1 mètre au-dessus de la flamme, duquel part un tube qui se termine au dehors ou aboutit à une cheminée d’appel. La grande quantité d’eau qui se condense le long des tubes d’évacuation gène parfois ce fonctionnement. Les fuites de gaz. —De tous les accidents qui peuvent être dus à l’éclai- rage, sans parler encore de la lumière électrique, les empoisonnements et les explosions causés par les fuites de gaz sont les plus redoutables. Il y a deux sortes de fuites de gaz. Les unes se passent dans la maison, soit à la faveur des mauvais appareils, soit par rupture ou fissure d’un tuyau de distribution, soit simplement parce qu’on a oublié de tourner un robinet. Ce sont les moins dangereuses; l’odeur du gaz donne l’éveil, on cherche rapidement d’où vient la fuite et l'on s’empresse de l’obli- térer. Pourtant, elles sont volontiers la cause des explosions, parce que i’on pénètre, sans savoir, avec une lampe allumée, dans la pièce où le gaz s’est mélangé à l’air. Il arrive même qu’un domestique, remarquant l’odeur de gaz, allume une lampe tout exprès pour chercher la fuite et devient, naturellement, la première victime de son imprudence. Ces accidents seraienl encore plus communs, si le gaz d'éclairage, plus léger que l’air, ne commençait par gagner le plafond. Dans tous les cas, il est bien clair qu’en semblable occurrence il faut ouvrir largement toutes les issues et, s’il se peut, établir un courant d’air dans la pièce avant d’y entrer, et surtout avant d’y introduire une flamme quelconque. D’autres fuites proviennent de maljoints, d’érosions, de ruptures dans les conduites de distribution hors de la maison, ou encore de l’état de vacuité des siphons destinés a absorber l’eau que le gaz entraîne avec lui dans les tuyaux de conduite (Layet). Le gaz qui s’échappe ainsi se diffuse naturellement dans le sol, où les conduites sont plongées à 1 mètre de profondeur en moyenne. On a calculé que la proportion qui est perdue par ce mécanisme représentes p. 100 de tout le gaz produit, à Berlin (Roth eL Lex), 10 p. 100 a Paris (Sainte-Claire-Deville), et davantage Londres. Toutefois, Coglievina fait observer que, s’il est vrai que les compagnies de gaz ne sont payées que des neuf dixièmes du gaz qu’elles fabriquent, il y a une part de l’autre dixième qu’elles consomment elles-mêmes et une part qu’elles fournissent pour rien, sans le vouloir, à l’éclairage municipal; en effet, elles sont payées pour fournir du gaz de telle heure à telle heure, c’est-à-dire qu’elles allument beaucoup de becs avant l’heure fixée et que d’autres de ces becs ne sont éteints qu’après. Le gaz émané dans le sol s’y diffuse au-dessus et au-dessous de la con- duite, mais en obéissant essentiellement à deux forces (Sudakoff) : la ten- dance à s’élever verticalement, qu’il doit à sa faible densité; l’aspiration qui peut s’exercer à distance, en un point où l’atmosphère du sol subit une dépression. Par son ascension verticale, le gaz s’échappe dans l’air des rues, par tous les points où un revêtement imperméable du sol (asphalte, fondation du pavage en bois) ne lui fait pas obstacle. Il reste inaperçu des humains, ce qui est beaucoup; mais il est meurtrier aux arbres des boulevards, des squares et des jardins publics (Eulenberg, Layet), à moins que l'on ne prenne des précautions spéciales pour l’en détourner. Il paraît qu’en hiver les racines des arbres exercent une aspiration horizontale sur le gaz répandu dans le sol. Le sol lui-même n’est pas compromis par la présence du gaz d’éclai- rage; selon Sainte-Claire-Deville, ce serait plutôt le contraire, puisque le gaz jouit de propriétés antiseptiques par le goudron de houille, l’acide phé- nique et d’autres corps qu’il renferme. Toutefois, il ne paraît pas que le sol des villes soit sensiblement stérilisé de ce fait. En revanche, il exerce sur le gaz une action très importante, qu’ont signalée Biefel et Poleck : il le dépouille des hydrocarbures lourds et des matières odorantes, dans les proportions ci-dessous : Composition du gaz d’éclairage (en volumes). CORPS CONSTITUANTS. AVANT LE PASSAGE À TRAVERS LU SOL. APRÈS SON PASSAGE A TRAVERS LE SOL. Acide carbonique 3,06 2,23 Hydrocarbures lourds 4,Ü6 0.69 Gaz des marais 31,21 17,76 Hydrogène 49,44 47,13 Oxyde de carbone 10,32 13,93 Oxygène 0,00 6,51 Azote 1,08 11,71 100,00 100,00 Ce gaz est donc bien plus dangereux que celui des fuites directes, puisqu’il est plus riche en oxyde de carbone et que rien ne prévient plus de sa présence. Cependant, une fois que le sol est saturé des éléments odorants, ou quand le gaz a passé très vite, le parfum spécial ne se perd plus. L'intensité de l’odeur dépend d'ailleurs des proportions du gaz dans l’air; on en remarque aisément des traces, 3 p. 10,000 (Gruber), quand il est mêlé directement à l’air normal; mais celui qui vient avec l’air du sol, possédant toute son odeur à 18 p. 100 d’air, a semblé à Su- dakoff et il quelques autres personnes en avoir déjà perdu à 12 p. 100, et ne plus pouvoir être soupçonné par l’odorat à 2,50 ou 3 p. 100. Dans sa diffusion horizontale, le gaz peut aller assez loin; à Breslau, Biefel et Poleck l’ont vu produire des accidents mortels dans des habita- tions situées à 10m,75 en ligne droite de l’endroit où la conduite était rompue; une autre fois, il y avait 35 mètres de distance; dans une obser- vation de Sudakoff, on en sentait l’odeur à 51 mètres. La cause capitale de son cheminement dans ce sens est la dépression, l’appel qui s’exerce sur l’air du sol par les habitations chauffées et plongeant dans le sol par des parois perméables et surtout par des caves non ventilées, à voûte non étanche. Les expériences de Welitschkowsky et de Sudakoff ont mis hors de doute cette loi, énoncée par Pettenkofer. Aussi la majorité des accidents se présentent-ils en hiver. Sur 20 cas d’empoisonnement par le gaz, notés à Munich, Pettenkofer en observa 5 en octobre, 2 en décembre, 3 en janvier, 8 en février, 2 en avril. Les autres circons- tances invoquées sont d’ordre secondaire; ainsi, la plus grande abondance du gaz fabriqué (Layet), la diminution de perméabilité du sol gelé, le blin- dage des chaussées à l’asphalte, l’extrême perméabilité du sous-sol des villes, constamment remué, et les canalisations de diverse sorte le long desquelles il y a une sorte de vide virtuel qui dirige justement le gaz vers les habitations; toutes conditions qui ne sont pas sans valeur et qu'ont effectivement invoquées les chimistes (Wagner, Bunte) des Compagnies de gaz, lorsque celles-ci ont été inquiétées au sujet des malheurs dus à leur produit. La grande perméabilité du sous-sol urbain est probablement la seule explication des faits de Coudereau, qui trouva l’atmosphère d’une maison de la rue d’Aboukir pénétrée du gaz d’éclairage dans la belle sai- son, et de Wolffberg, à Bonn (1883). Ces derniers se passaient en juin; il y eut un mort et deux personnes près de succomber. En été ou en hiver, on conçoit ainsi que le gaz entre dans une maison qui n’est même pas reliée à la distribution de ce moyen d’éclairage. Il existe un assez grand nombre de cas d'empoisonnement par le gaz d’éclairage, mortels ou qui ont été sur le point de l’être, bien observés et publiés; mais Pettenkofer estime, sans trop de témérité, qu’un nombre peut-être plus grand encore de ces faits restent ignorés ou méconnus. Un médecin d’Augsbourg soignait un malade pour la fièvre typhoïde et l’eût soigné jusqu’à sa mort, si une dame, guidée par un odorat délié, ne se fût mise à la traverse et n’eût sauvé la vie du patient en dénonçant la fuite du gaz. Des sujets ont des maux de tête prolongés et répétés, au réveil sur- tout, du vertige, des nausées et des vomissements, un affaiblissement progressif, ils s en vont vers une cachexie inexpliquée ; c’est l’empoison- nement par le gaz d éclairage, dont personne ne se doute, jusqu’à ce qu’une catastrophe violente, la mort brusque de quelqu’un dans cette famille ou dans la voisine, vienne mettre sur la voie. Les faits qui ont eu quelque retentissement sont ceux de lourdes, à Strasbourg Ahnolld, Hygiène. 2' édit. 44 (1840), de Severin Caussé, à Albi (1874), de Jacobs, à Cologne (1874), de R. Cobelli, à Roveredo (1870), de Rochelt, à Innsbrück (187b), de Riefel et Poleck, à Rreslau (1879), ceux de la rue de Vendôme, à Lyon (1879), cités par Layel, ceux de Sudakoif, à Munich (188b), dont il vient d’être question, et les cas de Dresde mentionnés par Petlenkofer dans ses Entretiens populaires (1877). Dans toutes ces observations, il y a eu des morts, ou tout au moins des individus en état de mort apparente, que l'on a pu rappeler à la vie avec plus ou moins d’efforts. Les phénomènes morbides et la mort sont dus à l'oxyde de carbone, dont le gaz d’éclairage renferme de 4 à 12 p. 100, selon le soin avec lequel il est fabriqué. En effet, les hydrocarbures, lourds ou légers, du gaz, l’hydrogène lui-même, sont irrespirables, mais non point toxiques (Layet). Le seul élément qui ait cette dernière propriété est l’oxyde de carbone. C’est lui qui se fixe sur les globules du sang, avec une telle énergie qu’il empêche l’oxygène d’y parvenir. On sait que, dans ces sortes d’empoisonnements, le sang est rutilant, au lieu d’être noir comme dans J’asphyxie (Ollivier d’Angers, Tourdes, Layet et Jolyet). A l’instigation de Pettenkofer, Max Gruber a étudié sur lui-même et sur des animaux, dans des expériences dont les résultats ont déjà été utilisés à propos du chauffage, la toxicité de l’oxyde de carbone. Le procédé qui lui a permis de déterminer exactement les proportions de CO dans les diverses atmosphères est celui de Fodor, lequel est un perfectionnement du procédé de Rôttcher, avec utilisation des remarques de Vogel et de Hempel sur l’absorption de l’oxyde de carbone parle sang. On prend 12 à 20 litres de l’air à examiner; on l’agite pendant une vingtaine de minutes avec du sang dilué; l’hémoglobine absorbe tout le CO de l’air. On chauffe aussitôt le sang dans un peLit ballon à travers lequel on fait passer, pendant trois ou quatre heures, un courant d’air que l'on débarrasse préalablement de son oxyde de carbone en le faisant barboter à travers une solu- tion de chlorure de palladium. L’oxyde de carbone du sang, mis en liberté par la chaleur, se mélange à l’air du ballon, lequel passe à son tour à travers une nou- velle solution de chlorure de palladium. On pourrait peser le précipité métallique; mais il est préférable de titrer, comme Fodor et Welitschkowsky, le chlorure de palladium par l’iodure de potassium. On prépare, à cet effet, une solution de 36r,M8 d’iodure de potassium dans 1 litre d’eau, dont 1 centimètre cube cor- respond à 1 milligramme de palladium. D’autre part, le précipité de palladium déterminé par CO est recueilli, traité par l’eau régale, redissous; c’est cette liqueur dont on dose la richesse par la solution normale d’iodure. Au calcul de Welitsch- kowsky : 1 milligramme de palladium est réduit par 0mer,2641 CO, ou 1 centimètre cube CO répond à 4mer,7bb de palladium. D’après Max Gruber, les quantités minimes de CO dans l’air sont bien supportées par les animaux; mais, quand on arrive à 0,07 ou 0,08 p. 100, on voit la dyspnée • survenir et l’animal garder l’immobilité. Il ne sera pas plus malade si l’on continue à lui faire respirer l’oxyde de carbone, pourvu qu’on n’en augmente pas la propor- tion. Arrive-t-on à la dose de 0,1 à 0,2 p. 100, il y a une dyspnée plus forte et des troubles du mouvement, mais qui n’augmentent toujours pas par la prolongation de l’expérience à la même dose. Il en est de même des convulsions qui surviennent à 0,4 p. 100 de CO; elles peuvent durer des heures; l’animal ne meurt pas et se rétablit rapidement, s’il est rendu à l’air libre. Au-dessus de 0,4 p. 100, l’intoxi- cation prend un caractère aigu et la mort survient en 30 à 60 minutes au milieu d’accidents formidables. La persistance des phénomènes sans aggravation, aux doses faibles, semble prouver que CO se transforme en CO2 dans le sang et ne s’accumule pas, comme on l’a cru. Gruber lui-même respira, deux jours de suite, pendant trois heures chaque fois, un air à 0,021 p. 100 et même 0,24 p. 100 de CO, sans éprouver le moindre ma- laise. 11 est porté à penser que la limite tout à fait inférieure de la toxicité de CO est peut-être 0,0o p. 100, mais à coup sùr 0,02 p. 100. E. Richard, supposant que la proportion moyenne de CO dans le gaz d’éclairage est de 10 p. 100, en conclut que 1 p. 1000 de gaz dans l’atmosphère d’une pièce causera du malaise aux habitants; mais qu’il en faudra de 4 à 6 p. 1000 pour que cette atmosphère devienne mortelle. Prophylaxie. — Elle peut s’exercer dans trois directions : sur la fabrica- tion du gaz, sur les conduites, sur l’agent môme et le mode d’éclairage. Il y a une façon de fabriquer le gaz d’éclairage qui en abaisse la proportion d’oxyde de carbone. Les techniciens de la spécialité n’en parlent pas; mais Sudakoff remarque que la proportion moyenne de 10 p. 100 de CO est tombée h 5 depuis que le gaz d'éclairage a vu surgir la redoutable concurrence de la lumière électrique. En effet, indépendamment des accusations des hygiénis- tes, l’oxyde de carbone nuit plutôt à la luminosité qu’il n’y contribue. Suda- koff s’étonne, d’ailleurs, que cet objet de consommation échappe à la surveil- lance de la police sanitaire, qui contrôle le pétrole et les denrées alimen- taires. Layet rappelle que le protochlorure de cuivre, dissous dans l’acide chlorhydrique, absorbe en grande quantité l’oxyde de carbone, et émet l’idée d’appliquer à l’industrie du gaz cet agent épurateur ou tout autre analogue. Il est certain, en effet, comme l’ont prouvé les expériences de Gruber, que le gaz d’éclairage dépouillé de son oxyde de carbone par le protochlo- rure de cuivre peut être respiré à 11p. 100 d’air par des souris, sans leur causer autre chose qu’une légère ivresse. Vis-à-vis des conduites de gaz, comme il est difficile d’éviter indéfiniment les ruptures, on s’efforce de donner issue dans l’air libre au gaz diffusé dans le sol. Layet conseille de mettre les pierres de revêtement des con- duites en communication avec l’atmosphère par des tuyaux de dégagement, qui viendraient aboutir soit dans le socle des réverbères, soit dans le sou- bassement des édifices ; c’est aussi le moyen de concentrer, en quelque sorte, les émanations du gaz et de protéger le gazon et les arbustes des jardins publics. Coglievina redoute le danger d’explosions de la part des tuyaux d’échappement placés dans le pied des candélabres. C. Schmidt (de Breslau) a construit un appareil avertisseur des fuites de gaz, qu’il propose d’installer tous les 12 ou io mètres sur le trajet des conduites. C’est un tube de fer cylindrique, évasé à sa partie inférieure, terminé en haut par un récipient muni d’un couvercle; ce tube est placé en terre, l’extrémité évasée au-dessus de la conduite de gaz et le récipient entre les pavés. Un employé contiôlc les fuites en soulevant le couvercle; il reconnaît le gaz à son odeur ou en 1 allumant. Pour plus de sûreté, le récipient est pourvu d un tube horizontal, chargé de perdre dans l’atmosphère le gaz qui pour- rait s accumuler dans 1 appareil. Coglievina propose de conduire ce tube horizontal jusqu au pied d un édifice, d’où il remonterait sur la façade pour s ouvrir dans une logette à hauteur d’homme, accessible de la rue comme pour les avertissements d’incendie. On y suspendrait une bande- lette de papier au chlorure de palladium. Le troisième moyen d’être à l’abri des dangers du gaz, c’est de le rem- placer par la lumière électrique. Éclairage électrique. — Davy obtenait la lumière électrique en faisant passer le courant il travers deux cônes de charbon de bois. Ceux-ci s’usaient rapidement;.Léon Foucault leur substitua des cylindres taillés dans le charbon très dur et peu combustible qui reste au fond des cor- nues après la distillation de la houille, et trouva le moyen de régler la marche de ces charbons d’après les progrès de leur combustion, de telle sorte que, conservant la môme distance, ils puissent donner constam- ment la même lumière. Le meilleur régulateur est actuellement celui de Serrin. Aujourd’hui, au lieu de produire l’électricité par la pile Bunsen, à l’acide azotique et au zinc, on l’obtient à l’aide de la machine magnéto-électrique de Gramme, qui use de la houille, puisqu’elle demande à être mise en mouvement par une machine à vapeur. Indépendamment de cette com- bustion, le charbon qui donne naissance à l’arc voltaïque s’use en consom- mant l’oxygène de l’air. La lumière électrique, en définitive, ne doit ses propriétés spéciales qu’à la condensation d’une grande quantité de chaleur dans un espace très restreint (Fontaine). On s’est évertué à trouver mieux, comme électrodes, que le charbon de cornue, qui s’usait vite et inégalement et entachait de graves défauts l’éclairage électrique. Carré paraît avoir jusqu’aujourd’hui le mieux résolu le problème, et ce sont ses crayons qui ont rendu possible le succès des « bougies Jablochtoff ». En voici la formule : Coke très pur en poudre presque impalpable départies. Noir de fumée calciné 5 — Sirop spécial 7 à 8 — L’invention des bougies Jablochkoff, qui ne sont qu’une tentative après beau- coup d’autres de remplacer le régulateur, date de 1876. L’auteur fixa d'abord les deux charbons l’un contre l’autre, en les séparant par une bande isolante, en kaolin, infranchissable à l’arc voltaïqne, mais qui se brûle et disparait en même temps que les charbons. Depuis, ce « colombin » a été remplacé par un mélange de sulfate de chaux et de sulfate de baryte qui, au lieu de fondre, se volatilise et augmente l’éclat de la lumière. L’allumage se fait par l'incandescence d’un petit filet de charbon qui réunit primitivement les deux pointes. Pour compenser l’usure inégale des deux charbons, on emploie les machines à courants alternatifs. La lumière de l’arc voltaïque est incolore ou légèrement violette. On ne la produit que très abondante et par foyers d’une grande intensité. Il y aurait d’ailleurs une perte économique à chercher à réduire ou à atté- nuer cette intensité lumineuse. De telle sorte qu’on doit se borner à em- ployer l’arc voltaïque à l’éclairage des places, des rues, des gares de che- mins de fer, des ateliers, et en général des locaux très vastes, — jusqu au moment où le public exigera aussi une profusion de lumière dans les habitations privées (Albrecht). — Il esl absolument rationnel, d’après ce qui a été dit, que les lampes à arc voltaïque soient placées haut, au-dessus de la tête des individus, pour que l’œil n’en rencontre pas le foyer. Jaspar (de Liège) renvoie au plafond de la salle, au moyen d’un réflecteur, toute la lumière de l’arc voltaïque, qui lui- même n’est vu d’aucun point. L’Hip- podrome et l'Eldorado, à Paris, sont éclairés par le plafond au moyen de foyers Jablochkoff (fig. 159). C’est en cherchant la divisibilité de la lumière électrique, c’est-à-dire le moyen de l’avoir sous forme de foyers d’intensité modérée, que l’on a trouvé les lampes à incandescence (Edison, Swan, Lane Fox, Maxim, etc.), où la lumière est produite par l'incandes- cence d’un fil de charbon, sur le pas- sage du courant électrique. On peut avoir ainsi des lampes de l’intensité de 16 bougies normales, encore très éclatantes, puisque la flamme a dix fois moins de surface qu’une flamme de gaz d’égale luminosité; mais que l’on peut atténuer à l’aide de globes en verre dépoli ou coloré. La lumière des lampes à incandescence a la teinte jaune de celle du gaz et paraît moins étrange que celle de l’arc voltaïque, un peu lunaire et funèbre. Comme on enferme dans un globe de verre le fil de charbon incandescent, le contact de celui-ci avec les objets voi- sins est supprimé, et c’est une ga- rantie contre l’incendie. Si même le globe venait à éclater, l’action de l’air déterminerait en un instant la combustion complète du fil de charbon et, par suite, l’extinction de la lampe. La supenorité de la lumière électrique au point de vue de la vicliessc de i.'éclairage est é\idente, à cet égard, elle est également supérieure pour 1 hygiène. En ce qui concerne les qualités intrinsèques de cette lumière, avec les bons régulateurs modernes de l’arc voltaïque, avec les globes dé- polis des lampes Edison ou Swan, avec les perfectionnements adoptés dans l’installation des éclairages électriques, il ne semble pas qu’il puisse persistci quelque inquiétude. Il parait que les rayons jaunes et rougesont les ondulations plus longues, les rayons violets et bleus des ondulations plus courtes et plus rapides; on sait aussi que les couleurs jaunes et rouges Fig. 159. — Bougie et porte-bougies, système Jablochkoff. fatiguent plus vite que le bleu et le violet; mais il n’est guère de bonnes raisons pour affirmer que tels rayons sont plus ou moins salubres que d’autres. Javal et Fieuzal ont abandonné les lunettes bleues pour les lunettes jaunes; mais Colin reste indifférent. Il est clair, toutefois, qu’il sera au moins aussi gênant d’avoir dans les yeux une lampe Edison qu’un bec de gaz, et qu’il en résultera des phosphènes de quelque durée. Mais les raisons pour lesquelles l’hygiène a si bien accueilli la lumière électrique sont essentiellement qu’elle n’altère ni n’échauffe l’air et qu’elle coupe court aux dangers d’empoisonnement, d’explosion ou d’incendie, si redoutables de la part du gaz. D’après les expériences de Fontaine, une lampe voltaïque, donnant une lumière de 100 becsCarcel, brûle par heure 5 centimètres de charbon de cornue, pesant envi- ron 12 grammes ; d’où la production de 44 gr. CO2 ou 12 litres par heure. C’est in- signifiant ; mais les lampes à incandescence en donnent moins encore, puisqu’on’ les enferme hermétiquement dans des globes. Aussi peut-on dire qu’elles n’en pro- duisent pas du tout. La lumière étant produite par la tension électrique plutôt que par la combustion, cet éclairage échauffe beaucoup moins l’air que les autres. Tyndall a d’ailleurs démontré par des expériences de toute beauté que les rayons obscurs sont ici moins abondants que dans la lumière du gaz. Rayons visibles. Lumière du gaz t — du fil incandescent 1 — de l’arc voltaïque 1 Hayons invisibles. 24 23 9 A 0m,20 de distance, le gaz échauffe deux fois autant que la lumière par incan- descence. Renk plonge une lampe Swan de 17 bougies dans 9 litres d’eau à une température de 5°,2; en 30 minutes, la température avait gagné 7 degrés, ce qui correspond à 42 calories par heure. Dans le même temps, un bec Argand en eût produit 980, c’est-à-dire 23 fois plus. Le Théâtre Royal et le Théâtre de la Cour, à Munich, sont éclairés à la lumière électrique depuis quelques années. Cette circonstance a permis à Pettenkofer et à Renk de comparer cet éclairage avec l’éclairage au gaz, sous le rapport des alté- rations et de réchauffement de l’air. Théâtre Royal Théâtre de la Cour.. Acide Élévation Éclairage. carbonique de la p. 1000. température. Avec le gaz 2,4 G“,6 — l’éclairage électrique... 1,8 0a,8 — le gaz 3,28 10°,8 — l’éclairage électrique.. 1,85 7°,4 Renk remarque, en outre, que l’éclairage électrique élève moins que le gaz le degré hygrométrique de l’air et n’y projette point les particules charbonneuses qui, désastreuses pour la décoration des salles, n’ajoutent rien à la liberté du fonctionnement des poumons humains. L'éclairage électrique se répand aujourd’hui partout, dans les habita- tions collectives, et n’a plus besoin qu’on plaide sa cause. L’urgence de son entrée dans les habitations privées est moindre; mais il leur aura rendu ce service qu’il stimule le zèle des Compagnies de gaz et des cons- tructeurs d’appareils destinés à ce mode d’éclairage, si bien que celui-ci gagne de jour en jour en efficacité et surtout en salubrité. II n’y a pas de raison pour passer sous silence les accidents, dont quelques-uns mortels, survenus chez des électriciens téméraires ou chez d’autres personnes qui se sont trouvées par mégarde sur le circuit d’un courant électrique intense. Le Ur E. Grange a rappelé un certain nombre de ces cas, justement à l’occasion de la fulguration de deux jeunes gens qui, le G août 1882, en voulant franchir un fossé, s’embarrassèrent dans le réseau de fils électriques établis pour éclairer une fête dans le jardin des Tuileries. Nous en rapprocherons le « coup de soleil élec- trique » observé par Defonlaine sur les personnes qui assistent, à 10 mètres de distance, à la soudure directe de l’acier sous un arc électrique donnant une lu- mière équivalant à 1000 lampes Carcel (Terrier). 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VII. — Éloignement des immondices. Les espèces animales, à l’état sauvage, n’inlligent au sol d’autres im- mondices que leurs matières excrémentitielles ; lorsque l’espace de ter- rain qu’elles occupaient en est infecté, elles ont un moyen d’assainissement très simple, celui d’abandonner le foyer putride pour aller chercher un coin de terre vierge. L’homme, essentiellement sociable, invinciblement sollicité vers la vie par groupes d’individus et de familles, produit beau- coup plus de déchets organiques putrescibles et n’a plus la ressource de fuir le sol imprégné de ses excrétions. Il a d’ailleurs des habitudes qui multiplient autour de lui les maté- riaux usés, et, par le fait des transformations naturelles que subissent ces matériaux, compromettent tout d’abord l’atmosphère des habitations et leurs parois. A. Les foyers de souillures dans la maison. Les souillures auxquelles les habitations sont exposées se rapportent à trois ordres d’objets : les excrétions, urines et matières fécales, les ordures ménagères, les eaux ménagères. Pour des cas assez nombreux, il faut joindre à celles-ci les eaux industrielles. Accessoirement, et surtout quand il s’agit d’habitations rurales, il y a lieu de s’occuper des excrétions des animaux. 1° L-es excrétions humaines. — Les évacuations solides s'élèvent au poids de 131 grammes par jour pour un adulte, suivant Donders, à 170 grammes, d’après Yierordt. L’âge et le sexe font naturellement va- rier cette quantité. Wolf et Lehman ont donné des chiffres allant de 23 grammes (jeunes tilles) à 130 grammes (hommes) de matière fécale et de 430 grammes à 1300 grammes d’urine par jour. Le tableau ci-dessous, de Letheby, tient compte de ces différences et indique la constitution des substances excrémentitielles. ÈLÉM. CONSTITUANTS. SEXE MASCULIN. SEXE F ÉM1NIN. GARÇONS. HOMMES, FILLES. FEMMES. URINE. Etat frais 563 sr,43 1372 (F.70 478 f.58 902 f.2S Matière sèche 27 . .47 62 .28 21 .26 45 ,02 — organique 19 .19 48 ,76 16 ',26 31 A7 Azote 4 ,70 ■ 13 .64 • 4 ,56 0 .24 Matières minérales 8 ,28 13 ,52 4 ,89 10 ,55 Acide phosphorique 0 .99 1 ,95 0 ,68 1 ,39 Potasse 1 .13 2 21 0 ,77 1 ,00 FÈCES. État frais 90 er,97 149 sr,55 30 er,07 10 f ,08 Matière sèche 24 ,02 31 ,52 7 ,99 10 — organique 21 ,50 26 ,62 6 ,92 w ,21 62 Azote 1 ,39 1 ,76 0 ,45 0 Matières minérales 3 ,32 4 ,90 1 ,08 \ 4» Acide phosphorique 1 .10 1 ,76 0 ,37 o 0 ol »1 La moyenne pour tous les âges serait donc aux environs de : Fèces .SO grammes : urine 900 grammes. Lent, à Cologne, porte ces chiffres respectivement à 100 grammes et à 1200 grammes. On peut accepter cette estimation pour les grandes villes, où les adultes sont en grand nombre. 11 faut compter un poids annuel de près de 240 kilogrammes d’urine par chaque individu, dans la population mélangea, et. d’environ .‘10 kilogram- mes de matière fécale; le tout représentant un volume d’au moins un quart de mètre cube et une quantité d’azote presque égale à celle que contient, le corps de l’individu moyen que l’on prend ici pour base. Suivant Pettenkofer, ces chiffres seraient : -428 kilogrammes d’urine et 34 kilo- grammes de matière slercorale, par individu et par an. L’urine renferme de 93,3 (Berzélius) à 96 (Liebig) p. 100 d’eau ; les fèces, 73 p. 100. Les 5/6 de l’urine sont rendus en dehors des garde-robes. Les fèces solides se corrompent d’autant moins vile qu’elles reçoivent moins d’eau et surtout d’urine (Pappenheim). Quand elles peuvent se dessécher, ne fût-ce que superficiellement, elles passent presque inaper- çues ; il y a là l’explication d’une part de l’action des absorbants. L’urine, seule, reste acide pendant plusieurs jours ; mêlée à des matières intesti- nales, elle se putréüe plus vite, grâce aux ferments des premières, si abondants que les fèces fermentent presque aussitôt avec de l’eau pure qu’avec l’urine. Ainsi, l’homme produit, chaque jour, une masse considérable de matière à putréfaction, ou plutôt de matière déjà putride, car les organismes saprophytes y pullulent, et une part des substances volatiles qui donnent aux excréments leur fumet sont fabriquées par ces bactéries. Mais les bactéries banales peuvent n’être pas les seules. Nous avons appris à connaître (chap. IV) des microorganismes pathogènes qui habi- tent l’intestin ou qui sont répandus à sa surface interne par les ulcérations de sa muqueuse ; d’autres passent à travers le rein quand le filtre rénal, au contact de la matière infectieuse, subit quelque solution de continuité. Les agents infectieux se trouvent donc, de temps à autre, dans la gangue excrémentitielle, et la question se pose inévitablement de savoir si ce n’est pas là un moyen puissant de propagation des maladies les plus redoutables. 2° L.es ordures ménagères. — On comprend sous ce titre les épluchures de légumes ou de fruits, les débris des repas, les déchets culinaires, les produits du balayage des locaux, mêlés à des fragments de papier, d’étoffes, de vaisselle cassée. Cet ensemble est, au premier abord, pou inquiétant et ne semble pas devoir recéler des agents dangereux. Cependant il est clair que 1 accumulation des déchets et la prolongation de leur séjour dans les logements en rend la fermentation inévitable, puisqu’ils contiennent une notable proportion de matière organique. De là une multiplication des organismes de la putréfaction, qui trouvent dans cette masse un terrain nourricier ; de la des odeurs et, à un certain moment, des poussières, si 1 on n a soin de recueillir et d éloigner au plus vite ces détritus. Petten- koffer en évalue le poids à 90 kilogrammes par individu et par an. 3° i-.es eaux ménagères. — Cette classe semble devoir réunir les eaux do vaisselle, les eaux de toilette et de bains, les eaux de lavages de toute forme. Les premières sont manifestement riches en matière organique, par conséquent putrescible. Les autres emportent les déchets épidermi- ques, les excrétions de la peau, les impuretés restées adhérentes aux ustensiles, aux linges, aux meubles, aux murs et aux planchers. A ce titre, elles sont putrescibles comme les précédentes et, en outre, deviennent dangereuses si elles ont lavé la peau de quelque individu atteint de variole, de rougeole ; la bouche de quelque diphthéritique, le linge d’un cholérique ou d’un typhoïsant. Ces eaux représentent toujours au moins la moitié de toute l’eau qui est consommée dans la maison. Les eaux industrielles sont de constitution et de volume variables selon les industries ; les unes évacuent surtout des substances minérales, d’au- tres mêlent aux eaux des matières organiques (distilleries, raffineries, dégraissage des laines, boyauderies, tanneries, etc.). Les seules eaux de condensation entraînent de la graisse des machines à vapeur. A Birmin- gham, on compte 0mc,222 par tète et par jour d’eau industrielle; à Glasgow, 0mc,363 ; à Reims, où l’on connaît l’importance des industries delà laine et autres, 0mc,406. En somme, pensent Schloesing et Durand-Claye, si l’on peut estimer de 100 à 150 mètres cubes par jour et par tête la quantité d’eau d’égout dans les villes ordinaires, il faut doubler le chiffre pour les villes essentiellement industrielles. Les eaux d’une usine à coton ont donné à Lent 45 milligrammes de matière organique par litre, non compris l’ammoniaque. Les eaux épuisées d’une tannerie renfermaient 84gr,59 de résidu fixe, dont 31gr,283 de matière organique. Trois sucreries, selon Knapp, versaient dans les fossés de Brunswick 1600 kilogrammes par jour de matières organiques, représen- tant 39 kilogrammes d’azote. Les excrétions des animaux varient d’importance avec les habitudes de chaque localité et selon le nombre de bêtes que l’on y entretient. Dans beaucoup de localités rurales, le nombre des chevaux et des têtes de bétail l’emporte de beaucoup sur celui des humains ; les écuries et les fumiers forment un des plus graves côtés de l’hygiène rurale. Dans les villes, ce nombre dépend des besoins réels des habitants et de la tolérance munici- pale. Lent, à Cologne (150,000 habitants), compte 1800 chevaux, non coiii- pris ceux qui, de la campagne, viennent y séjourner plus ou moins long- temps ; 2,918 chiens, 250 bêtes bovines. B. Rôle étiologique de la malpropreté domestique. Les principes nuisibles des immondices influencent l’économie par 1 in- termédiaire de l’air (émanations, gaz et vapeurs, poussières organiques, mi- croorganismes), ou à la faveur d’un véhicule alimentaire, l’eau de boisson, les aliments proprement dits, ou enfin par les contacts directs. Leurs pro- priétés peuvent d’ailleurs être banales ou spécifiques. Il est presque inutile de dire que les matières excrcmentitielles et même, pour préciser davan- tage, les matières fécales réalisent au plus haut degré et résument tous les dangers que l’on peut rencontrer chez les autres. On a dit que ces matières sont moins dangereuses fraîches que putréfiées. Peut-être sont-elles moins incommodes. Quant aux dangers qu’elles recèlent, c’est une question qui comporte une analyse et des distinctions importantes et ne se résoulpoint par une simple formule. he poison fécal. — Les excréments de tout animal, même sain, sont pour lui un poison. Le fait a été démontré expérimentalement par Stich (18o3), à l’aide d’injections, dans les veines, de solutions fécales, aqueuses et filtrées. Par l’inges- tion gastrique, l’influence morbide ne se montrait qu'aulant qu’il s’agissait de déjections d’un animal malade, de la même espèce ou d’une autre ; à hautes doses, le liquide fécal provoquait une inflammation aiguë, quelquefois mortelle, de l’intestin, la tuméfaction du foie, de la rate, des glandes intestinales ; à petiLes doses répétées, il déterminait sur l’intestin des altérations fort voisines des lésions de la fièvre typhoïde. Chose remarquable, l'inhalation pulmonaire des émanations fécales ne parutjamais rien produire. En envisageant expressément la question de l’éloignement des immondices à Munich, Emmerich rappelle que l’urine fraîche peut à la rigueur être bue impu- nément; que le Dr Simon, de Heidelberg, a prouvé que les lotions faites sur les plaies avec de l’urine fraîche, ne gênent en rien la cicatrisation, et qu’on peut injecter sous la peau d’un chien jusqu’à une livre d’urine fraîche, et 16 grammes à un homme, sans provoquer d’accidents, tandis que l’urine altérée par une stagnation de quelques jours à l’air devient rapidement toxique. Lui-même in- jecte 20 centimètres cubes d’urine ayant stagné quelques jours à un lapin du poids de 1,310 grammes; au bout de 43 heures, le lapin avait succombé à des accidents septicémiques. D’où la conclusion qu’il ne faut pas se rassurer par cela que les égouts ne renferment que les urines en fait de matières excrémentitielles. Quant aux excréments humains, même à l’état frais, c’est un poison. Une injection sous-cutanée d’un extrait aqueux concentré de ces matières tue rapidement un lapin ; une dilution au dix-millième, en injection, se révèle encore par des acci- dents ; à un vingt-millième, l’extrait est inoffensif pour un lapin à la dose de 60 centimètres cubes. L'eau qui contient des excréments humains dans la propor- tion de 1 sur 20,000, peut être bue sans inconvénient. En revanche, le liquide qui découle des excréments en stagnation a tué en 16 heures, à la dose de 8 centimè- tres cubes (en injection), un lapin de 2,000 grammes. Ce liquide contient par litre : Substances dissoutes — perdues par la chaleur rouge Chlore 198r,450 11 ,5G0 2 ,343 Les eaux ménagères, les eaux de fabrique et même les eaux de lavages des par- quets, si elles ont croupi quelques jours, sont également toxiques, bien qu’inofîen- sives à 1 état frais. Les eaux pluviales, qui entraînent le crottin des rues, tuent en 17 heures, à la dose de 36 centimètres cubes, un lapin de 1,220 grammes. Elles contiennent par litre : substances dissoutes 7sr,704; matières organiques 1 sr,977> ; ammoniaque 0,020. Ces expériences, qui rappellent celles d’Arnold Hiller, nous reportent à l’action des ptomaïncs (voy. p. 472). Elles ne préjugent rien de celle des agents vivants, qui peuvent foisonner dans les immondices en putréfaction. Maladie** «le malpropreté domestique. — Influence banale. — Les ma- tières organiques putrides offensent assurément, ne fût-ce qu’à titre de corps étrangers, les voies qui les introduisent et les organes qui les reçoi- vent; l’arbre aérien et le poumon, quand c’est l’air qui les amène; l’esto- mac et tout le tube digestif, quand elles arrivent avec l’eau ou toute autre substance alimentaire. Léon Colin a pensé que ce pouvait être là le côté le plus positif de l’action des eaux impures, et nous-même avons cherché à étendre cette vue étiologique; les souillures organiques ne détermine- raient pas précisément par elles-mêmes la fièvre, le choléra, le typhus abdominal, mais elles prépareraient merveilleusement l’économie à être le théâtre de ces évolutions pathologiques, en déterminant une pars mino- ns resistentiæ, précisément dans les organes dont le trouble histologique ou fonctionnel a l’habitude de caractériser la fièvre typhoïde, la fièvre pa- lustre ou le choléra. Pour deux au moins de ces affections, c’est l’intestin qui souffre le plus expressément. Ce fut constamment l’avis des médecins français les plus autorisés, Pidoux, L. Laveran, Peter, Damaschino, que la malpropreté intérieure est la première de toutes les misères physiologiques, desquelles procèdent d’ordinaire les affections banales de poitrine, la dégénérescence scrofu- leuse, la décadence organique des familles, et ce fléau beaucoup plus re- doutable que le choléra, la phthisie pulmonaire, avec ses équivalents noso- logiques : la tuberculisation péritonéale, méningée, etc. Il n’est plus possible, aujourd’hui, d’admettre un rapport direct entre la dispersion des immondices dans la maison et le développement de la tuberculose; mais tout prouve que, parmi les circonstances préparantes ou aggravantes de cette maladie, la simple animalisation de l’air par les produits de la respiration (Brown-Séquard) et par l’exhalation cutanée, le confinement atmosphérique, l’aération insuffisante ou nulle, jouent tou- jours un rôle de premier ordre. Or, cette action est de même sens et de même nature que la souillure de l’air, de l’eau, des aliments, par les immondices. Et celle-ci est le plus haut degré d’une altération des milieux, identique à la première. Qu’est-ce qui rend l’air des villes, des casernes, des ateliers, si peu vivifiant, si insuffisant, si favorable à l’éclosion tuber- culeuse? La vie en commun, sans doute; l’agglomération des individus, des locaux trop remplis, un air auquel trop de poitrines s’alimentent et qui ne se renouvelle pas en proportion des besoins. Mais c’est surtout, évi- demment, la présence des immondices, dont le volume croit comme le nombre des individus, dont les récipients sont installés d’une façon lamen- table dans presque toutes les habitations collectives et même dans les de- meures particulières des quartiers pauvres des grandes villes, vieilles ou mo- dernes. Avec l’odieuse négligence qui règne à cet égard, la matière organique revient aux économies par toutes les voies et tous les modes; émanations des matières fraîches, particules et germes flottants dès que la fermentation s’en est emparée, infiltrations dans le sol, souillure des eaux, etc. La mortalité phthisique dans les prisons est bien connue ; Baly a reconnu que, dans les prisons de Londres, elle était trois à quatre fois plus forte que dans la population libre d’âge correspondant à celui des détenus. 11 )' a de cela beaucoup déraisons. Mais Parkes, comparant des prisons bien ventilées avec d’autres mal tenues et infectes, constate que la mortalité phthisique n’est que de 7,9 p. 1000 dans les premières, lundis qu’elle atteint 51,4 dans les secondes. On ne saurait beaucoup insister sur la recherche des preuves d’un rapport qui est général et s’associe à d’autres du même genre, surtout en face d’une maladie spécifique et transmissible. Cependant il nous a semblé que les villes où l’éva- cuation des immondices laisse le plus à désirer figurent de préférence parmi les cités à haute léthalité phthisique. Paris et Lille, spécialement, ont 16 à 17 décès phthisiques p. 100 décès généraux. Vienne et New-York, plus de 20 p. 100. Peut- être y a-t-il une influence de ce genre dans la léthalité tuberculeuse de l’armée et conviendrait-il de faire à cet égard des comparaisons d’une garnison à l’autre, des casernes de la même ville entre elles. Il n’est pas bon de multiplier les relations étiologiques d’un même agent, et l’esprit se prête mal à voir la vie en commun, Y encombrement, la saleté domestique, degrés en ordre ascendant d’une même situation antihygiéni- que, se montrer uniformément à l’origine de maladies de noms divers. C’est rester dans un vague peu fertile en conclusions pratiques que de mettre au compte de la malpropreté intérieure tout à la fois : l’anémie, la scrofule, la phthisie, une part des affections thoraciques, la stomatite ul- céreuse, la diphthérie, la diarrhée, la dysenterie, les typhus, etc. Malgré cela, pourtant, et malgré l’innocuité des inhalations fécales de Slich, nous ne pouvons nous défendre de croire que la respiration habituelle d’un air malpropre déprime l’économie, sans bruit il est vrai, et tout au moins ouvre la porte aux maladies banales, voire aux affections spécifiques, et dispose les individus à les avoir plus graves. D’où viendrait, sans cela, la haute mortalité des quartiers misérables des grandes villes et de leurs hôpitaux, ne fût-ce que dans le cadre des affections banales? Ce sont les asiles de la misère et des empoisonnés des poisons putrides et stercoraux. Au début du typhus d’Algérie de 4868, les produits des inflammations de mode inférieur et ceux des maladies à évacuations intestinales abon- dantes (diarrhée, dysenterie) nous paraissaient devoir être particulièrement signalés comme capables de constituer l’étoffe putride typhigène. Si l’ob- servation est bonne, le typhus exanthématique relève d’assez près de la souillure fécale, non spécifique; et ce que l’on appelle encombrement n’est autre chose que le pouvoir que possède une agglomération d’hommes de déterminer l’accumulation, sur un point, de cette matière putride et de quelques autres à peu près équivalentes, les excrétions cutanées et pulmo- naires. La « maladie des prisons » ne retrouvait-elle pas, à son origine, d’une façon très frappante, ces foyers de putréfaction dans l’air des dé- tenus, à 1 époque où les baquets d immondices, tout ouverts, passaient la nuit avec les hommes et que le vulgaire avait trouvé celte expression peu métaphorique : « pourrir en prison »? Et pour qui a vu les abords d’un campement occupé pendant quelques jours par une troupe armée, avec ou sans encombrement, il ne saurait être douteux que le « typhus des camps » a des rapports avec 1 inlection fécale du sol et de l’air des abris improvisés. Dans les épidémies d’Irlande et de Silésie, on a vu des gens affamés, habitant des huttes sans air, entassés ; mais aussi ces malheu- reux vivent cote a côte avec des animaux, des porcs généralement, et par conséquent dans le fumier. Nous ne voulons pas, d’ailleurs, présenter comme exclusif ni surtout direct ce rapport étiologique vis-à-vis d’une maladie dont les conditions de développement paraissent être fort complexes. Edwin Chadwick et John Simon ont présenté autrefois, comme une ma- ladie de malpropreté, la diarrhée qui constitue une sorte d’endémie dans certaines localités d’Angleterre. Ils ont insisté sur ce point que les localités, les maisons, les rues particulièrement maltraitées, souffraient visiblement de l’amoncellement fécal, de la souillure putride de l’air et de l’eau, tandis que les villages ou villes naturellement drainés par leur position sur une hauteur, ou pourvus d’une canalisation et d’un bon système d’éloi- gnement des immondices, connaissaient à peine ce fléau. La mortalité par diarrhée était nulle ou de 1 p. 1,000 habitants dans les maisons et les rues de cette dernière catégorie et atteignait 7,7 p. 1000 dans les autres. Sander ajoute que, dans quelqu.es districts, la santé sous ce rapport s’est améliorée en raison exacte des travaux de canalisation et d’éloignement des matières fécales. Coventry, canalisée vers la fin de 1850, avait eu 121 cas mortels dans les dix années qui précédaient, elle n’en eut que 61 dans les dix qui suivirent. Manchester et Salford, qui ont conservé le vieux système de fosses, ont toujours la diarrhée. Il va sans dire que l’imprégnation fécale de l’air et des eaux n’est pas l’unique cause de la diarrhée. Origine fécale de la fièvre typhoïde. — L’importance de la corruption des milieux dans la genèse de la fièvre typhoïde, l’influence pour ainsi dire spécifique des excréments humains, qui étaient naguère un dogme admis pour tous, sont loin d’être écartés, à notre époque. Mais le point de vue a changé. Les matières fécales ou putrides quelconques n’ont qu’une in- fluence indirecte, préparante ou adjuvante; le rôle spécifique est dévolu aux seules excrétions des typboisants. Nous ferons ici une rapide revue des doctrines qui se sont succédé, pensant qu'il y a quelque intérêt à fixer celte curieuse évolulion de l’étiologie. Pour Chauffard, Léon Colin, la matière fécale, « de toutes les choses sales la plus sale », provoquait la fièvre typhoïde, mais de la même façon que toute autre putridité, que l’air usé par la respiration des groupes et même que la putridité interne, que l’organisme se fait à lui-même à l’occasion de diverses circonstances dépressives de la nutrition. Murchison a été le grand promoteur de l’origine fécale de la fièvre typhoïde; il a renfermé sa pensée dans un mot: l’origine pythogénique. Pour lui, comme pour les précédents, les matières fécales n’ont pas besoin d’une provenance spécifique (ty- phoïde), ni d’association avec des selles de typhoïsanls. Budd a supposé le « germe » typhique et typhogène. Par conséquent il fal- lait d’abord des selles de typhoïsanls. Mais ce germe ne pouvait mieux éclore qu’en tombant dans des masses fécales banales. En France, Henri et Noël Guéneau de Mussy ont cherché à répandre cette théorie. Sauf la qualité fécale du milieu de maturation, elle se rapproche beaucoup de celle de Liebermeister et de Pettenkofer, qui exigent également un substrat, in- termédiaire au malade et à l’individu qui contracte la fièvre typhoïde, mais ad- mettent que cet intermédiaire peut être simplement le sol miasmatique. A l’Académie de médecine (1877), Jaccoud se déclara pour Vorigine fécale, tout en réservant qu’on ne saurait accepter cette origine comme unique. Toutefois, ici encore, deux cas se présentent : 1er cas : « les matières fécales ne deviennent ly- phogéniques qu’autant qu’elles renferment le poison typhoïde. — Le plus ordinai- rement, la présence du poison résulte de l’introduction de déjections typhoïdes dans la masse excrémenlilielle, auquel cas les matières fécales sont un simple agent de transmission ou de propagation de la maladie » ; 2° cas : « dans d’autres circonstances (qui sont aux précédentes comme 2 est à 3), le poison typhoïde prend naissance ou est apporté dans la masse excrémentilielle sans introduction préalable de déjections spécifiques; et, dans ce cas, les matières fécales ainsi mo- difiées sont, pour la maladie, un agent de génération. » .Nous rappellerons un certain nombre des faits les plus probants à l’appui de la formule générale, sans trop nous préoccuper de l’agent de véhiculation de la matière typhogène, lequel a été, pour les auteurs, tantôt l’air, tantôt l’eau ou même le lait; mais en notant les cas dans lesquels la spécificité des excrétions mises en cause a été spécialement dénoncée. Pour ceux-ci, naturellement, nous faisons les réserves qui ont été exprimées au chap. ii (p. 197). Il suffit de mentionner l’épidémie de la garnison prussienne de Mayence (1843-1844), attribuée au débordement des fosses d’aisances ; l’observation de Flint (cité par Parkes), qui a vu, dans l’État d’Érié, une épidémie naître de l’eau d’une hôtellerie dans laquelle était venu mourir un typhoïsant; celles de Routh (1836), de Schmitt, à Eltelbrück (1844), dans lesquelles il s’agit toujours d’eau contaminée par des matières stercorales. En 1880, une épidémie typhoïde éclate au couvent des sœurs de charité de Munich. Par suite d'une dégradation dans la conduite d'eau, l’on buvait, à celte époque, au couvent, l’eau d’un puits abandonné depuis longtemps et souillé par des infiltrations des fosses voisines, renfermant peut-être des selles typhoïques. Dès que l’on supprima l’usage de cette eau, l’épidémie s’arrêta. II est vrai que 120per- sonnes avaient payé leur tribut. Le docteur W. Roth attache une grande importance à la négligence vis-à-vis des immondices des soldats, parmi les causes de la fièvre typhoïde qui maltraita l’armée saxonne sous Paris (1870-1871). A l’orphelinat de Halle (Prusse), en 1871, il éclata une épidémie de fièvre ty- phoïde assez sévère (356 cas). Zuckschwerdt l’attribue à ceci : qu’une des conduites d’eau de l’établissement, croisant un fossé d’évacuation des immondices d’un certain quartier de la ville, s’élait affaissée et fissurée précisément au point de croisement. 11 s’était fait là une mare slercorale, et l’eau distribuée aux pension- naires leur apportait ces matières putrides, mêlées probablement de selles de lyphoïsants. Lorsqu’on eut interdit l’usage de l’eau de cette conduite (après, toutefois, les 336 cas), l’épidémie s’évanouit. L’épidémie du village d’Eggensletl, dans l’Allemagne méridionale, au dire de Jaccoud, apparut à la fin de l’été de 1868, sans autre cause connue que celle-ci : « les émanations des masses excrémentitielies accumulées avaient été portées au maximum » par la chaleur. En 1869, a Philadelphie, quatre maisons, et pas d’autres, devant lesquelles une fosse avait été vidangée, furent en proie à une épidémie typhoïde. A 1 asile de Donaldson (Edimbourg), en octobre 1869, éclate la fièvre typhoïde, qu’on n’y avail pas vue depuis vingt ans. Par suite du manque d'eau, l’irrigation avait été suspendue dans les canaux excrémenliliels; comme conséquence, les produits gazeux des matières accumulées dans ces canaux refluaient dans la salle de bains, dans les dortoirs, etc. On ne découvrit rien de plus. En 1873, la fièvre se montre dans une des ailes de la caserne de Blankenbui" ; les latrines de l’aile envahie étaient infectes, et les matières s’en accumulaient dans les canaux correspondants. On ferme ces latrines; l’épidémie s’arrête. L’aile opposée munie de latrines meilleures, non plus que la ville, n’avait pas été touchée. Le village de Bjôrnsborgbalcken, en Norvège, a été visité en 1868 par une épi- démie typhoïde de grande intensité. On remarqua que quatre des sept fontaines de la localité étaient infectées par des matières excrémentitielles et que les maisons abreuvées par les fontaines souillées donnèrent 41,15 p. 100 de tous les malades, tandis que les autres ne fournirent que 3,1 p. 100 (Jaccoud, d’après Daae). L’épidémie de Lausen dans le canton de Belle, en 1872, relatée par Hagler, a été fort remarquable par son origine. A peu de distance du village, dans une ferme qu’arrose un ruisseau, le fermier et sa famille avaient eu la fièvre typhoïde en juin et juillet. Le 7 août, la maladie éclate à Lausen et sévit avec une préférence visible sur les maisons alimentées d’eau par la fontaine publique, tandis qu’elle épargne relativement les habitants qui boivent de leurs puits particuliers. Il fut démontré que les eaux publiques venaient de la nappe souterraine en communication avec le ruisseau de la ferme, dans lequel très probablement avaient été projetées les déjections typhiques. L’épidémie de Croydon, en 1875, qui a servi surtout de texte à l’argumentation des doctrinaires de la seivergases theory, forme particulière de l’étiologie fécale, fut due, d’après Carpenter et G. Buchanan, d’une part à des communications accidentelles des égouts avec les conduites des eaux publiques; d’autre part, au reflux des gaz d’égout dans les maisons. Les quartiers hauts de la ville, pour cette cause, furent plus maltraités que les autres. Or les gaz d’égout, comme on le dira, ne remontent pas aussi régulièrement qu’on se le figure (Rozsahegyi) et, quant à la communication supposée entre les égouts et les conduites d’eau, Lis- sauer a fait remarquer que c’est une hypothèse à l’appui de laquelle on n’a apporté aucun fait positif. Ce n’est point, d’ailleurs, une sage application de la théorie de l’origine fécale que d’incriminer les égouts. Si la théorie est vraie, les égouts sont précisément une protection contre l’envahissement des matières excrémentitielles et contre la répétition des épidémies typhoïdes. Il n’est pas interdit de signaler les perfection- nements dont ils sont susceptibles, mais ne touchons pas au principe. Une enquête sérieuse, en ce qui concerne l’épidémie parisienne de 1876, a bien réduit le rôle funeste que l’on prêtait aux égouts; il y avait des exagérations fâcheuses et des suppositions très gratuites (on dirait presque des calomnies) dans les accusa- tions porLées contre eux. Léon Colin raconLe avoir cherché en vain, dans la cour de la caserne du Château-d’Eau, les bouches d’égout que quelques-uns dénonçaient avec insistance, en 1876, et d’où avait dû sortit'- l’épidémie qu’éprouva la garnison à cette époque. En France, on commence à se dégager des formules que Murchison, Budd, Grie- singer, von Giell, nous avaient envoyées toutes faites. Cependant, beaucoup des mé- decins des épidémies, dans leurs rapports annuels à l’Académie de médecine, attri- buent encore la fièvre typhoïde aux exhalaisons de latrines mal tenues, d’égouts à ciel ouvert non curés, de ruisseaux, de fossés ayant reçu les excréments de la popu- lation. Naguère on trouvait assez souvent la même étiologie adoptée par les médecins de l’armée (Léon Colin); à Issoudun (1875), par Fournier; à Lyon (1874), par Marmy et Alix; à. Salins, 1875 (Blin); à Brest (Aron); à Orléans, 18/0 (Carayon); à Courbevoie, 1873 (Régnier); à Montauban, 1874 (Cotte); a Nancy, 1874et 1875 (Daga) ; à Vincennes (1874), par Perréon, Lepellelier, Delon; à Auber- villiers, 1875-1876 (Dantin) ; à Amiens, 1876 (Sorel); à Beaulieu, 1875 (Ricque); à Givel(Libermann) ; à Caen, 1874-1875 (Ricque); au campdeChàlons, 1876 (Antony); au Mans (1875-1876) par Combier; au château de Montbéliard, par Jeanmaire ; à Lons-le-Saunier, à Tarascon (1874). Toutefois, dans quelques-unes des dernières observations, la souillure fécale n’est présentée que comme un élément étiolo- gique associé. Notre expérience personnelle nous porte à croire que cette associa- tion peut être relevée dans la plupart des cas. Aussi convient-il d’en contrôler l’importance. Dans son élude sur les égouts de Paris, Brouardel n’a pas dédaigné de citer quelques-unes des observations de Murchison à l’appui de l'influence lypbogène des émanations putrides, provenant de fosses, de cloaques, d’égouts obstrués. Depuis, on le sait, l’air est bien déchu de son rôle ancien de véhiculateur par excellence de l’agent typhogène et de quelques autres. L’eau l’a supplanté. Mais c’est toujours parce qu’elle porte à l’économie, par les voies digestives cette fois, quelque chose qui se trouvait dans les déjections. Ainsi faut-il comprendre le rôle des récipients d’immondices dans les épidémies de Witlemberg (Gaffky), d’Auxerre (Dionis des Carrières), de Pierrefonds (Brouardel) et cette phrase du mémoire de Brouardel et Chanlemesse sur l’épidémie de Cler- mont-Ferrand (1886) : « Elle a pour origine le mauvais captage de l’eau prise près de Royat et Ja pollution de l’eau par des matières fécales. » C’est encore à la souillure fécale que se rapportent les épidémies typhoïdes pro- pagées parle lait (W. Taylor, Edv. Ballard, Hart, Corfield, Cameron, Oglesby, etc.), dont les Anglais paraissent avoir jusqu’ici le monopole. En effet, sauf quelques auteurs qui ont admis, comme Cameron, la chute dans le pot au lait de germes typhoïdes flottants, ou ont pensé que les vaches pouvaient donner un lait typho- gène pour avoir bu dans une mare à purin, c’est généralement l’eau entachée de déjections typhoïdes, que l’on accuse. Celte eau a servi à laver les pots, ou sim- plement à étendre le lait, selon une coutume dont les laitiers ne peuvent se débarrasser. Ce qui est surprenant, c’est qu’en France, où l’école de la véhicula- tion typhoïde par l’eau est si florissante et où, hélas! les laitiers ne sont pas tou- jours honnêtes, on n’ait pas encore signalé d’épidémie de cette origine. La preuve que l’influence fécale est indirecte, qu’elle ne fait qu’élever l’adaptation des milieux et la réceptivité des individus, c’est qu’elle est parfois très évidente et que néanmoins elle manque son effet, c’est-à- dire qu’elle ne fait ni ne favorise la fièvre typhoïde. Par contre, elle peut manquer absolument et la fièvre typhoïde prospérer néanmoins. La ville de Lille, qui a les fosses fixes et la vidange perpétuelle, dont les rues sont empestées d’émanations fécales pendant une bonne partie de la matinée, en toute saison, et dont les environs les plus immédiats (les jardins mêmes de la ville) sont soumis à 1 épandage d engrais humain, a très peu de fièvre typhoïde', moins de 20 décès annuels p. 100000 habitants. D après le relevé des épidémies typhoïdes des sept casernes de Munich pendant dix années, J. Port affirme que la maladie n’a montré aucune prédilection pour les locaux influencés par le voisinage des latrines. Ce sérail plutôt le contraire. Krügkula, à Vienne (1877), a fait la même observation. En revanche, la caserne de Neustift, citée par Buxbaum, qui n’a ni fosses ni Arnould, Hygiène. 2e édit. 4o égouts et dont les excrétions tombent à même dans un ruisseau qui les emporte immédiatement, eut une épidémie de fièvre typhoïde, en 1865, dans l’aile la plus vieille, et une autre en 1868, dans l’aile de construction récente. Les deux ailes s’abreuvent, du resLe, à la même fontaine. Origine fécale du choléra. — La bactériologie fnoderne (voy. p. 461) nous a affranchis des tâtonnements de Karl Thiersch (1856), qui procurait des accidents cholériformes à des souris en leur faisant grignoter du papier à filtre imbibé du liquide intestinal de cholériques, de ceux de Legros et Goujon (1866), etc. On ne comprend pas bien les hommes, cités par F. Sander, non plus que le regretté et courageux médecin français, qui se sont soumis à l’épreuve dégoûtante de l’ingestion de matières excrémen- titielles cholériques. Ce qui en est résulté n’a prouvé et ne pouvait prouver pour ni contre la propagation fécale de la maladie ; et l’on était éclairé d’autre part. L’observation directe semble toujours donner raison à Petlenkofer en ce qni concerne les rapports des déjections cholériques avec le sol ; il est des points où cette semence reste stérile (Lyon, Versailles, Birmingham, Würzbourg, Stuttgart, Francfort-s.-M., Créfeld, Munster). C'est donc qu’elles ont de l’importance sur les Lerrains aptes à s’infecter. L’influence banale de la souillure fécale des milieux n’est pas aisée à distinguer. Günther, de Zwickau, assura, dans la conférence de Weimar, que les parties de la ville abreuvées de l’eau la plus souillée de matières animales furent celles qui souffrirent le moins du choléra. Lubelski (1873) constatait que Varsovie, avec une voirie à l’état embryonnaire, souffrait moins du choléra que les campagnes, et que les vidangeurs étaient moins frappés que les autres classes de la population. Le bacille-virgule meurt rapidement dans les matières de fosses. Cependant il n’a point paru que les déplorables pratiques de Toulon et de Marseille (1884-1885), en ce qui concerne le collectionnementet l’éloignement des immondices, aient nota- blement protégé ces deux cités. Brouardel pense même que c’est le contraire. Pour ce qui regarde la transmission du choléra par l’eau et les obser- vations de Pellarin, Bôhm, Snow, Marey, etc., nous ne pouvons que ren- voyer à l’article spécial (p. 200). Origine fécale de la diphthérie. — En Angleterre et en Écosse, où les affections diphthéritiques font chaque année des milliers de victimes (10,184 décès en Angleterre, en 1859), on est très disposé à ranger la diphthérie parmi les maladies de malpropreté; « la diphthérie et le typhus abdominal, dit J.-B. Russel (de Glasgow) sont simplement des maladies fécales. » Et, par un rapprochement au moins étrange, Fergus incrimine spécialement la souillure de l’air des villes par les émanations des égouts, dans le système actuel de beaucoup de villes anglaises (vidange intégrale à l’égout). A considérer l’état des localités et des habitations où les affections diph- théritiques s’établissent de préférence et prospèrent au mieux, on ne sau- rait nier que la putridité atmosphérique ne paraisse une circonstance fa- vorable au développement des épidémies de cette nature; nous-mêmc, naguère, avons hasardé l’opinion que la diphthérie, maladie infectieuse, transmissible par la formation de foyers, devait relever de conditions assez voisines de celles qui président au développement des épidémies de fièvre typhoïde. A celle-ci et h celle-là, étant réservée la distinction essentielle des germes, il faudrait l'intermédiaire du milieu putride pour l’expansion épidémique. Longuet, au Congrès de Vienne (1887), a signalé, la fâcheuse influence que paraissent avoir les fumiers sur la mortalité diphthéritique dans l’ar- mée française. Mais on ne voit plus que les matières excrémentitiolles puissent ici s’élever au-dessus du rôle banal de terrain, tandis qu’elles interviennent spécifiquement dans la fièvre typhoïde et le choléra. Les déjections des malades ne portent pas le poison diphthéritique plus que les exhalaisons pulmonaires et cutanées. La diphthérie maltraite d’une façon déplorable les grandes villes, où l’imprégnation putride de l’atmosphère fait efTort par mille côtés. Mais il est remarquable qu’elle est au moins aussi sévère aux localités rurales, où l’air extérieur est plus pur que dans les villes, mais où l’accumulation d’excréments humains et autres presse au moins autant l’habitation. Cette plaie est, en effet, atténuée, dans les cités qui pratiquent l’évacuation immé- diate des immondices. J.-B. Russe!, d’après le Registrar general d’Écosse, calcule que, dans les années de 1857 à 1870, il est mort de diphthérie, par million d’habitants : 117 individus dans les cantons insulaires. 271 — dans les districts ruraux. 216 — dans les districts urbains. 11 meurt énormément de paysans russes par diphthérie, depuis quel- ques années; 8,563 personnes en 1876; 18,698 en 1877. En Prusse, pendant l’année 1877, la mortalité diphthéritique a été de 13,6 p. 100,000 hab. dans les communes urbaines, 17,8 dans les communes rurales (Varren- trapp). Le mode de propagation de celle maladie n’est pas suffisamment connu. Il est, du reste, à 1 élude. Les contacts directs ont probablement, plus d’importance que les circonstances adjuvantes; cependant il reste à expliquer les périodes de surac- tivité épidémique de la maladie, alternant dans la meme localité et sur une assez longue sérié d années, avec des phases d apaisement, sans qu’il soit toujours bien facile de préciser ce qui est changé dans les conditions hygiéniques du lieu. On croirail qu il s agit d une atténuation spontanée et propre du virus. L’Angleterre a eu l’une de ces périodes d’activité diphthéritique de 1838 à 18G0, avec le maximum en 1859 (6,G06 décès en 1858; 10,184 en 1857; 5,212 en 1860); depuis lors, elle parcourt une longue phase de somnolence relative ; il y a eu 2,856 décès de cette cause en 1879. La ville de New-York a eu 2,329 décès diphlhéritiques en 1875 et seulement 671 en 1879. En résumant toutes ces considérations, il faut bien reconnaître que les souillures du support et des milieux par les immondices ont une impor- tance énorme dans la genèse et surtout dans la propagation des maladies épidémiques; mais que leur influence est rarement isolée et qu’elle est parfois primée par quelque autre élément. Il n’y a peut-être pas de mala- dies de saleté, dans le sens d’une étiologie rigoureuse. Néanmoins, il suffit que la malpropreté soit partout menaçante, aussi bien par les maladies banales, qui en procèdent fréquemment, que de la part des maladies spécifiques, dont elle abrite souvent les germes et dont elle constitue, pour le moins, la préparation la plus favorable et la plus sûre, pour que l’hygiène ait à cœur de détourner ces dangers évidents et ces altérations des milieux, qui diminuent à coup sûr la vitalité de l’en- semble, en attendant.qu’elles frappent à mort un certain nombre d’indi- vidus. — Les matériaux usés doivent quitter la maison le plus tôt possible, le plus complètement et le'plus rapidement possible. Théoriquement, l’hygiène ne peut prévoir des cas dans lesquels on mette systé- matiquement en dépôt les immondices, pas plus qu’elle n’admet des récipients provisoires du mauvais air. Nous avons dit : éloignement des immondices, sans mentionner le collectionnement plus ou moins durable. L’idéal à atteindre, en effet, est le départ immédiat de l’habitation, de toute immondice à mesure qu’elle se pro- duit. Tout procédé d’attente est une imperfection, une solution incomplète du pro- blème et qu’on ne peut tolérer qu’en considération d’impossibilités matérielles de faire autrement. Mais il faut bien compter d’avance que, dans la pratique, nous rencontrerons souvent ces procédés d’attente, soit qu’ils existent de vieille date, nés à une époque d’éducation sanitaire insuffisante, soit que des condilions locales les protègent et excusent, sans le justifier, leur aménagement aujourd’hui encore dans des bâtisses contemporaines. Or l’hygiène établit des principes et indique ce qu'il y a de mieux; mais elle sait convenir que telle situation est moins pressante dans une petite ville que dans une capitale ; que des condilions topographiques, des habitudes locales, peuvent être prises en considération dans le choix d’un système d’assainissement. Lors même que ses principes ne sont pas appliqués, elle n’aban- donne pas les situations compromises; elle cherche quelque moyen de les rendre moins mauvaises et moins offensives. Les immondices, tout en menaçant l’air des habitations, sont pour le sol et les eaux ce que les produits de la respiration et les excrétions cutanées sont à l'atmo- sphère ; des impuretés solides ou liquides continuent et aggravent les impuretés aériformes. Les installations et les opérations dont nous allons nous occuper sont aux premières ce que la ventilation est aux secondes; là. on expulsait de la maison l’air carbonisé et animalisé pour le rendre à l’océan atmosphérique, où d’autres organismes l’utilisent en le purifiant; ici nous allons voir que l’on enlève les impu- retés solides ou liquides pour les remettre à la terre, qui livre aux plantes du car- bone et de l’azote et reprend en circulation des eaux assainies. G. Procédés d’éloignement des immondices. Les procédés d’éloignement des immondices peuvent être rapportés à trois ordres : 1° l'abandon; 2° le collectionnement plus ou moins durable; 3° Y évacuation immédiate et systématique. 1° Abandon des immondices. — Le terme qui sert de titre à cet article est peut-être par trop expressif; car l’homme régularise même la négli- gence et nous allons rencontrer ici des pratiques détestables, mais qui pourraient avoir la prétention d’ôtre des procédés. C’était déjà un procédé, celui que Moïse imposait à ses nomades : « Tu auras hors du camp un lieu pour les besoins naturels et lu porteras avec toi une pique suspendue à ta ceinture et, quand tu te seras accroupi, tu creuseras avec cette pique la terre d’alentour et tu recouvriras les ma- tières. » On ne fait pas autre chose, en grand, dans les camps modernes. La méthode serait même assez bonne, sauf qu’elle n’est pas applicable à la moindre bicoque. Il en est une bien inférieure, dans beaucoup de villages et dans quel- ques villes, qui consiste à jeter par la fenêtre ou à laisser couler devant la maison les eaux ménagères; à déposer cà la porte, sur le sol naturel, le fumier des animaux, dont la partie liquide s’inûltre nécessairement en terre; à répandre autour de l’habitation les excréments humains, aban- donnant aux animaux et aux agents météoriques le soin de les faire disparaître. Dans certains quartiers de Marseille et de Toulon, dit Brouar- del, on pratique le jetage au ruisseau de toutes les immondices de la maison; ou bien, l’on amoncelle dans un trou de lm,50 à 2 mètres de profondeur, des cailloux roulés ou autres pierres, en moyenne de la dimension d’un pavé. Cela s’appelle des éponges. On les établit dans les petits jardins, derrière les maisons, et l’on y dirige toutes les eaux sales partant des éviers. Dans les villes du Nord, on a conservé assez largement l’usage des puits absorbants, puits perdus, bétoires (au Havre), puisards, destinés à recevoir les eaux sales et, fréquemment, l’intégralité des matières excré- mentitielles. Quand le sol est perméable sur une grande épaisseur et que la nappe souterraine est un peu éloignée, la puissance d’oxydation du sol est telle qu’il vient à bout, pendant assez longtemps, des matières orga- niques qu’on lui confie. Pourtant, la vase organique se précipite sur les parois du boit-lout et, à la longue, les rend imperméables ; les immondices montent et refluent à l’orifice; il faut creuser un autre puits absorbant. Quand le fond du puisard est en plein dans la nappe souterraine, les li- quides qu’on lui confie disparaissent très vite; mais, alors, la nappe est définitivement corrompue, comme à Douai. Il arrive même que si la construction d’égouts vient à gêner l’écoulement de cette nappe, l’influence de ce marais spécial se traduit fâcheusement sur la santé des habitants, ainsi que cela s’est produit au Havre, selon Giberl. Le Comité consultatif d’hygiène publique a demandé l’interdiction des puisards dans les cons- tructions neuves. Les villes sans égout ont conservé l’habitude de verser les eaux ména- gères dans le ruisseau (les Rinnsteine des vieux quartiers, à Berlin; le Orâbli en Suisse; le fil-d eau à Lille), où ces liquides malpropres et vis- queux se dirigent à 1 aventure, se putréfient, s’infiltrent dans les inters- tices des pavés, répandent indéfiniment des odeurs infectes, en attendant la pluie ou le courant municipal, que l’on se décide parfois à y faire passer dans la saison sèche. On comprend, à la rigueur, cette pratique dans les villes bâties sur une colline et dans lesquelles une eau pure et abondante lave incessamment de haut en bas les bords do la chaussée, comme à Fribourg-en-Brisgau (Wiel et Gnehm). Enfin, l’on rangera dans la môme classe de dispositions primitives et à abandonner définitivement les galeries souterraines sans pente et sans cir- culation d’eau de nettoyage, que l’on trouve encore dans quelques villes. Ce sont des réservoirs plutôt que des conduits d’évacuation, et l’on croirait que l’intention des constructeurs a été de dissimuler lesimmondices àla vue plutôt que de les éloigner réellement. La preuve de leur insalubrité est que les maisons bâtie^sur ces voûtes trouvent difficilement des locataires. 2° Systèmes à collectionnement des immondices. — Ils sont de deux ordres. Les uns comportent le collectionnement prolongé, ce sont les fosses fixes. D’autres le font le plus court possible, comme les fosses mo- biles, les tinettes-diviseurs, les appareils Goldner, Liernur, Berlier, etc. Parmi ceux-ci, la plupart supposent en même temps la canalisation des immondices. On pourrait donc en faire une classe à part, sous le titre de système mixte. Gomme ils ont toujours, plus ou moins, le tort de laisser l’homme à côté de ses excréments, nous les laissons dans les sys- tèmes à collectionnement, qui sont tous à abandonner en principe. Fosses fixes. — Ce système est probablement de très vieille date ; on le voit encore dans toutes les petites villes fonctionner exclusivement et, dans beau- coup de grandes, résister à l’introduction de procédés progressifs, avec un succès qui ne permet pas de présager sa disparition dans un terme rapproché. Les fosses d’aisances sont des récipients en maçonnerie, pratiqués à un niveau plus bas que le sol de l’habitation, et auxquels aboutit le tuyau de chute des latrines. On les installe souvent perpendiculairement sous les pièces habitées; la plus vulgaire prudence exige qu’on les tienne au moins latéralement au corps de logis, à 1 mètre du mur d’enceinte, sous les dalles d’une cour, soit que les cabinets soient eux-mêmes un peu à l’écart, soit qu’on donne au tuyau de chute l’inclinaison nécessaire, qui toutefois doit être peu éloignée de la verticale. La première condition à remplir, dans la construction d’une fosse, c’est de lui donner des parois imperméables. 11 n’est pas absolument malaisé d’y arriver tout d’abord et tant que la fosse a peu servi, dût-on lui donner des parois métalliques; mais l’expérience démontre qu’il n’en est guère qui résistent à un long usage. Peut-être pourrait-il en être autrement de nos jours, où l’industrie du ciment et de la brique cuite a fait de si grands progrès. 11 est évident que le bois doit être repoussé de ce travail; la pierre, la brique, le ciment, l’asphalte, sont les meilleurs matériaux. Le revêtement en ciment doit être intérieur et extérieur; encore les alcalis et parfois les acides du contenu finissent-ils par altérer le ciment, de même que l’ammoniaque forme un savon soluble avec la résine de l’asphalte. Sander conseille de faire une double paroi, bien cimentée, avec un espace libre de 30 centimètres qu’on remplit d’argile plastique ou de béton. A Stuttgart, quelques fosses sont en pierre de taille d’un seul morceau; à Augsbourg, on en voit en fonte de fer. Les réservoirs du système Schleh sont en fer revêtu d’asphalte. Il est à désirer que les fosses ne soient ni très profondes ni de grandes dimensions ; on les videra plus souvent et l’on se rendra mieux compte de leur état d’étanchéité. Une bonne disposition est celle qui consiste à sup- primer à peu près le tuyau de chute, de telle sorte que l’ouverture de la fosse soit immédiatement sous la cuvette du siège. On évitera le plus pos- sible les angles dans l'intérieur; le fond sera régulièrement concave. La fermeture supérieure se fera également en matériaux imperméables, fer, pierres de taille, dalles, argile, de manière à supprimer l’action de l’air extérieur et les exhalaisons de dedans en dehors. A l’exception des oper- cules, suffisamment larges (dalles en fonte), que l’on ménage dans le plafond de la fosse pour être soulevés d’une façon intermittente, au mo- ment de la vidange, il ne doit y avoir communication entre la fosse et l’atmosphère que par le tuyau de chute et par le tuyau d'évent; encore faut- il que la première ne soit autre qu’un courant d’entrée, et la seconde un courant de sortie. Les grands inconvénients des fosses fixes sont les émanations gazeuses, odorantes et peut-être mêlées de molécules organiques, d’une part; de l’autre, 1 es infiltrations dans le sol; enfin, la vidange. a. Erismann a déterminé, à l’aide de constatations précises et répétées, ce que I3d grammes d’excréments (fèces et urine ensemble dans la proportion de 1 des premières et 3 de la seconde, comme cela se présente dans les fosses) peuvent abandonner à l’air, dans les conditions les plus habituelles, en vingt-quatre heures. Il a trouvé : Milligrammes. Acide carbonique 83,6 Ammoniaque ' 15,3 Hydrogène sulfuré 0,2 Substances organiques (carbures d’hydrogène, acides gras, peut-être des organismes) 56,4 155,5 Pour une fosse d’aisances d’une ouverture de trois mètres carrés, remplie jusqu’à la hauteur de deux mètres en vingt-quatre heures, il a constaté l’exhalaison de : Acide carbonique. Ammoniaque Hydrogène sulfuré Carbone Kilogrammes. 11,144 2,040 0,033 7,464 Mètres cubes. 5.67 2.67 0,02 10,43 Dans le même temps, 18 mètres cubes de matières excrémentitielles consom- maient 13k,8o d oxygène. Et ces gaz menacent incessamment de leur invasion les pièces habitées. Le même auteur a pu se convaincre, l’anémomètre en main, que la plupart du temps il se fait un courant ascendant de la fosse vers les étages, tel qu en vingt-quatre heures il peut s échapper par la lunette du siège jusqu’à 1,165 mètres cubes de gaz. Petlenkofer a porté ce chiffre à 1,300 mètres cubes. La proportion d’acide carbonique dans cet air serait de 3 à b p. 1,000, suivant Heelz. Les gaz qui se développent dans la fosse tendent à remonter et à s’échapper par I orifice du siège lorsque leur tension est supérieure à la pression atmosphérique. II s en développe d autant moins qu il arrive moins d’air au contenu des fosses. La rupture de l’équilibre de pression est, du reste, sollicitée par toutes les causes qui diminuent la pression extérieure : élévation de la température du dehors, vent. L’ascension gazeuse peut varier entre 0 et 10,000 mètres cubes, en vingt-quatre heures, de telle sorte que, moyennement, une habitation de b00 à 600 mètres cubes d’espace serait aisément remplie plusieurs fois par jour de gaz stercoraux, si l'on n’y mettait obstacle. b. Les infiltrations à travers les parois des fosses fixes sont extrêmement com- munes et, souvent à la satisfaction des propriétaires, sont énormes sur certains points. Brouardel constate que, dans les fosses fixes de Paris, la matière solide, qui ne devrait former que la sixième ou la huitième partie de la masse, en constitue environ le lier S^) u même la moitié. Le liquide a passé à travers la maçonnerie dans le sol environnant ou dans d’autres maçonneries. Wolffhügel examina des échantillons de terre pris sous des fosses fixes et sous des égouts. De six fosses soumises à cette épreuve, d’ailleurs revêtues de ciment, une seule lui liL l’effet d’être d’une imperméabilité parfaite; une seconde se distin- guait par la couleur noire du terrain sous-jacent et son état gras; sous deux autres, le sol répandait une mauvaise odeur et, sous les deux dernières, l’infiltration putride était évidente. Une fosse à fumier de 2m,3 de profondeur, en pierre et en mortier à la chaux, avait imbibé le sol au-dessous d’elle jusqu’à la nappe souterraine, et, latéralement, jusqu’à 10 mètres de distance. En comparant les fosses aux égouts, l’auteur trouve (en grammes), par mètre cube de terre : CD 5 ce SUBSTANCES SOLUBLES. SUBSTANCES 1XS0LCBLES SOL. PROFONDEU A LAQUELLE ÉTAU l’échantillon. QUANTITÉ TOTALE. w O 3 W rf O H — ce ut es U2 g O p. -H < 3 O MATIÈRES ORGANIQUES. | W ce c j U W “ » Q et z te c 3 H - O H ~ - k ; 5 p. < 5 K H O s < Normal 3“,7 211 52 118 10 12 1504 14 Moyenne de 9 égouts 3”,6 217 91 93 21 18 3356 55 — de 6 fosses 2» 4 003 185 1257 110 19 5461 60 Sol à 4m,5 d’une fosse à fumier 2”,3 4710 1500 2230 330 400 39772 956 De même, Würtz (1881), examinant la terre autour de fosses fixes à Bioêtre et à la Salpêtrière, oblenail les résultats suivants (rapportés à 1 kilogr. de terre séchée à 120 degrés) : PROVENANCE POINT a = to *£ w ë “ K 3 * c? » 5 <: à 5 U . c * S si? a ?•='.§ DE LA TERRE. DE LA PRISE D'ÉCHANTILLON. ce «*• w ce o si; < •? z " - r*. «n £ in: ^ < £ O S ® 3 = 2 ï- < ÏSg < u s = ° s % 5 — u < c Z te •— u Bicètre gr. 117,00 g**. 8,11 gr. » gr. 0,0980 g*1- 0,027 — du tuyau de chute.. 176,00 57,00 0,030 0,612 0.S15 La Salpêtrière Très rapproché de la fosse. Loin de la fosse 140,00 40,00 9,8 1,05 0,0127 0,0018 0,0978 traces. 0,316 0,019 \ De ces constatations chimiques, il ne faut rien conclure quant à la pénétration et à la dissémination à distance, dans le sol, des microorganismes de la putréfaction ou d’autres qui peuvent se trouver dans les matières de fosse (Voy. Microorga- nismes du sol, p. 90). Assainissement des fosses fixes. — On amoindrit les dangers des émana- tions par la ventilation des fosses et des cabinets qui y correspondent. En effet, les fosses fixes n’admettent pas l’introduction de l’eau, qui les rem- plirait rapidement et multiplierait les opérations de vidange. Par consé- quent, on ne saurait pratiquer l’obturation hydraulique à l’origine des tuyaux qui s’y abouchent. Quelques particuliers aisés le font, cependant, à l’aide d’appareils, du reste, qui consomment modérément d’eau. C’est impraticable dans les habitations collectives. Le local qui sert de cabinet d’aisance doit être d’abord très aéré, prin- cipalement par des fenêtres qui le mettent largement en communication avec l’air extérieur. Rien ne vaut celui-ci pour oxyder l’ammoniaque et les corps volatils odorants. Nous avons remarqué que les latrines de ca- sernes les plus puantes sont aussi les plus fermées. Il faut se garder de ventiler les cabinets par une cuisine, dont l’atmosphère chaude ferait appel aussi bien sur l’air de la fosse que sur celui du cabinet, qui, lui- même, ne doit être extrait que par la fosse. Tantôt, on ajuste sur le tuyau de chute, immédiatement au-dessous de l’entonnoir (ou cuvette), un tuyau d'évent, de même calibre que le premier, qui s’élève jusqu’au toit ; on l’adosse à une cheminée, on le fait même déboucher dans l’intérieur de celle-ci, ou mieux encore, selon le conseil de Pettenkofer, on entretient à l’extrémité supérieure du tuyau qui réunit tous les tuyaux de chute de la maison, prolongé jusqu’au faîte, un bec de gaz dont la chaleur assure un constant appel. Tantôt, le tuyau d’évent part de la voûte de la fosse (système d’Arcet) ; les gaz de la fermentation s’élèvent par leur légèreté dans le tuyau d’évent qui les dissémine par- dessus les toits; l’air descend au contraire par le tuyau de chute et fait appel de l’air extérieur, par les fenêtres, dans le cabinet. Telle est, au moins, la théorie. 11 est probable que les courants sont, en effet, dans le sens prévu, lorsque l’air extérieur est froid, pendant la nuit, par exemple; de là l’empeslement atmosphérique qui monte au nez des Parisiens logés un peu haut, lorsqu’il leur prend envie de respirer l’air du matin par leur fenêtre. Mais dans le jour, par la saison chaude, des courants inverses se produisent fréquemment. D’ailleurs, est-ce bien un avantage que de ré- pandre ces exhalaisons dans l’air même qui entoure immédiatement nos habitations et qui va les y réintroduire ? Friedr. Sander conseille l’emploi d un tube de tôle, assez large, qui, partant de la fosse, va rejoindre dans la cave le tuyau de cheminée des cuisines, prolongé par en bas. Celte méthode peut réussir à extraire les gaz de la fosse, mais on ne voit pas qu’elle les empêche d’envelopper néanmoins la maison. « Pour qu un tuyau d évent fonctionne, il faut que l’équilibre des gaz soit rompu ; il s’établit alors un courant dans les tuyaux de chute et le tuyau d’évent dans un sens favorable ou défavorable à l’assainissement de la maison. « Cet équilibre peut ôLrc rompu soit par une dill'érence de température entre la fosse et l’air extérieur, soit par une forte baisse barométrique qui détermine dans la fosse un dégagement considérable des gaz délétères. Dans ce dernier cas, assez rare, on a toujours constaté une mauvaise odeur dans les cabinets du rez-de- chaussée... Le .courant est ascendant dans le tuyau d’évent quand l’air de la fosse et du tuyau a une température supérieure de 1 degré et demi à celle de l’air exté- rieur. Si celte différence de température est en faveur de l’air du dehors, le courant est renversdket, par conséquent, défavorable; avec un écart plus faible, le tuyau d’évent ne fonctionne dans aucun sens. « La première condition se présente en hiver et, presque toujours, la nuit; la seconde, dans les journées d’été. » (Lacoste.) Nous connaissons des casernes dont les latrines sont pratiquées dans un terre- plein du rempart ; les tuyaux d’évent traversent de bas en haut ce massif et la cour de la caserne est empuantie, dès que le temps est doux. Il ne faut pas s’en étonner. L’air est plus froid dans le tuyau d’évent, plongé en terre, que dans la cour, abritée par le rempart d’un côté, par les bâtiments de la caserne de l'autre. Le courant est en sens inverse de ce qu’il faudrait. Dans les maisons neuves de Lille, on fait deux cabinets, l’un aux étages pour les maîtres, l’autre au rez-de-chaussée pour les domestiques, aboutissant tous deux, naturellement, à la même fosse. Nous sommes absolument d’avis qu’il ne faut pas empoisonner les domestiques. Mais, en hiver, dans les maisons en question, c’est le cabinet des maîtres, entouré de pièces chauffées, qui sert de tuyau d'évent à celui d’en has, où la température est à peu près celle du dehors. Le bec de gaz à l’intérieur, l’appel des cheminées, les ventilateurs mus par le vent dont il a été question (p. 578) régularisent jusqu’à un certain point le fonctionnement des tuyaux d’évent. Mais c’est toujours un appa- reil dangereux. Brouardel a raconté les conséquences de la rupture d’un de ces tuyaux, qui aurait occasionné la fièvre typhoïde dans la famille de Geoffroy Saint-Hilaire. Supposons qu’ils fonctionnent ; la maison n’y gagne qu’en apparence, puisqu’ils imprègnent d’émanations stercorales l’air qui lui reviendra par l’ouverture des fenêtres. Pour ce qui regarde la non étanchéité des fosses, il y a des inspecteurs qui, après la vidange, les examinent en dedans, au péril de leurs jours d’ailleurs. Il est difficile qu’ils puissent remarquer autre chose que de très grosses brèches par ce côté. Il n’y a qu’un remède à la perméabilité des fosses, leur suppression. 11 existe, cependant, une modification dans la construction des fosses fixes à laquelle nous devons une mention. Fosses fixes avec séparation des gaz. Système Schleh. — Ce système, auquel Wiel et Gnehm consacrent quelques lignes et une figure, reproduite ci-après (fig. 160), adopte un réservoir de grandes dimensions, que l’inven- teur prétend être absolument étanche, parce qu’il est en fer revêtu d’as- phalte. La vidange s’opère par aspiration, en adaptant le tube de la pompe aspiralrice au tuyau p, fermé à vis à son extrémité libre et plongeant par l’autre jusqu’au fond du réservoir d. L’extrémité libre émerge du mur de la maison, en un point choisi de telle sorte que l’opération de la vidange passe inaperçue des habitants. On peut évidemment installer celte fosse perlectionnée dans une vieille maison qui ne possède pas de rapports avec la canalisation générale de la ville. Mais ce ne sont pas ces avantages modestes, ni ce dispositif, qui caractérisent surtout le système. L’idée oiiginale dont il cherche la réalisation est celle de la séparation des gaz putrides d avec la masse excrémentitielle, de façon à épargner les mesures de ventilation, les risques encourus par l'air, et à rendre plus aisément arriver à'a 68. T11'™5 PHVreS deS P‘0dUilS 8“ei,x de fermentation: Pou, ? , ” ’ on a renforcé les appareils mécaniques d’obturation couvercie a la cuvette c, diaphragmes à immersion (coupe-air) sous 'ê ! uin,ervlanaradé,U T" d » 109 117 — le sulfate de fer 388 )) » 152 337 — l’acide sulfurique dilué... 467 » - » 116 155 — la terre de jardin 826 38 » 148 903 — le charbon de bois 944 109 » 194 899 Le sublimé serait donc le meilleur de tous les désinfectants; malheureu- sement, dans les circonstances actuellement envisagées, il est cher et dangereux. L'acide sulfurique dilué est impraticable, parce qu’il attaque les pièces en métal et le mortier ou ciment. Nous reparlerons de la terre ; mais il est facile de concevoir dès maintenant l’embarras que causerait, dans les villes et pour les latrines fréquentées par un grand nombre d’in- dividus, l’usage de cette substance ainsi que celui du charbon de bois, des cendres, corps très absorbants, mais dont il faut de très grandes quan- tités (4 kil. de terre pour 1 lit. d’urine; 2 kil. pour 1 de matière ster- corale, soit 1,780 kil. par an pour une personne). Reste donc le sulfate de fer ; or, on voit qu’il ne diminue guère que de moitié le poids des gaz qui arrivent dans l’atmosphère. Lq sulfate de fer ou vitriol vert, en contact avec l’ammoniaque, lui aban- donne son acide, et l’oxydule de fer libre forme du sulfure de fer avec l’hydrogène sulfuré. Ou bien encore il s’oxyde à l’air et détruit les com- binaisons peu stables. Or, l’oxydule, devenant de l’hydrate d’oxyde de fer, agit de nouveau sur l’hydrogène sulfuré, empruntant de l’oxygène aux combinaisons organiques les plus stables, de façon à régénérer du sulfate de fer, qui recommence la série des effets. C’est donc un désinfectant perpé- tuel (Kuhlmann). Petlenkofer et la Conférence du choléra, de Weimar (1867), l’ont recommandé. Griesinger, Kühne, Virchow, lui sont au con- traire hostiles. Le premier effet de cet agent est d’augmenter la mauvaise odeur en rendant libres, par son union avec l’ammoniaque (sulfure d’am- monium), les acides butyrique, valérianique, etc. Comme second effet, il opère la désodoration. Plus tard, les mauvaises odeurs peuvent reparaître. Il a l’avantage de n’être pas coûteux. On se sert d’ailleurs d un sel très impur et môme de pyrolignite de fer. On ne cite pas d’épidémie de choléra, de typhus ou de fièvre typhoïde qu’il ait jamais arrêtée dans ses progrès; néanmoins, le mérite de diminuer de moitié les gaz des fosses est précieux dans quelques cas; par exemple dans la vidange des cloaques vastes et où les matières ont croupi; on devrait toujours l’employer lors- qu’il y a à craindre l’asphyxie des ouvriers. On néglige souvent cette pré- caution parce que les agriculteurs, paraît-il, n’acceptent plus volontiers les matières traitées par ce sel. Les règlements militaires (1855) en ont recommandé l’usage, que repoussent les entrepreneurs de vidange dans le Nord. Il faudrait, d’ailleurs, désinfecter plusieurs jours avant la vidange et non au moment de l'accomplir (voy. p. 499). Le sulfate de zinc, plus cher, peut remplacer le sulfate de fer. Letheby recommandait comme désinfectant exclusif des fosses Y acide phénique, pur ou à 5 p. 100. Pour les urinoirs, les égouts, la solution au 2000e suf- firait. Parkes a répété cette prescription. Lmery-Desbrousses attache une grande importance, comme moyen de désin- fection des fosses et des égouts, à l'hydrocarbure phéniquê, connu sous le nom d'huile lourde de houille, également dérivé du goudron de houille par distillation (entre 200 et 300 degrés). Outre l’effet ordinaire d'embaumement, cet agent parait jouir d’une sorte d’action mécanique ; l’huile, en formant une couche mince à la surface des malières de la fosse, empêche à la fois l’accès de l’air et l’issue des gaz, par conséquent fait obstacle matériel à la fermentation. L’auteur de ces observa- tions compare sous le rapport de la fièvre typhoïde les deux années 1876 et 1877, pendant lesquelles la garnison de Caen ignorait l’usage de l’huile lourde, avec les deux années suivantes, 1878 et 1879, qui furent marquées par l’introduction et la pratique de ce désinfectant ; il constate : j 187G 284 cas ( 1877 7G — ( 1878 25 — ( 1879 27 — Ce court tableau suffit à faire voir que la poussée épidémique diminuait spon- tanément en 1877, sans que l’huile lourde y ait été pour rien; et que ce désinfec- tant n’a point supprimé la fièvre typhoïde (en 1879) après deux années d’applica- tion. Il en est de même de beaucoup d’autres et nous verrions avec plaisir que la suppression des fosses fixes et des latrines à la turque dans nos casernes dispensât les médecins de l’armée de se mettre en trais d’imagination pour lutter contre les foyers débordants de putréfaction, que la routine entretient dans les plus intéres- santes des habitations collectives. Un certain nombre de désinfectants composés, portant le nom de leurs inventeurs (désinfectant Pétri, Suvern, Saint-Luc, etc.), et quelquefois tenus secrets, ne sont autre chose qu’un mélange de plusieurs des corps dont il vient d’être question. Le mélange Suvern, qui a obtenu quelque vogue en Allemagne, est fait avec un boisseau de chaux éteinte et amenée à l'état de bouillie, dans lequel on ajoute en remuant la masse 1» kilogrammes de goudron de houille, puis 7 kil. 60 de chlorure de magnésie dissous dans l’eau chaude. L’inventeur avait la prétention, outre la désinfection a assurer, d obtenir par ce liquide un précipité très riche comme engrais et utilisable pour 1 agriculture. Il paraît que celte espérance ne se réalise pas. Vidange des fosses. Malgré le soin que l’on a eu d’écarter l’eau des -36 décès typhoïdes. 14 7 — 7 — cabinets et de la fosse, malgré les fuites qui ont réduit des cinq sixièmes le liquide, il vient un moment où le récipient menace de déborder. Il faut le débarrasser de son contenu. Il existe pour le faire d’assez nombreux procédés ; les plus parfaits ne sont peut-être qu’une grande atténuation des inconvénients de cette opération. Le procédé primitif, avec le seau à main, est simplement horrible. Outre les dangers qu’il fait plus immédiatement courir aux ouvriers, c’est celui-là qui répand dans la maison et dans la rue, de la façon la plus pro- longée, les odeurs les plus intenses. Il est resté en honneur dans plusieurs villes de l’étranger et de France, particulièrement à Lille, où il fait une concurrence sérieuse aux compagnies de « vidanges inodores ». A peu près toute l’année, mais surtout au printemps et en automne, la cité est sillonnée, de 6 à 8 heures du matin, de chariots rustiques, chargés de tonneaux dans le flanc desquels un trou carré est obturé avec une touffe de paille ; deux hommes apportent chacun de ces tonneaux successivement auprès de l’ouverture de la fosse ; on puise dans celle-ci avec des seaux ou des cuillers à pot de grande taille dont on remplit les tonneaux ; chaque fût plein est reporté sur la voiture, plus ou moins souillé des mêmes matières qu’il renferme dans ses douves. C’est un rude instant à passer pour les habitants de la maison et les voisins, eL même pour quiconque, ayant des occupations matinales, est obligé d’être dans la rue à ces heures-là. On ne s’en plaint pourtant pas trop dans Lille ; la population parait être familiarisée avec ces objets et ces senteurs. Le conseil de salubrité local lui-même a failli préférer, pour l’hôpital Sainte-Eugénie, les fosses fixes (étanches, bien entendu) à toute autre méthode ; ce qui n’est pas moins remarquable, le gouver- nement a récompensé le rapport qui formulait ces conclusions et un journal d’hygiène fort sérieux ne l’a pas trouvé étonnant de la part d’un Conseil dont il paraît, d’ailleurs, que « l’éloge n’esl plus à faire ». On pourrait user d’indulgence envers ce procédé, s’il était démontré qu’il n’est rien de plus que fétide, quoique ce soil déjà attenLer gravement à de certaines organisations. Mais qui dira que ces émanations, qui font tourner la bière et em- puantissent le lait, sont aussi inolfensives pour l’économie humaine que révoltantes pour l’odorat? Sander croit avoir remarqué que le lait ainsi infecté contribue à multiplier les cas de diarrhée infantile. Or, à ces heures de vidanges matinales, les porteurs de lait à domicile se croisent précisément avec les chars qui emportent à la campagne leur récolte excrémenlitielle. J’accorde que l'agriculture y trouve un riche aliment et qu’elle est d’ailleurs digne de tout notre intérêt; mais n inter- vertissons pas l’ordre des choses et ne commençons pas par empoisonner les humains pour pouvoir leur offrir du pain ensuite. Que l’on n’argue pas du peu de danger qu’ofîrent les matières dites fraîches et des garanties que procureraient précisément les vidanges fréquentes, répétées deux ou trois fois l’an. On ne sait pas bien à quel degré de putréfaction les excré- ments sont positivement dangereux et il faut se rappeler que la fermentation commence dans l’intestin même. Des hygiénistes anglais estiment que les fosses fixes ne devraient être tolérées que sous la condition d’une vidange hebdomadaire. Il est apparent que ce serait déjà un fléau substitué à un autre. Pourtant, ces limites paraissent encore trop étendues à quelques autres, et, logiquement, ce n’est pas être trop exigeant que de réclamer l’enlèvement journalier des matières fécales. Nous voilà conduit à la suppression des fosses fixes et à leur remplace- ment par les « fosses mobiles ». Les règlements municipaux d’à peu près toutes les villes prescrivent d exécuter pendant la nuit les opérations de la vidange, surtout celles qui relèvent du procédé indécent et insalubre de la vidange au seau. C’est épargner les yeux, mais l’hy- giène n’y gagne rien. Pour un peu, je regretterais nettement celte prescription. Y a-t-il rien d’odieux comme d’èlre réveillé par la trépidation du sol sous le passage de ces lourdes voitures, occupant seules la rue et remplissant le silence de la nuit; par le hennissement des chevaux et les jurons des ouvriers, à qui personne n’a commandé de ménager le repos de ceux dont ce n’est pas le métier d’être à l’ouvrage à cette heure? On ne voit rien, sans doute, mais l’imagination achève trop aisément ce que les oreilles entendent. Si l’opération a lieu dans la maison ou à son voisinage, il n’est même pas besoin d'interpréter le bruit; l’odeur envahit la pièce et réveille les dormeurs par l’impression qu’elle cause sur les sens ; c'est un réel supplice, sinon un danger, que d'être dans son lit sous une pareille atmosphère. Au moins, en plein jour, on peut fuir, ne pas franchir le point de la rue où stationnent les voitures, ou passer très rapidement..., et l’on restera assuré du repos nocturne. Il semble qu’à noire époque, partout où des raisons plus ou moins plau- sibles, mais acceptées comme valables par les administrations, font con- server la vieille coutume des fosses fixes, il ne devrait être admis d’autre système de vidange de ces réservoirs que la vidange par propulsion ou surtout par aspiration, qu’il est possible de rendre inodore et de pra- tiquer à toute heure. Peltenkofer loue ce procédé. L’industrie a trouvé un assez grand nombre d’appareils pour sa réalisation; elle vient, pour ainsi dire, au devant des habitants et il est vraiment étonnant que ses services, si précieux en pareil cas, ne soient pas acceptés avec plus d’empressement. Il existe, à Lille, une compagnie de vidanges par aspi- ration ; elle a peine à trouver des clients. La vidange par propulsion ou par refoulement s’exécute à l’aide d’une pompe foulante à bras et d’un tonneau solide, en bois ou en métal, de grandes dimensions, qui est transporté sur roues à proximité de la fosse à vidanger, avec laquelle on le met en rapport par des tuyaux imper- méables; il s’agit de faire passer par refoulement le contenu de la fosse dans le tonneau mobile. L'aspiration a lieu : ou bien par des tonnes dans lesquelles on a préalablement fait le vide à l’usine même ; ou bien, à l’aide d’une pompe à bras, annexée à l’appareil transportable; ou enfin, par une petite machine à vapeur locomobile. La figure 161, empruntée à Alb. Buck, reproduit un type du Tank-system, muni d’une pompe de l’invention de Painter et Keizer (à Baltimore). Les tuyaux de ces machines sont en caoutchouc et de 1 décimètre de diamètre ; ils doivent pouvoir être aisément obturés pour éviler toute déperdition de gaz ou des liquides quand on les démonte après l’opération terminée. Il est indispensable que le tonneau ( de large, percée de trous de Om,OOG de diamètre pour laisser écouler les liquides par le tube eu caoutchouc à raccords ü ; E, siphon obturateur recevant les eaux des cours ; F, tuyau d’eaux pluviales servant aussi poul- ies eaux ménagères à chaque étage; H, collecteur général; I, siphon obturateur il enveloppe empêchant les émanations de remonter aux étages supérieurs; J, siphon ouvert à déversoir, placé dans le branchement d’égout; K, tampons de dégorgement placés do distance eu distance et aux coudes; L, ventilateur allant jusqu'au toit ; M, eaux pluviales, côté de la rue. Le tuyau doit plonger en J. (Cb. Joly.) les fèces, recueillies seules en arrière; deux tuyaux d’accès, ménagés en avant et fermant à coulisse, assurent la rentrée d’air neuf. Cet appareil, qui ne peut bien fonctionner que pour des hommes, réussit dans les casernes etles hôpitaux militaires. Le docteur Reimer avait installé à l’asile d’aliénés de Gôrlilz une fosse ventilée parla voûte à la façon de ce que nous avons précédem- ment décrit sous le nom de système d'Arcet, mais de la partie inférieure de laquelle part un tuyau légèrement en pente, avec une courbure en siphon vers le milieu de son trajet, muni à son origine d’une grille séparatrice. Les solides restent dans la fosse; les liquides gagnent une sorte de puits à parois étanches d’où l’on peut les ex- traire à l’aide d’une pompe. Le plus habituellement, le système diviseur em- ploie la fosse mobile ou tinette filtrante et le déver- sement des liquides à l’égout. Un vase cylindrique en métal, haut de 80 à 95 centimètres, large de 35 environ, divisé en deux parties très inégales par une cloison percée de trous, placée horizontale- ment, ou plus souvent verticalement, s’applique exactement à l'orifice inférieur du tuyau de chute et reçoit les excréments dans son compartiment le plus large ; les urines et l’eau de lavage, quand le cabinet est un xvater-closet, ce qui est le cas ordi- naire, filtrent à travers la cloison et gagnent l’égout par un tuyau adapté à un orifice que l’on ménage à la partie inférieure de la tinette, du côté du petit compartiment. La figure 171 (Ch. Joly) représente essentiellement les dispositions adoptées à Paris pour l’installation de ces appareils. Si les jonctions de la tinette avec le tuyau de chute et le conduit d’écoulement des liquides sont hermétiques, ce qui doit êLre, sans nuire à la rapi- dité du placement ou de l’enlèvement de ce réser- voir, il est inutile de s’occuper de la ventilation de l’espace voûté qui l’abrite et qui doit être dans les mêmes conditions que pour les fosses mobiles (s’ouvrant à l’écart et de plain-pied avec la chaus- sée). La figure 172, de Wiel et (inehm, montre le mode de ventilation des tinettes et leur raccord avec les cabinets d’aisance. Le tuyau de chute 8, prolongé jusqu au toit, suffit à assurer le dégagement des gaz de la tinette; on le renforce d un canal sup- plémentaire 7, pour les cas d’obstruction.Les cuvettes des sièges sontûcla- pet, 1, 2, ou à siphon, 3, 4. Le mieux est que le tuyau d’écoulement plonge dans l’eau d’un obturateur hydraulique, G. 11 faut se garder de faire passer les liquides dans un canal découvert, comme cela existe dans la figure 171, même lorsqu’un tel canal ne sortirait pas du caveau des tinettes; le sys- Fig. 172. — Ventilation des tinettes. tème diviseur, installé primitivement à l’hôpital Sainte-Eugénie de Lille, et qui souleva la juste réprobation du Conseil de salubrilé, se servait d’un ca- nal de ce genre, remarquablement fétide, comme on pense. Il est difficile d’adapter le système diviseur à de vieilles maisons qui n’ont pas été bâties en prévision d’une disposition de ce genre. Aussi ne fonc- tionne-t-il, à Paris, que dans environ 13,000 maisons et surtout des quar- tiers neufs (boulevards Malesherbes, Ilaussmann). La Ci0 Richer (depuis Cle Lesage) plaçait ses tinettes filtrantes dans le branchement souterrain qui conduit de la maison à l’égout; l’enlèvement se faisait par les galeries d’entrée ou les puits de descente, sans que les habitants s’en aperçussent. C’est encore cette disposition que proposait Alphand en vue de la généralisation de la vidange liquide dans tout Paris. Les vieilles maisons pratiqueront plus aisément un branchement d’égout qu’une loge à tinettes dans leur intérieur. A la rigueur, elles utilisent comme caveau la fosse flxe supprimée. Il faut avoir soin de proportionner le nombre eL la capacité des tinettes aux besoins des habitants. Ceci s’applique surtout aux habitations collec- tives, car une seule tonne suffit aisément pendant une semaine et plus à toute une famille. Bürkli calcule qu’une tinette de 200 litres peut servir pendant quatre jours à 20 personnes. Placée dans l’égout, on prétend qu’il n’y a pas d’inconvénient à ce qu'elle séjourne vingt ou trente jours. Je ne partage pas celte sécurité; le contenu des tinettes finit bien par entrer en fermentation, et il est possible qu’alors celles-ci infectent l’égout beaucoup plus que ne le feraient les matières totales, circulant immédiatement. Le remuement qui s’y produit à l’arivée de chaque nouvelle déjection est évi- demment propice au dégagement des gaz putrides. Les tinettes peuvent être chargées sur des voitures et circuler en ville sans inconvénient, si elles ferment bien et n’ont pas été salies extérieure- ment; ce qu’il est possible d’obtenir. On les dirige soit vers la campagne pour y être utilisées comme engrais immédiat, soit vers un dépotoir ou une fabrique de poudrette. Le système diviseur est regardé par quelques hygiénistes comme le meilleur de tous ceux qui comportent la vidange et môme comme supérieur à tout autre mode, y compris la canalisation intégrale des excréments. Pour mériter un pareil éloge, ne fùt-ce qu’en théorie, il faudrait, à une observation exacte des règles qui vien- nent d’être tracées, spéciales à ce procédé, joindre d’abord des diviseurs irrépro- chables, ce qui n’est pas précisément commun et ce qui, à vrai dire, n’est pas aussi simple qu on pourrait le croire. Un tamis très fin, qui laisse passer entièrement les selles diarrhéiques, ne permet presque aucune perte de liquide de la part des ma- tières qui ont la consistance pâteuse ; que les trous soient plus gros et que le cabi- net soit à water-closet, l’eau désagrège les fèces et les entraîne à travers le filtre sous foi me de grumeaux , il ne reste guère dans la tinette que des morceaux de papier, des épluchures, des cheveux, des os, du linge, des tessons de bouteille. Aussi peut-on rester des années, comme l’a vu Brouardel, sans enlever la linetle- fillic, qui fonctionne jusqu à ce que le papier et les corps analogues en aient bouché les trous. C est un tout à legout réel, sauf qu’on ne l’avoue pas, « Yhy- pocrisie du tout ù Idgout, » comme on l’a dit justement, avec cette circonstance fâcheuse qu’on n’a pas pris de dispositions en conséquence et qu’il y a un inter- médiaire dangereux. Un architecte parisien, Eugène Miotal, propose de remplacer les tinettes filtrantes par un appareil dilueur ou boîte grillée (fig. 173 et 174), de forme carrée, qui serait placée dans une cuvette circulaire, se raccordant par en Fig. 173 et 174. — Appareil dilueur (système Miotal) ; coupe longitudinale et coupe perpendiculaire. haut avec le tuyau de chute d’aisance M des différents étages de la maison et actionnée en flanc par une branche A de la distribution d’eau. La boîte grillée, d’ailleurs mobile, serait placée de façon à se présenter non par une face, mais par un angle, au courant de la conduite d’eau. On infléchi- rait en bas et l’on rétrécirait en forme de cône le tuyau de cette conduite pour renforcer l’action de l’eau sur les matières de la caisse, qui ne retien- drait à peu près que les corps étrangers volumineux. Solidairement avec cette disposition, Miotat a l’intention de faire passer les excrétions seules, ou additionnées des eaux ménagères, dans une ca- nalisation séparée qui consisterait en petites conduites pratiquées sur le radier des grands égouts actuels. C’est le Separate-Syslem, que nousretrou- verons plus loin. Sans préjuger encore de la valeur absolue de cette sépara- tion, nous croyons que toute machine compliquée et tout intermédiaire (autre que le siphon intercepteur) entre le tuyau de chute et l’égout sont des conceptions médiocres et généralement â repousser. Par conséquent, nous nous réservons vis-à-vis du dilueur et il semble que les hygiénistes connus fassent de même. ê Vers 1857, on enlevait annuellement près de 500,000 mètres cubes de matières èxcrémentitielles de Paris (le chiffre actuel est plus élevé : 1,650 mètres cubes par nuit, dit Vallin; 600,000 mètres cubes par an) et, par conséquent, la masse putride envoyant ses gaz sur la capitale n’était jamais beaucoup au-dessous de ce cbilTre. C’est donc un réel bienfait que l’administration municipale ait permis le déverse- ment des liquides à l’égout, moyennant des conditions faciles à remplir. L’abonne- ment à l’eau, que nécessite l’adoption du système, est encore moins coûteux que la vidange des fosses fixes, qui revient à 7 ou 8 francs par mètre cube. Mais si l'on réfléchit que la soi-disant filtration des tinettes laisse passer toute l’urine et proba- blement plus des trois quarts des fèces, c’est-à-dire au moins 90 p. 100 des matières excrémentitielles, on se demande pourquoi cette môme administration a craint de permettre la vidange complète à l’égout, comme nous verrons qu’elle existe en beaucoup de villes.. La Commission parisienne de 1874 (pour remédier à l’infection de la Seine) con- seillait indifféremment les tinettes-filtres ou les tuyaux de chute directe dans l’égout. Le Conseil municipal (séance du la novembre 1876), considérant que la vidange complète à l’égout porterait de 43 à 75 grammes d’azote par mètre cube la souil- lure des eaux d’égout, pensa qu’il était préférable, jusqu’à plus ample expérience, de perfectionner les systèmes actuels d’enlèvement des matières solides. En 1879, Alphand, directeur des travaux de Paris, déclara que l’écoulement des solides à l’égout présenterait beaucoup plus d’inconvénients que d'avantages et serait même incompatible avec la construction des 600,000 mètres cubes d’égouts de la capitale. La ville proposa donc de rendre l'écoulement des liquides obligatoire à l'égout, en prélevant une taxe annuelle de 30 francs par tuyau de chute sur les proprié- taires. C’était la suppression des fosses fixes, laquelle aurait dû être définitive après trois ans, si l’on ne tâtonnait depuis dix années. Et c’eût été un progrès, d’autant plus qu’il menait inévitablement à la vidange intégrale par l’égout, qui se pratiquait déjà dans quelques grands établissements : la Salpêtrière, les Inva- lides, l’École militaire, l’Hôtel des monnaies, et s’est étendue depuis, comme nous le dirons. Mais cela ne prouve que très indirectement les mérites du système divi- seur. « Ou bien la tinette divise, diL Guéneau de Mussy (Henri), et dans ce cas elle n’a aucun avantage sur la fosse mobile; elle est à la fois un foyer d’émanations délétères et de fermentation putride. Ou bien elle ne divise pas, et alors son moindre défaut est de ralentir le cours de l’eau de lavage et de diminuer la puissance de la chasse.» L’auteur en conclut à la vidange immédiate à l’égout; ce qui est égale- ment l’opinion de Durand-Claye et celle que nous allons chercher à faire prévaloir dans l’article suivant. 3° Évacuation immédiate. — Ce procédé a pour principe le départ im- médiat et la circulation continue des matériaux usés. Le tuyau de chute dé- bouche directement, sauf des précautions que l’on indiquera, dans un canal qui emportera à distance, sans stagnation nulle part, ces matériaux, mêlés à une quantité d’eau variable, qui est précisément leur véhicule et le prin- cipal agent de leur cheminement. Dans sa réalisation complète, ce sys- tème est 1 évacuation des immondices par flottaison (Schwemmsystem des Allemands). Ce que nous avons appelé par abstraction un canalqst, en fait, un réseau de canaux, le réseau des égouts. Son étude^ appartient à I’iiygiène urbaine. Mais son adaptation à 1 éloignement des immondices, que nous devons lé- gitimement exposer ici, nous fera entrer assez avant dans cette étude pour qu il semble préférable, en vue d’éviter un double emploi, d’aller jusqu’au bout et de la faire entièrement, sous réserve d’y renvoyer plus tard. Anxour.D, Hygiène. 2e édit. 47 Sauf leur adaptation systématique à la flottaison des matières excrénientitielles, les égouts sont une des plus anciennes installations des villes; Babylone elles villes de l’antique civilisation égyptienne avaient les leurs; la Cloaca maxirna, bâtie par Tarquin l'Ancien dans la Rome des rois, excite encore l’admiration des visiteurs. Il se pourrait même que quelques-uns des égouls d’alors eussent déjà servi à l’évacuation des immondices de toutes provenances; l’égout gigantesque, construit par Agrippa, gendre d’Auguste, recevail une conduite d’eau puissante qui en faisait peut-être bien un canal de flottaison. De Freycinet a fait remarquer aussi que les procédés modernes pourraient bien n’êlre qu’un retour vers le passé; rien qu'en France, Montpellier et Nancy, de temps immémorial, n’ont pas de fosses fixes, et envoient intégralement tous les excréments à l’égout. Pour ce qui est de Nancy, à vrai dire, nous savons par expérience personnelle que l’atmosphère de la ville était reconnaissable à un fumet spécial jusqu’à ces dix ou quinze dernières années; la ville manquait de la première partie de la «circulation continue», à savoir l’afflux constant et généreux d’eau dans les égouls. Aujourd’hui cette lacune se comble de jour en jour et Nancy va se trouver au niveau des villes anglaises qui, comme la petite Rugby, ont appliqué radicalement le principe de faire passer par l’égout tout ce qui peut y entrer. Dans tous les cas, comme aujourd’hui, même dans les cités lentes au progrès, avec ou sans conduite d’eau régulière, possédant des pentes variables, les égouls servaient à faire disparaître au plus vite les eaux de pluie qui eussent compromis les habitations, les eaux de lavage des rues avec les impuretés qu’elles entraînent, poussières, boue, excréments des animaux, urines humaines, les eaux ménagères, etc. A Pompéi, l’égout portait ces eaux à la mer. Londres et Paris ont été longtemps sans égouts, autres que des ruisseaux à ciel ouvert, Fleel-Sewer et le ruisseau de Ménilmontant. Ce n’est qu’en 18o9 que la pre- mière a régularisé son réseau et construit ses collecteurs. La flottaison des excré- ments y était obligatoire depuis 1847. C’est depuis une vingtaine d’années que cette méthode se répand sur le continent. Les systèmes de canalisation des immondices. — Us sont au nombre de deux. L’un, que l’on appelle le système des égouts unitaires, reçoit l’inté- gralité des immondices, excrétions, eaux ménagères, eaux de rue, etc., dans des canaux d’une seule sorte, qui sont assez grands, puisqu’ils doivent se prêter à l’évacuation de l’eau des pluies et averses, et qui ne sont, sou- vent, autre chose que les canaux et galeries de vieille date, appropriés aux méthodes modernes. L’autre, qui porte le titre anglais de Separate- System et pourrait s’appeler canalisation à petite section, prétend faire pas- ser les matières excrémentitielies seules, ou tout au plus accompagnées des eaux ménagères, dans des conduites de calibre modéré, les eaux de rue et les eaux pluviales étant versées à une autre canalisation, les égouts anciens en maçonnerie, ou même s’écoulant extérieurement, à la surface de la chaussée. — Nous pourrions y joindre un troisième système, très ancien et qui a déjà été indiqué, celui qui fait passer les eaux sales et les eaux de rue seulement dans les égouts et garde les excréments à la mai- son, jusqu’à ce qu’on les transporte en voiture. C’est aussi un séparateur et il est détestable. Nous commencerons par exposer brièvement le système des canaux à petite section, quoiqu’il soit le plus moderne. Canalisation à petite section. — Le type du Sepai'ate-System est la réa- lisation qu’en a faite, à Memphis (Tennessee), le colonel américain Waring, qui, depuis lors, avec l’ingénieur autrichien Pontzen, cherche à propager la méthode en Europe. Chaque cabinet d’aisance est un ivater-closet. Les matières, précipitées après chaque visite dans un tuyau de chute de 9 centimètres de diamètre, descendent par un tuyau do 10 centimètres et rejoignent des collecteurs de 15 centimètres, qui se raccordent eux-mêmes à d’autres canaux d’un diamètre toujours croissant, mais dans des limites restreintes. Leur pente est de 2 à 5 p. 1,000. Ces canaux sont en poterie vernissée à l’intérieur. La progression des matières, favorisée par cette circonstance, y est assurée par l’addition des eaux ménagères et par l’eau des water-closets (98 p. 100 environ); mais surtout par des chasses du système Rogers Field (que nous indiquerons plus loin), placées en tête des canaux. La ventilation se fait à l’aide de regards grillés, le long des conduites, par lesquels entre l’air de la rue, et par les tuyaux de chute prolongés jusqu’au-dessus du toit des mai- sons, qui servent d’évacualeurs. Les matières sont projetées au Mississipi, par l’intermédiaire de la rivière Wolff. Ce système, qui est appliqué à Oxford, depuis 1876, par l’ingénieur White, semble s’être répandu en Amérique. On l'essaie partiellement, à Paris, dans des points où la pente des grands égouts est insuffisante. Le tuyau de petite canalisation est ac- colé à la paroi de la galerie, qu’il suit obliquement de haut en bas, de façon à obte- nir l’inclinaison qui lui est nécessaire (rue Vieille-du-Temple, rue des Francs-Bour- geois, etc.). Les villes de Nice (Balestre) et de Cannes (Gruzu) viennent de décider la création d’un réseau de ce type pour leur assainissement respectif. Cette dernière supprime même toute communication des conduites avec l’atmosphère extérieure et les regards ne serviront qu’à surveiller le fonctionnement des canaux; le tuyau de chute seul sera ventilé par un tuyau d’évent. A Nice et à Cannes, on pratique le siphon de pied, au bas du tuyau de chute ou de la conduite de maison. Waring, suivant la coutume américaine, supprime ce siphon de pied, parce qu’il ventile l’égout, et se borne à l’obturation hydraulique sous la cuvette du cabinet. Ce système a l’avantage d’être peu coûteux, de pouvoir être rapidement installé, ce qui était précieux à Memphis, et de rendre rares les communi- cations entre l’égout et l’air de la ville. 11 nous parait, en revanche, devoir se prêter aisément aux obstructions et aux fractures; par suite, entraîner des nettoyages et des réparations, qui mettront, quoi qu’on fasse, son con- tenu en rapport avec l’air. Surtout, la compacité des matières qui en sor- tent ne semble pas les disposer à l’épuration par le sol et il ne reste que la ressource de les jeter aux fleuves ou à la mer, ce qui est absolument médiocre, ou de construire pour elles des fabriques d’engrais, ce qui n’est pas bien supérieur. Les systèmes Liernur, Berlier, Shone, peuvent, à divers égards, comme on le voit, être placés dans la môme catégorie que celui-ci. Liernur, du reste, appelle le sien différenciateur. L’intention de Miotat (voy. p. 786) est aussi de faire passer les matières de vidanges et les eaux ménagères, séparées des eaux de la voie publique, par un petit drain spécial, en pote- rie vernissée, que l’on établirait sur le radier des galeries actuelles, comme le montre la ligure 175. On peut même, selon lui, se borner à recouvrir la cunette actuelle des égouts parisiens d’une plaque de grès ou de fonte ; Fig. 175. — Drain spécial placé sur le radier de l’égout. et l’on aura une petite canalisation sous une grande (celle-ci communi- quant, au besoin, avec la première par le tuyau de décharge M). r Egouts unitaires. — On les appelle encore combinés, parce qu’ils sont ou doivent être aptes à recevoir tout ce qui peut y passer. Construction des égouts. — Le réseau des égouts comprend, en allant du point de départ à la terminaison, les conduites de maison, les branchements particuliers, les égouts de rue, les galeries principales, enfin les collecteurs. Le plan habituel avait été jusqu’ici de diriger les égouts dans le sens de la pente du terrain, c’est-à-dire vers le cours d’eau qui traverse la ville, parce que c’est là le point le plus déclive et, aussi, surtout, parce que l’on déver- sait les égouts à la rivière, moyen d’éloignement des immondices qui ne coûtait rien. Depuis, l’on s’est aperçu des graves inconvénients de cette pollution systématique des fleuves et, sans changer la direction des gale- ries principales existantes, on a intercepté leur déversement à la rivière en construisant les collecteurs au bord de celle-ci, parallèlement à son cours, ainsi qu’on le voit pour Paris, dans la figure 176. Londres a trois collec- teurs sur la rive gauche de la Tamise, de 11 à 15 kilomètres de longueur, et deux sur la rive droite, de 7 et de 16 kilomètres dé parcours. Ils sont continués par les émissaires, se rendant aux usines de Barking-Creek et de Crossness-Point, qui projettent les eaux vannes à la mer (voy. plus loin). Bruxelles a également intercepté ses égouts sur la rive de la Senne. Mais Berlin, qui reconstitue entièrement son réseau d’égouts depuis vingt ans, a adopté un principe contraire ; ses canaux vont en divergeant du centre à la périphérie, où se trouvent les réservoirs et les pompes (Pumpstation.cn) qui envoient les eaux vannes aux champs d’épuration. Ce procédé porte le IC I <3 t3 a o CO « U VJ 3 2 0 o > O O 1 *• -*o Ls3 CO a ci hO t3D a î4 c* ho Û O Cû TJ a ho 03" titre de Radial-System. Son application est facilitée par la nullité des pentes du terrain; il a l’avantage de se prêter parfaitement à l’extension de la ville; pour canaliser les nouveaux quartiers, il n’y aura qu’à prolonger les canaux existants. Les égouts sont faits en maçonnerie de pierres ou de briques, en tuyaux de poterie, de ciment ou de métal. Les tuyaux de grès ou de poterie, ver- nissés à l'intérieur, se prêtent bien à représenter les conduites de'petit calibre. Cependant, on en fait aujourd’hui qui ont de 1 mètre à lm,50 de diamètre et sont très solides. Ils se répandent beaucoup et Berlin n’a pas plus de 19 p. 100 de toute sa canalisation en maçonnerie. Il importe de ne pas leur donner une longueur dépassant 1 mètre, quand ils sont assez petits pour qu’un homme ne puisse y entrer, et de les unir par des joints étanches. Un point capital à atteindre, c’est que la paroi intérieure soit parfaite- ment lisse et dure. Les tuyaux de métal, fer ou plomb, de même que ceux de poterie, con- viennent pour les tuyaux de chute et les conduites de maison. Celles-ci, à Paris, sont presque toujours en maçonnerie, comme l’égout lui-même. On recherche Y étanchéité absolue des égouts ; mais, lors même qu’elle ne serait pas atteinte du premier coup, elle ne tarde pas à se produire, préci- sément parle fonctionnement des canaux, qui tapisse de vase leurs parois et, d’ailleurs, fait appel en dedans plus qu’il ne refoule au dehors. La plai- santerie, par laquelle on a comparé ironiquement les égouts à une souri- cière (Mausfalleigenschaft), n’est pas très éloignée de la vérité. Un phénomène physique, reconnu par Wibel, donne l’explication de ce paradoxe: quand deux liquides sont séparés par une membrane, si l’un des deux est en mou- vement, la diffusion de sa part est entravée ou même annulée. Les canaux construits en briques et ciment, comme on les faisait au début et qui n’étaient pas d’abord absolument étanches, le deviennent à la suite des années, ainsi qu’il résulte des recherches de Wolffhügel sur les égouts de Munich. En 1862, les égouts, construits depuis 1868 en briques cuites et mortier hydraulique avec la forme ovoïde, furent l’objet d’une première expertise qui démontra leur défaut d’étanchéité ; en plusieurs points, la filtration des liquides hors des canaux fut mise hors de doute, ainsi que l’imprégnation, faible à la vérité, du sol sur lequel repo- sent les égouts. Or, six ans après, à une nouvelle épreuve, ni les anciens ni les nou- veaux canaux ne laissèrent voir de transsudation de leur contenu; l’état d’humec- tation de la maçonnerie correspondait exactement au degré d’humidité du sol environnant eL à l’éloignement du niveau de la nappe souterraine, autrefois élevé. De huit points qui furent examinés, un seul se fit remarquer par l’odeur de vase dans le sol environnant (Sander). L’analyse chimique donna les résultats ci-dessous : Matières organiques Azote solubles. (Perte de par lu la vase chaleur rouge.) insoluble. 1868. Sol de l’égout 88 341 grain, par m. cubo do terre. 1874 . — 77 90 — — — 1874. Sol normal 52 14 — — — D’ailleurs, les canaux construits dans ces dernières années, et dont le radier est en clinquart imperméable, se sont montrés d’une étanchéité bien supérieure. Un mètre cube de la terre environnante renfermait : Matières organiques solubles. Chlore. Acide nitrique. Azote de la vase insoluble. Vieux canaux... . 28 29 73 Canaux récents.. 90 15 10 40 Sol normal 10 12 )4 Le professeur Fodor avait monté, à l’Exposition d’hygiène de Berlin (1883), une expérience très élégante montrant que la brique poreuse, traversée au début par l’eau d’égout, ne tarde pas s’obstruer et à retenir entièrement toute cette eau. Les canaux d’égout sont à section circulaire ou ovoïde, ou encore, selon l’ancien type des égouts de Paris, ils ont un radier presque horizontal sur- monté de deux pieds droits verticaux à l’intérieur, le tout couvert par une voûte en plein cintre extradossée d’égale épaisseur. A Lille, il y a même des types avec voûte aplatie et radier légèrement concave. J. Dupuit (1854) fit remarquer qu’il est inutile de pratiquer le plein cintre pour la solidité Fig. 177. — Égout à cunetle (type n° 5. Paris). Fig. 178. —Égout à cunette (type n°6 bis). des égouts, puisque la poussée des terres suffit à maintenir la maçonnerie de ces canaux. Il conseilla « la forme générale d’un œuf debout sur sa pointe déprimée. » C’est peut-être cette condition de la « pointe déprimée » qui a fait construire pendant si longtemps des canaux à cunette, comme ceux des types n<” 1 à 9, de Paris (fig. 177 et 178), c’est-à-dire dans les- quels le radier, à peine excavé, se relève latéralement, à peu près à angle droit, de manière à ménager, au fond de la galerie, un canal rétréci, pro- fond de 40 centimètres à 1 mètre. Le radier plat, et la banquette qui borde la cunette de chaque côté, sont évidemment très favorables à la circula- tion des ouvriers dans l’égout. A notre époque, on préfère assurer la circu- lation des matières, faire 1 égout plus petit, retarder les nettoyages et y introduire des instruments plutôt que des hommes. Aussi fait-on le radier en combe raide, « un demi-cylindre dont le rayon est le quart de la hau- teur de 1 égout », ou môme moins. Cette disposition favorise éminemment la poussée des liquides sur les matières qui passent dans l’égout (Wazon). Les nouveaux égouts de Londres, Bruxelles, Berlin, Danzig, Frahcfort-sur- Mein, sont à coupe ovoïde. Le rapport de la hauteur à la largeur est comme 3 à 2. Dans les figures 179 à 181, oii voit la coupe des égouls de Berlin, des types à 2 mètres et à 1 melie de hauteur, ainsi que celle d un des dèvevsoxvs de nécessité dont nous parlerons. On remarquera, dans les deux premières, l'indication du sommier en maçonnerie (Bloch) sur lequel on établit le radier. Les dimensions des égouts varient selon lé volume des eaux qu’ils doivent recevoir, et Fig. 179. — Profil de l'égout ovoïde de 2 métrés de hau- teur •(Berlin). Fig. 180. — Égout Fig. 18 t. — Déversoir de né- ovoïde de 1 mètre eessité (Berlin). de hauteur. surtout de la quantité des pluies, dont 70 p. 100 doivent passer par leur canal. A Paris, le grand collecteur d’Asnières est haut de 4m,40, large de 5m,30, avec deux trottoirs latéraux d’une largeur de 0m,90. Ce type porte le n° 1. Il y a douze autres numéros dont les distensions vont en décroissant; à partir du n° 4, la hauteur l’emporte sur la largeur. Les bran- chements particuliers ont 0m,80 de hauteur à l’origine et lm,80 en bas, sur 0m,85 de largeur. Les égouts de Londres ont également de grandes dimensions; ceux de Bruxelles et de Berlin ne dépassent pas 2 mètres de hauteur. Les petites conduites cylindriques de poterie ont de 0m,21 à 0m,63 de diamètre. Une certaine pente est nécessaire aux égouts pour y assurer le chemine- ment des matières. La vitesse doit y être de 60 à 73 centimètres à la seconde, dans ceux qui ont plus de 1 mètre de diamètre; 1 mètre dans ceux qui ont de 0m,50 à 1 mètre; lm,15 dans ceux qui ont de 0m,13 à 0m,50 (Bürkli). En fait, on donne une inclinaison de 0m,30 à Ura,30pour 1,000 mètres aux grands collecteurs de Londres, Paris et Bruxelles, et l’on augmente la raideur de la pente à mesure que le calibre du canal se rétrécit, depuis 1 p. 1,000 jusqu’à 1 p. 50. Les tuyaux en poterie de Berlin ont 1 sur 30, 1 sur 33 ou 33. Les branchements particuliers doivent toujours se rappro- cher de cette inclinaison. Il va sans dire que la pente doit être uniforme, sauf les modifications que comporte le calibre des canaux. Les égouts doivent être plongés à une certaine profondeur dans le sol, pour les mettre à l’abri de la gelée, de la trépidation due aux voitures, et pour leur permettre de drainer la nappe souterraine (voy. page 513). Il y en a quelquefois deux pour les rues très larges. Douches d'égout. — Ce sont les orifices destinés à introduire dans l’égout les eaux de rue. A Paris, une ouverture libre, creusée en encorbellement dans une pierre de granité formant bordure de trottoir, correspond à une sorte de cheminée verticale qui s’appuie sur un plan incliné raccordé avec le radier de l’égout. Celte excessive liberté des premières voies ne contri- bue pas peu à la formation des dépôts qui entravent le fonctionnement des égouts et nécessitent des ouvrages laborieux et coûteux. Les Anglais ont imaginé, pour parer à cet inconvénient, les gullies, qu’on a adoptées à Francfort (Sinkkaslen) et à Berlin (Schlamm- sammler). Ce sont des puisards, dont la figure 18:2 donnera aisément une idée. La bouche est protégée par une grille mobile autour d’un axe, posée dans le ruisseau à 0m,18 en contre-bas du trottoir. Le pui- sard est en maçonnerie de 2m,05 de pro- fondeur sur 0m,65 de large et couronnement de 0m,23 de hauteur. Les eaux s’en échap- pent par un tuyau de 0m,16 de diamètre, dont l’orifice, situé à 1 mètre du fond du puisard, est muni d’une plaque métallique verticale, qui laisse entre elle et l’orifice du branchement un intervalle de 0m,06. Celte plaque peut être relevée à l’aide d’un cro- chet. Elle rétrécit l’oriüce d’entrée dans le branchement et le tourne en bas, de telle sorte que, quand le sable s’est accumulé dans le puisard jusqu’à la hauteur de cet orifice, il l’obture bientôt complètement, l’eau ne passe plus, monte et re- flue dans le ruisseau de rue. Ce qui est un avertissement aux ouvriers qu’il faut vider le puisard. On fait cette opération à la maiu. Dans certaines villes, le puisard renferme une caisse en métal, que l’on extrait et que Ion vide dans un tombereau. On espace les gullies de 60 à 100 mètres. La Commission d'assainissement de Paris (1883) a demandé qu’il soit installé 2,600 réservoirs mobiles sous les bouches d’égout de la métropole, en vue de diminuer la masse des 80,000 mètres cubes de sable qu’il faut extraire, tous les ans, de ces canaux. Lavage et nettoyage des égouts. — On surveille l’état des égouts par des reganls et des trous-d’hommes, placés sur le trottoir, d’où ils rejoignent 1 égout par un canal moitié vertical moitié oblique, ou bien au milieu de la chaussée, d ou ils plongent directement dans l’égout. Ce dernier mode, ac op e ei in, Danzig, Breslau, est préférable. Les regards sont obturés par un tampon. Les égouts bien faits et dans lesquels circule une quantité normale d’eau se lavent eux-mêmes. Aussi Berlin n’a-t-il qu’une douzaine d’égoutiers, tandis que Paris en a un régiment (1,200 environ). Le lavage spontané des égouls se fait avec l’eau des éviers, des baignoires, des laveries et buande- ries, l’eau des water-closels, les eaux industrielles, les eaux de lavage des rues et des urinoirs publics, les eaux pluviales. Le lavage voulu s’exécute au moyen de chasses. On obtient des chasses à l’aide de réservoirs en amont des canaux, dont on lève les vannes, à un moment donné; de vannes ou « portes de retenue » qui barrent l’égout pendant un temps et précipitent une masse d’eau en aval, quand on les ouvre; à Paris, on les obtient par le jeu des wagons-vannes et des bateaux-vannes, qui portent à l’avant un panneau mobile, laissant quelque intervalle entre ses bords et les parois de 1 égout, y compris le radier; l’eau s’accumule en arrière, passe avec force sur les côtés du panneau-vanne et chasse les sables en aval. Enfin, on installe, en des points convenables, des réservoirs de chasse automatique, du système Rogers Field plus ou moins modifié. La figure 183 représente un de ces appareils appliqué à la canalisation Waring et d une capacité de 480 litres. Durand-Claye en a établi qui contiennent 10 mè- tres cubes. Le fonctionnement de ces chasses est des plus simples. Un tube central, traversant le fond du bassin et s’élevant jusqu’à une certaine Couvercle en bas ruu>uuldc-pt 183. — Dassin de chasse automatique (système Field-Waring) hauteur, est recouvert d’une cloche dont la base ne s’applique qu’incom- plètement sur la paroi du fond. Un tuyau d’eau de la distribution muni- cipale (à droite de la figure) alimente incessamment le bassin. Lorsque l’eau s’est élevée jusqu’à l’orifice supérieur du tube central, celui-ci devient par rapport à la cloche la longue branche d’un siphon ; il s’amorce tout seul et le bassin se vide d’un seul coup dans le canal qui passe au- dessous de lui. Ce mécanisme a été le point de départ de tous les appareils de chasse, automatique ou à tirage, qui se construisent aujourd’hui. En réglant convenablement l’écoulement de l’eau parle tuyau afférent, on a une chasse deux fois, quatre fois, etc., en 24 heures, produite avec de l’eau pure ou tout au moins propre. En dehors des lavages (by (lushing), il est nécessaire que le curage des égouts avec le rabot, la brosse, le râteau de fer (by scrubbing) intervienne de temps à autre. A Paris, les siphons sous le pont de l’Alma se curent automatiquement avec une sphère-vanne qui, roulant contre la génératrice supérieure des tubes, oblige l’eau à passer sous elle avec violence et à chasser les dépôts en avant. Déversoirs de trop-plein. — On ne fait plus, aujourd’hui, les égouts assez grands pour recevoir d’un seul coup toute l’eau des averses les plus abon- dantes. On préfère leur donner des dimensions limitées et pratiquer des canaux de dérivation, « déversoirs de nécessité » (Nolhauslassen), qui re- jettent aux rivières le produit des crues énormes et subites des eaux vannes. Cela n’a pas grand inconvénient pour la rivière, puisqu’elle est déjà trouble par le fait de l’averse et que l’eau d’égout, par la même raison, se trouve diluée à un degré extrême; Bruxelles, Berlin, Hambourg, Francfort, Londres, ont adopté largement cette pratique. L’eau des pluies ne fournissant qu’un lavage intermittent, il est clair que l’utilisation des égouts pour l’éloignement des immondices emporte un approvisionnement d’eau généreux. C’est ainsi que Ward, Edwin Chadwick, ont compris la « circulation continue » et que les hygiénistes modernes la poursuivent. S’il y a stagnation des matières excrémenlitielles dans l’égout, ce n’est plus qu’une fosse fixe très allongée. Ventilation des égouts. — Les succès médiocres des systèmes pneuma- tiques et les explications que nous en avons, données nous empêchent de croire que l’on puisse jamais appliquer à une grande ville la « vidange par canalisation étanche, qui aurait pour effet de supprimer toute communi- cation entre les matières excrémentilielles, d’une part, et l’air et les terrains environnants d’autre part. » Ce rêve de la Commission d'assainissement de Paris de 4880, entraînerait môme de sérieux dangers, s’il se réalisait jamais. Dans ces condilions, nous pensons que ce qu’il y a de mieux, c’est de faire tourner à la ventilation des égouts les communications qu’ils ont fatalement avec l’air extérieur. Le plus communément, les égouts se ventilent par les bouches et par les regards, à la condition que le tampon de ces derniers soit grillé ou entouré d une grille. G est ce qui existe à Berlin, où les égouts ne peuvent • se ventiler par les tuyaux de chute des water-closets ni par les tuyaux d’eau pluviale, parce que les uns et les autres sont siphonnés au pied, de même d’ailleurs que les branchements particuliers. Rawlinson avait conseillé une grille à charbon à l’orifice du regard d’égout, pour filtrer l’air. Ce dispositif a surtout pour effet d’empêcher le passage de l’air; on en a posé à Danzig et à Francfort, mais l’on a soin de ne pas s’en servir, non pins que l’on ne se sert ailleurs de la cuvette à bascule Millerat, qui obture les bouches d’égout, quand elle fonctionne. Dans ces deux dernières villes, ainsi qu’à Londres, on a élevé, au point culminant du réseau, des tours de. ventilation, ou hautes cheminées d’appel dans lesquelles on entretient un feu de charbon. L’ingénieur Lindley (Francfort) leur attribue une efficacité qui a été contestée, les gaz d’égout descendant souvent plutôt qu’ils ne montent. En 1854, il avait été prescrit, à Paris,-de ménager des cheminées d’aéra- tion des égouts dans les murs de séparation des habitations. Ces chemi- nées, raccordées au branchement particulier, montaient jusqu’au toit. Or, elles ne ventilent pas, si l’on n’y maintient un bec de gaz allumé (Bel- grand, Wazon). En Angleterre, on sépare absolument l’égout de tous les tuyaux et conduites venant de la maison, par les obturateurs hydrauliques (disconnecting traps). Mais alors, on installe tout exprès (Rawlinson, Phil- brick) des tuyaux d’extraction ou des colonnes ventilatrices chauffées au gaz, qui montent le long de la façade des maisons ou servent d’ornemen- tion aux places publiques. Le tuyau de chute des eaux de pluie peut encore servir à la ventilation des égouts, en le prolongeant suffisamment en haut pour que son orifice supérieur ne s’ouvre pas au bord de la fe- nêtre d’une mansarde, comme L. Le Fort l’a reproché à quelques-unes de ces conduites. Le système américain (Bayles, J. Adams), appliqué à Brooklyn, consiste à faire respirer l'égout à travers le principal tuyau de chute de la maison ; pour le réaliser, on se borne aux siphons sous la cuvette des water-closets et sous la bonde de l’évier, et l’on supprime la disconnection par le siphon de pied. Il est très rationnel, d’ailleurs, comme nous le verrons, d’établir un tuyau de chute unique, s’élevant du branchement particulier jusque par-dessus le toit, raccordé par de courts tuyaux latéraux aux cabinets de chaque étage et servant à la ventilation des siphons obturateurs de chaque cuvette. On aiderait (Wazon) avantageusement à la ventilation de l’égout en faisant passer l’air d’entrée par un tuyau parlant d’une fente pratiquée au bord supérieur du trottoir. A Bruxelles, on n’empêche pas la commu- nication de l’air de l’égout avec celui de la rue. Les bouches d’égout, sauf 300 sur 4,100, sont munies de coupe-air ; mais les plaques de regard sont percées de trous. On ne se plaint pas de cette diffusion de l’air des égouts. D'ailleurs, les tuyaux de chute des latrines ne sont prolongés en bas jusqu’à l’égout que dans les villes qui pratiquent le tout à l’égout. Il fut un temps où, à Lille, le Conseil de salubrité interdisait l’entrée des égouts aux eaux ménagères. Aujourd'hui, la conduite de ces eaux plonge dans le branchement sur l’égout, quand la rue en a un. Le tuyau de chute de l’eau pluviale est dans le même cas. Branchement particulier. — A Paris, c’est un égout en pente assez raide, • mais en maçonnerie, comme les autres. A Berlin, Francfort, etc., c’est la continuation, de la maison à l’égout de rue, du drain principal de la maison, lequel est en poterie ou en fonte, vernissé intérieurement. Wazon conseille de même, pour Paris, de prolonger le drain de maison, en poterie ver- nissée, dans le trop large branchement actuel, jusqu’à l’égout public, et c’est ce qu’a adopté le préfet de la Seine (10 novembre 1886), après avis conforme de la Commission d’assainissement. Conduites de maison. — Elles font suite aux tuyaux de chute, suivant divers principes. Tantôt, comme Wiebe l’a réalisé à Kœnigsberg, les con- duites spéciales se rendent toutes, du pied des tuyaux de chute, dans un Fig. 184. — Jonctions doubles en Fig. 185. —- Siphon de cour, avec grille mobile et panier grès (de Jeanménil et Ramber- ramasse-boue (Geneste et Herscher). villers). puisard de cour (Hofgully), d’où part le drain principal. Tantôt, ces con- duites se réunissent directement au drain de maison, par des jonctions simples on doubles (fig. 184), de façon à rencontrer le premier sous des angles très aigus. Les joints doivent, naturellement, être étanches. La figure 185 représente un véritable puisard de cour, qu’il convient d’installer, lors même que le tuyau de cour n’est que tributaire du drain principal. Il est inutile de multiplier, dans ces conduites, les siphons obturateurs flousedraintraps), qui se remplissent de graisse, de cheveux, et sont une cause d’obstructions. On place seulement un siphon un peu au-dessus de l’arrivée de la conduite principale dans le branchement ou dans l’égout de rue. Mais il est essentiel de ménager, de distance en distance, des re- gards de visite, en amont cl g 1 inflexion siphoïde et obturés pur des tampons hermétiques (fig. 18(5). Tous ces tuyaux et siphons en grès vernissé à 1 intérieur, que la maison anglaise Doulton a eu le mérite d’introduire en France, sont aujourd’hui fabriqués couram- ment par nos compatriotes (usines de Jeanménil et Rambervillers, de Pouilly- sur-Saône) et remplissent les conditions d’étanchéité et de glissement à un point qui ne laisse rien à désirer. On s’est longtemps servi, à Paris, à titre d’obturateur, d’une cuvette hydraulique, dite gueule-de-cochon, de même qu’à Bruxelles les conduites de maison se déversaient dans un chaudron incliné ou dans une pierre de taille cubique creusée en forme de cu- vette et munie, sur une de ses parois latérales, d’une ouverture oblique dont l’arête supérieure forme diaphragme Fig. ISO. — Tampon avec étrier (Geneste-Herscher). Fig. 187. — Sterfput de Bruxelles avec immersion de 0m,01. plongeant ou coupe-air. Cet appareil primitif (fig. 187) se nomme sterf- put (puits mort). Ces engins empêchent assez mal le reflux des gaz dans la maison, mais ils procurent sûrement la malpropreté et la fétidité de l'égout. On peut les améliorer. Mais, somme toute, on se déshabitue des disconnecteurs de pied et l’on a probablement raison. Les tuyaux de chute des éviers, des baignoires, des cabinets de toilette doivent aussi être prolongés sur le toit, ou plutôt, un seul tuyau suffit sur lequel s’abouchent les courts tuyaux de décharge des eaux sales, dis- conneclés par un siphon qui se ventile sur le tuyau commun. Les tuyaux de chute des pluies de la façade antérieure peuvent aller tout droit à l’égout ou au branchement particulier; ceux de la cour et de la façade postérieure se rendent dans le drain de maison. Tous doivent rencontrer le drain principal sous un angle aigu. Nature des immondices qu’on peut admettre a l’égout. — Après les rudes épreuves auxquelles le choléra avait, à plusieurs reprises, soumis les grandes villes d’Angleterre, les hygiénistes du pays, avec la ténacité par- ticulière à cette nation, dénoncèrent spécialement comme un terrain dis- posé à recevoir toutes les épidémies la souillure du sol et de l’air par les immondices et notamment l’infection fécale des habitations. De ce grand mouvement provoqué dans l’opinion publique l’ésulta l’adoption, par les autorités sanitaires (general JJoard of health ; melropolitan Board of health; local govcrnment Board), de ce principe : « Les égouts doivent recevoir tout ce qui est susceptible d’ôtre entraîné par les eaux. » Les matières fécales étaient évidemment dans ce cas, étant établi qu’il serait fourni à chaque maison une abondante provision d’eau et que, désormais, l’eau allait de- venir l’agent de la circulation continue entre le sol et le monde vivant. On n’admit pas de moyen terme et l’on fut logique jusqu’au bout; les ma- tières fécales, liquides ou solides, ne doivent pas séjourner un seul instant dans la maison ; tous les cabinets d’aisances deviendront des waler-closets et un Ilot d’eau entraînera le produit de l’exonération intestinale et vési- cale, aussitôt que ce produit aura quitté le corps des humains; on ne le tolérera môme pas, en tout ou en partie, à faible distance, et le courant secondaire qui l’aura enlevé de la maison le portera sans désemparer à un (leuve souterrain qui l’éloignera de la ville, comme le premier l’a éloigné de la maison. Tel a été le principe que les Anglais, depuis 1850, se sont mis à appliquer avec une persévérance qui a entraîné les nations du continent. Quelques-unes font môme mieux que les Anglais, parce qu’elles profitent de l’expérience de leurs de- vanciers. En Allemagne, spécialement, on a poussé à un haut degré l’art de cons- truire les égouts et la pratique de l’épuration agricole des eaux vannes. En France, les études ne datent pas d’hier; elles sont plus complètes, peut-être, qu’ailleurs, et les expériences instituées à Paris ont servi de guide aux étrangers. Malheureuse- ment, des résistances plus ou moins conscientes ont retardé jusqu’à présenties réalisations décisives. Pour reprendre les arguments qui plaident en faveur du tout à l’égout, nous devrions d’abord rappeler ce que nous avons dit de la haute malpropreté des fosses fixes et leur condamnation unanime, au moins en principe, par tous les hy- giénistes; puis, l’impossibilité d’étendre à toute une grande ville la méthode des fosses mobiles. Nous retrouverons plus loin (destination finale des immondices), d’autres raisons d’abandonner ces procédés, dans l’embarras que cause le collection- nement secondaire de leurs produits. Pour le moment, il convient d’examiner directement l’intluence sanitaire des égouts : 1° au point de vue de leur contenu ; 2° au point de vue des faits observés. 4° Eaux et atmosphère des égouts. — Le contenu des égouts ne se res- semble pas, du système de petite canalisation à celui des égouts combinés, c’est-à-dire complets. C’est surtout de ces derniers qu’il sera question. a .Eaux d'égout.— Elles diffèrent également d’une section à l’autre du ré- seau, selon les habitudes de la population, la présence ou l’absence et la nature des industries. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’elles ne soient pas, chimiquement, beaucoup plus sales dans les villes qui pratiquent le tout à l’égout que dans les villes à fosses Axes, ainsi que l’on peut en juger d’après la com- paraison ci-dessous, laite par 1*ried. Sander, entre quinze villes anglaises à fosses fixes et 16 à water-closets; Paris, qui n admettait pas alors officielle- ment les solides dans les canaux ; Zurich, où 21,000 habitants avaient des tinettes filtiant à 1 égout et 29,000 ny déversant que les eaux ménagères; en/in Munich, où le Schwemmsystem est encore peu répandu : HtTIÈItES FIXES (DISSOCIES). MATIÈRES ES SOSPES8IOS, KAUX D’ÉGOUT. Total. Carbone organique. Azote organique. Azote nitrique. Azote ammouiacal. Azote total. 6 U. O U Inorganiques, j 1 Organiques. ') l 'rt O E-* Villes anglaises à fosses fixes.. 824 41,S 19,7 0 54,4 64,15 115,4 178,1 213,0 391,1 ô — à water-closets. 722 46.9 22,0 0,03 67,0 77,2 106,6 241,8 205,1 446,9 ! Z Paris 980 ? 9 9 ? ü 9 1321 g. Grand-Zurich 485 ? ? 122,0 11,2 133 25 45,6 103,4 149 | O S Petit-Zurich 822 ? 9 72,8 9,8 82 13 9,3 90,9 100,2 1 1 te Munich 550 ? 9 9 9 9 9 40 80 1ZU *5 On se rappelle que 1,234 grammes de l’urine d’un ouvrier robuste renferment 65 grammes de matières fixes, tandis que les 131 grammes que représente sa défé- cation journalière n’en contiennent que 33 grammes (Voit); la moyenne d’azote de l’urine et des selles, pour la population dans son ensemble, étant de HS'joO, d’après Wolf eL Lehmann, cet apport ne constitue que la proportion de 57 milli- grammes d’azote par litre, si l’on suppose qu’il sort de chaque maison 200 litres par habitant et par jour. Nous savons que Paris est destiné à recevoir plus de 230 litres d’eau par jour et par personne; en admettant une perte de 25 à 30 p. 100 par évapo- ration ou par infiltration dans le sol, la proportion sera bien celle indiquée. Or, en 1875, Vaulhier comptait une proportion de 43 grammes d’azote par mètre cube dans les eaux que la plaine de Gennevilliers était chargée d’épurer. Le travail sera-t-il vraiment plus compliqué par une richesse en azote plus élevée d’un tiers? Et surtout l’infection des eaux d’égout en sera-t-elle sensiblement aggravée? En 1883, la Commission technique évaluait la proportion d’azote des eaux d’égout de Paris à 51 grammes par mètre cube. Scblœsing et Durand-Claye, en 1878, com- parant celte proportion avec celle des eaux-vannes de Londres, estimée par Fran- kland à 80 grammes, la fixaient à 45 grammes. Dans l’ensemble, les matières étrangères, qui sont aux environs de 1,300 grammes par mètre cube dans l’eau de Londres, approchaient de 3,000 dans les collecteurs de Paris, à cause du macadam, qui envoyait énormément de sable dans les égouts. Aujourd'hui, ces dépôts dimi- nuent, avec l’extension du pavage en bois. A Londres, le volume moyen des eaux rejetées à la Tamise par les usines de Bar- ldng et de Crossness est de plus de 600,000 mètres cubes par jour; à Paris, Bour- neville l’estime, pour les trois collecteurs, à 379,000 mètres cubes, avec une pro- portion de 41 grammes d’azote par mètre cube. Or, au 1er septembre 1886, on comptait 32,353 tinettes-filtres et 316 chutes directes (École'militaire, Invalides, Monnaie, chalets de nécessité, quelques maisons particulières); en tout 13,700 mai- sons et 616,000 habitants déversant leurs excrétions à l’égout. Si les 1,500,000 autres habitants de Paris projetaient aussi tout l'azote de leurs excrétions dans le cube d’eau actuel (en supposant même qu’il n'y en ait pas déjà une part), cela double- rait à peine la proportion d’azote indiquée plus haut. Et si Paris recevait les 520,000 mètres cubes d’eau que les projets lui promettent, la souillure actuelle, dit Em. Trélat, n’augmenterait que de 20 à 30 p. 1,000. En réalité, l’eau des égouts d’où l’on exclut les matières fécales a reçu avec les eaux de rue une bonne part des excréments abandonnés par les animaux sur la chaussée, ou par des hommes clandestinement ; l’urine des urinoirs publics, réguliers ou irréguliers; des eaux domestiques qui ont servi souvent à laver des linges d’enfants, souillés de matières intestinales, parfois des linges d’adultes dans le même cas; des eaux de vidoirs, dans lesquels il n’est pas rare, comme à Lille, que l’on verse les vases de nuit emplis de matières fécales. Ne sait-on pas aussi que les vidangeurs des fosses fixes, payés au mètre cube extrait et non au volume apporté à l’u- sine, laissent couler, de temps à autre, le contenu de leurs tonneaux dans la plus prochaine bouche d’égout; pratique détestable, qui cause dans les canaux des dépôts putrides imprévus et des foyers d’émanations gazeuses, très redoutables pour les égoutiers. On a attribué (Vallin) à une circons- tance de ce genre la mort de quatre ouvriers dans l’égout du boulevard Rochechouart, en 1880. Tout l’azote des urines et des matières fécales des 200,000 habitants de Lille, dilué dans les 133,000 mètres cubes d’eau qui en sortent chaque jour, représenterait environ 20 grammes par mètre cube. Or, le chimiste Ladureau a constaté 19gr,17 d’azote par mètre cube dans l’eau de la Basse- Deule, l’égout collecteur de cette ville à fosses fixes. Il est vrai que l’Es- pierre, à Roubaix, non moins attachée aux fosses fixes, en renferme 71 grammes. Les eaux d’égout s’éloignent de la cité que drainent ces canaux; nous aurons à nous en occuper à leur point d’arrivée. Mais sont-elles de nature à semer quelques dangers sur leur passage? Ce ne sera point par les émanations. D’abord parce que ces émanations, en dehors des canaux eux-mêmes, sont assez diluées pour être inoffensives ; puis parce qu.e ce ne sont que des gaz, capables d’intoxiquer à un degré plus ou moins profond, mais non d’engendrer une maladie véritable ; en- fin, parce que, dans des égouts bien lavés et ventilés, où les liquides cir- culent, il y a des oxydations incessantes et non des réductions, ainsi que l’a constaté Wiirtz, ou, s’il y a des réductions, les sulfures (hydrogène sul- furé spécialement) qui en résultent sont immédiatement oxydés par l’air. On ne boit pas ces eaux; mais il se pourrait qu’on les bût diluées, après leur chute à une rivière. Nous pensons que c’est une extrémité des plus fâ- cheuses. Cependant, R. Emmerich a bu, pendant quinze jours, d’un demi- litre à un litre d’une dissolution d’eau d’égout à 1 p. 100,000, sans en être incommodé. Il estime que la dose pourrait même être poussée à 1 sur 20,000 sans inconvénient. Les eaux d’égout renferment des bactéries par millions (Voy. p. 187); c était certain d’avance. Mais le point capital est de savoir si les bactéries palhogènes, qui ont quelques raisons de s’y rencontrer, y trouvent le véri- table milieu de leur culture spontanée. Nous avons vu que les chances sont plutôt pour le contraire. Mais encore, les bactéries pathogènes de l'eau d egout, peu torrentueuse, n’ont pas l’occasion de s’en échapper et de se répandre dans l’air libre. AnxouLD, Hygiène. 2e édit. 48 Eau du collecteur de la caserne de la Pépinière (Wurtz, 1880). EAU TROUBLE. EAU CLARIFIÉE PAtl UN RKPOS de plusieurs jours. EAU CONSERVÉE PENDANT deux mois en vase clos et décantée. Grammes. Grammes. Grammes. Résidu solide (séché à 150°) 3,638 1,187 1,180 0,992 Perte au feu 0,476 0,369 Acide sulfurique Matériaux dissous. 0,498 )' Matériaux dissous. 0,198 Acide phosphorique 0,0051 » n Chlore 0,0915 » „ * Acide silicique 0,047 0,3881 » » Chaux )) 0,197 Magnésie 0,0378 » » Alumine et oxyde de fer 0,017 » )) Potasse 0,055 )) » Soude 0,028 )> )) Hydrogène sulfuré traces. » 0,0595 Ammoniaque 0,0391 Y> 0,062 Ammoniaque libérable des matières azotées 0,0020 » 0,0016 Acide nitrique 0,0044 » 0,000 Dans les eaux d’égout de Berlin, Rintaro Mori a reconnu trois espèces de bactéries pathogènes, qu’il a pu cultiver pures : le bacillus murisepticus de Koch; un bacille encapsulé qui ressemble au bacille de la pneumonie de Friedlander, mais en diffère par les accidents qu’il provoque chez les souris en injection sous-cutanée et chez les lapins en injection pleurale ; enOn, un bacille court, sans analogie avec aucune espèce connue, qui tue les souris, les cobayes et les lapins. Il est remarquable que l’auteur ne mentionne aucun des bacilles pathogènes familiers à notre espèce, tels que le bacille typhique, le bacille de la tuberculose, qui sont certaine- ment projetés dans les égouts à chaque instant, sans avoir toujours été sou- mis à la désinfection. b. Gaz d'égout. — L’acide carbonique augmente, naturellement, dans l’atmosphère des égouts, et l’oxygène diminue, mais dans des limites très restreintes, puisque, d’après Erismann, les proportions de CO2 restent entre I et 5,2 p. 1000. Air des égouts, d’après Erismann. (Pour 100). LOCALITÉS. C02. AzH3. H2S. 0. Az. AUTEURS. Nouveaux égouts de Londres.... Nouveaux égouts de Londres (18 0,522 0, lu 6 0,307 0,510 0,314 sensible. traces. )) » Letheby. Nouveaux égouts de Londres (6 » » 20,71 » Miller. Egouts à Peddington (air impur). Egouts de Munich (5 analyses).. U 0,022 » » 20,70 » 78,79 » Russel. Beetz. L’ammoniaque et l’hydrogène sulfuré y sout nuis ou à l’état de traces, a moins d’incidents d’origine criminelle, comme celui du boulevard Roche- chouart (voy. plus haut), ou du déversement d’eaux industrielles acides, comme dans le cas de la mort de quatre ouvriers dans l’égout de Fleet-Lane (1862), rapporté par Haywood, et où Letheby accusa l’action toxique de l’hydrogène sulfuré développé des matières sous l’influence des acides. (Les eaux industrielles versées à l’égout ne doivent être ni acides ni chaudes.) Les expériences de Boutmy et Descout, celles de Durand-Clave, ont prouvé que les gaz émanés d’excréments putrides, sans renouvellement d’air, comme cela arrive dans les fosses, sont toxiques h doses assez faibles; mais qu’ils n’arrivent point à de pareilles doses dans l’air des égouts, même dans les circonstances les plus inquiétantes. On sait que la promenade dans le grand collecteur de Paris est une distraction recherchée du beau monde (Bouley). Les microorganismes ne sont pas aussi nombreux dans l’air des égouts que l’on aurait pu croire; l’eau et les parois humides les retiennent. Il y en a moins que dans les salles d’hôpital (p. 328) et, selon Miquel, si cet air en renferme 8 à 9 fois plus que l’air du parc de Montsouris, il arrive aussi qu’il en a moitié moins que celui de la rue de Rivoli (880 bactéries par mètre cube dans l’air du collecteur du boulevard de Sébastopol; 1,520, rue de Rivoli). Dans les égouts sans courant sérieux, on voit souvent, par les journées froides, une buée de vapeur s’échapper des bouches, et il est assez commun, surtout dans les villes à fosses fixes, de remarquer les odeurs fétides qui s’exhalent, à diverses époques, de ces mêmes bouches. Mais rien de pareil ne se passe dans les canaux où il y a une circulation positive. Rôzsahegyi et Soyka ont montré qu’il y a le plus souvent, surtout en été, un courant d’air marchant dans le même sens que le courant liquide, par suite de l’adhé- rence bien connue de la zone inférieure de l’air avec la surface de l’eau. Les courants émergeant par les bouches d’égout ne sont que très superfi- ciels. Nous pensons, du reste, que si la ventilation des égouts est convena- blement assurée, les bouches ne serviront jamais qu’à l’entrée de l’air, sa sortie ayant lieu par les gaines d’aspiration, au-dessus des toits. Et cet air n’aura pas d’odeur. Influence sanitaire des égouts. — Les égouts, dont la construction et l’entretien sont liés à d’autres travaux d’assainissement et spécialement à l’établissement d’une distribution d’eau, élèvent toujours la santé géné- rale des groupes, quand ils sont rationnellement installés et qu’ils fonc- tionnent pour le drainage des immondices. Le tableau que nous avons in- séré à la page 138 en résume les preuves, empruntées à la pratique anglaise. Il faut bien qu’il en soit ainsi, puisque la vidange par canalisation est la suppression i adicale du fléau des fosses, fixes ou mobiles, de la dispersion des immondices, de l’imprégnation putride du sol urbain et de la nappe souterraine et de l’empestement de l’atmosphère. On a 1 habitude de mesurer l’influence sanitaire des égouts à la façon dont ils agissent sur la fièvre typhoïde, que l’on regarde, non tout à fait à tort, comme la maladie de malpropreté par excellence (Schmutzfcrankheit, filthdisease). Le tableau ci-dessous, do John Simon, Medical officer du Con- seil sanitaire central (1868), résume cette influence pour les villes anglaises. Mortalité typhoïde dans les villes anglaises, VILLES. POPULATION EN 1861. PÉRI DE COiJP ODES AIIAISON. MORTALITÉ TYPHOÏDE I-OBB 10,000 HABITANTS. Avant les travaux. Après les travaux. Avant les travaux. Après les travaux. Bristol 160,714 1847—1851 1862—1865 10.00 6,50 Leicester 68,056 1845—1851 1862—1864 14,00 7,75 Mertliyr-Tvclvil 52,778 1845—1855 1862—1865 21,33 8,66 Clieltenliam 39.693 1845—1857 1800—1865 8,00 4,06 CardifT 32,954 1847—1854 1859 — 1866 17,33 10,50 Croydon 30,229 1845—1850 1857—1864 15,00 5.50 Carlislc 29,417 1845—1853 1858—1864 10,00 9,7b Macclesfield 27,475 1845—1852 1837—1864 14,25 8,50 Newport 24,756 1845—1849 1860—1865 16,33 10,33 Dover 23,108 1843—1853 1857—1865 14,00 9.00 Warwick 10,570 1845—1855 1859—1864 19,00 9,00 Bambury 10,238 1845—1853 1857—1864 16,00 8,33 Penzance 9.414 1843—1850 1856—1865 7.50 8,00 Salisbury 9,030 1844—1852 1857—1864 7,50 1,75 Chelmsford 8,604 1843—1852 1855—1S64 12,00 12,06 Elv 7,847 1845—1852 1859—1804 10,40 4,50 Rugby 7,818 1845—1851 1855—1864 10.00 9,00 Penrith 7,189 1845—1852 1856—1864 10,00 4,50 Stratford-s.-Avon 6,823 1845—1853 1860—1864 12.50 ' 4,00 Alewick 6,494 1845—1851 1856—1864 13,50 8,66 Brynmaw 6,334 1843—1852 1856—1865 23,50 10,25 Worthing 5,805 1843—1852 1857—1865 7,50 9,25 Morpeth. 4,490 1845—1852 1836—1864 10,50 10.00 Ashby de la Zouch 3,840 1845—1851 1855—1864 13,50 5,73 Sauf à Penzance, Chelmsford et Worthing (car la canalisation des im- mondices n’est pas toute l’hygiène), la mortalité typhoïde a baissé partout. En 1886 (Bertillon), la mortalité typhoïde des villes anglaises continuait à être faible. Pour ce qui est des autres, nous comparons, dans le tableau ci-après, différentes villes d’Europe qui vidangent à l’égout, avec Paris, qui hésite. Mortalité typhoïde en différentes villes. ( ANNÉES. DÉCÈS TYPHOÏDES POUR 100,000 HABITANTS. DAN’ZIG. HAMBOURG. FRANCFORT-S-M LONDRES. BRUXELLES. PARIS. \857—1859 » » 9,1 )> ü » 1860—1862 )) 2,9 7,0 )) » î> 1863—1863 4,7 » 9 9 1800—1868 9,9 2,2 6,1 » -i - 0,1 1869—1871 7,7 2,8 » >» 1872-1874 6 3,5 7,9 )) K 5.1 1875 3,2 )> 5,3 1 876 2,5 » 2,8 1 9 10,2 1877 2,5 » 2,5 1,9 6,1 1878 1,8 » 4,0 1879 1,7 )) 2,3 5,3 1880 0,74 » » ,, 1,5 5,9 1881 » )) )) 8,7 1882 » » » » » 14,3 1883 » » » » )) 8,8 1884 » 1) » » » 6.7 1885 3,3 3,2 » 1,7 1,9 6,3 1886 2,1 7,4 )) L7 2,9 4,6 Hambourg, comme on voit, a eu un retour offensif très marqué de la fièvre ty- phoïde en 1886. La protection parla canalisation n’a, en effet, rien de spécifique et ne saurait fermer toutes les portes au fléau. A la vérité, Hambourg s abreuve à l’Elbe qui, au dire de Simmonds, est gravement contaminée ; mais Londres et Ber- lin boivent aussi de l’eau de rivière. Nous avons dit que cette eau est filtrée; cepen- dant il est certain qu’il arrive parfois des accidents aux filtres, comme nous l’ont appris Frankland, Piefke, Plagge et Proskauer. A Berlin, d’après Émile Trélat, il y a moyennement quatre fois plus de cas et de décès typhoïdes dans les maisons non annexées au Radialsystem que dans celles qui en bénéficient. En 1879, il y avait une maison avec cas typhoïde sur 65 maisons annexées au réseau et une sur 17 non annexées; en 1880, les chiffres étaient respectivement 1 sur 49,3 et 1 sur 9,3 maisons. Même quand les égouts sont mal faits, vieux, ou tout au moins irréguliers, il vaut encore mieux en avoir que d’en être privé, ainsi qu’il résulte des relevés statistiques de Soyka à Munich. On peut donc être assuré aujourd’hui que Murchison faisait de la théorie toute pure en présentant la fièvre typhoïde comme issue des bouches d’égout, et que Buchanan servait mal l’hygiène en qualifiant de fièvre des égouts (Sewer fever) celte maladie qui ne naît pas des gaz, fussent-ils de cloaques, et contre laquelle le pré- servatif le plus certain est justement l’intégrité du sol, de l’air et des eaux, que les égouts permettent d’obtenir. Il s’est trouvé aussi quelques contradicteurs de l’influence heureuse des égouts sur la mortalité générale, James Slark et Littlejohn en particulier. Sans doute on peut trouver quelque ville où la mortalité persiste ou augmente malgré les égouts, parce que la canalisation n’est pas toute l’hygiène et qu’à côté d’égouts excellents, il peut y avoir de graves lacunes sur quelque autre point. Mais cela n’intirme pas la règle. Au surplus, Littlejohn, qui affirmait l’immunité diphlhéritiqne et typhoïde des vieux quartiers d’Édimbourg, où l’on pratique la vidange à la chinoise, tandis que les deux maladies sont en permanence dans la ville neuve, fut prié par F. San- der de fournir une statistique à l’appui de son dire, mais ne releva jamais le défi. D. ÉVACUATEURS D’ORIGINE ET INTERCEPTEURS. C’est dans la maison qu’a lieu la production des immondices; c’est là que se fait le collectionnement provisoire, quand il peut être toléré; c’est de là que partent les matériaux de déchet et les eaux qui les charrient pour s’introduire dans les grands récipients que nous avons étudiés — et condamnés — ou dans le réseau de conduites que nous avons présenté comme la seule solution possible de ce vaste problème d’assainissement. Ce départ des immondices s’accomplit dans des conditions que l’on eût pu examiner plus tôt. Mais il nous a semblé qu’il importait de connaître d’abord la direction et les voies que ces choses impures peuvent prendre. Principes. — Les principes universellement admis par les hygiénistes actuels sont les suivants : 1° L'enlèvement immédiat et intégral des résidus; 2° L interception de tout courant gazeux qui, des organes et tuyaux de décharge, pourrait introduire dans l’air limité des appartements des gaz de putridité, des molécules organiques, des germes plus ou moins suspects; 3° La ventilation constante, par un courant d’air frais s’éloignant de la maison, de tout le drainage domestique, de façon à y oxyder incessamment les éléments putrescibles ; 4° L’exclusion des surfaces inutiles et des matériaux d’infection; par conséquent la recherche des appareils très simples et des matériaux im poreux. Ijch niphoiis ou iutercepteurs. —Nous indiquerons, en reprenant chaque foyer de souillure domestique, les moyens de l’éloignement immédiat. Les intercepteurs gagneront à être l’objet d’une étude générale. 11 est des intercepteurs très primitifs, les couvercles ou les tampons de bois que l’on pose sur les orifices de décharge dans l’intervalle des projec- tions. 11 est à peine utile de dire que ce sont des moyens illusoires et même fâcheux, parce que le bois s’imprègne des éclaboussures et des gaz odorants. Les fermetures à valves ou clapets, manœuvrés par un contre-poids, ne valent pas mieux. La valve ne reste pas indéfiniment hermétique; il faut bien qu’elle ouvre l’orifice, quand des résidus y passent ; le jeu en est sou- vent hésitant. Bref, on a une surface d’infection de plus et une obturation à peu près nulle. Il n’existe qu’un seul moyen d’interception, mais il est parfait; c’est le siphon hydraulique. (En Belgique, on se sert souvent du terme coupe-air). La figure 188 en indique le type général, avec les 0m,07 d'immersion que l’on s’accorde à exiger. On a varié presque à l’infini la forme des siphons. Les anciens siphons anglais étaient en forme de D couché ( o). Le tuyau de chute plongeait de quelques centimètres, par son extrémité inférieure, dans le liquide que contenait le D et qui s’écoulait par trop-plein au moyen d’un tuyau soudé vers le bord de cette cuvette. On a fait des siphons à valve, à sphère (Bower), à cloche. Ce dernier, sou- vent employé à Paris sous le nom de bonde siphoîde, est un des plus mau- vais appareils que l’on puisse imaginer. La figure 189 peut en donner une (*) a, orifice d'accès; — b, orifico d'écoulement; — F, liquide recevant les matières et aussitôt remplacé par une couche permanente. idée. Il est rationnel, parfois, de plier la forme du siphon à des conditions spéciales du rôle qu’il doit remplir; ainsi, sur le trajet d’une conduite de maison, comme on le le fait à Franc- fort (üg. 190) et à Berlin, ou dans un puisard de rue ou de cour. Mais, après une expérience déjà lon- gue, il a été reconnu que le meilleur obturateur à placer sous les orifices (éviers, water-closets) est le siphon en couchée ou demi-couchée, suivant que la direction de sortie est verticale ou horizontale. Seulement, deux pré- cautions sont absolument indispen- sables dans la construction du siphon obturateur. a. La première consiste dans le tampon de nettoyage, qu’il faut placer sous la première courbure du siphon, celle qui fait saillie vers le bas. En effet, comme le dit Wazon, les siphons sont grands collectionneurs de débris, jetés par les enfants et les domestiques. A moins que le siphon ne soit assez grand pour y passer le bras, ainsi qu’il arrive dans les siphons de cours et Fig. 190. — Siphon avec immersion de 0mj071, placé au fond d’un puits sur le parcours du principal égout privé dans les maisons de Francfort. de water-closets, il faut pouvoir extraire les corps étrangers par une ouver- ture aisément accessible qui, en temps ordinaire, est fermée par un tampon vissé (fig. 192). Wazon conseille d’ailleurs l’usage d’un tampon d’absence qui s’applique- rait hermétiquement sur les orifices intérieurs des éviers, des siphons d’urinoirs et de water-closets, lorsque les habitants s’éloignent pour quel- que temps et que 1 eau des siphons risque de s évaporer. La cuvette du cabinet de toilette et la baignoire sont fermées par leur soupape spéciale. b. La deuxième condition (elle est capitale), c’est la ventilation du siphon. Les siphons en S, '.très avantageux sous le rapport de la circulation des liquides, ont le tort de se siphonner eux-mêmes avec une grande facilité, par induction, c’est-à-dire pour peu que la pression en amont soit supé- rieure à celle d’aval. Ce qui arrive à tout instant, par le fonctionnement même de chaque water-closet, et surtout parce que, dans la superposition d’étage en étage de siphons correspondant au mémo tuyau de chute, le fonctionnement du siphon de l’étage supérieur détermine une chute d’eau qui fait succion sur tous les autres. Ceux-ci se vident dès lors plus ou moins ; la « garde d’eau » diminue et devient tout à fait inefficace. Ces faits ont été reconnus par Baldwin Latham, Waring, Hellyer, Lissauer, Friedr. Renk. On avait proposé divers moyens de parer à cet inconvénient. Petten- kofer avait imaginé de placer sur la couronne du siphon un autre siphon, ou plutôt une bonde siphoïde remplie d’une solution de glycérine. La- tham et Lissauer pensent ventiler et rétablir suffisamment la pression en prolongeant le tuyau de chute commun par-dessus les toits. Ces procédés sont compliqués ou inefficaces, comme le fait ressortir Wazon. Les siphons en 5 doivent être ventilés en couronne, c’est-à-dire que l’air à la pression normale doit toujours agir dans la courbe saillant en haut du siphon, immédiatement en arrière de la garde d’eau. C’est l’ingénieur américain Philbrick, qui, en 1875, a le premier appliqué ce principe, auquel se rattachent Bayles, Bailey-Denton fils, Julius Adams, et dont Wazon a excellemment démontré la rigueur. Les ingénieurs Geneste et Ilerscher, à Paris, en poursuivent la réalisation dans leurs appareils d’assainissement, avec une rare habileté. On leur doit d’avoir cherché à faire pénétrer dans le public celte importante notion, au moyen de l’appareil de démonstration qu’ils présentaient à l’Exposition d’hygiène urbaine de la caserne Lobau (1886) et que produisit, quel- ques mois plus tard, A.-J. Martin, dans son intéressante conférence à Nancy. Deux siphons, correspondant également chacun à un tuyau de chute ouvert aux deux extrémités, mais dont l’un était ventilé en couronne, l’autre non, fonctionnaient côte à côte comparativement, par un déversement d’eau à leur orifice; un tube de verre, adapté à chacun d’eux, par-dessous la garde d’eau, faisait l’office d’indica- teur de niveau dans celle-ci. Il était facile de voir que la colonne d’eau restait à une hauteur invariable dans le premier siphon, tandis qu’elle baissait assez dans le second pour que toute obturation cessât. On obtient d’ailleurs cette ventilation efficace, en faisant partir de la couronne du siphon un tuyau légèrement ascendant qui va se mettre en communication avec l’air extérieur, soit par le tuyau de chute lui-même (prolongé jusqu’au toit), soit par une boîte métallique logée dans le mur extérieur et renfermant une valve mobile en mica, qui s’ouvre au passage de l’air, chaque fois qu’un liquide traverse le siphon, et se referme immé- diatement après (A.-J. Martin). Les siphons hydrauliques laissent à découvert la surface d’une eau que les gaz ne traversent point comme gaz, mais dans laquelle ils peuvent se dissoudre. De même, il n’est pas impossible que cette eau, qui a lavé une cuvette d’aisances ne renferme quelques germes saprophytes ou même, le cas échéant, pathogènes. On en a fait une objection, qui est purement spé- cieuse. Carmichael s’est donné la peine de démontrer que la diffusion des gaz dans l’eau des siphons est insignifiante. Nous savons, d’autre part, que les germes contenus dans l’eau ne s’en échappent jamais, quand cette eau n’est pas agitée. Enlèvement «les ordures ménagères. — Les ordures ménagères sont, presque partout, recueillies dans des récipients, qui devraient être étanches et pourvus d’un couvercle, pour séjourner le moins possible à la maison et Être livrées sans retard au service de la voirie. A Paris, les locataires doi- vent vider, tous les matins, leurs récipients particuliers dans un récipient commun qui lui-même est versé dans le tombereau municipal. Ils gardent donc encore près d’eux leurs déchets culinaires et balayures pendant un certain temps. Wazon propose d’adopter une méthode usitée en plusieurs villes d’Angleterre et d’Amérique, qui consiste à faire passer les ordures dans le récipient général mobile au moyen d’un tuyau de chute métallique, placé extérieurement dans la cour, avec trémie extérieure à fermeture automatique, placée en face de chaque cuisine, ou tout au moins à chaque fenêtre de palier d’escalier de service. Eaux tl’éviers. de toilette, île baignoires. — Les 6V1CFS doivent être faits de matière dure et imperméa- ble, grès verni, porcelaine, cuivre élamé, fer émaillé, sans entourage de menuiserie. Des pentes accen- tuées, à leur surface, doivent faire converger les eaux sur la bonde. Celle-ci, correspondant à un siphon en S (fig. 192, I ou 3), est fermée d’une grille en temps ordinaire, d'un tampon rodé eq cas d’absence des habitants. Dans les cuisines de grande mai- son, il est utile de séparer la graisse des eaux avant leur passage par le siphon, afin d’en éviter le rapide engorgement (Eassie). Pour cela, on provoque la coagulation de la graisse par refroidissement, dans des appareils intermédiaires à la bonde d’évier et au siphon, d’où il est facile de l’extraire. Putzeys con- seille les modèles de Doulton, de Dent et Ilellyer; Wazon, la trappe à graisse de Tucker. Les bassins de toilette ne doivent pas être h bascule, mais fixes, et être alimentés par un robinet libre et non noyé dans la cuvette. Ils se vident par une bonde ou par un ro- binet, pourvu que leur entrée dans le tuyau de chute se fasse par un siphon ventilé en couronne et muni d’un tampon de nettoyage. La figure 193, ci-contre, représente ce l'ig. 194. — Poste d’eau vidoir (Flicoteaux). que l’on appelle, dans les habitations col- lectives, dans les hôtels et les maisons de quelque importance, un poste d'eau. Cet appareil se place dans une cour, dans un vestibule, aux. combles pour l'usage des domestiques. On y prend l'eau nécessaire aux diverses opérations de propreté. Le modèle ci-joint a deux robinets libres émergeant à travers une plaque de marbre. 11 lui est annexé un vidoir avec siphon dans la partie renflée du pied. On voit, à gauche de ce renflement, le tampon de netloyage. La ventilation en couronne se fait par une tubulure partant du renflement de droite (invisible dans la figure). Enfin, le nettoyage de l’entonnoir et la poussée des impuretés s'accomplissent au moyen d’une chasse d'eau qui fonctionne dès qu’on appuie sur le boulon situé entre les deux robinets et qui correspond à un robinet amorceur. Les baignoires qui se remplissent par un robinet s’ouvrant au-dessus du bord, par conséquent disconnecté d’avec l’eau du bain, doivent être préfé- rées à celles qui reçoivent l’eau par le côté ou par le fond. La soupape des baignoires françaises est un bon moyen de les vider (Wazon), à la con- dition qu’elle s’ouvre sur un siphon hydraulique, comme précédemment. Le tuyau de chute va rejoindre la conduite de maison, sans qu’il soit utile de lui donner un siphon de pied, mais en se recourbant à son extrémité inférieure de manière à aboutir au canal de collectionnement par un angle très aigu et non suivant la perpendiculaire. Avec ces orifices et tuyaux de décharge, on ne voit plus à quoi peuvent servir les « plombs, ces horribles boîtes, » dit A.-J. Martin, où l’on jette toutes les immondices sans que rien ait été prévu pour empêcher le retour des gaz de leur décomposition. Drainage des matières excrémeutitielles. — C’est dans la construction des appareils récepteurs et évacuateurs de cette catégorie d’immondices que les principes posés plus haut doivent être observés dans toute leur rigueur. En outre des règles générales indiquées précédemment (page 545) et relatives au cabinet d’aisances, il importe de préconiser ici la suppression de toute surface qui pourrait inutilement être tachée par les solides, écla- boussée par les liquides, imprégnée des émanations gazeuses. Jamais la simplicité n’a eu plus de mérites. Dans les maisons confortables et très soignées, où les cabinets sont fré- quentés par un petit nombre de visiteurs, on peut tolérer les sièges en bois dur, vernis, ciré, élégants et commodes ; partout ailleurs, il est nécessaire de réduire les surfaces en bois,éminemment absorbantes; d’éviter même le marbre et l’ardoise, qui sont trop spongieux, et de les remplacer le plus possible par le verre, l’ardoise recuite, la lave, l’ébonite, le grès ou la fonte émaillés. Quand nous parlons de sièges, il* va sans dire qu’il s'agit de sièges sur lesquels on s’asseoit, de façon à projeter le plus immédiatement possible les fèces et l’urine dans l’entonnoir qui termine supérieurement le tuyau de chute, et non d’un perchoir sur lequel le visiteur monte et met les pieds, risquant de déposer la matière fécale sur le bois même du siège et certain, en tous cas, de darder son urine d’autant plus loin qu’elle part de plus haut. A vrai dire, lorsque quelqu’un en use ainsi avec un appareil qui est destiné à être utilisé d’une autre façon, c’est que le siège est certainement mal fait, et c’est le constructeur qui a poussé ses clients à la malpropreté. Nous considérons, d’ailleurs, les barres tendues dans le dos du visiteur pour l’obliger à s’asseoir très incommodément et tous les encastrements ingénieux qui poursuivent le môme but, comme des moyens fort sots de I* ig. 195. Closet à cuvette ovoïde et siège étroit (« Combinaisou » de Doulton). dispenser les architectes et les plombiers de nous fournir les appareils agréables et salubres auxquels nous avons droit. On fabrique aujourd’hui des cuvettes dont l’ouverture a la forme ovoïde très allongée, la petite extrémité en avant. Les dimensions de cette ouver- ture, d avant en arrière, sont assez considérables (il en est de 38 cent.) pour que, quand un homme a le siège sur la grosse extrémité de l’ovoïde, sa verge plonge dans le vide et ne puisse rencontrer au- cun point des bords de la cu- vette. Dans le cas des habi- tations collectives, voilà la crainte de recueillir quelque contage suffisamment écar- tée. D’ailleurs, le siège peut n’être plus autre chose que le bord même de la cuvette, arrondi à cet effet, ou bien une garniture légère, en bois dur, vernis, à angles arrondis et de quelques centimètres de largeur. Dans le système indiqué à la figure 194, le siège a un peu plus que cette largeur ; mais il est à char- nières et susceptible de se relever à volonté, en vue de la surveillance et des net- toyages. Au besoin, il se re- leve seul, au moyen d’un contre-poids. De tels appareils sont pra- ticables dans les habitations collectives, puisque cela existe, ainsi qu’il résulte du témoignage d’E. Richard, en ce qui concerne l’hôpital du Val-de-Grâce. Pourtant, si l’on a des raisons de conser- ver sur quelques points l’ha- bitude des latrines à la tur- que (souvent, parce qu’il est difficile de modifier des con- structions existantes), il n’est pas impossible de les assai- nir et de les mettre en rap- port avec le progrès contem- porain. Le cabinet des latrines à la turque (le hangar plutôt) doit remplir au plus haut point les conditions de simplicité et d’imperméabilité. Le bois en sera ’i". 19G. — Garde-robe sans mécanisme, ltogier et Mothes. rigoureusement exclu. Le sol en sera recouvert de dalles inattaquables, avec des pentes décidées, convergeant vers les lunettes. Dans ces sortes d’installations, c’est la projection à distance des urines dans l’acte de la dé- fécation et leur dispersion sur le sol qui sont la grande source d’imprégna- tion putride des vêtements et d’émanations odorantes à perpétuité. La seule supériorité des cabinets la turque, ou môme l’unique compensation ii ce qu’ils ont de repoussant, c’est la possibilité de laver à grande eau. Si vous y faites des escaliers, des plateformes, des cloisons complètes ou par- tielles, vous ruinez cette aptitude au lavage, tout en le rendant plus néces- saire par la multiplication des surfaces d’infection, à cause de l’extrême difliculté de rencontrer des matériaux qui résistent à l’action des sels am- moniacaux. Tout au plus peut-on tolérer, de chaque côté de la lunette, une semelle en relief, de la matière la plus dure possible, qui invite le visiteur à se placer convenablement et d’ailleurs le préserve d’avoir les pieds dans l’eau. Aux casernes Schomberg et de Lourcine, où cette instal- lation est cependant remarquable, on a disposé les lunettes, au-dessus desquelles l’homme s’accroupit, dans une petite plateforme de 0m,35 de hauteur; les urines doivent tomber dans une rigole de 0m,6o de large, où il passe toujours de l’eau, et recouverte d’une grille en fer galvanisé. Mais on s’est vite aperçu que l’urine lancée de haut va d’autant plus loin et dépasse souvent le but. A l’hôpital Saint-Martin (Paris), la grille a été remplacée par une plaque de verre à cannelures profondes, toujours pleine d’eau. C’est tout ce qu'il faut (avec beau- coup d’eau). Nous croyons, comme E. Richard, que toute cloison sura- joutée est détestable. Cependant « si l’on tient absolument à disposer chaque lunette dans une espèce de niche », nous donnerions, avec le môme auteur, la préférence à la coquille de grès vernissé, d’une seule pièce (fig. 107), construite à l’usine de Pouilly-sur-Saône. Malheureusemeut, ces correctifs puissants ne peuvent se passer de beau- coup d’eau. Aussi se demande-t-on dans quelle mesure ils pourraient être adaptés à 1 usage de la fosse fixe. Si l’on supprime celle-ci, au contraire, 1 assainissement paraît relativement facile. La lunette devient l’orifice d’un tuyau gros et court, abouché à un cylindre horizontal, terminé par un siphon à 1 une de ses extrémités et recevant par l’autre une chasse d’eau intermitente. C est la lalrine à auge (Richard). Il est clair qu’en élevant, un Peu la lunette, on peut y adapter un siège, ou mieux, un bord en bois, qui dispensera les visiteurs de s’accroupir. Appui eils d évacuation sur fosses. — Dans quelques maisons particulières affligées de la fosse fixe, mais riches et à un petit nombre d’habitants, les propriétaires s offrent le luxe de cabinets à eau, au risque de remplir en Fig. 197. — Coquille pour lunette de latrines à la turque. \ quelques semaines leur fosse, quoique vaste et perdant des liquides dans le sol d’alentour. Ces maisons rentrent dans les règles que nous étudions plus loin. Les autres, qui doivent éviter l’eau et n’en emploient que pour des net- toyages rapides, à la brosse, nous paraissent devoir se borner à remplir, par construction, les conditions voulues de simplicité et d’imperméabilité. Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi ces cabinets se donnent la compli- cation d’une cuvette et d’un obturateur, qui est généralement une valve de métal. Le mieux est que la cuvette soit réduite à n’être que la tête du tuyau de chute, que sa paroi postérieure se rapproche de la verticale et qu’elle n’ait d’intercepteur d’aucune sorte. La valve qui en sert n’inter- cepte pas, et c’est une surface de souillure permanente. La cuvette ré- duite sera en faïence ou en grès vernissé. Pour le reste, la meilleure in- terception paraît encore devoir être la ventilation avec circuit descendant du cabinet par le tuyau de chute et remontant de la fosse par le tuyau d’évent, selon le précepte ded’Arcet, et en s’efforçant de rendre possible la Fig. I9S. — Water-closet, système Jennings modifié. visite de ces conduites, en vue d’éviter les fuites de gaz putrides dans la maison, par des fissures ou des mal joints. Sans doute le tuyau dévent ne fait que « déplacer le méphitisme, » selon l’expression de Vallin; et c’est, avec d’autres dangers sur lesquels Wazon insiste, la condamnation du système. Mais l’on ne peut faire moins mal avec la fosse fixe. Water-closels. —Parmi les appareils anglais, dont ce terme accuse 1 ori- gine et la destination, Wazon distingue trois classes : 1° les water-closels à simple valve ou à valve et siphon (pancloscls); 2° les water-closets à bas- sin d’eau et siphon inférieur avec ou sans valve' [wash-out-closets); 3° les water-closets à simple action d’eau directe avec siphon, sans aucune valve. Les premiers sont détestables et abandonnés par tout le monde. Le type des seconds est le closet de Jennings, plusieurs fois modifié par son inventeur, et que la figure 198 reproduit en coupe. Il passait encore pour excellent, il y a une dizaine d’années. Pourtant on se demande pourquoi une valve, un mé- canisme compliqué, une séparation en deux de l’eau de lavage qui brise la chasse. D’ailleurs, le siphon de Jennings n’est point ventilé et, par suite, peut se siphonner sans qu’on en sache rien. Le troisième système (hopper-closet ou holle-closet) supprime tout mé- canisme capable de se détraquer et de recueillir des ordures. Il fonctionne par le seul jeu du siphon hydraulique ventilé en couronne et par une chasse d’eau que les ingénieurs rendent intermittente automatiquement ou à la volonté du visiteur, selon que l’on a plus ou moins d eau à dépenser et qu il en est besoin. D’ailleurs Jennings lui-même a montré comment il faut Fig. 190 et 200. — Cuvettes à siphon (usine de Jeanménil et Itainbervillers). construire la cuvette, en rendant « verticales les génératrices d’arrière et inclinant en dehors les génératrices d’avant. » Les figures 199 et 200 mon- trent des coupes de cuvettes, dans la construction desquelles on a cherché à se conformer à cette règle. Philbrick recommande le closet-hotle, avec une cuvette en forme de pain de sucre renversé et dont les bords arrondis servent de siège. Hellyer con- struit un arlisan-closet qui ressemble beauepup à l’appareil représenté figure 195, sauf la cuvette qui, dans notre dessin, réalise une idée particu- lière sur laquelle nous allons revenir. Cet artisan-closet a pour but de raccourcir la hauteur verticale de l’appareil, laquelle favorise le siphonne- ment. Wazon, après les ingénieurs américains et anglais, approuve ce système, mais voudrait supprimer tout encadrement en menuiserie; on coifferait simplement, en hiver, le pourtour de la cuvette d’une couronne mobile, en bois dur verni. En été, on s’asseoirait sur la porcelaine. L’ingé- nieur Flicoteaux (Paris) construit des appareils qui correspondent assez exactement à ce type (fig. 201). Il va sans dire que la cuvette en faïence se continue par un siphon dûment ventilé. Quant à la cuvette de l’appareil fig. 195, on voit qu’elle est construite de telle sorte qu’il reste constamment, au fond de la partie postérieure (élar- gie) de sa concavité, une faible épaisseur d’eau, tandis que la partie anté- rieure s’ouvre librementdans le siphon. La maison Doulton, qui l’a inventé, appelle ce système combinaison, parce que la cuvette, laissée û décou- vert, peut servir de vidoir pour les eaux sales et faire 1’officc d’urinoir. Fig. 201. — Ctosel à cuvette en faïence, sans siège en bois. Fig. 202. — Urinoir séparé (coustri par Flicoteaux). sairc de ménager des vidoirs et des urinoirs séparés, pour recevoir les ■7G8 Bien DES ADRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène que la retenue d eau n ait que 0"',03o d’épaisseur et n’incommode pas, dit-on, le visiteur, nous n’en comprenons pas bien 1 utilité. Richard estime, au contraire, que le système est supérieur à tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. Dans le cas où l’habitation, surtout si elle est collective, ne possède pas cet appareil à double fin (et un peu suspect à cause de cela), il est néces- urines rendues en dehors de la défécation. Ces urinoirs sont soumis aux mômes règles que les autres évacuateurs, au point de vue de la construc- tion, du lavage et de l’interception des gaz de retour (Voir fig. 202). Chasses d'eau. — Les water-closets Jennings ont pour but de ménager l’eau, ce qui entraîne naturellement des nettoyages à moitié. Ce sont, du reste, les fosses fixes qui ont inspiré ce médiocre appareil. Quand on s’en s ert, il faut observer la règle de la disconneclion de la conduite d’eau avec le tuyau de lavage du waler-closet et installer un- réservoir alimenté par un robinet non plongeant. Aujourd’hui l’on attache, à bon droit, une extrême importance aux chasses de nettoyage et de poussée des matières. Indépendamment de la disposition des ouvertures, quelquefois multiples, qui font passer l’eau circulairemenl sur toute la surface interne de la cuvette, on a recours à Fig. 203. — Chasse à tirage (construit Fig. 20i. — Appareil de chasse automa- par Geneste-Herscher). tique simple (système breveté Geneste, Herscher et Carette)* des procédés qui font tomber brusquement, d’une hauteur de 2 à 5 mètres, une masse d’eau de 10 à 15 litres dans l’entonnoir récepteur. On obtient cet effet à l’aide de réservoirs de chasse en fonte, disposés comme on le voit dans les figures 201, 202, et qui se rattachent tous au type Rogers Field, de la figure 183. Seulement nos ingénieurs se sont évertués, avec un zèle louable, à perfectionner leurs modèles et à en rendre le jeu sûr et rapide. Il en existe de deux sortes :*les réservoirs à fonctionnement automatique et les réservoirs à tirage. Les premiers s’amorcent et déversent leur con- tenu d’eux-mêmes, à des intervalles réglés; ils sont utiles dans les cabinets très fréquentés et là où l’on ne craint pas la dépense de l’eau. Les seconds se remplissent par un tuyau venant de la distribution municipale, mais qu’un flotteur ferme lorsqu’ils ont reçu le volume d’eau nécessaire; pour les amorcer, il faut tirer sur une chaîne qui met en jeu un mécanisme amorceur. Ils conviennent dans les maisons particulières et dépensent relativement peu d’eau. Les figures 203 et 204 reproduisent des types de chasse à tirage ou auto- Arxould, Hygiène. 2e édit. 49 matique de la maison Geneste-Herscher. La théorie n’en intéresse pas di- rectement l’hygiène. Cependant il est utile de faire remarquer la sûreté particulière que le siphon automatique (fig. 204) acquiert par le dispositif de détente, ou détendeur pneumatique, et par le tube régulateur, qu on voit au bas de la figure. « L’ensemble de l’appareil s’inspire des principes de la fontaine de Héron. L’amorçage résulte de la combinaison appropriée des compressions et détentes successives de l’air contenu dans le siphon pen- dant le remplissage du réservoir de chasse. Le tube régulateur évite le dé- réglage de l’appareil quand le siphon est noyé à l’aval pour une raison quelconque. 11 évile toute rentrée d’air pendant l’écoulement et permet, en outre, le rétablissement immédiat de la pression barométrique dans le siphon après la chasse. » Finalement, le lecteur trouvera résumés dans le dessin ci-joint (fig. 20o) les divers modes et les cas de l’application des principes qui viennent d’être exposés et qui reviennent, en somme, à cette simple formule : expul- ser immédiatement de la maison tous les matériaux usés et interdire le retour de tout produit putride. Contrôle de l'étanchéité du drainage domestique. — Les Anglais ont montré combien il importe de vérifier l’étanchéité des conduites de maison. Vallin et A.-JL Martin nous ont fait connaître l’existence, en Angleterre, de The London sanilai'y protection Association, qui se charge de faire examiner la salubrité des immeubles habités par ses souscripteurs. D’autres associations pareilles se sont formées sous l’initiative de Fleeming Jenkin (d’Édimbourg). L’ingénieur de l’Association fait monter sur le toit un agent subalterne qui verse quelques gouttes d’essence de menthe poivrée (huile de Mitcham) à la partie supérieure du tuyau principal recevant les immondices de la maison; il bouche cet orifice avec un tampon, le dégagement de l’odeur de menthe àl’un des étages ne tarde pas à dénoncer la fuite, s’il en existe une. On peut remplacer l’essence de menthe, très coûteuse, par une autre, ou simplement injecter de la fumée de tabac, par exemple, avec une pompe à air ; cette fois, la vue juge de l’endroit de la fuite plus exactement encore que l’odorat. Il va sans dire que, dans ces expériences, les tuyaux doivent être obturés au pied aussi bien qu’à l’orifice supérieur. E. Destination finale des immondices. Les ordures ménagères sont conduites par entreprise hors des villes, où les entrepreneurs les vendent à l’agriculture, à moins qu’ils ne les em- ploient eux-mêmes. Les dépôts de ces ordures sont souvent placés trop près de la ville ou incommodent la banlieue. C’est une question d’hygiène urbaine à reprendre. Les matières excrémentitielles subissent des traitements très divers, sans compter 1 incinération, que 1 on a proposée, mais qui ne sera point pra- tiquée de sitôf. Il ne s agit jamais que d’une transformation, et c’est tou- jours, en définitive, le sol qui est chargé de l’exécuter, d'une façon plus ou moins immédiate. C est lui qui rend à l’atmosphère, aux eaux, à la Végétation et, par suite, aux animaux supérieurs, les éléments de celle ma- tière morte qui peuvent et doivent rentrer dans le cercle vital. On peut en conclure, à priori, que les procédés qui rendront le plus vile ces matériaux au sol seront les meilleurs, pourvu qu’ils ne compromettent pas, d’ailleurs, sur leur passage, les milieux communs. 1. Utilisation immédiate par l'agriculture. Epandage. —Ce procédé est très ancien et très répandu en Chine, en Espagne, dans les Flandres; il con- tenait en germe, assurément, l’irrigation moderne à l’eau d’égout. Il consiste dans le transport direct des matières de fosses fixes ou mo- biles sur les terres destinées à un prochain labour. Quand chacun utilise ainsi ses produits ou qu’un grand nombre de cultivateurs emportent la vidange pour l’employer au fur et à mesure, la ville est débarrassée du souci des dépotoirs. Il n’en est plus de même quand une compagnie de vidanges se fait l’intermédiaire entre les habitants et les cultivateurs. D’ailleurs ceux-ci font eux-mêmes, tout contre l’habitation rurale, un petit dépo- toir qu’ils appellent citerne à engrais et qui ne contribue pas peu à em- puantir l’air de la ferme. On n’y prend point garde dans le Nord, et le Conseil d’hygiène de ce département, réclamant le passage des citernes de la première à la seconde classe des établissements insalubres, fait remar- quer qu’elles « n’ont pas plus d’inconvénients que des fosses d’aisances dont on opérerait souvent la vidange. » Ce qui est exact. L’épandage dépouille beaucoup de ses charmes la campagne qui le su- bit; tant à cause des voyages de la matière que du procédé lui-même par lequel on la projette dans l’air pour l’étaler mieux en surface sur les champs. Ceux des habitants de Lille qui ne sont pas nés dans le pays renoncent à la promenade autour de la cité. Aussi croyons-nous qu’on peut trouver des moyens plus conformes à l’esthétique d’arriver au même résultat. Mais, en soi, on ne voit pas que ces habitudes aient entraîné quelque infériorité particulière dans la santé des gens du Nord, ni qu’elles provoquent des épidémies. 2. Dépotoirs. Fabrique d'engrais. —Lorsque la vidange totale ou partielle d’une ville ou d’un grand établissement est conüée à un entrepreneur, particulier ou compagnie, qu’il s’agisse de fosses fixes ou de fosses mobiles de n’importe quel système, ou même de vidange pneumatique, il faut généralement que l’industriel dispose d’un réservoir d’attente dans lequel il accumule son engrais jusqu’à ce que les demandes des cultivateurs l’en débarrassent moyennant un prix de vente qui constitue les bénéfices espé- rés de l’entreprise. S’il travaille cet engrais et le réduit en poudrette ou en sels ammoniacaux, il lui faut parfois un récipient à mi-chemin de son usine, comme Paris a simultanément le dépotoir de la Villette et la voirie de Bondy. Pour l’hygiène, l’une et l’autre sont des dépotoirs. Ces dépotoirs sont des fléaux publics, comme il est aisé de le soupçon- ner. Bournevillc a raconté lessoucisque cause à la municipalité parisienne, depuis 1872, la voirie de Bondy. La compagnie anglaise Newcomen et Ca- lender s’y est ruinée : on a été obligé d’expulser par ordre de justice (1875) son successeur M. Paltison. L’administration s’est vue mise en situation de ne pouvoir se débarrasser du stock fécal, toujours montant, des bassins de Bondy, qu’en accordant le monopole de la vidange à. la compagnie Lesage, ce qui la livrait au bon plaisir de l’entrepreneur. La Société conces- sionnaire de la voirie (Muller et Bilange) de 1878 ne put remplir les condi- tions de son bail, qui fut résilié en 1880. Une ceinture do petits dépotoirs et d’usines à fabriquer du sulfate d'ammoniaque s’était formée alors autour de Paris, h Bobigny, Aubervilliers, Drancy, Nanterre, Courbevoie, Saint- Denis, Arcueil, Gentilly, Thiais, Maisons-Alfort, etc. Aimé Girard (1881) en comptait vingt-cinq. En 1880, la population parisienne s’aperçut que déci- dément elle était plongée, tous les soirs, dans une atmosphère fétide, faite des émanations de ces usines, et même s’en plaignit. On en supprima quel- qu’une et, pour les autres, la Commission d’assainissement proposa des précautions excellentes, quoique un peu nombreuses, qui eussent rendu inoffensive la fabrication de sulfate d’ammoniaque ; malheureusement elles étaient inacceptables. Un industriel, M. Bilange, travaille depuis 1880 à épuiser le stock de Bondy. Néanmoins, « la voirie de Bondy demeure, dit Bourneville, un dépotoir infect. » Ajoutons que ces usines envoient leurs eaux résiduaires, plus ou moins désinfectées, dans les égouts et que la voirie de Bondy débordante a dû quelquefois écouler la vidange intégrale dans le collecteur départemental, qui se déverse en Seine à Saint-Denis (voy. fig. 176). Lorsque l’engrais est offert aux cultivateurs, ceux-ci s’empressent d’autant moins, naturellement, à venir l’enlever. Dès lors il s’accumule. En 1869, à Manchester, il couvrait d’une couche de 4 à 6 mètres d’épaisseur plusieurs acres de terrain; l’eau qui s’en écoulait, pour être rejetée dans les égouts, ren- fermait 2000 milligrammes par litre de substances solubles et 200 milligrammes de matières en suspension; l’azole de ces matières était uniquement organique ou ammoniacal, sans acide nitrique. A Lancaster (closels à la terre), au dire de Radcliffe, les cultivateurs sur qui on avait compté laissent s’accumuler le produit des tonnes, de telle sorte que le tas devient aussi un dépotoir répandant au loin ses odeurs. Au- tant en est arrivé des tineltes-Goux sortant des camps autour de Paris. Rawlinson dénonçait, à Rochdale, un monceau d’immondices, de 14,000 quintaux; une fabri- que de poudrette, qui y a été montée en 1875, n’arrive pas à l’épuiser. On sait le médiocre succès qu’obtient en Hollande l’engrais Liernur. Les Anglais déclarent que ni la fabrication de la poudrette (Rawlinson), ni même l’utilisation agricole des eaux d’égout (Frankland), ne peuvent couvrir les dépenses par la vente du fumier. 3. Traitement chimique. — Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit du traitement chimique des matières dans les fosses; nous les supposons maintenant véhiculées par l’eau, comme il arrive dans les villes qui envoient exclusivement ou partiellement les immondices à l’égout. De très nombreux procédés ont été essayés ou sont encore h l’étude, en vue de séparer, à l’aide d'agents chimiques, les matières azotées de l’eau qui les charrie; c est-à-dire, dune part, de rendre de l’eau normale au courant des rivières, de 1 autre d’obtenir les matières azotées sous un volume et une forme qui permît leur utilisation agricole. Malheureuse- ment, aucun d’eux n’a paru satisfaisant, même à ne considérer que le fait de l’assainissement des eaux d’égout. Schlœsing et Durand-Claye citent parmi les principaux : la chaux, le sulfate d'alumine, le phosphate d’alumine. le système A. B. C., mélange complexe d’alun, de sang, d’argile (alum, blood, clay), de charbon, de chaux, les dissolutions acides de phosphates naturels (procédé Knab), les sels de magnésie, les chlorure et sulfate de fer, le système Holden (sulfate de fer, chaux et charbon), modifié à Reims par l’emploi de lignites pyriteuses naturelles et l’addition de phosphates de chaux dissous, etc. « Tous ces réactifs plus ou moins complexes peuvent être d’assez bons clarificateurs, mais ils n’exercent sur les matières solu- bles qu’une action très limitée ; celles-ci demeurent dissoutes ; les eaux traitées restent riches en matières putrescibles et ne peuvent être admises dans les rivières. » Frankland, dans le rapport sur la pollution des rivières dans les bassins de la Mersey et de la Ribble, a résumé de la manière sui- vante les très nombreuses analyses auxquelles il s’est livré : RÉACTIFS. QUANTITÉ pour 100 DES MATIÈRES ÉLIMINÉES PAR LES RÉACTIFS. Carbone organique dissous. Azote organique dissous. Matières organiques suspendues. Chaux 23 à 26 10 à 66 60 à 97 Procédé A. B. C 26 à 35 50 à 59 87 à 97 Chaux et chlorure de fer 50 37 99 Sulfate d’alumine 4 48 79 Système Holden 3 à 43 0 too Moyenne 28 37 90 Il conclut à l’exclusion, de tout cours d’eau, de liquides conservant de telles impuretés et restant encore si riches en éléments fermenlescibles, caratérisés par le carbone et l’azote organique. Le système Wicksted (lait de chaux) à Leicesler, qui possédait des appareils mé- caniques perfectionnés pour l’addition et le mélange du lait de chaux, pour l’extrac- lion el le séchage des dépôts, a ruiné ses entrepreneurs en peu de temps, sans avoir trouvé le moyen de verser de l’eau pure à la rivière qui recevail ses liquides soi-disant assainis. Néanmoins l’idée a été reprise en sous-ordre, à Lille, par deux chimistes distingués, Ladureau et Jean de Mollins, comme étant applicable à 1 épu- ration des eaux d’égout de Roubaix-Tourcoing, d’un assainissement très difficile, selon A. Ronna (ces eaux renferment surtout des détritus organiques des indus- tries de la laine). Mais les résultats publiés démontrent suffisamment qu’ils con- sistent bien plus en une clarification qu’en une épuration véritable. Il faut environ 1 kilogramme de chaux par mètre cube d’eau d’égout. J. de Mollins joint à 1 action de la chaux celle du sulfate d’alumine ou même celle de la solulion d’argile, qui ajoutent aux combinaisons calcaires un « collage « très satisfaisant à l’œil. Les eaux ne sont pas moins toujours très azotées et les résidussont assez encombrants, assez pauvres à litre d’engrais, pour qu’il n’y ait guère d’avenir à une application en grand de ces essais d’ailleurs méritoires. Malgré ces résultats et beaucoup d’autres aussi peu encourageants, une com- mission nommée par le préfet du Nord s’est transportée en Angleterre, en 1885, pour y 'voir fonctionner le traitement chimique à Leeds, Rradford, Manchester, Salford, Glasgow, Birmingham. Elle revint convaincue, non pas que le procédé soit efficace, mais que l’on peut obtenir les apparences d’une épuration avec 250 grammes de chaux par mèlre cube d’eau. L’expérience démontra immédiatement qu’il faut à peu prés décupler la dose pour les eaux de l’Espierre (Roubaix). Néanmoins c’est probablement celle méthode, ou une très approchée, qui va être appliquée en grand dans l’usine actuellement en construction pour épurer l’Espierre, confor- mément à la volonté formelle de l’État (Décret du 22 février 1887). L’insuffisance de la chaux a été encore démontrée par les essais faits aux pape- teries d’Essonnes, où l’on ne précipitait que 50 p. 100 de l’azote. Le sulfate d’alumine, employé à Gennevilliers, de 1867 à 1870, par l’ingénieur Le Châtelier, clarifiait, mais n’épurait pas. Il laissait près d’un kilogramme par mètre cube de matières dissoutes et a été abandonné. Bornons-nous à mentionner le procédé Huet et Gaillet (de Lille), par la chaux et le perchlorure de fer; — le désinfectant Suvern, chaux, goudron et chlorure de ma- gnésie; — le désinfectant de Lenk, composé, à l’origine, de sulfate d’alumine avec un peu d’alun de potasse, à quoi l’on ajouta plus tard des chlorures de zinc et de fer et de la soude : le procédé deKnab, par un phosphate de chaux ferrugineux qui se trouve dans les Ardennes; — celui de Fournier et Bilange, au phosphate de chaux; — le procédé de Séguin et de Defosse, qui emploie à peu près tous les réactifs de chacun des autres, au nombre de neuf, et n’en est pas meilleur (Marié- Davy, Bourneville); — enfin les mélanges nouveaux de Donalt, Oppermann, Huhva. Notons, en passant, la prétention des inventeurs d’utiliser pour la fabrication du gaz d’éclairage les produits obtenus des eaux d’égout, après précipitation par leur procédé. Ernest Anthony avait déjà, antérieurement, ouvert la perspective de convertir tous les matériaux de déchet en « engrais carbo-azoté-phosphoré » d’une part, en gaz d'éclairage d’autre part. Et tout n’est pas illusion dans cet ordre d’idées. De Holden, à Croix (près de Roubaix), retire par la concentration des pre- mières eaux de lavage des laines qui ont emporté le suint des toisons, puis par calcination, la potasse qu’elles renferment en grande quantité. En laissant déposer dans un bac les liquides épais qui sortent des manipulations de l’atelier, le préci- pité des matières organiques devient un tourteau d’engrais excellent. Dans les eaux claires décantées, le traitement par l’acide chlorhydrique déplace les acides gras; il se fait un magma contenant les trois quarts des graisses, desquelles on fabrique des savons, de l’acide stéarique pour bougies, de la graisse de voilure. Un dernier pré- cipité des eaux par la chaux donne encore un engrais. Telle est la voie fort ration- nelle que conseille Mille. Le grand épurateur chimique, c’est la chaux. Ni la chaux ni les sels d’alu- mine, de fer, de magnésie, ne précipitent notablement les matières organiques dissoutes dans les eaux, parce qu’il n’y a pas de combinaisons insolubles de ces agents avec l’azote ammoniacal ni avec la potasse. Le professeur Kœnig (de Munster) conteste formellement l’asserlion d’Arnold (de Brunswick), au Congrès des hygiénistes allemands à Breslau, en 1886, que les agents chimiques aient jamais précipité 40 p. 100 du carbone organique et 50 p. 100 de l’azote dissous. Et même, si l’on exagère la propoi lion de chaux, celle-ci dissout une part des matières organiques en suspension et 1 eau en renferme en solution plus après qu’avant. Aussi commence-l-on à ajouter à la chaux (ou à la magnésie) du charbon ou d autres substances qui 1 empêchent d’exercer ce pouvoir dissolvant. L eau épurée par la chaux est limpide tant qu’elle renferme de la chaux en excès. Dès que celle-ci est neutralisée par l’acide carbonique, les bactéries de la putréfaction reparaissent, pullulent et font retourner l’eau à l’état putride. Les recherches de Marckner, Degener, F. Cohn, Weigmann, Kœnig, ont mis le fait en pleine lumière. Telle est l’eau que l’on déclare pure, alors qu’elle contient 30 à 45 milligrammes par litre d’azote organi- que ou ammoniacal, sans compter la chaux libre et les matières minérales de toute espèce. L’épuration chimique n’est donc qu’une « ressource de nécessité », tolé- rable dans de certaines conditions locales, comme la projection aux fleuves. Kœnig conseille avec raison d’épurer avant que les eaux soient envahies par la putréfaction, de ménager la chaux, d’ajouter un sel de fer aux sels terreux employés et surtout d’aérer les eaux, en les étalant en nappes, en les faisant tomber en cascades si l’on dispose d’une certaine pente. 11 a même tenté d’en diviser la masse sur des toiles métalliques, dont les mailles multiplient les contacts de l’eau avec l’air. Selon Pfeiffer (de Wiesbaden), il reste 250,000 bactéries par centimètre cube dans l’eau d’égout après traitement par la chaux. Celte eau, chargée de chaux et quelquefois de fer, est impropre à tous les usages et mortelle aux poissons. Elle ne tarde pas à répandre une mauvaise odeur. Et c’est fort cher. 4. Traitement mécanique ou mécanico-chimique. — Les procédés qui appar- tiennent à cette catégorie opèrent par décantation et par filtration mécani- que. La décantation n’a pas besoin d’être expliquée ; c’est une ressource dont il est très rationnel de se servir. La filtration s’exécute, dans la méthode Punchon, de Brighton, au moyen de cylindres tournant sur leur axe, dans lesquels passe l’eau à purifier; la partie liquide s’échappe par la paroi du cylindre, laquelle est faite d'un tissu poreux, en vertu de la force centrifuge, et la vase s’y comprime par la même force. — Selon le procédé de Walter East, de Kingston, on fait fermenter les eaux-vannes, en y ajoutant au besoin des matières putrides ou de la levûre, comme A. Müller (Berlin) le pratique. Les gaz sont dirigés sur de l’hydrate d’oxyde de fer, pour absorber l’hydrogène sulfuré, et de là dans un foyer. On filtre et le liquide sert à des irrigations. La ville de Francfort-sur-Mein a établi, sur la rive gauche du Mein, à 16 kilomètres de la ville, des bassins de décantation (Klarbecken) très vastes, dans lesquels l’eau est traitée par le sulfate d’alumine et le lait de chaux, puis s’écoule lentement. Les dépôts sont débarrassés de leur eau par des filtres-presses. Un système qui attire l’attention depuis quelques années, parce qu’il fonctionne à Essen avec un certain succès, est celui de Rockner-Ilothe. 11 réunit le traitemeut chimique à une sorte de filtration par aspiration, qui constitue son caractère distinctif. Un cylindre fermé par en haut, ouvert par en bas, d’une hauteur de 7 à 8 mètres et d’un diamètre variable selon les besoins, plonge dans un bassin de 4 à 5 mè- tres de profondeur, par le fond duquel arrive l’eau à purifier. Pour pénétrer dans le cylindre, celle-ci passe par une sorte de diviseur, composé de lames de bois en forme de persiennes, qui opère le mélange des corps étrangers. Une pompe as- pirante fait le vide par le sommet du cylindre; l’eau s’y élève jusqu’à ce qu’elle atteigne un tuyau de trop-plein, qui s’ouvre à environ 1 mètre au-dessous du som- met. Elle s’écoule par celte conduite jusqu’à un bassin latéral dont le niveau su- périeur est un peu au-dessous de celui de l’eau dans le bassin précédent. C’est donc un siphon par lequel l’écoulement continue dès lors, sans qu’il soit nécessaire de faire autre chose que d’enlever à la pompe les gaz qui se dégagent de l’eau dans le cylindre. L’ascension étant très lente, l’eau sale peut précipiter sa vase au fond du bassin, de telle sorte que les nouvelles portions qui passent sont obligées de fil- trer de bas en haut à travers ce dépôL. Les inventeurs attachent beaucoup d’impor- tance à cette filtration, qui serait pourtant un sûr moyen de salir l’eau, si ce n’était fait d’avance. Leur système peut fonctionner avec ou sans traitement chimique ; quand on emploie celui-ci, on peut se borner à des quantités de subslance bien inférieures à celles des autres systèmes. L’eau d’égout d’Essen, après avoir passé par cet appareil, s’est montrée débarrassée des matières organiques en suspension; mais la proportion des matières dissoutes variait peu et, même, semblait quel- quefois augmentée. Mentionnons seulement l’appareil Nahnsen-Müller, remarquable par un mécanisme ingénieux qui brasse le mélange chimique et le verse automa- tiquement au fur et à mesure de l’afflux d’eau-vanne, et le système appliqué à Dortmund (Marx), dans lequel le mouvement de l’eau est de haut en bas. 5. Projection à la mer. — Cette pratique est celle de Londres, Douvres, Brighlon, Portsmouth, Rio-de-Janeiro, Providence, Naples, Barcelone, Marseille, etc. Nice et Cannes l’ont adoptée en principe. Les eaux-vannes de Londres sont conduites par deux émissaires en aval de Londres, à 22kil.5,aux usines de Barking-Creelc (Nord) et de Crossness- Point, dont les machines élèvent le sewage et le déversent à la Tamise au moment où la marée descendante est en état de l’emporter au large. Ces usines occupent une superficie respectivement de 385 et de 263 ares, et dépensent quelque 300,000 francs par an, chacune. Or, il y a là pour 40 millions de francs d’engrais à jamais perdu. L’obli- gation d attendre la marée entraîne des réservoirs énormes et un collec- tionneinent, au moins provisoire, des immondices. Enfin, ce qui est plus grave, la marée montante reprend les immondices flottantes et même la vase et les ramène, bien au dessus des bouches de déversement, jusqu’en ville. Cette action de reflux, dans d’autres villes, étale les immondices le long du rivage, sur une longueur variable. Elle fait fuir les baigneurs des sta- tions balnéaires maritimes, comme les pêcheurs ont déserté l'embouchure de la J amise, où ils laisaient autrefois de riches captures. C. Aird condamne à bon droit le déversement à la mer, et plusieurs cités qui en étaient affligées ont îésolu de changer de méthode. Londres songerait à épurer chimique- ment ses eaux et à transporter à 75 kilomètres au large les gâteaux de vase sortant des filtres-presses, sur un bateau du prix de 400,000 francs. L exploitation coûterait un million de francs par année. Cette solution est désavouée d'avance, par Coriield et Frankland. Quelques ingénieurs ont songé aussi à porter les eaux de Paris à l’Océan (Passedoit, Dubrunfaut, Wazon) ; mais avec la pensée de les laisser en route, comme engrais. Sous cette condition, nous n’y voyons pas d’inconvénient. 6. Déversement aux cours d eau. — De temps immémorial, les habitants des villes ont pris les cours d’eau pour des égouts ou des collecteurs donnés par la nature. Un grand nombre de cités modernes appliquent encore cette méthode et désirent ne pas en changer. Glasgow déverse ses eaux dans la Clyde, New-York dans l’Hudson, Cologne dans le Rhin, Breslau dans 1 Oder, Hambourg dans l’Elbe, Vienne dans le Danube, Genève et Lyon dans le Rhône. 11 n’y a pas longtemps que Francfort s’est mis à épurer ses eaux-vannes avant de les projeter dans le Mein, où l’on voyait les matières stercorales flotler à la surface jusqu’à une grande distance. Munich s’efforce de conserver l’habitude d’envoyer ses eaux à l’Isar. Lille a converti la Deule en collecteur, Reims la Vesle, Roubaix-Tourcoing l’Espierre, comme Barmen-Elberfeld la Wupper. Et, par toute la France, comme dans le monde entier, les petites villes n’en font pas d’autres à l’égard de la rivière qui les traverse. Paris a des égouts, dans les îles, qui se déchargent simple- ment dans la Seine, puisqu’il n’y a pas de collecteur dans cette zone. En outre, les collecteurs versent au fleuve, à Clichy et à Saint-Denis, tout ce qui ne peut se rendre aux champs d’irrigation si restreints de Gennevilliers. Il y a plusieurs excuses à cette coutume, fâcheuse en soi. 1° C’est très commode ; 2° ce n’est pas positivement dangereux quand le volume de l’eau du fleuve assure une dilution extrême et que le débit du cours d’eau pré- vient toute stagnation ; 3° la puissance d'assainissement spontané des eaux courantes est une garantie que les dangers de celte pratique disparaîtront à courte échéance (Voy. p. 152). L’eau d’égout de Breslau (250,000 habitants) serait étendue moyenne- ment dans 148 fois son volume de l’eau de l’Oder; celle de Munich (200,000 habitants) est diluée dans 83 à 144 parties d’eau de l’Isar, d’ailleurs rapide à ce niveau (1 mètre par seconde); l’eau des égouts de. Cologne (150,000 habitants) tombe dans 3,663 fois autant d’eau du Rhin, ce qui met celle-ci au taux de 10 milligrammes d’eau d’égout par litre ! Enfin le Mein, à Francfort, offre aux égouts de la ville à peu près 1,000 fois leur volume d’eau. Certes, Londres n’était pas à comparer avec ces villes lorsqu’elle déversait directement les immondices de 3 à 4 millions d’habitants dans la Tamise, qui débile trois fois et demie moins que le Mein à Francfort. Londres a dû changer sa pratique, mais son exemple ne prouve pas que Cologne doive absolument faire de môme. Celle-ci a un fleuve qui fait passer sous ses murs 82 millions de mètres cubes d’eau par jour; l’autre en voit couler à peine 2 millions. L’Angleterre a fait officiellement rechercher l’étal de la pollution des rivières et les moyens d’y remédier. Une première rivers pollution Commission, composée de de Rawlinson, Harrisson, Way (1863); puis une seconde (1868), qui avait pour membres Denison, Franlcland et Chalmers Morton ; enfin, la commission du local government Board (1878), avec Rawlinson, Clare Sewel Read et Smith, révélèrent une situation véritablement grave et provoquèrent la loi du 13 août : the rivers pollution prévention Act, qui pose formellement l’interdiction de jeter aux cours d’eau les matières solides, les eaux d’égout, les résidus solides et liquides des usines et des mines, et qui charge le local government Board de surveiller l’exé- cution de la loi. Il ne manque pas, en Allemagne, de prescriptions contre la pollution des ri- vières; mais les hygiénistes du pays ont prétendu, avec raison, faire passer par le contrôle scientifique la légitimité de ces lois et leur imposer les distinctions opportunes. En 1876, à Düsseldorf, dans la réunion de l’Association allemande d’hy- giène publique, les ingénieurs Dünkelberg (de Bonn) et Bürkli-Ziegler (de Zu- rich) proposaient à l’assemblée la Thcse suivante : « Le déversemenl direct de l’eau d’égout des villes dans les eaux courantes, que l’égout reçoive ou non la totalité des excréments humains, doit être régulièrement interdit au nom de la santé pu- blique, ou très exceptionnellement admis pour des cours d’eau d’un débit considé- rable. On se réglera d'après le fait que le déversement d’eau impure dans le bassin du fleuve, en se prolongeant, aura fait passer des inconvénients à peine sensibles à l’état de préjudices réels. Dans tous les cas, cette déperdition de l’eau d’égout est le fait d’une mauvaise économie et nuit aux intérêts agricoles aussi bien qu’à ceux de la cité.» Celte thèse fut acceptée, mais avec le correctif d’une seconde qui expri- mait la nécessité de recherches nouvelles sur la nociveté de la souillure fluviale, les conditions et l’étendue dans lesquelles elle s’exercait. La haute administration sanitaire de l'Empire parut n’avoir remarqué que la première de ces proprositions. Dans l’année qui suivit, un avis émané de la dépu- tation scientifique du Ministère médical concluait à l’interdiction du déversement des eaux d’égout dans les fleuves, en visant spécialement Cologne et Francfort-sur-le- Mein, très occupées en ce moment même de compléter leur réseau d’égout et d’y relier toutes les maisons. Cet avis produisit quelque émotion chez les hygiénistes allemands ; les rapports du professeur Baumeister (de Carlsruhe) et du docteur Leni; (de Cologne), à la réunion de Nuremberg en 1877, expriment très nettement le re- gret qu’une pareille consultation ail été donnée sans que l’on ait procédé à l’en- quête que l’Association avait regardée comme nécessaire. Dans l’esprit des rappor- teurs, la souillure des fleuves, même par les eaux d’égout, n’a pas les dangers qu’on lui a supposés un peu à priori. Les poissons eux-mêmes ne courent pas les risques que l’on pourrait croire (voy. p. 167). Pour ce qui est de l’homme, les expériences d’Emmerich prouvent l’innocuité par voie gastrique du poison putride suffisamment dilué; et, quant aux germes morbides, c’est-à-dire quant aux bactéries pathogènes, on n’est pas aussi convaincu, en Allemagne, que quelques-uns en France de leur aptitude à se mul- tiplier dans l’eau fluviale, fût-elle souillée de déjeclions. En somme, il a bien paru, à la réunion des hygiénistes allemands à Breslau, en 1886, que la question n’avait pas fait un pas depuis la réunion de Düsseldorf, puisque l’assemblée adopta la « thèse «'suivante, dont les termes sont assez signi- ficatifs et qui avait été libellée par Becker, maire de Cologne, et Stübben archi- tecte de la ville. 3. L’épuration des eaux urbaines avant leur déversement dans les cours d’eau est tou- jours fi rechercher. Toutefois, dans l’état actuel do la technique et en présence des frais considérables qu entraîne tout système d’épuration, on ne doit imposer cette pratique que dans le cas où des dangers sanitaires sont à redouter, ou lorsque des inconvénients sérieux d une nature quelconque se font sentir, et dans les limites strictement nécessaires pour faire cesser ces dangers. Il y a, parait-il, une commission composée de membres du gouvernement prus- sien et de savants de 1 Office sanitaire allemand, qui doit étudier cette situation au point de vue chimique et bactériologique. ISous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que les cours d'eau du fsoid sont de îidicules filets, comparés à ceux dont il vient d etre question, tout en étant obligés de recevoir les eaux de villes industrielles considé- rables. La Lys ne débite que 4 mètres cubes à l’étiage, la Deule 2 mètres cubes, la Marque 0mc.150 ; tout en recevant des industries du Nord les eaux de condensation des machines, de teinturerie, de dégraissage de laines, etc. L’Escaut est forcé d’admettre, en Belgique, où les riverains protestent, 1 Espierre, prolongement du Triclion, aboutissant infect des égouts de Roubaix-Tourcoing, renfermant par mètre cube 71 grammes d’azote, 135 grammes de sels solubles, 3,300 grammes de matières en suspension (Un décret du gouvernement français a dû intervenir pour imposer l’épu- ration de ce ruisseau abominable et rassurer les Belges). Dans Paris, la Seine reçoit directement 15,000 à 20,000 mètres cubes d’eau des égouts des îles ; sous Paris, un cube que l’ingénieur Mille évalue à 325,000 mètres cubes par jour, renfermant les vidanges diluées de 22,000 tinettes filtres. La plupart des ingénieurs assurent que cette masse repré- sente les deux tiers de la vidange parisienne. Or, la Seine, à ses bas niveaux, peut ne débiter que 45 mètres cubes à la seconde : d’où il suit, au calcul de Gérardin, que l’eau d’égout peut n’y être diluée que dans la proportion de 1 sur 13. Et le fleuve n’y reçoit pas d’affluent important, hors de Paris, avant l’Oise, qui en est encore à 71 kilomètres. Ce n’est aujourd’hui qu’à Mantes (109 kilomètres) que l’eau de Seine reprend à peu près son titre oxymétrique normal, 9 centimètres cubes par litre (Gérardin). La figure 206 indique graphiquement la pollution de la Seine, telle que Durand-Claye la décrivait en 1876. On y remarquera le passage de droite à gauche des vases entre Saint-Denis et Marly. Depuis cette époque, et malgré l’utilisation de 20 millions de mètres cubes d’eau d’égout par an à Gennevilliers, la pollution du fleuve n’a pas diminué, ainsi qu’il a déjà été dit. C’est plutôt le contraire. G. Daremberg décrit comme il suit sa physionomie extérieure entre Asnières et Saint-Denis : « Ce spectacle est révoltant pour la vue et l’odorat... ; les matières solides du collecteur (d’Asnières) vont s’amasser sur la rive droite de la Seine et forment une presqu’île qui obstrue la moitié de son lit. Un peu plus en aval est l’égout des machines destinées à envoyer une faible partie des eaux d’égout à Gennevilliers; un peu plus loin sont encore deux autres bouches de bran- chement d’égout. A ce niveau, le petit bras de la Seine ressemble véritable- ment à une fosse d’aisances. Sur la surface de l’eau noire flotte une mousse blanchâtre, sans cesse remuée par d’énormes bulles de gaz qui ramènent du fond de grosses masses de vases agglomérées... Si l’on descend la Seine, on voit à chaque instant sur le bord des amas de vase ou de matières grasses parsemées de vieux bouchons et de chiens morts. » Quelques mètres plus bas, les eaux des usines, de fabriques, de colle, de produits chi- miques, etc., complètent l’infection et l’encombrement putride. A Saint- Denis, c’est le collecteur départemental. » Nous avons dit antérieurement (page 157) toutes les conséquences graves qui résultent pour l’hygiène de la pollution des fleuves. Si l’on réfléchit que Fig. 206. — La Seine, de Clichy à Bouyival. la Seine alimente d’eau des milliers de riverains en aval et que, d’ailleurs, déjà souillée avant son entrée dans Paris, par des déjections fécales et industrielles, elle abreuve une forte part de la population de la métropole, on ne pourra qu accepter pour elle le sens général de la formule votée par 1 Académie de médecine, sur la proposition de Brouardel, et interdisant la projection de matières fécales humaines dans les eaux de source, de rivière nu de fleuve. 7. hpuration par le sol. — 11 y a deux procédés d épuration par le sol, la filtration et Yirrigation. L’un et l’autre reposent sur les propriétés oxydantes et assainissantes du sol, que nous avons reconnues précédem- ment (page 98). Seulement l’irrigation implique Y utilisation agricole; la filtration ne s’en préoccupe pas d’abord et n’y atteint qu’accessoiremenl. a. La filtration met en jeu, pour une part, l’action mécanique du sol, — que l’irrigation, du reste, utilise aussi et nécessairement; mais elle pousse à ses plus extrêmes limites le parti que l’on peut tirer du rôle des microorganismes nitrificaleurs. On fait absorber le plus grand volume possible d’eaux-vannes à la surface de terrain la moins grande possible. On ne sème ni ne plante rien sur ce terrain, tant qu’il est affecté à la filtration ; ce n’est que plus tard, quand il n’absorbe plus et qu’on l’aban- donne comme filtre, que l’on en obtient des récoltes, naturellement très riches. Le sol doit être préalablement drainé et, d’ailleurs, convenablement choisi. Frankland, qui a inventé le système, appliqué pour la première fois par Bailey-Denton, recommande en première ligne une marne molle, renfermant de l’hydrate d’oxyde de fer et de l’alumine. Un sable demi-fin, en couches sèches, viendrait après. Le sol argileux, peu perméable, ne convient pas; d’autant moins qu’il se crevasse par la sécheresse et pourrait laisser passer l’eau-vanne sans filtration aucune. La couche filtrante doit avoir 2 mètres d’épaisseur environ, et l’eau qui en sort doit pouvoir s’écouler par une pente naturelle vers le cours d’eau voisin — auquel il ne faudra pas emprunter, toutefois, l’eau de boisson. — Robinson a fait remarquer que le sol argileux grillé devient apte à la filtration. Nous croyons même qu’il l’est sans cela, à moins qu’il ne s’agisse d’argile plastique. La filtration doit être intermittente. En Angleterre, dit Knauff (partisan de la méthode, d’ailleurs à peu près inconnue en Allemagne), un certain nombre de villes font absorber leurs eaux-vannes, par filtration intermittente, à un sol drainé à lm,30 ou lm30 de profondeur, à raison d’un hectare pour 2,500 habitants en moyenne Le terrain est divisé en quatre parts dont chacune reçoit l’eau pendant six heures sur vingt-quatre. Les villes citées sont Merthyr-Tydûl (qui paraît, toutefois, être entrée dans la pratique de l’irrigation), Kendal, Abingdon, Forfar (3,300 habitants par hectare; c’est le chiffre maximum); Halslead (GGO habitants par hectare; c’est le chiffre le plus bas),Barnsley, Hitchin, Oalcham,Earlsdon, lladford, Walton, Dewsbury, Withington, Watford. Lorsqu’un terrain est suffisamment imprégné, il n’absorbe plus et on le livre à la culture. Si l’on voulait retarder le moment où l’emmagasinement des matières minérales empêche l’oxydation de nouvelles portions d immon- dices, il faudrait à la filtration, fait remarquer Weigmann, plus de terrain qu’à l’irrigation, puisque la végétation n’aide point à la première; ce qui est le contraire du but. Quant à l’efficacité de la méLhode au point de vue de la pureté de l’eau sortant des drains, Knaulf rapporte une analyse d’après laquelle les eaux des villes anglaises seraient au moins aussi pures que celles qui sortent des champs d’irrigation de Breslau et.de Berlin. Nous ne la reproduirons pas, parce qu’il y manque la comparaison des eaux avant la filtration, d’un côté, l’irrigation de l’autre. A Birmingham, on utilise les eaux-vannes préalablement traitées par l’épuration chimique, à des irrigations par submersion, avec intention de rendement agricole, sur la ferme de Tyburn (500 hectares). On rattache quelquefois à la filtration cette pratique, qui ne lui appartient guères. La conclusion que l’on en tire serait, du reste, peu en faveur de la filtra- tion, puisqu’elle consiste à établir en règle le traitement chimique préalable, c’est-à-dire à doubler les opérations. b. Virrigation, non systématisée toutefois, est une très vieille coutume. En Chine, en Espagne, dans les Flandres, on répand journellement les matières excrémentitielles sur les terres en cultures et même les jardins intra-urbains, par des procédés qui ne sont, d’ailleurs, pas à recommander. Depuis l’époque de la victoire de Legnano (1176), les marcites de Milan (150,000 hab.) reçoivent, parle canal de la Yeltabia, l’intégralité des eaux d’égout de la ville. Ces eaux ruissellent à la surface des marcites, même durant l’hiver et quand les prairies environnantes sont couvertes de neige. L’excédent rejoint la rivière Lambro. On suspend l’arrosage huit jours avant la coupe de l’herbe, qui a lieu six fois par an (Marié-Davy). La ville d’Édimbourg, de temps immémorial, déverse disgracieusement les eaux d’égout de ses quartiers ouest et sud dans le golfe de Forth. Les cultivateurs des fermes de Loch-End et de Craigentinny en ont dérivé ce qu’il leur en fallait pour irriguer une centaine d’hectares, en prairies surtout, sans s’imposer, du reste, de règles spéciales, mais avec un profit certain. Aujourd’hui, l’irrigation est régularisée. Elle a toujours pour but l’utili- sation agricole et comporte les conditions suivantes : 1° Le choix du terrain, qui doit être poreux, en pente légère, avec une nappe souterraine à 2 mètres de profondeur minima. Le sable (Berlin, Danzig, Gennevilliers) est excellent, surtout s’il est un peu ferrugineux (Hoppe-Seyler). Mais des terrains légers d’une autre nature, la craie et même les argiles sablonneuses, se prêtent encore à l’irrigation. Elle est plus lente, mais aussi plus parfaite. 2° La préparation du terrain (Aplirung), qui consiste à uniformiser le niveau et les pentes du sol; à le drainer, à le diviser à l’infini par des rigoles méthodiquement tracées, à 1 entourer de canaux d’évacuation des eaux épurées. En effet, il faut faire pénétrer par le fond et les talus de ces rigoles 1 eau qui fournit à la végétation des légumes et autres plantes analogues. Cependant, on peut traiter les prairies, après la coupe de l’herbe, par la submersion, ou mieux le ruissellement (Rieselfelder). A Berlin, on a môme usé, pendant quelque temps, de grands bassins de retenue {Slaubassins), ou mieux d’absorption, dans lesquels on mettait, pen- dant l’hiver, une certaine épaisseur d’eau qui disparaissait par infiltration dans le sol et par l’évaporation. Cette mauvaise méthode et abandonnée. 3° La proportionnalité de la surface irriguée au chiffre des habitants, qui varie un peu, comme on pense, avec la nature du sol et la richesse de l'eau d’égout. Les quantités d’eau-vanne, que le sol peut épurer, sont de 8 à 10,000 mètres cubes par hectares et par an, dans les sewage-farms anglaises; mais on peut aller plus loin, dans des circonstances favorables; 24,000mo à Danzig, 50,000mo à Gennevilliers, et même, selon Franldand, Schlœsing, Marié-Davy, 100,000mo et davantage. On verse au sol, par hectare et par an, les excrétions de 260 habitants en moyenne dans 4-4 villes anglaises, de 270 h Berlin, 430 à Breslau, 470 à Danzig, 730 à Badford, 870 à Édimbourg, et, si Paris ne dispose que de 2,000 hectares, il devra faire absorber à 1 hectare le produit de 1,000 personnes au moins. 4° L'intermittence de l'irrigation et Yaération du sol. — Nous savons (voy. p. 98 et suiv.) que la transformation des immondices dans le sol est l’œuvre des microorganismes et principalement des organismes nitrifica- teurs, aérobies. Telle est la saison pour laquelle il faut éviter d’intercepter, d’une façon continue ou trop prolongée, l’accès de l’air par le déversement d’eau-vanne et rendre au sol, par le soc et la bêche, la perméabilité à l’air, qui lui est indispensable pour l’existence des microorganismes. A Berlin, il y a douze arrosages par hectare et par an, de 1,119 mètres cubes par hectare chacun. Pour la même raison, l’eau d’égout ne doit pas être concentrée. Le cube d’eau journalier des 17,495 maisons (sur 19,193) de Berlin, actuellement reliées au système radial, est de 112,914mc, c’est-à-dire environ 100 litres par habitant. 5° La culture de plantes appropriées. — Les prairies (de ray-grass prin- cipalement) sont commodes, parce que l’on peut y pratiquer le simple ruissellement cinq ou six fois dans l’année. Mais l’on cultive également bien les céréales, le blé, la betterave, le chanvre, la chicorée, le colza, les arbres fruitiers, comme à Berlin; les fleurs, comme à Danzig; les fleurs et les légumes, comme à Paris. Le terrain est préparé en conséquence, et ce sont les procédés de l’horticulture qui s’accommodent le mieux de la distribution en raies et sillons, si propices à la méthode. La végétation allège d’une façon considérable Vabsorption par le sol. Selon Kœnig et Weigmann, la diminution des matières minérales, dans l’eau sortant des drains, est plus grande dans la saison chaude, avec une végétation vigoureuse, même en un terrain maigre, que sur un terrain riche pendant la saison froide, avec peu de végétation. Il peut mêmey avoir une augmentation des matières dissoutes, à l'époque où la végétation sommeille. Toutefois, l’on a fait la réflexion, autant dire l’objection, que les plantes sont loin d’avoir besoin des éléments minéraux clans la môme proportion qu’ils sont contenus dans les eaux d’égout, lleyden a fait la comparaison suivante entre la consommation des plantes et la constitution des eaux d’égout (en rapportant les éléments à 100 d’azote) : RAPPORTS. AZOTE. ACIDE phosphorique POTASSE. CHAUX. MAGNÉSIE. ACIDE sulfurique. CHLOÜE. Substances nourricières em- pruntées au sol par les plantes 100 48 140 49 22 18 55 Les mêmes éléments dans les eaux d'egout 100 26 45 120 25 30 125 Si donc l’on ne fournit aux plantes des champs irrigués que l’eau néces- saire pour représenter l’azote dont elles ont besoin, elles n’auront pas assez de potasse ni d’acide phosphorique. Qu’au contraire, on couvre le déficit en potasse et en acide phosphorique, il y aura trop d’azote, et l’excès de celui-ci s’en ira en ammoniaque, en nitrates et nitrites, ou encore sous forme d'azote organique combiné. On admettra sans peine que, s’il y a là une perte d’engrais, l’hygiène s’en console, en songeant que les nitrites et nitrates, l’acide phosphorique . et la potasse, qui peuvent se trouver en excès dans l’eau du drainage des champs irrigués, comme l’a démontré A. Müller, ne sont plus des matières toxiques dans l’eau des fleuves, où se dilue l’eau de drainage; encore moins des matières infectieuses. Tous les hygiénistes qui sont allés à Berlin ont bu un verre de l’eau des drains d’Osdorf. Du reste, môme en agriculture, il ne faut pas se fier par trop à la théorie. On se trouve bien, dans les Iiieselfelder de Berlin, d’étendre de la chaux en poudre sur les champs irrigués, alors que l’eau d’égout en a déjà trop. Ajoutons que les racines des plantes aident l’eau à descendre dans la profondeur du sol et que leurs feuilles l’évaporent énergiquement. Effets de l’irrigation. — On a déjà soupçonné le sens de l’épuration qui s’opère dans le sol. Marié-Davy a reconnu que cette épuration ne laisse que 6 grammes d’azote organique sur 2,262 grammes introduits (0,263 p. 100) et 11 grammes d’azote ammoniacal sur 10,397 (0,103 p. 100). A Danzin\ d’après Helm, les matières organiques sont réduites de 19,4 (pour 100,000 parties) à 8,3, et les matières en suspension de 33,6 à 1,4. Le tableau ci-après, de Frankland, compare entre elles les diverses opé- rations d’épuration : Anjfour.n, Hygiène, 2e édit. :>o Ê 1> U R A T I O N. POUR 100 DE MATIÈRES ORGANIQUES l'eau on perd (ou le sol en retient) : POUR 100 de Carbone organique. Azote organique. suspendues l’eau en perd : A. — Par le traitement chimique. Résultat lo plus satisfaisant 50,1 65.8 100 — le plus défavorable 3,4 » 59,6 Moyenne 28,4 36,0 89,6 B. — Par filtration ascendante. Résultat lo plus satisfaisant 50,7 65,5 100 — le plus défavorable 0,6 12.4 100 Moyenne 26,3 43,7 100 C. — Par filtration descendante. Résultat le plus satisfaisant 88,5 97,5 100 — le plus défavorable 32,8 43,7 100 Moyenne 72,8 87,6 100 D. — Par l’irrigation. Résultat lo plus satisfaisant 91,8 97,4 100 — le plus défavorable 42,7 44,1 84,9 Moyenne 68,6 81,7 97,7 En ce qui concerne les résultats de l’irrigation, considérée d’une façon .absolue, nous avons reproduit ailleurs (Revue d'hygiène, 1888) le tableau ci-dessous de Weigmann, qui résume les analyses de Klopsch, à Breslau, et de Salkowsky, à Berlin. ELEMENTS CONSTITUANTS. Résidu après évaporation — calcination Perte au rouge / Ammoniaque libre . ...... , - 1 — albuminoïde.. Azote a l état de Acide nitrique ( — nitreux Azote total Oxygène consommé par les matières organiques Acide sulfurique Chlore Acide phosphorique Potasse ' Soude Chaux Magnésie Oxyde de fer Acide carbonique BRESLAU. EAUX-VANNES. mgr. 1101,5 650,6 510,9 56,6 38,0 94,6 » 67.4 130,7 23,1 60.4 115,6 77.8 21.8 4,33 EAU DES DRAINS. mgr. 561,5 461.4 100,1 3,0 0,8 24.8 1,8 30.5 29,4 80.8 97,3 traces. .15,8 95.6 102,7 19,1 0,90 286.5 BERLIN. BAUX-VANNES. mgr. 850.0 562.4 292.1 77.9 9,4 traces. 87,3 50.9 27,1 167.5 18.5 79.6 142,7 107.5 20,8 KAU DES DnAINS. mgr. 847.9 732.9 109.9 2,9 0,5 28,2 31,6 4,1 81,8 145,6 traces. 21,1 170.1 167,8 21,5 Il est à peine utile de faire remarquer que le caractère capital de ces analyses est la grande richesse en ammoniaque et l’extrême pauvreté en nitrates et nitrites des eaux-vannes, tandis que l’ammoniaque disparaît, au contraire, à. peu près, des eaux de drainage pour être remplacée par une haute proportion de nitrates et de nitrites. Le chlore diminue peu, comme il fallait s’y attendre. Quant à la chaux, elle augmente; d’où il faut conclure à une action de lavage des eaux-vannes sur cel élément du sol. Dans tous les cas, on peut rendre sans crainte les eaux ainsi épurées ü. l’Oder (Breslau), à la Sprée et à la Havel (Berlin), à la Seine. Pour ce qui regarde l’analyse bactériologique, Miquel trouvait 48,000 mi- crobes par litre dans l’eau des drains d’Asnières, moins que dans l’eau de pluie et beaucoup moins que dans l’eau de la Vanne, au bassin do Mont- rouge. R. lvocli obtint 87,000 colonies par centimètre cube de l’eau du canal d’évacuation d’Osdorf, presque trois fois autant que dans l’eau du lac de Rummelsbourg. Mais l'eau-vanne en fournissait 38 milliards avant de passer par les champs d’irrigation. Ûne analyse qui se trouve dans le Rapport du la commission de canalisation de Berlin pour 1886 indique : 3,000 germes par centimètre cube dans l’eau sortant des prairies; de 8,500 à 20,160 dans celle des planches. Nous pouvons joindre à ces considérations, qui relèvent plus étroitement de l’hygiène, celle des produits de l’exploitation agricole des terres consa- crées à l’irrigation. A Danzig, au témoignage de Lissauer, près des quatre cinquièmes sont affermés aux habitants des villages de Heubude et de Weichselmünde, qui en vivent dans l’aisance et la santé. Ce qui se louait 1 franc vaut aujourd’hui 5 fr. 10. Un horticulteur de profession y fait croître des légumes, qu’il vend en ville, et des fleurs, qu’il expédie à Paris et en Amérique, à l’état de fleurs naturelles sèches. Berlin a gardé, sauf 234 hectares affermés, l’exploitation de ces champs d’irrigation. L’adminis- tration municipale possède, sur ces domaines, 229 chevaux, 431 bœufs, 250 vaches, 663 moutons. Elle approvisionne la ville d’un lait excellent. Son froment fait prime sur le marché. Elle a une distillerie à Blankenfelde. Bref, elle fait 4,603,499 francs de recettes sur 7,136,523 francs de dépenses pour tous les services. A ne compter que l’exploitation des champs d’irri- gation eux-mêmes, il y a un bénéfice posiLif, payant 0,25 p. 100 de l’inté- rêt du capital de premier établissement. Même sans en tenir compte, la vidange intégrale de Berlin ne coûte pas plus de 0 fr. 75 par tête et par an (Marggraff). A Breslau, elle revient à 1 fr. 56 (Arnold). La grève de Genne- villiers, qui se louait autrefois de 90 à 150 francs l’hectare, a une valeur locative de 450 à 500 francs et se vend de 10 à 12,000 francs (Bourneville). Le produit brut, obtenu à l’hectare, varie entre 3,000 et 10,000 francs. Quelques personnes, opposées h l’assainissement par le tout à l’égout et l’épuration agricole, affirment de temps en temps que « les légumes pro- duits par ce sol surchargé d’eau infecte sont mauvais au goût et que les tonnages oflerts aux bestiaux ne sont pas nutritifs et sont repoussés par les animaux. » En attendant, les légumes de Gonnevillicrs sont avantageu- sement vendus tant aux halles qu’aux marchés des environs, et ils rempor- tent les premières récompenses aux expositions horticoles de Paris et meme de Seino-ot-Oise, ce département dont les députés dépensent tant d’éloquence contre l’assainissement de Paris, auquel ils ont pourtant quel- que intérêt. Près de 800 vaches sont nourries à l’aide des herbes et des plantes irriguées. D ailleurs le tond de la question se juge par ce fait que, sans 1 engrais humain, 1 agriculture du département du Nord, si im- portante et si développée, tomberait immédiatement à rien, ainsi que la culture maraîchère. Il ne se mange pas un radis, pas une salade, il ne se respire pas une rose dans la région, qui n’ait reçu sa part plus ou moins large de matière fécale. Les fraises obtenues par ce système sont belles, savoureuses et parfumées; malgré le conseil de certains croyants, on ne les fait pas cuire, et les Lillois, qui en mangent beaucoup, n’ont pas trop la fièvre typhoïde. Influence sanitaire de la pratique des irrigations. — Nous venons déjà de toucher à cet ordre d’idées, dans les lignes qui précèdent. L’irrigation est salutaire pour la ville qui en use, puisqu’elle la débarrasse de ses excré- tions et lui rend des aliments de bonne qualité. Les autres aspects regar- dent la santé des habitants voisins des champs d’irrigation et la santé des ouvriers qui y sont employés. a. La santé des habitants du village de Heubude, dit Lissauer (Danzig), s’est notablement élevée depuis qu’on fait des irrigations sur son domaine; la mortalité y est tombée de 4,89 p. 100 à 3,52. On choisit d’ordinaire, pour y déverser les torrents d’eaux sales que vo- missent les égouts des villes, des terrains pauvres, un sable aride et nu, une dune, comme à Danzig, des landes comme à Berlin. Régulièrement l’irrigation transforme en oasis ces terrains désolés. Tous les visiteurs sont frappés, comme nous l’avons été, de l’aspect frais et riant du domaine d’Osdorf, au milieu de cette zone inculte et infertile qui environne Berlin. Aussi les maisons de campagne se pressent-elles autour de ce bouquet de verdure. L’école des Cadets de Lichterfeld borde le domaine d’Osdorf, comme les terres de Craigentinny entourent un asile d’enfants et avoisi- nent des casernes, où l’on se porte tout aussi bien que dans d’autres éta- blissements congénères. Littlejohn lui-même a reconnu que les quartiers d’Édimbourg situés sous le vent de la ferme ne sont pas plus maltraités que les autres parla lièvre typhoïde ou le choléra. A Norvood et à Croydon, la mortalité est tombée au chiffre idéal de 12 p. 1,000 (1880) depuis les irrigations. La population de Gennevilliers est montée de 2,186 habitants, en 1869, à 4,443 (1er janvier 1886). La mortalité, qui était de 32 p. 1,000 en 1865, est devenue 25 p. 1,000 en 1876 et 22 p. 1,000 en 1882. La com- mune n’a pas eu la fièvre typhoïde depuis longtemps; elle a échappé au choléra, en 1884; la fièvre intermittente y est très rare, aussi bien que dans les communes plus éloignées, où l'on n’irrigue pas. Spécialement, on n’y voit jamais de charbon ni de septicémie. b. La ville de Berlin occupe, sur ses champs d’irrigations, les vagabonds ramassés par la police et se déclarant sans ouvrage (on pourrait rendre à Paris un signalé service par le même procédé); on les paye 10 pfennings (Ofr. 125), on les nourrit et on les loge dans des baraques. On y emploie aussi les libérés de prison, au lieu de les envoyer à YArbeithaus. Ceux-ci se marient souvent et restent sur les domaines. En tout, il y a là plus de 1,500 personnes, parmi lesquelles se trouvent des femmes et des enfants. Or, en 1885, cette population ne fournit que 451 malades et 20 décès (soit de 13 à 15 p. 1,000). A Gennevilliers, pendant l’été, il y a toujours sur les champs d’irrigation 1,G00 à 1,700 personnes, qui s’y portent bien. Objections. — 1° On ne peut pas irriguer sur tous les terrains. — G est exact. Cependant, les ressources du sol sont plus grandes qu’on ne le croi- rait à première vue. Les expériences de Jean de Mollins et de divers indus- triels du Nord prouvent que l’on peut irriguer dans ce pays, où la terre est argileuse et où Ladureau déclarait, il y a une dizaine d'années, que l’irri- gation est impossible. 2° Le sol se sature, perd ses propriétés comburantes, et il faut élargir indé- finiment la surface des champs d'irrigation.— C’est une supposition gratuite et dont les procédés scientifiques, basés sur des expériences bien faites, rendront la réalisation impossible. A cet égard, il ne faut pas raisonner rigoureusement d’après l’exemple de Berlin, qui affecte un hectare aux déjections de 270 habitants ; en effet, l’épaisseur de la couche filtrante est faible dans ces terrains, souvent au-dessous de 2 mètres, et il faut y sup- pléer par l’extension en surface. 3° On ne saurait irriguer pendant l'hiver, ni sous les climats brumeux. — Cette objection est aussi malheureuse que possible, en présence des ré- sultats de deux ou trois villes qui n’ont point le climat de la Provence, Danzig, Breslau, Berlin, et qui sont les premières à avoir adopté sur le continent la méthode anglaise. On sait, d’ailleurs, que l’eau d’égout, même en hiver, est à 5 ou 6 degrés au-dessus de zéro et ne gèle que difficilement. Sans doute il est impossible de la faire ruisseler sur les prairies, où elle ferait probablement tort à l’herbe dont les tiges sont gelées; mais elle passe sans inconvénient dans les rigoles et peut même entretenir la végé- tation des légumes sur le dos-d’âne des sillons. On ne s'arrête pas, en hiver, à Danzig, et un canal de dérivation à la Baltique, qu’on avait ouvert en prévision des gelées, n’a jamais servi. Fadejeff et Gregorieff (Moscou) ont montré que l’eau d’égout passe très bien sous la glace dans les rigoles et s’infiltre latéralement et par le fond. Les irrigations ne chôment pas davan- tage à Gennevilliers pendant l’hiver, ni d’ailleurs pendant les pluies. Ce n’est que dans le cas des grandes crues avec trouble que l’on déverse direc- tement les égouts aux fleuves, qui sont torrentueux à ce moment, et n’en sont pas notablement plus salis. 4° Les champs d'irrigation deviendront un vaste réservoir des microbes pathogènes. — Cette objection serait la plus sérieuse de toutes, si elle repo- sait sur autre chose que sur une induction échappée à Pasteur, qui pensa, un jour, pouvoir attribuer au sol le rôle de conservateur des germes, comme il a reconnu qu il 1 est des spores du charbon. L’hypothèse a beau venir de haut, ce n’est qu’une hypothèse qui, heureusement, et malgré l’appui de Chauveau, a tout contre elle : la rapide disparition des germes pathogènes dans le sol, constatée par C. Frankel (voy. p. 84), leur fixation par les surfaces humides et leur destruction régulière par l’eau, la concur- rence des saprophytes, etc., et surtout l’absence de faits desquels on puisse conclure que les champs irrigués soient réellement un réservoir de germes. Pour ce qui est du charbon, c’est justement la maladie que per- sonne ne redoute de voir propager par les eaux d’égout. Brouardel lui- môme déclare que : « Bien qu’il y ait, chaque année, de 10 à 12 cas de charbon atteignant les ouvriers bouchers de Paris, on ne peut pas voir un danger dans la propagation du charbon par les égouts. » Dans tous les cas, ce n’est point cotte maladie, très rarement localisée sur l’intestin, qui peut faire interdire la projection des matières fécales aux égouts. Il faudrait plutôt se préoccuper des cimetières dans lesquels on dépose les cadavres des hommes morts charbonneux. L’irrigation a l’étranger et en France. — Ce sont les lois anglaises sur la pollution des rivières qui poussèrent à l’épuration des eaux urbaines par le sol. La ville de Croydon (17,000 habitants), sur la Wandle, affluent de la Tamise, à quelques milles de Londres, s’était donné, l’une des premières, un système d’égouts rationnels, avec vidange par canalisation, et déversait son sewage à la Wandle. Elle devait naturellement être rendue responsable de la souillure de cette rivière. Après avoir dépensé 24,000 livres en essais d’épuration et 10,000 en procès, Croydon fut contrainte, par décision du vice-chancelier Wood, à exécuter l’irriga- tion agricole. Laterre arrosée confine à Beddington-Park et consiste en 100 hectares d’un sol glaiseux, reposant sur la craie (Freycinet). La surface est avantageuse- ment inclinée vers la Wandle. L’eau d’égout est amenée au point culminant du terrain jusqu’à un réservoir ouvert, où elle subit une épuration sommaire par fil- tration; de là elle s’écoule par des canaux, les uns ouverts, d’autres à jour, sur les champs d’irrigation. Rugby (8,000 habitants), quelques années plus lard, servit de champ d’études à la Commission de 1861 à 1865. Lawes dirigeait lui-même les opérations sur 6 des 180 hectares affectés à l’irrigation (dont 160 appartiennent à M. Wallcer et ont été affermés par M. Campbell). Carlisle (30,000 habitants) fournit les eaux d’égout de 22,000 de ses habitants à une terre de 28 hectares de sable, que le duc de Devon- shire afferme à M. Mac-Dougall. Worlhing, Norwood, Malvern, Tawistock, etc., 65 villes anglaises (Alphand) ont exécuté des travaux analogues. A Merton convergent les eaux d’égout de Beddington, Milcham, Merton, Morton, Wellinton, représentant environ 20,000 habitants. Le cube journalier est de 2,272 mètres cubes, dont les trois quarts arrivent par l’action de la pesanteur et l’autre quart doit être remonté par des machines. A leur arrivée à l’usine, les eaux traversent un filtre grossier, formé de grilles et de charbon concassé, qui retient les matières suspendues les plus grosses ; celles-ci, additionnées de chaux et d huile lourde de houille, sont desséchées au filtre-presse. Les eaux ainsi dégrossies sont amenées sur les champs d’irrigation. En Allemagne, le débit annuel des eaux d’égout de Danzig était évalué par Dün- kelberg, en 1875, à 4,513,736 mètres cubes. Cette ville de 80,000 habitants possède, depuis 1872, un système complet de distribution d’eau et de départ des eaux im- pures avec champs d’irrigation, installés sur des dunes stériles (Heubude), voisines de l’embouchure de la Vistule. Les collecteurs des deux rives aboutissent dans la Kœmpe, île de la Mottlau, où se trouvent les machines élévatoires, qui séparent les matériaux solides et refoulent les eaux impures sur le terrain d'irrigation. L’admistration municipale a concédé pour trente ans 500 hectares de terres im- productives à un entrepreneur qui s’est chargé de tous les frais d’installation. Helm et Lissauer ont montré que l’eau qui sort des dunes est parfaitement pure. La réalisation du système de vidanges à l’égout dans la ville de Berlin, sous la direction de l’ingénieur Hobrecht, a été exposée par Durand-Claye. Chacun des ar- rondissemenls du système radial(\\ y en a sept qui fonctionnent aujourd hui) envoie son collecteur à une usine élévatoire (Pump station), d’où l’eau est refoulée à raison de 20,000 mètres cubes par jour et par usine, dans des conduites métalliques de Om,7o à 1 mètre de diamètre cl de 12 à 20 kilomètres de longueur, jusqu’aux domaines acquis par la ville pour l’irrigation et qui sont : Malchow, Wurtemberg, Falkenberg, Blankenburg, Blankenfelde el Rosenthal, au nord; Osdorf, Friederi- kenhof, Heinersdorf, Teltow et Grossbeeren, au sud. En tout, 3,438 hectares possédés, dont 3,182 hectares irrigués, sur lesquels 3,120 sont drainés. Le cube d’eau est de 41 millions de mètres cubes par an, pour 1,146,92a habitants (sur 1,300,000). Les dépenses de premier établissement s’élèvent à 22,342,000 francs. La distribution des eaux s’opère à l’aide d’un réseau de conduites maîtresses en métal, avec robinets-vannes de distribution, et de conduites en poterie, la plupart à ciel ouvert, fermées par des vannes en bois. Des cheminées verticales de 8 à 10 mètres de haut, placées sur le réseau dans les champs, servent de régulateurs de pression. Les cri- tiques et les résistances n’ont pas manqué à la municipalité berlinoise. En 1883, la commune de Pankow, sur la consultation du docteur Fuhrmann, avait obtenu du gouvernement de Potsdam l’interdiction du déversement des eaux sortant des drains dans laPanke; l'année dernière, le propriétaire du lac de Teltow intentait un procès à l’administration municipale; le professeur Alexandre Muller l’accuse de surcharger d’engrais les eaux des alentours. Néanmoins cette administration fait face à toutes les attaques et poursuit victorieusement sa tâche méritoire. Breslau organise le tout à l’égout depuis 1874 et l’irrigation depuis 1881. La ville possédait le domaine de Ransern (400 hectares); elle a acquis successivement ceux d’Oswilz (300 hectares), puis de Leipe (90 hecl.). A la fin de 188b, 000 hectares adaptés suffisaient à épuiser toutes les eaux-vannes, sans interruption. Il y al3G hec- tares sous-loués. La ville a cédé d’ailleurs son exploitation à une société Aird et Marc (Durand-Claye, Eger). C’est en 1869 que la ville de Paris essaya timidement de répandre sur 5 à 6 hec- tares de mauvais terrain sablonneux, dans la plaine de Gennevilliers, quelque 230,000 mètres cubes d’eau d’égout, avec une installation disposée pour en épurer deux fois autant au sulfate d’alumine. La terre à l’essai fut d’abord cultivée par quelques jardiniers de bonne volonté ; peu à peu, des cultivateurs de la même plaine demandèrent à recevoir une port de cet engrais ; en 1874, l’étendue irriguée était de 11b hectares, mais pouvait être aisément portée à 1,000. Au Ier juin 1878 (Schlœsing et Durand-Claye), elle était de 370 hectares et absorbait 70,000 mètres cubes par jour; en 1882, 320 hectares. L’arrosage consomme environ 90,000m:) d’eau-vanne par jour, 23,000,000 de mètres cubes par an. Mais le cube fourni par les égouls de Paris est de 330,000mJ par jour. Les ingénieurs de la ville ont donc proposé à l’administration municipale d’acquérir de l’État les terrains domaniaux d’Achèves, c’est-à-dire les deux fermes de la Garenne et de Fromainville, 372 hecta- res, plus 427 hectares de tirés dans la forêt de Saint-Germain. Ce n’est pas suffi- sant; mais si l’acceptation de ce projet affirme le principe, il ne sera pas difficile de trouver, soit dans cette direction, soit dans d’autres, de nouveaux terrains d’ir- rigation, qui d’ailleurs pourront être plus à portée des quartiers à desservir. L’in- génieur A. Carnot a démontré que la ville de Paris pourrait trouver des terrains très propices dans trois ou quatre directions différentes et qu’elle a intérêt à ac- quéiii quelques centaines d hectares dans chacune d’elles en vue de l’irrigation. D’ailleurs il est déjà des propriétaires qui ont otTert un millier d’hectares en vue de bénéficier de 1 engrais! C est la meilleure manière d’exécuter le fameux canal qui conduirait les eaux de Paris à la mer. Quoi qu’il en soit, la question est devant le l iirlemenl, et loul lait espérer qu elle sera résolue selon les vœux de l'hygiène; la Chambre des députés a môme adopté le projet de concession du domaine d’Acliê- rès cà la ville do Paris, à titre de champ d’irrigation, eL le Sénat en aurait peut-être bien fait autant, si le Comité consultatif d’hygiène ■publique de France eût été prêt à donner son opinion. Quelques villes de France pratiquent l’épuration agricole de leurs eaux, d’une façon plus ou moins méthodique ; ainsi, Montélimar. Reims exécute, en ce mo* ment, des travaux qui porteront, dans quelques années, ses égouts sur les terrains des Bas-Lieux. Ces eaux, qui transforment actuellement la Vesle en un véritable cloaque (Hoel), seront épurées par irrigation sur un sol crayeux. Hors de là, nous ne connaissons pas de cité française qui ait adopté le système d’assainissement qui, pourtant, réunit les suffrages de la plupart des hygiénistes nos compatriotes. Conclusion. —Les faits acquis, relativement à la perfection de l’épuration des eaux d’égout par l’irrigation, l’innocuité sanitaire de cette pratique, le rendement agricole des champs irrigués, permettent de conclure que la vidange intégrale à l’égout, combinée avec l’épuration de la totalité des eaux d’égout par l’irrigation, est le moyen le plus parfait: l°de débarrasser les habitations de leurs immondices et d’assurer la salubrité de leur atmo- sphère et de leurs eaux; 2° de respecter les droits des riverains en aval des cours d’eau qui ont traversé les villes; 3° de donner satisfaction aux récla- mations, parfois exagérées mais justes au fond, des économistes qui pro- testent contre la déperdition des engrais humains. (Un adulte produit pour environ 10 francs d’engrais par an; aucun système d’éloignement des immondices n’en assure l’utilisation complète; mais la vidange intégrale à l’égout avec irrigation est celui qui en fait perdre le moins.) Assainissement agricole des eaux industrielles. — Cette question dépend naturellement de l'hygiène industrielle; nous ne ferons qu’y toucher ici. L’irrigation est encore le procédé le plus sûr et le moins coûteux d’éviter la souillure des cours d’eau par les eaux des usines, et surtout de celles qui travaillent des matières organiques. On cherchera , selon les cas, ou bien à assurer l'épuration sur une surface restreinte, ou bien à faire pro- fiter de l’engrais une grande surface de terrain, selon les vues déjà exprimées par Würtz en 1S59. MM. Harvie, à Port-Dundas, versent les eaux-vannes d’une distillerie d’alcool sur les terres de la ferme voisine de Parkhouse et réduisent l’azote combiné de 732 grammes par mètre cube à 12 grammes. Dailly et Pluchet, à Trappes (distilleries) ; Hanzem et Gérard, en Belgique (laines); Niekols, à Leeds (tanneries); André, de l’Aisne (rouissage du lin), sont entrés dans la même voie. Les frères Balsan, à Chûteauroux (A. Durand- Claye), dont la fabrique de drap produit 2,000 mètres de drap par jour et désuinte 4 à 5 mille kilogrammes de laine, dirigent leurs 7 mètres cubes journaliers d’eau de désuintage dans une citerne où se déposent d'abord 1,380 litres par jour de matières lourdes; après celte décantation spontanée, l’eau est reçue dans des rigoles qui la conduisent sur des prairies; le dé- pôt lui-même est séché à l’air et étendu ensuite sur les prés. Ces prairies ont une étendue de 23 hectares; Je sol en a été soigneusement nivelé et l’on y a répandu des cendres do houille pour diviser leur sol trop argileux. Elles produisent par hectare 1,000 à 1,200 kilogrammes de plus, depuis ces ameliorations. Dans le département du Nord, l’industrie de la laine infecte l’IIelpe et a fait de l’Espierre le plus sordide do tous les cours d’eau; les distilleries et les raffineries de sucre perdent de réputation divers autres courants, dont quelques-uns ont des rapports sérieux avec l’approvisionnement d’eau de localités importantes. Le Conseil d’hygiène a longtemps lutté en prescrivant l’épuration mécanique et chimique (lait de chaux, décantation) avant le déversement aux rivières. Naturellement, il échouait. Enfin quelques in- dustriels essayèrent l’épuration agricole. On a constaté (L. Faucher), dans ces derniers temps, que quatre fabriques de sucre considérables épurent avec succès leurs eaux; l’une d’elles, qui fournit 1,000 mètres cubes par jour, avec 8 hectares de culture. Dès lors, le Conseil a encouragé les ten- tatives de ce genre, en se bornant à les réglementer, et une distillerie importante, dont les vinasses avaient été accusées d’altérer l’eau de boisson de Lille, vient d’adopter l’épuration agricole de ses eaux résiduaires. C’est donc que l’irrigation n’est pas impossible dans le Nord, et il est permis d’espérer qu’un jour l’Espierre passera parle sol avant de rejoindre l’Escaut. Éloignement «les immondices «les animaux. — Vis-à-vis des animaux que l’on entretient dans les villes, il y a lieu d’appliquer des règles qui ne s’éloignent pas beaucoup de celles qui viennent d’être exprimées pour les humains. A la campagne, en raison des difficultés locales et à la faveur de la libre circulation de l’air, il peut y avoir certaines tolérances. L’écurie doit être drainée, comme la maison, avoir sa conduite spéciale, son puisard ; elle ferait bien d’écouler les liquides à l’égout. Si on les recueille, ce doit être dans un puisard étanche (fosse à purin). Les fumiers, mis à l’écart sur un pavé en pente, à joints exacts, s’égout- teront vers le puisard de cour et, d’ailleurs, seront enlevés le plus tôt pos- sible. Les déposer dans des caisses en tôle, qui sont conduites à la campagne le jour même, est une pratique excellente. Dans les villes qui jouissent d’une bonne canalisation souterraine, l’arro- sage et le balayage exacts des rues font aisément disparaître les excréments abandonnés sur la chaussée par les animaux. Dans les autres, il ne semble y avoir rien de mieux à faire que d’employer des hommes à ramasser le crottin, la boue, dans des brouettes ou des tombereaux; de faire le moins possible de dépôts provisoires de ces immondices, fussent-ils masqués par des bornes creuses, dans l'intérieur de la ville, et, selon le conseil judicieux de Verrine, d’établir en dehors et à distance des villes, sous un vent qui n incommode point la grande route, des fumières à sol pavé, entourées d’arbres qui les dissimulent et retiennent les émanations. Bibliographie. - Waring IG. E.). The sewerage of Memphis (Transact. of Ihe Sani- tary Institute of great lî ri tain, II, 1880). — Siione iJ.). Report on the gravitating Sewerage Scheme (per se: inlented for Stansty etc., wilh Exposai for Sewering the sanie on « Jsaac Shone's bewerage System ». London, 1880. — Clarke (Eliot. C.). The separate System of sewerage (Report of the statc Boarcl of health of Massachusetts. Boston. 1881). — Piiil- brick. 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VIII. — Le vêtement. Le vêtement, chose foncièrement artificielle, n’est pas aussi inévitable à notre espèce que l’air, l’eau, les aliments; quelques tribus, pour lesquelles les âges pré- historiques ne sont pas finis, n’ont pas de vêtements à proprement parler. Mais ce sont celles-là qui nous occupent le moins, et les sociétés civilisées, pour lesquelles l’hygiène veille et travaille, ont fait du vêlement un de leurs besoins, désormais aussi impérieux, ou peu s’en faut, que celui de manger, de boire, de travailler. Un outillage industriel formidable fonctionne à l’heure qu’il est, exclusivement en vue de produire des vêtements; des millions de bras y sont occupés, des capitaux énor- mes y sont mis en œuvre, la préparation du vêlement consomme des quantités prodigieuses de charbon de terre et précipite le moment où la réserve de l’avenir sera épuisée. Voilà donc un objet de consommation de premier ordre, et il serait étrange que 1 hygiène n en eut point souci, tant pour préciser les circonstances dans lesquelles il satisfait à un besoin réel que pour dénoncer le moment où il ne représente qu’un besoin factice. A la vérité, il semble bien, à première vue, que de notre temps l’artificiel et le caprice l’emportent, d’une façon extraordinaire'. But du vêtement. — Le vêtement intervient dans l’une ou l’autre, sou- vent dans plusieurs à la fois, des circonstances suivantes : la calorification du corps; l’ctat d’humidité, d’aération, d’insolation, d’électricité, de l’en- veloppe vivante, la protection de divers organes ou appareils contre les chocs, les frottements, la fatigue. Calorification. — L homme adulte, après avoir fourni à tout le travail que représentent les mouvements organiques, dispose moyennement de 2,700 calories par jour, suivant Ilelmhollz, pour faire face au refroidisse- ment par l’air inspiré qui pénètre dans le poumon, par l’évaporation insen- sible à la surface, par le contact direct de son corps avec l’air qui l’envi- ronne, entin par le rayonnement. On ne peut, évidemment, dire que ce soit trop ni trop peu; si l’une des causes de déperdition vient à être annulée, il y a surcharge pour les autres modes de réfrigération; si, au contraire, l’air de contact est ù. un degré très bas et que l’espace de rayonnement soit considérable, il y a menace que le le calorique disponible devienne insuffisant et qu’une atteinte soit portée au calorique fondamental, telle que les ressources de la fonction de calori- fication ne parviennent pas à la couvrir. Une vieille expérience de Melloni, répétée par Krieger, a montré qu’un cylindre de tôle rempli d’eau chaude perd plus vite sa chaleur quand il est entouré de flanelle que quand il est nu. Il importe de ne pas en conclure à ce qui se passe à. la surface de la peau humaine, qui a des vaisseaux, des nerfs vasomoteurs et enveloppe un appareil producteur de calorique. Il y a quelques années (1884), Richard Geigel, àWürzbourg, comparant la perte de chaleur qu’éprouvait son bras nu avec la même perte supportée par ce bras recouvert d’une sorte de bas de laine, crut reconnaître que les résultats étaient à peu près les mêmes dans un cas que dans l’autre et, par suite, pensa pouvoir conclure que ce n’est pas le besoin d’empêcher sa chaleur propre de se perdre qui a conduit l’homme à user des vêtements, mais le sentiment désagréable de froid que causent à la peau nue le res- serrement des capillaires et le travail des vaso-moteurs, tandis que le sang circule largement dans la peau entretenue chaude et que les fonctions de cette enveloppe s’épanouissent et bénéficient à tout l’organisme. Or, les expériences de Laschkewitsch, de Weiske, de Ch. Richet, sur les animaux à fourrure (ou à toison), que l’on peut comparer à un homme vêtu, ont mis hors de doute la réalité, ou pour mieux dire, la gravité de la perte de chaleur par la peau nue. On sait que les animaux revêtus d'un vernis, ou même d’huile, ne tardent pas à mourir; on les supposait empoi- sonnés par la rétention des matériaux de déchet que la peau doit éliminer. Laschkewitsch a prouvé qu’ils meurent de froid, en montrant qu’ils vivent, si on les enveloppe de ouate par-dessus le vernis, ou si on les entretient dans un local chauffé. Les moutons tondus, tout en mangeant autant que ceux à qui on a laissé leur toison, maigrissent, parce qu’ils emploient à faire de la chaleur la substance qu’il eussent convertie en viande et en graisse (Weiske). Les lapins rasés de Ch. Richet mangeaient beaucoup plus que leurs compagnons non rasés et, néanmoins, subissaient un abaisse- ment de leur température propre et môme mouraient, si on les plaçait dans un milieu froid. D’ailleurs, en déterminant, au moyen du thermomètre de Leslie, l’intensité du rayonnement du lapin rasé et celui d’un autre non rasé, Richet a reconnu que le premier fait dévier le thermomètre de 8°,5, et le second de 4°,5 seulement. Les animaux à qui l’on a sectionné la moelle subissent une dilatation permanente des vaso-moteurs et une perte énorme de chaleur, à laquelle ils succombent rapidement ; Tcheschichin a réussi à les faire vivre en les enveloppant dans la ouate. A. Hiller a relevé ce fait vulgaire que, quand un exercice violent a surexcité la production de calorique, les vêtements l’emmagasinent d’une façon parfois gênante. Aussi A. Schuster reproche-t-il avec raison à Geigel d’avoir conclu trop vite d’ex- périences faites dans une température de 15 à 20 degrés, h laquelle la dé- perdition de calorique par son bras nu pouvait rester insensible. Nous avons remarqué personnellement que les résultats eux-mêmes obtenus par Geigel sont loin de prouver autant qu’il le dit l’inefficacité du vêtement. En effet, ce qui s’observe d’abord, c’est que la déperdition de calorique, pendant les 30 à 40 premières minutes de l’expérience, est plus considérable (jusqu’à une fois et demie) par le bras nu que par le bras cou- vert. Ce n’est qu’au bout de 40 à 50 minutes que l’égalisation se fait. Or, dans les conditions où a lieu cette expérience, il convient de se rappeler que la production de calorique par l’économie peut fort bien se régler de telle sorte qu’on n’aperçoive plus de différence d’un cas à l’autre ; puisque, d’après Winternilz, cette fonction peut déterminer, dans l’émission de chaleur par la peau, des oscillations de 60 p. 100 en plus et de 92 p. 100 en moins, rien qu’au moyen des changements dans la distribution du sang. Pouvoir émissif des vêlements. — Ce pouvoir dépend de la conductibilité des matières vestimentaires ; il s’exerce par rayonnement, mais aussi par contact ou convection, en ce sens que l’air qui passe incessamment à la surface des vêtements leur emprunte de la chaleur. Les premières études sur ce point remontent à Péclet et à Forbes. Les expériences de Coulier (1858), suivies de celles de W. Hammond, de Krie- ger, de Schuster, n’ont pas trop vieilli et méritent d’être rapportées. Un récipient de laiton, mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, est rempli d’eau à une température supérieure à 50 degrés ; on le suspend au moyen de cor- dons de soie dans un air tranquille ; un thermomètre très sensible, fixé au bouchon qui ferme l’appareil et plongeant dans le liquide, permeL de constater les varia- tions de température. L’appareil étant laissé à lui-même, on note exactement le nombre de minutes et de secondes nécessaires pour obtenir une diminution de 5°, en commençant l’expérience à partir d’un point fixe, 40° par exemple. Appliquant ensuite sur le vase des chemises faites des différentes matières en expérience, on note également avec précision le temps nécessaire pour amener avec chacune d’elles la chute thermométrique de 40° à 35°. On a obtenu les chiffres ci-dessous: Expérience de Coulier. Durée du refroidissement Récipient en laiton non recouvert 18'12" !A. Toile de coton pour chemises 11'39" R. Toile de coton pour doublure n'15' C. Toile de chanvre pour doublure t i'2â" D. Drap bleu foncé 14'45” E. Drap garance 14*50’ I1’. Drap bleu-gris pour capote 15'6" Le récipient, qui se refroidit moins vite, nu, que recouvert de n’importe quelle matière, rappelle 1 expérience de Melloni, mais ne prouve rien pour ce qui est de la peau humaine. 11 perd plus de chaleur par contact que par rayonnement; d’autre part, la surface de rayonnement est augmentée par la couvertuie d étoile. Ce qu il faut voir ici, c’est qu’un corps chaud se refroidit plus vite, d’un môme nombre de degrés, lorsqu’il est revêtu de toile que quand il est enveloppé de drap; qu’il se refroidit à peu près de la même façon sous la toile de coton et sous celle de chanvre; moins, mais d’une façon pareille, sous toutes les espèces de draps militaires, sauf un léger avantage en faveur du drap gris des capotes. Dans les expé- riences ultérieures (18G3) de W. Hammond, citées par Morache, et qui ont eu également en vue l'armée, l’avantage de la toile de coton a été plus formel ; peut-être en raison des villosités de cette sorte de toile, favorables au séjour de l’air dans les mailles du tissu, lorsque l’industrie ne fait pas tout son possible pour détruire les propriétés de la matière première. Expérience de Hammond. Récipient de cuivre non recouvert A. Coton pour chemises i „ „„„ i î B- Toile de chanvre pour chemises < C. Flanelle blanche ave 1 D. Drap bleu foncé E. Drap bleu clair Durée du refroidissement de 150° Fahrenheit à 140° (650,5 C. à 60°,0). 15'U" 9'42' 7'24' 12'35" .... 14'5" I3'50' Les expériences de Krieger (1869) ont eu pour but de faire ressortir la conductibilité des étoffes. On a successivement entouré de soie, de flanelle, de drap de laine, simples ou doubles, un cylindre de tôle rempli d’eau chaude. Le cylindre perdait 3 p. 100 moins d’unités de chaleur avec l’enve- loppe de soie double qu’avec la soie simple; 14 p. 100 de moins avec la flanelle double qu’avec la flanelle simple ; 16 à 20 p. 100 de moins avec le drap double. Schuster reproche aux expérimentateurs qui l’ont précédé, et à Krieger en parti- culier, d’avoir négligé, dans ces recherches, un certain nombre d’éléments qui ont compromis l’exactitude des résultats ; spécialement de ne pas s’ètre préoccupés de la nécessité de mélanger, pendant toute la durée de l’expérience, les couches de l’eau chaude du cylindre, plus chaudes en haut, plus froides en bas, eL de ne pas s’être isolés des influences thermiques du local dans lequel l’expérience avait lieu. Il pense s’ètre mis à l’abri de ces causes d’erreur, au moyen d’un appareil de son invention, qui comprend un mélangeur et supprime l’influence des oscillations ther- miques de l’air autour du cylindre, représentant le corps dont on observe le re- froidissement. En outre, il a recouvert d’abord celui-ci d’une peau de chagrin, avant de lui appliquer le revêtement de toile, de coton, etc., en vue de se rappro- cher davantage des conditions qui caractérisent le corps humain. Les réflexions de cet auteur nous ont paru très importantes. Au lieu de chercher le temps que met un corps, revêtu d’une certaine étoffe, à se refroidir d’un nombre déterminé de degrés, Schuster a fixé le nombre de degrés dont se refroidit un même corps dans un même temps. Le tableau ci-dessus résume ses résultats.(l.a température de l’eau dans le cylindre = i0° ; celle du local = 7°) : générale.] LE VÊTEMENT. 790 NATURE DU REVÊTEMENT. TEMPÉRATURE extérieure. MOYENNE. REFROIDISSE- MENT en 40 minutes. OSCILLATIONS maxima. Cylindre nu 5°2—13°9 9»73 10“20 10»0 —10»4 Toile de lin, couche simple 10,6—10,H 10,7 9,80 9,7 — 9,9 Shirting 7,1— 8,2 7,7 9,55 9,4 — 9,65 Tissu de soie 7,0— 7,2 7.1 9,40 9,35— 9,5 Flanelle 8,3— 8,8 8,5 8,33 8,25— 8,45 Toile de lin, couche double 11.2—11,G 11,4 9,40 9,35— 9,45 Shirting 12,9—16,4 14,1 8,93 8,85— 9,0 Tissu de soie 11,3—11,5 HA 9,08 9,0 — 9,1 Flanelle 15,0—16,4 15,7 7,25 7,1 — 7,3 Toile de lin, sept couches 15,4—15,9 15,75 8,37 8,3 — 8,5 Etoffe d’été 4,9- 5,4 5,1 8,83 8,7 — 8,9 Satin 5,3— 6,2 5,7 8,55 8,5 — 8,55 Cheviot 5,0— 5,5 5,3 7,82 7,8 — 7.85 Etoilé d’hiver 5,1— 5,G 5,2 7,45 7,4 — 7,5 Peau de gants glacés 4,8— 5,6 5,1 8,22 8,15— 8,3 Cuir 6,0— 6,2 6,1 8,01 7,95— 8.1 Vêtement normal de Jiiger 7,8— 8,2 7,9 8,65 8,5 — 8,8 Le même, plus épais 7,6— 8,4 7,8 8,15 8,05— 8,2 Drap de soidat bleu-clair 6,6— 7,1 6,9 8,05 7,95— 8,2 Manteau imperméable 8,4— 8,5 8,5 9,7 9,6 — 9,75 Ces résultats diffèrent de ceux de Krieger, mais sont cependant de même sens. Il est difficile, pense Schuster, d’évaluer la part relative de la conducti- bilité et du rayonnement, dans l’émission de chaleur. Krieger plaçait dans la première la raison des différences observées dans le refroidissement, selon la nature de l’étoffe qui recouvrait le cylindre. Mais, à côté de la na- ture de ces substances, il est certain que leur état influence également le pouvoir conducteur; la laine brute n’a pas le même pouvoir que la laine filée et tissée. Si l’on représente par 1 le pouvoir conducteur de l’air, Schuhmeister estime que le pouvoir conducteur du coton doit s’exprimer par 37; celui de la laine par 12; celui de la soie par 11. Péclet et Forbes croyaient que la conductibilité est la même pour toutes ces substances et la même que celle de l’air stagnant. Ils avaient presque raison, dans la première partie de cette formule ; caries recherches modernes tendent à établir qu’il n’y a, en effet, pas de différence essentielle dans la conductibilité des diverses matières vestimentaires, sauf pour les tissus desoie, qui sont un peu meil- leurs conducteurs que les autres. Mais ils portaient bien trop haut la con- ductibilité de l’air (ne pas confondre avec la convection), qui est presque nulle et 90 fois moindre (Stefan) que celle des matières vestimentaires. Au fond, s'il y a, dans la façon dont ces diverses substances empêchent la déperdition de chaleur, des différences qui peuvent aller de 3,9 (la toile de lin) à 32,8 (étoffe d’hiver), la principale cause en est dans ’l'épaisseur naturelle des tissus qui en sont confectionnés. Car, en elles-mêmes, toutes ces substances sont mauvais conducteurs, adiathermanes, et absorbent le calorique. En entourant son cylindre de ouate comprimée, Krieger constatait une déperdition de chaleur de 21 p. 100 plus rapide qu’avec la ouate normale. Le principal changement était que la compression avait diminué l’épais- seur de l’enveloppe et raccourci le chemin que devait suivre le calorique pour gagner l’extérieur. Toutefois, une autre circonstance d’extrôme importance intervient ici : la présence de l'air, corps toujours très mauvais conducteur, et la façon dont il se meut dans les substances vestimentaires ou les tissus. Si l’air qui entoure notre corps était immobile, nous n’aurions pas besoin de vê- lements, puisque c’est le plus mauvais conducteur du calorique qu’on puisse imaginer. Mais cet air est dans un mouvement incessant, quoique ordinairement insensible, et la chaleur môme du corps humain détermine des courants tout autour de lui. Les vêtements donnent à l’air, jusqu’à un certain point, cette fixité qui en fait une enveloppe conservatrice de la cha- leur. Aussi les plus chauds sont-ils les vêtements de laine et les fourrures, qui emprisonnent dans leurs fibres et leurs poils une notable quantité d’air. Schuster fait remarquer, avec une grande sagacité, que les filaments de la laine sont élastiques et empêchent ces tissus de s’aplatir sur la peau ; ils conservent, d’une part, leur épaisseur, d’autre part l’air, qui cir- cule dans leurs mailles. Certains gilets de laine, qui ne sont qu’une sorte de réseau à mailles assez lâches, sont cependant très chauds, portés sur la peau avec une chemise ordinaire par dessus. Si la chemise de lin est froide, c’est parce qu’elle est mince, mais aussi parce qu’elle s’applique sur la peau; la chemise de coton, sans être plus épaisse, est moins froide, parce qu’elle a quelques villosités assez élastiques. L’air présent dans les tissus s’échauffe au contact de la peau et main- tient le tégument dans une atmosphère chaude et agréable. Il n’est pour- tant pas tout à fait immobile ; il se déplace dans tous les sens et fait même des échanges avec l’air extérieur ; mais tout cela se passe avec lenteur et le renouvellement de cet air ne déborde point le pouvoir de l’économie de produire du calorique. C’est dans l’épaisseur du vêtement que s’opère l’é- quilibre de température entre le dehors et le dedans, et non à la surface de la peau. La superposition de plusieurs vêtements élève le pouvoir de retenir la chaleur, tant parce qu’elle augmente l’épaisseur de l’enveloppe que parce qu’il y a une couche d’air entre chaque double des vêtements (Schuster, Krieger, Hiller). Les vêtements flottants, à moins que l’on n’ait des moyens de les ras- sembler sur le corps, ne sont pas chauds, parce qu’ils permettent un re- nouvellement trop rapide de l’air sous-jacent et que, d’ailleurs, ils n’ont pas assez de points de contact avec le corps pour que l’air qu’ils renfer- ment s’échauffe convenablement. 11 y a une considération inverse à examiner, à savoir, la défense contre la chaleur extérieure par les vêtements, ou du moins les chances plus ou moins grandes que peuvent offrir les vêtements de ne pas ajouter de chaleur à celle que notre calorification propre accumule déjà, lorsque nous nous trou- vons dans un milieu fait pour nous en donner plutôt que pour en prendre. Pour comparer le pouvoir absorbant des étoffes, Confier a pris un certain nom- bre de lubes de verre, à parois minces el à diamètre sensiblement uniforme, les a garnis des différentes enveloppes à expertiser et les a exposés, sur un châssis de bois, à l'action des rayons solaires; l’expérience, menée de front pour tous les tubes, a donné les résultats suivants : Thermomètre h l’ombre 27° — au soleil 3G" Différence Tcmpéralurc avec la température du tube. du tube nu. Tube non recouvert d’étoffes 37°,5 » / A. Coton pour chemises... 35°,t —2°,4 113. Coton pour doublure.... 35°,5 —2° C. Chanvre écru 39°,G + 2°,t D. Drap bleu foncé (soldats). 42° -f- 4°,5 E. Drap garance (soldats).. 82° + 4°,3 iuub 1-ecuuveiu uc.. \ F. Drap gris de fer bleuté j pour capote 42°,5 H- 5° I H. Drap garance pour sous- officiers 41°,4 + 3°,9 ( K. Drap bleu foncé pour \ sous-officiers 43° + 5°,5 Il résulte de là que les étoffes de laine et le linge fait de chanvre sont défavora- bles à l’accumulation du calorique lorsque le milieu ambiant est à une tempéra- ture égale ou supérieure à celle du corps, surtout par l’exposition aux rayons so- laires. Les étoffes de coLon sont donc le vrai vêtement des pays chauds pendant tout le temps de l'exposition du corps au soleil. Cette conclusion est renforcée du fait pré- cédemment acquis, que la toile de coton est aussi une de celles qui ont le pouvoir émissif le plus considérable. En superposant du coton au drap, l’absorption est beaucoup moindre qu’avec le drap seul (Coulier). Ce qui a été dit plus haut, des 2,700 calories disponibles chaque jour, fait com- prendre que la température du milieu la plus favorable à l’économie humaine n’est point une température d’un degré égal à celle du corps, mais une température notablement inférieure, qu’on place entre 24° et 30°. Le vêtement le plus réussi, au point de vue qui nous occupe actuellement, est celui qui entretiendra, au contact immédiat de la peau, par un heureux équilibre des pouvoirs émissif et absorbant, une atmosphère présentant à peu près ce degré moyen. Il y a, il est vrai, d’autres conditions à remplir. La puissance d’émission ou d’absorption des étoffes varie d’ailleurs avec la couleur de celles-ci, fait de connaissance vulgaire, que Rumford, Humphry Davy, Stark (d’Edimbourg), ont démontré expérimentalement. Coulier et Bâche ont fait remarquer depuis, que les différences d’absorption selon la couleur ne sont sensibles que pour l’exposition au soleil; nouvelle dis- tinction entre les propriétés de la chaleur lumineuse et celles de la chaleur obscure. Le tableau ci-après reproduit le classement des couleurs sous le rap- port de la puissance absorbante du calorique : Arnould, Hygiène. 2° édit. 51 N»'. FRANKLIN. 1 Noir. o Bleu foncé. :i Bleu tendre. \ Vert. 5 Pourpre. c Rouge. 7 Jaune. S Blanc. DAVY. STABK. LAINE teiute en HOULE DU THERMOMÈTRE teinte en Noir. Noir. Noir. Bleu. » Bleu foncé. >» » Brun. Vert. Vert foncé. Vert. » » Rouge. Ecarlate. Rouge foncé. Jaune. )) Jaune. Blanc. Blanc. Blanc. Réfrigération par le vêlement. — Les vêtements utiles contre le froid, étant ceux qui retiennent de l’air dans l’épaisseur de leur tissu, doivent par cela même admettre la pénétration de l’air extérieur, pourvu que cette pénétration se fasse lentement. La même condition est requise des vêle- ments qui ne doivent pas favoriser l’accumulation du calorique, par les temps chauds. Il faut, en effet, qu’ils livrent passage à l’évaporation cuta- née, le plus puissant moyen de réfrigération physiologique. Il s’ensuit que les vêtements imperméables, à peu près nuis comme pro- tection contre le froid, à cause de leur minceur et de l’absence d’air dans leur tissu, sont pour la même raison un obstacle absolu à la réfrigération par évaporation dans les milieux chauds. Les manteaux en caoutchouc, quoique légers, sont des étouffoirs lorsqu’on y a recours contre les pluies d’été. Les Américains, paraît-il, pendant la guerre de Sécession, avaient donné à leurs soldats une couverture doublée de caoutchouc d’un côté; si la pluie surprenait la colonne en marche, les hommes devaient dérouler sur leur sac et leurs armes cette couverture, en tournant le caoutchouc à l’extérieur; mais, dans cette situation, le vêtement avait la forme d’une chasuble, c’est-à-dire qu’il tombait en avant et en arrière, laissant les côtés ouverts pour l’évaporation. Je doute cependant que son usage n’ait point rendu la marche pénible — à moins que les soldats n’aient préféré laisser ce pardessus, roulé dans ses courroies, attendre le moment de servir exclusivement au repos du bivouac. — Toutefois nous allons parler de vêtements imperméables à l’eau et non à l’air. D’un autre côté, le vêlement assez perméable pour se prêter complètement à l’é- vaporation de la sueur ne saurait faire autrement que de se pénétrer d’eau lui- même. C’est alors à sa surface que se produit l’évaporation ; il se refroidit et re- froidit la peau consécutivement. Or il peut rester mouillé même après que le besoin de réfrigération a cessé d’exister, et, à ce moment, il ne détermine plus sur la peau qu’un refroidissement inutile et dangereux, en supposant que l’évaporation de l’eau contenue dans son tissu se poursuive avec quelque activité. Il y a très peu, en hygiène, de situations simples et invariables; les jours des pays chauds ne sont pas également chauds pendant les 24 heures de la révolution diurne, et en défini- tive, ils ont toujours une période pendant laquelle les rayons solaires agissent directement et une autre pendant laquelle la chaleur est obscure et se dépense par rayonnement terrestre. Or les physiologistes onl démontré que les animaux, après avoir été surchauffés, deviennent singulièrement sensibles à des abaissements peu considérables de température, qui pour d’autres ne seraient certainement pas du refroidissement. Dans notre Algérie, les vêtements de colon, fort agréables dans le jour et au soleil, deviennent froids après le crépuscule, non que la tempe- rature ait baissé beaucoup, mais parce que ces étoffes pénétrées de sueur conti- nuent à évaporer au moment où la peau ralentit son mouvement d’excrétion aqueuse. Les indigènes, de temps immémorial, portent des vêtements de laine; quelques-uns, qui travaillent avec énergie, les Kabyles, n’ont que le haïck et le serouell de coton pendanl la chaleur du jour; mais le burnous de laine est au bout du champ pour être repris dès que le soleil baisse. Les Européens qui n’ont jamais porté de flanelle sont presque toujours obligés de l’adopter lorsqu’ils séjournent en Algérie. Cela ne veut pas dire qu’il en soit de même sous toutes les latitudes chaudes ; il faut, pour chaque localité, observer la climatologie spéciale et son in- fluence sur les modalités physiologiques. Cependant nous avons vu (p. 425) que Maurel déclare la flanelle « le tissu des pays chauds. » Propriétés iiy*jrosc°Pi,iucs «le» vêtements. — Le revêtement artificiel que nous donnons à notre corps peut se trouver en rapport, soit avec l’eau d’excrétion, la sueur, dont il vient d’être parlé, soitavec l’eau météorique, brouillards, pluie, neige. Ce qui a été dit dans le paragraphe précédent a fait voir que, vis-à-vis de la sueur, le vêtement le plus avantageux est celui qui peut absorber l’eau avec quelque facilité, mais ne l’abandonne que lentement. Pour ce qui est de l’eau extérieure, l’idéal semblerait devoir être un vêtement qui l’absorberait lentement, mais la perdrait au contraire avec rapidité; circonstances qui ne se réalisent pas. Pourtant, le rapide assèche- ment des pièces vestimentaires n’est désirable qu’autant qu’on les a quittées pour les mettre à sécher; si l’évaporation de l’eau pluviale a lieu pendant que le vêtement est sur la peau, ce qui est un cas fort ordinaire, sa rapidité ne peut que produire, comme tout à l’heure, un refroidissement énergique et dangereux. Mieux vaut donc un vêtement qui absorbe l’eau lentement, qui ait une capacité hygrométrique assez grande pour en absorber notablement sans être sursaturé, et qui l’abandonne avec lenteur. C’est encore la laine qui répond à ces exigences, comme il ressort des expériences de B. Müller. Coulier a seulement institué des expériences en vue de reconnaître le pouvoir absorbant hygroscopique de différents tissus et n’a pas cherché à comparer la ra- pidité avec laquelle ils arrivent à saturation ou, au contraire, reviennent à siccité après saturation. Mais le point qu’il a étudié est le plus important. Quantité d'eau absorbée par les matières vestimentaires. DÉSIGNATION DES ÉTOFFES. B e K • •b s £ C a " S J s ^ r» tn m a u ^ B 2 2 2 ^ 5“ 00 B tn ffi M .2 S ...s i = - g == £ g O • l_ — -« XT = -*• ^ ■ — »i r* •* <*> V) au «a t- -B A) M 5 cr 3 t— •t*J 9 « CD s t=> M ter. O f— 6T3 O PM CS M f— es as B aa ZZ ta o S “Z £ '•« ■ad ra « o B B =3 «" => T* ta. w t»r tr: o _o H J» on b 0 1 | t- e JC o ® °* r—, Pt Jj O- A. Toile de coton pour chemises.... B. Toile de coton pour doublures... C. Toile de lin pour doublures D. Drap bleu foncé pour soldat E. Drap garance pour soldat F. Drap gris de fer bleuté 0. Drap garance pour sous-officiers. II. Drap bleu foncepoürsous-olficicrs. K. Belle toile de chanvre p. chemises. 7,ns 7.75 11,19 19.75 19,58 20,80 19,52 17,66 9,07 8,50 8,40 12,90 23,12 23,28 21.15 22,85 20,20 11,00 11.40 15.40 19.40 51.40 55.40 52,30' 54,20 47,30 15,75 0,95 0,65 1,71 3,37 3,70 3,35 3.33 2,55 1.33 5,90 7,00 6,50 28,28 32,12 28,15 31,35 27,10 4,75 0,126 0,083 0,153 0,171 0,188 0,101 0,171 0,200 0,112 0,781 0,903 0,580 1,432 1,064 1,102 1,600 1,540 0,490 Pettenkofer a, de môme, reconnu que la toile de lin et la flanelle, plongées dans l’eau, puis pressées dans les mains jusqu à ce qu’il ne s’échappe plus une goutte de liquide, retiennent, pour 1000 parties d’étoffe sèche, le lin 740, la flanelle 913. Mises à évaporer, 1000 parties de lin abandonnent, en 75 minutes, 511 p. d’eau; la laine, seulement 456; dans les 30 minutes qui suivent, le lin ne perd plus que 130, la laine encore 148; dans les 30 autres minutes, le lin perd aisément 44, la laine 115 p. 1000. Voilà une démonstration de la lenteur d’assèchement de la laine et de la rapidité de celle du lin. La soie sèche encore plus vite que la toile de lin (Klas Linroth). L’expérience la plus vulgaire nous fait d’ailleurs connaître que l’absorption par la toile de lin ou de chanvre est rapide, immédiate; dans l’opération banale de se laver les mains ou le visage, tout lemonde sait que l’on ne s’essuie vite et bien qu’a- vec des pièces de celle toile; la toile de coton essuie mal et le drap encore moins. Ceci est, dès maintenant, une indication formelle, respectée à peu près partout, d’appliquer le linge de chanvre ou de lin aux besoins de la toilette, de la table et même de la cuisine, tandis que la toile de coton a toutes les qualités qui convien- nent au linge de corps. Il n’y a pas d’exception notable à faite pour le linge noc- turne ; les gens aisés ont des draps de lit en toile de lin, dont la fraîcheur a quelque agrément en été; mais les draps de coton seraient touL aussi salubres; en hiver, d’ailleurs, nous avons soin de n’entrer dans nos draps que revêtus d’une chemise de nuiten coton et, à bien dire, les draps de lin ne sont que la doublure des cou- vertures de laine à qui nous demandons le service le plus positif, celui de nous conserver la chaleur du corps. D’après Klas Linroth, la température n’influence pas sensiblement l’absorption d’eau par les tissus ; cette absorption dépend du degré de saturation de l’air. Par un temps de brouillard, la quantité d’eau retenue par 1 000 grammes d’éloffe sèche dépasse de 200 grammes le poids de l’eau que ceLte même étoffe retiendrait dans un air d’humidité moyenne (60 à 70 p. 100). Le vent ne diminue pas l’hvgrosco- picité des tissus; la couleur n’a pas d’influence. Quantité cl’eau hygrométrique absorbée à saturation (Klas Linroth). TEMPÉRATURE de l’enceinte. HUMIDITÉ DE L’AIR. 1000 PARTIES EN POIDS ABSORBENT FLANELLE. SOIE. TOILE. COTON. 15°1 27 p. 100 36 30 21 20 12,2 36 — 54 41 30 29 15,2 47 — 65 52 42 36 12,2 54 — 90 63 48 49 12,4 64 — 104 90 59 57 5,2 64 — 115 86 61 60 22,2 64 — 117 103 64 64 13,8 85 — 165 144 96 99 9,2 95 — 218 163 134 135 7,8 98 — 225 193 142 155 18,9 98 — 235 163 133 128 0,9 saturation. 273 271 200 239 Les étoffes absorbent rapidement de 23 à 60 p. 100 de l’eau nécessaire à leur saturation, en 10 minutes par exemple. La saturation a lieu au bout de 2 heures dans une atmosphère d’humidité moyenne (70 p. 100). Au contraire, quand 1 air est très humide, il faut 12 à 15 heures pour que l’étoffe arrive au maximum relatif de saturation dont elle est susceptible dans ces conditions. Dans l’air à 95 centièmes de saturation, la flanelle n’a absorbé au bout des lOpremières minutes que 35 p. 100 de l’eau qu’elle pourra définitivement retenir; 80 p. 100, au bout de 2 heures, et la saturation définitive ne sera obtenue qu’au bout de 6 heures. Les recherches de Klas Linrothle portent à conclure que les étoffes enlèvent moins facilement, toutes choses égales d’ailleurs, l’eau à notre corps qu’à l’air extérieur. Par l’immersion des étoffes dans les solutions de sels acides d’alumine (par exem- ple de l’acétate d’alumine acide à 1 p. 100), d’après Arnold Hiller, on leur commu- nique la propriété d’ètre imperméables à l’eau sans le devenir pour l’air, ou tout au moins sans perdre plus de 3 à 11 p. 100 de leur perméabilité pour ce gaz. Elles ont en outre l’avantage de rester perméables à l’air, même étant mouillées; tandis que, dans les conditions ordinaires, l’humectation diminue beaucoup celle perméabilité. L’imprégnation alumineuse ne détermine évidemment pas une im- perméabilité véritable, à l'eau ni à l’air, et il y a ici un abus de mots; elle diminue simplement l’affinité capillaire du tissu pour l’eau; le tissu ne se mouille plus, voilà tout. Nous hésitons à croire que l’imbibilion à la gélatine, conseillée par Ililler comme complément de l’aluminage, ne diminue pas réellement la perméabilité des étoffes et ne les rapproche pas des vêtements enduits de caoutchouc. Quoi qu’il en soit, en tolérant les étoffes ainsi préparées pour la confection des manteaux, nous pensons qu’il convient de surseoir à leur emploi, sous forme de chemises de laine, dans les vêlements qui reposent à même sur la peau et dont une partie du rôle utile est précisément d’absorber l’eau de la sueur. Quand toute la sécrétion aqueuse de la peau n’est point évaporée, que devient la partie liquide, avec ces tissus qui ne se mouillent pas? Propriété* lu mi ne uses et électriques. — On n’a guère étudié l’influence du vêtement à ce double point de vue, quoiqu’il soit on ne peut plus légitime de soupçonner qu’elle est loin d’être nulle. Il n’y a pas de substances ves- timentaires absolument diaphanes, pas plus qu’il n’y en a de diatherma- nes ; cependant elles sont plus ou moins opaques, et il est à supposer que celles qui laissent passer quelque peu de lumière sont plus avantageuses à la tonicité du tégument que les enveloppes complètement opaques. 11 est vrai que l'opacité est presque corrélative d’un haut degré d’impénétrabilité à l’air; il y a donc une association d’influences. Les matières animales, soie et laine, se chargent aisément d’électricité négative par le frottement; les fils de lin et de chanvre sont bons conduc- teurs de l’électricité. 11 serait étonnant que ces propriétés fussent indiffé- rentes vis-à-vis des phénomènes biologiques chez les êtres qui revêtent leur tégument de larges enveloppes faites de ces substances. Mais, nous le répétons, ce n’est là qu’une induction qu’il reste à traduire en formules. Nous avons dit précédemment l’influence remarquable, au point de vue des propriétés thermiques, de la couleur des vêlements, c’est-à-dire de leur aptitude a réfléchir ou à absorber tout ou partie des rayons du prisme. Les couleurs révèlent des aptitudes d’un ordre analogue sous le rapport d une qualité qui intéresse spécialement l’hygiène militaire : la visibi- lité a distance. Bornons-nous à dire ici que la visibilité à distance des étoffes \estimentaires varie selon la couleur et d’une façon exactement inverse de l’effet produit parcelle-ci sur la puissance d’absorption calorique. Aération «in corps par le vêtement. — L’air est lo milieu naturel de 1 homme ; il ne faut pas que le Vêtement l'isole absolument de l’atmosphère. Nous avons rapproché le vêtement de Y habitation; comme celle-ci, le vête- ment enferme, non les groupes, mais chaque individu dans une atmosphère limitée, immobile relativement, et qui peut arriver au confinement. Il doit y avoir, par le vêtement lui-même, une ventilation naturelle du corps et une ventilation artificielle, méthodique, voulue. La peau respire aussi. La forme flottante des vêtements antiques donnait probablement une grande prédominance à la ventilation naturelle par leur intermédiaire. Les étoffes de ce temps-là, perméables comme les nôtres, conservaient les villo- sités que l’industrie moderne leur enlève si exactement ; elles laissaient passer l’air du dedans au dehors et réciproquement, elles en gardaient une provision dans leurs mailles velues ; les amples plis des robes et des man- teaux, tantôt rassemblés sui le corps, tantôt lâches et flottants, permet- taient à l’air extérieur de venir remplacer d’instant en instant celui qui avait été en contact avec la peau du porteur. De nos jours, tous les vêtements collent au corps ou à peu près; ce ne sont que ligatures, conslrictions et fermetures exactes ; la ventilation naturelle est réduite à son minimum, et les échanges entre l’air du dehors et l’atmosphère confinée, en contact avec la peau, n’a lieu qu’à travers les pores de la matière vestimentaire. Que reste-t-il comme ressource de ventilation ? l’abandon provisoire, une fois par jour, du vêtement diurne, pour en prendre un autre pendant la durée de la nuit, et le changement définitif, plus ou moins fréquent, des pièces de vêtement, spécialement du linge de corps, contre des vêtements fraîche- ment lavés et aérés. C’est une ventilation un peu rare, elle l’est beaucoup dans certaines classes ; mais, au moins, elle est complète. Les anciens ne l’avaient pas ; ils ne connaissaient pas le linge de corps et dormaient pro- bablement dans le même costume qu’ils portaient en plein jour, comme font encore aujourd’hui les ordres religieux, en souvenir des beaux jours de l’an 1000. D’ailleurs, les étoffes ne sont pas simplement perméables à l’air; elles l’absorbent et, par conséquent, aussi les gaz divers qui peuvent être mélangés avec lui. Stark a démontré que la faculté d’absorption pour les particules odorantes se comporte, dans les étoffes colorées, absolument comme l’absorption de la lumière et de la chaleur. De plus, les étoffes de couleur sombre retiennent plus longtemps les odeurs que celles de couleur claire; enfin cette imprégnation par les particules odorantes est plus énergique de la part des Lissus de provenance animale, la soie en tête, que de ceux qui sont fournis parles végétaux. Wunderlich a constaté que la toile de lin teinte en bleu absorbe 56 parties d’ammoniaque, pendant qu’une identique, mais non colorée, n’en prend que 36 ; mais c’est essentiellement la ma- tière même du tissu qui décide du pouvoir absorbant pour le gaz; pendant que la laine absorbe 100 d’ammoniaque, le lin n’en prend que 72, la soie 36 et le coton 15. L’état humide augmente cette propriété de l'absorption gazeuse; l’état rugueux ou velu des surfaces élève à la fois et celte propriété et celle de retenir les molécules odorantes. I^e vêtement appareil «le protection. — Il est des circonstances dans lesquelles on fait bon marché de toutes les propriétés qui viennent d’être indiquées, pour ne chercher dans le revêtement artificiel du corps qu’un moyen de faire échapper celui-ci ou quelqu’une de ses parties à l’action des contacts irritants ou des agents vulnérants. C’est essentiellement le cas de la chaussure etde quelques appareils de guerre, casques et cuirasses, que nous ne ferons que mentionner. Les enveloppes métalliques sont de détestables vêtements; ce qui a été dit plus haut le fait suffisamment comprendre. La cuirasse et surtout le casque, bons conducteurs du calorique, ont certainement prêté à de nom- breux accidents d’insolation, générale ou locale. Mais c’est peut-être une nécessité stratégique, et ce que l’on peut demander, c’est que les organi- sateurs des armées en réduisent les inconvénients au minimum. La chaussure n’est pas foncièrement indispensable ; de nombreuses familles humaines s’en passent ou peu s’en faut. Mais elle est entrée défini- tivement dans les mœurs des peuples civilisés, et il faut la regarder comme une chose dont personne ne se passe plus. Aussi bien est-il nécessaire que les habitants des pays froids enveloppent de quelque isolant les extrémités qui se trouveront en contact avec le sol humide ou glacé,-et que, partout, dans l’existence artificielle du moment, l’homme qui foule le rude pavé des villes, le soldat qui fait de longues étapes sur le silex des routes, et jusqu’au laboureur dont la charrue renouvelle l’âpreté de la surface terrestre, tous arment leur pied d’un revêtement capable d’émousser les heurts contre les aspérités du sol et de rendre la progression plus assurée. La chaussure doit remplir cet office de protection sans compromettre ni entraver les mouve- ments ; c’est le cuir des animaux qui fournit les substances les mieux appro- priées à ce besoin, ainsi que cela sera exposé tout à l’heure. Provenance et préparation îles matières vestimentaires. — Il Semble peu utile de s’arrêter aux substances minérales, qui fournissent le vête- ment-armure et les gilets d’amiante, incombustibles. Matières végétales. Lin, chanvre, jute, coton, phormium, ramie, etc. —Tous les vé- gétaux énumérés dans ce titre possèdent cette propriété commune de fournir des fibres textiles, que l’industrie recueille, dégage du végétal et transforme en ces t issus qui méritent d une façon générale le nom de toiles, encore qu’ils puissent en porter d’autres dans la terminologie commerciale. Les étoffes de lin sont celles dont 1 usage remonte au temps le plus reculé ; on en enveloppail les momies chez les Égyptiens, line paraît pas qu’elles eussent jamais pu devenir, non plus que celles de chanvre, d’un emploi vulgaire, si le génie in- dustriel n avait trouvé les merveilleuses machines qui servent aujourd’hui à filer et à tisser les fibres superposées à la tige de ces deux végétaux. Mais peut-être ce grand mouvement a-t-il dépassé le but et, après avoir mis le linge de corps à la portée de tous, commet il une réelle faute économique en diminuant, par l’abus de la machine et des procédés chimiques, l’étendue des propriétés utiles et la résis- tance de la matière première. Le lin est cultivé sur de vastes espaces dans le département du Nord, en Algé- rie, en Russie et dans 1 Inde; c’est-à-dire que cette plante précieuse a une grande complaisance d acclimatement. Pour le dire en passant, son rendement en graine est en voie d acquérir une importance qui ne le cédera pas à celle de la matière textile. Les cultivateurs du Nord, qui ne peuvent semer plus d’une fois la graine de leur récolte, en achètent à la Russie pour plus d’un million de francs chaque an- née. La graine de lin fournit 1 huile à la céruserie et à la peinture; il reste, après l’extraction de l’huile, un tourteau très estimé. Les fibres lexliles du lin et du chanvre sont incorporées à l’écorce de la lige par une matière gélatineuse dont les débarrasse le rouissage. Cette opération, qui n’est guère moins qu’une putréfaction méthodique, se fait en grand dans la Lys (départe- ment du Nord) et réclame l’attention de l’hygiène à litre de cause spéciale d’allé- ration des cours d’eau. Aussi bien, la questionne parait-elle pas tout à fait éclaircie, autant qu’il résulte du savant travail que Vallin lui a consacré. 11 semblerait, dans tous les cas, regrettable qu’on fût quelque jour obligé d’y substituer des procédés chimiques, analogues à ceux qui opèrent aujourd’hui le blanchiment de la toile avec rapidité, mais non sans compromettre la valeur du tissu. Il vaut mieux chercher les moyens de rendre inoffensif le rouissage à l’eau, si tant est que, pratiqué dans les eaux courantes, il présente des dangers réels. On appelle jute les fibres du liber de plusieurs espèces de Corchorus de l’Inde (Tiliackes). Les filaments en sont très longs (lm,o0 à 3m,50); ils ont un éclat de soie et une couleur blanchâtre passant au brun par l’exposition à l’air; fisse travaillent à l’eau chaude. Le jute ne donne qu’une toile grossière, propre aux emballages et à la confection des sacs. On le mêle cependant quelquefois au chanvre et au lin. Le sulfate d’aniline permet de déceler la fraude; il teint le jute en jaune intense, tandis qu’il ne colore le chanvre qu’en jaune faible et pas du tout le lin. Le Phormium tenax, le Ma et 1 ’Abaca ont peu d’importance dans nos contrées. C'est encore la tige de ces végétaux qui renferme les fibres. Dans le coton, la matière textile est la bourre soyeuse dans laquelle la nature a plongé les graines; d’où. résultent des opérations, notablement différentes de celles qui concernent le lin, pour préparer les fibres à être filées et tissées. La ramie provient d’une plante (Bemaria utilis), que l’on a rangée, peut-être à tort, dans la famille Urticées, et qui se cultive depuis longues années en Chine (China-gras s). La tige est ligneuse et a la grosseur d’un crayon ordinaire. En 1870, un concours fut ouvert en Angleterre pour l'invention d’une machine à décorti- quer la ramie. Malgré plusieurs échecs successifs, on a fini par trouver une décor- tiqueuse satisfaisante. Une Société française existe à Avignon et l’on cultive la ramie dans le département de Vaucluse, en remplacement de la garance disparue. Naguère, il fallait la faire venir de Chine et d’Égypte. Après blanchiment, la fibre de ramie est très blanche et peut être filée. Elle res- semble un peu à la soie et prend bien la teinture. On peut voir, dans la figure 207, les caractères microscopiques de quelques-unes des fibres textiles. Pour rendre cetle énumération complète, mentionnons simplement les tiges de diverses graminées, les fibres des palmiers, de l’osier, dont on fait des chapeaux; la paille, le varech, etc., qui servent à la confection de pièces de literie. Enfin, le caoutchouc, avec lequel on imperméabilise certains vêlements, détestables par cela même qu’ils sont imperméables. Ce qui n’ôte rien aux mérites du caoutchouc, qui rend aux sciences, aux arts et à la chirurgie de si précieux services. Matières animales. Laine, soie, fourrures, cuirs. — On peut faire immédiatement, dans cet ordre de substances, deux classes : celles qui sont employées à l’état de tissus, laine et soie, et celles qui ne se tissent pas, les cuirs. Les fourrures appar- tiennent tantôt à l’une, tantôt à l’autre; quelques-unes passent par un étal spécial : le feutrage, pour remplir l’office qu’on en attend. La laine est le poil des animaux de l’espèce ovine; l’ensemble de ce que peut fournir un individu de celte espèce s’appelle toison et pèse de lkil,50 à 8 kilogram- mes. Les laines des moutons dits de haut pays sont courtes, fines, frisées ; les mé- rinos rentrent dans cette catégorie. Celles des moulons de plat pays sont longues, les poils à courbures moins raides. Une toison renferme de 15 à 7U p. 10U de suint, l’animal ayant été lavé ; 50 à 80 lorsqu’il ne l’est pas. La laine de brebis est blanche ou jaunâtre; chaque poil a une longueur variant de 0m,l à 0m,32, une largeur de 0,014 à 0,06 de millimètre. Vu au microscope, il reproduit les traits de la structure de tous les poils ou cheveux, c esL-à-dire d un ensemble de cônes épithéliaux omboilés les uns dans les autres (fig. 207), avec des traces d’un canal médullaire. Chaque cône inférieur, tronqué, déhorde un peu le cône supérieur; il en résulte une série d’arètes minces, irrégulières, qui expliquent la disposition des poils à se feutrer. La laine qui a élé travaillée, et surloul qui a ete portée, montre moins bien les écailles épithéliales; en revanche, on y voit mieux la substance fibrillaire sous- jacente à l’enveloppe corticale. Les opérations industrielles dont la laine est l’objet se rapportent à deux types Fig. 207. — Mélange de fibres textiles, animales el végétales (Roth et Lex) (*J. essentiels : la préparation des laines pour la fabrication des draps et flanelles (laines cardées), et la préparation de celles dont on fera les étoffes lisses, lénos, mérinos, Orléans etc., (laines peignées). Toutes entraînent des déchets organiques animaux, emportés par les eaux de lavage et dont la disparition (ou mieux l’uti- lisation) est un problème d’hygiène publique qu’il ne faut pas perdre de vue. Heu- reusement il n’est pas insoluble, il est môme en partie résolu. (Voy. p. 775.) Pourquoi ne dirions-nous pas ici que l’industrie, qui ne recule jamais, fabrique avec des chiffons de laine, dont les plus mauvais ont été convertis en engrais (azo- tine), des étoiles que les gens les moins dénués de prétentions achètent avec em- pressement sous le nom de draps-Renaissance (le qualificatif n’est que trop exact)'? Des substances analogues ou supérieures à la laine, en réalité moins intéressantes pour nous, interviennent dans la confection de tissus d’un prix généralement élevé. Ainsi : la laine de Kaschmir, poils des chèvres de celle région de l’Inde; la (*) (*) a, laine neuve ; b, laine qui a été portée ; c, soie j d, lin ; e, coton. laine de vigogne, d’alpaga, le poil de chameau (mohair), le poil de lièvre, de chat, le crin, etc. La soie est, comme on sait, un merveilleux produit de sécrétion dans lequel s’en- veloppent la larve du Bombyx du mûrier et celle de quelques autres bombyx, pour y passer, princièrement couchées, le temps qui les sépare du moment où elles se réveilleront animal complet. Deux fils d’une finesse inouïe sortent de la bouche du vei et s agglutinent aussitôt en un brin unique, soyeux et d’une extraordinaire ré- sistance. Quand le cocon esta poinl, on étouffe la chenille, qui ne l’a filé que pour elle et le couperait à l’heure de sa métamorphose. Les brins de soie mesurent de 9 à 21 millièmes de millimètre d’épaisseur. Sous le microscope, ils apparaissent comme des tubes homogènes, cylindriques, transparents, à con- tours très nets. Dans la soie qui a été mise en usage, on peut remarquer une scissure dans l’axe du fil ; c'est un commencement de destruc- tion (fig. 208). Le travail des cocons et la fabrication des étoffes de soie sont une grande industrie fran- çaise, un instant compromise par « la maladie des vers à soie », la fâcherie et la pébrine, dont Pasteur a indiqué le remède. Mais si, par pa- triotisme, nous nous intéressons grandement à la soie, l’hygiène prend beaucoup moins de part à nos préoccupations. Les tissus de soie sont- ils des vêlements? En vérité, non. Ce sont des emblèmes de luxe, officiels ou privés, sous les- quels se place le vrai vêtement, le vêtement en rapport avec les fonctions physiologiques, celui-là n’intéressant que des fonctions publiques et sociales. Les matières vestimentaires qui ne se tissent pas comprennent essentiellement: les peaux d’animaux avec la fourrure, les plumes, le cuir. Les peaux d’animaux à fourrures sont d’excellents moyens de conservation du calorique, par ce fait que les poils drus et longs, renferment le meilleur de tous les isolants, l’air. Les plumes sont absolument dans le même cas et remplissent cet office d’autant mieux qu’elles sont plus déliées, plus duvetées, exemptes départies dures qui auraient quelque pouvoir conducteur et rendraient la division de l’air moins parfaite. Les explorateurs des régions polaires ont fait l’expérience que le duvet de l’eider est supérieur à la fourrure du buffle et de l’ours blanc (Parry, Peyer), en ce qu’il est infiniment plus léger et peut se porler en été comme en hiver; les fourrures ne sont indispensables que pour le repos nocturne, par des froids de 30 à 40 degrés au-dessous de zéro. Les matelots de Parry se trouvèrent bien de por- ter leurs vêtements de peau le poil en dedans; cette pratique peut donner immé- diatement un résultat agréable, mais le poil en contact avec le corps se pénètre d’humidité, qui en annule les bons effets et, lorsqu’on vient à remettre le côté velu en dehors, de petits glaçons se forment aux extrémités des poils. Les Lapons et les Kamtschadales portent leurs fourrures constamment le poil en dehors; quelques Esquimaux ont deux peaux, l’une avec le poil en dehors, l’autre, en contact avec le corps et le poil en dedans. L’humidité nuit beaucoup aux fourrures; elle fait tomber le poil des peaux de rennes et raidit le cuir de toutes. C’est pour cela que le capitaine Nares, dans son expédition de 1873, préféra munir son équipage dé- paisses couvertures de laine. Fig. 208. — Brins de soie, 300 X 1 (Roth et Lex). Dans nos pays tempérés, les vêtements de fourrures sont un luxe agréable et que les riches peuvent seuls se permettre. On reconnaîtra, au moins, qu’ils rendent de réels services contre le refroidissement des extrémités. Les peaux à fourrures sont l’objet de préparations qui se rapprochent de l’art du tanneur et qui ont pour but de les rendre incorruptibles et inattaquables aux parasites. Les poils d’un certain nombre de rongeurs, autrefois le castor, aujourd’hui le lapin, fournissent l’aliment de la vaste industrie des chapeaux de feutre, non moins intéressante au sujet des ouvriers qu’elle emploie qu’en ce qui concerne les con- sommateurs. Nous avons dit la raison pour laquelle les poils des animaux sont dis- posés à se prêter au feutrage. Le cuir est la partie la plus dense du derme des animaux, dépouillée de son épi- derme et des fibres lâches sous-jacentes, condensée par des opérations mécaniques et rendue imputrescible par sa combinaison avec l’acide lannique. C’est essentiel- lement la peau des ruminants qui est affectée à ces manipulations, en vue de four- nir le vêtement des extrémités inférieures, la chaussure. Les cuirs de vache et de veau servent à fabriquer Ycmpeigne; la peau du bœuf et celle du taureau sont des- tinées aux semelles. Les prairies américaines envoient en Europe des cargaisons de peaux; les animaux n’ont été abattus à peu près que pour leur cuir. La préparation des cuirs, le tannage, est une opération longue et délicate, qui appellerait l’attention de l’hygiène rien que parce qu’elle s’exerce sur des matières animales, mais qui mérite encore d’être suivie en ce que, des soins avec lesquels elle s'accomplit, dépendent la résistance, l’imperméabilité, la souplesse des chaus- sures, auxquelles on demande précisément et tout d’abord toutes ces qualités. Le point capital est que les mailles du derme soient également et profondément pé- nétrées de tan. Le tan est une poudre obtenue avec l’écorce des chênes de douze à quinze ans; les diverses espèces de chêne en fournissent; on peut également employer l’écorce du bouleau, de l’aune, du châtaignier, du sapin et une infinité d’autres substances végétales, riches en acides lannique et gallique. Convenablement nettoyées et ramollies, les peaux sont mises à gonfler dans un bain d’eau de chaux, ou d’eau étendue d’acide sulfurique, ou mieux dans la jusée, liquide acidulé qu’on obtient par la fermenlation de la farine d’orge. Quand cette préparation a donné le résultat voulu, on enfosse les peaux. Les fosses ont plusieurs mètres de profondeur; sur le fond de chacune, on étend une couche de tan de 30 centimètres d’épaisseur; sur cette couche, on déploie une première peau, qui est saupoudrée de 6 à 8 centimètres de tan; puis une seconde et ainsi de suite, en alternant les stratifications de peaux et de tan. On termine par une couche de poudre de 30 centimètres. Le tout esL recouvert de planches, que des pierres suffi- samment lourdes compriment, et l’on y coule l’eau nécessaire. Il faut 150 kilo- grammes de tan pour 40 kilogrammes de peau. Autrefois, l’en tassage durait deux à trois ans. Pressés par la concurrence et aidés des agents chimiques, les industriels en ont considérablement abrégé la durée, au détriment des qualités de leurs pro- duits. Le tannage à la jusée ne dure actuellement pas plus de huit à dix mois; encore le trouve-t-on trop long, et les chimistes vantent-ils délibérément des pro- cèdes bien plus expéditifs. En voici un que Joltrain a proposé à la Société’ française d'hjgiène de la part de Ch. Pavesi, de Morlara : Perchlorure do fer.. Eau Chlorure de sodium 10 parties. 100 — On verse la solution dans des cuves de hois, que l’on remplit de peaux convenable- ment préparées et que l’on soumet à une température de la à 20 degrés pendant quelques semaines. Après ce temps, on relire les peaux, on les sèche, et le reste des opérations se poursuit comme d’habitude. Il faut se garder de rien condamner a priori; mais voilà, certes, une méthode de laquelle il est prudent d’exiger des preuves. Teinture des étoffes. — Toutes les substances textiles, mais surtout le coton, la laine et la soie, sont appelées, dans l'industrie, à recevoir l’addition d’une matière colorante, soit sur la matière première ou plutôt sur les fils, soiL sur les tissus déjà confectionnés. Le premier mode est la teinture par immersion; le second emploie tantôt l’immersion, tantôt Y impression. Ces opérations appartiennent à l’hygiène industrielle par les conditions de salubrité du travail, et à l’hygiène vestimentaire en général parce fait qu’un très grand nombre de matières colorantes, bien accep- tées par l’industrie, sont des agents toxiques dont le contact avec la peau humaine soulève de justes appréhensions : ainsi les couleurs d'aniline. Il est fort probable qu’une seule substance et toujours la même est le vrai cou- pable dans tous les accidents d’empoisonnement de provenance vestimentaire qui ont été signalés, à savoir, Y arsenic. Autrefois c’étaient le vert arsenical de Schweinfurth et l’arséniate d’alumine (violet, jaune ou rouge-brun), qui étaient en cause; l’arsenic y entrait ouvertement; on pouvait trouver plus de 2 grammes cl’acide arsénieux dans un mètre de certaines étoffes, particulièrement dans ces fa- meux voiles verts, très à la mode chez nos grand’mères. Aujourd’hui, ce sont les couleurs d’aniline, la fuchsine notamment, et la coralline, obtenue en traitant l’acide rosolique par l’ammoniaque. Non pas que la fuchsine, peut-être, soit toxique par elle-même; mais on oblienl la rosaniline, dont ces matières colorantes sont des sels, en traitant l’aniline par des oxydants, parmi lesquels deux sont aussi dangereux que fréquemment employés: le nitrate de mercure et Yacide arsénique. De telle sorte qu’il est rare que la fuchsine ne renferme pas plus ou moins de substance vénéneuse. Les observations de Viaud-Grandmarais et de Richardson ont montré que l’application sur la peau de vêtements teints avec cette matière déter- mine des éruptions vésiculeuses locales et des symptômes généraux. De même pour la corallinéf que Tardieu a dénoncée le premier, en 1869; celte substance, pure, est vraisemblablement inoffensive, mais on se sert pour l’appliquer d’un mor- dant qui est encore un sel arsenical. L’hygiène (plus que l’industrie) cherche une couleur végétale qui puisse fournir sans danger les nuances vertes, bleues, rouges, violettes, habituellement obtenues par le vert de Schweinfurth, le cobalt de Hongrie, l’aniline. Collineau et Savigny pensent avoir trouvé cette substance dans la cauline, qui provient de végétaux indigènes d’une culture facile, d’extraction très simple, s’unissant à l’acide picrique comme l’indigo. Ils la proposent pour les étoffes et les papiers peints. Formes et adaptations du. 'vêtement. — La considération, qui prime toutes celles dont le sujet actuel est susceptible, est qu’il ne saurait y avoir de règles invariables en pareille matière, môme sans sortir des exigences physiologiques. En effet, le climat, les ressources du pays, les habitudes nationales, imposent des formes de vêtement dont l’origine remonte à quelque fait de première importance et qu’il serait dangereux de mécon- naître..Môme dans nos pays tempérés, le vêtement d’été et le vêtement d’hiver ne se ressemblent pas, et à juste titre; les citadins et les paysans adoptent, d’instinct, des étoffes et des modes différentes, appropriées à leurs besoins respectifs. générale.J L’hygiône a pourtant toujours le droit de demander que le vêtement, masculin ou féminin, ne comporte pas de ligatures ni de constrictions, locali- sées ou étendues, compromettant la circulation sanguine, limitant les mouvements et capables de devenir des causes de déformation. Les chemi- siers, les tailleurs, les couturières, qui nous étranglent à l’encolure, aux entournures, à la ceinture, sont de réels coupables; il devrait y avoir des punitions légales contre les cordonniers qui, dès l’enfance, déforment les pieds de leurs clients. Il y aura peut-être quelque jour une administration militaire décidée à réaliser le vœu des hygiénistes de tous pays, en donnant aux soldats un uniforme qui satisfasse à la fois la liberté des mouvements, le jeu des appareils organiques et cette régularité d’altitudes, qui est né- cessaire chez les soldats, mais semble pouvoir être obtenue sans les étran- gler. On a beaucoup progressé, sous ce rapport, et supprimé bien des accessoires inutiles ou gênants, dont chacun, d’ailleurs, se débarrassait vite en campagne, comme les médecins de l’armée s’empressent de rentrer au fond de leurs cantines les ornements qui n’aident point à panser les blessés ni à ausculter les malades. Les costumes sont un reste de barbarie. Il fut un temps, dans l’enfance de l’humanité, où le mâle de notre espèce se bariolait à l’instar du mâle des oiseaux à l’époque des amours; avec le pro- grès, cette mise en scène de coquetterie a passé de l’homme à la femme. A quel propos conserver l’uniforme du soldat, la robe du prêtre, du magis- trat, du professeur? C’est de la fatuité de sauvage. «On y renoncera, dit Letourneau (Charles), comme on a renoncé à se perforer le nez et à se dé- former le crâne. » tl y aurait bien encore les droits de l’esthétique à faire valoir, et l’hygiène se désintéresse bien moins qu’on ne croirait du culte du beau. Mais notre génération très occupée et très utilitaire se soucie assez peu d’entretenir la production des œuvres de goût, môme dans les choses dont on se sert tous les jours; les beaux- arts ont bien assez d’habiter les musées et d’apparaître dans les salons, les jours de réception: on ne sort pas avec cela. 11 faut reconnaître, d’ailleurs, que la femme, à qui échoit naturellement la garde de l’art dans le costume, puisque c’est un auxiliaire de la beauté, est tombée de nos jours au dernier degré de Tesclavage des couturières et des modistes, dont le principal talent est de faire excentrique et cher. A vrai dire, on ne crée une œuvre de goût que pour les cas particuliers; la mode actuelle, qui habille toutes les femmes de la même manière, est certaine d’être grotesque de temps en temps. Naguère, les robes collantes, où triomphaient de belles audacieuses, humiliaient les formes plates ou rebondies à l’excès - au- jourd’hui, les robes sont surchargées de tant d’artifices, qu’on se demande si la réalité existe encore. L industrie s’associe avec un entrain parfait à tous ces essais risqués, à ces chan- gements rapides, qui sont le caractère moderne du luxe; elle foule, brise, rase, tant qu’elle peut, avec des machines merveilleuses, la matière première des vêle- ments, et l’on peut compter que les étoffes ne procureront plus aux porteurs l’ennui de durer trop longtemps. Le costume masculin, pour le moins insignifiant, semblerait avoir l’avantage d être désoimais fixé à 1 habit noir, à la redingote, au paletot; mais ne pouvant plus changer les noms, les tailleurs varient la coupe et, pour leur intérêt, cela re- vient au même, sans que le costume y gagne rien. Au moins ces pièces de vêle- ment ne sont-elles pas positivement incommodes, quand la confection en est soi- gnée, et comprennent-elles, malgré la monotonie des couleurs, certains appareils capables de rendre de bons services. On trouve encore, dans quelques recoins de la France, des vestiges d’un costume national, plus particulièrement conservé dans la partie féminine de la population, parce qu’il fait admirablement le compte de la coquetterie. Malheureusement, à cet égard du moins et peut-être à quelques autres, le peuple français s’homogénise avec une grande intensité; les campagnes vont aux villes et les villes aux capi- tales; dans peu de temps, les dernières traces de la vie locale s’effaceront, tout le monde se ressemblera et ce sera fait du pittoresque du costume. Vêtement de la tête. — C’est un des vêtements les moins indispensables, puisque le crâne est naturellement protégé par les cheveux. Toutefois, le chapeau à bords larges a sa raison d’être dans les saisons et les pays de soleil, parce qu’il ombrage en même temps la face ; comme les bonnets de fourrure sont de mise dans les hivers des pays circumpolaires, attendu qu’ils préservent les oreilles, la nuque, les joues, parties découvertes, tout autant que le crâne. La coiffure doit, dans tous les cas, être légère et per- méable à l’air ; un engin lourd et dur exerce des compressions fâcheuses; un chapeau imperméable retient la sueur au contact des cheveux, les ma- cère et en détermine la chute. La plupart des musulmans, et en particulier les Arabes d’Algérie portent le fez, ou calotte d’étoffe épaisse, doublée quel- quefois à l’intérieur d’une calotte de linge ; cette coiffure est peu perméable, elle ne l’est même plus à la longue, car le fez se transmet de père en fils; mais les musulmans ont la tête rasée. Cela ne parait pas être une coutume à emprunter aux indigènes, non plus que bien d’autres, également malpro- pres. Le casque en liège des colonies, très léger, protège bien la face et la nuque. Nos chapeaux de feutre sont trop peu perméables; ils rachètent en partie ce défaut par la forme haute, qui permet de conserver une atmosphère intérieure, au-dessus du cuir chevelu ; sans cet avantage, la forme de nos chapeaux de cérémonie serait complètement ridicule. On pratique de petites ventouses d’aération sur le fond et les côtés des chapeaux moins élevés, à calotte hémisphérique. A l’intérieur des habitations, à moins de calvitie (et encore), toute coiffure est superflue. La coiffure des femmes est plutôt une parure, un prétexte à fleurs et à rubans, d’après la richesse desquels on peut juger du degré de la hiérarchie sociale à laquelle appartient (légitimement ou non) la personne qui les porte. On s’aperçoit de reste que ce n’est pas pour se couvrir la tête que les femmes portent des chapeaux. En fait, sauf sous les climats extrêmes, elles n’en ont guère besoin. Les paysannes lor- raines, qui travaillent beaucoup aux champs, se couvrent la tête et la face d’une sorte de capuchon en calicot, dans les moments de grand soleil; il est évident que cette protection se rapporte plus aux yeux et au visage, y compris le cou, qu’au crâne lui-même. C’est, néanmoins, une saine pratique, aussi bien que celle, dans les mêmes circonstances, du chapeau de paille à larges bords, léger et ombrageant le visage et la nuque, sorte d’ombrelle que l’on n’est pas obligé de tenir à la main. A de rares exceptions près et d’une façon transitoire, le cou n’a pas plus besoin de vêtement que la face ; les habitudes féminines le prouvent bien. Il gagne à être nu, pour assurer la liberté de la circulation des gros vaisseaux, et l’expérience a démontré que les personnes qui usent le plus du cache-nez et du boa sont les plus sujettes aux laryngites et aux angines. Par les froids intenses, il ne faut pas dépasser le foulard léger, porté uniquement au dehors. Vêtements du tronc et des membres. — Dans nos habitudes, la pièce immé- diatement en contact avec la peau est la chemise. Sous le rapport de la forme, la chemise doit être dans la règle générale de ne pas faire de constriclion nulle part, spécialement à la base du cou. Au point de vue de la matière, elle est faite de lin (ou chanvre), de coton ou de flanelle. Ce qui a été dit précé- demment permet de discerner les cas dans lesquels telle substance convient plus qu'une autre ; rappelons seulement que la sécurité du colon et surtout de la flanelle repose essentiellement sur leur pouvoir absorbant pour l’eau, et que, loin d’adapter la flanelle aux besoins de la calorification, il faut au contraire la regarder comme propice aux pays chauds, dans lesquels les sueqrs abondantes sont inévitables. Dans nos pays tempérés, la flanelle n’est qu’une concession aux organismes délicats; l’éducation à l’eau froide lui est supérieure. En Allemagne, Gustave Jiiger s’est fait l’apôtre du vêtement de laine exclusif, du règne de la laine, comme dit P. Borner, et a proposé des modèles non moins excentriques que son système. 11 ne semble pas qu’il ait été pris au sérieux par personne. La chemise a surtout pour effet d’atténuer le contact des vêlements plus corsés, à surface rugueuse, que l’on met par dessus et qui sont les vrais protecteurs de la calorification. Le caleçon remplit à peu près le même office. L’un et l’autre, toutefois, se superposent au niveau du bas-ventre et protègent cette région, particulièrement sensible aux refroidissements. Pour cette raison et pour quelques autres, les femmes font bien de porter un pantalon. Chez les individus très susceptibles, la protection du bas-ven- tre est forcée d’aller jusqu’à la ceinture de flanelle. Ni les gilets, ni les redingotes, ni les tuniques ne doivent sangler la taille, sous peine de gêner la respiration, de contrarier le travail de l’estomac, de déplacer les viscères abdominaux. Au même litre, le pantalon sera sup- porté par des bretelles élastiques plutôt que retenu sur les hanches par une ceinture serrée. La ceinture, encore faut-il qu’elle soit large, ne rend de services qu’au moment de l’effort, en soutenant la contraction des pa- rois musculaires du ventre. Enfin, les femmes devront avoir la jarretière, élastique et peu serrée, au-dessus du genou et non au-dessous ; celte der- nière position, généralement en usage chez les femmes du peuple, n’est probablement pas indifférente au développement des varices. Le pantalon masculin est en drap ou en toile (coutil). Ce dernier, agréable dans la saison chaude, ne mérite qu’une confiance limitée; sous nos cli- mats, un revirement de température est vite arrivé; la pluie, d’ailleurs, tiou\e le pantalon de toile apte à être vite mouillé et à évaporer de même ; à ce moment, ce serait une grave imprudence que de ne pas reprendre au plus vite le pantalon de drap. Chez les femmes, le rôle physiologique et sanitaire du vêtement est la dernière préoccupation qui vienne à l’esprit; par conséquent, les règles qui fixent la nature et la forme des vêtements n’empruntent à peu près rien à l’hygiène; ce n’est même pas la coquetterie qui inspire toujours la mise féminine, mais cet implacable tyran qu’on appelle la mode. Parmi les appareils dont la femnle revêt son corps délicat, il en est un, le corset, qui est moins un vêtement qu’une machine propre à modifier les formes et souvent à en créer d’artificielles. A un certain moment, qui n’est pas encore très loin de nous, les empiètements et les abus de cet engin sont devenus tellement criants que les anatomo-pathologistes eux-mêmes s’en sont émus et qu’à force de dénonciations, cette dangereuse machine a fini par prendre des proportions modestes. Le corset, si on l’abandonne à ses hardiesses, a la prétention de réaliser trois ou quatre choses qui, à tort ou à raison, passent pour autant de beau tés : faire saillir le haut de la poitrine, amincir le milieu du corps, élargir les hanches, donner la rectitude à la taille. Les victimes, d’ailleurs, ne manquent pas de raisons spécieuses; il faut soutenir la colonne vertébrale et le thorax des jeunes filles, offrir un support aux seins volumineux, maintenir la paroi du ventre, disposée à cé- der à diverses distensions, etc. Or, les jeunes filles arrivent parfaitement à n’avoir que les ondulations naturelles et gracieuses de la colonne vertébrale sans aucune aide, pourvu qu’on ne leur fasse pas prendre des attitudes fac- tices et vicieuses ; bien que la femme soit particulièrement douée de la res- piration costo-supérieure, elle a besoin aussi, pour respirer, du libre jeu de son diaphragme ; les seins volumineux ont droit d'être soutenus, mais il ne faut pas croire que ce soit une beauté que de les avoir sous le menton, ras- semblés de vive force sur la ligne médiane, puisque naturellement ils ten- dent plutôt à diverger sous les aisselles; enfin, le ventre de la femme est fait pour être distendu, et il vaut mieux laisser s’exercer la tonicité propre de ses parois que de la remplacer au prix du refoulement des gros viscères qu’il renferme. En tout cas, les accusations formulées à l’endroit du corset ont été fort sérieuses et toutes ne sont pas des calomnies. Par la compression permanente du thorax et le surcroît de travail qu'il impose aux parties supérieures du poumon (la base étant annulée), il serait une cause d'emphysème vésiculaire, de diverses autres maladies de poitrine et, en particulier, de tuberculose', dans tous les cas, il est certainement un surcroît de gène, lorsque ces maladies existent, quelle qu’en ait été l’origine. Il pourrait bien être une raison de dilatation cardiaque, puisque tout ce qui gêne la circulation veineuse oblige le cœur gauche à des eiforts inusités et que, si la stase veineuse est pulmonaire, le cœur droit est immédiatement surchargé de besogne. Réciproquement, lorsque l’hypertrophie cardiaque est réalisée, pour une cause quelconque, l’emprisonnement du thorax dans le corset aggrave la situation. Le corset comprime l’estomac, abaisse le foie, refoule la masse intestinale vers le pe- tit bassin, fait peut-être flotter les reins, procure aux organes génitaux internes, à l’époque de leur congestion physiologique, une compression fâcheuse. L ulcère rond de l’estomac est plus fréquent chez la femme que chez l’homme ; est-ce la faute du corset? nous nous garderons de l’affirmer; mais tout le monde a vu, à table, sur la fin d’un repas, des femmes d’une certaine opulence de formes et d’autant plus corsetées, respirer péniblement, attendre avec angoisse le moment où l’on quittera la position assise et où elles pourront, étant debout, rendre un peu d’es- pace à leur estomac à qui la dilatation en avant est absolument interdite. Que ce jeu soit inoffensif, nous en serions étonné. Pour ce qui est desseins, ces organes à l’honneur desquels les femmes ont peut-être le plus aisément accepté le carcere duro du corset, ce n’est certainement pas lui qui les fait naître quand il n’y a en a pas; et, lorsqu’il y en a, il en abuse et les compromet ; tirer les seins en dedans et les repousser en haut est aussi propre à constituer peu à peu les mamelles pendantes que de les abandonner à leur propre poids; mais c’est bien plus dangereux, parce que le tiraillement avec compression dispose à l’atrophie. Cela, avec d’autres cir- constances assez variées, est une des raisons pour lesquelles les femmes des classes riches, lorsqu’elles veulent allaiter leurs enfants n’en ont pas les moyens. 11 est plus que probable que le corset peut être, avec avantage, interdit aux jeunes filles jusque dans les premières années de la puberté inclusive- ment et que, quand il a réellement un rôle de soutien à remplir, il faut le • réduire à son minimum, en faire une ceinture un peu large et élastique, jamais une cuirasse. Le progrès moderne supprime peu à peu les baleines et les lames d’acier, qu’on introduisait naguère dans les corsets, et les buses qui descendaient jusqu’au pubis; l’appareil ne monte plus jusqu’aux ais- selles; c’est une ceinture facile à tenir plus ou moins lâche, qui ne com- prime ni ne refoule rien, et ne sert de point d’appui qu’à l’agrafe des jupons. 11 n’en faut pas davantage et il est difficile d’accorder moins. Vêlement dus extrémités. — En général, les mains n’ont pas besoin d’être recouvertes et, en fait, les gants sont plutôt un usage de convention qu’un appareil utile. Pour les gens délicats, lorsqu’ils sont à l’extérieur par les grands froids, et même pour des ouvriers obligés d’avoir longtemps les mains à l’air, pour les soldats dont les armes refroidissent la peau en con- tact avec elles, les gants ne sont plus tout à fait du luxe ; mais l’enveloppe à laquelle on demande en pareil cas un service positif ne ressemble plus guère à celle dont on se sert pour maintenir la finesse de la main et la faire res- sortir. C’est une étoffe corsée, quelquefois une peau doublée d’étoffe de laine, ou même une fourrure. Lesdames, que ces gants effrayeraient, gardent la peau de chevreau, mais plongent leurs mains dans un manchon douillet. Le revêtement des extrémités inférieures a notablement plus d’impor- tance. Nous négligeons les habitudes des peuplades barbares, qui n’ont pas de chaussure, en quoi elles sont imitées par une partie de nos populations rurales, pendant la belle saison. Cette coutume a de sérieux avantages pour la forme et le développement du pied, mais elle expose la peau à bien des traumatismes; il est rare, d’ailleurs, qu’à un moment donné les « va nu-pieds» ne modifient pas eux-mêmes la simplicité de leur vêtement des extrémités, soit en armant la plante du pied d’une semelle de bois, soit en enveloppant toute la partie de morceaux d’étoffe qui la protègent' contre le froid. ° Nous superposons d’abord à notre pied un bas ou une chaussette, en lame ou en coton selon la saison. Quelques-uns suppriment cet intermé- Arnould, Hygiène. 2e édit. rjo diaire et ont tort. Le bas ou la chaussette, en tout temps, recueillent une part des sécrétions abondantes et odorantes du pied; ils retardent l’accu- mulation de la malpropreté, suppléent pendant quelque temps au lavage do cette extiémité, assainissent la véritable chaussure; en hiver ils devien— nent un écran contre le refroidissement, le cuir n’étant presque pas une protection. Ils doivent être confectionnés suivant des principes qu’a for- mulés Mmo Salquin et qui se rattachent à ceux qui vont être développés au sujet de la chaussure. Dans l’armée française, le soldat a réglementairement le pied nu dans son soulier ou sa botte ; mais tout homme qui en a tant soit peu le moyen se fournit lui-môme de chaussettes de colon ou de laine. Si ces dernières devenaient une partie normale du vêtement donné par l’administration, il est à croire que les congélations seraient moins fréquentes dans les expéditions d’hiver. Puis, vient l’enveloppe en cuir, soulier, botte, bottine, etc. Le cuir n’a plus que cette affectation dans l’hygiène vestimentaire ; les troupes de cavalerie elles-mêmes n’en revêtent que partiellement les surfaces de pan- talon qui doivent être en contact avec le cheval ou avec le harnachement. Ce tissu naturel n’est pas d’un contact agréable à la peau, ni favorable à la calorification ; fréquemment mouillé, il durcit et gêne les mouvements. On ne voit plus de « culottes de peau » que parmi certaines populations pauvres, à l’existence faite de rude labeur et de privations, d’ailleurs lentes au progrès (les Souabes). Or, indépendamment des lacunes déjà signalées dans la préparation des cuirs, la fabrication des chaussures est entre les mains [d’industriels à qui l’axiome « se faire une chaussure à son pied » paraît devoir être prati- qué en sens inverse, qui font des souliers comme il leur semble bon et obligent nos pieds à se conformer à leurs caprices de Procuste. Yoici, dit A. Nystrom, le résultat de cette étonnante pratique : « des doigts de pied atrophiés, serrés les uns contre les autres au point de remplacer leurs formes arrondies par des arêtes prismatiques permanentes : le pouce recourbé, se logeant où il peut, quelquefois sous les autres orteils, dévié de sa direction primitive; le métatarse transformé en un moignon aplati, informe; des os atrophiés, des muscles qui ont disparu par suite de l’im- mobilité à laquelle on les a soumis; des articulations sans souplesse; des callosités à toutes les saillies et à tous les points de frottement; une dispo- sition à l’ongle incarné; le froid habituel du pied avec les conséquences de congestion qui en résultent; une tendance à l’établissement du pied plat; une démarche disgracieuse, causée parle malaise et entretenue par l’habi- tude ; une disposition aux engelures et aux localisations goutteuses, etc. ; sans compter la mauvaise humeur, la fatigue, le sentiment d’abattement, quand on ne peut se débarrasser de ses entraves. La figure 209, de Wiel et Gnehm, représente une des déformations les plus ordinaires du pied par la chaussure symétrique, c’est-à-dire dont la semelle pourrait êlre partagée dans sa longueur en deux moitiés à peu près semblables, par une ligne médiane, et dont l’empeigne correspond par sa partie la plus saillante au milieu du dos du pied. Dans le cas de la Fig. 209. — Pied déformé par la chaussure. générale.] LE VÊTEMENT. 819 figure, l’étroitesse du soulier terminé en pointe et l’aplaLissement de l’em- peigne vers le bord antérieur ont fait chevaucher le deuxième orteil par dessus le premier et le troisième, rapprochés l’un de l’au- tre. Si, avec la même coupe de semelle, l’empeigne est plus lâche à sa terminaison antérieure, le deuxième orteil prend la forme en marteau. C’est encore, selon H. v. Meyer, la chaussure symé- trique qui est la cause la plus active du pied plat vrai, avec torsion et non point écrasement de la voûte du pied. L’em- peigne dont la ligne de brisure est sur le milieu du dos du pied, et non sur le dos du gros orteil, pousse le pied à se mettre en pronation par abaissement du bord interne de la voûte plantaire et relèvement de son bord externe. Celui-ci glisse, par suite, en dehors, repousse et distend le contre- fort de ce côté; le pied bascule et, la pression portant da- vantage vers le bord interne, le talon du soulier s’use da- vantage sur ce bord ; ce qui tend à exagérer encore l’infir- mité. Depuis 1857, H. v. Meyer tient la campagne contre la chaussure dont les cordonniers nous ont imposé l’habitude. Bien que rencontrant des auxiliaires chez tous les hygié- nistes, ses idées ne font cependant que des progrès très lents. Il se réclame, naturellement, comme Tourainne a fait depuis, de l’anatomie et de la physiologie du pied. Cet organe n’est pas symétrique ; il forme deux voûtes, une en long, l’autre en travers; la voûte plantaire antéro-postérieure a pour sommet une ligne allant du calcanéum à la tête du troisième métatarsien ; mais, dans la marche, l’appui se déroule du troisième au gros orteil, qui fait ressort quand le pied quitte le sol. Si la chaussure refoule celui-ci vers les autres, la largeur de la voûte est diminuée d’autant et c’est tout le pied qui donne l’impulsion locomotrice. La base de sustentation se rétrécit et la marche est moins sûre. La chaussure doit permettre au gros orteil de garder sa place, qui, norma- lement, occupe le bord interne du pied et même le déborde en dedans. Les cordonniers ont tort de prendre mesure sur le pied en l'air; Tourainne recommande le procédé suivant : « on place un pied bien d’aplomb sur un cuir à semelle; à partir de la naissance du petit orteil, on trace avec un poinçon mousse, le manche légèrement incliné en dehors, une ligne qui contourne le pied jusqu’au niveau de l’articulation du gros orteil; à 15 mil- limètres de 1 extrémité antérieure de celui-ci, on lire une ligne perpendi- culaire à l’axe du pied; avec une règle placée au côté interne, à 5 milli- mètres en dedans du gros orteil, on réunit la ligne latérale interne avec la ligne perpendiculaire antérieure. On agit de même à 1 egard du petit orteil; mais on ne laisse entre lui et la règle qu’un espace do 3 millimètres. On coupe ensuite la semelle, on la retourne, on la place sur le cuir et, en sui- vant le tracé qu elle détermine, on coupe la deuxième semelle, qui est identique à la première. » a a Par ce procédé, on peut arriver à une bonne coupe de semelle, si l’on tombe sur des pieds qui ne soient point trop déformés. Meyer tire une ligne du milieu du talon au milieu du premier métatarsien et la prolonge en avant du pied ; l’axe du gros orteil devrait se trouver dans ce prolon- gement, ou môme un peu en dedans, si le pied n’était point déformé. Mais cette règle peut suffire, à titre de minimum. La semelle doit être coupée parallèlement à cette ligne, à partir du niveau de l’articulation métatarso- phalangienne du gros orteil, en s’écartant de celui-ci de la moitié au moins de sa largeur. Les deux semelles ont la forme delà figure 210. La ligne de brisure de l’empeigne, c’est-à-dire sa partie la plus saillante, doit correspondre à cette même ligne du gros orteil et non à la ligne médiane du dos du pied. Il faut pratiquer à la face supérieure de la semelle une dé- pression pour loger la saillie plantaire de la tête du premier métatarsien; une autre lo- gera le talon. Ces dépressions comportent des saillies correspondantes dans la forme. On peut, dans des chaussures qui n’auraient pas été faites avec le creux pour le talon, l’obtenir en introduisant une garniture en forme de demi-cercle; le creux doit être un peu plus profond (1 centimètre) vers le bord interne du talon. Le bord antérieur du talon de la semelle doit faire une ligne perpendiculaire à la li- gne dite du gros orteil, en vue de rendre symétrique l’usure de cette partie. Le bord antérieur de la semelle sera, de même, per- pendiculaire à la ligne a, au lieu de pren- dre la direction b'b', qui serait disgracieuse. L’inélégance est, en effet, un reproche que l’on a fait souvent à la chaussure rationnelle. Meyer l’explique en montrant que ses préceptes ont été souvent mal compris et surtout mal exécutés. En particulier, il est arrivé que l’on taillait la semelle selon les règles ; mais l’on y adaptait une empeigne ou une lige achetée toute faite et fabriquée selon les vieux errements. Il faut que l’ellipse, qui représente la coupe de la lige sur la forme, ait aussi son axe dans la direction de la ligne du gros orteil et ne fasse pas d’angle avec celle-ci. On ne corrige pas beaucoup l’inélégance de la chaussure rationnelle en la prolongeant en pointe au delà de la ligne antérieure de la semelle, d’ailleurs coupée comme il convient. En effet, la ligne convexe qui forme le bord externe du soulier devient démesurée. Nous pensons qu’il vaut mieux en prendre son parti et faire comprendre au public, si l'on peut, que ce qu’il y a encore de plus laid, ce sont les chaussures qui déforment le pied. Dans tous les cas, Meyer a parfaitement raison d’affirmer que la chaus- sure rationnelle ne contribue nullement à faire paraître les pieds en dedans. Fig. 210. — Semelles et talons de la chaussure rationnelle selon H. v. Meyer. Le lieutenant Brandt von Lindau croit que Yaxe de Meyer n’est pas celui qu’il convient d’adopter (Yiry). Il y aurait, tout au moins, des divergences nombreuses. Nous le croyons d’autant plus volontiers que les peuples civilisés ont tous les pieds déformés plus ou moins. Mais Meyer ne prétend pas que sa formule soit invariable. Au contraire, il admet qu’elle fléchisse un peu en faveur des pieds déjà déformés, pourvu que l’on s’en rapproche, d’une paire de souliers à la suivante. C’est le moyen de corriger la défor- mation existante, ainsi que l’a constaté Yiry. On a remarqué que la chaussure des cordonniers déforme moins le pied des femmes que celui des hommes. C’est que les premières portent des chaussures légères et souples, parfois même d’étoffe; de sorte que le pied peut façonner le soulier à son moule, alors que, chez les hommes, c’est le soulier qui impose sa forme à l’extrémité. La semelle doit être épaisse et même ferrée de clous sur les bords, si la chaussure est faite pour des individus appelés à fournir des marches lon- gues et sur n’importe quel terrain. Il ne faut pas donner dans le travers de quelques fabricants qui font déborder beaucoup la semelle des souliers, de chasse, par exemple; ce peut être là un avantage en pays sec et sablon- neux, mais du jour où l’on s’aventurera, avec de pareilles chaussures, dans des terres molles et détrempées, ces rebords se chargeront d’une masse de boue qui ralentira singulièrement la progression. Il ne faut pas que la cambrure médiane de la semelle s’applique sur la voûte plantaire ; ce serait une façon d’en supprimer le rôle. Le quartier doit être plus solide que l’empeigne, mais emboîter exacte- ment l’arrière-pied pour en éviter le renversement et les excoriations. Le talon de la chaussure, deux à trois fois plus épais que la semelle, ferré si c’est nécessaire, sera large, à bord extérieur vertical et non très conique. 11 doit correspondre au talon du pied et non être ramené en avant, sous la voûte plantaire, comme on le voit à quelques soi-disant élégantes. L'empeigne, avec sa partie la plus saillante correspondant au gros orteil, embrassera bien le cou-de-pied, c’est-à-dire que le sillon entre les orteils et le cou-de-pied sera bien marqué, afin d’éviter les faux plis blessants, ainsi que le recommande Ziegler. L’extrémité antérieure de l’empeigne doit laisser entre elle et la semelle de la place pour les orteils, le gros sur- tout, comme on le voit dans la ligure 211. Nous retrouvons ici la règle très générale et très invariable, de ne faire de constriction nulle part; elle est peut-être plus rigoureuse lorsqu’il s’agit de parties où le sang veineux est déjà forcé de circuler en sens contraire des lois de la pesanteur. Aussi devons-nous tout de suite signaler l’incon- vénient des bottes aplaties au cou-de-pied et celui des bottines à tiges élastiques ou à boutons, lorsque ces tiges n’ont pas un degré suffisant de laxité. Les souliers et les bottines qui se lacent évitent ce défaut, puisque 1 on peut à chaque instant varier le degré de constriction de la lige. C’est d autant plus important qu il est nécessaire que la chaussure louche le . cou-de-pied aussi bien que le talon; ce sont en quelque sorte ses deux points de fixité. La figure 211 (Wiel et Gnehm) permet de suivre simulta- nément deux contours, l’un ponctué, l’autre plein, indiquant les points où le pied (ou la jambe) doit être au contact de la botte et ceux où il doit avoir du jeu. La ligne ac pourrait être appelée ligne de fixité; c’est une mesure qu’il est essentiel de prendre, puisque cette ligne est rigoureuse- ment invariable; trop courte, il y a constriction; trop longue, ballotte- ment du pied. Quelle que soit la résistance que l’on recherche, l’empeigne molle, flexible, souple, est toujours préférable; c’est le pied qui doit s’imposer au cuir et non l’inverse. Le soulier ne doit pas être absolument imperméable; tout en lui conservant sa po- rosité pour l’air, on le ga- rantit contre l’eau en le graissant. Le meilleur enduit dans ce but est un mélange à parties égales de graisse de porc et d'huile de foie de morue (Wiel et Gnehm). Il nous a paru que la recette recommandée par Tourainne durcissait singulièrement la chaussure; la voici, cependant: Fig. 211. — Rapport du pied avec la chaussure. Suif de mouton Axonge Cire jaune Huile d’olives.. Térébenthine... 120 grammes. 60 — 30 — 30 30 — La botte vernie perd toute porosité et, par conséquent, est une chaus- sure froide en hiver, chaude en été. Les souliers de caoutchouc sont dé- testables pour la même raison. Les chaussures fourrées ne restent pas longtemps chaudes, parce que la doublure en flanelle, laine ou ouate, s’aplatit, se vide d’air et devient corps bon conducteur. Les semelles de feutre subissent la même altération, un peu moins vite; celles de liège, de paille, résistent encore plus longtemps. Vêtement nocturne. — L’homme, physiologiquement rivé au sol, serait appelé comme les quadrupèdes, à se coucher pour dormir sur quelque point de la surface, cherchant seulement les espaces les moins rugueux, les plus secs, ceux que la nature a garnis d’un isolant spontané, feuilles sèches, herbes, etc., comme font aussi les animaux. Mais l’industrie de notre espèce a trouvé le moyen de porter à son plus haut degré le moelleux des surfaces sur lesquelles elle prend son repos et de s’isoler complè- tement, pour dormir, du sol et des influences atmosphériques. L’homme n’est même pas loin d’imiter les oiseaux, qui suspendent leur nid à des rameaux flexibles ou l’installent sur la bifurcation de deux branches. Nos lits sont vraiment aériens. On peut juger, par la recherche et la perfection qu’ils présentent, du degré de civilisation auquel les sociétés sont arrivées. Tout d’abord, on se débarrasse de tout ou partie des vêtements du jour, plus ou moins façonnés et, par conséquent, gênant la liberté des attitudes, antipathiques au relâchement total dont le sommeil a besoin pour être ré- parateur. Quelques populations arriérées et divers ordres religieux, pour qui la malpropreté est une vertu, continuent seuls à n’avoir qu’un vête- ment pour le jour et la nuit, sans distinction. Il est clair qu’en outre de l’agrément et de la perfection du repos, l’alternance entre le vêtement de jour et le vêtement de nuit contribue singulièrement à l’assainissement de l’un et de l’autre. Non seulement celui qu’on ne porte pas cesse de se salir, mais de plus, il s’aère pendant qu’on ne le porte pas, pourvu qu’on lui en donne les moyens. Le lit doit réunir tout ce qui peut annuler les effets de la compression de la peau par le poids du corps sur le plan plus ou moins horizontal de la couche et, en môme temps, tous les matériaux dont le pouvoir conducteur du calorique est au minimum. Pour atteindre au premier résultat, on constitue la couche proprement dite de matelas, en laine ou en crins, quel- quefois faits d’un mélange de l’un et de l’autre. On en superpose même plusieurs les uns sur les autres, ce qui n’est point utile, ou l’on adopte, comme matelas superficiel, un vaste sac de plumes, ce qui est fâcheux, parce que la plume amène rapidement des sueurs chez le dormeur et que, si le lit est fait pour reposer, il ne doit point amollir. Entre les matelas et leur support fixe, s’introduit une paillasse de paille ou de feuilles de maïs, ou mieux un sommier élastique. Dans tous les cas, la paillasse elle-même ne doit point reposer sur des planches, ni même sur des lattes inflexibles, un peu écartées les unes des autres ; mais sur des sangles ou des lames d’acier entre-croisées et présentant quelque élasticité. Le tout, séparé du sol de la pièce par quelque 20 ou 25 centimètres, de telle sorte que le corps du dormeur soit lui-même élevé de 50 à 60 centimètres au-dessus du plancher. Le sommier en crins avec ressorts de laiton tend à se généraliser. Ceux qui n’ont aucun rembourrage absorbant et sont faits exclusivement de lames d’acier et de fils de fer contournés en spirales sont encore préfé- rables. Pourtant il n’y a pas lieu de blâmer l’usage, à la campagne, des paillasses de paille, pourvu que celle-ci soit souvent renouvelée. C’est un des isolants qui résistent le mieux à l’imprégnation par l’humidité et les miasmes, et 1 on ne contestera pas que le fait de changer entièrement la paille ne soit un assainissement radical. La laine employée pour les malelas est de la laine « en suint, » c'est-k-dire n’ayant subi qu’un simple lavage à l’eau froide; un désuintage semblable à celui qu’on opère dans les usines lui enlèverait son élasticité et sa force. Il en résulte que, matière organique elle-meme, la laine des matelas emporte avec elle une substance azotée et sulfurée (suintine et suintate) dont la proportion n’est pas moindre de 10 kilogrammes pour 300 kilogrammes de laine, c’est-k-dire pour le contenu de vingt matelas d hôpital. D ailleurs, merveilleusement apte à recéler les gaz et 1 humidité, la laine des matelas ne peut tarder à devenir un terrain propice à la fermentation putride, ainsi que le fait remarquer Lefranc, et l’on peut juger (le la pullulation qu’y atteignent les germes microscopiques par la prospérité des mites et de la teigne fripière, qui, en coupant les brins, augmentent aussi la matière à putréfaction. Après deux ou trois ans de service, les laines de matelas renferment un véritable guano, qui peut s’élever à 1 p. 100 du poids total. Lefranc demande, en conséquence, qu’en outre du battage et du cardage annuel des laines de matelas, elles soient soumises tous les trois ans à une fumigaLion d'acide sul- fureux et d’acide arsénieux (3 kilogr. de soufre et 1 kilogr. d’orpiment pour dix quintaux de laine)'; après laquelle se ferait un lavage par lixiviation, à l’eau froide légèrement alcalisée cl phéniquée (1 kilogr. d’acide phénique cristallisé et 40 ki- logr. de carbonate de soude dans 40 mètres cubes d’eau, pour 10 quintaux de laine). — La désinfection à l’étuve ne serait-elle pas préférable à cette manipu- lation sulfureuse et arsenicale? Le matelas est recouvert d’un drap en toile de lin ou de coton ; c’est encore un drap qui est la première des pièces mises par-dessus le corps de l’individu au lit, lui permettant de se recouvrir ensuite de larges et chaudes pièces de laine et de bénéficier de leurs propriétés calorifiques sans res- sentir le contact agaçant de leurs villosités. Toutefois, la sensualité n’est pas ici seule en jeu ; les draps de lit sont au vêtement nocturne ce que le linge de corps est au vêtement diurne ; ils ménagent la propreté du reste, puisqu’ils sont en position de recueillir d’abord les impuretés les plus grossières et susceptibles de lavages fréquents ; tandis que les matelas et les couvertures sont comme les redingotes et les paletots, qu’on ne change guère que quand ils sont usés. Les couvertures de laine sont le meilleur revêtement pour le repos noc- turne ; on les multiplie selon la rigueur de la raison. Dans les pays très froids, les larges coussins de plumes, dits édredons, d’un puissant effet pour la conservation du calorique, ne sont pas à blâmer pourvu qu’ils soient faits de duvet léger et sec et qu’on les réserve pour les nuits de température très rigoureuse. Même réserve vis-à-vis des oreillers de plumes. La structure du corps de l’homme est telle que le décubitus dorsal ou latéral, sur le plan absolument horizontal, lui est impossible et très pénible. Mais, la plupart du temps, un traversin de crin suffit à soutenir la tête ; les oreillers peuvent être ré- servés pour les malades, particulièrement ceux qui souffrent d’affections chroniques des voies respiratoires ou du cœur. Toutes les pièces du couchage qui, comme celles de laine et de plumes, jouissent d’un grand pouvoir d’absorption pour les gaz, doivent être chaque jour exposées à l’air afin d’en renouveler autant que possible l’atmosphère intime à la faveur de la diffusion naturelle. Oublions, de parti pris, de mentionner parmi les éléments du lit les rideaux, qui ne peuvent servir qu’à confiner l’air du dormeur et à être un réceplable de molé- cules organiques, de poussières, etc. Aussi bien, cet avis ne pourrait-il s'adresser qu’au luxe, qui ne nous entend guère, et à la pruderie religieuse, cloîtrée ou non, qui porterait certainement la question sur un terrain qui ne nous regarde pas. Les rideaux ont disparu des hôpitaux, sauf de quelques salles de femmes; là, du moins, il faut exiger que les rideaux ne soient fermés que dans les courts moments du lever et du coucher des pensionnaires. En santé, il ne faut se couvrir pour le sommeil que juste dans la mesure néces- saire pour être à l’abri, en dormant, de la sensation du froid; une chaleur exa- gérée, même sans cesser d’être agréable, amollit, est une cause de déperdition par la sueur plus ou moins sensible et rend la peau ultérieurement bien plus impres- sionnable par le froid extérieur, lorsqu’on est levé. C’est s’exposer à payer cher le délassement si complet que procure le lit et empêcher que l’individu y reprenne des forces, comme cela doit arriver. La face peut rester découverte, quand on dort sous ahri. Les soldats au bivouac se la couvrent volontiers d’un mouchoir et n’ont peut-être pas tort. Le bonnet de nuit est inutile à quiconque possède des cheveux. 11 n’est pas inutile de faire remarquer que l’alternance entre le vêtement de jour et celui de nuit n’atteint complètement son effet qu’autant que l’on a soin de lais- ser le premier hors de la chambre à coucher, dans un espace suffisamment aéré pour que les effets s’assainissent d’eux-mêmes. On voit, du reste, que du même coup l’atmosphère de la chambre à coucher est ainsi à l’abri des émanations de vêtements qui ont été portés. Le vêlement, véhicule des "■erines morbides. — Voici une très grave question, que les anciennes administrations connaissaient, sans arriver à la traiter autrement que par des moyens puérils ; nullement ignorée des hygiénistes de la première moitié de ce siècle, mais envisagée par eux un peu platoniquement. C’est l’époque contemporaine qui a vu se lever déci- dément l’esprit de philanthropie scientifique et pratique et inaugurer des mesures à la portée de tous et dans tous les temps, pour couper court enfin au transport des principes spécifiques de maladies et à l’entretien des épidémies les plus cruelles par l’intermédiaire des choses à l’usage de l’homme et tout particulièrement des étoffes et des tissus qui ont été au contact des malades. Il n’y a pas d’effort à faire pour comprendre que les éloffes se laissent pénétrer par les molécules organiques et les corpuscules-germes, si les individus qui por- tent ces étoffes sèment autour d’eux, parla peau, par les excrétions diverses, de tels corpuscules; il suffit même que les tissus vestimentaires aient séjourné dans une atmosphère infectieuse pour absorber et retenir ces molécules impalpables de la même façon qu’ils absorbent et retiennent des gaz ou de l’humidité. Les étoffes de laine, un peu corsées et villeuses, ne retiennent-elles pas avec une déplorable faci- lité les parasites visibles, lorsque Je porteur de ces étoffes a été en contact avec des individus malpropres ? Les médecins qui soignent la misère dans les hôpitaux ou à domicile en savent quelque chose, comme aussi ils ont pu s’apercevoir main- tes fois qu ils reportaient à d’autres clients ou à leur propre famille des germes morbides recueillis par eux sur quelque point de leur pratique. La coutume est justement que les médecins s’habillent des draps en usage dans les classes aisées et qui sont beaucoup plus propices à collectionner des miasmes que la blouse ou le sarreau des ouvriers. De tout temps, les vêtements et la literie qui avaient servi à des indi- vidus atteints de maladies contagieuses ont été reconnus être l’origine de 1 éclosion de maladies identiques chez des individus sains qui les revêtaient après la mort des premiers. Les marchands de vieux habits sont certai- nement des entreteneurs d épidémies. On ne retrouve le premier malade et la filiation évidente que dans un tiers des cas de variole (E. Desnier) : comment sont venus les deux autres tiers? non pas spontanément, certes, mais par quelque intermédiaire imprévu, que les étoffes constituent sou- vent. Les coussins des fiacres, dans lesquels des malades se sont fait transporter à l’hôpital, ont été accusés, non à tort; c’est la même chose pour les vêtements que l’on se prête, dont on hérite, que l’on achète d’oc- casion. Gibert (de Marseille) a révélé qu’en 1874-1875 il y a eu, à Mar- seille, 1017 décès de variole et que ce sont précisément les arrondissements de la ville, les quartiers et les maisons habités par les fripiers qui ont fourni le plus grand nombre de cas et de décès varioleux. Le commerce des chif- fons a éLé maintes fois dénoncé comme cause de transmission de maladies à Leipzig, New-York. La Turquie, l’Égypte, la Grèce envoient tous les ans, dans nos ports de France, quelque 20 millions de kilogrammes de chiffons de toute provenance, dont il ne serait nullement extraordinaire qu’une partie nous apportât un jour la peste. Les linges souillés de déjections cholériques ou typhoïques ont le danger visible; on s’en défie; ils sont soigneusement lessivés. Si l’opération n’est pas inoffensive pour les blanchisseurs, du moins ces linges ne compro- mettent plus, désormais, personne. Il n’en est pas de même des matelas, des couvertures, sur lesquels on ne voit rien ; des vêtements des varioleux ou des personnes qui les ont soignés, dans l’épaisseur desquels la poussière virulente disparaît absolument; des effets de médecins, d’infirmiers ou infirmières qui ont été au contact des septicémiques, de femmes atteintes de fièvre puerpérale. Et tous ces malheureux que l’on admet dans les hôpi- taux, que l’on recueille dans les asiles, que l’on enferme dans les prisons; qui peut soupçonner, dans la sordidité de haillons qui ne les quittent guère depuis de longues années, les contages qu’ils ont pris à tous les contacts impurs, àtoutes les atmosphères miasmatiques dans lesquelles ils ont vécu? La connaissance de la véhiculation vestimentaire des miasmes etdes virus peut donner aujourd’hui la clef d’un bon nombre d’énigmes étiologiques et servir d’argument pour réduire le domaine de la spontanéité morbide. Pour parer à ces dangers', il est quelques précautions tout indiquées. Ainsi, ne pénétrer dans les milieux* miasmatiques qu’avec des vêtements particuliers, fait d’étoffe serrée et lisse ; quitter ces vêtements au sortir de l’établissement suspect, en les laissant dans une pièce où ils puissent s’aérer spontanément, autant que possible. Les sarreaux dont se servent les médecins d’hôpitaux peuvent devenir ainsi d’une réelle utilité, à con- dition que l’on ne dépose pas dans la même armoire le vêtement de ville et le sarreau de salles ; le premier reprendrait ce que le second abandonne. Mais ce ne sont là que des palliatifs. Un moment arrive où des pièces de vêtement ou de couchage sont positivement infectées et où il faut détruire, dans leur tissu même, les principes morbides avant de les remettre en service. C’est l’oeuvre de divers procédés de désinfection sur lesquels nous nous sommes arrêté en terminant le chapitre précédent (Yoy. p. 484 et suiv.). Et c’est la véritable manière de compléter les secours hospitaliers, en réduisant les moyens de propagation des maladies et par suile le nombre des malades. C’est aussi l’économie la mieux entendue qu il soit possible, puisqu’elle protège la force disponible et le rendement en travail des individus sains et limite les dépenses qu’entraînent les soins réclames par les autres. Bibliographie. — Jager (G.). Die Normallkleidung als Gesundheilschulz. Stuttgart, 1880. — Starcke. Der naturgemüsse Stiefel, Berlin, 1880. — Do Cazai,. La chaussure du soldat (Itev. milit. de méd. et de chir., I, p. 01, 1881). — Linroth (Klas). 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Ils recueil- lent l’eau de la sueur et une bonne part des sels dont elle est chargée; ils se pénè- trent d’une partie de la sécrétion sébacée et, par le mécanisme de l’étrille, adouci, ils font tomber, dans les frottements inévitables, les écailles de l’épiderme vieilli que les couches jeunes et profondes repoussent incessamment de la surface. Pourvu que 1 on en change souvent, et c’est d habitude ce qui arrive du linge de corps, *es vêtements nous rendent,au point de vuedela propreté, d’incontestables services. Le linge de corps, selon qu’il a été porté plus ou moins longtemps, augmente de 1 à 4 p. 100 de son poids. Nous avons l’habitude, dit Peltenkofer, d’envoyer notre linge au bain, au lieu dy porter notre peau. Si l’on changeait de linge tous les jours, on serait dans de bonnes conditions de salubrité. Un moment vient pourtant où son efficacité est débordée. Certaines parties du corps, d’ailleurs, par leur conformation ou parce qu’elles sont habituellement dé- couvertes, ne bénéficient à peu près en rien du secours qu’en reçoit l’ensemble. D’où la nécessité, à intervalles plus ou moins rapprochés selon les saisons et le genre de travail, d’un nettoyage méthodique de toute l’enveloppe cutanée; et, à'diverses heures du jour, de soins particuliers s’adressant aux extrémités, à là face, à la tôle, à la bouche, etc., régions pour lesquelles la protection du vêtement est nulle ou peu s en faut, sans compter les causes plus fréquentes et plus urgentes de souil- lures qui leur incombent. Le moyen de rappeler la propreté générale du corps, c’est le bain. Les extrémités, la face, la tête, la bouche, réclament des ablutions partielles et des soins un peu spéciaux, qui méritent quelques lignes à part. A. fie bain. — L’usage du bain était en grand honneur dans l’antiquité. Plusieurs raisons en faisaient une nécessité commune; on ne connaissait pas le linge de corps, on changeait rarement de vêtements; on ne savait pas se coucher dans des conditions qui fissent du repos nocturne un délas- sement complet et une réfection bienfaisante; le bain procurait cette dé- tente que le lit nous donne tous les jours. Par ailleurs, les nations bril- lantes de ce temps-là portaient haut le culte de la beauté physique, que l’hygiène ne blâmera, certes, jamais; le bain s’associait dans celte pensée à la gymnastique ancienne. Une cité d’un rang honorable dans l’État devait avoir ses Thermes, et les conquérants romains de la Gaule en gratifiaient les nouvelles villes impériales avec autant de soin qu’ils leur élevaient des arènes. Motard donne un intéressant résumé de la disposition intérieure, assez compliquée, des bains grecs et romains. C’était une sensualité légitime, qui malheureusement en entraîna d’autres infini- ment moins avouables. Quand le christianisme apparut, austère,et prêchant le dé- dain de la beaulé terrestre, il trouva plus simple de condamner les Thermes que de tenter la réforme d’une pratique primitivement hygiénique. Les Thermes tom- bèrent en ruines. L’industrie, du reste, n’apportait pas de quoi y suppléer par le vêtement. Le moyen âge, sans en êlre plus chaste, a été le règne de la malpro- preté corporelle la plus odieuse et des maladies de peau les plus effroyables. Mi- chelet a, sur ce point, quelques pages aux couleurs très crues, mais exactes. Ainsi tournent les tentatives faites pour déshumaniser l’homme; on ne le rend pas moins vicieux, mais il est malpropre, affamé, malade. Étrange façon de le rapprocher de la divinité-! D’autres législateurs théocratiques ont eu l’air de faire beaucoup mieux ; Moïse et Mahomet, au lieu d’inspirer l’horreur de l’eau, ont au contraire introduit les ablutions dans les pratiques religieuses du culte, presque au même titre que la prière. Or, ceci encore ne réussit pas; il n’y a que des esprits prévenus qui puis- sent croire, ou faire semblant de croire, à l’efficacité des mesures d’hygiène, im- posées comme prescription cultuelle ; on peut compter que la lettre de la loi sera à tout propos l’objet d’une interprétation pharisaïque. Les Arabes se gardent bien de manquer aux ablutions prescrites par le Coran; mais, pour peu que l’eau ne soit pas sous leur main, la salive, l’urine, le sable même, suffisent à figurer la cérémonie, de façon à contenter Dieu, s’il se paye de formalisme. L’époque contemporaine ne fera probablement rien pour revenir aux thermes antiques avec leur luxe superflu et leur caractère voluptueux tendant à revêtir la LE BAIN. physionomie de mauvais lieux. Mais les hygiénistes et ies administrateurs sentent le besoin de mellre des bains publics, non gratuits mais abordables aux plus petites bourses, à la disposition des groupes nombreux qui travaillent et portent tout le poids des efforts inouïs de l’agriculture et de l'industrie moderne. Jamais on n’a vu plus d’hommes livrés plus constamment à l’activité physique, qui exalte les sécré- tions de la peau, et plus exposés aux souillures, aux poussières extérieures, qui précisément obstruent les pores du tégument et ajoutent au sédiment naturel une couche nouvelle, dont la nocuité peul n’élre pas simplement d’origine physique. Les divers genres de bains. — Le bain peut n’ôlro qu’une ablution géné- rale, rapide, une affusion froide ou chaude, une aspersion sous forme de douche avec de l’eau divisée ou en nappe, un simpl g enveloppement, dans un drap mouillé selon le procédé de Priessnitz. Plus habituellement, c’est le séjour dans l’eau, à des températures variables, le corps plongeant entiè- rement, sauf la face. Quelquefois, c’est le passage dans une atmosphère remplie de vapeurs chaudes, ou même, enfin, dans une atmosphère chaude et sèche, de telle sorte que le bain réel soit fourni par la sueur (bains de vapeur, bains d’étuve sèche, bains russes, etc.;. Sous le rapport de la température du bain, qui a une importance déci- sive, on distingue : les bains froids, au-dessous de 20° ; les bains frais, de 20 à 2o° (bains de mer et de rivière, le plus ordinairement); les bains tièdes, de 25° à 30°; les bains chauds, aux environs de la température du sang, 37°; les bains très chauds, au-dessus de 37°. Bains froids et bains frais. — Ces sortes de bains sont ceux qui contri- buent le moins à la propreté corporelle; ils ont besoin, pour débarrasser complètement la peau, d’être aidés de frictions simples ou savonneuses, ou d’un séjour prolongé dans l’eau, qui devient aisément dangereux. Leur action physiologique, qui d’ailleurs intéresse également l’hygième, prime de beaucoup leur rôle comme moyen de purification du tégument. L’im- mersion dans l’eau froide refoule le sang de la périphérie vers les organes profonds; cet effet brusque n’est pas inoffensif aux individus dont le jeu pulmonaire est imparfait, à la suite d’un certain degré d’emphysème ou de quelques adhérences pleurales, circonstance anatomique aussi fréquente qu’elle est habituellement ignorée pendant la vie des sujets. La peau se resserre, pâlit, se hérisse (chair de poule) et la température périphérique diminue rapidement, de 2 degrés dans l’aisselle, de 1 à 2° dans la bouche, de 10 à 14° dans la paume de la main. On sait que c’est sur ce résultat, qu’est fondée la méthode de Brandt pour le traitement de la fièvre typhoïde. Une inégalité très considérable entre la température de l’eau et celle du corps peut occasionner une mort prompte. Wielet Gnehm citent l’exemple de deux jeunes gens qui payèrent de leur vie la témérité d’avoir voulu prendre un bain de mer à 10°. Les personnes qui ne savent pas nager sont plus compromises que celles qui, par le mouvement énergique delà nata- tion, réagissent contre le refroidissement périphérique et l’accumulation centrale du sang. On recommandera aux premières de faire des mouve- ments quelconques dans l’eau ; mais elles n’y réussissent pas toujours effi- cacement. Du reste, il y a des susceptibilités individuelles redoutables et dont les nageurs mômes ne sont pas exempts; quelques-uns de ceux-ci, au grand étonnement des individus qui les connaissent, périssent dans l’eau, sans cause apparente; d’ordinaire les victimes ont été surprises par une syncope. Les médecins militaires Tourainne, Bédié, Granjux, ont si- gnalé un phénomène prémonitoire de cette syncope, si aisément mortelle en raison du milieu ; c’est une rougeur scarlatineuse du tégument, corres- pondant, selon l’explication très rationnelle de Granjux, à la paralysie vaso-motrice qui succède à la conslriction violente, par le froid, des vais- seaux périphériques; une semblable paralysie n’est pas loin de s’accomplir dans les centres nerveux. Si la syncope se produit dans l’eau, il est possi- ble que l’homme disparaisse sans qu’on s’en aperçoive. Lorsqu’on fait sortir de l’eau le baigneur qui a présenté cette rougeur, il n’est pas rare que la syncope aiL lieu néanmoins quelques minutes plus tard. Mais alors, natu- rellement, elle n’a plus d’autre gravité que la syncope vulgaire. A une température qui ne soit pas notablement inférieure à 20° et peu prolongée, le bain froid opère néanmoins la soustraction de calorique habi- tuelle et tonifie la peau, l’aguerrit contre l'influence de l’air froid. Sous les tropiques, les créoles et surtout les nouveaux venus d’Europe ne peuvent se passer du bain froid (Saint-Vel, Falkenstein). A la vérité, on le prend essentiellement sous forme d’affusion et de lotions. Dans quelques familles anglaises, on a l’habitude de faire des affusions froides le matin et des affusions chaudes le soir. Les premières préparent la peau à résistera l’air extérieur pendant les sorties de la journée, les autres détendent les mem- bres et préparent au repos nocturne. Les bains de ?nerontde très heureux effets sur les constitutions lympha- tiques, les anémies, les dyspepsies, etc. Le froid, le mouvement, la salure de l’eau, sont pour beaucoup dans ces résultats; cependant, on remarque que des enfants, des femmes et d’autres individus, qui vont passer un mois à la mer, sans prendre de bains, et en se promenant simplement sur la grève, acquièrent aussi une amélioration sensible de leur santé (Van Mer- ris). C’est donc que la pureté de l’air marin et l’abandon du milieu et des occupations habituels jouent un grand rôle dans ces modifications sanitaires. Partout où il passe une rivière, j’entends dans les villes de quelque im- portance, des particuliers sous la surveillance des administrations, quel- quefois l’administration elle-même, installent des bains publics dont la plupart ont le mériLe du bon marché et peuvent être fréquentés par les ouvriers et généralement par tous les individus dont le budget a des res- sources limitées. 11 y a 35 de ces établissements dans le département de la Seine, occupant une superficie de plus de 40,000 mètres carrés (Napias), Ils sont, en général, convenablement aménagés pour la sécurité des bai- gneurs; Napias leur reproche de n’avoir pas de toile horizontale formant toiture, tandis que des toiles laLérales, prescrites uniquement en vue de la décence, flottent sous le vent, à la façon des paulcas usités dans les Indes, et déterminent une évaporation trop rapide de l’eau à la surface de la peau du nageur qui sort du bain. Mais leur plus grand défaut, relevé aussi par le même hygiéniste, est de n’ôtre ouverts que pendant cinq mois de l’année et de ne pouvoir guère fonctionner plus de GO jours. Aussi, propose-t-il que la ville de Paris res- suscite le « bassin permanent de natation » qu’elle posséda de 1830 à 1828 ; elle imiterait, en mieux toutefois, la ville de Bruxelles, qui en a deux, non irréprochables; il paraît, en effet, que l’eau n’en est pas assez re- nouvelée et qu’une sorte de pellicule sordide recouvre habituellement la surface de celle-ci. Pourtant, ce sont là des inconvénients qu’il est facile de faire cesser; il suffit de pratiquer des orifices d’écoulement qui entraînent au fur et à mesure, par une extrémité du bassin, l'eau de la surface, à mesure que l’eau destinée à réchauffement arrive par une autre extrémité ou parle fond ; cela, bien entendu, en attendant le jour du renouvellement complet. En outre, dans les établissements bien conçus, on a soin de pro- voquer une agitation constante de l’eau du bassin, à l’aide de petites cascades ou de jets d'eau. Le reproche le plus sérieux que l’on puisse adresser à ces créations, c’est d’être trop souvent de simples institutions de luxe, uniquement accessibles aux gens à la mode, aux sportmen du genre, et de coûter trop cher pour les classes inférieures. Elles sont d’ail- leurs souvent fermées et gérées par une société privée; ainsi la Société anonyme du bain royal à Bruxelles, la Victoria bath company, à Glasgow, la Glasgoiv swimming bath company, et quelques établissements du même genre en Allemagne. Ces piscines, dans lesquelles on peut s’exercer à la natation (c’est même le but capital) sont chauffées par la vapeur ou, comme à Bruxelles, par le déversement d’eau chaude. En Allemagne, on cherche à atteindre une température de 22 à 25 degrés. Au rapport de Robertson et A. Meyer (de Hambourg) à la réunion des hygiénistes allemands, à Stuttgart, un grand nombre de villes d’Angleterre et d’Allemagne possèdent un établissement, quelquefois plusieurs, dans lesquels sont réunis les dispositifs nécessaires pour prendre des bains selon les modes les plus variés, bains de piscine, bains en baignoires, bains de siège, douches froides ou chaudes, bains de vapeur, bains d’étuve sèche, russes, turcs, etc. Ainsi, Glasgow (deux établissements-clubs), Soulhport, Sheffield; Hambourg, Berlin, Magdebourg, Leipzig, Hanovre, Brême, Ba- denweiler, Niirnberg, Dortmund, Vienne (Dianabad et Sophienbad). On pourrait comparer à ces installations le Hammam de Paris, sauf que celui-ci a sacrifié le nécessaire à un luxe féerique. Les Français, assurent les rap- porteurs, n’aiment pas nager et ne recherchent dans le bain qu’une satis- faction de sensualité sans l’effort d’un exercice de gymnastique; il n’y a pas à discuter avec des gens qui ont si bien étudié nos mœurs ; le fait est que les b rançais nagent, partout où il y a de 1 eau abordable, et qu’ils nageraient dans les bassins s il leur en était offert, pourvu qu’ils fussent propres. Au dire de Robertson et Meyer, une propreté minutieuse règne dans ces bains publics ; chose sérieuse pour des Allemands, il est défendu d’y fumer. 11 y a des bains de première et de seconde classe; cette distinction n’est pas inutile; les gens pi essés et de peu de ressources trouvent même, à Brème, de petites baignoires dans lesquelles on peut se laver debout ou assis, à raison de lo centimes. Les baignoires sont en fonte ou en tôle émaillée, en zinc, rarement en pierre ou en bois. Les figures 212 et 213 représentent le plan et la coupe du Bain public de Brême. Nous avons choisi ce modèle, parmi les nombreuses figures du mémoire de Ro- berlson et Meyer, parce qu’il nous a paru l’un des plus complets. Il y manque pourtant une piscine pour les femmes. Le bassin, long de 14m,2îi, large de 8m,10, a une profondeur variable de 1 mètre :2 c 5 ^ j ci > C-T3 -c - ri rt « d 03 © « O) d ri d - c/d 3 •r ~ « i°.uj “ë" g - io o d O -3 - S .2 o S *5 ^ •- 'd " ■J? S 8 -2 to : & d U *3 „ > S _ _ «1T G ... g S x « d d O : C! d tp 2 to d fl .2 o r -§-ô-2 03 ‘ •5 - d j ci . „ c3 £ d Q '5 o -d o d I. C. -d d o c/D d o> ? § ■a « d C/D .2 ^ £ d ci -d O fl ca Ü? w da *d .2 s “cS V < S W £ > o o -~ ° JS * « . a c- t- -s o d «2 c a = E& à dm,60 (fig. 214); il faut une demi-heure pour le vider et l’eau en est renouvelée chaque nuit dans l’espace d’une heure et demie. Il reçoit constamment de l'eau propre, à raison de 10 mètres cubes par heure; sa température est maintenue à 22 ou 24°, par un afilux de vapeur qui s’opère par le fond du bassin. Les parois de celui-ci sont en briques et ciment, recouverts de carreaux de faïence et de marbre. Des crachoirs sont placés dans les angles. En général, ces bains ne sonl pas absolument bon marché. Voici quelques excm- pies. A Vienne (Üutna-Bad), un bain de lr0 classe, avec cabinet chauffé et linge, revient à près de 4 francs; un bain de gens du peuple, en baignoire de bois, sans linge, à 02 centimes.; le bain de piscine avec linge coiUe 4 franc. Au bain-lavoir public de Berlin, le bain de première classe coûte 80 centimes ; le bain de piscine, 30 centimes; si l’on y ajoute la doucbe, 45 centimes. Cet établissement a donné, en 1874, 4 12,277 bains, environ 1 sur 7 habitants. Ajoulons-y toutefois une moyenne de 80,000 bains pris à l’établissement de YAdmirals-Gartcn-Bad, dont le bassin peut recevoir 1,000 nageurs par jour et qui, dans les mois de juillet et d’août, en reçoit environ 23,000 (nous en avons, toute proportion gardée, au moins autant dans nos bains troids a eau courante). Il y a des abonnements à prix réduits et des tarifs moins élevés pour les écoliers et les enfants. Arnould, Hygiène. 2e édit. *53 La plupart de ces établissements sont une entreprise particulière, constituant une source de revenus assez positifs; le plus petit nombre appartient aux villes ou à l’État. Londres a 16 établissements de bains publics; Liverpool, 3. Le tarif, réglé par un acte du Parlement (1846 et 1847), en est modéré pour la classe ouvrière : 1 penny (Il centimes) par bain froid, 2 pence (22 centimes) par bain chaud. Il est clair que partout, y compris noire pays, en multipliant les bassins, en Fig. 214. — Bain à Brême. — Coupc longitudinale. * s’ingéniant à trouver pour eux un chauffage économique, on peut arriver à des institutions sanitaires d’une immense utilité. Les gens dp peuple sentent fort bien la nécessité du bain ; il ne leur manque que le temps et l’argent. Arthur van Harlingen, de Philadelphie, avoue que le manque de bains pour la population ouvrière est la honte de la civilisation américaine. A Boston et à New-York, les bains publics sont des baraques flottantes, amarées le long des quais, sur une eau souillée parles déversoirs d’égouts; pourtant, tel est le besoin, ces établissements ont encore des clients. A Philadelphie, il y a quelques années, l’administration municipale avait établi aussi, le long des quais, mais sur une eau suffisamment pure, des bains publics qui avaient été tout d’abord très appréciés des destinataires ; malheureusement, après une saison ou deux, ces établissements, pour des raisons d’économie, cessèrent d’êLre entretenus et tombèrent en ruine. Aujourd’hui, dans celte cité, les demeures riches ont assez d’eau pour assurer à leurs locataires des bains à domicile; quant au pauvre monde, il n’en prend que dans la limite des efforts faits dans ce but par quelques associations religieuses. La Commission de Vassainissement de Paris, de 1885, a visité un Gymnase nautique, qui existe à Paris, rue de Château-Landon, 31. La salle de bains présente une grande analogie avec l’intérieur d’un établissement de bains froids. Sur le pourtour sont aménagés des cabinets de toilette; au milieu se trouve un grand bassin de 42 mètres sur 12, avec une profondeur de 2m,50 à l’entrée et de 0m,50 seulement à la base du bassin. L’eau s’y déverse en cascade àl’entrée, à la température moyenne de 23° et avec un débit de 60 mètres cubes à l’heure. Le trop-plein s’échappe sur toute la longueur des bords par des rigoles placées en contre-bas. La propreté de l’eau est obtenue au moyen de l’écrémage continuel, que produisenl, par dessus les bords, les ondulations communiquées par les baigneurs ou par le jel de la cas- cade. La Commission a témoigné hautement en faveur de cet établissement qui rend de signalés services à la classe ouvrière. Pour revenir au bain froid, ou même simplement frais, ce qui a été dit prouve que c’est un agent d’un maniement assez délicat et dont il convient de n’user qu’avec réserve, à moins qu’il n’ait la forme de douche très courte (15à 20secondes), d’affusion onde lotion. Daily loue fort la douche froide, générale.] LE BAIN. »•« terminant les exercices de gymnastique selon la méthode de Triât et de Paz. Ici la percussion de l’eau tombant de quelque hauteur s’ajoute et dans le même sens à l'effet stimulant de l’eau froide. Mieux vaut pourtant en- core l’eau divisée, tombant en pluie, que la douche en nappe. Mais le bain froid, général, est moins constamment utile ou même inoffensif. Indépen- damment des congestions internes, des hémorrhagies même, des syncopes, qu’il peut provoquer actuellement, l’expérience de certaines méthodes de cure par l’eau froide a montré qu’à la longue la répétition de ses effets et l'insistance dans son application exaspèrent la sensibilité tactile, celle de l’ouïe, amène le nervosisme, l’insomnie et des accidents plus graves encore. Bain tiède. — Cette sorte de bain, à la température de 25 à 30°, n’a au- cune raison d’être. Il donne à la peau la sensation de froid comme les bains frais et n’en a pas les avantages de stimulation. Bain chaud. — On appelle ainsi le bain entre 30 et 37°. C’est à peu près le point auquel il n’y a pas d’échanges entre la peau et l’eau du bain. Au- , dessous, la peau absorbe de l’eau ; au-dessus, elle en abandonne ; à ce de- gré, c’est à peine si le pouls et la respiration se modifient. On peut y rester des heures entières, des jours et même des semaines, sans cesser de s’y trouver agréablement : c’est quelquefois un moyen de traitement appliqué aux blessés, dont les plaies tournent à la gangrène; en soutenant convena- blement leur tête, ils dorment dans le bain mieux que dans le meilleur lit. Les individus fatigués d’une longue course s’y reposent avec le plus grand avantage. Enfin, c’est là le vrai bain de propreté; la température de l’eau y aide, infiniment mieux que dans l’eau froide, l’action du savon. On le prend en baignoire ou en piscine. Toutes les grandes villes ont des établissements particuliers de bains chauds en baignoire, toujours un peu trop coûteux pour que la population entière puisse se donner fréquemment ce luxe, qui ne serait que le néces- saire, n’était le prix. En 1850, Darcy calculait que les 125 maisons de bains de Paris ne fournissaient annuellement que 2,116,320 bains, un peu plus de 2 bains par an par habitant, en moyenne! Les choses ne paraissent pas avoir sensiblement progressé depuis lors, bien que Paris ait près de 7,000 baignoires. Bains publics, municipaux et autres. — La sollicitude des municipalités ou la philanthropie des particuliers ont cherché, dans plusieurs villes, comme on l’a vu plus haut, à créer des établissements de bains, non gratuits, mais à bon marché et que les petites bourses puissent fréquenter. Darcy, Fons- sagrives, et d’autres, conseillaient d’utiliser l’eau de condensation des ma- chines à vapeur, qui est chaude, mais un peu salie de graisse, à donner des bains à bon marché. La ville de Paris, en 1880, puis en 1883, a cédé, moyennant une rétiibution insignifiante, les eaux do quelques-unes de ses machines à des industriels qui s engageaient à fournir des bains chauds à 15, 20 ou 2o centimes. Les premiers entrepreneurs n’ont pas réussi. Peut- être que, comme il convient de se baigner dans l’eau propre, il faudrait épurer les eaux des machines ou l’employer simplement à chauffer d’autre eau. La ville de Lille possède un établissement de bains à bon marché, très insuffisant, mais qu’elle est disposée iï reproduire plus en grand et proba- blement dans plusieurs quartiers. Avec 32 baignoires d'hommes, 14 de femmes et 4 pour bains sulfureux, il est donné, année moyenne, 23,000 bains à 30 centimes. 11 est remarquable que 441 de ces bains sont pris par des militaires. A Rouen, Michel Durand a fondé un bain public auquel est annexé un lavoir; cet établissement, d’une distribution bien conçue, avec 8 baignoires d’hommes et 6 de femmes, donne 9 à 10,000 bains par an, à 40 centimes l’un. (Le lavoir autrefois annexé au bain public de Lille a été supprimé, n’étant pas fréquenté.) Ce sont de louables efforts ; mais le petit nombre de bains donnés, rela- tivement à l’énorme population ouvrière de ces deux grandes villes, prouve qu’il reste difficile de résoudre le problème de la propreté corporelle chez les ouvriers ou chez tout autre groupe peu à l’aise de la population, en cherchant dans la direction traditionnelle du bain en baignoire. Ce procédé sera, nécessairement, toujours coûteux et un peu long; du temps et de l’argent, c’est précisément sur quoi les ouvriers sont obligés de faire les plus rigoureuses économies. La môme considération pèse sur les adminis- trations, petites ou grandes, lorsque la bonne volonté leur viendrait de faire quelque chose pour le lavage corporel, régulier, des groupes confiés à leurs soins. L’administration de la guerre, spécialement, est dans ce cas vis-à-vis des soldats, chez qui, néanmoins, la propreté a une importance sanitaire de premier ordre. C’est cette situation qui a inspiré l’idée du bain-douche, dont il va être parlé. Bain-douche de propreté. — Tant que le but du bain est essentiellement la netLeté du tégument, comme c’est le cas chez les soldats et les ouvriers sains, il est clair qu’on n’a pas besoin d’un hectolitre d’eau et d’une demi- heure d’immersion dans une baignoire encombrante, logée dans une ca- bine individuelle. % Les médecins de l’armée, depuis longtemps, s’évertuent à diminuer le temps et la quantité d’eau habituellement exigés pour un bain. Grellois (1861) proposait l’emploi d’une piscine de 7 hectolitres, pouvant servir au nettoyage de 50 hommes ; Riolacci (1806) avait imaginé le lavage individuel dans des bassins profonds de 21 centimètres, dans lesquels l’homme était assis et s’épongeait pendant vingt minutes, n’étant naturellement pas immergé. Les bains par affusions froides, pra- tiqués à Marseille par le Dr Dunal, contenaient en germe le système du bain- douche ; les hommes se plaçaient, par trois à la fois et pendant trois minutes, sous un tube percé de trous en arrosoir, d’où l’eau tombait d’une hauteur de lm,60 au-dessus du sol,eL se frictionnaient au savon pendant le même temps. La douche était froide et ne pouvait guère convenir qu’à l’été d’un pays chaud. Il fallait trouver le moyen de donner le bain-douche chaud et en touL temps. L’honneur d’avoir réalisé le premier cetLe salutaire pratique revient à Merry- Delaboste, qui, dès 1873, l’appliquait aux détenus de la prison de Rouen et en propo- sait la généralisation à tous les établissements pénitentiaires. De l’eau chauffée a 34 ou 35° descend d’un réservoir élevé de 14 mètres, et tombe en pluie par six tuyaux terminés en pomme d’arrosoir, munis de robinets indépendants. Le sol de la salle de bain est cimenté et en pente légère. En quatre ou cinq minutes, on donne au même détenu 4 ou ü douches, séparées par une demi-minute d intervalle, pen- dant laquelle il se frotte au savon noir. C’est un autre détenu qui manœuvre le robinet. On admet naturellement six baigneurs à la fois. Après la douche, chacun rentre, revêtu d’un peignoir, dans un compartiment qui précède la salle de bains et où l’on a déposé ses etfets, en d’autres termes, le vestiaire. Quelques années plus tard, le Dr Haro et le colonel Louis instituaient, au 6'J° régi- ment d’infanterie, un système d’ablutions analogue et peut-être plus approprié encore aux modestes ressources dont disposent les corps de troupes. La douche était fournie par une pompe d’arrosage ordinaire, munie d’une bâche dans laquelle on versait 1 partie d’eau bouillante pour 2 d’eau froide et d’où la gerbe liquide sortait par une lance flexible, à extrémité libre en arrosoir. Un baigneur dirigeait le jet de haut en bas sur chaque homme placé dans un bassin de zinc et, par suite, les pieds dans l’eau. Ou pouvait ainsi baigner tout le régiment (1,300 hommes) en quinze jours, pour une dépense de 1 centime par tête. Dans une caserne modèle, à Dresde, on a régularisé ce système par l’installation permanente, dans une salle appropriée, de tuyaux de douches courant à la fois sous le plafond et sur le sol et permettant de laver 12 hommes ensemble. En hiver seulement, l’eau est chauffée. W. Roth, médecin général de l’armée saxonne, a montré avec une légitime satisfaction cet outillage hygiénique à l’Association alle- mande d’hygiène publique, réunie à Dresde en 1878. On arrive, avec cet appareil, à laver chaque soldat une fois tous les huiL jours. Quelques baignoires sont tenues en réserve pour décrasser d’abord les .plus sales, tels que les recrues à l’arrivée. La consommation d’eau est de 2 à 3 litres par tête. En France, l’ingénieur Tollet associe l’établissement de bains-douches réguliers à ses projets de nouvelles casernes. D’ailleurs, il n’est presque plus de casernes, en France, qui n’aient leurs salle de bains par aspersion, avec une deuxième pièce servant de vestiaire, et qui est indispensable. L’eau est à peu près toujours chauffée; on se sert, tantôt de la pompe foulante et de la lance, tantôt d’un réservoir placé à quelques mètres de hauteur, dans lequel on mélange de l’eau bouillante avec de l’eau froide et d’où le liquide se répand dans un tuyau sous le plafond, pour s’échapper en pluie par un ajutage en pomme d’arrosoir. Un tour de robinet produit ou arrête l’aspersion. Les hommes ont les pieds dans un bassin, sur une claire-voie en bois, que l’on superpose pour l’occa- sion au sol cimenté. Chaque soldat est baigné deux fois par mois avec 5 à 6 litres d’eau; et l’atmosphère des chambres est devenue respirable. D’ici peu, il n’y aura pas un corps do troupes manquant de cette installation. Quelques-uns de nos régiments de cavalerie ont utilisé, fort ingénieuse- ment, la chaleur développée dans la fermentation des fumiers à chauffer l’eau nécessaire aux bains. Vallin semble louer cetle manière de faire ; comment la concilier, cependant, avec la nécessité de l'éloignement le plus rapide possible des fumiers hors de la caserne et de la ville? Il semble que ce ne soit pas une grande difficulté à surmonter, pour les administrations municipales, que de créer des établissements publics de bains-douches, où les ouvriers trouveraient, en quelques minutes et contre une rémunération insignifiante, le bienfait d’un lavage complet. 11 faudrait seulement distinguer d une façon absolue le compartiment des femmes de celui des hommes, donner au premier des cabines individuelles faites d’un rideau de toile, mettre à la disposition des femmes des capelines en caoutchouc pour protéger la chevelure, leur offrir un vestiaire un peu plus recherché, etc. En attendant, les grands industriels, qui emploient des centaines d’ouvriers des deux sexes, feraient un acte d’intelligente solli- citude à l’égard de leur personnel, en leur ménageant les locaux fort sim- ples, vestiaire et salle de bains munie de tuyaux perforés, qu’exige la pratique de ce système; il y a de la place dans les usines; on a sous la main l’eau, la vapeur des générateurs pour l’échauffer, la pression. 11 ne manque plus que l’exemple donné par quelqu’un. Des installations analogues, fussent-elles encore plus rudimentaires, se- raient à désirer dans les communes rurales, en les annexant de préférence aux écoles primaires, en vue d’habituer de bonne heure à la propreté les petits paysans qu’on élève beaucoup trop dans l’horreur de l’eau. Dans beaucoup de villages, il n’y a pas une baignoire! Les écoliers des villes, d’ailleurs, n’ont pas moins besoin qu’on mette le bain de propreté à leur disposition. Les parents des écoliers pauvres ne songent pas souvent à faire la dépense d’un bain en baignoire pour leurs enfants; pour bien des raisons, ceux-ci ne peuvent guère fréquenter les « bains populaires ». Finalement, sauf les mains et la face, ils ne se lavent pas. L’expérience démontre qu’il en est souvent de même des externes des lycées. Le bain d’aspersion, qui est court, rendrait d’é- normes services, si les établissements d’instruction l’offraient régulière- ment à leurs élèves du dehors, aussi bien qu’aux pensionnaires. Le bourgmestre de Gœltingen, Merkel, a introduit le bain-douche dans deux écoles populaires de ceLte ville ; les premiers frais se sont élevés à \ ,623 francs pour l’une et 1,125 francs pour l’autre. On y baigne 50 garçons de onze à douze ans en cinquante minutes, de la façon suivante : au début de la classe, le maître demande : « Qui veut aller au bain aujourd’hui? » 50 élèves sur 54 s’inscrivent. On fait sortir en silence les 9 du rang supérieur, qui se rendent au vestiaire et se déshabillent. Quelques minutes après, 9 autres élèves sortent de la même manière; il en manque donc 18 à la fois. Les premiers passent sous la douche 3 par 3, achèvent de se laver, les pieds particulièrement, dans des bassins en zinc, et vont s’essuyer à part. Les 9 suivants les remplacent, pendant que les premiers se rhabillent. Ceux-ci ne rentrent dans la salle de classe que 4 ou 5 ensemble. Ainsi de suite, jusqu'à ce que tous les inscrits y aient passé. Mais la classe n’esL point interrompue, quoique le maître se rende au moins une fois, pendant la séance, à la salle de bains, dans l’intérêt du bon ordre. On s’arrange seulement de façon à faire coïncider la baignade avec un exercice qui ne souffre pas d’une interruption de dix minutes : la leçon d’écriture, par exemple. Chaque enfant apporte son linge. Il faut un peu plus de temps pour les petites Hiles et le« plus petits garçons, dont la surveillance pendant le bain est confiée à la femme du gardien de l’école. Merkel, supposant que l’installation du bain-douclie pourrait être utile et bien accueillie dans l’école moyenne, qui réunit les enfants de la bourgeoisie, inter- rogea à cet égard le directeur de l’enseignement et lui soumit l’idée d’exiger une légère rétribution de la part des clients de cette catégorie. La réponse fut que, les 4/oCs de ces enfants ne prenant jamais de bains, l’institution serait des plus utiles et que 300 élèves, sur 860, avaient l’engagement de leurs parents de fré- quenter le bain-douche à raison de 3 pfennings = 0fr,0G25 par bain. Cette communication avait lieu à la Réunion des hygiénistes allemands, à Breslau (1886). Dans la mémo séance. Oscar Lassar établit qu’il est à peu près impossible d’avoir, dans une ville, assez d’établissements et assez de baignoires pour donner un bain par semaine à tous les habitants. Il faudrait, en eli'et, par 1,000 habitants, au moins un établissement à dix baignoires,dont chacune donnerait 14ou 15 bains par jour; soit 43,000 établissements de bains pour touLe l’Allemagne. On est fort loin de compte. Aussi la grande majorité des ouvriers et la presque totalité des habitants de la campagne ne prennent-ils jamais de bains et ne pourraient en prendre, même s'ils en avaient le temps et l’argent. Nous reconnaissons que c’està peu près la même chose en France. Or, tandis qu’il faut 200 litres d’eau pour un bain de baignoire, 10 litres suffisent et au delà pour un bain douche; celui-ci dure dix minutes, tout compris, alors qu’un bain de baignoire ne saurait prendre moins d’une demi-heure. Lassar, à l'Exposition d'hygiène de Berlin, avait fait établir par la maison David Grove, au bord d’un des canaux qui sillonnaient le terrain de l’exposition, sur 40 mètres carrés de surface, un édicule en tôle renfermant 10 cases à bains-douches, 2 water- closets, 1 lavoir, 1 séchoir, etc. Cette maisonnette était divisée en deux comparti- ments, un pour les hommes, l’autre pour les femmes, avec entrée distincte. Plus de 10,000 personnes en usèrent. Pour le prix de 10 à 13 pfennings (0 fr. 123 à 0 fr. 1875), on y recevait une douche chaude, une douche froide, du savon et une serviette. L’auteur estime qu’il conviendrait de placer des établissements de ce genre à la campagne et à la ville, sur les places publiques, aux carrefours très fré- quentés, près des gares de chemins de fer, dans les écoles, les manufactures, les exploitations minières, les asiles, les casernes, les prisons. Nous partageons entiè- rement son avis. Bains de vapeur. Bains d'étuve sèche. — Dans une atmosphère limitée et remplie de vapeur chaude, le corps ne peut plus perdre de chaleur par évaporation, ni par conduction. Sa température s’élève donc de 2 à 3 de- grés, le pouls augmente de fréquence, la respiration est pénible. Aussi le bain de vapeur est-il désagréable et môme dangereux, d’une part aux in- dividus faibles et délicats, d’autre part aux pléthoriques. Au moins con- vient-il de ne pas pousser la température de l’étuve humide au delà de 30° et de tenir, à côté du compartiment de l’étuve, une pièce aérée, fraî- che, dans laquelle le client puisse passer au moment du besoin. Dans l’étuve sèche, la résistance du corps à réchauffement n’est point entravée; c’est le contraire. Il est fait un puissant appel à l’activité des glandes sudorales, et l’individu prend en quelque sorte un bain dans sa propre sueur. Une haute température, par conséquent, y est infiniment mieux supportée que dans l’étuve humide. Celle de 30° n’est pas exagérée; mais il n’est pas prudent d’aller au delà. Quelques pays, et même des in- dustriels dans les capitales, ont conserve ou ressuscité sous divers noms (bains turcs, bains maures, bains romains, etc.) quelque chose qui rap- pelle les parties essentielles du bain ancien : L'apodyterium, ou vestiaire et lieu de repos après le bain; Le tepidarium, étuve sèche à 32° ; Le sudatorium, étuve à 30° ; Le frigidarium, avec aspersion ou douche froide. Selon les cas, on y joint les frictions sèches et le massage. Bibliographie. — Robertson und Meyer (A.) : Ueber bffentliche Badeanstalten iD. Vierteljalirsschr. f. ôff. Gesundhoitspflg., XIII, p. 180, 1880). — Arnould (J.). Sur la vulga- risation de l’usage du bain (Annal, d’hyg., 30 série, III, p. 385, 1880). — Drouin eau : Bains pour la classe ouvrière et indigente (G.-R. des travaux des Conseils d’hyg. du dépar- tement do la Charente-Inférieure pendant l’année 1810. La Rochelle, 1880). — Du Claux(V.) : Bains publics à bon marché (Annal, d’hyg., 3° série, X, p. *105, 1883). — Arnould (J.) : L’Exposition d'hygiène allemande à Berlin en 1883 (Annal, d'hyg., 3° série, X, p. 470, 1883). — Stübben (J.). Das Badewesen in aller und neuer Zeit mit besonderer Beziehung auf das in Kôln zu errichtende Hohenstaufenbad (Centr. blatt. f. allgem. Gesundhoitspflg!, II, p. 251, 1883). — Lassar (Oscar) : Bade-und Wasch-Anslallen (Bericht über die allgem. deut. Ausstellung auf d. Gebiete der Hygiene u. s. w. I, p. 329, Breslau, 1885). —Lassar (O.) : und Merkgl : Volks-und Schulbüder (D. Vierteljalirsschr. f. ôff. Gesundheitspflg., XIX, p. 33, 1881). B. Soins spéciaux. — Les pieds. — En raison des services incessants et pénibles qu’on lui demande, malgré la chaussure dont il est armé, ou plutôt à cause des défectuosités habituelles de celle-ci, le pied a droit à une . mention spéciale dans l’hygiène corporelle immédiate. Peut-être plus ri- che que d’autres parties en glandes sudoripares et sébacées, le pied est plus exposé à conserver le produit de ces sécrétions, et à subir les consé- quences de l’irritation locale qu’elles déterminent par ce fait que les orteils sont rapprochés d’une façon permanente dans la chaussure et que rien ne peut s’en échapper au dehors par les mouvements ordinaires, comme cela arriverait des mains, par exemple, si elles fournissaient des détritus ana- logues. Ces produits de sécrétion s’accumulent, fermentent, sont peut-être résorbés en partie ; ils macèrent l’épiderme du pied, disposent aux excoria- tions, ou au contraire à ces végétations épidermiques et à ces endurcisse- ments du derme, que la pression des chaussures provoque d’ailleurs, et qu’on appelle callosités, durillons, cors, œils-de-perdrix, etc., accidents trop généralement regardés comme insigniûants et qui, pourtant, atteignent parfois à une extraordinaire gravité. Les pieds devraient être l’objet de lotions, tous les soirs, plutôt de lotions froides que d’un bain tiède, surtout chez les gens qui marchent et qui ont une disposition reconnue à la sueur des pieds, aux excoriations épider- miques. Il convient même, dans les cas de friabilité excessive de l’épiderme, de s’abstenir de savonner les pieds dans le bain et d’ajouter à l’eau de celui-ci de l’alcool; au besoin, l’on se contenterait de frictionner les pieds et les espaces interdigitaux avec un linge mouillé d'eau acidulée ou astrin- gente. Morache recommande d’enduire d’une pommade faite de savon râpé et d’alcool les pieds des soldats particulièrement disposés aux exco- riations. Les bandelettes enduites de suif sont un moyen traditionnel et rendent réellement des services. Il importe de ne poinL laisser les ongles dépasser notablement les orteils, dans la crainte du refoulement et de la compression par la chaussure. On coupe carrément, et non pas en rond, ces revêtements cornés, surtout l’ongle du gros orteil, de telle sorte que les angles de cet ongle soient tou- jours un peu au-dessus et hors de la pulpe de l'orteil; si l’un d'eux est en- clavé dans la pulpe du doigt, il est presque certain que la croissance entraînera un ongle incarné. S’il apparaît, sur quelque point, une ampoule ou une callosité, il faut s’en occuper tout de suite. 11 est de pratique vulgaire de traverser d’un lil les ampoules sans les ouvrir; la sérosité s’écoule par celle sorte de drain et, néanmoins, l’épiderme, quoique soulevé, continue à protéger le point intéressé de la peau. Les callosités doivent être détruites à la lime; les du- rillons et cors aux pieds, enlevés par petits copeaux, à l’aide d’une sorte de grattage par un canif qui coupe mal. Le rasoir est dangereux en ce qu’il est facile de faire pénétrer l’instrument plus qu’il n’est nécessaire, d’occa- sionner un léger écoulement de sang et un traumatisme peut-être redou- table. Du moins voit-on, tous les ans, dans les journaux, que cette impru- dence a causé le tétanos et la mort. Un cor, qui a déjà été râclé, s’arrête et même rétrograde souvent par la simple application de diachylon ou de percaline agglulinative. Il n’y a là aucune action médicamenteuse, mais plutôt une protection mécanique contre la pression de la chaussure, contre le frottement de deux surfaces cutanées, et une macération de l'épi- derme dans sa propre sueur, qui le dispose à une extirpation plus radicale. Lorsque les cors et durillons prennent une apparence quelque peu grave, le mieux est de s’adresser à un pédicure habile ou même au chirurgien. Il ne faut jamais insister dans la marche quand un de ces accidents, minimes en soi, a déterminé une inflammation plus ou moins étendue de la région. Nous ne manquerons pas, d’ailleurs, de rappeler et d’affirmer que le plus grand nombre de ces cors et durillons, qui font de la marche un hor- rible supplice et donnent à l’attitude des individus l’aspect le plus gro- tesque, cesseraient d’être douloureux et disparaîtraient promptement si l’on voulait bien abandonner la chaussure qui les a provoqués, se résoudre à porter des chaussures qui aient le sens commun et alterner fréquemment entre deux paires qui, néanmoins, seraient l’une et l’autre bien faites. Les mains. — La propreté des mains, la netteté des ongles, conditions réelles de bonne hygiène, sont d'ordinaire suffisamment imposées par les convenances sociales. Il est bon de dire, cependant, à l’intention de quel- ques personnes dont la peau des mains est extrêmement délicate, qu'il vaut mieux se laver les mains à l’eau froide qu’à l’eau tiède, en rentrant à la maison plutôt qu’au moment de sortir, et que, dans le cas où l’air froid du dehors devient une cause de gerçures, il est indispensable de porter des gants, de peau plutôt que de fourrures, et même pour dormir. La présence de gerçures doit, d’ailleurs, faire suspendre l’usage des lotions savonneuses et il faut se contenter d'essuyer les mains sans les mettre à l’eau; on fera, avec avantage, des onctions huileuses ou au suif parfumé. Le choix du savon de toilette, pour la face au moins autant que pour les mains, est d une certaine importance. Les savons de toilette sont à base de soude avec des corps gras de qualité supérieure, de bonne huile d’olives pai exemple. Mais la spéculation en offre a bon marché une quantité con- sidérable, dans lesquels un parfum quelconque dissimule la rancilé de la gi aissc, ces savons sont irritants. Quelques maisons de parfumerie tiennent assez à leur réputation pour ne pas donner leur estampille à ces produits défectueux; il vaut mieux en passer par leur prix assez élevé que d’user d’une denrée nuisible. En général, les savons transparents sont inoffensifs, parce que l’on ne saurait les fabriquer avec des graisses rances. La face, [abouche, lesoreilles. —Percée des orifices des voies respiratoires et portant les appareils des sens les plus délicats, la face ne saurait être soumise aux bains d’immersion qui effectuent le lavage des autres parties du corps. L’entretien de la propreté ne peut être obtenu ici que par des ablutions; mais il n’est pas moins de rigueur. Il réclame même une atten- tion plus minutieuse, en raison des anfractuosités nombreuses qui caracté- risent cette surface et des sécrétions variées qui s’échappent par ses ori- fices : larmes, mucus, salive, cérumen. Aussi les lotions de la face sont-elles aidées de frictions douces avec un linge de toile. Les éponges fines étaient naguère en vogue pour cet usage. Il vaut autant y renoncer, parce que l’éponge, que l’on garde indéfiniment sans la nettoyer autrement que par le lavage à grande eau, s’imprègne de matières organiques et de germes. La serviette de toile, au moins, ne sert que quelques jours et retourne au lessivage. Les abluLionset frictions de la face doivent se faire tous les jours, plutôt deux fois qu’une, et fi l’eau froide en toute saison ; cette prescription est même plus rigoureuse en hiver, puisque la face est la partie du corps qui est toujours découverte et dont il importe le plus d’augmenter l’indif- férence fi l’action de l’air. Chez l’homme adulte, la barbe exige des soins spéciaux. Ou bien elle est portée entière, selon la coutume aujourd’hui très répandue, et qui ne déplaît nullement à l'hygiène; il suffit alors de lotions savonneuses, d’une brosse spéciale et de quelques coups de ciseaux, une fois par semaine, pour la maintenir fi quelques centimètres de longueur. Ou bien, elle est livrée au rasoir, sur une étendue plus ou moins considérable; c’est une méthode à laquelle il n’y a pas lieu de faire le procès, bien qu’elle constitue une sorte d’asservissement; mais, au moins, faut-il recommander que ce détail de la toilette n’emploie encore que l’eau froide et le savon de bonne qua- lité, ou quelque préparation reconnue avantageuse et inoffensive, et surtout que, manié par l’intéressé ou par le coiffeur, le rasoir soit personnel. 11 est, en effet, surabondamment démontré que des affections contagieuses peu- vent être propagées par le rasoir banal et que, particulièrement, les para- sites microscopiques du système pileux sont transmis avec une facilité malheureuse, par les barbiers, d’un client à un autre. Le Dr Gerlier, médecin fi Ferney-Voltaire, a présenté fi l’Académie de médecine, par l’organe de Bergeron, la relation d’une épidémie trichophy tique, qui, ayant probablement son origine dans ïherpès tonsurant des chevaux, s était introduite chez le barbier unique du village, à l’état d'herpès circiné sur la personne de son fils, et se distribuait, par le barbier fi ses clients, sous forme de mentagre. H va sans dire que le médecin s’empressa de conseiller aux habitants de se raser eux- mômes et que cet avis lui valut la colère du barbier; ce qui est plus étonnant, c est. que les auloriLés locales aient donné raison à ce malencontreux artiste. Nous rapportons ce fait parce qu’il est récent; mais, depuis Pline l'Ancien jusqu a Bazin, on en a observé de pareils. Dans les conditions suspectes, Vallin conseille de chauüer préalablement le rasoir à 100 degrés; ce qui est aisé, par l’immersion un peu prolongée dans l’eau bouillante. Il existe, cependant, une menlagre traumatique, produite le plus souvent par de mauvais savons ou par un rasoir qui coupe mal (l'eu du rasoir). La poudre de riz ou de fécule corrige ce fâcheux eli'et. Il faut, d’ailleurs, prendre un rasoir en bon état et de bonne qualité. L’autre sexe, et même une partie du sexe masculin, exagère plutôt qu’il n’oublie les soins accordés à la toilette de la face. On ne se contente plus des lotions aqueuses, au savon plus ou moins fin ; on y ajoute des parfums, des teintures alcooliques de résines odorantes, ayant en général, comme la teinture de benjoin, des propriétés légèrement toniques pour le tégument; ou bien encore, on ravive la peau avec des acides légers, on l’assouplit avec des corps gras; enfin, des couleurs habilement appliquées sur le visage et sur le cou donnent au teint une blancheur mate, aux pommettes des joues un incarnat, aux cils et aux paupières une teinte sombre, qui ne font guère illusion qu’à celles qui ont cru devoir recourir à ce masque, d’exécution pé- nible. En dehors des acteurs et des actrices, qui ont réellement besoin, sur la scène, de « se faire une figure » correspondant à leur personnage, et dont les traits, à distance, seraient diffus s’ils n’étaient exagérés, personne n’a rien à gagner à cette peinture, qui rapproche si fort les sociétés civilisées des tribus sauvages. En revanche, elle compromet positivement la souplesse et la vitalité naturelles de la peau, encore précieuses lors même que l’âge les affaiblit, et elle ne va à rien moins qu’à faire naître l’occasion d’une absorption toxique, lorsque, sciemment ou par suite de l’indélicatesse du commerce, les consommateurs de « cosmétique », fard, pâtes épilatoires, etc., étalent sur une partie de leur corps des substances minérales vénéneuses. Le mercure, le plomb, l’arsenic (souvent dans le sous-nitrate de bismuth impur), sont les agents le plus communément coupables en pareille occasion. A l’égard de la bouche, il convient de rappeler, d’abord que sa muqueuse est une surface d’absorption et a été la porte d’entrée d’infections redou- tables. D’où l’indication d’une très grande réserve vis-à-vis des objets d’usage banal que, machinalement, l’on porte à la bouche; les enfants sont spécia- lement à surveiller sous ce rapport. Par ailleurs, et en vue de la conserva- tion des dents, la bouche doit être lotionnée malin et soir et surtout après les repas, qui laissent presque nécessairement, en contact avec les dents, des particules alimentaires qui subissent là, sous l’action de la salive, la fer- mentation acide ou putride. Cette raison rend la toilette du soir plus ur- gente pour les dents que celle du matin. Pour aider à l’effet des lotions, des lrictions seront faites sur les dents, en dedans et en dehors, avec une brosse douce, trempée dans 1 eau pure ou aromatisée avec quelques gouttes de teinture de myrrhe, et sur les soies de laquelle on répandra une poudre dentif) ice. Les spécialistes s accordent, en effet, à conseiller cet adjuvant, qui contribue à 1 enlèvement des dépôts de diverse nature dans les inters- tices dentaires. « La craie préparée des pharmaciens, dit Galippe, porphy- lisée et additionnée en proportions variables de chlorate de potasse, aroma- Usée ou non, parait devoir remplir, dans la généralité des cas, les indications principales d’une poudre dentifrice. » La brosse trop dure excorie les dents et refoule les gencives. G est surtout dans 1 enfance (dents t/e lait') et dans la première jeunesse (6 à 12 ans) qu’il importe de surveiller l’état des dents, d’interpréter, au point de vue de la nutrition générale, la lenteur ou les anomalies de leur évolution, et de faire diriger l’hygiène de la bouche par un dentiste éclairé. Les maisons d’éducation de tous degrés doivent imposer aux élèves les soins de la bouche à l’égal de toutes les autres pratiques sanitaires, leur laisser le temps de procéder à cette importante toilette et faire faire l’ins- pection médicale des dents à intervalles réguliers. Tous les aliments qui peuvent rendre la salive acide, les sucreries spé- cialement, tendent à altérer l’émail des dents et, par conséquent, prépa- rent et favorisent la carie, dont les agents sont quelqu’un des nombreux microorganismes que nous savons exister dans la bouche (voy. page 457). Aussi convient-il de se rincer la bouche après avoir mangé des sucreries, des gâteaux et même du pain; autant dire après chaque repas. Il paraît être utile de choisir des aliments d’une certaine résistance; Galippe con- seille le pain bis, de préférence au pain blanc: le pain bis, en outre, est supérieur par sa richesse en éléments minéraux (phosphates de chaux et de magnésie). Son utilité est confirmée par Ivulp et Templeton, dont l’opi- nion est rapportée par Lucas Ghampionnière. Les Écossais devraient à la farine d’avoine la beauté de leur dentition (Barker). Galippe a remarqué que, sur certains hauts plateaux, les habitants, qui se nourrissent presque exclu- sivement de farine de maïs délayée dans de l’eau ou du lait, de lait caillé, et qui ne mangent que fort peu de viande et de pain, ont un système den- taire déplorable, tandis que les habitants des vallées, qui mangent du pain et de la viande, ont les dents belles. Les naturels du nord de la Sibérie ont des dents magnifiques jusqu’à un âge avancé; ils mangent du pain noir, boivent du lait fermenté, antiscorbutique, et, après chaque repas, mâchent une préparation de résine de sapin, qui leur nettoie les dents. Selon un grand nombre de spécialistes, Silherwood, Harlan, Chrétien, E. Martin, Galippe, Magitot, le travail intellectuel excessif a une influence décisive sur l’altération des dents, ainsi qu’on le remarque à l’école poly- technique, à l’école Monge, etc. La gingivite et la périostite sont du ressort de la thérapeutique dentaire. Ce que l’hygiène ne cesse pas de considérer, c’est que les dents sont le premier instrument des opérations de la nutrition etque, par conséquent, les laisser se compromettre de bonne heure, c’est se désarmer peu à peu dans la lutte pour l'existence. La disposition de la conque deY oreille et du conduit auditif exige que le nettoyage en soit assuré avec quelque attention. On peut porter assez loin dans le conduit une petite éponge mouillée ou le coin d’un linge fin, de fa- çon à prévenir les accumulations du cérumen qui, assez souvent, ont donne l’illusion de la surdité à des individus en parfaite santé. On a dit que le bain de mer pouvait occasionner des irritations delà membrane du tympan par l’action do l’eau salée; c’est possible, mais Van Harlingen croit que le danger existe plutôt, si, comme cela arrive dans les ébats de la natation, de l’eau salée a pénétré dans les fosses nasales et qu’au sortir de l’eau on ait cédé au besoin de se moucher; dans les efforts que nécessite cet acte, de l’eau peut être refoulée parla trompe d’Eustachc dans l’oreille moyenne. Il y a donc lieu d’attendre que le mucus nasal ait entraîné spontanément l’issue de l’eau salée, avant de satisfaire l’envie de se moucher. Selon Guve (d’Amsterdam), l’habitude de respirer par la bouche est une des causes fréquentes de la surdité. Il est plus probable (Vallin) que cette surdité est due elle-même à la raison pour laquelle certains sujets ne peu- vent respirer par les narines, à savoir, la présence de végétations naso-pha- ryngiennes, qui propagent l'inflammation jusqu’à la trompe d’Eustache. Les cheveux, dont la longueur et l’abondance sont l’ornement delà femme, gagnent à être portés courts chez l’homme et même très courts chez les individus qui ont peu de temps à consacrer à leur toilette journalière. Il n’y a, du reste, que la propreté qui en bénéficie, car la coupe fréquente des cheveux, fùt-ce au ras de la peau, n’a pas la vertu que l’on croit de les multiplier; elle les rend seulement un peu plus gros et plus fermes; aussi n’est-il point mauvais de couper l’extrême pointe des cheveux chez les jeunes filles, ltaser la tête en vue d’arrêter la chute des cheveux est aller à l’encontre du but, puisque l’on compromet davantage la vitalité du bulbe pileux, déjà affaibli. Les cheveux n’ont rigoureusement besoin que du peigne et de la brosse, d’une aération habituelle suffisante et, de loin en loin, d’une lotion savon- neuse, tiède, rapide. Cependant les hygiénistes permettent la pommade aux personnes dont les cheveux pèchent par la sécheresse, cas bien rare, et la poudre d’amidon pour l’excès contraire. La brosse et le peigne, d’ailleurs, sont faits pour nettoyer et aérer les cheveux bien plus que le cuir chevelu lui-même; il est fâcheux d’employer des brosses très rudes et d’abuser du peigne lin; beaucoup de personnes, se raclant la peau à outrance pour se débarrasser de « pellicules » un peu abondantes et même d’un réel pytiria- sis, ont dù la chute de leurs cheveux beaucoup plus au remède employé qu’au mal lui-même. Par la môme raison, les femmes qui tiennent à leur chevelure, et elles ont raison, ont le plus grand tort de la tirailler à l’excès, de la tordre, de la crêper, de donner aux cheveux une direction qu’ils n’ont pas naturellement; toutes ces manœuvres ébranlent le cheveu dans son im- plantation et le disposent à abandonner le cuir. Les coiffures les plus simples sont les meilleures pour l’hygiène et pour la conservation de la beauté. Parmi les cosmétiques tolérés pour les cheveux, le plus inoffensif est la moelle de bœuf associée à l’huile d’amandes amères. On y ajoute, avec un médiocre succès, il faut le dire, la teinture de cantharides, le quinquina, le jus de citron, en vue d’arrêter la chute des cheveux, lorsqu’elle se mani- feste. Quant aux « pommades pour faire repousser les cheveux », elles ne profitent qu’à ceux qui les vendent. Les individus qui, sottement, recourent à la teinture des cheveux méritent peu d intérêt. On peut les prévenir seulement que toutes les teintures bon teint sont des matières minérales pins ou moins toxiques, sels de plomb, d’argent, de mercure, dont le moindre inconvénient est do compromettre jusqu’au bulbe pileux, mais dont il est parfois absorbé une portion. Le temps est déjà loin de nous où le sexe masculin, régulièrement, et par mode, s’affublait de perruques plus ou moins monumentales; les hommes aujourd’hui, encore pas tous, il s’en faut, ne portent de perruques que pour remédier à une calvitie réelle et dans le cas où la dénudation du crâne est une cause positive de malaises et môme de maladies. Beaucoup de chau- ves préfèrent s’aguerrir. Mais il est clair qu’on ne saurait blâmer ceux pour qui la perruque est une sorte de vêtement, devenu une nécessité par des conditions spéciales, pas plus qu’on ne blâmerait, en des cas analogues, l’usage d’une coiffure d’étoffe, calotte, bonnet, etc. La perruque, toutefois, doit être légère, perméable à l’air et à la sueur, ne pas faire de constriction sur le crâne, être tenue propre et être quittée le plus souvent possible. Ce sont aujourd’hui les femmes qui, même sans nécessité, sont assujetties à la mode des cheveux postiches, nattes, bandeaux, boucles, chignons. Il est difficile que les faux cheveux se raccordent aux autres sans qu’il y ait quelque tiraillement pour ceux-ci; les chignons surtout étant quelquefois très lourds. En somme, les faux cheveux nuisent évidemment aux vrais et, dès que ce n’est plus qu’un sacrifice à la mode, il sera bon de le réduire au minimum. Il importe, chez les individus vivant en groupes nombreux, les écoliers, les soldats, de veiller avec soin à détruire le parasitisme du cuir chevelu, qui se répand avec une extrême facilité à la faveur des contacts, des échan- ges de coiffures, des instruments des coiffeurs servant à tout le groupe. Lailler a montré comment il faut, en relevant les cheveux des garçons ou des filles, à la nuque principalement, et en faisant une raie avec une tige mousse, reconnaître l’intégrité de la peau, qui est d’un gris ardoise chez les bruns, pâle et légèrement rosée chez les sujets châtains ou blonds. On constate la présence des poux, soit en les découvrant eux-mêmes à la racine des cheveux, soit plutôt par leurs œufs ou lentes, fixés au cheveu dans la longueur. L’emploi d’une poudre insecticide, quelques applica- tions d’eau vinaigrée ou d’eau sédative, si les enfants n’ont pas de plaie, suffisent à les débarrasser. D’ordinaire, les pellicules et les croûtes, dues à la présence des poux, disparaissent avec ces parasites, pour peu qu’on y aide par des lavages à l’eau tiède, après lesquels on essuie la peau avec soin. Dans le cas de pellicules farineuses persistantes, Lailler conseille des lavages à l’eau de Panama, une fois par semaine, et l’application d’une très petite quantité d’huile. Trois autres maladies contagieuses, dont deux au moins sont dues à un champignon, se rencontrent encore sur le cuir chevelu et doivent être l’objet de soins curatifs, en même temps que des mesures propres à en empêcher la propagation. Ce sont la teigne faveuse, la teigne tonsuranle et la pelade. Les garçons, plus turbulents, y sont plus sujets que les filles. La contagiosité de la pelade est contestée par A. Ollivior; il est probable qu’il exisle, en effet, des « peladoïdes trophonévroliques » (Leloir) ou d’autres alopécies partielles non transmissibles. Mais il y a une pelade visiblement transmissible, comme l’ont observé Hardy, Besnier, Lailler, Vidal, Coustan, et qui a tous les caractères d’après lesquels on peut soupçonner un agent parasitaire, bien qu’on ne l'ait pas encore déterminé, comme le constate Cornil. Dans les faits de Coustan (120 cas) sur la garnison de Montpellier, il lut évident que la tondeuse mécanique et des képis transmis avaient été les véhicules de la contagion. La récente épidémie des Sapeurs-pompiers de Paris, sur laquelle Léon Colin a fait un rapport au Conseil d’hygiène de la Seine, a montré la propagation par le fait de coucher dans les locaux où des malades avaient séjourné et spécialement de reprendre leur traversin. Les parties génitales. — Il n’est pas de région du corps qui soit plus expo- sée que celle-là à l’accumulation des produits de sécrétion. Déplus, la con- formation des organes comporte la présence de plis, de sillons au tégu- ment, dans lesquels le contact permanent de deux surfaces cutanées ou muqueuses .est une cause spéciale de malpropreté. La circoncision chez l’homme, d’ailleurs absurde, trouve son excuse auprès de quelques hygié- nistes dans cette nécessité d’épargner au membre viril, dans les pays chauds et arides, la stagnation du sébum versé par les glandes préputiales. La né- gligence, en effet, entraîne la persistance de ce produit sous le prépuce, sa fermentation et, par suite, la macération de l’épiderme muqueux, les exco- riations et jusqu’à de véritables balanites. Il ne faut donc pas attendre l’é- poque du bain général pour en débarrasser l’organe, et ce devrait être un temps régulier de la toilette journalière. Il n'est pas démontré qu’en habi- tuant de bonne heure les jeunes garçons à ces ablutions indispensables on fasse courir plus de risques à leur moralité qu’en entretenant chez eux la pruderie, la curiosité du mystérieux et le sébum putride qui excite le pru- rit de la verge et les entraîne à y porter la main; une lotion d’eau froide est parfaitement compatible avec la chasteté ; disons mieux, elle y aide. La même prescription s’applique aux jeunes filles et aux femmes de tous les âges, d’une façon encore plus impérieuse. Mais il y a d’importantes modifications à y introduire en raison de la fonction menstruelle, dont les mères doivent surveiller l’établissement chez leurs filles, en leur enseignant les précautions de toilette que réclame cette époque : l’abstention du bain froid, la suspension des lotions froides, le changement fréquent de linge, etc. Galippe a fait remarquer le singulier travers qui porte les institutrices des maisons d’éducation religieuses à faire envisager parleurs élèves cette fonc- tion comme une chose honteuse dont on ne doit ni parler ni s’occuper, de telle sorte que les enfants s’asseyent, couchent et marchent avec une che- mise durcie ; qu’elles ont de véritables pertes pour n’avoir pas suspendu la promenade habituelle de la maison ; qu’elles se lolionnenl à tort et à tra- veis et s exposent à de sérieux accidents. Il est temps, décidément, d’ap- prendre à nos jeunes filles autre chose que les belles manières, la dévotion et la tapisserie. L’anus doit prendre sa part dos soins de toilette dont il est ici question. D’adleurs, dans 1 intérêt de la peau, du linge et des vêtements, il faut veil- lera ce que cette région ne souffre pas trop, dans l’intervalle des lavages, des souillures auxquelles elle est vouée et, spécialement dans les habitations collectives, assurer aux individus les moyens d’une toilette sommaire après chaque défécation. Dans les hôpitaux militaires de Berlin, chaque malade reçoit, tous les matins, une provision d'e papier. C’est le moyen d’échapper à ce fâcheux précepte, rappelé par H. Frülich : « Si tibi charta deest, digitis absterge foramen. » JiililiogTnpliic. — Germer : Épidémie t rie hop hy tique à Ferney-Voltaire (Acad, méd., n° 31, 1880). — Arndt : Deobachtungen an Spirochaete dcuticola (Archiv. f. patholog! Anatomie, LXXIX, 1880). — Miller : Der Einfluss der Mikroorganismen au f die Caries der Ziilme (Archiv f. experimentelle Pathologie, XVI, 1882). — Lucas-Championnière : Valeur du pain noir, des aliments phosphatés ; influence des excès de travail sur les alté- rations dentaires (Journal de méd. et de cliir. pratique, mai 1882). — Pietkiewicz. De l'hygiène de la bouche chez les enfants et les adolescents (Rev. d’hyg., V. p. 661, 1883). — Galippe : Note sur l'examen de la bouche et de l’appareil dentaire dans les établisse- ments consacrés à l'instruction publique (Rev. d’hyg., p. 889, 1883. — Dally, David, Magitot : Discussion sur le même sujet (Rev. d’hyg., V. p. 1010, 1883). — Galippe : Re- cherches sur la constitution physique et chimique des dents à l’état de santé et de maladie (Soc. biologie, mai 1884). — Gbye (A.-G.) : Des dangers que présente l'h%bitude de res- pirer par la bouche, tant pour l’organe de la respiration que pour celui de l'ouïe (V. Congrès internat, d'hygiène, à La Haye, 1884). — Magitot : Instructions relatives à l’exa- men de la bouche et des dents dans les Écoles (Rev. d’hyg., VII, p. 558,1885). — Lailler : Instructions concernant les maladies contagieuses du cuir chevelu chez les enfants (Rev. d’hyg., VII, p, 575, 1885). — Galippe : Instruction concernant les soins à donner aux dents et à la bouche chez les enfants (Rev. d’hyg., VII, p. 571, 1885). — Du même -.L'hy- giène de la bouche suivant les âges et suivant les sexes (Rev. d’hyg., VIII, p. 660, 1886). — Ollivier (A.) : La pelade à l'école (Acad, méd., 8 février 1887). — Brocq (L.) : Doit-on considérer la pelade comme contagieuse? (Gazette hebdomad. de méd. et de cliir., p. 307, 1887). — Coustan : Épidémie de pelade achromateuse observée en 1886, à Montpellier (Rev. d’hyg., IX, p. 555, 1887). — Leloir (II.) : De la pelade et des peladoïdes (Acad, méd. 26 juin 1888). — Colin (L.) : La pelade dans le gouvernement militaire de Paris (Arch. de méd. milit., XII, p. 81, 1888). CHAPITRE VII DE L’ALIMENTATION ET DES BOISSONS Nous avons reconnu la nature du support de notre espèce et les modifi- cations que l’homme lui imprime, à dessein ou involontairement, de même que celles qu’il est sujet à recevoir de ce sol, auquel il est fixé. Le milieu commun, l’air atmosphérique, a été étudié sous les mêmes aspects et il nous a fallu, dans un vaste corollaire, examiner les atmosphères partielles que se créent les familles humaines, les appareils divers à l’aide desquels il nous est permis de ne ressentir, des propriétés de l’atmosphère, que celles qui nous sont agréables ou utiles. Déjà, par tin côté, nous nous sommes aperçus que ce milieu sert aussi à nous nourrir, dans la plus large acception du mot. Nous sommes, logiquement ce semble, amenés à com- pléter cette notion, à savoir, ce que brûle cet oxygène atmosphérique, qui nous a tant occupés, eL comment l’homme croit et se maintient sur le sup- port et dans le milieu que nous connaissons. L’homme croît et entretient la constitution histologique et chimique de ses tissus et de ses organes par Y alimentation. La physiologie nous enseigne que la vie, au point de vue de la nutrition, est une balance perpétuelle entre deux mouvements opposés, l’un de des- truction ou d’usure, l’autre de réparation, ou, comme on dit, entre la désassimilation et Y assimilation. Chez l’enfant qui vient de naître, il n’y a pas d’atténuation du premier de ces mouvements ; mais le second l’em- porte. Chez l’adulte, la tendance est l’équilibre. On appelle principes alimentaires des corps capables de réparer, divers égards, les pertes de l’organisme : l’albumine, la graisse, les hydro-car- bonés, l’eau, certains sels. L'aliment est l’ensemble de ces principes, fournis dans un juste équilibre et que l’on trouve sous forme de substances alimen- taires diverses. Par extension, on donne quelque fois le nom d’aliment à une substance qui ne renferme pas tous les principes alimentaires ou qui les renferme dans des proportions défectueuses; ainsi, l’on traite d’aliment le sucre, le lait, etc. A côté des substances alimentaires, il en existe qui n’ont aucune valeur chimique, ou îi peu près aucune, dans l’alimentation, mais qui donnent aux aliments réels des qualités sans lesquelles elles se prêteraient mal à l’assimilation. Ce sont les condiments (Genussmittel). Les aliments sont de la force latente. Ils sont appelés à céder à l’orga- nisme humain cette force, qui se manifestera en phénomènes dynamiques de tout ordre, travail physique, œuvres intellectuelles, mouvements fonc- tionnels. Le mécanisme de cette mise en liberté des forces latentes est certainement de l’ordre des combustions et, comme dans les machines de l’industrie, le mouvement à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme est une transformation de chaleur en travail. Il y a, en plus, la machine vivante à entretenir, et ce sont encore les aliments qui fournissent les matériaux de cet entretien. Mais les phénomènes du premier ordre sont beaucoup plus importants que ceux du second, et il ne faut pas croire que les maLériaux oxydés (urée, acide carbonique) que nous rejetons, soient surtout des produits d’usure ; ce sont, en réalité, des scories, des cendres, de la fumée, provenant des corps brûlés que nous avons introduits dans notre machine pour y faire de la chaleur et du mouvement, mais qui n’ont jamais fait partie intégrante de nos tissus. On a pensé, à tort, que l’évaluation des pertes de l’organisme donne la mesure des quantités de principes alimentaires à restituer. En effet, la consommation de matière dans le corps augmente ou diminue selon que l’apport alimentaire est plus ou moins abondant. Si l’on se base sur la consommation de principes pour l’animal à jeun, on est au-dessous de la vérité, comme il est arrivé à Bidder et Schmidt et à Frerichs, en s'ap- puyant sur la théorie fausse de Liebig. On serait au-dessus, dans le cas où les matériaux fouinis seraient très abondants, puisque l’économie ne se borne pas iï expulser ou à emmagasiner — les principes superflus et qu’elle en détruit une partie. Tout l’azote des aliments consommés est éliminé à l’état d'urée par les urines, les selles, les sécrétions cutanées; rien n’en passe par le poumon (Voit et Pettenkofer). Le carbone brûlé est exhalé par les poumons et par la Anxouf.D, Hygiène. 2c édit. 54 peau, à l’état d'acide carbonique. Le reste des pertes est de Veau avec une certaine proportion de sels. I. Principes alimentaires. ii’aihuminc. — Le plus important des principes alimentaires, chez l’homme, est l'albumine. La quantité qui en est consommée répond à un double but, qui a été bien mis en évidence par Voit. L’albumine du corps vivant est sous deux formes : une albumine fixe, ou difficilement décompo- sable, celle des cellules et des tissus, qui ne consomment d’albumine d’ap- port que pour leur renouvellement, fort lent, et une albumine de circula- tion, facilement décomposable, qui circule dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques, alimente les cellules et fournit à leur activité; son abon- dance est subordonnée à celle de l’apport alimentaire. L’animal mis àladiète détruitplusd’albuminedans lespremières vingt-quatre heu- res que dans les jours suivants et d’autant plus qu’il a été nourri de viande. La con- sommation d’albumine va en diminuant jusqu’à un certain poinL minimum, qui dépend de la taille de l’animal. Chez l’animal gui reçoit de l’albumine, la consommation de ce principe augmente comme son apport (Lehmann). Selon Voit, avec une consommation de 2,000 gr., de viande par jour, il est rendu 144 grammes d’urée; avec 2,500 grammes 173 gr., d’urée; avec 2,660 grammes de viande, 181 grammes d’urée. Toutefois, cette pro- gression n’est régulière qu’avec un apport continu d’albumine. S’il y a des oscil- lations dans cet apporl, la consommation d’albumine se ressent encore de l’abon- dance de l’apport antérieur, de sorte qu’il ne peut y avoir insuffisance absolue, à un jour donné, sans que la consommation baisse sensiblement et qu’en somme, il s’établit une sorte de niveau, plus ou moins élevé selon la richesse de l’apport. A plus forte raison ce niveau s'établit-il, élevé ou bas, si l’apport est régulièrement abondant ou régulièrement restreint. Il existe, toutefois, pour chaque individu, un maximum et un minimum dans la capacité pour l’albumine. Chez le chien de Voit, qui consommait 2,500 grammes de viande (albumine 500 gr.) par jour, on provoquait la diarrhée en allant au delà. D’autre part, si l’apport d’albumine baisse suffisamment, la matière fixe des tissus est obligée de participer aux perles de l’organisme; l’économie rend plus d’azote qu'elle n’en reçoit. Un apport d’albumine supérieur à la consommation de l’état de jeûne n’est donc pas du luxe. Finalement, dit Forster, de grandes oscillations peuvent avoir lieu dans l’abon- dance de la nourriture azotée d’un jour à l’autre, sans inconvénient sérieux, pourvu qu’on n’aille pas jusqu’à provoquer des troubles des organes digestifs. Avec l’apport exclusif de matières albuminoïdes, la limite entre le maximum et le minimum paraît assez étroite. En effet, l’abondance d’albumine en excitant la consommation, les doses de ce principe doivent s’élever de plus en plus, pour que l'individu n’en consomme pas plus qu’il n’en reçoit. Sous forme deviande, on peut consommer beaucoup d’albumine. Rubner supporta pendant plusieurs jours le régime de 1,400 grammes de viande par jour; Ranke en mangea 2,000 grammes en un jour. Un Esquimau, cité par Parry, en dcvorail aisément 0 livres en vingt heures. Les Hottentots, générale.] PRINCIPES ALIMENTAIRES. Soi les Boschimens, les Mongols ont des capacités analogues. Mais la moyenne des hommes n’en est pas là. Aussi l’alimentation exclusive avec de l’albumine (en y ajoutant de l’eau et des sels), théoriquement possible, est impraticable. L’albumine est animale : albumine, fibrine, caséine, globuline, synto- nine, — ou végétale : gluten, légumine, etc. Cette dernière est plus riche en azote et moins en carbone que l’albumine animale. Forsler étudie à part l’influence, sur la consommation de l’albumine dans le corps, de l’association de ce principe avec d’autres substances azotées. La créatine, la tmcléine, produit de décomposilion de l’albumine, sont peu ou point absorbées. La lécithine, dérivée de la neurine, est décomposée, mais n’influe pas sur la teneur en albumine. La gélatine et les tissus gélalinisables, solubles, riches en azote, ont été tour à tour prônés à l'excès, par d’Arcet (1830), Duméril, Pellelan, Yauquelin, Guérard, ou déclarés nuis par Magendie. Selon Voit et Panum, ils sont résorbés et décom- posés, comme les autres principes albuminoïdes, mais ils ne sont pas fixés dans l’organisme. Si l’usage de la gélatine se prolonge, il se perd plus d’albumine qu’il n’en entre. Néanmoins, la gélatine épargne l’albumine; il est moins consommé de celle-ci avec la gélatine que sans elle. En d’autres termes, la gélatine est utile, quand elle accompagne l’albumine. Les peptones, selon Voit, ressemblent à cet égard à la gélatine. Les peptones étant le produit de la digestion de l’albumine, Forsler pense qu’ils peuvent être utiles aux malades, comme facilement absor- bables, à la condition de ne pas remplacer indéfiniment l’albumine. La gelée de viande nous parait être dans le même cas. Association delà graisse à l’albumine. — Les corps non azotés ne sont pas destinés uniquement à faire de la chaleur, comme le supposait Liebig. L’addition de graisse à l’albumine n’empêche pas la consommation de celle-ci, mais elle la ralentit et même la diminue, au point qu’un emma- gasinement d'albumine est possible. Le tableau ci-dessous, de Porster, représente ces résultats tels que l’expérience chez le chien les fournit: PÉRIODES D’EXPÉRIENCE. JOURS. APPORT JOURNALIER. VIANDE TRANSFORMÉE PAR Jouit. VIANDE. GRAISSE. 1 h 4 500 300 456 5 à 8 500 » 522 1 1500 >1 1500 2 1500 30 1482 3 1500 00 1489 4 1500 100 1442 5 1500 150 1422 c 1500 >1 1484 L’équilibre entre l’albumine qui entre et celle qui sort est plus vite atteint que sans giaisse. Des chiens, nourris avec 1,200 grammes de viande par jour, rendent encore de 1 albumine prise à leur propre substance. Si on leur donne .300 à G00 grammes de viande avec 200 grammes de graisse, l’équilibre azolé s’élablit. llubner a relevé le cas d’un homme qui, man- geant 1,435 grammes de viande = 48Br,8 azote, rendait au deuxième jour 50er,B d’azote par l’urine; on lui donna du lait, c’est-à-dire de l’albumine associée à de la graisse, assez pour représenter 12Br,8 d’azote; il ne rendit plus de celui-ci que 12Bl',6 par les urines. La graisse emmagasinée dans le tissu cellulaire rend les mômes services que celle de l’alimentation. Les gens gras supportent bien la diète. Association des hydrocarbonés à l'albumine. — Les hydrocarbonés épar- gnent l’albumine, comme la graisse, et môme mieux, suivant Voit. Les boissons sucrées rendent service aux malades en économisant leur albu- mine propre. PÉRIODE D’EXPÉRIENCE. APPORT JOURNALIER. VIANDE VIANDE. AMIDON. GRAISSE. TRANSFORMÉE. I à S jours. 2000 250 » 1793 G à 9 jours. 2000 » 250 1883 Autres substances. — La cjlycérine, môme à la dose de 25 à 30 grammes, chez de grands chiens, n’a pas paru avoir de vertu d’épargne, malgré l’as- sertion contraire de Catillon. Au-dessus de cette dose, elle produit la diurèse et exagère plutôt la destruction d’albumine. Ii» graisse. — Elle épargne l’albumine. 11 est donc utile que l’économie en possède une réserve, pourvu qu’elle ne soit pas mécaniquement gênante. Dans Yétat de diète, l’oxydation de la graisse de réserve diminue comme celle de l’albumine, mais moins largement, et le minimum arrive plus tard (Voit et Petten- kofer). Avec apport de graisse, c’est la graisse du dehors qui est consommée à la place de celle du corps; l’oxydation de graisse n’augmente pas avec l’apport, comme la transformation d’albumine. S’il est fourni moins de graisse qu’il ne s’en oxyde dans la diète, la réserve de l’économie doit combler le déficit. S’il en est mangé plus, l’économie en consomme également un peu plus; mais la plus grande part du superflu s’emmagasine dans les réservoirs adipeux. La perte ou la fixation de graisse, remarque Forster, sont indépendantes de l’introduction simultanée d’albumine. Un individu qui mange beaucoup de graisse et peu d’albumine, perd de son albumine, mais peut emmagasiner néanmoins de la graisse. C’est donc une erreur de vouloir juger de la convenance de telle ou telle alimentation par le poids qu’elle procure à l’animal. On peut mourir de faim, gras. Les bceufs tués dans les abattoirs de certaines villes du Nord, poussés à la graisse avec des tourteaux, donnent une viande d’apparence trompeuse; ce sont des bûtes malades. L’albumine fournie exclusivement peut remplacer la graisse; si elle est à petites doses (viande), l’économie est pauvre à la fois en albumine et en générale.] PRINCIPES ALIMENTAIRES. 8S3 graisse; à closes plus élevées, elle peut couvrir à la fois la perte d’albumine et celle de graisse. En augmentant encore l’apport d’albumine, il se lixe de la graisse. Le tableau ci-après exprime ces résultats d’après Voit et Pettenkofer : jouns. VIANDE TRANSFORMEE. MATIÈRE FIXÉE VIANDE. pah l’économie GRAISSE. ÉTAT PHYSIQUE DE L'ANIMAL. 1 1450 -f- 50 — 7 Gras. i 150(5 — 0 — 5 Gras. 3 1470 + 24 4* 7 Moyen. 4 1420 + 80 + 28 Maigre. Quelques-uns de ces résultats expliquent les succès de la méthode curative de l’obésité, dite de Banling. Quand il est fourni simultanément de l’albumine et de la graisse, les choses se passent suivant les lois qui régissent l’apport de l’une et de l’au- tre en particulier. Les hydrocarbonés. —Leur intervention passait pour un moyen d’en- graissement auprès de Liebig, Dumas, Boussingault, Lawes et Gilbert. En •fait, dans le cas supposé, il est éliminé par la peau et les poumons plus de carbone (sous forme de GO2) que les hydrocarbonés n’en avaient apporté. Ce qui n’est pas le cas pour la graisse. Voit et Pettenkofer ont obtenu les résultats suivants : Un chien, nourri avec 577 grammes amidon =r221gr,G carbone, rend 266gr,3 de carbone; — avec 700 grammes amidon = 268sr,7 carbone, il en rend 269gr,2. Les hydrocarbonés, facilement absorbés, peuvent épargner l’albumine et la graisse ; par suite, permettre à celle-ci de s’accumuler. Quant à la façon dont ils participent à l’engraissement, on suppose que la matière chimique servant à la formation de graisse est fournie par les molécules d’albumine qui vont disparaître. D après Liebig, au point de vue de l’oxygène nécessaire a la combustion, 100 de graisse = 240 hydrocarbonés. Au point de vue alimentaire, selon Voit et Pettenkofer, les équivalents seraient : graisse 100 = hydrocar- bonés 170 à 180. En pratique, suivant Forster et comme le prouve l’expérience, le mieux est qu’il soit associé des hydrocarbonés à des quantités modérées d’albu- mine et de graisse. Celles-ci sont mieux utilisées que dans le cas contraire, et c’est le moyen de réduire au minimum l’apport de chacun des trois ordres de substances. Autres principes non azotés. — Les acides gras, les acides des fruits et des plantes, l’alcool, la glycérine, etc., épargnent probablement quelque peu la transformation de la graisse dans l’économie. Les acides végétaux et l’alcool n’y sont que très incomplètement brûlés et, à doses élevées, produisent des accidents. Ces substances ne peuvent être que des auxiliaires accidentels de l’alimentation. Principes inorganiques. — L'eau. — Nous avons dit antérieurement (p. 145) le rôle physiologique et mécanique de l’eau. Proportion d'eau dans les tissus vivants : Chez un même animal. Os Cerveau.... Sang Corps vitré Salive...... 12 p. 100 75 — 78 — 98 — 99 — Chez tles animaux différents. Viande maigre de bœuf 78 p. 100 — de porc 76 — — de chien.... 76 — — d’oiseau 7C — — de poisson... 77 — Elle est fournie à l’économie par l’oxydation de l’hydrogène des matières alimentaires, mais surtout par l’eau des aliments et des boissons. Les animaux qui ne suent pas ont peu ou point besoin de boire. L’homme n’est pas dans ce cas. Le besoin de boire s’appelle la soif. La soif prolongée est plus pénible que la diète d’aliments et empêche d’accepter des aliments solides, même de ceux qui renferment de l’eau. Les phénomènes con- sécutifs à la privation d’eau sont : des troubles nerveux, l’excitation suivie de dépression, la mort (Savigny : naufrage de la Méduse). Les proportions d’eau du corps baissent, mais probablement assez peu, comme il arrive dans la diarrhée profuse du choléra. Il est difficile de fixer un chiffre représentant l'apport nécessaire d’eau, parce que la dépense varie suivant une foule de circonstances. C’est surLout la perle d’eau par la peau qui a les grandes oscillations. Les pertes, pour un adulte, d’après Voit et Pettenkofer, peuvent s’exprimer comme il suit : Au repos. Par les urines 1200 gr. d’eau. Par les selles 110 Par la peau et les poumons 930 Eu travail. 1150 gr. d’eau. 80 1730 - 2240 — ,2790 — Pour Forster, la proportion d’eau qu'ingère un adulte, dans ses aliments et ses boissons, va de 2,200 grammes à 3,500 par jour. Prise en excès, elle ne s’accumule pas et n’augmente pas la proportion d’eau des organes ; mais elle quitte le corps sous forme d’urine, surexcite la fonction rénale, entraîne l’économie à détruire plus d’albumine et, selon Buhl, mène il l’hypertrophie et à la dégénérescence graisseuse du cœur, alors même que les boissons ne renferment pas d’alcool. Il est fort remarquable que l’accumulation d’eau dans les organes soit, au contraire, le fait d’un régime pauvre. L’eau prend, dans les muscles surtout, la place de l’albumine détruite. L’animal peut ne pas perdre de poids, en remplaçant son muscle par de la graisse et de l’eau. Aussi a-t-on raison de dire que la viande d’un animal maigre coûte plus cher, à poids égal, que celle d’une bôte en bon état. Ces faits ressortent de l’expérience faite par Voit et Pettenkofer, en nour- rissant un chien pendant quarante et un jours au pain et à l’eau. L’animal pesait 35 kilogrammes au début et 34kll,7 à la fin; il avait reçu 40ogr,3 d’a- zote sous forme de pain et en avait rendu 531Br,7 ; soit une perte de 126gr,4 d’azote = 3,717 grammes de sa chair musculaire. Quand, après une période de nourriture chétive, on vient à fournir de l’albumine en abondance, la quantité d’eau expulsée par l’urine augmente d’abord, comme l’ont remarqué Voit et Forster; à tel point que l’animal diminue de poids. L’albumine prend la place de l’eau. La bouffissure, chez l’enfant et chez l’adulte, va bien avec la mauvaise alimentation. Le vulgaire le sait. Encore une fois, ce n’est pas en les pesant qu’on peut savoir si les gens sont bien nourris. Sel* minéraux. — Les organes renferment des phosphates alcalins et terreux, des chlorures alcalins, des sels de fer. Le triphosphate de chaux domine dans la cendre d’os ; les phosphates alcalins dans celle des mus- cles; le chlorure de sodium dans les humeurs, les sels de potasse dans le tissu cellulaire. Sang de l’homme 0,9 p. 100 de cendre (en poids}. — du chien 1,2 — — — Chair du bœuf. 1,3 — — — — du chien i,l — — — — de poisson 1,3 — — — Os de bœuf 08,0 — — — — d’homme 65,4 — — — — de tortue 63,0 — — de cobaye 65,3 — — — La nécessité de l’apport de la potasse et de la chaux dans les aliments ressort suffisamment de ce tableau. A la vérité, ces éléments minéraux se trouvent en abondance dans la viande, le lait, le pain, etc. ; c’est l’absorp- tion, chez les individus, qui fait défaut. On peut poser en principe que tout régime mixte renferme et au delà tous les sels nécessaires. Les sels du corps, dit Forster, sont libres, en solution dans les humeurs, ou combines h des éléments combustibles et font partie intégrante des organes; comme 1 albumine est fixe ou en circulation. Les sels libres subissent l’excrétion; cepen- dant il est probable qu’ils servent de réserve pour les cas où l’économie ne reçoit pas son apport normal de matières minérales. L’accumulation do sels, si ce n’est très temporairement, n’est guère possible dans l’économie; mais l’usage immodéré de sels, du chlorure de sodium spécialement, pourrait conduire à un amoindris- sement de l’assimilation alimentaire, par trouble des aptitudes digestives. Voit a cru remarquer qu’avec l’usage du sel marin, la transformation d’albumine dans l’économie s'élève. Mais il est probable qu’au fond, la grande appétence de la plupart des hommes pour le sel et ce que l’on a dit de son influence chez les animaux prouvent surtout que c’est un condiment de première valeur (v. plus loin). II. Conditions qui règlent l’alimentation. On a l’habitude de négliger ici les matériaux non combustibles, l’eau et les sels, et de ne songer qu’aux vrais principes alimentaires, pour détermi- ner les modalités de leur consommation dépendant des diverses condi- tions de la vie. La taille. — La décomposition organique n’est pas exactement propor- tionnelle à la taille ; les individus petits consomment relativement plus que les grands. Ce qui est heureux, dans les armées, par exemple, où la ra- tion est la même pour toutes les tailles. Cependant, l’homme, qui use des abris et des vêtements, échappe notablement à la règle d’après laquelle les petits animaux, ayant relativement une plus grande surface, se refroidis- sent plus vite que les grands. En général, le besoin d’aliments est en rap- port avec le développement du système musculaire. Si un cheval de camion a besoin de manger plus qu’un petit poney, c’est d’abord parce qu’il est plus gros (plus musclé), et non parce qu’il travaille davantage (Voit) ; le travail dépendant lui-même à la fois de la musculature et de la consom- mation d’aliments. JLe sexe. — Il ne paraît pas avoir d’influence comme tel, sauf que, dans la grossesse et la lactation, la femme a deux économies à nourrir. ■.’ftge. — Dans l’enfance, l’activité des cellules doit assurer l’augmenta- tion delà masse du corps, laquelle est de 120 à 300 grammes par semaine dans la première demi-année, 100 à 200 grammes dans la deuxième ; ou encore de 0,76 à 1 p. 100 dans le premier mois, 0,70 à 0,90 p. 100 dans le second (Bouchaud, Fleischmann et Albrecht). Selon Forster, il est fixé, chez les enfants à la mamelle, environ 5gr,o de triphosphate de chaux par semaine, soit 1 kilogramme d’os en un an. La croissance normale est entravée par un apport maigre, accélérée par un apport riche. Le gain en poids et par jour, selon Allherr, serait : Enfant nourri au sein maternel ~tr,~ — au lait de vache 2 ,0 — — condensé 1 ,0 — à la farine Nestlé 0 ,5 La race, chez les jeunes animaux, influe sur la disposition au développe- ment musculaire. Il est remarquable que la quantité de substance fixée pendant la période de croissance soit faible, relativement aux besoins de l’enfant en principes alimentaires. Les combustions intra-organiques, en effet, ont une extrême activité chez l’enfant. Le tableau suivant, d'après Forster, A^oit et Pet- tenkofer, résume les faits sur lesquels repose cette loi, en indiquant la V' générale.] CONDITIONS QUI RÈGLENT L’ALIMENTATION. 8:17 quantité de CO2 rendue par heure et par 10 kilogrammes du poids du corps, comparativement, chez les enfants et les adultes : C02. Nourrisson (fillette), âgée de 14 jours, entre deux tétcos 0*r,0 Garçons et filles de 3 A 5 ans, au repos (pain et lait) 11 — de G A 7 ans, au repos 11 ,7 de 9 A 13 ans G >'•> (Forster.) Adulte A la diète et au repos 4 ,4 — — en travail 7 ,1 — avec un régime moyen, au repos 5 ,5 — — en travail....- 7 ,2 — avec un régime riche en albumine, au repos G ,1 — — pauvre en azote, en travail 5, G La même loi se représentant chez les animaux, il est plus facile d’en- graisser les vieux que les jeunes. Le travail. — On sait aujourd’hui, contrairement à l’opinion de Liebig et aux expériences de Parkes, Pavy, Austin Flint, que ce n’est point la combustion de l’albumine (du muscle) qui fournit la force transformable en travail. Cette formule de Voit a été confirmée par la mémorable expé- rience de Fick et Wislicenus, sur le Faulhorn, le 30 août 1865. Après être restés 24 heures sans prendre aucun aliment azoté et ne s’êlre nourris que de gâteaux d’amidon frits dans la graisse, les expérimentateurs ont gravi la montagne et fait, d’une part, le calcul des unités de travail fournies par chacun d’eux, d’autre part, celui des unités de travail correspondant à la combustion de l’azote représenté par l’urée rendue dans les cinq heures et demie d’ascension et dans les six heures suivantes (1 calorie = 65 kilogrammètres). Fick a brûlé 37sr,17 matières azotées sèches = 162,36 unités de chaleur = 69,003 unités de travail; alors qu’il a fourni réellement 129,006 unités de travail. Wislicenus a brûlé 37 grammes matières azotées sèches = 161,62 unités de chaleur = 68,689 unités de travail disponibles, alors qu’il fournissait 148,565 unités de travail utile. La combustion de l’albumine ne rend donc pas compte de plus de la moitié du travail fourni, ou de la chaleur convertie en travail. Mais il faut remarquer que les deux savants se sont placés dans les conditions les plus larges et qu’ils ont fait intervenir dans le calcul le double, au moins, de l’azote réellement brûlé pendant l’expérience. Gavarret estime que la combustion de l’azote ne représente pas plus de 1 dixième du travail total. C’est peut-être exagéré; en définitive, l’albumine de circulation entre aussi dans des combinaisons chimiques de la nature des oxydations ; ce phé- nomène ne se fait pas sans production de chaleur et celle-ci doit trouver son emploi. Suivant Oppenheim, il y a une légère augmentation dans la destruction d’albumine, quand le travail va jusqu’à la dyspnée, et Voit lui-même porte de 118 à 150 grammes le besoin d’albumine dans l’état de travail. Au fond, l’albumine peut être la nourriture exclusive et remplacer la graisse, comme nous avons vu ; c est donc qu’elle se dédouble en une partie azotée et une autre non azotée, facilement oxydable, pouvant fournir de la cha- leur comme la graisse et les hydrocarbonés. Lactivité du muscle amène son épaississement ; c’est-à-dire qu’il y a fixa- tion d’azote sur les éléments musculaires. Aussi, l’animal entraîné sup- porte-t-il le jeûne plus longtemps que les autres. Notre espèce ne fait pas exception. Le véritable aliment du travail, c’est la graisse ou les hydrocarbonés. Lavoisier et Séguin, Vierordt, Scharling, Edw. Smith, avaient constaté que GO2 augmente par l’activité musculaire. D’autre part, le travail n’augmente pas l’excrétion d’azote (Voit et Pettenkofer). Ce sont donc les principes hydrocarbonés qui fournissent la force utilisable. Avec un régime moyen : Albumine 137 grammes; graisse 117 grammes; hydrocarbonés 352 grammes, Voit a trouvé la consommation de matière qui suit : ! ÉTAT PHYSIOLOGIQUE. VIANDE GRAISSE HYDRO- ACIDE TRANSFORMÉE. FIXÉE. TRANSFORMÉE. FIXÉE. CARBONÉS DÉCOMPOSÉS. CARBONIQUE rendu. gr- gr. g'-- gr. gr- gr- Travail 567 4- 1 173 — 56 352 1209 Repos f 568 0 72 -+- 54 352 912 Si l’on ne fournit, à l’homme en travail que la graisse nécessaire à l’état de repos, la réserve de graisse de l’économie diminue, et, même il y a transformation d’albumine pour suppléer la graisse. Cela arrive chez les gens maigres et très musclés. Ce qui explique que Pavy et Flint aient vu l’excrétion d’urée augmenter chez un coureur, à la fin du jour de travail. Le climat. — On a déjà noté son influence (pages 350 et 358). La consom- mation d’albumine dans l’économie est essentiellement indépendante de la température extérieure. La consommation d’hydrocarbonés et surtout de graisse est, au contraire, augmentée par les basses températures (Pfliiger, Voit, Charles-Théodore, Ch. Richet), qui, d’ailleurs, excitent des mouvements volontaires et involontaires. Sous les tropiques, la destruc- tion des substances non azotées n’est pas sensiblement diminuée,et l’homme est obligé d’avoir recours, pour se rafraîchir, à d’autres moyens que l’ab- stention d’aliments combustibles. Toutefois, l’activité musculaire entraî- nant toujours un surcroît d’oxydalions, on comprend qu’elle soit particu- lièrement dangereuse dans les atmosphères chaudes. D’ailleurs, comme ce n’est pas l’abondance d’oxygène qui règle l’activité des combustions organiques, mais le besoin d’oxygène du sang qui règle l’absorption de ce gaz, Forster en conclut que la pression ou la dépression barométrique n’ont pas d’influence sur la consommation des principes alimentaires. III. Matières alimentaires en général. Les matières alimentaires, telles que la nature nous les offre, renferment souvent plusieurs à la fois des principes dont il vient d’être question et même autre chose encore. Au point de vue général, on peut considérer leur 'préparation et leur digestibilité. Préparation «les matière» alimentaires. — Les matières alimentaires sont soumises à la division et à la cuisson. Les substances animales ont moins besoin de préparation que les matières végétales, au moins celles qui jouent un rôle considérable dans l’alimentation, les céréales, les légumineuses. La division a toujours de l’importance chez les enfants et les vieillards, pour qui la mastication est difficile. La cuisson ne rend pas les matières animales plus faciles à digérer que si elles étaient brutes, quoi que l’on puisse conclure des expériences faites sur les hommes à fistule stomacale (le Canadien d’Élie de Beaumont), c’est-à-dire malades; mais elle déve- loppe leur arôme, permet la continuité de l’usage et tue les parasites, pourvu que la température de 100 degrés soit atteinte dans toute la sub- stance. Chez les matières végétales, elle désagrège l'enveloppe cellulaire qui retenait l’élément nutritif et rend celui-ci accessible à l’action des sucs de l’estomac. L’espèce humaine, de temps immémorial, broie les cé- réales, en fait du pain, cuit les légumes; ce qui ne prouve pas qu’elle soit naturellement végétarienne autant qu’on le dit. Le but des préparations imposées aux matières végétales est habituel- lement de leur incorporer de l’eau ; par la cuisson, les substances ani- males en perdent, au contraire. La farine de froment a 12 à 14 p. 100 d’eau ; le pain 36 à 40 ; la viande de bœuf fraîche renferme 75 p. 100 d’eau ; bouillie, 55 à 59; rôtie, 56 à 63. Digestion des matières alimentaires. —Il ne faut pas juger la digestibi- lité par la sensation que causent les aliments (lourds ou légers), mais par ce qui est réellement utilisé. On juge de cette utilisation d’après les résidus qui se retrouvent dans les fèces, deux à trois jours après. En général, les substances animales sont digérées plus rapidement que les substances végétales et conviennent mieux aux malades. Forster rapporte, avec raison, la digestibilité des aliments : 1° h leurs propriétés physiques ; 2° à leurs propriétés chimiques; 3° aux dispositions du consommateur. Propriétés physiques'. —Le volume des matières alimentaires doit être modéré; un volume excessif entraîne des pertes de substance et pousse à exagéier de plus en plus la dose, s il est habituel. Un tel régime élargit l’estomac et l’intestin et subordonne le sentiment de satiété à la distension de ces \iscères. Les paysans irlandais passant des pommes de terre au beefsteack croient ne pas avoir mangé. Les jeunes laboureurs devenant soldats sont dans le même cas (Mulder), comme les chevaux qui passent du régime vert au régime sec. La consistance molle ou liquide est de rigueur pour les vieillards édentés et pour les petits enfants. L’homme adulte qui a des dents n’a pas beaucoup s’occuper de la consistance, tant qu’il s’agit de matières animales, mais à la condition qu’il mastique, sans quoi l’on retrouve les morceaux inatla- qués dans les selles. Les substances végétales, au contraire, ne se prêtent à l’action des sucs digestifs qu’après division et ramollissement. Un homme recevait par jour : 1000 grammes de pommes de terre. 207 — de lentilles. 40 — de pain. renfermant en tout 14&r,7 d’azote (ou 94,81 d’albumine); il perdail dans les selles 24 p. 100 de tout le poids alimentaire sec et 47 p. 100 de tout l’azote. On le mil au régime de : Viande 300 grammes ) qui renferme la même quantité d’azote, Graisse 126 — [ mais où l’amidon est remplacé par son Pain 40 — ) équivalent de graisse. il ne perdit plus que 17 p. 100 de l’azote (Hoffmann). Le pain de tout grain, difficile à digérer, entraînant une perle considérable de matière alimentaire non attaquée, devrait être donné en gros volume et n’en serait pas moins une illusion d’aliment pour la plupart des estomacs. C’est en vain que l’on a fait ressortir la richesse du son en principes alimentaires (amidon 50 p. 100; gluten 14,9); il y a une économie réelle à manger du pain blanc. Les végétaux renferment de la cellulose, de la chlorophylle, des cellules d’amidon inattaquables qui, non seulement passent dans les selles, mais entraînent avec elles une portion des éléments parfaitement digestibles, y compris des fibres musculaires, si la cellulose est mêlée à la viande. Le pain qui contient le son perd dans les selles20 p. 100 de substance nutritive (Meyer); le pain blanc 6 p. 100 seulement (voy. Pain). La température à laquelle sont pris les aliments ou boissons ne saurait dépasser de plus de 10 ou 15 degrés la température du sang. Franz Spath a fait, à cet égard, des observations intéressantes. Les aliments sont chauds, quand ils dépassent 35 à 37 degrés (Hering), la tem- pérature de la bouche. On pense, par leur moyen : échauffer tout le corps; — exciter la sécrétion des sucs digestifs; — favoriser les phénomènes de la diges- tion. Le premier but est atteint*; le second effet reste assez douteux, bien que l'hypérémie des glandes puisse être obtenue; le troisième est très vraisemblable, puisque les digestions artificielles se font au mieux il 40 degrés. Elles se iont, du reste, aussi à 30°; mais à 80° les ferments sont très compromis. Les paysans mangent la soupe très chaude, à 35 ou 00 degrés; exceptionnel- lement entre 03 et 70. Spath a vu un boucher manger la soupe à 70-72 degrés et le rôti entre 40 et 55. Lui-même peut boire largement un liquide à 50°, le prendre par cuillerées à bouche à 55 et par cuillerées à thé à 00 ou même 70 degrés; mais alors il ne faut pas conserver le liquide dans la bouche et il y a un sentiment de brûlure. C’est pour cela qu’il est moins aisé d’ingérer très chauds des solides, qu on est obligé de mastiquer; au-dessus de 55°, on avale les morceaux à peine mâchés. L’habitude de manger très chaud émousse le goùl (Weber); les cuisiniers finis- Réuéralo. | sent par avoir ce sens obtus. Elle entraîne l’insuffisance de mastication des ali- ments. La haute température de ceux-ci, alternant avec le froid des boissons, fendille l’émail des dents et prépare la carie. Au-dessus de 50 degrés, les ferments digestifs sont compromis. Au-dessus de 55 et 00, on risque de provoquer des lé- sions du tube digestif, comme le prouvent les expériences de Kostjurin (Saint- Pétersbourg) sur des chiens, avec de l’eau à 45-65 degrés et celles de Spath, sur des lapins. En introduisant par la sonde, dans l’estomac d’animaux de cette famille, 00 à 120 grammes d’eau à 55°, Spath obtint l’hypérémie et le catarrhe de la mu- queuse; à 00°, l’ulcération, même quand il faisait ingérer de l’eau froide aussitôt après; à 70°, l’inflammation avec infiltration séreuse; à 75-80°, la destruction des parois de l’estomac et la mort au bout de quelques jours. Des doses de 250 grammes à 00 degrés déterminaient des ulcérations mortelles, tandis que 15 à 30 grammes à 70-75 degrés ne faisaient que de petits ulcères et n’indisposaient pas notable- ment l’animal. Propriétés chimiques. — Les matières alimentaires n’ont pas, généra- lement, de propriétés chimiques qui puissent attirer l’attention. Parmi les propriétés chimiques primitives, Forster signale Xacidité, représentée par les acides végétaux, l’acide lactique, le sucre du lait, qui rend d’ordinaire plus de services qu’elle ne nuit. Ainsi, l’addition de sucre de lait au lait de vache, qui constipe les nourrissons, est très favorable à ceux-ci. Mais il est des propriétés acquises dans le tube digestif même, qui ont quelque importance. Il se forme, par exemple, des combinaisons qui ne sont plus absorbables. Les selles jaunes des nourrissons renferment des sels gras, qui ont fait des savons insolubles avec la chaux du lait. Il se forme, en d’autres cas, des produits de fermentation ou de putréfaction (avec l’intervention des mi- croorganismes), qui peuvent entraîner des selles liquides. Nothnagel a re- connu le Bacillus butyricus dans les déjections de l’homme sain, comme Duclaux l’a vu dans le jabot des oiseaux. Dispositions individuelles. — Le sommeil ralentit l’absorption digestive, mais le travail musculaire ne lui nuit pas, comme on le croit. Le besoin éveille l’activité digestive; le contraire la ralentit. L’enfant fournit peu de sucs digestifs; l’adulte en produit, jusqu’à de certaines limites, en raison de la richesse de l’apport. Aussi l’activité digestive languit-elle chez les individus habituellement mal nourris, comme les prisonniers. Les fèces renferment beaucoup de matières minérales et spécialement des sels de chaux, qui ne passent pas dans l’urine. L’azote qu’elles con- tiennent provient d’albumine non utilisée ou aussi de l’azote intestinal en- traîné par les hydro-carbonés. Comliinai§on «le» matières alimentaires. — Les substances animales donnent des selles petites, rares, visqueuses, pauvres en eau (70 à 79 p. 100) ; les végétaux, des selles copieuses, riches en eau (74 à 96 p. 100). Sauf poul- ies \égétaux réduits en farine et cuits, c’est par leur usage que les pertes alimentaires par les selles sont les plus considérables, comme l’indique le tableau suivant de Voit : GENRE D’ALIMENTS. QUANTITÉ P pour 1 le poids ÉCKSSAIHIÎ ournir voulu en QUANTITÉ ASSIMILÉE. MATIÈRE l'ÉCÀt.E sèche. PROPORTION pour 100 de la substance sèche en matière fécale. Azote. Carbone. Fraîche. Sèche. Mélange )> » » 015 34 5,5 Viande 538 2020 2150 518 17 3,3 Œufs 905 2231 948 247 13 5,2 Lait 2905 4052 2438 224 25 11.1 Riz 1868 890 038 576 27 3,9 Maïs 989 801 750 645 49 0,6 Pain noir 1430 1340 800 457 51 11,5 Pain blanc 1524 1231 730 439 25 5,0 Pommes de terre 4575 3124 3013 819 92 9,3 La question de race et d’éducation est assurément fort importante en ceci; toutefois, les végétariens absolus sont assez rares parmi les hommes, et leurs apti- tudes à la production matérielle ou intellectuelle ne sont point à envier. Ainsi les Indiens mangeurs de riz, les Irlandais mangeurs de pommes de terre, cités par Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire. On dirait que les peuples à l'égime végétal sont faits pour être conquis, comme les vastes familles herbivores, dans le règne animal’, ont l’air d’être destinées à faire la nourriture des carnassiers. Les végétariens sont obligés à des repas longs et répétés; ils ont la sensation de faim quand le volume manque, alors même que le repas a été plus substantiel que d’habitude. Il n’est pas impossible que la digestion lente et laborieuse des aliments amylacés et à cel- lulose ne soit une des raisons qui portent certains groupes populaires à rechercher la stimulation de l’alcool, qui, dans le cas actuel, est toute locale et pour ainsi dire mécanique. Gubler, remarquant que les parties vertes des plantes ont le privilège de retenir dans leur tissu les substances minérales en dissolution dans la sève ascendante, soupçonnait l’usage exclusif ou seulement prédominant des légumes herbacés d’être une cause importante de la dégénérescence crétacée des artères. Cette altération, plus fréquente dans les pays à sol calcaire, comme l’Orléanais, que sur les sols granitiques (Auvergne), serait commune chez les légumistes de profession et, en particulier, dans les ordres religieux, comme les trappistes (Raymond), qui se rat- tachent à cette secte en raison de principes extra-humains. Cette infériorité alimentaire se rencontre surtout dans les légumes herbacés; mais l’on peut bien rapprocher de ceux-ci la pomme de terre (il n’en faut pas moins de 4 à 5 kilogrammes à un Irlandais). Le régime animal exclusif a, au moins, l’inconvénient d’être coûteux. Forster l’accuse de produire des troubles intestinaux ; ce que l’on conçoit, lorsque la viande constitue à elle seule ce régime. En somme, il est assez rare, sauf chez quelques tribus de chasseurs à qui il importe de faire des repas rapides et rares, comme les grands carnassiers, et d’avoir une alimentation qui ne développe point le ventre ni la surcharge graisseuse. Le régime le meilleur est celui qui compense les inconvénients des vé- gétaux par les avantages du régime à la viande et inversement. Les gens riches ont soin de manger des salades avec le rôti, des fruits, etc. Des délenus condamnés, ü. Munich, observés par Schuster, recevant 104 grammes d’albumine dans un régime entièrement végétal, n’en utilisent générale.] RATION ALIMENTAIRE. »6J que 78 grammes. Au contraire, les détenus en •prévention, qui n’en reçoi- vent que 84 grammes, mais en viande, lait, légumes et pain, en utilisent 7G grammes. IV. Ration alimentaire. 1° Ration journalière. — Le but de l’introduction des aliments, comme nous l’avons dit, est moins de restituer les pertes que de constituer et d'en- tretenir dans l'économie une provision de principes alimentaires où les cellules puisent ce qui leur convient (Forster). Dans le calcul du taux alimentaire journalier, on néglige habituellement les ma- tières incombustibles ; nous avons dit pourquoi. Pour l’établir en ce qui concerne les substances combustibles, on a eu tort de se baser sur la quantité journalière des pertes en azote et en carbone, quantité qu il est facile d’élever — inutilement d’ailleurs — par la richesse de l’apport. Forster fait remarquer que, sans savoir de chimie ni de physiologie, le genre humain s’est maintenu et multiplié jusqu’ici. Donc il se nourrissait suffisamment. A vrai dire, l’espèce a une grande flexibilité digestive et, en outre, les besoins individuels ne se ressemblent pas. Mais l’on peut faire une série de types de rations journalières en évaluant, par tête et par jour, ce que consomment des groupes distincts et d’une certaine homogénéité. C’est la méthode qu’ont suivi Edw. SmiLh etPlayfair. Elle leur a donné les résultats suivants : Constitution de la ration journalière (E. Smith et Playfair). DEGRÉ THÉO ni QU K. ÀLDUMINB. •assivuo w ‘W Z O a CS ü O a a S GROUPES RÉELS. gr- er. gr. Ration (l’entretien 6G 25 330 Convalescents à l’hôpital d’Edimbourg. — Les affamés du Lancashire pendant la disette cotonnière. Travail modéré 120 40 530 Les armées européennes en paix. — moyen 153 08 508 Les armées en campagne. Travailleurs militaires à Chatam. — fort 160 00 580 — intense 184 71 570 Matelots anglais, ouvriers de chemins de fer, laboureurs, forgerons. Joignons-y quelques autres chiffres, à titre de comparaison : GROUPES. ALBUMINE. GRAISSE. IIYDKOCARBONÉS AUTEURS. gr. 'Ri*. 25 Rr. Rohm, Meinort. Liehig. E. Smith. Payen. Lippe. Leplav. Id. Arnould. Brasseurs de Munich îoo a no 130 180 140 142 143 130 70 25 — lombard 1200 1000 1000 001 100 La plupart des rations de ce dernier tableau renferment trop d’hydrocarbonés. Sauf cela, elles sont intéressantes à étudier et prouvent que l’homme s’adapte ins- tinctivement aux ressources du milieu et choisit, sans savoir, les éléments combus- tibles qui lui assurent le rendement en travail. De Gasparin accorde pour : La ration d’entretieu... — de travail Donc, en état de travail Letheby exige : Dans l’état de désoeuvrement, — de travail ordinaire — de travail intense . Azote. Carbone gr- gr. 12,51 204 12,50 45 25,01 309 Azote. Carbone. g1-- gr- 12,1 249,7 20,7 373,0 20,9 378,2 Voit et Pettenkofer, observant un ouvrier robuste, ont constaté qu'il consommait : Albumine. Graisse. Hydrocarbonés. Carbone. Au repos 137 72 352 283 En travail 137 173 352 35G Forster a déterminé des moyennes de ration journalière par une mé- thode, sinon bien exacte, au moins assez sûre, en choisissant des individus dans des conditions bien déterminées, qui ne changeaient rien à leurs habi- tudes pendant le temps de l’observation, et dont il pesait et analysait les aliments. Yoici quelques-uns de ces résultats: INDIVIDUS. POIDS ALBUMINE. GRAISSE. HYDRO- CARBONÉS. DD CORPS. DBS ALIMENTS frais. SEC. kit. er- gr- gr- gr. Kp- Médecin, 28 à 30 ans 70 3500 570 130 05 325 Ouvrier, 36 à 38 ans 70 3600 700 132 90 450 Adulte peu occupé 62 » ») 90 80 285 Femme d’ouvrier, 30 ans... )> 1900 460 76 23 340 Femme de la classe aisée... 50 » )) 70 100 190 Nourrice, 25 ans 55 7500 1060 250 220 530 11 peut exister des oscillations dans les moyennes, soit en plus, soit en moins, sans qu’il en résulte aucun inconvénient, pourvu que la provision de l’organisme reste à un taux favorable et que les écarts se compensent d’eux- mêmes. Ces oscillations sont même avantageuses, si elles favorisent la va- riété dans le régime, et il est clair qu’il en est très habituellement ainsi, puisque la ration n’est pesée que dans les groupes légalement constitués et administrés. 11 est bon, par conséquent, d’encourager le « rôti du diman- che » chez les classes laborieuses (Hofmann) et, en guerre, de donner aux troupes qui ont mal mangé pendant deux ou trois jours un repas très riche (en albumine), le quatrième jour. 2° Distribution des repus. — L’homme bien portant peut digérer en générale.] RATION ALIMENTAIRE. deux heures toute sa nourriture d’un jour. Mais il est plus avantageux de la fractionner en plusieurs repas, alin d’éviter la tension gastrique et de donner plus souvent satisfaction à l’activité digestive chez les enfants, les femmes qui nourrissent, les ouvriers en travail intense. 11 est bon de ne pas faire les premiers repas les plus copieux, puisque la générosité de l’apport d’albumine excite la consommation de ce principe. D’ailleurs, le matin, le sommeil a ralenti les oxydations. De infime, comme il va les ralentir pen- dant la nuit, il est bon de manger peu au repas du soir. Dans nos habitudes, les gens qui travaillent font trois repas par jour, un le matin, un second à midi, un troisième le soir. A la campagne, dans les grandes journées d’été, les paysans, dont le régime, d’ailleurs, à cette épo- que, est très chargé de végétaux, font un quatrième repas vers 4 ou 5 heures du soir. Les soldats ne font que deux repas, à 9 ou 10 heures du matin et à 4 ou 5 heures du soir; on est arrivé, toutefois, à introduire dans les habitudes militaires un petit repas du matin, au café et au pain, ou avec une soupe maigre. Le principal repas doit toujours être dans le milieu de la journée: Edw. Smilh propose de distribuer de la façon suivante la consommation relative, à chaque repas : Carbone p. 100. Azote p. 100. Déjeuner 35 35 Dîner 40 45 Souper 25 20 Selon Voit, un dîner d’ouvrier devrait fournir 59 grammes d’albumine, 34 de graisse et 160 d’hydrocarbonés, l’albumine et une partie de la graisse étant représentés par 190 grammes de viande avec sa graisse. 3° Équilibre des principes alimentaire». — Les principes (IZOlés, Cil pratique, ne sont pris exclusivement ni aux végétaux ni aux substances animales. Les Indiens, que l’on dit vivre de riz, mangent encore du poisson, des œufs, des oiseaux et même de la viande proprement dite. Un médecin mange 385 grammes de viande, représentant 77 gr. d’albumine. 190 — de pain, — 20 — Un ouvrier mange 185 — de viande, — 37 — — 400 — de pain, — 41 — C’est-à-dire que le médecin, consommant d’ailleurs plus d’albumine, en prend quatre fois plus à la viande qu’au pain, tandis que l’ouvrier en em- prunte plus à celui-ci qu’à la viande. Le lait renferme 30 grammes d’albu- mine par litre, le quart de celle qui est nécessaire à un adulte. Voit estime que 35 p. 100 de l’albumine nécessaire doivent être pris à la viande; il en faut pour cet office, 190 grammes par jour. I oui les principes non azotés, la graisse et les hydrocarbonés peuvent se suppléer dans de certaines limites. Mais les hydrocarbonés entraînent tou- jouis une alimentation volumineuse, il faut en restreindre l’usage et faire toujours une part à la graisse; 56 grammes de graisse pour 500 d’hydrocar- bonés par jour, selon Voit, ou encore dans la proportion générale de 3, 4 Arnould, Hygiène. 2° édit. jjjj (adulte dans l’aisance) à 5 (ouvrier adulte) d’hydrocarbonés contre 1 de graisse, d’après Forster. Une proportion élevée de graisse est préférable pour l’homme qui tra- vaille. Dans les pays chauds, il est avantageux de la remplacer assez large- ment par les hydrocarbonés, qui font moins de chaleur (100 de graisse donnent 9070 calories; 175 d’hydrocarbonés n’en fournissent que 5860). Pourtant les Arabes d’Algérie adorent l’huile d’olives. Peut-èlre que les Esquimaux, les Samoièdes, sont encore plus avides de corps gras. La ration du soldat français ne prévoit pas de graisse, en dehors de celle que la viande peut naturellement porter. C’est une lacune que Schindler propose, légitimement, de combler par 47 gr. 50 de Igraisse (saindoux, lard) qui s’ajouteront aux 7 à 8 grammes de hasard de la ration de viande. Le tableau ci-après, de Voit, montre que l’on ne saurait demander tout l’azote ni tout le carbone à la même substance, ou qu’il n’y a pas de substance alimen- taire qui soit vraiment un aliment. Il faut : Pour 118 grammes d'albumine. gr. Fromage 272 Pois 520 Viaude maigre 538 Farine de froment 796 OEufs (18) 905 Mais 989 Pain noir 1,430 Riz 1,868 Lait 2,905 Pommes de terre 4,575 Choux 7,625 Navets 8,714 Bière » Pour 328 grammes de carbone. Maïs 801 Farine de froment 824 Riz 895 Pois 919 Fromage 1,160 Pain noir 1,346 OEofs (43) 2,231 Viande maigre 2,620 Pommes de terre 3,124 Lait 4,652 Choux 9,318 Navets 10,650 Bière 13,160 Le foin, dit Voit, renferme aussi de l’albumine et du carbone sans, pour cela, pouvoir être un aliment pour notre espèce. C’est en allant contre ces principes que l’ouvrier lombard mange 3kil,500 de maïs, l’Irlandais 5 à 6 kilogrammes de pommes de terre, les Indiens des quantités formidables de riz, sans atteindre à la force physique ni morale. Liebig parle de bûcherons, dont le régime composé de pain, de farine, de graisse, peut-être aussi de lait et de fromage, comporte : Albumine. Graisse. Hydro-carbonés, lo 112 309 691 2o 135 208 876 Dans une terre appartenant au professeur Ranke, les valets de ferme reçoivent, de temps immémorial, en farine et graisse : albumine 143, graisse 108, hydrocar- bonés 788. Les enfants, étant soumis à l’accroissement, ont besoin d’une prédominance d’al- bumine dans leur régime; dans le lait de la femme, le rapport des matériaux azotés aux non azotés est en effet de 1 à 2,7. Mais cette nécessité d’un excès d’albu- minoïdes ne se maintient pas dans la seconde enfance. Si, d’un côté, l’enfant a be- soin de fixer de la fibre, de l’autre l’ouvrier adulte détruit par usure une plus large proportion de substance musculaire. Le rapport des matériaux azotés aux non azotés étant de 1 à 3,5 chez l’ouvrier au repos, de 1 à 4,7, chez l’ouvrier en travail il sera de I à 3,9 chez l’enfant de 10 à 13 ans. Voit conseille de distribuer comme ci-dessous les éléments du régime de cette catégorie d’individus : Enfants de 0 à 15 ans (Voit). Albumine. Graisse. Hydrocarbonés. ( Rapport, des azotés aux 79 3C 251 ) non azotés ± En se basant, non sur l'observation directe, mais sur des calculs ingénieux Hervé-Mangon trouve que la ration alimentaire moyenne et journalière, en France, par kilogramme d’adulte, contient 5Rr,1797 de carbone et 0k1-,280 d’azote. Pour Paris et les villes au-dessus de cent mille âmes, ces chiffres deviennent respectivement 3lçr,G7a de carbone et 0er,332 d’azote. Enfin, pour la population des campagnes, la ration renferme : carbone 5^808 et azote 0^T,2~o. D’où, pour un adulte du poids de G5 kilogrammes : Carbone. Azote. Citadins 368,77 21,58 Ruraux., 377,52 17,87 11 sera queslion de la sapidité des aliments et de la variété des repas, l’article Condiments. Y. Les matières alimentaires en particulier. Puisque les principes alimentaires minéraux se trouvent dans les subs- tances animales et végétales, nous ne nous occuperons que de celles-ci et dans l’ordre qui vient d’ètre énoncé. A. SUBSTANCES d’ûRIGINE ANIMALE. L-a viande. — C’est, à proprement parler, la chair musculaire des mammifères, des oiseaux, des poissons. Mais, en économie domestique et en hygiène, on donne le nom de viande t\ un ensemble comprenant, avec la chair musculaire, les os, le tissu cellulaire, la graisse, les tendons. On range môme sous ce titre les viscères et les parenchymes, poumons, foie, reins, cerveau ; tandis que le vulgaire fait, bien à tort, une opposition entre la viande et le poisson. L’Eglise entretient cette histoire naturelle bizarre. La viande, dans les conditions que nous dirons, est un très riche aliment. Ou peut même dire qu’il marche au premier rang parmi tous les autres, encore que l’on ne puisse conclure de là à la nécessité absolue de son intervention prédo- minante dans le régime de tous les hommes. En effet, la consommation de viande est en réalité minime dans toutes les contrées de l’Europe, c’est-à-dire dans la région de la lerre où l’on travaille surtout et où l’on produit; elle l’est particuliè- rement, même, dans les classes à qui incombe le poids de l’exécution matérielle des œuvres prodigieuses de notre époque. Celte circonstance compromet l’expli- cation qu on a donnée de I anthropophagie chez quelques Ivanaques océaniens, par besoin de manger quelquefois de la viande; on s’explique que des hommes mangent de l’homme quand ils n’ont rien à manger, mais non autrement. Il y a, chez les Kabyles de 1 Algérie, une iêle dans laquelle les chefs du village tuent des bœufs ut îles moutons qu'ils offrent aux pauvres, aliu que ceux-ci aient mangé de la viande au moins une lois dans l’année. Cotte coutume a peut-être pour origine cette idée de la nécessité impérieuse de la viande pour l’homme; seulement, elle n'atteint guère son but ; les convives surchargent leur estomac de cet aliment dont ils n’ont pas l’habitude, el la plupart n’obtiennent que des indigestions. En considérant les villes en particulier, nous relevons les chiiïres suivants de consommation de viande par habitant et par an : France (1883). kil. Paris 78 Marseille 64 Dijon 74 Toulouse 58 Bordeaux 79 Saint-Étienne 54 Nantes 40 Nancy 03 Lille 51 kil. Lyon Rouen 64 Reims Roubaix Tourcoing Le Havre Versailles Melun Les chiffres correspondants étaient : à Berlin (1883), 63 kilogrammes; à Munich (1859-1870), 83kil,2; il Vienne (1870), 67^,8; New-York (1865), 82ki',o; Dresde (1873), 74 kilogrammes; Londres, 108 kilogrammes. Malheureusement, la consommation est bien inférieure chez Jes populations rurales. Bouley et Nocard estiment qu’en France, elle n’est pas au-dessus de 15 kilogrammes par tôle et par an dans cette catégorie de la population. Les choses paraissent être moins favorables encore en Italie. A peine un quart des communes de la Lombardie et un dixième des provinces napolitaines du sud comptent réellement dans la consommation de viande. Le professeur Lombroso évalue la consommation annuelle de quelques districts ruraux du comté de Lucques à un chiffre variant entre lkil,2 et 8kil,4 par tête. Selon Couty, les Salcideiros du Brésil, les Gauchos et même les colons de la répu- blique Argentine, mangent au contraire plusieurs kilogrammes de viande par jour. Les viandes utilisées par l’homme sont, par ordre d’importance, celles des bêtes bovines, ovines, porcines, la volaille (gallinacés et palmipèdes), le gibier (mammifères et oiseaux), le cheval, la chair d’une infinité de pois- sons, de quelques batraciens, de nombreux crustacés et mollusques. 11 est peu utile de joindre b cette momenclature les viandes de hasard, chats, chiens, rats, reptiles, etc., consommées dans des cas imprévus ou de pres- sante nécessité. La constitution de ces viandes ne varie pas notablement au point de vue chimique; ce sont d’autres qualités qui en différencient la valeur hygiénique. La viande vendable, os compris, va de 53 à GO p. 100 chez un bœuf en bon état, de 55 b 65 chez un bœuf gras, de 60 à 70 chez un bœuf très gras. Le porc gras en donne 80 b 85 p. 100. Les os et la graisse forment 17 p. 100 de la viande proprement dite. Les premiers sont plus importants chez l’animal jeune et maigre. Un bœuf gras peut avoir le tiers de son poids de graisse; un cochon la moitié (Lawes et Gilbert). La graisse est en raison in- verse de l’eau. La proportion de chair musculaire est plus élevée chez l’ani- mal maigre. Viande de bœuf, d'après Siegert. CONSTITUTION. ANIMAL MAIGIIE. ANIMAL GRAS. COU. llliINS. ÉPAULE. COU. IIBINS. ÉPAULE. Eau 77,5 77,4 76,5 73,5 63,4 50,5 Graisse 0,0 1,1 1,3 5,8 16,7 34,0 Substance musculaire 20,4 20,3 19,5 19,5 18,8 14,5 La graisse envahit quelquefois le tissu cellulaire entre les faisceaux mus- culaires. Chez le bœuf, on dit que c’est excellent et, chez l’anguille, on assure que c’est indigeste. Les jeunes animaux fournissent plus de gélatine, d’ailleurs vraiment nutritive avec l’albumine. Quelques animaux sont mangés vivants, comme les écrevisses: d’autres, peu après leur mort (volailles, gibier); la viande de bœuf n’est utilisée qu’après avoir perdu la rigidité post mortem, parce que fraîche elle est douceâtre et coriace. Les acides qui s’y forment après l’abatage la ramol- lissent. Il y a probablement là une fermentation, un commencement de putréfaction. On recherche cette décomposition à un degré accentué dans certains gibiers, que l’on consomme faisandés. Le tableau ci-après (Roth et Lex) indique la richesse moyenne p. 100 en albuminoïdes, substances gélatinisables, graisse et eau, des viandes les plus usitées. VIANDES. Bœuf Veau Porc.. Mouton Cheval. Poisson, Oiseaux ALBUMINOÏDES. SUBSTANCES GÉLAT1SISAIILES. 17,G à 20,3 0,6 à 1,9 19,7 20,8 à 2i,7 19,2 à 22,7 16,2 | 4,4 18.2 à 18,8 20,1 à 21,5 19,2 20,1 à 21,7 19,5 à 20,8 21.3 à 23,5 13,7 4,4 20,3 1,4 GRAISSE. EAU. AUTEURS. 1,5 à 2,3 70 à S0 Lelnnann. )) 77,5 Schlossberger. 0,8 il 3,4 75,2 à 78.2 Petersen. " \ 71,5 à 78,5 Huppert. 2,4 ^ 78 v. Bibra. » 78.2 à 79,7 77,8 à 79,3 Schlossberger. 0,9 Petersen. » 78,3 Schlossberger. 3.7 ii G,5 71,9 à 76,1 Petersen. 2.0 à 3 76,2 à 77 Petersen. 0,8 à 2 4,6 73,2 à 76 74,1 73 , Petersen. 1,9 Moloschott. Caractères tics viandes saines. — Nous envisageons essentiellement les viandes de boucherie. Parmi les viandes saines, il en est de très bonnes et il en est de médio- cres, qui néanmoins peuvent encore servir à l’alimentation. La véritable expertise est l’examen de la viande sur pied. Rien n’est plus facile alors, avec une expérience môme limitée, que de reconnaître l’espèce, le sexe, l’âge à peu près, et la santé de l’animal destiné à être abattu ; il va sans dire qu’on pareille occurrence il n’y a pas de difiiculté pour un vété- rinaire. Aussi, le propriétaire d’un animal sain n’a-t-il aucune hésitation il le faire passer par l’abattoir; d’où, à priori, un motif de se défier de la viande qui est entrée en ville par quartiers ou en morceaux, lorsqu’il y a un abattoir dans la ville ; c’est le procédé qu’emploient les paysans des environs de Paris, lorsqu’ils se sont vus obligés de faire tuer chez eux un bœuf atteint de météorisme, une vache qui vient de vêler, et les proprié- taires de la Beauce, décidés à tirer bon parti, quand môme, de leurs mou- tons charbonneux. Malheureusement, en France surtout, les abattoirs sont encore rares'; il n’y en a pas un par arrondissement. Voici donc quelques caractères géné- raux des animaux en santé. Les ruminants (c’est presque toujours d’eux qu’il s’agit) qui se portent bien, ont l’œil doux, les oreilles et les cornes chaudes, les naseaux humides, le poil brillant et net, sans croûtes ni pustules ; on ne leur trouve pas d’en- gorgement ganglionnaire ; leur respiration est sans fréquence, leurs selles sont molles sans fluidité ; ils n’ont pas de soif immodérée, mangent avec appétit et, au repos, ruminent. L’expertise de la viande en quartiers, ou surtout en morceaux, est beau- coup plus délicate. La couleur de la viande de bonne qualité est rouge chez le bœuf et le mou- ton, blanche chez le porc, le veau, l’agneau, le chevreau. Les viandes de veau, d’agneau, de chevreau sont molles ; celles de bœuf, de porc, de mou- ton, sont fermes. Le froid sec renforce cette fermeté, l’humidité la diminue ; la viande est naturellement plus ferme après ressuage, le lendemain de l’abatage que le jour môme ; après cuisson, c’est le contraire qui se produit, la viande du jour résiste à la dent et celle de vingt-quatre ou trente-six heures est tendre. ♦ La viande de bonne qualité se coupe facilement et, à la surface d’une sec- tion perpendiculaire aux fibres, on aperçoit comme une fine mosaïque de petits polygones dont chacun est la coupe d’un faisceau musculaire. On dit qu’elle a le grain fin et serré. Par la pression, la bonne viande donne un jus rouge, légèrement acide. L'odeur de cette viande est douce et fraîche. Il faut qu’on n’aperçoive, dans l’épaisseur du morceau, ni ecchymoses ni infiltrations sanguines ou séreuses. En revanche, la graisse, d’ailleurs dé- posée en amas sur les points où elle a l’habitude de s’accumuler, doit pé- nétrer les interstices des faisceaux musculaires et donner à la coupe du morceau l’aspect dit marbré ou persillé. La graisse de couverture doit être ferme, blanche ou légèrement jaunâtre. 11 y en a une épaisse couche sous la peau autour des reins. La plèvre et le péritoine doivent être intacts, lisses, transparents (viande en quartiers) ; quand ils sont arrachés, c’est que le boucher a eu l’intention de faire disparaître les traces d’un état maladif. La moelle des os longs doit être ferme, solide, blanche ou jaune-beurre frais, très légèrement rosée ; la moelle des os courts est rosée et se fige très rapidement (Bouley et Nocard). Les surfaces articulaires des os, chez les animaux jeunes, ont la teinte plombée. Selon que la viande remplit plus ou moins complètement ces conditions, elle est de première, de deuxième, de troisième qualité (Ne pas confondre la qualité avec la catégorie, dont il sera question tout à l’heure). La bonne qualité se rencontre chez les espèces et dans les conditions suivantes : 1° Le bœuf. — Les mâles, châtrés dans leur jeune âge et n’ayant pas plus de 4 à 8 ans, systématiquement engraissés, fournissent la viande de qualité supé- rieure. La vache jeune (au-dessous de 5 ans), engraissée au préalable, donne une viande tendre, encore très estimable. On condamne peut-être trop sommairement le taureau; Delporte-Bavart (de Roubaix) fait remarquer que, dans les pièces de gibier, on recherche plutôt le mâle des animaux pour la table et qu’il n’y a pas de raison absolue qui déprécie la chair du taureau; seulement un taureau sert habi- tuellement à la reproduction à tout un troupeau de vaches et, le jour où un pareil animal est livré au boucher, il est clair que l’on n’a plus qu’une bête déjà vieille et surmenée par la répétition de la saillie; c’est aussi mauvais, mais pas plus, qu’une vache épuisée par la lactation. Des taureaux jeunes, ayant peu ou point sailli, donneraient certainement une viande louable; on en consomme beaucoup à Lille. On doit rechercher, en boucherie, le bœuf du poids de 250 kilogr., la vache du poids de 150 kilogr., ou approchant. En France, les espèces estimées sont celles de Normandie, du Charolais, du Limousin, de l’Auvergne, du Nivernais, de la Saintonge. 2° Le veau. — Le meilleur est le veau de lait de six semaines ; mais il est rare, si même il en existe encore. Ou bien les paysans, pour bénéficier plus tôt du lait de la mère, vendent le veau à quinze jours ou trois semaines; ou bien ils le sèvrent de bonne heure, l’alimentent de farines à bon marché, de tourteaux, d’herbes vertes, et le vendent à 3 ou 4 mois, énorme, n’ayant plus rien du veau et n’étant pas encore bœuf. Cette chair intermédiaire, non insalubre, est une des moins appélis- santes qu’on connaisse. 3° Le mouton. — La viande de mouton possède toutes ses qualités chez un animal châtré à six mois et âgé de 2 à 3 ans, qui a pâturé à loisir sur des terrains secs, à végétation de bonne nature. Les moulons du Berry, de Bourgogne, des Ardennes, jouissent d’une réputation méritée. On peut appliquer à la viande dé brebis et à celle de bélier ce qui a été dit de la vache et du taureau. 4° Le porc. — La qualité de la viande de porc châtré, mâle ou femelle, dépend beaucoup de la nourriture à laquelle on a soumis cet animal, dont le goût à cet égard est si complaisant. Le meilleur est celui qui a été nourri de grain ou même de pommes de terre, pourvu que l’on ait soin de le mettre au régime du lait dans les derniers jours de sa vie. Alors sa viande est blanche, parfumée, d’une digestion facile; le lard est ferme, à grain fin, d’une blancheur de neige. La chair du porc se prête mieux que toute autre à la conservation par salaison et fumaison; dans cet état, la plupart des hygiénistes la déclarent indigeste. C’est une habitude prise - il suffit dy regarder pour reconnaître que le jambon est parfaitement accepté dans toutes les classes de la société et, en pratique, bien accueilli des hygiénistes eux- mêmes. Nous ne savons, d’ailleurs, aucun gré à Moïse ni à Mahomet de nous avoir mis en garde contre une viande capable de transmettre à l’homme le ver solitaire et la trichine (que les législateurs théocratiques ne soupçonnaient pas); à ce compte, le bœuf est tout aussi dangereux, puisqu’il est susceptible de cysticer- ques, de tubercule, de charbon. A quelle viande oserait-on toucher, si l’on condam- nail en bloc tonie espèce apte à contracter une maladie transmissible à l’homme? Comme exemple de viande de deuxième qualité, nous pouvons inscrire celle des bœufs de 8 à 10 ans, enlevés au travail, durs à l’engrais ; celle des vaches âgées. Le vieux taureau ayant tait la monte, la vieille vache épuisée par la lactation, sont les types de viandes de troisième qualité. A prix égal, la viande de qualité inférieure revient plus cher que celle de pre- mière qualité, parce qu’elle est peu nutritive sous un gros volume. On a donc raison de dire qu’il vaut mieux acheter la troisième catégorie d’une viande de première qualité que la première catégorie d’une viande de troisième qualité. La comparaison suivante, empruntée par Baillcl à une analyse faite à la station agricole de Schleend (Bohême) fera ressortir cette sorte d’axiome : Eau Bœuf gras. Bœuf maigre. 597 308 Chair musculaire Graisse 81 Matières extractives 14 Notons que ce sont les meilleurs morceaux qui, dans le second cas, perdent le plus en musculine et en graisse. Si l’on ajoute à ce fait brut la moindre sapidité de la viande maigre, sa digestibilité équivoque, les chances de perte en substance non attaquée par l’estomac, on. comprend que l’on ait pu se demander s’il n’y aurait pas lieu de proscrire absolument la viande très maigre de la consommation. Nocard et Bouley, en considération de la pénurie profonde et générale de viande, ne veulent pas résoudre cette question par l’affirmative; ils estiment qu’il y au- rait lieu de créer pour elle une quatrième catégorie, qui ne serait pas admise dans les boucheries ordinaires, mais que l’on tolérerait dans des élauxde basse bou- cherie avec une étiquette obligatoire indiquant la qualité réelle de la marchandise. Catégories. — La catégorie correspond à la valeur des morceaux selon la place qu’ils occupent dans un même animal, d’ailleurs bon ou mauvais. A Londres, on fait quatre catégories; à Paris, trois. « Dans la première catégorie sont rangés les muscles des régions fessière, ischio-tibiale, sus et sous-lombaires, sous les noms de culotte, tranche, tranche grasse, gîte à la noix, aloyau, filet ; ce sont les muscles les plus épais, les mieux infiltrés de graisse, les plus pauvres en intersections tendineuses; ils représentent environ 30 p. 100 du poids net de l’animal. » « La deuxième catégorie comprend les muscles de l’épaule et de la région costale, c’est-à-dire le paleron, le talon de collier, le train de côtes, la bavette d'aloyau; elle représente à peu près 23 p. 100 du poids net. » « Enfin, dans la troisième catégorie sont rangés les muscles du cou et de la tête, les muscles abdominaux, la partie inférieure des membres et delà queue, sous les noms de collier, plat de joues ou de côtes, gîte de devant ou de derrière, constituant environ40 p. 100 du poids net » (Bouley et Nocard). La figure 213 aidera à l’intelligence de cette répartition. Viande* «touteiisc«, nuisibles, virulentes. — La division que ce litre im- plique correspond assez exactement aux trois classes établies par Wiel et Gnehm, dans un ordre inverse: 1° animaux impropres à la boucherie et qu’il faut enfouir immédiatement ; 2° animaux impropres à la consomma- tion, mais qui peuvent servir à des usages industriels ; 3° animaux malades, mais dont la chair peut encore être admise dans l’alimentation. 1° Viandes douteuses. — Les viandes maigres pourraient peut-être ren- trer dans cette catégorie, en faire le degré le moins accentué. Puis vien- nent les viandes de veaux mort-nés, ou même à terme et nés vivants, mais qui n’ont pas plus de quelques jours d’âge ; la chair des animaux surmenés, ne fùt-ce que par la marche prolongée, comme sont souvent les bœufs qui suivent les troupes en campagne ; celle des animaux malades, mais seule- ment de maladies banales, météorisation, indigestion, apoplexie, paraplégie, asphgxie, /tydropisie, affections inflammatoires locales ou générales, simples, (viandes fiévreuses). Presque tous les vétérinaires (Gerlach, Bouley et No- Fig. 215. Dc/jil ddlciillé du bœuf au point de vue de la boucherie. (Les numéros indiquent les différentes catégories de viande.) caïd, Loiset) y joignent le typhus des betes bovines et la péripneumonie con- tagieuse. En 1 «S 15 et en 1870, en France, on a consommé beaucoup de bœufs aLteinls de la peste bovine, sans qu’il en soit résulté chez l’homme d accidents spécifiques ; seulement, le colportage de ces viandes a été sou- vent 1 instrument de la contagion dans des étables non infectées jusque-là. Loiset a constaté qu’à Lille, en dix-neuf ans, plus de 18,000 vaches péri- pneumoniques avaient été livrées à la consommation sans aucune con- séquence lâcheuse : on sait, d’ailleurs, que le liquide inoculable est uni- quement contenu dans le poumon, qu’il est facile de rejeter. Enfin Wiel et Gnehm rangent dans cette classe les viandes infectées de parasites non transmissibles a l’homme et même les viandes à cyslicerques, parce que cette lésion est facilement reconnaissable, qu’on peut aisément tuer le para- site par la cuisson, et qu enfin le ténia est un accident insignifiant, comparé à la trichinose. Dans la plupart des cas qui viennent d’être indiqués, l’expertise ne donne de résultats certains qu autant qu on l’a faite avant l’abatage; sur des mor- ceaux détachés, on peut tout au plus constater que la viande est défec- tueuse, mais rarement préciser quelle est la circonstance ou la maladie qui l’a rendue telle. Ces viandes, cependant, ont le plus souvent des caractères suspects. Elles sont soigneuses et de coloration brune ou même noire, parce que l’animal a été égorgé tardivement ou seulement saigné après la mort et que, d’ail- leurs, toutes les maladies asphyxiques occasionnent la coloration noire des parties irriguées par le sang. Mais l’exposition à l'air ramène la couleur rouge chez les viandes asphyxiques (sauf quand elles sont de provenance charbonneuse) et, au besoin, les bouchers les teignent du sang d’un ani- mal sain. Toutefois, la viande mal saignée tache fortement la main, laisse écouler du sang par la pression et a une odeur acide; on peut quelquefois y voir du sang coagulé dans les interstices cellulaires, retrouver des caillots dans le canal des vaisseaux. Elles sont disposées à se putréfier rapidement. Celles qui proviennent d’animaux atteints de maladies fébriles, de ca- chexie aqueuse, sont molles, infiltrées, gluantes. Presque toutes sont en outre des viandes maigres. Dans l’ensemble, on ne peut dire que l’usage de pareilles viandes puisse causer des maladies déterminées, ni même provoquer une maladie quel- conque si la consommation en est accidentelle. Mais c’est, à coup sûr, un très médiocre aliment, une nourriture illusoire que les pauvres gens payent toujours trop cher et dont la répétition fatigue les voies digestives en leur offrant à élaborer une matière indigeste, difficilement assimilable en tota- lité, peut-être irritante. Il est clair qu’on les déconseillera formellement à quiconque veut rester en possession des meilleures chances de santé, pourvu qu’il soit possible de trouver mieux. Pour l’hygiène publique, Bouley et Nocard réclament des prescriptions qui interdisentformellement le colpor- tage et l’exposition en vente des viandes soigneuses ou fiévreuses, de la pro- venance qui vient d’être indiquée. 2° Viandes nuisibles. — Nous rangeons dans cette catégorie : les viandes -putréfiées; la chair des animaux morts spontanément (de n’importe quelle maladie); les viandes pénétrées de substances toxiques; les viandes en- vahies par des parasites transmissibles à l'homme. . Viandes putréfiées. — Les viandes bien saignées et d’ailleurs de bonne qualité sont les plus résistantes è la putréfaction. La méthode d’égorgement, imposée aux Juifs comme prescription religieuse, a cette supériorité qu’elle détermine le plus complètement l’évacuation du sang des animaux de bou- cherie. En tout état de cause, la viande saine se conserve moins bien dans les temps humides et chauds que par le froid ou même la chaleur sèche; dans cette dernière condition, il suffit de suspendre la viande dans un cou- rant d’air; elle brunit et se dessèche il la surface, mais ce parcheminement extérieur préserve précisément la masse sous-jacente ; on se borne à 1 enle- ver au moment où l’on veut employer le morceau. Cette dessiccation super- ficielle suffit souvent à rendre impossible, par les mouches carnassières, grise ou bleue, le dépôt de leurs œufs; elles ont besoin d’une anfractuosité légèrement humide. 11 est plus sûr, cependant, de revêtir la viande d’une gaze ou de l’enfermer dans un local parfaitement accessible à l’air, mais dont les ouvertures sont obturées par un canevas ou une toile métallique à fines mailles; car les mouches sécrètent elles-mêmes une humeur qui dispose le point atteint à se putréfier rapidement. L’insuffiation, dont les bouchers se servent souvent pour rendre plus facile le dépouillement des bêtes, introduit dans le tissu cellulaire des germes qui, évidemment, hâtent la putréfaction ; aussi se dispense-t-on de celte opération en été. Comme il a été dit, les mauvaises viandes se putréfient très rapidement, particulièrement les viandes asphyxiques. Signol a constaté que le sang des animaux tués par asphyxie acquiert en moins de vingt-quatre heures des propriétés septiques, transmissibles par inoculation. Il n’est pas besoin d’une expertise délicate pour reconnaître cette alté- ration delà viande non préparée; dès le début, elle prend une odeur de relent facile apercevoir; plus tard, la chair est verdâtre, molle, suintante, exhalant franchement l’odeur cadavérique. La viande putréfiée est certainement et toujours dangereuse. Les hygiénistes n’en exceptent pas le gibier dit faisandé, qui a fait parfois rudement expier aux gourmets la satisfaction d’un goût, d’ailleurs assez étrange. Outre l’altération de la fibre musculaire et du suc de la viande, qui nuit évidemment à sa digestibilité et prépare la révolte gaslro-inteslinale, c’est courir des risques évidents que d’ingérer des matières septiques. Il est aisé, aujourd’hui, depuis les études faites sur les ptomaïnes (Voy. p. 472), de comprendre les accidents qualifiés de botulisme et que l’on a parfois observés par épidémies, en Allemagne et en Hollande (Wurzen, Cbemnitz, La Haye, Heesch, etc.), à la suite de la consommation de saucisses mangées à la mode alle- mande, c’est-à-dire peu ou point cuites. Le « poison des saucisses » (Wurstgift, Schinhengift) est une ptomaïne —• ou plusieurs ptomaïnes, — ce qui explique les manifestations de gastro-entérite qui frappaient Huiler etBollinger, aussi bien que les apparences typhoïdes relevées par Flinzer et par Huber, ou encore les airs d’em- poisonnement par l’atropine (Proust), signalés dans d’autres cas. D’où venaient ces ptomaïnes? De l’altération putride des viandes employées fraîches, ou du mélange à des chairs saines de viande gâtées, pratique devant laquelle ne recule pas la cu- pidiLé de quelques charcutiers. Le professeur Proust remarque que, la plupart du temps, les viandes coupables provenaient de vaches en état d’infection puerpérale. Il suppose, non sans bon mo- tif, qu’à la faveur de cet élal morbide, les microorganismes producteurs de plo- raaïnes avaient envahi les animaux et prodigieusement pullulé. Ce sont eux qui auraient causé les accidents et non point les organismes de l'infection perpuérale, ni les agents vulgaires de la putréfaction, qui ne sont pas, d’ordinaire, si offensifs pour l’économie. On a fait remarquer (Robert) que les alcaloïdes toxiques se développent surtout quand le cadavre inhumé et soustrait à l’action de l’air vient à être de nou- veau influencé par 1 oxygène. Ce serait aussi quand les saucissons, bien envelop- pés, sont entamés depuis quelque lemps, qu’ils deviennent vénéneux. La viande des boites de conserves, ouvertes depuis plusieurs jours, est dans le même cas. Il faut, sans aucun doute, faire renlrer dans le môme cadre la majorité des em- poisonnements alimentaires qui ont donné lieu à une action judiciaire, analogues à l’empoisonnement d’une femme par de l’oie farcie, dans laquelle Brouardel dé- montra l’existence d’une plomaïne, et une foule d’autres empoisonnements que nous retrouverons, parle fromage, par la morue, etc. Les alcaloïdes toxiques ne sont pas toujours décomposés à la température de la cuisson des viandes. Cependant, la cuisson détruit d’abord les organismes qui fa- briquent ces poisons. Viandes d'animaux morts. — Nous supposons que la cause de la mort n’a rien de spécifique. Un animal qui n’est pas abattu conformément à l’usage ne peut mourir que de maladie, de vieillesse, de fatigue, de mauvais trai- tements ou d’un accident traumatique. Sauf ce dernier cas, toutes les au- tres hypothèses impliquent des circonstances qui ont avili la valeur de la viande, l’ont désorganisée et préparée à la putréfaction rapide; si l’on en use aussiLôt après la mort de l’animal, on n’aura peut-être pas à redouter de conséquence spécifique, mais ce sera la plus détestable nourriture. On ne devra jamais en tolérer la mise en vente. Kühnert rapporte qu’un che- val rétif, sain d’ailleurs, ayant succombé à la violence employée pour le maîtriser, quatre porcs qui furent nourris de sa chair éprouvèrent des vo- missements, de la diarrhée, et succombèrent à leur tour. En admettant qu’il s’agit d’un accident traumatique, si la mort est rapide, l’animal n’aura pas été saigné à temps; si elle est lente à survenir, la chair équivaut à celle d’une bête malade. Viandes toxiques. — Quand une bête a été traitée par le vétérinaire, in- dépendamment de ce qu’elle a perdu par la maladie, la viande peut con- server quelqu’une des substances qui ont été employées comme médica- ment : mercure, plomb, phosphore, arsenic, etc. Outre le mauvais goût qu’elle a contracté, cette viande est capable de causer des accidents; Ger- lacli en a observé de pareils. C’est un aliment à repousser. Malheureuse- ment, il n’est guère de caractère extérieur qui puisse faire soupçonner cette imprégnation vénéneuse. C’est pour cela qu’il faut toujours se défier de la viande qui n’a pas les traits appartenant à la bonne qualité. Viandes infectées de parasites. — Le tournis du mouton, dûau cœnuruscere- ; bralis, la pneumonie, la bronchite vermineuse, l’helminthiase intestinale n’ont pas de conséquences spécifiques sur la santé humaine. Cependant, Bollinger et nous-mêmes avons fait une remarque qui n’est point sans importance ; les hydatides et les écbinocoques des animaux de boucherie ne peuvent rien transmettre à l’homme; mais, si l’on jette aux chiens, comme cela arrive, les organes affectés de cette forme parasitaire, on assure le développement du taenia echinococcus chez les chiens, qui nous le rendent à leur tour sous forme d’hydatides. Ladrerie. — a. Ladrerie du porc. — Cette affection est causée et carac- térisée par la présence, dans quelque département du tissu cellulaire do l’animal, principalement du cœur et de la face inférieure de la langue, du cysticcrque (cystieercus cellulosæ) ou larve du taenia solium. Le porc a reçu l’embryon et nourrit la larve; l’homme reçoit le cyslicerque et nourrit le ver parfait. On reconnaît quelquefois la présence des cyslicerques chez le porc vivant, sous la muqueuse de laface inférieure de la langue, qif’ils soulèvent en petites tumeurs olivaires, opalines; l’expertise, très ancienne, qui permet celle constatation, s ap- pelle langueyage (d’où langueyeurs). Mais elle n'offre pas une sécurité suffisante et il faut examiner directement la viande après l’abatage. Les cyslicerques se présentent, dans la viande fraîche et sur des coupes, sous formedepetits kystes de4à5 millimètres de diamètre, demi-transparents (fig. 216); avec une tache blanche opaque sur un des côtés et, dans la viande salée, sous forme de petits corps arrondis, rosés, du volume d’un grain de mil, constitués par le scolex, enveloppé de la membrane du Fig. 21 G. — Ladrerie du porc. Cyslicerque du cœur. Fig. 217. — Cyslicerques dans les muscles de l'homme. kyste dont le liquide a disparu. Lors môme que le vendeur a énucléé les kystes sur la coupe de sa viande, il est possible de retrouver la trace des petites excavations qui les renfermaient. On constate sans difficulté, sous une lentille faiblement grossissante,les carac- tères connus du cyslicerque du porc, si l’on a pu disposer d’un des kystes; à l'aide d’une préparation rapide, le scolex apparaît hors de la vésicule avec ses ventouses, son rostre conique et sa couronne de crochets (lig. 218). On trouve aussi accidentellement des cyslicerques chez l'homme dans le tissu cellulaire intermusculaire comme chez Je porc ladre (fig. 217). Le ténia solium, ténia armé, passait naguère pour très commun en Eu- rope; aujourd’hui que l’on y regarde peut-être d’un peu plus près, Je ténia est toujours assez vulgaire, il a même augmenté de fréquence dans les grandes villes, Paris spécialement, où il attirail en 1875, l’attention de la Société médicale des hôpitaux; mais il ne s’agit plus que rarement du Fig. 218. — Cysticerque (*). ténia solium, venu du cysticerque du porc; la variété que l’on fait le plus souvent expulser aux malades est autre, c’est le tænia saq incita (Tænia me- cliocanellata), dont la filiation du cys- ticerque du bœuf nous occupera tout à l’heure (fig. 219 et 220). Le ver solitaire est plutôt un hôte incommode qu’une véritable maladie ; les viandes àcysticerques ne sontdonc pas positivement redoutables. Il est clair néanmoins, que chacun désire ne pas encourir les inconvénients de ce parasitisme et qu’en hygiène pu- blique on doit interdire la vente delà viande infestée de cysticerques. Wiel etGnehm l’admettraient, à la rigueur, dans un étal de basse boucherie où Fig. 219. — Portion de strobile du Tænia mediocanellata de (/randeur naturelle (d’après Davaine) (**). Fi". 220. — Tête (scole.v) du Tænia medio- canellata (Tænia inennc) (d’après Da- vaine) (”*). les clients sauraient d’avance à quoi ils ont affaire. En effet, d une pail la (*) A, Animal retiré dans son ampoule. B, Animal développé. C, Fête et cou isolés. 1), l u dt sts c eliets. (**) a tête et cou (scolex) avec les premiers anneaux ; b, c, d, anneaux larges de la poition antérk les pores génitaux deviennent visibles à partir de c; e, f, anneaux carrés de la portion moveune. y, ueaux allongés de la partie postérieure. (***) h, vue de face: i, vue de côté: b, œuf. viande des animaux ladres n’est pas généralement en possession de sa ri- chesse nutritive et, d’autre part, les cyslicerques peuvent sûrement, beau- coup plus que les microgermes, être tués par la cuisson, lorsqu’on sait que la viande mise en œuvre a besoin de celte précaution. En Lorraine, où le porc est de consommation vulgaire et où sa ladrerie n’est pas très rare, on n’a jamais le ver solitaire, au moins dans les campagnes ; c’est que le lard, les jambons, les saucisses n’arrivent au consommateur qu’après avoir passé plusieurs heures dans l’eau bouillante. Pour tout prévoir, notons que rien ne s’oppose absolument à l’auto- infection, par les cyslicerques, d’un homme qui porte un ténia (R. Moniez) ; sansqu’on puisse démontrer que les cas observés d’une infection semblable aient cette origine et non une origine extérieure, on sait qu’ils sont en général graves et môme mortels, si les cysticerques sont nombreux. Nou- velle raison de faire la guerre aux parasites animaux et de surveiller tout ce qui peut en être le véhicule. b. Ladrerie du bœuf. — Davaine remarquait autrefois que le peuple connu pour être en possession de l’endémicité du ténia, les Abyssins, mangeaient plutôt du bœuf que du porc ; le mets favori et toujours désiré dans le pays, le brindo, n’est autre que la viande de bœuf crue et encore chaude; le docteur Henri Blanc avait dû lui-même se faire à ce régime, pendant sa captivité chez Théodoros. De même, les Juifs de tout pays, les Arabes, à qui la religion interdit l’usage du porc, sont sujets au ténia tout autant que les autres hommes. On se demandait donc s’il n’y avait pas lieu de réformer la théorie delà génération alternante, en supprimant pour le ténia de l’homme le passage nécessaire du ver par l’organisme du porc, à l’état de cysticerque. C’est alors (1866) que le hasard me fit apercevoir dans un filet de bœuf d’Algérie, à Constanline, des cysticerques à scolex sans cro- chets, pareils à ceux que Leuckart avait obtenus en faisant ingérer des an- neaux du tænia mediocanellatah. des animaux d’espèce bovine, et que Saint- Cyr et Perroncito obtinrent plus tard par le même procédé. Huit ans après (1874), Cauvet, à Constanline encore et le cherchant de propos délibéré, rencontra le cysticerque sans crochels dans le diaphragme d’un bœuf. Guillebeau l’a trouvé (1880), non sans peine, sous la langue d’un bœuf, en Europe, à Berne. Et, chose remarquable, c’est encore sur une vache de race bernoise que le service d'inspection de la boucherie du département delà Seine, le 4 juillet 1888, a constaté pour la première fois en France, la pré- sence du cyslicercus bovis chez un ruminant. Mais déjà Alix, vétérinaire mi- litaire, avait annoncé (1887) qu’il est très commun en Tunisie. Il résulte de là que : d’une part, le cysticerque du bœuf est, sinon rare, au moins difficile à découvrir ; mais d’autre part, qu’il existe certainement et qu’il n’est point nécessaire d’abandonner la génération alternante par cela que le ténia se présente chez des gens qui ne mangent pas de char- cuterie. Il le faut d’autant moins que la variété de ténia à peu près constamment ob- servée en Algérie (Cauvet) est le ténia dit inerme, connu des naturalistes sous les noms do T. incdiocancllata ou mieux saginala (Doze), lequel esL sans crochets (bien qu’il appartienne au type des ténias armés, selon IL Moniez), avec un scolex abso- lument identique à celui du cysticerque du bœuf. Il y a plus : à Paris, à Lille, c’est encore cette variété de ténia que l’on rencontre de beaucoup le plus fréquemment. Il serait téméraire de dire que ce ténia sans crochets était moins commun au- Irefois qu’au jourd’hui; mais sa fréquence actuelle coïncide avec l’extension mo- derne de l’habitude du beefsteack saignant et l’introduction de la viande crue dans la thérapeutique (diarrhée des enfants; diarrhée chronique desadulles; phthisie pulmonaire). Ce qui suffirait à l’expliquer. Les soldats, qui mangent le bœuf bouilli, n’ont jamais le ténia en France (L. Collin ; ils le rapportent des expéditions (Syrie, Algérie). Quelques-uns ont vu une grave objection à celte étiologie dans l'extrême diffi- culté de saisir le cysticerque du bœuf sur les animaux abattus en Europe; les bouchers ne le connaissent pas et les vétérinaires le cherchent inutilement. Mé- gnin a cru pouvoir nier la nécessité des migrations des vers cestodes; il suppose que le cysticerque peut accomplir son évolution chez le même animal, auquel cas il devient ténia inerme, aussi bien qu’y atteindre par migration chez un deuxième hôte, où, sans être différent d’ailleurs, il est pourvu de crochets. Selon lui, le té- nia armé vient à l’homme par la viande de porc ladre; « le ténia inerme lui vient, selon toute probabilité, d’œufs ou d'embryons qui ont pénétré dans son organisme à l’état d’œufs ou d’embryons microscopiques avec des boissons ou des légumes frais impurs et non de la viande de bœuf crue ou mal cuite. » Cette doctrine nou- velle est appuyée par l’auteur sur certains faits d’observation. Si elle est destinée à prévaloir, je n’abandonnerai pas pour cela entièrement l’autre, puisque j’ai vu — et failli manger — le cysticerque du bœuf. Dans les cas indiqués par les auteurs, les cysticerques de la viande de bœuf paraissent avoir été peu nombreux ; il n’en était pas de même dans mon observa- tion, et le filet infesté en renfermait peut-être plus de soixante. Leur aspect ne dif- férait pas essentiellement de celui des cysticerques dans la viande de porc; il répondait assez bien à l’apparence de la figure 217. 11 ne nous a pas paru que, vu sous un faible grossissement, le ver lui-même sorti du kyste, différât sensible- ment du cysticercus cellulosæ, si ce n’est par ce caractère de haute importance pour la simple observation clinique, de n’avoir pas de couronne de crochets à l’extrémité du scolex. Pour le reste, ce qui a été dit de la viande de porc ladre trouve entièrement son application ici. Poincaré a signalé (1880) une altération des viandes de bou- cherie qui, selon lui, pourrait se rapporter à une phase inconnue jusqu’ici de l’existence des lénioïdes. Sur plusieurs échantillons de viandes de bœuf, refusées à l’abattoir, il a constaté la présence « d’élémenls » cylindriques, avec deux ex- trémités coniques, pourvus d’une cuticule, sans traces apparentes d’organisation intérieure, longs de 0mra,28 et larges de 0mm,0o, logés dans les fibres musculaires, mais indépendants de celle-ci. Des « êtres » pareils, en grand nombre, ont été re- trouvés par le même savant chez des porcs Jadriques, et d’autant plus nombreux qu’il y avait moins de cysticerques; il les qualifie d’embryons et suppose que ces embryons sont capables, aussi bien que les cysticerques, d'engendrer le ténia. — Mégnin a fait savoir à la Société de biologie que les corps décrits par Poincaré sont déjà connus sous le nom de gregarinci Miescheriana. Le nœud de la difficulté est de démontrer que ces larves peuvent évoluer en cysticerques et en ténias. Nous aurons l’occasion, plus loin, de reconnaîlre les rapports du Bothriocéphale avec l’usage alimentaire de certains poissons. Trichinose. — La trichine (triduna spiralis), signalée'en 1832 par Hilton, démonstrateur d’anatomie à Guy s Hospital, désignée en 1833 par Owen (de Londres) sous le nom qu’elle porte encore, étudiée chez l’homme par di- vers auteurs et dénoncée en 1860, par Zenker, comme étant la cause d’épidémies formidables, inexpliquées jusque-là, est aujourd’hui parfaite- ment connue et constitue l’un des plus graves soucis de l’hygiène alimen- taire, au moins chez certains peuples. C’est un ver (nématode) filiforme, long d’un millimètre, le plus habituellement enroulé de 1 à 2 fois et demie sur lui-même dans un kyste calcaire de 2 à 3 dixiè- mes de millimètre de diamètre, qui envahit le système musculaire : diaphragme, masséter, larynx, muscles intercostaux, avant-bras, jambe, des porcs et sangliers, des rats, des renards, des martres et des putois. Il semble probable que les porcs le prennentdes rais ou des détritus d’autres porcs déjàlrichinés. De la viande de porc, dans laquelle 1 kilogramme peut contenir jusqu’à o millions de trichines, l’animal enkysté pénètre dans l’estomac de l’homme (ou du chien) qui consomme celte viande; son kyste se dissout, la trichine devient sexuée et fournit en cinq à six Fig. 221. — Fragment de muscle contenant des trichines enkystées (40 diamètres). Fig. 222. — Fragment de muscle contenu) des trichines enkystées (*). jours plus de 100 embryons, qui perforent la muqueuse intestinale et, par les ca- pillaires, arrivent jusqu’aux muscles et s’y développent pour enfin s’enkyster à leur tour (voy. fig. 221). Il faut donc chercher la trichine à l’aide du microscope mais un grossissement de 20 à 30 diamètres est suffisant. Le point essentiel est d avoir pris sur la viande suspecte des tranches très minces de 1 à 2 millimètres 2(/fois. — 4. Kyste^ntwîanl^dc'u\t°- pSleS.de tncllin.e- ~ 2- K>'st“ iso1''’- — 3- Kyste grossi céphalique; h, extrémité caudale (d’après Owênp T “ ““ grOSS,8Scme,lt (le 200 dlamè,p«- «■ c.Mr.-mité AnwouLD, Hygiène. 2'1 édit. «,■ carrés au plus, de les examiner avec atLention el de répéter plusieurs fois cet examen. On peut, à la rigueur, quand la maladie est très développée, apercevoir les saillies qui trahissent les kystes, le long des fibres musculaires, sur des par- celles de ce tissu extraites de l’animal vivant à l’aide du harpon imaginé à cet effet. Les trichines sont particulièrement abondantes dans les points où le muscle va faire place au tendon (fig. 222). Pour l’expertise au laboratoire (Bouley-Nocard) on peut utiliser la méthode de Tikhomirof qui consiste à mellre la viande, coupée en petits fragments, à digérer pendant une demi-heure dans un mélange de 4 p. d’acide azotique pour 1 p. de chlorate de potasse; on porte ensuite des fragments de muscle dans un flacon rempli d'eau distillée et l’on agite avec force, les muscles se dissocient en fibrilles très minces sur lesquelles il est facile de reconnaître, même à l’œil nu, des ren- flements fusiformes qui sont les trichines enkystées. Les trichines agissent évidemment par le nombre quand elles envahis- sent un animal, fût-il l’homme. Il y a d’abord des troubles digestifs, quel- quefois des vomissements (période cholériforme); puis des fourmillements, des douleurs tétaniques, des contractures, avec un abattement plus ou moins profond (phase musculaire ou typhique); enfin, l'œdème de la face ou des membres. C’est dans la deuxième ou la troisième période que l’on meurt, 1 fois sur 3 (Hedersleben, 1865), 1 fois sur 7 (Linden, Hanovre, 1874), 1 fois sur 6 (Emersleben, 1883). En somme, bien que des méprises aient pu être commises, par exemple à l’occasion de Y acrodynie (Le Roy de Méricourt), il est peu probable qu’on ait eu la trichinose en France, sans s’en douter (Brouardel et Grancher). Delpech, en 1866, écrivait que la trichinose de l’homme n’a jamais été observée en France, et ce fut la vérité jusqu’à la petite épidémie de Crépy- en-Valois (1873), dont Jolivet et Laboulbène dénoncèrent la nature et qui frappa 16 personnes (avec 1 décès). En Allemagne, au contraire, la maladie est commune et provient des porcs allemands, non des porcs américains, que les protectionnistes de Berlin accusent, comme les protectionnistes français. Selon Leuckart, on trouve 1 porc trichiné sur 1,800, à Gotha; sur 300, à Halle; sur 550 à Scbwerin; sur 340 à Rostock; sur 465 à Copenhague; sur 266 à Stockholm ; sur 260 à Kiel ; sur 63 à Lienkoping (Suède). Les jambons de Chicago seraient trichinés 1 fois sur 50 et peut-être même 1 fois sur 10. Cependant on ne connaît pas la trichinose en Amérique, parce que la viande de porc y est salée et passée à l’eau bouillante pendant plu- sieurs heures avant la consommation. C’est la même chose en France, où l’on a eu le tort d’interdire le lard et les jambons d’Amérique, à une époque où quelques personnages intéressés exploitaient le bruit fait par les épidémies allemandes. Nous n’avons pas de trichinose, parce que nous faisons cuire la charcuterie. Il ne faut probablement pas une haute température ni une longue appli- cation de la chaleur pour tuer les trichines. La température de 56 à 00° ou une ébullition de quelques minutes du morceau qui les renferme suffisent, à la rigueur. Cependant, comme il faut jusqu’à 2 heures de cuisson pour que l’intérieur d’un morceau un peu volumineux se mette à la tem- pérature voulue et que Gerlacli a reconnu des trichines encore vivantes dans le centre d’un morceau de 10 centimètres d’épaisseur, après une heure de cuisson, il vaut mieux exagérer ce procédé de prophylaxie que de rester au-dessous du besoin. En Allemagne, il y a toute une organisation d’inspection des viandes au point de vue de la trichinose (Trichinenschau). A Berlin, ce service emploie 136 personnes et se fait remarquablement. A l’intérieur du •pays, près de 18,000 agents pratiquent cette inspection, dans des conditions beaucoup moins sûres et examinent plus de 2 millions de porcs. On constate 1,200 fois les trichines sur les viandes allemandes et 900 fois par an sur les char- cuteries américaines. Avec les habitudes culinaires du pays, l’administration allemande a grandement raison de prendre des mesures de ce genre, quoique Wasser- fuhr estime qu’elles ne doivent pas être obligatoires et qu’il serait préféra- ble de tenir les porcs plus propres et de leur procurer une nourriture sans trichines. En France, où il riy a pas de trichinose et où l’on mange la viande bien cuite, ce luxe d’inspecteurs serait absurde, comme l’était la prohibi- tion établie par le décret du 18 février 1881. Les viandes d’Amérique ren- dent d’énormes services aux ouvriers, aux soldats, et contiennent dans de justes limites les exigences des producteurs nos compatriotes. Le Comité consultatif d’hygiène (3 mai 1886) a bien fait de juger qu’il faut les laisser entrer simplement, pourvu qu’elles soient fully cured, c’est-à-dire salées à fond; ce que les industriels de Chicago leur donnent naturellement, pour qu’elles se conservent, et ce que le premier vétérinaire venu peut vérifier. Une telle préparation ne laisse arriver que des trichines mortes. 3° Viandes virulentes. — Nous eussions pu, régulièrement, étudier sous ce titre les viandes provenant d’animaux atteints du typhus des ruminants ou de la péripneumonie contagieuse, qui ont été rangés dans la première division à cause de leurs propriétés peu offensives pour l’homme. Nous aurons en vue, cette fois, les viandes provenant d’animaux claveleux, en- ragés, morveux, aphteux, charbonneux, tuberculeux. Au point de vue général, nous retrouvons ici pour toutes ces maladies et en ce qui concerne les chances sanitaires : 1° la possibilité incontestable de la transmission, soit à l’homme, soit à d’autres animaux, de la maladie viru- lente par le maniement des animaux malades ou des viandes infestées; 2° l’incertitude de l’innocuité des virus introduits dans les voies digestives ; 3° le défaut de garantie par la cuisson et l’incertitude de l’annihilation des virus par la température à laquelle s’opère assez souvent la cuisson des viandes; 4° la sécurité que procure, au contraire, la cuisson parfaite (à 100 degrés jusque dans la profondeur). En ce qui concerne les viandes virulentes en particulier: La clavelée des moutons, et probablement ses équivalents, le cow-pox de la vache, le horse-pox du cheval, sont les maladies qui compromettent le moins la viande, j entends au point de vue des propriétés spécifiques. Autant il est certain que les squames épidermiques de la clavelée peuvent être le véhicule de la contagion, autant il est douteux que la chair soit capable de remplir le même rôle. 11 n’y a pas d’exemple de transmission par ce dernier mode. L’homme, d’ailleurs, ne prend, de la variole des animaux, que la vaccine. Bouley et Nocard déclarent que les viandes cla- veleuses peuvent être livrées à la consommation, saufla précaution de ne les détailler qu’après leur complet refroidissement. Dietzsch pense, au con- traire, qu’il faut invariablement repousser le mouton et le porc claveleux, parce que l’affection, chez ces animaux, tourne aisément à la pyémie. La rage inspire assez de terreur pour qu’il paraisse inutile de conseiller le rejet des viandes d’animaux atteints de cette maladie. Pourtant, on en a mangé de telles, salées, fumées et, je le suppose, bien cuites, sans compter Decroix, qui, convaincu que «la viande provenant d’animaux malades ou morts spontanément de n’importe quelle maladie connue est parfaitement propre à l’alimentation, » a mangé systématiquement et impunément, avec quel- ques personnes, de toutes les viandes réputées insalubres, y compris le chien enragé, cuites ou crues. En logique scientifique, la chair des animaux atteints de rage ne paraît pas dangereuse, puisque c’est la salive qui ren- ferme le virus, avec les centres nerveux, et que ce virus ne s’inocule point par l’estomac. Il existe d’assez nombreux exemples de repas humains dont la chair de cheval morveux a fait les frais. Les chirurgiens militaires en ont cité. Bar- thélemy assure, dans ses Mémoires, que pendant une famine, sous la pre- mière République, les pauvres venaient manger la viande des chevaux morveux abattus au bois de Yincennes (Decroix). Il ne paraît pas qu’il en soit résulté d’accidents de contamination. Renault (1851-1855) nourrissait, à Alfort, des chiens, des porcs, des poules, avec des débris virulents divers, parmi lesquels des viandes morveuses, sans observer la transmission de la maladie. Decroix a constaté qu’un certain nombre d’équarrisseurs mangent du cheval morveux aussi bien que de tout autre. Il n’en conclut, toutefois, rien de plus que ceci : qu’il ne faut pas se laisser mourir de faim quand on a à sa portée la viande d’un cheval morveux. Personne ne repoussera cette conclusion, mais il est douteux qu’on puisse accorder davantage. Du reste, que ce soit par l’estomac ou autrement, Dietzsch affirme que le poison mor- veux a pénétré chez des carnassiers de jardins zoologiques, à qui de pareilles viandes avaient été offertes. Il craint que du cheval morveux ne soit quel- quefois introduit dans de certains saucissons destinés à être mangés crus. La fièvre aphteuse est nettement incriminée en ce qui concerne la salu- brité du lait provenant de vaches atteintes; en Angleterre et en Amérique, en Suisse et, peut-être, en France (Proust), il a été reconnu que l’usage de ce lait peut procurer aux enfants des dérangements gastro-intestinaux, quelquefois graves, et une éruption vésiculeuse de la bouche et de la lan- gue. On pourrait jusqu’à un certain point en conclure que la viande des bêtes en puissance de cette affection n'est pas absolument inoffensive; mais il n’y a pas de fait qui le démontre et les hygiénistes l’admettent dans l’alimenta tion pourvu que l’animal ne soit pas épuisé par la souffrance. Viandes tuberculeuses. — On peut réunir sous ce titre les viandes qui ren- ferment réellement du tubercule et celles qui proviennent seulement d’ani- maux tuberculeux, quoique la question diffère un peu, d’un cas à l’autre, au point de vue de la propagation digestive du tubercule. D’ailleurs elle se pose exactement la môme pour le lait que pour la viande. Le danger résultant de la consommation de viandes tuberculeuses doit se mesurer aux notions que la théorie, l’expérimentation, l’observation, nous ont permis d’acquérir. 1. 11 n’est pas encore absolument certain que la pomme Hère (Perlsucht) des ruminants soit identique à la tuberculose de l’homme. Virchow, Wal- denburg, G. Colin, Reynal, Cornil et Trasbot, en ont douté; R. Koch ne l’affirme pas. Mais c’est infiniment probable et même, aujourd’hui, en France, l’on ne paraît plus se souvenir que ce point ait pu être contesté. 2. La voie digestive n’est pas favorable au bacille tuberculeux (voir p. 452). Cependant, peu de temps après la découverte de Villemin, Chauveau tuberculisa (1868) des veaux en les alimentant de matière empruntée aux poumons d’une vieille vache phthisique. Gerlach obtint des résultats pareils, en Allemagne. Viseur (d’Arras) rendit tuberculeux des chats en leur faisant manger du poumon de vache tuberculeuse. Straus et Wurtz (1888) démontrent que le suc gastrique ne détruit pas en six heures la virulence des bacilles tuberculeux sporulés. En revanche, alors que les observations de Johne, Nocard, Mollereau, de Lamallerye, Cagny, font brèche à la vieille réputation d’immunité vis-à-vis de la tuberculose dont jouissaient les gallinacés, les mêmes Straus et Wurtz ont pu présenter au Congrès pour l’étude de la tuberculose des poules, dont quelqu’une avait ingéré plus de 50 kilogrammes de crachats tuberculeux, et qui étaient restées absolument indemnes. La possibilité de la contamination tuberculeuse par ingestion est donc certaine; mais c’est peut-être aller trop loin que de prétendre, comme Butel (de Meaux), que l'infection tuberculeuse se produit bien plus fréquem- ment par les voies digestives que par celles de la respiration, même quand le poumon seul est atteint et que le bacille tuberculeux n’a laissé, dans les annexes du tube digestif, le foie ou la rate, aucune trace de son passage. 3. Personne ne donne le conseil de manger du tubercule; on a même toujours recommandé (Bouley, Wannebroucq, Nocard) d’écarter de la con- sommation les viscères qui sont habituellement farcis de tubercules chez les animaux phthisiques et, au besoin, tout l’animal, si les lésions tuber- culeuses sont généralisées. Mais, peut-on compter sur l’immunité, si l’on n’a ingéré que de la chair musculaire absolument exempte de nodules tuberculeux, quoique provenant d’une bête entachée de tuberculose ? Nous avons vu que la tuberculose est très régulièrement une infection locale. Aussi, les inoculations de suc musculaire de viandes tuberculeuses ont-elles échoué constamment entre les mains de Vallin et 39 fois sur 40 entre celles de Nocard. Mais l’on conçoit que, dans quelques cas, à un certain moment plus ou moins long, le bacille tuberculeux circule dans le sang et les sucs de 1 organisme, qu’en un mot la tuberculose soit, excep- tionnellement, une maladie lotius subslantiie. Les vétérinaires de Lyon auraient rencontré ce cas 1 fois sur 5. A vrai dire, il y a quelque distance entre l’inoculation et l’ingestion, au point de vue de la pénétration des virus dans l’organisme, et il n’est pas très rigoureux de conclure de l’une à l’autre. 4. En pratique, le public qui se fournit aux boucheries a, jusqu’ici, mangé quelque peu de la chair provenant d’animaux tuberculeux. En un mois, dit Vallin (1885), on a trouvé 54 fois, à l’abattoir de la Villette, des poumons farcis de tubercules; on n’a, pourtant, saisi que deux vaches phthisiques; on a mangé les autres. De môme, Villaret assure que chaque habitant de Berlin mange, par an, au moins 1 kilogramme de viande de bêtes tuberculeuses. Toutefois, la situation, à cet égard, n’est guère claire. Autrefois (1878), Vallin avait toutes les peines du monde à trouver dans tout Paris une vache phthisique; depuis, il a paru frappé que l’on trouvât 2 bêtes tuberculeuses sur 100 bovidés conduits à l’abattoir, à Munich, Augsbourg, Mulhouse, alors qu’en 1883 on n’a saisi, à Paris, que 11 bêtes bovines comme impropres à l’alimentation pour cause de tubercules, sur près d’un demi-million de ces animaux abattus. Adam, Bollinger, admettent le chiffre de 1,5 à 2 animaux tuberculeux sur 100 abattus; Villain, celui de 6 p. 1000, aux abattoirs de la Villette et de Gre- nelle; Baillet, à Bordeaux, 40 sur 22,000. C’est peu, même en supposant •qu’un certain nombre de vaches phthisiques vendues par les nourrisseurs •de Paris aux mercandiers de la banlieue, rentrent par morceaux sur les marchés de la métropole. Il est à noter qu’un bœuf gras, et même primé pour sa belle tenue, peut être tuberculeux, comme on l’a reconnu depuis que l’attention se porte dans cette direction. Or, ce ne sont point les gens qui mangent le plus de viande de boucherie qui sont les plus phthisiques ; c’est le con- traire. La cuisson à 100 degrés prolongée, comme celle pour laquelle on obtient la soupeet le bouilli, dans les habitudes militaires, tue définitivement les bacilles tuberculeux ; les soldats, naguère, ne mangeaient de viande que sous cette forme ; ils payaient néanmoins un lourd tribut à la tuberculose. On n’a pas encore pris sur le fait la transmission de cette maladie à l’homme par l’intermédiaire de la viande consommée ; le fait serait, à la vérité, difficile à saisir. A Bordeaux, dit Arloing, où Baillet ne s’oppose pâs à la consommation de la viande des animaux tuberculeux, pourvu que les lé- sions ne soient pas généralisées, la proportion des phthisiques n’a pas diminué; elle a peut-être augmenté de 0,05 p. 1000 (!), tandis qu’à Lyon, où l’on est plus sévère, elle a plutôt diminué ou du moins est restée stationnaire depuis 1877. Cette démonstration, assurément, n'est pas entraînante. Bollinger, qui avait remarqué que la tuberculose des herbi- vores se transmet par ingestion gastrique à d’autres herbivores, mais non au chien, au chat, à l’homme, raconte qu’à Munich plusieurs personnes de sa connaissance se sont soumises, pendant un temps notable, à l’usage du bœuf tuberculeux bien cuit, sans en éprouver d’inconvénient. 5. De nos jours, la tendance est à repousser entièrement toute viande de provenance tuberculeuse, fùt-elle de bonne apparence et fournie par un animal gras. Bouley a commencé, dès 1883, la réaction contre la'tolé- rance ancienne, que lui-mème avait autorisée. Le Congrès d’hygiène de La Haye (1884) a continué et, pendant que nous écrivions ces lignes, le Congrès de la tuberculose (1888) votait, à l’unanimité moins trois voix, la résolution suivante : « Il y a lieu de poursuivre par tous les moyens possibles, y compris l'in- demnisation des intéressés, l’application générale du principe de la saisie et de la destruction totale pour toutes les viandes provenant d’animaux tuberculeux, quelle que soit la gravité des lésions spécifiques trouvées sur ces animaux. » Il va sans dire qu’un tel vœu emporte l’obligation, pour quiconque intro- duit de la viande du dehors, non abattue à. l'abattoir, de la présenter en quartiers avec les poumons adhérents. D’autre part, le gouvernement vient d’ajouter la tuberculose dans l’espèce bovine à la nomenclature des maladies qui sont réputées contagieuses et donnent lieu à l’application des dispositions de la loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux. Nous ne voulons pas résister à ces opinions officielles. Du moment que le sentiment public est ainsi excité, il n’y a qu’une chose à. faire : appli- quer rigoureusement les principes adoptés et les mesures qui en décou- lent. C’est, du reste, le meilleur moyen de se rendre compte de la part que l’alimentation peut avoir dans l’entretien de la phthisie (pourvu que l’on agisse sur le lait comme sur la viande). En dehors de ce point de vue et théoriquement, nous croirions volontiers que le Congrès a été un peu radical. Pour la pratique, nous pensons que Y habitude de la cuisson parfaite des viandes mettrait sérieusement à l’abri du danger de l’infection tuber- culeuse alimentaire, si ce danger existe. Il n’y aurait qu’à reprendre cette habitude, que nous avons sacrifiée à la manie anglaise de la viande sai- gnante... quoique, pourtant, les Anglais ne soient pas plus phthisiques que d’autres peuples; au contraire (Budapest, 776 décès annuels p. 100,000 bab., par phthisie pulmonaire; Vienne, 695; Paris, 421; Munich, 387; Bruxel- les, 360; Glasgow, 307; Liverpool, 233 ; Londres 217 ; — d’après J. Korôsi). Viandes charbonneuses. — On appelle, selon les localités et selon les animaux, charbon, fièvre charbonneuse, sang de rate (Milzbrand), mal de montagne, etc., une même maladie, particulière aux bêtes bovines et ovines, mais inoculable à d’autres mammifères, entre autres à l’homme, et spécifiquement caractérisée par la présence, dans les tissus solides ou liquides, de la bactéridie de Davaine, bacillus anthracis de Cohn. Les acheteurs de viande à la criée, dans les grandes villes des contrées où le charbon est commun, sont exposés à consommer des viandes char- bonneuses que les mercandiers reçoivent des propriétaires contre une faible somme d’argent. Ces viandes sont habituellement mal saignées et brunâ- tres, asphyxiques ; la bactéridie étant un absorbant énergique de l’oxygène. Ln raison du même fait, après la disparition de l’oxygène, elles se prêtent au mieux à la pullulation du vibrion septique et se putréfient rapidement. L expertise décisive ne se fait pourtant qu’avec le microscope, qui recon- naît les amas de bacilles dans le sang. Peut-être, en hygiène publique, serait-il aussi sûr et suffisamment court de recourir à l’inoculation sur des lapins ou des cobayes, que le sang charbonneux fait périr en vingt-quatre heures environ. Getle inoculation si habituellement mortelle peut avoir lieu chez l’homme par la manipulation des viandes charbonneuses, particulièrement chez les bouchers, les cuisinières, qui se blessent quelquefois avec les instruments qui ont piqué ou taillé la viande, et chez toute personne dont les mains viennent au contact de ces chairs empoisonnées, si la peau des mains porte une gerçure, une excoriation ou toute autre solution de continuité. Le même malheur menace le consommateur dont les lèvres, la bouche, présentent une voie d’entrée à la matière virulente (Boutet), pour peu que la viande soit servie dans l’état demi-cuit qu’affectent les rôtis de la cui- sine moderne; car il est certain qu’une cuisson parfaite tue constamment le para- site, quoique Bollinger ait pensé le contraire. Sur ces bases, les administrations doivent donc interdire la vente et le colportage des viandes charbonneuses, ne fût- ce qu’en raison des dangers de contact. Bien plus, ces viandes ne devraient même pas être rangées dans la catégorie de celles dont il ne faut rien faire que les enfouir immédiatement ; cet enfouissement des animaux morts du charbon est encore dangereux, puisque le sol est le conservateur naturel des germes de la bactéridie, et que ces « endroits maudits », où les troupeaux ne peuvent aller paître sans y prendre le charbon, s’expliquent très simplement, suivant Pasteur, par l’enfouis- sement antérieur de cadavres charbonneux dans un sol favorable à l’entretien des corpuscules-germes. Ce qu’il faudrait faire des viandes charbonneuses, ce serait de les brûler. Cela se pratique à Liège (Kuborn). Mais les viandes charbonneuses, introduites dans les voies digestives de l’homme, les muqueuses supposées intactes, sont-elles capables de provo- quer le charbon chez le consommateur ; en d’autres termes, l’ingestion gas- trique du sang de rate équivaut-elle à une inoculation? La question peut se poser en ces termes, vu l’incertitude delà destruction des corpuscules viru- lents par la chaleur qui sufüt à la cuisson des viandes, préparées pour un repas ordinaire. Renault (d’Alfort), P. Bert, G. Colin, et d’autres ont pensé que l’action du suc gasLrique sur les viandes charbonneuses suffisait à anéantir leur viru- lence ; le dernier a fait à cet égard un grand nombre d’expériences qui sont restées négatives. On remarquera, pourtant, que cette question est générale et que, si l’estomac pouvait détruire le virus charbonneux, il aurait proba- blement la même action sur d’autres, le tubercule par exemple. Or, les ingestions gastriques de matière tuberculeuse ont paru être positivement offensives. Dans les fermes de la Beauce, où le charbon exerce périodiquement ses ravages, il est de règle (Bouley et Nocard) de faire servir à l'alimentation du personnel la viande des moutons qui, pris du sang de rate, ont pu être égorgés avant la mort; jamais on n’a signalé d’accidents qui aient paru résulter de cette alimentation. J’ai vu moi-môme, dans un clos d’équarris- sage près de Chartres, les ouvriers mettre de côté les plus beaux gigots charbonneux pour s’en nourrir en rentrant, eux et leurs familles; ils con- naissaient, du reste, parfaitement le danger d’une coupure avec leurs ins- truments trempés dans le sang des victimes dépecées. Dans le môme établissement, visité plus tard par G. Colin, les chiens, les chats, les poules du propriétaire mangeaient à même dans les débris charbonneux dispersés partout, sans en éprouver de conséquence fâcheuse. Par contre, Davaine, lieu, en France, Tavel, en Suisse, et des vétérinaires allemands ont signalé des cas de charbon consécutifs à l’ingestion de viandes charbonneuses parles animaux les plus divers. On peut se figurer la facilité des inoculations par ce procédé, quand on songe que, dans les expériences de Pasteur et Toussaint dans la Beauce, il suffisait d’ajouter des végétaux piquants, tels que des chardons, à du fourrage arrosé de bactéridies, pour rendre charbonneux les moutons qui paissaient cette nourriture. Bollinger, tout en reconnaissant comme très rare l’infection par voie gastrique, met au compte de ce mode d’introduction un certain nombre de cas de charbon intestinal (mycosis intestinalis), accompagnés ou non de charbon sur le tégu^ ment externe. Kelsch pense avoir assisté à des accidents de cet ordre dans une circonstance où le patient (un Maltais, à Constanline) succomba avec des phénomènes analogues à ceux de l’étranglement interne et n’offrit à l’autopsie que des tumeurs carbonculeuses sur la muqueuse intestinale, tout le long de l’intestin ; quelques-unes de ces tumeurs portaient une eschare au sommet ou étaient déjà ulcérées; il y avait une vaste suffusion sanguine dans tout le tissu cellulaire sous-péritonéal. Wagner a observé, chez des cordiers, des charbons intestinaux qu’il attribue à ce que les hommes, déposant leurs aliments dans l’atelier, quelquefois même au con- tact du crin qui doit entrer dans la fabrication de certaines cordes, avaient pu ingérer avec leur pain des poussières charbonneuses, provenant du crin d'animaux morts de charbon. L.-H. Petit rapporte qu’à Florence un médecin fut poursuivi pour avoir, étant consulté, autorisé la consommation de la viande d’une génisse, qui se trouva être atteinte du charbon et dont la viande fut l’origine de pustules malignes et même de deux cas de mort chez ceux qui en avaient mangé. Donc, il faut nettement proscrire l’usage des viandes charbonneuses et en faire connaître à tous la nocuité. Que si l’on objecte la pénurie de viande et la perte d’aliment entraînée parla destruction de celui-ci, nous renverrons aux lumières versées chaque jour par la science sur l’étiologie du charbon ; c’est en les utilisant qu’on diminuera les ravages du mal et que l’on fera, de la bonne manière, des économies de viande. N’avons-nous pas la vaccination préventive du sang de rate? Viandes typhog'enes. — C’est en Suisse, et même spécialement dans le canton de Zurich, à la suite de la consommation de viande de veau, quo se sont passés les faits qui légitiment ce paragraphe. En juillet 1839, T27 chanteurs et pas mal de curieux étaient réunis, pour un concours d’or+ phéons, à Andelfingen, canton de Zurich. Un banquet eut lieu, auquel Prirent part oOO à Güü convives, dont quelques-uns trouvèrent mauvais goût au a eau qui fut servi. Le soir même il y eut des malades; puis, beau- coup d autres, surtout entre le troisième et le sixième jour après la ren* trée des amateurs dans leurs foyers. On compta 9 décès. Il sembla que les phénomènes observés pendant la vie des malades étaient ceux de la fièvre typhoïde; aux autopsies, on reconnut des ulcérations intestinales à la fin de l’iléon et au niveau des plaques de Peyer, avec gonilement de la rate et des ganglions mésentériques. L’avis des médecins de Zurich, Pommer et Schœnlein, fut qu’en effet il s’agissait de fièvre typhoïde; Griesinger, Zehnder, se rangèrent à cette opinion, tandis que Lebert crut à une gastro- entérite et que Liebermeister, après coup, supposa que l’on avait eu af- faire à une trichinose. a En 1878, à Kloten, toujours dans le canton de Zurich, à propos d’un concours d’orphéons et à la suite d’un banquet au veau, les mêmes acci- dents se répétèrent, plus nombreux même, sinon plus graves. Il n’y eut que 6 décès sur plus de 700 cas. Une particularité curieuse fut que l’on constata 74 cas d’infection secondaire, chez des gens qui n’avaient pris aucune part au banquet, mais avaient eu des rapports avec les patients. Cinq autopsies furent pratiquées par Walder, Huguenin, Eberth ; on trouva encore les lésions de la fièvre typhoïde et même une perforation intesti- nale; de même que les symptômes cliniques avaient paru reproduire ceux du typhus abdominal. De sorte que les médecins que nous venons de nom- mer, avec O. Wyss, de Cérenville, et d’autres, affirmèrent encore une fois la fièvre typhoïde. Il est assez remarquable que, dans les années suivantes, on ail observé des accidents moins nombreux, mais identiques, dans d’autres localités du même canton, à Birmenstorff (1879), Würenlos (1880), Spreitenbach (1881). Quelle en était la nature? Bollinger a soupçonné une infection mycosique ou quelqu’une des espèces que l’on regarde comme parallèles à la fièvre typhoïde, ou même ses parentes, sans y être identiques. On peut songer à un empoisonnement putride, en raison de ce que le début a souvent été très rapproché du moment de l’ingestion de viande suspecte. Cependant, le professeur Proust, qui a appliqué à ces histoires singulières une critique savante, recule devant ceci : que les effets du prétendu poison n'étaient souvent sensibles que le quatrième jour et que, d’ailleurs, la chair du veau incriminé avait parfois communiqué, par contact, ses fâcheuses pro- priétés à d’autres viandes, d’un volume plus considérable. On ne put savoir si le veau d’Andelfingen était malade. Celui de Kloten était moribond, peut-être d’une phlébite ombilicale (Proust), lorsqu’on l’abattit. Celui de Würenlos avait le nombril enflammé. Enfin, la viande, à Spreitenbach, provenait d’une vache atteinte de métrite puerpérale, dont l’utérus renfermait un fœtus putréfié. 11 y a là des circonstances qui, évidemment, font songer à autre chose qu’aux effets d’une simple pto- maïne et qui accusent une influence spécifique dépendant directement de microorganismes infectieux. D’un autre côté, pendant l’épidémie de Klo- ten, Walder fit l’autopsie de deux veaux chez qui il constata la tuméfac- tion et le ramollissement des ganglions mésentériques, le ramollissement des plaques de Peyer et l’ulcération de quelques-unes de celles-ci. Le pro- priétaire du premier avait eu la fièvre typhoïde et, au début, avait cédé, dans l’écurie même, au besoin d’aller à la garde-robe; dans l’autre cas, on avait autopsié un typhoïsant humain non loin de l’étable. A la vérité, les vétérinaires ne connaissent pas encore la fièvre typhoïde du veau. A l’époque de l’épidémie de Kloten, le bacille d’Eberth-Gafîky n’était point familier aux épidémiologistes, comme il l’est aujourd’hui; ce qui a permis à Gafl'ky de se refuser à qualifier ces accidents si remarquables. Lorsqu’il s'en représentera de pareils, il faudra chercher le bacille typhique chez l’homme et chez le veau, et alors, comme dit Proust, il se présentera l’une des trois éventualités suivantes : ou bien le bacille sera reconnu à la fois sur l’homme et sur l’animal, et c’est Walder qui aura raison d’avoir posé la transmission de la fièvre typhoïde de l’homme au veau et réciproquement: — ou bien, on ne le trouvera que chez l’homme et point chez l’animal; ce qui compromettrait gravement la spé- cificité étiologique du microbe; — ou bien, enfin, on ne le trouvera ni chez le veau ni chez l’homme, auquel cas il faudra admettre que « des microbes différents du bacille typhoïde peuvent réaliser les symptômes et les lésions de la dothiénentérie » ; ce qui n’est pas impossible. Viandes 1883). — Scbeube (B.) : Die Nahrung der Japaner (Archiv f. Hygiene, I, p. 352, 1883) . 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Lie lait. — Produit de sécrétion de la femelle des mammifères, à l’époque de la parturition, le lait est, pour l’hygiène alimentaire, une solution aqueuse de caséine (albuminoïde), de sucre de lait et de divers sels, tenant en suspension (émulsion) des gouttelettes de graisse. Le tout, dans les proportions qui le rendent absolument propre à la nourriture du petit des mammifères et en font, pour ce cas spécial, un aliment complet, mais qui ne sont pas dans un équilibre convenable pour suffire à l’individu adulte, au moins dans notre atmosphère et hors le cas de maladie, des organes digestifs surtout. Il y a, dit-on, des peuples qui vivent exclusive- ment de lait; et l’on cite les Arabes, les Kurdes, les paysans de Suède et de Norvège. La vérité est que ces groupes vivent surtout de laitage, mais y ajoutent quelques féculents; et puis, dans les préparations qu’on entend par laitage, il y a le fromage, qui a éliminé la plus grande partie de 1 eau et concentré la matière albuminoïde. Le lait des animaux, comme tel et dans nos sociétés civilisées, entre pour une part notable dans l’alimentation des adultes; mais l’on sait que la mère, dans notre espèce, où tant de circonstances font dévier 1 ordre institué par la nature, ne peut toujours nourrir de son lait le petit humain, dans le temps où il est incapable de recevoir un autre aliment que le lait. Elle a donc recours à une autre femme en étal de lactation, ou môme au lait d’une femelle d’animal, qu’elle présente à son enfant par quelqu’un des procédés de l’allaitement artificiel. Il résulte de cette desti- nation toute spéciale que le lait a droit à la sollicitude de l’hygiène, non seulement comme tout autre aliment de première importance, mais encore et surtout parce qu’il est parfois l’aliment nécessaire et sans suppléance possible d’une portion considérable du groupe sur qui reposent les chances du mouvement démographique. Caractères physiques. —Le lait est un liquide d’un blanc mat, avec une nuance paille chez la vache, blanc bleuâtre chez la femme; opaque chez toutes deux. Quand le lait de vache tourne au bleu, il y a des chances qu’il soit coupé d’eau; dans le môme cas, l’opacité diminue, puisqu’elle est due à l’abondance de globules gras. L’odeur du lait est sui generis, agréable, ne révélant rien de l’animal dont il provient, si l’on a eu soin, avant la traite, de nettoyer exactement les trayons; pourtant le lait de chèvre a le fumet accentué et fade. La saveur en est extrêmement douce ; celle du lait de femme plus encore que celle du lait de vache. La réaction du premier est neutre ou alcaline, celle du second souvent acide, habi- tuellement neutre, rarement alcaline (réaction ampholère, dit Soxhlet). La pesanteur spécifique du lait de femme est moyennement de 1,030; celle du lait de vache au moins aussi élevée; 1,030 à 1,032 ou 1,033 (Engelhard, Goppelsroder, Ch. Girard, Quesneville). Le lait fourni dès les premiers moments de la lactation, aussitôt après la délivrance, est nettement jaunâtre, un peu transparent et jouit de proprié- tés laxatives : c’est le colostrum. Sous le microscope, la gouttelette de lait apparaît comme un amas de globules de taille inégale, variant de 1 à 20 millièmes de millimètre de diamètre, à contours nets et très réfringents, comme des corpuscules graisseux, sans nucléole. Ce n’est pas autre chose, en effet, que de la graisse et, en cette qualité, Soxhlet a raison de les considérer comme étant sans membrane d’enveloppe, contrairement à l’opinion ancienne. Le lait coupé d’eau ne présente que des globules clairsemés. Le colostrum a des corpuscules volumineux, formés de l’assemblage de plusieurs granulations graisseuses, avec des cellules épithéliales ou leurs débris. Il est facile de reconnaître, au milieu des globules du lait, les globules (vrais, ceux-là) du sang ou du pus, qui ont une enveloppe et des noyaux ou du protoplasma. Caractères chimiques. — L’élément le plus abondant du lait est l’eau, qui oscille entre 80 et 90 p. 100, selon les espèces. Les substances azotées sont représentées par la caséine et Valbumine ; la première ne serait pas à pro- prement parler dissoute dans le lait, mais dans un état de gonllement extrême, suivant lloppe-Seyler et Ilammerstein ; elle diffère de la seconde en ce qu elle ne se coagule qu’entre 130 et lo0° dans des tubes scellés her- métiquement. lloppe-Seyler y a trouvé la nucléine, qui n’existe jamais dans renferme : carbone 53,5; hydrogène 7,1 et azote 15,9 (total 10U). L’action de la pepsine la dédouble en deux corps dont l’un, le moins abondant, est regardé par Kirchner comme une peptone; Bouchardat l’appelle galactine et le range aussi dans l’albuminose. Millon le désignait sous le nom de lac- toprotéine. L’autre corps azoté, l’albumine, reste dans le lait quand on en a séparé la caséine par la pepsine ou les acides; cette albumine, qui ne précipite pas par la chaleur seule ni par les acides seuls, mais par l’ac- tion simultanée de ces deux agents, ne ressemble pas à l’albumine du sérum sanguin. L’albumine véritable, celle du sang, n’est probablement qu’en très petites proportions dans le lait (Hoppe-Seyler). La caséine du lait de vache diffère chimiquement de celle du lait de femme et surtout au point de vue de la digestibilité; elle se coagule, en effet, dans l’esto- mac des nourrissons en une masse difficilement soluble et accessible aux fermentations (Simon, Biedert, Forster). Les substances non azotées sont le sucre et la graisse. La graisse du lait est composée chimiquement de tristéarine, de tripalmitine, de trioléine et d’acides gras volatils; elle fond entre 31 et 33°. Le sucre de lait [lactose), soluble dans 6 parties d’eau froide ou 2,5 d’eau bouillante, reste dans le sérum du lait après l’écrémage; si l’on sépare l’albumine du sérum, que l’on filtre et évapore, on l’obtient en totalité. 11 fermente rapidement sous l’action du ferment lactique et se dédouble en alcool et en mannite. Les sels du lait consistent principalement en phosphates et chlorures de potasse, de soude, de chaux; la provenance du lait n’imprime que peu de variations à leur proportion. Il faut ajouter que le lait de vache frais renferme de 7,4 à 7,6 p. 100 d’acide carbonique, que Pfliiger a pu extraire par aspiration. Dans un litre de lait de vache, il y a 10 grammes d’azote et 125 grammes de carbone. Au surplus, la constitution chimique du lait, quant aux proporlious de ses élé- ments, varie avec les espèces, comme l’ont démontré les analyses de Payen, Bou- chardat et Quévenne, Christian Müller, Bolley, Gerber, etc. Le tableau ci-dessous, emprunté à L. Hirl, indique les principales différences : Composition pour 100 de différents laits. Lait. Femme Eau. 87,09 Caséine. 0,63 Albumine. 2,35 Graisse. 3,90 Sucre de lait. 6,04 Sels. 0,49 Vache 87/» 1 3,01 2,48 0,75 3,66 4,82 0,70 Brebis 81,63 4,09 3,41 1,42 5,83 4,80 0,73 Anesse 90,04 0,60 6,95 1,55 1,39 6,25 0,31 Cavale. ..., 90,71 1,24 2,01 0,75 1,17 5,70 0,37 Les chiffres reproduits ici ne se rencontrent pas les mêmes chez tous les auteurs ; mais les différences qu’ils indiquent restent de même sens; on y voiL toujours cette particularité de grand intérêt, que le lait de femme est moins riche que le lait de vache eu principes azoLés, mais plus riche en sucre ; et qu’à ce double point de vue le lait de la cavale et de l’ànesse se rapproche bien plus du lait humain que celui des ruminants. Il ne serait donc pas ridicule que l’on songeât à employer, comme succédané du lait de femme, celui de l’ànesse ou de la jument, s’il était possible de prolonger et d’utiliser la période de lactation de ces animaux, comme on le fait si facilement des vaches. Il serait imprudent de donner des chiffres qui prétendent représenter la consti- tution moyenne du lait de vache, le plus important de tous les laits après le lait de femme et le suppléant souvent. Nous préférons reproduire un certain nombre d’anaylses. Lait de vache (composition pour 100 parties). ÉLÉMENTS CONSTITUANTS. AUTEURS. Z SB < 5| 3 CO 2 j b. N M Z < tn M e. a « o a es a a a o s d CS M S CS 01 O VERNOIS ET BECQUEREL. QUÉVENNE. VOIT. d Z *© Ut FORS Été. TER. Hiver. Eau 87,25 85,70 86.46 86,23 86,41 89,81 87,10 87,40 89,40 80,20 Matières solides 12,75 14,30 13,54 13,77 13,59 » 12,90 12,60 10,60 13,80 Matières albuminoïdes. 3,90 5,40 4,93 3,70 5,51 3,68 4,10 3,30 2,80 3,40 Graisse 3,50 4,30 4,33 4,51 3,01 3,43 3,90 3,70 2,80 3,10 Sucre de lait 4,60 4,04 3,52 4.93 3,80 6,03 4,20 4,90 4,30 4,30 Cendres 0,75 0,55 0,73 0,61 0,65 » 0,73 0,70 0,70 0,72 Dans une même espèce, diverses circonstances influent sur la constitu- tion chimique du lait, principalement sur les proportions de graisse. Ainsi, la race des animaux. Vernois et Becquerel, comparant le lait de seize vaches différentes, ont constaté que la proportion d’eau variant de 803 à 883 p. 1000, celle de caséine variait entre 22 et 46, le beurre entre 32 et 98, le sucre entre 37 et 49. Les races les plus avantageuses pour les proportions de beurre sont : races hollandaise, Miirsthal, Oberinnthal, Belgique, Bohême, charolaise, Durham, Suisse, Yoigtland, Angus, bre- tonne; pour la caséine : races normande, Paris ; pour le sucre : les races flamandes. La race Shorthorn, avec le même fourrage, donne un lait bien plus riche, en beurre surtout, que la race hollandaise (Ch. Girard). Une formule aujourd’hui généralement acceptée contredit quelque peu ces ré- sultats . les races de plat pays donnent un lait plus abondant, mais plus aqueux, tandis que les races de hauteurs le fournissent plus riche en principes nutritifs. Ces dernières paraissent aussi être à peu près indemnes de tuberculose ; c’est le cas de la race grise de Schwyz ou du Ilighi (Léon- hardt). Le lait se coagule plus ou moins vite selon les races ; celui de la race frisonne plus vite que le lait des vaches de Simmenthal (Cnyrim). Le mode d alimentation retentit sur l’abondance et les qualités du lait. La raisse augmente dans le lait lorsque la nourriture donnée aux animaux est richement azotée (G. Kühn et Fleischer) ; les aliments huileux poussent à l’abondance du lait, mais il est aqueux et de saveur douteuse. A l’Insti- tut pour la cure de lait (Milchcuranstall) de Francfort-s.-M., on s’est décidé pour l’alimentation sèche; une vache (du poids moyen de 550 kil.) reçoit par jour 5 kilogrammes de foin de prairie, 8kll,500 de jeune luzerne hachée, 3 kilogrammes de farine d’orge mondé, 2 kilogrammes de farine de froment n° Y et environ 6 grammes de sel de cuisine. On écarte soigneusement les tourteaux de graines oléagineuses, les résidus de distillerie et de brasserie, la betterave et les autres racines. En principe, cependant, on admettrait l’association du fourrage vert, dans la saison, s’il était facile de l’avoir de bonne qualité dans un établissement qui, de parti pris, est installé au centre d’une ville. La raison de ce choix pour l’emplacement est unique- ment l’extrême difficulté d’atteindre à un contrôle sérieux de la santé des animaux et de la pureté du lait avec les étables à la campagne; on n’a pas méconnu les dangers de l’habitation urbaine pour la santé des vaches, mais l’on s’est efforcé de les compenser par une hygiène scrupuleuse dans la construction et l’entretien des étables. L’excellence de l'habitation rurale et de la pâture en liberté, au grand air, dans les prairies à herbes fines et parfumées, reste incontestable. Le lait fourni par les, vaches dans ces con- ditions est, à mon avis, le meilleur, quand il sort du pis de l’animal. Le danger est, qu’entre le pis de la vache et l’estomac du consommateur, il soit exposé à de coupables manipulations. L’alimentation par les tourteaux, les pulpes, les drèches a paru à Ch. Girard avoir une mauvaise influence sur les qualités du lait. Offrir aux vaches une nourriture très aqueuse, ou simplement une nourriture qui les pousse à boire, telle que les menues pailles, les recoupettes, les cosses de légumineuses, etc., équivaut à mettre frauduleusement de l’eau dans le lait, sauf qu’on n’opère pas dans les récipients extérieurs. E. Toussaint a confirmé, au moins en général, la fâcheuse influence, sur la santé des enfants, du lait provenant de vaches nourries de drèches. Malgré les protestations de quelques vétérinaires et les doutes légitimes formulés par Mangenot, Vallin, Leblanc, Saint-Yves Ménard, nous pen- sons que les premiers ne sont pas éloignés de la vérité, pourvu que l’on ne cherche pas à établir ici de relations spécifiques. Dans le département du Nord, où la plupart des laits sont au-dessous du médiocre, les rumi- nants consomment régulièrement une masse considérable de drèches. A vrai dire, il y a aussi des intermédiaires entre les producteurs et le con- sommateur. La durée de la période de lactation entraîne la diminution de quantité du lait et l’augmentation proportionnelle des matières fixes; ce seraient sur- tout les éléments azotés qui gagneraient en abondance. Schreiner (de Tries- dorf) a constaté une élévation du chiffre des substances sèches de 11 à 13 p. 100 chez la race simmenthal, de 12 â 16 p. 100 dans la race frisonne. Remarquons que, normalement, quand on s’évertue â offrir un nourris- son le lait d’une seule et même vache, ces changements s’accomplissent au fur et à mesure que lui-même se développe. Ce préjugé vulgaire, du lait « de la môme vache », encouragé par quelques mé- decins, est tout ce que l’on peut imaginer de plus irrationnel, ainsi que le faisaiL remarquer Trousseau. Comme un seul nourrisson est loin d’épuiser la traite d’une vache, plusieurs sont inscrits à la fois pour cette « môme vache », dont on leur distribue le lait par portions successives, sortant du pis. Or, Boussingault a démontré que, si l’on divise la traite en plusieurs portions, la première sortie du pis ne renferme que 1,70 p. 100 de graisse, tandis que la dernière en possède 4,08. Schübler a trouvé 4 p. 100 de crème dans la première portion et 17,5 dans la cin- quième; Hofmann (de Leipzig), 1,63 p. 100 de graisse dans le premier litre et 10 p. 100 dans la dernière portion d’une môme traite. La traite du soir est plus riche en graisse que celle du matin. La môme vache, sans qu’on sache pourquoi, présente des oscillations d’un jour à l’autre dans la constitution de son lait; il peut y avoir des différences journalières de I gramme p. 100 dégraissé, selon Fleischmann, et de 0,5 des autres principes. Bien plus, Sharpless et Slurlevant ont constaté des différences considérables entre le lait des trayons antérieurs et celui des trayons postérieurs, entre ceux de droite et ceux de gauche, de môme que Brunner avait trouvé une différence entre la sécrétion du sein droiL et celle du sein gauche chez la femme. Les maladies, mômeslégères, altérant rapidement lerendement lacté des femelles et la qualité du produit, il vaut encore mieux, pour les nourrissons, recevoirle lait mêlé de plusieurs vaches. Si quelqu’une d’elles est malade, la supériorité du lait des autres fera compensation. N'ous ne nous contenterions pas de cette perspective, s’il s’agis- sait d’une vache tuberculeuse ; ici, la dilution du virus ne serait pas une garantie suf- fisante. Mais il ne faut pas de lait de vaches tuberculeuses, et nous dirons que, dans tous les cas, on doit faire cuire le lait destiné à être consommé sous cette forme. Ce qui vient d’être dit de l’influence de la race, de l’alimentation et du moment permet de comprendre que la constitution du lait oscille dans de grandes limites sans que ce liquide cesse d’être légitime. Un lait pur peut n’être pas bon; c’est rare toutefois. Le moyen de juger de l’authenticité du lait ne consiste donc pas à vérifier la proportion de l’un ou de l’autre de ses éléments ; le mieux est, en général, de reconnaître le rapport qui existe entre ceux-ci. Le lait de femme n’est pas d’une constitution plus invariable. Les prin- cipaux caractères ressortent du tableau suivant : Lait cle femme. COMPOSITION POUR 100 PARTIEfl. AUTEURS. W SS Y. H X N U *<£ (/-j H £. Ü es o c es w 2 s X s a x u c a H W X ■Ui > O p 2 O *w J W P tR au p K W 71 Matières solides 88,57 11,43 88,61 11,09 90.00 10.00 87,57 12,43 87,81 12,19 87,38 12,62 87,79 12,21 Albumine et extrait Graisse Sucre de lait Cendres 2,81 3,56 4,81 0,21 3,62 2,07 4,36 0,14 0,03 1,73 0,23 1,41 1,95 3,59 6,64 0,22 3,52 4,02 4,20 0,28 1,04 3,80 7,00 0,18 2.53 3,89 5.54 0,25 Ce qui ressort de la comparaison de ce tableau avec le précédent, c’est d’abord que le lait de femme est plus riche en sucre que celui de vache; c’est là un fait évident, reconnu par tous et dont nous aurons à tirer les conséquences. Puis le lait de femme renferme moins d’albuminoïdes que celui de vache, et la proportion de graisse y dépasse plus nettement celle des albuminoïdes. Considérant cette richesse du lait de vache en caséine, connaissant la difficile digestibilité de cette caséine, et ayant, d’autre part, constaté une perte sérieuse de ce principe dans les selles de quelques enfants mis au lait de vache, Biedert déclare que celait renferme trop d’al- bumine et pas assez de graisse. Jacobi, par contre, affirme qu’il a trop de graisse, parce que, même avec le lait maternel, l’enfant perd beaucoup de graisse dans les selles, et Zülzer pense qu’il n’y a pas assez d’albuminoïdes, puisque le rapport des substances non azotées aux principes azotés y est visiblement plus élevé que dans le lait de femme. On peut voir aussi que la proportion de matières minérales est trois fois moindre dans le lait de femme. F.-A. Schmidt fait remarquer que la graisse elle-même y est en gouttelettes plus fines que dans le lait de vache. Le point important pour Cnyrim de (Francfort) est que les auteurs, pres- que unanimement, reconnaissent que le rapport de la graisse aux albumi- noïdes est beaucoup plus grand dans le lait de femme que dans celui de vache. Pour 100 d'albuminoïdes, la moyenne des analyses donne 158 de graisse dans le lait de femme et seulement 98 dans le lait de vache. Donc, plus un lait de vache est riche en graisse, plus il se rapproche du lait de femme. Ceci n’emporte nullement, d’ailleurs, une assimilation complète. Le lait de vache n’est jamais aussi facilement digéré par les nourrissons que le lait maternel; l’expérience vulgaire, ainsi que les observations de Camerer et de Yierordt, prouvent qu’une forte part des principes alimentaires du lait de vache passe inutilisée dans les selles; d’où cette conséquence très con- nue, que l’enfant élevé au biberon boit beaucoup plus de lait qu’il n'en prendrait au sein de la femme. En général, on étend d’eau de lait de vache destiné au nourrissage arti- ficiel des enfants, et l’on ajoute un peu de sucre ordinaire. Coulier propose d’ajouter à du lait de vache non écrémé la moitié de son poids d’eau, 14 p. 1000 de crème et 15 p. 1000 de sucre. J’ai émis ailleurs le vœu que l’addition de crème fût au moins doublée. Fr. Raspe demande que le sucre ajouté au lait du biberon soit du sucre de lait et non du sucre de canne. Il en faut de 25 à 30 grammes par jour dans la première semaine, 60 à 65 grammes de deux à vingt-cinq semaines, 55 à 38 grammes de vingt-six à trente-six semaines. Ce qui a été dit plus haut (page 861) permet de regarder cette formule comme tout à fait physiologique. Modifications spontanées du lait. — Abandonné à l’air, le lait se recouvre rapidement d’une couche plus ou moins épaisse de crème. C’est la graisse qui se sépare et monte en vertu de sa moindre pesanteur spécifique. Le phé- nomène commence en quelques heures; la traite du soir est déjà munie d’une mince couche de crème le lendemain matin : les fermiers l'enlèvent pour pouvoir vendre ce lait, mêlé à celui du jour, et pour en faire du beurre ; ils allèguent alors, avec une apparence de raison, qu’ils ont bien été obligés d’écrémer leur lait, pour lui conserver la fluidité que le client réclame. Lorsqu’on a laissé monter toute la crème, elle est employée à la fabrication du beurre. Le phénomène qui suit naturellement, et de près, la montée de la crème, est la coagulation du lait. La matière albuminoïde subit alors la précipitation ordinaire; ici elle a lieu sous l’influence de l'acide lactique dans lequel se convertit peu à peu le sucre de lait. Le ferment lactique de Pasteur (Bacil- lus acidi lactici de Hueppe) et, certainement, encore d’autres ferments de l’air sont eux-mêmes l’agent de transformation de la lactose. Quand on ajoute à du lait frais du ferment peptique [présure), la coagulation a lieu avec une telle énergie, que les albuminoïdes emprisonnent la matière grasse. C’est le résultat de cette coagulation qui est employé à faire les bons fromages (fromages gras); tandis que le caséum, séparé spontanément et ne ren- fermant presque pas de crème, ne peut servir qu’à fabriquer des fro- mages secs. La transformation de la lactose en acide lactique s’arrête quand il y a de 0,2 à 0,3 p. 100 d’acide dans la masse. L’addition de bicarbonate de soude neutralise l’acide et empêche la coagulation, mais non point la fer- mentation du sucre ; c’est le contraire. La coagulation du lait frais n’a point lieu par la chaleur. Le lait altéré, et surtout mouillé, « tourne », c’est-à-dire se prend en grumeaux par la coction. C’est, assez communément, un signe qu’il y a eu fraude. Les ven- deurs de lait mouillé recommandent au client de le faire bouillir sitôt reçu. Ils savent que les ferments de l’eau ajoutée ne tarderont pas à avoir pro- duit l’acide lactique qui provoque la coagulation. Goppelsrôder dit, avec raison, que le lait de bonne qualité n’a pas besoin de cette précaution si immédiate. Le lait cuit est identique au lait cru, sauf un peu moins d’arome et, selon Hueppe, une coagulation de la caséine en fins flocons, qui le rend d’une digestion difficile. Après la coagulation spontanée du lait, il reste un liquide riche en sels et en sucre, peu nutritif et légèrement acide. C’est le petit-lait, sérum ou lactosérum (Quesneville) qui peut servir de tisane rafraîchissante et dont on fait le koumyss et le kéfir (Krannhais). Ces boissons se préparent, du reste, aussi avec le lait complet et n’en sont que meilleures. La crème, par 1 agitation à la main ou avec la baratte, est séparée en deux produits : le beurre, c’est-à-dire la graisse du lait, et le lait de beurre (lait battu, en Flandre), liquide blanc bleuâtre, aigrelet, renfermant un peu de graisse dans du sérum et surtout des albuminoïdes que la crème a entraînés, ce qui lui confère quelques propriétés nutritives. 1000 parties de crème îepréscntent environ 3/2 de beurre; pour l’un et l’autre, il faut environ 10 litres de lait. Falsifications du lait. On a parlé de falsifications étranges, de lait fait de toutes pièces avec de 1 eau, de la bouillie de cervelle de cheval et du sucre. Si ces tentatives monstrueuses ontjamais été accomplies, elles ont dû être des plus iaciles à apprécier, et il est douteux que le commerce mal- honnête se donne la peine d’exécuter des opérations qui seraient un tour de force imprudent, alors qu’il est si facile de se procurer un gain illicite et considérable à l’aide d’une soustraction que la nature même invite presque à accomplir. Les deux seules falsifications que l’on pratique aujourd’hui sont le mouil- lage et Yécrémage, séparément ou ensemble. A vrai dire, l’écrémage, qui rend le lait trop dense, appelle le mouillage pour ramener le liquide aux environs de sa densité normale ; et le mouillage sollicite l’emploi des fécules par besoin d’épaissir le lait, de substances colorantes jaunes, en vue de masquer la teinte bleue du lait aqueux, de bicarbonate de soude pour pré- venir la coagulation hâtive du lait sophisLiqué. L’opération commence chez le fermier qui, comme il a été dit, ne trouve rien de plus naturel que d’enlever, le matin, la crème formée sur la traite de la veille au soir; elle se continue chez le collectionneur qui va chercher le lait à la campagne chez les divers éleveurs; elle reçoit son complément chez le laitier de la ville, qui distribue à domicile ou dans sa boutique cette denrée trop complaisante. « Récolte à la campagne, dit Blachez, d’un lait souvent additionné d’eau dès sa première étape; mélange de tous ces laits dans de vastes bassines où ils sont chauffés et plus ou moins altérés ; nouvelle mise en pots, voyages, transbordements multiples ; nouveaux traitements dans les laiteries », telle est la triste odyssée de la plupart des laits consommés dans les villes par les pauvres gens et même d’autres. Le lait a l’air d’être le moins cher des aliments, et son prix n’augmente pas avec celui des autres denrées alimentaires. Un litre de lait vaut certainement plus des 20 à 25 cen- times qu’on le paye dans les rues de Lille; on assure même qu’à 50 centimes le litre, les nourrisseurs y perdent, s’ils ne trouvent pas moyen d’en vendre de 12 à 16 li- tres par vache et par jour. Lorsque l’on ne parvient pas à obtenir ce rendement par l’alimentation aqueuse, on l’a par un procédé plus simple, et le public paye cher sa naïveté. Il est fâcheux toujours et pour tout le monde de recevoir une substance alimen- taire dégradée et ne renfermant point les principes nourriciers sur lesquels on devrait pouvoir compter. Mais la situation prend ici un caractère particulier de gravité par ce fait que le lait est donné à une foule de petits enfants et leur est in- dispensable. Nous verrons, d’ailleurs, que le mouillage du lait, soit par des procé- dés d’élevage, soit par l’introduction directe de l’eau, peut contribuer puissamment à faire du lait le véhicule de germes pathogènes redoutables. Expertise du lait. — Les falsifications du lait, quand elles ont lieu par soustraction (écrémage), n’introduisent dans cette substance rien d’étranger qui puisse être reconnu parles réactifs; elles ne font même que provoquer artificiellement une pauvreté qui pourrait être physiologique. Lorsque le fraudeur y ajoute quelque chose, c’est de l’eau; c’est-à-dire un élément qui s’y trouve déjà et dont il ne fait ainsi qu’élever la proportion; si l’eau est pure, il n’y a pas à tenter de la distinguer d’avec l’eau normale. De là des difficultés et un caractère particulier de l’expertise du lait. Indépendamment de la consultation des sens, dont nous parlerons d abord, les recherches à faire ne peuvent avoir pour but que l’une des deux consta- talions suivantes: ou bien celle de l’existence, dans le lait examiné, d’une proportion de quelqu’un de ses éléments ou de tous, convenue d’avance, comme un minimum; — ou bien, celle d’un rapport entre ses éléments qui ne saurait être troublé que par la soustraction ou la dilution artificielle de l’un d’eux. On a fixé, par exemple, le minimum de graisse à 3 p. 100 à Paris, à 2,8 en 'Allemagne (Wiel et Gnebm), il 2,3 en Angleterre (Heusner); le minimum de matières sèches, il 11 p. 100 en France, 11,5 en Angleterre, 10,5 en Allemagne; la densité ne doit pas sortir des limites 1,030 et 1,034 ou, plus brièvement, 30 et 34. Ces minima, pourtant, et ces limites ne peuvent être que des bases morales. On se souviendra, d’ailleurs, que les fraudeurs les connaissent, savent ne pas les dépasser et manient eux-mêmes très habilement les instruments divers, inventés pour contrô- ler leur marchandise. Les pèse-lait, entre leurs mains, ont souvent protégé l’écrémage et le mouillage. il îoj 10l 10 ( _2_( 10( J_( 10 t? 20 25 30 35 10 5 ÎÔ 11 |1° ) 3 ïô !2 ÎÔ M Uo «. Il ne faut jamais manquer de passer le lait à l’épreuve des sens, la vue, l’odorat et le goût. Le bon lait est blanc mat, parfumé, onctueux, savoureux, opaque, de réaction alcaline ou neutre. Donc, on se défiera du lait à réaction acide, bleuâtre, dont une goutte, versée sur une assiette ou même sur l’ongle du pouce (Nctgelprobe), s’étale au lieu de rester arrondie; qui ne donne pas entre les doigts la sensation d’onctuosité de la graisse; qui, versé goutte à goutte sur l’eau, s’y diffuse, surnage au lieu de plonger. Quelqu’un d’expérimenté peut obtenir de sérieux renseignements de la dégustation. b. Un certain nombre d’instruments, que l’on pourrait tous appeler lactodensimèlres, donnent la densité du lait en se fon- dant sur le même principe que les aréomètres. Mais c’est à tort que l’on fait correspondre telle ou telle de leurs divisions à l’état de pureté du lait de tel ou tel degré de coupage; ils sont absolument incapables de déceler le rapport entre la pesanteur du lait et ses qualités réelles. Ils ne disent la vérité que dans le laboratoire. A l’instrument le plus ancien, le galactomètre de Cadet (de Vaux), en métal, ont succédé les pèse-lait en verre de Cheval- lier, de Dorffel, de Greiner. Nous décrirons seulement le laclo- densimètre de Qudvennc et Bouchardat, (habituellement dit de Quévenne), employé en France, en Belgique, en Suisse et dans l’Allemagne du Sud. Comme l’appareil (fig. 223) a été gradué pour une température de i5°, le liquide dans lequel on le plonge doilêtre amené et maintenu à cette température, ce qui est difficile, ou bien il faut faire les corrections indiquées dans les tables dressées par les auteurs, telles que celles de Christian Muller (de Berne). Ses indications ne valent, d’ailleurs, qu’autant qu’on les contrôle à l’aide de celles du crémomètre dont il sera question plus loin. Fig. 223. — Lac- todensimètre de Quévenne. Le lactodensimèlre de Quévenne est en verre; la tige porte trois graduations. Celle du milieu indique les densités par les chiffres 40, 35, 30, 25, 20, 15, qui signi- fient 10-fr0, 1035, 1030, etc. Celle de droite marque, selon les densités, la propor- tion d eau ajoutée a du lait non écrémé/ celle de gauche, les mêmes proportions pour le lait écrémé. c. Les Icictoscopes ont pour but l’exploration optique du lait. Ils reposent sur ce principe que, plus un lait est riche en graisse, plus il est opaque. Celui que Donné (1843) présenta à l’Académie de médecine consistait en deux cylindres creux, de cuivre, concentriques, portant chacun une glace; le lait était versé dans l’espace de séparation des glaces et, à l’aide d’une vis, on rapprochait celles-ci l'une de l’autre jusqu’à ce qu’à travers la couche de lait on pût apercevoir la flamme d’une bougie située à un mètre de distance. Le degré lactoscopique, d’aulanL moins élevé que le lait était plus riche en crème, correspondait à un degré d’une table dressée pour cet usage. Vogel, Reischauer, Feser, Hoppe-Seyler, ont imaginé des appareils analogues et, comme on le soupçonne, tout aussi incertains. Celui qu’a fait construire le Dr Heusner (de Barmen) consiste en deux glaces fixées à l’intérieur d’un court anneau de laiton. L’une d’elles est recouverte d’une sorte de grillage de gros traits noirs; entre les deux, il reste un espace de deux millimètres de large, divisé perpen- diculairement aux lignes noires en deux moitiés, à l’aide d’une cloison transversale. Dans la moilié infé- rieure, on introduit du lait normal ; dans la moitié supérieure, le lait à expertiser; Heusner a même sup- primé le lait normal en faisant construire la moitié inférieure de la glace, à laquelle l’œil s’applique, en verre dépoli, d’une transparence identique à celle d’une couche de 2 millimètres de lait normal. Il suffit alors d’introduire le lait à expertiser par une fente ménagée sur une portion de l’anneau métallique, ce qui se fait simplement en plongeant l’appareil tout entier dans le liquide. Après quoi, l’on revêt l’anneau d’un manchon annulaire qui en ferme l’ouverture; on essuie le tout et l’on regarde le ciel par le petit instrument (fig. 224) pour reconnaître par quelle moitié les lignes noires sont le plus apparentes. Est-ce par la moitié qui renferme le lait? c’est que celui-ci est plus pauvre en crème que le type. d. On soupçonne aisément que, par l’addition de diverses substances opaques et lourdes, les fraudeurs parviennent à rendre à du lait écrémé la densité et l’opacité qu’exigent lesgalactomètres et les lactoscopes. Le point important est de s'assurer que le degré obtenu et d’apparence normale est bien dû à la crème et non à un élément étranger. C’est pour ce contrôle indispensable que sont inventés les cré- momélres, parmi lesquels celui de Chevallier (fig. 225) est le plus connu. - Cet appareil n’est autre chose qu’une éprouvette à pied de la capacité de 200 cen- timètres cubes environ et de 20 à 25 centimètres de hauteur, marquée d’un trait circulaire à sa partie supérieure et divisée à partir de ce trait jusqu’au bas en 100 divisions. On remplit cette éprouvette du lait à examiner, bien mélangé, jus- qu’au trait marqué 100, et on le tient pendant quinze à vingt heures dans une température de 10 à 13°. Pendant ce temps, la crème se sépare et gagne la partie supérieure du liquide, où elle occupe à partir de 100 un certain nombre de divi- sions qu’il n’y a plus qu’à lire. Un bon lait marque 10 à IG; au-dessous de 8, on peut être sùr que le lait a été écrémé (H. Duquesnel). Malheureusement, la crème du lait additionné d’eau monte plus aisément et occupe plus de place, étant plus lluide, que celle du lait pur. On regrette aussi la lenteur du procédé. Goppelsrôder n’emploie pas d’autre procédé d’expertise que l’usage combiné du lactodensimètre et du crémomètre. Il commence par essayer le lait tel qu'il se présente, à lo° (ou en faisant la correction), avec le lactodensimètre de Quévenne ; si l’instrument reste entre entre 1,029 et 1,034, le lait est ac- ceptable; plus lourd que 1,034, il a été écrémé; plus léger que 1,029, il a été étendu d’eau. — Supposons-le dans les limites ; il se peut qu’un fraudeur les ait récupérées artifi- ciellement. On porte donc le lait dans le crémomètre, où il doit rester 24 heures, à une température approchant de 15°. Après ce temps, on note les divisions occupées par la crème, et qui sont autour de 10 sur 100 dans le bon lait ; puis l’on enlève celle-ci. Le lactodensimètre est de nouveau plongé dans le petit-lait, à lo° (ou avec correction); il doit rester entre 1,032 et 1,037 (à la rigueur 1,039). S’il enfonce jus- qu’au dessus de 1,034, le lait a été mouillé; s’il n’arrive pas à plonger jusqu’à 1,037 (ou 1,039), il faut faire l’analyse du liquide pour reconnaître s’il doit cette haute densité à sa richesse normale en matières minérales ou si, au contraire, il ne s’agit pas d’une addition de substances étrangères. Il est clair qu’on doit regarder les altérations du lait comme d’autant plus accentuées que les chiffres obtenus s’éloignent Fig. 225. — Crémo- davantage des chiffres limites en dessus et en dessous. mètre lier. de Cheval- La. cloche à lait (Milchglocke) de Kroker permet d’enlever à la cuiller la crème formée à la surface, qui est très large, la cloche étant ren- versée, et de soutirer ensuite ce qui reste. Si l’on sait le volume du lait que l’on averse dans l’appareil, la quantité de crème est égale à la différence de ce reste d’avec le lait total. Pour éviter les longueurs qu’entraîne l’usage de cet appareil aussi bien que celui de Chevallier, on en cherche actuellement dans lesquels on puisse utiliser l’action de la force centrifuge sur la séparation de la crème. e. Le lactobutyromètre de Marchand (de Fécamp) ale mérite d’un fonctionnement très rapide. Il consiste en un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités, long de 2o à 30 centimètres et d’un diamètre intérieur de 10 à 11 millimètres. A partir de son extrémité fermée, le tube est divisé en trois parties de 10 centimètres cubes chacune, désignées de bas en haut par les letLres L (lait), E (éther), A (alcool). Pour s’en servir, on introduit du lait à examiner exactement jusqu’au trait L; on ajoute une ou deux gouttes d’une solution de soude caustique (lessive des savon- niers). On verse alors de l’éther rectifié jusqu’au trait marqué E, on agile bien en fermant le tube avec le doigt. Enfin, l’on ajoute jusqu’en A de l’alcool à 86°, on agite encore avec soin, puis 1 on place 1 instrument dans un bain-marie à 40° pour permettre aux gouttelettes de beurre de se réunir. Comme le beurre est fluide à celle température, il se séparé du reste du liquide eL vient former à sa partie su- périeure une couche limpide dont on mesure la hauteur à l’aide d'une graduation portée sur le verre. Une division correspond à 2 grammes de beurre ; mais Mar- chand évalue à 12er,G la quantité de celte graisse retenue par l’alcool et l’éther; il faul donc toujours ajouter ce chifïre aux indications fournies par l’instrument. Ainsi, supposant que le beurre du lait examiné occupe trois divisions, la quantité réelle en sera 2 X 3 H-12,6 = 18er,G. — Un lait de bonne qualité doit renfermer 30 à 33 grammes de beurre. — Salleron construit cet appareil en remplaçant la graduation du tube par un curseur en cuivre qui glisse à frottement sur le verre; on fail affleurer la première division de ce curseur, marquée 12,6 à la partie su- périeure de la couche graisseuse, et il n’y a qu’à lire la division correspondant à la limite inférieure ; — est-elle 33, c’est que le lail renferme 33 grammes de beurre par litre. Le procédé de Marchand a été l’objet de vives critiques de la part d’Amand Adam, qui a proposé à sa place une méthode permettant de doser simultanément le beurre et la caséine. Ce procédé intéressant n’a pas prévalu. f. On peut encore, le cas échéant, rechercher dans le lait, au moins qualitative- ment, les substances étrangères que l’eau du mouillage y a apportées ou celles que l’on y a ajoutées précisément pour dissimuler ce mouillage. C’est ainsi que Fuchs signale, avec raison, la possibilité de reconnaître le mouil- lage avec Y eau de puits par la présence des nitrates dans le lait, où ces sels n’exis- tent jamais normalement ; et que J. Uffelmann propose de rechercher, dans le même but, les nitrates, les nitrites et Y ammoniaque, qui, selon lui, n’existent pas dans le lait frais et pur. 11 est vrai que Quesneville reproche au procédé de préci- pitation des albuminoïdes, employé par Uffelmann, de laisser des peptones dans le liquide. La farine, Yamidon, la dextrine, se reconnaissent à la teinte bleue que provoque la teinture d’iode (1 partie dans 20 d’eau); les deux premières sont également con- statées par l’examen microscopique (grains d’amidon). L'albumine et 1 e jaune d'œuf font apparaître des flocons dans le lait qui en con- tient, si on le soumet à la cuisson. Les sels de soude (chlorure, bicarbonate, borate) se retrouvent dans les cendres, où les chlorures de soude et de potasse n’existent normalement que dans la pro- portion de 0,2. — On peut encore constater dans le lait, après coagulation et filtra- tion, la présence de sels métalliques venus de son action sur des vases de plomb ou d’étain impur ou de zinc. L’hydrogène sulfuré colore les sels de plomb en noir et précipite ceux de zinc en blanc. Altérations spontanées du lait. — Le lait peut être modifié de diverses façons fâcheuses, sans que la fraude y ait été pour rien. Ces modifications peuvent être d’ordre chimique; plus souvent de provenance bactérienne. Laits vénéneux, amers, etc. — Le lait doit parfois des qualités de cette nature à des substances médicamenteuses employées à traiter les animaux, ou à des plantes dont les vaches se sont nourries. Munk et Uffelmann soupçonnent que l’amertume est quelquefois due à une putréfaction spéciale du lait; cette altération serait souvent la cause des diarrhées d’été des enfants. Lait bleu. — Au moment du rut, les vaches donnent souvent un lait blanc bleuâtre, simplement parce qu’il est pauvre en graisse et très aqueux. D’autres fois, le lait bleu est entaché de la présence du bacillus cyanogenus. Lait filant. — Il doit sa propriété au microcoque de la fermentation mu- queuse, de Schmidt-Miilheim. Lait rouge. — Quelquefois teinté par une matière colorante existant dans le fourrage; le plus souvent mêlé de sang. Celui-ci vient d’ordinaire de la mamelle. Laits virulents. — Le lait est exposé à l’envahissement d’une foule de microorganismes, la plupart venus du dehors. Ainsi, tous les organismes de la putréfaction vulgaire, qui arrivent avec le foin altéré ou s’abattent sur le fumier. Les vaches se couchent sur cette litière, sur leurs excré- ments mêmes qui la pénètrent, y traînent leur pis; et, si les personnes qui viennentles traire ont le soin de laver exactementles trayons avant d’opérer, ce qui n’arrive pas toujours, elles ne vont certes pas jusqu’à pratiquer une réelle antisepsie. Trop souvent, elles apportent plutôt de nouveaux germes avec leurs mains. Ainsi, le lait est entaché de microorganismes dès qu’il sort du pis de la vache, sans compter ceux qu’il recevra de l’air ou qu'il contractera dans les manipulations dont il sera l’objet. Il est bien clair qu’un grand nombre de microbes pathogènes peuvent lui arriver par un mécanisme identique et qu’il n’est pas trop nécessaire de supposer que les bacilles tuberculeux, charbonneux, aphtheux, etc., ont passé à travers les glandules de la mamelle, ce qui est difficile, pour admettre qu’on peut les trouver dans le lait. Ils y sont parvenus, le plus souvent, par les contacts de l’animal et de ses trayons avec la litière im- prégnée des sécrétions muqueuses, des squames de la peau, des matières fécales, etc. D’autres fois, ils ont été apportés par les personnes qui soi- gnent les vaches et les trayent. Des soupçons presque analogues peuvent peser sur les récipients dans lesquels on dépose ou dans lesquels on transporte le lait. Le vulgaire sait combien ce liquide s’imprègne aisément des odeurs et se laisse influencer par les voisinages impurs. Il n’est guère moins susceptible vis-à-vis des germes et il est un excellent milieu nourricier pour beaucoup d’entre eux parmi lesquels le bacille typhique (BagenofT, Wolffhügel et Riedel). Si l’on a allongé le lait d’une eau souillée de déjections de typhoïsants les consommateurs peuvent être victimes de quelque chose de plus qu’un vol. Il semble que des risques pareils résulteraient du lavage des vases avec l’eau supposée. Aussi ne saurait-on trop recommander les récipients à parois imperméables et inattaquables, verre, porcelaine, poterie ou grès vernissés, d’un nettoyage facile, souvent renouvelé et soigneusement exécuté. La laiterie elle-même doit être dallée, avec des murs revêtus de carreaux émaillés jusqu’à 2 mètres de hauteur, et briller de propreté. Nous verrons plus loin que les biberons sont, de tous les récipients du lait, ceux auxquels s’adressent le mieux ces soupçons et auxquels ces règles doivent s’appliquer dans la plus grande rigueur. Maladies imputables au lait. — On vient de lire quelques-unes des idées modernes relativement à l’étiologie de la diarrhée des enfants, ou infantile. Nous sommes fort disposé à les accepter. Cependant, même sans les bacilles saprophytes ou les bacilles du lait amer, nous ne savons trop Aknould, Hygiène. 2* édit. 50 si le laiL banal et indéfiniment manipulé, qu’on vend dans les rues des grandes villes, ne suffirait pas à provoquer pour une bonne part la diarrhée des enfants et l’affection congénère que l’on désigne en France sous le nom d'athrepsie. Le lait des vaches atteintes de la cocotte ou maladie ap/itheuse a quelque- fois déterminé, chez des enfants, une affection fébrile intense, une érup- tion aphtheuse et môme la mort (voy. page 884b Les faits de Chamberlent et Moussous, tendant à prouver la virulence du lait des animaux charbonneux, sont de simples expériences de laboratoire, qui vraisemblablement peuvent ôtre discutées. 11 ne semble pas que des accidents pareils aient jamais élé observés chez l’homme, à la suite de l’ingestion du lait d’une vache charbonneuse. D'ailleurs, les vaches dans ce cas meurent vite. La préoccupation la plus sérieuse est celle qui a trait au lait des animaux tuberculeux. La question est à peu près la même que celle qui a été sou- levée à propos de la viande et quelques-unes des solutions indiquées alors sont valables ici. En réalité, l’infection tuberculeuse du lait est improbable et les dangers en sont nuis, à moins qu'il n’y ait une tuberculose généra- lisée chez l'animal qui l’a fourni, ainsi qu’il résulte des expériences de Ferd. May (Munich). On pourrait même dire : « à moins qu’il n’y ait des tubercules de la mamelle ». En effet, les cas dans lesquels les inoculalions de May ont réussi étaient tous marqués par la présence de tubercules dans la mamelle, sauf que l’un d’eux n’en avait pas dans la moitié du pis à laquelle le lait avait été emprunté, — avec de grandes précautions d’ail- leurs. Nous croyons que les glandes sont des filtres très exacts contre les microbes et nous suspectons beaucoup l’intégrité réelle de la moitié, en apparence saine, d’un pis qui a des tubercules dans l’autre moitié. Les inoculations positives de H. Martin avec le lait vendu sous les portes cochères de Paris, c’est-à-dire dont il ignorait l’origine, ne prouvent pas contre cette loi. Il va sans dire que la majorité des membres du Congrès de la tubercu- lose ont condamné sans phrases le lait de provenance tuberculeuse. Il ne serait pas moins téméraire d’en déclarer l’usage inoffensif, même sous réserve de la localisation des tubercules et partout ailleurs que dans la mamelle. En Angleterre, on observerait fréquemment la propagation de la fièvre typhoïde par le lait, si l’on s’en rapporte aux témoignages nombreux et répétés de W. Taylor, Edw. Ballard, Murchison, Corfield, Ernest Hart, Qameron, Kelly, Oglesby, etc. On ne distingue pas trop entre le lait lui- même, qui a pu recevoir de la vache ou de son propriétaire le bacille typhique, par le mécanisme indiqué plus haut, — et l’eau qui a lavé les récipients ou même a été ajoutée au lait avec intention (les laitiers an- glais ne sonL pas plus timorés que leurs collègues de France), fût-elle ense- mencée de déjections de typhoïsants. C’est à tel point que la petite part de vérité qui peut être au fond de tous ces récits a fini par être noyée et que de sérieuses autorités, en France, se refusent à examiner seulement les faits sur lesquels on cherche à faire reposer celte étiologie d’aventure. C’est encore en Angleterre que l’on a accusé le lait de propager la scar- latine, soit de l’homme à l'homme, comme à Fallowlield (Ricklin, 1879), soit de la vache à l’homme (Power et Klein), ainsi que nous l’avons indi- qué (p. 4-42). Protection nu lait. — Elle doit s’exercer d’une façon générale ou spé- ciale. Ce dernier mode est, à proprement parler, Y antisepsie ou la désinfection, appliquée au lait; c’est celui que nous exposerons d’abord. L’autre com- prend des mesures administratives et d’économie politique, que nous réser- vons pour terminer ce chapitre. 1. Protection du lait contre les microbes. — Une des supériorités du lait de femme, c’est d’arriver à la bouche du nourrisson sans intermédiaire d’au- cune sorte. Cet avantage est, assurément, énorme. Falger (1867), voulant conférer au lait de vache, au point de vue de la présence des bactéries, une partie de cette supériorité, recommandait de traire dans des vases qui seraient aussitôt fermés d’une façon hermétique et ne permettraient même pas l’accès de l’air. Le procédé n’empêcherait pas, évidemment, les bacilles tuberculeux d’être dans le lait, s’ils sortent du pis de la vache avec lui. Hesse (de Schwarzenberg)’, en 1886, a construit un appareil pour stériliser le lait parla chaleur; une fois dépouillé de tout microorganisme, on sou- tire le lait, au fur et à mesure des besoins, par le fond du récipient, au moyen d'un robinet hermétique; l’air n’y pénètre pour remplacer le lait qu'en traversant une couche de ouate. Ce procédé est peu pratique. En outre, il ;t des chances de porter le lait à des températures exagérées, qui peuvent nuire à ses qualités. On a cherché, en Hollande spécialement (l’orster, van Geuns, Fleischmann), à appliquer au lait la « pasteurisation », c’est-à-dire à le chauffer seulement jusqu’à une température de 80 à 90 degrés pour le refroidir ensuite brusque- ment jusqu’à 10 ou 12 degrés. Il est facile d’y arriver avec l’appareil de Thiel (de Lübeck). Les observations et les expériences de van Geuns, sur les appli- cations de celte méthode, ne lui sont pas défavorables, puisque la grande majorité des microorganismes succombent au-dessous de 100 degrés. Ce- pendant, il y a une arrière-pensée vis-à-vis des organismes pathogènes sporuléset, par conséquent, la pasteurisation du lait a besoin d’être sou- mise encore à un contrôle prolongé. Jusqu’à présent, en somme, ce qu’il y a de plus simple et de plus sûr, c’est de faire cuire le lait dans tous les cas, ainsi que le recommandent Aufrecht, J.UfFelmann, May, Yallin, et beaucoup d’autres. Aufrecht demande que l’ébullition dure environ trois minutes, c’est-à-dire, selon lui, le temps pendant lequel la plupart des ménagères ont l’habitude de faire bouillir le lait. Nous pensons qu’il vaut mieux fixer ainsi la durée de l’ébullition que de s’en rapporter à des habitudes qui sont variables. Beaucoup de cuisi- nièies, en effet, rutilent le lait du feu dès qu il monte, pour éviter l’épou- vantable odeui qu il répand lorsqu il a débordé sur les braises rouges. 11 est donc utile de le faire bouillir encore un peu, après que l’on aura pris cette précaution et qu’il sera retombé. Soxhlet stérilise le lait par fraclions, dans de petites bouteilles de ISO à 200 grammes, dont il prépare 10 ou 12 à la fois. Ces fioles sont fermées d’un bouchon de caoutchouc percé d’un trou; on les place dans une marmite remplie d’eau, que l’on porte à l’ébullition ; quand l’air s’est échappé, on ferme le trou du bouchon au moyen d’une baguette de verre et l’on fait durer l’ébullition encore 13 ou 20 minutes. On retire les fioles; elles sont mises à refroidir et l’on a ainsi stérilisé tout le lait qu’un nour- risson peut consommer en vingt-quatre heures. 2. Protection du lait contre la fraude. — On dispose, contre les adulté- rations du lait, dans tous les pays, des prévisions légales sur les falsifica- tions des denrées alimentaires, des moyens d’action des particuliers devant les tribunaux et de l’aide que prêtent, en cas pareil, les experts assermentés (les « Analysis » en Angleterre), et les Laboratoires municipaux d’analyse, quand ils existent. Nous y reviendrons; mais ce n’est pas suffisant. Il est nécessaire que les consommateurs cherchent à se protéger eux-mêmes. Ils le peuvent, dans une grande mesure, en s’affranchissant par tous les moyens possibles des intermédiaires dans la vente du lait, dussent-ils le payer plus cher. Le consommateur isolé ne peut y atteindre; mais il est possible de s’entendre et de s’associer, sinon pour avoir une étable, au moins pour soutenir un entrepreneur qui se trouve dans de bonnes conditions et pré- sente des garanties. Les administrations publiques, les sociétés charitables, les bureaux de bienfaisance, etc., sont, à cet égard, des associations toutes faites. Partout, on peut favoriser les essais tentés par quelque industriel honnête, disposé à la philanthropie pourvu qu’il y arrondisse son avoir, et qui met à la disposition du public des vaches saines, nourries intelligem- ment, surveillées par le vétérinaire, et du lait qui parte de l’étable avec de telles garanties qu’il soit impossible d’y toucher dans le trajet jusqu’au domicile du client. Les Instituts pour la cure du lait, en Allemagne, ne sont pas autre chose que des entreprises privées; ils fonctionnent très bien, et la seule lacune que nous y trouvions, c’est que l’étable soit en pleine ville. Pourtant, Bourgeois (de Rouen) propose ce même système, évidemment peu favorable h la santé des vaches, quoique l’on assure que celles de l’Institut de Francfort-S.-M. sont si heureuses qu’elles n’importunent jamais les voisins de leurs beuglements. Il existe, à Milan, une « laiterie lombarde » créée par une Société indus- trielle, qui s’est mise elle-même sous la surveillance hygiénique de la Société iledienne d'hygiène, dont les animaux sont inspectés par un vétéri- naire, les produits analysés par un chimiste, et qui a, dans Milan, un cer- tain nombre de dépôts, où l’on distribue un lait excellent à 25 centimes le litre et 5 centimes le verre (A.-J. Martin). La Société laitière d’Aylesbury (Aylesbury Dairy Company), qu’Em. Trélat avait fait connaître aux hygiénistes français avant que nous pus. sions en voir les produits et les modèles, h Londres, en 188-4, est une puissante association, au capital de près de -i millions de francs, qui pos- sède, dans Londres même, sur le parcours du Metropolitan lîailway, une vaste installation à laquelle arrive le lait de 3,000 vaches, distribuées en 90 fermes. La Compagnie a un traité avec les fermiers de ces dernières. « Tout le lait envoyé doit être pur et de bonne qualité. La crème doit être conservée au lait. Il ne doit jamais Être mélangé d’eau ni d’autre ingrédient, etc. » Le lait est débité en boîtes scellées. La Compagnie a ses inspecteurs qui surveillent partout ses propres distributeurs d’une façon sévère. 11 y a une prime de 30 francs pour tout agent de la Compa- gnie qui fournira une indication permettant de reconnaître qu’une per- sonne a altéré la qualité du lait qu’elle distribue. A Paris, 30,000 litres de lait par jour, à 20 ou 30 centimes, ont passé par plusieurs mains ; c’est une denrée qui ne mérite aucune confiance. 15 à 20,000 litres se vendent de 30 à 50 centimes; c’est du lait des nourrisseurs de la ville et de la banlieue, mais qui a passé encore par des intermédiaires, a été écrémé, mouillé plus ou moins, bouilli, alcali- nisé. Enfin, quelques vacheries de la ville ou des fermes peu éloignées fournissent, au prix de 70 centimes à 1 franc, du lait mis en vases plombés sur place et livré directement aux consommateurs, le jour même de la traite. Une foule de raisons très sérieuses expliquent et légitiment le prix élevé de ce lait. Saint-Yves Ménard estime qu’il faudrait, à Paris, 10,000 litres par jour d’un lait tel que celui-là, absolument approprié aux besoins des enfants et des malades. 11 ne conseille point les vacheries muni- cipales gérées par l’Administration elle-même; l’Assistance publique, autrefois, a eu ainsi une vacherie à elle, qu’elle a été obligée de suppri- mer. L’Administration municipale n’a qu’à s’adresser à l’industrie privée, avoir un ou plusieurs fournisseurs à qui elle payera 60 centimes le lait des bureaux de bienfaisance, 75 centimes le lait à domicile, mais en posant ses conditions et en organisant le service de contrôle. Nous partageons cet avis, tout en estimant les prix proposés un peu forts et en émet- tant le vœu que la ville trouve, pour sa fourniture de lait, une Société unique, plutôt que des entrepreneurs multiples et indépendants les uns des autres. Bibliographie. — Bourgeois (F.) : Le lait de vache dans les grandes villes (Bull. Soc. libre demulation de la Seine-Inférieure, Rouen, 1880).— Pabst(J.-A.) : Les falsifications du lait à Paris (Rev. d'hyg , III, p. 502, 1881). — Instruction pour la répression de la fraude dans le commerce du lait (Annal, d’byg., VI, p. 84, 1881). — Martin (A.-J.) : La laiterie lombarde de Milan (Rev. d’hyg., III, p. 56, 1881). — Trêlat (Ém.) : La société laitière d’Aglesburg (Rev. d'hyg., III, p. 756, 1881). — Fucus (D.) : Nachweis von Drun- nenwasser in der gefalrhslen Milcklf). Vierteljaln-s. I. ôff. 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On l’obtient par le battage de la crème ou par l’action de la force cen- trifuge sur celle-ci; parfois du battage du lait lui-même. Les vésicules de graisse se brisent et s’agglutinent (Soxhlet), peut-être à la faveur d’un glu- ten qui se formerait de la caséine (Stork). Le beurre de bonne qualité renferme 98 p. 100 de graisse et 2 p. 100 d’eau, suivant Muller ; 84 à 90 p. 100 de graisse pure et 10 à 15 p. 100 d’eau mêlée de sucre de lait, de caséine et de sels, suivant O. Dietszch, qui me semble être dans le vrai. Il est de couleur jaune pâle (beurre frais), d'odeur franche et agréable, mou comme une graisse et présente une surface de coupe lisse et homogène. Si l’on y voit des points blancs, c’est de la caséine coagulée; s’il en ruisselle des gouttes blanches, c’est du petit-lait; preuve que le beurre n’a pas été suffisamment exprimé et lavé. Dans cet état, outre que l’acbcteur paye au prix du beurre ce qui n’est que du petit- lait, le beurre est disposé à rancir promptement par suite de l'altération de la matière albuminoïde. Il rancit, en elfet, d’autant plus vite qu'il ren- ferme plus de corps non gras. Le rancissement est dû à la formation, sous l’influence d’un ferment, d’acides gras qui se combinent â la glycérine. Le beurre ne peut alors plus servir qu’à graisser les chaussures. La coloration du beurre dépend beaucoup du mode d'alimentation des vaches; c’est l’herbe verte qui fait le jaune le plus flatteur. Bien que ce ne soit pas une qualité essentielle, les consommateurs recherchent celte teinte; aussi les vendeurs l’assurenL-ils souvent ii leur marchandise par des moyens artificiels. Il n’y a trop rien à dire tant que cette teinture n’est obtenue qu’à l’aide du suc de plantes inoffensives, fruits d’alkékenge, rocou, curcuma, Heurs de souci, suc de carottes; mais quelques-uns y ont introduit du jaune de chrome ou du safran artificiel, qui est une cou- leur d’aniline. Dans quelques pays (Amérique, Nord-Allemagne), on sale le beurre pour en prolonger la conservation; il faut environ 20 grammes de sel pour 1 kilogramme de beurre. Le beurre fondu est plus riche de graisse, se conserve plus longtemps, est infiniment moins agréable à l’usage que le beurre frais. On constate la richesse du beurre de la façon suivante: 50 grammes de beurre sont introduits avec 100 grammes d’eau distillée dans un tube de verre assez long, exac- tement taré et fermé à l'une de ses extrémités : on fail fondre le beurre, en expo- sant l’appareil à une chaleur suffisante. Un bouchon, solidement fixé, est alors adapté à l’ouverture du tube que l'on place, le bouchon en bas, dans de l’eau tiède. Le tout se refroidit lentement, le beurre se solidifie et, en retirant le bouchon, toute l’eau s’écoule. Il est facile, en pesant à nouveau le cylindre avec le beurre, de trouver par différence ce que celui-ci a perdu; c’est de l’eau avec de la caséine, des substances solubles et la plupart des substances que l’on a pu frauduleusement mêler au beurre. En filtrant ce liquide, on peut séparer la caséine, les farines, la craie, le plâtre, si ces matières y existent; dans ce qui passe à la filtration se retrouveront le sel, le borax, l’alun. La principale falsification du beurre consiste à le mêler de margarine, ou même à vendre simplement celle-ci sous le titre de beurre et au même prix. La margarine fut préparée par Mège-Mouriès, en 1871, pendant le siège de Paris et, dans de pareilles conjonctures, put être bien accueillie. Le Conseil d’hvgiène de la Seine, en 1872, sur le rapport de Boudet, en autorisa la vente. Lallier (1875) la recommandait encore. C’est en 1880 que la réaction commença, après le rapport de Biche, à l’Académie de médecine. Déjà l’on commençait à vendre de la marga- rine qui n’était plus faite selon le procédé de Mouriés et qui n’avait même plus la valeur de celle de ce chimiste, fort au-dessous, cependant, de celle du beurre. La fraude par la margarine est, au point de vue économique, un vol au préju- dicedu consommateur et un autre au préjudice des producteurs de beurre légitime, dont elle perd le commerce. Au point de vue hygiénique, le beurre seul est digéré comme beurre; les graisses sont d’autant plus aisément émulsionnées que leur point de fusion est moins élevé. D’autre pari, le beurre renferme de 0Br,10 à 08r,25 d’acide volatil libre par kilogramme; ce qui lui permet de s’émulsionner sans qu’il soit besoin d’opérer un mélange intime ni un malaxage avec une solution alcaline. Telles sont les considérations qui portèrent le gouvernement français (ministre Méline, 1884) à déposer à la Chambre des députés le projet de loi qui a abouti à la *( loi delà mm gai me », insérée au Journal Officiel cl u 14 marsl887, d’après laquelle il est interdit d exposer, de moitié en vente ou de vendre, d’emporter ou d’exporter, sous le nom de beurre, de la margarine, de l’oléo-margarine,... ainsi que les mé- langes de margarine, de graisse, d huile el d autres substances avec le beurre, etc. (l’Allemagne en a une pareille depuis septembre 1887). Cette loi suppose cpi il est relativement Facile cle déterminer la margarine dans le beurre ou d’avec le beurre. Ce qui est, en efl'et. Le beurre renferme, p. 100, oléine, 42 ; stéarine etpalmiline, 50 ; butyrine, caproïne, capryline, 8. La proportion des acides gras fixes y est de 87 à 88 p. 100. Or, tous les beurres faux renferment plus de 88 p. 100 d’acides gras ; les graisses animales, en particulier, en ont une moyenne de 95,50, et à peine 1 p. 100 de butyrine, caproïne, capryline, c’est-à- dire des corps que 1 on appelle glycérides volatils. Il ne s'agit donc que de détermi- miner les proportions relatives d’acides gras fixes el d’acides volatils. Brouardel et Pouchel ont indiqué comme assez simple le procédé de Reicherl, modifié par J. Kœttstorfer, «basé sur ce résultat d’expérience, que les matières grasses exigent, pour se saponifier, des quantités d’autant plus considérables de po- tasse qu’elles renferment des acides gras à poids moléculaire moins élevé, ou, ce qui revient au même, qu’elles sont plus riches en glycérides volatils. Le beurre est donc la matière grasse qui doit en exiger le plus. La quantité de potasse nécessaire pour saponifier 1 gramme de beurre varie entre 221mer,5 et 232msr,5 soit en moyenne 227 milligrammes. Les autres matières grasses exigent moins de potasse; les di- verses graisses animales nécessitent des quantités de potasse variant de 195mer,5 à 196msr,8. fl en résulte que toutes les fois qu’un beurre exige moins de 221 milli- grammes de potasse pour être saponifié, il doit être regardé comme suspect et devenir l'objet d’une analyse plus approfondie et plus complète. » « Le manuel opératoire est des plus simples. On pète dans un becherglas 1 ou 2 grammes de beurre fondu et filtré à chaud ; on y ajoute 25 ou 50 centimètres cubes d’une solution alcoolique de potasse (renfermant 28er,05 de potasse [IvOH] par li- tre); on laisse le mélange en contact pendant une heure ou deux, à la température de 35 à 40 degrés en agitant fréquemment; puis on porte le tout au bain-marie jusqu’à complète saponification du beurre. Après avoir dilué avec de l’eau chaude et ajouté au mélange une goutte de solution alcoolique de pliLhaléine du phénol qui colore la liqueur en rouge, on verse goutte à goutte dans le gobelet, à l’aide d’une burette graduée, une solution d’acide chlorhydrique dilué jusqu’à disparition de la coloration rouge, qui fait alors place à une teinte jaune. La liqueur d’acide chlorhydrique renferme par litre, 18sr,25 de cet acide; elle est telle que chaque centimètre cube sature exactement 1 centimètre cube de la liqueur alcoolique de potasse; donc, en retranchant de 25 centimètres cubes le nombre de centimètres cubes d’acide employés, on connaît exactement la quantité de potasse neutralisée par les acides gras du beurre. » Il existe des procédés plus exacts, celui de Dalican pour le dosage des acides gras fixes, celui de Duclaux pour le dosage des acides gras volatils. Ce n’est point le lieu de les décrire. Il va sans dire que l’examen du beurre doit toujours comporter l’exer- cice des sens. Avec quelque pratique, on arrive à obtenir des renseigne- ments importants par la dégustation. Le lait de beurre, qui reste après la fabrication du beurre, n’est pas dénué de valeur nutritive: il renferme encore: matières albuminoïdes 3,8 p. 100; sucre de lait 3,4; graisse 1,2 (J. Kœnig). On peut donc, avantageusement, l’associer à d’autres substances alimentaires (les hydrocarbonés). En Hol- lande, on y joint du gruau pour en faire une bouillie destinée aux nourris- sons. Il semble douteux que celte préparation ait une réelle supériorité. Le lait caillé, restant après le prélèvement de la crème, renferme en moyenne (Volcker et Fleischmann) : 90 p. 100 d’eau, 3 à 4 d’albuminoïdes, 5 de sucre de lait, 0,2 à 0,3 de graisse. C’est donc encore une substance alimentaire, qui peut être utile en association. Le fromage. — Quand on a pour but la fabrication du fromage, on coagule le lait avec la présure ou l’acide chlorhydrique et l’on sépare le petit-lait par filtration. Ici se présentent trois cas : ou bien l’on a écrémé le lait; ou bien on l’emploie tel que les animaux le fournissent; ou, enfin, on ajoute encore de la crème au précipité. De ces opérations résul- tent trois classes de fromages : les maigres, les demi-gras, les gras. Les premiers sont évidemment plus riches en azote, puisqu’ils ne sont presque que du caséum; les autres sont, en revanche, plus faciles à digérer et for- ment un aliment plus complet, puisqu’ils renferment une proportion nota- table de graisse. La préparation des fromages fait varier leurs qualités. Les uns sont cuits, comme le Chester, le Hollande, le Gruyère : d’autres non cuits et, parmi ces derniers, il y en a de frais, tels que les fromages blancs; de salés, de fermentés, comme le Brie, le Roquefort, le Marolles. Enfin, les fromages sont durs ou mous. Les proportions de matières azotées, dans les fromages faits en France, varient de 13,03 (Neufchâtel) à 31,30 p. 100 (Gruyère), selon Payen; les matières grasses, de 21,03 (Camembert) à 41,91 (Neufchâtel). COMPOSITION. FROMAGE DE BRIE. HOLLANDE. FROMAGE GRAS, DER. TR01UGE DEMI-GRIS. FROMIGE MAIGRE. Eau 49,6 35.7 46,8 48,0 Matière sèche 50,4 64,3 53,2 52,0 Matières albuminoïdes 16.6 27,2 27.6 32,6 Graisse 25,3 30,4 20,5 8,4 Sucre de lait 3,0 2,5 3,0 6,8 Ces constatations démontrent assez que le fromage est un aliment très riche, presque complet, et justifient les élégantes paroles de Moleschott à l’endroit des peuples qui en disposent, au point que le fromage est pour eux une garantie d’indépendance. Toutefois, beaucoup de types, les fromages durs en particulier, ne profitent complètement qu’aux esto- macs robustes. En vieillissant, les fromages changent notablement de constitution ; la caséine se dédouble, la graisse donne asile à des champignons qui la convertissent en acides gras ; les miles y installent leurs familles (roquefort), des larves de mouches y passent la première phase de leur existence. Souvent, c’est précisément quelqu’une de ces modifications que les amateurs recherchent : Wiel et Gnehm parlent de ces gigantesques meules de fromage, vieilles de plus de cent ans, que l’on se transmet de père en fils comme un héritage et que, dans les familles de Suisse, on ne visite qu aux jours de grande fête avec le respect que nous avons en France pour les vins de crus fameux; les dédoublements de la caséine leur donnent précisément ce haut goût que les connaisseurs apprécient si favorablement. Pourtant, il parait que les mites du roquefort, du chesler, du limbourg, de l’emmenthal, ont parfois pro- curé aux gourmets des tiraillements d’estomac, des douleurs d’entrailles des vo- missements même et de la diarrhée. De même dans les fromages gras, on a pensé qu il se développait un poison (Küscgift), fort analogue au poison des saucisses, d’ailleurs uniquement reconnaissable, comme celui-ci, à ses effets sur les voies di- gestives. Ne s agirait-il pas aussi d’un alcaloïde de la famille desptomaïnes? Les p to mai nés du fromage ont, en effet, été signalées. Il est, décidément, prudent d’être très réservé vis-à-vis de l’ingestion des matières animales putrides. L,es neufs. — On mange les œufs de poisson, les œufs de tortue et, paraît-il, sur les bords du fleuve des Amazones, les œufs de caïman. Mais ce sont les œufs d’oiseaux qui, dans cette catégorie alimentaire, jouent le rôle le plus important et, parmi eux, les œufs de poule, quoique, selon les régions, on consomme aussi les œufs d’oie, de canard, de uinde, de mouettes, d’autruche. Les œufs de poule ont la composition suivante : Cendres 1,0 Albumine 14,2 Graisse 10,9 Eau 73,9 C’est donc un aliment de haute valeur. Comme le lait, la nature l’a pré- paré pour suffire à l’existence d’un petit être, qui, à la vérité, dans le cas particulier, n’appartient pas encore au monde extérieur. L’œuf frais est, de tous points, un mets agréable et de facile digestion, plus aisément digéré encore s’il est cru, ou mieux s’il a subi un degré de chaleur suffi- sant pour détruire la viscosité de la masse albumineuse, sans l’amener cependant à l’entière coagulation. On l’introduit avec avantage dans le ré- gime des nourrissons. Même demi-frais, l’œuf est encore facilement digéré lorsqu’on l’associe à quelque autre substance alimentaire qui divise cette masse albumineuse ; les œufs durs, comme on sait, figurent très bien dans les salades. Les œufs sont à l'abri de toute falsification, dans le sens rigoureux du mol. Mais la cupidité s’en sert néanmoins pour faire ses bénéfices aux dépens du consomma- teur. Il y a deux saisons dans l’année, pendant lesquelles les poules pondent abon- damment; c’est le commencement du printemps et la fin de l’été. Naturellement,, le prix des œufs diminue corrélativement, aux mêmes époques, tandis qu’il s’élève dans la saison où les poules pondent peu ou point. Ne pas vendre ses œufs quand il y en a beaucoup et qu’ils ne se vendent pas cher ; les garder pour le moment où les prix se relèvent; tel esl le problème très simple que savent résoudre tous les producteurs et surtout les collectionneurs d’œufs. De telle sorte que les acheteurs ont toutes les chances du monde de ne pas profiter beaucoup de l’époque d’abon- dance et, en revanche, dans les trois quarts de l’année, payent fort cher des œufs médiocres ou même détestables. Ajoutons que certaines ménagères n’hésitent pas à mêler à une douzaine d’œufs destinés au marché quelques œufs qui, ayant passé plusieurs jours sous une poule en train de couver sont reconnus devoir rester clairs ou même renferment un pouleL mort. Aujourd’hui, la pratique des couveuses ar- Total 100. tificielles rend plus facile et plus commune cette volerie; la couveuse artificielle ne donne pas à la surface de la coquille l’aspect lisse et poli que lui assurent les frot- tements de la poule et qui peut attirer l'attention de l’acheteur. Les œufs frais, mirés à la bougie (dans un endroit obscur) sont transparents. Ils sont plus lourds que l’eau; placés dans ce liquide, ils plongent; les œufs de huit jours surnagent déjà. Morache conseille de se servir pour celte épreuve d’une eau à un dixième de sel. Il va sans dire que, si l’œuf s’agite spontanément dans l’eau, c’est qu’il renferme un poulet vivant. Rien de plus facile que de constater l’altération d’un œuf en le cassant, l’odeur d’hydrogène sulfuré trahit aussitôt lapulréfaction de l’albumine. Malheureusement, cette expertise n’est guère praticable sur un marché. Le poids moyen d’un œuf de poule est de 50 à 60 grammes; la douzaine doit donc peser au minimum 660 grammes. Si une douzaine d’œufs de taille ordinaire ne pèse que de 600 à 630 grammes, il y a présomption que ces œufs ne sont pas frais. L’œuf, conservé à l’air, perd chaque jour de 3 à a centigrammes de son poids, par évaporation. Les graisses animales. — La graisse de provenance animale se distin- gue généralement des graisses végétales par la prédominance de la mar- garine et de la stéarine, tandis que l’oléine constitue essentiellement ces dernières. Celles-ci sont fluides à la température ordinaire, les autres solides. Il semble que plus la stéarine prédomine dans les graisses, moins elles sont aptes à jouer un rôle alimentaire. Dans les circonstances ordinaires, la graisse passe mieux en petite quan- tité; lorsqu’elle est en excès, il se forme des acides gras capables d’irriter la muqueuse digestive. Tous les groupes qui travaillent consomment de la graisse et paraissent pouvoir s’en passer moins aisément que de la viande. On l’utilise juste- ment par petites portions, associée à quelque autre substance alimentaire, pain, légumes, pâtes, et répartie sur tous les repas de la journée, ce qui est, physiologiquement, une condition avantageuse à sa digestibilité. Parmi les graisses animales, indépendamment du beurre, la graisse de porc est celle dont l’usage est de beaucoup le plus répandu. La graisse de bœuf et surtout celle de mouton (je parle de la graisse qui n’est pas incor- porée à la chair musculaire) sont de mauvais goût, difficilement digérées et, d’ailleurs, affectées à d’autres usages. Sur quelques points de la France, la graisse d’oie rend de sérieux services à la population. La graisse de porc se présente sous forme de lard; c’est la graisse du tissu cellulaire sous-cutané; ou sous forme de saindoux; c’est la graisse déposée en masses autour des viscères abdominaux, particulièrement des reins. Le lard se consomme plutôt salé et fumé qu’à l’état frais. La composition du lard fumé est : Albuminoïdes, 1,7; graisse, 94,15, eau, 3,7, selon Voit. On en reconnaît la salubrité à 1 aspect lisse, homogène et non granuleux de la coupe, à la couleur blanche ou légèrement teintée de rose, à la fermeté de sa graisse, à l’absence de tout fumet accusant le rancissement. Il vaut mieux, poui 1 usage habituel, acheter le lard épais que le lard mince ; celui-ci, gardant encore quelques fibres musculaires, est plus agréable comme aliment; mais il fournit peu de graisse et ne remplit pas le but généralement recherché. Le saindoux doit également être d’une blancheur parfaite et uniforme, n’accusant aucune odeur de rance, être de consistance demi-molle, à la température de 15°. Pourtant, le saindoux d’Italie, d’ailleurs très blanc, est presque lluide en été. Celui d’Amérique est ferme, mais à gros grain et légèrement jaunâtre. La principale fraude que l’on fasse subir au saindoux est l’addition d’eau. A l’aide d’un peu de chaux ou de soude caustique, on arrive à en incorpo- rer jusqu’à 40 p. 100 à la graisse. On peut aisément reconnaître cette fraude et la mesurer, en faisant fondre un poids connu de la graisse sus- pecte dans un tube de verre, fermé par un bouchon à son extrémité infé- rieure : lorsque la graisse et l’eau se sont séparées, on fait écouler celle-ci dans une capsule tarée. Il est facile de savoir ensuite si cette eau est al- caline et si elle doit son acalinité à la soude. L’addition de craie, de plâtre, d’amidon, assez rare, se décèle en faisant dissoudre une portion de la graisse dans l’éther. Les tribus misérables qui habitent les régions glaciales trouvent une puissante ressource alimentaire dans l’huile de phoque et de poisson, qui, dans nos sociétés délicates, ne servent guère qu’à l’entretien des cuirs. Une de ces huiles, pourtant, Yhuile de foie de morue, a été employée avec succès comme moyen curatif des maladies qui ont leur origine dans l’ali- mentation insuffisante et, en particulier, du scorbut (Félix, de Bucharest). Le Comité consultatif d’hygiène a fait interdire l’introduction, dans les gâteaux, de la vaseline, de la pétréoline, de la neutraline, qui ne rancissent pas, mais n’ont rien de commun, au point de vue digestif, avec le beurre ou le saindoux. B. Substances alimentaires tirées du règne végétal. Les aliments végétaux, ainsi qu’on l’a vu, sont moins riches que les substances appartenant au règne animal; mais on ne saurait dire qu’ils aient moins d’importance; ils forment, au contraire, la base de l’alimen- tation publique. Le caractère des substances alimentaires végétales est la prédominance du carbone dans leur constitution. Il est représenté par l'amidon, le sucre (de raisin), les acides organiques. L’albumine n’y fait pas défaut; certaines graines en renferment même abondamment; elle est représentée parle gluten dans les céréales, par la légumine dans les graines de la famille des Légumineuses. Toutes ces substances contiennent de l’eau, quelques-unes en propor- tions énormes, ce qui réduit à peu de chose leur valeur nutritive. A ce point de vue, on a pu introduire dans les substances alimentaires végé- tales cette division : les féculents (céréales, racines féculentes, graines de Légumineuses) et les végétaux aqueux (légumes verts et fruits). Ces céréales. — On donne ce nom à des plantes, presque toutes de la famille des graminées (le sarrasin est la seule exception), qui sont l’objet régulier et systématique delà grande culture ou de l’agriculture propre- ment dite, Y art de Cêrès. Ce sont : le blé (Triticum vulgare, L.) et ses va- riétés; le seigle (Secale eereale, L.); l’orge (fJordeum dislichon) et ses va- riétés; l’avoine {Avena saliva, L.); le maïs (Zea Mays, L.) ; le riz (Oriza saliva, L.); le sarrasin (Polygonam fagopyrum, L.); le millet [Panicum mi- liaceum, L.). Le blé, dont l’usage est si ancien qu’il est impossible de retrouver son berceau, se plait surtout dans la zone chaude et la zone tempérée ; mais on le cultive jusque sous des latitudes déjà septentrionales; en Angleterre, en Belgique, en France, en Espagne, en Italie, sur les rives du Danube, dans la région du Caucase, le nord de l’Afrique, l’Asie Mineure, une bonne partie de l’Amérique du Nord, il forme la cul- ture la plus répandue. Le seigle s’adapte à la zone tempérée et à la zone froide. Il s’accommode de ter- rains qui ne seraient pas assez riches pour le blé. En France, il ne représente pas plus de 16 p. 100 delà consommation en céréales; mais il domine en Allemagne et forme la base de l’alimentation des classes laborieuses. L’orge n’est uniformément cultivée que dans les pays froids, quoiqu’elle réussisse très bien dans les pays chauds, en Algérie, par exemple; c’est par excellence la récolte en Norvège, en Suède, dans le nord de la Russie, en Écosse, en Irlande. L'avoine et le sarrasin ne sont cultivés régulièrement pour l’alimentation de l’homme que dans les terres très pauvres. Le riz est la céréale dominante dans le sud de l’Europe, la moilié sud de l’Asie, les États du Sud de Nord-Amérique, le nord de l’Afrique; de même que le maïs a sa plus grande extension dans le centre de Nord-Amérique, en Turquie, en Grèce, en Italie, dans le sud de la France et le nord de l’Espagne. On a dit qu’il suivait à peu près la culture de la vigne. Enfin, le millet est cultivé en Amérique, en Algérie, en Italie et dans le midi de la France. L’élément capital des graines de céréales, au point de vue alimentaire, est le gluten, substance azotée qui renferme, à l’état frais, 70 p. 100 d’eau. Desséché, le gluten contient 84 à 88 p. 100 de matières albuminoïdes; le reste est de l’amidon, de la cellulose, de la graisse. Les matières albuminoïdes elles-mêmes sont : la fibrine végétale, la caséine végétale ou légumine, et la gliadine, ou glutine, ou gélatine végétale. II y a, en outre, une faible proportion d’albumine très analogue à l’albu- mine animale. Oudemanns leur attribue les rapports quantitatifs suivants : Fibrine 9,27 ; légumine, 1,55 ; gélatine, 0,22; albumine, 0,26. Le gluten sec renferme 12,5 à 15,2 p. 100 d’azote. Le tableau ci-après, emprunté à Roth et Lex, donne la constitution des princi- pales céréales usitées. Il ressort clairement de ce tableau que le blé est la plus riche des céréales et le riz la plus pauvre. Le seigle se rapproche beaucoup du blé. Dans le commerce et la minoterie, on distingue les blés durs, les blés tendres et les blés demi-durs ou miladhns. Les premiers, généralement plus riches en azote, viennent surtout des pays chauds; ce sont ceux-là que notre Algérie nous envoie! Ils ont le grain maigre, comme corné, à cassure vitreuse, fauve. Les blés tendres, produits des pays tempérés, ont le grain renflé, régulier, un peu pâle, facile à écraser, à cassure blanche et farineuse. D’ailleurs, l’aspect et les propriétés du blé varient notablement selon les terrains et selon le mode de culture e( de fumure. Iïn dehors des caractères spéciaux, le ble doit élrc coulant à la main, quelque peu sonore quand on en laisse couler une poignée sur le tas, parfaitement lisse, sauf à celle des extrémités où il existe normalement des poils courts et très fins. La cou- leur en est plus ou moins pâle ou jaune rougeâtre, mais il ne doit y avoir, à la surface ni aux extrémités du grain, aucun point noir, rouge ou vert. L'odeur doit être à peu près nulle, ne rappelant que celle de la paille fraîche. Le poids à recher- cher est celui de 74 à 77 kilogrammes l’hectolitre (Delaperrière). Blé d’Alsace — de Nord-Amérique — de France — de Saxe — d'Odessa — de Hongrie Seigle de Hesse — d’Alsace — de France Orge d’été — d’hiver — extrêmes de 9 analyses..... Avoine, moyenne de 8 espèces... — extrêmes de 9 analyses.. Sarrasin non mondé — mondé Maïs de Saxe — de Nassau Riz des Indes orientales Millet de Nuremberg (mondé).... — d'Egypte (non mondé) 1 j ALBUMINOÏDES. o Q ?? w es O cn H a H Q O GRAISSE. CELLULOSE. SELS. d < w AUTEURS. 1-1,6 59,7 7,2 1,2 1,7 1,6 14,0 Boussingault. 1 1.8 67,6 7,4 — 0,7 — 12,6 Beck (moy. de 20 espèces). 11,2 — — — — 1,7 14,4 Reiset (20 espèces). 11,8 64,4 1,4 2,6 2,5 1,0 15,6 Wunder. 14,3 59,6 0,3 1,0 1,7 1,4 15,2 Peligot. 13,4 62,2 5,4 1,0 1,7 1,7 14,5 13,6 o0,o 8,9 0,9 10,1 1,8 15,0 Fresenius. 12,5 — — 2,0 3,3 2,0 14,0 Boussingault. 11,6 53,5 10,2 1,9 3,0 2 2 14.1 Paven. 8,9 — — — 7,7 2.8 13,8 Anderson (mov. de 9 espèces). lü.l — — — 9,0 2,0 14,2 — (4 espèces). i 8,5 35,3 4,2 2,0 6,4 2,3 12,0 (13,2 53,7 5,5 2,6 13,6 3,8 16,8 111,0 — — 9,0 2,7 13,0 Fehliug et Faist. 8,8 32,2 — 573 4,1 2,6 12,6 15,7 55,4 — 6,4 12,3 4,1 15,7 !',1 45,0 7,1 0,4 22,0 2,4 12,7 Zenneck. 2,6 78,9 3,8 0,9 1,0 13,7 Von Bibra. 8,8 58,0 5,3 9,2 4,9 3,2 10,5 Hellriegel. 10,0 65,9 2,3 5,1 1,0 1,6 13,4 Fresenius. 5,3 73,9 2,3 0,9 2,0 — 14,0 Von Bibra. 6,3 73,6 4,6 0,3 15,1 Horsford et Ixrocker. 10,3 57,0 11,0 8,9 2,0 — 12,2 Von Bibra. 10,1 50,1 1,5 3,1 25,4 1,8 8,0 Poison. Il paraît que certains fraudeurs huilent les blés médiocres à l’aide de l’huile de navettes, de telle sorte que par le glissement le grain se lasse aisément dans la mesure et paraisse avoir une pesanteur spécifique élevée, qui naturellement lui as- sure de plus hauts prix. Cette ruse ne se reconnaît pas à l’œil ; il faut rouler le grain dans la poudre de curcuma ou dans la poudre de bronze; les poils des grains retien- nent decellepoudre. Il est vulgaire aussique les grains huilés, projetés dans un verre d’eau à la surface duquel un petit morceau de camphre exécute les mouvements circulaires que l’on sait, arrêtent immédiatement ces mouvements (Dietszch). Corps étrangers. Altérations des graines de céréales. — Les corps étran- gers se trouvent mêlés au grain plutôt par quelque accident de la végé- tation que par suite de manœuvres frauduleuses; dans le cas particulier, les fraudeurs déprécieraient leur marchandise sans avoir chance de béné- fice. Voici les plus communs de ces corps: Les grumeaux terreux ou pierreux provenant de la négligence du culti- vateur vis-à-vis de l’aire où il dépose son grain; Les graines de plantes classées parmi les mauvaises herhes ; comme celle de Trifolium arvense, de Bromus secalinus, de Bhïnanthus major, de Mdampyruni arvense (fromentelle), à'Agrostema gitliago (nielle), de llapha- nus raphanistrum (raifort sauvage), de Lolium temulentum (ivraie). La plu- part n’ont que le tort de n’être pas le grain comestible que le consom- mateur désire précisément acheter; quelques-unes ont, cependant, la réputation d’exercer une action nuisible, au moins à doses élevées. Ainsi, la fromentelle rougit le pain, lui donne un goût amer et une odeur nau- séeuse. On attribue la propriété de le noircir et de lui donner un goût âcre, sans préjucice d’un fâcheux pouvoir sur le mouvement, à la nielle, dont je n’ai jamais remarqué les prétendus effets narcotiques, en Lorraine, où il y en a beaucoup. Le radis ou raifort sauvage, a été tout à fait innocenté, par Léon Colin, de l’accusation portée par Linnée, d’être la cause de l’er- gotisme convulsif (raphanie, Kriebel/crankheit). Mais l’ivraie, assez abon- dante dans les années pluvieuses, aurait causé du délire, des convulsions, des paralysies, si l’on a pas porté à son compte de véritables manifestations de l'ergotisme; cette graine étant sujette à l’ergot. Le plus habituellement, ceux qui en mangent éprouvent des coliques, des étourdissements, des envies de vomir, des troubles de la vue, de la somnolence, de la courba- ture; ils se trouvent comme en état d’ivresse (Layet). En admettant la no- cuité de cette graine, notons ici que, plus légère que le blé, elle surnage ù la surface de l'eau, tandis que le blé va au fond, ce qui est un moyen de la reconnaître et de s’en débarrasser (Pappenheim); dans la farine qui contient du lulium, le traitement par l’alcool détermine une couleur verte et un goût repoussant ; la liqueur évaporée laisse un résidu vert jaunâtre ; Les cryptogames parasites : Ustilaginées, Tillétiées, charbon de l’orge et de l’avoine (C'stilago carbo); rouille, carie du blé (TUletia caries)-, rouille du seigle ((Jstilago secalis); ergot de blé et de seigle (Claviceps purpurea Tu- lasne); verdet ou verderame du maïs (Uslilago Maydis Tul., Sporisorium Maidis Balardini), ont été déjà indiqués (p. 432 et suiv.). Les premiers déprécient seulement les grains ; l’ergot est regardé comme la cause d’accidents dont nous reparlerons plus loin ; le verdet est la pomme de discorde dans l’étiologie de la pellagre. Les insectes parasites : Yalucile, petit papillon nocturne; la teigne, dont la toile étendue sur les grains les agglutine pendant que sous elle les larves rongent le grain ; le charançon, petit coléoptère qui pullule avec une sin- gulière énergie (12 paires peuvent produire en un an 75,000 individus dont chacun dévore 3 grains de blé) et détruit des quantités considérables de blé (Morache). Ces parasites sont spéciaux au blé, dont le péricarpe est atta- quable par leurs mâchoires. Ajoutons, pour les céréales conservées en magasin, les petits rondeurs rats, souris ou mulots, qui s’en nourrissent. Les parasites végétaux, les cryptogames et même les plantes de grande taille, apparaissent à la faveur du mode de culture et de circonstances cli- matiques qui font des épis un terrain propice à l’éclosion de leurs germes. Les parasites animaux attendent le moment où le grain est mis eii dépôt et peu surveillé pour s’y établir et en vivre. On dispose, pour les combat- tre, de trois moyens principaux : le mouvement, par le simple pelletage ■intermittent ou par le mécanisme ingénieux des greniers Huart, qui agite d’une façon continue la masse de grains; les substances insecticides et particulièrement le sulfure de carbone; la conservation à l’abri de l’air en silos. Utilisation des céréales. — Toutes les graines dont il vient d’être ques- tion sont l’objet, pour être utilisées, d’une première préparation qui ne les modifie pour ainsi dire que mécaniquement et ne fait que les disposer à se prêter à l’action des organes digestifs. Telles qu’elles sont, leur partie vraiment alimentaire est enfermée dans une enveloppe ligneuse à plusieurs couches, qu’il faut rompre, fragmenter et même séparer de la matière utile, pour que l’homme puisse aisément et sûrement en tirer tout le béné- fice qu’elles comportent. L’opération qui a pour but ce résultat et l’atteint d’une façon plus ou moins complète et avantageuse est la mouture. Le produit est la farine, avec quelques accessoires, son, retraits, etc. L’industrie de la monture a fait de grands progrès dans ces derniers temps. On distingue la mouture haute et la mouture basse. Dans le premier système, les meules sont, au début de l’opération, aussi écartées que pos- sible, puis se rapprochent graduellement. Ce procédé permet de séparer très exactement la partie ligneuse du grain, d’obtenir des types de farines de finesse diverse et, en dernier lieu, avec la partie centrale du grain, la fleur de farine. Il réussit même à écarter de la farine les grumeaux terreux et les graines étrangères (Nowak). L’autre système fait agir les meules tout d’abord aussi rapprochées que possible et n’obtient ainsi les divers types de farines qu’en reprenant la boulange pour la faire passer par des blutoirs à mailles de dimensions variables. On a ainsi : la fleur de farine première ou deuxième, les gruaux blancs ou bis, les recoupettes, etc. Dans les manutentions militaires en France, on blute à 20 p. 100 pour les blés tendres et 12 p. 100 pour les blés durs. Comme, d’autre part, il est toujours perdu 3 p. 100 dans la fabrication, en farine qui reste adhérente aux meules, ou se dis- perse dans l’usine sous forme de poussière, il résulte, selon le calcul de Morache, que 103 kilogrammes de blé tendre fournissent 80 kilogrammes de farine et 20 de son; 103 kilogrammes de blé dur, 88 kilogrammes de farine el 12 de son. Wiel et Gnehm invoquent une sorte d’à priori d’après lequel on pourrait appré- cier d’avance la valeur relative des trois classes de farine. Le grain de blé peut être assimilé à un œuf, dans lequel la coquille, l’albumine et le jaune sont superposés- de dehors en dedans; le péricarpe du grain correspond ci la coquille; la couche sous-jacente est la plus riche en gluten (albuminoïde); le centre, constitué par l’a- midon, représente le jaune de l’œuf, oh la graisse prédomine. D’où il suit que le blutage est fâcheux s’il enlève, avec le péricarpe, une porLion notable de la couche albuminoïde. Peut-être même se condamne-t-on à une perte réelle en rejetant le son, dont les écailles entraînent toujours une part de la couche azotée sous-jacente. Or, la perte d’albumine par l’abandon du son est réelle, et c’est ce qui fut autre- fois (1853) l’occasion de la querelle assez retentissante de Millon et Poggiale ; le premier insistant sur le côté fâcheux de cette perte, le second s’efforçant d’en dé- montrer l’inanité. Poggiale avait raison, en ce que la difficulté pourl’eslomac d at- taquer le pain « de tout grain » annule absolument les ressources en azote que le son pourrait offrir et entraîne même la perte par les selles d’éléments qui, sans lui, eussent été utiles. Mais les procédés modernes de la meunerie arrivent a ne laisseï plus aucune substance nutritive sur les squames ligneuses de l’enveloppe corticale du grain. Composition de ta farine (J. Kœnig). ÉLÉMENTS. FARINE DE FROMENT. FARINE FINE. GnossifcnE. 1)E SEIGLE. d’oiige. d’avoine. DE MAIS. U,8 85,2 12,2 87,8 14,2 14,8 85,2 10,1 89,9 10,6 89,4 85,8 8,9 i,i 11,3 1,2 11.0 11,0 1,2 71,9 14,3 11,0 2,0 5,7 65,7 2,2 7,0 G7,G 3,8 74,4 73,G 69,7 1,6 0.3 0,9 0,8 0,5 0,5 1,5 0,6 2,0 Expertise des farines. — Il est toujours facile de reconnaître les pro- priétés physiques d’une bonne farine et il ne faut pas manquer ici, non plus que dans d’autres expertises, de faire d’abord usage de tous les sens avant de recourir aux épreuves microscopiques ou chimiques. La bonne farine de blé est blanche ou légèrement jaunâtre (blé dur); celle de seigle est grisâtre. La teinte doit être uniforme, sans points noirs, gris, verts ni rouges (champignons). La bonne farine de blé tendre se pelotonne par la pression entre les doigts, maisla pelote se fragmente aisément ; elle est « fleurante », c’est-à- dire que dans cette épreuve il reste sur les points de la main, qui ont été en contact avec la farine, une mince couche blanche. La farine de blé dur, normalement, ne se pelotonne pas, est poussiéreuse, moins douce au toucher que la précédente, peu ou point fleurante. Toutes les farines de bonne qualité ont une odeur médiocre, mais franche et non désagréable. 11 faut goûter la farine; pour cela, on en prend plein une cuiller à café dans la bouche, la langue en fait une pâte en l’humectant de salive et, sans qu’il soit besoin d’avaler, on peut percevoir exactement l’impres- sion gustative complète que la farine comporte. Dans les usages domestiques et surtout la fabrication du pain, la bonne farine fait pâte avec facilité; cette pâte est ferme, non coulante, longue, pouvant s’étirer, ne donnant pas aux doigts la sensation de viscosité. Il est certaines altérations de la farine que l’on peut encore reconnaître sans grand appareil, à l’œil nu ou avec une simple loupe. Ainsi, la larve de Tcnebrio mo- litor(ver de la farine), les acariens de la farine, que Troupeau conseille de recher- cher de la façon suivante : On étale et Ton presse légèrement la farine entre deux feuilles de papier. Les acariens, s’il y en a, ne lardent pas à soulever de petits monticules sur la surface unie. A l’aide d’une loupe et d’une pointe mouillée, on découvre et l’on enlève l’a- nimal, qui peut être déposé sur le porte-objet du microscope. Il est lacile de distinguei aussi, à un faible grossissement, les champignons que Ton a déjà pu soupçonner à la constatation des points rouges ou noirs. Ou estime la proportion d’eau par la dessiccation à l’étuve et en faisant la dif- férence de deux pesées, Tune avant, l’autre après. I Dosage du gluten. La matière azotée n’a la propriété de pouvoir Être séparée de la farine sous forme d’une masse élastique et légère, le glu- Arnould, Hygiène. 2‘ édit. . 59 ten, que dans le blé et le seigle. Chez les autres céréales, il n’y a pas à proprement parler de gluten, ou bien il est court, l'riable. Aussi sont-elles impropres iï la panification, comme le maïs, et ne peut-on en faire que des galettes azymes. Certains froments ont eux-mêmes un gluten court; cela arrive quelquefois dans le Nord, sans que la fraude y soit pour rien, ainsi que l’a démontré Millon. Les farines de blé tendre donnent de 28 à 30 p. 100 de gluten humide ou 10 p. 100 de gluten sec; celles de blé dur, 30 à 45 de gluten humide, 12 à 15 de gluten sec (Vauquelin, Rivot, Payen, Lailler). Il n’y a qu’un procédé rigoureux de dosage du gluten, le dosage de l’azole ; mais c’est un procédé de laboratoire. Le mode d’experLise, qui consiste à malaxer sous un filet d’eau une pâte faite avec de la farine et de l’eau, est prompt, mais peu précis et fertile en contestations entre acheteurs et vendeurs. En effet, il y a jus- qu’à six ou sept descriptions différentes du procédé, qui ne renferment pas toutes des prescriptions également bonnes ; on arrive difficilement, dans ces manipula- tions, à avoir constamment le gluten humide au même degré d’hydratation, ce qui en fait nécessairement varier le poids; dans le lavage, l’amidon peut entraîner une parlie du gluten ; les eaux de puits, chargées de sulfate calcaire, favorisent sa sépa- ration, tandis qu’avec certaines autres il est difficile de l’agglomérer. Un bon gluten, c’est remarquable, retient plus d’eau que celui de qualité inférieure. Lailler recom- mande l’usage de l’aleuromètre (fig. 226), qui pourtant n’est pas, non plus, un ins- trument de précision, mais indique au moins la qualité du gluten et permet d’ap- précier les différences d’hydralalion qui existent entre divers glutens. L’aleuromètre se compose d’un tube de cuivre creux, terminé à sa partie infé- rieure par une petite capsule mobile. Sur la partie supérieure du tube se meut un petit pistou fixé à l’extrémité d’une tige graduée. On met un poids déterminé de gluten, 7 grammes, dans la capsule, on adapte celle-ci au tube et on fait plonger l’inslrumenl dans une étuve chauffée à 15° (huile) ; on maintient la lampe allumée pendant dix minutes, on retire l’aleuromètre. Le gluten, sous l’influence de l’eau réduite eu vapeur, s’est dilaté et le piston s’est soulevé d’autant plus que l'élasticité du gluten est plus grande. On peut voir, en mulLipliant ces opérations sur une grande variété de farines, que la réduction de poids (ou la perte en eau) des 7 gram- mes est loin d’être toujours la même; Lailler a trouvé le poids du gluten après sa cuisson compris entre 2&r,50 et 3sr,0o. 11 regarde l’hydratation du gluten humide comme variant de 59 à 66 p. 100. C’est donc le dosage du gluten sec qui est conseillé. Lailler le pratique de la façon suivante : 1° On fait avec 10 grammes de la farine à essayer et 5 grammes d’eau une pâle bien malaxée, qu’on laisse en repos pendant cinq à dix minutes; 2° on sépare le gluten, non sous un filet d’eau, mais dans l’eau, en y plongeant un tamis de soie très fin, suffisamment pour que l’eau recouvre entièremenlla soie, et en malaxant la pâte dans cette eau; quand il n’y a plus dans la main que du gluten, on soulève doucement le tamis, qui ramène ainsi les portions de gluten détachées de la masse; on les réunit à celle-ci; 3° le gluten, bien lavé et pressé dans la main, est soumis à la dessiccation au bain-marie, dans un appareil quelconque. Lailler se sert d une petite étuve (fig. 227), qui se compose : D’une casserole en fer battu de la contenance de 80 centilitres; d’un couvercle ayant une tubulure courbée à angle droit pour le dégagement de la vapeur et une ouverture du diamètre du vase suivant; et d’un vase cylindrique en fer battu, de 30 centilitres de capacité, fermé par un couvercle, ayant deux tubulures verticales et plongeant, par l'ouverture du couvercle, dans la casserole jusqu’à 4 centimètres du fond. Ou fait du gluten humide avec 10 grammes de farine (il est bon d’en noter le poids, comme renseignement) ; on le place dans le vase cylindrique, préalablement huilé à l’intérieur; celui-ci est adapté à la casserole remplie d’eau aux deux tiers et l’on fait bouil- lir. Quand le gluten, pesé deux fois de suile Fig. 226. — A /euromètre de Doland (’). Fig. 227. — Étuve à dessication des farines. à quelque temps d’intervalle, ne perd plus de son poids, c’est qu’il est sec. Proportion du son (ligneux). — On mélange d’eau, dans une capsule de porce- laine, 100 grammes de farine et l’on chauffe au bain-marie. On verse le liquide sur un tamis, on reprend le résidu parTeau; on chauffe et l’on filtre plusieurs fois de suite jusqu'à ce que l’eau passe claire. Le résidu définitif est desséché à 100°, puis pesé. On n’a pas ainsi immédiatement le poids du son, mais celui de la partie li- gneuse de l’enveloppe. Wetzel et Haas, à la suite de nombreux essais, pensent qu’il faut multiplier le poids du résidu sec par 2, pour avoir le poids du son quand il s’agit de seigle; par 2,7 lorsqu’on a affaire à du blé. Matières minérales. — La farine ne renfermant jamais 2 p. 100 de cen- dres, si, après en avoir incinéré 100 grammes dans une capsule de platine à feu nu, on trouve une proportion plus élevée, c’est que la farine a été minéralisée accidentellement ou volontairement. L’usure des meules peut introduire de la silice dans la farine et môme du plomb, à cause de la mau- vaise habitude qu’ont les meuniers d’obturer avec du plomb fondu les trous de la pierre. Rien n’est plus simple que de déceler, par le dégagement d’acide carbo- nique, au moyen de quelques gouttes d’acide azotique ou chlorhydrique, la présence de la craie dans la farine. Farines vieilles. — Il est avantageux de ne pas employer la farine avant deux ou trois mois après la mouture. Au delà, elle ne gagne plus, mais peut encore se conserver longtemps, avec des soins. Môme dans de bonnes cll(P; ^'couvercle (Saleront°gradu6o: "> llauteur du S,uiHhumid.>; D, l.aulcur du gluten dessé- conditions, lorsqu’elle vieillit, ses matières grasses deviennent rances; les matières sucrées décroissent: les albuminoïdes s’altèrent, le gluten se flui- difie et l'acidité se produit (plus vite avec les farines de blés tendres). Les matières amylacées ne paraissent point modifiées (Balland). Mélange clc farines. — Le mélange de farines est quelquefois le fait d’habitudes populaires. Plus habituellement, c’est une fraude. On a intro- duit, dans une farine de première valeur, une denrée de moindre prix, pour vendre le tout au taux de la première. On mêle à la farine de blé la farine de pomme de terre, qui ne possède pas de gluten. C’est donc un appauvrissement considérable de la denrée alimentaire. On peut soupçonner la farine de pomme de terre dans celle de blé ou de seigle à ce que, dans la farine bien sèche et étendue en mince couche sur une feuille de papier noir, on voit apparaître des points brillants, très perceptibles à la loupe. Les grains des autres farines sont mats. Mais l’expertise péremptoire se fait sous le micros- cope. Les grains d’amidon de pomme de terre apparaissent, sous un grossissement de 250 à 300 diamètres, comme des corpuscules ovoïdes ou pyriformes, avec une sorte d’ombilic ou de bile vers la petite extrémité, duquel partent des stries con- centriques (fig. 229). Pour comparaison, nous reproduisons dans les figures 228 et 230 la forme de l’amidon de blé et de l’amidon de seigle. Les grains du premier sont arrondis, oli- Fig. 228. — Amidon de blé (Cauvet). Fig. 229. — Fécule de pomme de terre. vaires ou ressemblant à un carré dont les angles auraient été émoussés; lorsqu’on y aperçoit des stries concentriques, elles sont parallèles entre elles et à la ligne de contour. Les grains de fécule de seigle, un peu plus petits que les précédents, leur ressemblent pour la forme; mais il s’en trouve quelques-uns, dans le nombre de ceux qui sont sous l’objectif, qui présentent un hile étoilé très caractéristique. En mouillant la farine examinée avec quelques gouttes d’une solution de potasse caustique au 30°, les corpuscules amylacés de pomme de terre se gonflent jusqu a atteindre un volume 3 à 4 fois plus grand, tandis que ceux de blé ne changent pas d’aspect. De plus, si l’on triture dans un mortier de porcelaine, avec un peu d’eau, pendant quelques minutes, un mélange de farine de blé et de farine de pomme de terre, que l’on étende ensuite et que l’on filtre, la teinture d’iode étendue (I p. 20 d’eau) fait apparaître dans la liqueur filtrée la teinte bleue immédiate, tandis que, parle même réactif, l'amidon de blé ne prend qu’une teinte jaune rougeâtre. L’addition de farine de seigle à celle de blé ne diminuerait pas notablement la richesse azotée de l’aliment, si l’on ne savait que le gluten de seigle est moins aisé- ment assimilable que celui du blé. D’ailleurs, la valeur vénale du seigle étant in- férieure à celle du blé, il est clair que le mélange est un vol si la denrée, est vendue au titre de cette dernière céréale. Ou ne falsifie pas la farine de blé avec celle de riz, qui coûLe plus cher quelle, quoique renfermant très peu d’azote. Les grains de fécule du riz ont la forme poly- gonale et, sons le microscope, on en voit d’ordinaire un grand nombre réunis ensemble et se touchant par leurs faces polygonales de manière à taire mosaï- que. L’avoine, dont on ne mêle guère la farine à celle du blé, parce qu’elle manque de blancheur, a aussi les cellules polygonales (fig. 233). Dans l'ensemble, elles sont toujours 3 à 4 fois plus petites que celles du blé. Désagrégées, elles prennent l’aspect pyriforme ou de pépins. Le maïs donne une farine jaunâtre que l’on ne réduit pas d’ordinaire à 1 étal de poudre fine, dans les pays où l’on se nourrit de polenta. Cependant, la farine dé- niais d’Amérique est assez blanche pour être susceplible de mélange avec celle de froment, sans que la teinte attire l’attention. Ou reconnaîtrait la fraude aux carac- tères de la farine du maïs sous le microscope, à l’éclairage ordinaire ou avec la Fcye Fig. 232. — Fécule de maïs (Cauvet). 2So Avo m e - Fig. 233. — Fécule d’avoine. lumière polarisée, selon le procédé de Moilessier. Les grains de fécule de maïs ont assez régulièrement pour contour un hexagone ; à l'intérieur, une étoile brillante, à six branches, dessine les arêtes qui se rendent à chaque angle de l’hexagone (fig. 232). Le plus commun des mélanges malintentionnés est celui de la farine de Légu- mineuses, de féverolles ordinairement, avec celle de blé. La farine de féverolles ou de vesces est d’une parfaite blancheur et n’a qu’une faible valeur vénale; ce sont des raisons suffisantes pour la fraude. En apparence, on ne fait pas un tort aussi grand à l’estomac du client qu’à sa bourse, puisque les Légumineuses renferment beaucoup d’azote. Pourlant, la matière albuminoïde n’est plus le gluten, celte fibrine végétale qui joue un si grand rôle dans les qualités du pain; la légumine est moins facile à digérer que le gluten. De plus, le fumet et le goût des Légumi- neuses n’ont pas les caractères agréables de la farine de froment. Dietszch conseille d’incinérer la farine; celle de Légumineuses (fèves, pois, vesces) est la seule qui laisse un poids de 3 p. 100 de cendres. Mais encore, on traite la farine comme si l’on voulait en extraire le gluten; le produit glutineuxque l’on obtient prend rapi- dement une coloration gris rouge sombre (vesces, fèves blanches) ou verte (pois) et laisse percevoir le parfum et le goûL particulier des Légumineuses. Au reste, les grains de fécule des légumes se distinguent par leur forme ellip- soïde, avec un sillon médian pour bile; sur ce sillon tombent quelquefois de petils sillons secondaires, perpendiculaires au premier (fig. 231). Farines de graines non comestibles. — Yogi traite 2 grammes de farine, dans une éprouvette, par 10 centimètres cubes d’un mélange d’alcool à 70 degrés avec l'acide chlorhydrique (ci p. 100). On agile et 1 on chauffe. En abandonnant laliqueurau re- pos, elle reste incolore avec la farine de blé eide seigle, devient jaune pâle avec celle d orge, d avoine, de maïs, de pois; jaune orange avec la fécule de nielle eL d’ivraie, pourpre avec celle de vesces, rouge de sang avec l’ereot. Les mêmes colorations apparaissent dès qu’il y a de 5 à 10 p. 100 de ces fécules dans la farine examinée; sauf une intensité variable dans la nuance. Il faut toujours joindre à cette épreuve celle du microscope. La fécule de nielle se présente en corpuscules allongés ou en fragments, remarquables par leur contenu granuleux. Cette fécule est, d’ailleurs, d’un blanc éclatant, comme l’a constaté K. B. Lehmann ; si la présence de la nielle donne parfois une coloration brune, c’est à cause des fragments de l’enveloppe de ses graines. Egger a remarqué que les cellules à gluten (périphériques) du seigle sont par- fois colorées en bleu, sans qu’on puisse supposer qu’il s'agisse d’une anomalie ou d’une altération. En traitant la farine de ce seigle par l’acide chlorhydrique ou par l’acide sulfurique étendus, on obtient une coloration rouge, qui, naturellement, ne prouve pas l'addition ou la présence d’une farine étrangère ou dangereuse. Par le réactif de Yogi, la farine du mélampyre, ou plutôt des rhinantacées, donne une coloration brune ou brun rouge, qui n’a rien de caractéristique. Si l’on aban- donne la liqueur à la température de la chambre pendant 3 ou 4 heures, elle se colore fortement en bleu ou vert bleuâtre. Mais Lehmann préfère rechercher d’une autre façon le mélange de ces graines. Il fait un peu de pâte avec la farine sus- pecte, la convertit en un petit pain, sur la tranche duquel apparaît, uniformément ou par points, la couleur violette plus ou moins foncée qui caractérise la présence du mélampyre ou des rhinantacées, et applique à des parcelles de ce pain les procédés chimiques et spectroscopiques. Ceux-ci ne réussissent pas constamment. L’auteur leur vient en aide par le microscope, qui permet presque toujours de re- trouver les cellules hexagonales de l’endosperme des graines de mélampyre avec un contenu brun, ou celles de l’endosperme du rhinantus, avec un contenu violet ou rouge brun, tranchant sur le reste de la substance du pain, qui est pâle. Ces caractères sont, apparemment, d’une recherche encore assez délicate. Heu- reusement, Lehmann n’a pu recueillir de preuves que le « pain bleu » ait causé des accidents, quoique l’on doive, en police sanitaire, le considérer comme d’une valeur inférieure et suspect. Utilisation «le la farine «le céréales. — Il n’y a guère que la farine de blé, et des meilleures sortes, qui entre dans la consommation sous la forme de ce que l’on appelle, en terminologie alimentaire : les pûtes. Il faut, en effet, que la farine soit riche en gluten pour se prêter au mou- lage, à la dessiccation et à la conservation qu’on exige de ces substances. Aussi, les blés durs des pays chauds, d’Italie, d’Algérie, sont-ils plus par- ticulièrement exploités pour cet usage et donnent-ils les pâtes les plus renommées. Les pâtes sont à l’état de grains fins (semoule), ou de fragments moulés (pâte d’Italie) ou de filaments dutyp e nouilles • fidelini, vermicelle, casagnetti, macaroni. Il en est fait une énorme consommation sur tous les points du globe, en potages, en ragoûts, en association avec le lait, le fromage, des condiments divers. Tout ce que l’on peut demander à ces pâtes, au point de vue de l’hy- giène, c’est d’être faites de farine de bonne qualité, d’être dans un parfait état de conservation et de ne point être colorées avec une substance dan- gereuse. Le safran est à peu près la seule matière colorante qu’on puisse admettre pour cet usage. Dans les pays du Rhin et en Lorraine, les gens de la campagne impro- visent, sous le nom de nouilles, de knèpfes ou quenelles (Nudeln, Knœp- feln), des pâtes que Ton assaisonne avec de la graisse ou de la crème. G est un plat toujours bien reçu de gens qui ont un grand besoin d’hydrocarbo- nés et qui, fait i\ la maison, a toutes les chances d’ôtre très salubre. Le pain. — C’est une substance alimentaire si importante que le mot est employé, dans toutes les langues, avec le sens compréhensif d’aliment en général :« gagner son pain; manquer de pain, etc. ». Matériellement, c’est de la farine, à laquelle on a incorporé de l’eau par une action mécanique, que l’on a soumise ensuite à la fermentation, puis à la cuisson. Le pétrissage, ou incorporation à la farine d’eau et de ferment, se fait à la main ou à l’aide d’appareils mus par la vapeur dans les grandes boulan- geries. Le mérite du premier mode est de pouvoir être appliqué avec intelli- gence et exactitude; celui du second est d’ôtre plus propre. Avec un bon outillage et une direction expérimentée, 1 e pétrin mécanique peut réunir les avantages des deux procédés et, par conséquent, doit être préféré. Avant de faire le pain, on a préparé dès la veille une certaine portion de pâte, ou levain, dans laquelle on a introduit de lalevûre ou de la pâte aigre (ferment lactique, acétique, etc.). La fermentation s’est déjà emparée très largement de ce levain. On se sert, pour le mélanger à de nouvelles propor- tions de farine et obtenir la pâte définitive, d’eau tiède dans laquelle on a fait dissoudre o à 6 grammes de sel marin par kilogramme de pain à obtenir. Arrivée à un point convenable d’homogénéité et de consistance, la pâte est partagée en pâtons, d’un volume en rapport avec le poids que doivent peser les différents pains. On doit prévoir qu’il y aura près de 23 p. 100 de perte à la cuisson. Ces pâtons sont placés dans des récipients appropriés et abandonnés au repos dans une chaleur douce, pour y fermenter à leur tour. La fermentation désagrège une part de l’amidon, la convertit en dextrine, puis en sucre qui, lui-même, subit la fermentation alcoolique, c’est-à-dire se dédouble en alcool et acide carbonique. C’est celui-ci qui soulève la pâte et fait les yeux du pain. 11 reste dans le pain un peu d’acide lactique et d’alcool. Après quatre heures de fermentation, Græger trouve dans le pain de seigle 0,27 p. 100 d’acide ; après huit heures, 0,42 (acide acétique). Bolas estime à des proportions variant de 0,221 à 0,401 p. 100 l'alcool resté dans le pain ; tandis que Duclaux déclare qu’on n’en trouve pas tra- ces et doute que la fermentation du pain soit une fermentation alcoolique. Elle est plutôt due à des germes venus de la surface du grain. La fermentation, selon les procédés habituels, se fait aux dépens de la matière môme du pain et lui fait perdre 2,3 p. 100 (Græger) à 4,2 (Fehling) de ses éléments carbonés. C’est à cause de cela, et aussi à cause de la dilficulté d’avoir toujours des levains frais, égaux, que l’on a cherché à pro- voquer, dans le pain, les pores qui le rendent digestible, sans le secours de la fermentation. Liebig incorporait à une partie de la pâte une solution de bicaibonate de soude, à 1 autre de 1 acide chlorhydrique étendu ; il se ^^S^geait de 1 acide carbonique. Plus tard, on a donné la préférence à la poudre de Horsford, très employée en Amérique, et qui incorpore au pain des sels utiles lu nutrition. Cette poudre se compose de deux prépara- tions : une acide, qui contient du phosphate de chaux et un peu de phos- phate acide de magnésie ; l’autre alcaline, formée de bicarbonate de soude et de chlorure de calcium. Pour 100 kilogrammes de farine, on ajoute 2,600 grammes de poudre acide, et 1,600 de poudre alcaline. Le travail de la panification est réduit à deux heures; l’acide carbonique se dégage en assez grande quantité pour donner un pain très assimilable, avec un ren- dement dé 10 à 12 p. 100 de plus que par le procédé ordinaire. Malheureu- sement, le prix du pain s’élève de 2 à 3 : donc la perte n’est pas compensée. Le procédé Dauglish et Bonsfleld (que l’on pourrait appeler de Dauglish seul), introduit simplement de l’acide carbonique, obtenu comme dans la fabrication de l’eau de Seltz et sous une forte pression, dans la pâte pétrie par des procédés mécaniques; les pétrins sont des cylindres fermés et résistants desquels, à l’aide d’un gros tuyau adapté à l’une des extrémi- tés, la pâte sort, au moment voulu, par la pression même du gaz, sous forme d’un boudin que l’on coupe en pains de la longueur désirée, au fur et à mesure de son émergence. Le pain qui en résulte est facile à digérer, mais, dit-on, un peu fade. Pourtant, le procédé est très répandu en Angleterre. Pour la cuisson du pain, on porte la température du four à 300 degrés afin d’en conserver 230 ou 200. La durée de l’opération est de 40 à 43 mi- nutes pour le pain de munition français; elle est, évidemment, susceptible de variations. Par la chaleur du four, les yeux de la pâte se dilatent sous l’expansion de CO2 et de la vapeur d’alcool. Les grains d’amidon éclatent, l’eau s’évapore, la fermentation s’arrête, une croûte se forme, des princi- pes aromatiques se développent. La température, au centre du pain, ne dépasse pas 60°, selon Perrier et Pabst, 80 à 83° d’après Vallin. Les pains de fantaisie n’auraient pas plus de 33°, au sortir du four (Brouardel). Composition du pain (J. Kœnig). ÉLÉMENTS. PAIN DE BLANC. FROMENT BIS. PAIN DE SEIGLE. PUMPERNICKEL. Eau 38,5 41,0 44,0 43,4 Matières solides 61,5 59,0 56,0 56,6 Albumine 6,8 6,3 6,0 7.6 Graisse 0,8 0,2 0,5 1,5 Hydrocarbonés 43,3 50,8 47,9 45,1 Ligneux 0,4 0,0 0,3 1,0 Cendres 1,2 1,1 1,3 1,4 Le besoin d’épargner la matière alimentaire a poussé les hygiénistes à rechercher les moyens d’introduire dans le pain le plus possible de son, puisque, comme il a été reconnu précédemment, les fragments corticaux du grain de blé entraînent une bonne part de la couche azotée qui leur est sous-jacente. Frapoli conseillait d’ajouter à la farine, dans la confection de la pâte, de l'eau qui aurait servi a laver le son; cette eau retient 20 p. 1000 des éléments solides du son, soit 13 d’albumine = 2 d’azote. Mège-Mouriès, accusant la cèrêaline d’Alre la cause de la teinte brune du pain do tout grain, pensait l’annuler par l’acide carbo- nique, dont il obtenait un dégagement abondant en ajoutant aune première portion de la pâte de la levûre et du sucre. 11 ne paraît pas que ces essais aient réussi ; 1 expé- rience condamne l’usage du gros pain et la théorie n’a plus qu’à expliquer le fait. Roth et Lex supposent que la fermentation acide, interrompue dans cette pâte grossière par la cuisson, se réveille dans l’estomac; ce qui entraîne l’irritation de ce viscère et des selles acides où se trouve une bonne part de l’aliment, non digéré. Il se peut aussi qu’il y ait des raisons mécaniques. Les éléments ligneux du pain protègent la partie féculente contre l’action des sucs de l’estomac. Quoi qu’il en soit, le faiL est constant. Il y a une perle, plus ou moins considérable selon les individus et selon leurs habitudes, avec l’usage du pain biset surtout du pain noir. Cette perte peut dépasser un tiers de la substance utilisable (Poggiale, Donders, Meyer, etc.). En raison des habitudes antérieures, elle peut s’atténuer dans de sé- rieuses limites. Ainsi, les paysans préfèrent avoir un pain un peu grossier, qui se sente dans l’estomac, et non du pain blanc, qui leur semble passer trop vite et ne point nourrir. Ils l’assimilent bien et, sauf des selles volumineuses, n’en sont nul- lement incommodés; de même que les soldats prussiens mangent, avec plaisir et sans éprouver aucun trouble digestif, une préparation qui faisail l'effet d’êlre du pain de chien aux prisonniers français de 1870 et leur donnait la diarrhée. II ne faut pas en conclure qu’il soit prudent de pousser à des limites indéfinies le blutage des farines pour la fabrication des pains de luxe et des pâtisseries. La conséquence de ces industries est, ou bien une perte considérable de substance ali- mentaire, ou bien et plus généralement l’introduction de la farine, dont on a retiré la fleur, mais qui n’est pas épuisée, dans d’autres farines destinées à être consom- mées par le gros de la population. C’est ainsi que le public paye, au prix d’une den- rée normale, un mélange dont un des éléments est déjà du rebut. Expertise du pain. — Le pain ne ressemble plus, comme constitution élémentaire, à la farine; les substances amylacées, spécialement, ont changé de type et de proportions. La comparaison exprimée plus bas représente moyennement les transformations qui se sont accomplies : Pour 100 de farine. Pour 100 de pain. Gluten 24 24,5 Amidon 66 49 Dextrine — 22 Sucre 5,6 4,4 On doit vérifier, dans le pain, non seulement les qualités intrinsèques, c’est-à-dire celles qui dépendent delà matière première ; mais aussi celles qui relèvent du mode de fabrication. 11 faut toujours commencer par l’ex- pertise des sens. Un bon pain présente deux croûtes : l’une, inférieure, de couleur jaune pâle, plus mince; l’autre, supérieure, plus épaisse, bombée, sonore à la percussion, d’un jaune doré ou marron. L’une et l’autre doivent adhérer partout à la mie et, entre elles deux, faire près du quart de l’épaisseur de la mie. Lorsque, sur une tranche de pain, on cherche à rapprocher les deux croûtes, le pain doit céder sous la pression et revenir ensuite assez rapidement à sa forme première dès qu’on l’abandonne. La mie doit être homogène, sans grumeaux farineux, d’un blanc jaunâtre, sans points noirs, gris ou rouges ; élastique, n’adhérant pas aux doigts quand on la comprime dans la main ; parsemée de trous inégaux, mais n’atteignant jamais à la taille de vacuoles ou lacunes. Quand il se trouve de ces grandes cavités, particulièrement sous la croûte, on a alfaire à un pain dont la pâte a été mal travaillée, ou abandonnée à une fermentation trop prolongée; à moins qu’il ne s’agisse d’un gluten altéré de prime abord. Le pain mal travaillé, en dehors de ces lacunes, a les yeux petits, il est cireux à la coupe sur quelques points; mal cuit, il est pâteux, collant aux doigts, lourd. On doit trouver au pain une bonne odeur et un goût franc, agréable. Ces apparences sont susceptibles de quelques variations, selon que le pain est de froment ou de seigle et qu’il est de première, de seconde, de troisième qualité. Nous nous sommes placé à peu près dans la moyenne. 11 faut aussi entendre ces caractères comme ceux du pain ressué (cuit de- puis 12 à 24 heures), c’est-à-dire qu’il n’est plus absolument frais (c’est peut-être chaud qu’il faut dire) et n’est pas encore rassis. Le pain chaud est d’une digestion pénible. Le pain rassis est comme une modification isomé- rique du pain frais ; on s’en aperçoit aisément à la texture; il est, néan- moins, encore facile à digérer. Il n’en est plus de même du pain vieux, qui commence à prendre une saveur fade ou terreuse, un mauvais goût, et ne tarde pas à être envahi par les moisissures. Nous avons indiqué (p. 433) les moisissures que l’on rencontre le plus habituellement sur le pain. Des accidents se sont présentés chez des hom- mes, et aussi chez des chevaux (Mégnin, Cornevin) à la suite de la consom- mation d’un pain ainsi altéré. D’après P. Mégnin, ce sont les moisissures jaune orange (Oïdium aurantiacum) et surtout les moisissures noires (Mucor stolonifer ou Rhizopus nigricans) dont les expériences sur les chiens ont démontré la nocuité. Celle-ci est-elle une propriété du champignon ? C’est peu probable. Il est plutôt à croire que la substance irritante ou toxique est un produit de la décomposition de la matière azotée du pain ou de la nutrition de la moisissure, une plomaïne d’origine végétale. Au fond, ces accidents sont beaucoup plus rares qu’on ne pourrait le craindre, sachant combien fréquemment il se consomme du pain moisi, chez les paysans par exemple. Ce qui confirme la loi, relevée par Forster, de l'inno- cuité habituelle des altérations spontanées des matières alimentaires végétales. Nous verrons, toutefois, que le maïs semble faire exception. Quant à la nature de la substance toxique qui, en de certaines occasions, se dévelop- perait dans le pain, nous devons reconnaître qu’elle n’a été jusqu’ici l’objet d’aucune recherche et que son existence même est une hypothèse. Sels minéraux dans le pain. — Les boulangers, dans quelques localités, ajoutent à leur pâte du sulfate de cuivre en France et en Belgique, de l'alun en Angleterre. Ces deux substances, antipathiques aux ferments et aux moisis- sures, permettent de fabriquer un pain d’assez bonne apparence, même avec des farines déjà envahies par un commencement de putridité. C’est surtout pour cette raison que l’usage des sels minéraux doit être interdit et, aussi, parce qu’ils pourraient paralyser le ferment gastrique de la même manière que les autres. En dehors de ces considérations, leur faible toxicité et la très faible proportion dans laquelle on les emploie les rendraient peu offensifs. Les doses de sulfate de cuivre varient de I sur 30,000 à i sur 130,000 (Kuhlmann). A 1 sur 4,000 ou plus encore, on nuirait à la panification. Du reste, il ne faudrait pas, de doses infinitésimales de cuivre dans la farine ou dans le pain, conclure à une falsification puisque Galippe, après Deschamps (d’Àvallon), Sarzeau, Van den Berghe, a montré que les céréales, môme sans le chaulage au vitriol bleu, contiennent normalement du cuivre. Il n’en est pas de môme des se/s de plomb. On a accusé les boulangers d’introduire dans leur pain de l’acétate de plomb. Il est plus probable que le plomb du pain est le résultat d’une cause accidentelle et provient d’us- tensiles ou, surtout, de l'usage, pour chauffer le four, de vieux bois de démolitions, peints à la céruse en leur temps. Dans les cas observés, à Paris (VIII0 et XVIIe arrondissements), parDucamp, le boulanger lui-môme mangeait de son pain et était affecté de saturnisme aussi bien que ses clients. Le Conseil d’hygiène du Nord a, depuis longtemps, fait interdire par le préfet l’usage des bois de démolition dans la boulangerie. Pain entaché de fécule de graines étrangères. — Les explications qui ont été données plus haut, au sujet des graines non comestibles, nous dispen- sent d’y revenir ici. Nous nous bornerons à constater que les accidents, cau- sés parles graines nuisibles ou par le blé avarié, sont infiniment plus rares qu’autrefois et même disparaissent. La raison en est, évidemment, dans les progrès de l’agriculture. On cultive davanlage le blé, moins sujet à l’ergot que le seigle et dont la semaille est l’objet de plus de soins ; on chaule le grain de semence; on le choisit avec une attention spéciale. La terre est mieux préparée, moins fertile en mauvaises herbes; celles-ci sont extirpées plus minutieusement. Le grain destiné à l’alimentation est vanné, criblé avec une exactitude mécanique. La meunerie achève de le séparer de l’ivraie, de la nielle. Biscuit. Pain biscuité. — Le biscuit, panis nauticus, recoctus, bequiz (des croisades), est fait avec les farines riches en gluten (blés durs), auxquelles on incorpore le moins d’eau possible et dont on laisse à peine la pâte entrer en fermentation. On est obligé de travailler cette pâte avec des engins mé- caniques, en raison de sa compacité; onia découpe en galettes, percées de trous pour laisser échapper les gaz et vapeurs pendant la cuisson, et l’on fait passer à celles-ci de50 à 60 minutes au four. Le pain biscuité se distin- gue du pain ordinaire en ce que l’on a incorporé moins d’eau â la pâle que dans celui-ci. Le biscuit est une des dures nécessités de la guerre et des longues navigations; il est toujours fâcheux qu’il devienne un aliment régulier d’autant plus qu’il n’est jamais consommé frais et que, malgré sa préparation spéciale et les soins que l’on prend de l’enfermer dans des caisses, sa conservation parfaite est toujours difficile à obtenir. L’eslomac l’attaque aussi mal que les dents et, après quelques jours de son usage, les fragments de biscuit passent intacts dans les selles. Les médecins d’armée connaissent la diarrhée du biscuit. Le ver du biscuit est la chenille d’un petit papillon gris, la Tinéine. Ce papillon n existe à 1 étal parfait que du f 3 avril au 30 septembre, terme extrême de son existence. Par suite, il ne peut déposer ses œufs sur le biscuit que pendant cette période. Aussi, le biscuit fabriqué d’octobre en mars est-il indemne, si l’on a soin de 1 enfermer, après la dessiccation, dans des caisses hermétiques en zinc ou en bois doublé de zinc ■galvanisé. Légumineuses. — Sur les S,000 espèces environ que compte la vaste famille des Légumineuses, l’homme en utilise pour sa nourriture une demi- douzaine : Phaseolus vulgaris, haricots, flageolets, fayols; Pisum salivum et P. arvense, les pois gris ou jaunâtres, dont les uns sont vendus avec la pellicule, mûrs et secs, tandis que les autres, cueillis un peu avant la maturité, sont desséchés, décortiqués, concassés et restent verts. /ïrvum lens, lentilles; Vicia faba, féverolles, gourganes; Avachis hypogæa, arachi- des. Avant la maturité, les légumineuses comestibles se rapprochent des légumes herbacés dont il sera question tout à l’heure; il y a une énorme différence entre les « petits pois » et les pois secs. Composition des graines de légumineuses (J. Kœnig). ÉLÉMENTS. HARICOTS. PO non décortiqués. IS décortiqués. LENTILLES. ARACHIDES. Eau 13,6 14,3 12,7 12,7 6,5 Matières solides 86,4 85,7 87,3 87,3 93,5 Albumine 23,1 22,6 21,1 24,8 28.2 Graisse 2,3 1,7 0,8 61,0 1,9 46,4 Hydrocarbonés 53,6 53,2 54,7 15,7 Cellulose 3,9 5,5 2,6 3,6 3,5 2,7 1,8 2,5 3,2 Les graines mûres des légumineuses sont très riches d’albumine; mais celle-ci ne fait point pâte et ne saurait entrer dans la confection du pain. En revanche, les Chinois en fabriquent du fromage. Ces substances ont le mérite du bon marché, d’une conservation facile, et celui de pouvoir, chez des estomacs robustes, fournir une sérieuse quan- tité d’azote assimilable Mais l’enveloppe résistante des graines exige son éclatement préalable par la cuisson. Elles entrent bien, dans les repas, en association avec la viande; seules, elles constitueraient une alimentation trop volumineuse, d’autant plus que la cuisson doit toujours leur rendre une assez forte proportion d’eau. Elles facilitent l’exonération intestinale. On les prépare à l’eau, au lait, à la graisse. En Allemagne, on les associe à la graisse et à la viande dans un grand nombre de préparations qui peu- vent passer pour des conserves : le saucisson aux pois (Erbswurst) les tablettes de poudre-viande,les soupes condensées. Ces marchandises, selon Hofmann et Forster, devraient être revêtues d’étiquettes indiquant exacte- ment leur composition. Seules ou en association, les légumineuses amènent rapidement la mono- . tonie dans les repas et l’inappétence. Selon Ritthausen, les pois qui ne cuisent pas renferment plutôt du phos- phate de magnésie que du phosphate de potasse. Pour les rendre accessi- bles à la cuisson, il faut ajouter à l’eau un peu de carbonate de soude. Les graines de légumes secs doivent être nettes, lisses, sans taches bru- nes ni vertes; renflées, ce qui indique la richesse en fécule et la parfaite maturation; exemptes de parasites. Les charançons ne s’attaquent jamais aux haricots, rarement aux lentilles; en revanche, ils s’acharnent sur les pois. Il serait bien utile de pouvoir faire passer les légumes secs sous des cylindres compresseurs, avant de les accommoder pour le repas, en vue de réduire les particules pierreuses qu’ils renferment en une poussière dont on se débarrasserait par le tamis. Ces fragments pierreux sont plus que désagréables sous la dent du consommateur. Légumineuses nuisibles. — Lathyrisme. — Certaines légumineuses, dont quelques-unessontcependant d’un usage vulgaire chez des groupes humains, ont des propriétés vénéneuses. Leur action se fait particulièrement sentir sur le système nerveux central ou plutôt spinal. De ce nombre est la gesse chiche ou jarosse [Lathyrus cicera), largement cultivée en quelques cantons de l’Algérie et qui, en 18811, a donné lieu, en Kabylie, à une sorte d’épidé- mie d’accidents paraplégiques ou spasmodiques {lathyrisme médullaire spasmodique), observés par Moret, Prengrueber et Proust, et qui donnèrent lieu, de la part de ce dernier, à une intéressante communication à l’Aca- démie de médecine. D’autres variétés de gesse, lathyrus satiuus dans l’Inde et en Italie, lathyrus clymenum en Kabylie. Ervum ervilia, sont probable- ment capables de provoquer des accidents analogues ou identiques, ainsi qu’il résulte des faits de J. Irving, de Cantani (qui a créé le terme de lathy- risme) et de Grandjean. Les Kabyles confondent toutes ces variétés sous le nom de « djilbens ». Il semble probable, d’après les constatations de Proust, que le principe vénéneux existe normalement dans les graines et ne dépend pas d’une altération analogue à celle qui développe la pellagrozéine dans le maïs. Le lathyrisme se montre davantage dans les mauvaises années, parce que l’on consomme plus de jarosse et que l’on mélange sa farine à celle du blé. La cuisson parfaite annulerait peut-être ce poison; mais l’in- térieur du pain arrive rarement à plus de 60 degrés. Le remède, ou plutôt la prophylaxie du lathyrisme, consistera évidemment à supprimer cette légumineuse de l’alimentation humaine ou tout au moins, dans les cas où la disette en imposera l’usage, à faire cuire ô I0ܰ les préparations dans lesquelles entrera sa farine. Fécule» alimentaires. — Le sagou véritable est fait avec la moelle du pal- mier sagou (Cicas circinalis); mais il en vient d’Amérique, qui n’est autre chose que de la fécule de patates. Le sagou du commerce est à l’état de petits grains arrondis ou anguleux, blancs, quelquefois rouges ou bruns. Sous le microscope, la fécule de sagou se présente sous forme de petits corps ovoïdes ou vaguement triangulaires, avec un hile apparent et des stries concentriques presque parallèles. L arrow-root est une fécule très pure, fabriquée avec la racine ou plutôt le rhizome de diverses plantes de lafamille des Scilaminées : Maranta indica, Tacca pinnatifida de Taïli; 1 ’Arum maculalum de l’île Portland. On la trouve dans le commerce en grains libres ou quelquefois accolés à deux ou à trois, blancs ou jaunes. Le tapioca est, ou bien une variété de sagou, ou bien un produit de même origine que l’arrow-root. Quelques-uns assurent qu’il est fait avec la racine de manioc. Le salep provient du bulbe de certaines Orchidées. Le prix de ces diverses fécules, destinées à des potages de luxe, est un appât aux falsifications par l’amidon de blé, la fécule de pomme de terre, etc. Un caractère général d’une certaine importance vis-à-vis de la fraude est que ces fécules de prix ne donnent pas, comme l’amidon ou la fécule de pomme de terre, de la colle parla coction, mais une gelée fineet transparente. Mentionnons, parmi ces farines à potages, la « délicieuse Révalescière Du Barry », qui paraît n’être qu’un mélange de farine de pois, de lentilles, de maïs, d’avoine et d’orge, valant 1 franc le kilogramme et qui se vend 10 francs. La fécule de pomme de terre, plus franche et plus modeste, peut répondre à quelques-uns des buts que l’on se propose avec les autres et ne leur est peut-être pas si inférieure qu’on pourrait croire. Racines. Tubercules. — Les substances de cet ordre sont très riches en eau. Elles renferment de l’azote, mais dont une part appartient à la famille des Arnides et non à l’albumine et, par suite, n’a probablement aucune valeur nutritive. La cellulose et les matières minérales, calcaires surtout, y sont abondantes, ce qui n’est point non plus une condition favorable dans l’alimentation. Aussi, ces substances provoquent-elles des selles abondantes et aqueuses. Leur seul côté positif, c’est la présence des hydrocarbonés, la fécule dans la pomme de terre, les patates, le sucre dans les carottes, etc. (Forster). Composition des racines ou tubercules. ÉLÉMENTS. POMMES DE TERRE. CAROTTES. NAVETS. BETTERAVES. Eau 7a,8 87,0 91,2 87,8 Matières solides 24,2 13,0 8,8 12 2 Albumine 1,8 1,1 1,0 1.3 Graisse 0,2 0,2 0,2 0,1 Hydrocarbonés 20,5 9,4 0,0 ) t Cellulose 0,7 1,4 0,9 .V,. Cendres • 1,0 0,9 0,7 2,0 J. Kœuig. A. Gautier. La pomme de terre. — D’origine américaine, elle a été introduite en Europe par Drake (1585) et propagée par Parmentier. Elle est plus facile à produire que les céréales, mais épuise davantage la terre. Au calcul de Boussingault, un hectare de terre rapporte (en livres) : En blé. En pois. En pommes de terre. Albumine 440 950 Amidon 1196 0840 Matières minérales 90 02 323 Ce résultat peut être exact pour un an ; mais il serait intéressant de savoir ce que rapporte la même terre les années suivantes. La pomme de terre a une foule de séductions. Sa culture est d’une grande sim- plicité et ne fait appel ni à l’ingéniosité agricole, ni aux efforts physiques. Le tu- bercule est de facile conservation; il suffit de l’abriter du froid, de l’humidité et de la lumière solaire. Il se prête à toutes les fantaisies culinaires; on peut le manger seul ou associé à n’importe quoi ; il plait au riche et au pauvre. Pour celle dernière classe, Ad. Mayer (1882) a proposé de l’associer à l’arachide. Malheureusement, comme il a été dit, c’est une substance des plus médiocres, lorsqu’elle fait la base de l’alimentation. Elle distend le ventre et ne donne pas de muscles. Ajoutons que la pomme de terre sert aussi à faire un alcool des plus dangereux et que, d’ailleurs, elle se prête au parasitisme avec une complaisance malheureuse. La maladie des pommes de terre en restreint notablement la cul- ture. Nous pensons avec Mulder qu’il n’y a pas à le regretter. La pomme de terre est un plat de luxe et non l’aliment du pauvre. Quelques-uns ont pensé que la vogue de la pomme de terre pourrait être com- pensée ou même arrêtée par l’extension de la culture du riz en Europe. Mais, dans le nord de cette contrée, le riz ne semble pas devoir plaire au peuple autant que la pomme de terre. Forster fait remarquer qu’en temps de famine, alors que le blé est hors de prix, la cherté de la viande ne s’élève pas. C’esL qu’on ne remplace pas aisément par un autre un aliment dont on a l’habitude. Aujourd’hui, que la concur- rence américaine avilit le prix du blé, ne pourrait-on laisser les pauvres cens s’ha- bituer à manger du pain et l’agriculture européenne chercher de nouveaux moyens de tirer profit de la terre? Au retour de la belle saison, les pommes de terre en cave germent et emploient la so tanin e, Y asparagine, à la nourriture du bourgeon. Leur valeur nutritive diminue de 10 à 20 et même 50 p. 100. 11 n’est pas certain que les bases alcaloïdes qui viennent d'être nommées aient causé des em- poisonnements. En temps ordinaire, les couches les plus savoureuses et les plus nourris- santes de la pomme de terre sont à la périphérie ; le centre est plus aqueux. Il y a donc intérêt à faire les pelures de pomme de terre le plus minces possible. La plupart des sels des tubercules et des racines, de même, d’ailleurs, que ceux des végétaux herbacés dont il va être question, sont à base de potasse et de chaux, avec des acides organiques, citrique, oxalique, mali- que, pectinique, etc. Peut-être y a-t-il là une des raisons de l’efficacité de la pomme de terre crue et des végétaux frais contre le scorbut. La betterave à sucre renferme une base organique, la bélaïne. légumes herbacés. — Ils renferment, avec beaucoup d’eau, un peu d albumine et de légumine, de la dextrine, du sucre, des sels, des alcaloïdes végétaux (asparagine., phaséomannite), ot, surtout, des huiles éthérées qui leur donnent un arôme spécial, favorable à leur utilisation. A vrai dire, leur rôle est plutôt celui de condiments que celui de substances alimentaires. Aussi les associe-t-on légulieromcnt à. d autres qui aient des propriétés nutritives sérieuses. Composition des légumes verts (J. Kœnig et Dahlen). ÉLÉMENTS. POIS VERTS. ASPERGES. HARICOTS VERTS. CHOUX. SALADES. Eau 80,5 92,0 87,3 93 — 85 9 i -- 92 Matières solides 19,5 8,0 12,7 7—15 6 — 8 Albumine 5,7 2,3 2,7 1,8 —4,8 1,4 — 2,1 Graisse 0,5 0,3 0,2 0,2 —0,5 0.2 - 0,'5 Hydrocarbonés 10,9 3,3 8,0 4,1 —7,1 2,1 —3,6 Ligneux l.G 1,5 1,2 1,0 —1,8 0,6 — 1,2 Cendres 0,8 0,6 0,6 0,8 —1,6 0,8—1,0 Sauf certaines espèces de choux, la plupart des légumes verts se conser- vent mal. 11 faut recourir à des procédés de conservation (dont nous parle- rons plus loin) qui ne sauvent pas beaucoup l’arome de ces végétaux, mais en revanche leur communiquent assez souvent des propriétés suspectes. Il ne reste guère que la forme et il semble que les qualités du condiment s’at- ténuent et disparaissent à mesure que l’on s’éloigne du moment où la vie persistait. Les efforts faits par l’industrie pour offrir à nos tables des conserves de légumes verts prouvent surtout combien l’association végétale et même ligneuse est nécessaire pour éviter la monotonie des repas et prévenir le dégoût. Champignons. — Les champignons entrent pour une part notable dans le régime des carêmes russes. En Silésie, en Bohême, dit Strohmer, on les recherche avec soin et on les accommode de cent manières, seuls ou avec la viande, les œufs, etc. Les marchés de Milan, de Florence, abondent de cèpes et d’oronges, dans la saison. Il en est de même dans les villes du Midi de la France et, autour de Versailles, nous avons vu personnellement (à SainL-Cyr), un grand nombre de ménages peu aisés faire des cèpes une part importante de leur alimentation pendant des mois entiers, mettre le champignon à sécher, le confire au vinaigre. On est tout d’abord attiré par le fumet et la saveur des champignons co- mestibles. Les analyses de Vauquelin, Bouillon-Lagrange, Braconnot, Des- saignes, Liebig, Pelouze, Boudier, qui accusaient une notable proportion d’azote dans les champignons, leur vague physionomie de chair et jusqu’à l’odeur cadavérique, notée par A. Bertillon, qu’ils répandent en se putréfiant dans les forêts, leur avaient valu une réputation de richesse alimentaire qui les plaçait notablement au-dessus des légumes herbacés et môme des autres. C’était immédiatement après la viande qu'il fallait les ranger. Des études plus récentes ont montré qu’il faut en rabattre considérablement et que la réelle valeur des Champignons consiste être un assaisonnement remar- quable de substances positivement nourricières. Ils renferment au moins 90 p. 100 d’eau. Le reste, à l’état frais, est cons- titué comme il suit, d’après Kœnig : Composition (p. 100) de la substance solide des champignons. Matière azotée. Graisse. Sucre et mannite. Cellulose. Sels. Champignon de couche... . 3,G3 0,18 1,17 1,39 0,61 Morilles . 3,48 0,24 0,72 0,94 0,67 Cèpes . 3,83 0,18 0,48 0,67 0,61 Pied-de-mouton . 2,44 0,21 0,78 0,67 0,69 Truffe . 8,65 0,47 )) 5,58 1,77 Mais cette matière azotée, que Saltet et Uffelmann ont trouvée moyen- nement de 25 à 26 p. 100 de toute la substance sèche, n’est pas entièrement de l’azote sous forme d’albumine. Un quart de cet azote (Saltet, Strohmer, Bühmer, UtTelmann, etc.) appartient à des corps encore mal connus, voi- sins des produits de décomposition de l’albumine et impropres à la nutri- tion. Strohmer a obtenu ses résultats sur l’un des champignons les plus estimés, le cèpe (B oie tus edulis) ; ce qui les rend décisifs. D’ailleurs, cet au- teur, aussi bien que Saltet, a reconnu qu’une bonne partie de la matière azotée des champignons se retrouve inaltérée dans les selles (30 p. 100 en moyenne) et même qu’il passe assez souvent des fragments entiers de champignons non attaqués par les sucs digestifs. En supposant que l’estomac robuste des paysans élabore mieux que celui du médecin qui s’est prête aux expériences de Saltet, il n’est toujours pas possible qu’il lire parti de l’azote non protéique des champignons, ni qu’il puisse consom- mer assez de ces végétaux aqueux pour y trouver sa ration d’azote à chaque repas. Comme, néanmoins, les paysans de certaines contrées en mangent beaucoup et que les gens des classes riches ne les dédaignenLpas, il importe de distinguer les es- pèces comestibles des autres. A Paris, on ne tolère sur les marchés que la morille et les champignons de couche ; c’est prudent, mais trop simple, puisque l’on écarte des champignons du plus haut goût. Mieux vaut vulgariser la connaissance des cham- pignons comestibles, tout d’abord en prêchant l’inanité des caractères prétendus généraux et des correctifs culinaires qui seraient une garantie contre les champi- gnons vénéneux. Le maître d’école, en quelques promenades, d’ailleurs très hygié- niques, dans les bois, pourrait aisément familiariser les enfants avec les champi- gnons comestibles, au moyen de leçons de choses. Les espèces comestibles, bolet, oronge vraie, mousseron, morille, chanterelle, pied-de-mouton, ont des caractères d’ensemble assez tranchés. Il faut pourtant prévenir que des champignons mangés impunément dans une contrée pourraient n’ôtre pas inoffensifs dans une autre. A Ureslau, Ponfick a démontré la toxicité des morilles (Hdvella esculenla). Le traitement par le vinaigre, renouvelé de Pline, proposé par F. Gérard et par L. M. Gautier, laisse généralement leurs principes vénéneux aux champignons qui en renferment; mais il enlève à coup sur leur saveur aux bons. Les vomitifs et les purgatifs sont le remède aux empoisonnements par les •champignons. Comme il convient, dans ces cas, de ne pas ingérer de liquides Arnocld, Hygiène. 2® édit. 60 aqueux, pour ne pas favoriser 1 absorption du poison, les moyens mécaniques du vomissement, ou les émétiques qui n’ont pas besoin d’eou, à la rigueur les prépa- rations huileuses, sont a recommander. G est probablement comme liquide gras Langue 35,7 64,3 24,3 31,6 8,5 )» Poitrines d'oie de Poméranie 41,3 58,7 21,4 31,5 4,6 )) Viande sèche 15,4 84,6 64,5 5,2 12,5 7,4 Tablettes-viande d’Hofmann 10,0 90,0 71,0 7,0 13,0 10,0 Hareng salé 46,2 53,8 18,9 16,9 16,4 14,5 Stockfisch (sec) 16,2 83,8 78,9 0,8 1,6 » Hareng fumé 69,5 30,5 21,1 8,5 1,3 » Martin de Lignac sale les viandes par injection dans l’épaisseur des morceaux. Parkes recommande le procédé de Morgan, qui consiste à injecter par le ventricule gauche de l’animal, après l'abatage, un liquide composé de : 3 kilogrammes de saumure, 230 grammes de salpêtre, I kilogramme de sucre, 14 grammes d’acide phospborique et quelques épices. On dessèche ensuite et l’on enrobe la viande dans du charbon de bois. Garges plonge la viande dans un bain d’acide chlorhy- drique à 2 ou 3 p. 100 et ensuite dans une solution de bisulfite de soude; il se forme du chlorure de sodium et de l’acide sulfurique. La viande, tout à la fois soufrée et salée, est ensuite enfermée dans des boites hermétiquement closes; elle parait se bien conserver, mais Du Mesnil, qui décrit ces procédés, ne dit pas qu’elle garde sa saveur, son goût, sa digestibilité. On emploie encore le sel à la conservation des légumes, tels que les choux, les haricots verts. 11 ne faut pas, cette fois, que la quantité de sel soit surabondante; elle ne doit pas empêcher la fermentation muqueuse, que l’on recherche précisément dans la choucroute. Le beurre salé se conserve pendant un temps qui ne doit pas être trop prolongé. 4° Emploi «les antiseptiques. — Beaucoup d’antiseptiques sont des poi- sons. Tous sont étrangers à l’économie et, par suite, inassimilables. Tous sont faits pour communiquer aux viandes un fumet, une saveur qu’elles n’ont pas d’abord et qui sont régulièrement désagréables. D’où la difficulté d appliquer à la conservation des viandes les antiseptiques chimiques. Ainsi, 1 immersion dans 1 eau additionnée de créosote ou d’acide pbénique, l’acide sulfureux, les hyposulfiles, les sulfures, etc. Du Mesnil mentionne le pro- cédé de A. Vogel : envelopper la viande fraîche d’un mélange de sel, de charbon, de suif, d’acide phonique, et la placer ensuite dans des tonneaux; celui d’Eckstein, qui consiste à entourer la viande fumée d’une feuille de parchemin, plongée pen- dant une heure dans du vinaigre de bois chaud; celui de I3usch (de Rio-de-Janeiro) : exposer la viande cuite, puis desséchée, aux vapeurs d’acide sulfureux, la revêtir de gélatine et la plonger finalement dans la graisse de bœuf fondue; le bisulfate de chaux, de Medlock et Bailey; le mélange de sulfure de calcium et de chaux éteinte (J. Young). Boudet, pendant le siège de Paris, avait songé à conserver avec l’acide phrénique la viande des animaux que l’on craignait de ne pouvoir nourrir. Gamgee, à Londres, avait imaginé d’utiliser l’oxyde de carbone; l’animal était d’abord tenu dans une atmosphère d’oxyde de carbone avant d’être abattu; on le sacrifiait en pleine anesthésie carbonée, on le dépeçait immédiatement et l'on en soumettait les morceaux, dans des boîtes hermétiquement fermées, à l’action combinée de l’oxyde de carbone et de l’acide sulfureux pendant huit à douze jours. Ces procédés, ingénieux et médiocres, ne se sont heureusement pas répandus. La vogue serait, aujourd’hui, à. la conservation des viandes et du lait par l'acide borique et ses dérivés (borax, boryle, etc.), des substances ali- mentaires de toute nature par l'acide salicylique qui d’abord, lorsque Kolbe eut découvert (1874) le moyen de l'obtenir par synthèse, du phénol, ne prétendait servir qu’à conserveries vins et les bières. Mais, plus énergiques sont les efforts des industriels, plus insurmontable est la résistance des hygiénistes. L’acide borique et le borax seraient absolument inoffensifs, d’après Panum, lourdes, Laborde et Rondeau, Polli, Herzen, de Cyon, Bédoin, etc. Péligot conseil- lait, au moins, de laver exactement, avant de s’en servir, les viandes boriquées. Mais il est des préparations qui ne sauraient admettre ce lavage (lail, confitures). Or, l’innocuité de l’acide borique et du borax a été fortement contestée par Le Bon, Gowers, Schlencker. Il résulte des expériences de Forster que l’acide bori- que, ajouté aux aliments chez l’homme, compromet la résorption des principes alimentaires; le résidu sec des selles augmente et, surtout, les proportions d’azote non assimilé y sont plus élevées que sans acide borique. D’où l’on peut conclure à une desquamation épithéliale de l’intestin plus active et à une hypersécrétion muqueuse. Néanmoins le Comité consultatif d’hygiène tolère, « jusqu’à plus ample informé », la conservation des substances alimentaires au moyen du borax, auto- risé autrefois par Bouley, mais interdit le boryle, qui renferme en outre de la glycérine et de l’éther borique de la glycérine. L’innocuité de l’acide salicylique est plus douteuse encore que celle de l'acide borique. Kolbe, que K. B. Lehmann assure être un homme de très bonne foi, a absorbé tous les jours, pendant neuf mois, 1 gramme au minimum d'acide sali- cylique dans des boissons et ne s’en est trouvé que mieux. Les médecins, d’ailleurs, administrent journellement des doses considérables de cet acide ou de ses sels. Malheureusement, c’est justement dans cet ordre d’applications que l’on s’est aperçu que l’acide salicylique ne réussit pas à tout le monde et peut déterminer des accidents graves, chez les gens dont les reins fonctionnent mal, chez les alcoo- liques, les personnes atteintes d’affections cérébrales, et même chez quelques-unes qui se portent parfaitement, mais, par suile d’une idiosyncrasie qu’on ne peut prévoir, présentent une extraordinaire susceptibilité pour cet agent (Vallin). Du reste, puisque l’acide salicylique est antiseptique, il entrave les fermentations stomacales et intestinales, aussi bien que celles de la bière et du vin (Berlhelot), et prépare la dyspepsie. Il y a plus; une partie de l’acide salicylique ingéré ne se retrouve pas dans l’urine; il se transforme en acide salicylurique (Bertagnini), c’est-à-dire qu’une partie de l’azote de l’organisme s’élimine sous celle forme, au lieu d’être éliminé à l'état d’urée. 11 serait téméraire d’afQrmer que celle déviation de la nutrition est inoffensive. Sans doute, les marchands de denrées alimentaires et de boissons, qui réclament la tolérance en faveur de l’acide salicylique, assurent que les doses, à l’aide desquelles ils espèrent obtenir la conservation de leurs produits, sont minimes; mais on ne sait pas à quelle dose s'arrête l’idiosyncrasie et, d’ailleurs, il est certain que la dose absorbée quotidiennement par chaque individu pourrait finir par s’élever sérieusement, en additionnant les proportions d’acide que l’on serait exposé à trouver dans toutes les substances pour lesquelles on ambitionne le salicylage : viande, pain, confitures, vin, bière, etc. Au demeurant, ii est acquis que le salicjdage n’est réclamé qu’en faveur des denrées médiocres, mauvaises ou déjà avariées et falsifiées; c’est ce qui perd l'acide salicylique. Les brasseurs sérieux de Bavière et de Bade le repoussent, comme étant fait pour inspirer des doutes sur la supériorité de leur marchandise. Lehmann, qui pourtant le regarde comme inoffensif, rougirait qu’il fût employé par les brasseurs de Munich dont la renommée est universelle. Et le syndicat des marchands de vin en France en a demandé l’interdiction (1882). Toutes ces raisons expliquent aisément l’avis défavorable qui a constam- ment prévalu au Comité consultatif d'hygiène (Brouardel, Dubrisay) et à l’Académie de médecine (Vallin). Le gouvernement français a dû, en con- séquence, interdire officiellement le salicylage (Circulaire ministérielle du 7 février 1881). Il est vrai que, sur divers points, les tribunaux le pro- tègent. L'acide benzdique vient aussi d’être repoussé par le Comité consultatif (août 1888). 5° Enrobement. —Cette méthode se borne à mettre les substances ali- mentaires à l’abri de l’air et de ses germes au moyen d’un corps sans action sur la denrée : la gélatine, la graisse, l’huile, le sucre, la cassonade, la cire, etc. L’enrobement au sucre est très employé pour la conservation des fruits, généralement cuits (confitures, fruits glacés). La conservation dans le charbon, l’eau-de-vie, le vinaigre et les épices se rattache autant à la mélhode par les antiseptiques qu’à l’enrobement. 6° Stérilisation par la chaleur. — Ce procédé, sous diverses formes, est très répandu. 11 présente de hautes garanties d’efficacité. Appert enfermait les viandes dans des boîtes métalliques dont le couvercle res- tait percé d’un trou pour l’échappement de l’air et de la vapeur; puis il les sou- mettait pendant un certain temps, dans un bain-marie, à la température de 100 degrés. Au moment où l'on retirait les boîtes, le trou était fermé avec un point de soudure. Lorsqu’on sut que certains germes ne sont pas tués par une tempéra- ture de 100n, on chercha à rendre le bain-marie capable d'une température de 110° en le constituant d une solution saline ou d’une solution de sel et de sucre, ou en-- core de chlorure de calcium el de sel marin. G’esl le procédé Postier. Dans les fa- briques australiennes, on l’applique de la façon suivante: les morceaux de viande crue et désossée sont empilés dans des boites en tôle, de 2 à 8 livres, auxquelles on ajoute un peu d’eau ; on soude les boites en ayant soin de laisser un petit orifice dans le couvercle, on les place dans une solution de chlorure de calcium qui ne bout qu’au-dessus de 12o°. Pendant quatre heures, elles sont soumises à une tem- pérature qui varie entre 100 et 110 degrés, l’eau qui y est contenue s’évapore et, en même temps, l’air atmosphérique est expulsé; on'bouche rapidement l’ouver- ture du couvercle, après quoi on laisse encore les récipients une heure dans ce bain chaud. On les retire et, dès qu’ils sont refroidis, on les peint à l’huile (0. du Mesnil). Dans le procédé dit d’Aberdeen, suivi en Écosse et adopté par Martin de Lignac, les boites sont complètement fermées pour être portées à l’ébullition dans la solu- tion saline; c’est seulement après deux ou trois heures qu’on pratique dans la sou- dure un petit trou pour laisser échapper la vapeur eL l’air. Ce trou est aussitôt refermé eL l’opéi'ation renouvelée trois fois. Quand la préparation a complètement réussi, le couvercle des boites tend à s'affaisser par l’effet du vide relatif de l’intérieur et prend une forme concave exté- rieurement. Si la putréfaction s’y déclare à un moment donné, le couvercle est au contraire soulevé par les gaz de l’intérieur et prend la forme bombée. C’est un moyen de juger de la conservation de la substance alimentaire par la simple ins- pection des boîtes. Dans les fabriques, on met à profit cette circonstances pour éprouver les boites avant de les livrer à la consommation ; on les place dans une chambre d’épreuve chauffée; si, après une observation prolongée, elles ne se dila- tent pas, c’est qu’elles sont à point. Les substances ainsi préparées sont stérilisées et se conservent bien. Malheureusement, ces longues manipulations en augmentent beaucoup le prix de revient. Elles n’en seraient pas moins précieuses pour les armées en expédition et les navigateurs, dût-on les payer cher, puisqu’elles sont aisément transportables. Mais, et ceci est le reproche le plus sérieux qu’on puisse leur adresser, l’hypercoction qui a tué les germes a aussi pro- fondément modifié la texture, la succulence et la saveur des viandes. Peut-être aussi, même sans l’action des germes, subissent-elles des modi- fications chimiques ultérieures, dans les boîtes mêmes; une viande momi- fiée est conservée et, cependant, n’est pas mangeable. Il fut un temps où la viande des boîtes de conserves était filandreuse et sans arôme; les sol- dats, à qui on l’offrait en expéditions, en mangeaient deux ou trois fois avec plaisir, mais ne tardaient pas à s’en lasser. Aujourd’hui, les mor- ceaux se tiennent mieux dans les boîtes et sentent la viande; il y a moins de liquide intérieur. Cependant, cette viande supporte mal d’être accommodée et, ce qu’il y a de mieux, c’est d’en faire des tranches que l’on mange à la vinaigrette, avec des oignons crus découpés. D’ailleurs, les viandes conservées cuites doivent être consommées immé- diatement après l’ouverture des boîtes; une fois à l’air, elles se putréfient rapidement et présentent tous les dangers des matières à poison putride. Du Mesnil rapporte onze cas d'empoisonnement, dont deux mortels, arri- vés à la suite de l’usage des viandes d’une boite ouverte depuis cinq jours. Les symptômes furent ceux de l’indigestion par aliments gâtés, tels que les ont exposés Kerner, Schumann, Anrep, Bockliscb, etc. Camus a observé de pareils accidents chez une famille qui avait consommé à déjeu- ner le reste d’une boîte de homard, ouverte de la veille seulement. C’était, il est vrai, à Bou-Saada (Algérie), au mois de juin. Il ressortirait des expériences de Poincaré que l’introduction par l’es- tomac de conserves exposées à l’air depuis un temps variable et môme pu- tréfiées ne trouble pas les animaux ou ne leur occasionne que des déran- gements gastro-intestinaux. Mais les injections sous-cutanées des mômes conserves ont une action toxique effrayante. La virulence des conserves d’origine animale est beaucoup plus marquée « immédiatement après l’ou- verture » des boîtes que plus tard. C’est exactement le contraire pour les conserves d’origine végétale. La mort des cobayes et des lapins mis en expérience se produit en vingt-quatre ou quarante-huit heures, on ne dit pas avec quels symptômes. L’auteur n’a pas de tendance à accuser les pto- maïnes; quant aux microbes dont il a reconnu la présence, ils n’expli- quent pas mieux la mort des animaux. Contrairement aux résultats de Poincaré, Fernbach a constaté régulièrement l’absence de microbes dans les conserves avant l’ouverture des boîtes. Finalement, les expériences de Poincaré ne peuvent faire rien conclure pour l’industrie ni pour l’ali- mentation publique. 11 en convient lui-même. * On a cherché de différentes façons à éviter les inconvénients de la coction. Les ** * procédés de Nasmyth, de Mac Call, de Jones et Trevithick, qui recourent à l'al- cool, au sulfate de soude, à l’acide sulfureux, ne nous paraissent pas mériter une description. D’après Engelhard, le mauvais goût des conserves provenant de ce que la viande a été cuite dans] sa propre graisse, le « procédé hollandais », qui substitue le beurre à cette graisse, est plus rationnel et très acceptable. Nous croyons qu’une des raisons pour lesquelles la viande des boîtes austra- liennes ou américaines est souvent médiocre, c’est le surmenage imposé aux ani- maux que l’on pousse, à travers un pays sans chemin, jusque dans le point du litloral où ils sont abattus par vastes hécatombes. • Application aux légumes et fruits. — Le procédé Appert et ses dérivés s’appliquent à merveille à la conservation des légumes et des fruits. Beau- coup d’espèces gardent môme, à cette épreuve, leur forme et une part de leur goût et de leur parfum. Les légumes qui n’ont pas pour principal attribut d'être verts s’y prêtent mieux que les autres; ainsi, les tomates, dont il vient d’Amérique 18 millions de boîtes par an, fournies par New-Jersey, New-York, Baltimore. On expédie deg mômes contrées et de Californie des millions de boîtes de fruits. En France, il est préparé des conserves de légumes à Nantes, à Bordeaux, à Beauforl-en-Vallée (Maine-et- Loire), à Angers, à Paris, dans des proportions qui en font une branche de commerce importante. Nous verrons tout à l’heure comment l’on res- titue leur belle couleur verte aux haricots fins et aux petits pois. Dans beaucoup de ménages, on conserve des haricots verts, des petits pois, des reines-claudes, des mirabelles, dans des bouteilles de verre solide, cjuo l’on soumet à la chaleur du four, au moment où l’on en retire le pain, et que l’on ferme ensuite d’un bouchon de liège neuf et ficelé. Ces denrées sont à demi cuites et se conservent toute l’année sans perdre no- tablement le fumet et la saveur propre des fruits frais. 7° Kéfrigération. —L’abaissement de la température à zéro, comme nous l’avons vu, ne tue pas les microorganismes ni, surtout, leurs spores ; mais il les empêche de se développer; ce qui suffit pour la conservation des viandes. On peut même se borner à descendre à 2 ou 3 degrés au-dessus de zéro. Depuis longtemps, on conserve la viande, le gibier, le poisson, dans les glacières. En été, les marchandes de poissons entourent de glace leurs pièces. 11 n’y avait qu’à perfectionner le procédé, à éviter le contact même de la glace et de l’eau qu’elle produit, et à appliquer la réfrigération en grand, dans des cas spéciaux. La figure 234, qui représente un appareil de ménage construit par Ch. Tellier, donne une idée de tous les meubles de la même destination. C'est une armoire doublée de zinc, mais soigneusement isolée par 10 centimètres de paille sèche, coupée en morceaux d’un centimètre de longueur. La porte supérieure permet l’introduction de la glace; un robinet placé à la partie inférieure sert à recueillir l’eau de fusion. La porte inférieure donne accès au garde-manger, qui est dis- posé pour recevoir les viandes, les mets à conserver et les boissons à rafraîchir. C’est surtout la réfrigération en grand qui est importante. Aux États- Unis (Du Mesnil), on se sert d’un wagon réfrigérateur pour transporter des fruits frais de Californie à New-York. Il est parti d’Australie, pour la pre- mière fois, en 1880, un navire portant à son bord un appareil à fabriquer la glace pour conserver la viande qu’il apportait en Europe. Depuis lors, il vient aussi de la viande des États-Unis par le même système. Londres seul a reçu, dans les neuf premiers mois de 1884, 238,130 quintaux de viande de mouton ainsi traitée (de Leyn). Les animaux, tués au point d’embarque- ment, sont rapidement dépouillés de leur peau, les viscères enlevés, et les quartiers, enveloppés d’une mince toile de coton, portés sur les navires, dans des chambres dont on maintient la température au-dessous de 10 de- grés, généralement entre 5 et 0. On se trouve même mieux de n’enlever que la têle et les viscères des animaux et de laisser la viande dans la peau. L’inconvénient de cette méthode, c’est que l’utilisation des viandes soit presque exclusivement réservée aux grands centres ou même aux villes maritimes, qui assurent l’écoulement et la consommation immédiat de la cargaison; parce que les viandes conservées par refroidissement (plutôt que par congélation) ne supportent pas le passage du milieu froid dans une température ordinaire. Mais il est possible d’avoir des wagons également frigoriques, qui amènent les viandes du port d’arrivée aux villes de l’inté- rieur. Il est clair que, désormais, une ville qui s’attend à être assiégée aura tout intérêt à abattre dès le premier jour toutes ses bêtes de boucherie et les conserver par le froid, plutôt que d’entretenir longuement et mal des animaux vivants, qui l’encombrent, la gênent, et dépérissent. La viande conservée par le froid ne perd rien de sa saveur. On connaît les méritoires efforts accomplis, en France, par Ch. Tellier. pour constituer une méthode pratique de réfrigération, et l’histoire du Fri- gorifique, qui n’a pas eu de succès, mais a établi le principe. Actuellement, d’après Juclier, les viandes d’Australie et de la Plata voyagent véritable- ment congelées, dans un froid de 5 à 10 degrés au-dessous de zéro, obtenu par les appareils Carré ou Pictet, ou mieux à l’aide de machines soufflantes qui utilisent le froid produit par la détente de l’air comprimé. Fig. 234. — Coffre à glace. 8° IjCS extraits, les poudres, les soupes. — Ce sont, à la fois, des pro- cédés de conservation des substances alimentaires et des moyens (ou pré- tendus tels) de réduire à leur plus simple expression la forme et le vo- lume, non seulement de' la viande, mais encore de ce mélange complexe qui constitue les repas de la plupart des hommes. Il existe aujourd’hui une douzaine d'extraits, dont le fameux bouillon ou extrait de Lie big est le type, et qui se ressemblent tous par ces caractères: qu’ils sont des condiments et non des préparations alimentaires, et que, s’ils ne nuisent pas aux consommateurs, ils bénéficient généralement à ceux qui les ont inventés et les vendent. On a, longtemps, laissé croire que l’extrait Liebig est la quintessence de la viande et que la moitié d’un bœuf tient dans un petit pot. Les extraits, cependant, ne renferment que des matières extractives, et non des matières protéiques. Ils gardent, en outre, une énorme propoition de sels, parmi lesquels prédominent les sels de potasse. Roth et Lex, utilisant les analyses de Bunge, Aubert et Dehn, expriment ainsi qu’il suit la composition des extraits de viande : 16 h 22 p. 100 17 à 22 — 56 à 07 - Eau Sels Matières or g an ignés 100 parties de sels Dotasse • • renferment : à 46 Les matières organiques renferment : Acide lactinnp.. o Acide phospliorique 28 à 35 Créatino 3 12 0,25 à 1 Soude 10 à 13 Substance gélatiniforme Magnésie 3 à 4 Graisse Chaux 0,5 à 1 Albumine Oxyde de fer 0,2 il 0,4 Acides inosique, acétique, buty-\ rique, créatinine, sarcosine, 1 i/I iU/1 >9* Acide sulfurique k) à 3 3G Chlore 8 à 12 loucine, inosite, hématine, k globuline, urée ] Dans des expériences qui, à la vérité, ont été fortement critiquées par Bunge, puis par Lehmann, Kemmerich a tué des animaux par le régime exclusif à l’extrait de Liebig, plus vite que par la diète absolue. Muller (1870), avec 20 à 30 grammes de Liebig, ajoutés au régime ordinaire, a provoqué des symptômes d’intoxication. La nocuité de l’extrait de Liebig a été attribuée aux sels de potasse par Kemmerich, Eulenburg, Gutmann et par A. Gautier, qui s’appuie sur les expériences de Cl. Bernard et Grandeau et de Podcopaew. Les sels de potasse accélèrent d’abord les mouvements du cœur pour finir par le paralyser; ils irritent vivement les voies digestives; 8 à 10 grammes de chlorure de po- tassium, injectés par Podcopaew dans l’estomac d’un chien de six kilo- grammes, ont abaissé rapidement sa température de 3 degrés; l’animal est mort au bout de quelques heures avec des vomissements et une diarrhée sanguinolente. A. Gautier, porte à 18er,6 p. 100 grammes d’extrait le poids des sels de potasse; ce chiffre est peut-être un peu élevé; Parkes l’évalue à 13 grammes seulement. En adoptant ce chiffre et reprenant les expériences de Kemmerich, Bunge trouve que le poids de sels de potasse nécessaire pour tuer un homme, calculé sur celui qui tue un lapin, ne saurait être au-dessous de 70 grammes ; c’est-à-dire qu’il faudrait plus de 300 grammes d’extrait pour empoisonner un homme. Or la dose nécessaire pour le bouil- lon n’est que de 4 à 3 grammes. Ce n’est, toutefois, qu’innocenter à moitié la préparation. Ce serait seu- lement un poison faible, mais un poison cependant. Lehmann a repris les expériences de Kemmerich et expliqué que l’action des sels de potasse, dans l’augmentation de fréquence et de force du pouls, est d’ordre réflexe et dépend de l’excitation de l’estomac et de l’intestin que produisent tous les sels, non d’une propriété spéciale de la potasse. Les chats et les ron- geurs recevant 1 p. 100 de leur poids d’extrait Liebig n’ont jamais paru en éprouver d’inconvénients. Des enfants délicats, amaigris et épuisés, ont semblé, au contraire, se relever sous l’influence de cette préparation, comme il fût résulté d’un bon bouillon, suivi d’autre chose. Le Liebig semble être supplanté par le Cibils, plus lluide et dont il faut une dose double. Nous l’avons expérimenté à l’hôpital militaire de Lille : ses qualités de parfum et de sapidité sont supérieures à celles du précédent. Le petit volume de ces extraits, par rapport à la quantité de bouillon qu'ils peuvent fournir, leur donne un grand attrait pour les hygiénistes militaires, en vue des approvisionnements de guerre, pour les blessés et malades. Parkes était un enthousiaste du Liebig ; Morache lui est plutôt hostile. Nous pensons que le Cibils est tolérable. Le tableau ci-dessous, de R. Sendtner, indique les noms et la composi- tion des divers extraits actuellement en vogue. DÉSIGNATION*. EAU. CENDRES. MATIÈRE ORGANIQUE. AZOTE. SUBSTANCES solubles dans l'alcool à 80°. CHLORE des CEXDKE9. p. 1ÜO. p. 100. p. 100. p. 100. p. 100. p. toc. Extrait île viande de Pastoril 13,50 20,23 58,27 » 01,74 » — of Meut «le Pisonis 17,74 19,68 62,58 » 04,68 59,06 )) — de viande de Kemmer.Vli 18,88 19,46 26,44 61,66 5$, 15 » )) Extractum carnis de CiLiils 19,41 )) 62,86 21,32 Extrait Liebig (Frav Beutosj 18,79 21,28 23,02 58,10 8,00 01,85 58,29 10,00 Saladero Concordia” 15,85 62,27 9,04 >» Peptoue de viande de Kemmerieli 34,27 7,71 58,02 9,36 28,40 » Cibils Uermanos (liquide) 04,13 18,29 15,88 17,58 2,10 3,06 34,28 44,45 Bouillon-peptone île Kochs Bouillon de viande condensé de Keninie- 59,58 25,54 32,78 43,19 ricli 62,59 17,00 20,35 3,14 29,32 41,97 Extrait de bruillon de Maggi 08,04 23,80 7,56 1.29 25,79 29,87 57,23 Bouillon concentré Morris, Lanuinget O. 04,24 13,40 22,36 )) )) Dans les cendres de Yextractum carnis de Cibils, il y a 35,89 p. 100 de potasse, 18 de soude, 25, 59 d’acide phospborique. Ces extraits, en boîtes bien fermées, se conservent assez longtemps, mais non indéfiniment. Farine de viande de Hassull. — On dessèche de la viande privée de sa graisse; on la pulvérise el l’on ajoute 8 p. 100 de fécule d’arrow-root, 2,3 de sucre, 3 de sel, épices, poivres, matière colorante.' L’analyse de trois échantillons de cette prépa- ralion a donné à Parkes (p. 100) : Eau, 12,68; graisse, 10,99 ; sels, 3,82; azote, 8,81 =: albuminoïdes, 55,5); le reste est formé des épices, du sucre, de la fécule, etc., el de 1,8 p. 100 d’acide lactique. La farine de Hassall parait être un aliment posi- tif. Cependant, Parkes a constaté que son usage prolongé entraîne la dyspepsie et qu il faut absolument y associer le pain et surtout la graisse. Biscuits-viandes. Farines-viandes. — En 1833, Rôhrig essaya de fabriquer un biscuit au sanrj, qui n’eut pas de succès dans les armées. Thiel (1867) offrit un biscuit-viande que l’on préparait avec de la viande fraîche, hachée menu et incor- porée à de 1 eau et à de la farine, en traitant d’ailleurs la pâte comme pour obtenir du biscuit ordinaire. Gehrig etGrunzig, de Berlin, ont mis dans le commerce une farine-viande dont la préparation esL restée secrète, mais dans laquelle on a trouvé à Netley, 33,3 p. 100 d’une substance albuminoïde, 4,3 de graisse, 34,7 d’hydro- carbonés, 8,8 de sels, 17 d'eau. Gail Borden, de Galveslon (Texas), produit un bis- cuit-viande, formé de parties égales d’extrait de viande et de farine. Le tout, avec force promesses el considérations alléchantes. Saucisson aux pois; Erbswurst. — Ce saucisson est fait de farine de pois, de viande et de graisse de porc cuites, additionnées de sel. Parkes y a trouvé, pour ‘0° P- : 16,2 d’eau, 7,19 de sels, 12,297 d’albuminales, 33,03 de graisse, 30,663 d hydrocarbonés. Selon IUtter, un saucisson réservé aux officiers renferme un peu moins d’azote et un peu plus de sels que celui des soldais. Grivel et Sponl, en France, ont essayé de faire un saucisson aux pois et au jambon, dont on espère beaucoup. Lavernère a décrit devant la Société d'apiculture de France le procédé de fabrication allemand , c esL une machine rotative qui mélange la farine de pois el la viande hachée. Le saucisson allemand était enveloppé de parchemin au lieu de hoyau et se con- servait très bien pendant quatre à cinq mois. Son grand mérite est de pouvoir donner une soupe en cinq minutes, dès que l’on a de l’eau bouillante, el d’être prêt quand on n’a rien autre chose. Les soldats contractent, à son usage, de la flatu- lence, de la diarrhée, el s’en dégoûtent en peu de jours. Ce n’est pas encore cela qui rendra la guerre un exercice salubre. Soupes portatives. — Ce sont des tablettes de matière nourricière, facile à désa- gréger, sur lesquelles il suffit de verser de l’eau bouillante pour avoir un potage. Pendantlaguerre desAshantis, l’armée anglaises’est bien trouvée d’une préparation de ce genre : Edward's patent desiccated soup. Un industriel de Bordeaux, Gremaillv, a offert depuis dix ans, sous le nom de soupe française, des tablettes de légumes animalisés, dans lesquelles Poggiale trouvait Go p. 100 de matières grasses et al- buminoïdes, 25 de matières végétales, 10 de sel ou de sucre. Nutricine. — Sous ce nom alléchant, Moride a présenLé à l’Académie des sciences (8 novembre 1880) une préparation composée de viande crue, désossée et privée de tendons, el de pain ou de substances farineuses azotées, qui sont censées rem- placer l’eau de la viande. Le mélange, séché à l’air ou à l’éluve, est pulvérisé, tamisé; la poudre, agglomérée avec de l’eau gommée ou de l’albumine, se prête à la confection de tablettes portatives. Poudre-viande Hofmann. Carne pura. — En 1880, le docteur Meinert fit connaître la poudre-viande (Fleischpu/ver) du professeur Hofmann et les avantages qu’elle paraissait pouvoir présenter, au point de vue de l’alimen- tation azotée des groupes laborieux et des soldats. Cette poudre était fabri- quée en Amérique (La Plala), avec la viande des bœufs qui surabondent dans le pays et par des procédés tenus secrets. Ses caractères étaient : le bon marché (3 fr., 125 le kilogramme), sa facile conservation, son petit volume et son aptitude au transport, son bon goût, la rapidité delà prépa- ration du bouillon par son moyen, ou môme de la préparation d’un repas pourvu qu’on lui associe de la graisse, des substances végétales, etc., ce à quoi elle se prête merveilleusement. La composition annoncée (Hofmann, Yoit, Forster, Kirn) était: eau, 10; albumine scche, 73; chlorure de so- dium, 10; matières extractives et sels divers, 7. Depuis lors, la société Carne pura s’est formée, à Brême, pour l’exploi- tation du brevet d’Hofmann et, à l’aide de capitaux considérables et d’une réclame active, habilement revêtue des dehors scientifiques, est arrivée à des résultats importants en Allemagne, en même temps qu’elle provoquait, ailleurs, des efforts dans le même sens. Elle entretient, à Buenos-Ayres, un médecin et un vétérinaire militaires prussiens, pour se mettre à l’abri du soupçon d'importer en Europe de la viande d’animaux malades; elle a, à Berlin (Küstrinerplatz), une petite usine et, sous la direction de Meinert lui-même, elle a pris une part fructueuse à l’Exposition de Berlin de 1883. Elle ne vend pas seulement des boîtes de poudre il bouillon, mais, en sui- vant les goûts allemands et, toujours d’après ses « principes scientifiques », elle fabrique des tablettes dans lesquelles on a associé il la poudre les choux et les pommes de terre, les pois, les haricots, les lentilles, le chocolat, etc. La poudre-viande carne para a subi victorieusement les analyses de di- vers chimistes, la dégustation de plusieurs hygiénistes (Ilentsch, De Chau- mont, J. Arnould), la mise en usage pour une alimentation prolongée (Rümberg, à Rostock, Baer à Plolzensée). On dit que l’administration mili- taire allemande et le gouvernement belge l’ont introduite dans leur appro- visionnement. Toutefois, les paquets livrés au commerce ne sont pas toujours aussi purs de goût que ceux des expériences. Le point de dessiccation conve- nable de la viande à transformer en poudre est délicat à atteindre; c’est, paraît-il, une question de température; trop faible, elle n’assure pas la conservation de la poudre; trop élevée, elle lui communique le fumet de colle forte. D’ailleurs, la constitution scientifique des préparations de carne pura n’est pas une garantie absolue qu’elle plaira toujours et qu’elle at- teindra complètement le but physiologique (Villaret). On produit, en France, beaucoup de sortes de poudres-viande (Adrian, Rousseau, etc.), qui se vendent fort cher et auxquels nous avons toujours trouvé un parfurri prononçé d’équarrissage, peu favorable à la généralisa- tion de leur emploi. Poincaré a reconnu à la poudre-viande, chez des chiens, un pouvoir nutritif inférieur à celui de la viande à poids égal et même des propriétés fâcheuses pour les organes digestifs. Conservation »ies œufs, du lait. — Pour conserver les œufs, on les plonge dans un lait de chaux, additionné de sucre (Payen) et de crème détartré (A. Gautier), quand ils sont frais pondus. Les pores de la coquille, qui permettent l’introduction de l'air et de ses germes, sont ainsi obturés. Morache estime que la solution de sel marin au dixième atteindrait au même résultat. La sécurité complète ne peut, d’ailleurs, être obtenue qu’à l’aide d’un vernis imperméable (huile et cire, gélatine, vernis à l’alcool), et ce serait un peu coûteux. Encore, l’œuf perd-il de sa sapidité spéciale. Hofmeier a eu l’idée de faire dessécher et réduire en poudre le jaune des œufs employés à fabriquer l’albumine, et que l’on envoie d’ordinaire aux ganteries; cette préparation rentre ensuite avantageusement en diverses opérations culinaires. On a imité, du reste, ce procédé sur des œufs entiers (conserves d’Effner); ces conserves, très soignées, remplacent les œufs partout où ceux-ci ne sont qu’une association. Il suffit de restituer de l’eau à la poudre d’œufs. Le lait cuit, additionné de jaunes d’œufs et d’un peu de bicarbonate de soude, se conserve assez longtemps en bouteilles fermées. Partes en a reconnu bon, après un an, qui avait été traité de cette façon. Il faut con- sommer ce lait aussitôt après l’ouverture des bouteilles. Mais, toutes les fois que 1 on transporte du lait liquide, indépendam- ment du volume gênant de la conserve, il arrive que le ballottement fait monter la crème et la convertit plus ou moins complètement en beurre. On s’est donc évertué à diminuer à la fois la masse et la fluidité du lait, en en évaporant l’eau en tout ou en partie. Fadeuille préparait une poudre de lait dont les boites, du poids de 97 grammes, représentaient un litre de lait; il suffisait, pour s en senir, de restituer leau. Mabru avait imaginé un mode de remplissage des boîtes tel qu elles étaient absolument pleines, et que, par conséquent, le lait ne pouvait ballotter (Morache). Aujourd’hui, 1 on l'a 1) 1 i(Jne suitout du lait concentré, par des procédés relevant directe- ment de la méthode Appei t. Martin de Lignée ajoute "7ri grammes de sucre par litre de lait, évapore le lait jusqu’à réduction d’un litre à 200 grammes, le verse dans des boîtes de fer-blanc que l'on porte pendant dix minutes à l’ébullition et que l’on ferme ensuite par soudure. 11 se prépare, en Suisse, de grandes quantités de lait condensé par un procédé analogue. Kotler a trouvé ces conserves constituées ainsi qu’il suit : Pour 100 de matière, sucre de canne 25 à 30; sucre de lait 14 à 18; graisse 12 à 13,6 ; caséine et albumine 24 à 29,6; sels 2 à 2,9; eau 18,8 à 22,2. Et Forster : 26,95 pour 100 d’eau ; la partie solide renfermait : albuminoïdes 14,46 ; graisse 12,5; sucre de lait et de canne 66,7; matières extractives 3,29; cendres 3,05. Trommer recommande la préparation suivante; Un mélange à parties égales de lait et de crème est échauffé presque à l’ébullition; ensuite, on ajoute, par litre du mélange, 100 grammes de sucre de canne en solution cuite et clarifiée; puis, on évapore à 70°, jusqu’à consistance de sirop. Il faut absolument renoncer à conserverie lait par les acides salicylique, benzoïque et même par l’acide borique ou le borax. Quand le lait doit être transporté par la chaleur, on conseille de l’en- tourer de glace aussitôt après la traite. D’après les observations de W. K. Newton et Wallace, de New-Jersey, il se développerait dans le lait, agité pour le transport dans de mauvaises conditions, un poison fort voisin de la ptomaïne que Yaugban appelle Tyroloxicon et qui a causé en divers points, dans les glaces à la vanille, les accidents imputés à tort à cette dernière substance. Farines lactées. Laits artificiels. — Ce sont des préparations qui préten- dent suppléer le lait de femme ou le lait de vache et, au besoin, faire mieux que l’aliment naturel des petits enfants. Hofmann (de Leipzig) déclare au Congrès d’hygiène de Dresde (1878) qu’il ne connaît pas moins de 45 de ces succédanés du lait. Et le malheur des temps veut que la fraude éhontée qui préside aujourd’hui à la vente du lait justifie ces efforts de philanthropique apparence. Une des plus graves conséquences de l'écrémage et du mouillage du lait c’est, en effet, de pousser les fa- milles vers les laits artificiels et les farines lactées « spécialités pour l’enfance ». Le lait concentré n’est déjà pas favorable aux enfants, à cause de son excessive richesse en sucre. Pourtant, on ne s’y est pas permis de substi- tution aussi audacieuse que celles que nous allons reconnaître. Les farines lactées se ressemblent infiniment ; toutes ajoutent à du lait une farine dont l’amidon est éclaté par la chaleur humide et en partie converLi en dextrine; la différence est dans la nature de la farine employée. Dans la farine Nestlé, c’est la poudre de pain grillé qui a été chauffée avec du lait de Suisse jusqu’à ce qu’on pût avoir une poudre apte à être con- servée en boîtes. Liebig a donné une formule pour remplacer le lait par la farine de froment, de la façon suivante : « On fait bouillir IG grammes de farine de froment avec GO grammes de lait écrémé jusqu’à ce que le mélange soit transformé en une bouillie homogène; on le relire ensuite du feu et l’on y ajoute, immédiatement après, IG grammes d’orge germée qui aura d'abord été broyée dans un moulin à café et mélangée avec 32 grammes d’eau froide et 3 grammes d’une solution de bicarbonate de potasse, la dernière, faite de M parties d’eau et de 2 parties de bicar- bonate. Après avoir ajouté l’orge germée, on met le vase dans de l’eau chaude jusqu’à ce que la bouillie soit devenue douce et liquide comme de la crème. Au bout de lo à 20 minutes, on remet le tout sur le feu, on fait bouillir quelques instants et l’on fait ensuite passer le lait à travers un tamis serré de fil ou de crin, qui retient les matières fibreuses de l’orge ». Les éléments « plastiques », dit l’auteur suivant sa fameuse théorie, sont ici aux éléments « respiratoires » comme 10 est à 38, c’est-à-dire comme dans le lait de femme. Voilà une chimie bien sûre d’elle-même et l’on ne sait pourquoi la nature s’esl évertuée à mettre de la graisse et du sucre dans le lait, du moment qu’il n’y a qu’une question de proportion entre les azotés et les non azotés. Il paraît qu’en Allemagne des milliers d’enfants sont élevés avec le lait Liebig àpartir du troisième jour après la naissance! Néanmoins, les hygiénistes et médecins des enfants en France, l’ont repoussé du premier coup; une expérience courte, mais qu’il eut été peu humain de prolonger, avait paru suffisante à Depaul pour condamner cette composition qui, d’ailleurs, se présentait dès lors avec les mêmes visées commer- ciales que l’extrait du même Liebig (voy. plus haut). Que veut-on de plus? Les hygiénistes allemands eux-mêmes ont proclamé (1878) qu’il n’y a, en définitive, qu’un seul succédané du lait de femme pour l’enfant, à savoir le lait de vache na- turel, et que le vrai moyen de venir en aide aux nourrissons est de multiplier les établissements de production rationnelle de lait, sous une surveillance compétente (Milchwirthschaften), comme il en existe déjà dans plusieurs villes d’Allemagne et d'Italie. Les vacheries dans l’intérieur des villes sont discutables; mais le principe reste. Deux médecins des hôpitaux de Paris, Dujardin-Beaumetz eLHardy (Er.), ont cru devoir porter à la connaissance du public français le procédé de fabrication d’une bouillie à la farine d’avoine, destinée à l’alimentation du jeune âge. On fait macé- rer une cuillerée à bouche de farine dans un verre d'eau ou de lait pendant douze heures, on passe au travers d’un tamis et l’on fait bouillir jusqu’à consistance de gelée; après quoi l’on ajoute du sel ou clu sucr.e. Cette préparation est, dit-on, très usitée en Écosse et en Allemagne, où elle porte le nom de « sirop de Luther ». Cela nerend pas enviable le régime des petits enfantsdansces deux pays. Peut-être bien pouvons-nous nous dispenser de recourir à la farine d’avoine, en France, où nous avons du blé partout. Surtout, nous nous garderons d’attribuer une vertu spéciale à une farine quelconque qui ne serait associée qu’à de l’eau, sucrée ou salée. On ne remarque pas, d'ailleurs, que la gelée à la farine d’avoine ait pris beaucoup d’extension dans notre pays. Confiseries. — Nous terminerons celle longue revue des substances naturelles ou préparées, qui sont susceptibles de pénétrer dans l’estomac humain, par la mention des produits de la confiserie, dont l’importance alimentaire est peu considérable, mais qui appellent surtout l’attention de l’hygiène par cette circonstance qu’ils sont le véhicule traditionnel de ma- tières colorantes de toute nature. D’ailleurs, tout le monde consomme des bonbons et des sucreries, quoique les enfants de toutes classes en soient encore les destinataires les plus habituels. Accidents morbides provenant des conserves. — Ces accidents relèvent de deux ordres de circonstances : 1° L'altération des conserves; 2° la toxicité du métal clés récipients ou des couleurs dont on a paré la prépa- ration. 1° Altération des conserves. — 11 y a, évidemment, des degrés dans les altérations que peuvent subir les conserves, surtout celles de viande, et dans la gravité que peuvent avoir ces altérations, au point de vue de la salubrité des substances alimentaires. Toutes les conserves perdent au fur et à mesure que l’on s’éloigne du moment où elles ont été préparées ; aussi, dans les armées, met-on les approvisionnements de ce genre en coupe réglée, de façon à ne pas les laisser vieillir. C’est-à-dire que l’on con- somme les boîtes de la plus ancienne date pour les remplacer par de toutes récentes. Or, la vétusté seule n’ôte guère que de la sapidité aux conserves; cela diminue peut-être leur pouvoir nourricier, mais n’empoisonne personne. Il n’en est plus de même d’altérations, aiguës en quelque sorte, qui se sont emparées, on ne sait pourquoi, de certaines boîtes au milieu d’un stock de conserves, et dont la mise en consommation a produit ces acci- dents cholériformes qu’on observe dans toutes les circonstances où il y a eu ingestion d’aliments putrides, envahis par des microorganismes fabri- cateurs de ptomaïnes. Nous ne connaissons, dans cette série de faits, que ceux de Duriez, observés le 13 janvier 1881, en Algérie, sur dix hommes du 64° régiment d’infanterie, qui s’étaient partagé une boîte de conserve de bœuf, alors que leurs camarades de la même compagnie, qui avaient reçu également une boite par chaque dix hommes, n’éprouvaient rien de particulier. Les convives de la mauvaise boîte offrirent les symptômes sui- vants : nausées, vomissements alimentaires et bilieux, vertiges, coliques violentes, suivies de selles diarrhéiques, fétides, spumeuses ; des crampes très douloureuses se manifestant à intervalles rapprochés, durant 4 à 3 mi- nutes et se limitant aux membres inférieurs. Ces faits sont du plus haut intérêt et Daga a eu bien tort de ne pas les publier dans tous leurs détails, au lieu de les résumer. On peut y rattacher le récit de Darnet, d’empoisonnements par du confit de dinde, qui se traduisirent par des symptômes identiques aux pré- cédents, et les accidents de la foire de Bordeaux (1884), dans lesquels il y eut trois morts. Morue avariée. — On ne prend pas énormément de précautions pour conserver ce poisson, aussi précieux que commun, et, en revanche, comme le fait observer Em. Mauriac, on en consomme des quantités si considérables que l’on doit trouver que les accidents causés par celte substance alimentaire, lorsqu’elle est gâtée, sont relativement rares. Ce médecin distingué relève les observations connues d’accidents de retle sorle: celle de Maréchal (1806), 130 malades; d'Hermann, de Saint-Pétesbourg (1878), 108 intoxiqués par la morue salée et séchée, dite Stockfisch; de Schaumonl, à la légion étrangère (1878), à Sidi-Bel-Abbés (Oran), un jour de vendredi-saint: I22ma- lades; de Bertherand, à Alger (1884); de Heckel, à Marseille (1878); de Bérenger Féraud, en 1880 et surtout en 1884, sur la division navale de Lorient. Ajoutons celle de Millet, sur le 112° d’infanterie, à Ajaccio, en 1880 (environ 100 malades). Les phénomènes sonL toujours les mêmes : nausées, vomissements, diarrhée, refroidissement, crampes; en un mot, des symptômes cholériformes. Quant à la jnorue qui les a déterminés, ce qu’il y a de plus certain et de plus frappant, c’est qu’elle avait les caractères d’une substance putride. Elle répandait parfois une odeur infecte, avait perdu sa consistance (état granuleux de Millet), et présentait une coloration anormale que les uns qualifient de grisâtre et que d’autres dénon- cent nettement comme étant rouge. Tout porte à croire qu’il s’était développé là quelque ptomaïne. Mais il est très possible que l’on ait eu tort d’attacher une si grande importance à ce rouge, de la morue, dans lequel les connaissances modernes n’indiquent rien qui puisse faire supposer que les organismes fabricateurs de poi- sons cadavériques sont là plutôt qu’ailleurs. Celui qui, en effet, peut correspondre au rouge de la morue, c’est le Coniothecium sanguineum, ou celui que Mégnin a cru devoir baptiser Coniothecium Berlherandi, ou plus simplement Clathrocyslis roseo- persicina, organisme qui indique un milieu impur, mais ne passe point pour être un générateur de plomaïnes. Les expériences faites sur les animaux avec la morne rouge par Mégnin, Layel, Mauriac, sont en faveur de son innocuité. Aussi, le gouvernement français a-t-il été en droit de suspendre les effets de sou arrêté d’interdiction de cet aliment. A vrai dire, nous n’hésitons pas à déclarer qu’il vaut beaucoup mieux que la morue soit blanche. Quoi qu’il en soit, la ptomaïne de la morue gâtée doit être très voisine de celle de l’eslurgeon salé vénéneux, isolée par V. K. Anrep (de Kliarkow), en 1885. 2° Récipients et couleurs toxiques. — Primitivement, les conserves Appert étaient renfermées dans des bocaux de verre. CeLte méthode était coû- teuse et fort gênante pour les transports,; l’industrie eut bientôt fait d’offrir aux fabricants de conserves une enveloppe à bon marché et à peu près insensible aux heurts. C’est très généralement le fer-blanc, étarné à l’étain plus ou moins pur, que l’on emploie pour cet usage. A la rigueur, l’étamage du fer-blanc pourrait être fait à l’étain ; mais, trop souvent, par raison d’économie, les fabricants emploient un fer-blanc de qualité infé- rieure et facilement reconnaissable à son ton bleuâtre, obtenu en trem- pant à chaud les tôles dans un bain d’alliage d’étain et de plomb (A. Gau- tier).— On constate la présence du plomb dans l’étamage en déposant à la surface du fer-blanc une goutte d’acide nitrique pur, en évaporant douce- ment à la lampe et en humectant la tache formée avec une solution d’iodure de potassium au 10e, qui détermine une teinte jaune, s’il y a du plomb. — En outre, il faut souder les boîtes, et les plombiers déclarent ne pouvoir le faire à l’étain pur, ni même avec un alliage de 2 parties d’étain pour une partie de plomb. On peut souder avec l’alliage à parties égales, qui est, du reste, trop plombifère ; mais d’habitude, les ouvriers forcent la dose de plomb et en mettent 2 parties contre une partie d’étain fin. Linéi- ques fabricants obtiennent les boîtes par emboutissement, d’un seul coup, Arnould, Hygiène. 2* édit. 63 et le couvercle seul esl soudé; c’est un bon moyen de diminuer des trois quarts les soudures au plomb. D’autres sont môme parvenus à souder avec un alliage exempt de plomb ou avec un mastic également non plombifère. Mais toutes les fois que les substances conservées, viandes ou légumes, sont au contact d’un alliage plombique, du fer-blanc ou de la soudure, les sels vénéneux saturnins se forment et le consommateur est exposé à de sérieux dangers. On a nié ce danger ; pourtant, de nombreux auteurs, et Gautier spécialement, citent des faits pathologiques dans lesquels il est dif- ficile de ne pas reconnaître les caractères de l’empoisonnement plombique et de ne pas voir la filiation directe avec l’usage de certaines conserves. En France et en Allemagne (loi du 9 mai 1887), les administrations ont fixé à 10 p. 100 de plomb le maximum de la tolérance dans l’alliage destiné à la fabrication, à l’étamage et à la soudure des ustensiles servant aux usages alimentaires (Dubrisay). Il n’y a qu’à appliquer cette règle aux boîtes de conserves et, naturellement, au papier d’étain dont on enveloppe les fromages, aux feuilles d’étain dont on fabrique les capsules destinées à coiffer des bouteilles à lait, etc. Nous devons, pourtant, tenir compte des expériences d'Em. Ungar et Guido Bodlander sur les effets toxiques de l’étain, instituées précisément en vue de déterminer les dangers que peut faire courir à la santé des consom- mateurs l’usage des conserves renfermées dans des boîtes de fer-blanc étamées. On essaya particulièrement les combinaisons organo-métalliques, l’acétate d’étain-triéthyle, analogues à celles qui peuvent se former aisé- ment sous l’action des acides des conserves (végétales surtout). L’absorption prolongée de doses, même très faibles, d’étain peut provoquer une intoxi- cation chronique chez les chiens : paralysie, maigreur, abêtissement, mort, sans lésions notables à l’autopsie. — Ces expériences n’ont pas encore été renouvelées et il ne faut pas se presser de conclure. Reverdissage des conserves de légumes. — Toute cuisinière sait que les légumes fins, haricots verts et petits pois, gardent au mieux leur belle couleur verte quand ils sont cuits dans des vases de cuivre. Les fabricants de conserves de légumes (Paris, Bordeaux, Nantes, Angers, Le Mans, Pé- rigueux, Agen) ont mis à profit cette remarque en introduisant le sulfate de cuivre (30 à 70 grammes pour 100 litres) dans l’eau destinée à cuire les légumes. La dose est d’autant plus forte que les légumes sont plus près de la maturité, plus jaunes et plus résistants. Le métal se fixe sur les légumes à l’état d’albuminate insoluble, les colore et contribue à les conserver. Au sortir de la chaudière, les légumes sont lavés, toutefois, avant d'être placés dans les boîtes, où l’on n’introduit pas l’eau cuivreuse. Les neuf dixièmes des légumes verts de conserve sont reverdis de cette façon. Les proportions de cuivre dans ces légumes varient selon leur nature et les maisons qui les préparent. Dans le liquide des boiles, il y en a en moyenne 13 milligrammes, selon Galippe; mais l’on rejette d’abord ce liquide. Pour ce qui est des légumes, on y a trouvé par kilogramme, jusqu’à 10 centigrammes de cuivre (Pasteur), 2 à 12 centigrammes (A. Gau- Bordeaux). Brouardel a parlé de 20 centigrammes; cette proportion serait môme allée à 27 centigrammes, dans les analyses de Chalin et Personne, cités par Gallard. Mais il semble que le chiffre le plus habituellement atteint, ou du moins avoué, est de 16 à 18 milligrammes. Il est apparent que le reverdissage au cuivre ne saurait être officiellement toléré. On est bien revenu des exagérations dans lesquelles on était tombé autrefois au sujet de la toxicité du cuivre ; pour un peu, l’on arriverait, c’est le propre de la réaction, à donner dans l’excès contraire. Il est certain, tout d’abord, que le cui- vre existe en quantité notable dans tous nos aliments (Devergie, Hervy, Sarzeau, Deschamps, Meisner, Donny, Commaille et Lambert) et, par suite, dans les vis- cères et le sang humain (Deschamps, Millon, Bécliamp, Raoull et Breton, Lothe et Bergeron). D’autre part, les expériences de Toussaint à Kœnigsberg, de Charcot et surtout celles de Galippe, aussi courageuses que démonstratives, démontrent qu'un chien, un homme, peuvent absorber par jour plusieurs décigrammes d’acé- tate, de sulfate, de phosphate de cuivre, sans qu’il y ait jamais empoisonnement; tout au plus se présente-t-il quelquefois du vomissement et une colique passa- gère. En fait, la Colique de cuivre est plus que douteuse; les ouvriers des mines, les chaudronniers, les fondeurs et tourneurs en cuivre, sont imprégnés du métal et se portent bien; les ouvriers employés à la fabrication des conserves de légumes mangent tous les jours, eux et leurs familles, ceux des boîtes non réussies et n’en éprouvent aucun malaise; enfin, dans les repas de tout le monde, où l’on en con- somme, alors même que le cuisinier a parfois ajouté du cuivre pour mieux assu- rer le reverdissage, on ne voit personne en éprouver des accidents. Au fond, il ne peut jamais y avoir assez de cuivre dans les légumes pour expo- ser les convives même au simple vomissement, attendu que la saveur horrible des sels de ce métal rend les aliments inabordables, lorsque le cuivre s’y trouve en pro- portion un peu élevée. La question de police sanitaire, à savoir si les administrations doivent interdire la vente publique des conserves au sulfate de cuivre, a un tout autre aspect. Les savants et médecins légistes consultés par la Préfecture de police de Paris, de mê- me que les hygiénisLes réunis au Trocadéro en 1878, Pasteur, Bouchardat, A. Gau- tier, Brouardel, Galippe, ont toujours répondu à peu près dans les mêmes termes, a savoir que : 1° le cuivre, aux doses trouvées dans les conserves, n’est pas suscep- tible de nuire à la santé; 2° la préparation ordinaire des fabricants de conserves ne constitue pas une falsification; 3° ces procédés n’en sont pas moins en contra- diction avec les arrêtés et ordonnances qui interdisent la préparation des subs- tances alimentaires dans des vases en cuivre et qu’une commission (Tardieu, Ville et Bussy) déclarait, en 1877, ne devoir pas être rapportés. La conclusion du rapport de Galippe à la Société de médecine publique parait pouvoir être adoptée : ne pas imposer aux fabricants l’obligation d’inscrire sur les boiles la déclaration de la substance par laquelle le reverdissage a été obtenu parce que l’industrie ne peut être forcée de divulguer ses procédés. Mais le dernier avis du Comité consultatif d’hygiène a été « qu’il n'y a pas lieu de lever la prohi- bition qui pèse sur le cuivre » (arrêté de décembre 1800). On s’est ingénié à trouver un moyen inoffensif de colorer en vert les légumes. Lecourt et Guillemare proposent la laque de chlorophylle, obtenue des épinaids ou des orties (!). Biardot, Possoz e Lécuyer ont pris un brevet pour un procédé au sucrate de chaux / Carges, pour une méthode qui fixe- rait la chlorophylle des légumes à l’aide du carbonate de soude et de l’alun. Quelques-uns ont cru pouvoir remplacer le cuivre par le chlorure de zinc. Ces succédanés sont impuissants ou plus dangereux que les sels de cuivre eux-mêmes. Les couleurs dans la confiserie. — Les bonbons ne vont pas sans des teintes agréables. Les confiseurs ont une tendance à emprunter les cou- leurs les plus belles à des matières toxiques, sous prétexte que les doses deviennent infinitésimales. Voici la liste des substances prohibées. Couleurs minérales. — Composés du cuivre (cendres bleues, bleu de montagne); du plomb (massicot, minium, mine orange); oxychlorures de plomb (jaune de Cassel, de Turner, de Paris); carbonate de plomb (blanc de plomb, céruse, blanc d’argent); anlimoniate de plomb (jaune de Naples); chromâtes de plomb (jaune de chrome, orange de chrome); — chromate de baryte (outremer jaune); — com- posés de l’arsenic : arsénite de cuivre (vert de Schéele, de Schweinfurt, vert métis);—sulfure de mercure (vermillon). Couleurs organiques. — Gomme-gutte, aconit napel, fuchsine et dérivés immé- diats, tels que bleu de Lyon, éosine. — Matières colorantes renfermant au nombre de leurs éléments la vapeur nitreuse, telles que jaune de naphtol, jaune Victoria; matières colorantes préparées à l’aide des composés diazoïques, telles que tro- péoline, rouges de xylidine. Le Comité consultatif, en 1886 (Grimaux, rapporteur), a déclaré qu’il n’entendait pas, en interdisant la fuchsine, prohiber aussi le violet de diméthylaniline, connu sous le nom de violet de Paris, dont la nuance permet aux fabricants français de lutter contre la concurrence étrangère. Au Congrès d’hygiène de La Haye (1884), Poincaré a délivré un certificat d’inno- cuité, d’après ses expériences, aux couleurs d’aniline suivantes : bleu, jaune, orangé, cachou, brun, indigo de Java, sulfonaphtholate de calcium, bleu de mé- thyle, chrysome, acide sulfanilique, naphthol, éosine, roccelline, méthyléosine, érythrosine, fluorescéine, sulfo-naphthol, acide naphthionique. Clouet (de Rouen) croit à l’innocuité de la fuchsine et de l’aniline pures. Mais les procédés de fabrica- tion y mélangent trop souvent l’arsenic. 11 y aurait lieu, enfin, de se préoccuper des parfums de pomme, de fraise, de- framboise, que les confiseurs donnent volontiers à leurs produits à l’aide de simples combinaisons chimiques. Poincaré et Vallois ont reconnu que ces sub- stances sont toxiques chez des chiens, à doses élevées. Gomme elles n’entrent dans la confiserie qu’à doses infinitésimales, on peut être rassuré jusqu'à nouvel ordre. En revanche, sur le rapport de Dubrisay, le Comité consultatif a déclaré dange- reuses les allumettes-bonbons, au moyen desquelles des confiseurs trop ingénieux préparent de redoutables méprises chez les enfants. Bibliographie. — Renk (F.). Conservirung von Nahrungsmitteln (D. Vierteljahrsschr. f. ÔIT. Gesdpflg., XIII, p. 36, 1881). — Reverdissage des conserves par les sels de cuivre (Rev. d’Hyg., IV, p. 718, 1882). — Galurd (T.). Rapport sur la préparation des conserves alimentaires et le reverdissage des légumes nu moyen des sels de cuivre (Rec. des trav. du Comité consult. d’Hyg. publ., XI, p. 362, et XII, p. 270, 1882-1*83). — Daga. -Note sur dix cas d'empoisonnement par des conserves de bœuf bouilli (Archives de méd. mi lit. r II, p. 97, 1883). — Galippe. Note sur la présence du cuivre dans les céréales, la farine. le pain (Rev. d'Hyg., V, p. 23, 1883). — Observation d'empoisonnement par les boites de conserves alimentaires (Annal. d’Hyg., VIII, p. 87, 1884). — Forster. 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Le régime des individus ou des groupes peut pécher par excès ou par défaut. Touchant à l’un ou à l’autre de ces deux vices par quelque côté, il y a encore le manque d'équilibre alimentaire, dans lequel c’est moins la la surabondance ou l’insuffisance absolue des matériaux, qui entraînent des troubles physiologiques, que la prédominance ou l’infériorité relatives de tel ou tel des principes alimentaires dont nous avons montré la nécessité et dont nous avons essayé d’établir la meilleure pondération. Mais l’étio- logie n’a pas encore tiré tout le profit possible de cet ordre de faits, en somme assez délicats à apprécier. 1° Alimentation excessive. — Elle est aiguë ou chronique. Sous la forme aiguë, l'alimentation excessive consiste en repas trop copieux, absolument ou relativement h la capacité digestive des individus, à la digestibilité des substances ingérées. La conséquence immédiate, c’est la souffrance, l’irritation, la révolte de l’estomac, pouvant aller jusqu’aux symptômes plus spécialement qualifiés d'indigestion. Il est clair que la répé- tition de ces accidents aigus mène à la dyspepsie et la gastrite. Sous la forme chronique, le plus habituellement, sinon toujours, l’ali- mentation excessive est telle précisément par le fait que les principes azotés remportent sur les hydrocarbonés, ou, plus exactement, les matières animales sin les végétaux. En dernière analyse, elle se présente comme un défaut d’équation entre la recette et la dépense. Les conséquences en sont multiformes et disparates. Elle entraîne Y obésité, mais aussi la dyspepsie, la gastrite chronique et Y amaigrissement ; on voit, à Vichy, se promener côte à côLe et boire à la môme source, des individus squelettiques et d’autres, ventripotents, qui appartiennent aux mêmes classes de la société, ceUes qui mangent trop et trop bien. On y voit aussi (Durand-Fardel) des curés et des notaires diaboliques; ces professions n’entralnenl aucun travail corporel et, de tout temps, ont fourni aux bonnes tables de serieux convives. Les théories modernes, si savantes, sur l’origine et la nature de la goutte n’ont, en somme, pas ruiné l'é- tiologie formulée dans la charmante fable de La Fontaine [la Goutte et l’Araignée)-, les bûcherons y sont infiniment moins sujets que les évêques. Il semble probable que la gravelle soit dans le même cas. Nous ne nous arrêterons pas devant l'héré- dité, d’ailleurs incontestable, de l’obésité et de la goutte; celte hérédité-là s’est faite de toutes pièces, de père en fils; on ne la voit pas chez les pauvres gens, et beaucoup de riches qui y tendent par la faute paternelle ne résistent pas d’une façon accentuée à ce fâcheux courant. L’obésité est presque une maladie, aussi les guérisseurs s'en emparent-ils. Ce- pendant, il y a une prétention à la physiologie et à l’hygiène de la part de presque tous les médecins qui s’en sont occupés spécialement (Banting, Ebstein, de Saint- Germain, G. Sée, Monin, etc.). Ce que nous devons relever, c’est que la plupart cherchent à mettre la dépense à la hauteur de la recette; et, en cela, nous ne sau- rions trop nous ranger à leur avis. 2° Alimentation insuffisante. — Celle-ci affecte encore le mode aigu et rapide ou le mode prolongé, chronique. Dans le premier cas, c’est Yinani- tiation (Ghossat) ou mieux Yinanisation, suivant le terme judicieusement adopté par R. Lépine, sur l’autorité de Littré ; Y inanition en est l’aboutis- sant. Dans le second cas, c’est la famine et la faim chronique. Inanition. — Elle résulte de la privation complète d’aliments de toute nature, y compris les boissons, ou encore de la suppression des aliments solides seuls, des boissons seules, ou même des essais d’alimentation avec une substance insuffisante, telle que la gélatine seule, la graisse seule, la graisse et l’eau, etc. Ces derniers cas ne se présentent guère que dans l’ina- nisation expérimentale, telle que l’ont pratiquée Magendie, Collard de Martigny, Chossat, Boussingault, Régnault et Reiset, Bidder et Schmidt, Bischoff, Voit et Pettenkofer, Cl. Bernard. Les petits enfants, toutefois, sont victimes <;à et là d’une inanition par alimentation insuffisante, comme quantité ou comme qualité, qui rappelle d’assez près l’inanisation que les physiologistes exercent sur les animaux; celte variété intéresse la médecine légale autant que l’hygiène. L’inanition par privation absolue d’aliments se réalise également dans les expériences de laboratoire ; mais c’est celle qui nous intéresse particuliè- rement, parce qu’on l’observe sur l’homme, chez des hystériques, des fous, des malheureux qui adoptent ce genre de suicide, chez des naufragés [la Méduse) et parfois des assiégés, chez des ouvriers enfermés dans une galerie de mine par éboulement. Expérimentale ou observée directement, l’inanition sert surtout la physiologie et, si elle a fourni à l’hygiène de précieux enseignements, c’est'que les physiologisles lui ont précisément demandé les lumières nécessaires pour déterminer les condi- tions normales de la nutrition; ce qui ne laisse pas que d’avoir un côté paradoxal. L’animal inanitié perd de son poids, à chaque jour d’abstinence. Un enfant de 3 kilogrammes perd environ 100 grammes par jour (Lépine). La respiration se ra- lentit; la quantité d’acide carbonique exhalé diminue et, vers la fin, le poids de l’oxygène absorbé est supérieur à celui de CO2 exhalé.- La température baisse, mais modérément (Ghossal), probablement parce que la dépense de calorique est médiocre; le refroidissement se précipite le jour de la mort. La quantité d’urée excrétée diminue chez les carnivores, mais augmente chez les herbivores, par exemple les cochons d’Inde (Lépine) ; les fèces deviennent nulles ; vers la fin, il y a quelquefois de la diarrhée. Ce dernier cas est habituel chez les enfants inanitiés, parce que l’inanisation se fait chez eux assez souvent sous l’influence d’une nour- riture que leurs organes digestifs ne peuvent élaborer. Le chiffre des globules du sang diminue, mais la masse totale de ce liquide est loin de subir un amoindris- sement en rapport avec la disparition de la graisse, avec l’atrophie du foie, de la rate, des muscles. Le pouls se ralentit peu, mais faiblit. Il se produit de la fai- blesse musculaire, de l’insensibilité, un délire le plus souvent tranquille, avec hal- lucinations. Tout l’ensemble de l’individu, qu’il s’agisse des sitophobes (Guislain) ou des enfants inanitiés, se ratatine, s’affaisse, se ride; la peau se cyanose et exhale une mauvaise odeur. Les autopsies ne révèlent à peu près rien, sauf la disparition, incomplète d'ailleurs, de la graisse, l’amaigrissement des organes et peut-être la congestion des méninges (Bouchaud). Parrot a signalé la stc’utose cérébrale des en- fants inanitiés. Une opinion vulguire est que la mort par inanition arrive plus vite lorsque la privation de boissons accompagne celle d’aliments solides. Pourtant, les animaux privés de ceux-ci et à qui on laisse de l’eau à discrétion refusent assez ordinairement de boire (Lépine). Il est vrai que, dans le cas inverse, les animaux privés de bois- son refusent la nourriture sèche. Dans les deux cas, ils meurent de faim. Un enfant inanitié meurt en huit à dix jours, plus ou moins tôt, selon qu’il est né faible ou robuste. Quant aux adultes, il est difficile déjuger du temps qu’il faut pour déterminer la mort d'après ce qui se passe chez des malades, fous, hysté- riques, stiijmutisées. Mais la prolongation de l’existence est probablement possible dans des limites assez larges. A propos de cet « excentric » Yankee, le Dr Tanner, qui, dans le cours de 1880, transforma cette question médicale en un pari et parvint dit-on, à passer quarante jours sans manger (mais non sans boire), les journaux de médecine et même les journaux politiques ont rappelé un certain nombre de faits, plus ou moins constatés, desquels il résulte que la tolérance de l'homme pour l’abstinence plus ou moins complète est d’une remarquable énergie. L. Tho- mas cite : le nommé Granié, condamné à mort (1831), qui refuse toute espèce d’aliments à partir de sa condamnation et ne succombe qu’au bout de soixante- trois jours; un commerçant, âgé de trente-deux ans, qui se retire dans un bois pour y mourir de faim, le 13 septembre 1818, et y est trouvé respirant encore le 3 octobre, jour où il succombe après qu’on lui eut fait prendre du bouillon et un jaune d’œuf; Luc-Antonio Viterbi, condamné à mort en 1821, qui, du 25 novembre au 20 décembre, refusa presque toute nourriture et succomba à cette dernière date. Ces deux derniers ont pu, pendant la plus grande partie de leur jeône, noter et écrire leurs sensations. Nous notons que Viterbi avait contracté la diarrhée par 1 abstinence et qu un repas très copieux qu’il fit un jour, espérant mourir plus tôt par suite d’un excès au milieu de son long jeune, n’aboutit qu’à faire cesser cette diarrhée. Dans ces derniers temps (I88G et 1887), l’Italie nous a fourni quelques jeûneurs, dont l’un a été l’occasion, pour le professeur Bernheim (de Nancy), d’une théorie que l'on n’avait pas encore vu apparaître en semblable matière. Succi était, dit Bernheim, un autosuggestionniste ; il se suggérait, de ne pas avoir faim. Et, comme l’inanition toute seule ne Lue pas en trente jours, il ne mourait ni de faim ni d’inanition. S'il n’y a pas eu de supercherie, l’explication est scientifique. On peut croire, d’ailleurs, que les jeûneurs sont des névropathes renforcés; ils ont d’avance les dispositions à subir la suggestion, qui réussissent si bien aux extatiques et aux stigmatisées. Lorsque l’inaniLié n’est pas absolument à bout, on peut le ramener à l’état normal par une alimentation progressive. Il ne reste plus traces des souffrances passées. Cependant, Henri Savigny, chirurgien de la Méduse, qui prit sa propre histoire pour sujet de thèse de doctorat (1816), assurait avoir été longtemps affecté d’affaiblissement de la mémoire. Faim chronique. Famine. — Les accidents dont il vient d’être parlé n’af- fectent que des individus isolés ou de très petits groupes; les causes qui les provoquent échappent presque fatalement à l’action de l’hygiène et, dans tous les cas, sont difficilement accessibles dans le moment où ils se produisent. Pour venir en aide aux inanitiés du radeau de la Méduse, il n’y avait qu’à les recueillir sur un navire approvisionné; pour arrêter l’inani- tion chez les mineurs engloutis, il n’y a qu’à les retirer du sein de la terre. Seulement, l’application de ce précepte très simple est au pouvoir d’un hasard heureux ou nécessite des efforts surhumains. La famine, au con- traire, atteint des populations, dépend de causes qu’il est possible de pré- voir et de prévenir, comporte des remèdes rationnels et praticables. La faim chronique est l’état des individus ; la famine est ce même état, envisagé dans le groupe, embrassant à la fois la disette alimentaire et les troubles qui s’observent sur la collection des affamés. La faim prolongée, la privation incomplète mai^liabituelle, peut bien passer pour une maladie. Elle provoque, en tout cas immédiatement, un certain nombre d’affections banales, dispose les affamés à en contracter d’autres et, pour des raisons qui vont être expliquées, prépare merveilleusement, quand elle sévit sur des groupes, le terrain d’éclosion d’affections d’une nature spéciale dont le typhus pétéchial est le type. La famine relève directement de la disette de substances alimentaires et se con- fond presque avec elle. La disette elle-même est causée par les intempéries atmo- sphériques, qui font manquer les récoltes; par les mauvaises pratiques agricoles, qui ne tirent pas de la terre tout ce qu’elle peut rendre ou donnent à une seule denrée une prédominance trop exclusive; par les maladies parasitaires végétales (ergot de seigle, maladies des pommes de terre), par les épizooties; par la guerre, soit qu’il s’agisse d’assiégés à bout de provisions, soit que l’on considère les habi- tants des campagnes, ravagées par le passage des armées; par l'état social des groupes ethniques, les entraves apportées à la liberté commerciale, les mesures ad- ministratives imprévoyantes. L;i privation incomplète d’aliments agit dans le même sens que 1 inanisalion ex- périmentale; elle déprime toutes les fonctions et rend les individus désarmés contre les influences étiologiques banales. Il nous a paru, pendant la famine des Arabes (1867-1868], que l’influence du froid chez les faméliques se traduisait spé- cialement par des affections suppurantes (pneumonies, pleurésies, péricardites, méningite cérébro-spinale), sans réaction et sans plasticité. En outre, la famine occasionne des trouilles digestifs plus sûrement que l’inanisation pure et simple, parce que les allâmes recourent à toutes sortes de substances pouvant avoir 1 ap- parence d’un aliment, dans l’espoir de calmer ou de tromper leurs tortures; c est ainsi qu’ils dévorent de l’herbe, des racines, des immondices, des viandes putré- fiées, des cadavres d’animaux et quelquefois pis encore, ne réussissant, naturelle- ment, qu’à violenter leurs voies digestives et à ajouter les troubles gastro-intesti- naux, d’irritation, aux souffrances de la faim. La famine entraîne donc la souillure organique de l’air et multiplie les déjec- tions humaines, d’autant plus dangereuses dès lors que l’inertie et le décourage- ment des faméliques ne font plus rien pour les éloigner. Les cadavres d’animaux et d’hommes ne tardent pas.eux-mêmes à se multiplier eL à accumuler la putridité animale autour des abris des survivants; les épizooties accompagnent souvent la famine, en sont une conséquence et l’aggi'avent à leur tour. D’autre part, il vient un moment où les groupes affamés abandonnent la lutte, sortent des foyers où ils ont longtemps souffert et respiré un air putride et se précipitent, all’olés et menaçants, vers les points où ils supposent que l’abondance n’a pas cessé de régner, c’est-à-dire régulièrement vers les grandes villes. 11 arrive alors que les administrations ou même la charité privée, en vue d’organiser les secours et de les rendre plus prompts et plus surs, réunissent dans des « maisons de refuge » ou des « camps d’asile » les malheureux immigrants à qui, d’ailleurs, il faut un abri aussi bien que du pain. C’est dans des circonstances de ce genre qu’éclate le typhus exanthématique, non seulement dans les groupes faméliques, mais encore et peut-être plus rigoureusement chez les individus normalement ali- mentés qui vivent à leur contact. Les épidémies de typhus ont si régulièrement suivi les famines célèbres que l’on a fini par outrer le rapport étiologique et par prendre l’habitude de dire : « fièvre de famine » (de Mersseman), « famine fever, Hungerpest, Hungertyphus, typhus famélique ». Cependant, si rien ne conduit plus sûrement au typhus que la famine, il est certain qu’en aucun cas le premier ne sort de la seconde sans l’in- termédiaire de l’étoffe putride que l’on vient de signaler. On voit, d’ailleurs, le typhus éclater parfois sans qu’il y ait eu famine, mais non sans qu’il y ait eu ac- cumulation de détritus putrides, ainsi dans les vaisseaux, les bagnes, les prisons, les armées de Crimée (1854-1855). Nous sommes même disposé à assimiler com- plètement, sous ce rapport, au typhus pétéchial, le typhus à rechutes, fièvre récurrente, relapsing fever, que Murchison regardait comme, plus étroitement que le premier, lié à la famine (relapsing or famine fever). La grande raison apportée par l’illustre auteur anglais était, que le relapsing fever ne sort pas des pauvres, c’est-à- dire des groupes affamés. Or, il reste là où il est né, tout simplement parce qu’il n’est pas contagieux. La famine et l’associalion famélotyphique ont des fastes lugubres dont il est utile de rappeler les dates; elles éclairent l’étiologie. La famine fut l’état normal en Lorraine pendant la période française de la guerre de Trente ans (1630-1640) ; si l’on prend les historiens a la lettre, cette famine aurait été accompagnée de la peste (peste sitmloise). 11 est possible que celte peste n’ait été autre que le typhus. La famine régna dans presque loul le nord-est de la France pendant la Fronde (1645-1653), avec des foyers de Lyplius plus ou moins actifs; les généraux du temps coupaient les blés en vert pour du fourragea leur cavalerie. Une famine rigou- reuse sévit sous l’administration de Colbert, en 1662. La disette et ses consé- quences furent permanentes en France tant que fut en vigueur cet abominable contrat, relatif au commerce des grains, que le peuple a flétri du nom de « pacte de famine » (1729-1789). « Trois mots résument l’histoire de l’ancienne monarchie, dit Louandre : la guerre, la peste et la famine. » Quelques vieillards ont encore le souvenir de la « mauvaise année » (1817). En 1847, il s’en fallut de peu que notre pays ne connut les horreurs qui affligèrent des contrées très voisines. C'est à cette date (1847-1848) que de Mersseman observa, dans les Flandres bel- ges, sa fièvre de famine. A la même époque, famine et typhus régnaient en Irlande (Graves), foyer classique des exacerbations périodiques du double fléau, terre an- nexée à la Grande-Bretagne, affermée à ses habitants, pays de consommation de pommes de terre et d’alcool. Ils régnaient en Silésie (Virchow), l’Irlande du conti- nent. En 1867 et 1868, ils éclatèrent tout à coup dans l’Algérie française, sur la population indigène, au grand effroi de la colonie européenne. Fauvel a raconté devant l’Académie de médecine (1873), comment les Tartares vaincus, émigrant par centaines de mille vers Constantinople et les villes du lit- toral asiatique de la Turquie, exténués par la misère et la famine, entassés sous des abris insuffisants, engendrèrent le typhus pour leurs hôtes et pour eux- mèmes (1860 et 1863), au point que plus du tiers de 300,000 émigrants avait dis- paru au bout d’une année. La mention des famines obsidionales et, généralement, du typhus encore, com- plète cette funèbre histoire (Naples, 1328; Warbourg, 1760; Mayence, 1793; Tor- gau, 1813 ; Metz et Paris, 1870). De nos jours encore, il est commun d’entendre parler de famines dans l’Inde, en Perse, toujours dans des populations dont l’état social eL politique est tel qu’il ne soil pas impossible d’y voir l’origine première de la disette et des catastrophes qui en dérivent. La prophylaxie de la famine est, d’une part, dans l’énergie et la pré- voyance des peuples, d’autre part, dans la facilité matérielle et morale des relations internationales, l’extension des moyens de communication, la liberté des échanges, l’amoindrissement du despotisme sous quelque forme qu’il se présente. A vrai dire, tout ceci n’est autre chose que le progrès humain lui-même. X. Les boissons. Les boissons ont pour rôle capital la restitution d’eau à l’économie. Les unes ne remplissent que celui-là ; ce sont les boissons que l’on peut appeler nécessaires, naturelles et communes ; car l’homme en partage l’usage avec les animaux. Celte classe est représentée par toutes les eaux non minérales, dites aussi potables, bien qu’il y ait parfois des réserves à faire sur leur aplilude à être prises en boisson ; on pourrait dire simplement : elle est représentée par 1 Eau. D’autres satisfont également à ce besoin de restitu- tion, mais sont consommées dans un autre but encore, qui prime même le premier et qui consiste à chercher dans ces boissons une stimulation momentanée, un moyen d’attente vis-à-vis de l’alimentation régulière. quelquefois avec un léger apport de substances positivement nutritives. De lé, une deuxième classe de boissons, qui méritent le titre d'artificielles, non nécessaires, propres à l’homme. Elle comprend les breuvaejes alimentaires, café, thé, maté et analogues, et les boissoiis alcooliques. Les développements donnés à la question de l’eau, au paragraphe des principes alimentaires et surtout au chapitre II qui lui est entièrement consacré, nous dispensent d’y revenir. Nous ne nous occuperons plus que de la deuxième classe de boissons, après quelques mots sur Yhabitude et le mode de boire. Le précepte de « boire quand on a soif » parait aussi simple que rationnel. Cependant, i! n’est pas rare que l’obéissance cà ce précepte entraîne des excès, soit dans la quantité de l’eau ingérée, soit dans la fréquence de l’acte. Boire de l'eau fraîche est fort agréable pendant la saison chaude ; aussi est-on porté à boire plus longuement et plus souvent qu’il n’esL nécessaire. Les excès aqueux, imposés aux clients de la méthode de Priessnitz, prouvent que l’abus dans ce sens n’est pas absolument dangereux, quand l’eau est irréprochable. Cependant, il peut arriver un moment où la distension de l’eslomac par l’eau a de réels inconvénients et provoque des troubles gastro-intestinaux. L’estomac devient inerte quand on en a dilué outre mesure les sucs actifs. Boire à longs traits, coup sur coup, pendant un travail énergique, une marche soutenue, entraîne un état de dépression souvent difficile àréparer. Quanta l’habitude de boire souvent, c’est surtout un esclavage que l’on se crée et qui devient singulièrement gênant dans de certaines occasions. Les soldats qui en sont affectés font le désespoir de leurs officiers dans les colonnes en marche et se jettent sur toutes les eaux que l’on rencontre pendant la route, au risque d’en ingérer de détestables. Fonssagrives conseille de résister à la soif, même ou plutôt surtout dans les marches ou le travail en pays chauds ; celte résistance est possible, dans des limites raisonnables, avec de la volonté. Quelques- uns y joignenlle palliatif du brin d’herbe ou de bois, mâchonné pour exciter la sali- vation, des petits cailloux dans la bouche, et autres moyens de tromper la soif. L'eau pure et fraîche, absorbée modérément et après des lotions de celte même eau sur les mains et la face, est un moyen de perdre du calorique et, par consé- quent, de prévenir l’insolation, quand celle-ci esL à redouter. La répétition de l’acte de boire, dans les pays chauds, entraîne à des déperdi- tions sudorales excessives et débilitantes. Le procédé de boire, au chalumeau pré- vient à la fois l’excès dans la quantité d’eau et la répercussion froide qui résulte- rait de l’arrivée d’un seul coup d’une masse d’eau dans l’estomac. Selon des dispositions individuelles, qui peuvent bien ne pas être toujours mala- dives, on boit plus ou moins et plus ou moins souvent. D’après les expériences de Decroix sur les chevaux, l’exagération de la ration aqueuse pousserait à l'embon- point, tandis que sa réduction ferait diminuer la graisse des chevaux obèses. Albert Bobin, ayant constaté que « les liquides pris en abondance augmentent les oxyda- tions sans augmenter parallèlement la désintégration organique », explique que l’eau doit être interdite aux individus chez qui l’assimilation l’emporte sur la désintégration et qu'elle peut, au contraire, faire maigrir ceux qui sont obèses par dénutrition imparfaite. A la vérité, Debove et Flamant affirment que « l’eau ne fait ni engraisser ni maigrir » et ne fait pas varier le chiffre de l’urée. BOISSONS ALIMENTAIRES. Ces boissons prennent une part sérieuse à la restitution d’eau ; quelques- unes ont en môme temps, soit par elles-mêmes, soit en association, des vertus nutritives. Mais leur caractère essentiel est d’être agréables et stimu- lantes. En d’aytres termes, ce sont des condiments. Ijc café. — Ou appelle ainsi la semence du caféier [Coff;ca Arabica) et, par extension, la boisson préparée par infusion ou par décoction de la poudre de cette graine préalablement torréfiée. Le caféier, arbrisseau toujours vert, de 7 à 8 mètres de hauteur, paraît être originaire de la haute Ethiopie, d’oii sa cufture a passé successivement dans l'Yémen, dans les Indes orientales, les îles Asiatiques Océaniennes, l'Amérique, les Antilles. Le commerce en jette plus de 400 millions de kilogrammes par an dans la consommation, sous les noms de moka, bourbon, java, martinique. En fait, la plus grande partie vient du Brésil (Couty). La graine de café brut a un peu la forme d’une fève, avec une face plane, rayée d’un sillon peu profond, et. une face bombée. Elle varie de coloration, de volume et même de forme selon la provenance. Les grains de café moka sont petits, irré- guliers, gris jaunâtre, mélangés de sable et de terre, parce qu’on ne les récolte que quand ils sont tombés spontanément à terre par la maturité complèLe. Le bourbon se rapproche du précédent. Le martinique a de gros grains verdàlres, bien rendes, allongés, portant encore des paillettes argentées qui sont les débris de la pellicule intérieure d’enveloppe. Les grains du java sont larges, un peu plats, jaune pâle. Les échantillons de ces deux espèces, dans le commerce, ont les graines sensible- ment égales entre elles. Il ne faut pas suspecter, pour cela, le café dont l’échan- tillon renferme un certain nombre de grains petiLs, irréguliers, raccornis; cela prouverait plutôt que le commerçant livre sa récolte telle qu’il l’a obtenue. D’ail- leurs, il arrive que le négoce de second ordre a l’ingéniosité de trier ces petits grains et, en y ajoutant des grumeaux terreux, de les vendre comme café moka, de même qu’il augmente sur place la proportion naturelle des fragments minéraux du moka véritable. 11 n’y a rien à dire des mélanges très souvent offerts par le commerce, à la con- dition que le marchand ne les vende pas comme espèces supérieures. Le café, sans adultération voulue, est fréquemment altéré dans le transport par mer, en raison de l’humidité ou même de la pénétration de l’eau de mer dans les navires ; d’où les cafés tachés, la petite avarie et la grande avarie. En outre, le café a la propriété de prendre très aisément les odeurs du milieu ou du voisinage ; c’est ainsi qu’il se trouve mal de naviguer dans le même bâtiment avec du guano, des cuirs, des viandes salées. Sauf les faibles degrés d’avarie, qui néanmoins en compromettent l’arome, ces dépréciations du café se reconnaissent aisémentpar l’odorat et le goût, soit sur le café vert, soit plus sûrement, dans une infusion faite avec la graine à expertiser. La grande avarie donne à l’infusion un fumet et une saveur détestables. La substance capitale du café est un alcaloïde, la caféine (G'cH,0Az4O4), qui se trouve aussi dans le thé; matière azotée non nutritive, mais douée de remarquables propriétés vis-à-vis du cœur et de la circulation. A la dose de 10 à 12 centigrammes, qui est celle qu’on trouve dans une lasse de café préparée avec 16 grammes de poudre, la caféine n’est qu’un stimulant léger du fonctionnement cardiaque; 30 centigrammes, suivant Aubert, causent du vertige ; 30 centigrammes accélèrent le pouls et provoquent du tremble- ment; les hautes doses (Frerichs etLehmann) augmentent la rapidité et la force des battements du cœur. Selon Méplain et Marvaud, cette action d’accélération et d’augmentation de force serait due à la caféone, et l’effet réel de la caféine serait une dépression et un ralentissement analogues à ce que produit la digitale. Quand on prend du café chaud, obtenu d’une infu- sion de semences torréfiées au blond, les premiers effets perçus (stimula- tion) sont ceux de la caféone. Leblond résume comme il suit les effets de la caféine : A dose iuhi/sio logique, 1° elle est un excitant du système nerveux et mus- culaire^0 elle diminue la fréquence du pouls en augmentant l’énergie des battements cardiaques et la pression sanguine; 3° elle abaisse la tempéra- ture périphérique. Elle produit la diurèse, sans augmentation de l’urée.. A dose toxique, elle est tétanisante et refroidissante. Voici la composition approximative du café, d’après Payen : Cellulose Eau Matières grasses Glycose, dextrine, acides Végétal indéterminé Légumine Matières azotées Caféine libre Chlorogônate de potasse et de caféine Huile essentielle Essence aromatique Substances minérales 34 12 10 à 13 15,5 10 3 0,8 3,5 à 5 0,001 0,002 G,697 100,000 La caféone est une huile éthérée qui se développe dans la torréfaction et donne à l’infusion son arôme si particulier et si agréable, mais aussi sou amertume. Dans la torréfaction, le café perd 16 à 17 p. 100 d’eau et son poids diminue d’autant; mais son volume augmente, en revanche, de 30 p. 100. Une partie de la cellulose est carbonisée, du sucre est converti en caramel, des essences âcres se développent: une part de la matière azotée s’oxyde. Il faut pratiquer la torréfaction à l’air libre, pour permettre à toutes les vapeurs mal odorantes de s’échapper; tout au moins, ouvrir vers la fin de l’opération, si on l’a accomplie en vase clos. Elle ne doit pas être poussée au delà du brun roux, sous peine de carboniser entièrement la cellulose et de détruire l’arome. La graine torréfiée est soumise à une pulvérisation grossière; la moudre tiès fin en atténué 1 arôme, tout en la disposant à un rendement plus con- sidérable (Dietzsch). Dans nos pays, l’on ne prépare le café que par infusion; les Turcs et les Arabes en font une décoction à petit feu. La poudre de café est placée sur un filtre, légèrement tassée, et reçoit l’eau bouillante par divers procédés de cafetières, dont les meilleures sont celles qui maintiennent le mieux la tem- pérature de l’eau et préviennent l’issue de la vapeur. Selon Payen, 1 litre d’eau bouillante dissout 25 grammes de substance sur 100 grammes de café torréfié blond. Ces 25 grammes contiennent 10 à 12 grammes de substance azotée. Avec le café torréfié brun, l’eau ne dissout que 11) grammes de sub- stance. Aubert, au contraire, obtient plus d’extrait avec le cale très torréfié. Hirt estime à 40 p. 100 les éléments du café torréfié qui passent dans l’in- fusion et, selon Aubert, la proportion de caféine, par rapport à celles des fèves, est d’au moins les 4 cinquièmes. Dietzsch conseille aux ménagères d’ajouter une pointe de couteau par litre de bicarbonate de soude à l’eau dont elles veulent faire le café. Cette précaution assure un café plus fort, plus aromatique et môme plus clair. 11 paraît qu’à Vichy, Prague, Carlsbad, le café est excellent parce que l’eau y contient naturellement ce sel. Payen a calculé que 1 litre de café au lait, composé de 500 grammes d’infusion de café, 500 grammes de lait et 75 grammes de sucre, renferme 49sr,53 de substance azotée (soit 7Br,5 d’azote) et 104,97 de substances grasses, sucrées ou salines. C’est, cependant, un aliment médiocre, d’au- tant plus que le café ni le lait qui le composent, chez les ouvriers où l’on ■en consomme beaucoup (dans le Nord, en particulier), ne sont de qualité supérieure. Mais, telle est la puissance d’une nourriture qui plaît, que le peuple la recherche, môme si elle est insuffisante. Nous avons dit (p. 954) que, d’après les expériences de Couty, Guimaraes et Niobey, le café augmente la consommation des aliments azotés, mais ■diminue celle des hydrocarbonés. 11 conviendrait donc aux travailleurs disposant d’un régime riche en viande, ce qui est le cas le plus rare. 11 est probable que les 25 centigrammes d’azote contenus dans les 16 grammes de café, dont se compose la ration militaire, ne servent à rien, à ce titre, dans le régime de nos soldats. Le personnage riche qui, à la fin d’un dîner plantureux, avale une tasse d’excellent café, se donne plutôt un stimulant de la digestion qu’un supplément alimentaire. Mais le café ré- chauffe, fait toujours plaisir, donne de la gaieté et de l’entrain; la stimula- tion qu’il exerce n’est pas suivie de la détente pénible qui succède à celle de l’alcool. C’est pour cela qu’il est utile, sans doute, beaucoup plus que pour aucune des raisons imaginées par l’ingénieuse théorie des anli-déper- diteurs. Dans les expéditions militaires et les voyages en pays palustre, où il faut faire bouillir l’eau destinée à la boisson, on ne peut trouver mieux, pour rendre à celles-ci les propriétés qu’elle a perdues, que de la verser bouillante sur de la poudre de café. Cette infusion désaltère à mer- veille, môme prise brûlante. On peut, du reste, l’emporter et la boire froide pendant une route. Abus du café. — Il est aisé de soupçonner, d’après les propriétés que nous avons reconnues à la caféine, que le café, à doses suffisamment élevées et répétées, peut n’être pas inoffensif, — quoi qu’en ait dit Voltaire. Il y a, d’ailleurs, en ceci, comme pour le tabac, des susceptibilités individuelles variables. Quoiqu’il en soit, Guelliot a décrit un caféisme chronique, carac- térisé par l'inappétence, la gastralgie, le tremblement de la langue et des lèvres, l’insomnie habituelle, des névralgies diverses, la petitesse, la dépres- sibilité et la fréquence du pouls, la polyurie, l’anaphrodisie; chez les femmes, la leucorrhée. Go noir tableau n’est pas d’une observation vul- gaire; on doit noter aussi que le café est assez volontiers le compagnon de l’alcool ou de l’opium. Cependant, les traits n’en sont pas purement imagi- naires, et il reste certain que l’on n'abuse pas du café impunément. Le bon café ne vaut guère moins de 4 francs le kilogramme. Comme la consommation en est très répandue, il y a là de quoi tenter la cupidité des voleurs. Falsifications du café. — 11 est difficile de tromper dans la vente du café brut, autrement que sur la qualité. On vous vend vraiment du café; seule- ment, il est avarié et l’on a masqué l’avarie par quelque artifice. Les frau- deurs ne reculent pas devant la coloration des lèves gâtées avec des sub- stances dangereuses, le mélange de curcuma avec le bleu de Prusse, le chro- mais de ftlomb, le sulfate de cuivre. Il suffit de faire digérer quelques heures les fèves suspectes dans de l’eau aiguisée d’acide azotique et d’essayer les réactions de ces divers minéraux. Il est authentique que l’on a fabriqué de toutes pièces du café en grains, en apparence torréfié, au moyen de marcs de café, de pâte, d’argile même, versés dans des moules et ensuite passés au caramel. L’épreuve précédente fera fondre ces graines artificielles. Quant au café torréfié et pulvérisé, celui que les petites bourses, les plus nombreuses, abordent habituellement, il se prête malheureusement aux attentats les plus audacieux et les plus variés : mélange de farines de blé, de légumineuses, de fécule de pommes de terre, de poudre de glands, de marcs de café déjà épuisés, de chicorée. Le microscope est préférable à l’analyse chimique pour découvrir ces sortes de fraudes. La figure 235 re- présente l’aspect du café torréfié et moulu, naturel; il sera facile de distin- guer cet aspect de celui des grandes cellules végétales, qui caractérisent la poudre de chicorée (fig. 230), des grains d’amidon de légumineuses ou de farine de glands doux (fig. 237). Les grains de fécules quelconques seront toujours aisés à reconnaître; nous en avons représenté divers types précédemment. Peut-être pourra- t-on distinguer aussi, à leur opacité, à leurs saillies anguleuses, les par- celles de sable, de brique, qui ont été parfois mélangées à du café. Un très bon moyen, même avant l’examen microscopique, et indiqué par tous les auteurs, consiste à projeter, à la surface de l’eau contenue dans un verre ordinaire, une prise de la poudre suspecte. Si c’est du café pur, il surnage d’abord pendant assez longtemps, ne s’imbibe que lente- ment et, quand il va au fond, colore l’eau simplement en jaune vineux- toute autre substance, notamment la chicorée, va au fond rapidement et colore le liquide en brun. L’eau tiède, versée sur du café pur, filtrée, puis traitée par la teinture d iode, ne prend pas la couleur bleue; cela arrive avec les poudres qui contiennent des fécules. Si l’on cherche à pétrir entre les doigts une pincée de poudre de café, Fig. 235. — Aspect du café torréfié et moulu, exempt de sophistication (Hassall). humectée d’eau, on ne parvient pas à en faire une pâte; c’est, au contraire, un résultat facile à obtenir avec le mélange de fécules. Fig. 23G. — Aspect du café torréfié et moulu, adultéré avec de la chicorée (Hassall) p). Pour constater que la poudre vendue renferme une notable proportion de marc de café, ou même de chicorée, déjà épuisé, l’on conseille de re- (*) a, a, café ; b, b, chicorée. prendre cette poudre par l’eau bouillante, de filtrer, de concentrer et de dessécher l’extrait. Selon Payen, le café pur donne 37 p. 100 d’extrait sec, la chicorée pure 48 à 32. Ce procédé n’est pas très fidèle; Dietzsch, en épuisant de bon café java pur, n’a obtenu que 21 p. 100 d’extrait sec et Fig. 237. — Café torréfié et moulu, adultéré avec de la chicorée et de la farine de glands (Hassall) (*). 79 de marc. Ce qui prouve que. selon la provenance, les cafés fournissent plus ou moins d’extrait et que l’on pourrait accuser de falsification une espèce d’ailleurs bonne qui en donnerait peu. Succédanés du café. La chicorée. — Lorsque les succédanés, dans les- quels il n’y a pas un atome de café, n’usurpent pas le nom de la précieuse rubiacée, comme le font le café de France, le café d'Afrique, le café indi- gène, on peut reconnaître la bonne foi du vendeur; mais l'hygiène ne s’é- tonne pas moins du goût singulier qui pousse le public û faire une vogue à une substance telle que la chicorée, qui n’a aucune valeur alimentaire et dans laquelle on ne devine pas la propriété qui en ferait un condiment. Cependant l’Allemagne et l’Autriche en consomment annuellement pour 23 à 30 millions de francs chacune et les habitants des Flandres ne pren- draient pas de café, s’il ne renfermait une forte proportion de cet acces- soire, qui gâte le principal. La chicorée ne renferme ni caféine, ni huile éthérée, ni tin n a te de caféine. Elle ne contient même pas les albuminoïdes ni les hydrocarbonés qui se trouvent dans l’orge, l’avoine, les glands, la betterave, la carotte, dont on fabrique aussi des poudres, vendues uniformément sous le nom de café-chicorée. Clouet rapporte des empoisonnements dus à la substitution de la racine de jusquiame à celle de la chicorée. (*) n, café; b, chicorée; c, farine de glands. Arnould, Hygiène. 2e édit. 64 Ce que la racine de Cichorium intijbus possède, c’est un suc laiteux, amer, qui, injecté dans le sang des animaux, produit le tremblement, le vertige. 11 n’en reste rien dans la poudre de chicorée après la fabrication. Thé. — Bien qu’il y ait deux grandes variétés commerciales de cette denrée, le thé noir et le thé vert, elle provient toujours d’un seul et même arbrisseau de la famille des Camelliacées, le l'hea Sinensis, qui croît en Chine, dans l’Assam, à Ceylan et à Java. On obtient le thé noir en dessé- chant les feuilles à l'eu nu sur des plaques de tôle chauffées, et le thé vert en les mortifiant d abord par le passage dans la vapeur, pour les dessécher ensuite à l’air. Des nuances dans l’époque de la récolte et dans le mode de préparation déterminent les sous-variétés : Péko, Souchong, Congo, etc. (thé noir); Heysan ou Hyswen, Impérial, Perle, Gunpowder ou poudre à canon, etc. (thé vert). On récolle, en effet, le thé en avril, en juin et en juillet; c’est le premier, Péko, qui est le plus délicat, le plus aromatique. Il paraît, d’ailleurs, que l’on parfume encore le thé en y ajoutant des feuilles d’autres arbustes, Camellia sarangua, Olea fragrans. Il se fait un commerce de plus de 120 millions de kilogrammes de thé par an, non compris celui qui est consommé dans les régions asiatiques. La valeur considérable de cette denrée explique les fraudes auxquelles elle est en butte, qui commencent en Chine et se continuent en Europe, nom- mément à Londres. Les éléments importants du thé sont : la théine, substance azotée iden- tique à la caféine (Mulder); une huile volatile aromatique, dont une partie s’est déjà perdue dans la dessiccation, plus dans le thé noir que dans le thé vert; du tannin, de la gomme, des sels. Composition du thé suivant Mulder. Huile essentielle Chlorophylle Cire Résine Gomme Tannin Théine (dosage faible) Matières extractives Substances colorantes Albumine (caséine de Péligot?) Cellulose Matières minérales Thé vert. Thé uoir. 0,79 0,60 2/72 1,85 Ü,2S 0,00 2,22 3,61 8,50 7,28 17,80 12,88 0,43 0,16 22,S0 21,36 22,60 19,19 3,00 2,80 17,08 28,32 5,56 5,21 Les proportions de théine (ou caféine) atteindraient i p. 100 dans le thé Congo, 2,7 p. 100 dans le thé Péko, G p. 100 dans le thé perle (Hirt). Les cendres sont des sels de soude et de potasse; le thé, desséché à 100°, doit en laisser 5 à G p. 100, 8 p. 100 au maximum. La proportion d’extrait est de 30 p. 100 dans le thé tel que le commerce le présente et 50 p. 100, lorsque le thé a été desséché à 100°. Comme le café, le thé est peu nutritif; il est surtout de prime abord agréable et excitant. Mais, chez beaucoup de personnes, il ne tarde pas à provoquer des tiraillements gastriques, des bâillements, une irritabilité insolite, un réel malaise. Marvaud attribue à l’huile essentielle du thé l’accélération et l’ampliflcation du pouls qui suit de près l’ingestion de ce breuvage. Le thé, on le sait, se prépare aussi par infusion. C est encore, naturellement, un antidéperditeur. Il peut aussi, paraît-il, y avoir un théisme chronique, et l’on observerait cette forme morbide chez les dégustateurs de thé, à New-York. Falsifications. — On n’est pas à l’abri des falsilications du thé, même en l’achetant en Chine et des Chinois, qui y mêlent déjà, des feuilles étran- gères. Le fameux « thé de la caravane » reçoit, en passant par la Russie, une addition de feuilles d'EpHobium anguslifolium ; en Angleterre, des feuilles de rosier sauvage, d’érable, de frêne, de fraisier, etc., grossissent les arrivages de thé. On le teint avec le bleu de Prusse, le bois de cam- pêcbe, le graphite; on le glace avec du gypse, etc. Saunders, Medical offcer de la cité de Londres, ayant appris que les greniers de la Douane contenaient de grandes quantités de thé malsain, alla y prendre cinq échan- tillons, représentant 1,70 ) caisses de thé, et les soumit à un examen appro- fondi. 11 y trouva : 1° du thé dont les feuilles avaient déjà servi et avaient été soumises à une nouvelle dessiccation; 2° une poussière de thé, mêlé de sable et de matières colorantes; 3° un échantillon putréfié, corrigé par du quartz, des feuilles étrangères et des particules métalliques; 4° une subs- tance d’aspect repoussant, qui renfermait des pierres de la grosseur d’un pois; 5° du thé retiré de la mer, puis desséché à nouveau, à la suile du naufrage, dix-huit mois auparavant, du navire Gorclon-Castle, sur les côtes de Portugal. Coca. Maté. — La coca est la feuille de Y Erylhroxylon Coca, arbuste du Pérou et de la Bolivie. Elle était en grand honneur au temps des Incas et elle est aujourd’hui un aliment journalier parmi les ouvriers des Andes, qui travaillent aux mines. En Europe, elle est restée jusqu’à présent dans le domaine exclusif de la thérapeutique. L’agent spécial que les chimistes y ont découvert est la cocaïne, très voisine de la caféine. Le mode d’usage, au Pérou, est la mastication. On chique la coca, comme l’on chique le tabac en d’autres lieux. La consommation est de 30 à 40 grammes par jour. On ajoute, pour l’usage, aux feuilles de coca une poudre formée de diverses feuilles et de terre ou de chaux, la llipta; les Indiens rie travaillent ni n’entreprennent une roule sans être munis de coca. Le mouvement commercial est d’au moins 10 millions de kilogram- mes de cette denrée. Marvaud a reconnu à la coca des propriétés nutritives qu’il attribue à la cocaïne et à un principe aromatique. Le maté est un arbrisseau (Ilex paraguayensis, famille des Ilicinées), dont les feuilles servent à faire une infusion, très en usage au Paraguay, dans l’Uruguay, au Brésil, au Chili. Les Espagnols en apprirent les propriétés des indigènes, à l’époque de la conquête; il n’est pas besoin de rappeler pour quelle raison le thé du Paraguay s’est aussi appelé le thé des Jésuites. Le gouvernement paiaguayen s est réservé le monopole de la vente de ces feuilles dans le pays; il en est consommé annuellement quelque 20 mil- lions de kilogrammes, à raison de 5 francs les 100 kilos dans les lieux où on le cueille (Couty). Les feuilles sont torréfiées dès la récolte, puis réduites en poudre; l’in- fusion se fait comme celle du thé; on la sucre habituellement, mais quel- ques-uns s’en abstiennent. Le maté renferme 1,35 p. 100 de caféine (Latour). Son infusion est donc '.rès positivement excitante. Cacao et Chocolat. — Le cacao est la graine du cacaotier (Theobromu Cacao L.), famille des Byttnériacées, arbre qui croît dans les forêts de l’A- mérique méridionale et du Mexique. Les fruits de cel arbre, assez semblables pour la forme à un concombre, renfer- ment de 25 à 40 graines; on les récolte toute l’année, parce que l’arbre donne simultanément des fleurs et des fruits. Les graines sont mises en tas à l’air, ou même en terre, pour y subir un premier degré de fermentation, qui détruit le germe et leur enlève de leur âpreté naturelle. Ce sont les graines fermentées en terre qui la perdent le plus complètement. Remises à sécher au soleil, les graines sont ensuite expédiées en Europe (la millions de kilogrammes par an), en Espagne et en France surlout, pour y être converties en chocolat par l’addition de sucre et quelquefois de vanille, de cannelle, ou autres substances aromatiques. Cette fabri- cation absorbe les neuf dixièmes de toute la production ; mais l’on fait aussi, avec ces semences, le cacao pur, qui n’est autre que la poudre des graines tassées; le beurre de cacao, qui en est la graisse ; le cacao gris, que l’on a, au contraire, débar- rassé des matières grasses; enfin, une des graines. sorte de thé, qui ne contient que l’écorce Le cacao présente la composition ci- dessous : Cacao Monlaraz. Amandes de cacao mondées. (Boussingault). (Payen). Matière grasse (beurre de cacao-)... 44 48 à 50 Albumine et autre matière azotée. 20 21 20 Théobromine ’.. 2 o Gomme, acide et matière amère... 0 » Cellulose et ligneux 3 2 Amidon et traces de sucre 11 10 Matière colorante, essence aromatique » traces. Substances minérales 4 3 à 4 Eau 10 12 Le chocolat, qui est du cacao plus du sucre, est donc un réel aliment, par ses larges proportions de graisse et de matière azotée ; aussi est-il fort cher; le bon chocolat ne saurait coûter moins de 5 francs le kilogramme. La théohromine est un alcaloïde, de constitution et de propriétés très analogues à celles de la caféine et de la théine. Falsifications et altérations. — On ne falsifie pas les fèves de cacao; mais l’on peut en vendre, comme bonnes, de mal conservées, de moisies ou attaquées par les vers. L’œil et l’odorat suffisent û reconnaître ces altéra- tions. Quant au chocolat, le danger est que celui qui est offert au consom- mateur renferme peu ou point de cacao, mais de la farine, des fécules, des poudres minérales, une graisse étrangère. Le bon chocolat (en tablettes) a la cassure line, d’un grain brillant, de couleur sombre; un parfum et un goût aromatiques ; il fond aisément dans la bouche. En le faisant fondre par la chaleur, puis l’abandonnant au re- froidissement, on ne doit rien voir apparaître de gélatineux ni de gluant iî sa surface. Cette dernière particularité est l’indice de l’addition de farine ou d’amidon; pour la mettre mieux en évidence, on fait bouillir avec 10 volumes d’eau le chocolat suspect, puis l’on filtre après refroidissement; la colle de pâte reste en grande partie sur le filtre, si cette fraude a été commise. En pareil cas, le microscope et la teinture d’iode (qui ne colore qu’en violet l’amidon normal du chocolat) peuvent donner de bons ren- seignements. D’ailleurs, on sait que le cacao ne renferme pas plus de 10 p. 100 d’amidon, s’il est pur. Les graisses étrangères, dans le chocolat, ne tardent pas à rancir et à se trahir par l’odeur. On peut, en faisant bouillir un échantillon de chocolat dans l’eau, voir les yeux de la graisse surnager à la surface ; on peut enfin extraire et doser cette graisse par l’éther. L’ébullition détermine la précipitation des particules minérales, brique, terre ocreuse, sels métalliques. Le dosage de la théobromine, qui doit être dans les proportions de 0,5 à 0,8 p. 100 dans le chocolat, est un renseignement précis, mais exige une opé- ration longue et délicate. On peut toujours en faire l’analyse qualitative ; on traite par l’eau acidulée d’acide sulfurique le cacao débarrassé de la graisse ; on agite avec l’alcool amylique, on évapore à siccité. Le résidu desséché à 110° est encore une fois évaporé avec l’eau de chlore, puis ad- ditionné d’ammoniaque. Il apparaît une belle couleur pourpre (Dragendorff). On ne considérera pas comme falsifications les associations faites dans un but spécial et avoué; le chocolat au salep ou à l’arrow-root, le chocolat ferrugineux, au quinquina, à la fleur d’oranger, à l’ambre! Bibliographie. — Hilger (A.). Verfülschung der Nahrungs-und Genussmittel (Handb. der Hyg. uud der Gewerbekrankheiten von Pettenkofer und Ziomssen, J, p. 240, 1882). — Couty, Guimaraes et Niobey. De l'action du café sur la nutrition et sur la composition du sang (Soc. Biologie, 27 octobre 1883). — Robin (A.). De l'influence des boissons sur lu nutrition et dans le traitement de l'obésité (Gaz. hebdomad. de méd., p. 74, 1880). — Debove et Flamant. Influence de la quantité d'eau ingérée sur la nutrition (Gaz. heb- domad., p. 240 et 409, 1880). — Guelliot (O.). Le caféisme (Rev. gén. de Clinique et de Thérap., 15 décembre 1887). BOISSONS ALCOOLIQUES. Ces boissons concourent efficacement, dans bien des cas, h la restitution aqueuse chez l’homme. Mais, tout en y cherchant cet effet, le consomma- teur est essentiellement attiré par d’autres propriétés agréables ou exci- tantes, qui donnent à ces liquides le premier rang parmi les condiments. Les substances, auxquelles les boissons alcooliques doivent ce caractère, sont des principes azotés, sucrés, des sels, des matières odorantes. Mais, tout d’abord et surtout, c’est Y alcool. L’histoire de Y Alcool est relativement récente ; on en attribue la décou- ■\erte aux chercheurs de « quintessence » du moyen âge, Raymond Lulle, ou Arnauld de Villeneuve (xivc siècle); il fui quelque temps une drogue {agua vitæ), qui n’élail vendue que par les apothicaires. Mais les boissons fer- menléessont d’un usage autrement antique; les plus vieilles histoires par- lent du vin et de la bière. Moïse pense raconter l’invention de la culture de la vigne et de la fabrication du vin par Noé ; Hérodote, Homère, Virgile, parlent du vin comme de la liqueur que boivent les rois, les soldats, les gens qui se réjouissent, et qu’on répand en l’honneur des Dieux. La bière, ditLunier, était connue des Égyptiens; les Grecs la fabriquaient avec de l’orge (oTvoî xpCOivoç) ; la cervoise des Gaulois (ccrevisia, vin de Cérès) était de la bière. Les mêmes usaient très probablement du cidre (en vieux français : sidre). D’ailleurs, la plupart des peuples se sont montrés étonamment avides de boissons fermentées. Les Arabes connaissaient l’alcool avant l’Europe; les Tartares font fermenter le lait de leurs juments; les Indiens, le riz; les Mexicains, le suc des aloès (aguardiente, pulque); on dit que les Esquimaux font une boisson alcoolique avec des champignons vénéneux. Action physiologique de l'alcool. — Les effets les plus accentués des bois- sons alcooliques dépendent précisément de l’alcool qu’elles renferment; il en est d’autres, pourtant, et il est possible que l’on n’ait pas été rigoureu- sement en droit de conclure, des expériences faites sur les animaux avec de l'alcool simplement dilué à un dégré variable, à ce qui se passe chez l’homme usant des boissons alcooliques. L’alcool est-il une substance alimentaire ? Liebig, Bouchardat et San- dras ne doutaient pas qu’il ne fût un aliment respiratoire, comme la graisse ; il est si aisément oxydable et un combustible si remarquable! En 18G0, Lallemand, Perrin et Duroy vinrent renverser les anciennes idées et dé- clarer que l’alcool n’est point brûlé dans l’économie, mais s’y accumule ou la traverse en nature. Baudot et Anstie protestèrent en dénonçant le mode d’opérer des expérimentateurs et en s’appuyant sur le fait que l’alcool retrouvé en nature par eux est loin de représenter les proportions ingé- rées. Un peu plus tard, on usa (Gubler, Marvaud, Dujardin-Beaumetz, Binz), de l’ingénieuse théorie des antidéperditeurs, pure vue de l’esprit, et qui fut soutenue avec plus d’habileté que de logique. Il y aurait des agents capables de faire rendre à la machine humaine plus de travail en dépensant moins de combustible; l’alcool n’ajoute rien, au contraire, à la chaleur transformable en travail, mais ce serait un frein, un registre, comme on n’en a jamais vu, qui permettrait d’obtenir la même production de force tout en produisant moins de chaleur. Le tout, en surexcitant le système ner- veux, c’est-à-dire en sollicitant plus énergiquement le jeu du mécanisme des organes, que met en mouvement la chaleur transformée en travail... 11 résulte des recherches de Parkes et Wollowicz que l’usage de l’alcool chez l’homme n’influence pas la consommation d’albumine. Fokker trouvait cette consommation diminuée par de petites doses; Munk, de même; mais les doses enivrantes l’augmentaient. Pour ce qui est de la graisse, Bauer et Bœck ont annoncé quedepetites doses d’alcool diminuent l’excrétion d acide carbonique; par conséquent, épargnent la graisse; mais que de hautes doses l’augmentent. POiiger l’explique en faisant remarquer que la tem- pérature du corps s’abaisse sous l’influence de l’alcool cl, par suite, fait appel à des oxydations plus énergiques. Forster et Wolffherg remarquent avec raison que l'alcool n’influence pas la consommation de graisse à la façon des substances véritablement alimentaires, qui ne diminuent point l’exhalation d’acide carbonique et n’épargnent la graisse qu’en étant con- sommées à sa place. L’alcool surexcite le système nerveux et fait trouver à l’homme, dans ses dernières ressources, la matière d’un suprême effort ; c’est le « coup d’é- peron » de Carpenler, qui peut faire bondir encore une fois le cheval épuisé, mais ne lui tient pas lieu de nourriture. Appel imprudent, d’ail- leurs, aux réserves de l’économie, et qui finit par ne plus être entendu. La température a paru à Perrin baisser sous l’influence de l’alcool. Parkes et Wollowicz ont constaté, comme effet immédiat, une légère élévation. G. Sée note l’accélération de la circulation et de la respiration, qui peut élever la température ; puis l'évaporation pulmonaire, qui peut l’abaisser. Pour Marvaud.la chaleur baisse parce que le système nerveux, surexcité, emploie en travail plus que la chaleur ordinairement disponible (l’alcool n’en fournit pas). La production d’acide carbonique diminue, selon Perrin, même avec des doses modérées d’alcool. On ne trouve pas, d’ailleurs, dans les gaz expirés, de composés du carbone à un degré inférieur d’oxydation (acide acétique, aldéhyde, etc.). L'azote dans l’urine et dans les selles diminue, d’après Marvaud; augmente plutôt, au dire de Parkes et 'Wollowicz. (Il s’agit de doses faibles.) L'appétit est stimulé par de petites doses d’alcool, annulé par les grandes; c’est un irritant local et un agent de coagulation des matières albuminoïdes. Par la répétition, les pelites doses elles-mêmes allanguissent les fonctions île l’esto- mac. Tout d’abord, la digestion ne paraiL pas troublée; plus lard, l’estomac est comme anesthésié. Les mouvements du cœur sont accélérés et renforcés ; la circulation périphérique est rendue large et facile. Cet état peut aller jusqu’à la congestion pulmonaire ou méningée, et même l’hémorrhagie (Kremiansky). L’alcool s’emmagasine dans le sang, les viscères, le foie, le cerveau (Perrin), il en passe dans les urines, les selles. Sur le système nerveux, l’alcool produit la stimulation d’abord, puis l’ataxie et enfin l’anesthésie. A petites doses et momentanément, il rend le travail physique plus facile, plus énergique et aide même au travail intellectuel. A hautes doses, c’est l’ataxie et l’incohérence dans tous les cas. Très recherché des habitants des pays froids, il est mieux supporté par eux que par les Méridionaux au point de vue des accidents nerveux; d’ailleurs, les premiers, gros mangeurs, compromettent moins l’intégrité de leur muqueuse gastrique, par ce fait que l’alcool y arrive avec des aliments et non isolé. 11 ne les réchauffe pas, mais les insensibilise relativement vis-à-vis du froid. Cette insensibilité même, dans des cas donnés, est un péril sérieux. Quant aux habitants des pays chauds, l’excitation nerveuse par l’alcool a chez eux des manifestations excessives, redoutables; indépendamment des aptitudes individuelles, on dirait que la chaleur du milieu accentue la toxicité de l’alcool, comme celle d autres poisons. L action de l’alcool sur l’estomac et les divers vis- cères grandit dans la môme proportion. Les peuples méridionaux, à la vérité, sont généralement sobres; les Anglais, les Allemands, les Français du Nord, transportés en Algérie, aux Antilles, dans l’Inde, ont le tort de ne pas adopter immédiatement cette réserve des indigènes vis-à-vis des liqueurs alcooliques. En raison de l’action irritante de l'alcool sur la muqueuse digestive, il ne saurait être indifférent de prendre des liqueurs alcooliques à jeun ou, au contraire, lorsque l’estomac est déjà lesté d’un repas qui amortit en quelque sorte le choc de l’agent irritant. Le petit verre du matin, habitude française, est particulièrement fâcheux à ce point de vue. L'abus de l’alcool se traduit par des accidents pathologiques, dépendant : soit de l’excès actuel, Yivresse ; soit des excès habituels, Yivrognerie, et prolongés : l'alcoolisme, dont les manifestations peuvent aussi être aiguës ou chroniques. Nous verrons qu’elles sont susceptibles de revêtir des carac- tères un peu spéciaux selon la provenance des alcools et parfois selon la nature des substances que l’industrie humaine leur associe. Toutes corres- pondent anatomiquement à la dégénérescence des tissus : l’alcool est le génie de la dégénérescence » (Dickinson). Les accidents aigus produits par l’alcool sont ceux d’un véritable empoisonne- ment, qui arrive plus ou moins vite selon la nature chimique des divers alcools. Car, nous avons raisonné jusqu’ici comme s’il s’agissait d’un corps toujours iden- tique à lui-même; mais telle n’est point la réalité. Même à ne considérer que les liquides alcooliques, il faut savoir que ces boissons renferment « des alcools » et non pas simplement « l’alcool ». Il convient même, pour être dans la vérité des choses, d’y joindre les aldéhydes et les éthers, que certains alcools fournissent spontanément, et Y acétone, que l’alcool méthylique (esprit-de-bois) retient presque toujours. La chimie moderne a fait deux groupes d’alcools, savoir: 1° les alcools monoato- miques; 2° les alcools polyatomiques. Dans le premier groupe, se présentent trois subdivisions: Alcools monoatomiques de fermentation; AL monoalom., obtenus par distillation ou par voie de synthèse ; AL monoatom., produits par voie de syn- thèse : iso-alcools. Voici les types les plus intéressants. Alcools monoatomiques. ; Alcool éthylique ou hydrate d’éthyle C-L160. A. par fermentation B. non fermentés C. Iso-alcool Alcools polyatomiques. Alcool trialomique Glycérine C3H803. Valeur hygiénique de l'alcool. — Il est assez clair, pour la simple obser- vation, que l’alcool n’a pas de valeur alimentaire. Des familles humaines nombreuses, les Mahométans, s’en passent (ou à peu près) et ne sont pas — propylique ou hydrate de propyle. C3H80. — butyliquo ou hydrate de butyle.. C*H|0O. — amylique ou hydrate d’amyle C3IIl20. — méthylique C1DO. — œnanthylique C7H160. — caprylique C8U180. — cétylique C,GH3iO. — isopropylique C3H80. pour cela incapables d’un travail énergique ; il y a, parmi les « tectolalers », tout autant d’hommes intelligents et actifs que parmi les consommateurs de boissons alcooliques, toute proportion gardée. Les enfants et beaucoup de femmes n’usent pas de ces boissons; elles sont môme funestes aux pre- miers et la royale coutume de faire avaler du vin, à leur naissance, aux fils des Bourbons, n’était qu’une des nombreuses sottises de l’étiquette des cours. Les animaux ne boivent pas de liqueurs alcooliques; ils en ont une profonde horreur; cependant, ils se portent aussi bien que l’espèce hu- maine et beaucoup d’entre eux, autour de nous, fournissent une grande somme de travail. En revanche, l’abus de l’alcool entraîne des catastrophes positives. Il est une cause de dégénérescences mortelles (maladies nerveuses, maladie de Bright, cirrhose, etc.), en tout pays; il abrutit les Irlandais et les Polo- nais, et tue les colons européens des pays chauds. Il passait autrefois pour un engin de guerre; il faudra, au moins, pour cet usage, ne l’admettre que sous la forme diluée, vin, bière, qui en rend l’abus difficile. Les méde- cins anglais, après une longue expérience des campagnes en Égypte, dans l'Inde, en Afrique, en sont venus à condamner à peu près le rhum pour les expéditions en pays chauds. Sir Garnet Wolseley, dans son expédition contre les Ashantis, s’est bien trouvé de tous points d’avoir remplacé le rhum par le thé chez ses soldats; la vigueur, la discipline, la gaieté, se montrèrent chez eux à un degré que ne connaissent pas les armées qui boivent des liqueurs spiritueuses (Parkes). Quoi qu’on en ait dit, l’inutilité et les dangers des liqueurs alcooliques ont été reconnus dans les régions froides aussi bien que dans les pays chauds. Les voyageurs des mers arctiques, sir John Richardson, Goodsir, le capitaine Kennedy, King, Rae, Kane, Hayes, ont fini par ne plus en dis- tribuer aux équipages que de petites doses, dans les moments d’urgence, s'étant aperçus que la stimulation]momentanée par l’alcool est suivie d’une dépression qui la compense et au delà. Les ascensionnistes et les guides des Alpes s’abstiennent d’alcool, bien que les fatigues exceptionnelles de l’acte de gravir et le froid des hautes altitudes semblent l’autoriser, sinon le réclamer. Les baigneurs de Dieppe, obligés de passer des heures dans l’eau, ont soin de ne boire qu’un peu de vin léger. Carpenter tient du Dr Knüll que l’armée russe, en marche par le froid, n’use pas de boissons alcooliques (Parkes]. Le fait que l'habitude des boissons alcooliques est extrêmementrépandue ne prouve pas plus que l’habitude, très répandue aussi, du tabac, qui ne sert à rien, au point de vue des recettes de l’économie. Pourtant, l’usage de l’alcool et surtout celui de certaines boissons alcooliques, a doses modérées, relève incontestablement le ressort des tra- vailleurs de l’agriculture ou des ateliers et môme des ouvriers de la pensée. Ces boissons font plaisir; elles donnent de la saveur au repas le plus gros- sier et, sans elles, les mets les plus succulents et les plus abondants perdent une giande paitie de leurs attraits. Faut-il que notre espèce renonce à ce merveilleux auxiliaire parce qu au delà de certaines limites cet agent se- \ courabîe peut blesser et même écraser celui qui s’en est servi d’une façon imprudente? Quelques-uns l’ont pensé et c’est sur cette idée que reposent les sociétés de tempérance. Nous croyons, néanmoins, que celLe conclusion est outrée et que, dans notre civilisation où Lant de choses sont artificielles, le stimulant tout à fait artificiel des boissons alcooliques ne saurait être condamné ni abandonné. Il convient, au surplus, que l’hygiène ne donne pas des conseils qui n’ont pas chance d’être écoutés; les peuples d'tëurope et d’Amérique consomment de l’alcool et en consommeront, quand même on en prêcherait l’abstinence. Mieux vaut, sans doute, 1° indiquer les li- mites d’usage qu’il ne faut pas dépasser; 2° signaler les formes les plus inoffensives et les plus avantageuses sous lesquelles l’alcool se présente; 3° dénoncer les formes nuisibles et les altérations frauduleuses. Ces deux derniers points seront l’objet de l’étude qui va suivre. Quant au premier, il est, en vérité, fort difficile à fixer, caries dispositions individuelles vis-à-vis de l’alcool sont singulièrement variées. On peut trancher la ques- tion pour les enfants jusqu’à l’âge de cinq ou six ans; la consommation d’alcool chez eux peut être nulle et le mieux est qu’elle le soit. De cinq à quinze ans, ils peuvent recevoir une boisson alcoolique étendue, de « l’eau rougie », suffisamment pour aromatiser leur repas, sans que le système nerveux s’en aperçoive. Les femmes élevées délicatement, occupées à des travaux sédentaires, dépensant peu d’activité physique, sont assimilables aux enfants, sous le rapport de la consommation d’alcool. Chez un adulte robuste, Parkes et Wollowicz estiment que la limite à laquelle doit s’arrê- ter la consommation journalière d’alcool, pour qu’il n’y ait pas de trouble appréciable, est entre 2800,4 et 56cc,8; Anslie avait fixé cette limite à 42cc,6 ; c’est le point au delà duquel l’alcool commence à passer dans l’urine. Ur, cette quantité se trouve dans un demi-litre de vin moyen. On peut l’accep- ter, en général, sauf à la modifier, plutôt par diminution que par augmen- tation, selon les susceptibilités individuelles, car il en est de malheureuses. Sur cette limite moyenne, on réglera celle qui convient pour les com- plexions plus ou moins robustes, les âges, les sexes. 11 importe dès maintenant d’avertir que ces règles supportent des excep- tions, même à ne considérer que la nature de chaque boisson spiritueuse. L’alcool n’est pas une substance constamment identique à elle-même et il y a, non pas de l’alcool, mais des alcools. Nous verrons, à la suite des para- graphes : Esprits cl Eaux-de-vie, quelles distinctions graves il convient de faire sur cette base. 1° Le vin. — Par l’écrasement et le foulage du raisin, fruit de la vigne (Vitis vinifera, Ampélidées), on obtient un suc riche en sucre, dextrine, albumine, acides et sels organiques, qui s’appelle le moût. Celui-ci, par la fermentation spontanée, donne une liqueur qui renferme essentiellement les mêmes principes avec une certaine proportion d’alcool en plus. C est le vin. (Il s’agit, évidemment, de raisins murs, et non des raisins secs, dont on fait de la piquette.) Le raisin ne renferme pas qu’un seul et même sucre, mais trois formes dis- liactes : le sucre de raisin ou dextrose, le sucre de fruits ou lévulose, et l’mosïfe. Lu dextrose fermente la première, la seconde résiste plus longtemps à la fermenta- tion ; l’inosite n’y cède jamais, aussi se retrouve-t-elle dans le vin. En tout, il y a dans le moût de 12 à 30 p. I00desucre.ll peut en rester dans le vin île 2 à&p. 100. Culture de la vigne en F nuire. — La France cultive la vigne depuis de longs siècles. Au début de l’ère chrétienne, cette culture ne dépassait pas les Cévennes, mais au troisième siècle, lorsque Dioclétien donna l’ordre d’arracher les vignes, il y en avait dans la plupart de ceux de nos départements qui les cultivent encore aujourd'hui, contrairement h l’opinion de Fusler qui croyait que la culture de la vigne a rétrogradé en latitude dans notre pays, à partir du dix-septième siècle. Vauban exagérait considérablement en estimant à 3,-402,000 hectares l’étendue plantée de vigne en son temps; en 1873, nous en avions exactement 2,398,323 hec- tares. La vigne a périclité en 18-49, à l’invasion de Voïdium; elle n’a pas tardé à se relever à l'aide du soufrage (1860). Mais voilà que dix ans plus tard \e phylloxéra détruisait, dans notre Midi, 300,000 hectares de vignes. Cette fois encore, les- savants et les viticulteurs soutinrent la lutLe, à l’aide du sulfure de carbone, de la submersion, de la culture des cépages américains. Un nouveau mal était-il con- tenu dans ce dernier remède? Le fait est qu’un fléau, dont le nom trahit l’origine, le Mildew (nielle, Peronospora viticola), connu depuis longtemps en Amérique, est. venu fondre sur les vignes européennes depuis 1878. On lui oppose le sulfate do cuivre mélangé à la chaux (procédé Millardet et Gayon), qui parait être efficace contre le parasite, sans communiquer au vin de fâcheuses propriétés. Quoiqu’il en soit, la France n’a pas, aujourd’hui, plus de 2 millions d’hectares de vignes, toutes situées à droite et au-dessous d’une ligne qui serait tirée de Nantes à Mézières. La production annuelle est tombée, de 60 millions d’hectolitres en 1864-1873, à 24,333,000 hectolitres en 1887; et l’importation de vins étrangers a augmenté d’un million d’hectolitres. Heureusement, il y a 80,000 hectares de vignes en Algérie qui ont donné 2 millions d’hectolitres en 1887. Les cépages le plus généralement cultivés en France sont : les pineaux blancs,, noirs ou gris, les meuniers, les gamays, le Cot (Cher), le Syrrka (Ermitage), \’Ara- mon, les térets (Hérault), le Malbec, le Cubcrnct blanc, le petil-eerdot (Gironde). Les vins blancs sont fournis par des raisins blancs; les vins rouges, par les raisins noirs. Celte coloration est due à une substance fournie par la pulpe, insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’alcool. En broyant les rai- sins aussitôt après la cueillette et soutirant immédiatement le jus, on obtient des vins à peine colorés, gris ou pelure d’oignon, par ce fait que, la fermentation n’étant pas encore commencée, il n’a pu se dissoudre dey matière colorante dans la liqueur. Constitution du vin. — L'eau est l’élément le plus abondant du vin; oiî peut admettre comme limites extrêmes de ses proportions les chiffres 80, dans les vins forts, et 92 p. 100 dans les vins faibles. L'alcool, qui est le ptincipe essentiel, vient après; 8 à 24 p. 100. On peut appeler indifférentes une tioisième classe de substances ; glycérine, albumine, mucilage, gomme, inosite, faire une quatrième, du tannin et des matières colorantes/ une cinquième des éthers, en très petite quantité, qui donnent aux vins- leui paitum ou bouquet; dans une sixième classe seront les acides, l’acide lai c iguë pi incipalement, puis les acides malique, racémique, sulfurique,. phosphorique, chlorhydrique, le plus souvent unis à la potasse, les acides carbonique, acétique, succinique; et les matières minérales : potasse, soude, chaux, magnésie, alumine, 1er; enfin, il peut rester du sucre de raisin non transformé par la fermentation. Composition moyenne du vin rouge (A. Gautier). i!'au 809,00 Alc°o1 100,00 Alcools divers, éthers et parfums traces. Glycérine 6,50 Acide succinique 150 Matières albuminoïdes, grasses, sucrées, gommeuses et colo- rantes 16,00 Tartrate de potasse 4 00 Acides acétique, propionique, citrique, maliquc, carbonique 1,50 Chlorures, bromures, iodures, fluorures, phosphates de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, oxyde de fer, alumine, ammoniaque 1,50 Total 1000,00 Sur la considération de la prédominance de quelqu’un des éléments du vin ou -de l’équilibre entre tous ses principes, Bouchardat a établi la classification suivante : Iro Classe. — Vins avec prédominance d’un principe. i Vins secs Madère, Marsala. A. Alcooliques.... Vins sucres... Malaga, Luuel, Banyuls. | Vins de paille. Arbois, Ermitage blanc. B. Astringents \ jvec ^liet/ Ermitage rouge. ' bans bouquet. Gahors. r Arrnwc • j Avec bouquet. Vin du Rhin. i Sans bouquet. Vins de Gouais, d’Argenteuil. Ü. Mousseux Champagne, Saint-Péray. IIe Classe. — Vins mixtes ou complets. ^ Bourgogne Clos-Vougeot, Mont-Rachet. A. Avec bouquet... -, Médoc Chàteau-Laroze, Sauterne. ( Midi Langlade. Saint-Georges. B. Sans bouquet... Bourgogne et Bordeaux ordinaires. Expertise du vin. — a. Examen physique. — Il ne faut jamais manquer de soumettre d’abord le vin à l’appréciation des sens. C’est une des sub- stances qui s’y prêtent le mieux. Le vin naturel, ou tout au moins de bonne qualité, rouge ou blanc, est d’une teinte franche, limpide et trans- parent; il a un parfum agréable et plutôt étbéré que spiritueux; il ne faut pas qu’en frottant entre la paume des deux mains une petite quantité de vin et les portant rapidement sous les narines, on puisse percevoir le par- fum de l’alcool. Les vins louables, fussent-ils ordinaires, sont « droits en goût », ne faisant sur le palais aucune impression désagréable d’acidité, d’amertume, ne rappelant aucune saveur étrangère. Il y a des dégustateurs de profession, qui jugent, par la simple expertise des sens, de l’intégrité, de l’âge et même de la provenance du vin; ils regardent le vin et \e flairent, en le versant dans une petite coupe ou coquille d’argent, à fond plat, où sa fluidité, sa transparence, sa couleur, ressortent â merveille; ils le (joutent en en humant une petite gorgée qu’ils éparpillent et projettent sur le palais et l’arrière-bouche, au moyen d’un mouvement d’aspiration de la bouche, sans l’avaler d’ailleurs. Cet art a bien baissé depuis que le système des coupages à fait perdre il la plupart des vins leur originalité. b. Pesanteur s/jécifirjite. — La densité des vins ordinaires est entre 0,092 et 0,908; celle des vins « travaillés » se rapproche de celle de l’eau = 1,000 ; les vins sucrés la dépassent. Mais celte détermination n’a d’impor- tance que pour constater l’identité de deux vins. On doit se servir, dans ce cas, non des aréomètres ordinaires, mais d’un instrumerft plus sensible, le pj/cnomètre (fig. 239), qui révèle de très petites différences. c. Détermination de l'alcool. — En raison des proportions très variables de substances diverses que peuvent renfermer les vins, les aréomètres ordinaires, employés au dosage de l’alcool du vin, seraient exposés à fournir les renseigne- ments les plus erronés. On a cherché des ins- truments spéciaux. Mentionnons : les èbullio- scopes (Conaly, Malligand, à cadran de l'abbé Brossard-Vidal), fondés sur ce principe que l’eau bout à 100° etl'alcool à 78°; l'alcoomètre Perrier, qui est un ébullioscope dans lequel le point d’ébullition est donné par un manomètre ; le dilatomèlre de Silbermann (l’alcool entre 0° et 78° est trois fois plus dilatable que l’eau); le ca- pillarimètre Musculus, Valcoomètre-œnomèlre de Berquier et Limousin (1868); le compte-gouttes Duclaux, dont le fonctionnement repose sur ce Fig. 238. — Appareil distillatoire de Salleron. Fig. 230. — Pijcnom'etre. fait que, par un orifice étroit, les gouttes d’un liquide tombent d’autant plus vite que ce liquide est moins dense (1 alcool fournissant plus de gouttes que l’eau dans le même temps). Ij appareil distillatoire de Salleron, qui mérite confiance, sc compose (fig. 238) ; 1° d’une éprouvette cylindrique A, dans laquelle on verse du vin jusqu’au trait marqué a, pour en avoir une mesure exacte ; 2° d’un petit appareil distillaloire, dans le ballon H duquel on introduit tout le vin mesuré avec l’éprouvette. On opère la distillation en recevant le liquide qui passe dans la même éprouvette jusqu’à ce que son niveau atteigne le trait marqué 1/2. On arrête la distillation, on ajoute de l’eau distillée de façon à regagner le traita. On a tout l’alcool qui était dans le vin, associé uniquement à un volume d’eau égal à celui du vin; il est possible alors de prendre la densité du mélange avec les aréomètres faits pour cet usage et leurs indications seront exactes. Il faut, au moyen des tables, ramener le volume à ce qu’il serait à la température de 15°. 11 est difficile, quand on se sert d’un aréomètre unique, de lire les divisions, qui sont naturellement très serrées, et d’apprécier des fractions de centièmes. Dielzsch a trois aéromètres gradués, l'un de S à 10 p. 100, le second de 10 à la, le 3e de 15 à 20. Les divisions étant plus larges, il est facile de les lire et de distinguer 1/2, d/4 p. 100. Il va sans dire que le produit de la distillation ne doit avoir que le parfum d’esprit-de-vin. En France, on a encore coutume d’observer si la partie •du vin qui n’a pas distillé se trouble ou précipite. Le pyenomètre (fig. 239) est constitué par un flacon A, fermant à l’aide d’un bouchon de verre h, qui n’est autre qu’un thermomètre et qui occupe toujours le même espace dans le flacon, quand celui-ci est fermé. A la partie supérieure et latérale du flacon, est adapté un tube capillaire c, obturé aussi par un bouchon de verre et marqué d’un trait m. Pour s’en servir, on remplit d'eau le flacon; on place le bouchon h, pendant que le tube capillaire est ouvert ; de l’eau s’écoule par celui-ci. On l’absterge soigneu- -sement avec du papier à filtre, jusqu’à ce que le niveau de l’eau dans le tube •capillaire ne dépasse plus la marque m. A ce moment, on bouche aussi le tube et l’on pèse tout l’instrument bien desséché, en notant la température. On le remplit ensuite du liquide dont on cherche la densité (et qui peut être de la bière, du lait, aussi bien que du vin), en procédant de la même façon que pour l'eau distillée, et l’on fait une seconde pesée à la même température que la première. Il suffit alors de diviser le chiffre obtenu en dernier lieu par celui qui ■représente le poids de l’eau: le quotient est la densité cherchée. Dans le cas où l’on n’aurait pas opéré à la même température, il existe des tables où les correc- tions nécessaires sont toutes faites. L’alcool du vin est essentiellement l’alcool éthylique. Cependant, on y rencontre régulièrement aussi les alcools méthylique, propvlique, bu- tylique, amylique, caproïque, œnanthilique, etc. Table indiquant la correspondance de la pesanteur spécifique, du volume et du poids pour 100 d'alcool, dans les liqueurs d'un degré alcoolique faible, en vue du dosage de l'alcool du vin et de la bière au moyen de la distillation (calculée peur la température de 15°, d’après Brix). DENSITÉ. 2 -J u o 3 > a O cr. ~ c — O £ - c c- DENSITÉ. VOLUME pour 100. POIDS pour 100. DENSITÉ. U O r- 2 » t- O 3 2 POIDS pour 100. DENSITÉ. VOLUME pour 100. POIDS pour 100. 0,09850 1,0 0,80 0,99504 3.4 2.72 0,90176 5,8 4,64 0,98780 9.0 7,2 4 0,00835 1,1 0,88 0,99490 3,5 2.80 0,99163 5,9 4.72 0,98720 9,5 7,04 0,09820 1,8 0,96 0,99476 3,6 2,88 0,90150 6.0 4,81 0,98600 10,0 8.05 0,90805 1,3 1,04 0,99402 3,7 2,96 0,90137 6,1 4,89 0,98600 10,5 8,46 0,09700 M 1.12 0,90448 3,8 3,01 0,99124 6.2 4,97 0.98540 11,0 8,87 0,90775 1,5 1.20 0,99434 3,9 3,12 0,00111 6,3 5,05 0,98400 11,5 9.28 0,09760 1.6 1,28 0.99420 4,0 3,20 0,99008 6,4 5,13 0,08430 12.0 9.69 0.99713 1,7 1,36 0,00406 4,1 3,28 0,90085 0.5 5,21 0,08380 12,5 10,10 0,09730 1,8 1.44 0.00392 4,2 3,36 0,09072 6,6 5,30 0,98320 13,0 10,51 0,99715 1,9 1.52 0,09378 4.3 3,44 0,09050 0,7 5.38 0,98270 13.5 10,92 0.00700 2,0 1.60 0,90364 4,4 3,52 0,99046 0,8 5,46 0,98210 14,0 11,33 0.996S6 2,1 1,68 0,99350 4,5 3,60 0,99033 0,9 5,5 4 0,08160 14,5 11,74 0.00672 2,2 1,76 0,99336 4,0 3.68 0,90020 7,0 5,62 0.98110 15,0 12,15 0,90658 2,3 1,84 0,99322 4,7 3,76 0,99008 7,1 5,70 0,98060 15,5 12,56 0.996U 2,4 1,02 0,99308 4,8 3,81 0,08996 7,2 5,78 0,08000 10.0 13,00 0.09630 2,5 2,00 0.00294 4,9 3.92 0,98984 7,3 5,86 0,07050 16,5 13,40 0,99616 2,6 2,08 0,99280 5,0 4,Ou 0,98972 7,4 5,94 0,97900 47,0 13,80 0.99602 2,7 2,16 0.00267 5,1 4,08 0,08960 7,5 6,02 0,97850 17,5 14,22 0,99588 2,8 2,24 0,00254 5,2 4,16 0,98949 7,6 0,11 0,97800 18,0 14,63 0.99574 2,0 2,32 0,09241 5,3 4.24 0,98036 7,7 0,19 0.07750 18,5 15,04 0,90560 3,0 2,40 0,90228 5,4 4,32 0,98924 7,8 6.27 0,07700 19.0 15,46 0,99546 3,1 2,48 0,90215 5,5 4,40 0,98912 7,9 6,35 0,97650 19,5 15,87 0,90532 3,2 2,56 0,99202 o,6 4,48 0,08900 8,0 0,43 0,97600 20,0 10,28 0,99518 3,3 2,64 0,99189 5,7 4,56 0,98840 8,5 G,83 La richesse alcoolique des vins varie clans les limites du tableau ci- après : Vins. Porto Sherry Madère Marsala Bordeaux rouges (moyenne de 90 analyses : Château-Lafitte, Margaux, Laroze, Barsac, Saint-Émilion,Saiut-Estèphe, etc.) Bordeaux blancs (moyenne de 27 analyses : Sauterne, Bar- sac, Bergerac, etc.) Vins du Hhônc rouges (Ermi- tage, Montpellier, Fronti- gnaD) 11 est certain que les vins dont la richesse alcoolique dépasse 17 p. 100 n’ont pas pris cet alcool à la fermentation des grappes; Mulder doute même que le Porto contienne naturellement plus de 12,75 p. 100 d’alcool et Gorman aflirme que le Sherry pur n’en a pas plus de 12 p. 100. Si, d’autre [part, on considère que beaucoup de vins excellents n’en ont pas plus de [7 à 8 p. 100, ou évitera de rechercher, dans des vins ordinaires, une l richesse de 10 à 11 , c est encourager le vinage et les manipulations mal- saines du vin. L administration delà Guerre, qui exige 11 p. 100 d’alcool a des chances de recevoir souvent des vins travaillés. p. 100 volumes. Vins. p. 100 vol urnes. 10,62 à 23,2 Roussillon 11 à 16 10,0 25,0 Bourgogûe rouge (Beaune, Mâ- 16,7 22 con) 7,3 14,5 15 25 Bourgogne blanc (Chablis, Mâ- con, Beaune; 8,9 12 Pyrénées 9 16 Champagne 5,8 13 Moselle 8 13 6,85 13 Vins du Rhin (Johannisberg, Hocliheim, Rudcsheim, etc.). 0,7 16 Vin de Hongrie 9,1 15 11 18,7 Vin d'Italie H 19 Vin de Syra, Corfou, Samos, Smyrne, Hébron, Lebanon.. 13 18 8,7 13,7 d. Recherche de l’acidité. — C’est surtout de l’acide tartrique qu’il s’agit, bien que le vin renferme normalement d’autres acides. La plupart de ces acides, d’ailleurs, sont combinés et il faut se défier du vin chez lequel on reconnaît une notable proportion d’acides libres. On dose aisément l’acidité du vin à l’aide de la méthode de Dietzsch, que nous avons indiquée pour le vinaigre (page 960). Une méthode proposée par Pasleur consiste à placer 10 centimètres cubes de vin dans un tube à essai et à y verser goutte à goutte de l’eau de chaux titrée par rapport à une liqueur d’acide sulfu- rique très étendu. On agite constamment le tube et on continue à ajouter de l’eau de chaux jusqu’au moment oti une goutte de la solution alcaline détermine l’appa- rition d’un trouble floconneux. L’acidité ainsi déterminée représente l'acidité totale du vin. On l’évalue en acide sulfurique (Ch. Girard). Pour doser le bitartrate de potasse, on verse (procédé Berlhelot et Fleurieu) dans un matras 10 centimètres cubes de vin et 20 centimètres cubes d’un mélange à vo- lumes égaux d’éther lavé et d’alcool absolu. On bouche et on laisse reposer qua- rante-huit heures. On décante alors le liquide sur un petit filtre sans plis, on lave le précipité dans le matras même avec de petites quantités du mélange d’alcool et d’éther qu’on rejette sur le filtre en évitant d’y mettre du précipité; on continue ces lavages jusqu’à ce que la liqueur filtrée soit neutre. Alors, on jette le filtre dans le matras où se trouve la crème de tartre et l’on ajoute de l’eau distillée chaude pour tout dissoudre. On détermine ensuite, dans le matras même, l’acidité de la crème de tartre par une solution de baryte titrée. On en déduit la quantité de crème de tartre pour les 10 centimètres cubes. On multiplie par 100 et l’on ajoute 0sr,2 pour tenir compte de ce qui a été dissous dans l’éther et l’alcool. e. Quantité d'extrait. — C’est une des déterminations les plus importantes pour l’appréciation des vins et, néanmoins, l’une des plus délicates, bien qu’elle semble très facile au premier abord. Rien n’est plus simple que d’évaporer du vin dans une capsule tarée, au bain-marie à 100°, ou au bain de sable à 120°, jusqu’à ce que l’extrait ne perde plus de son poids; en le pesant à ce moment, on peut supposer que le chiffre obtenu représente le résidu fixe. Rien n’est pourtant moins certain. Pendant la dessiccation, dit A. Gautier, le vin s’altère; la matière extractive restée comme résidu est devenue en partie insoluble et de couleur brune; les substances à faible tension de vapeur, élhers malique, succinique, les acétines et la glycérine elle-même, sont entraînées par l’évaporation de l'eau, ce qui diminue le poids de l’extrait. Aussi Pasteur, Balard et Wurtz ont-ils soin d’évaporer le vin en présence de la moitié de son poids de sulfate de potasse, qui joue le rôle de corps diviseur et bâte l’évaporation. D’autre part, on ne sait vrai- ment à quel point s’arrêter pour avoir le résidu sec, car le poids diminue indéfiniment par la continuité de l’action de la chaleur, ainsi que 1 ont constaté Gautier etMagnier de la Source. A 100°, un litre de vin de Pomard authentique donnait : Après 6 heures ... lG*r,7 d’extrait. et le poids de l’extrait continuait encore à décroître après vingt-huit heures. 10 28 14 ,8 14 ,0 De même que Pasteur a conseillé, pour le dosage de la glycérine, d éva- porer d’abord très lentement la liqueur aux deux tiers à une douce tempé- rature, puis de la dessécher complètement dans le vide, Gautier dessèche les extraits dans le vide sous une surface très large et en présence de l’acide sulfurique et de l’acide phosphorique, à des températures variant entre 15 et 25 degrés. Pour les besoins commerciaux, \'œnobaromètre de Houdart donne la Le- neur en extrait des vins non sucrés avec une approximation suffisante (Ch. Girard). Dietzsch conserve le procédé de l’évaporation. Il retire la capsule au moment où le résidu commence iï crépiter et pèse sans désemparer. Les vins rouges français de 8 à 32 mois, non plâtrés, donnent de 13,5 à' 25 gr. par litre d’extrait pris à 100° (soit 17 à 32gr,5 dans le vide sec). Les deux tiers de ce résidu fixe sont représentés par de la glycérine, de Vacide succinique, du tannin, du bilartrale dépotasse et quelques autres sels miné- raux. L’autre tiers contient des matières colorantes en minime proportion, des principes albuminoïdes et des substances inconnues. Les vins bus le plus communément à Paris laissent de 18,5 à. 19,4 d’extrait sec à 100°, lorsqu’ils n’ont pas été plâtrés. Les vins jeunes ont un peu plus d’extrait que les vieux, qui ont laissé précipiter du tartre. Dietzsch admet difficilement que le vin du Cher à 15gr,G2 d’extrait (A. Gautier) soit du vin naturel. Ce chiffre de 15 gram. lui paraît devoir être la limite minima, sauf pour les vins de pressoir, dont l’extrait peut être entre 10 et 15 grammes. Les vins sucrés renferment beaucoup plus d’extrait : 30 à 50 grammes et même 80 et 100 gr. On est obligé d’y ajouter du sable calciné, de la poudre de verre ou d’asbeste, pour en opérer l’évaporation sans trop de perte sur le poids de l’extrait. Le plâtrage convertit les 2,5 ou 3 grammes de tartre qui existent dans le vin en 6 grammes de sulfate de potasse et met de l’acide en liberté; le poids de l’extrait s’élève de 3 ou 4 grammes par litre. Cet extrait a un aspect sableux et crépite par la chaleur. L’évaporation du vin riche en sucre fait apparaître de l’écume à la sur- face du liquide dès les premiers moments; à la fin, il se dégage unejodeur de caramel. On peut encore apprécier la proportion d’extrait, en prenant la densité du vin après l’avoir réduit de moitié par l’évaporation. CeLte densité (tout l’alcool ayant disparu) doit être de 1,007 à 1,008. Les vins travaillés n’ont que 1,0005. f. Dosage de la glycérine. — Les vins à saveur douce doivent celle-ci à la glycérine ou au sucre. La proportion normale de glycérine varie de 2 à 7 grammes par litre. Pour doser cette matière, Reichardt (d’iéna) ajoute 5 grammes de chaux récemment éteinte à 100 cent, cubes de vin (décoloré par le charbon animal, quand c’est du vin rouge) et évapore à siccilé, à une chaleui douce, dans une capsule de porcelaine. Le résidu est pulvérisé et repris par 30 cent, cubes d’alcool absolu, ou 23 cent, cubes d’alcool à Aiinoui.d, Hygiène. 2e édit. 65 90 degrés avec 7 cent, cubes d éther, mis à digérer pendant quelques heures, puis filtré. Le liquide passé à la filtration est ensuite évaporé à. une douce chaleur, au-dessous de 100°, dans une capsule tarée, jusqu’à ce qu’il ne perde plus de son poids. On a ainsi la glycérine sous forme d'un, liquide sirupeux, incolore. Le procédé de Chancel (cité par A. Gautier) ne ne diffère pas sensiblement de celui-ci. Ch. Girard indique une méthode qui consiste à traiter par l’eau de baryte, à évaporer, à reprendre l’extrait par le mélange d’alcool et d’éther et à distiller dans le vide le résidu qui reste après évaporation de cette nouvelle solution. La perte de poids cor- respond au poids de la glycérine. g. Dosage du sucre. — On ajoute à du vin, dans un ballon, de la liqueur cupro-potassique, jusqu’à ce que le liquide soit sensiblement bleu, et l’on chauffe; s’il n’y a qu’une réduction incomplète, il est inutile d’aller plus loin, parce que le vin ne renferme que les 1,5 à 2 grammes de sucre qu’il conserve normalement après la fermentation. Si la réduction est complète, c’est-à-dire que le liquide se colore entièrement en rouge, il faut doser le sucre à l’aide d’une des nombreuses liqueurs cupro-potassiques titrées que les chimistes fournissent. h. Recherche des sels. — C’est moins la quantité que la nature des sels du vin qui nous intéresse. Il est des substances minérales qu’il faut trouver dans le vin, d’autres qui doivent y être le moins possible. L’acide phospho- rique est en tête des premières; les vins blancs naturels en contiennent 15 à 16 centigrammes par litre, les vins rouges 30 à 33 centigrammes. Il manque dans les vins artificiels. L'alumine est de celles qui ne doivent se rencontrer qu’en très petites proportions; le sulfate dépotasse, conséquence ordinaire du plâtrage, est dans le même cas. Les cendres du résidu de vin naturel sont alcalines et font effervescence par les acides forts. Cependant un vin naturel, coupé de vin plâtré, présen- terait encore cette effervescence. En revanche, on peut regarder comme certainement plâtré celui dont les cendres sont neutres et ne font pas effer- vescence avec les acides. Pour déterminer la proportion d’acide phosphorique, Dielzsch dissout les cendres de 100 centimètres cubes de vin dans l’acide nitrique étendu, précipite la chaux par l’oxalale d’ammoniaque et traite le liquide obtenu de la filtration par la mixture magnésienne en excès. (Celle mixture renferme : sulfate de magnésie cristallisé 1 partie, chlorure d’ammonium, 1 p., ammoniaque caustique, 4 p., eau distillée 8 p.) Après 12 heures, on réunit le précipité, on le lave avec de l’eau légèrement ammoniacale el on le pèse après dessiccation au rouge. C’est du phosphate de ma- gnésie, dont 10 parties représentent 6,4 d’acide phosphorique anhydre. On peut encore dissoudre le phosphate ammoniaco-magnésien, obtenu par l’action de la mixture, dans l’acide acétique et le doser par la solution titrée d’urane (oxyde d’urane sodique jaune 10 grammes, dissous par l’acide acétique ; eau 1 li- tre). On s’arrête quand une goutte du liquide prend une couleur rouge faible au contact d’une goutte de cyanoferrure de potassium. Constitution de quelques vins (Analyses de Dietzsch). VINS. ANNÉES. ALCOOL p. 100 volumes. ACIDES p. 1000. EXTRAIT p. 100. CENDRES p. 100. Vins de Suisse. — a, de Zurich. b. Autres. Vins français. Narbonne — rouge-épais. Langlade Saint-Georges La Palme — rouge foncé. Aramon (soi-disant).. Roussillon I — Il — extra Bordeaux — blanc . — Medoc. Bourgogne — blanc. Collioures Margrave AITenthal Rudesheim Tokay de Hongrie Séville I — Il Tyrol Alicante Picardan Valteline (Sasella) Benicarlo Rcuueua rouge (Espagne) Malaga Porto OBSERVATIONS. Bendiklou 1875 6,5 11 1,9 0,18 Meilen 7 9 2 0,19 Kiissnaclit 1876 7,5 ' 10 2 0,20 Stafa — 7,2 9 1,9 0,19 Erlenbach — 7,5 9 2 0,20 Watt — 7 10 2,1 0,19 Vallée de la Limmat — 7,5 10 2 0,20 Andelfingen — 7,8 9 2 0,20 Vinterthur-Sladtberg — 9 8,5 O 2 0,20 Vin naturel. Hallau 1865 10,2 5 2,4 0.20 1876 9 9 2,3 0,22 Thaying 1865 9,5 O 2,0 0,20 1876 8.3 9 2,3 0,21 Schleitheim — 7,8 10 1,8 8,18 Schatriiouse — 8,2 9 2,0 0,20 Wetting près Bade 1875 8,5 8 2,1 0,20 Ncuenbourg (rouge) — 9,8 7,5 2,2 0,20 1876 8,5 9 2,2 0,21 — 10,5 8,5 2,4 0,24 — 8,4 9 2 o 0,22 — 8,5 9 2,2 0,21 — 8,7 10 9 2 2 0,22 — 8,5 2,5 0,23 — 5 4 1,2 0,14 — 13,5 9 2,8 0,25 — 11 9 2,5 0,23 10 8 2,2 0,20 vieux 9,5 6,5 2.0 0,19 1876 9 8,5 2,0 0,20 « 8 7,5 1,5 0,15 1877 12,5 11,0 2,2 0,19 1875 8,5 8 2,1 0,20 vieux 11 7,5 2,2 0,21 1877 8,5 10 2,0 0,22 1876 11,5 8 Divers. 3,5 1876 9 9 1,8 0.18 1875 9,5 7,5 2,2 0,22 — 8,5 7,5 1,8 0,18 — 13 5 6.3 1876 11 9 2,5 — 10 9 2,3 — 9 5 0 2,6 0,24 — 12,5 6 2,5 vieux 12 5 1,9 0,20 vieux 10,8 6,5 2,2 0,22 1876 14 7,5 2,5 — 16 7,5 2,3 0,20 — 12 6 4,5 18 6 10 Coupé du lloussillm (trop d’alcool). Vin naturel. Coupé de Roussillon. Roussillon coupé de 50 p. 100 d'eau. Naturel. Étendu d’un peu d’eau. Vin naturel. Trailé par le procédé Peliot(sucrage). Vin naturel. Doux. Naturel. Doux. Naturel. Artificiel. Naturel (?). Vins français (Analyses de Gautier). | Hygiène PAR LITRE. ALCOOL. EXTRAIT 9EC Ù 100». GLY- CÉRINE. CRÈME de tartre. CENDRES. DENSITE. Vins rouges français (moyenne). Grands bourgognes de 3 A 4 ans.., Bordeaux rouges supérieurs... — — ordinaires... Vins de Narbonne — corsés de l’Hérault Beaujolais (Fleury 1870, exccf.) 5 ans — ordinaire (1872) Petit vin du Cher (1875), 5 mois.... Autre — — — .... Petit vin d’Orléans de 8 mois (1875). Très petit bourgogne (Augy, 1873), 8 mois Vin blanc d’Entre-Deux-Mers deaux, 1874) (Bor- Vins ordinaires de l'Hérault à cépa- ges colorés Vin d’Aramon coloré (Pasteur) Vin de Lézignan (10 mois) Autre — — Vin d’Olonzac (Hérault), 10 mois... Petits vins de l’Hérault coupés d’Ara- mon Autre — — Villevayrac (Hérault, 1875), 8 mois.. Vin de Portugal trèsfoncé(Tinto,1875). Vins non plâtrés. gr- gr. 81,5 87 18,0 » 5 à 7,0 » 1,2 à o 1,2 à 3,8 73,1 16,4 » 75,5 >1 7,19 2,3 87,5 18,9 » » 85 19 6,5 à 7,6 1,5 à 5 1,75 à 3,5 8G,6 22 24 » )) 2,09 83,4 19,02 » » 2)ll 87,4 20,71 » » 2,17 73,9 18,74 )) » 1,72 61,9 53,3 15,62 » » 1,94 17,92 » » 1,77 50,9 17,24 » »> 1,84 73,1 16,80 » » 3,61 1,00010,985 0,99910,991 » 0,99910,993 0,994 0,994 0,991 0,996 0,996 0,998 0,999 0,994 Vins plâtrés. 81,8 23,5 » H 3,2 à 4,6 80,5 24,0 » ,, 2,95 85,8 25,08 » „ 82,6 25,16 )) „ 83,4 26,72 » » >1 81,1 17,78 » » 2,62 83,5 18,88 » M 2,71 85,0 21,62 » » 4,05 108,1 27,46 » M 2,59 0,994 0.994 0,999 0.994 La proportion d’alcool est exprimée en poids; il sufflL de multiplier le chiQ’re du poids par 0,1258 pour avoir le volume p. 100 de vin, c’est-à-dire le titre centésimal du vin. — La densité est prise à 15° ; elle est, en général, pour les vins rouges cou- rants vinés à 15° centésimaux, de 0,993 et pour les vins marquant de 10 à 12° cen- tésimaux, de 0,994 (A. Gautier). — Un vin qui compte 80e*,5 d’alcool par litre en renferme 10,25 volumes p. 100. Altérations spontanées. — Maladies du vin. — On s’est plu à représenter le vin, ce merveilleux composé, comme un être vivant, à l’organisme du- quel on ne saurait toucher en quelqu’une de ses parties sans troubler le tout ou même sans anéantir son individualité. En conséquence de cette idée, qui n’est pas foncièrement fausse, on a qualifié de « maladies » les altérations accidentelles du vin ; ces maladies étaient même susceptibles de traitement et parfois de guérison. En réalité, la plupart de ces prétendues maladies prouvent que le vin est une liqueur renfermant de la matière organique tout fait passive, comme toute celle qui a cessé de vivre. Ce sont des fermentations de modalité diverse, produites par les germes de l’air, lorsque ceux-ci y trouvent un milieu « adéquat ». Les vins piqués sont ceux qu’envahit le mycoderma vini. Le froid arrête le développement de ce ferment. L’invasion du mycoderma aceti produit les vins aigf'is, que l’on traite et que l’on améliore par le tarlrate de potasse (80 gram. à l’hectolitre), mais qu’il vaut mieux envoyer au vinaigrier. Les vins tournés, montés, bleus, sont atteints de la pousse, qui elle-même Ise caractérise par la présence d’un filament parasitaire ténu, analogue au ferment lactique. On les améliore par l’acide tartrique, puis le soutirage dans un tonneau soufré, sur un peu d’alcool. Le développement d’un autre ferment provoque l’état des vins filants, gras, huileux. On précipite ce ferment par le tannin (6 à 7 gr. dans 1 hec- tolitre de vin). Dans les vins amers, on trouve des filaments articulés. Ce sont des vins que l’on traite par la chaux (250 à 300 gr. l’hectolitre). Enfin, les vins ont leur sénilité. L’absorption lente et continue d’oxygène brûle un certain nombre de leurs éléments ; d’autres se précipitent. On dit ; que le vin est « dépouillé ». Certaines altérations du vin sont simplement dues à des fûts mal soi- i gnés. On a vu aussi (Egger) des vins, riches en acides et renfermés dans des bouteilles en verre de mauvaise qualité, attaquer ce verre et se troubler. Corrections du vin. — Nous ne parlerons, sous ce titre, que des correc- : tions bien intentionnées, ou au moins soi-disant telles. Collage. — Cette opération a pour but d’obtenir rapidement la clarifica- tion du vin; elle se fait communément. On emploie dans ce but la gélatine dissoute (15 à 20 grammes par hectolit.) ou les blancs d’œufs (2 à 3) battus avec un verre d’eau et 23 à 30 grammes de sel marin. Quand la préparation est dans le vin, on agite vivement le tonneau. Le collage précipite le tannin, une notable quantité de la matière colorante, une petite proportion de crème de tartre, quelques acides organiques, quelques sels, et diminue i même un peu le titre alcoolique. A. Gautier a constaté que, par trois col- : lages successifs, le poids de l’extrait sec diminue en moyenne de 0gr,35 par litre. Il va sans dire que, dans ces collages successifs, la perte d’extrait est de moins en moins grande. On ne doit pas coller les vins fins. D’ailleurs, les vins bien faits déposent tout seuls. L'alunage avec de l’argile est tolé- i rable; avec l’alun, il est à proscrire. Sucrage. — Il est appliqué à des vins médiocres, suivant l’un ou l’autre des procédés suivants. Dans le procédé dit de G ail, on commence par ; ajouter au moût, dans les années mauvaises, assez d’eau pour ramener le degré d’acidité à ce qu’il est dans les bonnes années ; puis l’on introduit ■ 20 à 24 p. 100 de sucre de canne ou de glucose (de pomme de terre, le plus souvent). Suivant la méthode de Petiot, l’on arrose d’eau sucrée le marc déjà pressuré, au moment où il sort du pressoir; on le laisse fermenter quelque temps, on soutire le liquide obtenu et on l’ajoute aux premières portions du vin. ISi l’on a employé du sucre de canne (ou de betteraves), l’action de la levûre le convertit en dextrose et lévulose, identiques aux sucres de raisin ; par la fermenta- tion, ces sucres se dédoublent en CO2 et en alcool, avec 4 à 4,50 p. 100 d’autres produits de fermentation, glycérine, acide succinique, etc. Le vin qui en résulte n’est en somme qu’un liquide très alcoolique étendu d’eau, manquant du « corps» et de l’équilibre normal des vins naturels; mais il ne possède pas de propriété particulièrement malfaisante. Il en est autrement si, comme c’est l’habitude, le sucre provient de la fécule de pommes de terre. On recherche celui-ci de préférence, précisément pour éviter le manque de corps et la diminution du poids de l’extrait, que le sucre de canne in- flige au vin par sa transformation presque inlégrale. Après l’action du ferment sur le glucose de pommes de terre, il reste 10 à 20 p. 100 d’un qorps voisin de la dex- trine, très réfractaire à la fermentation, qui peut faire l’illusion d’une certaine ri- chesse en extrait, dans le vin qui en renferme. Malheureusement, la fécule de- pommes de terre, employée à la fabrication du glucose, se prépare en grand pour cet usage et n’est jamais très pure; en outre, dans la fermentation de ce sucre, il se forme une certaine proportion d'alcool amylique, dont la nocivité est supérieure à celle de l’alcool de vin. De là l’ivresse plus rapide, les malaises immédiats, l’ébranlement nerveux, l’irritation gastrique, qui suivent régulièrement l’usage des vins traités selon les méthodes de Gall et de Petiot. Ces procédés, pourtant, sont très en vogue : Neubauer ( de Wiesbaden), qui a examiné 700 échantillons de vins, y a trouvé le sucre de pommes de terre 24 fois sur cent. C’est, à la vérité, en Allemagne, que ces analyses ont été effectués ; mais il est vulgaire que le procédé Petiot sert à fabriquer, avec de la glucose et des marcs de raisins, des flots de piquette qui sont vendus sous le nom de vins de Bordeaux. Composition des vins soumis au sucrage (Neubauer). Pour 100 (en poids). Alcool 4,5 à 5 Extrait sec 0,6 8 Matières minérales 0,03 0,0i Acides libres 0,38 0,50 Glycérine 0,07 0,08 Les administrations devraient exiger que ces prétendus vins ne fussent offerts qu’avec l’étiquette indicatrice du procédé de fabrication, ou même ne tolérer le sucrage des piquettes qu’avec le sucre raffiné, comme l’a de- mandé le Comité consultatif d’hygiène. Il est une autre façon de sucrer le vin, qui n’admet pas l’addition d’eau : c’est celle qui porte le nom de Chaptal. Elle consiste à saturer l’excès d’a- cide, dans le moût, au moyen de substances alcalines, concurremment avec l’addition de sucre de canne. Ainsi, l’on ajoute à 120 litres de vin : Grammes. Chaux hydratée 59,4 Carbonate de potasse 110,0 Tartrato neutre de potasse 180,0 Le danger est qu’il reste dans la liqueur des sels de potasse en dissolu- lution. Si, en effet, la proportion d’acides ost assez élevée et qu’il s’agisse surtout d’acide tartrique, les bases ajoutées formeront des sels insolubles. Mais, dans le cas d’acidité excessive, c’est souvent l’acide malique qui prédomine. Le malate de potasse est soluble. 11 n’est pas besoin de dire que la présence des sels de potasse en solution dans le vin est une cir- constance nuisible; par conséquent, l’addition de tarlrate neutre de po- tasse conseillée par Liebig ne vaut guère mieux que le procédé Chaptal. Addition de glycérine. — On a donné le nom de Schéele, l’inventeur de la glycérine, au procédé qui consiste à adoucir l’acidité du vin, à lui donner du corps et à assurer sa conservation sans addition d’alcool, en y ajoutant une certaine quantité de celte substance, dont Pasteur a, d’ailleurs, démon- tré la présence constante dans le vin, à titre de produit de fermentation. Les proportions employées varient de 0,fi0 à 3 p. 100. 11 est possible qu’à cetle dernière dose, la glycérine cesse d’ôtrc inoffensive chez des individus qui consom- ment le vin abondamment, 3 à 4 litres par jour. Calillon pense avoir prouvé que la glycérine, à la dose de 15 à 30 grammes par jour, est un antidéperditeur; elle di- minue de 6 à 7 grammes la quantité d’urée rendue et augmente celle de CO2: elle serait donc, contrairement à ce qu’on dit de l’alcool, brûlée dans l’organisme. Aux doses de 40 à G0 grammes ; elle irrite les reins et la vessie, et peuL aller jusqu’à dé- terminer le pissement de sang. Dujardin-Beaumetz et Audigé ont provoqué chez les animaux l’empoisonnement par la glycérine. Les chiens ne succombent qu’à l'in- gestion de hautesdo'ses, 8à 10 grammes par kilogramme de leurs poids; mais Plész a vu un cheval être tué par 300 centimètres cubes. En somme, la glycérine parait être comme l’alcool, dont on ne saurait consommer impunément que des doses très modérées et fractionnées. Les administrations feraient peut-être bien de fixer un chilfre de tolérance légale, ou mieux, d’interdire la méthode. Plâtrage. —Le plâtrage se fait en ajoutant aux raisins broyés du plâtre, dans une proportion qui va quelquefois jusqu’à 2 kilogrammes pour 100 ki- logrammes de raisins. Cette pratique, fort ancienne, s’est renouvelée de nos jours, particulièrement dans les départements du Midi. Le plâtrage des vins dans l’Hérault et d’autres départements, s’est répandu, dit A. Chevalier, à la suite de la publication, en 1849, par un sieur Sérane, d’une Nouvelle méthode de vinification, qui promettait une augmentation du produit des récoltes, une plus grande vivacité de la couleur du vin, une meilleure conser- vation, une limpidité inaltérable. Dès l’abord, la méthode fut combattue par Limousin-Lamothe (de Saint-Affrique); plus tard, elle n’a pour ainsi dire rencontré que des adversaires chez les chimistes et les hygiénistes (Batillial, Barrai, Janicot, Thiraut, Michel Lévy, Casteral, Poggiale, Bussy, Buignet, Legouest, Gallard, Marty, etc.). Le fait est que le plâtre décompose le bitartrate de potasse, l’un des principes les plus utiles du vin, et y substitue non seulement le sulfate neutre de potasse, purgatif irritant, abandonné à cause de cela par la thérapeutique (Trous- seau et Pidoux, Dujardin-Beaumetz), mais encore le sulfate acide de potasse, qui est un véritable caustique (Marty), et même de l’acide sulfurique'libre (Magnier de la Source), par réaction de l’alcool sur le sulfate acide. On trouve quelquefois aussi, dans le vin plâtré, de l’alumine provenant du plâtre impur qui a été employé. Le plâtre est ajouté au tonneau ou, plus communément, à la cuve. Dans cette dernière circonstance, il fait passer, du marc dans le vin, la moitié de l'acide tar- trique qui, sans lui, resterait dans le marc à l’état de tartre (Chancel). Le plâtrage a des effets utiles, que Marty expose en ces termes: « L’ad- dition du plâtre à la vendange rend la fermentation plus rapide et plus complète; elle empêche ou rend difficile les fermentations ultérieures; elle relè\e le degré acidimétrique du vin, d’où résulte une coloration plus intense et plus vermeille; elle dépouille et clarifie le vin et le rend rapide- ment marchand; elle facilite sa conservation. Au point de vue du com- merce, les vins plâtrés résistent mieux aux altérations connues sous le nom ■de maladies des vins. Ils supportent mieux les chaleurs, les transports, les manipulations, les coupages. » Pour les consommateurs, le plâtrage per- met de leur offrir de petits vins, d’un prix abordable, qui, sans lui, dans ■certaines années, se gâteraient promptement. Mais, au point de vue de ces derniers, c'est-à-dire pour l’hygiène, le sulfate de potasse, dont les proportions normales dans les vins ne dépas- sent jamais 0gr,6 (Marty) par litre, est nuisible dès qu’il arrive à un taux ■élevé et, spécialement, au-dessus de 2 grammes par [litre de vin, ainsi qu’il résulte des observations, dans l’armée, de Michel Lévy, Champouillon, à l’époque où l’administration, sur l’avis de Poggiale, tolérait 4 grammes pai- litre; des témoignages recueillis par E. Richard, dans l’enquête de 1885, dans les pays où l’on consomme des vins plâtrés (Yonne, Côte-d’Or, Isère, 'Gard, Rhône, Puy-de-Dôme, etc.), et des expériences faites sur lui-même •par Marty. Il y a, il est vrai, quelques dissidences, et, dans l’enquête faite •en 1886 par l’École d’agriculture de Montpellier, Bouffard, Bourdel, et d’autres cherchèrent à innocenter le plâtrage. Cette divergence semble te- nir à des raisons extra-hygiéniques, qui ont souvent altéré la rigueur de l’observation, ainsi que Marty n’a pas eu de peine à le démontrer. D’ailleurs, le plâtrage est nuisible aussi à la préparation des vins fins, inu- tile dans celle des vins bien constitués et, s’il est utile aux vendanges faites dans de mauvaises conditions, elle ne leur est peut-être pas indispensable. Finalement, d’accord avec les avis antérieurs du Comité consultatif d’hygiène (Legouest, 12 mai 1879; Gallard, mai 1880; Richard, 1884; G. Pouchet, 1887), Marty a fait adopter par l’Académie de médecine (12 juin 1888) cette conclusion : « Que la présence du sulfate de potasse dans les vins du commerce, quelle qu’en soit l’origine, ne doit être tolérée que jusqu’à la limite maxima de 2 grammes par «litre. » Malheureusement, la circulaire du garde des sceaux, en date du 27 juillet 1880. qui interdisait la vente des vins plâtrés au delà de cette limite, a été bientôt l’objet d’une suspension jusqu’à nouvelle enquête. De sorte que Vallin craint, avec quel- que raison, que l’avis de l’Académie de médecine ne paraisse pas encore clore suffisamment l’enquête et que le gouvernement ne s’adresse, dans un an, à l’Aca- démie des sciences. En attendant, le public boit du sulfate de potasse. L’Allemagne et l’Italie ont interdit le plâtrage au-dessus de 2 p. 1000. Sur quelques points, parait-il, on a eu la lugubre idée de déplâtrer le vin au moyen du chlorure de baryum (Blarez) ! Pour déceler le plâtrage, on dissout 7 grammes de chlorure de baryum cristallisé •à 15°, en même temps que 25 centimètres cubes d’acide chlorhydrique pur et con- centré, dans suffisamment d’eau pour faire un demi-litre; 10 centimètres cubes de celte solution répondent exactement à 0gr,l de sulfate de potasse. En ajoutant .3 centimètres cubes de cette liqueur à 50 centimètres cubes de vin, on précipite ■tous les sulfates qui existent normalement dans celui-ci. Si, après avoir filtré, l’ad- dition d’une nouvelle quantité de chlorure de baryum produit encore un précipité, c’est que le vin est .plâtré (Marty). Cent parties de ce nouveau précipité, desséché au rouge rapidement, correspondent à 73,82 de gypse hydraté ou à 74,68 de sulfate » 4 5 4 3 4, 2 5,3 4.0 4,0 3. 7 3.3 8,35 4,36 4,13 » » » 3,5 4 S 5 2,4 »> » H 1,0 Appréciation de la bière. — a. Propriétés physiques. — La bière de bonne qualité est limpide et transparente ; celle qui est trouble ou contient des particules solides en suspension le doit à ce que la fermentation y est encore en activité et qu’il y persiste du gluten. Souvent cette fermenta- tion n’est plus due au ferment alcoolique normal, mais au ferment acétique ou visqueux. En faisant bouillir la bière, on coagule aisément le gluten, si elle en renferme. La bière riche en acide, carbonique se recouvre, dans les verres où on la verse, d’une mousse blanchâtre, à très fines huiles et comme crémeuse, à moins qu’elle ne soit à très basse température; dans ce cas, il n’y a pas de mousse. La couleur de la bière est pâle, ambrée ou brune. Cette dernière teinte n’indique pas toujours une plus grande richesse d’extrait ; on l’obtient, soit par un excès de torréfaction du malt, soit par l’addition de substances colorantes. La saveur de la bière doit être fraîche, spiritueuse et donnant une im- pression de moelleux. Elle ne doit avoir d’autre goût que celui du malt et du houblon. Il faut également se défier d’un excès d’amertume et d’une sa- veur sucrée trop accentuée. Le goût de poix ne sert quelquefois qu’à mas- quer une avarie de la bière. La saveur de lessive doit faire supposer que l’on a combattu parla potasse ou la soude un certain degré de fermentation acétique. Le poids spécifique de la bière, après expulsion de CO2, est entre 1,010 et 1,030. Il dépend surtout de la richesse en extrait; mais on ne peut en rien conclure d’absolu. La bière saine doit être bien fermentée et dépouillée. On le reconnaît en ajoutant de 1 à 16 parties de bière à une solution de 10 parties de sulfate de fer dans 150 p. d’eau. Le trouble qui se produit immédiatement doit se rassembler, au bout de quinze à trente minutes, en un précipité qui n’occupe pas plus d’un sixième du volume de la liqueur, si la bière est bien fermentée. b. Propriétés chimiques. — On détermine la richesse de la bière en alcool, en extrait, acide phospborique, glycérine, etc., par des procédés fort sem- blables à ceux qui ont été indiqués pour le vin. Nous avons vu quelles doivent être les proportions des premiers. L’acide phosphorique doit faire environ le tiers de l’extrait; la glycérine ne pas dépasser 2 à 3,5 p. 1000. L'acide carbonique est un élément spécial à la bière. Il y en a deux vo- lumes dans la bière non mousseuse et jusqu’à 25 ou 26 volumes dans la bière fortement mousseuse. On le dose en l’expulsant par la chaleur; on le reçoit sur du chlorure de baryum qui le fixe; l’alcool et la vapeur, qui ont pu se dégager en même temps, sont retenus sur du chlorure de calcium. Il n’y a plus qu’à peser, au bout d’environ une heure. Connaissant l’extrait et la proportion d’alcool, on peut calculer quelle a été la richesse du malt, c est-a-dire la proportion des éléments que le malt abandonne il l’eau. Deux parties de cet extrait de malt équivalent à une d’alcool. Supposons que la bière examinée marque 3,8 p. 100 d’alcool et 5 d’extrait, le malt contenait 3,8 X 2 + 5 = 12,6 p. 100 de substances entraînables par l’eau chaude. En dehors de l’acide carbonique, la bière renferme des acides lactique, acétique, succiniqui, dont la proportion ne doit pas dépasser 3,8 p. 100 du poids dé l’extrait (Giessmayer). On titre l’acidité de la bière, après l’expulsion de CO2, parlaliqueur ammoniacale au dixième, dont la formule a été donnée pour l’expertise du vinaigre (p. 960). En multipliant le nombre de centimètres cubes de cette liqueur employés par 0,09 (l’équivalent de l’acide lactique est 90), on a l’acidité de 10 cen- timètres cubes de bière, exprimée comme si elle était entièrement due à l’acide lactique. L’acide acétique est généralement en proportion moindre que le précédent. Altérations spontanées. — Corrections de la bière. — La bière est, en somme, une liqueur délicate, facilement acccessible à des maladies qui sont presque toutes graves, parce qu’il n’est pas de correctif qui lui rende ses propriétés premières ou même en fasse quelque chose de potable. Ces maladies sont essentiellement dues à des ferments étrangers. Les bières de fermentation basse sont fréquemment atteintes du « goût vineux », qui ne les rend pas insalubres, mais fait perdre au produit son cachet; c’est au moins une défectuosité. Elle est due au mélange avec la levûre alcoolique d’une variété spéciale de levûre, le Saccharomyces Paslo- rianus. Les bières acides, aigres, piquées, son telles par le fait du développement du ferment acétique. On les corrige (mal) par l’addition de bicarbonate de soude, 50 grammes par hectolitre environ. Il faut les coller ensuite et les consommer sans retard. Les bières filantes, visqueuses, vertes, ont été envahies par la fermentation visqueuse ; on les traite par le tannin (8 à 10 grammes par hectolitre) ou le cachou (25 grammes par hectolitre). Les hières putrides doivent être jetées au ruisseau. Il conviendrait d’en faire autant des bières moisies. La bière peut encore avoir le goût de levûre, le goût de soufre, de poix, etc., par suite d’une préparation inhabile et en raison du traitement des tonneaux par la poix, la résine, l’acide sulfureux. On vernit ou l’on goudronne les tonneaux dans lesquels la bière doit être conservée; c’est le moyen d’éviter l’action des ferments logés dans les pores du bois. Il est encore mieux de remplacer, partout où c’est possible, dans l’outillage de la brasserie, le bois par les métaux, le verre, en prenant les précautions nécessaires pour éviter l’introduction, dans la liqueur, de sels de métaux toxiques. Les soudures au plomb sont particulièrement re- doutables. Les antiseptiques appliqués <\ la conservation de la bière sont le bisulftc de chaux et, d’une façon plus répandue, l'acide salicylique, sur les propriétés duquel nous nous sommes arrêté suffisamment. Ni l’un ni l’autre ne sont tolérables. Le chauffage (pasteurisation) à 55-fiO degrés, essayé par Yelten, réussit moins sur la bière que sur le vin; il en altère la finesse de goût. Succédanés du malt et nu houblon. Falsifications. — La bière est, moins encore que le vin, une substance définie dont les éléments doivent rester invariables sous le rapport de la quantité ou de la qualiLé. Toute- fois, la fabrication intentionnelle de mauvais produits n’est pas très com- mune de la part des brasseurs, qui out intérêt à étendre leur clientèle et sont d’abord, en général, leurs propres clients. Lorsque le consommateur chez le débitant rencontre une boisson frelatée, c’est qu’il s’est accompli des opérations de seconde main, dont l’usinier primitif n’est pas responsable. Ce que les brasseurs recherchent, c’est le moyen d’obtenir à moins de frais une boisson plus alcoolique, plus (laiteuse à l’œil et au goût, d’une conservation plus sûre. On y arrive par des substitutions plutôt que par des falsifications véritables. Mais ces substitutions ne sont pas toujours indifférentes pour la salubrité de la bière. 1. Succédanés du malt d'orge. — Les succédanés les plus légitimes du malt sont le maïs, le riz, le blé, etc., crus et moulus, ou convertis aussi en malt, c’est-à-dire germés et desséchés à la chaleur, précaution particu- lièrement nécessaire pour le maïs, qui renferme une huile que la germina- tion lui enlève. Le plus souvent, on ne se sert de ces malts que pour en additionner le malt d’orge, dans les années de cherté de cette dernière. La fécule de pommes de terre, substituée en tout ou en partie au malt, paraît d’un usage assez rationnel, à condition que l’on remplace la diastase par quelque autre ferment. Elle serait, à coup sûr, très économique. Aussi l’a-t-on essayée en Allemagne, avec l’assentiment de quelques-uns et la réprobation de beaucoup d’autres. Il est probable que la vérité est du côté des derniers. Outre que la fécule de pommes de terre n’apporte point de matière azotée, elle fournit un alcool dangereux, comme on le dira. Il est à remarquer que l’emploi d’un amidon quelconque, en guise de malt, est au moins supérieur à l’emploi des mélasses et des sucres en ce que tout amidon fournit, en même temps que le glucose, de la dextrine, dont la lenteur de fermentation a son importance. Pour les bières destinées à une consommation très prochaine, il serait possible d’employer sans inconvénient appréciable du glucose ou du sirop de glucose, si le commerce les fournissait purs, comme le sucre de raisin par exemple. Mais celui-ci est beaucoup trop cher ; l’industrie de la bière a recours au glucose provenant de la fécule, que les procédés chimiques ne savent pas encore purifier convenablement d’une façon économique. Ce glucose conserve toujours un peu de l’acide sulfurique qui a servi à la fabri- cation, du chlorure ou du sulfate de soude ou de magnésie, que l’on retrouve dans les cendres. Les Lillois trouvent un je ne sais quoi de sec à la bière de glucose. — A l’expertise, s’il y a, dans la bière, plus de glucose que de dextrine, c’est qu’on a ajouté du premier. On emploie pourtant le glucose à Berlin (Sell), à Paris, à Lille. A Berlin, des brasseries en renom le font contribuer dans la proportion de 70 p. 100 à la transformation en alcool. En Angleterre, l’impôt sur le sucre de fécule, qui rapportait au fisc, en 1869, 113,600 francs, élevait cette somme à près de 2 millions et demi en 1872. Dans les États allemands, à l’exception de [Hygiène DE L’ALIMENTATION ET DES BOISSONS. l’Alsace-Lorraine, de la Bavière, de Bade el du Wurtemberg, sur 12,701 bras- series, 1629 payaient l’impôt, en 1875, pour des matières dé substitution au malt. Il se dépensait 68,779 quintaux de succédanés contre 8,743,788 quin- taux de malt de céréales. La part de Berlin seul, dans cet impôt était de 77,000 francs (Sell). Les expériences d’A. Schmitz (de Bonn) ont démontré les effets nuisibles du résidu delà fermentation du sucre de pommes de terre ajouté aux bois- sons selon le procédé de Gall. Les essais contradictoires de v. Mehringn’en détruisent pas la signification, bien qu’ils mettent en vue, de leur côté, l’influence des alcools supérieurs développés de ce glucose. 2. Succédanés du houblon. — La substitution à cet élément, de tout ce qui n’est pas du houblon, est une fraude, lors même qu’il ne s’agirait pas d’une substance insalubre. 11 n’est pas rare que la substance employée, simplement amère, soit inerte au point de vue des actions de précipitation et de conservation que le houblon possède; ce qui est déjà une façon de nuire par défaut. Mais quelquefois la substance de remplacement est posi- tivement toxique et le consommateur n’est protégé que par la faiblesse des doses. Rappelons que le lupulin est tonico-excitant, amer, nareotico-sédatif, agissant particulièrement sur le sens génital. On remplace le houblon jeune par le houblon vieux, dans les années où la récolte, peu abondante, fait hausser le prix de la marchandise. On a cherché à préparer, dans les années de bonne récolte, un « extrait de houblon » qui puisse se retrouver dans les moments de pénurie. Il n’y a rien à dire contre ce succédané s’il est réellement fabriqué avec du houblon et s’il n’a pas altéré les éléments essentiels du houblon. Les substitutions les plus ordinaires, selon Wittstein (de Munich), se font avec : acide picrique, noix vomique, brucine, strychnine), bulbes de colchique (colchicine), coloquinte, coque du Levant (picrotoxine), aloès, absinthe, racine de gentiane, ményanthe, bois de quassia. Hager a constaté dans quelques bières la présence de la buxine (du buis); Ch. Girard, le fiel de bœuf dont i à 2 grammes par litre donnent une amertume prononcée à la bière. Sell mentionne : l’écorce de saule, le piment (Capsicum), la jusquiame, la belladone, le chardon bénit (Cnicus bene- dictus), la petite centaurée, etc. Beaucoup de ces substances sont des poisous énergiques; mais, si l’on songe que la présence d’un demi-milligramme de strych- nine dans un litre de bière lui communique une amertume insupportable, on soupçonne que le tort le plus grave que ces substitutions puissent causer aux consommateurs consiste toujours à les priver du houblon et de son action bien- faisante. Pourtant les administrations font bien de ne les point tolérer. Un acte du Parlement anglais a fixé une amende de 200 livres sterling pour Je brasseur qui emploie la coque du Levant et de 500 livres pour le droguiste qui la vend au brasseur. Selon Dielzsch, pour reconnaître in globo que la bière renferme un succédané du houblon, sans déterminer lequel, on traite la bière par une solution d’acétate de plomb jusqu’à ce qu’il ne se produise plus de précipité. On laisse reposer. Si la liqueur redevenue limpide ne possède plus aucune amertume, c’est que la bière ne renfermait que du houblon; le principe amer de celui-ci étant le seul que l’acétate de plomb précipite. 3. Addition de glycérine. — Beaucoup de brasseurs ajoutent à la bière, après la fermenlation, 0,lt)50 à 1 litre de glycérine par hectolitre, pour adoucir l’amertume de celte boisson, lui donner du corps et du moelleux. Il y a, normalement, de 2 à 3 p. iOiiO de glycérine dans les bonnes bières de garde. L’addition de glycérine à la bière comporte les mômes observa- tions que cette pratique a suggérées à propos du vin (Voy. page 1031). Usage «le la bière. — La moyenne de consommation de la bière était, au temps des travaux de Limier : En Franco 21 litres par habitant. Bavière Belgique 219 Angleterre La consommation a certainement de beaucoup augmenté dans notre pays depuis celle époque. En elTel, en prenant pour point de départ la .consommation de Munich, qui est de 400 litres par lêle et par an, nous trouvons, en France, que l’on buvait, en 1886, 301 litres de bière par lète eL par an, à Lille; 238 à Saint-Pierre-Calais; 234 à Saint-Quentin; 220 à Roubaix-Tourcoing; 143 à Dun- kerque; 100 à Amiens; 78 à Boulogne-sur-Mer; 48 à Nancy; 39 à Reims, etc. Paris est au-dessous de 13 litres, avec Rouen, Toulouse, Bordeaux, Orléans, Mar- seille, Tours, Lyon, Limoges, Clermont-Ferrand, etc. La bière, dit Lunier, peut être considérée comme une boisson de premier ordre et qui ne le cède qu’au vin de bonne qualité. Elle apaise la soif, tout en épargnant à l’économie les sueurs abondantes, grâce à ses principes toniques et à l’alcool. Celui-ci n’est pas en assez forte proportion dans la bière ordinaire pour qu’il soit facile d’arriver à l’ivresse; l’alcoolisme aigu ou chronique n’apparaît chez les buveurs de bière qu’autant qu’ils font usage des bières fortes ou que, suivant une coutume trop répandue, ils associent l’eau-de-vie à la bière. Dans le Nord, il est de tradition qu’il faut absolument un verre de genièvre pour « faire couler » la bière. C’est la même chose en Belgique. A vrai dire, cette fâcheuse habitude est quelque peu sollicitée par les bières plates et fades dont l’industrie inonde le pays. Il y a des bières moins saines que d’autres; la bière au glucose renferme ■des alcools particulièrement offensifs. Mais il ne faut pas généraliser l’ac- cusation, et mettre uniformément au compte d’une fabrication déloyale ou malhabile ce qui est souvent le simple résultat d’un excès considérable, de l’intervention de l’eau-de-vie, ou même du milieu atmosphérique, plein d’émanations de gaz d’éclairage et de fumée de tabac, où l’on consomme surtout la bière, en Allemagne, en Flandre, et même à Paris. La bière est plus nourrissante que le cidre et même que le vin, en raison de sa richesse en extrait, de ses matières albuminoïdes et hydrocarbonées, de ses sels. A liantes doses habituelles, elle pousse à l’embonpoint et à l’obésité; il est possible que la dilatation de l’estomac, provoquée par l’in- gestion à grands traits d’une boisson gazeuse et chargée d’extrait, agisse mécaniquement dans le sens du développement de l’abdomen. L’ivresse de bière, a-t-on dit, est stupide, comparée â celle du vin, qui est gaie et bruyante. Ce caractère pourrait être mis au compte de l’huile essentielle du houblon s’il n’était apparent, comme il a été dit, que l’ivresse de bière est souvent de l’ivresse d’eau-de-vie, combinée au tabagisme. En raison de l’action sédative du houblon et de la faible alcoolisation de la bière, cette boisson paraît convenir mieux que le vin aux personnes ner- veuses ou à tempérament bilieux. On dit qu’elle favorise la lactation; elle peut donc être préférée au vin pour les nourrices. Elle agit sur les organes génito-urinaires, en vertu des propriétés du hou- blon, mais évidemment aussi par le fait que, prise toujours en assez grande quantité, elle est diurétique par augmentation de pression vasculaire. Cet ellet a été, avec une certaine justesse, reporté par Rintaro Mori, à l’alcool, qui, comme l’a démontré Tappeiner, est absorbé avec une grande rapidité par l’estomac, entraîne aussi l’absorption du sucre et des sels et, lorsqu’il est accompagné d’une quantité d’eau notable, détermine la polyurie pour la même raison. L’alcool, d’ailleurs, renforce l’action du cœur et, par suite, augmente la pression sanguine et la quantité d’urine, en même temps qu’il relâche les vaisseaux rénaux et irrite directement l’épithélium rénal (Schrôder). On sait que la bière jeune et abondante passe pour produire une blen- norrhagie particulière (la chaude-pisse biéreuse). Lintner attribue ce fâcheux effet à la résine du houblon. Quoi qu’il en soit, la bière jeune, in- complètement fermentée, renfermant encore un excès de levûre qui n’a pas produit son effet, a été accusée par E. Strauss, Grohe, Burkhardt, de provo- quer de la diarrhée, du vomissement, de la fièvre, de la sueur, symptômes d’une mycose intestinale peut-être, et dans tous les cas d’une inflammation catarrhale de l’estomac, par la végétation de Saccharomyces cerevisiæ dans ce viscère. Les remarquables expériences de Simanowsky (de Saint-Péters- bourg), à l’Institut d’hygiène de Munich, semblent confirmer cette étiolo- gie, que Pettenkofer, toutes fois, ne voudrait pas, en pratique, étendre au- delà de la bière troublée par la levûre (fermentation incomplète). Il y a, sans doute, dans les observations scientifiques qui précèdent, de quoi s’expliquer une partie des néphrites et des dilatations de l’estomac des gens du Nord. La meilleure manière d’user de la bière, chez les particuliers, esl de la consom- mer en bouteilles; parce que les petites provisions comportent aussi de petits fûts, légèrement fabriqués, mal vernis, et favorables à l’altération de la bière. Dans les établissements publics, brasseries, estaminets, cafés, où la consommation est large, on peut avoir de petits fûts, qui se montent parfois dans la salle môme de consommation et sont assez rapidement vidés pour que la liqueur n’ait pas le temps de se modifier. Mais un procédé moderne et qui se généralise permet aux débitants de tenir la bière dans des fûts grands et solides, qui ne quittent pas la cave, et où la boisson conserve ses propriétés et sa température fraîche. Nous voulons parler des a pompes à pression. » Pompes à pression de la bière. — Cet appareil se compose d'une pompe foulante qui comprime de l’air (de la cave) dans une caisse métallique, d’où il est conduit par un tuyau jusqu’au tonneau qui renferme la bière. Un autre tuyau sert à l’écoulement du liquide chassé par l’air refoulé et qui peut ainsi s’élever jusqu’à l’étage où se tiennent les buveurs; il suffit de tourner un robinet pour en remplir les verres. Cette pratique a été l’objet d’assez vives controverses, auxquelles elle résiste d’ailleurs fort bien. La pression permet de laisser le tonneau de bière, immobile, à la cave; par conséquent, assure à la boisson une température égale, fraîche si la cave est bonne, et une limpidité plus parfaite qu’elle ne l’aurait dans un tonneau déplacé. Elle retient l’acide carbonique dans la bière, même quand le tonneau est vidé en partie; elle exerce donc une action conservatrice. Il s’ensuit que le débitant peut user de grands tonneaux, à parois épaisses et bien vernies. Enfin, l’incorporation de gaz donne quelque chose d’agréable et de stimulant aux bières faibles et même plates. La plupart de ces avantages servent plus les intérêts du débitant que ceux du consommateur. C’est un assez bon moyen d',écouler des bières médiocres sans que le client se plaigne. Sell a constaté que les vieux Bavarois prisent médiocrement la haute collerette d’écume que leur offre le nouveau procédé. Un reproche plus sérieux est qu’il y a échange, en vertu des lois de la diffusion, entre l’acide carbonique de la bière et l’air de la cave. A la vérité il en est ainsi dans tout autre procédé de vidange des tonneaux; mais, ici, l’échange dure en raison de la capacité des fûts. On a cherché à remplacer l’air comprimé par l’acide carbonique lui-même; mais l’expérience a condamné cet essai; on a reconnu que les acides impurs, employés à la fabrication de CO2, y mêlaient volontiers de l’ar- senic. Il faut tourner la difficulté en assurant l’arrivée jusqu’à la bière d’un air parfaitement pur. Les moyens adoptés dans ce but préviennent également l’accusation qu’il est imprudent d’incorporer à la bière l’air de la cave, si semblable à l’air du sol. Quelques-uns ont disposé l’appareil de façon à prendre l’air sur les toits. Il est plus simple d’adapter à l’entrée de la prise d’air un filtre d’ouate. On a encore conseillé d’installer entre le tonneau et la caisse à air une soupape qui empêche la buée des fûts de rentrer dans celle-ci. On doit exclure formellement de la construction des appareils à pression tout autre mêlai que l’étain pur et leur assurer un lavage facile, exact et fréquent. Ce n’est point trop de les laver à l’eau chaude une fois chaque jour et, à des inter- valles plus longs, d’y faire passer un courant de vapeur chaude. Sincholle a cons- truit un appareil tout exprès pour ce nettoyage à la vapeur. Itiblioarraphie. — List (F.). Der sogenannle « Hamburger Sherry » (Archiv f. Hygiene, I, p. 500, 1883). — Guyot (P.). Nouvelle falsification de la bière (Répertoire de pharmacie', n° 1 1, 1884). — Egoeh (E.). Bcilrag zu den Studien über das Verhültniss von Alkohol zù Glycerin im Biere (Archiv f. Ilyg., II, p. 254, 1884). — Rose. Ueber den qualitativen Nach- weisder Salicylsüure im Bier und Wein (Archiv f. Ilyg., IV, p. 127, 1886). — Simanowsky (N.-P.). Ueber die Gesundbeitssc/uidlichkeit hefetrüber Biere und über den Ablauf der künstlicben Verdauung bei Bierzusatz (Archiv f. Ilyg., IV, p. 1, 1886). — Sendtner (Rud.). Condensecl Beer (Arch. f. Hyg., VI, p. 85, 1887). — Mori (Rintaro). Ueber die diuretische Wirkung des Biers (Archiv f. Ilyg., VII, p. 354, 1887). 3° L.e ciiire. — Le cidre est une boisson alcoolique consommée vulgai- rement dans le nord-ouest de la France. Le terme est devenu presque générique et signifie également le cidre de pommes [pommé) et celui de poires (poiic), dont la production est, d ailleurs, bien moins importante que celle du premier et l’usage moins salubre. Il est produit, moyennement, 11 millions d’hectolitres de cidre par an en France (valeur : 10 francs l’hectolitre). On en boit 470 litres par habi- tant, à Lamballe (Côtes-du-Nord), 325 litres à Saint-Malo, 243 litres à Rennes, 227 à Caen, 219 à Alençon, 91 à Rouen, 34 à Chartres. A Paris, la consommation annuelle est de 500,000 hectolitres. Fabrication du cidre. — Il se fait avec des pommes appartenant à des variétés spéciales et qui n’ont presque rien de commun avec celles qui paraissent sur nos tables. La qualité, le bon état de ces pommes ont une grande importance. On associe habituellement : des pommes douces, des pommes amères et des pommes acides; les pommes amères sont les plus nécessaires; elles donnent un jus dense, qui fermente longuement, et un cidre généreux, de garde: Les pommes, grossièrement broyées, sont mises à cuver pendant vingt- quatre heures au plus, puis portées au pressoir; le premier moût qui s’é- coule donnera le gros cidre, très alcoolique, rarement consommé pur. On défait ensuite la motte pressée et l’on arrose le marc d’une quantité varia- ble d'eau; ce marc est pressuré à nouveau et fournit le petit cidre qui, mé- langé au gros cidre, constitue le cidre mitoyen, ou cidre de ménage. Le moût, sorti du pressoir, est mis à fermenter, soit à l’air (à Jersey), soit dans des tonneaux, dont la bonde reste ouverte. Une fermentation très tumul- tueuse s’empare de la liqueur, le cidre bout, et une écume jaunâtre s’é- chappe par la bonde. Au bout d’environ un mois, quand la densité est à 1035 ou 1042, on soutire le cidre par en haut, au siphon, dans des fûts où l’on a fait brûler un peu d’alcool et où l’on ajoute 1 kilogramme de cachou pour 1,600 litres de cidre. La fermentation continue avec calme, à bonde libre. On ferme quand la densité est réduite à 1022. Hauchecorne a trouvé dans les jus de pommes renommées : eau 800 p. 1000 ; sucre alcoolisable 173; mucilage 12; tannin 5; albumine 3; etc. D’autre part, Boussingault assigne au cidre la composition ci-dessous : Volume. Poids. Alcool absolu 71,3 69,95 Sucre interverti 15,40 Glycérine et acide succinique 2,5S Acide carbonique 13G,0 0,27 — malique 7,74 — acétique traces. Matière gommeuse 1,41 Potasse 1,55 Chaux, chlore, acides phosphorique et sulfurique 0,20 Matière azotée 0,12 Eau 920,78 1020,00 Rabot indique le rapport suivant, qu’il faut retenir en vue des falsifications : Alcool.. Extrait.. Cendres 50 il 60 par litre. 30 — 2,S Pour conserver le cidre, si on ne le met pas en bouteilles, il faut se ser- vir de petits fûts, bien nettoyés et soufrés, et le tenir dans des caves à température faible et constante. Le chauffage pourrait être appliqué avan- tageusement à cette boisson. Le cidre devient âpre et piquant par l’àge; on dit qu’il est paré. Chez les Normands, qui emploient d’habitude l’eau sale des mares (à dessein) pour- la fabrication du petit cidre, ce terme s’applique au cidre amer et acide, c’est-à-dire à peu prés gâté. Ce liquide renferme des acides acétique et butyrique et donne la diarrhée. On met quelquefois le cidre dans des tonnes qui ont contenu de l’huile d’olives. Girardin conseille môme de verser une mince couche d’huile à la surface du liquide, pour empêcher l’accès de l’air et, par conséquent, sup- primer l’action des ferments qui déterminent les transformations fâ- cheuses. Altérations et faisitications (lu cidre. Le cidre se trouble ou reste trouble, quand les fruits ont été de mauvaise récolte, par insuffisance de fermentation alcoolique. Girardin a conseillé d’y ajouter, en pareil cas, un peu de cassonade et de levùre. Le cidre file, devient visqueux et gras: cette maladie guérit très bien par les astringents; 25 grammes de cachou par hectolitre tuent le ferment vis- queux. Le cidre noircit et se tire, par excès de sels alcalins; on les sature par l’acide tartrique, 20 grammes par hectolitre. La pousse se montre au commencement de l’été. On l’arrête par le trans- vasement dans un tonneau soufré. Les fleurs sont dues à l’action de l’air, dans les tonneaux mal bouchés. En remplissant exactement le fût, elles se perdent par la bonde. Le cidre s’altère encore jusqu’à la putridité. A ceci il n’y a pas de re- mède et il ne reste qu’à faire couler le liquide au ruisseau. En dehors de l’addition d’eau et de celle d’alcool, que l’on peut soupçon- ner assez difficilement (Lailler), à cause des grandes oscillations du poids de l’extrait et des variations normales dans la qualité des cidres, les deux falsifications les plus communes sont : 1° la sophistication par les terres calcaires, craie, cendres, faite en vue de saturer les acides; 2° l’addition de sels de plomb, litharge, céruse, usitée pour combattre l’amertume de la liqueur. Pour reconnaître la chaux et la soude, Chevallier décolore le cidre par le charbon animal et évapore à siccité ; il reprend le résidu par l’alcool, qui dissout les acélates; ceux-ci étant séparés des autres sels, on évapore de nouveau l’alcool et l’on détermine par les procédés ordinaires quelle est la base de ces acétates. — On évapore de même pour reconnaître le plomb ; on incinère le résidu et on le traite par l’acide azotique ; après avoir évaporé de nouveau pour chasser l’excès d’acide, on dissout les azo- tates par l’eau; il est facile d’y constater l’azotate de plomb. Les fabricants de cidre (Ch. Girard) ont suivi les errements des mar- chands de vin. Les fermiers de la Basse-Normandie pratiquent deux opé- rations : ou bien ils ajoutent au cidre une proportion d’eau variant d’un An.Noi ld, Hygiène. 2° édit. 07 tiers à un quart, ou bien ils ajoutent à un tiers de bon cidre deux tiers d’une eau dans laquelle on a fait bouillir du houblon, des raisins, de la betterave, ce qui n’empêche pas un nouveau mouillage chez le débitant. On augmente alors la quantité d’alcool soit par vinage direct, soit en ajoutant de la mélasse, du miel, du glucose du commerce. A Paris, les poires sèches, les pommes avariées sont employées à fabri- quer un cidre qu’on mêle aux précédents ou que l’on vend tel. Comme il est difficile h conserver, c’est celui-là qu’il faut bien traiter par le bisulfate de chaux, les acides salicylique, benzoïque, les sels de plomb. Outre la recherche directe de ces prétendus éléments de correction, Ch. Girard indique comme critérium général de la légitimité du cidre la conservation des rapports entre les éléments essentiels, qui a déjà été con- seillée pour l’expertise des vins (Voy. plus haut). Usage d« cidre. — Le cidre, on a pu en juger par sa composition, est une boisson assez inférieure, à laquelle de mauvais procédés de fabrication donnent encore une infériorité plus marquée. La lutte actuelle de la vigne contre le phylloxéra ne parvient pas à lui donner une importance sérieuse. Lunier a montré que la consommation d’eau-de-vie et que les ravages de l’alcoolisme atteignent leurs chiffres les plus élevés dans ceux de nos dé- partements où le cidre est la boisson ordinaire; c’est que, comme les bières plates, le cidre froid et sans vigueur sollicite l’usage de l’eau-de-vie pour aider l’estomac à se débarrasser d’un liquide à peu près inerte par lui-même. Même dans des conditions passables, le cidre fatigue l’estomac et l'in- testin. Les buveurs novices ont la diarrhée au premier pot de cidre. 11 ne faut pas confondre cette diarrhée et la colique qu’elle suppose, avec la co- lique profonde, persistante, extrêmement douloureuse, que Houssard (d’Avranches) appelait « colique végétale », pensant devoir la distinguer de la colique de plomb. On sait aujourd’hui combien sont douteuses ces co- liques avec convulsion intestinale et constipation, qui ne seraient pas la colique saturnine. Si le patient ne l’a pas prise à quelque cidre traité par la litharge ou la céruse, sophistication assez commune, il peut la tenir des pots en étain impur dans lesquels on lire volontiers le cidre et sur les- quels les acides de la liqueur agissent avec rapidité. Cette circonstance appelle au moins certaines précautions dans la ma- nière d’user de cette boisson, déjà médiocre par elle-même. 4° lies esprits, eaux-de-vie et liqueurs. — NOUS avons 1 intention de lixer ici un certain nombre de notions relatives à l’usage de boissons spiri- tueuses qui ont, pour l’hygiène, ce caractère commun de n’être essentiel- lement que de l’alcool (il faudrait dire : des alcools) et de l’eau, avec un parfum dont le rôle est tout extérieur, mais sans aucun des éléments extractifs qui donnent quelque valeur alimentaire au vin, à la bière, au cidre. Toutes doivent ce caractère à l'opération qui les sépare de la gangue de fermentation, à savoir, la distillation. 11 résulte du même fait qu’outre leur privation d’extrait, elles représentent toujours de l’alcool bien moins dilué qu’il ne l’est dans le vin, la bière, le cidre. La distillation porte sur des liquides alcooliques, vin, bière, cidre, poiré ; — sur les marcs de raisins, le moût d’orge, de betteraves, de pommes de terre, de grains quelconques, après fermentation; sur les fruits, les tiges et les racines sucrées, dans des conditions semblables. Les alcools de vin, de cerises, de canne il sucre, sont dits alcools bon goût; ceux de grains, de betteraves, de mélasse, alcools mauvais goût. L’industrie fabrique de ceux- ci des quantités énormes (alcools d'industrie), que l’on rectifie pour leur enlever des essences d’un goût détestable. On appelle plus particulièrement eaux-de-vie les produits qui renferment de 38 ii Cl p. 100 d’alcool, soit qu’on les ait obtenus directement, soit qu’on ait ajouté de l'eau aux alcools rectifiés. Le litre d'esprits est donné aux liquides renfermant plus de 01 p. 100 d’alcool (trois-cinq, trois-six, trois-kuit). La richesse en alcool de ces liquides se mesure, soit avec le liquom'etre de Musculus, soit à l’aide des aréomètres Baumé et Cartier, soit au moyen de l'alcoomètre de Gay-Lussac, dont les degrés expriment la proportion d’al- cool p. 100 que contient la liqueur à la température de 13°. Voici, d’après Girardin, la proportion d’alcool de diverses eaux-de-vie et d’esprits, avec la correspondance en degrés Cartier : DÉNOMINATIONS COMMERCIALES. DEGRÉS CARTIER. DEGRÉS GAY-LDSSAC. DENSITÉ. Eau-de-vie faible 10° 37°,9 0,957 Genièvre 18 ,5 47 ,3 0,941 Wiskey d’Irlande. — Il lui in de la Jamaïque 10 49 ,5 0.93S Eau-de-vie (nrcuve de Hollande) 19 ,23 51 0,936 Double Cognac 22 .10 50 ,2 0.91S Esprit trois-cinq 29 78 0,869 — trois-six 33 85 ,1 0,851 — trois-sept 35 88 ,5 0,840 Alcool rectifié 30 90 ,2 0,835 37 ,o 92 ,5 0,826 Alcool à 40° 40 jû 95 ,9 0,814 — absolu 44 ,10 100 0,794 Substances distillées. — Le vin. — On distille, ou plutôt on distillait les vins de médiocre qualité pour en faire les esprits de Montpellier. Aujourd’hui, l’on préfère viner, avec les eaux-de-vie du Nord, ces vins faibles elles vendre sous cette forme. Les eaux-de-vie supérieures, Charente, Provence, Armagnac, s’obtiennent de la distillation de vins vieux et particulièrement de vins blancs, dans lesquels la pelli- cule du raisin contribue encore au bon goût du produit. L’cau-de-vie est naturelle- ment incolore; elle jaunit par son séjour dans les fûts en bois de chêne. Elle se dépouille en tonneaux et perd de son alcool. Le marc de raisin. — L’eau-de-vie de marcs, Lrès appréciée dans l’Est de la France, a un fumet tout particulier, qui lui ôte beaucoup de valeur. Limier la traite de produit « détestable ». Elle renferme une huile essentielle hydrogénée, huile de pépins de raisins, dans laquelle ou trouve de l’alcool lieptyliquo ou œnnn- thylique (C*IIIG0), de l'alcool octylique ou caprylique (C8Hl80), et, d’après Wurlz, (le l’alcool caproïque (CCH'*0), sans préjudice de l’alcool propylique (C3H80), de l’alcool amylique (CBH120), etc. (Dujardin-Beaumelz et Audigé). L’observation directe (Basset) lui attribue des effets particulièrement funestes, que ne dément point la méthode expérimentale. Le cidre et le poiré. — La production d’eau-de-vie de cette provenance est peu importante. C’esL, du resle, une boisson aussi suspecte que la précédente. Elle con- tient, outre l’alcool éthylique, une certaine quantité d’alcools propylique, buty- lique, amylique, et, selon Basset, des acides malérique et cyanhydrique, du evan- hydrate d’ammoniaque et de l’essence d’amandes amères. Les fruits. — On en distille une très grande variété ; les fruits à noyaux sont particulièrement recherchés pour cet usage, en raison de l’essence et de l’acide cyanhydrique que ces noyaux mêlent au produit. Dans le Doubs, les Vosges, la Haute-Saône, Meurthe-et-Moselle, on fabrique une certaine quantilé d’eau-de-vie de cerises, de quetsches, de mirabelles, d’airelles et même de prunelles sauvages. On connaît à l’étranger la réputation du Kirschwasser de la Forêt-Noire, fabriqué avec des cerises de bois, d’une petite espèce; du Slibowilz de Hongrie, que four- nissent de petites quetsches. L’eau-de-vie d'airelles est également fabriquée à Bade et dans le Wurtemberg. Ailleurs, on distille les baies de genièvre, qui commu- niquent à l’eau de-vie un fort bouquet de térébenthine. Mais, d’ordinaire, la liqueur connue sous le nom de genièvre, Skidam de Hollande, n’est que de l’eau-de- vie de grains qui a distillé sur des baies de genièvre. Il est même possible que quelques fabricants aromatisent simplement ces eaux-de-vie avec de l’essence de térébenthine. Enfin d’autres vendent l’eau-de-vie de grains toute naturelle et l’appellent tout de même genièvre. Nous ne doutons pas que ces procédés flamands n’aient leur pendant en Angleterre à l’égard du gin. Autant que nous ayons pu être renseigné, c’est d’une façon analogue que l’on obtient le kummel, en faisant passer une eau-de-vie de qualité variable sur des semences de carvi. On n’a qu’à ajouter du sirop pour avoir une liqueur. Il ne parait pas que les chimistes et les expérimentateurs se soient exercés sur les eaux-de-vie defruils, dont la constitution apparemment doit différer de celle de l’alcool de vin et peut avoir une influence notable sur les effets de l’ingestion de ces eaux-de-vie chez les consommateurs. Ce qui compense celte lacune, c'est que la production de ces liqueurs, en France du moins, reste dans des limites assez étroites. Les grains. — La distillation des grains, particulièrement du seigle, a pris une énorme extension en France, dans les départements de la Côle-D’or, du Pas- de-Calais, de Seine-Inférieure et surtout dans celui du Nord, où les céréales sont de médiocre qualité en tant que denrées alimentaires. En 1873, la production était de 86,(180 hectolitres. L’eau-de-vie de grains s'appelle skidam en Hollande, Gold-Wasser à Dantzig; ivishy en Écosse et aux États-Unis, arack (du riz) dans le Turkeslan, etc. Le wisky provient, en Écosse, de la distillation de l’avoine. Dans la fabrication, le premier liquide qui passe porte le nom de flegmes. Il renferme de nombreuses substances étrangères et en particulier des huiles em- pyreumaliques odorantes, désagréables, dont on débarrasse les flegmes par des distillations répétées. Les alcools de grains renferment, outre l’alcool éthylique, de l’aldéhyde et de l’acide acétique, dont il est facile de les débarrasser; de plus, des quantités va- riables d’alcools propylique, butylique et amylique, ainsi que les éthers et les acides de ces alcools. Mulder, Kolbe, Glassforl cl Rowney y signalent encore l’éther œnanthique, une huile très odorante (G24H340), des acides œnanthique, mar- garique, caprylique et caprique (Dujardin-Beaumetz et Audigé). En Suède et Norwège, en Écosse (Paul Bert), où la consommation d’eau-de-vie de grains est habituelle, les ravages de l’alcoolisme sont effrayants. Les expé- riences de Dujardin-Beaumetz et Audigé ont donné la mesure de la haute toxicité de ces produits. La pomme de terre. — Très importante en Allemagne et en Irlande, la pro- duction d’eau-de-vie de pommes de terre est encore assez restreinte en France (10,254 heclol. en 1873). Cette fabrication, comme la précédente, donne lieu à des flegmes et à des alcools rectifiés. Les premières renferment beaucoup de substances impures ; les alcools butylique et amylique, d’autres alcools plus hydro- carbures, des acides gras volatils et des produits huileux, parmi lesquels une huile essentielle, qui est un poison violent (Dujardin-Beaumetz). Les désastres observés en Suède, où ils continuent d’ailleurs, par Magnus Iluss, sont dus à la grande consommation, dans ce pays, d’eau-de-vie de pommes de terre. La betterave et la mélasse de betteraves. — Il se fabrique, en France, 1 million et demi d'hectolitres d’alcools de celte provenance ; 630,000 hectol. avec le moût de betteraves; 750,000 heclol. avec la mélasse. Les départements du Nord ont pres- que le monopole de ces dangereux produits. Comme la distillation des grains et de la pomme de terre, celle du moût ou de la mélasse de betteraves donne d’abord des flegmes et il faut soumettre le premier liquide à une série de rectifications. Ces alcools, très toxiques (Ch. Girard), ren- ferment, en outre, des alcools amylique, propylique, butylique, des acides gras libres, pélargonique, caprylique, caprique, et les éthers correspondants. Mélasse de cannes à sucre. — C'est avec elle que l’on fait, aux Antilles, le rhum et le ta6a. Garance. Gentiane. — Dans le département de Vaucluse, il se distille annuel- lement 7,500 hectol. d’eau-de-vie de garance. Dans le Doubs, le Jura et l’Ain, une trentaine d’hectolitres d’eau-de-vie de gentiane. Les villes de France consommaient, en 1886, par tête et par an : Caen, 17 litres d'alcool; Versailles, 16m,88; Rouen, 16,60, le Havre 15,20; Saint-Pierre-Calais, 13; Boulogne, 12,90; Amiens, 12,10; le Mans, 10,30; Rennes, 10; Lorient, 10,40; Paris, 6,50. Les autres villes, pour la plupart, entre 2 et 5 litres. Les départements français qui consomment le plus d’eau-de-vie ou esprits sont ceux qui-boivent le moins de vin: Seine-Inférieure, Somme, Aisne, Mayenne, Calvados, Eure, Pas-de-Calais, Finistère, Nord. Réciproquement, ceux qui en con- somment peu ou point sont les départements vinicoles: Hérault, Gard, Aude, les Charentes, Gers, Pyrénées-Orientales, Tarn-et-Garonne, qui, du reste, produisent aussi essentiellement les eaux-de-vie de vin. On ne saurait trouver un argument plus éloquent en faveur de la culture et de l’usage du vin naturel. Liqueurs proprement dites. — La plupart des boissons qui portent le nom de liqueurs sont préparées avec des trois-six (liqueurs ordinaires) ou des alcools commerciaux (liqueurs fines), mélangés de 1 à 2 parties d’eau et de 125 à 375 grammes de sucre, avec addition d’une essence qui est des- tinée à caractériser la marchandise. Elles ont la même influence hygiéni- que que les alcools qui sont entrés dans la préparation. Il est naturel quo les fabricants ne recourent pas aux eaux-de-vie qui ont par elles-mêmes une valeur au moins égale à celle que pourra atteindre la liqueur. Quelques-unes de ces préparations sont plus compliquées et admettent des principes donl, l’association à l’alcool csl loin d’èlre indifférente. Ainsi, la liqueur d’absinthe, Lunier indique la formule ci-dessous, qui serait celle de {'absinthe fine : Grammes. Feuilles et sommités fleuries do grande absinthe 600 — de petite absinthe 125 Citronnelle (mélisse citronnée) 200 Sommités fleuries d’bysope 225 Angélique (racines) „ Anis vert j000 Badiane 225 Fenouil de Florence 851 Coriandre 225 Litres. Alcool à 85° 10,30 Eau 5 On fait infuser pendant vingt-quatre heures, puis l’on distille; le produit est de 20 litres. Depuis que Marcé et surtout Magnan ont directement mis en cause la plante même d’absinthe, comme jouissant de propriétés convulsivantes, l’industrie fournit, sous divers noms, des absinthes ou des liqueurs de même aspect, qui contiennent peu ou point d’absinthe. Il n’est pas bien sûr que l’hygiène y trouve un gain réel; les consommateurs, trop aisément rassurés, profitent de ce qu’ils échappent au danger de l’absinthe pour user plus largement de l’alcool, dont les effets restent moins incertains que ceux de l’absinthe. Lancereaux se refuse û confondre les manifestations absin- thiques avec l'épilepsie ; elles lui paraissent beaucoup plus rapprochées de l'hystérie. Bohm et Robert (cités par E. Ricklin) n’ont pu obtenir, chez les mammifères, des convulsions épileptoïdes qu’avec des doses d’absinthe tellement fortes qu’il est douteux qu’un homme en prenne jamais assez pour arriver au même résultat. Dujardin-Beaumetz n’a observé, chez le porc, que l'ivresse avec excitation, même avec 1 à 2 grammes d’essence d’absinthe par kilogramme du poids de l’animal. Cependant Laborde et Magnan (1887) ont de nouveau montré expérimentalement que sous l’ac- tion de l’absinthe, l’attaque est bien épileptique. Du reste, l’essence d’anis. qui entre aussi dans la liqueur d’absinthe, n’est probablement pas non plus inoffensive (Bohm et Robert). Le bit ter est préparé d'une façon analogue à la précédente avec 36 à 43 p. 100 d’alcool absolu et les substances suivantes : anis, écorces d’oranges, Calamus aromaticus, baies de genièvre, sauge, grande absinthe, angélique, menthe poivrée, (leurs de lavande, girofle, sucre. La fameuse liqueur de la Chartreuse, avec ses variétés jaune, verte ou même blanche, est évidemment aussi de l’alcool distillé sur des plantes aro- matiques et excitantes, venues des Indes et de Batavia autant que des val- lées des Alpes, et additionné de sirop. Les industriels en robe blanche qui la fabriquent paraissent avoir tenu secret leur procédé, car nous ne le trouvons décrit dans aucun auteur. Il parait y entrer de l’absinthe, et Ion a cru reconnaître des caractères particuliers de gravité aux accidents alcooliques qui proviennent de cette source. générale. | LES BOISSONS. Enfin, le vermouth est moins une liqueur qu’un vin blanc composé, sural- coolisé (17 40 p. 100 d’alcool). Nous parlerons plus loin des liqueurs préparées avec des bouquets artificiels. Variations «le la toxicité «les alcools. — Les alcools autres que l’alcool de vin l’emportent en toxicité sur celui-ci, tellement qu’on les regarde comme des impuretés des liqueurs spiritueuses. Selon Dujardin-Beaumelz et Audigé, qui ont expréssement recherché la dose toxique de divers alcools, isolés ou associés, le môme problème avait déjà été attaqué depuis plus d’un demi-siècle. Pellelan (1823), Fürsler, de Berlin (1843), avaient expérimenté sur des animaux l’huile de pommes de terre (alcools amylique et butylique) ; Cros, à Strasbourg (1863), s’était spécialement occupé de l’action de l'alcool amylique; W. Richardson avait comparé l’action des alcools éthylique, butylique et amylique; Rabuleau (1870), à la suite d’expériences sur les alcools éthylique, butylique et amylique, avait formulé comme une loi probable que: dans toute la série alcoolique quia pour formule générale (CnH2fl -+- 20),l’action toxique doit être d'autant plus élevée que le groupe H est représenté un plus grand nom- bre de fois. Dogiel, de Kasan (1872), était arrivé aux mêmes résultats. Enfin, Lus- sana et Albertoni étudiaient l'alcool éthylique en Italie, dans le même temps que Dujardin-Beaumetz et Audigé expérimentaient en France. Nous devons à ces deux savants d’avoir répondu d’une façon méthodique et sûre, au moins en ce qui concerne les accidents aigus de l’alcoolisme, à la question pré- cise, posée autrefois par J. Bergeron, avec une remarquable intuition de vérités considérables : « L'origine des alcools exerce-t-elle une influence appréciable sur la nature et l’énergie de ses effets? » Nous résumerons leurs principaux résultats. On notera que les auteurs ont expérimenté sur le chien, parla méthode des injections sous-cutanées; qu’ils enten- dent par « dose toxique limite », dans ces conditions, la quantité d’alcool pur (100° Gay-Lussac à 13°,3 de tempérât.) qui, par kilogramme du poids de l’aminal, est nécessaire pour amener la mort en vingt-quatre à trente-six heures, avec abais- sement graduel et persistant de la température. A. Tous les alcools expérimentés se sont montrés doués de propriétés toxiques, sauf l’alcool cétylique (insoluble). * Pour les alcools ayant la meme origine, 1 action toxique estil’aulanl plus intense que leurs formules atomiques sont plus élevées (Voy. tableau, page 101 G). Il faut, pour qu’un alcool jouisse de propriétés toxiques, qu’il soit soluble ou trouve dans l’économie des substances qui permettent sa dissolution. La présence des aldé- hydes et des éthers dans les alcools augmente le pouvoir toxique de ceux-ci. Dans le cas de mélange, les pouvoirs toxiques s’ajoutent. Quant à la forme des accidents, elle a présenté trois périodes: une première. d'ébriété ou d'excitation; une seconde, de résolution, eL une troisième, de collapsus. Les chiens très jeunes, mais surtout les chiens âgés, sont ceux qui résistent le moins a l’action toxique des alcools. Comme lésions, l’intestin est congestionné, et même ecchymosé ; le foie, ramolli, friable, congestionné; les cellules hépatiques sont détruile's en parlie; la rate est a peu près dans le même état. Les poumons sont congestionnés, hémorrhagiques ; le sang est noirâtre et forme des caillots dans le cœur. Il y a une congestion vei- neuse, énorme, des méninges, gagnant quelquefois la substance grise cérébrale. Les désordres, peu marqués du côté des reins, le sont considérablement dans le glycérisme aigu. B. Si, au lieu d’essayer l’action des alcools purs et isolés, l’on interroge l’expé- rimentation sur le compte des eaux-de-vie et alcools du commerce, on arrive à cette conclusion, que: tous les alcools et eaux-de-vie du commerce sont toxiques et que leur action nocive est en rapport : 1° avec leur origine; 2° avec leur degré de pureté. Ces produits se rangent, sous le rapport de la nocivité, dans un ordre ascendant, que les expériences directes de Dujardin-Beaumelz et Audigé permettent d’établir comme ci-dessous: Nature des liquides. Doses toxiques. gr. 1. Alcools et eaux-de-vie de vin 7,50 2. Eaux-de-vie de poiré 7,35 3. Eaux-de-vie de cidre et eaux-de-vie de marcs de raisins... 7,30 4. Alcools et eaux-de-vie de betteraves 7,20 à 7 5. — — de grains 6,15 à 6,90 6. — — de mélasse de betteraves 6,90 7. — — de pommes de terre 6,90 à 6,80 Ce tableau est, d’ailleurs, en parfaite conformité avec les découverXes d’Isidore Pierre relativement à la présence simultanée de plusieurs alcools distincts dans les eaux-de-vie du commerce, y compris l’eau-de-vie de vin authentique, où l’alcool éthylique prédomine, mais n’est pas absolument seul, puisque la dose toxique de cette eau-de-vie se présente plus tôt que celle de l’alcool éthylique. En prenant les impuretés de certaines eaux-de-vie, telles que celles de la com- pagnie débilante de Stockholm (pommes de terre), Dujardin-Beaumelz et Audigé ont trouvé des liqueurs toxiques à 4sr,80 d’alcool absolu par kilogramme. Les « huiles » de pommes de terre ont tué les animaux à la dose de 2sr,75et 2sr,G0 par kilogramme. A l’élranger, Schmitz, Slutzer et Reilmair, Baer, Bodlander et Traube, Brockhaus et d’autres, ont confirmé entièrement ces résultats. En Allemagne, les impuretés de l’alcool portent le nom de Fusel ou de Fusclôl, qui commence à être connu en France. « Le Fusel, dit Stutzer, est un produit latéral qui se forme, dans la fabri- cation de l’eau-de-vie, de certaines substances renfermant de l’amidon. Les chi- mistes appellent alcool amylique l’élément capital du Fusel, auquel peuvent être mêlés de faibles quantités d’alcool propylique ou butyliquc. » Dans notre pays, Laborde et Magnan ont repris, avec quelques variantes, les- expériences de Dujardin-Bcaumetz et Audigé. Us ont, en outre, signalé dans les « alcools d’industrie » la présence de la pyridine, dont l’action est connue, et du furfurol. Le furfurol, ou aldéhyde pyromuciquc Cl0H'*Ol, se trouve dans les alcools de grains, d’avoine, de seigle, d’orge. 11 se produit vraisemblablement dans la sac- charification sulfurique des céréales et passe dans les produits de la distillation du liquide fermenté. On l’obtient, du reste, par l’action de l’acide sulfurique étendu sur la farine d’avoine ou sur le son. C’est un liquide incolore, d’une odeur rappe- lant à la fois celle de l’essence de cannelle et celle l’essence d’amandes amères. Sa densité est de 1,68 ; il bout à 162 degrés. Le furfurol reste, par conséquent, en grande partie, dans les résidus laissés par les alcools de grains après la distil- lation. En Écosse, on donne aux paysans, pour un sou, un grand verre de ce li- quide résiduaire. Or, le furfurol est un toxique épileptisanl, doué en outre d’une influence inhibitoire sur le poumon. Cette formule, qui résulte des expériences de Laborde et Magnan, est aussi à peu près celle de Lépine. Enfin, depuis quelques années, les chimistes ont reconnu, dans les alcools, la présence d'alcaloïdes d’une série voisine de la série pyridique (Morin et Claudon), dans la proportion de o à 22 milligrammes (Lindet), en de certaines eaux-de-vie. Celle de ces bases que R. Wurlz a essayée est un toxique modéré des centres ner- veux. Il ne peut guère paraître douteux que les fâcheux effets des eaux-de-vie consommées dans notre époque, que les progrès de l’alcoolisme, en d’au- tres termes, ne soient dus pour une forte part à ces impuretés des alcools, aux alcools supérieurs. Et, comme les esprits de grains et de pomme de terre, issus de substance amylacée, sont particulièrement riches en alcools lourds, c’est bien aux alcools d’industrie que revient la responsabilité de cette plaie moderne, plus sensible encore chez les peuples de race germa- nique ou anglo-saxonne, que chez nos compatriotes. Cependant je n’hésite pas à exprimer l’avis que la quantité extraordi- naire d’alcool (plus de 2 millions d’hectolitres par an, en France), répandu sur le monde par la distillerie, et le bon marché relatif de ce produit, ne contribue pas beaucoup moins que la qualité à exaspérer le fléau de l’al- coolisme. En effet, comme le fait remarquer Vallin, les eaux-de-vie de vin d’autrefois n’étaient nullement exemptes d’alcools supérieurs; c’est préci- sément sur des alcools de vin qu’Isidore Pierre a démontré les produits impurs dits mauvais goûts de tête et mauvais goûts de queue; et Ordonneau, distillant 300 litres d’eau-de-vie de Cognac de vingt-cinq ans, authentique, trouvait, dans l’alcool de queue, 1,200 grammes d’un produit possédant l’arome particulier de l’eau-de-vie mise en œuvre. Selon lui, l’eau-de-vie de Cognac renferme, par hectolitre : alcool propylique normal, 40 gram- mes; alcool amylique 83Rr,80; alcool butylique normal 2l8Rr,60, etc. Le mauvais goût des alcools d’industries viendrait de l'alcool isobutgliquc, qui se produit dans la fermentation par la levûre de bière, et il faudrait rempla- cer celle-ci par la levure elliptique.—Mais l’eau-de-vie de Cognac de vingt- cinq ans coûte 20 francs la bouteille et, pour celte raison, ne contribuera jamais à propager l’alcoolisme. Quoi qu il en soit, les Allemands cherchent â fixer une limite à la pro- portion de Fuselai, que 1 hygiène interdirait de dépasser. Baer avait autre- fois proposé 0,3 p. 100. Or, il est rare que les alcools, môme du plus bas prix, atteignent à ce chiffre. Bodlilnder et Traube estiment qu’on peut le ramener à 0,1 ou tout au plus 0,13 p. 100. La formule tend, aujourd’hui, à devenir celle-ci : « l’alcool doit être le plus pur possible, » et môme, en considérant que l’industrie peut arriver assez aisément à séparer les alcools supérieurs, Baer déclare, en 1887, que « l’alcool destiné à la consommation doit ôtre absolument purifié et libre de Fusel. » Recherche des impuretés de l’alcool. — Le procédé Savalle, ou Savalle-Stenberg, est une méthode colorimétrique. On mélange dans un ballon 10 centimètres cubes d’alcool avec 10 centimètres cubes d’acide sulfurique; on chauffe; le liquide, refroidi, est versé dans un flacon carré de 20 centimètres cubes, bien calibré, et l’on compare la teinte qu’il présente avec celle de plaques de verre jaune, d’épaisseur croissante et numérotées de 6 à 8. Les degrés correspondent à des dix-millièmes. Ainsi, le chiffre de 4 degrés, adopté,comme moyenne à la Bourse, correspond à 0,4 p. 1000. Malheureusement, cette réaction n’indique pas plus par- ticulièrement l’alcool amylique, propylique, etc., ni dans quelles proportions res- pectives ils existent. En général, le premier l’emporte. Le procédé d’Yvor Bang semble présenter d'autres garanties. Les réactions sur lesquelles il repose sont les suivantes (Vallin) : « 1° Les alcools de queue (amylique, isobutylique, etc.) sont entièrement solubles dans les hydrocarbures lourds ou légers (huile ou essence de pétrole), tandis que l’alcool ordinaire y esL tout à fait insoluble, lorsqu'il est suffisamment étendu d'eau (phlegme à 30 p. 100 d’alcool, par exemple). « 2° L’aldéhyde et les autres produits de tâte sont insolubles dans les hydrocar- bures, mais les composés que forment les produits de tête se dissolvent inté- gralement dans les hydrocarbures, losqu’on les met en présence des alcalis (polymérisation). Ces combinaisons des aldéhydes avec les alcalis sont solubles dans l’alcool qu’elles colorent d’une manière plus ou moins intense selon leur quantité. Des traces de ces corps polymères sont décelées par la coloration qu’elles communiquent à l’alcool. « 3° L’acide sulfurique concentré enlève à l’hydrocarbure la totalité des alcools de tête et de queue qui s’y trouvent dissous, les premiers à la faveur de la soude ou de la potasse, les seconds spontanément, par leur conlact avec l’hydrocarbure. » Voici comment on utilise ces réactions. — Pour rechercha' les alcools de tête : « Dans 30 à 60 centimètres cubes d’alcool à essayer, on verse une solution con- centrée de potasse ou de soude; on mélange les deux liquides et on porte la tem- pérature de ce mélange vers 60°, au bain-marie. Si l’alcool renferme des pro- duits de tète, la liqueur prend, dans l’espace de quelques minutes, une teinte qui varie du jaune paille au noir, suivant la quantité d’aldéhyde. A froid, la réaction s’opère également, mais elle exige un conlact de vingt-quatre heures avec 1 alcali. « Si l’alcool essayé contient des aldéhydes, il est inutile d’aller plus loin, puisqu il doit, par cela seul, être repoussé de la consommation. » Pour la recherche des alcools de queue, « on prend 30 il 60 centimètres cubes de l’alcool il essayer : on y verse, en agitant, de l’hydrocarbure léger, jusqu’il ce que celui-ci cesse de s’y dissoudre instantanément. On étend le mélange de cinq à six fois son volume d’eau ordinaire (l'eau alcoolisée ne dissout pas trace d’hydrocarbure) ; l’hydrocarbure se sépare eL surnage. On le décante dans un flacon bouché a l’émeri et on y ajoute quelques centimètres cubes d’acide sulfurique concentré; on agile et on colore — en jaune, si l'alcool isobulylique domine; — en brun, si c’est l’alcool amylique, l’acide sulfurique qui s’est ressemblé au fond du flacon. Tout alcool qui résiste à cette double épreuve est de l’alcool éthylique pur et devrait seul être livré à la consommation. » La méthode de Rose, usitée en Suisse, consiste à mélanger l’alcool en essai avec une certaine quantité de chloroforme et à constater, sur une échelle graduée, l’augmentation de volume du chloroforme qui se produit. Le chloroforme, en effet, dissout toutes les impuretés de l'alcool. Le furfurol colore en rouge l’acétate d’aniline. Rectification des alcools. — II est reconnu que les plus mauvais alcools sont fournis par les petits distillateurs, mal habiles et mal outillés; ce que l’on appelle, en France, les bouilleurs de cru, dont il existe 500,000 dans notre pays, qui pro- duisent par privilège plus d’un million d’hectolitres d’alcool détestable. L’autre million, fourni par la grande industrie de la distillerie, est-il absolument pur? nous ne le croyons guère. Mais, au moins, cette industrie le professe et accepte l’obligation de rectifier ses alcools. Il y a un assez grand nombre de moyens d’avoir de l’alcool d’industrie pu ou rectifié. Le plus simple, sinon le moins coûteux, consiste à séparer, à la distilla- tion, les produits qui passent les premiers, aldéhyde et analogues, alcool de tête; puis, à arrêter, de même, la distillation au moment où se présentent les alcools les moins volatils, amylique, propylique, etc., alcool de queue. Malheureusement, l'alcool de cœur ne représente pas plus de 40 p. 100 des flegmes. On recommence la distillation avec ce qui reste; mais c’est un procédé coûteux autant qu’imparfait. Laurent Naudin a proposé de produire, par voie électrique, de l’hydrogène nais- sant qui se fixerait sur l’aldéhyde (C4H402) et le convertirait en alcool vinique (C'IFO2). Mais ce moyeu n’influence pas l’alcool amylique. La rectification sur le charbon enlève une partie de ce dernier, mais point les autres ; d’ailleurs, elle esL dispendieuse. On réussit assez bien à n’obtenir que de l’alcool éthylique au moyen de la fermentation basse, par du saccliaromyces ellipsokleus pur; mais il n’est point aisé, sans glacière, de maintenir la fermentation au-dessous de 10 degrés. La méthode industrielle de Bang traite les flegmes par la soude caustique, qui sature l’aldéhyde, et ensuite par un hydrocarbure, qui enlève les produits de queue. On reprend les alcools supérieurs à cet hydrocarbure par l’acide sulfurique. Falsifications îles caux-«lc-vie et liqueurs. — La falsification la plus grave de tous points, parce qu’elle attente ;\ la santé du consommateur et parce qu’elle est un vol, consiste à donner une eau-de-vie d’origine inférieure les apparences d’une eau-de-vie devin en réputation et à la vendre sous le titre d’eau-de-vie de Languedoc, de Cognac, etc. Avec une certaine quan- tité d’alcool de grains, de l’eau, du sucre, du caramel, du poivre, une goutte d'acide sulfurique, un peu d’éther œnanthique, rien n’est plus facile que d’obtenir après filtration une liqueur ambrée, chaude, mordante, d’un bou- quet décidé, que neuf personnes sur dix accepteront comme du cognac, et, au besoin, comme de la fine champagne. Une bonne moitié des liquides qui se vendent sous ce nom sont purement artificiels. Lh. Girard a communique les deux recettes suivantes pour faire du cognac ou du rhum : bouquet de cognac. Cachou pulvérisé Sassafras . 250 gr. . 408 bouquet de rhum. Éther butyrique Fleur de genêt . 500 Teinture de vanille... Thé suisse (véroniquo) 192 Essence de violette... Thé Hiswin . 128 Alcool à 90"... Capillaire du Canada 128 Extrait de raisins secs.. Bois do réglisse 500 Un peu de vrai rhum Alcool ont. Le bouquet de kirsch se donne avec la nitrobenzine brute ou avec l’eau de laurier-cerise. Les bouquets fins se préparent avec un mélange d’acide cyan- hydrique, d’aldéhyde benzoïque ou essence d’amandes amères et de benzonilrile ou de cyanure de phényle. L’essence de reine des prés, qui entre dans le vermouth et le bit ter, est remplacée pas Valdéhyde salicy tique, épileptisant; l’essence de gaultheria procumbens ou de Winter-Green, par le salicylate de méthyle, convul- sivant. Le bouquet de l'essence de noyaiL est composé de benzonitrile et d’aldéhyde benzoïque, toxiques (Laborde et Magnan). Il faut l’intervention d’un chimiste habile pour reconnaître les éléments de ces falsifications. Mais l’on peut, d’une façon générale, constater qu’on a affaire à un produit fabriqué, le plus souvent, par la démonstration des impuretés de l'alcool. Les fraudeurs, en effet, ne se donnent pas la peine de prendre des alcools raffinés, qui coûtent cher. Vallin en cite, qui achètent, à 45 francs l'hectolitre, l’alcool dénaturé par le fisc à l’aide du métylène et de l'acétone et ne semblant plus devoir servir qu’à la fabrication des vernis; on en fait de l’absinthe et autres liqueurs à goût très fort, qui masquent l’àcreté du spiritueux employé. A vrai dire, il est des eaux-de-vie de bouilleurs de cru, tout aussi infectes, sans avoir été dénaturées. L’industrie et la chimie ont, jusqu’à présent, singulièrement favorisé l’alcoo- lisme. 11 semble se faire temps qu’une autre chimie et une autre industrie travail- lent en sens contraire. Usage dts alcools. — Autant nous avons fait bon accueil, au point de vue de l’hygiène, à la bière loyale, au cidre bien fait, et par-dessus tout au vin naturel, condiments pleins de séduction et qui ne deviennent offensifs que par un abus décidé, autant nous hésitons vis-à-vis des esprits, de ce que l’on appelle plus spécialement Yalcool. Tout d’abord, nous ne l’admettons que pur ; réclamer l’alcool de vin, aujourd’hui, serait trop exiger. Puis nous le tolérons aux malades; l’offi- cine de la pharmacie est sa vraie place. Encore ne faudrait-il pas que, sous prétexte de potion de Todd, on mît les pneumoniques sur le chemin de l’alcoolisme et que la cirrhose résultât de la thérapeutique. Enfin nous pensons qu’il est moins dangereux aux hommes qu’aux femmes, dans l’âge mûr que dans la jeunesse, dans les pays froids que sous les climats ardents, et qu’il est difficile de ne pas faire, à cet égard, quelques concessions aux ouvriers et, peut-être, dans des cas donnés, aux soldats, jusqu’à ce qu’on ait trouvé mieux. On ne consomme pas, d’ordinaire, l’alcool aux doses employées par les expérimentateurs, et il n’arrive pas dans le sang par l’estomac aussi vite qu’avec l’injection hypodermique. Même par le procédé expérimental, il faudrait 442 grammes d’alcool absolu de pommes de terre, c’est-à-dire en- viron 1 litre de cette eau-de-vie, pour empoisonner un homme du poids de 65 kilogrammes. Sauf de très rares exceptions, qui du reste confirment les résultats des expériences, un homme ne boit pas I litre d’eau-de-vie en quelques instants, ni môme en un jour. Mais qu’il y emploie quatre jours, huit, dix jours; ne s’est-il pas procuré, à chacun de ces jours, une fraction d’empoisonnement qui a détruit quelque chose de ses forces vives et dont il est inévitable qu’il reste des traces matérielles et profondes? Les nouvelles recherches de Dujardin-Beaumetz et Audigé sur Yalcoo- lisme chronique n’ont pas notablement éclairé la question. A vrai dire, elles ont eu pour objet des porcs, dont le petit cerveau n’est pas comparable à celui de l'homme. Toutefois, les animaux intoxiqués chroniquement avaient du tremblement, et bien qu’ils fussent gras, leur chair avait mauvais aspect et était le siège d’hémorrhagies interstitielles. Les auteurs sont, du reste, arrivés à conclure que l’alcool est un aliment d’épargne, parce qu’il ralentit les combustions, en soutirant une certaine quantité d’oxygène aux globules sanguins. Nous avons dit ce que nous pensons de cette théorie. Ce n’est pas le lieu de parcourir les nombreuses manifestations cliniques de l'alcoolisme. Signalons seulement, comme une des préoccupations qui appartiennent à l’hygiène, les conséquences de l’alcoolisme pour la descen- dance des intoxiqués, la déchéance de la famille et de la race, et les crimes ou délits qui relèvent de l’ivrognerie ou de la folie ébrieuse. Prophylaxie «1e l’alcoolisme. — 1° Le premier de tous les moyens, le plus sùr probablement, consiste à répandre dans le peuple Y instruction générale et un peu aussi l’instruction spéciale, en ce qui concerne les no- tions d’hygiène les plus importantes. L’instruction relève du même coup l’éducation populaire; or, rien n’attente aussi brutalement à la dignité hu- maine que l’ivresse et l’ivrognerie. 2° En Angleterre, en Amérique, en Allemagne, on forme des Sociétés de tempérance. La première fut fondée en 1829 par Fat hcr Mathew, Irlandais. C’est alors que prit naissance le mot de teelotalers, dont l’origine est assez bizarre. Les adhérents de ces sociétés font vœu d’abstinence complète de boissons alcooliques, et beaucoup sont fidèles. D’autres sociétés philanthropiques établissent des cafés dans lesquels on ne vend pas d’alcool; il en existe, paraît il, 1,314 de cette sorte dans le Royaume-Uni d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, dont 562 à Londres. Gum- precht a montré comment une société de ce caractère, fondée à Golhen- burg, il y a une trentaines d’années, est parvenu à acquérir peu à peu presque tous les cabarets du lieu et à les transformer en cafés sans alcool. L’exemple s’est propagé à la Suède et a eu assez de pouvoir pour réduire de 40 litres à 12 litres par tête et par an la quantité d’alcool que l’on buvait jadis dans ce pays. 3° L’Amérique a créé les « maisons d’ivrognes » (,habituai drunkards homes), autorisées pour la première fois, en 1854, dans l’État de New-York, sous ce prétexte que l’ivrognerie, chez les Américains, n’est pas un vice, mais une maladie, une névrose, souvent héréditaire. Le dipsomane y fait abandon provisoire de sa volonté et môme de sa liberté, en vue du traite- ment qui lui est nécessaire. Quelques-uns de ces malades (?) guérissent effectivement et d’une façon durable. En -1879, l’asile de Lintorf, près de Düsseldorf, qui était déjà une maison pour l’amélioration des mauvais sujets, est devenu un asile d’ivrognes (Trinkerasylum), à 1 instar des établissements américains (Pelman). Depuis lors, il s’en est ouvert d’autres, à Wilmersdorf, près de Berlin, à Marbach, sur le lac de Constance, à Zwischenahn (Oldenbourg). 11 y en a môme un pour les dames du meilleur monde. L’Angleterre en possède plusieurs, dont deux aux environs de Londres. On n’y est reçu qu’après avoir signé un écrit dans lequel le client précise le temps qu’il consent à passer à l’asile. S’il en sort avant ce délai, il peut être poursuivi et réintégré par la police. L’asile de Fort-Hamilton (New-York) est resté le type du genre. La mé- thode ne paraît pas se répandre et ne donne pas des résultats étonnants. Sans blâmer ce qui se passe à l’étranger, Foville pense, avec raison, que ces modes de l’Assistance n’auraient, en France, aucun succès. 4° Beaucoup de pays ont des lois répressives de l’ivrognerie ou tout au moins de lYwesse 'publique. En France, la loi du 23 janvier 1873 prévoit l’amende, et môme la prison en cas de récidive, pour cette dernière forme. Les agents de police des grandes villes ont l’air d’être chargés de ne pas l’exécuter. La loi anglaise (Habituai drunkards Acl, 1879) ne semble pas être plus efficace. 5° Tous les hygiénistes réclament la diminution du nombre des cabarets. En France, pour ouvrir un débit, il suffit de déclarer qu’on en a l’intention. C’est d’un grand libéralisme. Mais nous arrivons à avoir 400,000 débits, c’est-à-dire un pour 90 habitants. Le département du Nord en a plus de 30,000 à lui seul, environ 1 cabaret pour 50 habitants. La plupart des débits de tabac vendent en même temps des liqueurs. De telle sorLe que, non seulement on peut se livrer à l’alcoolisme sans aller bien loin, mais même que l’alcoolisme poursuit ses victimes et se met en travers de leur passage. Il est évident que ce serait largement assez d’un débit pour 200 habitants. Berlin avait, en 1886 (Wasserfuhr), 2,231 débits de Schnaps, sans parler d’environ 6,000 établissements à bière. 6° Nous avons déjà déclaré que nous voudrions voir prohiber absolument le vinage. Nous maintenons que ce doit être la formule de l’hygiène. Pour les administrations, il est évident qu’il serait dilficile de savoir si l’on a ajouté 2 ou 3 p. 100 d’alcool à du vin qui ne marquait que 7 ou 8. Nous pensons qu’elles peuvent, inglobo, traiter comme alcools tous les vins qui marqueront plus de 12 degrés alcooliques centésimaux. A moins que l’on n’arrive à une loi analytique, comme en Angleterre, qui fasse varier les droits d’octroi des vins suivant leur valeur et leur degré d’alcoolisation. 7° On propose communément que les gouvernements encouragent la pro- duction du vin, de la bière, dégrèvent le sucre, le café, le thé, tandis qu’ils augmenteraient les impôts sur l’alcool. C’est beaucoup moins facile à met- tre en pratique par les gouvernements, qui tirent d'énormes revenus de la production et du commerce de l’alcool. Peut-être y aurait-il moyen de tout concilier en remettant au gouvernement le monopole de l’alcool (Alglave), comme il a celui du tabac, avec un succès incontestable pour ses caisses et pour les consommateurs. L’État gagnerait toujours beaucoup d’argent; seulement, il va de soi que scs alcools seraient parfaitement raffinés; et s’ils devenaient une consommation de luxe, ou simplement une denrée qui ne se jette pas à la tète des clients, l’hygiène finirait peut-être par céder quelque chose de ses formules de réprobation. Mais le monopole ne plaît pas aux puissants producteurs de noire époque; on sent entrer en conflit « les capitaux considérables consacrés par les fabricants d’alcools à l’exploi- tation de leur industrie», et « la nécessité primordiale de mettre en garde les consommateurs contre la toute-puissance de ces industriels ». Ce n’est généralement pas cette considération qui l’emporte dans la balance des commissions parlementaires. En attendant, le gouvernement allemand a obtenu ce monopole (1887). Bibliographie. — Dujardin-Beaumetz et Audigé. Recherches expérimentales sur la puis- sance toxique des alcools. Paris, 1879. — Lancereaux. 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L’alcool, au point de vue chimique, agricole, hygiénique el. fiscal. Paris, 1888. XI. La défense contre les falsifications alimentaires. Les falsifications des denrées alimentaires, solides ou liquides, n’ont jamais atteint un degré si élevé de fréquence, de variété et, si l’on peut dire, de délicatesse, que dans notre époque, où l’art de frauder est devenu scientifique, où la grande industrie, qui fabrique des couleurs et des bou- quets pour nos aliments et nos boissons, paye généreusement les chimistes qui l'y aident; à tel point que l’autre partie de la science, qui nous pro- tège, a peine à les suivre. On ne s’étonnera donc pas que cette défense, dont la nécessité hante l’esprit de tous les hygiénistes, se retrouve à l’ordre du jour de tous les Congrès d’hygiène et fasse un paragraphe de ce livre. La défense contre les fraudes alimentaires peut être envisagée dans diverses situations, qui se hiérarchisent : chez les particuliers (consomma- teurs, cela va sans dire); de la part de la commune; du département, de l’État; enfin elle pourrait être internationale. 1. Les moyens des particuliers sont si faibles que l’immense majorité des gens trompés renoncent à s’en servir. Le plus simple consiste à changer de fournisseur; mais celui que l’on reprendra ne vaut pas mieux, s’il n’est pire. Un autre, d’apparence sérieuse, est le recours aux tribunaux, la de- mande de dommages-intérêts et de l’application des peines prévues par tous les codes du monde, spécialement par notre Code pénal {Art. 57, 58, 387, 423, 477) et par nos lois des 27 mars 1851 et 5 mai 1885. Mais ces peines sont légères, n’effrayent guère les délinquants et seraient pour les plaignants une satisfaction si médiocre qu’on aime autant ne pas se dé- ranger. D’ailleurs il y a un écueil grave et bien fait pour retenir l'homme la plus disposé à poursuivre. Brouardel l’a nommément signalé. 11 n’est pas un ingrédient destiné à falsifier notre nourriture qui ne puisse compter sur deux ou trois chimistes éminents, décidés à le présenter comme inolîensif et, au besoin, comme très utile. Dans ce cas, les juges doutent et ne se disent pas que c’est toujours un tort d’introduire dans les aliments quelque chose qui leur est étranger et, surtout, qui est étranger à l’économie. Or, le doute des juges, c’est l’acquittement du prévenu. Une façon, pour les particuliers, de résister puissamment aux entreprises des fraudeurs, c’est l'association. 11 existe, dans presque toutes les grandes villes, des sociétés de consommation, qui ont leur boucherie, leur boulan- gerie, leur épicerie, et se donnent des denrées irréprochables. Nous avons dit quelques mots précédemment (p. 019) des compagnies laitières. Les hygiénistes ne sauraient trop protéger ces associations. 2. Toutes les lois municipales donnent aux maires (au préfet de police, à Paris) le droit de défendre, par des arrêtés ou des ordonnances, le débit, l’exposition et la détention de denrées qui sont de nature à nuire à ceux qui les consommeraient. Il n’est pas rare de rencontrer des autorités muni- générale.] LA DÉFENSE CONTRE LES FALSIFICATIONS ALIMENTAIRES. cipales qui exercent ce droit et protègent énergiquement leurs subordonnés. C’est sur lui que reposent la création et le fonctionnement des Laboratoires, municipaux d'analyse (Turin, Paris, Lisbonne, Le Havre, Reims, Bruxelles, New-York, etc.), et le rôle si actif des Analysis Anglais, qui relèvent d’ail- leurs du Local Government Doard. Nous retrouverons ces institutions à la 111e Partie ; mais nous devons noter dès maintenant que celte protection est encore souvent en défaut. D’abord, parce que tous les maires ne sont pas suffisamment indépendants de leurs administrés (j’allais dire de leurs élec- teurs), dans certains pays; puis, parce que, grâce à une législation insuf- fisante ou obscure, â une répression par trop insignifiante, les mêmes incertitudes, les mêmes confiits, les mêmes déboires, que nous signalions plus haut, dans les rapports des particuliers avec la justice, se représen- tent fréquemment entre celle-ci et les administrations. 3. Dans le département ou la province, le préfet ou le gouverneur a un réel pouvoir contre les falsifications alimentaires, lorsqu’il est compétent ou qu’il est assisté d’un conseil spécial et surtout d’agents en possession des connaissances nécessaires de chimie et d’hygiène. 4. Dans l’État, les Assemblées législatives font des lois que les gouverne- ments promulguent. Les ministres prennent, en outre, des arrêtés, ren- dent des décrets, publient des circulaires, qui deviennent des hases pour la poursuite de la part des magistrats représentant le gouvernement dans les actions judiciaires (les procureurs généraux, en France). Ce moyen est excellent, parce que les décisions ministérielles n’apparaissent d’ordi- naire qu’après une mûre étude de la question par les conseils compétents (en France, le Comité consultatif d’Hygiène publique, l’Académie de méde- cine; en Allemagne, l’Office sanitaire, etc.). Dans notre pays, il est seule- ment un peu long et les intérêts particuliers, souvent considérables, retar- dent parfois d’une façon extraordinaire l’entrée en vigueur des dispositions les plus salutaires, ainsi que nous l’avons vu au sujet de la circulaire du garde des sceaux, du 20 juillet 1880, relative aux vins plâtrés. o. Les lois, décrets et règlements qui régissent les falsifications des den- rées alimentaires et des boissons, chez les différentes nations de l’Europe, dit Brouardel, manquent de l’unité nécessaire pour arriver à une répression générale et permettent ainsi à une pratique, qualifiée de fraude dans un pays, de s’exercer librement dans un autre. De plus, dans l’état actuel des choses, toute mesure prise isolément dans un pays détermine, dans la plu- part des cas, un véritable bouleversement dans le commerce international; d’où des résistances parfois invincibles et dont les fraudeurs savent habile- ment profiter. 11 serait donc absolument désirable d’adopter une législa- tion à peu près uniforme, des moyens de surveillance et d’expertise iden- tiques, des pénalités équivalentes, et, tout d’abord, de s’entendre sur la valeur du terme falsification. La définition de Brouardel nous paraît fort acceptable : « Un produit est falsifié lorsqu’il contient une substance étrangère à sa composition natu- relle, ou quand une substance qui entre dans sa composition naturelle s’y trouve en quantité anomale. » Mais tout le monde ne l’entend pas Arnould, Hygiène. 2« édit. 68 absolument de môme,. Quelques-uns veulent y introduire Yinlenlion de tromper ou tout au moins la conscience, chez le vendeur, que la denrée n’est pas naturelle. Nous serions, pour notre part, de ceux qui pensent que tout marchand doit savoir son méLier et qu’il n’est pas permis à un débitant de vins, par exemple, d’ignorer s’il vend ou non du poison. Dans le but d’arriver h l’uniformisation des principes et des dispositions légales, le Congrès d’hygiène de La Ilaye avait nommé une commission à laquelle les hygiénistes de toutes les nationalités étaient invités à commu- niquer la législation de leur pays en matière de falsifications. Chaque com- missaire devait fournir ensuite un rapport, en vue d’une conférence inter- nationale. Il ne semble pas qu’en dehors des commissaires français et de quelques autres, il y ait eu beaucoup d’empressement de la part des per- sonnes conviées à collaborer à cette œuvre. La question n’avance pas et l’entente ne se fait guère pressentir. Peut-être, précisément parce qu’il s’agit de matières qui font l’objet d’un commerce énorme, n’y arrivera-t-on jamais. Les peuples sont solidaires en matière d’hygiène; mais ils sont séparés à tant d’autres égards! Les hygiénistes et les savants s’entendent toujours — à peu près; au moins, il y aura, dans tout Congrès, une majo- rité. De là à une entente entre des gouvernements qui prennent leur mot d’ordre partout ailleurs qi?e dans la science et dans l’hygiène, il y a encore une distance incalculable. Bibliographie. — Vidal (E.). Des moyens légaux ou d'initiative privée à opposer à la falsification des denrées alimentaires (Rev. d’Hyg., Il, p. 1040, 1880). — Brouardel (P.), Intoxication par produits journellement absorbés à petite dose (Compt. rend, et mém. du IVe Congrès internat. d’Hygiène, t. II, p. 352. Genève, 1883). — Du même. Mesures in- ternationales à prendre contre les falsifications alimentaires (Comptes rend, et metn. du Ve Congrès internat. d’Hyg., II, p. 91. La Haye, 1885). — Belval (Th.). L'entente interna- tionale contre la falsification des denrées ^alimentaires et des boissons (VIe Congrès inter- nat. pharmaceutique. Ixelles, 1885). — Brouardel, Pouchet (G.), Caro (A.), Hilger (A.), Roos (van Hamel), etc. Sur les mesures internationales à prendre contre les falsifications des matière alimentaires et des boissons (VIe Congrès internat. d'Hygiène. Vienne, 1887). CHAPITRE VIII DE L’EXERCICE ET DU REPOS. Le mouvement est la caractéristique de la vie, autant que la nutrition, qui est elle-même du mouvement. Il semble être d’autant plus parfait et plus varié que l’être est plus élevé dans l'échelle biologique. C’est le cas de l’homme, dont les rapports avec le monde extérieur sont infinis. C’est par suite du rôle du mouvement dans ces rapports que son étude appartient à cet exposé. L’hygiène envisage le mouvement de la vie organique aussi bien que celui de la vie animale; le jeu des appareils des sens et le fonctionnement cérébral lui-même, comme les actions musculaires les plus caractérisées. Le chapitre actuel se rattache, d’ailleurs, au précédent, par les liens les plus étroits. A bien dire, c’est un cercle. L’alimentation apporte les matériaux combus- tibles, sources de la chaleur que le mouvement manifeste au dehors; et, récipro- quement, tous les animaux sont tenus à un certain travail pour se procurer les matériaux de l’alimentation. Il n’y a même que ce travail-là qui soit obligatoire de par la loi naturelle; tous les hommes le subissent eL travaillent, en réalité, pour vivre, sauf que les exigences de l’estomac se compliquent chez quelques-uns d’ac- cessoires d’une grande importance. Les livres « révélés » ont présenté celle obli- gation comme un chàlimeut : « In sndore vnltûs lui vesceris pane.... », comme si le lion, qui n'a pas commis de péché originel, n’était pas obligé aussi à user de pa- tience et d’énergie musculaire pour manger de la gazelle à son appétit. La concep- tion est fort étroite; il n’y a pas là de loi d’exception contre l’homme; c’est de Y hy- giène générale. Sans doute, noire espèce n’attend pas que Dieu lui donne la pâture, comme le poêle prétend que cela arrive aux petits des oiseaux; elle provoque la (erre, et la force à produire plus qu’il ne sorlirait de sa fécondité spontanée. Mais ceci est une supériorité, et c’est la raison pour laquelle l’expansion des familles humaines est presque indéfinie ; tandis que la multiplication et même la per- sistance des 'espèces animales sont subordonnées à la production naturelle des plantes ou des autres animaux qui servent à leur nourriture. Pourtant, exercice ne veut pas dire travail, au moins dans le sens des actes par lesquels l’homme pourvoit à sa subsistance. L’exercice est à proprement parler l’essai des forces et du mécanisme moteur, un apprentissage ou un entretien des aptitudes à l’action; ce sont des mouvements qui n’ont pas encore de but utile; c’est presque « de l’art pour l’art ». Sans perdre de vue ce caractère, qui mérite d’être retenu à part, l’hygiène ne peut oublier que les mouvements de toute espèce, inconscients ou obligés, qu’ils s’accompagnent de l’intention d’essai ou de celle d’un Lut utilitaire, exercent toujours le corps et concourent à l’effet sanitaire immédiat, distinct de ce que peut rapporter le travail en ressources alimentaires. Exercice à vide et proprement dit, ou travail utile, intéressent également l’hygiène, au point de vue des effets généraux. Tout appareil esL susceptible d’éducation; toute forme du mouvement peut être modifiée, régularisée. A ne considérer le mouvement que d’une façon abstraite, c’est justement cetle éducation physique que poursuit l’hygiène directement. Les mouvements volontaires sont les plus aptes à celte éducation; mais les mouve- ments réflexes n’en sont pas absolument incapables, comme on le verra. Il est assez remarquable que l’éducalion^desunouvements volontaires arrive à peu près à supprimer l’intervention cérébrale à leur origine et à les produire selon le mode réflexe : un pianiste qui sait bien son morceau ne fait un acte de volilion que pou? se mettre au clavier; les doigts frappenipes notes automatiquement. Si l’on envisage le mouvement concret, appliqué, c’est-à-dire le travail, l’hygiène s’occupe moins de l’éducation spéciale, propre à chaque mode, que des conditions du milieu et des dangers ou des avantages que comportent la forme, la nature des objets de travail, la durée de celui-ci, l’équilibre entre les ressources physiques individuelles et l’effort exigé. Ces circonstances sont l’objet de I’Hygiène profes- sionnelle; par conséquent, nous ne pourrions les parcourir ici sans faire double emploi. Nous nous bornerons donc aux considérations les plus générales en ce qui concerne le travail, et nous ne l’envisagerons pour ainsi dire que comme un mode de mouvement. Dans l’acception la plus élevée et la plus rigoureuse du mot, l’exercice est la pratique méthodique du mouvement. Bien que cette qualité d’étre méthodique donne à l’exercice le caractère d’uno chose propre à l’homme, on ne perdra pas de vue que l’éducation corporelle n’est qu’une préparation au travail proprement dit, un procédé d’endurcissement contre les influences extérieures, une façon d’accroître la résistance plus encore que la puissance. Par ce côté, l’éducation physique ne sort pas de l’hygiène générale. A y regarder d’un peu près, c’est plutôt l’absence de celte éducation qui est artificielle, propre à l’homme, et la conséquence de nos habitudes de vie en société; nous rentrons dans la vérité et dans le vœu de la nature, quand nous la reprenons. Le mode seul en reste quelque peu empreint d’artifice et de nuance humaine. I. Modes de l’exercice. Dans le sens qui vient d’être expliqué, l’exercice nous paraît devoir com- prendre deux ordres de manifestations du mouvement. Ou bien il s’agit des mouvements nécessaires et communs à tous les individus, comme la station, la marche, la course, la natation, etc. ; ou bien l’on a plus spéciale- ment en vue des exercices qui n’ont d’autre but que l’exercice même, sont réglés suivant une certaine progression, constituent, en un mot, la gym- nastique proprement dite. Cette double face de l’exercice se prête à une division que nous allons adopter, moins rigoureuse que commode, ainsi que l’on pourra s’en apercevoir. A. Exercices naturels. — 1. La station. — Tous les modes de station sont un résultat d’activité musculaire (attitudes actives de Daily). La sta- tion verticale est un véritable exercice, et elle est l’objet d’une éducation spéciale dans l’instruction militaire. Elle est assez fatigante pour que « l’immobilité sous les armes», tant recherchée des instructeurs, finisse par donner le vertige aux novices. Dans presque toutes les revues passées aux élèves de l’École de Saint-Cyr, nous avons vu quelqu’un de ces jeunes hommes s’affaisser brusquement dans les rangs, après quelque temps de station verticale. Le poids de l’équipement et la chaleur aident à ces accidents, d’ailleurs vite dissipés. La taille de l’homme debout est un peu moindre que celle du même individu étendu sur le dos. On sait aussi que les disques intervertébraux s'affaissent par la station verticale prolongée. Les peintres et les sculpteurs évitent de représenter leurs sujets debout, également portés sur les deux pieds; cette attitude fatigante est désagréable üi la vue. L’homme debout est, préférablement, figuré avec une jambe légè- rement fléchie (hancher), le poids du corps portant presque tout entier sur l’autre. C’est, en effet, la méthode la moins fatigante de conserver la sta- tion verticale ; dans la pratique, on peut faire alterner entre elles les deux jambes, l’une se reposant pendant que l’autre soutient le corps. 2. La marche. — Les physiologistes (Borelli, Barthez, Gassendi, Gerdy, Giraud-Teulon, Carlet et Marey) ont beaucoup analysé le mode de pro- gression de l’homme, non sans fixer divers points que l’hygiène de l’exer- cice peut connaître avec avantage. L’adhérence par frottement du pied au sol est la condition de la marche, comme l'adhérence des roues au rail est la condition de la progression d’une locomotive. A l’aide d’une appropriation ingénieuse des procédés graphiques, Carlet a re- cueilli les notions suivantes : « Dans la marche naturelle, le pied commence à se poser en tombant sur le talon; il continue son mouvement en s'appliquant par toute sa plante et se déroule sur le sol en s’y appliquant fortement par sa partie antérieure (la pointe du pied) pour se détacher finalement par son extrémité. » — « Au moment où l’un des ta- lons vient toucher le sol, la pointe de l’autre pied y tient encore. » Il y a là une indi- cation pour les fabricants de chaussures de fortifier, dans leurs semelles, les points qui pressent d’abord et le plus fortement le sol. Pendant la translation par la marche, « le corps n’abandonne jamais entièrement le contact du sol ». Il y a, dans un même pas, deux instants où les deux jambes appuient sur le sol ; ce temps du « double appui » est d’environ un quart de seconde, dans la progression à raison de 60 pas à la minute, et d’un huitième de seconde dans la marche ordinaire d’un adulte, 120 pas à la minute. La pression du pied sur le sol est plus forte pendant la progression que pen- dant la station; cette pression augmente avec la grandeur des pas. L’excès de Ta pression du corps en mouvement sur celle du corps au repos ne dépasse pourtant pas les deux septièmes du poids du corps. En général, « la durée du pas diminue à mesure que sa longueur augmente ». A mesure aussi que les pas augmentent d'étendue, la foulée (pression) de la pointe croit dans le même sens, tandis que celle du talon demeure sensiblement cons- tante; la jambe postérieure, du reste, n’est pas seulement propulsive, mais encore élévatrice; la jambe à l'appui ne sert qu’au soutien. « Il faut, dit Gira'ud-Teulon, sans doute qu’il y ait toujours un même espace entre la hanche et le sol pour le passage ultérieur de la jambe oscillante, afin d’éviter sa rencontre avec le support commun. » Marey a institué une série d’expériences à l’aide de Vodographe. Parmi les résul- tats déjà fixés, nous notons les suivants : «Le pas est plus long en montée qu’eri descente, plus long pour l’homme non chargé que pour celui qui porte des far- deaux, plus long pour celui qui a des chaussures à talons très bas que pour celui qui porte des talons élevés, plus long pour le marcheur dont la semelle est épaisse et se prolonge un peu en avant du pied que pour celui dont la chaussure est courte et flexible. » La fréquence augmente en même temps que la longueur dans la marche en plaine, mais dans le cas de pente ascendante du terrain, la longueur du pas en ralentit le rythme. La ligne décrite par le centre de gravité est une courbe continue de la naiure des sinussoïdes; l’amplitude des oscillations verticales du tronc croit avec la lon- gueur des pas, mais c’est par en bas qu’elles peuvent s’étendre, car le niveau des maxima d’oscillations, c’est-à-dire d’élévation du pubis, est constant. Ceci dé- montre l’inconvénient de soumettre simultanément à des allures rapides des hommes détaillé élevée et des fantassins exigus; ces derniers, ne pouvant prendre les grandes allures qu’en écartant assez les jambes pour abaisser le niveau infé- rieur des oscillations verticales, sont bientôt excédés par cette ouverture déme- surée du compas. L’éducation de la marche commence par faire marquer le pas sur place; puis, les élèves partent simultanément du môme pied, au commandement; et selon une mesure que le moniteur et eux-mêmes comptent, en mar- quant la cadcncc par un choc du pied sur le sol, plus énergique qu’il n’est nécessaire à la marche. Moins la cadence est rapide, moins les pas sonL allongés. Le pas le plus habituel aux armées a une longueur de près de 0"',75 et une durée de HO à 115 à la minute. Lorsque les soldats doivent marcher et qu’ils ont une route à faire, on ne les oblige plus à cadencer le pas. Il faut apprendre aux enfants à marcher, mais éviter de leur imposer une marche soutenue, voire la station verticale prolongée; ce serait le moyen de pousser, par la fatigue, aux inclinaisons vicieuses du pied et de la jambe. Même chez les adultes vigoureux et déjà exercés, toute marche continue, avec ou sans fardeaux, doit être interrompue par des pauses d’heure en heure ou même de demi-heure en demi-heure, d’une durée de 10 ou 15 minutes, avec une ou plusieurs haltes plus longues. Si l’on doit marcher pendant plusieurs jours, il convient que les premières traites fournies ne dépassent pas 25 kilomètres par jour. On évite les marches de nuit, très fatigantes, parce que le pied se heurte aux inégalités du sol, que l’œil ne distingue pas. On recherche les accottements, souvent gazonnés, des routes, plutôt que le milieu de la chaussée. Au besoin, on fuit la poussière en pre- nant à Lravers champs (Yoy. p. 354). Le pas gymnastique et le pas de course s’enseignent également et récla- ment des prescriptions un peu plus compliquées que la marche ordinaire. L’homme n’est pas absolument taillé pour la course, et ce mode de mou- vement est toujours, chez lui, un de ceux qui mettent en œuvre le plus complètement l’appareil musculaire et les organes respiratoires et circu- latoires, dont le fonctionnement est lié à celui du précédent. C’est donc un excellent exercice, à la condition d’être pris à dose bien pondérées et progressives. Dans le pas gymnastique, le pied rencontre le sol plutôt par la pointe que parle talon; les muscles de la jambe et de la cuisse font ressort bien plus que ceux du pied. A cette allure, de même que dans la course, on recommande de ne pas respirer par la bouche, mais par le nez; si l’on fait le contraire, l’essoufflement ne tarde pas à se produire et les forces font défaut. C’est qu’en effet, il a fallu, pour donner un point d’appui aux mus- cles des membres inférieurs, immobiliser le tronc dans la situation de l’effort, les parois abdominales contractées, le thorax en expiration vir- tuelle, suspendue par la fermeture de la glotte. Si le coureur dérange cette disposition pour faire une large inspiration, toute la hase de ses efforts s’évanouit. Une haute capacité respiratoire, permettant au poumon de ren- fermer une bonne provision d’air au début de la course, est donc requise pour soutenir quelque temps cet exercice. Les non exercés n’y arrivent pas, ceux surtout dont le ventre développé diminue d’autant l’amplitude de la poitrine. Les cardiaques, les emphysémateux, doivent y renoncer; l’expiration suspendue, qu’il faut garder pendant la course, favorisant elle- même le développement de l’emphysème vésiculaire. Mais tout individu sain, fût-il délicat et peu robuste, peut être exercé à la course avec avantage. Il suffit de lui doser cet exercice et de suivre une sage progression dans le travail fourni. On ne demandera qu une course de quelques minutes aux commençants; quelques-uns ne devront pas la dépasser. Jamais la course, ni le pas gymnastique, ne pourront être consi- dérés comme un moyen de gagner du temps dans une marche de longueur, comme celle qu’accomplissent les colonnes militaires. On ne permet pas, d’ailleurs, de faire durer cette allure plus de vingt minutes; encore n’y a-t-il que les soldats d’élite (chasseurs à pied) qui puissent réaliser la con- ception de la lieue en vingt minutes, et la condition de faire la lieue sui- vante au pas de marche. Dans la marche ordinaire, le balancement des bras en sens inverse de celui des jambes aide à la progression. Au pas gymnastique ou de course, les bras sont portés un peu en arrière du corps et oscillent alternativement; les avant-bras sont fléchis et relevés; cette altitude favorise la dilatation du thorax. L’homme qui tient une arme à la main perd notablement de ces avantages, lorsqu’il doit prendre l’allure de la course. Le saut en longueur peut être rattaché aux modes généraux de la pro- gression humaine. Joignons-y le saut en hauteur, qui sans avoir le même résultat, emporte le môme effort musculaire que le précédent. L’un et l’autre sont le résultat d’une flexion brusque du pied, de la jambe, de la cuisse, suivie de la mise en jeu des extenseurs; c’est un ressort comprimé qui se détend. Pour aider au saut en longueur, il y a d’ordinaire une course préalable de quelques mètres; la vitesse acquise concourt à la projection du corps en avant. Dans les gymnases, on fait sauter au tremplin, planche flexible et élastique, qui fait mieux rebondir le corps du coureur. Tous ces mouvements, de plus en plus exceptionnels pour la structure de l’homme, sont bons, mais exigent des précautions également croissantes. On doit les proportionner à la capaciLé des individus, ne demander un surcroît d’efforts que très progressivement, ne pas presser les peureux, modérer les téméraires. C’est l’un des exercices dans lesquels il y a le plus de foulures, d’entorses, de fractures, de contusions, de hernies. La marche, avec des modifications diverses et facultatives, a l’avantage d’être un exercice h la portée de tout le monde. Les hommes de cabinet, les gens âgés, les vieillards môme, qui pour des raisons quelquefois légitimes répugnent aux pratiques du gymnase, font toujours bien de garder l’habi- tude de la marche, lors môme qu’elle ne devrait revôtir que cette forme, dédaignée de Vollaire : la promenade à pied. Au moins peut-on quitter l’appartement, gagner quelque jardin public, sortir môme de la ville et, en pleine campagne, prendre un grand bain d’air. La chasse, à laquelle les hygiénistes nos devanciers pouvaient encore consacrer un article spécial, n’est aujourd’hui qu’une promenade à pied, avec lé poids d’un fusil et d’un sac (trop souvent léger), en plaine ou en forêt, soutenue par l’inté- ressant spectacle de l'ardeur et du talent des chiens et à tout le moins, par l’es- poir de la rencontre du gibier. Ce n’est pas moins un exercice fort salutaire. 11 s’y môle souvent des sauts d’obstacles, des courses de quelques centaines de mètres, imposés par les circonstances, qui rompent la rnonotomie de la marche et mettent en œuvre les diverses ressources de l’économie au point de vue de la locomotion. Ajoutons que le chasseur ne suit jamais les chemins et que l’âpreté du terrain rend l’exercice particulier plus intense. 11 suffira de mentionner ici les « accidents de chasse », qui sont moins inhérents à l’exercice que dépendants de la maladresse ou de l’étourderie des chasseurs, à moins qu’ils ne résultent d’une infirmité visuelle. Les précautions à recommander ici ne s’adressent pas a un mode de mouvement mais à toute circonstance qui entraîne le maniement des armes. Dans l’instruction militaire moderne, on conduit fréquemment les sol- dats manœuvrer à travers champs, c’est-à-dire dans les conditions qui ressemblent le plus à celles de la guerre. C’est encore un exercice plus varié que la marche sur une route, plus agréable et non moins fructueux pour le développement des forces, de l’adresse et surtout pour le perfectionne- ment des sens. Pourquoi ne chercherait-on pas à donner ce caractère aux promenades des écoliers, pensionnaires, lycéens, etc., toujours utiles à titre d’exposi- tion au grand air, mais un peu monotones, et qui deviendraient un réel exercice si l’on conduisait les enfants en terrain accidenté? 3. La danse. —La danse, très rapprochée physiologiquement de la mar- che, s’en éloigne notablement par son but. Elle recherche plutôt l’aisance et la grâce des mouvements que l’énergie. Or, ces qualités d’aisance ont leur valeur, et il n’est pas douteux que la pratique des bonnes attitudes ne contribue à la régularité du développement corporel. Cet exercice, peu fatigant, acquiert un prix particulier dans l’éducation des filles, qui d’ail- leurs y inclinent naturellement. Mais l’hygiène n’entend pas précisément par danse ce que Daily appelait « d’indignes sauteries » et n’incline pas à développer les talents que l’on voit se produire pins tard dans ces milieux méphitiques, qui sont les salons modernes, et où le bénéfice de l’exercice disparaît absolument dans les vices du procédé. 4, Lia natation. —Bien qu’un peu moins dense que l’eau, le corps hu- main a précisément dans sa partie la plus lourde, la tête, les orifices des voies aériennes. La natation est donc une conquête de l’homme, un art. Elle exige des mouvements puissants des quatre extrémités, des inspira- tions larges et rares. Elle est donc un exercice recommandable, indépen- damment du bain froid, dont elle a les avantages et les dangers (Yoy. page 829). Les individus qui ont eu des maladies de poitrine, les emphysé- mateux, les cardiaques, feront bien d’en user modérément et surtout de ne pas plonger. Les maîtres nageurs ne sont pas ceux qui se noient le moins. A vrai dire, ils vont plus souvent à l’eau et sont peut-être plus téméraires ■que le reste des hommes. Faure a pensé que des adhérences pleurales mé- connues, avec un certain degré d’emphysème, ont parfois causé la sub- mersion du plongeur en ne lui permettant pas de reprendre suffisamment •d’air au moment où il revient à la surface. Lc pat inage est à peu près un jeu. Sur la glace et dans des conditions suffisantes de sécurité, au point de vue de sa rupture, il est doublement avantageux, puisque c’est le moyen de faire de l’exercice au grand air pen- dant les froids intenses. 11 développe les muscles des extrémités inférieures et active la respiration. Comme c’est une variété d’exercice qui ne dure qu’un temps, le patinage a des charmes auxquels nous ne conseillons nul- lement de résister. Le patin à roulettes (Skaling), qui a la prétention de faire durer ce diver- tissement, n’en a pas les avantages, puisqu’il se pratique en chambre et dans la poussière. On dit qu’il aide à la congestion utérine menstruelle et il paraît que les « demoiselles » s’y complaisent. 5. iLes divers modes de véliiculatiou. — La promenade en voiture est celle des convalescents, des femmes délicates, des petits enfants et des vieillards. Mieux vaut ce mode passif de prendre le grand air que la stag- nation dans les appartements. La promenade en bateau, pour celui qui ne rame pas, est absolument équivalente. Les voitures attelées, les wagons de chemin de fer, les paquebots à va- peur, sontdes moyensde locomotion qui necornportent nullement la pensée d’exercice, mais dont l’hygiène se préoccupe à d’autres titres. Le point capital est la constitution du milieu atmosphérique, presque toujours trop limité, peu renouvelé, et par conséquent vicié, en bateau et en wagon. Ventilation et chauffage des voitures. — Il est facile, au moins en été, d’aérer l’intérieur des voitures traînées par des chevaux; il suffit d’ouvrir les glaces des portières. La situation est moins simple quand il s’agit des wagons de chemins de fer, par les temps froids surtout, mais aussi en été, alors que les voyageurs ont à redouter la poussière et la fumée. On y arrive, toutefois, en profitant du mouvement même du train, par l’instal- lation de quelqu’un des appareils dont nous avons parlé (p. 578), par les grilles latérales à coulisses, par l’appel au moyen d’une baie ménagée à la lanterne centrale, telle que l’air intérieur s’échappe par cet orifice, sans que le courant d’air produit parla marche du train pénètre jusqu’aux voya- geurs. Ce dispositif se rencontre dans les wagons américains (A.-J. Martin]. C’est encore là qu’on voit des poêles en tôle, assurant à la fois le chauf- fage et la ventilation (système Spears), des poêles à eau chaude (système Backer). Vallin et A.-J. Martin ont signalé, en France, le système Morel, qui consiste en un foyer à coke placé sous le plancher de la voiture, chauffant et ventilant à la fois, d’une façon salubre, paraît-il. La chaufferette à eau chaude a prévalu, chez nous du moins. Il faut la renouveler et cela dérange les voyageurs; mais le compartiment s’aère dans l’opération. Ancelon a montré comment on peut la maintenir chaude plus longtemps, à l’aide de l’acétate de soude cristallisé. La chaufferette à eau est salubre et, sous ce rapport, bien autrement sûre que les chaufferettes à briquettes ou agglomérés, employées dans les petites voitures publiques, qui dégagent de l’oxvde de carbone et ont causé des accidents, dont quelques-uns mortels. On va jusqu’à imprégner les briquettes de nitrate de plomb (A. Gautier) pour les aider à brûler. A Londres, le tunnel du Metropolitan Railway, où il passe 2 millions et demi de voyageurs par an et dont l’air est extrêmement vicié, est ventilé par des cheminées percées de 100 en 100 mètres de distance. L’aération des grands tunnels, comme ceux du mont Genis et du Saint-Gothard, pa- raît être encore à l’étude. Le mal de mer. — Tous les traités d’hygiène consacrent quelques lignes à ce malaise propre à la véhiculation par bateau et qui a valu à notre mot nausée de dériver directement du nom grec des navires (vaîi;), le mal de mer. C’est un état vertigineux, de tous points semblable à celui qui survient volontiers dans l’exercice de l’escarpolette, dans l’ascension des monta- gnes, et qui se présentait parfois après la saignée du bras, quand on la pratiquait encore. Des vomissements s’ensuivent, plus pénibles et plus du- rables que ceux des circonstances précédentes ; la situation prend même un aspect inquiétant chez quelques personnes. Il est possible que la théorie de Y anémie cérébrale, de Pellarin, donne la meilleure explication de ces troubles étranges. Mais elle indique qu’ils n’ont qu’un remède radical : la Terre. Comme prophylaxie, nous croyons peu aux élixirs spéciaux, aux ceintures préservatrices, ainsi qu’au collodion sur le ventre, au chloral, au bromure de potassium. L'antipyrine, vantée parOssian Bonnet, a misé- rablement échoué sur les membres du Congrès d’Oran (1888) pour Yavance- ment des sciences; cependant, les stimulants généraux, le café, le vin géné- reux, l’eau-de-vie, aident le système nerveux à conserver l’équilibre, en même temps que l’abstention des aliments gras et sucrés et le recours aux condiments, un peu exagéré pour la circonstance, permettent à l’estomac de n’être pas dans cette disposition indécise qui se prête à la nausée. Quand cela ne suffit pas, le décubitus horizontal est la seule ressource. 6. B.es jeux. — Comme le fait remarquer Philippe Daryl, les Français d’autrefois se livraient à divers exercices physiques, que le milieu, les in- cidents qui s’y produisaien t, l’adresse qu’il fallait y déployer, rendaient sin- gulièrement attrayants. C’était de la gymnastique sous la forme d’un plaisir. L’adolescence, la jeunesse et même l’âge mûr, y prenaient un égal intérêt et y trouvaient d’étonnantes ressources de souplesse, de grâce et de santé. L’éducation moderne, dans des immeubles trop étroits, des- quels ont disparu les vastes cours et les préaux spacieux, la gymnastique d’Amoros peut-être, ont fait oublier ces divertissements distingués et salu- bres: les barres, que Daily regrettait tant, le noble jeu de paume, la balle sous toutes les formes (la rabotte des Parisiens du moyen âge), le mail ou palemail, la boule (d’où vient boulevard). Il est bien à désirer que les Fran- çais modernes y reviennent, à commencer par les lycéens, qui blêmissent dans la sédentarité scolaire et le surmenage cérébral. Les jeux auront tou- jours, sur le cours de gymnastique, cette supériorité, de n ôtre plus une leçon. Ce qui est ridicule, c’est qu’on ne reprenne ces exercices, dans les classes qui se prétendent intelligentes, qu’autant qu'ils nous sont rap- portés de l’étranger, sous les noms de cricleelt, de tennis, de foot-ball (Ph. Daryl). Exercices d’appareils spéciaux. — La voix et la parole. — La produc- tion des sons, et particulièrement des sons articulés, met en œuvre, comme on sait, trois ou quatre ordres de muscles ou d’appareils : 1° un soufflet, le poumon et ses moteurs musculaires; 2° un appareil à cordes vibrantes, avec leurs tenseurs, le larynx; 3° des appareils de résonnance, la g orge, la bouche, les fosses nasales, les sinus des os de la face ; 4° des appareils d’articulation, la langue, les dents, le palais. Tout ce mécanisme compli- qué a besoin d’éducation et d’exercice. D’où l’utilité de pratiquer, ne fût- ce qu’à ce titre, la parole, la lecture à haute voix, la déclamation, le chant. Remarquons tout de suite que la capacité pulmonaire est entraînée à s’é- lever par ce fait, en même temps que l’appareil spécial acquiert plus de précision. On ne doit pas apprendre à chanter avant que le larynx soit fait ; le moment, pour les jeunes Allés, est vers seize ou dix-sept ans (Fonssagrives)- Il ne faut pourtant pas en conclure qu’en dehors des individus de moyenne constitution, qui peuvent retirer un bénéfice positif de cet exercice, la déclamation et le chant soient une réelle protection contre le développement de la phthisie. Il convient plutôt de ne pas demander ces exercices aux poitrines longues et fluettes, aux sujets à respiration courte, fréquemment atteints d’enrouement et de toux, non plus qu’aux pléthoriques, faciles aux congestions, plus ou moins suspects de lésion cardiaque. En revanche, s’il est certain que l'abus de la parole ou du chant enlraîne volontiers l’enrouement el le catarrhe trachéal ou bronchique, il est plus que douteux qu’il ait des rapports avec l’éclosion de la phthisie pulmonaire oiv laryngée. Les hernieux ou ceux qui portent une disposition à la hernie doivent également s’abstenir d’un usage immodéré de la voix et de la parole. Enfin, il n’est guère nécessaire de conseiller aux parleurs ou chanteurs de profession de suspendre au moins cet exercice lorsqu’ils souffrent d’enrouement ou de catarrhe. Il est utile d’apprendre de bonne heure aux enfants à bien parler. Quintiliea veut que la nourrice même du futur orateur parle correctement à son nourrisson. Nous croyons que tous se trouveraient bien d’une semblable pratique et que l’on pourrait supprimer sans inconvénient le zézaiement niais dont beaucoup de per- sonnes se disant raisonnables usent avec les enfants. En définitive, les enfants, eu apprenant à parler, ne font que de l’imitation; s’ils imitent mal, qu’on leur per- mette au moins de s’en apercevoir. On a fait remarquer que les qualités du milieu atmosphérique, el spécialement' l’hygrométricité, soit d’une saison à l’autre dans un même lieu, soit d’une contrée à une autre, modifient puissamment le caractère des sons modulés ou articulés- QEsterlen compare, sous ce rapport, les sons harmonieux, la richesse en voyelles, des langues de l’Italie, avec les sons gutturaux des langues du nord de l’Europe el. de l’Amérique. Ici le climat est brumeux, soumis à de fréquentes et brusques va- riations ; le catarrhe perpétuel se traduit dans le langage des habitants. Là, le ciel est bleu, l’atmosphère transparente; la voix humaine s’y propage sonore et mélo- dieuse ; c’est le pays des chanteurs inimitables, comme Athènes et Rome ont été la patrie des plus grands orateurs du monde. Toute personne qui fait un exercice de lecture, de déclamation ou de chant, doit avoir l’estomac libre, la poitrine et le cou dégagé de toute cons- triction vestimentaire. Talbot, de la Comédie-Française, habitue ses élèves à respirer par le diaphragme (Lacassagne). Les orateurs, acteurs, chan- teurs, s’abstiendront plus que tout autre d’excès quelconques, particuliè- rement d’aliments trop riches et épicés, de boissons alcooliques, de tabac. On sait qu’une glace, prise pendant la représentation, peut ôter la voix à un acteur pour le reste de son rôle. Les excès génitaux passent pour érailler la voix des femmes ; peut-être que, dans les cas où le fait s’observe, il y a simultanément abus des alcooliques. Il va sans dire que les refroi- dissements ont une nocivité spéciale vis-à-vis des organes de la voix. L’exercice de la parole et de la lecture à haute voix, pratiqué suivant cer- taines règles, est le traitement le plus efficace des vices d’articulation et en particulier du bégaiement. Les organes des sens. — L’homme n’a pas la supériorité sur le reste des animaux au point de vue de la perfection et de l’acuité des sens; il rachète ce qui lui manque par l’équilibre et l’harmonie de ce fonctionnement et surtout par la puissance d’élaboration cérébrale dont les sensations et les perceptions sont l’objet. Tous les sens sont susceptibles d’éducation et en ont besoin; mais la vue et, peut-être plus encore, l’ouïe étant les sens qui nous font saisir le plus de rapports entre nous et le monde extérieur, ce sont ceux-là qu’il importe le plus de cultiver et de protéger; d’autant plus que les organes des autres sens se protègent pour ainsi dire d’eux-mêmes; dès que l’odorat, le goût et même le toucher sont impressionnés désagréa- blement, il nous est facile de faire cesser l’action du corps qui pourrait compromettre les organes de ces sens, par la même raison qu’il produit sur l’économie des sensations pénibles; il est moins simple d’échapper aux bruits (vibrations) trop intenses, à l’excès ou au défaut de lumière. L’hygiène des organes des sens, dans la pratique ordinaire, est variable selon la situation de chacun ; certaines professions ou occupations intéres- sent et même compromettent directement, les yeux ou les oreilles. C'est donc essentiellement de l’hygiène spéciale. Mais l’éducation des sens est une nécessité générale, de toute condition et de tout âge, encore qu’elle doive plus particulièrement entrer dans les procédés pédagogiques. Cette éducation ne peut évidemment se faire qu’au milieu des objets dont les sens nous révèlent la forme, les propriétés, les rapports; elle ne saurait 'plus être de l’éducation en chambre. Les petits paysans et tous les indi- vidus qui passent leur vie au contact de la nature, acquièrent une éton- nante acuité du regard, jugent merveilleusement de la forme et des cou- leurs et apprécient bien les distances; ils perçoivent les moindres bruits, en reconnaissent la provenance et rectifient les illusions que produisent le brisement et la réflexion des ondes sonores. La pénétration sensorielle des tribus sauvages est proverbiale; ces hommes finissent par être armés, sous ce rapport, aussi bien que les animaux dont l’œil et l’oreille sont le plus subtils. Il faut bien que les méthodes pédagogiques se plient à l’ensei- gnement que ces observations portent avec elles; ici, encore, nous retrou- vons la nécessité de faire sortir les écoliers des murs étroits de la classe et •de les transporter de temps à autre dans la plaine ou dans les montagnes, dans les champs ou les forêts, et de les habituer à connaître et à dominer par l’intelligence ce monde physique ou vivant qui les entoure, les fait vivre et renferme après tout nos connaissances positives. N’oublions pas que c’est aussi la préparation à la guerre moderne ; la terre est à celui qui la connaît le mieux. Heureusement ce mode d’éducation des sens, impé- rieux et que rien ne saurait remplacer, se trouve Cire le plus favorable à l’entretien et à la stimulation de toute la vitalité : ces leçons se donnent en plein air ! Un peu plus tard, l’élève inilié à la contemplation des objets réels et aux bruits de la nature pourra s’élever jusqu’aux arts qui sont l’expression humanisée des perceptions visuelles et auditives, le dessin et la musique. Mais nous arrivons sur le domaine des exceptions et du privilège, des per- fectionnements logiques mais non nécessaires, au seuil duquel s’arrête l’hy- giène générale. L’hygiène de l’ouïe paraît peu avancée. Il convient de recommander la propreté de l’oreille; beaucoup do surdités disparaissent en seringuanl d’eau tiède le conduit auditif, obstrué de cérumen. Gellé insiste avec rai- son sur la nécessité d'endurcir l’organe, en laissant l’air libre agir sur lui, en n’introduisant pas de coton dans les oreilles ; toutefois, il admet les oreillons au chapeau, par les grands froids, pour les gens qui n’ont pas de cheveux, ou les ont courts (soldats). L’alcool et le tabac seraient particulière- ment nuisibles à l’organe de l’ouïe. Par ailleurs, on sait que l’oreille s’ha- bitue selon l’occasion au bruit ou au silence; mais que le silence pro- longé est une souffrance ; ici, comme ailleurs, le sens réclame son élément. — Les artilleurs, les machinistes des locomotives, les forgerons, perdent tôt ou tard l’acuité ou môme l’usage de l’ouïe. Les ouvriers dans l’air comprimé éprouvent, en arrivant dans le tube, un trouble dû à la rupture d’équilibre de pression entre l’air extérieur et celui de la caisse du tympan; ils la font cesser avec quelques mouvements de déglutition. L’intégrité de l’ouïe est liée à la santé de l’arrière-gorge, à celle du système osseux crânien, etc. Aussi ses lésions sont-elles souvent secondaires et indirectes. (Pour l’hygiène de la vue, voy. Éclairage, Tabac et Tlggi'ene scolaire.) Fonctions génitales. — Ces fonctions n’appartiennent qu’à une période de la vie, un peu plus longue chez l’homme que chez la femme, mais qui est essentiellement l’âge de la vigueur physique et morale. C’est qu’elles ont pour but la perpétuation de l’espèce et que leur accomplissement a pour résultat naturel d’imposer à l’individu la charge de nourrir et de pro- téger plusieurs ôtres; or, l’enfance humaine dure longtemps. La nature a tout fait, d’ailleurs, pour assurer ces fonctions ; on dirait qu’elle est plus soucieuse de la reproduction des espèces que de la conservation des indi- vidus. L’instinct génital s’éveille chez l’homme et la femme, au moment où ils viennent d’atteindre leur complet développement et où ils sont dans le plein épanouissement de la force et de la beauté ; le rapprochement des sexes est précédé des émotions les plus profondes que l’homme doive éprouver durant toute sa vie, accompagné et suivi des sensations les plus pénétrantes. Entraîné lui-même par celte puissance muette et souveraine, l’esprit humain a paré l’instinct génital des ornements les plus délicats dont il dispose, et la civilisation a mis au service de la foncLion tous ses raffinements et ses élégances. On a poétisé et divinisé l’amour; éclatant hommage, dont l’homme seul était capable, à la loi éternelle de conti- nuité des êtres. Donc ceux-là qui se refusent à enti er dans le concert universel sont hors de la vérité et mentent à la physiologie. 11 n’y a pas de sophisme ni de raison mystique qui puissent tenir devant une loi si claire : le célibat est faux et mauvais. L’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « Qui matrimonio jungit virginem suam benc facit; et qui ■non jungit, welius facit; » mais, dans la môme lettre, il a déjà dit : Mclius est nubere quam uri. » Cependant, rien qu’en France, il y a 200,000 célibaLaires au nom de l’idée religieuse. Nous voyons bien ce que la patrie française y perd d’honnêtes familles -et de vaillants défenseurs, en ce temps où les prières n'ont plus d’efficacité sans les fusils. Mais nous ne savons trop ce que l’Église y gagne, aujourd’hui que la presse dit Lout et qu’il y a des brèches aux vœux de chasteté, comme il y en a toujours eu. Les rapports sexuels ne sont, toutefois, positivement salutaires que dans la plénitude de la période de reproduction; au début et à la fin de cette période, ils compromettent l'épanouissement des forces ou en précipitent la décadence. Il importe d’épargner aux jeunes gens des deux sexes les influences de milieu qui peuvent solliciter prématurément les appétits génésiques, d’occuper leur intelligence plus que leur imagination et de maintenir le système nerveux sous la dépendance de la volonté en entre- tenant l’habitude de l’exercice énergique et en plein air. Ce dernier pro- cédé, qui est- le frein le plus sûr et le plus physiologique, a l’immense avantage d’être aussi la meilleure préparation à l’accomplissement ulté- rieur des fonctions génitales. Il est plus facile à appliquer chez les garçons que chez les filles, et, pourtant, celles-ci sont naturellement sédentaires, plus exposées à l’oisiveté, instruites dans l’art de plaire et allant au- devant des occasions, plus impérieusement dominées par les besoins géni- taux et plus faibles dans la résistance. Il y aurait, à cet égard, d’impor- tantes modifications à apporter à l’éducation de la femme dans les mœurs -actuelles. Le moment où se déclare la puberté est une époque critique, chez la jeune fille surtout, et c’est l’affaire de la mère de famille ou de l’institutrice de surveiller cette phase évolutive et d’instruire, sans affectation ni mystère, l’enfant qui se fait femme. Du reste, il est probable que la haute pruderie du siècle, les airs mystérieux que l’on prend vis-à-vis des enfants, le soin que l’on a de séparer les sexes à l’école, à l’église, les réserves de con- vention qu’on s’efforce de leur imprimer, réussissent à surexciter les désirs ■et à aiguillonner les audaces juvéniles bien plus qu’à les contenir. La •Grèce ancienne qui, certes, n’était pas sans vices, ne connaissait pas celte interdiction des rapports ordinaires entre l’homme et la femme enfants, -en Angleterre et en Amérique, on ne creuse pas cet abîme entre les garçons et les filles ; et il est notoire que chacun des sexes y gagne en franchise et en dignité. Même avant l’époque de la puberté, des circonstances diverses, quelque- fois inattendues, éveillent prématurément le sens génital, dans l’un et l'autre sexe, et provoquent chez les enfants les « habitudes solitaires », qui n’ont probablement pas toutes les conséquences dont Tissot a fait le tableau, beaucoup trop chargé, mais qui, sans aucun doute, sont une cause de débilitation profonde, enrayent le développement physique et intellec- tuel et, par un effet singulier, détournent précisément l’individu du fonc- tionnement sexuel normal. Les parents et les maîtres doivent savoir sur- prendre ce vice et le poursuivre avec persévérance et sagacité en obligeant l’enfant à vivre en public, en le soumettant à l’exercice et au bain froid, en surveillant la forme des vêtements, la composition du couchage, la durée du sommeil, de façon à supprimer toutes les sollicitations et toutes les occasions. Supposons l’homme et la femme régulièrement arrivés à la maturité de la période génitale. Ou bien l’union des sexes est retardée pour des motifs de divers ordres, ou bien elle a lieu par le mariage, dans lequel nous n’avons à voir ici que l’acte d’obéissance à la loi naturelle (ce n’est pas autre chose, d’ailleurs, que les lois civiles et religieuses ont codifié). Dans le premier cas, l’homme peut, avec de la volonté, en évitant les excitations de milieu, en maintenant assidûment la prédominance du fonctionnement musculaire sur le fonctionnement nerveux, garder la con- tinence pendant des années, protégé par des évacuations séminales spon- tanées, vraiment physiologiques, à intervalles assez éloignés, la nuit le plus souvent, accompagnées d’érection et de sensation voluptueuse. La femme a ses règles, qui constituent une exonération naturelle équivalente, mais qui, toutefois, la fatiguent davantage et lui font un besoin de repos, de calme, de précautions particulières vis-à-vis des influences climatiques. Si elle est robuste, sans excitabilité maladive, dans un milieu sain, elle peut, aussi bien que l’homme, retarder sans danger positif le moment où elle cédera à sa vocation naturelle, d’être épouse et mère. Malheureusement, pour l’homme et pour la femme, l’issue de la lutte contre les penchants génitaux est loin d’être toujours glorieuse ; partout où il y a des adultes astreints à la continence forcée, il y a un certain nombre d’individus qui s’adonnent à des manœuvres compensatrices; ce serait, d’après Oesterlen, chose commune chez les soldats, les matelots, les séminaristes, les moines et les nonnes, à moins qu’il n’y ait pis encore. Dans le second cas, l’homme et la femme sc possèdent réciproquement et en toute liberté, sous la prolection des lois, ne fût-ce que la loi de liberté individuelle. La situation est conforme à la physiologie, mais jusqu’à quelle limite va-t-elle rester dans l’ordre compatible avec la santé ? Il serait puéril et d’une parfaite inutilité de discuter s’il n’y a pas lieu de mesurer l’exer- cice de la fonction génitale aux nécessités do la reproduction. L’homme échappe, en ceci, à la loi commune; il est très peu assujetti à l’influence des saisons, à la périodicité, à l’état de préparation végétative des organes mâles et femelles ; c’est donc qu’il lui est permis d’user, plus largement que le reste des êtres, d’aptitudes qu’il possède à un si haut degré. Et il n’en va pas autrement. Pourtant, il y a un point qui est l'excès; le moment arrive plus ou moins vite selon les individus et, apparemment, plutôt chez l’homme que chez la femme, qui perd moins dans l’acte génital et peut n’y participer que d’une façon passive. Ces excès ne sont pas rares chez les jeunes mariés, particu- lièrement chez l’homme qui a souffert de la continence avant le mariage et qui ne pense pas que l’on puisse abuser des plaisirs permis. On ne saurait en ceci faire aucun fond sur le nombre des actes de vigueur accomplis par jour, par semaine; il y a excès lorsque les rapprochements sont suivis d’une fatigue prolongée, d’une diminution notable de la capacité physique et surtout intellectuelle dans le jour d’après, lorsque d’autres fonctions organiques, la digestion spécialement, en sont altérées ; à ce moment aussi, il est facile de reconnaître que le désir ne correspond plus au besoin et n’existe que dans le cerveau; des excitations factices sont néces- saires pour rendre leur capacité aux organes virils. Les excès sexuels ont été accusés de beaucoup de maux, dont, en effet, ils ne sont pas innocents. Cependant, au moins en ce qui concerne l’homme, à qui d’ailleurs ils sont plus redoutables qu’à la femme, il n’est pas absolu- ment facile de commettre longtemps de tels excès, à moins de se départir du mode physiologique. Aussi n’en voit-on guère jamais les conséquences chez les couples réguliers (on dit pourtant que cela est arrivé à un roi d’Espagne). Les maladies consomptives, des centres nerveux particulière- ment, consécutives aux excès génésiques se rencontrent chez ceux qui ont fait du plaisir le but unique de leur existence inutile, qui associent aux jouissances sexuelles la débauche sous diverses formes, qui recourent aux excitants artificiels pour réveiller leurs sens épuisés. Encore se demande- t-on si cette dépravation n’avait pas déjà elle-même une origine maladive. Ce qui vient d’être dit des « excitants factices» nous dispense d’ajouter que l’hygiène n’en approuve aucun, même lorsque l’incapacité génitale n’est pas le résultat de l’épuisement et que la victime est seulement mal- heureuse et non coupable. Il n’y a, on l’a dit, qu’une sorte d'aphrodisiaques: la santé et la jeunesse. Ajoulons-y le contact de la femme aimée, avec la réserve que ce dernier excitant lui-même peut quelquefois entraîner au delà du but. La grossesse et Y état puerpéral de la femme sont des phases de la période génitale, pendant lesquelles l’observation de toutes les règles de l’hygiène générale s’élève en importance. Plus que jamais il faut à la femme, qui doit suffire à deux existences, de l’air pur, une habitation salubre, des vêtements peu sensibles aux variations lhermométriqnes ou hygrométri- ques, entretenus propres et ne déterminant aucune constriction. Le régime alimentaire doit être généreux, sans propriétés excitantes. L’exercice est naturellement suspendu pour l’accouchée, mais la stagnation est malsaine à la femme enceinte. Celle-ci adoptera les modes les plus simples du mou- vement, s’interdira l’usage du cheval, se défiera du chemin de fer, ne renoncera pas à la promenade à pied ou dans une voiture bien suspendue. Les femmes robustes et d’éducation agreste, comme celles de la campagne, ne changent, en pareil cas, à peu près rien à leur travail habituel, sauf quand leur fardeau utérin devient lourd à l’excès; ce n’est pas moins là que les couches sont le plus faciles et heureuses et que les produits en sont le plus viables. Actes de la vie organique. — Les actes de la vie organique n’échappent pas Ions absolument à l’influence de la volonté et, parmi eux, ceux qui paraissent y -échapper le plus complètement peuvent être ramenés, par un détour, sous celte même influence. La facilité et la précision avec lesquelles, à la suite de l’exercice, s’exécutent les mouvements volontaires sont, en définitive, le résultat de l'habitude. Or, il n’est nullement impossible de faire prendre des habitudes bonnes ou mauvaises (nous ne visons que les bonnes) à nombre d’organes de la vie végétative. Pour ne prendre que deux ou trois exemples, on peut faire l'éducation de l’estomac, du rectum, de la vessie. Nous arrivons sans peine à habituer l’estomac à fonctionner trois ou quatre fois par jour, à accepter un labeur moindre le matin et le soir, un labeur plus considérable à midi. C’est fort commode en vue de nos occu- pations journalières, et ce qui est heureux, c’est que l’estomac lui-mème se trouve bien de cette régularité. Les individus, les femmes surtout, qui ont la mauvaise habitude de manger à toute heure (sauf peut-être celle des repas), ne pourraient-ils s’appliquer ce moyen d’hygiène? Sans aucun doute, et les enfants eux-mêmes peuvent être dressés plus tôt qu’on ne croit à adopter un petit nombre de repas à heure fixe. Bien plus, on peut et l’on doit, dans l’intérêt de la nourrice et du nourrisson, régler les tétées fies enfants à la mamelle. Il est possible, il est nécessaire de faire l’éducation du rectum. La défé- •cation chez l’homme, en considérant la nature mixte de son régime alimen- taire, doit avoir lieu au moins une fois par jour chez tout le monde et deux fois chez les paysans et ouvriers, qui ingèrent des repas copieux, du pain, des féculents, des légumes, formant un volume considérable et renfermant beaucoup de matière inutilisable. Néanmoins, dans toutes les classes, les femmes ont l’air d’être vouées à la constipation, et il est beaucoup d’en- fants absolument dans le même cas, au point que, parmi leurs maladies propres, il est une variété d'entérite qui relève de cette circonstance. La raison de cette constipation, presque constamment, consiste uniquement dans le fait que l’individu a pris peu à peu l’habitude de ne pas essayer l’évacuation naturelle en temps voulu, c’est-à-dire chaque jour. La station assise prolongée, les occupations sédentaires, chez la femme; la paresse, une certaine pruderie d’éducation et la négligence des parents, en ce qui concerne les enfants, expliquent cet oubli et légitiment le conseil d’hygiène : de se présenter tous les jours à la garde-robe, à la même heure, le matin de préférence, et de faire des efforts d’expulsion, qui seront peut-être infructueux une fois ou même deux, mais finiront par aboutir et par éta- blir chez l’organe l’habitude convenable à la santé. Le précepte n’est pas d’hier, puisqu’il était déjà formulé par Locke. Michel Lévy l’a reproduit, et, il y a quelque temps, il entrait non sans justesse dans la méthode fort louable qui s’est intitulée : la thérapeutique par le mouvement fonctionnel. La vessie n est pas moins accessible à la régularisation de son fonction- Aiwoui.d, Hygiène. 2® édit. çq nement dans le sens le plus favorable au bien-être de tout l’individu. Le plus souvent, on abuse plutôt de la’complaisance de ce viscère pour l'obliger à se dilater outre mesure, au détriment de sa tonicité musculaire; les femmes encore, quoique peu favorisées anatomiquement, y sont presque contraintes par les « convenances sociales »; les enfants, par l’étourderie de certains pédagogues; les adultes hommes y sont entraînés par l’usage abondant de diverses boissons, la bière en particulier. C’est, néanmoins, une grave imprudence et dont les conséquences désastreuses se retrouvent dans l’âge sénile. Quel que soit l’entourage, le milieu, fût-on en cérémonie ou en chemin de fer, il faut, vider la vessie à temps et la vider complète- ment; l’exercer, en d’autres termes, à user dans toute son étendue de sa puissance musculaire, et à ne jamais se laisser vaincre ou s’allanguir. B. Gymnastique proprement dite. — Tout exercice qui se propose de rendre l’homme plus apte à un travail déterminé, plus résistant dans les circonstances difficiles de telle ou telle carrière précise, peut, à la rigueur, être considéré comme de la gymnastique. Le travail professionnel lui-même est une gvmastique de chaque jour, puisque l’ouvrier se perfectionne et se développe à mesure qu’il répète et fournit du travail. Ce n’est pourtant pas là ce que nous entendrons ici par la gymnastique. Nous croyons que les exercices dont elle se compose doivent avoir pour caractère de développer la musculature et la vitalité générales plutôt que tel appareil particulier; de chercher à atteindre le parfait équilibre entre toutes les fonctions, entre les aptitudes physiques et la capacité intellec- tuelle, plutôt que de viser à la prédominance de l’un ou l’autre élément et à l’adaptation, môme la plus élevée, des facultés humaines à une modalité spéciale. Nous ne trouvons pas que la culture cérébrale exclusive soit beau- coup plus absurde que la préparation exclusive à la guerre, qui se pratiquait chez les Spartiates et chez les Romains des premiers temps; c’est toujours une gymnastique, mais ce n’est pas la gymnastique, comme la physiologie, l’hygiène et la raison la réclament. Le mot vient de rup.vd; qui signifie nu. Il est vraisemblable qu’il s’appliqua d’abord aux exercices des athlètes qui effectivement, couraient, sautaient, luttaient, lançaient le disque et le javelot (pentathlon), revêtus d’un simple caleçon (Çusiia), ou même entièrement nus, sauf peut-être à Athènes. Plus tard, il resta, quoique les emplacements ménagés pour les exercices et les jeux athlétiques, les espaces plantés d’arbres ou recouverts, la piste d’un stade (200 met.), aient groupé, peu à peu, dans leur enceinte ou dans des annexes spéciales, tous les endroits réservés aux exercices du corps et même de l’esprit. Mais, dès lors, le gymnase avait essen- tiellement cLiangé de physionomie et de destination. Pendant que les Doriens, race conquérante, brutale, peu nombreuse et bien décidée à garder l’oligarchie primi- tive, continuaient à ne cultiver que la préparation à la guerre, à sacrifier l’individu et la famille à la prépondérance nationale, les Athéniens cherchaient dans la gymnastique, tout à la fois le développement de la force et de la forme humaines, la santé et la grâce; la femme était appelée à en bénéficier, selon ses aptitudes et ea destination ; les esclaves mêmes étaient admis aux Cynosargcs ; les philosophes descendirent au gymnase, et les joutes intellectuelles devinrent le pendant régulier des luttes physiques. La gymnastique n’exclut personne et ne favorise pas une sélection impitoyable ; elle tend, au contraire, la main aux faibles et prétend utiliser toutes les forces nationales sous quelque forme qu’elles se présentent. Il semble bien que les jeux athlétiques n’aient pas tardé à devenir le monopole d’un petit nombre d’individus, apparaissant dans les fêles de la Grèce, à litre de spectacle donné au peuple, comme on voit aujourd’hui dans nos cirques des acro- bates de profession. Ce n’était point une mauvaise pratique de s’exercer nu, surtout sous le soleil de la Grèce, et les soldaLs d’Agésilas, à la peau brunie et halée, n’avaient pas tort de soupçonner une faiblesse profonde sous la peau blanche des Perses. Mais il est à présumer que les athlètes ont plutôt ruiné que soutenu la gymnastique grecque. Les exercices donnés en spectacle n’entraînent pas la masse ; on aime, mieux regarder qu’imiter. Le vrai moyen d’écarter de la gymnastique la plupart des gens, c’est de donner ce nom à des actes que la plupart ne peuvent pas accomplir. Les Romains de la République s’exercaient énergiquement à la marche sous les armes, à l’équitation, au terrassement; c’étaient les premiers terrassiers du monde. Ils se jetaient dans le Tibre après les exercices, comme les Spartiates dans TEurotas. Nul doute que ces pratiques n’aient vigoureusement trempé la population virile; le monde entier put s’en apercevoir, à l’époque. Elles entraînaient, sans doute, aussi, quelque peu de sélection, dont l’histoire ne parle pas. Mais là n’est point la gymnastique vraie, la gymnastique athénienne. Les Romains ont l’air d’en avoir été incapables; quand ils eurent conquis la Grèce, ils ne lui empruntèrent que les exercices qu’on donne en spectacle : encore imprimèrent-ils à ceux-ci leur caractère cruel el sanguinaire; les jeux des athlètes se transformèrent en combats de gladiateurs. Le moyen âge n’a pas soupçonné la gymnastique. Le christianisme avait de bonnes raisons pour favoriser l’abandon des jeux du cirque ; il est d’ailleurs hostile à la nudité, à la recherche corporelle, aux soins de « l’enveloppe périssable ». L’aristocratie barbare continua, il est vrai, les traditions de gymnastique guerrière ; mais cela ne profitait guère qu’aux chevaliers, et bientôt la poudre à canon allait rendre inutiles ces merveilleuses joutes à la lance sous des armures de fer. L’idée de la gymnastique, comme moyen d’élever la vigueur et là santé générales, fut ramenée sur le monde par les réformateurs religieux et les philosophes, Luther, Mélanchthon, Zwingle, J.-J. Rousseau. On songeait enfin à l’enfance, à l’école, à la jeunesse,quelles qu’en soient la provenance et la destination. Telle est la véritable voie. On a dit que la renaissance de la gymnastique nous vient d’Allemagne ; ce n’est pas absolument une erreur. La gymnastique, telle que la préconisaient Jahn et Jager, ne nous semble pas l’idéal ; ces exercices conservent, presque par toute l’Allemagne, le caractère d’une préparation à la guerre, que nous croyons ne devoir être qu’une spécialisation dans des cas donnés; néanmoins, il faut se souvenir que ce fut au nom du salut de la patrie allemande et dans le but formel de la régénération nationale que Friedrich-Ludwig Jahn, en 1811, appela toute la jeunesse de son pays à se raidir physiquement el moralement contre l’invasion étrangère. Son gymnase fameux(Turnplatz), établi à Berlin, fut le modèle des gymnases provinciaux el le point de départ de cette association de gymnastique (Turnverein), qui a eu une si grande influence sur les destinées de l’Allemagne. Le gymnase était un lieu où l’on exerçait le corps el où Ton faisait des discours patrio- tiques, dont la haine de la France était la conclusion uniforme. On y fit même assez de politique pour porter ombrage aux gouvernants et l’association fut dis- soute en 1819. Mais le branle était donné; la gymnastique reste dans les écoles I 1092 DE L’EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène germaniques do tout degré, en conservant ce relief, non usurpé vraiment, d’être la principale source de la supériorité acquise aujourd’hui à l’Allemagne. La Prusse applique à l’aguerrissement de son armée le système peu modifié du « père Jahn » (Vater Jahn) et l’a à peu près imposée aux armées des autres États de l’Empire. Il v a aujourd’hui 1,400 Turnvereine en Allemagne. A vrai dire, la Suisse et la Belgique ont de même des gymnases d’école, des gymnases municipaux et publics dans presque toutes les communes, sans compter les clubs-gymnastiques ou sociétés particulières, qui sont peut-être une institution moins heureuse, comme nous le dirons. En France, la gymnastique n’était ni méconnue ni méprisée ; les travaux de Sabbathier (1772), de Tissot (1781), d’Amar Duvivier et Jaufiret (1803) ; en font foi. Cependant, comme il est arrivé en d’autres occasions, la gymnastique a eu l’air de nous être rapportée par des étrangers : Clias (de Berne), qui ne fut connu en France qu’à partir de 1840, mais qui enseignait depuis 1810 et fuL probablement le maître de Jahn ; le Suédois Ling (1813), le « colonel » Amoros, qui était Espa- gnol; sans compter les enseignements empruntés à Jahn. Nous n’avons pas à en rougir; d’ailleurs la gymnastique de Jahn est militaire, celle de Ling médicale; Clias a fait de la gymnastique de sauvetage, Amoros, de la gymnastique de fan- taisie (Daily) ; Triât et Paz ont, au contraire, institué à Paris la gymnastique vraie, celle de tout le monde. (Triât avait débuté en Belgique, à Liège.) L,es divers procédés de la gymnastique. — D’après ce qui vient d être dit, on admettra aisément que la gymnastique soit générale ou spéciale. La première emprunte son caractère à ce double fait : qu’elle s’adresse à toute la musculature ou plutôt à toute la vitalité et qu’elle répond aux besoins de tous les individus, quel qu’en soit le sexe et quelle qu’en doive être la desti- nation professionnelle. La seconde prépare surtout des soldats, des sauve- teurs (sapeurs-pompiers) et certains artistes, dont nous dirons un mot. Dans la gymnastique générale elle-même, il y a des méthodes différentes, dont la valeur mérite d’être discutée, et que nous exposerons en allant du simple au composé. 4° Gymnastique libre et sans appareils. — Le type de celle-ci est la méthode de Schreber (1852), renouvelée d’ailleurs de Ling et de Pestalozzi, et dont Lacassagne extrait le spécimen ci-dessous, conseillé aux adultes à profession sédentaire : Exécuter avec le bras un mouvement circulaire (20 fois). — Étendre les bras en avant (30 fois); — en dehors (30 fois); — en hauteur (12 fois); — 8 à 10 respi- rations fortes et profondes. Exécuter un mouvement circulaire avec le tronc (30 fois) ; — se frotter les mains (80 fois); — redresser le tronc (12 fois); — élever la jambe latéralement (18 fois): — 8 à 10 respirations. Bapprocher les jambes (8 fois) ; — étendre et fléchir le pied (40 fois) ; — exécuter un mouvement analogue à celui de scier (30 fois); — élever le genou en avant (12 fois) ; — 8 à 10 respirations. Lancer les bras en avant et en arrière (10 fois) ; — s’accroupir (24 fois) ; lancer les deux bras latéralement (100 fois); — 8 à 10 respirations. Exécuter le mouvement analogue à celui do fendre du bois (20 fois) ; — de fau- cher (24 fois) ; — trotter sur place (300 fois) ; — 8 à 10 respirations. Lancer la jambe en avant et en arrière (24 fois) ; — latéralement (24 fois). Une partie, au moins, de ces exercices, est encore à la portée môme des infirmes. Dans l’ensemble, c’est une gymnastique d’appartement, parfaite- ment appropriée aux besoins des gens de cabinet; à quiconque l’aura essayée, il sera démontré qu’elle est plus énergique qu’elle ne le paraît au premier abord, qu’elle peut aisément amener la sudation, que c’est en somme un exercice fort sérieux et, surtout, bien équilibré. Elle entre encore pour une bonne part dans le système de Linz, vanté par Roth (de Londres). Néanmoins, il ne semble pas que, pour la jeunesse, on doive en retenir autre chose que les principes : la pondération et la facilité des mouve- ments. Il est probable, en effet, que la monotonie de ces actions dans le vide deviendrait un grave obstacle à leur acceptation par des jeunes gens, chez qui la vie déborde et qui ont la patience courte. Dans la réalité des Fig. 2 »3. — Attitude des bras armes des haltères courts. Fig. 244. — Exercice avec Le bâton. choses, d’ailleurs, nos mouvements s’appliquent à des objets sensibles, et l’on ne peut absolument contrarier le besoin naturel que nous éprouvons de diriger nos efforts vers un but saisissable. Quoi qu’en aient pensé Daily et Proust, si l’on a recours à la « rude et sévère discipline » pour imposer aux élèves une heure d’ennui quotidien, sous prétexte d’assouplissements, on ne réussira pas plus à leur faire prendre l’habitude de la gymnastique, dans notre pays au moins, que les mesures de rigueur n’ont réussi à leur faire aimer la thème grec. Que l’on commence la série des leçons et même chaque leçon par des exercices libres, par des formations de sections et quelques mouvements d ensemble (marche militaire, marche des gladia- leurs). Mais que cela ne dure pas trop longtemps et ne se répète pas jus- qu’à satiété. Qu’il soit surtout visible pour les élèves que c’est la prépara- tion à autre chose. 2° Exercices libres avec instruments mobiles. — Brouwers et Docx propo- sent (en Belgique) pour toutes les écoles et comme instruments d’absolue nécessité : 1° le fossé-sautoir; 2° le sautoir fixe forme au moyen de deux montants gradués réunis par une ficelle mobile; 3° une table à échelons pour les sauts en profondeur; 4° de petits bâtons pour les luttes; 5° la corde pour la lutte de traction; 6° le bâton pour assister les petits enfants dans les courses et dans les sauts; 7° la canne pour le travail à deux mains (fîg. 244): 8° la petite perche pour les luttes; 9° les perches verti- cales (réunies au besoin par 12 ou 24). Et comme instruments récréatifs : 1° Quelques échasses pour les gar- çons ; 2° pour les filles, la corde à dan- ser ; 3° le mât appelé vinclas ou appareil à pas de géant ; 4° une balançoire croisée. Pour les enfants au-dessus de douze ans, on y joindra : le mât horizontal à quelques centimètres au-dessus du sol ; un cercle formé avec des pierres ou des piquets de 15 à 25 centimètres de hauteur, pour apprendre aux élèves à se maintenir en équilibre sur des objets saillants et de peu de largeur; une planche d’assaut, la corde lisse, une perche pour les sauts en hauteur, des xylofers, des haltères courts (fig. 213) du poids de 2 à 10 kilogrammes, des haltères longs. Avec ces instruments s’exécutent les Fig. 2,5. - i d-Amoros. exercices de pied ferme ou de plancher (Triât). On peut y joindre les tirages continus de N. Laisné, avec ressorts, pour « les demoiselles », a qui les évolutions en l’air ne conviennent que dans de justes limites. 3° Gymnastique avec les agrès et les appareils fixes. — Les agrès sont fixes par l’une de leurs extrémités, mobiles par l’autre : perches fixées par en haut, échelles de corde, cordes lisses ou à nœuds, attachées de même; anneaux et trapèzes (fig. 245). Les barres fixes, les ban es pat allèles, les échelles de bois verticales, obliques, horizontales, les poulies à tquildne, planches à rétablissement, murs à rainures pour 1 escalade, les po/emcrpour soutenir les fils du saut (seuls appareils mentionnés parle Manuel de gyni nastique français), les chevaux de bois, le tremplin, les vindas, sont es appareils fixés. Triât et Daily pensent avec infiniment déraison qu'on ne saurait trop varier les agrès et appareils. Bien qu ils aient cru de\oir 1093 accorder, au point de vue hygiénique, la préférence aux exercices de plancher sur ceux de voltige, il semble cependant que l’équilibre dans l’appel au développement musculaire exige, pour le maintien de l’harmonie des formes, que l’on combine les exercices de pied ferme avec ceux de suspension et d'appui. Quant aux girations ou culbutes, leur utilité est contestable. Les agrès et appareils sont, d’ordinaire, suspendus à un portique, ou réunis autour de cette construction, qui est elle-même un appareil. Daily préfère judicieusement les multiplier en les réparlissant à la périphérie de la salle, dont le centre reste libre. La gymnastique peut servir à tous les âges; pourvu qu’elle soit propor- tionnée. Les exercices aux agrès et appareils n’admettent guère les jeunes gens avant quinze à seize ans. L’écueil à éviter, dans ces exercices, est que quelques-uns d’entre eux inspirent aux élèves la terreur ou le sentiment de leur incapacité. Les anneaux, le trapèze, la barre fixe, les barres parallèles, le saut au tremplin, le saut périlleux, le « cheval » (madrier matelassé pour saut en longueur), le portique même, quoique à peu près sans danger, sont positivement inabordables pour un certain nombre d’élèves, qui se contentent de voir les plus hardis faire des tours. En outre, beau- coup des appareils sus-énumérés n’admettent qu’un élève à la fois et nécessitent la présence d'un maître pour guider l’élève et, au besoin, le soutenir eL le préserver d’accidents sérieux. A l’école de Joinville—le-Pont, Chassagne et Daily reconnaisent que 8,000 hommes, appliqués à la gymnastique aux agrès, ont 30 entorses, 19 contusions et 2 fractures; c’est peu, sans doute, mais ce serait trop, si cette gymnastique spéciale n’était légitimée par les nécessités de l’entraînement mili- taire. Un seul homme est tombé du portique, en six ans, et sans se blesser ; mais, il s’agit de soldats. Les mêmes auteurs se flattent que, dans l’exercice d’escalade, avec le fusil en bandoulière, cinq ou six hommes seulement restent « au pied du mur », vaincus parla fatigue. Mais c’est donc que cette prouesse n’est pas accessible à tout le monde. Il y a plus et les observations de Chassagne et Daily, les premières qui aient donné ce renseignement, prouvent qu’un certain nombre d'individus perdent à la pratique de la gymnastique violente et imposée uniformément à toutes les constitutions. Le périmètre thoracique, chez les élèves de Joinville, a diminué 17 fois p. 100; la circonférence du bras, 10 fois p. 100; la force de soulèvement, 10 fois p. 100 ; la force de flexion des mains, 17 à 24 fois p. 100, etc. Or, nous prétendons que la gymnastique peut et doit rendre service à tout le monde et qu’elle est appli- cable même aux malades. On doit donc conserver ces appareils, mais non en rendre l’usage obligatoire. Il convient, en particulier, d’être réservé à cet égard, dans les gymnases scolaires. 4° Gymnastique spéciale. — Les soldats, les marins, les sapeurs-pompiers, les sauveteurs, sont, le plus habituellement, les destinataires de celle gym- nastique. Mais il n’y a pas de raisons pour qu’en dehors de ces groupes des particuliers ne cultivent pas divers modes de mouvement, favorables à la santé et â la vigueur physique. Enfin, il y a une classe d’individus qui vivent de la gymnastique. A l’École de gymnastique militaire de Joinville-le-Pont, d’après Chassagne et Daily, la série des exercices comprend : les mouvements d’assouplissements préli- minaires sans instruments, puis avec le fusil utilisé à la manière des haltères longs; les courses de fond et de vitesse, avec et sans obstacles, en tenue de gymnase et ei» tenue de campagne; les exercices aux agrès,barre fixe, barres parallèles, cordages, portiques de 4 mètres de hauteur ; escalade du mur de la redoute, le fusil en ban- doulière ; le bâton, la canne, la boxe. Ces exercices ont lieu tous les jours et par tous les temps, de telle sorte que les élèves fournissent un travail effectif de neuf à dix heures par jour. Toutefois, pour en rompre la monotonie, le bataillon exécuta trois fois par semaine des marches et des exercices purement militaires. Association «le la gymnastique et l’hydrothérapie. — On doit encore à Triât et Paz d’avoir réintroduit dans les exercices du gymnase la douche ter- minale., pratiquée sur divers points à l’étranger et si vivement recom- mandée, en France, par L. Fleury, Bouchardat, Bouley, Soleirol et, sur- tout, par Daily. On peut, pour quelques-uns, commencer par des applications rapides d’éponges ou de linges mouillés, ou même se borner là. Mais, dans la plupart des cas, une douche rapide, en jet, de dix se- condes environ, tombant de 4 à 8 mètres (Daily), sera parfaitement tolérée et produira les plus heureux résultats de sédation générale, de tonification de la peau et de vivification des fonctions organiques, des fonctions diges- tives surtout. Installation et fonctionnement «lu gymnase. — Beaucoup d’auteurs- formulent comme une loi la gymnastique en plein air. Il serait heureux,, en effet, que l’action d’un air pur et libre pût toujours s’ajouter aux bien- faits de l’exercice. Mais, pour s’assurer constamment ce double avantage, il faudrait choisir son jour et son heure, n’avoir ni pluie ni soleil trop ardent. Là où il n’y a de gymnase qu’en plein air, on s’en abstient pendant toute la mauvaise saison et pendant une bonne partie de l’été, parce qu'il tombe quelque averse, précisément à l’heure qui avait été fixée pour les exercices. Il faut donc avoir à la fois un gymnase couvert et un emplace- ment à l’air libre. Daily estime que « toute salle close et m'unie d’un plan- cher solide sur les deux tiers de sa superficie, peut servir de gymnase ». Elle aura S à 6 mètres de hauteur et une surface de 2 mètres carrés par élève, au minimum. Un costume est très utile. Il sera de coton ou de laine, assez large, sauf le bas du pantalon, qui doit être rétréci pour ne pas remonter; une écharpe- de laine est préférable à la ceinture de gymnastique. Les boutons seront supprimés. Daily pense avec raison que le maillot, adopté par Triât et Paz. à Paris, est incommode. Le moment de la journée le plus favorable aux exercices paraît être le malin, avant le repas principal de la journée, ou dans l’intervalle de deux leçons, quand il s’agit des écoles, soiL le matin, soit le soir (Brouwers et Docx). On devra avoir le rectum et la vessie vides. La plupart des auteurs se contentent de séances d’une demi-heure ou moins encore. Le savant rapport, rédigé par Hillairet, en 1839, ne demande même que quatre leçons par semaine, d’une demi-heure chacune, pour nos lycées. Daily réclame, au contraire, une heure de gymnastique par jour, sans compter les excursions au dehors, les ascensions de montagnes, l’équitation, l’escrime, etc. Nous inclinons dans ce sens. Toutefois, trois heures par semaine suffiront aux jeunes gens livrés aux éludes profession- nelles et qui se sont déjà exercés à l’école ou au lycée. Sous le rapport de l’âge, on peut certainement soumettre à des exercices appropriés des enfants très jeunes, de trois à sept ans, par exemple, selon la méthode Froebel; dans tous les cas, à partir dü moment où on les admet à l’école (six ans). Mais, à dix ans, la gymnastique est une nécessité pour tous. Au delà, il n’y a plus de limites; l’âge adulte doit conserver l’habitude de l’exercice pour l’exercice, et la vieillesse môme, dit Lacas- sagne, n’a pas de plus grand ennemi que le repos prolongé. Enseignement de in gymnastique. — Il existe dans les divers États alle- mands, à côté des dispositions légales qui rendent la gymnastique obliga- toire dans les écoles du premier et du second degré, des Instituts spéciaux (Saxe, Wurtemberg, Bade, Hesse, etc.), dont le but est de former des pro- fesseurs. En France, une Commission réunie pour étudier cette question proposait, en 1868, par l’organe de son rapporteur, Hillairet : 1° de rendre la gymnastique obligatoire dans les lycées, les collèges communaux, les écoles normales primaires et les écoles primaires publiques; 2° d’établir un gymnase modèle dans l’École normale de Cl uny ; de créer, en outre, une École normale de gymnastique à Paris; 3° de nommer une Commission chargée de délivrer des diplômes constatant l’aptitude à l’enseignement de la gymnastique. À la suite du rapport d’Hillairet, un décret impérial (1869) fit entrer la gymnastique dans l’enseignement des lycées et collèges, et déclara la gymnastique obligatoire pour les écoles normales primaires et pour les écoles primaires qui leur sont annexées. En outre, il était créé un diplôme spécial d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique. On n’est pas bien sûr que ce décret ait jamais reçu un commencement d’exécution ; 1870 allait ajourner bien des projets de toute nature. Rien ne s’opposait donc à ce que quelqu’un reprit, dans ces derniers temps, cette question vraiment vitale. La « loi Georges » a, de nouveau, décidé la gymnastique obligatoire '27 janvier 1880), et une nouvelle Commission a rédigé un Manuel pour diriger les maîtres dans l’application de cette loi. Ce Manuel de gymaslique a été publié par les ministres de l’instruction publique et de la guerre, en 1884. Mais un grand point a été oublié : l’école qui formera ces maîtres. L’école normale d’instituteurs de Paris dresse tous ses élèves à la gymnastique; ceux-ci peuvent donc, à la rigueur, devenir des moni- teurs pour les enfants auxquels ils enseigneront ensuite le calcul, l’histoire et la géographie. Il en est peut-être de môme dans les écoles normales primaires de province. Mais quels seront les moniteurs de l’enseignement secondaire, lycées, collèges, pensions? Aujourd’hui, on les prend géné- ralement parmi les anciens moniteurs de l’armée, qui ont d’ailleurs un brevet et reçoivent leur diplôme de Maîtres de gymnastique des commis- sions instituées au sein de chaque Académie. C’est bien ce que l’on peut trouver de mieux. Mais ce personnel est d’habitude insuffisant comme nombre et, presque toujours, manque des notions physiologiques qui sont la base d’une gymnastique rationnelle. 11 semble que l’avenir de la loi Georges soit attaché à la création d'Ecoles normales de gymnastique, fournissant des professeurs brevetés, d’une éducation assez élevée pour imposer le respect aux élèves, et rémunérés en conséquence de leur valeur et du temps sacrifié par eux à acquérir l’aptitude spéciale. Les enfants estiment ce qu’on leur enseigne comme ils estiment le maître qui repré- sente l’enseignement. Aussi fait-on très bien, dans l’armée, d’envoyer les jeunes ofliciers à Joinville-le-Pont ; voilà les vrais professeurs de gymnas- tique des régiments ; le soldat aura tout de suite une haute idée de l’im- portance de ces exercices, quand il verra des officiers les diriger et les exécuter eux-mêmes devant lui. Sociétés de gymnastique et gymnases municipaux. — Nous avons dit la prospérité des Turnvereine allemands. La Suisse et la Belgique, où l’hygiène publique est d’ailleurs dans un état de progrès incessant, ont repris cette tradition des Sociétés de gymnastique, de tir et de quelques autres. La contagion a gagné la France, principalement par le Nord, et, dans 1a. belle saison, chaque dimanche, i\ Lille, est égayé par quelque con- cours de gymnastique, d’escrime ou de musique; quelquefois même par le tout ensemble. La Belgique et la France se rencontrent encore dans ces luttes pacifiques et fraternisent énergiquement à l’issue du concours. Au Congrès d’hygiène du Trocadéro, Daily estimait à plus de 100 le nombre des Sociétés de gymnastique en France. Certes, il n'y a qu’à se féliciter de ce mouvement; mais il ne faut pas s’en exagérer les conséquences. Ce sont déjà les très grands garçons qui entrent dans les sociétés de gymnastique, et celles-ci ne sauraient dispen- ser l’éducation première de comprendre la pratique méthodique du mou- vement. Ces sociétés ne tentent pas ceux des jeunes gens à qui déplaisent les exigences d’un règlement, aussi bien que les exhibitions en public. La coquetterie du costume, le plaisir de passer devant la population, bannière et musique en tête, les succès du concours, comptent pour beaucoup (beaucoup trop) dans les visées des sociétaires; on est irrésistiblement entraîné vers les exercices acrobatiques, qui, naturellement, étonneront les assistants, au jour du concours, plus que ne le ferait le jeu rationnel du système musculaire tout entier. Enün, il nous a semblé que ces fêtes se terminaient par des pratiques dont l’effet contrebalance défavorablement la salubrité des exercices. Les gymnases mnniciipaux sont une institution très recommandable. C’est ce qui a été adopté dans toutes les grandes villes d’Allemagne. Berlin a consacré un demi-million à son gymnase municipal. Quelques villes de France sonL entrées dans cette voie, qui, sans aucun doute, reste ouverte à des catégories d’individus beaucoup plus nombreuses que les So- ciétés. Le gymnase municipal de Lille s’esL ouverL en 1881. C’est là que se trouve à la fois le moyen et la preuve de la généralisation de la gymnas- tique et de son passage dans les mœurs nationales. Formes de la gymnastique spéciale. — i/escrim*. — L’escrime et ses modes divers fortifient les muscles des membres et donnent au coup-d’œil la rapidité et la sûreté. Le tireur qui se fend à fond prend l’attitude du discobole antique et des gladiateurs. L’assaut est un bon moyen de suda- tion. Pour éviter de développer une moitié du corps plus que l’autre, il est nécessaire de tirer alternativement de l’une et de l'autre main. rame. — L’exercice de la rame est fort en honneur en Angleterre et en Amérique; çà et là, en France, quelques sociétés que l’on voit appa- raître dans les régates imitent de plus ou moins près les rowings-clubs de nos voisins d'outre-Manche. L’acte de ramer comprend deux temps essentiels : 1° la rame est portée en arrière ; les extrémités inférieures sont relâchées, le tronc s’incline fortement sur les cuisses, les bras se tendent de toute leur longueur; 2° la rame prend point d'appui sur l'eau et est ramenée en avant; les membres inférieurs se raidissent, le tronc se redresse et se penche même en arrière, les avant-bras se fléchissent énergiquement sur les bras, soutenus eux-mêmes par la contraction des pectoraux. Comme chaque coup de rame exige l’état d’expiration virtuelle, qui caractérise l’effort, la respiration prend le rythme du mouvement de la rame, 36 à 40 mouvements par minute. L’ins- piration doit donc avoir lieu pendant que le tronc est fléchi en avant, circonstance défavorable à l’abaissement du diaphragme et à l’ampliation du thorax ; les Anglais, pour éviter cette flexion dans de trop grandes limites, ont remplacé le siège fixe du système ancien par un banc à coulisse, dont les déplacements alternatifs en avant et en arrière se substituent aux inclinaisons du rameur en sens inverse; il en résulte une plus grande liberté respiratoire. L’observation démontre qu’aucun genre d’exercice ne met simultané- ment en jeu plus de muscles que l’action de ramer. Non seulement les membres, mais encore les muscles dorso-lombaires, psoas-iliaques, abdo- minaux antérieurs, pectoraux, participent aux contractions nécessaires. Ce peut donc être une pratique d’une grande valeur hygiénique, si l’on n’y admet que les âges et les complexions qui en sont capables et si, dans tous les cas, on évite d’arriver à l’épuisement des forces. Mais il est aisé de voir que la pente naturelle conduit cet exercice à devenir violent, et qu’il cesse d'ôtre sans danger pour un bon nombre d’individus. Fraser assure que, dans cet exercice, la tension artérielle diminue par relâchement des parois vasculaires, que le cœur propulse de plus larges ondées de sang à chaque contraction, et que, néanmoins, les veines suffisent à recevoir ce liquide surabondant. Mais aussi le pouls bat 110 fois ou plus par minute, et il faut que les poumons et les puissances respiratric.es musculaires élèvent leur énergie en conséquence. De là l’indication d'en écarter tous les sujets chez qui le sphygmographe révèle une irrégularité du tracé. Brayton Bail y joint tous ceux dont le périmètre thoracique est au-dessous de 36 pouces (90 cen- timètres), ce qui paraît sévère, et tous ceux qui, par antécédents de famille ou personnels, peuvent être soupçonnés de quelque affection pulmonaire ou cardiaque. L.’éauitation. — La valeur de cet exercice dépend beaucoup du mode de se servir du cheval et des allures imprimées à la bête. Les cavaliers ordinaires sont placés à califourchon sur le dos du cheval, avec l’intermé- diaire d’une selle plus ou moins avantageuse et avec l’aide d’étriers. Les ca- valiers les plus habiles font de la voltige, excellent exercice de force et de souplesse, et montent pendant quelques minutes un cheval sauteur ; ceci est une manœuvre brutale et non sans danger, qu’il ne faudrait pas essayer s’il n’était indispensable de préparer à tout événement les jeunes gens qui se destinent passer leur vie dans la fréquentation d’un animal puissant, peu intelligent, impressionnable et capricieux. L’équitation met en jeu les muscles des membres inférieurs, et un peu ceux du tronc chez les novices, qui se livrent d’abord à des contractions inutiles. Le trot est l’allure la plus fatigante pour le cavalier, surtout dans les principes de l’école française, qui veulent que l’on trotte le corps droit, même renversé, les cuisses adhérentes par 1<1 face interne et le genou aux flancs du cheval, la jambe libre et mobile, les étrivières longues et le pied ne posant sur l’étrier que par sa pointe un peu relevée; les réactions sont donc transmises intégralement au bassin, puis au tronc du cavalier. L’école anglaise admet des étriers courts et aidant le tronc à éluder les secousses que lui communique le trot du cheval. Le vêtement des extrémités inférieures, chez les cavaliers, doit être ajusté en vue d’éviter les plis et les frottements, causes d’excoriations dou- loureuses. Il ne faut pas monter à cheval avec la vessie et l’intestin remplis, ni y rester. L’exercice du cheval, en plein air surtout, excite l’appétit. Comme la dépense reste faible, une fois qu’on en a l’habitude, le métier de cava- lier n’est pas incompatible avec un peu d’obésité. Pourtant, la légende du vieil officier de cavalerie avec un gros ventre se perd depuis que l'on monte à cheval, dans cette arme, dans un autre but que celui de se promener. Le travail au manège est moins salubre que l’équitation en plein air. Le sol de cet endroit, recouvert de sable, de sciure de bois, de copeaux de liège, se pénètre de l’urine et de la fiente des chevaux; l’atmosphère en devient poussié- reuse et putride. Une aération très généreuse du local est de rigueur; encore ne sera-ce jamais un séjour inofîensif. Il a probablement quelque influence sur le déve- loppement de Yecthyma à la suite des excoriations, presque inévitables chez un bon nombre d’apprentis cavaliers. L’excoriation est l’irritation locale, le point de départ des efflorescences cutanées ; l’intoxication septique par l’air du manège (et celui de la vie en commun dans les casernes) en est la raison organique (Dauvé, Czernicki, J. Arnould). On dit aujourd'hui que l’excoriaLion fait la porte d’entrée au microbe de l’ectbyma et que peut-être celui-ci vient du cheval même (Boinel et Depérel). Le contact prolongé du siège avec la selle et réchauffement qui en résulte pous- sent à la congestion des veines hémorrhoïdales. I). Larrey conseillait, au contraire, l’équitation comme traitement des hémorrhoïdes. Le moyen peut, en effet, aplatir des hémorrhoïdes déjà existantes. L’habitude du cheval peut avoir, d’après Sistach, quelque influence sur le déve- loppement des varices et du varicocèle; il est moins certain qu’elle en ail sur la formation des hernies, à moins d’une disposition préalable. On a accusé l'abus du cheval d’entraîner l'atrophie des testicules, ce qui était arrivé, dit-on, au roi Charles XII; et ce qui n’esl pas absolument étonnant chez les gens qui restent indé- finiment à cheval, le scrotum relâché par fatigue, les testicules heurtant la selle, quelquefois contus contre elle dans un mouvement brusque de la monture. Mais il est, néanmoins, rationnel de conseiller l’équitation comme douée de propriétés tonifiantes vis-à-vis des fonctions génitales. Nous ne parlons pas des chutes, parfois terribles et même mortelles ; non plus que de la possibilité des contagions du cheval à l’homme. La gymnastique métier. — Il y a un assez grand nombre d’hommes et de femmes qui font des exercices de gymnastique en public, pour gagner leur vie. C’est un spectacle et ces gens s’intitulent artistes. Le public prend un goût infini à les voir faire du trapèze à 20 mètres au-dessus du sol et ne les appelle pas moins acrobates. Blatin a carrément pris la défeuse de ces hommes contre le dédain de la gymnastique classique et, sous certaines réserves, nous n’hésitons pas à nous ranger à son avis. Les gymnastes du cirque sont un assez beau type d’audace et de mépris du danger; au simple point de vue de la gymnastique, ils prouvent de la meil- leure façon ce que peuvent, avec de l’exercice, l’adresse et la force hu- maines. Il y a des cœurs d’airain sous ces muscles d’acier. Nous ne pen- sons pas qu’il convienne à notre époque de mépriser les uns ni les autres. Ce que l’hygiène doit exiger, c’est que l’on n’associe pas les enfants, en public surtout, à des exercices dangereux ou hors de la portée de leur âge, et que les gymnastes s’entourent des précautions nécessaires pour préve- venir les chutes et les rendre inoffensives. II. Influence sanitaire de l’exercice. Les conséquences sanitaires de l’exercice procèdent des phénomènes qui caractérisent et accompagnent le mouvement. C’est le domaine de la physiologie et il est à peine utile de les rappeler ici. Le muscle est doué de contractilité. Il obéit à un influx nerveux et agit sur un levier, qui est un os. En général, les leviers osseux, chez l’homme, sont disposés - pour transformer de la force en vitesse, au risque de donner des avantages à la résistance. Le muscle en contraction s’échauffe (Ileidenhain, Becquerel et Breschet, Béclard, Thiry, Myerslein). Le sang veineux en sort plus noir qu’au repos, plus riche en CO2 (CI. Bernard). Il s’y forme de l’acide lactique {sarcolactique), suffisamment pour le faire passer de la réaction alcaline ou neutre à la réaction acide. D’ailleurs, le raccourcissement du muscle facilite l’écoulement du sang veineux, sans faire obstacle à l’arrivée du sang artériel. On sait que, même au repos, les muscles ne sont pas inertes, mais en état de tonicité musculaire. D’aulre pari, un muscle ou un système de muscles ne se con- tracte pas sans que les antagonistes n’en fassent autant pour modérer et régula- riser le mouvement. La simple station verticale ne subsiste que par la contraction simultanée des muscles du cou, du dos, de l’abdomen, des cuisses, des jambes. Le phénomène de l'effort met en jeu au plus haut degré celte solidarité musculaire. Respiration. — Le mouvement accélère la respiration, augmente la quan- lilé d’oxygène absorbé et celle de CO2 et de vapeur d’eau exhalés par les poumons. Edward Smith, en faisant porter ses observations sur les modes les plus simples du mouvement et en prenant pour unité le coefficient res- piratoire dans la position couchée, a obtenu les chiffres relatifs suivants : La respiration (capacité vitale) au repos couché = l. Position assise Station debout Marche à raison d’un mille (1,609 mètres) à l’heure — à cheval, au pas — à pied à raison de deux milles à l’heure — à cheval, au petit galop '. — à pied, à trois milles à l’heure — — — avec un poids de 15 kil. 40... — — — — 28 — ... — à cheval, au trot Action de nager Marche à trois milles par heure avec un poids de 53 kil. 5 — à quatre milles — — Travail à la roue dentée Course à six milles par heure • L’horloger vigoureux de Munich sur lequel expérimentaient Voit et Pet- tenkofer rendait, en 12 heures de jour, 573 grammes CO2 au repos, 859 grammes en travail ; dans les 12 heures de nuit suivantes, 396 grammes après la journée de repos, 354 après celle de travail. L’exercice augmente tout d’abord la fréquence des respirations et ne tarde pas à amener Y essoufflement chez les non habitués. Daily recommande d’éviter cet essoufflement et, dans le but de le retarder, de ne point respi- rer la bouche ouverte. Avec l'habitude de l’exercice, l’essoufflement dispa- raît et la respiration n’augmente plus que ù.'amplitude, ce qui est le béné- lice à rechercher. Il convient, d’ailleurs, de diriger ce que nous avons appelé exercices libres de telle sorte que les mouvements des membres et les attitudes favorisent précisément cette amplitude des respirations, non point tant par l’abaissement du diaphragme que par le soulèvement de toute la paroi thoracique antérieure (respiration costo-supérieure). Capacité respiratoire. — Le moyen de mesurer la capacité respiratoire (capacité vitale, de Hutchinson) devrait consister à évaluer, au spiromètre, le volume d’air que peut contenir le poumon. Hutchinson a trouvé, au moyen de son instrument, une capacité moyenne de 3m,50 à 15° chez les adulles. Mais le spiromètre est d'un ma- niement assez délicat; il faut presque une éducation appropriée de la part des sujets observés. On a préféré, de nos jours, apprécier comparativement la capacité des diverses poitrines en mesurant simplement la circonférence thoracique, qui n'est qu’un des éléments de celte mesure, mais qui en est le plus important. Celte men- suration se fait à l’aide d’un ruban métrique en cuir, placé circulairement autour du thorax, en passant au niveau des mamelons, comme nous l’avons pratiqué à l’instar de beaucoup d’autres observateurs; ou au niveau de l’insertion inférieure des grands pectoraux, ainsi que le recommande Vallin, pour éviter une légère erreur qui résulterait de l'accumulation graisseuse mammaire chez certains indi- vidus. Ce dernier mode donne un chiffre un peu moins élevé que le premier, de 2 centimètres environ. La règle esL que la circonférence thoracique dépasse un peu la 1,18 1.33 1,90 2,21 2,70 3,15 3,22 3.50 3,84 4,05 4.33 4,75 5.00 5.50 7.00 demi-taille, si on l’a prise bi-mammaire; qu’elle en approche de très près, si l’on a mesuré le périmètre sous-pectoral. Enjoignant à celle mesure les indications du pneumographe, qui donne à la fois la fréquence el Yamplitude des respirations, on a des données suffisantes pour l'hygiène. Mais le pneumographe est déjà un instrument qui ne se trouve que dans des laboratoires bien outillés. Il résulte des observations faites à l’École militaire de gymnastique de Joinville- le-Pont, par Marey et Hillairet, que le dévelppement thoracique conquis par la gymnastique correspond réellement à une aptitude respiratoire plus considérable, constatée et enregistrée au pneumographe, qui trace des courbes proportionnelles au volume d'air respiré. On prit cinq jeunes hommes qui arrivaient à l’École, on nota (le 19 août) la respiration de chacun d’eux au repos; puis immédiatement après une course de G00 mètres au pas gymnastique, en 4 minutes environ. Un mois après (21 septembre), on reprit un tracé chez les mêmes sujets avant el après la course; l’amplitude des mouvepients thoraciques au repos avait plus que doublé. On répéta l’observation de mois en mois. Au cinquième mois, il était à peu près impossible de remarquer un changement du mode respiratoire sous l’influence de la course; le nombre des respirations s’était réduit en moyenne de 20 à 12 par minute et leur amplitude avait plus que quadruplé. Le professeur Jâger (de Stuttgart) comparant 25 soldats de recrue avec 25 soldats de un à deux ans de service et ceux-ci à cinq jeunes gens de même âge, assidus à l’École de gymnastique, constate que les premiers ne consomment que 59 cen- timètres cubes d’air par kilogrammes de leur poids, tandis que les seconds en admettent 60 centimètres cubes, et les élèves de l’École de gymnastique 74 centi- mètres cubes. L’un de ceux-ci allait même à 80 centimètres cubes par kilogramme de son poids. Jâger assure avoir lui-même porté sa propre capacité respiratoire de 39,2 à 46 décimètres cubes, 8 par un exercice de course régulier, continué pen- dant 2 mois et demi. Circulation. —L’exercice augmente la fréquence et l’énergie des batte- ments du cœur. Sous l’influence de l’active circulation musculaire (voy. plus haut), le ventricule droit se distend et il se produit une réelle congestion pulmonaire qui joue le premier rôle dans la dyspnée des exercices violents chez ceux qui n’en ont pas l’habitude. A ce moment, le pouls est toujours fréquent, mais il faiblit et peut devenir irrégulier. Clifford Albutt fait remarquer qu’il se produit une sorte de cercle vicieux; la poitrine se dilate énergiquement pour introduire l’air nécessaire à l’oxygénation du sang, mais cette introduction môme augmente la pression intrapul- monaire et empêche le cœur droit de se vider. Le cœur gauche, selon Traube, est soumis à un surcroît de travail en raison de l’augmentation de la pression artérielle. On a dit qu’il pouvait en résulter la dilatation des cavités gauches avec ou sans hyperlrophie. Si la situation durait, il arri- verait un moment où les muscles respiratoires seraient épuisés, tant par excès de travail que par insuffisance d’oxygénation du sang qu’ils reçoi- vent (asphyxie musculaire). Le cas se réalise rarement. 11 peut toujours être évité par la progression dans l’énergie de l’exercice jusqu’à amener cet état si avantageux que l’on appelle « être entraîné » (de l’anglais : lo tram). Les effets à lougue portée de 1 exercice sur la circulation, ne peuvent guère être précisés que par l'observation directe. Théoriquement, la souplesse et l’élasticité des vaisseaux, mises plus souvent enjeu par l’afflux du sang dans les parties exer- cées, ne peuvent que se développer. Cette plus grande liberté de la circulation est une des causes pour lesquelles les entraînés ne suenl plus. Partout où le mouve- ment du sang est reLardé par un obstacle, ce mouvement se convertit en chaleur. Le rapide échauflement des non habitués, à la suite d’un exercice, peut bien ainsi dépendre, pour une part, du défaut de souplesse de leurs artères. On comprend, du reste, que l'augmentation de la capacité pulmonaire par l’exercice contribue aussi, puissamment, à éviter la stase sanguine dans les poumons, à permettre au ven- tricule droit de se vider, à dispenser le ventricule gauche des efforts auxquels il est soumis au début. Aussi Schrôtter a-t-il pu, avec quelque apparence de raison, nier que l'exercice, même exagéré, fût jamais la cause unique de la dilatation cardiaque. Pourtant les exercices violents et répétés paraissent positivement finir par appor- ter de sérieux désordres dans les fonctions et la-nutrition cardiaque. Da Costa signala la fréquence des palpitations dans les troupes surmenées de la guerre de Sécession américaine. Peacok a remarqué que l’insuffisance mitrale avec dilatation est commune chez les mineurs de Cornouailles qui, après avoir travaillé huit heures au fond des galeries, grimpent aux échelles pendant une autre heure pour en sortir; les ouvriers des mines de Durham et de Northumberland, que l’on remonte avec des machines, ne présentent pas celte infirmité dans la même proportion. Mün- zinger attribue la fréquence des affections cardiaques dans les environs de Tubiu- gen à la nécessité pour les habitants de gravir les montagnes du pays avec de lourds fardeaux. On sait aussi que les coureurs de profession, d’Angleterre et d’Amérique, sont communément victimes de leurs exploits. Mais il n’en est pas de même des exercices qui ne vont pas jusqu’à faire appel au fonds de réserve des ressources de l’économie. Un exercice, de vigueur cepen- dant, très en faveur en Angleterre, celui de la rame (boat-racing), avait été accusé par Skey (1867) et par Hope de causer plus de maladies du cœur que le rhuma- tisme lui-même. La Société clinique de Londres s’en émul. Morgan (de Man- chester) releva tous les cas de maladie qui s’étaient déclarés à la suite des luttes à la rame dans les concours annuels d’Oxford-Cambridge, de 1829 à 1860; sur un chiffre de 294 concurrents, il ne trouva que trois décès de maladies du cœur, dont aucune ne pouvait être rapportée aux circonstances de l’exercice, et deux cas d’hypertrophie ou de palpitations chez les survivants, mais survenus dans un âge avancé. En somme, une notable partie de la population anglaise, pendant presque toute l’année, pratique le canotage, et les maladies du cœur ne frappent point par leur fréquence dans ce milieu. Les facteurs ruraux, en France, dit G. Sée, n’ont jamais d’hypertrophie du cœur. Nous ne savons pas ce qu’il en est; les facteurs ruraux ne marchent pas beaucoup plus que ceux de la ville et ils ont assez l’air de ne pas se presser outre mesure. La question du « cœur surmené » a été traitée avec beaucoup d’érudition (1887) par un médecin de l’armée, Coustan, en vue, naturellement, de l’hygiène et de la pathologie militaires. Malheureusement, cette étude n’apporte pas encore les preuves d’observation qu’il faudrait. Il y a, c’est incontestable, des troubles car- diaques fonctionnels chez les jeunes soldats, encore incomplètement développés, par le fait de quelques-uns des exercices du temps de paix et, surtout, du temps de guerre, si les débuLs se font sur le] champ de bataille; il y a même des maladies du cœur, méconnues jusque-là, qui se révèlent, en empirant d’ailleurs, à cette occasion. Mais il est difficile d’en voir davantage. Quant au cœur empoisonné par les produits de déchet qui s’accumulent dans le surmenage général, c’est de la théorie pure, comme l’aulotyphisation de Peter. L.« nutrition. — Le mouvement excite l’activité des organes digestifs. Il y a dépense plus grande de matériaux; par conséquent, le besoin de restitution augmente aussi et l’absorption se fait plus rapide. 11 est pro- bable aussi que, par l’exercice, les viscères abdominaux sont mécanique- ment aidés dans leur mouvement et, d’ailleurs, bénéficient de la suractivité générale de la circulation. Ces conditions, toutefois, manquent le but dans un cas : celui où l’individu se livre à un exercice énergique en se levant de table: l’afflux du sang aux muscles détourne celui qui devrait, à ce moment, se concentrer vers l’estomac, et les secousses mécaniques préci- pitent trop tôt le contenu de celui-ci dans l’intestin. Nous avons maintes fois personnellement remarqué et signalé, dans l’armée, l’inconvénient sérieux qui résulte, pour les jeunes cavaliers, de l’obligation assez répétée de monter à cheval immédiatement après le repas. C’est une façon d’an- nuler l’alimentation. Sécrétions. — Le mouvement excite la fonction sudorale d’une façon d’autant plus intense que l’assuétude est moindre chez les individus et que la température extérieure est plus élevée. C’est la conséquence de l’accu- mulation du calorique intérieur, de l’exagération des combustions inters- titielles qui fournissent la chaleur transformable en travail et, sous l’appel du système nerveux, ont une tendance à en fournir trop pour qu’il y en ait assez. L’économie se défend contre la tendance au surcliauffement en évaporant de l’eau. Cette eau est fournie d’abord par celle des tissus et du sang; puis, par les combinaisons nouvelles des matières alimentaires; enfin, par les boissons, dont le besoin ne tarde pas à se faire sentir. L’exercice est un moyen sûr d’exprimer de la fibre animale les sucs aqueux superflus, de la raffermir par conséquent et de concentrer en quelque sorte le sang. Voit et Petlenkofer ont reconnu que l’exercice fait plus que doubler la perte d’eau parla peau et les poumons. Maclaren porte à une moyenne de 40 onces (1,245 grammes) la perte subie parle fait de l’évaporation cutanée et pulmonaire, en six jours consécutifs, avec une heure d’escrime énergi- que par jour. Des membres d’une société nautique ont assuré à Brayton Bail qu’il leur arrivait parfois de diminuer de plus de 2 kilogrammes de leur poids en une après-midi, à la suite de l’exercice de la rame pendant la saison chaude. Un étudiant anglais parvint à perdre près de 6 kilogrammes en une seule course soutenue, avec un vêtement épais. En revanche, et comme on pouvait le prévoir, la quantité d’urine diminue, à moins qu’il n’y ait eu ingestion de boissons abondantes. Le chlorure de sodium rendu diminue également (puisque la sueur en a éliminé). Les acides urique, sulfurique, phosphorique, et le pigment augmentent. La potasse et la soude excrétées l’emportent sur la chaux et la magnésie. Il est inutile de revenir sur la question de l’élimination de l’urée, qui est tranchée par ce que nous avons dit du rôle respectif des aliments .azotés et Arnould, Hygiène. 2° édit. 70 des hydrocarbonés, comme source de chaleur transformable en travail (p. 857). Voit et Pettenkofer, Haughton, Lawes et Gilbert, ont conclu de leurs expériences ou de leurs observations que l’excrétion d’azote urinaire est peu ou point augmentée par l’exercice, à moins de surmenage. Au contraire, Simon, Lebmann, W. Hammond, Edw. Smith, Parkes, W. Nortb, Byasson, Ritter, et surtout A. Flint et Pavy, ont reconnu une augmenta- tion plus ou moins sérieuse de l’urée rendue, dans les mômes conditions, et môme une excrétion d’urée « plus considérable que ne le comporterait la richesse azotée du régime ». Or, il est certain qu’il peut y avoir, en effet, de la chaleur transformable en travail, fournie par la décomposition des albuminoïdes; mais ce n’est qu’une ressource accessoire de l’économie et les observations de Pavy, sur le coureur Weston, ont été aussi mal inter- prétées que l’expérience était mal instituée. Nutrition musculaire. — Les muscles s’accroissent en volume par l’exer- cice; c’est la conséquence de ce qui a été dit de l’afflux du sang dans le muscle en contraction. L’observation vulgaire a depuis longtemps établi que le système le plus exercé est aussi celui qui gagne le plus: les mollets des danseuses, les bras des boulangers, etc. Il est vraisemblable que cet accroissement est à la fois une hypertrophie (augmentation de volume des fibres), et une hyperplasie (multiplication des éléments anatomiques). Les observations recueillies sur les élèves de l’École de gymnastique de Joinville- le-Pont, par Ckassagne et Daily, nous paraissent très propres à donner une idée du gain musculaire que l’on peut obtenir de l’exercice méthodique. On en juge par l’augmentation de la force musculaire et celle du poids du corps, dans de certaines conditions (si le poids du corps diminue pendant que le dynamisme augmente, il peut n’y avoir pas moins un gain). Dynamique générale. — Chassagne et Daily ont apprécié cette condition en me- surant au dynamomètre l’effort de soulèvement, celui qu’il faut pour enlever du sol un poids considérable. La mesure de l’effort de traction, obtenue de la même ma- nière, semblerait pouvoir concourir à la même appréciation. La force de soulève- ment moyenne, chez l’homme de 23 ans, est de 86kil,lo; celle de trait, de 42kll,S3. Dynamique partielle. — C’est la force de flexion ou d’exLension d’un membre ou d’une portion de membre, avant-bras, main, jambe. Cette détermination se com- plète, à notre avis, de la mesure de la circonférence des membres. Selon Chassagne- et Daily, chez un homme de 23 ans, la dynamique partielle moyenne est: Force des fléchisseurs de la main droite — — — gaucho... — — des deux mains — — des bras tendus — de port des fardeaux — de progression ou de trait — de détente de la jambe (coup de pied) kit. «,46 41,19 72,68 11,90 43,32 42,85 41,08 Poids. — Il se détermine avec la balance-hascule. Chez 1 adulte jeune et bien conformé, de taille moyenne, le poids est à très peu près d’autant de kilogrammes que la taille a de centimètres au-dessus de 1 mètre. L’homme de 23 ans, d une taille de 1m,60, pèse moyennement 60 kilogrammes. Au-dessus de celle taille, il est presque normal que le chiffre des kilogrammes soit supérieur à celui des cen- timètres; au-dessus de fœ,6o, il est presque normal.qu’il soit inférieur : 1 homme de im,70 pèse rarement 70 kilogrammes. D'ailleurs, régulièrement aussi, c est chez les grandes tailles que le rapport de la circonférence thoracique à la taille est le moins élevé (J. Arnould). Or,en comparant les professions rurales cMxprofessions urbaines, et, parmi ces der- nières, comparantentre elles les professions manuelles à l’air libre, à l'air confiné, les professions assises et les professions intellectuelles, Chassagne et Daily constatent une remarquable supériorité des professions rurales, qui s’exercent à l’air libre, mais, en outre, se distinguent par la variélé des mouvements et la mise en œuvre de tout l’ensemble musculaire, tandis que les ouvriers des villes répètent constam- ment les mêmes mouvements et n’exercent qu’une partie de l’appareil moteur. Les mômes observateurs relèvent l’exagération du périmètre throracique et de la dynamique des membres supérieurs chez les forgerons, serruriers, boulangers, qui, en revanche, ont les membres inférieurs faibles; la gracilité des membres, inférieurs et supérieurs, chez les tailleurs, cordonniers, etc. ; la supériorité du poids sur les centimètres de taille, pour les professions intellectuelles, - vivant dans l’oisiveté musculaire et chez lesquelles la recette alimentaire prime la dépense. L’exercice rationnel, en effet, diminue le poids tout en augmentant les périmètres thoracique et musculaire et la dynamique générale ou partielle. Influence des professions sur la musculature, la dynamique et le poids individuels (Chassagne et Daily). PROFESSIONS. TAILLE moyenne. CIRCONFÉRENCE thoracique. w o z . Cd xn 'r3 J5 — 2 en O 1 Fig. 251. — Perspective de l’intérieur d’une salle de classe. les élèves entrent à l’école, ou que le soleil couchant n’y est pas encore quand ils la quittent. Wiel et Gnebm demandent une tout autre exposi- tion que le nord et l’ouest, sous l’étrange prétexte que la lumière du matin et de midi, réfléchie par les maisons d’en face, est singulièrement fati- gante ; il est toujours gênant d’avoir des maisons en face de l’école, mais, s’il y a quelque chose de plus aveuglant que la lumière réfléchie, c’est la lumière solaire directe. Javal veut que le grand axe de la salle soit du N.-N.-E au S.-S.-O, c’est-à-dire se rapprochant de la direction méridienne; comme, d’autre part, cet auteur se rattache à l’éclairage bilatéral, les éco- liers, dans son système, subiraient le plus exactement possible toutes les variations de la lumière solaire en môme temps que les rayons entrecroisés du double éclairage. On comprendrait que celte insolation fût réclamée au nom de l’hygiène générale et non pas au nom de l’hvgiène de là vue, qu’elle semble si fort compromettre. Quant à l’hygiène générale, elle n’est pas compromise, si l’on prend la précaution de pratiquer sur la paroi de la salle exposée au midi une baie tout aussi grande que celle des fenêtres ; cette haie, obturée par des volets opaques pendant les classes, sera ouverte pendantles récréations et l’inté- rieur se trouvera suffisamment ensoleillé (Ém. Trélat). Reclam fait remar- quer que la salle d’école n’est pas une habitation et n’est pas soumise aux mêmes règles d’ensoleillage. D’ailleurs, il s’est assuré par une expérience personnelle que les chambres exposées au nord se peuvent assainir par un chauffage continu (nuit et jour) et une aération permanente. Le système que l’on aura choisi pour l’éclairage diurne de la salle règle l’orientation de la maison d’école même. Aujourd’hui que l’on réunit volontiers en un groupe scolaire l’école maternelle, l’école des garçons et celle des filles, il est difficile que toutes les salles de classe soient bien orien- tées. Aussi les villes donnent-elles le terrain qu’elles ont disponible, et les architectes bâtissent dans le sens auquel le terrain se prête le mieux, sans s’occuper des points cardinaux. L'abondance de la lumière est subordonnée à la surface et à la disposition des;fenêtres. En général, on demande que la surface vitrée -soit égale au quart ou même au tiers de la surface du plancher. Dans l’école modèle d’Erismann, les fenêtres, au nombre de quatre, auraient une largeur de im,20; elles seraient ainsi disposées en hauteur: Du sol à l’appui de la feuêtro 0m,90 Hauteur de la fenêtre 3 (20 Au-dessus de la fenêtre 0 .,40 Dans ces (conditions, quatre fenêtres occupent 14m,,,6 de surface et, déduction faite des châssis, 12“'',2 de surface viltnée, environ 26 décimètres carrés par êlèwe (la surface de plancher étant de G2mq,04, et la population 42 élèves). Les trumeaux prennent de 30 à 40 centimètres dans le milieu de la salle et 1 mètre aux extrémités. Reclam propose de réduire le plus possi- ble ces trumeaux en les remplaçant par des piliers et en construisant des r fenêtres gémellées (Voy. fig. 231). Em. Trélat ne calcule point le rapport de la surface vitrée à la surface du plancher; mais il est clair qu’il le veut le plus grand possible, puisqu’il supprime tous les trumeaux et ramasse toute la section de l’éclairage en une seule baie, qui comporte des meneaux en aussi grand nombre qu’il est nécessaire. La largeur de la salle règle la hauteur du linteau des baies d’éclairage ; ce linteau devra se trouver à une hauteur minima égale aux 0,60 de la profondeur de la classe, augmentée de l’épaisseur du mur où sont placées les fenêtres. Pour une salle de 7m,10 de profondeur, close d’un mur de 0m,50, la hauteur du linteau au- dessus du parquet sera 7,60 X 0,60 = 4m,56. — L'appui des baies sera placé au-dessus du parquet à une hauteur maxima telle que les rayons lumineux plongeant à 45° et frisant l’arête de cet appui, atteignent les extrémités voisines des tables. Cette hauteur dépend alors de la largeur du passage le long du mur et de la hauteur des tables; pour un passage de 0m,60 et une hauteur des tables égale â 0m,70, l’appui sera placé à 0,60 -)- 0,70 = lm,30 au maximum. Erismann demande 1 mètre. Les appuis très élevés attristent l’intérieur de la salle. La Commission de l’hygiène des écoles, de 1882, demande qu’un œil placé au niveau de la table, à la place la moins favorisée, puisse voir directe- ment le ciel dans une étendue verticale de 30 centimètres au moins, comptée à partir de la partie supérieure des fenêtres. Aussi le rapporteur ne voit-il pas d’inconvénient à monter le mur plein jusqu’à 2“,50 ou 3 mètres au-dessus du parquet. A notre avis, c’est trop peu exiger. On a imaginé un certain nombre d’instruments, les photomètres, les radiomèlres, destinés à mesurer l’intensité de la lumière qui arrive à chaque élève (Bertin-Sans, L. Weber). Quelques-uns donnent, paraît-il, de bons renseignements. Mais il faut toujours combiner ceux-ci avec la mesure de l’acuité visuelle de chacun. Lorsque des rideaux ou des stores sont nécessaires, on les fait d’étofle teinte en vert et généralement double. On recommande les stores qui s’élèvent plutôt que ceux qui s’abaissent; il est préférable, en effet, de pouvoir diminuer la lumière par en bas plutôt que par en haut. Le gaz d’éclairage parait être à Varrenlrapp le seul moyen possible d’e- clairage artificiel, à la condition que l’on exclue les becs plats, où la com- bustion n’est pas parfaite, et que l’on use du cylindre de verre qui active la combustion et immobilise la flamme. Gross conseille en outre l’abat-jour, non en métal mais en papier ou porcelaine mince. Gohn n’exige qu’un bec pour 16 enfants, ce que Falk trouve encore trop généreux. Néanmoins, dans les écoles de Francfort, il y a un bec pour 5 à 8 élèves. Dans certaines écoles anglaises, le tube d’aspiration au-dessus du bec est composé de tubes'concentriques (Riant); le tube inférieur sert de tuyau de fumée et porte au dehors les gaz de la combustion: l’espace annulaire entre celui-ci et le tube extérieur fait l’office d’une cheminée d’appel et évacue l’air vicié de la salle. Il ne faut pas oublier que l’éclairage au gaz augmente la pro- portion de CO2. Vernois a fixé à lm,30 ou lm,5Ü la distance entre le réflec- teur et la table, nécessaire pour que la tête de l’enfant ne s’échauffe pas et que la lumière ne soit pas incommode. Javal demande lm,80 au-dessus du sol. A la Realschule d’Upsal, on a disposé, au moyen de becs de gaz et de réflecteurs, un éclairage artificiel unilatéral, qui reproduit assez exactement l’éclairage diurne (Riant). La lumière électrique permet de développer ce système. Chauffage. — On choisira, selon les besoins et les convenances, l’un des •systèmes ou appareils précédemment décrits (page 630 et suiv.). Les poêles représentés dans les fig. 139 et 140, le microsiphon, les circulations d’eau ou de vapeur, nous paraissent spécialement recommandables. Latrines scolaires. — Il faudra avoir ménagé, dans les maisons d’école où les élèves ne passent pas la nuit, à une petite distance, mais séparés de la classe, des latrines et des urinoirs distincts. Il sera bon de pouvoir y atteindre par un passage couvert. Les latrines proprement dites seront de petits cabinets (1 pour 25 à 30 élèves) absolument séparés et munis d’une porte; à Lille, dans plusieurs écoles, la porte ne descend pas, en bas, jus- qu’au sol, et ne va pas, en haut, jusqu’au plafond ; de telle sorte que le maître puisse toujours voir la tête et les pieds de l’enfant. Ces cabinets seront l’objet des mesures d’assainissement indiquées dans la Ir0 Partie. Une question qui peut être discutée ici est celle de savoir s’il vaut mieux adopter le système à la turque ou disposer des cabinets à sièges sur lesquels les visiteurs ne montent pas, mais s’asseyent. Kuby, en étudiant les mo- dèles exposés à Paris en 1878, remarque que la coutume la plus générale, en France, paraît être le cabinet sans siège, avec un trou dans la dalle, correspondant à la fosse; ce lui paraîtrait un système arriéré, vis-à-vis de ce qui se passe en Allemagne, s’il ne devait reconnaître que la propreté est facile à entretenir, à l’aide de lavages, lorsqu’il n’y a autre chose que ce trou, dans un dallage en pente, et que les parois du cabinet sont revêtues de carreaux vernissés. Cette réflexion est juste ; mais il est avéré que, dans ces conditions, les enfants comptent beaucoup trop sur les lavages en question et que les matières s’étalent un peu sur toute la surface des dalles en attendant ce lavage, qui ne se fait pas toujours à temps. On a pensé, en France également, qu’il vaudrait mieux inspirer de bonne heure aux en- fants le sentiment de la propreté, dans l’accomplissement de cette fonction, qui menace tant la salubrité des habitations collectives. E.-R. Perrin réclame pour les latrines scolaires le siège propre, ciré, sur lequel on s’assied. Nous partageons cet avis d’autant plus complètement que nous avons pu nous assurer que ce mode est pratiqué dans les écoles primaires de Lille, sans difficulté sérieuse et au grand avantage de tout le monde. A l’École Monge, le siège n’est que le bord supérieur d’un tuyau à coupe elliptique, que le visiteur surmonte d’une couronne en bois, de 4 à 5 centimètres de large ; l’élève est donc dans l’imposssibilité d’y mettre les pieds et est forcé de s’asseoir à califourchon. Les urinoirs doivent être en marbre, en ardoise, en fonte émaillée, et être irrigués d’un filet d’eau en permanence. Bains. — Dans les écoles qui ont des pensionnaires, il faut une salle de- bains et quelques baignoires. Les écoles de tout degré doivent profiter des bains de piscine et des écoles de natation qui peuvent exister dans la loca- lité. Nous avons montré (page 838) qu’il n’est point très difficile d’intro- duire à l’école la pratique des bains-douches. Le lycée de Yanves a sa pis- cine de natation; c’est une installation à donner à tous les lycées extérieurs. B. Le mobilier scolaire. — C’est le mobilier scolaire, quand il est mauvais, comme était l’ancien, qui est surtout coupable des deformations et de la myopie. Un banc trop bas avec une table trop haute pour la taille de l’enfant l’oblige à s’incurver avec torsion du tronc sur son axe, par exemple dans l’attitude de la fig. 252 (Grey). Une tanie trop basse le force à incliner la face sur le papier et l’habitue à regarder de près. Un écarte- ment exagéré entre la table et le banc agit dans le même sens. L’absence de dossier favorise la llexion du tronc en avant et l’affaissement en masse. Si les pieds de l’élève ne reposent pas sur un marche-pied approprié à la longueur de ses jambes, il se fatigue et s’habitue encore à des attitudes, défectueuses. spéciale.] LE MOBILIER SCOLAIRE. 11 Les études de Fahrner, Frey, Kunze, Guillaume, Varrentrapp, Cohn, Liebreich, Daily, etc., ont fait adopter les règles suivantes : 1° Tables et bancs mobiles ou tables-bancs inséparables, à un petit nombre de places (2 à 4, 3 à 6), assurant GO centimètres à chaque élève, dans le sens bilatéral. La table elle-même (pupitre) doit avoir une partie antérieure horizontale, de 10 à i l centimètres de largeur, et une inclinée du côté de l’élève, large de 3G à 37 centi- mètres. L’inclinaison est de 15 (Daily) à 20 degrés (Liebreich). Le banc doit être assez large pour que les trois cinquièmes postérieurs de la longueur des cuisses y repose, 23 à 28 cenli- , mètres. 2° Les dimensions totales et les dimensions de chaque partie des tables-bancs doivent varier selon la taille des enfants. Nous donnerons tout à l’heure un aperçu d’ensemble des rap- ports le plus généralement adoptés pour chacune des neuf grandeurs que l’on ad- met. Des mesures très nom- breuses (Fahrner, Cchn, Zwez) ont établi que le siège doit être au-dessus du sol d’une hauteur égale aux 2/7 de la taille de l’élève. 3° Un point très important consiste à observer exactement la différence de hauteur entre la table et le siège. Cette difiérence est indiquée par l’in- tervalle entre le banc et les coudes, lorsque l’élève est assis, les bras le long du corps. On augmente le chiffre obtenu de quelques centimètres parce que l’élève porte les coudes en avant et les relève dans l’acte d’écrire. Par rapport à la taille, cette différence doit être de 17,59 il 18,3 pour les garçons et de 16,6 à 17,7 pour les filles, que leurs jupons épais élèvent quelque peu au-dessus du siège (Fahrner). 4° Entre la table et le banc, il faut, ainsi que Fahrner l’a montré le pre- mier, que la distance horizontale soit nulle, c’est-à-dire que la perpendicu- laire abaissée du bord de la table rencontrera le bord du banc. La figure 253 représente précisément le modèle dans lequel Fahrner a réalisé cette exi- gence.'Depuis, Cohn, Falk, ont même voulu que la distance fût négative, c’est-à-dire que le bord du banc s’avançât sous la table, de 2 centimètres et demi, suivant eux, de 5, 6 et même 7 centimètres, selon Buchner, Her- mann, Parow. Dans ces dernières conditions, surtout si les tables sont à plus de deux places, l’élève peut être gêné pour se lever, pour enlrer à sa place et en sortir. C’est en prévision de celle difficulté que Colin a imaginé, pour les écoles piimaiies de Breslau, une table dont la moitié antérieure peut se replier sur l’autre (fig. 254). Ailleurs la tablette du pupitre est à coulisse (mobilier Kunze, très répandu en Allemagne) ; la partie antérieure glisse sur l’autre d’avant en arrière, et, quand elle est passée, couvre l’en- crier en laissant 12 centimètres d’espace (Voy. aussi fig. 256). Fig. 253. — Table-banc de Falirner (’). 5° Lorsque la table-banc est construite pour des grands, la hauteur du siège n’est pas telle que leurs pieds n’arrivent à reposer sur le sol, l’élève étant assis. Il n’en est plus toujours de même des petits, d’autant que pour éviter au maître la peine de se baisser trop en examinant par exemple leurs cahiers, on a l’habitude de tenir leur banc à une hauteur disproportionnée à leur taille. Pour obvier à ce que les pieds de l’enfant se balancent dans le vide, on munit la table-banc d’un marche-pied, placé à la distance du siège à laquelle devrait se trouver le sol, ou même à une distance un peu moin- dre. Ce marche-pied ne doit pas être une simple traverse, mais une plan- che large de 25 à 30 centimètres; il est avantageux de l’incliner du côté de l’enfant sous un angle de 20 à 30°. Il sera écarté de la ligne verticale pas- sant par le bord antérieur du banc de 12 à 20 centimètres. 6° Il est regardé aujourd’hui comme impossible que les enfants gardent la position perpendiculaire ou penchée en avant pendant des heures, sans prendre des attitudes vicieuses. Il est des instants où ils n’écrivent pas, mais lisent ou reçoivent la leçon orale du maître. La nécessité d’un dossier est admise partout; on ne diffère que sur le mode d’exécution. Les uns le veulent transversal, d’autres vertical, ceux-ci en limitent la hauteur à la pointe de l’omoplate, ceux-là lui font suivre toute la longueur de la colonne vertébrale; ici il est plat ou en creux, uniformément incliné ; ailleurs sa coupe représente, du côté de l’élève, une double courbe, concave dans la (*) c/i, différence, entre la table et le banc. — hk\ hauteur du banc. — kk\ éloignement du marche-pied — fo, hauteur du dossier. —en, éloignement du dossier par rapport à la table. partie qui correspond il la région dorsale, convexe dans celle qui est en rapport avec la région lombaire (mobilier Kunze). Javal estime que ces dispositions, propres à enclaver l’élève dans son banc, sont incompatibles avec la mobilité dont cet âge a un besoin irrésistible. Il préfère un dossier qui ne soit pas notablement plus haut que la tablette écrire. Celui de Var- rentrapp (Og. 255) remplit cette condition. StafTel vante un « appui lombaire » de son invention, qui est une sorte de demi-anneau plat, convexe dans le sens vertical, concave dans le sens horizontal; il s’applique sur les reins de l’enfant en arrière et un peu latéralement. Il est clair que la colonne lom- baire est bien soutenue; mais l’encastrement à éviter se produit. La table-banc recommandée par Frey, en outre d’un dossier plus haut que large, légèrement incliné en arrière, présente quelques autres détails qu’il convient de signaler, savoir : la forme légèrement creusée de la surface du banc, plus en arrière qu’en avant (cette particularité se retrouve dans le mobilier Kunze et dans la table Varrentrapp, fig. 255), et le mode de sup- port de la table, qui permet d’en monter ou d'en descendre le pupitre, de sorte que le même modèle puisse servir plusieurs tailles. 7° On ménage, sous la table, une case à ranger livres et cahiers. CeLte case ne doit pas descendre à plus de 12 ou 15 centimètres au-dessous de la table pour que les genoux de l’enfant ne s’y heurtent pas. Dans le même but, son bord antérieur est un peu en retrait par rapport au bord de la table. Varrentrapp conseille judicieusement de se préoccuper aussi, en ce qui concerne les jeunes filles, non seulement des tables et bancs qui leur ser- vent à lire et h écrire, mais encore du mobilier correspondant sur lequel elles apprennent les travaux d’aiguille de toutes sortes. Elles ont également la tendance à incliner la tête en avant, à incurver le tronc. Un dossier assez [Hygiène élevé, de peu de largeur, paraît très applicable à cette situation. On peut, cette fois, conserver une distance positive entre le siège et la table sur laquelle repose l’ouvrage. C’est surtout en pareil cas que l’on peut admettre un siège mobile, pouvant être avancé ou reculé à volonté. Fig. 255. — Table-banc proposée par G. Varrenlrapp (*). Au point de vue de l’économie à garder dans la construction des diverses gran- deurs du modèle adopté, il est utile de remarquer qu’un certain nombre de di- mensions peuvent être fixées une fois pour toutes et rester invariables; ainsi, la distance est toujours nulle ou négative, la largeur et la longueur de la table, de la case aux livres, peuvent être les mêmes pour toutes les tables; il n’y a que la hau- teur du siège et du marche-pied, la largeur du banc, la différence, les dimensions du dossier, qui sont forcées de varier. Les règles qui viennent d’être tracées ont été l’objet d’une discussion soigneuse de la part de G. Varrentrapp, qui s’est ell’orcé de les mettre en pratique dans le modèle de table-blanc ci-dessus (fig. 255), en l’accompagnant de tableaux où sont fixés, d’une part, les dimensions proportionnelles : de l’autre, les variations en rapport avec huit catégories de taille. Les dimensions variables sont réglées comme il suit : (*) (*) Hauteur du seuil ac et bd, O”,071. — Largeur dont ce seuil déborde, cc et df, 0“,019. — Largeur infé- rieure, en, du pan latéral, O”,221. — Hauteur de ce pan, ec, O”,651. — Hauteur de la case à livres, uw, 0",182. — Largeur de la même, 0“,231. — Partie horizontale, Ig, de la table, 0“,104. — Partie inclinée, gi, de la même, 0“.304. — Inclinaison, hi, de cette partie, 0i»,052.— Largeur du marche-pied, Im, 0”,286. — Distaucc (négative), r>p, 0™,020. — Hauteur du dossier, rs, O1»,078. NUSlÉllOS DES TAILLES. 1 i II III IV V VI VII VIII TAILLE MOYENNE 1>ES ENFANTS. 1“,07 1 ", 12 1", 17 4 m £)9 i , 1",27 1 ”,33 1”,38 1",43 Différence ip et hauteur du dossier gr. 0,173 0,182 0,190 0,199^ 0,208 0,217 0,226 0,234 Hauteur du siège pm 0,280 0,303 0,320 0,338 0,355 0,372 0,390 0,402 Largeur du siège og 0,234 0,243 0,252 0,260 0,206 0,273 0,280 0,286 On ne peut guère reprocher au modèle de Varrentrapp que la disposition per- pendiculaire de son dossier. Des tables-bancs en fonte ont été construits, en Amérique d’abord, ce nous semble, puis en Allemagne, sur les indications de Varrentrapp (1875). Elles ont le mérite d’être peu encombrantes, faciles à entretenir et très durables. On y prati- que autant d’articulations que l’on veut, pour pouvoir en replier les parties les unes sur les autres, au besoin. En général, elles sont à deux places et telles que les sièges et dossiers d’un rang d'élèves soient fixées à la table du rang qui vient après. L’avantage de la fonte est encore de donner à la table-banc d’une seule place assez de poids pour avoir de la fixité. En France, la fonte entre plus ou moins largement dans les mobiliers Bapterosses, Train, Lenoir, Lecœur, Lemel, etc. On a pu voir à l’Exposition universelle de Paris, en 1878, un modèle au- trichien, dit Kunze-Schildbach, qui, à l’aide d’un pupitre articulé, permet Fig. 25G. — Pupitre Kunze-Sc/iüdbac/i. de conserver une distance positive de 10 centimètres, quand l’enfant n’est pas à sa place ou qu’il veut la quitter. Lorsqu’il est assis, il augmente de 12 centimètres la largeur de son pupitre et obtient une distance négative de 2 centimètres en attirant, à lui par uu bouton la partie repliée (fig. 25G' Dans ce système encore, l’encrier possède un mode de fermeture qui n’est pas sans avantages. La nécessité de conserver à l’élève assez de place pour se tenir debout entre la table et le banc et, néanmoins, de rendre la distance négative quand il écrit, a particulièrement fixé l’attention de la Commission suisse I Hygiène- qui, sur l’avis des professeurs Hermann Meyer et Horner, se prononça pour le modèle actuellement en usage à Zurich (fig. 2o7). Deux procédés se pré- sentaient pour obtenir à volonté l’établissement de cette distance ou sa sup- Fig. 257. — Table-blanc à valve, de Zurich. pression; celui de Kunze, avec la table à deux parties, se coulissant l’une sur l’autre; et un autre, à valve (Klapplisch), imaginé par Fahrner. C’est ce dernier qui prévalut parce qu’il peut, comme on le voit par la figure, substituer à l’inclinaison nécessaire dans l’acte d’écrire, un pupitre à pente plus raide, offrant son livre dans une position favorable à l’élève qui lit. La valve peut encore être disposée horizontalement lorsqu’il s’agit de fournir une table de tra- vail (d’aiguille ou de broderie) aux jeunes filles. L’appareil est très solide, quoique peu volumineux; il satisfait à toutes les exigences sans avoir la physionomie d’appa- reil carcéraire, qu’on trouvait aux essais primitifs de tables à distance nulle. Le dossier est transversal et n’oblige pas l’élève à une attitude invariable; on s’est aperçu qu’avec le dossier étroit de Frey, les enfants s’appuyaient contre un bord ou pas du tout, par besoin de changer de position. On fait le dossier un peu plus haut pour les filles que pour les garçons. Toutes les tables sont uniformément à 75 centimètres de hauteur, pour faciliter la surveillance du maître ; le marche- pied est élevé en conséquence; il est constitué par des planches assemblées, allant d’un bord à l’autre des deux bancs, gémellées et renforcées en dessous par des tra- verses. Comme le fonctionnement de la valve permet de rendre la distance aussi négative qu’on le désire, on s’est arrêté à 3 centimètres ; de plus, le siège peut aussi se relever. Ces tables-bancs sont à deux places; on pourrait les faire à trois ou quatre, mais le premier mode est plus avantageux pour la discipline et pour les allées et venues des élèves; les tables à deux places sont aussi, naturellement, plus commodes à déplacer et à transporter. Elles ont de 120 à 140 centimètres de longueur, de façon à donner à chaque élève 60 à 70 centimètres d’espace trans- versal. Nous sommes très disposé à préférer les systèmes dans lesquels le pupitre ou le siège avancent ou reculent par coulissement aux systèmes à valves, qui prêtent trop aisément aux écoliers à faire du vacarme. Yandenesch laisse la tablette im- mobile; le siège est constitué par un pied solide sur lequel tourne un tabouret de forme elliptique, reposant sur le pied par une des extrémités de l'ellipse ; selon qu’on amène en avant ou en arrière l’extrémité libre, la distance est négative ou positive. Certains systèmes rendent le siège ou la table mobiles dans le sens vertical pour pouvoir les adapter à la taille des enfants. Nous inclinons à pré- férer les tables-bancs à pupitre et siège fixes, soil à distance nulle, comme les types réglementaires en France, soit à distance négative (modèle Cardot, à Paris). L'écolier ne peut s’y tenir debout qu’en sortant de sa place et en venant se placer dans le couloir latéral; ce qui oblige à n’avoir que des tables à deux places et beaucoup de couloirs; en d’autres termes, à élargir la surface. De nombreuses mensurations ont permis de fixer les moyennes de taille des enfants des deux sexes de six à quatorze ans, de déterminer les dimen- sions respectives des diverses parties du corps à chaque âge, en ce qui in- téresse les rapports de l'enfant avec le mobilier scolaire. Nous ne saurions reproduire ces données pourtant très intéressantes; nous nous bornerons au tableau suivant, qui contient les cinq types rendus réglementaires en France par l’arrêté de 1880. Ces types ne sont pas assez nombreux. A Zurich, il y en a huit pour les âges de six à quatorze ans. Types de tables-bancs prescrits par les règlements français. • TYPES AGES CORRESPONDANTS EN CENTIMÈTRES.. 1 100 à 110 II 111 à 120 III 121 à 135 IV 136 à 150 V 150 et au-des. 1° Table. ni ni ni ni ni Hauteur au-dessus du sol 0,41 0,49 0.55 0,62 0,70 Largeur d’avant en arrière 0,35 0,37 0,39 0,42 0,45 Lougueur pour la table-banc à une seule place. 0,55 0,55 0,00 0,60 0,60 — par place d'enfant pour la table- banc à deux places 0,50 0,50 0,55 0,55 0,55 Soit, pour les deux places 1,00 1,00 1,10 1,10 1,10 2° Banc. Hauteur au-dessus du sol prise au milieu du banc 0,27 0,30 0,34 0,39 0,45 Largeur d’avant en arrière 0,21 0,23 0,25 0,27 0,30 Longueur (banc à une place) 0,50 0,50 0,55 0,55 0,55 — (banc à deux places) 0,45 0.45 0,50 0,50 0,50 Soit pour le banc double 0,90 0,90 1,00 1,00 1,00 3° Dossier. Hauteur de l’arète supérieure au-dessus du 0,21 0,24 siège à 0,19 0,26 0,28 Longueur égale à celle du banc pour la table- 0,50 0,55 bauc h une seule place Et, pour la table-baric à deux places 0,50 0,55 0,55 0,90 0,90 1,00 1,00 1,00 Il paraît fort simple d’appliquer quelqu’un de ces systèmes perfectionnés au mobilier des salles d’étude ou de classe des lycées et collèges, dont les élèves n’ont évidemment pas de raison d’être moins bien traités que les écoliers primaires, Arnould, Hygiène. 2° édit. 10 I.'amélioration peut être un peu plus compliquée lorsqu’il s’agit des cours de l’en- seignement supérieur, qui se donnent dans des amphithéâtres, où d’habitude les places sont disposées en demi-cercles étages. Néanmoins, il n’est pas que l’on ne puisse rompre avec la vieille tradition en vertu de laquelle les élèves des facul- tés gagnent leur place en escaladanl les bancs qu’ils souillent de boue, appuient leurs pieds contre le dos de leurs camarades, se couchent contre le gradin posté- rieur, quand ils en ont assez de la perpendiculaire, et écrivent sur leurs genoux, en se courbant péniblement, s’ils veulent prendre des notes. Le travail et l’atten- tion gagneraient à ce qu’on rendit la position moins incommode, eL l’on épargne- rait à l’économie une fatigue inutile en ménageant au moins des dossiers et une table aux bancs de l’amphithéâtre. Quelques élèves en profileraient peut-être pour dormir au cours; mais est-il préférable qu’ils s’abstiennent d’y venir par an- tipathie pour les bancs? Les bons élèves ne dormiront dans aucun cas, et c’est à ceux-là qu’on doit quelque bien-être dans l’accomplissement du devoir. Le rapport de Javal, au nom de la Commission de 1882, porte, dans ses conclu- sions : « Art. 12. Dans les classes disposées en gradins, les tables seront suppri- mées, les sièges seront à deux places avec dossiers en bois et comporteront une tablette latérale destinée à poser le papier et le bras pour prendre les notes. » On a appliqué le précepte à Lille, à la Faculté... de Droit. C. Matériel d’instruction. — Ce matériel comprend les livres, le pa- pier, les ardoises et tableaux, les plumes, crayons, etc. L’hygiène n’a guère qu’une seule préoccupation vis-à-vis de tous ces objets et toujours la même ; mais elle est des plus sérieuses. C’est leur influence sur la fonction visuelle et la santé de l’œil. Les livres classiques, produits en quantité énorme par des maisbns qui se sou- cient plus de leur propre gain que de tout autre intérêt, sont fort défectueux, en France, en Allemagne et ailleurs. Ils sont, en totalité ou en partie, imprimés en caractères trop petits; quelques-uns, hélas! avec approbation du ministère de l’Instruction publique, ou même publiés par ses fonctionnaires. Toute impression, dit H. Colin, dont les caractères ont moins de 1 millimètre et demi de hauteur, est nuisible aux yeux. Les pleins des lettres doivent avoir au moins 0,2o de millimètre d’épaisseur; les interlignages, au moins 2mm,5; la plus grande longueur des lignes ne doit pas dépasser 100 millimètres. Javal, remarquant qu’on lit très bien une ligne dont on ne voit que la moitié supérieure, propose un nouvel alphabet assez bizarre, qui supprime la partie basse des lettres longues p et q et diminue les queues du j, du g, de l’y; ce serait un moyen de diminuer aussi les interlignages qui, selon l’auteur, sont du luxe. Nous ne partageons son avis à aucun de ces égards. Mais nous croyons, avec lui et avec Maurice Perrin, que les livres de classe ne doivent pas avoir plus de 6 à 7 lettres au centimètre courant (8 points typogra- phiques) et, avec ces savants encore, nous sommes porté à restreindre la longueur de 10 centimètres, que Cohn tolère pour la ligne. D’autres défectuosités encore sont à signaler : la minceur du papier, qui fait apercevoir sur le recto les lignes imprimées au verso ; les lettres mal venues, par suite de la vétusté des caractères d’imprimerie ou la négligence des typographes, etc. Nous ne serions pas étonné que l’emploi de leurs horribles caractères gothiques ne fût une des raisons pour lesquelles la myopie est plus commune chez les éco- liers allemands qu’en France. Beaucoup de livres scientifiques allemands ont le bon esprit de se faire imprimer en caractères modernes, très commodes à lire pour nous et, sans doute, pour les Anglais, les Américains, les Italiens; quelques autres conservent le gothique (Fraktur), tout en reconnaissant, avec Blasius (de Brunswick), Schneller (de Danzig), etc., qu’il est moins lisible, à mesures égales, que les carac- tères dits latins (Antiqua). 11 y a là, parait-il, une question de vanité nationale. La couleur du papier n’est pas indifférente. Des caractères noirs sur un fond d’un blanc éclatant fatiguent la vue; si l’on faisait le contraire, la visibilité des lettres serait diminuée et ce serait, d’ailleurs, lugubre. Javal a fait prévaloir en France le principe de donner au papier des livres classiques une teinte jaunâtre, douce à l'œil, qui, pour 1a. physique, est le résultat de l’absorption, c’est-à-dire de la suppression, des rayons d’une extrémité du spectre : violet, indigo, bleu. Il n’y a pas de raisons pour que l’on n’impose pas la môme teinte au papier des cahiers d’écriture. La plupart de ces règles se trouvent intentionnellement observées dans l’exécu- tion du présent livre. II a le papier teinté, solide ; les lignes y sont de 113 milli- mètres, c’est-à-dire un peu longues, mais ce défaut est racheté par le « point », i qui ne comporte pas plus de 65 lettres par ligne dans le texte ordinaire et 70 dans le petit texte, c’est-à-dire environ 6 lettres au centimètre. La hauteur des lettres (grand texte) dépasse lmtn,o ; l’interlignage a les 2mm,5 réglementaires. Nous avons soigneusement évité les notes que l’on trouve trop souvent, tenant une grande place au bas des pages, en caractères microscopiques et fatigant doublement les yeux, par leur finesse et par les voyages incessants du regard d’un bout de la page à l’autre. La règle générale adoptée en France est qu’t/ faut refuser tout livre qui, tenu verticalement et éclairé par une bougie placée à la distance de 1 mètre, ne peut pas être lu avec une vue normale à 80 centimètres. Des expériences nombreuses, accomplies sous la direction de Horner (Zurich), ont démontré pratiquement : que, toutes choses égales d’ailleurs, des lettres blan- ches sur fond noir semblent plus grandes que les lettres noires sur fond blanc, mais ne peuvent être lues qu’à une distance moindre, surtout quand il s’agit de lettres un peu compliquées, comme EB; que des lettres sur fond jaunâtre sont lues avec la même facilité que si elles étaient sur fond blanc ; qu’enfin les lettres grises sur fond noir, comme les caractères tracés à la craie sur le tableau, sont moins aisément lues que celles des deux cas précédents. Les rapports de visibilité sont les suivants : 1° Lettres noires sur fond blanc 496 de visibilité. 2° — blanches — noir 421 — 3° — grises — noir 340 — En comparant les caractères à l’encre sur le papier blanc avec les caractères tracés sur l’ardoise au crayon d’ardoise et ceux du crayon de plomb sur le papier ordinaire, l'auteur (1877) a constaté que les mômes lettres étaient lues aux dis- tances et dans les rapports ci-dessous : Crayon d'ardoise. Crayon de plomb. Encre. 159 centimètres. 183 centimètres. 211 centimètres. 1 : 1,36 Des résultats différents relativement aux distances absolues ont été obtenus ulté- rieurement dans des conditions de luminosité moindre; mais le rapport de visibi- lité est resté le même, 3 pour le crayon d’ardoise et 4 pour l’encre. Borner en con- dut à la substitution définitive de l’encre au crayon de plomb ou d'ardoise, d’ailleurs bien trop lourds, et à la suppression du tableau noir. Dans tous les cas, il importe, si l’on conserve le tableau pour quelques occasions, de lui donner une surface absolument mate, n’obligeant pas les élèves à lutter contre la réflexion d’une sur- face polie ; et, si l’on admet parfois la mine de plomb, d’exiger que le crayon soit de bonne qualité et bien taillé pour assurer la netteté des caractères. Les caries géographiques murales ne doivent pas être vernies, pour la même raison que le tableau noir. D’ailleurs, on y évitera la surcharge des détails et les noms en caractères microscopiques. Les plumes métalliques peuvent être l’occasion d’accidents graves entre enfants qui, par jeu ou autrement, font une blessure oculaire à un camarade avec le bec de celle plume. Galezowski voudrait pour cette raison ressusciter la plume d’oie, qui certainement était plus favorable à l’écriture et ne permettait pas les caractères microscopiques. Mais la plume d’oie n’est pas non plus un instrument inolîensif; elle comporte en outre un canif, qui est dangereux entre les mains des enfants ; enfin, il est peu probable qu’elle puisse contrebalancer les séductions de la plume de fer. Les porte-plumes doivent être légers, assez gros, et prismatiques, si c’est possible. L'écriture anglaise. — L’écriture courante veut des lettres inclinées à 45 degrés. On l’appelle anglaise; mais l’écriture allemande, d’ailleurs si fâcheuse par la ressemblance absolue d’un assez grand nombre de lettres entre elles, est non moins inclinée. Comme, d’autre part, la méthode prescrit que le bord inférieur du cahier soit parallèle au bord de la table, l’élève n’arrive à bien obtenir cette écriture penchée qu’en s’inclinant lui-même avec torsions du tronc, la tête tendant à se coucher à gauche. Daily a maintes fois constaté et il a représenté (tig. 258) cette incurva- tion de la colonne vertébrale à convexité latérale gauche. Il estime, en consé- quence, qu’il est bien préférable délais- ser l’enfant incliner son cahier plutôt que tordre sa personne. Je ne sais pour- quoi l’on a accordé à cette écriture an- glaise tant de mérites; si elle est élé- gante, ce qui ne paraît pas démontré, elle tend â être illisible lorsque l’élève ne se surveille plus. L’écriture presque droite, la ronde que pratiquaient nos pères, reslent toujours lisibles, parce que les lettres à boucles ne sont jamais noyées ou converties en un simple jambage. Dans tous les cas, il faut permettre à l'élève d’incliner son cahier et non point son torse. Berlin et Layet ont montré que la synergie du regard avec le mouvement des doigts est pour beaucoup dans les alti- tudes vicieuses qu’entraîne l’écriture penchée (Kurrenlschrift). La ligne de Fig. 258. — Incurvation rachidienne due à l’écriture anglaise (Daily). spéciale.] L’ÉLÈVE. <189 regard, c’est-à-dire la ligne qui réunit le centre de rotation des deux yeux, se place, d’instinct, perpendiculairement aux traits pleins des lettres. Elle est donc oblique de haut en bas et de gauche à droite, quand l’écriture est inclinée. La tête et le tronc se mettent inconsciemment dans une attitude qui assure cette direction. Aussi, J. Rochard trouve-t-il 30 fois sur 100 l’incurvation rachidienne avec convexité à gauche. On est étonné que Staflel pose ce principe, que « l’écriture normale doit avoir une inclinaison de 30 degrés ». Nous acceptons bien plus volontiers le précepte de la Com- mission française de 1882 : « Pendant le cours élémentaire et le cours moyen, on obligera les enfants à se conformer à la formule de George Sand : Ecri- ture droite sur papier droit, corps droit. » Il ne faut pas obliger les petits enfants qui commencent à écrire à faire de grandes lettres (3mm,5 au minimum, 5 millimètres au maximum). i Cohn range, avec raison, dans les mauvais procédés graphiques, la mé- thode dite stigmographique d’enseignement du dessin, dans laquelle les figures sont représentées par des points et des lignes formant réseau. Matériel de gymnastique et de jeux. — Nous n’avons qu’à renvoyer, à ce sujet, au chapitre VIII de la lre partie (spécialement p. 1082, 1092 et suiv.). Mais nous profitons de cette occasion pour rappeler que l’espace est la pre- mière condition pour que les écoliers puissent faire de l’exercice, soit au gymnase, soit sous forme de jeu. Les o mètres carrés par élève que le rè- glement français exige pour les cours sont un minimum. Nous avons vu avec satisfaction que le Conseil municipal de Paris (sep- tembre 1888) a supprimé pour les jeunes enfants les bataillons scolaires, qui n’étaient ni un jeu ni de la gymnastique. On les conserve pour les écoles primaires supérieures; c’est encore trop. D. L’Élève. Conditions normales ou pathologiques. — Les points sur lesquels s’est portée l’attention des hygiénistes sont : Vâge d’admission aux écoles, la répartition des heures de travail intellectuel, de repos et d'exer- cice ; les prédispositions morbides et les maladies scolaires. Age. — Les enfants, moyennement, sont susceptibles d’éducation vers leur septième année. C’est l’époque le plus communément adoptée; mais, çà et là, la vanité des parents, la crainte que leurs enfants n’arrivent pas assez tôt pour satisfaire aux exigences d’entrée dans les diverses carrières, font précipiter le moment de l’introduction de l’enfant à l’école. Dans les I «lasses laborieuses, c’est souvent tout simplement le besoin de se séparer, pendant les heures de travail, d’un bébé qu’il faudrait occuper et surveiller. L’hygiène ne saurait faire entrer ces considérations en ligne de compte; mais elle reconnaît volontiers qu’à six ans révolus, l’enfant est assez in- telligent pour que le désœuvrement lui soit à charge, sauf, d’autre part, que son cerveau, n’étant pas plus développé que les autres organes, n’est susceptible de travail qu’à petites doses et avec intermittence. On voit que la question capitale est dans le mode suivant lequel lui sera servie la nour- riture intellectuelle. La fixation et la distribution du temps sont le premier élément de ce mode; la nature des choses enseignées en est un autre. Heures «le classe. — A 6 ou 7 ans, un enfant n’est pas capable de suivre une leçon pendant plus de 15 à 20 minutes consécutives; de 7 à 10 ans, 20 minutes sont le maximum de ses efforts; à 10-12 ans, 25 minutes; de 12 h 16, 30 minutes (Edwin Chadwick). En acceptant la pause nécessaire après chaque leçon, le retour de l’attention a lieu pour la leçon suivante, mais d’autant moins sûrement que l’élève est plus jeune. D’où la règle pour la durée totale du travail intellectuel par jour : Aû-dessous de 7 ans De 7 à 10 ans De 10 h 12 ans 2 heures 1/2 à 3 heures, 3 — à 3 heures I /2 4 — En Angleterre et pour les enfants des classes laborieuses, on a voulu satisfaire à la fois au besoin qu’éprouvent les familles de se décharger du soin de leurs enfants et à la nécessité de ne point surmener le cerveau des jeunes écoliers; on tient ceux-ci à l’école proprement dite pendant trois heures chaque jour et on les occupe, le reste du temps, dans des magasins, des fermes, à des travaux manuels à leur portée (half-time-system). Cette méthode est en essai aux États-Unis (Lincoln). Au-dessus de quinze ans, le nombre d’heures de travail par jour peut s’é- lever à huit ou neuf heures. Les élèves de l’École militaire de West-Point ont dix heures par jour de leçons ou d’études, ne sortent pas et, cepen- dant, grâce à un ensemble parfait de conditions hygiéniques, jouissent d’une très bonne santé. A l’École d’agriculture de Massachusetts, on tra- vaille dix heures par jour, sans compter les exercices militaires ou travaux agricoles. A Saint-Cyr, la moyenne journalière des travaux purement intel- lectuels est de huit heures. Il ne faut pas oublier qu’en dehors des heures d’écoles, les enfanls remportent des devoirs à faire à la maison et que leurs parents, soucieux de les munir autant que possible, réservent encore sur ce temps les heures nécessaires à des leçons de musique, de danse, d’escrime, de natation, etc. On enseigne trop de choses à la fois et l’on ne proportionne pas la nature des objets enseignés à la puissance d’élabora- tion des jeunes cerveaux. L’enfant est enclin à ne pas fixer son esprit, mais c’est à la condition que sa pensée sera libre dans le champ de la fantaisie ; si son attention ne fait que changer de terrain tout en restant commandée et tendue, son esprit ne se repose en aucune façon ; il se fatigue plutôt et se relâche ; ou si l’attention per- siste, par un effort de volonté, ce n’est pas sans de graves dangers pour l’intégrité de la nutrition cérébrale et, par conséquent, pour le fonctionnement ultérieur des facultés intellectuelles. D’autre part, il est clair que les objets réels et leurs formes, que les phénomènes physiques et naturels, que les rapports à termes concrets, sont ce qu’il y a de plus facile â saisir pour les cerveaux à développement naissant. Au lieu, cependant, de leur offrir ce champ abordable, on commence par les bourrer d’abstractions; la grammaire et le catéchisme, la quintessence des subti- lités théologiques et la dernière expression de la philosophie du langage, voila par oh l’on introduit dans le monde de la science de jeunes tètes à peine sevrées. Puis viennent sans désemparer les langues anciennes, le latin et le grec, qu’on apprend dans les historiens de l’antiquité, mais aussi dans les moralistes, les économistes, les philosophes. Enfin, l’on passe aussi une année, sous prétexte de philosophie, a disserter sur les propriétés d'êtres de raison. spéciale.] HEURES DE CLASSE. Les nouveaux programmes français (1880) ont, heureusement, reculé l’àge auquel on commence l’étude des langues mortes, comme l’avait déjà fait l’école Monge, en la reportant à l’àge de douze ans. Les premières années sont consacrées aux sciences physiques et naturelles, aux langues vivantes. C’est mieux, sauf qu il con- viendrait de ne pas aller très avant dans la botanique, la zoologie, la physiologie (Hardy). Les hygiénistes allemands, à leur réunion à Dresde, en 1878, ontentendu, de la pari d’Alexi et Chalybætis, des propositions que nous croyons utile de reproduire, parce qu’elles montrent que, là aussi, on s’efforce de lutter contre le surmenage scolaire. I. L’àge de la scolarité obligatoire commence à six ans accomplis et dure jusqu’à l’ûge de quatorze ans révolus. On ne sera pas admis avant l’âge de neuf ans accomplis dans les écoles du second degré (Gymnases, Uealschulen, écoles supérieures de filles). II. Le nombre d’heures accordées à l’instruction dans les écoles primaires (y compris le chant, la gymnastique, les travaux féminins) ne doit pas dépasser 22 heures par semaine, dans la classe inférieure (7 à 8 ans) ; 30 heures dans les classes moyenne (9 à 10 ans) et supérieure (tl à 14 ans). De ce temps, la matinée prendra seize à dix-huit heures dans la classe inférieure, dix-huil dans la moyenne, vingt à vingt-deux dans ta classe supérieure. L’instruction sera suspendue dans l’après-midi du mercredi et du samedi. Le temps à consacrer au travail à la maison ne doit pas dépasser une heure et demie par jour pour la classe supérieure ; une heure pour la moyenne ; une demi- heure pour la classe inférieure, qu’il vaudrait mieux en dispenser tout à fait. On ne doit pas tenir compte du dimanche pour le travail à la maison. III. Dans les établissements d’enseignemenL secondaire (Gymnases, écoles réales, etc.), et dans les écoles moyennes où l’on enseigne une langue étrangère, les heures consacrées aux branches obligatoires scientifiques doivent être prises sur la matinée exclusivement et ne pas dépasser vingt-quatre par semaine. On affectera l'après-midi aux branches obligatoires techniques (écriture, dessin, chant, gymnastique, travaux de femmes) ; celles-ci ne devront pas prendre plus de huit heures par semaine. Le temps consacré aux devoirs à faire à la maison sera de une demi-heure à une heure et demie pour les élèves des classes inférieures (10 à 12 ans); de une heure à deux pour les classes moyennes (13 à 15 ans) ; de deux à trois pour les classes les plus élevées (10 à 19). On ne comptera pas, pour ces devoirs, sur le dimanche. IV. L'instruction ne commencera pas avant 8 heures le matin ni avant 2 heures après-midi, pour les enfants au-dessous de 12 ans. Entre deux heures consécutives de classe du malin, il y aura une pose d’au moins cinq minutes; entre la deuxième et la troisième heure, une pause de quinze ou mieux de trente minutes. Après la première heure de classe de l’après-midi, une pause de dix minutes. V. En même temps que le programme des études, il sera établi un programme du travail à la maison. Les élèves inscriront les devoirs à faire à la maison sur un carnet contrôlé par le maître. VI. Les devoirs de punition ne seront tolérés qu’aulant qu’ils peuvent combler une lacune dans l’instruction. On restreindra les retenues ; elles ne se feront jamais à midi et elles auront lieu sous la surveillance d’un maître. VII. Les vacances comprendront dix semaines et demie par an, indépendamment des jours de fête religieuse ou nationale. Par les grands froids ou les grandes chaleurs, les directeurs d’écoles pourront donner congé aux élèves. En été, on supprimera les leçons de l’après-midi, lorsque le thermomètre aura marqué 25° à l’ombre à 10 heures du matin. VIII. Le nombre d’heures de classe que l’on pourra exiger d’un instituteur pri- maire ne dépassera pas une moyenne de vingt-huit à trente par semaine. Dans les établissements d’enseignement secondaire, vingt-deux heures pour les professeurs des classes ordinaires, vingt heures pour ceux des hautes classes. Le règlement français de 1867, aussi bien qu’un certain règlement scolaire modèle, de 1887, dont parle J. Rochard, fixe la durée des classes à 6 heures par jour; 3 heures le matin, à partir de 9 heures; 3 heures l’après-midi, à partir de 1 heure. Chacune d’elles doit être interrompue par un repos d’un quart d’heure. Il est assurément étrange de donner le môme temps aux enfants de sept ans qu’à ceux de treize. Proust a fait accepter par la Commission de l’enseignement primaire 3 heures et demie de classe pour le cours élémentaire; 4 heures et demie pour le cours moyen; 3 heures et demie pour le cours supérieur. Mais il faudra exiger que le règlement établi soit respecté et non que l’on fasse faire, dans les écoles primaires, comme Dujardin-Beaumetz assure que cela existe, 6 heures et demie de classe par jour (32 heures et demie par semaine) au cours élémentaire; 7 heures par jour (35 heures par semaine) aux cours moyen, supérieur et complémentaire. Dans les lycées, les internes ont, en dehors de 4 heures de classe, 7\45 minutes d’études en hiver et une heure de plus en été (J. Rochard, J. Simon). C’est la même chose à YÉcole normale clés instituteurs de la Seine (Bouchard et Boureeret). A l’époque des examens, il est même admis qu’on y ajoutera une part des heures de liberté, de même que les externes passeront leur soirée à travailler à la maison. Il est par trop évident que là est une des principales raisons du surmenage scolaire, qui est encore plus du malmenage (Trélat) que du surmenage. En effet, les programmes universitaires manquent entièrement de pondé- ration et bourrent les études premières de notions inutiles ou incompatibles avec l’âge auquel on les impose. Ajoutons qu’ils supposent toutes les intel- ligences élevées et vigoureuses et que les familles reconnaissent malaisé- ment que certains de leurs enfants ne sont pas dans ce cas. Les bons écoliers n’ont pas besoin de tout ce temps. Les autres en ont également trop parce qu’ils renoncent h tout apprendre et passent ces longues heures à s’ennuyer simplement. La règle américaine des trois 8 (8 heures de sommeil, 8 heures de travail, 8 heures de liberté) a paru excellente à Javal et à Napias. Nous y souscri- vons volontiers, mais à condition qu’on ne l’applique qu’à des élèves déjà avancés. Avant 15 ans, 8 heures de sommeil, c’est peu ; et 8 heures de tra- vail, c’est beaucoup. Prédispositions morbides. — Les enfants qui se présentent aux écoles ne sont pas tous absolument sains et vigoureux; tous n’ont pas la même santé. 11 serait bien utile que les médecins-inspecteurs et les maîtres recon- nussent dès le début le point faible des écoliers, spécialement leurs aptitudes cérébrales, leurs antécédents nerveux, y compris môme les antécédents héréditaires, et- le degré d’acuité des organes de leurs sens. Quelques-uns sont myopes avant d’avoir ouvert un livre; d’autres sont plus ou moins soui'ds. Ce sont de graves indications. Nous allons parler de la myopie. Quelques mots sur la surdité peuvent trouver leur place ici. Surdité chez les écoliers. — On reconnaît la surdité, chez les écoliers, par l’épreuve de la montre et surtout par celle de la dictée au tableau noir (Gellé). il faut que l’enfant ne fasse pas de fautes, le maître qui dicte étant placé à 8 mètres. S'il n’entend clairement la parole qu’entre 3 et o mètres, il sera placé sur le premier banc près du maître ; s’il ne l’entend qu’à 3 mètres, on , lui donnera un banc tout près de la chaire et du tableau, ou môme on fera •une classe spéciale pour ceux qui sont durs d’oreille. Le cas serait assez ■commun ; 20 à 30 fois sur 100, d’après Weil (de Stuttgart) et Gellé; et l’in- firmité tendrait plutôt à s’aggraver qu’à s’amoindrir. Maladies scolaires. — Un certain nombre de maladies ou d’infirmités ré- sultent plus ou moins directement des mauvaises pratiques scolaires, sans compter celles qui peuvent relever du séjour dans un milieu atmosphérique vicié, lorsque les conditions générales de l’hygiène des locaux habités ne sont pas remplies. Myopie. — C’est la maladie scolaire par excellence, celle contre les me- naces de laquelle doivent lutter le mobilier, les livres, etc. Elle résulte de l'habitude de regarder de près et de fixer de petits objets. 11 y a une myo- pie acquise et une myopie héréditaire; toutefois, l’enfant ne naît pas myope et, même quand il apporte l’influence de l’hérédité, il ne devient myope (Javal, M. Perrin) qu’à 8 ou 9 ans, lorsqu’il commence à quitter les abécédaires pour lire dans les livres. La myopie acquise apparaîtrait •encore à la môme époque, selon Javal; Maurice Perrin est, au contraire, convaincu que ce n’est que dans les classes déjà avancées des lycées ou -gymnases qu’elle se développe et s’affirme; il lui semble que la rareté des •myopes dans les écoles de villages en est une preuve. Il voudrait que l’on fît disposer, dans les écoles, au-dessus des tables ou des pupitres, une tringle métallique à 12 centimètres de leurs bords et à une hauteur de 30 cen- timètres, qui rappellerait l’écolier à la bonne distance (30 centimètres) cha- que fois qu’il se laisserait aller à regarder de trop près. Yallin doute de «efficacité de ce moyen, qui a été adopté sur quelques points en Allemagne, et nous craindrions qu’en restant illusoire il ne fût une occasion d’attitude vicieuse. Mieux vaut de la surveillance et un bon mobilier. Après examen de 10,000 écoliers, à Breslau (186b), IL Colin est arrivé aux con- clusions suivantes : « 1° Dans les écoles rurales les myopes existent à peine; leur nombre augmente avec la progression des exigences et atteint son maximum dans les gymnases; 2° Le nombre d'élèves myopes augmente depuis la plus petite jusqu’à la plus haute classe, dans tous les établissements et d’une manière à peu près continue; 3° La moyenne de la myopie s’accroît de classe en classe, c’est-à-dire que les myopes le deviennent de plus en plus. » Erisman, à Saint-Pétersbourg, rencontra plus d’Allemands à vue basse que de Russes. Pflüger, à Bonn, trouve 14 p. 100 de myopes parmi les instituteurs suisses français et 24 p. 100 parmi les instituteurs suisses allemands. Derby, Agnew et Loring ne constatèrent que 16 à 27 p. 100 écoliers myopes dans les écoles supé- rieures de l’Amérique du Nord, tandis que H. Cohn (1867) en trouvait 56 à 64 p. 100 à Breslau. Ils sont 75 myopes p. 100 à Magdebourg, 80 à Erlangen, 100 p. 100 à Heidelberg. Au Congrès d’hygiène de Paris (1878), Cohn n’hésitait pas à adresser la parole en allemand aux individus porteurs de lunettes. Finkelnburg constate aussi que le nombre des myopes s’élève comme la hiérar- chie des classes; à Hambourg, il est de 14,69 p. 100 dans la Sexta et de 61,16 dans la Prima. La myopie ou plutôt le mécanisme de sa production (pression du muscle accom- modaleur du cristallin, pour allonger l’axe de l’œil, et tension de la choroïde) entraîne l’aplatissement des artères de la choroïde et, par suite, l’atrophie de celle-ci autour du nerf optique. C’est donc une maladie. Cohn la croit à peu près toujours acquise et met fortement en doute l’hérédité. Mais peu importent les théories de détail; l’étiologie essentielle n’est que trop claire et justifie suffisamment les efforts que l’on a accomplis partout, et que nous avons exposés, pour donner aux mobiliers et aux instruments scolaires des qua- lités qui cessent de favoriser l’extension de ce fléau. Cependant Sleffan (de Francfort-s.-M.) a fait remarquer judicieusement que la réforme des locaux et du matériel scolaire n’est peut-être pas absolument décisive sur la diminution de la myopie. PendanL que Florschülz, à Cobourg, attribue à ces améliorations, aux palais scolaires lumineux, un abaissement de 6,6 p. 100 de la proportion des myopes, Mayweg à Ilagen, Just à Zittau, déclarent que cette proportion n’est pas plus faible dans les nouveaux bâtiments scolaires de leurs villes que dans les anciens, très défectueux. A Francfort même, Schmidt-Rimpler se félicite que, dans le nouveau Gymnase, rationnellement construit et meublé, il n’y ait plus que 40 p. 100 de myopes. Malheureusement, en 1871, dans les anciens bâtiments, Krüger n’en avait constaté que 34,5 p. 100. Peut-être que, comme chez nous, les programmes se surchargent de jour en jour et qu’avec un mobilier meilleur, les élèves sont entraînés à abuser davantage de leur vue. Un moyen préventif serait encore de donner à l’enseignement oral une plus large part et de mettre à contribution les oreilles de l’écolier aussi bien que ses yeux. Est-ce que l’on ne pourrait pas retarder ou diminuer la lecture continue et les leçons apprises par cœur dans les livres? Des élèves obligés d'écouter une leçon orale du maître et d’en rendre compte ensuite feraient un assez bon exercice de mémoire et de jugement, et n’auraient point l’occasion de s’aveugler sur des lettres. Céphalalgie scolaire. Epistaxis. — Ces affections se présentent selon les établissements chez 20 à 40 p. 100 des élèves (Finkelnburg). Michel Lévy note 104 fois la céphalalgie chez les élèves de l’École polytechnique, sur 360 cas de maladie ou indispositions. Becker (Darmstadt) la rencontre chez 80,8 p. 100 élèves de la Prima du gymnase; Bystroff (Saint-Pétersbourg), 28 à 40 fois p. 100, chez les élèves de 14 à 18 ans; Crichton-Browne (Angleterre), 46 fois p. 100. Ces accidents, d’ailleurs, sont souvent liés au fonctionnement incomplet de la respiration. Beaucoup moins de station assise, beaucoup moins de contention d’esprit; et, en revanche, beaucoup plus de latitude et de mobilité de l’esprit et du corps chez les écoliers de tout degré : telle est évidemment la prophylaxie de ces troubles. Le goitre scolaire a surtout été signalé en Suisse (Guillaume) et en Au- vergne (Nivet). Peut-être ne se manifeste-t-il que quand il existe au préa- lable des causes plus générales et propres à la contrée. Guillaume, à Neu- châtel, l’a rencontré 48 fois p. 100 chez les garçons et 64 fois chez les filles. Les écoliers des classes supérieures révèlent déjà la dyspepsie, proverbiale chez les hommes de cabinet. A l’École polytechnique, 290 élèves sur 586 (3 années) ont souffert de troubles digestifs. Nous avons indiqué (p. H78) les déviations vertébrales et leurs causes. Ajoutons Yensellure disgracieuse (fig. 259) que fait contracter aux jeunes filles la répétition incessante du sot précepte : «Tenez-vous droites, Mesde- moiselles : creusez les reins! » (Daily). A vrai dire, les tables défectueuses, pour écrire ou travailler à l’aiguille, les vêlements carcéraires produisent chez les filles d’autres déviations et môme des déplacements de viscères abdo- minaux, extrêmement graves à celles dont la destination est d'être les mères de la génération à venir. Rien que la position assise prolongée congestionne les organes contenus dans le bassin. On accuse encore l’école de pousser au développement de la phthisie (*) A, attitude vicieuse (reins creux). — B, attitude normale. A Fig. 259. —Déviation de ta colonne vertébrale (Daily) (*). [Hygiène pulmonaire, tant par l’influence de milieu (air animalisé) que par ce fait spécial que 1 enfant assis, lisant ou écrivant, penché sur son pupitre, ne respire que d’une façon superficielle, ne développe pas son thorax ni ses muscles pectoraux. C’est dans ces conditions qu’il y a précisément inertie des sommets pulmonaires, le siège de prédilection du tubercule. A Berlin (Finkelnburg), sur 100 enfants qui succombent à chaque âge, il en meurt de phthisie pulmonaire : 4,81 de 5 à 10 ans; 12,96 de 10 à la ans; 31, 88 de la à 20 ans. Malgré cette gradation en rapport avec le développement de la scolarité, on ne pourrait affirmer que le lien étiologique est réel qu’en apportant une statistique différente, empruntée à des individus qui ne fréquentent point les écoles. En réalité, on présume, comme Peter, l’influence de l’école sur le développement de la phthisie par ce que l’on sait de l’influence meurtrière de la vie en commun (casernes, couvents, ateliers). Pour cette raison de sédentarité, la phthisie frappe plus les éco- lières que les garçons (Raseri). Le remède et la prophylaxie consistent à rendre absolument salubre le milieu atmosphérique scolaire. Une école spacieuse, facile à venliler et à ensoleiller par de grandes fenêtres et de vastes baies; des évacuations fréquentes et prolongées du local par les élèves; du mouvement de ceux-ci à l’air libre; la propreté intérieure et personnelle; voilà de sûres garanties contre l’action des causes générales de la phthisie. Du même coup, ce sont encore les préservatifs de la scrofule et de Yané- mie scolaire. Névroses. — Les mauvaises pratiques pédagogiques ne sont pas étrangères au développement des maladies nerveuses, hyperesthésie, neuroslhénie, lenteur intellectuelle, altérations profondes des facultés cérébrales (G. La- gneau, Peter). Un certain nombre d’élèves sont obligés d’arrêter le cours de leurs études par fatigue intellectuelle. « Parmi ceux qui s’obstinent (J. Rochard), plus d’un arrive à la folie ou meurt d’une méningite. » Les côtés par lesquels l’instruction de la jeunesse peut être rendue res- ponsable sont : l’instruction prématurée; l’uniformité des doses du travail imposées à tous les élèves, qui n’ont cependant pas tous le cerveau d’une égale capacité; le caractère abstrait des études, à une époque précoce; l’excessive variété des devoirs à faire et des matières à élaborer le même jour (dans quelques écoles, c’est déjà un travail pour l’élève de se rappeler toutes ses obligations du jour); enfin et surtout, le manque flagrant d’é- quilibre entre la culture du physique et celle du moral (Voy. Exercice). L’homme qui pense n’est pas «un animal dépravé», ainsi que l’a sou- tenu J.-J. Rousseau; mais il faut penser à temps et dans la limite de ses forces. Arrêt de développement. Inaptitude au service militaire. — Brouardel a signalé une "variété d’arrêt de développement, qui lui paraît spéciale à certains « petits prodiges » des écoles de grandes villes, de Paris par con- séquent. L’enfant tourne au féminisme physique et moral, vers l'âge de douze ou treize ans; il ne grandit plus que du buste; les seins se déve- loppent, les testicules et la verge restent à l’état enfantin; l’intelli- gence reste superficielle et le jeune homme a des tendresses féminines. Nous avons, autrefois, fait remarquer combien est fréquente l’insuffi- sance du périmètre thoracique chez les jeunes gens qui entrent à l’Ecole de Saint-Cyr, après avoir subi la vie scolaire moderne. Finkelnhurg, en Prusse, constate que 80 p. 100 des jeunes hommes qui se présentent au volonta- riat sont impropres au service. En France, Lagneau, relevant onze années des Comptes-rendus sur le recrutement, obtient une proportion de 540 jeunes gens propres au service pour 1,000 inscrits en général; 1,000 bacheliers, au contraire, ne donnent que 425 hommes propres au service. Maladies contagieuses. — L’école ne crée pas de maladies contagieuses; mais elle prépare l’économie à se laisser envahir par certains organismes pathogènes (tuberculose, fièvre typhoïde) et elle constitue le meilleur moyen de dissémination des contages et de constitution des foyers épidémiques (variole, rougeole, scarlatine, diphthérie, etc.). Prophylaxie générale. —Il y a, certainement, une réforme considérable à introduire dans les pratiques universitaires actuelles. Les programmes d’études doivent être allégés des objets inutiles ou hors de la portée des élèves; l’instruction de l’enfance et même de la jeunesse ne sert pas tant par la somme des connaissances acquises que par la gymnastique céré- brale qu’elle a fait faire et les aptitudes intellectuelles qu’elle a développées chez le jeune homme, en face du grand combat pour la vie. 11 y a de sé- rieuses modifications à apporter dans les dispositions qui multiplient ac- tuellement, d’une façon exorbitante, le nombre des jeunes filles aspirant aux fonctions d’institutrices. Pour les deux sexes et à tous les degrés, il faut restreindre le nombre d’heures affectées au travail intellectuel, le pro- portionner aux âges, comme les tables-bancs, et diminuer le travail à la maison. En supprimant les exercices ou leçons sans portée, on pourra laisser aux enfants les huit à neuf heures de sommeil qu’a justement récla- mées Hardy, ne plus les faire lever à cinq heures du matin et les obliger à donner aux soins de propreté corporelle le temps nécessaire. A l’étranger, Hosæus et \Y. Fricke demandent l’abandon du grec et du latin ; lîoodstein, à la réunion des hygiénistes des provinces du Rhin, à Dorlinund (1882), veut que six heures par semaine soient consacrés à des exercices corporels, indé- pendamment de deux heures affectées à la gymnastique proprement dite. « Les heures d’exercice, pour les garçons, dit l’une de ses propositions, ne doivent avoir pour but ni la préparation militaire exclusive ni le simple développement de la force et de l’agilité; on doit poursuivre le développement physique sous tous les rapports, l'adresse, la vigueur, l’audace, la docilité parfaite eL l’accoutumance aux exercices communs, et, finalement, le plaisir dans des jeux libres et de bon goût. » Wiedemann (Leipzig), montre comment, avec des méthodes modernisées on pourrait employer beaucoup moins de lernps qu’aujourd’hui à enseigner les langues anciennes, les mathématiques. Léo Burgerstein (de Vienne) voudrait voir reprendre, à l’éducation, quelque chose du caractère élégant qu’elle avait chez les Athéniens eL qu’elle revêt encore dans les collèges aristocratiques d’Angleterre Eton, Winchester, Rugby. 11 faudrait organiser, à l’intention des élèves, des exer- cices d’escrime, de danse, des courses à patins sur la glace, des parties de bateau et môme de véritables jeux, bien moins enseignés que surveillés. Ce qui se dégage de plus clair de la discussion qui eut lieu, à l’Académie de méde- cine en 1887, c’est que nous souffrons plus encore de la sédentarité que du surme- nage scolaire. On peut faire beaucoup de besogne intellectuelle sans danger, avec un cerveau moyen, pourvu que l’équilibre soit maintenu à l’aide de l’exercice phy- sique, de la tonification du tégument par l’eau eL l’air, de l’excitation pulmonaire intermittente, de repos convenables et, on n’en parle pas assez, d’une alimentation remplissant les conditions exigées par la physiologie et l’hygiène. Le régime des enfanls doit comporter, par jour : Albumine. Graisse. Hvdrocarbonés. De 10 à 11 ans (Sophie liasse) 87,75 108,72 255,96 De 12 à 14 — (Camorer) 39,80 271,60 De 14 à 15 — (Uffelmann) 79,00 48,00 270,00 De 8 à 15 — (W. Schrôden 87,40 49,50 508,20 Id. (Voit) 79,00 35,00 251,00 Selon Javal, il n’y a pas de raisons pour donner un repas chaud, à midi, aux élèves des écoles primaires ; il faut leur laisser prendre leur repas froid, dans le préau couvert ou même dans la cour, s’il fait beau ; le moins possible dans la classe. A Paris, néanmoins, le Conseil municipal a installé dans ses écoles des cantines scolaires qui, selon Mangenot, rendent d’im- menses services. Javal ne veut de réfectoires que pour les externats pri- maires supérieurs et les Écoles normales, avec quatre repas par jour, à 6 ou 7 heures, vers 11 heures, à 2 heures et immédiatement avant le cou- cher. On donnera de la viande, du poisson ou des œufs, du vin ou de la bière à deux de ces repas. Le vêtement des enfants des écoles primaires est presque toujours suf- fisamment chaud (Javal), mais rarement assez propre. On est obligé de prescrire aux fillettes d’être sans bonnet en classe ; en revanche, les parents évitent de leur mettre ces vêtements dits salissants, qui imposent la pro- preté parce que les taches y sont aisément visibles. Daqs les écoles normales, les élèves seront surveillés au point de vue de la netteté de leurs vêtements et chaussures. Ils porteront des caleçons de toile ou de coton, changeront de chemise deux fois par semaine, de draps tous les quinze jours. Nous n’entendons guère que les hygiénistes s’occupent de l'uniforme des lycées, qui n’est pourtant pas sans reproches. Voyages de vacances et colonies de vacances. — Les voyages de vacances, dont les récits de Topfer donnent une agréable idée, ont été pratiqués sur divers points, mais dans des limites restreintes. Ils ne sont, évidemment, à la portée que des élèves déjà grands et robustes. A Lille, la Société du Denier des écoles laïques offre annuellement, aux enfants pauvres, un voyage de vacances qui se fait souvent à la mer; on part, du reste, en che- min de fer. C’est une bonne journée, mais trop rare pour avoir des effets sérieux. Ce qui en a davantage, ce sont les colonies de vacances; c’est-à-dire le séjour d’écoliers pauvres et maladifs des villes, loin de leurs demeures sombres et éLroites, dans la montagne ou au bord de la mer, avec les avantages d’une nourriture simple mais abondante et d’exercices cor- porels journaliers, sous la surveillance de bons régents ou de régentes (Yarrenlrapp). L’âge de huit â quatorze ans, le sexe féminin, sont les meilleures condi- tions pour les candidats aux bénéfices de la colonie. On ne prend pas d’en- fants positivement malades. On donne aux colons de bons vêtements et des souliers solides. Ils sont distribués par 15 ou 20, et leur séjour doit être un vrai temps de vacances. L’Allemagne, le Danemark, la Suisse, depuis 1876, ont adopté largement cette pratique. La France, Paris du moins, l’essaye depuis quelques années, sous l’impulsion d’Ed. Cottinet, administrateur de la caisse des Écoles. Au calcul de Yarrentrapp, l’augmentation de poids des enfants, à la fin du séjour en colonie, dépasse de 4 à 8 fois l’augmentation normale. Quelquefois, l’augmentation est faible dans les quatre semaines qui suivent le retour ; mais après une deuxième période de quatre semaines, elle est considérable. Chez les enfants du IXe arrondissement de Paris, placés pendant un mois, en 1884, à Chaumont (Haute-Marne), Pompey I (Meurthe-et-Moselle), Luxeuil (Haute-Saône), Saint-Dié (Vosges), l’augmen- tation de poids fut de lkil,65 chez les garçons, de lkU,833 à 2kil,833 chez les filles, qui profitent généralement plus. Il va sans dire que la taille et le thorax augmentent dans les mêmes proportions. Au rapport de Dubrisay, 13 garçons et 16 filles des écoles du Ier arron- dissement et de dix à douze ans, envoyés, les premiers à Gérardmer, les secondes à Compiègne, ont augmenté : les garçons, de lkil,330; les filles, de près de 2 kilogrammes. Des enfants du XIIIe arrondissement avaient également séjourné à Gérardmer. Il va sans dire qu’avec ou sans colonies, il faut à tous les enfants des vacances. Nous nous rangeons volontiers à l’avis de Javal, qui les veut d’autant plus courtes que les enfants sont plus jeunes, sauf à les multiplier (1er janvier, Pâques, le moment des grandes chaleurs). Les plus longues seraient de trois semaines à un mois pour les élèves du degré supérieur, débarrassées, d’ailleurs, de devoirs et de répétitions. Prophylaxie spéciale. — Maladies contagieuses à l'école. — Le gros parasitisme n’a besoin que d’un peu de surveillance et de lotions d’eau sédative ou de vinaigre. Les teignes semblent devoir comporter l’exclusion temporaire de l’école (voy. p. 846), quitte à leur faire l’école à l’hôpital, comme à Saint-Louis. Le règlement adopté par l’Académie de médecine, sur le rapport d’IIillairet, prescrit avec raison Yisolement des élèves alleints de variole, rougeole, scarlatine, diphthérie, varicelle, oreillons, pour un temps variable, dont les observations modernes ont modifié la durée primitivement établie. Il prescrit aussi la désinfection des vêtements et de la literie. On ne doit pas suivre les indications formulées en ce temps-là par l'Académie, mais recourir à la désinfection par la vapeur sous pression. Malheureusement, les particuliers ne sauraient posséder des étuves à vapeur et beaucoup de villes ne veulent pas encore les acquérir. Nous pensons, avec Layet, que la fièvre typhoïde doit être rangée au nombre des maladies qui réclament l’isolement. Inspection sanitaire des écoles. — L’inspection sanitaire des écoles est inscrite dans la loi française du 30 octobre 1886 et le décret du 18 jan- vier 1887. Aux termes de ce dernier, les médecins-inspecteurs communaux ou départementaux n’auront entrée dans les écoles qu’après avoir été agréés par le préfet : « leur inspection ne pourra porter que sur la santé des enfants, la salubrité des locaux et l’observation des règles de l’hygiène scolaire. » Ce serait déjà un vaste champ, si les médecins-inspecteurs l’exploraient, et si l’autorité municipale les écoutait. Nous avons, du reste, encore cinquante-cinq départements où l’inspection sanitaire des écoles ne fonctionne pas. Mais quelques villes, parmi lesquelles Lille, Douai, Rou- baix, Avesnes, l’ont organisée pour leur propre compte; comme,àl’étranger, Bruxelles, par l’initiative de Janssens (1874). En Angleterre et en Allemagne, les fonctionnaires sanitaires ont la sur- veillance des écoles dans leurs attributions. Mais il ne semble pas que ce mécanisme opère d’une façon très satisfaisante. Enseignement de l'hygiène dans les écoles. — L’hygiène, sous une forme et avec des développements adaptés à chaque degré de l’organisme scolaire, constituerait à coup sûr un élément très rationnel de l'ins- truction. Cet enseignement, toutefois, convient surtout aux degrés déjà élevés et aux Écoles normales, puisque les futurs maîtres vont être ap- pelés à comprendre l’hygiène et à l’appliquer i^Fodor, Kuborn, Layet, G au s ter).. 11 conviendrait, sans doute, de donner à ces mêmes maîtres quelques notions de « premiers secours », en cas de chutes, plaies, fractures, luxa- tions, brûlures, hémorrhagies, indigestion, syncope, etc. Iutcrnats et Externats. — La fréquentation des écoles de n’importe quel degré se fait suivant l’un ou l’autre ou suivant une combinaison de ces deux modes essentiels : l'internat et l'externat. Dans le premier, les élèves passent tout leur temps à l’établissement d’éducation, y mangent, y couchent, y sont entretenus de toute manière; dans le second, ils n’appa- raissent à l’établissement que pour la classe proprement dite et rentrent dans leur famille, qui se charge de leur entretien matériel et du reste de l’éducation. Entre les deux, il y a le système de la demi-pension, dans lequel l’élève passe toute la journée à la maison scolaire et y prend un repas, mais n’y couche pas et n’y séjourne pas aux jours de congé. Il y avait autrefois, en France, et il existe encore en Angleterre et aux États-Unis une prati- que, qui porte le nom de système tutorial, et d’après laquelle des élèves de la campagne ou des petites villes, pour pouvoir suivre les cours au collège du chef-lieu, se faisaient loger et entretenir en ville, dans une famille de modeste aisance, mais de bonne renommée, qui faisait métier de recevoir ainsi, moyennant une rétribution abordable, un petit nombre de jeunes gens; ceux-ci n’étaient point les locataires d’un hôtel garni, ils devenaient es hôtes de cette famille et en étaient transitoirement les membres; par conséquent, ils y étaient l’objet de soins affectueux et d’une surveillance point trop différente de la direction paternelle. Il n’est pas difficile de se prononcer sur la valeur respective de ces divers systèmes. L’internat est déplorable à tous égards et particulièrement anti- pathique au vœu de l’hygiène, plus encore pour les garçons que pour les tilles, dont le régime sédentaire est un peu la vocation. Il faut le réduire au minimum, et, puisqu’il reste nécessaire dans de certaines limites, pour les enfants qui n’ont dans la ville scolaire ni parents ni amis qui veuillent les recevoir et les diriger moralement, nous ne pourrons jamais assez récla- mer l’installation d'internats ruraux, comme les jésuites, oratoriens, domh nicains, ont eu le bon esprit d’en conserver ou d’en créer, et comme l’Université en a quelques-uns (Vanves, Gluny, lycée Lakanal, à Fontenay, les petits lycées de Montpellier, de Ben Aknoun, de Valence, de Saint- Rambert, etc.), ainsi que l’a rappelé le ministre Spuller, dans sa lettre du 10 décembre 1887 à l’Académie de médecine. Dans ces conditions, il est nécessaire que des maîtres soient logés à l’établissement ; c’est une heureuse nécessité, qui permet aux élèves et aux maîtres de se revoir souvent en dehors des classes, de se connaître, de s’attacher réciproquement. Les premiers y prennent cette part d’éducation qui manque totalement à l’internat des lycées intra-urbains. On pourrait ne conserver dans les grandes villes que les écoles primaires et un ou deux externats, pour les élèves de l’enseignement secondaire dont les parents habitent la ville. Par ailleurs, il ne semble pas utile que les internats aient la physio- nomie de caserne, et que les élèves, encore des enfants, y soient soumis à des habitudes militaires. Il y a quelque chose à prendre aux Anglais, sous ce rapport. « Dans les public schools d’Eton, de Rugby, de Harrow, de Winchester, dit J. Rocliard, les jeunes gens jouissent d’une liberté dont on n’a aucune idée dans nos établissements d’instruction. Dans les boarding houses, où ils habitent au nombre de dix à trente, ils ont leur petite chambre, qu’ils décorent et installent à leur guise et où ils sont libres de lire, de travailler ou d’écrire, leur choix. Ils se lèvent quand ils veulent, étudient ou se promènent suivant qu’ils y sont disposés. » A Woolwich môme, nous a-t-on assuré, les élèves sont libres de suivre ou de ne pas suivre les cours et exercices et de sortir quand il leur convient : seule- ment, quiconque rentre gris est mis à la porte, et celui qui répond mal aux examens est fruit sec. Il faut bien, après tout, laisser naître chez les jeunes hommes le sentiment de la dignité et de la responsabilité person- nelles. Les internats, urbains surtout, réclament impérieusement l’observation des règles qui ont été tracées à l’égard des habitations collectives. Les dortoirs devront y ôtre spacieux, bien aérés et d’une population modérée • trente lits nous paraissent un chiffre compatible à la fois avec les exigences de l’hygiène et celles de la surveillance. Chacun de ces dortoirs doit être pourvu de lavabos et d’un cabinet d’aisances, avec appareil rationnel, pour les besoins nocturnes. On y entretiendra, la propreté, plutôt en essuyant AnNOULD, Hygiène. 2» édit. ne. au linge humide que parles balayages poussiéreux. La literie prendra l’air chaque jour et sera fréquemment renouvelée. Bibliographie. Perrin (M.) et Giraud-Teulon. Rapport sur un travail ayant pou/’ titre : Les livres scolaires et la myopie, par le Dr Javal (Acad, méd., 23 mars 1880'. — Alexi. Zur Fraye der Veberbûrdung der Juyend auf den Schulen (D. Vierteljahrschr. f. off. Gesdpflg., XIII, p. 407, 1881). — Blasius (R.). Die Schulen des Herzogthums Braun- schweig (D. Vierteljahrsschr. f. ô(T. Gesdpflg., XIII, p. 417, 1881).— IIeyman (E.). 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Toutes choses égales d’ailleurs, en ce qui concerne la situation topographique, l’altitude, le climat, les villages reposent sur un sol qui n’est presque pas modifié par l’industrie humaine et que le séjour du groupe ne transforme pas notablement, puisque le groupe est faible. Il est vrai que les influences banales du sol sont moins dangereuses que celles qu’il acquiert en supportant les humains; mais, quand on n’est pas menacé par celles-ci, on devrait atténuer les autres. Cette circonstance et la médiocre envergure de l’agglomération d’habi- tations font que les villages ne sont nullement protégés contre l’impaludis- me, si le sol autour d’eux est malarial. Les faubourgs des villes, en pareil cas, font écran pour le centre, en étant eux-mêmes assez maltraités. Les villages, avons-nous dit ailleurs, « sont tout faubourg ». C’est à leur intention d’abord qu’il y a lieu d’appliquer les modes d’assai- nissement du sol décrits précédemment (p. 134). La culture de la terre remplit naturellement cet office, pour une part. i/air rural. — L’air qui circule dans les villages est vif et pur. Presque rien ne le sépare de la masse atmosphérique ni de ses mouvements. Il est peu riche en microbes et le sol gazonné le débarrasse de ceux que les villes lui envoient. Par une compensation fâcheuse, mais qui pourtant n’équili- bre pas ce bienfait, l’homme des villages ressent plus exactement que le citadin les propriétés physiques de l’air, le froid et le chaud, la sécheresse, l’humidité, la pluie. Outre que la masse des bâtisses ne contrarie guère le jeu des météores, les maisons rurales sont des abris imparfaits et, surtout, les habitants de ces localités passent plus de la moitié de leur vie, par état, au milieu des champs et des hois, bravant toutes les températures et sou- vent surpris par les revirements brusques du thermomètre, par les orages, les averses. Les maladies banales, dépendant de la climatologie, sont donc plus fréquentes à la campagne qu’à la ville. Cependant, le résultat définitif quant à la mortalité ne l’emporte peut-être pas autant qu’on pourrait croire ; parce que les paysans jouissent de la meilleure de toutes les pro- tections : l’endurcissement. Li’habitation rurale. — Le groupe rural puise sa réelle supériorité dans ces deux faits : la faiblesse numérique de la collectivité et le défaut de den- sité de l’agglomération. En France, il y a 70 habitants par kilomètre carré, mais, alors que les villes en comptent 386, les habitants des campagnes ne sont que 50 par kilomètre carré (Loua). Cela prouve, malheureusement, que les campagnes se dépeuplent au profit des villes; mais cela explique la salubrité dans laquelle vivent les villageois qui persistent. Cependant, envisagée au point de vue des souillures qui l’entourent ou la pénètrent, l’habitation rurale est loin d’être irréprochable. Il faut bien, pour qu’elle ne soit pas remarquablement insalubre, que les flots de l’Océan atmosphérique la battent incessamment ; d’ailleurs, quiconque a observé la vie des champs, sait que l’on ne rentre à la maison, les trois quarts de 'année, que pour y manger et dormir: moyen infaillible de ne pas en ressentir l’influence. Le paysan économise les portes et les fenêtres, qui payent l'impôt. Il loge sa famille et lui-même au rez-de-chaussée de sa maison, parce que l’on y est plus tôt arrivé, et que le premier étage, plus see, vaut mieux pour la conservation des grains et denrées. Il ne se préoccupe guère de faire la distinction de la pièce où l’on circule de jour, où l’on prépare les aliments, où l’on mange, de celle qui abritera le sommeil des siens. La propreté inté- rieure n’est pas dédaignée ; mais l’on revient souillé de boue et de sueur du travail des champs : on en rapporte une foule de choses et particulière- ment des denrées alimentaires qui, pour peu qu’elles séjournent dans le logement, fermentent et sont un foyer d’émanations. Le maître fait volon- tiers communiquer sa chambre avec l’étable ou l’écurie; il n’aime pas être trop loin de ses animaux. Les écurie s elles-mêmes ont rarement l’am- pleur, la hauteur de plafond, les baies d’éclairage et d’aération qu’il fau- drait ; le sol en est très primitif, sans dalles ni pavés, n’ayant ni pente ni rigole pour conduire au dehors l’urine, si abondante, des herbivores. Le fumier n’en est pas enlevé assez souvent; on le laisse sous les animaux le plus possible, pour que, tenant moins de place, il soit plus riche. D’ailleurs, quand on l’extrait, c.’est pour l’accumuler, baignant dans une mare de purin, tout devant la maison. — Il est vrai que, pour les humains, il n’y a a pas de latrines; ou bien elles sont tellement primitives, que c’est une autre menace pour le sol, l’air et l’eau, autour de l’habitation. Ces circonstances font soupçonner que la rue n’est guère respectée. Ce n’est presque pas une rue, mais une chaussée inégale et négligée, que bor- dent des maisons auxquelles elle sert de dépôt d’immondices ; à moins qu’il n’y passe un grand chemin ou une route, que l’administration des Ponls-el- chaussées protège à ce titre. Là, du moins, il y a un sol en dos d’àne, des rigoles latérales pavées, et il est défendu aux fumiers de s’y étendre. Ceci porte à croire que les villages pourraient être considérablement assainis, si les administrations d’arrondissement et celles des communes voulaient leur appliquer les règlements qui existent, toutes les fois que le législateur n’en a pas réservé l’obligation à des groupes d’un chiffre déter- miné. La dispersion et la stagnation des immondices autour des habitations, l’insalubrité intérieure de celles-ci, offriraient un vaste champ à l’activité d’adminislrateurs intelligents. Il est clair, en effet, que, malgré les avantages naturels que lui donne sa situa- tion, la maison rurale reste soumise aux règles communes (lre partie, chap. Y). Et il est si facile de l’étendre en surface, de donner aux pièces l’ampleur, la hau- teur de plafond, les grandes baies d’éclairage et de ventilation, qui en assurent la salubrité ! Les latrines à la terre, les tonnes mobiles avec un absorbant très simple, semblent tout indiquées pour la maison des champs. On ne saurait d’ailleurs, trop répéter aux paysans que leur propre santé ainsi que celle de leurs animaux exige l’applicalion des règles de salubrité aux écuries et étables. Les hommes ne subissent pas seulement, ici, les influences de voisinage ; ils séjournent fréquemment dans les écuries; les garçons de ferme y couchent même. Les données nouvelles sur la tuberculose ont imposé une attention parti- culière à l’égard de l’hygiène des vaches, chez qui la malpropreté, le confinement, favorisent la pommelière, d’où les menaces de propagation tuberculeuse à l’homme par les contacts, par la respiration dans une atmosphère où les vaches toussent, par le lait surtout. Les écuries et étables doivent donc avoir un sol peu élevé, en pente douce, avec un caniveau pour l’écoulement des urines, être hautes de pla- fond, percées de larges fenêtres et de cheminées ventilatoires entretenues soi- gneusement. 11 faut en finir avec le vieux préjugé du respect aux toiles d’araignée dans les étables (Goubaux, A.-J. Martin, Bertin-Sans). Dans l’intérêt des gens et des bêtes, le fumier doit être enlevé deux ou trois fois par semaine; s’il séjourne aux alentours de la maison, ce doit être sur un revêtement imperméable ou tout au moins sur une pente qui dirige le purin en sens contraire de l’habitation. Le sol des étables sera lavé après chaque enlèvement du fumier. Alimentation des paysans. — Dans presque tous les pays d’Europe, l’élément végétal y domine (farines, pain, pommes de terre, féculents, légumes frais, fruits). L’intervention de la graisse sous toutes ses formes en relève notablement l’infériorité. Ce régime est suffisant, puisque les ou- vriers des champs accomplissent de grands et pénibles travaux, sans que la race en souffre. Pourtant, il est probable que les conditions seraient meilleures, si la viande y entrait pour une part plus sérieuse. Les paysans n’ont guère jamais le scorbut; mais ils subissent de pro- fondes disettes dans tous les pays où la culture ne porte que sur une seule denrée alimentaire et où les relations commerciales sont difficiles ou nulles. C’est encore chez eux que l’on voit les maladies céréales, ergotisme, pel- lagre, les accidents consécutifs à la consommation de grains mélangés d’ivraie, de nielle, le lathyrisme, etc. Les enlozoaires d’alimentation n’y sont pas rares. En France, toutefois, l'habitude de faire cuire exactement les viandes, qui s’est conservée il la campagne bien mieux qu’à la ville, protège sérieusement nos compatriotes. Les lombrics intestinaux, assez communs, proviennent apparemment de l'eau des puits, dont l’orifice à peine entouré d’une margelle en bois admet l’eau de la pluie qui a lavé le sol environnant. 11 va sans dire que les filtres sont inconnus. Notons aussi que les paysans, les enfants surtout, mangent sans précaution des fruits ramassés à terre, des herbes crues, cueillies à même dans les champs. Nous avons parlé en son lieu de l’approvisionnement d'eau des villages. Pour ce qui est des boissons alcooliques, nous notons seulement que l’ivro- gnerie, en France du moins, n’est pas encore aussi répandue à la cam- pagne que dans les centres urbains. L.c travail rural. — Il s’exerce aux champs, aux vignes, au hois. Le labour, à la charrue ou à la bêche, est une cause d’attitudes, de callosités, d’arthrites, de déformations professionnelles. Les cultivateurs gardent presque l’inclinaison du corps en avant, vers la terre qu’ils travail- lent sans cesse. La semaille expose l’agriculteur à la poussière du blé chaulé (chaux, sulfate de cuivre, etc.). Dans le temps de la fauchaison et de la moisson, il subit les émanations odorantes des herbes coupées, probablement très inoffensives et qui ne sont pas la cause de la fièvre de foin (Heu asthma). Les barbes des épis, les aiguillons des chardons, les échardes de paille, cau- sent des piqûres aux doigts, des panaris ; il y a une ophthalmie des moisson- neurs qui paraît être provoquée par le traumatisme de la rencontre des épis avec l’œil. Dans toutes les opérations qui s’accomplissent au dehors, les cultivateurs sont exposés aux coups de soleil (maladie des moissonneurs : Martin-Duclaux, 1859), aux coups de foudre et aussi aux « coups d’eau», c’est-à-dire à toutes les conséquences du refroidissement brusque et de la répercussion sudorale par ingestion exagérée d’eau froide. Aujourd’hui que les machines à vapeur s’introduisent dans les grandes exploitations agricoles, on y est atteint d’acidents semblables à ceux de l’industrie, et spécialement de ceux qui résultent des explosions des locomobiles, que les constructeurs fournissent médiocres et que les cultivateurs «se plaisent à chauffer à un degré plus élevé que celui pour lequel elles ont été construites (Cornul). Le travail à la grange, le battage et le nettoyage des grains, ne se font pas sans une poussière abondante, moitié terreuse, moitié organique, qui, pour être sans spécificité, ne produit pas moins sur les organes respira- loires un énergique effet d’irritation. La culture des vignes, indépendamment des conséquences générales du travail de la terre, entraîne l’exposition aux poussières irritantes, dans le temps que l’on pratique le soufrage. La profession de vigneron continue à être l’occasion d'asphyxies par l’acide carbonique, développé des cuves de fermentation. Le travail au bois (bûchet'ons, sabotiers, charbonniers, vanniers) s’accom pagne de chutes du haut des arbres, d’écrasement sous le poids de ceux-ci dans l’abatage, dans le charriage ou le schlittage; de plaies par instruments tranchants, dans le débit des arbres; de panaris par échardes. ignorance de riijgiènc. — Les paysans, peut-être plus en France qu’ailleurs, sont encore en retard sous le rapporL de la culture intellec- tuelle. Si ce défaut leur amoindrit les chiffres de la criminalité et ceux des maladies mentales, en revanche il entraîne l’ignorance de^ premières notions d’hygiène, la persistance d’une foule de préjugés et de supersti- tions et, par suite, une sorte de résignation fataliste vis-à-vis des fléaux morbides à prévoir ou déjà régnants. Nos villages ne se débarrassent que très lentement des vendeurs d’amulettes, des rebouleurs, des guérisseurs qui ont un « secret ». On y croit encore que les croûtes sur la tête des enfants sont une protection, que la présence des poux est une garantie de santé, etc. Il y a, de cet état de choses, sinon un remède immédiat, du moins une garantie d’amélioration progressive et indéfinie dans l'école primaire, avec l’instruction gratuite, obligatoire et (nous ne le disons qu’au nom de l’hy- giène) laïque. Il faut pour cela que l’école réalise deux conditions : 1° qu’elle donne une instruction solide, droite, scrupuleusement respectueuse de la vérité, dans laquelle des notions d’hygiène seront associées aux leçons de choses et de faits (agriculture et économie rurale surtout); 2° qu’elle soit elle-même un exemple et une application frappante d’hygiène. 11 ne suffit pas que le mobilier scolaire, l’exposition, l’éclairage, l’entourage de l’école soient conformes aux règles modernes; il est essentiel que l’on montre partout aux enfants la propreté en action, dans l’installation des latrines, du vestiaire, des lavabos et même de bains-douches, comme nous l'avons suggéré, ou d’une buanderie avec baignoires, ainsi que le propose Iiurel (de Gaillon). « 11 faut que les locaux scolaires (circulaire du 15 juin 1876) présentent par leur étendue et leur disposition intelligente toutes les garanties dési- rables de commodité et de bonne hygiène; il faut surtout que l’air et la lumière pénètrent abondamment dans les salles de classe. » L’enquête faite par Iiurel sur 20 écoles rurales de Normandie lui a surabondamment démontré qu’aucune ne répondait entièrement au vœu ci-dessus exprimé et que beaucoup s’en éloignaient d’une façon déplorable. La statistique a, d’ailleurs, révélé qu’en France, sur 59,000 écoles communales, 34,000 ont des installations plus ou moins défectueuses; que 20,000 ont un mobilier scolaire à créer ou à changer; qu’enfin il y aurait plus de 17,000 écoles nouvelles à construire (A. Riant). Ce n’est pas une raison pour s’abstenir; c’est môme le contraire qu’il faut. Jamais les 20 millions nécessaires ne pourront être mieux placés. Les maladies des paysans. — Les campagnes ne sont nullement à l’abri des maladies contagieuses ou infectieuses, transmissibles de l’homme à l’homme. Il est probable qu’en comparant deux groupes d’égale force, l’un urbain, l’autre rural, on trouverait chez l’un et l’autre la même proportion de varioleux, de rubéoleux, de typhoïques, etc., pourvu que le relevé sla- tislique portât sur un laps de temps suffisamment prolongé. Il est môme à prévoir que la variole se trouverait plus fréquente et plus grave à la cam- pagne, parce que l’on y est moins soigneux de la vaccination et des revac- cinations que dans les villes. Mais les épidémies de ces affections spécifiques présentent, par rapport aux petites localités, ce caractère intéressant, qu’après y avoir fait un sé- jour de quelques mois ou, tout au plus, de quelques années, elles sont cinq, dix, quinze ans et plus, sans reparaître. Ce phénomène s’explique par la faiblesse môme du groupe et la lenteur nécessaire du renouvelle- ment de la population. Le fléau qui passe épuise la réceptivité de cette petite masse populaire; il faut longtemps pour que les naissances aient re- fait un élément réceptif dans le groupe et pour que ceux qui ont subi la première atteinte aient perdu l’immunité qu’elle confère. Ces conditions sont éminemment favorables lorsqu’il de s’agit de saisir sur le fait la contagiosité d’une maladie comme la fièvre typhoïde, qui ne se laisse pas aisément reconnaître cet attribut dans les grandes villes. On retrouve fréquemment le premier cas et la source où le premier malade est allé prendre l’infection. Et l’on en conclut, avec raison, à la contagiosité de la typhoïde. A vrai dire, on ne cherche pas si, dans les dix ou quinze ans qui ont précédé, des habitants sont revenus au village, sans rapporter la maladie, après avoir cependant séjourné, à la ville ou dans un autre village, dans l’atmosphère d’un typhoïsant. Ce qui prouve au moins, quand cela arrive, que la typhoïde n’est pas d’une contagiosité énergique. Lorsque la fièvre typhoïde est ainsi apportée au village, ce n’est point toujours par un typhoïsant venu du dehors, mais d’ordinaire par un habitant qui est allé passer, à la ville ou au village voisin, quelques jours ou même quelques heures dans une maison où il y a un ou plusieurs malades, c’est-à-dire dans un foyer. Celui-là tombe malade chez lui, au retour, et fait dès lors aussi un foyer dans sa maison; ses frères, ses sœurs-, sont les premières victimes; puis les amis ou parents, les voisins qui viennent lui donner des marques de leur intérêl. Les souillures du sol et des eaux, la malpropreté à l’intérieur des habitations, la putridité, en un mot, ne manquent pas assez à la campagne pour que l’on ne- puisse penser, avec le DrAlison, que cette préparation, impuissante par elle-même, a merveilleusement favorisé le développement épidémique du fléau. On se reporte- à la théorie du substrat nécessaire à l’évolution du germe, selon Petlenkofer. Le fait est que le germe typhique se conserve très bien, dans le sol apparemment, à la campagne, puisque, dans les observations d’Alison et d’autres analogues, la plupart des villages sont en puissance de l’épidémie pendant deux ou trois ans, mais de telle sorte que deux bouffées successives soient séparées par un intervalle de trois mois à un an. Dans l’épidémie qui, de 1873 à 1878, parcourut le canton de Baccarat (Meurlhe- et Moselle), Alison retrouve toujours le contage; mais celui-ci prospère d’autant mieux et conserve son activité d’autant plus longtemps que la putridité est plus manifeste dans la localité envahie. Le rôle de la putridité a paru tel à 1 auteur qu il a le plus souvent primé celui du contage et que celui-ci n’aurait pas atteint son effet sans celle-là. Comme partout, le réveil des épidémies typhoïdes à la campagne est générale- ment estival ou estivo-aulomnal. On ne l’a vu que 22 fois sur 106 épidémies appa- raître dans les mois froids. La fatigue des travaux d’été peut y être pour quelque chose, comme l’a pensé Gaultier de Claubry, en soustrayant à l’économie une pari de sa résistance; mais l’explication vraie est évidemment que la chaleur a déterminé la pullulation du germe dans les premières couches du sol et sa diffu- sion dans l’atmosphère. Les autres épidémies, comme la variole, la rougeole, où le rôle immé- diat du malade et la propagation par contact dominent l’expansion épi- démique, sévissent plutôt en hiver, à la faveur de la concentration du groupe. Le nombre et la fréquentation habituelle des animaux sembleraient ex- poser particulièrement les paysans aux zoonoses. Celles-ci, néanmoins, paraissent n’être pas plus fréquente au village qu’à la ville; elles le sont peut-être moins. La diarrhée et la dysenterie n’y sont pas rares et proviennent des in- fluences atmosphériques banales, mais surtout de l’usage de mauvaises eaux. La dipkthérie, commune aux villes et aux campagnes, serait un peu plus meurtrière dans celles-ci (Lombard, Varrentrapp, Finkelnburg). Dans la province du Rhin, de 1875 à 1879, le croup et la diphthérie ont fait, sui- vant Finkelnburg, 12,5 victimes sur 10,000 vivants à la campagne et seule- ment 10,3 à la ville. Ce serait le contraire en Suède (Chervin). La tuberculose, contrairement aux vues de Bergeret, est un peu moins meurtrière dans les campagnes que dans les villes. Les occasions de con- tamination y sont plus rares et les causes dépressives générales, qui pré- parent le terrain au germe tuberculeux, y sont moins actives et moins répandues. Selon Villemin, alors que la mortaliLé phthisique, dans les dis- tricts ruraux anglais, est représentée par 3,5 décès p. 1000, elle est de 4 p. 1000 à Londres ; 4,8 à Manchester; 6,4 à Liverpool. En France, la sta- tistique des décès à la campagne est fort incertaine. Les maladies de cause banale et principalement celles qui relèvent de la météorologie sont communes chez les paysans, qui subissent sans cesse ces influences. Cependant, il se pourrait que l’on dût diminuer ce cadre de la pneumonie, de la pleurésie peut-être et de quelques autres, dont on re- connaît tous les jours la spécificité. Dans l’article qui va suivre, on trouvera de nouvelles comparaisons entre la ville et la campagne. Médecine publique et agHintance. — L’hygiène des communes rurales est confiée à leurs municipalités, qui en ont encore moins souci que les municipalités urbaines, parce qu’elles ignorent davantage de quoi il s’agit. Layet estime qu’avec une « direction sanitaire départementale » et des inspecteurs en nombre suffisant, on pourrait obtenir des administrations municipales qu’elles usent de leurs pouvoirs en matière de salubrité publi- que. Il faut, au moins, essayer. Les secours médicaux, lorsqu’il s’agit d’individus riches, s’appliquent et se payent, à la campagne, comme à la ville. Pour les pauvres, on est encore à la recherche de la meilleure organisation. En Italie, les Medici condotti ou médecins de canton soignent les pauvres et surveillent l’hygiène aux frais des communes, avec un traitement d’ailleurs dérisoire. En France, les médecins cantonaux fonctionnent pour le soin des malades seulement, là où ils existent. Un praticien officiel suscite toujours l’objection que les indigents n’ont pas le choix de leur médecin. En dehors des avis médicaux, de la consultation écrite et des médicaments distribués, il n’y aurait à peu près plus personne ni aucune ressource pour conduire le traitement des malades pauvres, pour secourir les vieillards malades, si, dans les petits villages, chacun ne s’employait pour venir en aide à celui de ses conci- toyens qui souffre. Là, comme dit Du Mesnil, « il y a des pauvres, il n’y a pas d’indigents. » Dans les communes rurales de quelques milliers d’habi- tants, on ne se connaît plus et le sort des patients est moins assuré. C’est pour ceux-là que Du Mesnil conseille l'hospice rural, créé et entretenu par des communes syndiquées à cet effet. L’institution semble applicable aux localités qui environnent Paris. Bibliographie. — Langsdorff (Th.-v.). Ueber die Enlfernung der Abfallsloff in den Landgemeinden (D. Vierteljalirsschr. f. ôff. Gesunrlheitspflege, XII, p. 624, 1879). — Riant (A.). Revue d’hygiène scolaire (Annales d’hygiène publ., 3e série, n° 9, 1879). — Hlhel. Les écoles de village dans un canton de Normandie (Annales d’hyg. publ., 3e série, sept.-oct. 1879). — Alison. Étiologie de la fièvre typhoïde dans les campagnes (Arcli. gén. de méd., 7° série, V, p. 5, 1880). — Loua (T.). La population rurale en France. — La dépopulation des campagnes (l’Économiste français, avril-juin, 1880). — Cornut (E.). Explo- sions des locomobiles (Bull, de la Soc. indust. du Nord de la France, 3e trimestre, 1879, p. 381. Lille, 1880). — Ladgsdorff (Th.-v.). Zur Typhusfrage (D. Vierteljalirsschr. f. ôff. Gesdpflg., XII, p. 277, 1880). — Van Gael (Ch.). Étude au sujet de l’organisation d'un ser- vice médico-rural des indigents. Bruxelles, 1881. — Finkelnrurg. Ueber den hygieinischen Gegensatz von Stadl und Land (Centr. bl. f. allgem. Gesdpflg., I, p. 4,1882). — Layet (A.). Hygiène et maladies des paysans. Paris, 1882. — Du Mesnil (O.). Un projet d’hospice rural (Rev. d’hyg., VIII, p. 127, 1886). — Cheysson, Rapport sur un projet d’hospice rural (Rev. d’byg., VIII, p. 2o2, 1886). ARTICLE V LE GROUPE URBAIN. On donne le nom de ville à toute agglomération comptant plus de 2,000 individus (Bertillon) ou plus de 3,000 (Fonssagrives). 11 va sans dire qu’il y a des degrés et que l’on reconnaît des petites villes, des moyennes et des grandes. Ce sont des centres vers lesquels convergent les ressources d’alentour et où les familles humaines exercent les unes sur les autres ainsi que sur les milieux une influence qui donne à l’hygiène urbaine ses caractères spéciaux. 1° Topographie et construction. 11 y a des villes presque sous toutes les latitudes et aux altitudes les plus diverses, en plaine ou sur la hauteur, au fond des vallées, sur le flanc des collines. On regarde comme avantageusement situées celles qui s’élè- vent au bord d’un cours d’eau, enjambant d’une rive à l’autre, dans une vallée très ouverte, s’étendant sur la pente douce d’une ou de plusieurs collines, abritées des vents froids par quelques hauteurs à distance. La situation au bord de la mer est aussi, généralement, favorable. La plupart des villes ont été bâties sous l’empire de préoccupations assez étrangères à l’hygiène. 11 n’y a pas à les refaire, mais à apprécier la situa- tion, à indiquer le moyen d’en tirer parti et, le cas échéant, à indiquer des modifications réalisables qui puissent l’améliorer. Il va sans dire que les règles concernant le choix et la préparation du sol, la bâtisse des maisons, que nous avons développées au chapitre Y de la Irc Partie, sont essentiellement faites pour les villes. O. Du Mesnil fait connaître un projet de Règlement sur la salubrité intérieure des muisons de Paris, dont les principes ont été discutés par la Commission d’assainis- sement de la Seine, par la Commission des logements insalubres et coordonnés par les pouvoirs techniques. En voici les principales dispositions. Les articles 3 à 14 sont consacrés à l’établissement des fosses fixes et à leur aménagement en vue de la sécurité des ouvriers qui y travaillent. Art. 11. — Il sera établi dans chaque fosse un tuyau d’évent qui ne présentera sur aucun point une inclinaison de plus de 30 degrés sur la verticale et qui sera conduit jusqu’à 1 mètre, au minimum, au-dessus des souches des cheminées de la maison ou de celles des maisons voisines, si elles sont plus élevées. Ce tuyau sera monté soit en poterie avec chemise en plâtre formant revêtement, soit en fonte, et son diamètre sera de 19 centimètres au minimum. Art. 12. — Le ventilateur d’une fosse ne devra jamais traverser de pièces habitées, ni être compris dans l'épaisseur des murs. A l’article lo il est dit : « Les caveaux (des fosses mobiles) seront ventilés au moyen d'un tuyau d’évent établi dans les mêmes conditions que ceux des fosses fixes. Ils seront séparés des caves, couloirs ou dépendances quelconques de l'im- meuble par des murs en maçonnerie ou par des cloisons eh briques de 11 centi- mètres au moins d’épaisseur, enduites en mortier de ciment, avec une porte pleine qui ne pourra dans aucun cas ouvrir sur des pièces destinées à l’habitation. » Le paragraphe 4 de l’article 24 porte que « les cabinets d’aisances, soit parti- culiers, soit à usage commun, seront approvisionnés d’eau, et leurs cuvettes seront pourvues d’appareils hydrauliques dans les conditions énoncées dans l’ar- rêté préfectoral du 10 novembre 1886, article 2 » (!j. Chauffage. —Art. 28. — Les fourneaux de toute nature servant à la préparation et à la cuisson des mets, qu'ils soient alimentés ou non par le gaz, seront sur- montés d’une hotte munie d’un tuyau d’éventalion. Art. 29. — Les tuyaux de fumée servant aux cheminées, poêles, calorifères et fourneaux, s’élèveront au moins jusqu’à la pente supérieure des bâtiments sur les- quels ils se trouveront. Art. 30. — Les foyers alimentés par le gaz et servant au chauffage des mets (1) Art. 2. — 3° Tout cabinet d'aisances devra être muni de réservoirs et d’appareils bran- chés sur la canalisation, permettant de fournir dans le cabinet une quantité de 10 litres au minimum, par personne et par jour. L’eau, ainsi livrée dans les cabinets d'aisances, devra arriver dans les cuvettes de manière à former une chasse suffisamment vigoureuse. Les appareils qui la distribueront seront examinés par le service de l’assainissement et devront être reçus par l'administration avant leur mise en service. Toute cuvette de cabinet d'aisances sera munie d'un appareil formant fermeture hydrau- lique et permanente. seront pourvus d’un tuyau d’évacuation, d’une section minima de 2 décimètres carrés. Art. 31. — En cas d’éclairage ou de chauffage par le gaz, la ventilation est obligatoire : 1° Poui les locaux accessibles au public, tels que magasins, boutiques bureaux, et ateliers ; 2° Pour les pièces, arrière-boutiques, entresols et sous-sols en communication directe et permanente avec des magasins, boutiques, bureaux ou ateliers; 3° Pour les cuisines, loges de concierges et loges d’escaliers. Cette ventilation doit être obtenue au moyen d’une ouverture d’au moins un demi-décimètre carré de superficie, pratiquée à la partie la plus élevée du local à ventiler et débouchant directement à l’air libre. Si cette dernière condition ne peuL être remplie, le local où débouchera l’ouverture devra lui-même être ventilé par une ou deux ouvertures présentant une superficie totale d’au moins 1 décimètre carré et débouchant à l’air libre. Ces dispositions ne seront pas applicables aux pièces, salles ou ateliers d’un volume de plus de 1000 mètres cubes, pour lesquels l’administration détermine, dans chaque cas, le mode de ventilation à adopter en tenant compte de la dispo- sition des lieux, de l’importance de la consommation du gaz et des moyens de ventilation existant déjà pour d’autres motifs que l’usage du gaz. Eaux pluviales et ménagères. — Art. 34. — Toule pièce servant de cuisine sera pourvue d’une pierre d’évier ou d’une cuvette d’eaux ménagères qui, l’une et l’au- tre, seront munies à leur partie supérieure d’une inflexion sipbolde, formant fermeture hydraulique. Art. 35. — Il sera établi, pour le service des logemenLs qui n’ont pas de cuisine, des cuvettes d’eaux ménagères à usage commun, dans chaque corps de logis, à raison d’une au moins par étage, y compris le rez-de-chaussée. Ces cuvettes seront en grès vernissé ou en fonte émaillée, munies d’une inflexion siphoïde, comme il est dit à l’article 34. Elles seront placées sur des points clairs et ventilés, contre un mur sur cour ou courette et communiqueront directement avec l’air extérieur. Art. 36. — Les eaux ménagères provenant des cuvettes et des pierres d’évier seront directement reçues dans des conduites les amenant jusqu’au niveau du sol. Le diamètre de ces tuyaux ne pourra être inférieur à 0m,08 ni supérieur à 0m,16. Art. 37. — Lorsque la voie publique adjacente à la propriété ne sera pas pour- vue d’un égout municipal, les eaux ménagères s’écouleront à niveau du sol au rez-de-chaussée depuis les tuyaux de descente jusqu’à la voie publique par des caniveaux ou gargouilles portant pente suffisante. Ces caniveaux ou gargouilles ne peuvent traverser aucun local habitable et doivent, en outre, être recouverts de dalles ou plaques de métal avec regards espacés de 5 mètres en 5 mètres au maximum. Art. 38. — Lorque la propriété bordera une voie publique pourvue d’un égout municipal et que les tuyaux généraux d’évacuation de la propriété pourront déboucher directement dans l’égout public, lesdits tuyaux recevront les conduites d’eaux ménagères et les conduites d’eaux pluviales, dans les conditions énoncées dans l’arrêté préfectoral du 10 novembre 1886 : art. 2 (1). (1) Art. 2. — Le tracé des tuyaux secondaires, partant du pied des tuyaux de chute et des conduites d'eaux ménagères, sera prolongé dans les cours et caves jusqu au tuyau général d’évacuation. Il en sera de môme pour les conduites dos eaux pluviales si le tuyau d’évacuation peut recevoir ces eaux. Le tracé des tuyaux devra être formé de parties rectilignes. A chaque changement de PLAN DES VILLES. Art. 39. — Le sol des cours et des courettes sera réglé avec pente suffisante pour assurer le prompt et facile écoulement des eaux pluviales. Dans les cours, il sera établi, le long des bâtiments d’habitation, des parties pavées, dallées ou bitumées ayant au moins 1 mètre de largeur. Le sol des courettes sera extérieurement dallé ou bitumé. Les articles 40 à 42 prescrivent l’étanchéité des puisards et leur suppression le plus tôt possible : l’article 43 impose l’étanchéité des fosses à fumier. Dans l'article 44, on combat l’humidité des logements du rez-de-chaussée : « Les réser- voirs, postes, cuvettes ou robinets d’eau à usage commun seront séparés des pièces habitées par des murs ou cloisons en matériaux imperméables et impu- trescibles. L’écoulement des eaux de débord sera régulièrement assuré et le sol, autour des robinets d’eau, sera, dans un rayon d’un mètre, savoir : à l’intérieur, dallé, bitumé ou recouvert d’un revêtement en plomb, et à l’extérieur, dallé, bitumé ou pavé avec joints au ciment ou au bitume. » L’article 43 interdit l’habitation des constructions neuves avant le récolement général opéré par les agents de l’administration. Entretien des maisons. — Art. 47. — Les courettes dont la surface ne dépassera pas 9 mètres seront mises en état de propreté tous les cinq ans. Art. 48. — Les parois intérieures des cabinets d’aisance à usage commun seront repeintes à l’huile à base de zinc, ton clair, au moins une fois tous les ans, sans préjudice des prescriptions qui pourront être reconnues nécessaires par la Com- mission des logemenls insalubres. Art. 49. —Les chéneaux, gouttières, les cuvettes d’eaux ménagères à usage commun, les tuyaux de toute nature, les cabinets d’aisances à usage commun, les gargouilles, caniveaux, ruisseaux, baquets des dépendances communes, telles que cours, courettes, allées, etc, seront tenus constamment en bon état de propreté. Sauf qu’il est obligé à un compromis avec les courettes, les caniveaux, les gargouilles, les puisards, qu’une hygiène urbaine complète doit faire dis- paraître, ce règlement, s’il est adopté, constituera évidemment un progrès. Plan des Tilles. — Les cités anciennes ont un plan assez irrégulier, commandé quelquefois par la nature du terrain, par une pensée de dé- fense. Les villes jeunes du Nouveau-Monde et quelques-unes de l’ancien sont régulières jusqu’à la monotonie. L’essentiel est qu’il y ait de grandes direction ou de pente, il sera ménagé une tubulure ou un regard de visite et d’aération facile- ment accessible. 6° Lesdits tuyaux d’évacuation auront une pente minima de 0m,03 par mètre. Dans les cas exceptionnels où cette pente serait impossible ou difficile à réaliser, l'administration aura la faculté d’autoriser des pentes plus faibles, avec addition de réservoirs do chasse et autres moyens d’expulsion, à établir aux frais et pour le compte des propriétaires. Le diamètre desdits tuyaux d’évacuation sera fixé sur la proposition des intéressés, en raison de la partie disponible et du cube à évacuer; il ne sera en aucun cas inférieur à 0IU,1G. Chaque tuyau d'évacuation sera muni d’une tubulure de visite avec fermoturo étanche placée en amont de l’inflexion siphoïde. Les modèles de ces siphons et appareils seront soumis à l’administration et devront être acceptés par elle. Les tuyaux d’évacuation et les siphons seront en grès, vernissé intérieurement. Les joints devront être étanches et exécutés avec le plus grand soin, sans bavure ni saillie extérieure. L’emploi de la fonte pourra être autorisé dans le cas où l’administration le jugerait conve- nable. Les tuyaux d'évacuation seront prolongés dans le branchement particulier jusqu'à l'aplomb de l’égout public. artères allant du centre aux gares de chemins de fer, à l’embarcadère des canaux, et des rues de moindre importance faisant communiquer les grandes entre elles. Les unes et les autres circonscrivent des massifs ou îlots de maisons. Le quartier des affaires est au centre, l’industrie à la périphérie; entre les deux habitent les rentiers, les gens de lettres les savants. L’ensemble du plan doit être favorable à la distribution d’eau et à la ca- nalisation des immondices. Des places, des jardins, des promenades y sont ménagés, de façon à percer d’évents multipliés la masse de bâtisses. C’est le moyen de per- mettre à la ville de respirer. L.e» rues. — Deux rangs de maisons alignées en face les unes des autres constituent une rue. Il n’est pas nécessaire que toutes les maisons d’un côté se touchent par le flanc ni que le pied du mur de façade soit contigu au trottoir. Sur divers points de Londres, de Berlin, de Nancy, les maisons sont séparées du bord postérieur du trottoir par une bande de terre plantée d’arbustes et de fleurs; la maison elle-même est entourée de jardinets; à Nancy, dans quelques rues neuves, ce sont deux maisons gémellées qui présentent cette disposition; à Lille, on se contente d’un jardinet sur la façade postérieure. Il doit y avoir de 20 à 35 p. 100 de surface non bâtie. Quand il y a un intervalle de flanc entre deux maisons, ou que des bâti- ments élevés en arrière d’une maison en constituent une deuxième, la distance doit être de 3 à 8 mètres, selon que les constructions sont plus ou moins hautes, afin de ne pas laisser cet intervalle à l’état de puits ou de fente profonde. La rue elle-même doit être assez large pour qu’il puisse y passer de deux à six voitures, selon les besoins (l’unité voiture est une largeur de 2m,50). La chaussée ne formant que les trois cinquièmes de la largeur de la rue et les trottoirs occupant les deux autres cinquièmes, c’est, pour le tout, au minimum, 2,50x2x 1,66 = 8m,30 de largeur de rue. Les règlements locaux (Paris, Lyon, Lille, etc.) comportent d’ordinaire des fixations, relatives à la largeur des rues, qui ne reposent sur aucune raison d’hygiène. Il a paru qu’il fallait proportionner la largeur des rues à la hauteur des maisons, en vue d’assurer à celles-ci un certain temps d’in- solation directe, même dans les jours les plus courts de l’année. Des calculs exacts ont été faits à cet égard par A. Yogt, G. Flügge, Zuber, E. Clément, desquels il résulte que la largeur des rues doit croître à la fois comme la hauteur des maisons et comme les degrés de latitude. Ainsi, à Lyon (à45°, 45', 45" lat. N.), les rues les mieux orientées, avec des hauteurs de maison = 20m,5, devraient avoir une largeur de 24m,38 pour obtenir trois heures d’insolation de toute la façade au 21 décembre; 36m,54 pour quatre heures d’insolation. En revanche, sous 30° de latitude, il suffit de 12 mètres de large à une rue méridienne, avec une profondeur de 2U mètres, pour être assurée de trois heures d’insolation au 21 décembre. Ces résultats nous semblent condamner dans tous les cas la hauteur exa- gérée des maisons et indiquer la nécessité, pour les villes, de s’étaler en surface plutôt que de superposer les étages et l'es humains. La majorité des hygiénistes se borne, du reste, à demander que la lar- geur des rues soit au moins égale à la hauteur des maisons qui les bordent. Orientation des rues. — L’orientation la plus heureuse, au point de vue de l’insolation, est l’orientation dite méridionale ou royale, dans laquelle la rue est dirigée du nord au sud (dans le sens du méridien). A cet égard, il est donc à désirer que les grandes artères aient cette direction, les rues transverses ayant la direction équatoriale. Toutefois, dans les villes du nord, l’orientation méridionale, étant également polaire, s’ouvre d’une façon désagréable aux vents froids de l’hiver, et il est assez commun que l’on adopte une direction intermédiaire, S.-E à N.-O., par exemple. Pour une raison contraire, les villes du Midi inclinent aussi leurs rues sur le méridien. E. Clément a pensé, avec raison, qu’il faut aussi établir le rapport de la largeur des rues à la hauteur des maisons, de telle sorte que la lunÿnosité y soit suffisante, c’est-à-dire que les rayons directs de la lumière puissent parvenir jusqu’au fond des rez-de-chaussée. A son calcul, pour Lyon et pour toutes les villes qui ont un degré actinométrique analogue (12° en no- vembre et décembre, — plus faible qu’à Paris), il est nécessaire que la largeur des rues dépasse un peu la hauteur des maisons, si l’on veut con- server aux radiations lumineuses une intensité au moins égale à 9 degrés en parvenant jusqu'au rez-de-chaussée des maisons de 20 mètres de hauteur. Longueur et direction des rues. — Nous avons dit les cas dans lesquels il faut de longues rues et ceux qui comportent des rues courtes. Lèvent, s’engageant dans les premières, fait appel sur les secondes et ainsi s’opère la ventilation des villes. Cependant, il y a peut-être un excès dans la lon- gueur de certaines rues nouvelles des grandes villes. On s’en aperçoit par les jours de grand vent ou de poussière. La monotonie de ces voies, qui n’en finissent pas, peut être diminuée par des inflexions dans le genre de celle du Quadrant de Regent-Street, à Londres. Nous pensons, toutefois, que Lausanne, Gênes, Alger, feront bien de supprimer leurs escaliers. Ruelles. Passages. Impasses. — Les ruelles et les impasses doivent dispa- raître. Les passages ont quelques charmes pour le commerce et sont des abris pour les passants, en cas de mauvais temps. C’est cependant une si- tuation d’hygiène critique, à laquelle on ne saurait subvenir qu’en élar- gissant les passages, en môme temps que l’on restreint leur longueur, et en leur assurant des moyens de ventilation. Boulevards. Places publiques. Jardins.— Toutes Ces dispositions, qui, en se prêtant au mouvement urbain et aux communications nécessaires, diminuent la surface bâtie et ménagent, dans la masse des bâtisses, des réserves aériennes avec de la verdure et un lieu de promenade, ou même un rendez-vous de jeux hygiéniques, à la portée des enfants, des vieil- lards, des infirmes, des citadins pressés ou peu fortunés. C’est donc excel- lent. Aussi, toutes les villes modernes qui ont l’hygiène à cœur s’assurent- elles ces ressources immédiates, sans parler des jardins ou bois extérieurs dont il sera question plus loin. 2° Le sol des villes. infection «lu soi urbain.—Le sol des villes est, au suprême degré, soumis à toutes les causes d’infection que nous avons indiquées précédem- ment (p. 94). Les immondices déposées à la surface (ordures ménagères, excrétions des animaux, fumiers, urines humaines, etc.) tendent à y péné- trer à la faveur des pluies. Quelques villes, hélas ! pratiquent encore le tout-à-la-rue, et les excréments humains s’étalent autour des maisons. Ailleurs, cette masse putrescible et suspecte est collectionnée dans des fosses plus ou moins étanches, ou simplement projetée dans des puits ab- sorbants. Dans les villes qui utilisent comme égouts les cours d’eau et les canaux qui les traversent, une part des matières fécales arrive toujours dans ces égouts improvisés et dangereux, dont le niveau d’eau est variable et qui, à l’époque de leurs crues, refoulent des eaux sordides dans la nappe souterraine. De ces fosses et de ces mauvais égouts résultent les infiltrations putrides et quelquefois spécifiques, dont il a été déjà question. Ajoutons-y les souillures par la diffusion du gaz d'éclairage (voy. p. 687) et par les inhumations, dans quelques viles arriérées, qui ont encore des cimetières intra-urbains. Nous avons suffisamment exposé, dans la Première Partie, comment ces infiltrations peuvent introduire des substances putrides et peut-être des organismes pathogènes dans la profondeur et par suite dans l’eau de la nappe souterraine, mais surtout forment une couche superficielle de boue, qui, plus tard, sera de la poussière et constituera des dangers positifs. Les microbes de la maison viennent surtout de la rue. Protection du sol des villes. — Les habitations se protègent contre le sol par les moyens indiqués au chapitre Y. La rue se défend par des pra- tiques spéciales que voici. Chaussées. Revêtement du sol. — Le revêtement de la chaussée doit favo- riser la circulation, tout en étant conforme aux règles de l’hygiène. Il s’exé- cute au moyen du pavage, du dallage, de Y empierrement, de l'asphaltage, du cimentage et de divers autres procédés qui mettent en œuvre le bois, le fer, le caoutchouc. Le pavage se fait surtout avec les grès, le porphyre, le granité. Les blocs de grès ont, à Londres, 7 centimètres de large sur 15 de long; 10 à 15 de large sur 15 à 20 en Allemagne ; 12 sur 18, 14 sur 20 à Paris, avec des hau- teurs de 16 à 20 centimètres. Ils servent pour la chaussée; le porphyre et le granité s’emploient en trottoirs ou en bordures. En de certaines locali- tés, on utilise la brique pour le pavage et, ailleurs, les cailloux de rivière, étêtés ou non. Le premier mode manque de résistance; le second est ina- bordable aux piétons. La chaussée doit être bombée dans le sens transversal ; la saillie, à Lon- dres, est d’un soixantième de la largeur. Les pavés sont posés par rangées perpendiculaires à l’axe de la chaussée, avec des intervalles de 0m,02 à 0m,025 entre chaque pavé et entre deux rangées. Il importe de les établir sur une bonne fondation en béton ou en ciment. Le sable est une fondation détestable. On l’emploie il remplir les interstices des pavés. Le pavé en pierres, presque toujours inégal et disjoint, protège mal le sol, rend la circulation des voitures bruyante et imprime au sol des villes une trépidation, pénible aux gens nerveux, douloureuse aux malades, aux fracturés, aux femmes qui souffrent d’une affection utérine. Le dallage, usité Turin, Milan, Florence, Messine, n’est pas à recom- mander aux villes où la circulation des voitures est un peu active. L'empierrement, qui remonte aux Romains, a été remis en vogue, vers 18-40, par l’Écossais John Mac-Adam. On le fait aussi sur fondation. Il est agréable au pied des chevaux et peu bruyant, mais poussiéreux ou boueux et, linalement, revient très cher. A Paris, la boue liquide qu’il verse aux égouts obstrue ces canaux et rend leur curage excessivement pénible et coûteux. On l’abandonne presque partout. Il est volontiers remplacé, à Londres, Berlin, Paris, par le pavage en bois, qui a conquis les suffrages de P. Borner, Bazalgette, Haywood, Vallin, Vau- thier, tandis que AVight, Lacazette, Barabant, lui sont défavorables ou res- tent sur la réserve. Ce recouvrement, bien fait, est silencieux, agréable, constitue un blindage exact du sol urbain et dure assez longtemps. Les dangers qu’il pourrait présenter sont : les altérations putrides du bois, les poussières ligneuses, les écrasements dus à ce que les piétons n'entendent pas venir les voitures. Or, la putridité paraît ne point se réaliser quand la fondation est bonne; les arrosages retiennent les poussières et les piétons deviennent d’autant plus prudents qu’ils savent devoir être moins avertis du danger. On emploie de préférence le sapin rouge de Suède, frais abattu. L'asphaltage (par coulage ou par compression) est encore supérieur au pavage en bois (Iluywood, O. Wight). 11 est très répandu dans la Cité de Londres. Son côté faible est de se boursouller par la chaleur en été et de se crevasser en hiver, au moins sous les climats extrêmes. Quand il est bien exécuté, ces inconvénients ne se réalisent pas aisément. Nous nous bornons à mentionner le cimentage et le pavage en fer, essayé à Saint-Pétersbourg et à Cronstadt. Trottoirs. — Les trottoirs sont une bande de terrain réservé aux pié- tons, de chaque côté de la chaussée, dont les sépare un rebord élevé de 15 à 30 centimètres, le long des maisons. Ün leur donne une pente légère vers la chaussée et l’ori en garnit le bord de pierres résistantes, grès, por- phyres, granité. Le recouvrement en dalles, ou surtout en asphalte, s’a- dapte au mieux aux trottoirs; on le fait aussi de carreaux en ciment durci (de Boulogne); quelques rues de Lille présentent ce dernier mode; les autres n’ont qu’un pavé un peu moins horrible que celui de la chaussée. Les bouches d'égout s’ouvrent sous le bord du trottoir, taillé en encor- bellement pour cet effet. Par dessus, s’élèvent les colonnes des lanternes à Arnould, Hygiène. 2e edit. 77 gaz, les bornes-fontaines, les bornes postales, les kiosques à journaux, les urinoirs publics, etc. 11 ne faut pas que la multiplicité de ces édicules en- trave la circulation. Ruisseaux de rue. — A la jonction de la chaussée avec le trottoir, on voit encore, dans les villes en retard, une dépression recouverte d’un* pa- vage qui l’accentue et en fait un canal découvert ou caniveau; c’est le ruisseau de rue. Sur ce canal tombent perpendiculairement les gargouilles d’eaux ménagères ou pluviales, coupant le trottoir et recouvertes plus ou moins exactement de plaques de fonte. Le revêtement du ruisseau n’est jamais guère assez exact pour que son contenu ne s’infiltre point dans le sol, et la pente n’est pas toujours assez décidée pour qu’il n’y ait pas sta- gnation et dégagement d’odeurs fétides. C’est une organisation barbare qui doit disparaître et disparaît en effet. Enlèvement des boues et ordures ménagères. — La chaussée se fait à elle-même de la boue par son usure sous les roues des voitures et le pied des chevaux. Elle reçoit une part des excrétions de ceux-ci. Enfin, les habi- tants y déposent, d’une façon plus ou moins négligée, si l’on n’y pourvoit, ce que l’on appelle les ordures ménagères, c’est-à-dire les épluchures de légumes et de fruits, les détritus des repas, des fragments de papier ou d’étoffe, les produits du balayage intérieur et les déchets multiformes de la vie journalière. Autant de matières à putréfaction et à souillure du sol, si ces débris séjournent à sa surface. Dans beaucoup de villes, les habitants déposent simplement les ordures, le matin, en las, devant la maison. Le tombereau d’un entrepreneur, qui a traité avec la municipalité, passe et recueille chaque jour ces tas, dont une partie reste ou est éparpillée autour du tombereau, par suite de la hâte et de la brusquerie des ouvriers qui les collectent. Ailleurs, les ordures ména- gères sont disposées devant la maison dans des récipients quelconques. A Paris, par l’arrêté du 24 novembre 1883, ces récipients ont été rendus obli- gatoires, et la manière de s’en servir a été déterminée, une fois pour toutes. Quelques personnes ont cru devoir réclamer, au nom des chiffon- niers; mais, somme toute, la mesure est excellente et n'aurait besoin que de légères améliorations, spécialement en ce qui concerne l’étanchéité et la fermeture des récipients (Vallin). On joint à ces déchets les rebuts des marchés, halles, casernes, le produit du balayage des rues, les boues. Une grave question urbaine est celle de l’éloignement de ces boues et ordures (à Paris, environ 900,000 tonnes par an), de leurs dépôts et de leur utilisation. En France, les dépôts de voirie avoisinent les villes et sont une cause d’incommodité. A Londres, on trie des ordures ménagères les débris de coke et de charbon et tout ce qui peut servir de combustible; le reste est transporté en wagons, à prix réduit, à distance, pour servir d’engrais. Chez nous, cet engrais n’est pas recherché. Nottingham, Birmingham, Leeds; en Amérique, Milwaukee, Chicago, New-York, brûlent leurs ordures ménagères dans un four crématoire (deslrvctor), après en avoir séparé les spéciale.] L’AI K U R HAÏ N. chiffons, les métaux et ce qui peut servir d’engrais, Le produit de la calci- nation sert à faire du mortier ou à revêtir les routes. Le balayage des rues se fait au moyen des balais ordinaires, ràcletles, pelles, ou de machines roulantes, poussées par des hommes ou traînées par des chevaux (balayeuses mécaniques). A Paris, tout le service est assez bien fait, mais coûte de 7 il 8 millions par an. A Londres, la propreté des chaussées est assurée par des vieillards ou des enfants, volontaires, qui tendent la main aux passants pour se payer de leur peine (Barabanl). Ces dispositions doivent être complétées par le lavage des rues, du ruis- seau de rue tout au moins, et par Yarrosage au tonneau ou il la lance. Londres dépense, dans ce but, 10 centimes au mètre carré, par an; Paris, 18.centimes. On a recommandé (W. Cooper, Ilouzeau, Vallin) l’arrosage avec des solutions de sels déliquescents ou à l’eau de mer (Boulnois). Les voies privées ne sauraient échapper aux règles qui viennent d’être tracées. Latrines et urinoirs publics. — Il est bien clair que le moyen d’em- pêcher les excrétions humaines d’atteindre le sol des villes, c’est de four- nir aux visiteurs du dehors et aux passants des latrines convenables et des urinoirs assez multipliés. Paris, sous ce rapport, nous semble remplir à peu près toutes les conditions désirables. Il existe, sur toutes les grandes voies, des latrines (chalets de nécessité) construites suivant les règles que nous nous sommes efforcé de faire prévaloir (p. 757 et suiv.), gratuites ou n’exigeant qu'une rétribution insignifiante. Des urinoirs publics s’élèvent partout, rationnellement établis, bien irrigués, conciliant les exigences physiologiques avec celles de la pruderie la plus farouche, sans se dissi- muler avec le soin qu’ils affectent, un peu sottement, à Londres. La sur- veillance municipale, au point de vue de la propreté, s’y exerce d’une fa- çon évidente. Les puisards, puits absorbants, bétoires, etc., condamnés en principe, disparaissent peu à peu des villes. Excrétions humaines. Eaux ménagères. — La protection du Sûl des villes contre ce que l’on peut appeler les immondices à domicile est tout en- tière dans le choix et l’exécution d’un mode approprié d’éloignement des immondices; par conséquent, dans la suppression des fosses, fixes ou non, petites ou grandes, avouées ou dissimulées, et dans la pratique d'égouts ra- tionnels, évacuant tout ce qu’ils peuvent recevoir. Nous n’avons rien à ajouter ici à ce qui a été longuement exposé plus haut (p. 69(1 il 793). Canalisation du gaz d’éclairage. — (Voy. p. 680 et Slliv.) Inhumations. — (Voy. plus loin, p. 1229.) 3° L’air urbain. L’air des villes est essentiellement le contraire de Y air libre. C’est lui qui, sans être notablement altéré dans sa constitution chimique (oxygène, acide carbonique), renferme surtout les gaz et vapeurs, les poussières mi- nérales, organiques, ou organisées, dont il a été question dans la première partie (chap. III), la fumée dont nous parlerons à propos des villes in- dustrielles. G est dans les villes que s’est posé le problème de savoir si l’air qui a passé sur les foyers infectieux (hôpitaux) ne transporte pas à distance les germes pathogènes (Voy. p. 331). Au point de vue des propriétés physiques, l’air urbain est caractérisé par les atténuations que l’agglomération des bâtiments, la force des groupes humains apportent à la météorologie. Il fait toujours un peu plus chaud et un peu moins froid dans les villes qu’au dehors ; les vents n’y sou filent jamais sans que leur force et leur direction ne se brisent quelque part; l'humidité y donne lieu à des brouillards plutôt qu’ailleurs, à cause de la présence constante des poussières. L’air des villes est facilement odorant (il faudrait dire malodorant). Finalement, il est affadi et moins tonique (moins ozonisé, disent quel- ques-uns) que l’air de la campagne. Protection de l’air des Tilles. — Les mesures indiquées à l’égard du sol et toutes celles qui constituent l’hygiène de l’habitation sont faites pour préserver l’air urbain. Nous y joindrons une circonstance particulière- ment adaptée à la situation, à savoir, les plantations d'arbres et les jardins. Arbres et jardins. — Nous avons dit que les jardins intérieurs, les squares, les parcs, sont comme les poumons des villes. Il faut y joindre les avenues et les boulevards, également plantés d’arbres. C’est de l’espace libre, d’a- bord ; mais c’est aussi un moyen de décomposer l’acide carbonique de l’air des villes par la végétation, selon les vues de Chevreul et de Fonssa- grives, et, surtout, d’assécher le sol, d’humecter l’air, et d’y mettre de l’ozone sous l’influence de la lumière (Pabst). Les arbres des avenues diminuent la poussière et donnent de l’ombre dans les journées chaudes. Ils ne doivent pas s’apporcher des habitations assez pour y entretenir l’humidité. Alphand prescrit une distance de 3 mè- tres, et aussi 5 mètres entre deux rangées d’arbres. Il y a quelque 120,000 arbres dans Paris. Les grands parcs intérieurs de Londres sont une caractéristique de cette ville. D’autres ont des promenades analogues à leur périphérie; Paris, les bois de Boulogne, de Yincennes, le parc Monceau, les Buttes-Chaumont; Berlin, le Thiergarten; Lyon, la Tête-d'Or; Bruxelles, le parc et le bois de la Cambre ; Lille, le Bois-de-la-Deûle ; Francfort-sur-Mein, lePalmengarten,etc. Éloignement des causes de souillures. — Le côté prohibitif de la protec- tion de l’air urbain consiste dans les mesures de voirie, dans l’interdic- tion des établissements industriels, au moins dans le centre de la ville, dans l’expulsion des animaux vivants particulièrement malpropres, vaches, porcs, lapins, volailles. Le besoin d’avoir du lait authentique a entraîné la tolérance des vacheries dans l’intérieur des villes. Ce système ne nous a jamais séduit, au point de vue des qualités du lait; il est très suspect en ce qui concerne la salubrité du quartier renfermant un établissement de ce genre. Nous en reparlerons au paragraphe suivant. 4° Alimentation des villes. L’alimentation des villes fait appel aux ressources de tout le pays envi- ronnant. On y apporte les produits de chaque jour et il s’y fait des appro- visionnements, qui, en temps de disette, attirent les populations famé- liques d’alentour. pain. — En France, les citadins consomment de 400 500 grammes de pain par jour. Ce commerce est libre ; la taxe officielle d’autrefois est habituellement remplacée par une évaluation officieuse (publiée chaque quinzaine, il Paris). L lait. — 11 est consommé environ 2oU,000 litres de lait par jour à Paris; 150,000 à Berlin. Grâce à une grande surveillance de la police sani- taire et aux laboratoires municipaux, le lait n’est probablement pas si mauvais dans les grandes Villes que dans les moyennes. A Lille, il est géné- ralement détestable, en raison du nombre des intermédiaires et de la nul- lité des moyens de contrôle la disposition du public. C’est le besoin de recevoir du lait sans l’intermédiaire malhonnête des colporteurs qui a poussé à la création des vacheries intra-urbaines, dont il faut dire un mot. Vacheries intra-urbaines. — Nous avons signalé (p. 916) celles d’Alle- magne et, spécialement, celle de Francfort-sur-Mein. Il est possible, paraît-il, d’arriver par ce système des résultats satisfaisants pour les consommateurs, sans gêner les voisins. D’après les essais de Bourrit, dans sa vacherie suisse à Turin, il semble même certain que ce but est beau- coup plus facilement atteint que la philanthropie do l’entrepreneur n’est récompensée. Quoiqu’il en soit, on ne saurait, dans de semblables installa- tions, exécuter trop scrupuleusement toutes les mesures qui ont pour but la santé des animaux et l’intégrité de leur lait. Ces mesures, ainsi que l’a formulé Goubaux devant le Conseil d’hygiène de la Seine, se réduisent à assurer au bétail l’air, la lumière et la propreté dont il a besoin, comme l’homme lui-même (A.-J. Martin). Les vacheries étant des établissements classés, elles sont susceptibles de conditions à remplir et de surveillance. Nous avons tracé les grandes lignes (Voy. Groupe rural) de l’hygiène géné- rale des animaux. Leur nourriture mérite l’attention à un égal degré. Les drêches ne devraient pas entrer dans le régime de vaches maintenues en ville pour donner un lait supérieur; aussi ne comprenons-nous pas bien les recommandations des hygiénistes à l’égard du colleclionnement et de la conservation de cette denrée. On a raison, en revanche, de recom- mander des greniers à fourrages asséchés et sans voisinage compromet- tant. Les vacheries gagneraient, à tous égards, à s’installer à la périphérie des villes; les préfets de police le prescrivent. Mais il y a un Conseil de préfecture et les industriels s’en servent pour passer par-dessus le Conseil d’hygiène. Alimentation «les ouvriers «les villes. — Les ouvriers des villes n’ont ni le temps ni les moyens de préparer ou de faire préparer leurs repas chez eux. Ils les achètent au dehors, les payent cher et les ont médiocres. C’est pour cela que l’on a créé des fourneaux économiques, des cuisines populaires (en Allemagne, Volksküche). A Berlin, depuis 1866, sous l’impulsion de Lina Morgenstern, quinze établissements ont été fondés, où l’on donne des repas à 20 ou 30 centimes. La Société couvre ses frais. En France, quelques grands industriels, Isaac Pereire (1879), le Bon-Marché, la Compagnie d’Or- léans, ont mis des restaurants à la disposition de leurs employés et ou- vriers ; les usines de Mulhouse fournissent des réchauffoirs à ceux des leurs qui veulent faire cuire eux-mêmes leurs aliments. Y. Duclaux a signalé un entrepreneur parisien qui distribue 3,000 repas convenables par jour, à 80 et 90 centimes, et y gagne sa vie. Boissons. — Nous n’avons rien à ajouter, sur ce sujet, aux chapitres II et VII (Boissons alimentaires). 11 serait, de même, superflu de reprendre le paragraphe Éloignement des ' immondices (p.(I96), dont la partie technique vise essentiellement les villes. 5° La propreté des personnes. Bains. — On se reportera à l’article général (p. 827). Nous saisissons, toutefois, cette occasion de noter que les villes de Reims et de Lille sont sur le point de posséder des bains avec 'piscine de natation et lavoirs, ali- mentés par l’eau de condensation des machines à vapeur et construits, à l’instar du Bain de la Société française des gymnastes nautiques (rue de GMteau-Landon, 31), par Ed. Philippe, fils de l’ingénieur Philippe qui, en 1845, avait commencé les travaux d’un grand bassin de natation, au quai de Billy, dont l’eau chaude devait être fournie par la pompe à feu de Chaillot. Les lavoirs publics font naître, d’une part, la question des mesures à prendre dans le transport du linge sale, qui peut avoir servi à. des conta- gieux, et celle de la souillure banale ou spécifique des eaux par les buan- deries et blanchisseries. La première se résout par la désinfection et l’en- veloppement des linges ; la seconde par la suppression des bateaux-lavoirs, l’éloignement des buanderies et leur déplacement en aval des villes, sui- des cours d’eau de grand débit (Levieux). L'assainissement des effets, tapis, literies, comporte un battage, qui n’en- traîne que du bruit et une vilaine poussière, quand ces objets ont seule- ment servi à des individus sains, mais qui est plus inquiétant lorsque les effets proviennent de malades. Ce battage devrait toujours se faire dans les appareils silencieux et enveloppés, avec cheminée d'aspiration et combus- tion des poussières, qu’a signalés L. Colin. Les effets contaminés doivent préalablement avoir passé par l’étuve à vapeur (voy. p.490). Ces règles sont entièrement applicables au cardagedes matelas (Vallin). 6° La vie urbaine. Bruits et cris «les rues. — Le fond du bruit des villes est constitué par le roulement des voitures, plus ou moins retentissant selon le mode de pavage et selon la construction des véhicules. Les tombereaux de Lille sont particulièrement insupportables. Le sourd et incessant murmure urbain est coupé d’éclats dus à des instruments, cornets, crécelles, sonnettes, etc., employés par les spécialistes du petit commerce; puis, par les cris des marchandes des quatre-saisons, des écaillères, et d’autres non moins assourdissants, que nous valent la liberté de la presse et les personnages amoureux de réclame et d’imagerie. Tout cela n'est pas inoffensif au système nerveux des citadins et, dans tous les cas, c’est pue désagréable compensation aux charmes de la vie des 122o Iju circulation ort à l’air. —Dans les conditions les plus ordinaires, il ne peut se dé- gager du sol des cimetières que des gaz. Fussent-ils malodorants, nous avons vu qu’ils sont incapables de provoquer des maladies spécifiques. Dans la masse atmo- sphérique, les gaz toxiques, s’il y en avait, seraient trop dilués pour être dange- reux. Aussi Pettenkofer déclare-l-il que le voisinage d’un cimetière est tout au plus capable de faire fermer les fenêtres de la maison qui s’ouvrent de son côté et, par suite, de gêner indirectement la ventilation. À Dresde (Fleck), il paraît que ces mauvaises odeurs se font quelquefois sentir. D’autre part, Miquel a constaté directement que l’air du cimetière Montparnasse n’a pas plus de bactéries ni de plus suspectes que l’air du parc de Monlsouris; ce qui ne doit pas nous étonner, connaissant la puissance de filtration du sol et la rétention des microorganismes par les surfaces humides. Néanmoins, il est absolument certain que, dans des communes rurales, soit par suite de la négligence dans les inhumations, soit à la faveur d’éboulements, de failles, la matière cadavérique des cimetières répand des exhalaisons infectes. Si ce n’est pas dangereux, c’est suffisant pour justifier l’interdiction des cimetières in- térieurs. 2° Vis-à-vis du sol et de l'eau. — A l’époque des travaux de la Commission d’as- sainissement des cimetières (1881), Schützenberger constatait que la combustion (des cadavres) est complète après cinq ans et qu’il n’y a pas lieu de s’arrêter « à l’idée d’une saturation de la terre par les matières organiques », dans les condi- tions où se font aujourd’hui les inhumations. Cependant, on n’a pas démontré que le sol fûL exempt de poisons solubles, d’alcaloïdes cadavériques (plomaïnes). Nous avons suffisamment fait ressortir (cliap. I et II) l’extraordinaire puissance d’épu- ration du sol pour n’avoir pas de sérieuses inquiétudes à cet égard, non plus qu’à l’égard de l’eau qui sort des cimetières, à moins que les cadavres n’aient été dépo- sés à même dans la n'appe souterraine. C’est à la faveur de ces données que l’on peut comprendre l’observation, déjà ancienne, de Fleck, que neuf puits de cime- tières, à Dresde, ont fourni une eau qui ne contenait pas plus de produits de dé- composition organiqne que les puiLs mêmes de la ville. Nous ne conseillons, du reste, ni ceux-ci ni ceux-là. En 1881, la Commission parisienne concluait des recherches de Carnot que, « dans les cimetières actuels, les phénomènes d’oxydation qui se produisent au sein du sol préservent de l’infection les nappes d’eau du voisinage ». EL la Commission avait raison. Nous croyons même qu’elle aurait pu étendre sa formule aux micro- organismes supposés de l’eau des cimetières, puisqu’il est certain (p. 91 et suiv.) que le sol est le plus merveilleux des filtres et retient les bactéries. Mais, depuis, quelques personnes, en France, ont édifié une doctrine étiologique sur la circula- tion des organismes pathogènes à travers l’épaisseur du sol. Aussi le Comité con- sultatif d’hygiène publique n’écarte-t-il plus le danger « de la souillure des eaux de la nappe souterraine par les matières organiques qui se détruisent dans le sol ». En pratique, nous pensons qu’il ne faut pas faire servir à la distribution d’eau d’une ville la nappe qui sort du cimetière. Le Comité est d’avis qu’il y a lieu de venliler les caveaux et de placer une poudre désinfectante sous les bières. Les cercueils ordinaires devraient aussi être garnis d’une poudre semblable. Les cercueils de chêne ou de métal retardent la réduction des cadavres ; ceux de sapin sont préférables. Le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) prescrit l’inhumation hors de l’en- ceinte des bourgs ou villes à une distance de 35 à 40 mètres au moins; le décret du 7 mars 1808 interdit de creuser des puits ou d’élever des habitations à moins de 100 mètres des cimetières ; les hygiénistes d’aujourd’hui demandent un éloigne- ment de 1,000 à 1,500 mètres. La profondeur des fosses doit être de im,50 à 2 mètres; dans ces conditions, l’on est quelquefois bien près de la nappe souter- raine. Les fosses doivent être espacées de 30 à 50 centimètres; comme il est diffi- cile d’accorder à chacune beaucoup moins de 2 mètres de long et 50 centimètres de large, on peut calculer que chaque cadavre prend 2 mètres carrés de surface. Même en renouvelant les fosses tous les cinq ans, comme la loi le permet (mini- mum faible), les cimetières s’étendent fatalement en surface et finissent par envahir les grandes villes, ou se multiplient autour d’elles d’une façon alarmante. C’est pour cela que les modernes s’efforcent de revenir à l’incinération des ca- davres. Crémation. — L’inhumation, naguère le seul mode légal en France, est aussi le plus ancien dans l’histoire de l’humanité. Les peuples autochtones de notre Europe le pratiquaient, ainsi que leurs premiers visiteurs sémites (Phéniciens, Juifs, Arabes, Égyptiens), lorsque les Indo-Germaniques leur apportèrent la crémation. H est à remarquer que les nomades ont généralement adopté celle-ci, qui leur per- met d’emporter avec eux les cendres de leurs ancêtres, tandis que les peuples sé- dentaires prolongent leurs relations avec les morts en les enterrant autour ou au milieu du groupe d’habitations. Les Grecs et les Romains, qui avaient reçu des premiers ce procédé, inciné- raient leurs morts sur un bûcher, à ciel ouvert, dans des conditions singulière- ment incommodes et insalubres, qui ont pu légitimer la réprobation de cette cou- tume par le christianisme. On sait que c’est encore de celle façon primitive que les bouddhistes de l’Inde exécutent l’incinération des cadavres; de ceux des riches seulement, à la vérité, car les pauvres sont simplement enfouis ou confiés aux flots sacrés du Gange. La crémation a l’avantage de supprimer toutes les arrière-pensées qu’inspirent les cimetières, relativement à l’intégrité des milieux; d’éluder l’énorme souci qu'impose aux municipalités l’obligation de déplacer incessamment leurs cime- tières et de trouver, à la périphérie des villes, de vastes terrains, désormais sans charmes et sans rapport, pour y installer des nécropoles que l’accroissement de population dans la cité vivante refoulera à bref délai. Elle permet de lutter, après un siège, une bataille, une épidémie, contre l’amoncellement des cadavres. Elle a certainement aussi quelque supériorité d’esthétique. On lui reproche de heurter des coutumes religieuses et d’amoindrir le culte des morts ; — de ne pas disposer de moyens pratiques simples et salubres: — d’an- nuler l’action de la justice, en supprimant les recherches médico-légales post mortem. Aucune de ces objections ne tient debout. On ne voit pas ce qui peut gêner l’exercice des cérémonies du culte, eL beaucoup de prélats, catholiques ou protes- tants, acceptent la crémation, qui ne plaît pas à l’évêque Freppel ni, dit-on, au pape. La médecine légale peut et doit opérer, quand il y a lieu, avant l’incinéra- tion; c’est beaucoup plus sùr que de faire des recherches sur des débris cadavé- riques exhumés après des mois et des années. Et puis, il vaut mieux laisser passer cent coupables que de faire condamner un seul innocent. On dispose de bons fours crématoires, le four Siemens, le four Gorini; s’ils n’existaient pas, on les invente- rait aisément. De même que la société YUrne, en Allemagne, a obtenu de faire la crémation à Golha; que la société de crémation de Milan (Keller, Polli, Brunetti) a réussi à in- troduire ce mode de sépulture dans la loi italienne; de même la Société française pour la propagation de la crémation a préparé le moment où le député docteur Blatin a fait insérer dans la loi française sur la liberté des funérailles cet amendement : « Tout majeur ou mineur émancipé en état de tester peut déterminer librement le mode de sa sépulture, opter pour l’inhumation ou l’incinération...» Le.Sénat ne l’a point modifié essentiellement. GaetanoPini, en 1884, constatait l’existence dans le monde de trente et une sociétés de crémation. La Flamme (de Berlin) fournit les renseignements suivants sur le nombre total des crémations dans les différents pays jusqu'au 1er août 1888. Italie, 988; Gotha, 554; Amérique, 287; Suède, 39; Angleterre, 16; France, 7; Danemark, 1.— D’autre part, en 1884,1e Conseil d’hvgiène elle préfet de la Seine autorisaient l’incinération des débris humains venus des salles d’anatomie et re- présentant 3,000 à 4,000 cadavres par an. 8° Démographie et Pathologie urbaines. Caractères de la population. — NOUS avons vu (p. 1139) les rapports numériques de la population urbaine à la population rurale. En France, la première est plus de la moitié de la seconde, et s’accroît tous les jours. Cependant, la plupart des villes françaises, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, ont un excédent de décès (Paris et Lille ont, au contraire, un excé- dent de naissances, mais qui n’explique pas leur accroissement démographi- que). C’est donc que l’élévation du chiffre de la population urbaine provient d’une cause arliliciclle ; celle cause, c’est Y immigration des étrangers, d’une part; des paysans, de l’autre. L’immigration des paysans dans les villes, sensible dans presque tous les pays, devient inquiétante en France (Bertil- lon, Lagneau, Yillard, Layet, Cheysson). Il appauvrit d’habitants les dépar- tements de la Haute-Saône, de l’Ariège, du Cantal, des Basses-Pyrénées, des Basses-Alpes, de la Creuse. Aussi, y a-t-il, à Paris, 1,118 individus de vingt à vingt-cinq ansp. 10,000 ha- bitants, tandis que la moyenne de la France n’est que de 874 individus de ce groupe p. 10,000 habitants. En revanche, alors que tout le pays a 976 enfants au-dessous de cinq ans p. 10,000 habitants, Paris n’en a que 711. Nuptialité urbaine. — Elle est généralement plus élevée que la nuptia- lité rurale. A Paris (1880), 9,78 mariages p. 1000 habitants; 9,27 dans le département de la Seine ; 7, 46 pour toute la France ; 7,3-4 pour la campagne seule. Toutefois, si l’on rapporte le chiffre des mariages au nombre des mariables, la situation est moins satisfaisante, puisque, nous l’avons vu, les adultes de vingt à vingt-cinq ans sontplus nombreux dans les villes. En réalité, d’après Bertillon, la nuptialité parisienne est de 62,4 pour 1000 mariables, chez les hommes, et 62 chez les femmes, tandis que les rapports corres- pondants pour toute la France sont 63 et 66,3. Il y a, d’ailleurs, à Paris, au moins 1 ménage concubin contre 10 ménages réguliers. On se marie plus jeune à la campagne qu’à la ville. Natalité urbaine. ■— Absolument, la proportion des naissances est plus élevée dans les villes qu’à la campagne (273 naissances, à Paris, p. 10,000 ha- bitants; 233 dans la population rurale française). Le côté heureux de ce fait s’atténue beaucoup si l’on tient compte de la force du groupe adulte dans les villes et du grand nombre des naissances illégitimes dans le même milieu (107 naissances illégitimes sur 1,000 naissances totales dans les villes, et 40 à la campagne, en France). En réalité, 1,000 femmes parisiennes nubi- les, qui devraient fournir 102 naissances vivantes -(moyenne en France), n’en donnent que 88 (Bertillon). A Berlin, sur 1,000 naissances, il y en a 440 d’illégitimes; à Bruxelles, 280 (Janssens). Mortalité urbaine. — Plus forte dans toutes les villes du monde qu’à la campagne, la mortalité urbaine est encore plus lourde par ce fait que les citadins comptent une plus grande proportion d’individus dans l’àge de la force et du travail. Mortalité p. 1000 hab. (Layet). Villes. Campagnes. France 26,1 21,5 Belgique 25,1 21,1 Angleterre 25,0 18,0 Prusse 30,45 28.02 Italie 31,60 27,60 Saxe 32,15 27,50 Suède 26,5 19,65 Le département de la Seine, en 1882, a eu 26,3 décès p. 1,000; la popu- lation rurale française 19,9. Dans chaque ville, les quartiers qui ont le plus d’enfants offrent la plus haute léthalité (Bertillon, J. lvorosi). Elle est aggravée aussi par l’excès de la population (J. Fodor), par l’habitation dans les caves et, au moins en ce qui regarde la mortalité, par les affections épidémiques, par le mauvais entretien des habitations. Décès en 100 maisons (J. Fodor). Très propres. Propres. Malpropres. Infectes. Par le choléra 92 199 2G8 402 Par la fièvre typhoïde.. 165 177 182 356 Maliuiics causes de la mortalité urbaine. — James Stark reconnaissait qu’en Écosse, de 1853 à 1863, dans les comtés de Lanark et d’Edimbourg, la mortalité rurale est supérieure à la mortalité urbaine, par les maladies suivantes : scarlatine, croup, coqueluche, diarrhée, dysenterie, fièvre typhoïde. Il n’en est pas de même partout. La diphthérie, sur certains points, est aussi plus meurtrière à la campa- gne qu’à la ville. Dans la première année de la vie, pour 1,000 décès, il faut 5,210 nais- sances à la campagne et seulement 5,048 à la ville, où Vathrepsie, la gastro- entérite enfantine font leurs plus grands ravages. La mortalité par fièvre typhoïde se comporte comme il suit, p. 100,000 ha- bitants (Voy. aussi p. 756). Décès. Paris (1874-1883) 76,2 Berlin (1873-1882) 56,1 Londres (1872-1881) 33,2 (1) Bruxelles (1879-1884) 34,1 Munich (1881-1884) 17,3 Francfort-s.-M. (1876-1879) 21,0 Danzig (1880) 7,4 Cologne (1882-1885) 36,0 Décès. Barmen-ElbciTeld (1S82-1SS5). 28,5 Boston (1881-1882) 59,9 Lille (1880-1886) 29,7 Milan 108,8 Reims (1883) 90,6 Nancy (1881) 91,4 Turin 118,4 La variole est plus ou moins meurtrière selon que l’on pratique plus ou moins soigneusement la vaccination. A Berlin, Hambourg, Breslau, Munich, Dresde, où la vaccination est obligatoire, il y a de 1 à 2 décès varioliques p. 100,000 habitants. A Londres, 32,50; à Paris, 36,60; à Tienne, 97,20; Pétersbourg, 103,67; Prague, 151,00. La ville de Lille, où le Comité de vaccine repousse énergiquement la vaccination animale, a eu moyennement 51 décès p. 100,000 habitants, dans les sept années de 1880 à 1886 (Ch. Pilât). La garnison n’y est pour rien. La rougeole cause 44,5 décès p. 100,000 habitants, à Paris; 35,4 à Bru- xelles ; 19,7 à Berlin. La scarlatine, peu grave à Paris (11,7 décès p. 100,000 habitants), cause 54,4 décès p. 100,000 habitants à Berlin, 32,7 à Cologne, 93 à Barmcn-Elberfeld, 110,4 à Edimbourg. (1) Pour lo typhus abdominal et le typhus exanthématique ensemble. La part du premier n’est peut-être que de 22 pour 100,000 habitants. Arnould, Hygiène. 2° édit. 78 La fréquence et la gravité de la diphthérie s’exagèrent, pour le moment dans presque toutes les villes. A Paris, elle cause plus de 80 décès p. 100,000 habitants; à Bruxelles, 64; à Berlin, 117; à Munich, H2; à Dresde 200; Turin, Milan, de 145 à 180; New-York, 87,2; Boston, 182,5! En 1880. 210 villes françaises au-dessus de 10,000 hab. ont fourni 4,838 décès diphthé- ritiques. Tuberculose. — Selon G.Sormani, la morlalité phthisique est plus élevée dans les grandes villes manufacturières du Nord, que dans celles du Midi. Décès tuberculeux p. 100,000 habitants. Glasgow ... 700 Berlin Boston Liverpool ... 640 Bruxelles Leipzig .... 360 Prague ... 890 Cologne Turin .... 270 Brünn ... 1000 New-York .. 378 Reims Vienne ... 700 Munich .. 390 Lille . .. 456 Paris ... 500 Rome .. 340 Bordeaux .... 330 Londres ... 420 Barmcn-Elberl'eld .. 430 Gênes Maladies nerveuses. — Elles semblent être plus fréquentes dans les villes qu’à la campagne, ainsi qu’il ressort du tableau ci-dessous, emprunté à Finkelnbourg, pour ce qui concerne les provinces Rhénanes. Mortalité par maladies du cerveau (p. 10,000 hab.). LOCALITÉS. VILLES. CAMPAGNES. HOMMES. FEMMES. HOMMES. FEMMES. État prussien 9,8 7,5 3,2 2,6 Province du Rhin 10,8 9,4 4,4 3,4 Cercle de Cologne 12,3 IM 5,1 4,0 de Düsseldorf 10,2 9,0 o,4 4,8 — d’Aix-la-Chapelle 9,7 7,8 3,0 2,9 — de Coblence 10,3 8.1 4.2 2,5 — de Trêves 10,9 9,0 2,2 1,7 Ville de Cologne 13,3 12,3 » » — de Trêves 14,6 10,9 » » Parmi les manifestations nerveuses, l'alcoolisme compte pour une part notable dans l’étiologie, en ce qui concerne les villes. Le suicide est égale- ment plus commun à la ville que dans la population rurale. Kibliograpliie. — Voisin (A.). Rapport sur l’organisation des secours publics à New- York et les améliorations qui pourraient être apportées dans le service des secours publics, Paris, 1881. — Boulnois (H. Porcy). Dirty dust-bins and sloppy streets ; praclical Treatise on the scavenging and cleaning of cities and towns. New-York, 1881. — Hennire (J.). Mittheilungen iiber Markthallen in Deutschland, England, Frankreich, Delgien, und Italien. Berlin, 1881. — Brouardel (P.). 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Les choses ne se sont pas notablement atténuées depuis lors; un jeu imprudent est toujours engagé entre l’industrie et la vie humaine et, malgré des améliorations de détail, le problème énorme reste posé : de protéger la vie humaine contre l’industrie sans enfermer, cepen- dant, celle-ci dans un cercle trop étroit, puisque, à d’autres égards, elle est une source de vitalité. Dans un article qui doit être très court, nous avons pensé qu’il conve- nait de se borner à considérer : 1° les influences qui agissent sur l’ou- vrier; 2° l’ouvrier lui-môme; 3° les conséquences de l’industrie pour le voi- sinage de ses établissements, avec les dispositions législatives qui règlent ces rapports. 1° Influences industrielles et prophylaxie générale. Lu milieu industriel. — 11 est extrêmement varié. Quelques chantiers sont absolument à l’air libre (tailleurs de pierres, carriers, maçons, char- pentiers, scieurs de long, bûcherons, charbonniers de bois, collecteurs de minerai superficiel), sans parler des terrassiers des canaux et des chemins de fer — et de Y agriculture qu’on oppose, je ne sais pourquoi, à l’indus- trie. D’autres sont dans un air limité (ateliers incomplètement fermés. hauts fourneaux, verre7'ies, chauffeurs) ou môme approchant des conditions du confinement {filatures, teintureries, manufactures de tabac, industrie de la soie et de la laine, confections, etc.). Certains ouvriers travaillent dans les entrailles de la terre {mines de charbon, de sel gemme, tunnels) ; une catégorie peu nombreuse a même pour spécialité de remplir son rôle dans l’eau ou dans l’air comprimé {scaphandriers, plongeurs, fonceurs de piles de ponts). A. Construction des ateliers. — Les industriels consultent d’abord les nécessités ou même les facilités de leur fabrication. Dans certains cas, il n’y a de construction d’aucune sorte. Cependant il serait simple, dans les chantiers en plein air, de modifier au moins le sol par le drainage et le revêtement de gravier, et de donner aux ouvriers des abris mobiles, légers, capables d’atténuer les ardeurs du soleil, la pluie, le vent. Lorsque l’atelier est une construction véritable, il est soumis aux mêmes règles qüe les habitations ordinaires (voy. p. 509). Cependant il y a pres- que toujours lieu de prendre des précautions particulières contre l’infec- tion du sol et des murs et contre l’incendie. Souvent il y aura intérêt à construire des parois imperméables, à cimenter ou à carreler le sol [bou- cheries, charcuteries, boijauderies, triperies), de façon à permettre des lava- ges. Contre l’incendie, on aura soin, non seulement de recourir à la char- pente en fer, mais encore de restreindre le nombre des étages en même temps que l’on multipliera les issues et les escaliers. Pour une raison du même genre, on fait très légères les constructions exposées à sauter (fabri- ques d’artifices) ; on leur donne une toiture sans résistance et l’on frag- mente l’ensemble de l’usine, de telle sorte que chaque compartiment puisse sauter pour son compte sans entraîner le voisin dans la catastrophe. Les usines s’éclairent volontiers par le toit en scie. B. JL’air du milieu industriel. — 1° Augmentation de pression. — Au fond des mines, il y a une augmentation de pression, si légère que quel- ques-uns ont prétendu qu’il y a, au contraire, une dépression. La com- pression est positive dans les appareils Triger dont il a élé question anté- rieurement (page 404), dans le scaphandre (Cabirol), où la tête de l’ouvrier est enveloppée d’un casque résistant qui communique avec l’air extérieur par un tuyau et dans lequel une pompe foulante comprime de l’air. Le régulateur ltouquayrol-Denayrousea pour but d’éviter les à-coups de cette compression. Ces appareils permettent le travail sous l’eau. Comme il a été dit, la compression est peu dangereuse; c’est la dépression, surtout si elle est brusque, qui cause des accidents (paralysies). 2° Dépression. — Nous nous bornons à renvoyer à ce qui a été dit (page 400) des voyages de montagnes, du séjour et du travail sur les hauts- plateaux, des mineurs des Andes. 3° Température. — Elle est excessive dans le milieu des mineurs du fond, des ouvriers des forges et hauts-fourneaux, des verriers, boulangers, cuisiniers, chauffeurs des machines (navires traversant les mers tropicales), ouvrières du gazage des fils de coton, des séchoirs, étuves, etc. La chaleur est obscure ou lumineuse; dans ce dernier cas, l’action sur la vue s’ajoute aux effets généraux. Elle cause des accidents locaux (brûlures) ou généraux, plus ou moins rapides, pareils h ceux que nous avons décrits sous le nom d'échauffement, de coups de chaleur (p. 332). D’autres fois la chaleur est pénible parce qu’elle est humide (fileurs de lin, teinturiers). Elle est insuffisante, ou peut l’être, dans quelques ateliers, qu’il con- vient, par suite, de chauffer par les moyens convenables, dans la saison qui le commande. Une situation assez commune dans l’industrie, c’est le passage brusque de l’ouvrier d’une atmosphère chaude dans une froide (verriers, forge- rons, fileurs de coton). Les verriers ont à la fois une partie de leur corps exposée au feu le plus ardent et l’autre refroidie par les courants énergi- ques de ventilation qu’on est obligé d’entretenir dans l’atelier; ils quittent le travail dans un état de surchauffement et, de même, quelle que soit la saison, ceux qui font partie de l’escouade de nuit se rendent au tra- vail en sortant du lit. D’où les affections thoraciques ou intestinales à frigore par répercussion. 4° Humidité. — Dans les mines profondes, l’eau tombe incessamment des parois des puits et galeries. 11 y a des filatures de lin au mouillé; la céruserie doit l’être pour ne pas rester une [cause effroyable d’intoxica- tion; les teinturiers sont presque toujours dans la vapeur. L’action de l’humidité est locale (macération de l’épiderme, ulcération, grenouille des débardeurs et ravageurs ; — c’est plutôt l’action de l’eau que de l’humi- dité), ou générale (voy. p. 373). 3° Constitution de l'air industriel. — Beaucoup d’ateliers sont très peu- plés et, par suite, souffrent du méphitisme, de la toxicité de l’air expiré, des émanations cutanées et digestives du personnel; circonstances aggra- vées par la malpropreté des ouvriers, la rareté du bain chez eux, l’insuffi- sance d’aération assez fréquente des locaux. 6° Émanations industrielles. — Les unes sont organiques (abattoirs, boyauderies, fabriques de colle forte, de noir animal, tanneries; manufac- tures de tabac, de chicorée; fabriques d'engrais. Vidanges, égouttiers, etc.), d'une innocuité relative; du moins, les ouvriers se défendent par l’accou- tumance. D’autres sont irritantes (distillation do la houille, couleurs 'd’ani- line) ou toxiques (sulfure de carbone dans la fabrication du caoutchouc, vapeurs de phosphore, dans la fabrication des allumettes; vapeurs métalli- ques : mercure, dans l'étamage des glaces et la fabrication des chapeaux; plomb, dans la céruserie, la fusion des minerais; zinc, dans l’exploitation des mines de ce métal ; — l’intoxication par ses vapeurs, affirmée par Sclilockow, en 1878, est niée par Tracinski en 1888; — arsenic, dans la préparation de la fuchsine par le procédé Poirrier). 7° Gaz. — 11 s’en produit d’irrespirables : l’acide carbonique (mines, hauts fourneaux, puits, caveaux), l’hydrogène carboné (mines). L’acide carbonique, avec la diminution d’oxygène qu’il emporte, l’hydrogène car- boné, mêlés à quelques gaz tqxiques, à l’hydrogène sulfuré (P. Fabre), à l’oxyde de carbone, et peut-être aux vapeurs des dérivés de la houille (A. Manouvriez), paraissent avoir été fréquemment la cause de la maladie d'Anzin et de Chemnitz, l'anémie des mineurs, pour le moins rare, aujour- d’hui que l’on ventile soigneusement les mines, et imputable pour une part à l’anchylostome duodénal (voy. pl. loin). — De toxiques : l’oxyde de carbone (mines, fonte des minerais, cuisines); les acides volatils du phos- phore et l’hydrogène phosphoré (allumettes); l’acide sulfureux (grillage des pyrites, fabrication du bleu d’outremer); l’hydrogène sulfuré et l’am- moniaque (vidangeurs,1 égouttiers. Voy. p. 311 et 7oo); — d'explosifs (gri- sou, gaz d’éclairage, d’ailleurs aussi irrespirables ou toxiques). 8° Poussières. — Au point de vue de leur nature, elles sont : métalliques (fabriques d’armes, de coutellerie, d’aiguilles, de limes) et causent la maladie des aiguiseurs (Solingen, Châtelleraut) ou Sulerosis; — pierreuses et produisent la phthisie des carriers, Chalicosis (carriers, tailleurs de pierres, de meules, plâtriers, ouvriers en porcelaine et émaux); — charbonneuses (.Anthracosis des charbonniers, des houilleurs, des fondeurs en cuivre); — végétales (Byssinosis, bronchorrhée des fileurs de lin ou de coton; ciga- rières, cordiers, fariniers, etc.) ; — animales (brossiers, coiffeurs, chapeliers, pelletiers, tapissiers, chiffonniers). Au point de vue de leurs propriétés, elles sont indifférentes, comme la plupart des poussières végétales; — traumatisantes, comme les poussières métalliques ou pierreuses, qui sont dures, anguleuses, pointues, et peu- vent passer à travers la membrane des alvéoles pulmonaires; — toxiques, telles que les poussières mercurielles, plombiques ou arsenicales ; — enfin, virulentes. Celles-ci peuvent être fournies par la laine ou les peaux d’a- nimaux atteints d’affections contagieuses (le charbon des ruminants, la morve des chevaux) ou surtout par les chiffons, qui ont été pris, maintes fois en flagrant délit de propager la variole et le choléra. Au témoignage de Krannhals, ils répandraient aussi le bacille de l’œdème malin (septicémie^1, et la maladie des chiffons (Hadernkranhheit) serait différente de la Woolsortersdisease, qui est le charbon. Les poussières traumatisantes engendrent la vaste classe des maladies d’inhalation poussiéreuse, les pneumonoconioses. Les poussières toxiques provoquent des maladies générales (hydrargyrisme, arsénicisme, saturnisme), dans lesquelles disparaissent les accidents locaux. Remarquons, encore une fois, que les poussières se déposent sur la muqueuse des lèvres, de la bouche, du pharynx, et peuvent être dégluties aussi bien qu'inspirées, agir par la voie digestive comme par la voie respiratoire. Il n’y a pas de cuivnsme ni de zincisme. L’absorption de ces métaux paraît être inoffensive ; celle de leurs sels produirait des accidents aigus et immé- diats, mais non une intoxication générale, chronique. 9° Luminosité. — L’intensité de la lumière des flammes, dans la métal- lurgie, la verrerie, congestionne les membranes de l’œil et compromet la vision (asthénopie des forgerons). L’éclairage artificiel des usines est soumis aux règles que nous avons tenté d’établir (p. 683). Aujourd’hui, beaucoup de manufactures, avec raison, ont introduit la lumière électrique, dont les avantages sont connus. L’obscurité, au contraire, et la privation de la lumière solaire paraîtraient devoir influencer défavorablement la santé des mineurs. Cependant celte influence n’a pas de gravité. Les mineurs ne passent que neuf à dix heures sur vingt-quatre, dans « le fond ». Ceux qui sont descendus à o heures du malin remontent à 2 heures; ceux qui descendent à ce moment sont remontés à minuit. Ils ne sont donc, ni les uns ni les autres, entièrement privés delà lumière solaire. Il le .sont assez, toutefois, pour subir une dépigmentation de la peau, que P. Fabre met, avec raison, au compte de cette influence. Peut-être que l’humidité agit dans le même sens. Mais il est très remarquable que les ouvriers, à qui leur lampe ne compense pas la lumière du jour, même au seul point de vue de l’éclairement, ne paraissent jamais se soucier de cette privation (A. Burat). D’ailleurs, l’insuffisance de lumière et d’insolation ne parait pas entraîner de conséquence morbide précise, autre que la dépigmenla- tion signalée tout à l’heure. Les chevaux du fond, qui y restent constamment et ne sont remontés au jour qu’une fois dans l’année (pour l’inventaire), se portent bien et spécialement ne sont pas anémiques (P. Fabre). C. Assainissement «lu milieu industriel. — 1° Propreté des ateliers. —11 est indiqué et il est de rigueur d’éloigner immédiatement des ateliers tous les déchets organiques et putrescibles (abattoirs, magasins à vian- des, etc.), toutes les eaux inutiles et sales. Il sera interdit aux ouvriers d’y manger, tant dans l’intérêt des locaux que dans celui des individus, dont les aliments seraient exposés aux vapeurs et poussières dangereuses. Les ateliers plus aisément atteints par des souillures venant du travail lui- même seront construits de façon à pouvoir être lavés. Ces lavages devront être fréquents, mais toujours superficiels et non à grande eau. Lorsqu’il y aura lieu de soupçonner des souillures virulentes (magasins de chiffons), les lavages seront faits à l’aide de solutions antiseptiques. 2° Propreté des ouvrici's. — On peut la recommander aux intéressés ; mais il est clair que les industriels doivent intervenir, d’une part en l’exigeant, d’autre part en la favorisant. Il est presque toujours facile à une usine qui a une machine à vapeur de donner des bains à ses ouvriers, de leur ménager un lavoir, un séchoir. Quelques usines, en se réunissant, pourraient y arriver, rien qu’avec les eaux de condensation qu’elles jettent aux égouts. De même, là où se produisent des poussières et des éclaboussures toxiques, on mettra, à l’entrée des ateliers, un vestiaire et un lavabo avec du savon. Les ouvriers laisseront, dans le premier, leurs vêtements de dehors et ne les reprendront qu’après s’être débarrassés les mains et la face dans le second. 3° Condensation di.s guLos gaz dangereux qui se produisent dans les opérations industrielles sont dirigés vers des compartiments spéciaux, d’ordinaire en contre-bas, où on les condense par refroidissement, ou par pression. Ceux qui sont solubles et possèdent quelque affinité pour l’eau sont condensés dans l’eau, comme l’acide sulfureux par le procédé que nous avons décrit ù l’occasion de la fabrication du bleu d’outremer et dans lequel l’action de la cbaux s’ajoute à celle de l’eau, ou selon l’in- génieuse méthode exposée par Hudelo pour l’assainissement d’un atelier de vulcanisation du caoutchouc. On se débarrasse de môme de l’ammo- niaque, des vapeurs nitreuses, de l’acide sulfhydrique et de tout autre gaz incommode ou dangereux, en choisissant un absorbant approprié. 4° Evacuation et combustion des gaz. — Lorsque les gaz peuvent sans inconvénient être projetés dans la masse atmosphérique libre, ils sont aspirés localement au moyen de hottes simples — ou viLrées (sulfure de carbone),— généralement mobiles et pouvant s’abaisser ou se coulisser dans le sens horizontal. On peut encore les brûler en les ramenant au foyer même des chaudières (système Ballard). Aimé Girard conseille un procédé de cette sorte pour brûler les gaz des fabriques d’engrais. Les vapeurs mer- curielles sont combattues par les aspersions d’ammoniaque. Celles du phosphore par l’essence de térébenthine (moyens médiocres). 5° Protection contre les poussières. — On enveloppe plus ou moins les machines qui produisent la poussière, la meule des aiguiseurs, les déca- peurs mécaniques des céruseries, les moulins et blutoirs. Il est généra- lement interdit aux ouvriers de pénétrer dans la chambre où s’est déposée la poudre de céruse avant un délai de vingt-quatre heures après l’arrêt du blutoir. Les poussières sont aspirées, sur le point même où elles se produisent, à l’aide de quelqu’un des moyens d’appel dont nous avons parlé à l’article Ventilation (p. 562 et suiv.). La projection de vapeur d’eau, et surtout la pulvérisation d’eau, con- seillée par Manouvriez dans les fabriques d'agglomérés, abattent les pous- sières. L’idéal à atteindre est de ne pas en produire. Ce à quoi l’on arrive en substituant le travail au mouillé aux opérations à sec. Il y a dix ans que nous recommandons, avec Meurein et A. Gautier, Y humectation continue, à l’eau, puis à l’huile, dans la fabrication du blanc de plomb. Enfin, les hygiénistes se sont évertués à inventer des masques et desi’es- pirateurs, appareils destinés il filtrer l’air immédiatement avant son accès aux orifices des voies aériennes. Ce n’est pas le lieu de les décrire en détail; citons seulement ceux de Tyndall, Steenhouse, Shaw, Paris, Poirel, Durwel, Robert, Layet, Henrot, Léard (rcspirol). Quand, avec les pous- sières, on soupçonne dans l’atmosphère des gaz dangereux, on a recours à des appareils qui assurent la communication de la bouche de l’ouvrier avec l’air extérieur au moyen d’un tuyau plus ou moins long et d’un ré- servoir (appareil Paulin, Galibert, Dcnayrouse, Fayol, etc.). Malheureusement, à moins de circonstances très urgentes, les ouvriers spéciale.] LES INSTRUMENTS ET LE TRAVAIL. ont une grande répugnance pour les masques, qui leur donnent une physio- nomie grotesque et ne sont pas sans être gênants. Si l’on s’en sert, il ne faut pas négliger de nettoyer le filtre à air. G0 Ventilation des ateliers. — La ventilation générale des ateliers — ou plutôt des chantiers, fussent-ils au fond d’une mine ou d’un tunnel en voie de percement — doit presque toujours être mécanique et de préfé- rence par appel, c'est-à-dire par extraction. On n’a de sécurité que par ce procédé (voy. p. 597). Rien n’empêche, accessoirement et dans des con- ditions moins urgentes, d’utiliser l’appel parles foyers, par les cheminées. On a toujours une source de mouvement dans les grandes usines ; en uti- liser une part à la ventilation est tout indiqué. Sauf le cas des poussières lourdes, on évacuera l’air vicié par en haut plutôt que par en bas. Dans les usines très peuplées, les couloirs, les cages d’escaliers, sont des gaines d’aération toutes trouvées. On évitera de chauffer l’air de renouvellement des ateliers; la circulation d’eau chaude ou de vapeur au pied des parois nous paraît ce qu’il y a de mieux dans les locaux industriels. Pour ceux qu’il conviendra de rafraîchir, nous avons indiqué (p. 663) quelques procédés. L. Duchesne propose sim- plement, pour les ateliers de gazage des fils de coton, de ventiler par appel en haut à l’aide d’un faux plafond à lames mobiles et de faire passer, entre un plancher à claire-voie et un sol bitumé, une mince nappe d’eau, qui retiendra les poussières et abaissera la température par son évaporation. 11 va sans dire que, pour des cas spéciaux, il faudra extraire, au fur et à mesure de leur production et sur place, les gaz et les vapeurs nuisibles, comme on le fait des poussières. Cette règle trouve particulièrement son application dans la fabrication des allumettes phospliorées. Les instruments et le travail. — Les contacts. — La peau étant un organe d’absorption, elle peut être la porte d’entrée des poisons solubles de l’industrie, sels de plomb, de mercure, d’arsenic. Elle traduit, pour son compte, l’irritation banale ou spécifique que provoque sur cette enveloppe l’humidité continue (.grenouille des débardeurs, rossignol des mégissiers) ; parfois concurremment avec la chaleur et les acides organiques (lactique, butyrique) mêlés à l’eau (eczéma des lileurs et varouleurs de lin, de Leloir; mal devers ou mal de bassine des dévideuses de cocons). Ou bien, c’est le con- tact des choses salées, sucrées, avec pas mal de négligence, qui amène sur les mains une éruption multiforme (la gale des épiciers). Ou, enfin, le corps manié a des propriétés spécialement offensives pour la peau, comme les préparations arsenicales (psoriasis arsenical, ulcères, etc.), pour les os (nécrose phosphorée). Les substances objets du travail. — Le plomb, le mercure, Varsenic, le phosphore blanc, le sulfure de carbone, sont « les grands poisons industriels ». Malgré les précautions les plus rationnelles, le maniement de ces substances est toujours plein de dangers. Le plomb est à la tête de ces substances à cause de sa grande toxicité, de son emploi excessivement répandu et, sou- vent, de l’ignorance dans laquelle se trouvent les ouvriers de sa présence et de sa nocuité. Professions exposées à l'intoxication saturnine. — Layet en a réuni quatre-vingl- huit auxquelles chaque jour ajoute une nouvelle variété, comme les fabricants d’ins- truments de musique en cuivre (Napias), les ouvrières en cartonnage (Du^uet) et généralement celles qui manient le papier coloré en rouge orangé, c’est-à-dire au minium. Voici les principales. Affineurs de métaux. Ajusteurs. Apprôteurs d’appareils à gaz. Artistes peintres. Blanchisseuses. Boulangers (1). Bronzeurs. Brossiers. Broyeurs de couleurs. Ceinturonniers. Chauffeurs (mécaniciens). Dentellières. Dessinateurs en broderies. Doreurs sur bois. — sur laque. Emailleurs. Empaqueteuses (feuilles d'é- tain). Essayeurs à la Monnaie. Etameurs. Fabricants d’allumettes chi- miques. — de capotes de voitures. — de céruse. — de cuir vernis. — d’cmaux. d’étiquettes vitrifiées. Fabricants de toiles cirées. — de gants. — do braise chimique. — de capsules pour bou- teilles. — de cartes glacées. — de chromate de plomb. — de crayons colorés. — de mèches à briquet. — de tôle émaillée. — d’oxychlorure de plomb. — de minium. — de litharge. — de papiers peints. — d’acétate de plomb. — de plomb de chasse. — de potée d’étain. — de tuyaux d’orgues. — de verre mousseline. Faïenciers. Ferblantiers-plombiers. Fleuristes. Fondeurs de caractères. — de plomb. — de laiton. Imprimeurs. Lamineurs en plomb. Lapidaires. Orfèvres-bijoutiers. Ouvriers du capsulage des bou- teilles. — du ficelage des bou- teilles de vin de Cham- pagne. Ouvriers des mines de plomb. — des manufactures de glaces. Parfumeurs. Pharmaciens. Peintres en bâtiments. — en voitures. Plombeurs de wagons. Polisseurs de camées. Potiers d’étain. Potiers porcelainiers. Serruriers. Tailleurs de cristal. — de limes. Teinturiers et indienneurs. Tisserands, tisseuses. Tuiliers. Verriers. Vitriers; Il convient d’en rapprocher les matières fulminantes, détonantes, aujour- d’hui si fréquemment employées, sans parler de la fabrication des car- touches et des obus (dynamite, artifices, amorces pour fusils d’enfants) et les matières facilement inflammables (essences et huiles minérales). lie mouvement professionnel. — Tout artisan est astreint à la répétition outrée d’un nombre limité de mouvements, d’une variété uniforme d’atti- tudes, de contacts déterminés avec l’instrument ou l’objet du travail; il en résulte de l'inégalité de développement dans les membres, des inflexions, des déviations du rachis ou même des extrémités, des callosités, des bourses sé- reuses et Ykygroma sur les points du tégument où la compression et les chocs professionnels convergent régulièrement (tourneurs, cordonniers, tailleurs, aiguiseurs, cloutiers, tonneliers, tisserands, etc.). (1) Par l’usage du vieux bois pour chauffer le four, — et tout le monde par 1 usage du pain cuit dans ces conditions, — ou encore d’un pain fait d’uno farine qui a passé sur des meules dont les éraillures ont été bouchées au plomb fondu. Les souffleurs de verre finissent par avoir une dilatation du canal de Sténon; les compositeurs, les pianistes, les photographes (Napias), de même que les écrivains qui ont donné son nom à la maladie, sont sujets à un spasme des doigts dit crampe des écrivains ; les facteurs ruraux, les briquetiers, éprouvent une inflammation chronique des gaines tendineuses et le glissement des tendons s’y traduit par Yaï douloureux. Dans presque toutes les professions, la main des ouvriers se déforme, l’aponévrose pal- maire se rétracte et, sans parler de la coloration des doigts des teinturiers, il y a une main professionnelle, que les médecins légistes utilisent dans les questions d’identité. Aujourd’hui que l’industrie vit de la division du travail, la monotonie et l’uniformité du mouvement qui accentuent ces déformations se rencontrent plus que jamais. La continuité du mouvement est responsable de l’épuisement nerveux des ouvrières à la machine à coudre (A. Girardin). Les accidents de l’industrie. — Ce sont : 1° les accidents de machines; broiements dans les engrenages, arrachements par les courroies de trans- mission on l’arbre de mouvement, plaies par les peignes de filature, les scies mécaniques, etc. Ces accidents sont souvent dus à l’imprudence ou à l’indocilité des ouvriers. D’après une statistique relative à l’industrie textile, que Duchesne emprunte à un fllateur de Lille, les accidents arrivés à Mulhouse, de 1880 à 1881, auraient été au nombre de 44, dont 18 « en dérogeant aux règles de prévoyance », et 12 « par maladresse ou im- prudence ». 2° Les accidents par explosion de chaudière. — Ils sont dus à la mauvaise construction des chaudières, aux inscrustations des parois par les eaux calcaires, à la négligence du chauffeur qui n’a pas maintenu le niveau de l’eau, à l’imprudence du propriétaire qui, parfois, pour obtenir plus de travail, charge d’un poids la soupape de sûreté et porte la tension de la vapeur à un degré pour lequel la chaudière n’a pas été construite. Ce pro- cédé est assez commun de la part des cultivateurs, propriétaires d’une ma- chine locomobile. 3° Les coups de grisou. — Le grisou est un mélange gazeux dans lequel prédomine l’hydrogène protocarboné (gaz des marais), dans la proportion de 93 p. 100. Il préexiste dans les pores des massifs de houille, en plus ou moins grande abondance, et est mis en liberté par l’exploitation même des mines de charbon. Il gagne la voûte des galeries, en vertu de sa légèreté spécifique, mais se diffuse également dans leur atmosphère. Très inflam- mable, il détonne avec violence quand sa proportion dans l’air atteint 12 à 14 p. 100. Il prend feu à l’occasion des coups de mine, des étincelles provoquées par le choc du pic du mineur, d’accidents arrivés aux lampes de sûreté. L’explosion est singulièrement favorisée par la présence et par le soulèvement des pulvérins, sous l’influence des coups de mine. Les ou- vriers sont brûlés, asphyxiés, projetés contre les parois des galeries, écrasés par les éboulements. C’est par groupes que se produisent les vic- times, quelquefois par centaines. Un peut rapprocher des coups de grisou, les é/joulemenls de provenance quelconque, qui arrivent dans les mines, les carrières. 4° Les incendies. Ils se piésentent assez fréquemment dans toutes les usines, mais plus dans celles qui emploient les huiles minérales, l’alcool, les matières textiles, la pyroxyline (celluloïd). Indépendamment du désas- tre matériel, chaque incendie est une cause de blessures, de frayeurs, d’as- phyxies, dont quelques-unes mortelles, d’écrasements et de précipitations. En effet, là où il y a des femmes, l’affollement en présence du feu est tel, que beaucoup se réfugient sur les toits et s’élancent sur le pavé, ainsi qu’il est arrivé dans l’incendie de l’usine Dillie, à Roubaix, en novem- bre 1883 (onze filles ou femmes tuées). Protection contre les accidents île l’industrie. — 1° Contre les contacts, on a pour défense les enduits (corps gras), les gants conseillés, à Lille, aux ouvriers cérusiers ; garantie médiocre, parce qu’elle gêne les ouvriers, qui s’en débarrassent. 2° Contre les substances toxiques, on a les mêmes moyens, et la propreté, c’est-à-dire le lavage exact des parties qui ont entraîné quelque chose du corps vénéneux. L’idéal serait l’abandon de la matière nuisible: la substi- tution du blanc de zinc au blanc de plomb, des soudures à l’étain aux sou- dures plombifères ; de la mélasse au mercure dans le secrétage des peaux destinées à faire les chapeaux de feutre ; du phosphore rouge au phosphore blanc dans la fabrication des allumettes ; des couleurs végétales ou des cou- leurs d’aniline pures aux couleurs arsenicales ou plombiques dans la vaste préparation des papiers peints, des étoffes, etc. L’industrie tente ces substi- tutions et y réussit en ce qui concerne les allumettes. Elle pourrait avoir le même succès dans la préparation des couleurs. Quant au blanc de plomb, la peinture en bâtiments prétend qu’il couvre mieux que le blanc de zinc ; mais elle n’a aucune raison d’exiger la céruse autrement qu’à l’huile, et il convient que l’État, que les Compagnies de chemin de fer, commencent par imposer à leurs entrepreneurs (marine, guerre, etc.) l’emploi exclusif de cette forme du blanc, ainsi que le Conseil d’hygiène de la Seine en a émis le vœu. 3° La substitution de la machine à la main de l’homme diminue beau- coup les déformations professionnelles. Ainsi, la substitution du soufflage du verre par l'air comprimé (le « père » Robinet de Baccarat, en 1824; Bon- temps, maître verrier, en 1833; les frères Appert, à Clichy, en 1879), à la bouche de l’ouvrier appliquée sur la canne, supprime la dilatation du canal de Sténon, les gerçures des lèvres, la syphilis des verriers, la congestion pulmonaire et les affections cardiaques de ces travailleurs si dignes d’intérêt. 4° Les règlements intérieurs, la surveillance, la largeur des passages et surtout l'enveloppement des mécanismes dangereux, qui se pratique dans tous les établissements bien tenus, sont une garantie contre les accidents dus aux courroies, aux volants, aux engrenages. La figure 260 représente un enveloppement de ce genre, à l’imprimerie Chaix. D’autre part, on doit avoir des moyens d’arrêter instantanément, non la machine à vapeur, mais spéciale. PROTECTION CONTRE LES ACCIDENTS DE L’INDUSTRIE. l’appareil particulier qui serait le siège d’un accident (désembrayage). D ail- leurs, l’article 1-4 de la loi du 19 mai 1874 rend obligatoires, dans les usines, les mesures propres à séparer les ouvriers des appareils dangereux, « de telle manière que l’approche n’en soit possible que pour les besoins du ser- Fig. 260. — Enveloppement d'appareils (Imprimerie Cliaix) /). vice ». Malheureusement, cette disposition ne tombe que sur les usines où il y a des enfants. o° Contre les explosions de chaudières, les plaques en métal fusible, les soupapes de sûreté, les indicateurs de niveau, le flotteur à sifflet ou muni d’une aiguille mobile sur un cadran, sont des préservatifs excellents, ù condition que le chauffeur ne néglige pas de voir et d’entendre. On emploiera de l’eau qui ne soit pas très calcaire, afin d’éviter les incrustations. Dans le département du Nord, il y a une Association des propriétaires de machines à vapeur avec un ingénieur à son service; en s’évitant des pertes maté- rielles, les membres de cette Société épargnent aussi des existences. La surveillance de la mise en service des appareils à vapeur est réglée par le décret du 1er mai 1880. 6° Le grisou n’existe pas dans toutes les mines. Le meilleur préservatif des malheurs qu’il produit, c’est la ventilation des galeries et culs-de-sac. Puis l’usage d’une bonne lampe de sûreté, qui est à la fois une protection et un avertisseur; enfin, les avertisseurs proprement dit (Ansell) et les grisou- wiëO’es (Coquillion). Les lampes deMueseler, (fig. 261), de Combes, ou toute autre qui soit un perfectionnement de la lampe do Davy (fig. 262), sont actuellement employées. 7° Les explosifs et les huiles de pétrole, de schiste, ou essences, sont l’objet d’une réglementation spéciale. La loi du 8 mars 1875 et le décret du 24 août de la môme année ont trait à la dynamite, mais ont eu surtout pour but le monopole de l’État et (*) L, tambour do recouvrement do la courroie et de la poulie commandée. — K, gardc-fou placé eu avant du volant. — B, frein de calage du yolant. les intérêts du fisc. Le monopole n’a pu être respecté, puisque l’Adminis- tration admet aujourd’hui, non seulement la dynamite de l’industrie privée, mais même la dynamite de provenance étrangère. En revanche, les exigen- ces fiscales poussent à la fraude, c’est-à-dire à faire circuler sous un faux nom des substances effroyablement dangereuses. C’est ainsi qu’en 1877 le fort Larmont sauta à l’occasion de la mise en sac d’une sorte de dynamite venue de Suisse sous le nom de matazietle. Cinq ouvriers furent tués. Le 14 mai 1878, une partie de la rue Béranger, à Paris, fut détruite, quinze Fig. 2G1. — Lampe Mueseler [coupe). Fig. 262. — Lampe portative de sûreté, système réglementaire (*). personnes furent tuées, seize blessées, par l’explosion d’un magasin d’amorces pour jouets d’enfants. La ville du Havre faillit sauter, dans la nuit du 23 au 24 juillet 1886, par l’explosion d’un navire chargé de poudre et de dynamite. C’est donc, comme l’a fait ressortir L. Faucher, que la réglemen- tation actuelle de l’industrie des explosifs est insuffisante. Or, il existe un règlement préparé en 1882, qu’il n’y a qu’à promulguer. Le décret du 19 mai 1873 règle les conditions de fabrication, d’entrepôt et de vente des huiles inflammables. Bien que ces dispositions, comme d’ailleurs les précédentes relatives à la dynamite, visent simplement la sécurité du voisinage, elles ne profitent pas moins dans de larges limites (*) A, anueau-anse. —S, socle réservoir d'huilo à poste fixe. — R, rondelle en matière souple, cuir, caout- chouc. — T, tubes saillants pour le trop-plein du joint à l’huile ou étoile. 12i7 spéciale.] L'OUVRIER. — AGE. — SEXE. aux ouvriers, aux vendeurs et aux consommateurs, puisqu’elles ont tout d’abord pour but d’empêcher que ces substances ne prennent feu. C’est ce décret qui fait une première catégorie, essence inflammable, des liquides qui émettent, à une température inférieure à 35°, des vapeurs susceptibles de prendre feu au contact d’une allumette enflammée; une deuxième des autres, qui gardent le nom d'huile minérale. Pour le reste, on prévient les incendies par la surveillance et par l’amé- nagement des moyens de les éteindre dès le commencement; sonnettes électriques d’alarme, seaux toujours remplis d’eau, placés dans les ateliers, bouches d’incendie nombreuses à tous les étages. Il existe un « extincteur Grimmell » américain, qui obture une bouche d’eau (au plafond ou sur un mur latéral), au moyen d’une plaque d’un alliage fusible à 70° (Biaise), et a déjà rendu des services. Il serait plus prudent de remplacer la plaque par un ressort commandant l’arrivée de l’eau et maintenu par une corde (Livache); l’incendie brûle la corde et détermine lui-même la projection de l’eau. En dehors de ces dispositions qui protègent l’immeuble, il importe de multiplier les issues abordables et faciles à trouver, les escaliers mobiles, les cordages, les passerelles. Les escaliers intérieurs, dans les ateliers à plusieurs étages superposés, ne sont rien moins que sûrs; ce sont des che- minées d’appel dans lesquelles se précipitent les flammes et la fumée. L’imprimerie Ghaix, à Paris, est remarquablement pourvue en prévision des incendies. Les usines de Lille le sont généralement moins. (Voir tableaux suivants). 2° L’ouvrier. — Conditions physiques et morales. Les chances sanitaires des ouvriers de l’industrie dépendent de l’âge, du sexe, de la constitution, de l’état moral des individus, de la durée du tra- vail, indépendamment de ce qui vient d’être dit du milieu et de la nature des industries. 11 y a un point d’intensité et de continuité dans le travail industriel dont l’homme n’est pas capable avant un certain âge, sous peine de subir une ■pémaluration physique, non moins grave que la prématuration intellec- tuelle. Age. — Plus l’ouvrier est jeune, plus il a de chances d’abréger sa vie par le travail dans les poussières ou vapeurs toxiques, dans le méphitisme des ateliers. Ajoutons qu’il est plus imprudent et moins attentif vis-à-vis des machines et, d’ailleurs, que les influences antisanitaires sont plus graves dans la jeunesse, puisqu’elles contiennent la menace d’un arrêt de déve- loppement. Sexe. — La jeune fille est encore plus compromise que les garçons par le travail aux ateliers; d’abord, parce qu’elle est naturellement plus déli- cate; puis, parce qu’elle subit l’évolution sexuelle, qu’elle est atteinte cinq ou six jours par mois de l’indisposition cataméniale, et que le développe- ment de son appareil génital est particulièrement complexe et important. Db la. régularité do cc développement, néanmoins, dépendront ses apti- tudes physiques à. otie mèie. liai outre de ses attributs généraux, la femme Tableau des principales relations étiologiques observées dans le groupe industriel. I. — LÉSIONS EXTERNES. NATURE DE L'AGENT. Machines.. Explosions de chau- dières NATURE DU TRAVAIL. Arbres, volants, en- \ grenages j Éboulements Chemins de fer. Chauffeurs Toute l’industrie en grand ; prin- cipalement l’indusirie des tex- tiles Mineurs, houilleurs, carriers FORMES PATHOLOGIQUES. . | Employés, voyageurs. Ruptures de câbles, de balanciers., Eau et humidité 1 Contacts irritants, poussières ou vapeurs agissant extérieure-' ment Couleurs arsenicales et autres Mines. Ravageurs, débardeurs, mineurs. Mégissiers.. Blanchisseurs et blanchisseuses.. Boulangers, épiciers Ouvriers en lame, crin, peaux.... Ouvrières en cocons (soie) Cuisiniers, pâtissiers Ébénistes, graveurs, maçons Meulicrs, caillouteurs, nacriers... Brûlures, blessures. Broiement, arrachement, scalp. Ecrasement, fractures. Tamponnement , écrasement chutes. Ecrasement, submersion, préci- pitation. La grenouille, éruptions, ulcères. Choléra des doigts. Bossignot. Excoriations, gerçures. Psoriasis, gule des épiciers. Ecihyma, furoncles, dermite. Mal de ver, mal de bassine. Eczéma des mains et avant-bras. id. ‘ • id. Gerçures aux mains. Conjcf>\cti- vite. Préparateurs de vert arsenical, i teinturiers, apprè-• peintres , teurs . I Benzine, aniline 1 Fabricants de couleurs d’aniline.. j Chromate et bichromate de po-j tasse I I Préparateurs. Moisissures des roseaux par Sulfate de quinine (absorption.) Solanées, Euphorbes... ; \ 1 Air chaud. Matières en fusion.. Intensité lumineuse Attitudes forcées. Pression des instruments. Répétition du mou- vement Cannisiers Ouvriers qui préparent le sulfate -de quinine - .. Droguistes Forgerons, verriers, fondeurs,( chauffeurs, cuisiniers, mineurs,-/ hauts-fourneaux, puddleui s, etc. ‘ Verriers, fondeurs, maréchaux... Les memes. I Travail sur de petits objets. Mineurs, hcrcheurs, briquetiers,! facteurs ruraui, cordonniers,! marbriers, tailleurs, pianistes,) écrivains, etc j Horlogers, bijoutiers, graveurs,! armuriers, etc • Vésicules, pustules, ulcères. Éruptions sur les mains et avant- bras. Ulcérations. Perforation de la cloison du nez. Pustules, gonflement, ulcères (face, scrotum); . 6 Eruption vêsiculeuse, croûtes,etc, id. id.^ Erythème des parties découvertes. Brûlures ; soeurs profuses ; troubles visuels ; cataracte. Brûlures. Troubles de ta vision. Déformations, déviations, cal- losités, düri'lons, rétraction palmaire, ai, crampe profes- sionnelle,paralysie. Myopie, asthénopie profession- nelle. U. — LÉSIONS INTERNES. NATURE DE L’AGENT. nature du travail. Air confiné, air miasmatique. Variations de pression ( Mines, tunnlls; la plupart dos ‘ / ateliers I FORMES PATHOLOGIQUES. Aéronaules. tubes.... Anémie, scrofule, phthisie, con- tagions. i , . Ouvriers dans lest Asphyxie. — Puces, congestions. { Paralysies., Chauffeurs, mineurs, etc. Calorique , I f Séchoirs, garage du coton j repas- Sueurs, vertiges, syncopes, ané- ' * mie. Insolation (au soleil ou à l'om- bre). Gaz irrespirables, CO®, C2HL Az. Gaz toxiques, CO, SH, AzII3 seuses . Mineurs, puisatiers, égoutiers.. .\ Les mêmes et ouvriers du gaz d’éclairage Asphyxie, rapide ou lente. Empoisonnements, mite, plomb, anémie. Vapeurs toxiques. Fabrication et emploi du méthy-( Céphalalgie, anorexie, conjoncti- lène....- 1 vite. „ , ... j Vertiges, convulsions, anesthésie, Benzine, mtro-benzine, aniline j anémie Fabrication du caoutchouc vulca-j Vertiges, anesthésie, anorexie, nisé (sulfure de carbone) I paraplégie. Fabricants d’allumettes phospho- \ Phosphorisme : dyspepsie, ictère, rées ( nécrose maxillaire. Mineurs d'arsenic \ Arsenicisme : troubles digestifs et j nerveux: Mineurs de mercure, chapeliers, j Hydrargyrisme : stomatite, trem- doreurs, étameurs de glace,... ( blement,paralysie. ' végétales. Fabriques d’allumettes en bois... | Bronchite, catarrhe, emphysème. Filature de coton, de lin et de) Bronchorrhée professionnelle , chanvre ) byssinosis (?). Manufactures de tabac | Tabacosis, nicotinisme. SciUurs de bois, tourneurs, etc.,/ n ,, , ,,, . . fariniers, féculiers, boulangers.) ^roncJlltei emphysème, phthisie. Charbonniers, ramoneurs, mou-j Anthracosis. Phthisie charbon- ....... ) neuse. leurs. animales. Poussières,... / i Cardeuis, peigneurs et tisseurs de i ) laine. Ouvriers en crin et bros- 1 siers, chapeliers, foureurs, plu- ( massiers I j Carriers, tailleurs de pierre, etc.. Bronchite, emphysème. Chalicosis; phthisie des carriers. Verreries; maçons, briquetiers,) porcelainiers, fabriques de bleu) Bronchite, pneumonie. d’outremer, ; 1. Aigiiiseürs, aiguilleurs, fabricant/ d'armes blanches, couteliers,} Chalicosis et S iderosis. etc............ | minérales. Cérusiers, minium, peintres, pa-* piers peints, cartes dp visite,' fleuriste?, dentellières, impri- meurs,’etc . Fondeurs, tourneurs en cuivre , chaudronniers I Blanc de zinc,'QIs galvanisés. Verts arsenicaux..».. Putridité. ! Rouissage. Équarrisseurs, vidan-1 ... ecurs, égouttiers , fossoyeurs,' Diarrhée. Qontagions. As- boyaudiers, etc. ): pnyxie. Saturnisme. Colique de cuivre (?). Zincisme (?). Arsenicisme. Arnould, Hygièue. 2° édit. '79 II. — MORBIDITE ET MORTALITE MOYENNE DES PRINCIPALES PROFESSIONS A POUSSIÈRES (d’après L. Ilirt). PROFESSIONS. TOTAL DES MALADES. GENRE DE MALADIE (P- 100) MORTALITÉ p. iOO U Y Y. M O 2 r j ans. Phthisie. Calarrhe bronchique chronique. Emphysème. ■ 6 c O a 3 O a C* Total -, i des maladies de poitrine. 1 Maladies aiguës. Maladies chroniques | du bas-venire. % tn a *■ S 3 S U 3 8 0 3 ■C •tfï *3 ai ai S rapportée aux malades, j cj ci U c •c. fcx> Polisseurs d’agate » ». )) n » n 1) » î) n 1-0 45 à 48 Cardeurs 210 19,0 6,7 2,4 •7,3 35,G 20,8 23,0 12,9 1.7 15;6 ?, ? Journaliers 4088 15,1 11,0 10,7 7,6 44,4 27.2 13,5 9,3 3,6 18,5 8,36 52,4 Boulangers 820 7,0 10,9 1,9 8,5 28,3 32,9 21,7 11,9 5,2 8,4 1,8 » Ouvriers du coton. » 10,0 II » » » n n » » n 47 à 50 Brossiers 171 49,1 28.0 V 7,0 84,1 12,2 3,7 >* 13,9 1,0 Ouv. en ciment.. )) 8 a 10 15 à 17 9 4,0 27 à 31 )) 1) ' 11 - n » 50,0 Confiseurs 180 11,6 8,0 3,3 8,0 30,9 35,0 18,0 16,1 b 15.0 )» 57,4 Tail. de diamant » 9,0 » 40,0 » 49,0 )) )» U » 1) » 35,5 Tourneurs....... 160 16.2 9,3 1,8 5,6 32,9 30,6 24,3 9,3 2,0 16,8 1,55 57,4 Imprimeurs 134 21,6 15,6 .2,S> 5,2 45,3 29,8 14,1 7,8 •3,0 12,2 >* 54,3 Teinturiers 32 25,0' 9,3 )> 6,2 40,5 21,8 to,6 12,8 9,3 (?) 12,5 2,5 63,7 Fabric. de limes.. 29 62,2 "17,4 » 12,2 91,8 17,6 1?) (?) (?) ' 31,5 4,7 54,0 Mouleurs » » 69,0 17,3 » 86,3 . » ». » » H » . . Ebarbeurs 38. 36,9 39,4 » 10,5 86,8 • 7,9 5,3 » » ■ (?) (?) Coilleurs 28" 32,1 17,8 3,4 10,7 64,0 21,4 14,6 1) » 2,4 57,9 I Fond, en cuivre.. 32 31,2 9,3 )) 15,9 56,4 18,0 12,5 12,5 n )> 1..6 60,4 Vitriers. 114 17,8 19,3 1,8 -3,6 42,5 28,0 14,9 10,5 4.1 13.3 2,1 57,3 Polisseurs de verre 1> 3o,0 25,0 3,0 7,0 70,0 J» 1) 1» 1) U 42,5 Graveurs 19 26,3 15,7 5 ."2 10,5 57,7 15,7 15,7 10,9 1) » D 54,6 Passomentio s 41 1 fP,7 12,2 v ■» 9,5 •41,4 24,4 22,0 12,2 O 10,0 » )> Chapeliers 4o 15,5 6,7 4,7 5,6 32,5 33,3 28,7 5,5 » 11.1 2,4 51,6 Ferblantiers 141 14,1 18,4 1,5 4,9 38,9 33,3 13,4 10,0 4,4 9,0 2,8 47,7 Charbonniers 49 2,0 22,4 8,1 (?) 14,4 46,9 31,3 12,7 7,9 1,2 7,0 l ,0 55,1 Houilleurs 39S79 0,8 16,4 0,9 ’ 4,7' 22,S ' ». 13,8 1) » » 1,9 » Pelletiers 112 23,2 1Q,7 ■ 2,7 . 8,1 44,7 23,3 16,9 12,6 0 5 12,0 2,4 50,5 j Chaudronniers... 53 9,4 17,0 3,7 3,7 33,8 39,6 15,0 11,6 » 9,0 1,9 ' 48,6 | Vernisseurs .'.... 68 25,0 . 4,4 7,3 (?) 36,7 17,6 35,2 5,4 5,1 14,9 4,9 45,0 ! Lithographes. . .■ 1 30- 48,5 13.5 3,0 5,4 75,4 16,2 U 8,4 IL (?) 0,87 B Peintres 106 24,5 20,7 • 2,S 2,8 50,8 18,8 15,0 10,5 4,9 17,'9 1,56 ■57,5 Maçons 1038 12,9 •10,4 G,o 4,4 34,2 32,8 11.8 iy,7 1,5 lt,0 1,59 55,6 Fabr. do laiton.. )) »' » »■ » » )> >1 V » » ' 1,7 52,2 Out.do pierres meulières » 40,0 » » » » » )> » » . U » • Meuniers 256 10,9 . 9.3 1,5 20,3 42,0 1S.7 20,7 15,0 3,4 13,2 1,73 45,1 Kmpointeurs d’aiguilles. » 69,6 T» » D » B « » 1) » » 50,0 Fabr. d'épingles. 81» 12,5 15,0 > 5,0 10,0 42,5 22,5 27,4 7,0 U 21,2 L » Papetiers » 0 » » ' » » 0 O V » B 1,2S 37,6 1 Porcelainiers U 16,0 15,0 4,0 5,0 40,0 25,0 25,0 9,U 1,0 » 1) 42,5 Ouvriers en grès. )) » t) B » )) )) » » B II B 45.0 Selliers. 234 12,8 7,5 2,5 5,0 27,8 40,1 22,6 7,6 1,9 15.4 2,39 53,5 Aiguiseurs ‘47 40,4 17,0 U 2,1 59,5 17.0 23.5 B » 26,1 » . . V Serruriers 596 11,5 9,2 2,6 ■5,8 29,1 38,2 19,4 10,3 3.0 15,0 i.;3 .49,1 Forgerons 376 10.7 9,8 0,5 6,6 27,6 37,5 24 2 9,S 0,9 10,5 1,85" 55,1 Ramoneurs 76 6,5 22 2 2,6 10,5 41,8- 39,4 5,3 13,5 IV 9,0 2,29 45,3 Fondeurs do caractères. 23 34,9 4,4 » 17,6 56,9 22,0 13.2 7,9 » B 9 ‘ n .Cordonniers.... 1770 18,7 11,2 5,8 ' 4,3 40,0 U » U » 10,0 >» 9 Cordiers ... 111 18,9 12,6 5,4 5,4 42.3 .36,0 16,3 5.4 1 » 9,0 4.81 42 à 45 Fabr. de tamis... 19 42,1 10,5- » 15,7 68,3 26,3 5,4 D » » B Tail. de pierres.. 162 36,4 8,0 8,7 8,7 61,8 19,8 5,6 12,8 P 21,5 2,S 36,3 Charrons 151 12,5 9,2 1,3 5,2 ' 28,2 42,6 18,7 9,2 1.3 H,2 » D Fabric. de tabac.. 114 36,9 16,0 4,3 2,9 60.7 1S.6 12.9 6,3 1,5 20,4 4f3I 58,3 Tapissiers 77 25,9 11,7 2,5 10,3 50,4 24,9 20,7 4,0 B 14.3 2.39 • Ebénistes 1214 14,6 10,1 3,9 6,0 34,6 .74,0 18,4 10.1 2,9 11,8 1,89 49,S Potiers 170 14.7 14,7 2,9 5,3 37,6 31,7 20,0 10,U 0,7 12,2 1.85 53,1 Drapiers » 7 à 10 6 à 8 2 à 4 3,0 18 à 22 » D U H B 1 a 4.5 57,5 à 59 Horlogers 82 36,5 19.4 2,4 4,8 63,1 1Ç> 0 14,6 7,7 2,4 22.2 2,78 55,9 Tisserands 59 25,0 30,7 13,2 11,1 70,0 18,0 12,0 n 1,36 51,9 Couteliers et cloutiors. 279 12,2 12,2 1.3,7 3,2 31,3 33,3 27,1 6,3 2,0 9,2 2,32 (?) IV. — MORBIDITÉ ET MORTALITÉ DES PROFESSIONS QUI EMPLOIENT DES MATIÈRES TOXIQUES. NATURE DU TRAVAIL. Fabriques d'aniline. .... Mines d'arsenic Fabriques de bleu Plomb (mines).. — Plomb (fourneaux) ...... Blanc de plomb Acétate de plomb Fleurs artificielles. Lames de cuivre Phosphore (fabriques de). Mercure (mines) Mercure (fourneaux).- Vert de Schweinfurt Mines d’argent Allumettes chimiques... Imprimerie Couleurs (fabriques). .. . Verrerie Chapellerie Fonderip de caractères.. Étamcurs de glaces, hom. — — fem.. Fabriques cfe tabac Poterie Doreurs Blanc de fine.. Fcr-blane MORBIDITÉ POCR 100 MALADES Dp TOUTE CAUSE (INTERNE). mobtalité p. 100 là — t/i K O tn CJ CO QJ TJ u u- .2* TJ fl *rt S Phthisie. he bronch hronique. mphysème. .2 ’5. O e 3 CJ a des mali e poitrine B 22 S.s c O 3 ■ïï-c 2 = C - 2 e - CJ w K «/» tn A CJ SJ E X 3 U O eu générale. w > ù " W c* — *3 ri S _crt -O CL fl O W CS ans. CJ H fl 14,0 • » n ars. 60 i anil 45 n » i> 11,0 p J* B „ 20 n» u 1,6 ‘7,0 6,0 » B l> )) 12,5 » n 1,2 48,7 I2,0(?) !S.0(?' 6,5 » n B O 6,0 » » 1 8 41,0 B 5,5 u 2,5 >1 >» 32.0 08.0 »i B I) ' I» » 15,0 II t) E t) 21,0 )) )> 1,5 45 36,0 » n 1) » 15,0 u I) I) 40,0 U » » U n 1* i) » 0 60,5 25 à 30 22 à 25 6 à 8 » » 2 à 3 l) U 1,5 1,‘44 » 15,0 20,0 • 3,5 » 3 à 4 » 0 52,0 25,0(?) )* U M „ 12.0 35 »> 0,59(?) 44,0 25,0 a 1) )) » 20,0 )) » » B 30 (?) B l* » H 58,0 91 » 3,06 42.5 25 à 30 35,0 n n n » 40,0 12,2 .1,2 1) 21,6 15,6 • 2,9 5,2 45,3 15,0 n 1* n 54,3 25,0 9,3 » 6,2 40,5 20,0 15,6 13,3 2.51 63,7 17,8 15,6 19,3 1,8 3,6 42,5 10,0 14,9 9) 2,08 57.3 6,7 4,7 5,6 32,5 7,5 n II 2,39 51,6 34,9 4,4 D 17,6 50,9 35,0 » 1) |I » 25,0 D *» n II )) 65,0 » 2 8 48,6 40,0 » >> » )» II 80,0 1) 5.0 36,2 36,9 16,6 4,3 2,9 60,7 lioni. 1*5,0 fem. 45,0 D 20,4 1,31 58,3 14,7 14,7 2,9 5,3 37,6 25,0 20,0 12,2 1,85 53,1 10,0 10,0 B n I» >1 » » » 53,8 6,0 12,0 1,0 6,0 25,0 » » II » B D B D n » ipb. 25 |ars. 10 1 ! ■ i 1) i '> » V. — INFLUENCE DU SEXE ET DE L’AGE SUR LES BLESSURES. POUR O O 'O NATURE et SIÈGE DES BLESSURES. ' BL ESSES BN GÉNÉRAL. . BLESSÉS DE MACHINES. BLESSÉS AUTREMENT Hommes. 1 Femmes. tn CI 3 TJ tn c CJ fc/j l/> CJ c 3 C —l tn 3 £ C „ ÜJ o n Cl o i O O. O O. Hommes. ’ Femmes. tn CJ 6 TJ < | Jeunes gens. Enfants. ' là rj ■41 a ci D 1. O Hommes. Femmes. Adultes. Jeunes gens. tn C c W 1 » II 2 "'extrémités sup. gauches.. VI. Blessures des extrémi- 700 300 4,7 433 120 54 529 471 370 512 118 61 II » II H » 7 tés inférieures 958 42 J. faite a traverser les phases critiques de la grossesse, de l’accouchement, de la lactation ; voilà bien des circonstances où l’on ne saurait voir sans de vives inquiétudes son séjour dans le milieu anormal et dangereux de l’atelier. Ce milieu est tel parfois qu’il compromet non seulement la femme enceinte, mais aussi le fruit de la conception (;manufactures de tabac, industries du plomb). Constitution. — Un homme de constitution moyenne peut fournir en 10 heures environ 385,000 unités de travail; mais il est peu de métier qui demande à l’homme toute sa force disponible. La machine fait le gros œuvre presque partout, sauf dans les travaux de mine et de terrassement, et encore. Il en résulte que nombre d’individus relativement frêles peu- vent aborder ces ateliers de filature et autres, où il faut plus d’attention et de dextérité que de force, et où le travail, en tant qu’exercice, ne sert même pas à exciter le développement musculaire, comme le font les occupations agricoles. Néanmoins, il n’est pas dit pour cela que ces poi- trines étroites soient aussi résistantes que de larges poumons à l’action des poussières, ni que le système nerveux de ces individus chétifs ne soit pas particulièrement sensible à l’influence des vapeurs toxiques. État moral. — Sauf un petit nombre d’industries qui réclament des ouvriers presque lettrés (typographes), et de rares ateliers dont les chefs reprennent l’instruction du personnel et soutiennent leur conduite, les travailleurs de vastes chantiers sont ignorants et d’une éducation nulle, sinon mauvaise. Il est facile de comprendre le lien de cet état intellectuel avec la nullité des précautions d’hygiène générale ou particulière que l’on rencontre si fréquemment chez eux. Cette lacune grave est plus sensible encore au dehors qu’à l’atelier, où quelques mesures réglementaires obli- gent le personnel. Rendu à lui-même, l’ouvrier est malpropre sur sa per- sonne et dans son logement; il ne sait ni s'alimenter convenablement, ni réaliser quelques économies; un grand nombre se livrent à des excès alcoo- liques, intermittents mais réguliers (le dimanche et le lundi); une haute et précoce dépravation se développe dans les ateliers de femmes. Nous n’a- vons pas à prendre ici le rôle de moraliste; sans excuser l’inconduite des travailleurs de l’un ou de l’autre sexe, nous pourrions trouver à l’expli- quer. Mais, en restant sur le terrain de l’hygiène, il est par trop clair que les habitudes de débauche désarment l’homme et la femme vis-à-vis des influences physiques redoutables qui les attendent, plus ou moins intenses, dans l’atelier. lôurée «le travail. — L’homme ne peut rester actif que pendant un 1 temps limité, surtout si son activité ne change pas d’objet. La limite se rapproche, quand il s’agit de jeunes gens. Indépendamment du sommeil nécessaire, des pauses sont indispensables pour les repas et, d’ailleurs, pour rompre la continuité du labeur. Il y a là une grave question, que nous nous efforcerons de traiter au seul point de vue de l’hygiène. Dans beaucoup d’usines de France et de quelques autres pays, sous prétexte que l’entrée d’un ouvrier est un « contrat » librement accepté entre spéciale.| ' DURÉE DU TRAVAIL. le travailleur et le patron, celui-ci est arrivé peu à peu à demander à l’ouvrier, en échange d’un salaire convenu, un nombre d’heures de travail journalier qui dé- passe la tolérance du sens commun. L’ouvrier est, dit-on, toujours libre d’accepter ou de refuser; les vérités Lhéoriques sont fort complaisantes. L’ouvrier accepte donc, et il en résulté une situation qui n’est guère bonne pour personne, mais qui est particulièrement meurtrière pour la population laborieuse. On voit, en eüet, ces malheureux, excédés, circuler encore automatiquement, après douze heures de travail, autour du mécanisme implacable, dont ils continuent à surveiller tant bien que mal le fonctionnement ; mais s’il fallait un effort d’attention ou de vi- gueur, on peut être certain qu’ils en seraient incapables. Enfin, ils rentrent chez eux ; mais, à ce point, on n’a plus de chez soi, on ne voit plus ni femme ni enfants ; il n’y a qu’un endroit où l’individu exténué et affamé vient prendre sa pâture eL un grabat sur lequel il s’étend, n’ayant plus la force de penser ni de sentir. Le lendemain, c’est à recommencer, et si, comme c’est inévitable, le repas et le som- meil n’ont pas équilibré la dépense de la veille, l’homme est de moins en moins capable de fournir un travail aclif, une attention suffisante; il se traînç. La jour- née dure longtemps ; mais quel ouvrier et quelle besogne! Quelle famille aussi et quel foyer! Cependant, les forces et la vitalité sont débordées de plus en plus : c’est comme une dégradation méthodique des individus. On peut en augurer de la valeur des reproducteurs dans celle classe, et des tristes attributs de la génération qui va en sortir. Le malheur veut que les séductions du travail assuré et du salaire en appa- rence rémunérateur précipitent, vers les centres industriels, les ouvriers de la cam- pagne qui se dépeuple au profit des Ailles ; les reproducteurs tarés se multiplient et l’emporteront peut-être quelque jour ; on cherche déjà, dans les villes indus- trielles, parmi la génération qui s’élève, les jeunes gens sur qui le pays puisse compter; d’irréprochables, on n’en trouverait guère. L’inaptitude au service mili- taire dans le département du Nord, selon les divers cantons, se répartit en raison directe de l’extension des grandes industries, comme il résulte des études de Costa. Le « libre contrat », dans ces conditions, perd beaucoup de ses droits à notre res- pect, et nous ne voyons pas bien pourquoi l’Étal, qui est responsable de la sécu- rité publique et de la vitalité nationale, ne fixerait pas les bases de ce contrat, de la même manière qu’il impose aux citoyens l’instruction et le service militaire obli- gatoires (Pierre Legrand). Remarquons qu’en France, où le principe du libre con- trat a rencontré un défenseur de grand talent en la personne de H. Napias, on ne laisse pas que de légiférer beaucoup en cette matière; maladroitement, c’est vrai; mais cela prouve, au moins, que beaucoup d’hommes politiques pensent qu’ils en ont le droit et le devoir. Après tout, les hygiénistes déplorent tous notre faible natalité; or, les ouvriers font certainement beaucoup plus d’enfants que les petits propriétaires ruraux; ne serait-il pas rationnel de leur donner le temps de les élever? Voilà un genre de production qu'il faut aussi protéger. A moins qu'on n’organise la liberté partout ; ce qui serait bon encore. Il y a, assure-t-on, des circonstances dans lesquelles il est nécessaire d’admettre des tolérances à la limitation des heures du travail journalier ; cela se présenterait chez les chauffeurs, les fondeurs, les imprimeurs, les meuniers, les fabricants de projectiles. On a admis des exceptions en 1851, en 1866, et l’on en admet tous les jours. Nous ne pensons pas que l’intran- sigeance soit de mise en hygiène; mais il semble bien que l’on pourrait, plus souvent qu’on ne dit, restreindre ou môme supprimer le travail de nuit. t254 LE GROUPE INDUSTRIEL. ’ |Hygiène Protection légale oes ouvriers. — En fait, il y a des lois. Comme le fait remarquer Napias, l’hygiène n’a pas à s’occuper des dispositions administratives qui règlent la responsabilité des patrons envers les ouvriers. C’esL un cas particulier de la justice commune et de cette loi de bon sens, en vertu de laquelle quiconque a fait tort à autrui est tenu de constituer une indemnité. Ce qui est de notre ressort, ce sont les lois qui assurent la salubrité et la sécurité du travail, parmi lesquelles il faut ranger les disposi- tions fixant les limites de la durée pour les divers groupes d’âge et de sexe. Salubrité et sécurité du travail.—Elles sont réglementées en Angleterre, plus que partout ailleurs (Napias), par le Faclory and Workshops Acl de 1878; en Autriche, en Allemagne (lois du 21 juin 1869 et du 17 juillet 1878), en Suisse (loi fédérale du 23 mars 1877), et dans beaucoup d’autres pays. En France, la loi du 19 mai 1874, qui ne prescrit des mesures de sécurité que pour les enfants, semble autoriser les patrons à s’en passer, dès qu’il n’y a pas d’enfants dans leurs ateliers, ou à exclure les enfants de leurs opéra- tions, ce qui ne serait qu’un petit mal. Depuis lors, plusieurs projets ont été présentés au Parlement (Félix Faure et Martin Nadaud, 1882; Richard Waddington, 1884 et môme 1887); au Ministre du Commerce (rapport de Napias au Comité Consultatif d'hygiène publique, 1884). En général, les amendements particuliers que l’on y introduit au cours de la discussion, en allèrent sensiblement l’économie. Finalement, ils n’aboutissent pas, jus- qu’à nouvel ordre. Aussi ne saurait-on louer trop haut les associations qui suppléent aux lois (Société mulhousienne, Société rouennaise, Association des industriels de France pour préserver les ouvriers des accidents du travail). Age d'admission et durée du travail. — Il n’y a en général pas désaccord en ce qui concerne les enfants, ceux du sexe féminin surtout. Il est néces- saire de fixer un âge légal d’admission aux ateliers, et des limites de durée journalière du travail des enfants. En Angleterre, malgré le souci des législateurs de 1878, le respect de la liberté individuelle fait que les dispositions administratives punissent plus qu’elles ne préviennent et que l’on voit encore, dans le pays, des enfants de 8 à 13 ans passer la journée dans un atelier. Beyer (Dusseldorf) en évaluait le nombre à 118,000. En Allemagne, le règlement du 21 juin 1869 (Iieichsgeiverbeordnung) interdit le travail régulier au-dessous de 12 ans révolus. Il permet 6 heures de travail par jour, de 12 à 14 ans, avec des pauses convenables et sous la condition de 3 heures d’école obligatoire par jour; le travail de nuit et le travail du dimanche sont formellement défendus. Dans ces conditions, il n’y a pas, dans l’empire allemand, beaucoup plus de 20,000 enfants em- ployés dans les manufactures sur un total de 880,300 ouvriers. Sur ce nombre, la Bavière n’a guère que 1,000 enfants de 12 à 14 ans dans les ateliers, tandis que la Saxe en compte environ 3,000. •— De 14 à 16 ans, le travail ne doit pas dépasser 10 heures, y compris les pauses; le repos de la nuit et du dimanche restant réservé. Il y a, en Allemagne, 60,000 ou- vriers de cette catégorie. — Il est à remarquer que cette loi ne comporte pas de conditions spéciales ni d’exceptions; aussi porte-t-elle des fruits. Ce qui n’est pas assez le cas de la loi française (loi du 19 mai 1874; règle- ments de 1875 à 1877). Celle-ci, Beyer la qualifie d’ « amère plaisanterie faite à l’hygiène », et nous ne pouvons, malheureusement, nous trouver blessés du mot. La loi Joubert porte que les enfants pourront être admis à l’âge de 10 ans révolus dans quelques industries spécialement déterminées par un règlement d’administration publique (voy. IIIe partie); mais, jusqu’à 12 ans, ils ne seront assujettis qu’à un travail de 6 heures par jour, interrompu par un repos. — Partout ailleurs, on n’admettra dans les manufactures et les usines que des enfants âgés au moins de 12 ans. — Les garçons au-dessous de 12 ans et les lilles au-dessous de 21 ans ne pourront être employés à aucun travail de nuit, non plus que dans les ateliers à produits vénéneux ou sujets à explosions. Il y aura une école dans l’atelier. — Comme la loi ne défend pas d’imposer un travail de 12 heures aux enfants de 12 ans, qu’elle ne s’oppose pas à ce qu’on soumette des jeunes gens incomplètement développés au travail de nuit, qu’on les fasse descendre dans les carrières, dans les mines, Beyer a quelques raisons de la trouver barbare. Aujourd'hui que l’instruction est obligatoire en France de 6 à 14 ans, on ne comprend plus bien la loi de 1874, qui semble admettre qu’on ne s’occupe plus d’instruction à partir de 12 ans. Comme le pense Napias, notre loi du 28 mars 1882 indique à elle seule l’âge de 14 ans comme celui auquel peut commencer le travail industriel. Le tableau ci-après renferme les fixations de diverses législations (la Belgique n’y est point, parce qu’elle vit sous le régime du décret du 3 jan- vier 1813, qui ûxe le minimum d’âge à dix ans !). Pour ce qui est de la durée du travail des adultes, en Allemagne et dans les autres pays d’Europe, sauf la Suisse, où existe le Bundesgesetz du 23 mars 1877, il n’y a pas de loi sur ce point; en Angleterre, cependant, un usage si bien établi qu’il vaut une réglementation légale a fixé la durée du travail à 56 heures et demie par semaine. En Amérique, le travail de 10 heures par jour a prévalu. En Suisse, il est de 11 heures pour les jours ordinaires et de 10 heures la veille des jours de fête. En Belgique règne la liberté illimitée du travail ; les enfants mêmes et les femmes ne sont point protégés (Richard Waddington). La durée du travail, en France, est toujours fixée au maximum de 12 heures, par la loi du 9 septembre 1848. Mais le manque de distinctions dans cette loi et les dispositions interve- nues depuis la rendent à peu près inappliquée. Il est probable que la limite sera abaissée àl I heures, bien que beaucoup veuillent descendre à 10 heures. Nous pensons que 10 heures d’absence de chez lui sont tout ce que l’on peut demander à l’ouvrier ordinaire. Inspection du travail des enfants. Exceptions à la loi. — La loi de 1874 crée un service d'inspection du travail des enfants et prévoit l’institution de Commissions locales et d’une Commission supérieure, destinée à le contrôler. Cette inspection obtient de sérieux résultats, tant au point de vue de la prophylaxie de la prématuralion physique qu’à celui de l’instruction des enfants admis dans les ateliers. Travail des enfants dans les manufactures (Henri Napias). spéciale.] ÜYGIÈNE GÉNÉRALE DES OUVRIERS. I2ST Si les dispositions de cette loi en ce qui concerne la protection contre les appareils dangereux étaient étendues aux adultes, il est clair que le môme service d’inspection pourrait, sans être beaucoup développé, vérifier l’exécution des mesures de sécurité générale. La môme loi autorise l’emploi des enfants à partir de dix ans dans qua- torze industries importantes, dont quelques-unes, comme la filature et la verrerie (Napias), présentent de réels dangers pour la santé. Il n’est pas bien sûr que toutes ces industries, la filature, le retordage du coton, la corderie à la fendue, le dévidage des cocons — et même la verrerie — ne puissent se passer des enfants. Apprentissage. — Lasection X de la loi de 1874 décide l’application des principaux articles aux enfants placés en apprentissage dans les conditions de la loi du 22 février 1831. C’est de toute justice. Seulement, pour des raisons qu'expose Napias, « l’apprentissage se meurt en France » et est remplacé peu à peu par les Ecoles professionnelles. A Paris, une très utile Société dite de protection des apprentis a pour but d'améliorer la condition des apprentis et des enfants employés dans les manufactures; elle place et surveille des enfants chez des patrons, parti- culièrement chez des ouvriers dont la besogne confine aux travaux artis- tiques (horlogers, bijoutiers, couteliers, doreurs, relieurs, etc.), en cher- chant elle-même les placements, en se chargeant du contrat avec le patron et en fournissant à l’apprenti divers objets que le premier ne pourrait mettre à sa disposition, un lit par exemple. On a songé à quelque chose d’analogue à Lille; mais les filatures n’ont pas besoin d’apprentissage. A Nantes, l’instituteur Livet a précisément réalisé la combinaison de l’ensei- gnement professionnel avec l’instruction élémentaire; il prend l’enfant à quatre ans, le prépare jusqu’à huit par des leçons de choses, le soumet, de huit à douze, au cours élémentaire. A douze ans commence l’enseignement professionnel. 3° Hygiène générale des ouvriers. Alimentation des ouvriers. — Elle est tout d’abord soumise aux règles générales que nous avons tracées antérieurement (p. 836 et suiv.). Puis, elle dépend beaucoup des habitudes et des ressources locales. Les ouvriers étant nombreux, pressés, peu éclairés, obligés d’acheter au détail, ce sont eux qui s’offrent comme les vicLimes ordinaires de la fraude, et eux que les administrations sanitaires doivent protéger par-dessus tout. Par ailleurs, le rendement en travail est essentiellement en rapport avec la richesse alimentaire. Les ouvriers du Nord, mal nourris, four- nissent moins de travail et plus de malades que ceux d’Alsace. Lombard et Sonderegger ont attribué pour une grande part l’anémie des ouvriers du tunnel du Saint-Gothard à la mauvaise alimentation de ces hommes, presque tous Italiens, naturellement sobres, et dont quelques-uns écono- misaient 100 francs sur les 123 qu’ils gagnaient par mois. On ne résiste pas aux atmosphères méphitiques ou délétères avec un régime aux galettes et bouillies de maïs, non plus qu’avec le café (à la chicorée) des ouvriers flamands. Il est particulièrement nuisible dJ arriver à jeun dans un chantier insalubre (mines). L’anémie du Saint-Gothard a été mortelle pour un certain nombre d’ouvriers : celte gravité, peu habituelle à l’anémie par insuffisance alimentaire a fait chercher quelque aulre circonstance encore de l’hygiène de ces mineurs. Pagliani a mis en cause l'atmosphère des chantiers, méphitique, pénétrée de gaz irrespirables et d'oxyde de carbone ; cette éliologie nous paraît fort légitime, si nous nous reportons au souvenir de Y anémie d'Anzin, au commencement du siècle. Cependant Perron- cito et Concato, Sonderegger, Baumler, Bugnion, P. Fabre, pensent devoir faire intervenir, dans l’origine des accidents, la présence de Fankylostome duodénal, constatée dans les selles des malades, surtout après administration d’un vermifuge, et dans l’intestin des cadavres. Lesage a, de môme, fait expulser à des mineurs d’Anzin des ankylostomes gorgés de sang, en compagnie de quelques anguillules semblables à celles de la diarrhée de Cochinchine. En se rappelant que Griesinger, Wucherer, attribuent à l’ankylostome l’anémie intertropicale, on ne peut se refuser à porter quelque attention sur ce nouveau rapport étiologique, bien qu’il ne soit pas hors de toute contestation. — Il nous ramènerait, toutefois, encore aux recomman- dations d'hygiène alimentaire qui font l’objet de ces lignes. L’ankylostome s’intro- duit par les voies digestives, probablement avec l’eau (à l’état d’œufs) ; l’indication formelle est donc de filtrer l’eau de boisson des mineurs et de ne pas laisser ouverts, exposés aux poussières des galeries (Pagliani), les vases qui la renferment. Les mineurs déposent leurs excréments dans un coin des chantiers; il est difficile de les en empêcher; mais ne pourrait-on trouver pour leur usage quelque chose comme des fosses mobiles avec désinfection chimique ou même à la terre? Les chefs d’usines, dit Hirt, en se chargeant de la nourriture des ou- vriers, pourraient assurer à ceux-ci une bonne alimentation, en même temps que servir leurs propres intérêts, puisqu’ils retrouveraient en travail effectué ce qu’ils auraient pu y mettre de soins. Un docteur B..., fabricant d’aniline, à Hochst, emploie cette méthode et conserve des ouvriers bril- lants de santé. Nous avons cité des faits analogues (p. 1223). Habitation des ouvriers. — « Il ne servirait de lûen d’essayer de réaliser, par l’assainissement de l’atelier ou de l’usine, une économie de la vie humaine, si l’infection du logement, l’encombrement funeste des cham- brées n’était pas sérieusement et sévèrement interdit » (H. Napias). Or, l’habitation des ouvriers, dans les grandes cités manufacturières, est souvent dans des conditions lamentables. Les quartiers difformes, les entassements de maisons et d’étages, les logements sans soleil leur reviennent avec une régularité malheureuse et presque imposée par la médiocrité des salaires, la famille nombreuse et jeune. Non pas que le loyer de bas prix emporte nécessairement un logement insalubre ; mais les immeubles disgraciés existent et persistent dans les villes; ils se dépré- cient eux-mêmes, et c’est à ceux-là que les petites bourses s’adressent naturellement. En profitant de cette disposition et de cette nécessité, les propriétaires de ces immeubles ont même réussi à en tirer un bon parti. D’autre part, quelques spéculateurs ont construit tout exprès des maisons « de logement », dans lesquelles le mépris de l’hygiène s’étale avec une étonnante hardiesse. Grâce au développement énorme de l’industrie, des maisons se sont ouvertes, sous les noms de « logements de nuit, logements garnis, garnis, Common logding flouses, JJerbergen, Logirhâuser, etc. », dans presque toutes les villes de l’Europe, à cette masse llottante d’individus dépaysés, que le travail amène de loin, sans intention de fixité. Du Mesnil distingue donc, avec raison : 1° les logements comportant une ou plu- sieurs pièces louées par des ouvriers ayant une famille, possédant un mo- bilier; 2° tout ce qui mérite plus ou moins formellement le nom de garnis. Les premiers sont dans des rues étroites, les impasses, les courettes (Lille), en- fermant un espace où le sol est inégal, fangeux, souillé, et où l’atmosphère, immo- bile, reçoit rarement un rayon de soleil [bataillons carrés de Bruxelles). Les détritus et les immondices de toutes sortes s’étalent au voisinage de la maison qui, elle- même, grâce aux corridors étroits, aux escaliers sombres, à l’installation sans aucun soin des latrines, ne lutte pas contre l’envahissement de la putridité et n’a pas le moyen de se donner une circulation d’air. En 1860, à Paris, dit Marjolin, sur 40,644 ménages, 27,767 n’avaient pour vivre qu’une seule pièce, dans laquelle il y avait de 1 à 5 lits. Dans ce réduit, l’on fait la cuisine sur un fourneau de fonte de- vant lequel sèchent des langes, de vieilles hardes; la mère y fait incessamment la lessive de la famille ; les murs sont le domaine définitif des parasites; la crasse et l’ordure y sont tellement tenaces que, d’un locataire à l’autre, on s’y résigne natu- rellement et que personne ne fait rien pour s’en débarrasser. On sait, d’ailleurs, et il n’est pas difficile de le comprendre, que cette promiscuité de la famille dans une pièce unique est une école de dépravation pour les enfants; c’est là que la jeu- nesse perd l’instinct de la pudeur et que les pères corrompent leurs propres filles. Nous avons dit précédemment l'influence fâcheuse de l’excessive densité de la population dans les locaux habités. J. Ko rosi calcule qu’à Budapest la durée moyenne de la vie est de : A Berlin (Wasserfuhr), on a 38 décès p. 1,000 dans le quartier de Luisenstadt, où il y a 91 habitants par immeuble ; 33 au faubourg d’Oranienburg, avec 77 habi- tants par lot de terrain; 36 à 38 dans les quartiers de Stralau et de Rosenthal,qui ont de 76 à 77 habitants par lot ; — tandis que la mortalité n’est que de 18 à 22 p. 1,000 dans les quartiers à 34-35 habitants par lot. En France (loi du 13 avril 1830), les Commissions des logements insalubres sont chargées de voir ces maisons meurtrières, d’indiquer les améliorations possibles et même de demander l’interdiction de l’habitation, mesure dont il ne faut pas abu- ser. A Paris, les affaires dont est saisie la Commission dépassent 3,000 par an (E. R. Perrin); à Lille, pour 1879, la Commission a visité 1,098 maisons (Bécour). Il est fâcheux que ce service fonctionne moins bien partout ailleurs. Les « garnis » présentent des conditions encore plus lugubres que les logements précédents. La maison réunit à l’insalubrité d’ensemble l’étroi- tesse de chaque compartiment, la nullité du mobilier, la malpropreté fon- cière, la promiscuité la plus étendue, l’entassement indéfini des botes. Ces misères sont encore moins flagrantes dans les auberges proprement dites même du plus bas étage, que chez ces logeurs en garnis qui, ayant leur famille à eux, cèdent une place de leur logement à cinq ou six hôtes de 35 ans 5 mois, dans les habitations à 2 habitants par pièce. 33 ans 2 mois, 31 ans 11 mois, 30 ans 6 mois, à plus de 10 hab. 2 à 5 hab. 5 à 10 hab. hasard et essentiellement mobiles, comme cela se pratique sur une large échelle dans les contrées industrielles d’Allemagne, Prusse, Haute-Silésie, provinces du Rhin (Goltdammer, Wolff, de Dusseldorf). Dans le premier cas, la police a quelque accès dans les logements; dans le second, logeur et locataires jouissent d’une effroyable liberté, sans contrôle. A Berlin, il n’est pas rare de trouver de ces gîtes qui allouent un cube de 2mo,5 à 3 mètres cubes à chacun de leurs pensionnaires. Pislor compte 2,200 locataires (ouvriers) chez 1,848 logeurs, à Essen (ville) ; 2,492 chez 1,840 logeurs, à Essen (campagne); 1,706 dans 1,360 maisons, à Mülheim ; 1,823 ouvriers (filatures de coton) chez 1,220 logeurs en garnis, à Munich- Gladbach; 1,186 locataires dans 346 garnis, à Elberfeld; 1,001 en 370 garnis, à Dusseldorf, etc. Il n’y a jusqu’aujourd’hui aucune mesure légale vis-à-vis de cet état de choses qui, au témoignage de Goltdammer (Berlin), de Jacobi (Breslau), de Gôttisheim (Vienne), est le terrain de propagation de la syphilis, de la fièvre typhoïde, du typhus tachelé, du typhus à rechutes; relation étiologique également attestée, à Londres, par le colonel Henderson (chef de la police). Du moins s’efforce-t-on, à Londres, de réagir et de sauvegarder la santé publique en même temps que celle des ouvriers. Des Associations privées (Building Socielies) ont fait élever, depuis 1S74, des maisons de logement salubres [Model Lodging House), dans lesquelles un nombre d’ouvriers, restreint à la vérité, est reçu dans des conditions décentes. La plus belle de ces entreprises est celle qui repose sur la « fondation Peabody ». En 1862, Peabody, riche Américain, donna à la population pauvre de Londres un fonds de 3,750,000 francs, qu’il éleva plus tarda 12 millions. Le Comité chargé d’administrer ce capital a construit 4,551 logements séparés, en 18 groupes, qui abritent 19,000 personnes, à des prix Irès abordables. Le fonds l'apporte encore 3 p. 100. Le Parlement est intervenu parles lois de 1851 et 1853 (Common Lodging Houses Act), qui ont été incorporées sans changement dans le Public Health Act 1875, et qui mettent les maisons de logement sous la surveillance des autorités administra- tives et sanitaires chargées de prescrire elles-mêmes les mesures d’hygiène. Des amendes assez élevées sont prévues à l’égard des délinquants. D’après Du Mesnil, Bâle, Copenhague, Rome, Genève, Saint-Pétersbourg, possèdent des règlements plus ou moins complets sur les hôtels, auberges, cabarets, logeurs. Bruxelles en est à la période des projets; Lille (Hudelo), Amiens (Mollien), n’ont aucun service particulier à qui incombe le soin de se préoccuper des garnis ou chambrées ni de leurs locataires (5,613 à Lille). Rouen n’en a pas beaucoup plus. Paris s’est hâté, en 1878, quelque temps avant l’ouverture du congrès du Trocadéro, de se donner un règlement auquel Du Mesnil reproche de ne pas avoir fixé le minimum de hauteur d’étage de 2m,60, qu’avait demandé la Commission des logements insalubres. 11 a, du reste, fait place à l'Ordonnance du Préfet de police, en date du 25 octobre 1883, à laquelle nous empruntons les dispositions suivantes : Art. 11. — Le nombre des locataires qui pourront être reçus dans chaque cham- bre sera proportionnel au volume d'air qu’elle contiendra. Ce volume ne sera ja- mais inférieur à 14 mètres cubes par personne. La hauteur sous plafond ne devra pas être inférieure à 2,n,50. Le nombre maximum des personnes qu’il sera permis de recevoir dans chaque chambre y sera affiché d’une manière apparente. Art. 12. — Le sol des chambres sera imperméable el disposé de laçon à per- mettre de fréquents lavages, à moins qu’il ne soit planchéié el frotté à la cire ou peint au siccatif. Les murs, les cloisons et les plafonds seront enduits en plâtre; ils seront main- tenus en état de propreté, et, de préférence, peints à l’huile ou badigeonnés a la chaux. Les peintures seront lessivées ou renouvelées au besoin tous les ans. On ne pourra garnir de papiers que les chambres à un ou deux lits, et ces papiers seront renouvelés toutes les fois que cela sera jugé nécessaire. Art. 13. — Ces chambres doivent être convenablement ventilées. Les chambres, c’est-à-dire les chambres qui contiennent plus de quatre loca- taires, devront être pourvues d’une cheminée ou de tout autre moyen d aération permanente. Art. 14. — Il est défendu d’admettre dans les chambrées des personnes de sexe différent. Art. lo. — 11 est interdit de louer en garni des chambres qui ne seraient pas éclairées directement, ou qui ne prendraient pas air et jour sur un vestibule ou sur un corridor éclairé lui-même directement. Les chambrées et les chambres qui contiendraient plus de deux personnes devront toujours être éclairées directement. Art. 16. — Il est interdit de louer des caves en garni. Les sous-sols ne pourront être loués en garni, qu’en vertu d’autorisations spéciales. Art. 17. — Les cheminées et conduits de fumée doivenL être établis dans de bonnes conditions au point de vue du danger d’incendie. Les conduits auront des dimensions ou des dispositions telles que la chaleur produite ne puisse être la cause d’une incommodité grave pour les habitants de la maison. — Les conduits seront, en outre, entretenus en bon état et nettoyés ou ramonés fréquemment (Ordonn. du lo septembre 1873). Art. 18. — Il n’y aura pas moins d’un cabinet d’aisances par chaque fraction de 20 habitants. Art. 19. — Ces cabinets, peints au blanc de zinc et tenus dans un étal constant de propreté, seront suffisamment aérés et éclairés directement. — Un réservoir ou une conduite d’eau en assurera le nettoyage. — A défaut de réservoir ou de con- duite d’eau, une désinfection journalière sera opérée au moyen d’une solution (par exemple de chlorure de zinc à b p. 100) dont quelques litres seront toujours lais- sés dans les cabinets. — Les cabinets devront être munis d’appareils à fermeture automatique. Si l’administration le juge nécessaire, un siphon obturateur sera éta- bli au-dessous de cette fermeture.— Le sol sera imperméable et disposé en cu- vette inclinée, de manière à ramener les liquides vers le tuyau de chute et au des- sus de l’appareil automatique, — Les urinoirs, s’il en existe, seront construits en matériaux imperméables. Ils seront à effet d’eau. Art. 20. — Les corridors, les paliers, les escaliers et les cabinets d’aisances de- vront être fréquemment lavés, à moins qu’ils ne soient frottés à la cire ou peints au siccatif, ainsi que cela a été prescrit pour les chambres. — Les peintures seront de ton clair. Art. 21. — Les plombs seronL munis d’une fermeture hermétique, lavés et désin- fectés souvent. — Les gargouilles, caniveaux et tuyaux d’eaux pluviales et ména- gères seront entretenus avec le même soin. Art. 22. — Chaque maison louée en garni sera pourvue d’une quantité d’eau suffisante pour assurer la propreté et la salubrité de l’immeuble et pour pourvoir aux besoins des locataires. Art. 23. — Un service spécial d’inspecteurs de la salubrité des garnis est chargé de s’assurer que les conditions exigées par la présente ordonnance sont remplies. Les logeurs seront tenus de les recevoir aussi souvent qu’ils se présenteront. Art. 24. Ioutes les fois qu un cas de maladie épidémique ou contagieuse se sera manifesté dans un garni, la personne qui tiendra ce garni devra en faire im- médiatement la déclaration au commissaire de police de son quartier ou de sa cir- conscription, lequel nous transmettra cette déclaration. — Un médecin délégué de l’Administration ira constater la nature de la maladie et provoquer les mesures propres à en prévenir la propagation. — Le logeur sera tenu de déférer aux in- jonctions qui lui seront adressées à la suite de cette visite. Les vœux exprimés par les hygiénistes allemands, à Stuttgart (1879), por- tent sur les mêmes points essentiels. On demande seulement 10 mètres cubes par personne, une surface de 4 mètres carrés et une ouverture de fenêtre correspondant à 0m<1,50 par tête; il est, en outre, réclamé du linge de toi- lette, deux draps de lit propres, une couverture de laine et un sac de paille. Cités et maisons ouvrières. — Ce titre correspond aux deux modes suivant lesquels on a tenté de régulariser l’installation des ouvriers dans des loge- ments salubres. Le type du premier mode est la cité Napoléon, rue Roche- chouart, à Paris, qui la première bénéficia d’une subvention de 200,000 fr. donnés par l’État en vertu des décrets des 22 janvier et 27 mars 1852. Elle renferme 194 logements, donnant abri à 500 personnes, avec bains, lavoir, salle d’asile. Ce modèle a servi, y compris le nom de baptême, à quelques autres villes, à Lille notamment. Mais l’expérience a démontré qu’il y avait là une erreur; les cités ouvrières sont fréquentées par les petits employés, les petits rentiers, les vieillards, et non par leurs destinataires supposés, les ouvriers, qui d’ailleurs regardent fort dédaigneusement ces cités-casernes, où la dignité de l’individu et de la famille est traitée avec une certaine inconvenance. Il faut à l’ouvrier en famille une maison indépendante, agréable, qui puisse lui appartenir un jour et qu’il façonne à sa guise. En 1835, André Kœchlin, de Mulhouse, avait fait bâtir autour de ses usines 36 logements comprenant deux chambres, une cuisine, une cave, un grenier et un jardin. L’ouvrier n’obtenait ces logements (Ém. Trélat), loués d’ailleurs à prix modérés, qu’à la condition de cultiver son jardin de ses mains, d’en- voyer ses enfants à l’école, de faire chaque semaine un dépôt à la caisse d’épargne et de payer 15 centimes à la caisse des malades. Telle a été l’origine de la Société mulhousienne des cités ouvrières. Le but des fondateurs étant d’assurer à l’ouvrier une habitation indépendante et attachante, ils ne crurent pouvoir faire mieux que d’offrir au locataire de leurs mai- sons la perspective d’en devenir acquéreur avec la patience et le travail. Ils bâti- rent donc des maisons avec jardin, par îlols de quatre, sur un modèle à peu près uniforme, mais non invariable, d’une valeur de 2,555 francs (sans étage) à 3,108 francs (avec étage), et que les ouvriers peuvent louer à raison de 18 francs par mois, mais qu’ils peuvent aussi acheter, dès le premier jour, en payant da- vance 250 ou 300 francs eL en versant 20 ou 25 francs par mois (au bout do treize ans eL cinq mois, l’on est propriétaire d’une maison de 3,000 francs). La Société en- gagea un capital de 355,000 francs et obtint de l’État une subvention de 300,000 fr. ; spéciale.] HABITATION DES OUVRIERS. 126.1 elle s’interdit de tirer plus de 4 p. 100 d’intérêt de son capital. Constituée en juin 1853, elle avait btUi, en 1877, 948 maisons dont 945 étaient vendues, représentant une somme de 2,780,025 francs, sans compter les frais. La séduction sur les ouvriers est donc démontrée. Quant aux conséquences sani- taires, il est facile de comprendre qu’elles aient été des plus heureuses, puisque l’on a supprimé la superposition des étages, l'encombrement des locaux, et assuré à toutes ces maisons l’ensoleillement et le bain d’air qui sont la base de la salu- brité des habitations. C’est le Cottage-system, que nous avons tant loué précédem- ment (irc Partie : Habitation), réalisé sur des plans modestes. Malheureusement, un danger ressort de la situation même. C’est que l’ouvrier, devenu propriétaire, ou ses héritiers, vendent la maison à quelqu’un qui n’est pas ouvrier. Ce qui arrive. L’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, ont copié plus ou moins adroitement la Société mulhousienne. Les villes industrielles, en France, n’en ont pris que la cons- truction de maisons par les compagnies, en maintenant aux ouvriers la qualité de locataires. « Dans la seule région du Nord, dix-huit établissements de mines, sur vingt-trois, ont élevé 7,000 maisons (les corons) représentant un capital de 18 millions, occupées par 31,500 habitants, dont 11,500 ouvriers mineurs. La location est de 70 p. 100 inférieure à la moyenne des locations du pays. Au Creusot, la Compagnie loue à ses ouvriers une maison parfaitement organisée pour 30 francs par année... En 1868, la compagnie d’Anzin a consacré 25 p. 100 de ses bénéfices à l’améliora- tion matérielle et morale de ses employés. D’autres sociétés ont dépensé une somme égale à 22 p. 100 de tous les salaires pour la même destination. » (de Melun : Rapport à l'Assemblée nationale, 1875). Cette excellente hygiène porte en elle-même sa récompense ; elle établit le meil- leur des liens entre le patron et l’ouvrier et donne à leurs rapports un caractère de haute moralité profitable à tous. Mais les procédés de la Société mulhousienne se- raient les plus aptes à tirer de la situation toutes les conséquences de salubrité et de dignité individuelle dont elle est susceptible, s’ils n’avaient le côté faible, signalé tout à l’heure. Le familistère de Guise, créé par M. Godin, fournit encore des logements conve- nables et à bon marché aux ouvriers en même temps qu’il assure un revenu suffi- sant au capital employé. Les logements « sont disposés dans trois corps de bâti- ments réunis par des cours couvertes, largement aérées, où les enfants peuvent jouer à l’abri des intempéries. Les rez-de-chaussée sont consacrés à des magasins coopératifs, où l’ouvrier trouve, à prix réduit, tout ce dont il a besoin. » (Cacheux). En Amérique, on donne Pullmann City comme exemple d’une solution parfaite de la question des logements d’ouvriers. La cité ouvrière deWilhelmsruhe,pvès de Cologne, fondée par le professeur Gerhard vom Hath,se borne à louer aux ouvriers des maisons spacieuses et salubres pour le même prix qu’ils auraient mis à louer, en ville, des logements chétifs et malsains. D’après une obligeante communication du docteur Dransart, la « Cité Aslu- rienne » d’Auby (près de Douai) renferme 850 habitants en 150 maisons appar- tenant à la Compagnie, qui y loge ses employés et principaux ouvriers, sans leur demander de loyer ni leur permettre de devenir acquéreurs. Ces habitations for- ment cinq rues, avec trottoirs, ruisseaux de rue, bornes-fontaines (eau d’un forage à 70 mètres) ; le tout tenu très proprement. Des fosses d’aisances, presque toutes mobiles, sont ménagées à chaque habitation; clics sont vidées sur le jardin d’en- viron 1 are, attenant à chaque maison. Ces habitations sont par groupes de deux, adossées l’une à l’autre; chaque groupe recouvre 100 mètres carrés et est séparé du voisin par un espace de 10 mètres. Les rues sont drainées à 2m,50 de pro- fondeur. La Compagnie entretient, à ses frais, une école de garçons et une de filles, où les enfants sont admis à partir de l’àge de cinq ans. Elle a fait bâtir une cha- pelle. Une consultation médicale gratuite a lieu tous les jours; une infirmerie de quatre lits reçoit les blessés graves. La Compagnie ne donne d’indemnité qu’à ceux qui sont blessés à l’usine; elle paye assez souvent aux malades des journées ou des demi-journées. — Un certain nombre de logeurs complètent l’agglomération. 4° Influence de l’industrie sur le milieu extérieur. L’industrie, à divers égards, menace l’intégrité des milieux naturels et compromet la situation biologique des individus qui, sans y participer en rien, se trouvent dans le rayon de ses opérations. lie sol.— L’industrie le perfore, le creuse, le mine, et provoque, sur di- vers points d’exploitation houillère, des affaissements de la surface, qui amoindrissent la valeur des propriétés. On pourrait les prévenir, probable- ment, en donnant aux galeries de mine des soutiens sérieux. Ailleurs, l’épandage de matières putrides sur le sol (tanneries, équarris- sage, distilleries, désuintages de laines, etc.) est la terminaison forcée des opérations industrielles. La puissance d’épuration du sol, heureusement, est énorme; le point capital est d’en user d’une façon méthodique ou, plu- tôt, scientifique. Le sol, toutefois, n’a pas de pouvoir sur les substances purement chi- miques, telles que les résidus de la fabrication de la soude par le procédé Nicolas Leblanc (sulfure de calcium, charrées de soude), qui sont rendus en grandes masses par les fabriques de produits chimiques du Nord. On a eu l’imprudence, autrefois, de faire avec ces résidus une sorte de remblai, le long des bords de la Deûle. Aujourd’hui, les pluies qui lavent ce sol en- traînent les composés de soufre dans la rivière où, grâce à la présence de détritus organiques, ils rendent à l’eau de l’hydrogène sulfuré en quantité telle que le ruisseau, sur un long parcours, semble écouler le produit d’une source pyrénéenne. li’air. — Un effet au moins très désagréable, c’est la pénétration de l’atmosphère par la fumée, qui, cependant, est une réelle poussière de charbon et peut contribuer à former les dépôts pulmonaires anthracosiques. A Londres, la suppression de la fumée (the abatment of smoke) passionne à bon droit les esprits (Vallin). A Lille, la fumée de la houille noircit le brouillard, comme à Londres, et répand une fine poussière de charbon par- tout, dans les logements, sur les meubles, les livres, le linge. Les règle- ments prescrivent aux usines de brûler leur fumée: seulement, ils n’ont pas donné le secret de la fumivorité. Ce qu’il y a de mieux jusqu’aujourd hui, c’est d’enseigner aux chauffeurs â ne fournir le charbon aux foyers que par petites portions, qui ne le refroidissent pas tout d’un coup et n’empê- chent pas le passage de l’air. Puis, viennent les vapeurs irritantes ou toxiques (acide sulfureux), les émanations putrides, nauséeuses, incommodes (odeurs des usines ù en- grais, de la calcination des vinasses do betteraves pour la fabrication de la potasse, épandage des vinasses de distillerie ; — acide sulfhydrique des sucrateries à la baryte ; —tanneries; — fabriques de chicorée; — maga- sins à fromages ; — torréfaction du café). Finalement, l’air est mis en vibration par les bruits industriels; bruits des machines, des usines métallurgiques, de la chaudronnerie, des fonde- ries, etc., à un point parfois odieux et même dangereux pour les organisa- tions nerveuses. i/cnu. — L’industrie est la cause la plus puissante de la pollution des cours d'eau (Voy. p. 153). Elle compromet, d’autre part, la nappe souter- raine, tantôt par les puits absorbants qui y déposent leurs résidus, tantôt pat- ries épandages surabondants de matière putride. Nous avons dit précé- demment comment les industries, sur divers points, en Angleterre, en Allemagne, en France, ont supprimé la pêche, la promenade en bateau, le bain froid, et substitué, à des ruisseaux qui agrémentaient une contrée, des courants noirâtres, fétides. Dans la partie est du département du Nord, l’é- levage disparaît peu à peu, parce que les animaux qui paissaient dans les prairies ne peuvent plus se désaltérer aux eaux de l’Helpe. La législation française, malheureusement, ne protège pas les cours d’eau. Tout au plus y a-t-il çà et là, sous prétexte de délit de pêche ou de contravention aux règlements sur la navigation, des procès-verbaux qui coûtent bien moins cher aux industriels que ne coûteraient les mesures d’épuration de leurs eaux résiduaires. Nous avons indiqué (p. 773 etsuiv.) quelles pourraient être ces mesures. Terminons en mentionnant, parmi les dangers de l’industrie pour l'exté- rieur, la propagation des incendies au voisinage. Établissements classés. — La législation a, de bonne heure, institué des mesures de protection contre l’industrie à l’intention des personnes, des habitations, des propriétés privées ou publiques, de l’air, du sol, mais en tant qu’il s’agit de voisinage et nullement dans la pensée d’assurer la sécurité des ouvriers eux-mêmes. Certaines industries sont effroyablement dangereuses pour ceux-ci, que le législateur de 1810 a rangées parmi les moins incommodes. Les « établissements insalubres » ne l’étaient, alors, que dans la mesure des menaces pour les voisins. Ce n’est que de nos jours que les préoccupations se tournent du côté des ouvriers. DÉCRET Relatif aux manufactures et ateliers insalubres, incommodes ou dangereux. Palais de Fontainebleau, le 15 octobre 1810. Napoléon, etc., Sur le rapport de notre Ministre de l’Intérieur ; Vu les plaintes portées par différents particuliers contre les manufactures et ate- liers dont l’exploitation donne lieu à des exhalaisons insalubres ou incommodes ; Le rapport fait sur ces établissements par la section de chimie de la classe des sciences physiques et mathématiques de l’Institut; Notre Conseil d’Étal entendu, Arnould, Hygiène. 2° édit. 80 Nous avons décrélé et décrétons ce qui suit : Article 1". — A compter de la publication du présent décret, les manufactures et ateliers qui répandent une odeur insalubre ou incommode ne pourront être for- més sans une permission de l’autorité administrative; ces établissements seront divisés en trois classes : La première classe comprendra ceux qui doivent être éloignés des habitations particulières ; La seconde, les manufactures et ateliers dont l’éloignement des habitations n’est pas rigoureusement nécessaire, mais dont il importe néanmoins de ne permettre la formation qu’après avoir acquis la certitude que les opérations qu’on y pratique sont exécutées de manière à ne pas incommoder les propriétaires du voisinage, ni à leur causer des dommages. Dans la troisième classe seront placés les établissements qui peuvent rester sans inconvénient auprès des habitations, mais doivent rester soumis à la surveillance de la police. Art. 2. — La permission nécessaire pour la formation des manufactures et ate- liers compris dans la première classe sera accordée avec les formalités ci-après, par un décret rendu en notre Conseil d’Élat (1). Celle qu’exigera la mise en activité des établissements compris dans la seconde classe le sera par les préfets, sur l’avis des sous-préfets. Les permissions pour l’exploitation des établissements placés dans la dernière classe seront délivrées par les sous-préfets, qui prendront préalablement l’avis des maires. Art. 3. —La permission, pour les manufactures et fabriques de première classe, ne sera accordée qu’avec les formalités suivantes : La demande en autorisation sera présentée au préfet eL affichée par son ordre dans toutes les communes, à S kilomètres de rayon; Dans ce délai, tout particulier sera admis à présenter ses moyens d’oppositiou ; Les maires des communes auront la même faculté. Art. 4. — S’il y a des oppositions, le Conseil de préfecture donnera son avis, sauf la décision du Conseil d’État. Art. 5. — S’il n’y a pas d’opposition, la permission sera accordée, s’il y a lieu, sur l’avis du préfet et le rapport de notre ministre de l’intérieur. Art. 6. — S’il s’agit de fabriques de soude, ou si la fabrique doit être établie dans la ligne des douanes, notre directeur général des douanes sera consulté. Art. 7. — L’autorisation de former des manufactures et ateliers compris dans la seconde classe ne sera accordée qu’après que les formalités suivantes auront été remplies. L’entrepreneur adressera d’abord sa demande au sous-préfet de son arrondisse- ment, qui la transmettra au maire de la commune dans laquelle on projette de for- mer l’établissement, en le chargeant de procéder à des informations de commodo et incommodo. Ces informations terminées, le sous-préfet prendra, sur le tout, un arrêté qu’il transmettra au préfet. Celui-ci statuera, sauf le recours à notre Conseil d’État, par toutes les parties intéressées. S’il y a opposition, il y sera statué par le Conseil de préfecture, sauf le recours au Conseil d’État. (1) Le décret du 25 mars 1852, sur la décentralisation administrative, a chargé les Préfets de statuer sur Y autorisation des établissements insalubres de première classe, dans les formes déterminées pour celle nature d’établissements, et avec les recours existants pour les établissements de deuxième classe. Art. 8. — Les manufactures et ateliers ou élablissemenls portés dans la troi- sième classe ne pourront se former que sur la permission du préfet de police, à Paris, et sur celle du maire dans les autres villes. S’il s’élève des réclamations contre la décision prise par le préfet de police ou les maires, sur une demande en formation de manufacture ou d’atelier compris dans la troisième classe, elles seront jugées au Conseil de préfecture/ Art. 9. — L’autorité locale indiquera le lieu où les manufactures et ateliers com- pris dans la première classe pourront s’établir, et exprimera sa distance des habi- tations particulières. Tout individu qui ferait des constructions dans le voisinage de ces manufactures et ateliers, après que la formation en aura été permise, ne sera plus admis à en solliciter l’éloignement. Art. 10. — La division en trois classes des établissements qui répandent une odeur insalubre ou incommode aura lieu conformément au tableau annexé au pré- sent décret. Elle servira de règle toutes les fois-qu’il sera question de prononcer sur des demandes en formation de ces établissements. Art. H. — Les dispositions du présent décret n’auront point d’effet rétroactif ; en conséquence, tous les établissements qui sont aujourd’hui en activité continue- ront à être exploités librement, sauf les dommages dont pourront être passibles les entrepreneurs de ceux qui préjudicient aux propriétés de leurs voisins; les dom- mages seront arbitrés par les tribunaux. Art. 12. — Toutefois, en cas de graves inconvénients pour la salubrité publique, la culture, ou l’intérêt général, les fabriques et ateliers de première classe qui les causent pourront être supprimés, en vertu d’un décret rendu en notre Conseil d’Élat, après avoir entendu la police locale, pris l’avis des préfets, reçu la défense des manufacturiers ou fabricants. Art. 13. — Les établissements maintenus par l’article 1er cesseront de jouir de cet avantage, dès qu’ils seront transférés dans un autre emplacement, ou qu’il y aura une interruption de six mois de leurs travaux. Dans l’un et l’autre cas, ils rentreront dans la catégorie des établissements à former, et ils ne pourront être remis en activité qu’après avoir obtenu, s’il y a lieu, une nouvelle permission. Art. 14. — Nos ministres de l’intérieur et de la police générale sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des Lois. ORDONNANCE DU ROI Contenant règlement sur les manufactures et ateliers insalubres, incommodes ou dangereux, du 14 janvier 181b. Louis, etc. Sur le rapport de notre Ministre secrétaire d’État de l’Intérieur, Vu le décret du 15 octobre 1810, qui divise en trois classes les établissements in- salubres ou incommodes, dont la formation ne peut avoir lieu qu’en vertu d’une permission de l’autorité administrative; Le tableau des établissements qui y est annexé; L’état supplémentaire arrêté par notre ministre de l'Intérieur, le 22 novembre 1811; Les demandes adressées par plusieurs préfets, à l’eü’etde savoir si les permissions nécessaires pour la formation des établissements compris dans la troisième classe seront délivrés par les sous-préfets ou par les maires ; Notre Conseil d’État entendu, Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : Article Ior. — A compter de.cc jour, la nomenclature jointe à la présente or- donnance servira seule de règle pour la formation des établissements répandant une odeur insalubre ou incommode. Art. 2. — Le procès-verbal d’information de commodo et d'incommodo, exigé par l'article 7 du décret du la octobre 1810, pour la formation des établissements compris dans la seconde classe de la nomenclature, sera pareillement exigible, en outre de l’affiche de la demande, pour la formation, de ceux compris dans la pre- mière classe. Il n’est rien innové aux autres dispositions de ce décret. Art. 3.—Les permissions nécessaires pour la formation des établissements compris dans la troisième classe seront délivrées, dans les départements, confor- mément aux articles 2 et 8( du décret du 15 octobre 1810, par les sous-préfets, après avoir pris préalablement l’avis des maires et de la police locale. Art. 4. — Les attributions données aux préfets et aux sous-préfets par le dé- cret du 13 octobre 1810, relativement à la formation des établissements répan- dant une odeur insalubre ou incommode, seront exercées par notre directeur général de la police dans toute l’étendue du département de la Seine, et dans les communes de Saint-Cloud, de Meudon et de Sèvres, du département de Seine-el-Oise. Art. 3. — Les préfets sont autorisés à faire suspendre la formation ou l’exercice des établissements nouveaux qui, n’ayant pu être compris dans la nomenclature précitée, seraient cependant de nature à y être placés. Ils pourront accorder l’au- torisation d’établissement pour tous ceux qu’ils jugeront devoir appartenir aux deux dernières classes de la nomenclature, en remplissant les formalités prescrites par le décret du 15 octobre 1810, sauf, dans les deux cas, à rendre compte à notre directeur général des manufactures et du commerce. Art. 6. — Notre ministre secrétaire d’État de l’intérieur est chargé de l’exécu- tion de la présente ordonnance, qui sera insérée au Bulletin des Lois. Pour l’exécution de ces décrets, il a été dressé une Nomenclature des éta- blissements insalubres, dangereux ou incommodes (plus simplement : des éta- blissements classés), dans laquelle les industries sont réparties dans chacune des trois classes prévues par les dispositions administratives. Il en résulte que : 1° Toutes ces industries ont besoin d'une autorisation pour s’ouvrir et fonctionner; 2° Celles de la première classe doivent toujours être éloignées des habi- tations. Elles ne sont autorisées que par le préfet, après enquête et affi- chage dans un rayon de 5 kilomètres ; 3° Celles de la deuxième classe peuvent s’installer à proximité des habi- tations, sous réserve de précautions convenables. L’autorisation est donnée par le préfet, sur l’avis du sous-préfet, après enquête faite par le maire de la commune, sans affichage; 4° Celles de la troisième classe sont soumises aux mêmes conditions que les établissements de la seconde. L’autorisation peut être donnée par le sous-préfet, après avis du maire, sans affichage ni enquête. Les préfets et sous-préfets ont l’habitude de consulter leur Conseil d’hy- giène pour apprécier les situations particulières et formuler les condi- tions protectrices qu’il faudra imposer à chaque établissement. Ils ne sont pas tenus de suivre l’avis de ce Conseil. Quelques établissements (dépôts de dynamite, huiles et essences inflamma- bles. Voy. p. 1245) sont soumis ü une législation spéciale. — Les droits des tiers sont nécessairement toujours réservés. — L’autorisation peut être temporaire. La protection à. laquelle on atteint au moyen de ces prévisions législa- tives est considérable, pourvu que les Conseils d’hygiène n’aient point trop d’indulgence pour l’industrie et que les préfets ne ménagent pas à l’excès les industriels, pour des raisons étrangères à l’hygiène. Il importe qu’on ne se laisse pas éblouir par la circulation de l’argent et, quand on a l’honneur d’être Conseil d’hygiène, d’être surtout sensible à la circula- tion de la santé. C’est pour n’avoir pas été suffisamment pénétrées de ces principes que les administrations se sont laissé déborder, sur tant de points, par l’industrie et que celle-ci empoisonne l’air, le sol, l’eau et l’homme lui-même, en protestant que son but suprême est de faire vivre les ouvriers. Sans entrer dans des considérations qui ne sont pas de notre ressort et simplement au nom de l’intégrité biologique des individus, de la fécondité des familles et du relèvement physique de la race, nous ver- rions avec satisfaction l’Etat protéger moins les diverses industries, les obliger à faire les frais de leur propre assainissement et laisser succomber sous l’effort de la libre concurrence un certain nombre d’entreprises peu viables qui ne font que ruiner les consommateurs. NOMENCLATURE DES ÉTABLISSEMENTS INSALUBRES, DANGEREUX OU INCOMMODES Annexée au décret du 3 mai 188G. DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. Abattoirs publics (voir aussi Tueries) Absinthe (voir Distilleries) Acide arsénique (fabrication de 1') au moyen de l'acide arsé- nieux et de Facide azotique : I” Quand les produits nitreux ne sont pas absorbés 2° Quand ils sont absorbés Acide chlorhydrique (production de l’J par décomposition des chlorures de magnésium, d’aluminium et autres 1° Quaud l’acide n est pas condensé 2° Quand l’acide est condensé Acide fluorhydrique (fabrication de 1') Acide lactique (fabrication d') Acide muriatique (voir Acide chlorhydrique) Acide nitrique (fabrication de 1') Acide oxalique (fabrication de 1') : 1° Par l'acide nitrique a. Sans destruction des gaz nuisibles b. Avec destruction des gaz nuisibles 2° Par la sciure de bois et la potasse Acidepicrique (fabrication de 1’) : 1° Quand les gaz nuisibles ne sont pas brûlés 2" Avec destruction des gaz nuisibles Acide pyroliyneux (fabrication de 1’) : 1" Quand les produits gazeux ne sont pas brûlés 2° Quand les produits gazeux sont brûlés Acide pyroliyneiac (purification de 1’) Acide salicyligue (fabrication de 1') au moyen de l'acide phénique INCONVÉNIENTS. Odeur et altération des eaux.. Vapeurs nuisibles, id Emanations nuisibles.... Emanations accidentelles Emanations nuisibles.... Odeur Emanations nuisibles.... Fumée Fumée accidentelle Fumée Vapeurs nuisibles.. ld Fumée et odeur ... Id Odeur Id CLASSES. J ro 1 r® «e i r0 2® 2e 2° 3® 1 r* 3® 2e 1 r© 3® 2° 3® 2® DÉSIGNATION DES INDUST1UES. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Acide stéarique (fabrication de T) : 1" Par distillation 2“ Par saponification Acide sulfurique (fabrication de 1’) : 1° Par combustion du soufre et des pyrites 2“ De Nordhausen par décomposition du sulfate de fer. Acide urique (voir Murexide). Acier (fabrication de 1’) Affinage de l’or et de l’argent par les acides Affinage des métaux au fourneau (voir Grillage des mine- rais). Agglomérés ou briquettes de houille (fabrication des) : 1° Au brai gras 2° Au brai sec Albumine (fabrication de 1’) au moyeu du sérum frais du sang Alcali volatil (voir Ammoniaque). Alcool (rectification de 1’) Alcools autres que de vin, sans travail de rectification Alcools (distillerie agricole d’) Aldéhyde (fabrication de P) Alizarine artificielle (fabrication de 1') au moyen de l'au- tbracène Allumettes chimiques (dépôt d’) : 1“ En quantités au-dessus de 25 mètres cubes 2“ De 5 à 25 mètres cubes Allumettes chimiques (fabrication des) Alun (voir Sulfate de fer, d’alumine, etc.). Amidon grillé (fabrication de 1’) Amidonneries : 1° Par fermentation 2° Par séparation du gluten et sans fermentation Ammoniaque (fabrication en grand de f) par la décomposi- tion des sels ammoniacaux Amorces fulminantes (fabrication des) Amorces fulminantes pour pistolets d’enfants (fabrication d’). Aniline (voir Nitrobensine). Arcansons ou racines de pin (voir Résines, etc.). Argenture des glaces avec application de vernis aux hydro- carbures Argenture sur métaux (voir Dorure et Argenture). Arséniate de potasse (fabrication de 1’) au moyen du sal- pêtre : 1° Quand les vapeurs ne sont pas absorbées 2° Quand les vapeurs sont absorbées Artifices (fabrication des pièces d’)... Odeur et danger d’incendie.. Id Emanations nuisibles ld Pumée Emanations nuisibles Odeur et danger d’incendie... Odeur ld Danger d'incendie Altération des eaux ld Danger d’incendie Odeur et danger d’incendie... Danger d’incendie ld Danger d’explosion ou d’in- cendie Odeur Odeur, émanations nuisibles et altération des eaux Altération des eaux Odeur Danger d’explosion Odeur et danger d’incendie.. Emanations nuisibles Emanations accidentelles Danger d’incendie et d’explo- sion Asphaltes, bitumes, brais et matières bitumineuses solides (dépôts d’) Asphaltes et bitumes (travail des) à feu nu Ateliers de construction de machines et wagons (voir Ma- chines et wagons). Bâches imperméables (fabrication des) : 1° Avec cuisson des huiles 2° Sans cuisson des huiles Bains et boues provenant du dérochage des métaux (traite- ment des) : 1° Si les vapeurs ne sont pas condensées 2° Si les vapeurs sont, condensées Baleine (travail des fanons de) (voir Fanons de baleine). Baryte caustique par décomposition du nitrate (fabrication de la) : 1° Si les vapeurs ne sont ni condensées ni détruites.... 2° Si les vapeurs sont condensées ou détruites Baryte (décoloration du sulfate de) au moyeu de l’acide chlorhydrique à vases ouverts Battage, caruage et épuration des laines, crins et plumes de literie Battage des cuirs à l’aide de marteaux Battage des tapis en grand Battage et lavage (ateliers spéciaux pour le) des fils de laine, bourres et déchets de filature de laine et de soie dans les villes Batteurs d’or et d’argent Odeur, danger d’incendie Id Danger d'incendie ld Vapeurs nuisibles Vapeurs accidentelles Vapeurs nuisibles.... Vapeurs accidentelles Emanations nuisibles. Odeur et poussière... Bruit et énranlemcnt. Bruit et poussière.... Id Bruit. I” 2« lr* 1« 3« 1" 2e 3' 3' 2' 3' 3' 1” 3» 1” 3- lr. a s 3e [re 2' 2« 1" 2« lr* 3 2' |ro 2» 1" 2e ire 2« 2* 3* 3* 2* 3' 3* DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. INCONVÉNIENTS. Battoir à écorces dans les villes Benzine (fabrication et dépôts de) (voir Huiles de pétrole, de schiste, etc.). Benzine (dérivés de la) (voir Nitrobenzinc). Betteraves (dépôts de pulpes de) humides destinées à la vente Bitumes (fabrication et dépôts de) (voir Asphaltes). Blanc de plomb (voir Céruse). Blanc de zinc (fabrication de) par la combustion du métal. Blanchiment : 1° Des (ils, des toiles de la pâte à papier par le chlore. 2° Des fils et tissus de lin, de chanvre et de coton par les chlorures (hvpochlorites) alcalins 3° Des fils et tissus de laine et de soie par l'acide sul- fureux.. Blanchiments des fils et tissus de laine et desoie par l’acide sulfureux en dissolution dans l’eau Bleu de Prusse (fabrication du) (voir Cyanure de potassium). Bleu d’outremer (fabrication de) : 1° Lorsque les gaz ne sont pas condensés 2“ Lorsque les gaz sont condensés Bocards à minerais ou à crasses Boues et immondices (dépôts de) et voiries Bougies de paraffine et autres d’origine minérale (moulage des) Bougies et autres objets en cire et en acide stéarique Bouillon de bière (distillation de) (voir Distilleries). Boules au glucose caramélisé pour usage culiuaire (fabrica- tion de) Bourre (voir Battage et lavage des fils de laine, Bour- res, etc.). Boutonniers et autres emboutisseurs de métaux par moyens mécaniques Boyauderies (travail des boyaux frais pour tous usages)... Boyaux et pieds d’animaux abattus (dépôts de) (voir Chairs, Débris, etc.). Boyaux salés destinés au commerce de la charcuterie (dé- pôts de) Brasseries Briqueteries avec fours non fumivores Briqueteries flamandes Briquettes ou agglomérés de houille (voir Agglomérés). BriLterie de galons et tissus d'or ou d’argent (voir Galons). Buanderies Café (torréfaction en grand du) Caillettes et Caillons pour la confection des fromages (voir Chairs, Débris, etc.). Cailloux (fours pour la calcination des) Cidorigène (dépôts de) et mélanges de ce genre Carbonisation des matières animales en général Carbonisation du bois : 1° A l’air libre dans des établissements permanents et autre part qu'en forêt l Avec dégagement dans l’air des pro- 2» Fn vases clos duils gazeu,c de la distillation " ' ) Avec combustion des produits gazeux I de lu distillation Caoutchouc (application des enduits du) Caoutchouc (travail du) avec emploi d'builes essentielles ou de sulfure de carbone Cardagc des laines, etc. (voir Battage). Cantonniers Celluloïd et produits uitrés analogues, bruts ou travaillés (dépôts et magasins de vente en gros de) Celluloïd et produits i (ateliers de façonnage de) nitrés analogues.. ( (fabrication de) Cendres d'orfèvre (traitement des) par le plomb Cendres gravelées : 1” Avec dégagement de la fumée au dehors 2“ Avec combustion ou condensation des fumées Céruse ou blanc de plomb (fabrication de la) Chairs, débris et issues (dépôts de) provenant de l’abatage des animaux Chamoiseries Chandelles (fabrication des) Bruit et poussière Odeur, émanations Fumées métalliques Odeur, émanations nuisibles.. Odeur, altération des eaux.... Emanations nuisibles Emanations accidentelles Emanations nuisibles Emanations accidentelles Bruit Odeur Odeur, danger d’incendie.... Danger d'incendie Odeur Bruit Odeur, émanations nuisibles.. Odeur. Id Fumée Id, Altération des eaux Odeur et fumée.... Fumée Danger d'incendie Odeur Odeur et fumée Id Id... Danger d'incendie Odeur, danger d'incendie Odeur Danger d'incendie Id Vapeurs nuisibles, danger d'in- cendie Fumées métalliques Fumée et odeur Id Emanations nuisiblos Odeur id ;; Odeur, danger d'incendie CLASSES. 3‘ 3» 3* n« 3” 2* 3' 1re 2« 3° 1“ 3” 3* 3' i 3* D' 2* 3” 3* o» 3' 3' 3« 2' 1» 2« 2" 3" 2' 2« 3* 3* 2« |rt 3° 1™ 2« 3e trc 24 3* désignation des industries. inconvénients. CLASSES. I Chantiers de bois à brûler dans les villes imanations nuisibles, danger d'incendie Chanvre (teillage et rouissage du) en grand (voir Teillage ou Jiouissage). Chanvre imperméable (voir Feutre, goudronné). Chapeaux de feutre (fabrication de). 3* 3‘ Chapeaux de soie ou autres préparés au moyen d’un vernis (fabrication de) Charbon animal (fabrication ou revivification du) (voir Car- bonisation des matières animales). Charbon de bois dans les villes (dépôts ou magasins de)... Charbons agglomérés (voir Agglomérés). Charbons de terre (voir Houille et Coke). Chaudronnerie et serrurerie (ateliers de) employant des mar- teaux à la main, dans les villes et centres de population de 2,000 âmes et au-dessus : t" Ayant de 4 à 10 étaux ou enclumes ou de 8 à 20 ou- ld 3e I 2° Ayant plus de 10 étaux ou enclumes ou plus de Id c>e ! Chaudronneries (voir Forges et Chaudronneries). Chaux- (Jours à) : 2e 3® I ld! 3- 1ro 3 e Chiffons (traitement des) par la vapeur de l'acide chlorhy- drique : lre 3e -e Chlorure de chaux (fabrication du) : ld 9e 2° Dans les ateliers fabriquant au plus 300 kilogrammes Id 3e ld Qe lrC Odeur 3e ! Id 3e Chrysalides (ateliers pour l’extraction des parties soyeuses Id ire Ciment (fours à) : Fumée, poussière 9e Id. .* 3° 3° 3e Cocons : 2e Coke (fabrication du) : \rt 9e Odeur, altération des eaux... Danger d'explosion ou d’in- ir* Ire Combustion des plantes marines dans les établissements per Odeur et fumée lre Construction (ateliers de) (voir Machines et wagons). Cordes à instruments en boyaux (fabrication de) (voir Boyau deries). Cornes et sabots (aplatissement des) : Odeur et altération des eaux.. 9e Odeur 3e id 2° 3e Crayons do graphite pour éclairage électrique (fabricatioi des) Bruit et fumée 9e Créions (fabrication de) Odeur et danger d’incendie.. Id lre Crins (teinture des) (voir Teintureries). Crins et soies de porc (voir Soies de porc). Cristaux (fabrication de) (voir Verreries, etc.). Cuirs (battage des) (voir Hallage). 1™ 9e Cuivre (dérochage du) par les acides Odeur, émanations nuisibles. 3' DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. INCONVÉNIENTS. Cuivre (foule du) (voir Fonderie de cuivre, etc.). Cyanure de potassium et bleu de Prusse (fabrication de) : 1° Par la calcination directe des matières animales avec la potasse 2“ Par l'emploi de matières préalablement carbonisées en vases clos Cyanwe rouge de potassium ou prussiate rouge de potasse. Débris d'animaux (dépôts de) (voir Chairs, etc.). Déchets de laine (dégraissage des)(voir Peaux,Etoffes, etc.). Déchets de matières filamenteuses (dépôts de) eu grand dans les villes Déchets des filatures de lin, de chanvre et de jute (lavage et séchage en grand des) Dégras ou huile épaisse à l’usage des chamoiseurs et cor- royeurs (fabrication de) Dérochage du cuivre (voir Cuivre). Distilleries en général, eau-de-vie, genièvre, kirsch, absinthe et autres liqueurs alcooliques Dorure et argenture sur métaux Dynamite (fabriques et dépôts). (Régime spécial. Loi du S mars 1875 et decrets des 24 août 1875 et 28 oct. 1882). Eau de javelle (fabrication d’) (voir Chlorures alcalins). Eau-de-vie (voir Distilleries). Eau-forte (voir Acide nitrique). Eaux grasses (extraction, pour la fabrication du savon et autres usages, des huiles contenues dans les) : 1° En vases ouverts 2° En vases clos Eau oxygénée (fabrique d’) (voir Baryte caustique). Eaux savonneuses des fabriques (voir Builes extraites des débris d’animaux). Echaudoirs : 1° Pour la préparation industrielle des débris d’animaux. 2° Pour la préparation des parties d’animaux propres à l'alimentation Ecorces (battoir à) (voir Battoir). Email (application de 1') sur les métaux Emaux (fabrication d') avec fours non fumivores Encres d’imprimerie (fabrication des) : 1° Avec cuissoô d’huile à feu nu 2° Sans cuisson d’huile à feu nu Engrais (dépôts d’) au moyen des matières provenant de vidanges ou de débris d'animaux : 1“ Non préparés ou en magasin non couvert 2° Desséchés ou désinfectés et en magasin couvert, quand la quantité excède 25,000 kilogrammes 3° Les mêmes, quand la quantité est inférieure à 25.000 kilogrammes Engrais (fabrication des) au moyen des matières animales. Engraissement des volailles dans les villes (établissement pour 1’) Epaillage des laines et draps (par la voie humide) Eponges (lavage et séchage des) Epuration des laines, etc. (voir Battage). Equarrissage des animaux (ateliers d’) Etamage des glaces (ateliers d’) Ether (dépôts d') : 1" Si la quantité emmagasinée est, même temporaire- ment, de 1,000 litres ou plus 2" Si la quantité, supérieure à 100 litres, n’atteint pas 1.000 litres Ether (fabrication de P) Etoffes (dégraissage des) (voir Peaux, Etoffes, etc.), Etoupes (transformation en) des cordages hors de service, goudronnés ou non Etoupilles (fabrication d ) avec matières explosives Faïence (fabrique de) : 1° Avec fours non fumivores 2° Avec fours fumivores Fanons de baleines (travail des) Fécule ries Fer (dérochage du) Fer (gavanisation du) fer-blanc (fabrication du) Odeur ld Emanations nuisibles Danger d'incendie Odeur, altération des eaux.... Odeur, danger d'incendie.... Danger d’incendie Emanations nuisibles Odeur, danger d’incendie, ld Odeur ld Fumée ld Odeur et danger d'incendie... ld Odeur Id ld ld ld Danger d’incendie Odeur et altération des eaux.. Odeur, émanations nuisibles.. Emanations nuisibles Danger d’incendie et d’explo- sion ld ld Danger d’incendie Danger d’explosion et d'incen- die Fumée.. Fumée accidentelle ... Emanations incommodes Odeur, altération des eaux Vapeurs nuisibles ri Fumée CLASSES. lr* 2° 3" 3" o« iro 3» 3* 1rc Qo 1" 3» 3 3« t” OU 1r0 Oo 3* lr. 3" 3° 3» |r. 3' |r. 2° iro 3» iro 2« 3» 3“ 3" 3» 3° 3" désignation des industries. inconvénients. CLASSES. Feutre goudronné (fabrication du) Feutres et visières vernis (fabrication de) ld ïre 3« Filature de cocons (ateliers dans lesquels la) s’opère en grand, c'est-â-dire employant au moins 6 tours Odeur, alteration des eaux... Fonderie de cuivro, laiton et bronze Fonderies en deuxième fusion Fumée Fonte et laminage du plomb, du zinc et du cuivre Bruit, fumée 3« 9c Forges et chaudronneries de grosses œuvres employant des marteaux mécaniques Fumée, bruit Formes en tôle pour raffinerie (voir Tôles vernies). Fourneaux (hauts-) 9« 3« Fours à plâtre et fours à chaux (voir Plâtre, Chaux). Fromages (dépôts de) dans les villes Odeur Fulminate de mercure (fabrication du). (Régime spécial. Ordonnance du 30 octobre 1836) Danger d'explosion et d’incen- die Ire Galipots ou résines de pin (voir Résines). Galons et tissus d'or et d’argent (brûlerie en grand des) dans les villes Odeur 9e Gaz (goudrons des usines à) (voir Goudrons). Gaz d'éclairage et de chauffage (fabrication du) : 1“ Pour l’usage public. (Régime spécial. Décret du 9 fé- ] vrier 1867) Odeur, danger d’incendie.... td 9« 2° Pour l’usage particulier 3® Gazomètres pourFusage particulier, non attenant aux usines Id 3e Gélatine alimentaire et gélatines provenant de peaux blanches Odeur 3e Générateurs à vapeur. (Régime spècial. Décret du 30 avril 1880). Genièvre (voir Distilleries). Glace (voir Réfrigération). Glaces (étamage des) (voir Etamage). Id ■ 3« Glycérine (extraction de la) des eaux de savonnerie ou de ld 9e Goudrons et brais végétaux d’origines diverses (élaboration Odeur, danger d’incendie ld ire 9e Goudrons (traitement des) dans les usines à gaz ou ils se V Id 9e Goudrons (usines spéciales pour l’élaboration des) d’origines ld tr® ld j.re Odeur lre Id 3e Odeur, danger d iuceudie lr« Gravure chimique sur verre, avec application de vernis aux ld 9e Grillage des minerais sulfureux Fumée, émanatious nuisibles. T" Guano (dépôts de) : 1° Quand l’approvisionnement excède 25,000 kilogr... i« Id 3' Id 3« ld 3' Houille (agglomérés de) (voir Agglomérés). Huile de Bergues (fabrique d’) (voir Dégras). Huile de pieds de bœuf (fabrication d’) : id 1” 2° Quand les matières employées ne sont pas putréfiées. Huile épaisse ou dégras (voir Dégras). Id 9e 3* Huiles do pétrole, do schiste et de goudron, essences et autres hydrocarbures employés pour l'éclairage et le chauf- fage, la fabrication des couleurs et vernis, le dégraissage des étoffes et autres usages (fabrication, distillation, tra- vail en grand et dépôts d’). Régime spécial. Décrets des 19 mai 1873, 12 juillet 1884 et 20 mars 1885. Huiles de poisson (fabrique H’Y Id (r« Huiles de résine (fabrication d’) ld 1 fC Huiles de ressence (fabrication d') Odeur, altération des eaux... Odeur, danger d’incendie 2® Huiles (épuration des) ! 3' Huiles essentielles ou essences de térébenthine, d’aspic et autres (voir Huiles de pétrole, de schiste, etc.). Huiles et autres corps gras extraits des débris des matières animales (extraction des) Id 1” 127o DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Huiles extraites des schistes bitumineux (voir Huiles de pé- trole, de schiste, etc.). Huiles lourdes créosotées (injection des bois à l’aide des) : Ateliers opérant eu graud et d'une manière permanente. Huiles (mélange à chaud ou cuisson des) : Odeur, danger d’incendie.... Id 2* tr. ld 2* Huiles oxydées par exposition à l'air (fabrication et emploi 1(1 O* Ici 2" Huiles rousses (fabrication d'i par extraction des cretons et 1(1 1" Impressions sur étoffes (voir Toiles peintes). Jute (teillage du) ivoir Teillage). Kirsch (voir Distilleries). Laine (voir Battage et lavage des fils de laine, etc.). 2e Odeur et fumée 3* Lavage des cocons (voir Cocons). Lavage et séchage des éponges (voir Eponges). Altération des eaux 3» ld 3* Lavoirs à minerais en communication avec des cours d’eau. Id 3“ Fumée, odeur et émanations 2« Lies de vin (incinération des) : fre Id Oe ld 2° Fumee, émanations nuisibles. Danger d’incendie et d’explo- 1r® Lin (rouissage du) (voir Ilouissage). Lin (teillage en grand du) (voir Teillage). Liquides pour l’éclairage (dépôts de) uu moyen de l'alcool 0* Liqueurs alcooliques (voir Distilleries). 3' 2S Machines à vapeur (voir Générateurs). Altération des eaux 3e Marcs ou charrées de soude (exploitation des), en vue d’en Odeur, émanations nuisibles.. 1 re 3e 3° Matières colorantes (fabrication des) au moyen de l’aniline Odeur, émanations.nuisibles.. Danger d’incendie ou d’explo- sion 3e Mèches de sûreté pour mineurs (fabrication des) : t” Quand la quantité manipulée ou conservée dépasse lrfl 2° Quand la quantité manipulée ou conservée est infé- Id cto Mégisseries Odeur 3° Ménageries Métaux (ateliers de) pour construction de machines et appa- reils (voir Machines). 3° Miroirs métalliques (fabrique de) et autres ateliers employant des moutons. 1° Ou on emploie des marteaux ne pesant pas plus de 25 kilogrammes et n’ayant que t mètre au plus de lon- gueur de chute 2" Ou on emploie des marteaux ne pesant pas plus de 25 kilogrammes et ayant plus de 1 mètre do longueur de chute id 2® 2® 3° Ou on emploie des marteaux d’un poids supérieur à 25 kilogrammes, quelle que soit la longueur de chute... Morues (sécheries des) id Moulin fi broyer le plâtre, la chaux, les cailloux et les pouzzolanes Moulins à huile (voir Huileries). Moutons (ateliers employant des) (voir Miroirs métalliques). Murexide (fabrication de la) en vases clos par la réaction de l’acide azotique et de l’acide urique du guano Emanations nuisible 2* Nitrate de méthyle (fabrique de) désignation des industries. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Nitrates métalliques obtenus par l’action directe des acides (fabrication des) : 1" Si les vapeurs ne sont pas condensées \rt 2° Si les vapeurs sont condensées Nitro-benzine, aniline et matières dérivant de la benzine (fabrication de) Odeur, émanations nuisibles et Noir de fumée (fabrication de) par la distillerie de bouille, des goudrons, bitumes, etc danger d’incendie 2e 2* 9e Noir des raffineries et des sucreries (revivification du).., Emanations nuisibles, odeur.. Noir d’ivoire et noir animal (distillation des os ou fabrica- tion du) : 1° Lorsqu’on n’y brûle pas les gaz Odeur ire 9e 2° Lorsque les gaz sont brûlés Id Noir minéral (fabrication de) par le broyage des résidus de la distillation des schistes bitumineux Odeur et poussière 3° Oignons (dessiccation des) dans les villes Odeur «e Olives (confiserie des) 3e Olives (tourteaux d') (voir Tourteaux). Orseille (fabrication de 1’) : 1° En vases ouverts lr0 ■ 2° A vases clos et employant de l'ammoniaque à l’exclu- sion de l’urine Id 3e Os (torréfaction des) pour engrais : 1° Lorsque les gaz ne sont pas brûlés Odeur et dauger d'incendie... i” 2° Lorsque les gaz sont brûlés Id 9e Os d’animaux (calcination des) (voir Carbonisation des ma- tières animales). Os frais (dépôts d’) en grand Odeur, émanations nuisibles.. ire 3e Ouates (fabrication des) Poussière et danger d’incendie. 3e Papier (fabrication du) 3e 3e Pâte à papier (préparation de la) au moyen de la paille et 9e Peaux de lièvre et de lapin (voir Secrétage). 3e Peaux, étolfes et déchets de laine (dégraissage des) par les huiles de pétrole et autres hydrocarbures Odeur et danger d’incendie... 1" Peaux fraîches (voir Cuirs verts). 3e 2e Id 3e Peaux sèches (dépôts de), conservées à l’aide de produits Id 3e Perchlorure de fer par dissolution de peroxyde de fer (fa- Emanations nuisibles 3e Pétrole (voir Huiles de pétrole, etc.). Phosphate de chaux (ateliers pour l'extraction et le lavage Altération des eaux 3e Danger d’incendie Ire Bruit et poussière 3' Pipes à fumer (fabrication des) : Fumée 9e Fumée accidentelle 3e Plantes murines (voir Combustion des plantes marines). Emanations nuisibles 9e Plâtre (fours à) : Fumée et poussière 9c 2“ Ne travaillant pas plus d’un mois Plomb (fonte et laminage du) (voir Ponte). Poèliers fournalistes, poêles et fourneaux en faïence et terre cuite (voir Faïence). Poils de lièvre et de lapin (voir Secrétage). Id ' Odeur incommode 3e 9e Porcelaine (fabrication de la) : 9c 3' Porcheries comprenant plus de six animaux adultes : 1° Lorsqu’elles ne sont point l’accessoire d’un établisse- ment agricole Odeur, bruit 9e 2° Lorsque, dépendant d’un etablissement agricole, elles sont situées dans les agglomérations urbaines du 5,000 âmes Id oe Potasse (fabrication de la) par calcination des résidus de «f désignation des industries. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Poteries de terre (fabrication de) avec fours non fumivorcs. Fumée 3' Poudres et matières fulminantes (fabrication de) (voir aussi Fulminate de mercure) Danger d’explosion et d'inccu- die 1Tt Poudrette (dépôts de) (voir Engrais). Poudrette (fabrication de) et autres engrais au moyen de matières animales Odeur et altération des eaux.. |r. 3" 2e Prussiate de potasse (voir Cyanure de potassium). Pulpes de betteraves (voir Betteraves). Pulpes de pommes de terre (voir Féculeries). Oo Réfrigération (appareils de) : Qe 3« 3° Par l'éther ou autres liquides volatils et combustibles. Danger d'explosion et d'incen- die 3' Résines, galipots et arcansons (travail en grand pour la fonte et l’épuration des) Odeur, dangers d'incendie.... i r0 Rognes (dépôts de salaisons liquides connues sous le nom de) Odeur • 2» 1ro Rouissage en grand du chanvre et du lin Emanations nuisibles et altéra- tion des eaux ire Rouissage en grand du chanvre et du lin par l’action des Id Oc Sabots (ateliers à enfumer les) par la combustion de la corne ou d’autres matières animales dans les villes jra Salaison et préparation des viandes Odeur 3“ Salaisons (ateliers pour les) et le saurage des poissons Id 2' Salaisons (dépôts de) dans les villes ld Ou Sang : 1° Ateliers pour la séparation de la fibrine, de l'albu- mine, etc Id ire 2° (Dépôts de) pour la fabrication du bleu de Prusse et autres industries ire 3* (Fabrique de poudre de) pour la clarification des vins. kl p» Sardines (fabrique de conserves de) dans les villes Id 2° Saucissons (fabrication en grand de) Id Oo Saurage des harengs (voir Hareng). Savonneries Id 3e Schistes bitumineux (voir Huiles de pétrole, de schistes, etc.). Scieries mécaniques et établissements ou l'on travaille le bois à l’aide de machines à vapeur ou à feu 3» Sechage des éponges (voir Eponges). Séchenes des morues (voir Morue). Secrétage des peaux ou poils de lièvre et de lapin Odeur 9« Sel ammoniac et sulfate d'ammoniaque (fabrication des) par l'emploi des matières animales : i° Comme établissement principal Odeur, émanations nuisibles.. lre 2° Comme annexe d’un dépôt d’engrais provenant de vidanges ou de débris d’animaux précédemment autorisé. Id Qe Sel ammoniac et sulfate d'ammoniaque extraits des eaux d’épuration du gaz (fabrique spéciale de) Oo i Sel de soude (fabrication du) avec le sulfate de soude Fumée, émanations nuisibles.. 3° Sel d’étain (voir Protochlorure d’étain). Serrurerie (ateliers de) (voir Chaudronnerie et serrurerie). Sinapismes (fabrique des) ô l’aide des hydrocarbures : 1° Sans distillation Oo 2° Avec distillation Odeur et danger d’incendie... [ro Sirops de fécule et glucose (fabrication des) Odeur 3° Soies (voir Filature des cocons). Soies de porcs (préparation dos) : 1“ Par fermentation Id 2" Sans fermentation Soude (voir Sulfate de soude). Soudes brutes (dépôts de résidus provenant du lessivage des). Odeur, émanations nuisibles.. ire Soudes brutes de varech (fabrication des) dans les établis- sements permanents irc Soufre (fusion ou distillation du) Emanations nuisibles, danger d'incendie • Soufre (lustrage au) des imitations de chapeaux de paille. o« Poussière nuisible 3« Soufre (pulvérisation et blutage du).. Poussière, danger d'incendie 3° Soufre (voir Raffineries et fabrique de sucre). Suif brun (fabrication du) Odeur, danger d'incendie.... p" désignation des industries. Suif en branches (fonderies de) : i° A feu nu 2° Au bain-marie ou à la vapeur Suif d'os (fabrication du) Sulfate de baryte (décoloration du) (voir Baryte). Sulfate de cuivre (fabrication du) au moyen du grillage des pyrites Sulfate de fer, d’alumine et alun (fabrication du) par le la- vage des terres pyriteuses et alumineuses grillées Sulfate de mercure (fabrication du) : 1° Quand les vapeurs ne sont pas absorbées 2° Quand les vapeurs sont absorbées Sulfate de peroxyde de fer (fabrication du) par le sulfate de protoxyde de fer et l'acide nitrique (nitro-sulfate de fer). Sulfate de protoxyde de fer ou couperose verte par l’action de l’acide sulfurique sur la ferraille (fabrication en grand du) Sulfate de soude (fabrication du) par la décomposition du sel marin par l’acide sulfurique : 1° Sans condensation de l’acide chlorhydrique 2° Avec condensation complète de l’acide chlorhydrique. Sulfure d’arsenic (fabrication du), à la condition que les vapeurs seront condensées Sulfure de carbone (dépôts de). (Suivent le régime des huiles de pétrole). Sulfure de carbone (fabrication du) Sidfure de carbone (manufactures dans lesquelles on em- ploie en grand le) Sulfure de sodium (fabrication du) Sulfures métalliques (voir Grillage des minerais sulfureux). Superphosphate de chaux et de potasse (fabrication du).... Tabac (incinération des côtes de) Tabacs (manufactures de) Tabatières en carton (fabrication des) Taffetas et toiles vernis ou cirés (fabrication de) Tan (moulins à) Tannée humide (incinération de la) Tanneries Tapis (battage en grand des) (voir Battage). Teillage du lin, du chanvre et du jute eu grand Teintureries Teintureries de peaux Térébenthine (distillation et travail en grand de la) (voir Huile de pétrole, de schiste, etc.). Terres émaillées (fabrication de) : 1° Avec fours non fumivores 2° Avec fours fumivorcs Terres pyriteuses et alumineuses (grillage des) Tissus d or et d’argent (brûlerie en grand des) (voir Galons). Toiles (blanchiment des) (voir Blanchiment). Toiles cirées (voir Taffetas et toiles vernis). Toiles grasses pour emballage, tissus, cordes goudronnées, papiers goudronnés, cartons et tuyaux bitumés (fabrique de) : l° Travail à chaud 2° Travail à froid Toiles peintes (fabrique de) Toiles vernies (fabrique de) (voir Taffetas et toiles vernies). Tôles et métaux vernis Tonnelleries en grand opérant sur des fûts imprégnés de matières grasses et putrescibles Torches résineuses (fabrication de) Tourbe (carbonisation de la) : 1° A vases ouverts 2° A vases clos Tourteaux d’olives (traitement des) par le sulfure de car- bone Tréfilerics Triperies annexes des abattoirs Tueries d’animaux (voir aussi Abattoirs publics) Tuileries avec fours non fumivores Tuiles métalliques (trempage au goudron des) Tuyaux de drainage (fabrique de) Urate (fabrique d’) (voir Engrais [Fabrication des].) INCONVÉNIENTS. Odeur, danger d'incendie Odeur Odeur, altération des eaux, danger d'incendie Emanations nuisibles et fumée. Fumée et altération des eaux. Emanations nuisibles Emanations moindres Emanations nuisibles Fumée, émanations nuisibles.. Emanations nuisibles Id Odeur, émanations nuisibles.. Odeur, danger d’incendie Danger d'incendie Odeur Emanations nuisibles Odeur et fumée Odeur et poussière Odeur et danger d'incendie.. Id Bruit et poussière Fumée, odeur Odeur Poussière et bruit Odeur et altération des eaux.. Odeur Fumée Fumée accidentelle Fumée, émanations nuisibles. Odeur, danger d'incendie Id Odeur Odeur, danger d’incendie.... Bruit, odeur et fumée Odeur et danger du feu Odeur et fumée Odeur Danger d’incendie Bruit et fumée Odeur et altération des eaux.. Danger des animaux et odeur. Fumée Emanations nuisibles, danger d’incendie Fumée CLASSES. !" 2« lr* P* 3* 1" 2* 2* 3" P° 9e 1 re 1” 2' 9e 1" 9e 3' 1" 3' 2e 9e 2" 3' 3' 2e 3e 1" 2° 3e 3' 3e 9e 9e (re 9e }re 3* P* 9e 3' 2* 3* DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Vacheries dans les villes de plus de 5 000 habitants Odeur et écoulement des urines 3* Varech (voir Soudes de varech). Verdet ou vert-de gris (fabrication du) au moyen de l'acide 3' Vernis à l’esprit-de-vin (fabrique de) Odeur et danger d’incendie... Jd 2° Vernis (ateliers ou l’on applique le) sur les cuirs, feutres, taffetas, toiles, chapeaux (voir ces mots). ire Vernis (voir Argenture des glaces). Verreries, cristalleries et manufactures de glaces : Fumée et danger d’incendie.. 2° 3» Vessies nettoyées et débarrassées de toute substance mem- braneuse (atelier pour le gonflement et le séchage des).. Viandes (salaisons des) (voir Salaisons). Visières vernies (fabrique de) (voir Feutres et visières). Voiries (voir Boucs et immondices). Volailles (engraissement des) (voir Engraissement). Wagons (construction de) (voir Machines et wagons). 2e Vu pour être annexé au décret en date du 3 mai I8SG. Le Ministre du Commerce et de l'Industrie, Signé : Edouard LOCKROY. ANNEXE A LA CIRCULAIRE DU 10 NIAI 188G TABLEAU des industries non classées par le décret de 1886 et les décrets ultérieurs, et qui sont comprises dans la nomenclature ci-dessus. DÉSIGNATION DES INDUSTRIES. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Acide fluor hydrique (fabrication de ]’) Oe Alizarine artificielle (fabrication de l’) au moyen de l'an- thracène Odeur et danger d’incendie... Qa Bleu d*outre-mer (fabrication du) : 1° Lorsque les gaz ne sont pas condensés 1 r« 2” Lorsque les gaz sont condenses ?e Briqueteries flamandes 9e Chicorée (torréfaction en grand de la) 3e Crayons de graphite pour éclairage électrique (fabrication des) c/e Encres Æimprimerie (fabrication des) (1) : t° Avec cuisson d’huile à feu nu Odeur et danger d’incendie... Id tr0 2° Sans cuisson d’huile à feu nu Oo Epaillaye des laines et draps (par la voie humide) 3e Gravure chimique sur verre, avec application de vernis aux hydrocarbures Odeur, danger d’incendie.... 2° Huiles oxgdées par exposition à l’air (fabrication et emploi des) : 1° Avec cuisson préalable 1(1 2° Sans cuisson Id OC Malteries 3° Mèches de sûreté pour mineurs (fabrication des) : t° Quand la quantité manipulée ou conservée dépasse 100 kilogrammes de poudre ordinaire Danger d’incendie ou d’explo- sion 1rc Oo 2° Quand la quantité manipulée ou conservée est infé- rieure à 100 kilogrammes de poudre ordinaire Id Peaux salées non séchées (dépôts de).. Peaux sèches (dépôts de) conservées à l’aide de produits odorants Odeur 3e Id 3* (1) Cette fabrique était rangée par le décret de 1860 dans la lrc classe sans distinction de procédés employés. 4280 LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène désignation des industries. INCONVÉNIENTS. CLASSES. Porcheries comprenant plus de six animaux adultes (1) : 1“ Lorsqu'elles ne sont point l'accessoire d'un établis- sement agricole 2“ Lorsque, dépendant d’un établissement agricole, elles sont situées dans les agglomérations urbaines de 5,000 âmes et au-dessus bl 2e Verdet ou vert-de-fjris (fabrication du) au moyen de l’acide Id (1) Los porcheries étaient rangées, par le décret de tS66, dans la lre classe. Bibliographie. — IIirt (L.). Die Krankheiten cler Arbeiler. Leipzig, 1871-1878. — Hurel (A.). De la fabrication des brosses (Bull. Soc. méd. publ., I, p. 327, 1878). — Poin- caré (L.). Recherches sur les effets de La nitro-benzine (Rev. d’hyg., I, p. 708, 1879). — Tracy (Roger S.). Hygiene of occupation (A Treatise on Hygiene, Edited by Alb. Bcck, II, New-York, 1879). — Nafias (Henri). Note sur un nouveau cas de crampe professionnelle (Bull. Soc. de méd. publ., p. 267, 1879). — Rollet (.L). 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Les événements qui se sont accomplis en Europe, depuis moins de vingt ans, ont prouvé qu’au point de vue anthropologique les temps préhistoriques ne sont pas finis et que la IuLte pour l’existence reste ouverte entre les races dont la tète n’est pas faite de la môme manière, absolument comme nos ancêtres paléolithiques luttaient contre les grands ours et les reptiles gigantesques, et comme les hommes de Furfooz se superposaient à ceux de Cro-Magnon. Du moment que le fait existe, le mieux est qu’on l’ait reconnu. 11 n’est pas diL que l’adresse et l’intelligence ne primeront pas la force, ni que les peuples avisés et patients ne survivront pas aux tribus de proie, de même que l’homme faible et nu, mais qui a le cerveau et la main, a conquis le monde sur les fauves. Mais, en attendant, l’espèce se groupe en masses armées, énormes, et s’organise pour la bataille. Là est la raison d’être de l’Hygiène militaire et de l'Hygiène navale, qui, pour une part, est seulement une forme de la précédente. L’hygiène militaire a pour but d’étudier comment le groupe viril, formé en vue de défendre l’existence nationale, se meut dans les conditions communes et de tracer les règles suivant lesquelles il peut user le plus avantageusement des milieux et des modificateurs communs. C’est dire quelle n’est qu’un cas particulier de l’hygiène générale. Aussi les bril- lants écrivains qui l’ont cultivée ont-ils repris, et parfois même étendu, beaucoup des notions qui s’appliquent à toute l'humanité. Cependant, il y a lieu certaine- ment à une spécialisation qui nous paraît devoir comprendre les trois chefs sui- vants : 1° Conditions propres aux soldats : âge, dépaysement, changement de milieu, vie en commun, dispositions morales. 2° Réglementation de l'hygiène : abris, vêtement, alimentation, exercices. 3° Morbidité et mortalité militaires en paix ou en expédition. 1° Conditions propres aux soldats. L’étude du sujet de l’hygiène, encombrante lorsqu’il s’agit de l’homme abstrait, devient légitime en hygiène militaire, parce qu’il y a ici des condi- tions saisissables, dignes de particularisation, et dont la connaissance est utile. Age des soldats. — Les soldats sont jeunes. La masse des armées est dans l’âge de 21 à 25 ans ; les dispositions qui vont être en vigueur en France resserreront encore ces limites. En deçà, il y a quelques engagés volon- taires à partir de 18 ans. Au delà, quelques sous-officiers, la plupart des officiers et les hommes de la réserve, à l’époque de leurs appels; puis, l'armée territoriale, dans des périodes d’appel de plus en plus courtes. Ces soldats intermittents échappent beaucoup aux influences de la vie militaire; les considérations qui vont suivre ne leur sont généralement pas applicables. La jeunesse a la plus grande impressionnabilité morbide, sans avoir encore atteint toute la résistance possible. Les soldats sont donc en possession de la réceptivité entière vis-à-vis d’un grand nombre de maladies spécifiques, qu’ils n’ont pas eu le temps d’avoir encore : fièvres éruptives, fièvre typhoïde, oreillons, etc. Il semble, d’ailleurs, que l’activité de la nutrition, à cet âge, favorise l’intégrité de l’absorption des germes pathogènes. L’insuffisance de résistance fait le triomphe des causes des maladies banales. Les guerres du premier Empire, la guerre de Crimée, ont montré combien les troupes jeunes fondent vite, non devant l’ennemi, mais sous l’influence des agents météoriques, de la fatigue, des privations. Le dépaysement. — 11 agit physiquement et moralement. Quand, pour le recrutement de l’armée, on transporte l’homme du nord dans les régions méridionales, celui des hauteurs dans la plaine, le riverain de l’Océan au pied des Alpes et vice versa, il est clair qu'il en résulte quelque trouble dans les habitudes physiques, et l’obligation d’une sorte d'acclimatement, qui n’est pas sans danger. D’autre part, il y a une surprise morale, plus ou moins voisine de la nostalgie, et, dans tous les cas, constituant une situa- tion dépressive. L’Allemagne a l’organisation régionale (sauf pour l’Alsace et la Lorraine), c’est-à-dire que chaque région se recrute elle-même. Ce mode a probablement d’autres inconvénients, mais il supprime l’acclimate- ment dont nous parlons et il va être appliqué, en France, avec quelques atténuations. Changement de milieu. — Au point de vue qui nous occupe, le changement le plus dangereux pour les soldats consiste dans le passage brusque de la plupart d’entre eux du milieu rural dans le milieu urbain, de la vie de famille à la vie en groupe énorme, de l’air libre à l’air confiné. Nul n’a plus exactement relevé la gravité de cette situation que Léon Colin : « Pourquoi les soldats sont-ils plus particulièrement prédisposés aux atteintes des foyers miasmatiques? N’est-ce pas parce qu’ils sont si souvent les nouveaux venus dans ces foyers; nouveaux venus dans les villes, où règne la fièvre typhoïde; nouveaux venus dans les campagnes infectées par la malaria; nouveaux venus enfin dans les localités où allaient s’éteindre, vu l’accoutumance des anciens résidents, la fièvre jaune, le choléra, dont les germes semblent se revivifier au contact de ceux qui n’ont pas le bénéfice de cette assué- tude? » (Léon Colin.) Le nouveau venu est, en quelque sorte, le réactif de la salubrité d’un lieu et l’indice de l’influence épidémique latente qui pèse sur une localité, n’attendant pour éclore que des économies réceptives. C’est pour cela que l’arrivée des recrues fait éclater ou reprendre avec une nouvelle énergie, dans une caserne, dans une ville, la fièvre typhoïde qui allait disparaître ou à laquelle on ne pensait pas. La population civile a fait l’étoffe putride, terrain de fructification des germes; les soldats arrivent, vierges d’impré- gnation miasmatique, absolument réceptifs; la fièvre typhoïde éclate et la population civile en prend sa part, coyant qu’elle doit le fléau aux troupes. Que si cette population est déjà en proie à l’épidémie, les soldats y participeront tout de suite, et l’intensité de l’épidémie de caserne pourra faire juger du degré d’imprégnation typhique de l’atmosphère urbaine. La vie en commun. — La vie en commun, outre qu’elle nécessite aussi pour les soldats une autre sorte d’acclimatement et des plus périlleux, n’a nulle part une expression aussi haute et aussi complète que dans l’armée. Quoi que l’on fasse, les soldats sont forcément et constamment réunis en groupes, qui se répètent indéfiniment pour constituer la grande collectivité régimentaire. Dans les casernes, on peut ne mettre que 25,20 hommes ou même moins, dans une chambre; mais il faut bien que, tout autour de cette chambre, il y en ait de pareilles autant qu’il est nécessaire pour abriLer 2,000 hommes. La grande ressource, c’est le casernement à pavillons sans étage, séparés; encore, n’est-ce qu’une atténuation. La vie en commun a ici, à un degré correspondant à son intensité parti- culière, tous les dangers du méphitisme atmosphérique, de la promiscuité respiratoire, des transmissions contagieuses, directes ou par véhiculation aérienne. Léon Colin reconnaît, avec raison, une aggravation de l’influence de la vie en commun chez les groupes militaires : 1° dans l'identité des individus agglomérés; 2° dans le chiffre élevé des agglomérations. — L’importance de cette dernière condition va de soi, et l’on ne peut, dans l’armée, que la restreindre, non la supprimer. Quant à la première, elle imprime un carac- tère fatal aux conséquences de la vie en commun et fait que presque toutes les maladies des soldats sont épidémiques. Avec une pareille uniformité de constitution physique, d’âge, de régime, d’exercices, d’allures de toute sorte, il est impossible qu’un grand nombre ne soient pas impressionnés à la fois et de la même manière par les agents météoriques ou les principes spécifiques de maladies. Il n’y a rien de semblable dans les familles, les prisons, les ateliers, quelque développée qu’y soit la vie en commun. Il est à peine besoin de rappeler que, dans les casernes de cavalerie, le voisinage des chevaux et le harnachement ; dans toutes, les effets et chaus- sures des hommes, augmentent le méphitisme de la vie en commun. Dispositions morales. — Les soldats des pays civilisés ont, à peu près tous, reçu une instruction qui leur donne quelque sûreté d’allures, et une édu- cation qui leur a, au moins, fait sentir la grandeur et la noblesse du devoir auquel ils satisfont. C’est beaucoup, en face des périls sanitaires qui les attendent, non compris les coups de fusil. Néanmoins, il est rare que ce groupe d'âge ait une maturité suffisante pour discerner toujours les dangers évitables. La jeunesse est imprévoyante et téméraire; c’est presque une tradition, chez les soldats, de dépenser inutilement ses forces, d’affronter puérilement des risques sérieux, de dédaigner les conseils de l’hygiène. Il faudrait bien enseigner de bonne heure aux jeunes gens la vraie manière d’être brave. Les soldats doivent mépriser les balles, mais redouter la fièvre. 2° Réglementation militaire de l’hygiène. L.es abri». — Le soldat est logé, en paix, dans les casernes, les casemates, les baraques; en expédition (et même en manœuvres), dans des cantonne- ments, sous la tente, au bivouac. Casernes. — Leur emplacement. — Les casernes sont à l’intérieur des villes, à la périphérie sous le rempart, ou tout à fait en dehors. Il est clair que l’hygiène préfère ce dernier emplacement, heureusement adopté pour les nouvelles casernes de Nancy, sans nier que diverses raisons puissent faire tolérer les casernes centrales. Quant aux casernes sous le rempart, nous avons toujours remarqué que c’est un voisinage fâcheux, compromet- tant l’insolation, l’assèchement des locaux et la circulation de l’air autour d’eux. Quelques bronchites, dues aux grands coups de vent, dans les caser- nes sans voisinage, sont moins graves que la fièvre typhoïde et que la tuberculose. W. Roth, à Dresde, a réussi à faire réunir en un seul empla- cement, hors de la ville, les casernes, les hôpitaux militaires et tous les établissements qui se rattachent au service de la garnison. Cela nous a toujours paru une application outrée d’un principe excellent. Les Allemands eux-mêmes traitent cette Alberstadt de Casernopolis. Construction. — On peut faire deux grandes classes des bâtisses à desti- nation de logements militaires; elles sont à étages ou sans étages. Les pre- mières comprennent les casernes du type quadrangulaire, ou à la Vauban, suivant lequel quatre bâtiments, de longueur variable et contigus par leurs extrémités, circonscrivent une cour intérieure, rectangulaire, et les ca- sernes du type linéaire, formées d’un seul bâtiment allongé, quelquefois avec deux ailes en retour, aux extrémités, ou comprenant plusieurs paral- lélipipèdes du même genre, disposés parallèlement ou angulairement, les uns par rapport aux autres, mais sans se toucher par aucun point. Les autres sont représentées par les pavillons Tollet, en France, et les constructions Gruber-Yôlkner, en Allemagne, qui copient de très près les précédentes. Entre les deux modes, il y a le type à pavillons séparés de la caserne Schomberg à Paris (la seule chez nous dans son genre), et le Block-System, très en usage chez les Anglais. Dans l’une et l’autre, une partie des pavillons comporte un étage ; les blocks ont, en outre, un sous-sol, que ne possèdent pas les simples pavillons. Ces deux systèmes excellents n’admettent qu’une population restreinte. Les armées modernes du continent ont peine à y tenir. La plupart des casernes de nos vieilles citadelles réalisent encore le type Vauban, d'une façon plus ou moins exacte. On les garde, parce qu’elles existent. Je ne sais si c’est une économie. Le type linéaire se retrouve dans beaucoup de casernes dites à l'épreuve (de la bombe) et dans toutes celles que le génie militaire français a éle- vées depuis 1874. Les casernes à l’épreuve ont pour caractéristique le plafond cin- tré des chambres et le toit en terrasse, si favorable aux fissures et aux gouttières, dans nos pays. Quand une caserne comprend plusieurs bâtiments linéaires, il ar- rive quelquefois que deux d’entre eux, disposés angulairement l’un par rapport à l’autre, laissent entre leurs deux extrémités rapprochées un espace vide, justement tourné du côté du vent dominant de la contrée ou le plus froid, de telle sorte que les hommes qui se trouvent dans la cour reçoivent ce vent avec toute la vitesse qu’il a acquise dans l’étranglement. C’est une souffrance à éviter. Disposition intérieure. — Toutes les casernes en bâtisse massive ont des étages multiples. Aujourd’hui qu’il y a, dans les casernes, tant d’autres services encore que le logement des hommes, nous nous abstiendrons de condamner la pratique d’un étage, ou même de deux étages habités, au- dessus d’un rez-de-chaussée, destiné à tout autre rôle que celui de dortoir ; à la condition, d’ailleurs, que les chambres ne soient point très peuplées et que la ventilation en soit assurée. L’habitation des combles est à repousser. Les chambres peuvent être disposées dans le sens de la longueur du bâtiment ou perpendiculairement au grand axe. Dans les vieilles casernes Vauban, elles sont dans ce dernier mode, mais avec cette particularité fâcheuse qu’un mur derefend, régnant dans toute la longueur du bâtiment, divise toutes les chambres en deux parties, tout en faisant communiquer les deux moitiés par une ouverture cintrée, qui perce ce mur. Il y a une ou deux fenêtres à chaque extrémité de la chambre; mais ce qui reste du mur empêche l’air de se déplacer au-dessus des lits ; le cou- rant d’aération est justement dans le corridor elle passage, où il ne sert à rien. Ce mur malencontreux a disparu des casernes élevées depuis 1874, où les chambres sont aussi perpendiculaires au grand axe, avec fenélres en regard. On reproche tou- tefois à cette disposition de multiplier les angles à poussières et les surfaces d’in- fection, en même temps qu’elle impose la communication de toutes les chambres entre elles par un couloir médian. Or, ce couloir, qui, à la vérité, existe souvent au rez-de-chaussée et est fort obscur, n’est que virtuel aux étages; il marque simple- ment la place des portes, qui peuvent se fermer, en cas de besoin, momentané- ment. Avec l’ampleur actuelle des bâtiments, si l’on faisait les chambres en lon- gueur, il ne pourrait y en avoir qu’une ou deux (une de chaque côté du palier) à chaque étage. Ces chambres seraient immenses; on leur donnerait certainement trois ou quatre rangs de lits, une centaine d’habitants, et l’infection épargnée sur les parois se retrouverait dans l’atmosphère. Bien que l’on puisse être encombré à trois ou quatre personnes, l’encombrement est plus grave, avec le même cubage relatif, pour des raisons que l’on pourrait trouver, lorsqu’il comporte la présence de cent individus. Nous avons quelques casernes avec de pareilles chambres; l’ex- périence prouve qu’elles sont les plus mauvaises. Souvent, on les divise par des cloisons incomplètes, en bois, qui servent d’ailleurs à accrocher quelque objet; cela ne les améliore point, c’est le contraire. Il existe quelques casernes dans lesquelles les chambres, toujours disposées transversalement, s’ouvrent sur un corridor latéral, qui a les fenêtres d’une façade. Ces chambres ne se commandent pas et ne sont pas mauvaises, si elles restent peu peuplées et qu’on use de l’air du corridor à leur profit. On supprime peu à peu les poutres et poutrelles qui faisaient saillie au plancher supérieur de nos vieilles casernes et multipliaient inutilement les surfaces à pous- sières et à infection. Le sol des chambres est tantôt carrelé, tantôt revêtu de ciment, planchéié ou même parqueté. Le plancher de bois blanc est très suffisant, pourvu que l’on ferme les interstices des planches et qu’on revête celles-ci d’un enduit imperméable, huile de lin, goudron (ou mieux encore). Il va sans dire que le balayage après arrosage abondant, qui fait encore le bonheur des soldats, devra faire place au nettoyage simplement humide. Casernement Tollet. — Ce casernement est constitué par des pavillons de 40 mètres de longueur sur 6m,30 de largeur et 6 mètres de hauteur, pouvant abriter une cinquantaine d’hommes en une seule salle, qui est, naturellement, en longueur. Ces pavillons sont séparés les uns des autres par un espace libre de 10 mètres; il en faut de 15 à 20 pour contenir un régiment d’infanterie. En plaçant de môme, à distance les uns des autres, les locaux annexes, école, infirmerie, cuisine, latrines, écuries; en plantant d’arbustes les espaces non bâtis à la périphérie du casernement, on donne à l’ensemble de celui-ci quelque chose des traits du Cottage-System, réalisé dans les baraquements du fort Vancouver, sur les bords de la Colombie (États-Unis d’Amérique). Les pavillons sans étages de Tollet, pour casernes et hôpitaux, sont cons- truits en matériaux imputrescibles et incombustibles (ciment, brique et fer). Les briques creuses permettent d’obtenir une paroi peu conductrice, quoique mince. Le sol est préparé suivant les règles habituelles et le plancher des salles, élevé de 50 à GO centimètres au-dessus du sol naturel, en est séparé par un espace que l’on remplit de graviers, de scories, etc. Le constructeur donne à cette bâtisse la forme ogivale (Cg. 263), en vue de supprimer les angles, où se collectionne la poussière, et d’augmenter le cube intérieur. Chaque homme a 18 mètres cubes d’espace. D’ailleurs, la ventilation du local est assurée (Voy. plus loin). ■Coupe d'un pavillon à rez-de-chaussée (Tollet). I'ig. 2G4. — Coupe d’un puvillon à étage (Tollet). Ce casernement a été réalisé à Bourges (casernes et hôpital), à Cosne, à Àutun ; les médecins militaires, Larrey, Sarazin, Dauvé, Chassagne, lui ont rendu bon té- moignage et, en 1879, Ém. Trélat, rapporteur d’une Commission de la Société de médecine publique, qui visita les casernes de Bourges, fit ressortir leur supériorité à priori, par ce fait que l’infection des murs a douze fois moins de chances que dans les autres, tandis que le contact atmosphérique des habi- tants est augmenté. Finalement, l’influence sa- nitaire de ces logements est heureuse. Fig. 2G3. Toutefois, deux reproches leur ont été adressés, qui ont amené l’inventeur à mo- difier quelque peu ses procédés, sans rien changer aux principes. D’une part, on trouvait que l’air intérieur des pavillons ne reste pas suffisamment indifférent aux variations de la température extérieure; de l’autre, avec la masse des groupes mili- taires actuels et la multiplicité des locaux de destination diverse, dont les corps de troupes ont besoin, le mode primitif entraîne à occuper de trop grandes surfaces pour que le service et la surveillance n’en souffrent pas; sans parler du prix du terrain. Les constructeurs ont tenu compte de ces critiques, et les deux figures que nous reproduisons ci-dessus répondent précisément à leur nouvelle manière. 1° On a isolé la toiture par un large matelas d’air de la voûte ogivale et, sans augmenter l’épaisseur des murs, on fait des doubles parois, comprenant encore entre elles un matelas d’air. Nous avons dit l’efficacité de cet isolateur thermique. 2° On fait des pavillons à undtage, quand les administrations l’exigent; le rez-de-chaussée dans ce cas, a lui-même un plafond voûté (fig. 264); au faite de ce plafond, une large ouverture communique avec un tuyautage passant sous le plancher du premier étage, puis longeant les murs d’élévation et venant aboutir au-dessus du toit, par où s’aère aussi l’étage. Cette construction, qui a plus particulièrement en vue les hôpitaux, s’adapterait évidemment aux casernes. Locaux accessoires dans les casernes. — La salle de police, la prison et même la cellule, comme tout local de détention, n’ont pas droit au confor- table ; mais on ne saurait leur refuser la ventilation et la propreté. C’est ce que l’on s’efforce d’obtenir. Le corps de garde mérite, au moins, les mêmes soins et de la lumière. Cuisines. — Elles gagneront à être un peu séparées des logements. Les qualités qu’elles doivent avoir sont l’espace, des parois et surtout un sol imperméables, une aspiration parfaite des odeurs et buées, l’écoulement facile des eaux, une propreté scrupuleuse. Lavabos et bains. — On ménage, en général, au pied de chaque escalier, un local dans lequel un tuyau de distribution d’eau, à mi-hauteur d’homme, courant horizontalement au-dessus d’un auget, alimente de petits robinets. Ce local est ouvert trois ou quatre fois par jour, et les hommes y font ou y renouvellent les ablutions de la face, des épaules et des mains. Pour que l’eau ne détériore pas les murs, on garnit ceux-ci de plaques d’ardoise ou de marbre. Le plus sûr serait de mettre le tuyau de distribution, linéairement ou circulairement, au milieu du local. La plupart des casernes ont une salle de bains-douches avec vestiaire (Voy. p. 837). Infirmerie. — Notre règlement prescrit de l’isoler le plus possible des logements de la troupe et a bien raison. C’est, d’ailleurs, un diminutif d'hôpital, qu’il faut traiter avec quelque recherche, sous le rapport des locaux et du mobilier. Ecuries. — Elles ont une grande importance dans les casernes de cava- lerie. Le plus souvent, elles sont au rez-de-chaussée des bâtiments dont les hommes occupent les étages. L’hygiène des chevaux est si soignée aujour- d’hui, que le voisinage des écuries n’influence jamais la santé des hommes. On remarque à peine l’odeur spéciale. A vrai dire, toutes les écuries ont, à la partie supérieure des fenêtres, ce large châssis basculant (et presque toujours basculé), que nous demandons avec insistance pour les chambres des hommes. — Nous avons parlé antérieurement des fumiers (p. 793). Magasins. Salles d'école, cl'armes, logements d'employés, etc. — Nous nous bornerons à une simple mention de ces locaux, auxquelles s’appliquent les règles générales de l’hygiène. Mobilier des casernes. — Le mobilier capital des chambres, ce sont les lits. Ils se composent du châlit, sur lequel reposent une 'paillasse, un mince matelas, des draps, traversin et couvertures. La paillasse, au bout de peu de temps, ne possédant plus d’élasticité et ne favorisant nullement la propreté, serait aisément remplacée par un sommier, si l’on en trouvait un modèle simple, peu coûteux et durable. Des sommiers Thuau, faits de cordes, sont à l’essai, en ce moment, et ne présentent guère que le défaut d’être froids. On leur cherche un isolateur. On a proposé les- lits se relevant contre le mur, les lits-hamacs, qui permettraient d’élargir, pendant le jour, l’espace des chambres. Nous pré- férons qu’on ne recherche pas les locaux à deux ou à trois lins et que l’on sépare définitivement, du dortoir, les locaux de jour, le réfectoire d’abord. Puis, il y a, dans la chambre, les râteliers d’armes, les planches à bagages et à pain, des bancs et des tables, aussi étroites que massives. Les régi- ments de cavalerie, en France, ont aujourd’hui des locaux distincts pour la sellerie ; mais les brides et les bottes sont toujours à côté de l’homme. La planche à pain expose à toutes les poussières et à toutes les émana- tions l'aliment principal du soldat; lui ménager une chemise est un pal- liatif; nous pensons qu’elle doit disparaître et le pain rester au réfectoire. Ventilation et chauffage des casernes. — Le cubage réglementaire, dans les chambres, est, en France, de 12 mètres cubes par homme pour l’in- fanterie, 14 pour la cavalerie; en Angleterre, 17 à 18 mètres cubes; en Prusse, 13 à lo,30; en Autriche, 13,30. Le renouvellement de l’air se fait par les moyens les plus simples (Voy. Ciiap. Y, § 4 et 5). Les dispositions administratives actuelles, dans notre pays, n’admettent pas que l’on chauffe les logements des soldats, mais accordent le combustible stricte- ment nécessaire pour fournir aux hommes le moyen de se sécher, quand le besoin s’en fait sentir. Le poêle de corps de garde traditionnel suffit à ce but. Latrines. Évacuation des immondices. — Les développements dans les- quels nous sommes entré (Cuap. Y, § 7), au sujet de {'éloignement des immondices, et dont plusieurs traits visent spécialement les installations militaires, nous permettent d'être sobre de détails, au point où nons sommes arrivé. En général, nos casernes n’ont qu’une espèce de latrines, et le cabinet qui les renferme est hors du bâtiment habité, quelquefois assez loin pour qu’un homme, pris d’un besoin nocturne, gagnant en hâte et à peine vêtu ces lieux à dislance, risque de contracter une maladie sérieuse. On y pourvoit à moitié par l’installa- tion de baquets au pied des escaliers. J’estime qu’il conviendrait d'avoir, en outre des latrines reculées, des cabinets très voisins des chambres, ne devant servir que la nuit, bien éclairés et construits dans un système perfectionné, comme cela existe dans des casernes étrangères (Berlin, Dresde). Pour le reste, les systèmes de latrines sont adaptés aux habitudes de vidange du pays et aux ressources de la canalisation locale. Par suiLe, nous avons, en France, une foule de latrines à la turque, médiocres, et que l’on complique bien inutile- ment de seuils, de cloisons, déportés en bois; beaucoup de latrines du système Goux-Thuasne, très supérieur au précédent, mais qui laisse à désirer sous le rap- port de l’élégance et de la propreté; çà et là, une caserne vidangeant à l’égout, di- reclement ou par l’intermédiaire de la vidangeuse Mourus, assez voisine du procédé Goldner (p. 726) cl tout aussi disgracieuse. Nous tenons à recommander ici l’air et la lumière dans les cabinets des casernes et une surveillance aussi continue qu’é- nergique. Les latrines de la caserne Schomberg, à Paris, situées dans de petits édicules à compartiments, très rapprochés des pavillons logeables, ont des parois imper- méables (en lave), des orifices à la turque avec chasses d’eau balayant aussi les urines en avant de la lunette, des urinoirs séparés et l’évacuation à l’égout (Du- rand-Claye, Masson, Bouvard). C’est absolument louable et'c’est un idéal dont il faut se rapprocher. Mais la caserne Schomberg, destinée aux gardes républicains, dont beaucoup sont mariés, est une caserne miniature qui a présenté des facilités particulières. Nous avons vu personnellement de très belles casernes; à Londres, où il n’y a pas de soldats et où les Horse-guards mènent une existence de gentils- hommes ; à Zurich, où les soldats ne viennent que pour les périodes d’instruction. Les cabinets d’aisances y ressemblent à ceux d’une maison bourgeoise bien tenue. Le problème, — comme beaucoup d’autres pareils, — est moins facile à résoudre en Allemagne et en France, où l’on entretient constamment un demi-million d’hommes sous les armes. Ce n’est pas toutefois une raison pour l’abandonner. Baraques. — C’est un abri de nécessité, qu’il est possible de rendre to- lérable en luttant spécialement contre ses dispositions à être glacial en hiver et torride en été, sans préjudice des moyens de ventilation. On Fig. 265. — Baraque à double toit, avec vérandah sur les deux faces. donne, en conséquence, aux baraques, des parois doubles; souvent, l’une des deux parois est en bois et l’autre en brique et fer (baraques de Moabit, à Berlin) et l’on peut laisser un matelas d’air entre les deux. La bâtisse ne continue pas moins à être de construction rapide et relativement à bon marché. Mais la baraque perd alors l’un de ses principaux mérites, celui de pouvoir être démontée et brûlée, quand on n’en a plus besoin, comme l’ont fait les Américains après la guerre de Sécession. Au fond, les bara- ques de Moabit, construites pour les malades d’une épidémie de variole, ont paru si bonnes, l’épidémie passée, qu’on les a conservées comme hôpital permanent; et l'on élève aujourd’hui, dans la banlieue de quelques- unes de nos villes, pour les hommes et les chevaux, des baraquements qui ont bien l’intention de durer. On les soigne beaucoup plus qu’on n’a- vait fait, à l’origine, des baraques de Villeneuve-l’Étang, Salory, Saint- Germain, etc. La figure 265 représente un type de baraque avec surtoit (Dachreiter), qui peut servir pour une installation hospitalière, en y ménageant quel- ques compartiments spéciaux (cabinets de surveillant, de bain, d’aisances). Mentionnons simplement les huttes et gourbis en branchages, que les soldats sont parfois obligés d’improviser. Tentes. — Abri encore plus médiocre que les baraques, les tentes lais- . Fig. 26G.— Tente-ambulance (système Tollet). sent l’air intérieur se mettre à l’unisson de la température du dehors, tout en se confinant si l’on n’y prend garde; sont malaisées à dres- ser, quand il pleut, et, en re- vanche , n’étant retenues que par des piquets et des cordes, sont quelquefois enlevées par le vent, auquel elles donnent prise. Il en résulte toujours des acci- dents plus graves encore que celui de rester exposé aux in- tempéries. La tente Taconnel, elliptique, à deux mâts, a dis- L 6.00. paru de nos approvisionnements Fig. 2G7. — Tente-ambulance (Tollet). à cause de sa disposition à être ainsi enlevée. La tente marabout, conique, à la périphérie de laquelle on ne peut se tenir debout, prête encore trop au vent. C’est pour échapper à ce danger que l’administration française essaye les tentes du système Tollel (fîg. 266-26 / ), qui se dressent sans piquets, ni haubans, mais ont une grande fixité en raison de l’ossature ogivale en fer, sur laquelle repose leur toile. D’ailleurs, ces tentes s’aèrent aisément par les fenêtres de pignon et ont de la lumière, même complètement fermées, à l’aide de volets en toile huilée. On peut y placer un poêle, relever une partie de la toile en vérandah, réunir deux tentes en une seule parles extrémités, etc. Une tente Tollet capable de renfermer 20 lits de blessés (9 mèt. de long sur 5 mèt. de large) peut recevoir 40 hommes sains. Elle est un peu lourde; mais le construc- teur en a imaginé un modèle plus petit, qui ne pèse que 105 kilogrammes et peut être transporté en campagne, à dos de mulet. Cantonnements. Bivouac. — Situations exceptionnelles, le cantonnement use presque toujours des conditions locales de l’hygiène rurale et le bi- vouac est la négation des abris, lors même qu’on a recours au brise-vent. Les chefs d’armée et les médecins doivent interdire aux troupes les localités où règne une maladie épidémique. lie vêtement. — Nous avons peu à ajouter à l’hygiène générale (Chap. Y, § 8). Le vêtement militaire, en France, est actuellement de bonne qua- lité et d’une forme commode ; on en a supprimé le col et diverses cour- roies aussi gênantes qu’inutiles. La coiffure la plus habituelle, le képi, est simple et, s’il ne rend pas tous les services qu’on pourrait en attendre, n’est pas gênant. Mais, puisqu’il est encore convenu qu’il faut un uni- forme et qu’il ait un caractère guerrier, nous croyons que l’on pourrait y mettre un peu plus de recherche que l’on n’en aperçoit dans notre armée. La chaussure légale, depuis 1881, est le brodequin napolitain, accompa- gné d'une paire de souliers, à titre de chaussure de repos. En réalité, la plupart de nos hommes portent encore le godillot. Rien n’empêche que le brodequin napolitain n’ait la forme rationnelle (p. 819), dont il existe un modèle dit modèle Perron. La chaussure rationnelle a parfaitement réussi à nos bataillons alpins. Du reste, un concours de chaussures est ouvert (1887) auprès du ministère de la guerre français. L/aiimeutatiou. — La ration journalière du soldat français comprend (Morache) : A l’intérieur et en paix. En guerre. Poids. Azote. Carbone. Poids. Azote. Carbone. gr- Pain 1000 12,00 300,00 1000 \ 12,00 300,00 ou Biscuit )> )) )) 750 ! Viande fraîche... .300 7,20 20,20 300 7,20 26,20 Légumes frais... 100 0,31 5,50 )) » )) Légumes socs... 30 1,30 14,30 00 2,60 2S,60 Café )) )) )) 10 0,20 2,00 Sucre )) » )) 21 )) 9,00 20,81 346,00 22,00 305,00 Considérons d’abord la ration du temps de paix. D’après les principes posés spéciale.' LE VÊTEMENT. 1203 (Ciiap. VII), c'est suffisant, si la viande est bonne; il n’y manque qu un peu de graisse, pour que l’homme ne soit pas obligé d’en faire avec de l’albumine. Schindler estime que les ressources disponibles des corps de troupes devraient en fournir environ 45 grammes par tête, et n’est pas au- dessus de la vérité. Mais combien peut varier la valeur de cette ration selon la façon de l’utiliser! Dans notre temps, deux améliorations vrai- ment décisives ont été introduites, savoir : 1° Le réfectoire et le repas en commun. — Quand on a un peu de place, d’ingéniosité et de volonté, on trouve dans la caserne un local où l’on met des tables, fùt-ce les dressoirs du génie, et des bancs ou sièges plus oi moins recherchés; on orne un peu, dans le goût militaire, cette salle et, désormais, elle ne sert plus qu’aux repas. D’autre part, la compagnie se pourvoit de soupières en faïence grossière, d’assiettes, de verres; on or- ganise des tables de huit ou dix hommes, se partageant le plat commun. Et voilà que le troupier, qui, naguère, mangeait piteusement, sur son lit, sur une marche d’escalier, où il pouvait, à sa gamelle individuelle chargé de la soupe, des légumes et de la viande, s’assied à table avec des cama- rades, comme il le faisait dans sa famille, voit passer des plats successifs et se sert de chacun selon ses goûts et son appétit. Personne ne conteste que ce ne soit très conforme à la dignité individuelle; et l’armée française, aujourd’hui, est bien élevée. Mais c’est, en outre, très économique. Au- trefois, 20 à 25 p. 100 des substances alimentaires étaient en excédent de la consommation et vendus pour rien, comme déchets de cuisine. Aujour- d’hui, il ne reste à peu près plus rien. Qu’est-ce à dire? sinon que le sur- plus des petits appétits comble le déficit qu’éprouvaient jadis les gros mangeurs et que tout le monde mange avec plus de plaisir et davantage, à cause de la forme du repas. Inutile de dire que le résultat final est de la santé et de la force. 2° Le régime varié. — La variété dans le régime est un principe. Mais la possibilité de son application dans l’armée a été mise en évidence par un médecin militaire français, Schindler, qui a montré comment on la prati- que — au moyen de substitutions intelligentes, des achats de denrées en gros, de l’emploi des boni en aliments et non en boissons, des jardins po- tagers de troupes, de cuisiniers, de réfectoires et, par-dessus tout, d’offi- ciers qui le veulent. — Y a-t-il un péril, pour le moment de la guerre, à ce que le soldat soit moins pénétré qu’autrefois de l’habitude de la soupe, du repas monotone et de la gamelle individuelle? Nous ne saurions le croire; en guerre, on mange comme on peut; le point capital est que l’on ait de quoi. Et l’on supporte d’autant mieux le trouble des habitudes et les privations que le moral est plus élevé. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire les menus militaires qui ont été suivis, sous la direction de Schindler. Qu’il nous suffise de dire que l’on y voit figurer successivement : la soupe à l’oignon, le boudin grillé, la salade de pommes de terre, le fromage, le potage au riz, le civet de lapin, le hareng frais, le macaroni, la soupe à l’oseille, le bœuf, le mouton, le veau, sous toutes les formes, le porc frais, etc. Alimentation en campagne. — Le régime du soldat français ne s’élève pas assez en temps de guerre, ni au point de vue de l’azote dont l’aug- mentation ne dépend que des légumes secs, ni au point de vue de la graisse, dont il n’est pas môme question. Les armées anglaise et alle- mande sont mieux dotées; mais quelques autres le sont moins bien encore, ainsi qu’il résulte du tableau ci-dessous de Meinert : Valeur alimentaire des rations de campagne. Albumine. Hydrocarbonés. rrance 1 Petite ration avec viande. 139 133 574 471 Allemagne... j — lard... SG 471 \ Grande ration avec viande. 191 678 Autriche .... j Viande 146 645 Lard 109 645 Russie (viandeL 166 701 Italie 127 613 États-Unis 160 490 Suisse 123 350 Hollande 125 704 Turquie 110 354 Graisse. 31.0 34,5 145.0 45,2 47.0 135.0 28.0 45,0 4,15 5,05 4,60 4,70 Voit propose comme ration de guerre : Pain ... 750 gr. Albumine. 62 Graisse. » Hydrocarboués. 331 Viande 72 33 )) Graisse » 67 » Légumes, riz, eic ... 150 11 » 116 145 100 447 Au demeurant, le soldat est le destinataire trop régulier du biscuit el des conserves de toute sorte. Avec l’irrégularité fatale des repas, avec les pri- vations fréquentes et les longues heures de marches ou de combat, pen- dant lesquelles on n’a pas le temps de manger ou de préparer un repas appétissant, l’usage de ces substances alimentaires, qui sont toujours infé- rieures aux denrées fraîches, constitue une grosse part du rude labeur de la guerre. Notons qu’il faut d’abord, en temps de paix, consommer les approvisionnements qui vieillissent. L’eau «lans l’armée. — Sur divers points, l’eau consommée par les troupes laisse à désirer. En France, comme en Allemagne, des casernes ont encore des puits mal avoisinés et percés dans une nappe souterraine contaminée de longue date. Ailleurs, la garnison participe à la distribution municipale d’eau de source; mais peu de villes donnent leur eau aux soldats, sans compter, comme Lille. On ne délivre gratuitement que dix à vingt litres par homme et par tête; de sorte que, quand on a fourni aux besoins des cuisines, des lavabos, il ne reste à boire que l’eau des puits, conservés précisément parce que l’eau de distribution est insuffisante. Quelques garnisons ont une distribution à elles, dont la source est en un terrain appartenant au génie militaire. Ce mode gagnerait à être sou- vent reproduit. Tout au moins, doit-on user de tous les moyens possibles pour que les municipalités possèdent une canalisation d’eau de source et y associent largement la garnison. En effet, l’usage de l’eau bouillie res- semble bien à une ressource qui ne peut être que momentanée et celui des filtres, en supposant que l’on trouve un de ces appareils irrépro- chable, entraîne la complication des nettoyages, le bris d'appareils et des dépenses qui ne sont guère compatibles avec les habitudes militaires. lies soins corporels. — Vojr. Lavabos (p. 1288),' Bains-douches (p. 836). Les soldats sont conduits, en été, à la baignade de rivière ou à la mer. L’impureté des cours d’eau, dans les villes industrielles, enlève bien du charme à. ce bain, qui pourrait être aussi tonique que favorable à la pro- preté. C’est, d’ailleurs, une occasion de natation. Exercice. — Dans l’armée, les exercices sont d’ordre général ou tout à fait spéciaux aux soldats. Il y a, dans ceux-ci, un côté très technique qui échappe à notre compétence. Nous pensons devoir nous borner à renvoyer au chapitre VIII : Exercice et repos. Le surmenage (voy. p. 1114) a une importance étiologique extrême chez les troupes. 3° Morbidité et mortalité militaires. Ees maladies de l’armée. — Les maladies les plus fréquentes dans l’ar- mée sont celles que l’on appelle encore banales et qui semblent relever des causes vulgaires, la météorologie, les fatigues, les irrégularités dans le régime, l’air confiné. Le tableau ci-dessous, emprunté à la Statistique mé- dicale de l'armée française pour 1884, en donne une idée très approchée, quoique ne se rapportant qu’à une seule année. Les maladies de l’appa- reil respiratoire, dont le chiffre est si élevé, sont surtout des bronchites, et celles de l’appareil digestif des angines, \'embarras gastrique, la diarrhée. Entrées aux hôpitaux en 1884 (p. 1000 liom.). Alcoolisme et intoxications 1,02 Aliénation mentale 1,3 Variole et varioloïde 1,8 Choléra 3,4 Scarlatine 6,3 Maladies des oreilles 12,3 Anémie, purpura, scorbut 14,4 Tuberculose 14,6 Chancre mou 16,0 Maladies de l’appareil nerveux et cérébro-spinal 17,3 Maladies des yeux 21,9 Syphilis 23,7 Maladies non vénériennes de l’appareil génito-urinaire 24,8 — de l’appareil circulatoire et lymphatique 26,8 Fièvre continue 27 9 Rougeole 30^3 Urôthrite et orchite blennorhagique 33 5 Maladies des os et des articulations 34 4 Fièvre typhoïde 5^7 Rhumatisme et goutte 04^2 Lésions traumatiques et maladies chirurgicales 70,0 ■ 1296 LE GROUPE MILITAIRE OU MARIN. [Hygiène Fièvre intermittente et rémittente 72 7 Maladies de la peau et du tissu cellulaire g.» 2 — de l’appareil respiratoire 144 4 - digestif. ,95’8 Parmi les infectieuses, la fièvre typhoïde est, seule, d'une fréquence regrettable, avec la tuberculose, qui fournit beaucoup de décès pour un chiffre modéré d’entrées. En introduisant dans la morbidité les entrées à l’infirmerie, on a, en France, une moyenne journalière de 40 malades environ p. 1000. 1874-1883. 1884. Entrées à l’infirmerie, p. 1000 hommes 320,5 292 — à l’hôpital, — 256 202 Dans l’armée prussienne, les chiffres correspondants (1881-1882) ont été : 239,6 p. 1000 à l’infirmerie; 334,3 à l’hôpital. En Russie, 437,9 et 387,6 de 1880 à 1884. Mortalité militaire. — La mortalité annuelle dans l’armée française (Algérie et Tunisie comprises) est exprimée parles chiffres ci-après : Décès p. 1000 hom. et par an. Aimées. Décès. Années. Décès. 1875 .. ... 12,60 1880 .. 10,88 1876 . ... 11,45 1881 ... 13,68 / 1877 . . . . 9,55 1882 ... 10,88 > 1878 .. 1883 ... 8,15) 1879.. ... 8,84 1884 7,6 i as o A *2. =- S® — CT O r- CO o ~ O O *- 1 )> Purée de légumes.. 60 2,35 25,80 Pois 180 7,03 79,20 Graisse 65 » 51,35 Beurre t5 0,09 12,45 Pain 5950 71,40 1785,00 Totaux pour une semaine... Moyenne par jour 99,58 2197,85 14,22 313,85 AVEC POMMES DE TERRE. ALIMENTS. COMPOSITION EN POIDS. Azote. Carbone. gr- gr- gr- Viande 120 3,60 13,20 26,95 Légumes frais 490 1,51 Haricots 90 2,82 38,70 Carottes 20 0,06 1,10 Riz 90 0,89 36,90 Pommes de terre... 1200 3,96 132,00 Oseille 70 )) » Purée 60 2,35 25,80 Pois 180 7,03 79,20 Graisse 65 » 51,35 Beurre 15 0,09 12,45 Pain 5950 71,40 1785,00 Totaux pour une semaine 93,71 2202,65 Moyenne par jour.. 13,38 314,66 Les vivres de cantine autorisés et tarifés sont un peu différents pour les condamnés et pour les prévenus. Ceux-ci peuvent avoir du bœuf bouilli ou grillé, des côtelettes, des œufs, du sucre, du vin rouge ; les autres, du pain, du lait, du fromage, du beurre, du cervelas, du ragoût de bœuf, du hareng saur, des salades, des confitures, des fruits, du café et même, sous condi- tion d’une bonne conduite, du vin (30 centilitres), de la bière, du cidre. Toutes ces conditions s’adoucissent, en cas de maladie. Les conserves interviennent rarement dans le menu des prisonniers ; mais nous devons noter, à cette occasion, que ce groupe est assez volontiers pris pour champ d’expériences par les inventeurs. Ainsi, la carne pura a été expérimentée à Plôtzensée, et un certain biscuit à la viande, proposé comme aliment de réserve pour les soldats en campagne, à la prison de Rouen. Tous deux avec succès. Nous croyons, toutefois, que ce n’est point là que l’on peut trouver les plus sûres garanties. Le travail. Il n est pas utile de noter d’abord que les détenus ont parti- culiôrement besoin de faire du mouvement à l’air libre, tous les jours. On fait promener dans son préau individuel le détenu de la prison cellulaire ; il y trouve môme quelques agrès simples, pour y faire un peu de gymnas- tique, comme l’ont conseillé Euler, Ilicking, etc. Quant au travail obligatoire, les peuples modernes perdent peu à peu l’habitude d’employer les condamnés à dessécher les marais pestilentiels ou à exploiter les mines d’arsenic ou de mercure. La vieille Angleterre, seule, a conservé quelques appareils à l’aide desquels le condamné dé- pense ses forces à accomplir péniblement un travail, dont ce tourment môme est le principal but; encore commence-t-elle à y renoncer. En Allemagne et en France (Plotzensée, maison de réclusion de Melun, pénitentiers militaires, etc.), les règlements veulent qu’on applique les dé- tenus, suivant leur force, leur âge, leurs aptitudes et même, jusqu’à un certain point, suivant leur désir, à des travaux qui ne présentent pas de dangers particuliers pour la santé et aussi variés que les entrepreneurs peuvent les demander. Ce travail est moralisateur en même temps que salubre, puisque les condamnés reçoivent une part du produit de leur tra- vail, s’en servent pour améliorer leur régime et gardent encore un petit pécule pour le moment de leur libération. Ces travaux comportent des ateliers couverts, qu’il faut, naturellement, aérer en raison de leur grande population, et n’exigent pas une grande dépense de force. A Plotzensée, nous avons vu accomplir des merveilles de marquetterie, d’ébénisterie, fa- briquer des fleurs artificielles d’une finesse idéale. A Melun, on pratique l’emboutissage, la brasserie, la quincaillerie, la vannerie, l’imprimerie, le tissage, la confection d’habits, etc. Le règlement prussien fixe la durée du travail à dix heures en hiver et onze heures en été. En France, on a onze à douze heures d’atelier en quatre reprises. Il n’y a pas de travail le di- manche. Lies punitions. — Nous n’inscrivons ce titre que pour appeler l’attention des hygiénistes et des médecins des prisons sur les dangers d’une punition encore assez fréquemment appliquée : la diminution de la constitution du régime et surtout la réduction au pain et à l'eau pendant plusieurs jours consécutifs. Le régime du pain et de l’eau équivaut à une condamnation à mort, à exécution lente. Les coups de bâton, supprimés dans nos mœurs, sont plus humains. $oius en cas de maladie. — Toutes les prisons ont un médecin et une infirmerie. On est obligé de se servir de celle-ci avec discrétion, la simula- tion et le mensonge étant la spécialité par excellence des hôtes des établissements pénitentiaires. Mais le médecin a une foule d’occasions d’intervenir dans le fonctionnement du mécanisme social que ces établis- sements représentent: par son influence morale, bien entendu, et par ses conseils. 3° Les systèmes pénitentiaires. Il existe aujourd’hui plusieurs variétés dans le mode de priver quelqu’un de sa liberté, à titre d’expiation publique. La détention en commun. — Les détenus passent la nuit dans un dortoir collectif et travaillent ensemble, de jour. On sépare seulement les femmes et les enfants, au moins la nuit. Ce système, encore en vigueur sur beaucoup de points, n’atteint en aucune façon, comme on le comprend, le but moralisateur que doit avoir l’em- prisonnement. Le système d'Auburn. — Il consiste dans l’isolement cellulaire pendant la nuit combiné avec le travail en commun, mais en silence, pendant le jour. Il a été mé- thodiquement appliqué pour la première fois à Auburn (New-York). Le point diffi- cile à obtenir, parce qu’il est contre nature, c’esL le silence absolu, qui caractérise justement le système. Il ne sert qu’à multiplier les punitions et n’empêche pas, comme on le croyait, les individus vicieux de s’entendre dès que les prisonniers sont réunis pour le travail, ainsi que l’expérience en a été faite en Angleterre, en France, en Hollande, en Autriche, etc. Système des classes. — On a cru, à Genève, à Saint-Gall, en Angleterre, obtenir plus aisément le silence absolu et l’amélioration progressive des condamnés en les répartissant en un certain nombre de classes ou divisions, graduées d’après les mérites relatifs des individus qui les composent, leur degré d’amende- ment, etc. Ces classes peuvent avoir des relations entre elles, et les individus de chacune monter ou descendre dans une autre, selon qu’ils ont moralement gagné ou perdu. Chose remarquable, on ne parvient pas à trouver suffisamment de rai- sons de placer les clients dans une classe supérieure plutôt que dans l’inférieure et, néanmoins, pour tirer quelque résultat de la méthode, il faudrait multiplier indéfi- niment les groupes, afin d’en amoindrir l’elfecLif. Système cellulaire (de Philadelphie, de Pensylvanie). — L’idée de séparer, nuit et jour, les détenus en cellules individuelles a été introduite dans les lois, à Philadel- phie, par les quakers, en 1790. Le coupable devait n’avoir que de rares rapports même avec son gardien et passer son temps à lire les saintes Écritures et à rentrer en lui-même. Il ne travaillait pas. Aujourd’hui, les principes du début ont fléchi et l’on a régularisé les entrevues des détenus, non entre eux, mais avec d’honnêtes gens, les surveillants, les inspecteurs, les maîtres de l’enseignement, le prêtre, le médecin. L’emprisonnement cellulaire a été bien discuté. Il nous parait moralement très supérieur à tout autre et favorise certainement l’amélioration du détenu chez qui il reste quelque ressource, sans cesser d’être une lourde peine aux corrompus définitifs. Sous le rapport de la morbidité et de la mortalité dans les prisons, bien que les situations soient difficilement comparables, Baer trouve généralement que la supériorité appartient au système cellulaire. Dans la division cellulaire d’adultes à Plôlzensée, la mortalité annuelle de 1877 à 1880 a été de 1,3 p. 100 de la popula- tion totale; le chiffre journalier des malades 0,88 p. 100. La situation est encore très favorable à Lœxven (Belgique), en Hollande, Vridslœselille (Danemark), à Christiania, à Bruchsal (mortalité 1,41 p. 100), à Moabit (1,43), à Oslebshausen (Brème). Il est clair que la claustration cellulaire n’est pas favorable à l’échange des contages et à la diffusion des épidémies; le système a coupé court aux épidémies carcéraires de typhus, de choléra, de variole. Il a paru que les affec- tions mentales sont plus fréquentes avec le système cellulaire; Baer estime qu’il y a là une sorte d’illusion; les troubles cérébraux sont plus aisément remarqués chez les individus en cellule, que l’on voit tous les jours, un à un, et moins dans les foules de la prison en commun, surtout si la règle du silence y est imposée. Cepen- dant, les individus prédisposés, fort communs parmi les criminels, sont assez aisé- Arnould, Hygiène. 2' édit. oo nient précipités dans la folie par le régime cellulaire. 11 est bon d’en détourner ceux chez qui se révèlent les signes avant-coureurs des perturbations mentales. La façon dont on applique ce principe rend compte des différences observées dans les proportions d’aliénés selon les établissements. Tandis qu’à Penlonville (1843-1858), on avait 1,07 cas de folie p. 100 détenus, on n’en comptait aucun à Glasgow (1823- 1844). En France, on a observé de 1866 à 1870, dans les maisons centrales, 0,3 alié- nés p. 100; tandis que Mazas offre (1850-1873) 1,9 p. 100; La Roquette (jeunes détenus), 0,3 p. 100; la Santé (1867-1873), 0,8 p. 100. A Lœwen, la proportion n’est que de 0,2 p. 100. A PloLzensée, Baer compte en cinq ans (1877-1881), 41 cas d’aliénations sur 1,738 détenus cellulaires (adultes hommes), soit 2,34 p. 100, sur lesquels 33 ont guéri à l’établissement et 7 ont été placés dans un asile. Enfin, il n’est pas démontré que, dans les prisons cellulaires convenablement tenues, le suicide soit plus fréquent que dans la détention en commun. À Moabit, 0,71 sui- cides p. 100 : dans les prisons en commun de Prusse, de 0,74 à 1,39 suicides p. 100 détenus. A Mazas, 0,3 p. 100; la Roquette, 0,09; la Santé, 0,02; Lœwen, 0,2 suicides p. 100 individus. Toutefois, il est certain qu’on doit approfondir les dispositions individuelles et ne pas appliquer la cellule aux épileptiques, aux individus en puissance de phthisie, d’une maladie de cœur, aux vieillards. Les femmes la supportent moins bien que les hommes, au point de vue des conséquences d’ordre nerveux, bien qu’elles la tolèrent pour le reste et qu’elle leur rende au moins autant de services qu’à l’autre sexe. Les jeunes gens (de 12 à 17 ans) n’en éprouvent pas de troubles physiques ou moraux particuliers, ainsi que le prouve la pratique de La Roquette, de Park- horst, de Plôlzensée, quoique la plupart des détenus de cet âge proviennent du milieu énervant des villes. Cependant, au point de vue de l’éducation, Baer pré- fère avec raison les colonies agricoles de Mettray (France), de Horn, près de Ham- bourg, de Ruysfelde (Belgique). D’ailleurs, les lois de chaque pays ont sagement fait de limiter le temps de la détention et spécialement celui de l’incarcération cellulaire. On arrive même à remettre en liberté provisoire, avant l’expiration de leur peine, les détenus qui ont eu une conduite irréprochable pendant leur détention. Système progressif ou irlandais. — Il est dû à sir Walter Crofton, inspecteur général des prisons d’Irlande, et a pour principe d’associer le condamné lui-même au but moralisateur de la peine qui lui a été infligée, de lui faire conquérir des situations de moins en moins dures jusqu’à ce qu’il arrive en quelque sorte à mé- riter la liberté et, surtout, à être capable d’en user honnêtement. On le place d’a- bord pendant neuf mois à Mountjoy, au nord de Dublin, avec une nourriture chétive et un travail monotone, pour lui faire comprendre ce que peut être le châtiment qu’il a encouru. Puis, il passe à Spika-Island, une petite île, où les détenus tra- vaillent en commun el sont isolés la nuit; ils travaillent à la terre, font des terras- sements et sont partagés, par rang de mérite, en quatre classes. Le troisième stade est une détention intermédiaire (intermediate Prison), caractéristique du système; les condamnés sont internés à Dublin, à Smithfield, à Lusk-Common, et jouissent d’une grande somme de liberté; ils travaillent sans surveillance, ne portent pas d'uniforme et ont des relations avec le dehors, pour s’habituer à reprendre com- merce avec la société. Si le condamné a traversé cette épreuve avec succès, il reçoit son acte de libération et reste seulement sous la surveillance de la police jusqu à l'expiration du temps que devait durer la peine à laquelle il était condamné. On peut discuter ce système au point de vue social el technique; mais pour l’hygiène, il est excellent et se répand déjà. La déportation. — Elle s’applique aux individus dont la condamnation compor- terait une incarcération de longue durée. L’Angleterre en a donné l’exemple, il y a un siècle et demi, en transportant ses convicts en Amérique et en Australie. En France, elle a remplacé les bagnes (Cayenne, Nouvelle-Calédonie). Au point de vue de la colonisation, le système n'a donné, nulle part, les résultats qu’on en espérait; au point de vue moral, il n’a pas été plus heureux; en ce qui concerne l’hygiène, il a l'avantage d’abréger ou même de supprimer la réclusion entre des murailles; malheureusement, il y a eu trop souvent une large et meurtrière compensation à ce bénéfice dans la mauvaise appropriation et l’encombrement des navires servant au transport des condamnés et, surtout, dans l’insalubrité des pays choisis pour lieu de déportation. L’Angleterre renonce au procédé et le remplace par la servi- tude pénale (Penal servitute). L’application de la loi française sur les récidivistes donnera lieu à une nouvelle forme de l’expérience. Bibliographie. — Baer (A.). Gefiingniss lhjgiene (Ilandbuch der Hygiene und der Gewerbekrankheiten von Pettenkofor und Ziomssen, 11,2, p. 91, 1882). — Erlàulerungen zu dem Modell und den Plànen des Slraf'gefüngnisses bel Berlin zu Plôlzensee. Berlin, 1882. — Mercier. De U étiologie du scorbut dans les prisons. Thèse de Paris, 1881. — Lancereaux (E.).Le scorbut des prisons du déparlement de la Seine (Annal, d’hyg. publ., XIII, p. 29G, 1885). — Wintzingerode-Knorr (L.-V.). Die deulschen Arbeilshüuser, 1885. — Volkuann, (M.). Slrafanstallen. Besserungsanstalten (Bericht über die Allgem. deutsch. Ausstellung aul'dem Gebiete der Hygiene Berlin, I, p. 377. Breslau, 1885). — Merry-Dela- bost, L'alimentation des détenus. Expériences faites à la prison de Rouen sur un biscuit à la viande proposé comme aliment de réserve pour les soldats en campagne (Rev. d’hyg., IX, p. 280, 1887). — Colin (Léon). Rapport sur les conditions hygiéniques des immeubles départementaux affectés aux prisons de la Seine (Trav. du Conseil d’hygiène de la Seine, 1887). — Holtzendorff (V.) und Jageman (V.), Handbuch des Gefangnisswesens, I, 1887. — Ascurott. SlrafSystem und Gefüngnisswesen in England. Berlin und Leipzig, 1887. — Merry-Dei.abost. Bains-douches de propreté. Leur application dans les prisons cellulaires (Bull. Soc. générale des prisons. Melun, 1888). ARTICLE IX LES MALADES ET LES MALADIES. 11 ne serait pas juste de dire que l'hygiène est l’auxiliaire de la thérapeutique médicale ou chirurgicale. La vérité est qu’elle les domine l’une et l’autre. Le siècle actuel n’est peut-être pas le premier à le reconnaître; mais on lui rendra cette justice qu’il a eu le sens et le courage d’aller plus loin que la formule platonique d’un dogme. Les médecins savent très bien qu’il n’est pas de méthode curative, pas d’agent pharmaceutique, pas d’habileté personnelle clans le maniement des drogues, qui ait la moindre chance de succès (je ne parle pas des succès malgré le traitement), si l’hygiène n’a passé par là d’abord, c’est-à-dire si les conditions de milieu et de terrain (le patient) ne rendent l’économie du malade capable de répondre aux appels que lui fait la thérapeutique. Encore un peu, ils arriveront à penser qu’avec un milieu favorable, en entretenant les propriétés du terrain et en lui restituant celles qu’il a perdues, la thérapeutique peut atteindre à une simpli- cité extrême. Les chirurgiens, de même, et ils ont été les premiers à le proclamer savent que leur art n’est pas uniquement de la sculpture et que ce n’est rien d’être un couteau savant et hardi, si leurs tentatives ne s’accomplissent dans les condi- tions que réclame l’hygiène et que ne verrait pas l’opérateur obstinément plongé dans la contemplation de la lésion locale, osseuse, articulaire, viscérale ou autre. C’est pourquoi, médecins et chirurgiens ont réclamé, de notre temps, la réforme des constructions hospitalières, la création d’asiles extra-urbains, en plein air rural, au bord de la nier, en pays de montagnes, l’extension des mesures de pro- preté générale ou individuelle, le secours des désinfectants, l’isolement des conta- gieux, la réprobation de l’amoncellement des malades, le développement de l’assistance à domicile, etc. Tel est le juste hommage rendu à l’hygiène par nos contemporains. Les considérations d’hygiène que suscite le « groupe des malades » nous ont paru pouvoir se diviser de la façon suivante : 1° Le malade étudié pour lui-mèmc. A. Malade privé, soigné à domicile: B. Malade incorporé à une collection. Hôpitaux. 2° Le malade envisagé dans ses influences sur les individus sains : Isolement des ma- ladies contagieuses. Prophylaxie des épidémies. (Il peut se faire que le malade, à ce point de vue, n’appartienne pas à l’espèce humaine et que l’épidémie à éviter soit une Zoonose.) 1° Le malade à domicile. Toutes les règles de l’hygiène générale, loin de fléchir en quoi que ce soit, deviennent d’une application plus rigoureuse, lorsqu’il y a un ma- lade dans une maison particulière. On doit lui consacrer la pièce la plus salubre, la mieux exposée, la plus facile à aérer, la plus indifférente aux émanations du sol, des cuisines, des latrines. On tiendra compte, dans le cube permanent et dans le renouvellement de l’air, des personnes qui veil- lent le patient et de celles qui lui font visite. C’est, du reste, une raison pour supprimer ces visites, qui fatiguent le malade, usent son atmosphère, sans lui rendre des services à proportion. Il est, de même, inutile et fâcheux que tous les membres de la famille l’entourent à la fois; c’est ainsi que l’empressement aveugle des premiers jours fait place au surmenage de tout le monde, si la maladie se prolonge, et que le malade, qui a été trop soigné au début, ne l’est plus du tout à la fin. L’aération de la chambre devra se faire trois ou quatre fois par jour, pendant quinze â vingt minutes chaque fois, et davantage si le temps est clément, par l’ouverture très large des fenêtres qui donnent à l’extérieur. Ouvrir la porte qui donne sur un corridor ou sur une autre pièce est un palliatif médiocre; il faut que la saison soit bien mauvaise pour qu’un mé- decin pénétré des nécessités de l’hygiène se contente de cet expédient. Quelle que soit la nature de l’aflection, s’agit-il d’une fièvre éruptive ou d’une maladie aiguë de poitrine, il n’y a rien qui dispense du renouvelle- ment de l’air de la chambre du malade. Cela ne veut pas dire qu’il soit in- différent de refroidir le malade lui-même; mais il est facile d’éluder ce péril, soit en affectant deux pièces et deux lits au patient, soit, plus simple- ment, en le couvrant exactement, en lui protégeant la face et l’orifice des voies aériennes par quelques doubles de gaze, pendant l’opération du re- nouvellement de l’air. Au fond, ce danger est bien moindre qu’on ne se le figure et, surtout, que celui du méphitisme. D’ailleurs, il est bon de réagir contre le préjugé en vertu duquel l’en- tourage fait tout son possible pour surchauffer encore un patient qui est déjà en étatd’hyperthermie fébrile. Le lit sera agréable sans être échauffant. spéciale.] LE MALADE A DOMICILE. *317 Une propreté minutieuse sera entretenue sur la personne et dans la chambre du malade ; son linge sera changé, dès que les excrétions ou la sueur l’auront imprégné; les selles et les urines ne séjourneront pas dans son voisinage ; on n’y entretiendra pas de foyer d’émanations, tisanes, cataplasmes, etc. La désinfection des linges et des excrétions sera pratiquée en même temps que leur éloignement, s'il s’agit d’une affection spécifique. Dans les conditions ordinaires, les individus sains ne gagnent rien à res- pirer l’air des malades et l’altèrent pour leur compte; lorsqu’il s’agit d’une affection contagieuse, on proscrira le séjour, dans la pièce, des individus jeunes ou à qui une atteinte antérieure n’a pas conféré l’immunité. Il est élémentaire de fermer la chambre d’un lyphoïsant aux jeunes gens, s’ils n’ont pas encore eu la fièvre typhoïde. On n’obsèdera pas le patient de soins inutiles, superflus, qui, le plus souvent, lui sont odieux. Le vulgaire attache à la consommation abondante de tisanes tièdes et fades une importance qui tourne à la tyrannie auprès des malades. Si l’administration du bouillon, du café, du vin, n’était déjà delà thérapeutique, nous indiquerions volontiers ces boissons comme une suppléance avantageuse aux infusions d’herbes, même, ou surtout, dans les maladies aiguës. Lorsque la maladie paraît entrer en résolution, il ne faut pas, de parti pris, maintenir la diète d’aliments non plus que chercher à hâter le relève- ment des forces par une alimentation prématurée. Les écoles médicales ont bien obscurci ce point si simple : le malade qui ne peut pas manger n'en a pas envie, — et réciproquement. Il n’y a pas autre chose à consulter que les dispositions du malade. Il est pourtant quelques restrictions à apporter à cette formule. Certains convalescents ont les fonctions digestives en quel- ques sorte stupéfiées par l’affection dont ils ont souffert, leur estomac ne demande pas et il est nécessaire de le provoquer à la reprise de son fonc- tionnement normal en lui donnant des aliments à petites doses, d’élabora- tion facile, jusqu’à ce qu’il recouvre sa spontanéité. D’autres éprouvent une faim très réelle, mais n’ont pas une activité digestive en rapport avec l’intensité du besoin, ou même ont spécialement été atteints dans le tube digestif (diarrhée, dysenterie, fièvre typhoïde) ; on ne restera point sourd à leurs sollicitations, mais on les alimentera avec une progression prudente, en choisissant des aliments très nutritifs sous un petit volume, n’entraînant pas un labeur énergique des organes digestifs et, en particu- lier, n’exposant pas l’intestin à charrier des débris inattaqués, mécanique- ment offensifs. Les potages, les fécules, bouillies, panades, les œufs, les viandes tendres, peu cuites ou même crues et hachées, rendent en ces occasions de remarquables services. Le jus de viande n’a pas les propriétés nutritives que l’on croit. Surtout, que le médecin sache prendre la direction du régime et de toute l’hygiène de son malade, aussi bien que du traitement. Les malades, dans leur famille, courent souvent un danger qui paraissait très inattendu : celui de mourir pour avoir été trop soignés, — en dehors du médecin, cela va sans dire. 2° Le malade à l’hôpital. On peut comprendre, dans l’hygiène hospitalière, un certain nombre d’établis- sements de destination un peu différente: hôpitaux généraux, hôpitaux d’enfants, maternités, asiles de vieillards, d'aliénés, de convalescents, hôpitaux militaires, hôpi- taux spèciaux (syphilitiques, varioleux, etc.). Celle distinction n’est, du reste, pas réalisée la plupart du temps dans la pratique, et même à Paris, où se trouvent le plus grand nombre des hôpitaux spéciaux de France, il n’est pas rare de rencon- trer, dans quelques hôpitaux excentriques, des salles d’enfants, une petite mater- nité, un compartiment de contagieux, à côté des locaux où sont recueillies les maladies communes. A part de rares exceptions, les hôpitaux sont propriété publique et régis par I Assistance départementale ou municipale. Pour être une aumône, ou plutôt parce qu’elle est une aumône, l’assistance hospitalière ne doit pas moins êlre conforme au respect de la dignité humaine; c’est en quelque sorte l’accomplissement d'un devoir social, une atténuation à l’inégalité des conditions, un témoignage de la solidarité qui doit unir tous les représentants de notre espèce. Elle doit donc s'exer- cer de telle façon que les pauvres et les souffranLs en reçoivent des soins efficaces et non une diminution de leurs chances de survie. On a cru dans un temps qu’il était bien d’avoir des hôpitaux énormes et d’y abriter le plus grand nombre possible de malades, dût l’entassement entraîner une mortalité effroyable. Ces désastreux principes sont, aujourd’hui, condamnés sans retour; malheureusement, l'applica- tion n’exprime pas encore assez la doctrine nouvelle. Les hôpitaux. — Emplacement et construction. — Il est à désirer que les hôpitaux s’élèvent dans la zone absolument périphérique des villes, puis- que l’on ne peut éloigner lout à fait du reste des habitations un asile qui doit s’ouvrir à toute heure à quelqu’un des habitants mêmes de la ville, et que, d’autre part, on ne doit pas entraver à l’excès les communications des malades avec leurs parents, restés à la besogne journalière. Dans les capitales de la taille de Paris, il est même difficile de ne pas tolérer un hôpital tout à fait central; mais, au moins, doit-il être en terrain dégagé, à distance des hautes bâtisses et ne compromettant pas lui-même la salu- brité du quartier. Nous avons été frappé, comme d’autres médecins français, dans notre visite à Berlin, de trouver les Cliniques toutes neuves de la jeune Université installées en pleine ville, étouffant entre les bâtisses voisines et, faute de surface, s’ingéniant à se suffire par la superposition des locaux et le com- partimentage. Nous avons, comme Bergmann et Schrôder, la plus grande confiance dans les procédés antiseptiques, appliqués aux murailles, aux planchers, aux médecins, aux instruments. Cependant notre hygiène ne peut se débarrasser des souvenirs de son éducation première et nous ne pouvons perdre notre ancienne confiance dans les mérites de l’air libre, neuf ou revivifié naturellement, venant de la campagne plutôt que d’une métropole : les baraques de Moabit, dans un quartier encore excentrique, entourées d’espace; l’hôpital municipal de Friedriclishain, avec des pavil- lons disséminés au milieu d’un parc; l’hôpital militaire de Tempelhof, â 3 kilomètres de Berlin, nous ont paru bien supérieurs. En France, on recherche la périphérie des villes pour y installer les hôpitaux de nouvelle création : l'hôpital Bichat et les hôpitaux d’isolement de la banlieue, à Paris; le nouvel hôpital Saint-Eloi, de Montpellier, à oOÜ mètres des dernières maisons du faubourg Bourdonne! ; l’hôpital de Saint-Denis ; l’hôpital du Havre (1885), sur le versant sud de la côte d’in- gouville, l’hôpital de Nancy; l’hôpital qu’Anvers bâtit sur les plans assez bizarres présentés par Baeckelman en 1875. C’est dans les faubourgs ou à la campagne que le terrain est le plus facile à trouver et le moins cher; or, les établissements hospitaliers modernes ont besoin de surface. nue Ambroise Part» Fi^. 2G9. — Hôpital Lariboisière (Paris) (’). En effet, on abandonne le mode architectural massif, et le genre monu- mental dont l’Hôtel-Dieu de Paris, La Charité (Sainte-Eugénie) de Lille, •sont les plus beaux types et, sans doute, les derniers; on n’y retrouvait (*) (*) Plan du rez-de-chaussée. — a. Salle des malades. — b. Préau des malades. — c. Bureaux de la direc- tion. — tf. Consultations externes. — e. Réfectoire des gens de service, cuisine générale et ses dépendances. — f. Pharmacie, cabinet du pharmacien, dépendance de la pharmacie. — ij. Vestiaire des médecins. h. Malades agités. — i. Cabinet de la sœur. — j. Office. — h. Dépôt de linge sale et lieux d'aisance des malades. — n. Communauté. — o. Bains. — p. Chapelle. — q. Buanderie et dépendances. — r. Salle d'opé- rations. — s. Salle des morts et d'autopsie. — t. Vestiaire. — u. Cour des convois. Échelle de 0“,UOO.'i pour un mètre = 1/2000. pas en aération et en bénéfices réels pour la guérison des malades ou blessés les sommes énormes que coûtait ce luxe mal compris. L’hôpital Lariboisière, de Paris (fig. 269), révèle déjà le besoin de la fragmentation des bâtisses hospitalières; mais l’on conservait la superposition des étages et l’union matérielle de l’ensemble, plus agréable aux infirmiers qu’utile aux malades. Notre époque a rompu avec ces traditions. Le type moderne est {'hôpital fragmenté, composé de pavillons sans étages, — ou tout au plus avec un étage qui, parfois, ne règne pas sur toute la longueur du bâtiment, — et qui ne sont réunis que par une galerie couverte ou même par un simple trottoir ou une allée sablée. Fig. 270. — Hôpital de Montpellier (système Tollet) (*). L’hôpital américain Boslon free Hospital, décrit par Sarazin, était évidemment une réalisation de l’idée nouvelle. L’hôpital militaire de Bourges et la plupart des hôpitaux de construction récente, qui viennent d’être nommés, en sont d’autres remarquables applications. Les principes posés par Tollet, en matière d’habitations collectives, ont puissamment contribué à propager le système et à le rendre praticable. Le nouvel (*) A. Pavillon de malades. — A'. Pavillou de payants. — A'. Pavillon de rechange. — A'". Pavillon à construire en cas d’extension de l’hôpital. — B. Contagieux. — C. Maternité. — C'. Infirmerie de la mater- nité. — D. Malades à observer.— Ë. Scrvicos généraux. — F. Communauté et lingerie centrale. — G. Cha- pelle. H. Direction. — H'. Économat. — 1. Magasin. — J. Remise et écurie. — K. Buanderie et séchoir !i l’air libre. — L. Amphithéâtre. 132t hôpital de Montpellier (fig. 270) a été construit par cet architecte, secondé par le professeur Bertin-Sans. L’hôpital de Saint-Denis, bâti par l’architecte Laynaud, a suivi les mêmes principes légèrement modifiés, de même que l’hôpital du Havre, confié à l’architecte Léon David. Les pavillons, les blocks, les baraques, sont disposés de diverse façon, suivant les ressources du terrain. A Bourges, il y a deux rangs de six pavil- lons chacun ; les pavillons sont l’un derrière l’autre, à une distance de 15 mètres, avec 56 mètres d’intervalle entre les deux rangées. Les bara- ques de Moabit sont disposées perpendiculairement à une ligne qui repré- senterait un fer à cheval très allongé. A Montpellier, comme on le voit dans la figure, les pavillons sont par rangs de quatre, parallèles et successifs; les extrémités en regard ne se touchent pas. On pourrait les disposer en quinconce; ceux de l’hôpital du Havre sont dans un ordre un peu irrégulier. Ce point n’a pas d’autre importance que de favoriser plus ou moins le service. Comme nous le disions, ce système exige de la surface, 100 mètres carrés par lit, en moyenne. Le prix des bâtisses, non compris le terrain- ne doit pas être sensiblement au-dessus de 2,000 francs pour une ville moyenne. Vallin est justement étonné que l’hôpital du Havre ait coûté 6,000 francs parût. Construction des pavillons. — Nous construisons, en France, tous nos pavillons à une certaine hauteur au-dessus du sol. Tantôt le soubassement est simplement rempli de gravois ou de scories ; tantôt, il constitue un véri- table sous-sol, comme au Havre, où il a 3 mètres de hauteur et renferme des promenoirs et divers services. C’est dans le cas où ils reposent sur une excavation que les pavillons, à Tempelhof, se nomment blocks. Ils ont la forme rectangulaire, sauf à Anvers où on leur a donné la forme circulaire, imaginée par Baeckelmans et préconisée par John Marshall et Saxon Snell, laquelle, évidemment, supprime beaucoup d’angles (il ne faudra pourtant pas mettre, un jour, les malades dans une sphère creuse). En général, ils n’ont qu’un étage habité. C’est la perfection ; mais cela tient infiniment de place et complique le service. Nous admettons volontiers que l’on ménage un sous-sol habitable, ne servant qu’à un séjour temporaire et diurne, et même que l’on ait deux étages de salles, comme en quelques blocks de Tempelhof. Le grand inconvénient des deux étages étant les échanges d’atmosphère, si l’on supprime ceux-ci par un plafond imperméa- ble, par des paliers fermés et une cage d’escalier ventilée pour son propre compte, la salubrité de l’un ou de l’autre étage ne sera pas sérieusement compromise. L’entrée par une des extrémités du pavillon nous semble préférable au palier intermédiaire aux deux moitiés de la bâtisse; ce palier peut être un réservoir d’air suspect. De même les dépendances nécessaires de chaque pavillon sont mieux aux extrémités qu’au milieu. Cette disposition permet, en outre, de ménager, à l’une des extrémités, le local de jour (Tagraum) et la loggia ou terrasse couverte, que l’on voit communément aux pavillons hospitaliers d’Allemagne. Les cliniques de Berlin ont certains étages de leurs pavillons divisés longi- tudinalement par une cloison, qui ménage d’un côté un corridor et, de l’autre, de petites salles à 2, 4, 8 lits s’ouvrant sur ce corridor. Cette pra- tique est peut-être la meilleure pour les grands blessés et les accouchées, pourvu que le corridor soit ven- tilé soigneusement. Les dimensions des pavillons peuvent varier selon le nombre des lits qu’on y mettra et, par suite, selon le genre de malades que l’on doit y traiter. Les véné- riens, par exemple, n’ont pas be- soin d’un cube d’air exagéré. Le cube de 50 mètres par malade peut être accepté comme moyen- ne. J. Rochard propose : Longueur 30 mètres; largeur9 mètres; hau- teur 5 mètres; en tout 1,350 mè- tres cubes, ou 67 mètres cubes par malade s’il n’y a que 20 lits ; 46 mèlrescubeparlitsiTon en met30. La figure 271, ci-contre, ex plique quelques-uns des détails qui précèdent et de ceux qui vont suivre. On a soin de remplir d'arbres, de plantes d’agréments, les espaces intermédiaires aux pavillons. Le système actuel a l’avantage considérale de permettre les dis - tinctions nécessaires dans le même hôpital : de réserver un pavillon exclusif aux femmes en couches; de ménager, au fond du terrain, des pavillons d'in- (*) Fig. 271. — Construction d’un pavillon hospitalier (*). fectieux, un pavillon d'aliénés en observation, etc. Le tout est entouré d’une grille plutôt que d’un mur claustral. Locaux. — Sans parler des bureaux de l’administration, des cuisines, des locaux de la pharmacie et de la communauté des sœurs ou du casernement des infirmiers, qu’il n’est pas nécessaire d’incorporer à l’hôpital aussi inti- mement qu’on le fait d’habitude, il est indispensable de ménager à l’usage des malades eux-mêmes, d’autres pièces encore que les salles. Tout le temps que les malades passeront hors de celle-ci peut être considérée comme un gain pour leur salubrité, en même temps que diverses conve- nances seront mieux satisfaites et que le bien-être des clients s’élargira. C’est ainsi que l’hygiène, à ce double point de vue, a bénéficié de l’instal- (*) A. Cabinets d'aisance. — B. Tisnnnorio, Bains. — C. Infirmiers. — D. Cabinet du médecin. — G. Galerie extérieure. En haut, t lit par trumeau et annexes aux extrémités. Au milieu, 1 lit par trumeau et anucxcs au centre. En bas, 2 lits par trumeau; annexes aux extrémités. spéciale.] LES HOPITAUX. lation de lavabos séparés, l’extrémité de chaque salle ; de réfectoires, si attrayants que beaucoup de patients, qui ne sortiraient pas de leur lit sans cela, se lèvent pour manger à table; de chau/foirs, de fumoirs. Joignons à ces locaux les préaux, les promenoirs couverts sans parois latérales, où les malades trouvent le triple avantage d’un changement de place, d’un peu d’exercice et surtout d’une aération immédiate particulièrement salutaire. Pour la bonne exécution du service, non moins que pour le maintien de l’hygiène intérieure, on doit ménager à l’extrémité des salles opposées h celle où se trouvent les lavabos, urinoirs et cabinets, une chambre de sur- veillant avec une baignoire et une petite officine oii les tisanes pourront être tenues chaudes, où l’on pourra préparer des cataplasmes. Il n’est point bon que les odeurs et les vapeurs de ces préparations se répandent dans la salle. Les linges de pansements journaliers, le cérat, la ouate, etc., se- ront renfermés dans des armoires. Il est très avantageux que celles-ci soient égalements hors de la salle, afin de ne pas y diminuer l’espace et surtout pour que ces objets ne s’infectent pas eux-mêmes dans l’atmosphère des malades et ne deviennent pas un moyen de transmission morbide. Il y aura une salle de bains, à part. A une faible distance de chaque grande salle devront se trouver de petites salles de 4 à 6 lits et des cabinets à deux lits (dont un inoccupé et de rechange) pour les malades qui ont particulièrement besoin de calme et de soins, ou qui, parleurs plaintes, leurs cris, leur agitation délirante, pri- veraient de repos leurs compagnons de souffrance en salle commune. Tout à fait à l’écart des salles et ne pouvant être soupçonnés des habi- tants de celles-ci, on aura élevé la salle des morts et le cabinet d'autopsies, masqués par des arbres, décents, dallés et peints à l’huile, parfaitement aérés et tenus dans une propreté minutieuse. Le mobilier doit en être facile à laver et à désinfecter. Les tables d’autopsie seront faites d’une substance imperméable. Un progrès moderne consiste à construire ces tables sous la forme d’une boîte rectangulaire, un peu plate, dont la paroi supérieure est à claire-voie et dans la concavité de laquelle débouche un fort tuyau d’aspi- ration latérale, correspondant à une cheminée d’appel. Les liquides ca- davériques s’écoulent par le fond de la boite et le pied creux delà table jusqu’à l’égout et les émanations odorantes sont aspirées par le ventilateur. Nous ne dirons rien de la chapelle, sauf pour demander qu’elle ne soit pas encombrante et qu’elle n'accapare point l’air et la lumière des malades. Disposition des salles. — On a très généralement adopté aujourd’hui, pour les salles d’hôpital, la forme d’un long rectangle, avee des fenêtres sur deux faces, en regard les unes des autres, et dans lequel les lits sont placés perpendiculairement au grand axe de la salle, sur deux rangs, la tète vers le mur et dans l’intervalle des fenêtres (Lariboisière, La Charité de Lille, et les pavillons-hôpital du système Tolletj. Cette disposition est préférable à ce que Ion voit dans quelques salles de 1 hôpital Saint-Antoine (Paris) : le rectangle divisé en deux par une cloison lon- gitudinale et les lits sur un rang de chaque côté de la cloison, la tête contre ce mur intérieur; c’est, évidemment, l’annulation de l'effet des fenêtres opposées, bien plus détestable encore est le plan qui consiste à tailler, dans un rectangle long et large, des salles représentant telle-mèmes des rectangles perpendiculaires au grand, dans lesquels les lits sont appuyés en deux rangs contre les cloisons intérieures et où il ne reste plus qu’une ou au plus deux fenêtres en regard, ou- vertes sur la plus courte paroi de la salle (ancien hôpital des Cliniques à Paris ; hôpital militaire de Conslanline). On voit encore, dans quelques hôpitaux civils (et militaires) du Nord [Arras, Valenciennes, Maubeuge), des salles plus rapprochées du carré que du rectangle, ayant des fenêtres sur deux ou même trois côtés et les lits rangés le long des murs, sur les quatre parois. Celte disposition est louable, à la condition qu’on ne se laisse pas tenter par le grand espace qui reste libre au centre de la salle et qu’on n’y mette pas de lits, ce qui arrive à Arras. Le Dr Folsom a adopté ce plan pour l’hô- pital général de Massachusetts et quelques autres; il recommande les dimensions suivantes : 56 pieds (17 mètres) dans la longueur et 43 pieds (13 mètres) en lar- geur, avec 6 lits sur la longue paroi et 5 sur la plus courte; soient 52 malades, disposant de 221 mètres carrés de surface. En supposant une hauteur de 4m,5, le cube intérieur est de plus de 45 mètres cubes par malade. Il n’y a à en défal- quer que le volume de l’appareil de chauffage placé au centre de la salle. Avec les salles rectangulaires et des fenêtres opposées, la meilleure orientation paraît être N.-E. à S.-O., pour que l’insolation dure toute la journée. L’éclairage diurne ne réclamant pas de conditions spéciales. Pour la nuit, on a le gaz, ou, comme au Havre, 1a. lumière électrique. Population par salle et par hôpital. — Les calculs de miss Nightinhale ont démontré que le chiffre de 22 lits par salle (nous entendons les salles communes) est la plus favorable au bon fonctionnement de la ventilation et du chauffage, à la surveillance et au service du personnel d’assistance, à l’économie financière. On le dépasse presque toujours : Lariboisière, 32 lits ; Boston free hospital, 23 lits; Vincennes, 32 lits ; (même dans les pavillons- hôpital du système Tollet, Bourges et Saint-Éloi de Montpellier, 28 lits. L’hôpital Tenon et La Charité (Lille) ont justement ce chiffre louable de 22 lits par salle. Il est d’autant plus important de limiter ce chiffre, dans les hôpitaux civils, que les lits sont à peu près tous constamment occupés. Dans les hôpitaux militaires, avec un vieux bâtiment, aussi mal aéré et enso- leillé que possible, comme l’hôpital militaire de Lille, on arrive encore à des résultats passables en n’occupant que 18 à 20 lits dans des salles de trente et en se ménageant des salles de rechange, c’est-à-dire que chaque salle occupée en hiver reste vide en été et réciproquement. C’est aussi le cas du Gros-Caillou, à Paris (Legouest). Il est de règle d’espacer les lits d’au moins 1 mètre, de ménager entre la tête du lit et le mur un intervalle de 60 centimètres et, entre les deux ran- gées de lits, un couloir de 2m,8 de large. Dans ces conditions, si le lit lui- même a IIU,10 de largeur et lm,80 de longueur, chaque malade disposera de près de 8 mètres carrés de surface et, par conséquent, de 36 mètres cubes d’espace, si la salle a 4m,5 de hauteur. Ces fixations sont un mini- mum : à Lariboisière, les lits sont espacés de im,50. La moyenne d’espace- ment, dans les hôpitaux de Paris, est de im,I0 (Poncet). Il n’est pas de ri- gueur que l’intervalle soit le même entre tous les lits; il dépend du nom- bre de lits placés contre les trumeaux. S’il y en a deux par trumeau, ils peuvent être un peu rapprochés, pourvu que l’on regagne l’espace par la distance entre chaque couple de lits (Yoy. fig. 271, en bas). Les lits doivent être en fer plutôt qu’en bois,garnis d’un sommier, d’un matelas, d’un traversin, tous deux en crin et laine, de couvertures de laine et d’une paire de draps. Les rideaux sont en général à supprimer. Le chiffre de la population totale à admettre dans chaque établissement dépend beaucoup du système appliqué dans la construction. Les hôpitaux sans étages, à pavillons isolés, risquent certainement moins que d’autres d’aboutir à l’encombrement en réunissant un grand nombre de malades, puisque les individus assistés sont dispersés sur une grande surface, divi- sés en petits groupes et que chaque groupe est une sorte de maison indé- pendante, environnée d’air de toutes parts. Bourges a 350 lits. On n’a pas craint de prévoir 800 lits pour le nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpellier. Nous pensons que c’est une exagération dangereuse et faite pour compro- mettre un système d’ailleurs excellent. En effet, toute salle d’hôpital est un foyer puissant d’émanations et de souillures atmosphériques ; la dilution de ces impuretés dans l’air, au degré inoffensif, est subordonnée à la distance du foyer pour le point envisagé et au rapport entre la masse d’air environ- nant et l’abondance des souillures fournies par le foyer. Les ressources de la dilution peuvent se trouver débordées et les pavillons amoindrir les uns pour les autres les qualités de l’air. Si bien bâtie que soit une ville, elle n’a jamais l’air pur des champs; que serait-ce d’une ville de malades? Le nouvel hôpital du Hâvre n’a que 300 lits. Quant aux hôpitaux massifs, à étages superposés et à bâtisses d’une seule tenue, les fixations adoptées jusqu’à présent pour le personnel secouru y sont toujours trop élevées : Lariboisière (type mixte), 625 lits; La Charité (Lille), 400 lits; le nouvel Hôtel-Dieu de Paris, 400 lits (les prévi- sions primitives portaient 800 lits !) ; l’hôpital militaire de Yincennes, 532 lits, Tenon, 600 lits. L’hôpital Majeur (Ospedale Maggiore) de Milan ren- ferme, dit-on, 3,500 lits et l’on assure qu’il est le plus sain de toute l’Italie : à la vérité, le chiffre réel des malades n’y dépasse pas 2,800, ce qui les met déjà au large. En outre, il faut croire qu’il a paru aux médecins et admi- nistrateurs du pays que l’on pouvait faire mieux puisque l’on a constitué, à Mombello, à 15 kilomètres de Milan, en pleine campagne, un vaste asile où sont reçus les aliénés et bon nombre de pellagreux. Les établissements absolument temporaires, comme les ambulances de guerre, sous baraques et en pleine campagne, comportent une tolérance, vu leur caractère transitoire. On y réunit de 500 à 1,000 blessés; les Américains, pendant la guerre de Sécession, ont même construit des agglomérations de pavillons à 25-50 lits,pour une population de4,000 blessés! Il n’en est pas résulté de désastres, au témoignage de W. Hammond. Mais ce n’en est pas moins une situation pleine de périls etque nous déconseillons formellement. Ventilation, chau/J'age, approvisionnement d'eau, éloignement des immon- dices des hôpitaux (Yoy. Hygiène générale). Hôpitaux spéciaux. — Nous traiterons plus loin la question de Y isolé- ment do certains malades et des locaux à leur réserver. Mais nous devons ici une mention spéciale aux Maternités, en raison de leur extrême impor- tance, aux hôpitaux payants, maisons de santé en France, cotiafje-lwspitals en Angleterre, et à quelques autres établissements de secours. Maternités. — Le l'ait d’accoucher à l’hôpital constitue de sérieuses chances de mort à la femme qui vient emprunter cet asile. La mortalité des nouvelles accouchées étant del sur 212 dans les villes, elle devient! sur 32 dans les hôpitaux et les maternités (L. Le Fort, Dumontpallier). Et Tarnier estime que parfois, dans les hôpitaux de Paris, il y a 543 décès chez les femmes en couches de plus qu’il ne devrait y en avoir si la proportion des décès était la même qu’à domicile (Hervieux). En 1870, E. Besnier évaluait à 4 p. 100 la mortalité des nouvelles accouchées dans les hôpitaux et mater- nité de Paris. Or, il y a plus de 6,000 de ces accouchements. Année 1874. Accouchements. Décès. Proportion p. 100. Dans les hôpitaux 6.0S6 234 3,84 0,32 Chez les sages-femmes.... 2.189 7 A domicile 18 0,16 Cet état de choses légitime et au delà les préoccupations qui se sont manifestées à différentes reprises au sein de la Société médicale des hôpi- taux de Paris (particulièrement en 1870). Il faut donc, le plus possible, épargner aux femmes en couches l’hôpital et son atmosphère viciée et faire que les maternités, disjointes de l’hôpital commun, ressemblent le moins à celui-ci et se rapprochent le plus des conditions d’un domicile moyen. Les causes qui multiplient les chances de mort chez les nouvelles accou- chées ne sont pas seulement la promiscuité respiratoire et les échanges d’é- manations ou de germes entre les accouchées et les autres malades, entre les accouchées elles-mêmes; il faut y ajouter les divers modes de transport du poison puerpéral qui se réalisent(médecins, élèves, infirmières, instru- ments, etc.) dans la Maternité sous forme de salle commune. Les accouchées, même dans les conditions physiologiques, ont une extraordinaire puissance de viciation de l’air (lochies, sécrétion lactée, déjections des enfants). Il faut les séparer des autres malades et les séparer les unes des autres. Tarnier a réussi à faire élever, dans des jardins entre le Luxembourg et l’Observatoire, un pavillon MaLernité, inauguré le 8 juillet 1875, qui paraît extrêmement louable sans valoir, cependant, celui que l’on aurait obtenu avec la réalisation du plan primitif de l’au- teur, tel qu’il l’exposait à la Société médicale des hôpitaux, en 1870. Ce plan ne comportait qu’un rez-de-chaussée et prévoyait une infir- merie distincte de la maternité proprement dite; tandis que le pavillon actuel a un étage sur rez-de-chaussée et que les femmes en couches qui deviennent malades sont soignées dans la chambre où elles se trou- vent, leur porte étant toutefois interdite au personnel ordinaire du service* Le pavillon Tarnier a la forme d’un parallélogramme rectangulaire, de 14“,20 de longueur sur 7“,8() de largeur; ses deux façades regardent le nord et le midi (le contraire de l’orientation méridionale). Deux murs de refend, allant du sol aux combles, séparent le bâtiment en trois parties. Chacun des compartiments termi- naux est subdivisé en deux moitiés, dont chacune est une chambre. Il y a donc quatre chambres à chaque étage, deux à droite, deux à gauche du compartiment central, qui sert de vestibule et renferme l’office et une chambre de surveillance. Chaque chambre a une porte et une fenêtre ; elles ne communiquent ni avec le ves- tibule ou l’office, ni entre elles. La porte s’ouvre sur l’une des façades, la fenêtre sur l'un des pignons, à l’est et à l’ouest par conséquent. Au rez-de-chaussée, les portes donnent sur un trottoir extérieur ; à l’étage, sur un large balcon. De part et d’autre, elles sont abritées par une marquise vitrée, dont le bord supérieur ne touche pas le mur, de façon que l’aération puisse se faire par l’intervalle. Le mé- decin ne peut donc passer d’une chambre dans l’autre sans sortir à l’air. Les chambres d’accouchement, munies d’un mobilier presque entièrement en fer, avec des lits dont le matelas, le traversin, l’oreiller ne renferment que de la balle d'avoine, mesurent : 3 mètres de hauteur; 4m,30 de longueur et 3m,50 de largeur; soit un cube de 45mc, 55. Au rez-de-chaussée, les quatre chambres ont leur sol recouvert d’asphalte ; à l’étage, deux sont dallées en pierres, deux en ardoises. On a reconnu que ce revêtement est supérieur à celui d’asphalte. Les murs sont slu- qués et peints à l’huile. Comme le dallage est en pente légère, et muni d’un cani- veau qui conduit l’eau dans un tuyau relié à l’égout, rien n’est plus facile que de laver à grande eau toute la pièce. Une glace sans tain permet de voir de l’office dans les chambres et réciproquement; du reste, chaque lit a un cordon de sonnelLe à sa portée. Dans chaque chambre, il y a un robinet d’eau froide et un d’eau chaude au-dessus d’un lavabo. Les femmes accouchent dans la chambre qu’elles doivent occuper le reste du temps. A la convalescence, elles peuvent se promener dans un jardin réservé. Si elles tombent malades, elles sont soignées par un médecin de l’hôpital du Midi et par une garde spéciale. A la sortie, chaque chambre est ventilée, lavée, remise à neuf; la balle d’avoine est brûlée ; les linges et couvertures exactement lessivés. Résultat: sur 710 accouchements, 6 décès, soit 1 sur 118. Dans le même temps, la mortalité à la grande Maternité était de 1 sur 42,6 (Pinard). La nouvelle Clinique d'accouchements de la Faculté de Paris, élevée sur l’empla- cement de l’ancienne Pépinière du Luxembourg, inaugurée le 5 mai 1881, parait devoir être bien inférieure au pavillon Tarnier. On y trouve 40 lits d’accouchées avec 40 berceaux, 10 lits de nourrices et 10 berceaux, 20 lits de femme en attente, 13 lits pour le service de gynécologie. Les salles n’ont pas plus de 8 lits. II y a, en outre, trois petites pièces d’isolement. C’est trop de monde en un seul logis. L’installation de Tarnier a reçu l’approbation des étrangers. A Bruxelles, d’après Feigneaux, on a copié ceLle sorte de petit cottage-mater- nité eu prenant, dans un quartier aéré, dix-sept maisons contiguës, propriété de l’administration, pour en faire la nouvelle Maternité. Chacune de ces maisons con- tient six chambres, n’ayant aucune communication entre elles et s’ouvrant toutes sur la cage de l’escalier. Il n’y a qu’une femme par chambre ; l’accouchement se pratique dans la chambre même. A l’apparition du plus léger symptôme de péri- tonite, tout rapport cesse entre le personnel de la Maternité et la malade, qui est transportée immédiatement à l’hôpital, pendant que l’on désinfecte la chambre. Le service médical est divisé. Un interne des hôpitaux et un élève de troisième année de doctorat sont attachés au premier des services pendant dix jours, temps pendant lequel il leur est sévèrement interdit de fréquenter les hôpitaux et les amphithéâ- tres ; leurs vêtements sont désinfectés au moment de leur entrée au service. Logés dans l’établissement, ils y prennent leurs repas. Le professeur Volkmann, à Halle, ne pratique pas d’opération obstétricale sans s’être lavé les mains et les avant-bras jusqu’au coude, à l’eau et au savon, pendant un quart d'heure-, après quoi, la peau étant bien essuyée, il enduit ces extrémités d’une solution forte de glycérine ou d’huile phéniquée. Les étudiants ne sont admis auprès des femmes en couches qu’autant qu’ils ont pris les mêmes minutieuses précautions. 11 existe, dans beaucoup d'hôpitaux de Paris, comme à Lariboisière, des salles particulières à usage de maternités, qui, grâce à une application intelligente des procédés antiseptiques, donnent d’excellents résultats (Pinard). Il n’en est pas de même, comme l’a constaté Napias, de beaucoup de Maternités des hôpitaux de province. Hôpitaux de contagieux. — On ne les pratique que dans les villes d’au moins 200,000 habitants. Ailleurs, il suffit de pavillons de contagieux, dans les hôpitaux généraux. Les hôpitaux de contagieux doivent être excentri- ques et comprendre un pavillon d'observation où l’on mettra pendant quel- que temps les douteux, qui vont souvent, sans cette précaution, prendre à l’hôpital une maladie qu’ils n’avaient pas. Londres a exécuté, en 1884, l’a- ménagement des navires-hôpitaux, Y Atlas et le Castalici pour ses varioleux, avec un camp de convalescence à Darenth, à 3 kilomètres de la ville de Dartford (Voy. plus loin : Isolement des contagieux). Hôpitaux d’enfants. — Plus que d’autres, ces hôpitaux devraient être extra-urbains et bâtis dans le système des pavillons séparés, en raison de ce que ce sont surtout les maladies contagieuses (fièvres éruptives, croup et diphthérie) qui amènent les enfants à l’hôpital. Ces maisons doivent aussi joindre l’éducation et un peu d’instruction aux soins hospitaliers. Nous pensons qu’elles gagneraient à avoir pour infirmières des femmes ayant elles-mêmes eu des enfants. Hôpitaux militaires. — On utilise largement, en France et en Allemagne, comme hôpitaux militaires, de vieux couvents qui ne remplissent aucune des conditions exigées à notre époque pour une semblable installation. Il convient surtout d’y multiplier les jours et d’y réduire le cloisonnement. Par ailleurs, lorsqu’on construit à neuf un hôpital militaire, le mieux est d’adopter la situation excentrique et le système à pavillons séparés. Au Tempelhof, on a à la fois des blocks (à sous-sols), des pavillons et des bara- ques. Les soldats les moins malades (vénériens) sont naturellement les hôtes de ces dernières. Les procédés de ventilation et de chauffage les moins compliqués sont ici les meilleurs (c’est peut-être le cas partout); nous croyons du reste, que ce principe peut s’appliquer â tout le reste et à tous les rouages de ce mécanisme, ainsi que nous le disait le médecin gé- néral Coler, à Berlin; « ce qui n’est pas simple n’est pas militaire ». Dans les garnisons qui n’ont pas d’hôpital militaire, les soldats sont traités à l’hospice civil. Il importe que ces hommes pour qui les soins en cas de maladie sont un droit ne soient pas confondus avec les clients de la charité publique. Cela est aussi avantageux à ceux-ci, parmi lesquels il y a des enfants. Maisons de santé.— Cottage-hospital. — Un certain nombre de patients, en raison de leur fortune ou simplement de leur position sociale, ne sau- raient se présenter aux hôpitaux communs, et,cependant, n’ont pas la pos- sibilité d’avoir autour d’eux, à domicile, les médecins, le personnel assis- tant, les soins variés et continus, qui sont le privilège des hospitalisés.. Même avec de l'aisance, d’ailleurs, quelques autres ont à subir une opéra- tion qui ne réussirait pas en ville ; il leur faut, à la campagne, point trop loin de leur famille et de leur médecin, un abri temporaire qu’ils ne possè- dent pas et qu’ils ne trouveraient pas, même avec de l’argent, dans les con- ditions convenables de service, d’outillage, d’accessoires. Et, d’ailleurs, il peut se trouver que la situation soit pressante. Il est satisfait à ces besoins spéciaux par les maisons de santé, quelque- fois en ville, plus souvent à la périphérie ou à la campagne voisine, que des particuliers, des médecins quelquefois, des associations religieuses ou charitables, ou même les administrations publiques, mettent à la disposi- tion d’une clientèle à qui l’hôpital répugne pour une raison quelconque. L’assistance n’y est point gratuite, comme on pense; néanmoins, le ma- lade bénéficie, même au point de vue pécuniaire, de ce que l’installation a été faite pour une collectivité et de ce que l’administrateur delà maison réduit ses frais en raison du nombre de ses hôtes. Il y avait, à Strasbourg, des établissements de ce genre fort bien tenus ; nous croyons savoir que c’est là que Kœberlé a obtenu ses premiers succès en ovariotomie. En Angleterre, ces établissements paraissent être entretenus par les mu- nicipalités; les clients, néanmoins, payent les médecins. Brown (de Boston)., qui les recommande en son pays, évalue à plus de soixante leur nombre dans les Iles-Britanniques. A en juger par les détails que nous trouvons dans cet auteur, le cottage-hospital ne fournirait pas une chambre à chaque malade; il aurait seulement des salles pour trois ou six hommes, trois ou six femmes avec un ou deux enfants. Les locaux accessoires, le cube de place, le régime seraient dans des conditions particulièrement confortables, bien que la maison ait un reste du caractère d’assistance publique. Asiles de convalescents. — Hospices marins, etc. — Ces formes spéciales d’assistance collective rendent d’immenses services. En France, les asiles de Yincennes et du Vésinet et, pour les enfants, Berck-sur-Mer, Forges-les- Bains, Arcachon et Banyuls-sur-Mer, qu’ont fait surgir l’ardeur et l’ingé- niosité philanthropique d’Armaingaud ; l’hôpital maritime de Pen-Bron, près du Croisic, de Y Œuvre nationale des hôpitaux maritimes de France (Fallu, Mme Furtado-Heine); en Angleterre, l’hospice maritime pour les scrofuleux, à Margate, les asiles de convalescents de Highgate et de Groy- don; en Hollande, l’hospice de Scheveningen ; en Italie, les vingt hospi- ces maritimes de Viareggio, Livourne, Porto-d’Anzio, Venise, Palerme, Ga- Arnould, Hygiène. 2e édit. 84 gliari, etc. ; en Allemagne, de nombreux établissements maritimes ou de terre ferme, auprès d’une source thermale ou sur un point agréable et salu- bre, sous les noms divers de See/tospize, Soolbader, Sanalorien, Reconvales- centenkauser, Feriencolonieen ; aux États-Unis d’Amérique, les hospices ma- ritimes de Cape May (Pennsylvanie), de Beverly Parms (Massachusetts), d’A- tlantic City (Phidadelphie), le bain Rockaway (New-York); les hôpitaux Bottants de New-York et do Chicago (sur le lac Michigan). On ne saurait trop louer ces tentatives si rationnelles en vue de relever les jeunes géné- rations, dégradées par l’air des villes et portant la peine de la diminution de vitalité que l’industrie a infligée à leurs ascendants. Le département du Nord a fait étudier, récemment, l’opportunité de la fondation d’une maison maritime d’enfants malades; elle existe même déjà, à l’état nais- sant, grâce à l'activité d’un homme de conviction, le maire Vancauwen- berghe, à Saint-Pol-lès-Dunkerque. Dispensaires. — Les inconvénients de l’agglomération hospitalière pour les malades, même dans les meilleures conditions, sont énormes quoi qu’on fasse, et quelques hygiénistes n’ont pas craint d’envisager la perspective, si lointaine qu'elle puisse être, de la substitution complète de Y assistance à domicile, au secours hospitalier. En attendant une solution dans ce sens, on peut toujours encourager le développement des institutions qui s’effor- cent, non de supprimer l’hôpital, mais d’en réduire la fréquentation et de combiner la permanence plus ou moins complète des malades à leur foyer avec un traitement médical ou chirurgical, régulier néanmoins et suffisant. Les dispensaires sont des tentatives de ce genre. Nous ne parlons point des locaux privés ou dépendant d’un hôpital, dans lesquels des médecins délivrent, à de certaines heures, des consultations gratuiles et des ordonnances ; où les chirurgiens donnent, à la rigueur, un coup de bistouri pour un abcès ou un furoncle ; ni même de ceux où il est remis gratuitement certains mé- dicaments prescrits aux malades, qui les emportent eL s’en servent plus ou moins intelligemment. Le véritable dispensaire reçoiL des exlernes et des demi-pension- naires ; on n’y passe pas la nuit et le séjour n’y est pas continu, mais on y trouve les mêmes soins que dans un hôpital bien outillé ; les malades y prennent leurs médicaments sous une surveillance et une direction compétente ; ils y reçoivent des bains, des douches ; sont l’objet de manœuvres chirurgicales ; on leur donne même, au dispensaire, un repas, surtout quand la nature ou simplement l’abondance des aliments doivent constituer la hase d’un traitement rationnel et complet. Hors de là, les malades ne cessent pas d’appartenir à leur famille, ni celle-ci d’être chargée de ses devoirs envers celui de leurs membres que fa souffrance a atteint. Ainsi est sauvegardée la solidarité entre les membres de chaque famille, en même temps qu’un certain nombre de malades sont efficacement secourus sans courir les gros risques de la vie en commun dans l’atmosphère nosocomiale. Des dispensaires de ce caractère existent, croyons-nous, à Londres. En Italie et en France, on les a particulièrement appliqués au traitement des maladies de l’en- fance, qui, en fait, se présente avec toutes les conditions qui réclament le plus clairement ce genre de secours. A Turin, ce sont les Écoles de rachitiques, fondées en 1871, sous l’impulsion et grâce à la générosité dit comte Riccardi de Nctro ; â Milan, c’est 1 Institut des rachi- tiques, que nous avons vu fonctionner sous la direction de son créateur, Gaelano I»ini. Les uns et les autres vivent des ressources fournies par des particuliers riches et charitables et de quelque aide des municipalités. En France, Gibert (du Havre) a eu l'idée d’étendre à toutes les maladies de l’en- fance ce procédé d’assistance. L’institution qu'il a fondée, en 1875, absolument nouvelle et originale (A. Foville), et qui fait le plus grand honneur à sa philan- thropie intelligente, suffit au traitement de 1,700 affections médicales ou chirurgi- cales, chaque année, avec un prix de journée de 22 centimes par tôle et de 5 fr. 51 par enfant soigné. L’établissement a marché jusqu’aujourd’hui parla générosité de quelques clients riches du Dr Gibert; mais il est évident que les municipalités et l’assistance publique ont tout intérêt à s’emparer de l’idée et à monter des créations analogues dans les grandes villes. Le ministre de l’intérieur a envoyé aux préfets une circulaire dans ce sens (31 janvier 1881). Nous pensons que l’on fera bien de ne pas annexer ces dispensaires aux hôpitaux déjà existants, à moins d’un emplace- ment de ceux-ci particulièrement favorable. Régime alimentaire dans les iiopitaux. — Les principes sont les mêmes que pour le malade à domicile. Seulement, l’hôpital renfermant des mala- des à toutes périodes et d’une grande variété d’aptitudes digestives, on doit pouvoir y disposer simultanément de toute la gradation des régimes alimentaires qui, chez un malade isolé, ne viendraient que l’un après l’autre. Le régime est, aujourd’hui, l’un des grands moyens de la thérapeutique. 11 est donc rationnel que les ressources de cette nature soient aussi nom- breuses et choisies que celle de la pharmacie. Bibliographie. — Brown (Francis H.). General principles of Hospital Construction (Buck’s Hygiene, I, 1879). — Hôpital Ménilmoniant (Congrès internat, d’hygiène h Paris, en 1878, t. II, p. 453, 1880). — Uffelmann (Julius). Ueber Anslalten und Einrichtungen .zur Pflege unbemittelter schwdchlicher und scrophulôser Kinder insbesondere über See- hospize, Soolbüderheilstâlten, Rcconvulesccnzhüuser und Feriencolonieen (D. Viertel- jahrsschrift f. ôfT. Gesundheitspflg., XII, 097, 1880). — Arnould (Jules). 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Sur l'œuvre des hospices maritimes (Rev. d’byg., IX, p. 1040, 1887). — Martin (A.-J.). Rapport sur un projet de construction de services d’isolement à l’hôpital Trousseau (Rev. d’hyg., IX, p. 1000, 1887). — Félix (J.), Sôrensen (S.-F.), Bôhm (K.). Sur la nécessité et T installation des hôpitaux d’isolement (Congrès internat, d’hyg. à Vienne, 1887). — Déclaration obligatoire des maladies épidé- miques et des décès (Trav. du Comité consultatif d’hyg. publ. et Gaz. liebdomad., p. 639, 1888) . — Colin (L.). Rapport sur la construction d’hôpitaux d’isolement dans la banlieue- de Paris (Conseil d’hygiène de la Seine, 1888). — Dujardin-Beaumetz. Des hôpitaux-ba- raques russes et en particulier de Thôpital-baraque Alexandre de Saint-Pétersbourg (Gaz. liebdom., p. 722, 1888). — Boisseau (E.). Hôpitaux (Dictionn. encycl. des scienc. méd.). 3° Les malades vis-à-vis des individus sains. Protection «les personnes contre les contages.—Tout en prodiguant aux malades tous les soins que l’humanité prescrit, il faut empêcher qu’ils deviennent la source de désastres pour leur famille, pour la population environnante et même, dans la limite du possible, pour le personnel d’infir- miers ou de médecins, qui leur porte assistance. Or, il est un certain nom- bre de maladies transmissibles ; soit directement, par contact de l’individu sain avec le malade ou avec quelque objet imprégné des produits patho- logiques ; soit indirectement, par le transport des agents pathogènes aux économies saines au moyen de l’air dans lequel a vécu le malade ; soit sui- vant les deux modes à la fois. 11 y a quelques moyens de barrer le chemin à celte transmission, de lui fermer quelques portes, sinon toutes. D’autre part, les procédés de prophylaxie, sous ce rapport, diffèrent naturellement selon que les maladies sont chez nous, indigènes ou indigé- nisées, ou bien qu’elles sont exotiques et ne nous atteignent qu’en franchis- sant de grands espaces, par des routes connues, qui ne sont autres que celles mêmes du transit humain (caravanes, navires, voies de fer). Dans l’un ou l’autre cas, il s’agit d’affections appartenant à la classe des spécifiques ou zymotiques, lesquelles ont aussi le pouvoir et l’habitude de revêtir particulièrement la forme d’épidémies. La base des mesures à prendre vis-à-vis des individus en puissance de quelqu’une de ces maladies, en vue de faire obstacle à leur extension aux groupes restés sains, est la connaissance des allures spéciales à chacune d’elles. Nous ferons un résumé de ces allures. Infectieuse» indigène». — A. Les varioleux. — La variole parait avoir été observée pour la première fois en France au sixième siècle (Marius, évêque d’Aven- ches, en 370; Grégoire de Tours, 381 et 582). Depuis lors, elle a donné lieu, sur notre territoire, à des épidémies particulièrement meurtrières chez lesjeunes sujets, -en suivant une sériation épidémique d’années, d’ailleurs peu rigoureuse, qui a toutefois porté quelques auteurs à lui assigner le cycle de sept ans. Ce qui est vrai, c’est que l’on voit les épidémies de variole se préparer pendant deux ou trois ans, le nombre des cas augmentant chaque année jusqu’à celle d’acmé épidémique, après laquelle il y a une phase de repos presque absolu pendant quelques autres années. Celte observation exacte d'Ernest Besnier ne doit s’entendre que de la va- riole par rapport à une localité et non sur toute l’étendue du territoire. La variole est l'affection la plus ubiquitaire de celles qui ravagent notre espèce; •elle ne fait acception ni de sol, ni de climat, ni de saisons, ni de races d’hommes. Si les épidémies sont plutôt d’hiver et de printemps que d’été, c’est parce que la condensation des groupes favorise son extension pendant les saisons froides. La mortalité par variole était épouvantable avant Jenner; en outre, le nombre des défigurés et particulièrement des borgnes ou des aveugles était considérable. L’épi- démie de 1863-1871, qui rappela celles d’avant la vaccine et coûta 90,000 exis- tences (Chauffard et Vernois) à notre pays, peut encore donner une idée de la puissance redoutable du fléau. Vacher relève pour 1871 : Naissances. Variole. Décès varioliques. Défigurés. 821,129 226,417 58,236 24,004 La léthalité est représentée par 1 décès sur 5 à 7 malades. Dans l’armée, la mor- talité variolique, de 1866 à 1869, a été de 2 à 2,5 p. 100 décès généraux, un peu moindre, de 1872 à 1875. Tous les modes de transmission appartiennent à la variole; il paraît cer- tain, toutefois, que l’agent le plus ordinaire, le véhicule le plus constant du virus, c’est la poussière émanée du corps des varioleux à la période de dessiccation et de desquamation. Le mal est donc contagieux à distance, mais non à toute distance ; on estime que l’atmosphère des varioleux cesse d’être dangereuse au delà de 30 mètres; cependant les observations de Bertillon, relatives à la diffusion de la variole dans le quartier de la Sor- bonne, au moment où Y Hôtel-Dieu annexe contenait 1-40 varioleux, tendent à démontrer que la diffusion atmosphérique du virus par les squames peut avoir une portée assez grande. On se plaint fort, à Londres, du voisinage des Small-pox hospitals, comme nous allons voir. D’ailleurs, la contagion peut être immédiate, c’esL-à-dire provenir direc- tement du malade, ou médiale, par l’intermédiaire d’effets qui lui ont servi, d’une voiture qui l’a transporté, d’une chaise sur laquelle il s’est assis. C’est pour cela qu’en temps d’épidémie, dans les deux tiers des cas (E. Besnier), on ne retrouve pas la filiation contagieuse. Prophylaxie. — 1° Isolement des varioleux. — Étant avéré le danger de propagation dont le malade constitue une menace constante, l'isolement des varioleux est la mesure de protection qui s’impose tout d’abord. On doit à Em. Vidal, en b rance, d’avoir fait, à la Société médicale des hôpitaux (18G4), la proposition de systématiser ce moyen de prophylaxie. Depuis lors, le principe a rallié tous les suffrages, sauf des nuances par rapport à l'application. L’isolement du malade à domicile peut se faire de deux manières, sans compter la vaccination de toute la famille et des domestiques, qu’il faut pratiquer d’abord. Ou bien en le dirigeant sur un hôpital spécial, ou bien en faisant le vide autour de lui par l’éloignement du plus grand nombre possible des personnes de la famille et surtout de celles qui, comme les en- fants, paraissent jouir de la plus grande réceptivité. Le premier mode est à peu près obligatoire dans beaucoup de villes d’Angleterre, des États-Unis, de Prusse et môme d’ailleurs, en ce sens que les logeurs, les médecins, sont tenus de faire la déclaration des maladies contagieuses qu’ils abritent ou qu’ils traitent, et que les particuliers sont rendus responsables des acci- dents de contagion survenus par le fait de leur non-isolement et peuvent être poursuivis en dommages-intérêts (A. Smith de Londres). Rien de pa- reil n’existe en France, et il est difficile de prévoir qu’une loi puisse ja- mais nous obliger à nous séparer des nôtres, atteints de variole ou d'une autre affection contagieuse. Mais l’on peut au moins recommander l’éloi- gnement, du domicile du malade, de toutes les personnes inutiles à son traitement et néanmoins exposées à la contagion. Les administrations d’as- sistance devraient, selon de Ranse, « créer des asiles où seraient re- cueillies, durant le temps nécessaire, les personnes de la classe pauvre obligées d’émigrer de leur propre foyer pour se soustraire à la transmission de la maladie dont un des leurs sera atteint ». Si la déclaration obligatoire. des cas de maladies contagieuses et la recherche exacte des causes de décès passaient en loi, comme le fait pressentir le rapport de Brouardel au Comité consultatif d’hygiène publique (1888), il deviendrait possible d’organiser au moins la défense en connaissance de cause. L’isolement des malades aux hôpitaux est plus facile. Il va sans dire que les varioleux placés en salles communes sont séparés de la population extérieure, mais ne sont pas isolés pour cela, puisqu’ils peuvent trans- mettre la maladie à des individus présents à l’hôpital pour toute autre affection que la variole, et être encore la cause de la perpétuation et de l’extension de l’épidémie. Dans de pareilles conditions, les cas intérieurs éclatent et se multiplient. Leudet, à Rouen, en observe 132 de tels sur 621 cas de variole; Hérard (1873), 13 sur 21 ; pendant les cinq premiers mois de 1870, il y eut 411 cas intérieurs de variole dans les hôpitaux de Paris. L’isolement en salles spéciales dans l'hôpital commun vaut mieux que rien. Yallin notait (1878) 70 cas intérieurs sur 170 varioleux dans l’hôpital du Yal-de-Grâce qui, comme à peu près tous les hôpitaux militaires, pra- tiquait ce mode, sans lui donner les adjuvants indispensables. Nous pres- crivons, depuis plusieurs années, dans les hôpitaux militaires de la pre- mière région, l'isolement dans l'hôpital, le seul que la construction de nos vieux immeubles permette. Mais il est, en outre, ordonné au médecin trai- tant de terminer sa visite par les contagieux et de ne pas rentrer après dans la salle commune ; d’avoir, dans le local d’isolement, un sarreau PROPHYLAXIE. spéciale.] 133λ spécial, qui n’en sort pas, et de se laver les mains et la face au savon et à la solution phéniquée ou bichlorurée, en quittant ce local. Les infirmiers affectés à ce service lui restent exclusivement; on les cherche parmi ceux qui ont déjà subi une atteinte de la maladie spécifique traitée. Les linges, les vêlements, la literie, les excrétions du malade, sont l'objet d’une sur- veillance minutieuse et d’une désinfection exacte. Avec ces précautions, appliquées à toutes les maladies contagieuses aussi bien qu’à la variole, presque inconnue aujourd’hui dans nos salles militaires, nous arrivons à n’avoir plus de cas intérieurs, sauf malheureusement chez les infirmiers (ce qui arriverait dans tout autre système), et nous nous passons assez bien de pavillons spéciaux. Des pavillons spéciaux dans l’hôpital général, mais parfaitement séparés des autres et à une bonne distance (60 à 70 m. ne sont pas de trop), sont cependant autrement louables et efficaces, à la condition d’avoir un per- sonnel médical et des infirmiers absolument distinct-;, sans communication avec le personnel ni les malades des salles communes. Plusieurs hôpitaux de Paris, Venise, Prague, Gœtlingen, Hambourg, la Charité de Berlin, pra- tiquent cette méthode; le nouvel hôpital Saint-Éloi, de Montpellier, l’a adoptée. L'hôpital Trousseau (Paris) aura quatre pavillons spéciaux et un de douteux. C’est une ressource qu’il faut toujours avoir, dans les grandes villes, pour les cas urgents et pour toutes les contagieuses, y compris le choléra (L. Colin), indépendamment du procédé suivant. Le véritable isolement se fait dans des Hôpitaux spéciaux, soit que l’on réunisse dans le môme hôpital, sous pavillons distincts, plusieurs formes de maladies contagieuses (variole et rougeole; variole, rougeole et scarla- tine, etc.), soit que l’établissement soit exclusivement réservé aux vario- leux. Le premier mode existe à Birmingham, Glasgow, Dublin, Manchester, Copenhague, à l’hôpital Moabit de Berlin; le second est celui des Small- pox-hospitals, dont on voit cinq à Londres, un à New-York, à Vienne (hô- pital Margarethen), à Glasgow, à Naples. Pendant la guerre de 1870-71, les varioleux de Paris furent réunis à l’hospice de Bicêtre ; les médecins des hôpitaux ont proposé l’utilisation, dans le même but, des postes-casernes, disséminés le long du rempart. En 1875, sur les instances de H. Gintrac, les varioleux de Bordeaux furent concentrés dans l’hôpital Pélegrin, que l’on alfecta à leur usage exclusif; cette mesure, avec quelques autres, coupa court à l’épidémie. Le Conseil municipal de Paris, à la date du 17 juin 1887, sur le rapport de Chautemps, a décidé la création, en dehors des fortifications, de deux hôpitaux d’isolement pour la variole et deux pour la rougeole et la dipththérie. En conséquence, un « Hôpital temporaire des varioleux » fonctionne à Auberviiliers. 11 possède l’étuve à désinfection à vapeur, Geneste-IIerscher et applique la désinfection des locaux au sublimé (voy. p. 495). L’objection capitale contre les hôpitaux de varioleux n’est plus l’hypo- thèse de 1 'hypervariolisation des patients, mise à néant par Léon Colin, E. Widal, Isambert, Brouardel; mais la crainte d’en faire un foyer qui répande la variole aux alentours. Le fait est que la variole se multiplie dans les quartiers qui possèdent un tel hôpital. Il s’agit moins d’un transport des germes par l’air à de grandes distances que de relations directes et malavisées des habitants avec l’établissement et son personnel. Mais les voisins réclament; les juges Anglais ont condamné les Small-pox hospitals de Hampstead et de Fulham, et les hôpitaux spéciaux de Londres, par arrêté de justice, ne doivent plus recevoir qu’un nombre restreint de va- rioleux. C’est, du reste, ce qui a amené le fonctionnement des navires hôpitaux établis à Long Reach, sur la Tamise, dont nous avons parlé. Nous ne savons ce qu’il adviendra de l’hôpital spécial d’Aubervilliers, qui a déjà causé des protestations. Mais nous croyons qu’il est prudent de garder une bonne distance entre l’hôpital de varioleux et les habitations (au moins 30 mètres), de surveiller les visites des parents, les relations du personnel servant, d’user largement de la désinfection des effets de ce per- sonnel et de ceux des malades, des lotions antiseptiques des personnes et des choses. D’ailleurs, les clients ne sortiront que guéris depuis un temps notable et plusieurs fois baignés. C’est le cas d’avoir, comme à Londres, une maison de convalescence et d’observation. 11 importe d’organiser le transport des contagieux urbains à l’hôpital spécial dans des conditions satisfaisantes de rapidité et de sécurité pour eux et pour les autres personnes. Le personnel de secours n’est lui-même pas plus compromis par l’agglo- mération des varioleux qu’il ne le serait en soignant des varioleux dissé- minés. Il l’est même moins, en ce sens que cette concentration permet plus aisément de n’admettre à l’établissement que des infirmiers ou mé- decins rendus réfractaires par une variole antérieure ou par une revacci- nation réussie. La règle générale est, d’ailleurs, de choisir pour infirmiers des hôpitaux d’isolement les individus qui, d’une façon ou d’une autre, ont perdu la réceptivité pour la maladie spéciale à laquelle ils vont avoir affaire : des variolés pour les hôpitaux de varioleux, des adultes pour la rougeole et la diphthérie, des hommes murs pour la fièvre typhoïde, etc. 2° Vaccination et revaccination. — Au-dessus de toutes ces mesures, il y a le moyen de supprimer la variole elle-même. Ce moyen existe en puissance; c’est l’inoculation à l’homme, dès le début de la vie et renou- velée autant de fois qu’il est nécessaire, d’un virus analogue à celui de la variole de l’homme, emprunté à la vache (cow-pox), mais dérivant peut- être déjà du cheval (horse-pox), et cultivé par une série non indéfinie d’inoculations sur l’espèce humaine (vaccin jennérien), ou sur l’espèce bo- vine (vaccin animal). En d’autres termes, c’est la pratique des vaccinations et revaccinations. Ce n’est pas ici le lieu de refaire l’histoire de la vaccine, d’étudier scientifiquement l’essence du vaccin, de décrire les procédés d’inocula- tion, de conservation, etc. Encore moins de démontrer l’efficacité de la vaccine ou de la défendre contre les imputations fantastiques dont elle a été l’objet de la part de quelques esprits, amoureux de l’hypothèse et du paradoxe. Si nous parlions des accidents, d’ailleurs incontestables, de syphilis vaccinale, ce serait pour dire qu’ils peuvent être évités, même en pratiquant le vaccin jennérien; dans tous les cas, ils ne sont qu une tache minuscule dans le tableau des bienfaits de la vaccine, ne justifiant en aucune façon le tort que l’on a failli faire, en leur nom, à la découverte de l’immortel philanthrope de Berkeley. Lotz estime à 750 infections sur plus de 100 millions de vaccinations faites en Europe depuis Jenner les cas de syphilis vaccinale connus. Mettons 1,000 pour tenir compte des cas non relevés, ce serait 1 syphilis sur 100,000 vaccinations. Cory, en Angleterre, a montré qu’il n’est pas si facile d’inoculer en même temps la vaccine et la syphilis. Après tout, nous avons la vaccine animale. Depuis le commencement du siècle, les médecins recommandent la vaccine, la pratiquent et la propagent. Les gouvernements en ont fait une branche de l’administration et ont consacré des sommes importantes à l’extension de ce bienfait à tous les administrés, particulièrement aux groupes ignorants et pauvres, toujours les plus nombreux. Mais on n’a pas tardé à s’apercevoir qu'il fallait, vis-à-vis des destina- taires de la vaccine, un peu plus que des largesses et même que la persuasion. On a dû rendre la vaccine obligatoire. La patrie de Jenner ne •s'y est pourtant décidée qu’en 1867, par le Vaccination Act, complété en 1871 ; l’Allemagne ne date sa loi de vaccination obligatoire (Reichsirnpf- gesetz) que du 1er avril 1875. La France n’en est qu’à la période de projets •et de discussions parlementaires ou académiques. La Suisse a retiré, •en 1883, l’obligation qu’elle avait. L’Académie de médecine est en majorité favorable à l’obligation; le Congrès de Turin (1880) l’a demandée à la presque unanimité de ses membres'. Il se- rait étonnant que ce vœu du bon sens ne trouvât pas des contradicteurs même parmi les médecins; on a parlé de liberté individuelle, comme si la liberté de ceux qui ne veulent pas de la variole n’était pas aussi respectable que la liberté de ceux qui ne veulent pas de la vaccine ;... on a dit, en revanche, que la loi se- rait illusoire, parce que la sanction proposée est insignifiante, et que de bonnes dispositions administratives, avec les dépenses nécessaires, remplaceraient avanta- geusement la loi. Or, il est peu probable, si faible que soit l’amende, qu’on se fasse moins vacciner après la loi qu’avant, et, pour ce qui est des mesures administra- tives et des dépenses, la loi sera précisément la base sur laquelle on s’appuiera pour les demander. Elle sera un bienfait pour tous et n’obligera que l’État et les administrations. Sans le concours de celles-ci, la loi serait lettre morte, comme elle l’est en Russie et même sur quelques points de l’Allemagne et de l’Angleterre. Après tout, la vaccination et même la revaccinalion obligatoires existent déjà, en France, pour une vaste catégorie d’individus, pour l’armée spécialement, où il arrive encore 6 à 7 p. 100 des recrues, qui n’ont jamais été vaccinées. La note ministérielle qui prescrit les vaccinations militaires date du 31 octobre 1857. De même, on ne conserve dans les lycées et les écoles les enfants qu’autant qu’ils se soumettent à la vaccination et à la revaccinalion. Or, l’instruction est obligatoire. La vaccination obligatoire se justifie par le succès. Que l’on se reporte à la statistique variolique de l’armée (p. 1297). L’Allemagne a pu « rayer la variole des •causes de décès », dit-on. C’est vrai pour l’armée de ce pays. Dans la population civile, la Bavière a encore 30 décès varioliques par an, à cause du voisinage de l’Autriche, qui n’a pas la vaccine obligatoire. Mais Berlin, Hambourg, Breslau, Dresde, Munich, n'ont pas 2 décès varioliques annuels par 100,000 habitants. Il n’en est pas de même, à Londres, qui est soumise à la vaccination obligatoire, mais où cette loi salutaire a pour contrepoids la Ligue antivaccinale, produit Anglais et malencontreux. Décès varioliques p. 100,000 hab. 1879. 1880. 1881. 188®. 883. Berlin 0,75 0,81 4,74 0,43 0,33 Londres 12,13 12,50 01,91 11,07 3,4 Paris et Saint-Pélersbourg ont encore 100 à 136 décès de la même cause pour 100,000 habitants. Vaccination animale. — Le vaccin d'enfant, — en le choisissant, — est resté bon ; il ne faut pas le laisser perdre. Mais quand on est pressé et que l’on a affaire à des groupes nombreux; quand on veut vacciner et revacciner largement et en tout temps, envoyer à distance et partout du vaccin, le virus aussi rare que précieux, recueilli sur l’enfant, n’est plus pratique. C’est pourquoi l’on recourt au vaccin de génisse, à la vaccination animale, qu’ont instituée Negri, Bousquet, Reiter, Palaseiano, Lanoix. On dispose, quand on veut, de flots de vaccin, sans soupçon de syphilis, pris sur un animal dont on peut dédaigner les cris et dont la mère ne fait pas d’observation. Pour être absolument sûr de sa parfaite santé, on le lue après avoir recueilli son vaccin et l’on n’emploie celui-ci que si l’autopsie a démontré l’absence de toute lésion organique, spécialement de tuber- culose, le seul virus étranger que l’on ait quelque raison de redouter (et encore). Les formes sous lesquelles s’emploie le vaccin animal sont celles de lymphe, obtenue de la rosée qui sourd après l’ouverture des pustules, ou de pulpe résultant du raclage de ces pustules. Celle-ci est bien plus active que celle-là; il faut l'introduire par scarification. Mêlée de glycérine étendue, la pulpe se conserve plusieurs semaines et peut être expédiée en tubes fermés. Le point capital est d’observer Yantisepsie dans toutes les opérations, vis-à-vis de la génisse, des individus à vacciner, des instru- ments, du vaccin lui-même. Desséchée rapidement, la pulpe fournit un vaccin en poudre qui se conserve six mois et plus. Il existe aujourd’hui des Offices ou Instituts vaccinogènes, c’est-à-dire produisant du vaccin animal, dans tous les pays. Quelques-uns sont pres- que célèbres (Bruxelles, Berlin, Hambourg, Naples, Rome, New York). En France, Lanoix et Chambon en ont créé de particuliers à Paris ; Bordeaux (Layet), Lyon (Boyer), Montpellier (Pourquier), Nancy, etc., en ont fait des institutions municipales, et ce n’est pas notre faute si Lille n’a pas le sien. Nous nous sommes dédommagé en créant trois offices vaccinogènes mili- taires, temporaires d’ailleurs, dans la région du lor Corps d’armée, par application de la décision ministérielle du 29 novembre 1880, qui rend la vaccination animale régulière dans l’armée. On doit, du reste, une bonne part de la faveur légitime dont jouit cette méthode à la persévérance de nos camarades, Antony, Longet, Vaillard, Vallin, Chatain, etc. Le maniement du vaccin animal est devenu facile et sûr et les administrations publiques (Conseil municipal de Paris, ministère de l’Intérieur, etc.), n’hésitent plus l’encourager moralement et matériellement. Ilibliographie. —Vali.in (K.). La variole aux Étals-Unis (Rov. tl’hyg., III, p. 985, 1881). — Evers. Impfung uiul Pochen (D. Vierteljahrsschr. f. OU. GestlpHg., XIII, p. 501, 1881). — BoIng (H.). Zur Pocken and Impffrage (D. Vierteljahrsschr. f. OIT. Gesdpflg., XI\, p. 597, 1882). — Lotz (Th.). Erwidcrung (Ibid., p. 008). — Merry-Delabost. Épidémie de variole dans ta prison (le Rouen (Aun. d’hyg., VII, p. 385, 1882). — Poux (H.). Contri- bution à l'étude du rôle de la syphilis dans ta vaccination (Gaz. hebdom., p. 308, 1881). — Voigt (L.). Vaccine und Variola (D. Vierteljahrsschr. f. OIT. Gesdpflg., XIV, p. 385, 1882). — Vallin (K.). L'Institut vaccinogène d'Anvers (Ilev. d’hyg., IV, p. 033, 1882). — Meyer (Lothar). Ueber Impfungen Lungenschwindsilchtiger im vorgeschriltenen Krank- heitsstadium mit humanisirter Lymphe (Eulenberg’s Vierteljahrsschrift, XXXVII, p. 373, 1882). — Lubelski (G.). Note sur la vaccination en Pologne, en Russie et en Finlande (Rev. d’hyg., V, p. 403, 1883). — Wahlomont (E.). Traité de la vaccine. Paris et Bruxelles, 1883. — Vaillard. Rapport sur le service de la vaccination animale à l'École du Val-de- Grdce (Arch. de niéd. niilit., 10 août 1884). — Ackbr (J.). Die Uebertragbarkeit der Tu- berculose durcit die Vaccination (Centr. bl. f. allgemeine Gesdpflg., III, p. 421, 1884). — Piza (M.). K une Arbeitung zur ZÜchlung, Conservirung und Vervoendung animaler Lymphe (Ibid., p. 195, 1884). — Wolffberg (S.). Welchen Grad von Schutzkra/'l besitzt. die animale Lymphe? (Ibid., p. 207, 1884). — Rochard (J.). L'organisation du service de la vaccine en France (Rev. d’hyg., VII, p. 097, 1885). —Longet (E.). Étude comparative sia- les revaccinations (Gaz. licbd., n°s 41-42, 1885). — Straus (I.). La tuberculose est-elle transmissible par la vaccine? (Soc. méd. des hôpitaux, 13 février 1885). —Frôlich. Ileitrag zur XViederimpfung (D. Vierteljarsschr. f. ôff. Gesdpflg., XVII, p. 12G, 1885). — Wolff- berg (S.). Ueber die angehliche allmahliche Zunahme der Poc/een-Empfcinglichkeit geimpfter Kinder (Centr. bl. f. allgera. Gesdpfl., V, p. 301, 1880). — Ucke (J.). Die neuesle Phase der Vaccination in Russland (D. Vierteljahrs. f. ôff. Gesdpflg., XIII, p. 487, 1880). — Karth et Vilcoq. Variole (Dict. encyclop. des sc. médic., 1880). — Semon und Poelchen. Ueber die animaten Impfungen in Danzig in den Jahren 1885 und 1880 (D. Vierteljahrs. f. ôff. Gesdpflg., XIX, p. 470, 1887). — Brooardel (P.). Accidents survenus à la suite d'une série de vaccinations faites à Aspriôres (Rec. des trav. du Comité consult. d’hyg., XVI, p. 9, 1887). — Schulz (M.). Einige Versuche in Bezug auf kalberimpfung aus dem kônigt. Impf-lnstitute zu Berlin (Ibid., p. 270, 1887). — Reimann. Ueber die Vaccination in Russland (Ibid., p. 287, 1887). — Martin (A.-J.). La pratique de la vaccination ani- male (Gaz. hebdomad., n° 30, 1887). — Longet (E.). Vaccin (Dict. eucyclop. des sc. méd., 1887). — Gerstacker (Rud.). Die historische Entwicklung und hygienische Bedeulung der Revaccination (D. Vierteljahrsschr., f. ôff. Gesdpflg., XX, p. 87, 1838). — Vallin (E.\ Rapport d'ensemble sur les vaccinations et revaccinations faites dans le 3e Corps d’armée en 1887 et 1888 (Arch. de méd. milït., XII, p. 321, 1888). B. Les rubéoleux et les scarlatineux. — La rougeole se distingue, comme la variole, par une ubiquité assez complète et une extrême puis- sance de diffusion. Bien que l’on n’en connaisse pas l’agent infectieux, il est probable qu’il est porté à distance par les farines épidermiques, déta- chées de la peau des convalescents et, sans doute, par les sécrétions ocu- laire, nasale, bronchique, dont les linges, les ustensiles, la personne, peu- vent être le véhicule (ce qui fait que la rougeole est contagieuse dès le début). Elle inspire moins de terreur que la variole et, dans tous les cas, ne défigure pas comme elle; pourtant, elle ne laisse pas que d’être très meurtrière. Elle l’est plus que la variole, dans l’armée. Sa gravité dépend surtout du terrain, et elle fait d’effroyables ravages sur les enfants pauvres, en état de vitalité médiocre. Il y a donc des mesures d’isolement à prendre pour préserver ces groupes, la rougeole n’ayant pas son vaccin. On s’en préoccupe moins que de toute autre affection contagieuse; elle est, d’ail- leurs, peu commune et peu grave chez la plupart des adultes. Néanmoins, il est évident qu il laut, dans les hôpitaux, ne pas mêler les rubéoleux aux autres malades et leur appliquer les mesures d’isolement dont on dispose. 11 n’est pas rationnel de les mélanger aux varioleux ou aux scarlatineux : les fièvres éruptives ne s’excluent pas chez le même individu : à Londres, les rougeoles ne sont pas reçues dans les Small-pox-hospitals ni dans les Fever-hospilals. A Saint-Pétersbourg, le Nouvel-Hôpital des enfants « pos- sède dans ses dépendances un bâtiment d’isolement divisé en quatre sec- tions, chacune ayant son escalier, son entrée, son jardin, son personnel, sa literie, sa lingerie, etc. Ces sections sont destinées, l’une à la diphthérie,1 la deuxieme à la variole, la troisième à la scarlatine, la quatrième à la rou- geole. L’hôpital contient en outre des salles isolées pour les syphilitiques, pour les ophthalmies purulentes, pour les teignes, pour les opérés du croup, pour la coqueluche et pour le typhus » (Em. Yidal, cité par Vallin). La nécessité d’épargner aux « opérés du croup » la promiscuité avec les autres enfants atteints de fièvres éruptives ressort des faits navrants signalés parLaborde: Air 22 enfants ayant subi Ja trachéotomie à l’Hôpital des enfants, 14 sont morts, savoir : 4 de scarlatine, 5 de rougeole, o de variole. Sur 9 opérés de Bricheleau (18o9), 8 sont morts de fièvre éruptive intercurrente, dont 4 de rougeole et 4 de variole. L’un d’eux avait même eu successivement la scarlatine, puis la rougeole. Le sectionnement indiqué est donc ce qu’il y a de mieux à faire, à moins que l’on ne sépare davantage encore le bâtiment d’isolement et que l'on n’en fasse un hôpital spécial, baraqué, muni d’appareils à désinfection. — D’ailleurs, il est bon de noter que, quand on dispose de quatre sections d’isolement, on peut en réalité suffire à plus de quatre maladies ; parce qu’il arrive que, pendant des mois, il n’y a pas de rougeole, ou pas de scarlatine, ou pas de variole, eL que l’on peut mettre des typhiques ou d’autres dans l’un des compartiments vides. La scarlatine, comme la rougeole, intéresse beaucoup plus les jeunes sujets que les adultes; c’est donc surtout vis-à-vis des hôpitaux d’enfants qu’il faut se préoccuper de l’isolement. On sait que la scarlatine est presque une maladie anglaise; les hôpitaux de Paris n’en ont reçu que 335 cas en cinq ans; dans la seule année 1873, les hôpitaux métropolitains de Lon- dres en reçurent 1,191 cas. Peut-être serait-elle plus grave chez nous. Mais la scarlatine présente toujours le singulier caractère que lui avait re- connu Sydenham de varier énormément de gravité d’une période à l’autre et d’intensité de transmission. A Londres, les Fever-hospitals ont habi- tuellement un pavillon pour le typhus, un pour la fièvre typhoïde, un pour la scarlatine et un dernier pour les autres maladies infectieuses, sauf la rougeole. A Paris, on se borne à lui consacrer,, dans les bâtiments com- muns, une salle un peu reculée. Vallin conseille de lui réserver « dans un des hôpitaux d’enfants, un pavillon séparé, sans communication avec les autres parties de l’hôpital; le personnel affecté au service coucherait dans le pavillon, mais pourrait n’être pas astreint à une réclusion aussi sévère que dans les services de varioleux. » Il faut recommander aux parents qui visitent leurs malades de ne pas amener d’enfants avec eux. Enfin, le miasme scarlatineux jouissant d’une ténacité particulière vis-à-vis des ob- jets à l’usage ou au voisinage des malades, il importe d’insister sur la dés- infection de ces objets. G. Les diputhéritiques. — Malgré les discussions de mots qui ont obscurci la question de nosologie, la diphthérie est une maladie générale, infec- tieuse, probablement transmissible par l’intermédiaire du milieu atmo- sphérique et certainement par le contact direct, quoique les essais d’ino- culation de Peter n’aient pas réussi. On voit très bien les foyers s’étendre de proche en proche sur une région, et Bertillon a pu mettre en rapport la grande mortalité diphlhéritique du quartier des Quinze-Vingts avec le voisinage de l’hôpital Sainte-Eugénie, comme il avait fait de l’Hôtel-Dieu annexe et de la variole du quartier de la Sorbonne. Mais ici, bien plus en- core que pour la variole, la diphthérie, dont les produits sont humides, a pu être propagée par les contacts directs ou indirects, les visiteurs, les in- firmiers, etc. Familière aux groupes vivant dans les conditions de misère et de mal- propreté qui favorisent déjà l’expansion de la lièvre typhoïde, prospérant mieux par le froid humide, en hiver et au printemps, que dans d’autres cir- constances, la diphthérie est encore plutôL une maladie de l’enfance que de l’âge adulte, bien qu’elle n’épargne pas celui-ci. D’après la statistique de Lombard (de Genève), elle causerait, en France, les 20 millièmes de tous les décès. Elle est très grave, dans les hôpitaux; à Paris, sa léthalité est aux environs de 70 p. 100; en 1877, sur 934 cas, il y a eu 636 morts. Quant à la propagation, on a formulé cette loi que, sur 100 cas, 13 à 20’ ont été contractés dans les salles par contagion. En raison, sinon de la subtilité de son miasme, au moins de la gravité de ses coups, la diphthérie est justiciable des mesures d’isolement dont il a été question à propos des éruptives. Ici, encore, l’isolement est plus parti- culièrement applicable aux hôpitaux d’enfants ; il est pratiqué en Dane- mark, en Russie, en Suède et Norvvège; à Paris, on a élevé un pavillon de diphthéritiques au milieu des jardins de l’hôpital Sainte-Eugénie. Nous avons vu plus haut que l’on va faire mieux encore (p. 1335). D. Les typhiques et les typhoÏsants. — Ces malades paraissent moins dangereux par eux-mêmes que par les foyers qui se sont prêtés à la re- pullulalion du poison spécifique. Isolés du sol et de l’atmosphère infectés, ils n’ont presque plus de pouvoir de dissémination morbide, à moins d’être transportés dans un autre milieu tout à fait apte à devenir lui- même foyer de typhus ou de dothiénentérie. Ce pouvoir est encore plus faible chez les typhoÏsants que chez les typhiques; alors que l’on a vu de ces derniers (retour de Crimée : Marseille, Avignon, Val-de-Grâce) créer encoie, loin du foyei oiiginel, des foyers secondaires de moins en moins \i\aces, il est si lare que les typhoÏsants aient manifesté une sérieuse puissance de transmission personnelle que, dans les hôpitaux civils ou militaiies de Fiance, d Allemagne et jusqu à un certain point d’Angleterre, on les tiaite au milieu des maladies banales,tout en ne niant pus la cou- tagiosité. Cependant, les cas intérieurs observés par nous et, depuis, par Quinquaud, A. Laveran, Ollivier, etc., nous ont décidé à prescrire, dans les hôpitaux militaires, l’isolement des lyphoïsanls. On ne doit pas moins désinfecter les selles des malades avec la solution phéniquée à 5 p. 100, éviter d’agiter leurs draps quand on les change, pour ne pas répandre les poussières fécales, désinfecter à l’étuve les effets, linges, literie, traiter le local par la pulvérisation de sublimé. Étant connue cette subordination de la fièvre typhoïde à son foyer, il y a là une indication formelle pour les cas où il s’agit de couper court à une épidémie locale. Si la garnison d’une caserne est en proie à la dothiénenlerie, on n’a qu’à quitter cette caserne et à mettre en route la troupe pour une autre direction; que l’on fasse camper ou que l’on cantonne cetLe troupe, l'épidémie cesse générale- ment. Il se passe même ce fait curieux, que les soldats ne transmettent pas la ma- ladie à la population des villages qu’ils traverversent. Toutefois, il est évident que le campement présente à cet égard plus de sécurité que le cantonnement. Le typhus exanthématique étant aussi commun en Angleterre et en Irlande qu’il est rare en France, et l’enquête de Murchison (1860) ayant prouvé que le maintien d’un seul typhique dans une salle était suffisant pour propager la maladie dans le reste de l’hôpital, on ne peut qu’applaudir à l’existence des deux Fever-Hospitals de Londres et de ceux de Manchester, Glasgow, Dublin. Ces hôpitaux, à vrai dire, reçoivent aussi, en pavillons distincts, d’auLres maladies infectieuses, en particulier la scarlatine el la fièvre typhoïde. On a soin d’en prendre le personnel parmi des gens qui ont eu déjà le typhus et d’appliquer les meilleurs procédés de désinfection. L’on n’a pas remarqué que la concentration des typhiques augmentât le Ivphisme. E. Les femmes en couciie et la scepticémie puerpérale. — (Voy. Maternités, p. 1326). F. Les scepticémiques chirurgicaux. — La contagiosité des accidents sep- ticémiques est active et rapide, soit que l’air suffise à transporterie poison des plaies, soit que les chirurgiens et leurs aides s’en chargent sans le savoir. Cette contagiosité ne s’exerce que sur d’autres blessés, ayant une lésion tégumentaire, mais les conséquences en sont si ordinairement fai aies, que l’isolement complet des blessés septicémiques est une néces- sité impérieuse. Seulement, l’observation constante des ambulances de guerre a démontré que la réunion de plusieurs scepticémiques dans le môme local n’est plus indifférente : la concentration des malades accroît la gravité de la maladie. « L’isolement collectif, dit Yallin, ne suffit plus, il serait presque certainement nuisible ; ce qu’il faut, c’est l’isolement indi- viduel, prophylactique autant que curatif, s’il est combiné avec la dissémi- nation; et celle-ci joue peut-être le rôle le plus important. » Les moyens an- tiseptiques modernes rendent la situation moins fréquente et la simplifient. G. Les phthisiques et les dysentériques. — En Italie, les phthisiques sont traités connue contagieux, en salles spéciales. Il n'est pas impossible que cette pratique s’étende quelque jour. Le Congrès de la tuberculose (1888) a accentué cette tendance. Il a même paru incliner vers les hôpitaux spéciaux, comme il en existe, d ailleurs, à Londres {City rond, lirompton, Mount Vernon, lie de Wight, etc.). On peut y arriver en adoucissant les formes de cette quarantaine et en montrant aux phthisiques la curabilité de leur affection, qui sera un lait de plus en plus certain désormais. D’ailleurs, en famille et il l'hôpital, il faut détruire la virulence des crachats (V. p. 492). A Copenhague, l’hôpital des varioleux comporte trois divisions : les va- rioleux, les typhiques et les dysentériques. Cette dernière paraîtra superflue à la plupart des médecins français. Finalement, « la liste des maladies qu’il faut isoler doit être plutôt res- treinte qu’étendue outre mesure». (Vallin, Dubrisay et Napias.) H. Les svpuiliïiqües. — A l’hôpital, on sépare, plutôt qu’on n'isole, les syphilitiques; mesure de convenance, d’ordre et de propreté intérieure, non de protection) vis-à-vis des autres malades. Le virus syphilitique est fixe; ce n'est pas à l’hôpital, d’ordinaire, que l’on contracte la vérole. 11 est néanmoins ^indispensable que les linges des vénériens ne servent qu’à eux et que les chirurgiens se refusent l’emploi, chez d’autres personnes, des instruments dont ils ont fait usage sur des syphilitiques. La prophylaxie de la syphilis et la quarantaine des vénériens est ailleurs qu’aux hôpitaux, quoiqu’on fasse bien de les leur ouvrir, à l’encontre de ce qui se passait au temps de ce bon roi Louis XII, où on les expulsait de Paris, permettant du reste « qu'ils aillenl où bon leur semblera », disséminer le plus possible le mal dont ils étaient porteurs. On sait que la syphilis peut se transmettre dans les relations les plus ordinaires (verres, cuillers d’usage commun, pipes empruntées), dans certains actes industriels (syphilis des souffleurs de verre), par les accoucheurs et les sages-femmes, par les chirurgiens, par la vaccine, par les nourrices et les nourrissons. Mais la source ha- bituelle, ce sont les rapports sexuels, dans quelqu’une de ces conditions variées et multiples, qui se résument d’un mot : la prostitution. La prostitution est publique, clandestine ou cachée. La police sanitaire n’a entière- ment prise que sur la première, dont les clientes sont d’aulant moins nombreuses que celles des autres formes sont plus libres et plus recherchées. En Angleterre, en Allemagne et même en Italie, on s'efforce de réduire la prostitution publique et de se rapprocher de la liberté de la prostitution, au nom de la liberté individuelle. En France et en Belgique, ou a cherché, plus autrefois qu’aujourd’hui (les défenseurs de la prostitution libre en sont cause), à réglementer la prostitution, c'est-à-dire à protéger la prostitution publique au détriment des deux autres et à faire tomber même dans la première les femmes qui exercent la prostitution clandestine. Ce procédé est dangereux et a prêté à des abus ; ce qui motive les protestations aies adversaires de la réglementation. Cependant, il esL certain que la prostitution libre (ou clandestine) est dangereuse, plus dangereuse que l'autre, sans parler de son exhibition cynique surles trottoirs et fiar.s les cafés, estaminets ou brasseries. L. Le Fort (1869) relevait, à Paris, 1,701 cas de maladies vénériennes provenant de la prostitution clandestine contre 780 dus aux maisons publiques. E. Mathieu a remarqué qu’il y a 8!i syphilitiques p. 1000 chez les gardes de Paris, les Sapeurs-pompiers, les gendarmes, qui ont des maîtresses, ■alors que 1 on n en compte que 7 p. 1000 chez les hommes de l'infanterie, qui n’ont pas Ig moyen de s adresser à d autres qu aux filles de maisons ou aux coureuses' de bas étage. En Angleterre, avant les Contagious diseuses Acts (1864-1869), il y avait dans les slations navales 180 soldats ou matelots p. 1000, atteints de maladies syphilitiques ou vénériennes. Le chiffre tomba à 54 p. 1000, après l’introduction de la visite obligatoire des prostituées. Depuis 1883, la Ligue de la prostitution libre ayant fait abroger les Contagious diseuses Aels, la proportion des vénériens est remontée a 134 p. 1000. En Prusse, où la prostitution, à demi libre, est surveillée dans l’armée, on a 25 vénériens p. 1000, contre 130 dans le temps de la liberté (1845-1851). C’est la même chose à Bruxelles, où les revendications de la Ligue ont fait fléchir l’application fort sage du règlement de 1877. Il y a évidemment, une organisation de prophylaxie à constituer. Nous reproduisons celle que l’Académie de médecine a entrevue (1888), comme conclusion du rapport très savant et très moderne de A. Fournier, dans les vœux suivants, destinés à être soumis au ministre. 1. L’Académie appelle l’attention de l’autorité sur les développements qu’a pris la provocation sur la voie publique, et en réclame une répression énergique. 2. Elle estime qu’il y a nécessité manifeste d'assimiler à cette provocation de la rue, divers modes non moins dangereux qu’a revêtus, surtout de nos jours, la pro- vocation publique, à savoir : celle des boutiques ; — celle des brasseries dites « à femmes » : — et, plus particulièrement encore, celle des débits de vins. 3. Elle signale à l’autorité d’une façon non moins spéciale la provocation qui rayonne autour des lycées, des collèges, et qui a pour résultat l'excitation des mi- neurs à la débauche. 4. Ces divers ordi’es de provocation ayant pour conséquence la dissémination des maladies syphilitiques, VAcadémie réclame des pouvoirs publics une loi de police sanitaire réglant et fortifiant l’intervention administrative, en particulier à l’égard des mineurs, et permettant d’atteindre la provocation partout où elle se produit. 5. La sauvegarde de la santé publique exige que les filles se livrant à la prosti- tution soient soumises à l'inscription et aux visites sanitaires. 6. Si l’inscription n’est pas consentie par la fille à qui l’administration l’impose, elle ne pourra être prononcée que par l’autorité judiciaire. 7. Toute fille qui sera reconnue, après examen médical, affectée d’une maladie vénérienne, sera internée dans un asile sanitaire spécial. 8. Les filles inscrites seront soumises à une visite hebdomadaire, visite complète et de date fixe. Hospitalisation, traitement. — 9 à 13. Ces articles demandent un nombre de lits suffisant dans les hôpitaux, ou mieux, des hôpitaux spéciaux pour le traitement 'des maladies vénériennes, avec consultations gratuites, délivrance gratuite de mé- dicaments, en somme un service spécial pour le traitement des allections vénériennes dans chaque chef-lieu de département. Réformes dans l'enseignement. — 14 à 18. Ces articles ont pour but d'ouvrir libre- ment tous les services de vénériens ou de vénériennes (y compris ceux de Saint- Lazare) à tout étudiant en médecine à seize inscriptions ; — d’imposer un stage dans un service de vénériens (ou de vénériennes) à tout aspirant au doctorat; — de mettre au concours « le recrutement du personnel médical chargé de la sur- veillance des filles inscrites au dispensaire de salubrité publique et celui du per- sonnel chargé du traitement des vénériennes à Saint-Lazare (ou dans 1 asile hos- pitalier qui sera substitué à Saint-Lazare). Syphilis dans l'année et dans la marine. — 19. Assurer la rigoureuse exécution des règlements militaires, notamment en ce qui concerne les visites de santé, la recherche des foyers de contagion, l’abandon de toute mesure disciplinaire à l’égard des soldais affectés de maladies vénériennes. 20. S’efforcer de combattre les progrès incessants de la prostitution clandestine, d’une part, en éclairant les soldats sur les dangers de cette prostitution spéciale et, d’autre pari, en réclamant le concours des autorités civiles pour l’assainisse- ment de certains foyers de contamination, soit dans les villes (débits de vins), soit aux alentours des camps. 21. Assurer aux soldats syphilitiques, dont le traitement a été commencé à l’hôpital, la possibilité de continuer à leur corps et sous la direction des médecins de leur régiment le traitement ultérieur nécessaire à leur guérison. 22. En ce qui concerne la marine, il est à désirer qu’à bord des bâtiments de guerre une visite médicale de l’équipage soit faite avant l’arrivée dans chaque port, afin d’interdire la communication avec la terre des hommes qui seraient conta- minés, toutes les fois que la durée de la traversée rendra celle mesure nécessaire. 23. 11 est absolument essentiel que, dans toutes les villes du littoral, notamment dans les grands ports de guerre ou de commerce, un service régulier et rigoureux soit institué pour la surveillance et la visite médicale des prostituées, en vue de prévenir les contaminations que contractent si fréquemment les marins dans les ports de relâche ou de débarquement, et que les filles reconnues malades soient traitées à l’hôpital jusqu’à guérison complète des accidents transmissibles. ' L’Angleterre ne laisse pas que d’être embarrassée de la liberté de la prostitution et, après avoir rapporté, en 1883, les Contagious diseuses Acts, la Chambre a voté, en août 1883, deux lois ayant pour but de protéger les filles mineures et de supprimer les brothels. A Berlin, il y a des filles inscrites (Unter Contrôle), obligées de se présenter à des visites régulières, et des non inscrites (Nicht unter Contrôle), que la police oblige quelquefois (dans la proportion de 2 p. 100 environ des inscrites) à subir la visite. On compte environ 4,000 filles inscrites, donnant lieu à cent mille visites par an. Elles envoient un millier des leurs à J’hôpital par an, ou 1 p. 100 examinées, tandis que les non inscrites fournissent 300 entrées, ou 16 p. 100 examinées. Bibliographie. — Gàhde (Fr.). Dus Brilsseler Prostitutions-Reglement (D. Vierteljahrscli. f. ôff. Gesdpflg., XII, p. GOG, 1880). — Sormani (J.). La prophylaxie des maladies véné- riennes (Rev. d’hyg., III, p. 897, 1881). — Mathieu (E.). De la fréquence des maladies vénériennes dans l’année (Rec. de mém. de méd. milit., XXXVIII, p. 433, 1882). Mau- riac (C.). De la contagion des maladies vénériennes dans la ville de Paris (Ann. d’hyg., VIII, p. 1882). — Vibert. Rapport sur la prostitution dans ses rapports avec la police médicale, avec la transmission et la prophylaxie des affections syphilitiques (Rev. d'hyg., V, p. 912, 1883). — Després (A.). La prostitution en France, Paris, 1883. — Pelmann (C.-C.)! Ueber die Stellung des Staates zur Prostitution (Centr. bl. f. allgem. Gesdpflg., IV, p. 181, 1885). — La répression de la prostitution en Angleterre (Semaine médicale, p. 438, 1885).' — Lutaud. La prostitution en Angleterre (Ann. d’Iiyg., XV, p. 414, 1880). — Foi.ler (von). Statislische Notizen aus den arzllichen Thütig/ceit bei den Derliner Sittenpolizei (D. Vier- tcljalirsschr. f. Ôff.Gesdpflg., XVIII, p. 238, 188G). — Fournier (A.), Diday (P.), Lefor't(L ) 'Prélat (U.), Lf.gouest, Roussel (T.), etc., Sur ta prophylaxie publique de la syphilis (Acad, méd., 1887-1888). — Focke (O.). Die Prostitution in ethischer und sanitürer Rezie- hung (D. Vierteljahrsschr. f. ôff. Gesdpflg., XX, p. 121, 1888). Infectieuses exotiques. — La peste. — On on ne sait pas si la peste d’A- thènes (499 av. J.-C.) était le même fléau que nous qualifions aujourd’hui de ce nom. Il y a encore des incertitudes vis-à-vis de la peste Automne, en l’an 103 de notre ère, mais les descriptions relatives à la peste Justinienne, en 542 (Procope) et surtout à l’effroyable peste noire de 1348, ne permettent guère de mettre en doute 4rnould, Hygiène. 2° édit. gtj l’identité du fléau qui marqua ces dates lugubres avec celui qui parait encore nous menacer aujourd’hui du côté de l’Orient. La peste fut familière à l’Europe et à la France en particulier, du quinzième au dix-huitième siècle. On la retrouve même en Moldo-Valachie de 1828 à 1829. De- puis lors, elle semble avoir abandonné l’Occident. Elle avait même disparu en 1844, de l’Égypte, qui avait été longtemps son loyer endémique traditionnel, lorsqu’un nouveau foyer se révéla dans la Cyrénaïque (Benghazi, 1858 et 1874): puis, elle fut signalée en Perse (1863 et 1870), en Mésopotamie (Tholozan, 1867), venant peut- être de l’Inde (peste de Pâli, 1815-1838); dans les montagnes de l’Assyr (Arabie), en 1874; et enfin, comme si un courant de pèlerins ou de marchands, de soldats quelquefois, l’avait dirigée depuis quelques années vers la mer Caspienne, ella a fait (1876-1877), une réapparition en Europe par Astrakhan et les bouches du Volga, ayant remonté le fleuve jusqu’à une petite localilé qui restera célèbre, Vetlianka. Hirsch a noté que les limites d’endémicité de la peste représentent, dans l’an- cien monde, une vaste zone entièrement au nord du 20e degré de latitude nord, depuis le Maroc jusqu’aux mers de Chine, ne dépassant poinL le Sahara au sud, mais s’élevant, au nord, jusqu’à Stockholm et l’Islande (1402 et 1493). Elle n’a pas visité l’Amérique. Les influences telluriques lui paraissent indifférentes ; elle prospère, dans l’Hin- doustan, à 3,000 mètres d’altitude, comme entre le Tigre et l’Euphrate, sur les bords marécageux du canal d’IIindieh. Il est fort remarquable qu’ayant ses foyers d’endémicité dans des contrées chaudes, elle s’étende plus volontiers vers les régions tempérées et que son activité épidémique, plus intense dans la saison froide, s’éteigne régulièrement en été. La malpropreté, la misère, la famine, n’ont joué, au moyen âge, et ne jouent probablement encore aujourd’hui, chez les Arabes, les Cosaques, que le rôle de préparateurs du terrain. Mais, comme pour tous les typhus, ce rôle secondaire a tellement d’importance qu’il est possible que l’Europe moderne doive aux progrès de l’hygiène et de la civilisation d’être débarrassée de la peste. La peste est transmissible et transportable; mais le malade même paraît jouer un rôle médiocre, comme agent contagionnant. Il esL plutôt dangereux par les effets qu’il porte et qui sont imprégnés de l’atmosphère du foyer d'où l’individu provient; des étoffes, des marchandises, de la même provenance, sont aussi dangereuses. On a vu maintes fois (Léon Colin) des individus, fuyant une ville infectée, avoir la peste pour eux seuls dans le milieu où ils se réfugiaient. Le pouvoir de transmission est inconstablement dans le foyer (Desgeuettes, Ri- gaud, Laval). Celui-ci devient d’autant plus actif que les malades s’y multiplient davantage. D’où l’absurdité cruelle de la mesure, autrefois pratiquée, de rejeter dans la ville pestiférée, même à coups de fusil, les habitants qui cherchaient à s’éloigner. Plus qu’aucun typhus, la peste (qui est elle-même de la famille des ty- phys) meurl de la dissémination et de l’éparpillement des foyers. Les navires, à titre de moyen d’éloignement du foyer, paraissent à Léon Colin peu propres à entretenir et à transporter la peste. Cette opinion ne se confirme que de la part des navires en bonnes conditions de salubrité et particulièrement d’aé- ration, cas assez rare. Le fait est qu’aulrefois les navires étaient fréquemment le véhicule du tléau. Notons, toutefois, ce fait très important vis-à-vis des mesures quarantenaires, que la peste n’est pas plus de six jours à éclater, après l’embarque- ment, si on Ta réellement introduite à bord. Nous envisagerons d’ensemble la pratique des quarantaines (Hygiène internatio- nale). En ce qui concerne les pestiférés, ce qui vient d’être dit permet de poser les règles suivantes pour la manière de les traiter. On placera les pestiférés hors des villes, mais on mettra tout le soin possible à ne pas les réunir en collection dans un môme local. Les ressources de la ventilation et de la désinfection seront mises en œuvre avec la plus grande activité, pour empêcher les malades de reformer les foyers. Les habitants seront avertis d avoir à se disperser. On ne s’opposera pas môme à ce qu’ils emportent des malades, lorsqu’ils auront le moyen de les soigner en plein air. La fièvre jaune. — Le foyer originel du vornito est le golfe du Mexique ; ou plutôt la vaste étendue de côtes qui se déroule de la frontière sud des États-Unis aux bouches de l’Orénoque. La côte africaine de l’Atlantique, de Sierra-Leone à l’embouchure du Congo (8° lat. S.), constitue un autre foyer, peut-être secondaire, mais aujourd’hui permanent (Pym et Audouard le croyaient primitif). Trois faits caractérisent l’endémicité de la fièvre jaune, savoir : i° la tempéra- ture moyenne de 20 à 23 degrés; 2° la situation littorale; 3° l’altitude nulle. A la Vera-Cruz, berceau classique du vornito, la malpropreté règne parLout, à un haut degré; la ville est bien ouverte du côté de la mer et, cependant, la fièvre jaune frappe de préférence les quartiers maritimes, mal habités et mal hantés. Le fléau y existe toujours ; seulement il revêt la forme épidémique de mai à sep- tembre. Les épidémies apparaissent et se succèdent sans régularité, coïncidant toujours avec l'afflux d’étrangers, c’est-à-dire d’individus réceptifs. On les signale seulement depuis le commencement du dix-huitième siècle. Les indigènes n’y participent presque pas. Les nègres (étrangers) ne sont pas indemnes, mais sonL beaucoup moins maltrailés que les blancs. Le bataillon égyp- tien (453 hommes) de la guerre du Mexique n’a pas eu de malades; à la Nouvelle- Orléans (Circulai' n° 1, Washington), on a eu sur: 1000 soldats blancs 866 malades. 256 décès. . 1000 — noirs 521 — 73 — Le vornito est une maladie tout à fait à part; cependant, ce qui vient d’être dit des conditions de ses foyers permet de le rapprocher beaucoup plus du typhus que des maladies telluriques et, en particulier, de la malaria. Les faubourgs de la Vera-Cruz sont marécageux et ont des fièvres palustres, mais non le vornito. Hirsch, Fuzier, L. Colin, ont soigneusement relevé ce fait et d’autres analogues. Le foyer africain n’a jamais guère irradié que sur le Sénégal et Corée ; mais le foyer américain envoie ses effluves jusqu’au Canada et jusqu’à Southamplon (1852), par delà le 30e degré de latitude N., en même temps qu’à Montevideo, sous 35° de latitude S. A l’est, il a atteint Livourne et, à l’ouest, la côte du Pacifique. En Eu- rope, divers ports de l’Espagne et même des villes de l’intérieur (Cadix, Gibraltar, Carlhagène, les côtes d’Andalousie, Murcie, Valence, Malaga, Barcelone), Lis- bonne, Livourne, Southamplon; en France, Marseille, Brest, Saint-Nazaire, ont recueilli le fléau et en ont été plus ou moins cruellement éprouvés. Même au Mexique, la fièvre jaune ne s’avance que très peu et rarement dans l’intérieur des terres. Jamais elle ne se propage sur les hauteurs, et les cas im- portés y restent stériles, ainsi que cela est arrivé maintes fois à nos soldats (1864- 1866), à Orizaba, Puebla, Mexico. Quelques cas seulement se répandirent à Cordova. Jamais les villes d'Europe n’ont fait la fièvre jaune; elles l’ont toujours reçue, au moment où il y avait réveil épidémique au foyer. Le trait d’union habituel est le navire. Celui-ci n a pas pris, en général, l’infection pour avoir séjourné dans les eaux et au contact de 1 atmosphère de la .ville atteinte; niais parce que des hommes et surtout des marchandises (coton, sucre, charbon) ont porté abord une portion des émanations morbides du foyer. A vrai dire, la plupart des navires sont constitués (la cale surtout) pour conserver au mieux cette portion d'atmosphère miasmatique. Lorsque Y Anne-Marie, apporta la fièvre jaune à Saint-Nazaire en 1801, les matelots n’étaient ni ne furent malades et ne provoquèrent aucun cas au- tour d’eux ; ce furent les hommes employés au déchargement du navire qui prirent la fièvre jaune et la disséminèrent dans leurs relations à terre. Ainsi, l'homme ne parait pas être le véhicule nécessaire de la fièvre jaune, et le malade ne paraît ni être indispensable ni constituer l’agent de transmission le plus redoutable. Le doc- teur Chaillou (du Monloir) prit la fièvre jaune, et en mourut, en soignant un malade; mais ce fait ne prouve pas que le médecin n’ait point subi l’influence d’un foyer, transporté et entretenu par le malade même. Pour que la fièvre jaune éclate sur un point de l’Europe, il faut : 1° qu’un navire arrive; 2° que ce navire ait été au contact d’un foyer. La prophylaxie s’applique: — a. au foyer : n’y mettre que des garnisons d’acclimatés ; le fuir le plus vite pos- sible pour l’intérieur ou les hauteurs. L’altitude de 600 à 800 mètres, qui esc celle du camp Jacob, à la Martinique, et de Newcastle, à la Jamaïque, suffit à conférer l’immunité. — Pour rien au monde, n’établir de cordon sanitaire. — Quand l’hiver s’approche, le foyer s’éteint de lui-même ; — b. au navire : le maintenir propre et aéré; mettre le cap sur le nord ou sur le sud, selon les convenances, si la fièvre jaune y éclate pendant qu’il navigue dans les mers intertropicales. Envoyer les les passagers à l’intérieur des terres, dès le débarquement, après bain et désinfec- tion ; puis, flamber le navire, comme a fait Méfier de VAnne-Marie, ou le désinfecter à la vapeur chaude, au sublimé : — c. aux malades : installer des hôpitaux hors ville, sur une hauteur, à pavillons (baraques) disséminés. Puisque la fièvre jaune ne nous vient jamais par terre, elle légitime la qua- rantaine maritime et s’y prête mieux que tout autre fléau exotique. Le choléra. — Quant au mode pathologique, le choléra est de tout temps et de tous lieux(L. Laveran); dans nos contrées, le choléra noslras est nne maladie saisonnière, d’été et d’automne (Hippocrate, Arétée). Il est à l’état d’endémie dans l’Inde ; les Védas en font mention. Les conditions telluriques du berceau du choléra sont les suivantes : plaines basses, sol d’alluvions, fréquemment inondé; espaces incultes, jungles ; fleuves à cours lent, à méandres multiples et à bras morts, arrivant à la mer par des deltas immenses, déprimés, marécageux. Le climat est chaud, mais avec des alternatives brusques et extrêmes ; des orages fré- quents, des pluies torrentielles, des vents violents et périodiques, le carac- térisent. L'hygiène des habitants est nulle; ils sont pauvres, ignorants, fa- natiques, malpropres et voués à l’alimentation végétale presque exclusive. Ils subissent les conséquences de la conquête anglaise, tout en gardant leurs habitudes religieuses, les pèlerinages et les rassemblements énormes de peuple dans les lieux sacrés, l’inhumation des cadavres dans le sein du dieu Gange. Le maximum d’intensité des épidémies est dans la saison chaude (Voy. p. 60). « Le développement du choléra, dans les foyers originels, s’accorde mieux avec la théorie de l’infection miasmatique qu’avec celle de la conta- gion. Aux Indes, les indigènes ne fuient pas la maladie, ils fuient les loca- lités infectées en emportant les malades. » (L. Laveran.) De 1781 à 1817, les épidémies de choléra, aux Indes, se multipliaient sur les indigènes et sur les Iroupes anglaises. En 1817 eut lieu la fameuse épidémie de Bundelcund, sur les bords du Sind, qui coûta 15,000 hommes à l’armée du mar- quis de llastings et qui passe pour avoir été le point de départ de 1 effroyable première visite du fléau à l’Europe; le lieu et la date exacts sont: Jessorah, le 19 août 1817. Le choléra ne prit pied, toutefois, à Astrakan, que le 22 septembre 1823. Il voyageait alors par terre, avec les caravanes, et avait besoin que de nouveaux arri- vages vinssent le renforcer aux étapes où il s’arrêtait. 11 ne s’étendit à l’Europe qu’après une nouvelle apparition àAstrakan, le 21 juin 1830. De là, ilgagna Moscou, Varsovie (14 avril 1831), les ports de la Ballique, l’Allemagne (juillet 1831), Londres, le 10 février 1832, et il débarqua à Calais, le 15 mars suivant, pour être à Paris, le 26. En France, 52 départements furent atteints, et le nombre des morts dépassa probablement 100,000. La deuxième épidémie générale (1841 et 1842) reproduit assez exactement l’his- toire de la précédente, sauf la gravité. La troisième grande épidémie européenne (1852-1854) donne lieu à discussion, au point de vue de l’origine et de la translation du fléau. Peut-être ne dépend-elle point d’un réveil épidémique dans l’Inde ; il s’agirait simplement d’une révivis- cence des germes cholériques conservés et acclimatés dans l’Europe nord-orientale (Silésie, Pologne, Prusse). Dans tous les cas, elle fit en France 143,000 victimes. L’épidémie de 1865 vint de l'Inde, par la Mecque (pèlerinage), mais avant marché avec une rapidité conforme aux progrès de la locomotion. Le choléra avait quitté la roule de terre et les caravanes, pour prendre le bateau à vapeur. La réunion des musulmans, à la Mecque, avait lieu en avril 1865; le choléra était à Suez le 21 mai, à Alexandrie (d’Égypte) le 2 juin, à Marseille le 23 juillet. En août 1873, la France fut envahie par le Havre (navire allemand Ammonia, venant de Hambourg). L'accès fut très bénin. Cette fois encore, il sembla qu’il s’agissait de germes restés en Europe depuis 1865 et revivifiés sur place, dans la province russe de Kiew. L’épidémie de 1884 est absolument étonnante, au point de vue de la doctrine classique de l'importation indienne ou autre. Le choléra avait régné en Égypte en 1883; mais l’organisme quarantenaire avait fait bonne garde. Tout à coup, le 21 juin 1884, un homme meurt du choléra, à Toulon, provenant du Montebüllo, navire-caserne qui n’avait point fait de traversée, mais était dans le port depuis longtemps. Au même moment, d’ailleurs, un lycéen mourait de la même cause, et, le 22, la ville comptait neuf décès cholériques. Si bien qu’on a pu prétendre que c’est en ville que le choléra avait commencé. En fait, Brouardel et Proust avouent n’avoir pu retrouver « la fissure » de pénétration, et l’on ne conclut, celle fois, à l’importation que par analogie, d’après une hisloire qui aurait peut-être besoin d’ètre revue. Après Toulon, Marseille fut atteinte, puis Aix, d’autres villes et même Paris ; il est remarquable que, même par ces voies de terre, l’importation n’ait pas été évi- dente. Bourguet (d’Aix) affirme qu’il y avait eu des décès cholériques à Aix avant 1 arrivée des personnes que Proust accuse d’avoir apporté le choléra de Marseille. Quoi qu’il en soit, le fléau eut l’air de rester plus exotique qu’il n’avait fait dans les épidémies antérieures, en ce sens qu’il manifesta une préférence marquée pour le littoral européen (Gênes, Naples, les côtes d'Espagne, notre Bretagne en 1885 et 1886). Nous n’hésitons pas à penser qu’il y aurait lieu, en ceci, de distinguer entre la part réelle des aptitudes épidémiologiques du choléra et l’adaptation des loca- lités. La doctrine de Peltenkofer a là une base solide. Les villes en terrain déprimé, humide, souillé et miasmatique, sans égouts, sans eau de boisson abondante et irréprochable, à rues malpropres, avec des habitations sans soleil, encombrées, sales, se montrent incontestablement les réelles localités à choléra. C’est aussi l’avis de Thorne-Thorne et, si on le traduisait en pratique, la nécessité des quaran- taines diminuerait infiniment. Pour la nature du poison cholérique, il nous suffit de renvoyer à la pre- mière partie (p. 461). On trouvera, de môme, au chapitre du Sol, la cons- tatation des affinités ou des répulsions du choléra pour certains terrains, certaines localités et, plus loin (p. 200), la discussion de l’influence de l’eau de boisson dans sa propagation. Par ailleurs, les épidémies de choléra ont rayonné dans toutes les directions, ne s’embarrassant guère des lati- tudes, du climat ni des saisons. Pourtant il faiblit visiblement dans les ré- gions qui se rapprochent du cercle polaire, et les bourrasques épidémiques s’apaisent, si elles ne s’éteignent pas, quand arrive l’hiver. Littré a été frappé, à bon droit, de l’intensité de ses ravages dans les quartiers pauvres et encombrés de Paris. Néanmoins, le fléau n’épargne nullement les vil- lages, dont il faut dire qu’un bon nombre entretiennent les souillures du sol et pré- sentent de déplorables conditions d’habitation. L’altitude l’arrête moins que la nature granitique des roches qui constituent l'ossature des montagnes. Sa diffusion par l’eau de boisson souillée d’infiltrations de selles cholériques, est plutôt une induction rationnelle qu’un fait démontré; Pettenkofer en repousse absolument l’hypothèse. L’air paraît avoir été le véhicule du principe cholérigène, par exemple pour des navires ancrés près d’un foyer (Léon Colin). Les caravanes qui viennent camper sur l’emplacement abandonné naguère par une caravane précédente, en puissance de choléra,.y prennent la maladie. Les hardes, les linges des malades ont été accusés maintes fois d’avoir été les intermédiaires de transmis- sion ; des étoffes, certaines marchandises, provenant simplement d’un foyer, se- raient dans e même cas.Pettenkofer n’admet pas la contagion directe du choléra; les gardes-mala selon lui, ne sont pas plus frappés que le reste de la popula- tion, lors même qu les déjections cholériques les souilleraient, et ne transportent pas le mal dans leur famille. On sait que le savant hygiéniste de Munich exige absolument l’intermédiaire du sol dans cette transmission. On cite des cas intérieurs dans les hôpitaux ; l’atteinte plus fréquente des blan- chisseurs; l’imprégnation cholérique de toute une garnison par un cadavre. Les médecins des hôpitaux de Paris onL réclamé l’isolement des cholériques aussi éner- giquement que celui des varioleux. Fauvel fait remarquer que, dans ses mouve- ments de translation, le choléra a copié les allures du progrès des moyens de locomotion, qu'il a suivi les fleuves, les chemins de fer; que « jamais il n’a passé d’un endroit à un autre dans un temps plus court qu’il n’en faut à un bateau à vapeur ». Les ambulances sous tentes, hors de Varna, établies en 1854 (juillet), pendant que le choléra sévissait effroyablement dans la ville; l’ordre d’y trans- porter immédiatement tout homme qui donnait, au milieu des groupes sains, les premiers signes de la maladie, rendirent d'incontestables services à l’armée ; quel- ques-uns ont voulu y voir l’efl’el de l’isolement et de la suppression des rapports directs avec des contagieux. Cependant, Leudel, à Rouen, n’isolait pas les cholériques ; Pettenkofer constate que le choléra se propage perpendiculairement aux fleuves aussi bien qu’en suivant leur cours; Günlher assure que le choléra se répand moins Lien aujourd’hui qu’en 1832, en Saxe, quoique le pays possède le plus beau réseau ferré de toute l’Allemagne. James Cunningham, commissaire du gouvernement de l’Inde, après douze années d’observations, déclara que l’influence des relations humaines sur la diffusion du choléra est nulle; nulle la contagiosité d’homme il homme; nulle la vertu spécifique des déjections cholériques. Le lléau dépend « de conditions mal définies de l’air ou du sol, ou de l’un et de l’autre ». Enfin, la préservation relative des troupes de Varna peut être interprétée comme le résullat de l’éloignement par rapport à un foyer, ce qu’il est toujours bon de rechercher, et du placement des malades dans de bonnes conditions atmosphériques générales, ce qui est aussi tou- jours avantageux. Chose étonnante, l’histoire de la première division qui, dans son expédition de la Dobrudscha, perdit en quelques jours 2,000 hommes sur 10,000, prouve en même temps que l’épidémie peut s’acharner à un groupe mouvant, dans les conditions qui, d’habitude, ne sont pas favorables à l’influence des contacts et, dans tous les cas, sont contradictoires de l’idée de foyer. En revanche, il a semblé que le sol pestilentiel, l’atmosphère chaude et orageuse, aient joué un rôle de premier ordre dans la gravité des désastres. Notons les faits très catégoriques, au point de vue des mesures quarantenaires, de ces îles qui, comme les Baléares en 1849 et la Sicile en 1865-66, s’isolèrent en repoussant par la force et même à coups de canon tous les navires qui tentaient d’aborder à leurs côtes. Cette mesure leur valut l’immunité. Il faut bien que celle- ci soit due à la suppression des relations entre humains — et de tout ce qui en est la conséquence. Ces incertitudes sur les propriétés du choléra, l’aspect assez changeant de ses allures de propagation, expliquent bien les controverses qui ont eu lieu sur le mode pratique, soit de traiter les malades, soit de protéger les groupes sains contre ceux- ci et contre les arrivages d’hommes ou de marchandises de provenance suspecte. Ajoutons cette circonstance frappante que le fléau, réapparu deux fois en Europe depuis 1865, n’y a plus recouvré les allures formidables d’il y a soixante ans, bien que le transit humain ne diminue pas et que les musulmans continuent à se réunir à la Mecque. Nous savons que les Conseils sanitaires veillent; mais il serait éton- nant que le choléra ne passât point quelquefois à travers ou à côté, s’il se présen- tait un peu violemment au passage. Sans doute aussi l’hygiène a grandi, de grands travaux d’assainissement ont été exécutés, les habitudes de vivre se sont améliorées partout. Néanmoins nous inclinons à croire que tout cela ne suffiraitpas à nous faire oublier du lugubre visiteur d’autrefois, si le choléra lui même ne traversait une de ces phases d’atténuation spontanée, qu’il est facile de retrouver dans l’histoire de toutes les pestes et que la physiologie moderne constate sur quelques virus particuliers. Au-dessus des prétentions doctrinales et en face des doutes légitimes, le respect de la vie humaine ne permet pas de hasarder des expériences, et nous croyons que ce qu’il y a de mieux à faire, vis-à-vis des cholériques, lorsqu’il y en a dans une ville, c’est de les isoler de la population et des autres malades, en ayant soin de leur ménager des abris fractionnés, dans une bonne situation topographique et pourvus de toutes les ressources de la désinfection. Il y aura des pavillons spéciaux en ville, exclusifs ou asso- ciés à l’hôpital général, et des hôpitaux excentriques. Là, comme à domi- cile, le traitement des déjections par les parasiticides énergiques est de ri- gueur; le sulfate de cuivre (solution à 5 p. 100) nous paraît moins sûr que Vacidephénique (solution à 5 p. 100), l’acide sulfurique. On y joindra la désinfection des effets et locaux. La vaccination par le vaccin chimique du choléra, que Gamaleia essaye en ce moment même, sera, si elle réussit, le réel préservatif dans les milieux cholérisés. Bibliographie. — Bailly. Le cuivre et ses prétendues propriétés prophylactiques fBull Acad, niéd., 21 août 1883). — Lereboullet (L.). Le choléra. Les méthodes de prophylaxie (Gaz. hebdomad., p. 493, 1884). — Grancher (J.). La contagion du choléra (Rev. d'hyg VI p. 6G4, 1884). — Pettenkofer (Max v.). Ueber Désinfection der Ostindischen Post als Schulzmütel gegen Einschleppung der Choiera in Europa (Arch. f. Hyg., II, p. 35, 13341 — Proust (A.). Instruction concernant les précautions à prendre en temps de choléra (Roc. des trav. du Comité consult. d'Iiyg. publ., XIV, p. 20G, 1885). — (Voy. aussi la Bibliographie p. 202). Prophylaxie internationale. — Selon Fauvel, la prophylaxie interna- tionale des maladies exoLiques comporte deux questions : 1° celle des me- sures pour préserver l’Europe contre leur invasion; 2e celle des mesures propres à préserver chaque État européen, une fois l’Europe envahie. Autrefois, la prophylaxie des fléaux exotiques (au dix-septième siècle, il ne s’agis- sait que de la peste) était profondément égoïste, ignorante et d’une tyrannie aussi odieuse que ridicule. Quelques-uns de ses moyens, comme le lazaret dans l’inté- rieur des villes, étaient plutôt adaptés à multiplier les victimes et à compromettre les populations qu’à repousser le mal redouté. Tous apportaient au commerce et aux relations internationales des entraves intolérables. Léon Colin a fail Tliistoire complète, depuis leur origine, de ces institutions fameuses, qui protégeaient jus- qu’à un certain point, mais à quel prix !, les Bureaux de santé, datant de 1629, les Intendances sanitaires (1683) de Toulon et de Marseille, composées surtout d’autres personnes que des médecins, jouissant de pouvoirs discrétionnaires et imposant, en tout temps, à l’aveugle, à tout navire venant du Levant, une série de formalités vexaloires, sans efficacité, mais basées sur des règles telles qu’un bâti- ment pouvait rester six mois dans le port sans débarquer ni passagers ni marchan- dises. Quand, en 1831, il fut question de choléra en Europe, le gouvernement fran- çais (25 août 1831) multiplia les intendances sanitaires; il y en eut jusqu’à vingt; des visites et des quarantaines par terre et par mer furent prescrites. On sait ce qu’il advint ; le choléra passa au travers de ce réseau et même dédaigna parfois d’entrer par des chemins où la libre communication avait été maintenue. Le 1er mai 1832, on jugea inutile ce grand appareil et Ton supprima l’intendance. La quarantaine est devenue un procédé scientifique et ne rappelle plus que de très loin l’étymologie du mot, la séquestration des suspects pendant quarante jours, qui se pratiquait au quatorzième siècle. « C’est, dit Léon Colin, une lutte scientifique et rationnelle de l’homme contre les affections transmissibles; lutte pour laquelle l’homme choisira son terrain partout où il y aura chance d’attaquer le mal avec succès, et n’attendra point son invasion pour en prévenir, soit la propagation, soit même le développement originel. » En Europe, nous nous défendons contre l’entrée de la peste, du vomilo, du choléra : mais, à New-York, on se proLège contre le typhus, qui se présente au débarque- ment avec les Irlandais. Les ports de la Méditerranée avaient autrefois à se mettre en garde contre la peste, qui arrivaiL d’Égypte ou de Constantinople. Mais, aujourd’hui, Ton sait que la peste ne menace que les bords de la mer Caspienne et n’intéresse que la route de terre, encore entièrement en Russie. C’est à la Russie à lui barrer tl abord le passage, et jusqu’à nouvel ordre, il est absolument inutile que 1 on tracasse, à Marseille, sous prétexte d’une peste qu’ils n’ont pu embarquer, les bâtiments qui viennent de Constantinople ou d’Alexandrie. La peste serait-elle à Constantinople, on sait qu’elle n’est pas plus de six jours sans se déclarer ; par conséquent l’on n’a rien à craindre d’un navire qui est resté une dizaine de jours en mer sans avoir de malades. On sait encore que l’on n’arrêtera pas certainement la peste en lui fer- mant les ports, puisque toutes les routes lui conviennent ; c’est donc à son foyer qu’il faut l’étouffer; non pas en concentrant les malades, mais en les dispersant; en leur marquant une ligne en deçà, qu’ils ne franchiront pas, mais en leur donnant toute liberté d’aller au delà; en établissant un cordon sanitaire, mais non en les bloquant. Enfin, on n’oubliera pas que la propagation de la peste n’a pas de chances pendant les chaleurs. Vis-à-vis de la fièvre jaune, ce sont les ports de l’Atlantique qui sont menacés, et d’autant plus que la saison est plus chaude et que la moyenne thermique du lieu, celle de l’été au moins, est plus élevée. Aussi l’Angleterre a-t-elle pu se dispenser de toute surveillance à cet égard. A la vérité, elle en fait autant pour la peste, qui la regarde moins que les ports de la Méditerranée; mais elle se défend contre le choléra, sinon par une législation quaranlenair-e, au moins par des mesures extemporanées en vertu desquelles les autorités sanitaires locales font rechercher, en ville, les passagers débarqués d’un navire porteur du mal, et les internent pen- dant le traitement. La fièvre jaune n’arrivant que par eau, les précautions prises au port de débar- quement sont aussi sûres que légitimes. Pour le choléra, on sait que, le plus souvent, son extension à l’Europe succède à une exacerbation épidémique dans l’Inde; on sait que là seulement est son foyer permanent ; on sait comment le foyer reprend activité et crée des foyers secon- daires, dans les villes saintes de l’islamine; on connaît ses routes et ses étapes ordinaires, Djeddah, Suez, Alexandrie. C’est donc chez lui qu’il faut le combattre et l’enfermer; sur les routes connues qu’il faut le guetter au passage, pour le signaler à l’Europe et l’arrêter de bonne heure. C’est au moment où l’avis est donné de ses recrudescences asiatiques que les autorités sanitaires des bords européens de la Méditerranée doivent mettre en œuvre toute leur vigilance et se servir, en dernier ressort, des armes que la législation maritime place entre leurs mains. L’assainissemenL du pays berceau du choléra incombe aux Anglais. La surveil- lance des roules de mer appartient à l’empire ottoman et aux puissances qui ont des côtes sur la Méditerranée. C’esten 1847que notre gouvernementcréadesmeTJecms.s'cmifciîVessur cerlainspoinls du Levant. Il s’agissait, d’ailleurs, de surveiller non le choléra, mais la peste, et le premier résulLal, fort important sans aucun doute, des recherches de ces médecins fut de constater que la quarantaine était bien inutile à Marseille, puisque la peste n’existait plus à Constantinople ni en Égypte depuis 1844. Instruit par l’expérience de 1834 et de 1803, Fauvel pensa que les médecins sanitaires allaient pouvoir trouver leur emploi, bien plus avantageusement, vis-à-vis du choléra, en les éche- lonnant sur la route maritime du fléau, la route de terre regardant la Perse et la Russie. Ces vues furent adoptées par la conférence de Constantinople en 1806, et, sous la surveillance du Conseil international de santé de cette même ville, des méde- cins et agents sanitaires fonctionnèrent dès lors, à Aden, à Djeddah, à la Mecque. Un autre Conseil international de santé siège en même temps à Alexandrie. Deux mesures, dit Vallin, protègent la mer Rouge contre l’importation du cho- léra par les pèlerins hindous : 1° le règlement anglais (de Bombay) empêche l’em- barquement des pèlerins dans certains porls de l’Inde où sévit une épidémie; 2° en passant par Aden pour entrer dans la mer Rouge, l’autorité sanitaire anglaise fait une visite rigoureuse des navires anglais chargés de pèlerins. Les mêmes précau- tions sont prises par l’autorité égyptienne pour les navires à pèlerins arrivant à Port-Saïd. Au retour, des quarantaines d’observation (48 h.), en cas de patente nette, ou de rigueur (10 à 15 jours) sont imposées aux navires et aux pèlerins qui veulent sortir de la mer Rouge par la voie de Suez ; le règlement du 5 août 1870 assure l’exécution de ces quarantaines et oblige les navires à rapatrier jusqu'au lieu de provenance, et quelle que soit la durée de la quarantaine, tous les pèlerins qu’ils ont conduits aux lieux saints d’Arabie. Il faut dire que dans ces dernières années, les Anglais se sont beaucoup relâchés au point de vue de l’application du Native passenger Ad; que le gouvernement ottoman a mis la main sur le Conseil de Constantinople et que celui d’Alexandrie, depuis l’occupalion anglaise, n’a plus d’international que le nom (Proust), quoique parfois insupportable. Toutefois, pour les navires à pèlerins, qui n’ont pas à bord de garanties de sa- lubrité (médecin, appareil de désinfection), les points conseillés pour la quarantaine de la mer Rouge sont l’île de Camaran, Abou-Saad, El-Wesch, Djebel-Tar, resterait réservé pour les navires infectés non porteurs de pèlerins (Proust). La confé- rence sanitaire de Rome (1885) a indiqué Aioun-Ouna et la côte d’Attaka pour ceux qui reviennent du pèlerinage de la Mecque et se dirigent vers l’Égypte ou la Méditerranée. Contre la peste, il appartient à la Russie de défendre le littoral de la Caspienne. Les intérêts des divers États diffèrent trop, évidemment, dans l’époque actuelle, oùles peuples cherchent à s’entre-ruiner, au moyen des pratiques commerciales, comme ils s’efforceront, l’un de ces jours, de s'entre-dé- truire à coups de canon. Les conférences sanitaires internationales d’autre- fois sont oubliées et celles de l’époque contemporaine n’ont pas de résultat qu’on se croie obligé de respecter. La conférence de Washington (1881) a été accaparée par les États-Unis, qui ne se préoccupent que de la fièvre jaune. Celle de Rome (1885) mit en présence trois camps bien distincts : le premier, représenté par l’Angleterre, les États-Unis et quelques Étals du Nord, ne voulait de quarantaines d’aucune sorte; un second, formé de la Turquie, de l’Espagne, de la Grèce, des États du Centre et de Sud Amé- rique, n’en aurait jamais assez; la France, l’Allemagne, l’Autriche, dans un troisième, ont pensé que c’est un moyen dont il faut user avec infiniment de discrétion, mais duquel il est bon de ne pas se désarmer immédiatement. Nous adhérons volontiers à cette opinion mixte. Mais nous avons la con- viction profonde qu’avec une connaissance plus complète de l’essence et des allures des fléaux exotiques; avec la pratique des moyens de surveil- lance compétente et de désinfection que l’on possède, beaucoup moins coûteux que les morts d’hommes, les peuples civilisés supprimeront abso- lument, un jour ou l’autre, les quarantaines. Notre pays, d’ailleurs, s’a- chemine, sagement mais sûrement, vers cette conclusion scientifique et humanitaire. Les projets de règlements formulés par Proust et approuvés parle Comité consultatif d’hygiène publique (Il mai 1885) en sont la preuve évidente. Le règlement institue le médecin embarqué, assurant l’hy- PROPHYLAXIE INTERNATIONALE. i:m spéciale.] giène du bord et tenant le journal sanitaire; —l’assainissement et la dés- infection au point de départ ; l’observation et la désinfection (s’il y a lieu), pendant la traversée; les mesures à l'arrivée; — en distinguant toujours, ce qui est nécessaire au poÿnt de vue de l’institution des procédés d’assai- nissement, entre les navires suspects elles navires infectés. L’expérience a déjà prouvé qu’avec cette méthode la quarantaine n’a plus de raison d’être. Si on la conserve, c’est pour obliger la navigation à adopter les moyens que l'hygiène lui indique. Législation quarantenaire actuelle. — Elle est déterminée en France par le dé- cret du 27 mai 1853, et par le règlement de 1874 qui ne comprend pas moins de 130 articles. Elle vise trois maladies : la peste, la fièvre jaune et le choléra. Les pré- visions s’appliquent : au départ, à la traversée, à l'arrivée, c’est-à-dire aux seuls temps pendant lesquels la santé des navires, ou des lieux auxquels ils ont touché, peut avoir de l'intérêt pour la population du point de débarquement. La patente est réduite à deux types : patente nette {pas d’épidémie au point de départ) et patente brute (dans le cas contraire). Les formalités à l’arrivée, substituées aux précautions grotesques d’autrefois, sont la reconnaissance (quelques questions sur la provenance du navire, la santé du pays, etc.) et Y arraisonnement (questions plus explicites et plus précises). Les attributions du corps médical sont étendues et nettement déter- minées; les droits pour la délivrance des patentes, uniformisés et réglés. On fixe les minima et les maxima des quarantaines cl'observation ou de rigueur. On distingue entre les hommes et les marchandises, étoffes, hardes, chiffons, et l’on prescrit les mesures de purification de ces objets, du bâtiment. La durée de la quarantaine (règlement de 1874) doit rester dans leslimi tes suivantes : Peste. — Quarantaine d'observation, cinq à dix jours ; quarantaine de rigueur, dix à quinze jours. Fièvre jaune. — S’il n’v a pas eu de malades à bords (navires suspects), trois à cinq jours, ou même sept jours. — S’il y a eu des cas pendant la traversée (navires infectés), sept à dix jours. La quarantaine peut-être réduite à cinq jours, si les der- niers cas à bord sont finis depuis plus de quatorze jours. Choléra. — Quarantaine d’observation, trois à sept jours ; quarantaine de ri- gueur, sept à dix jours pleins. Plusieurs puissances maritimes avaient signé, à titre de convention, le règlement de 1853, rédigé en France ; la plupart n’en ont pas appliqué les principes (L. Colin). •On craint de léser « les intérêts du commerce « qui, pourtant perd beaucoup plus aux paniques causées par les épidémies qu’aux retards que peuvent lui imposer les ■quarantaines. I^cb Zoonoses transmissibles à l’homme. — 1° La RAGE. — Le virus de la rage est absolument fixe et ne peut être transmis que par inoculation ou par morsure ou lâchement, ce qui est une sorte d’inoculation. La transmis- sion a lieu par les animaux des genres canis et felis; au point de vue qui nous occupe, le chien, le loup, le renard, le chat, sont les seuls porteurs de la rage contre lesquels les groupes humains aient à se mettre en défense. Plus pratiquement encore, les mesures de police sanitaire n’ont prise que sur le chien et le chat. Elles n’atteignent pourtant jamais celui-ci; à vrai dire, il est beaucoup plus rarement coupable que l’autre. Peut-être n’est-il point impossible que la morsure, ou plutôt la salive de l’homme enragé soit capable de transmettre la maladie à un autre homme. Nous n’en con- naissons pas d’exemples; mais ils seraient à prévoir si les expériences de Galtier de Raynaud et Lannelongue, prouvaient réellement que la salive de l’homme enragé reproduit la rage chez le lapin et chez le chien. Nous avons vu (p. 457) qU’ji y a> dans la salive de l’homme, même sain, une foule de bacilles, pathogènes pour les animaux, mais qui n ont rien de commun avec la rage. Raynaud et Lannelongue avaient obtenu l’une de ces infections, absolument distinctes de la rage. Leurs ré- sultats ne firent pas longtemps prendre le change à PasLeur. 11 y a un exemple, cité par Tardieu, de rage transmise à l’homme par un bœuf bien que cet animal, lorsqu’il est enragé, cherche plutôt à donner des coups de cornes qu’à mordre. La salive des animaux malades est jusqu’ici la seule humeur reconnue virulente. Pasteur a démontré la virulence dans la matière cérébrale; on sait déjà (voy.p. 484) les merveilleuses applications de cette découverte à l’hygiène. La morsure par l’a- nimal enragé ne détermine pas, à chaque fois, une inoculation réussie, parce que les vêtements de la personne mordue peuvent retenir cette salive et protéger contre- elle la plaie de morsure; il se peut aussi que les dents de la bête, essuyées l’instant d’avant de cette façon ou d’une autre, ne gardenl pas assez de virus pour faire con- sécutivement plusieurs morsures virulentes. La statistique officielle française accuse une lé'thalité élevée ; mais, d’après Faber, en Wurtemberg, Leblanc, Brouardel, la sta- tistique de l’hôpital général de Vienne, il n’y aurail que 16 à 17 décès p. 100 morsures. L’enquête, ouverte en France depuis 1860 est assez mal conduite. Jusqu’en 1876, elle ne dénonce que 28 décès rabiques par an. Depuis les inoculations de Pasteur, les renseignements arrivent d’eux-mêmes et l’on s’aperçoit que les morsures et les décès sont plus fréquents qu’on 11e le croyait. Leblanc et Dujardin-Beaumelz ont résumé dans le tableau ci-dessous la statistique rabique des années 1881 à 1883 dans le département de la Seine: ANNÉES. ANIMAUX ENnAGÉS. ANIMAUX MORDUS. PERSONNES MORDUES. DÉCÈS PAR LA RAGE. 1881 72!) 150 20 1882 27l> 294 67 9 1883 182 198 45 5 Mais, en 1888, Dujardin-Beaumetz dénonce, pour le même département, 301 ani- maux enragés en 1884, 518 en 1885, 604 en 1886, 644 en 1887. Dans cette dernière année, 9 décès rabiques, dont 2 sur 306 personnes traitées à l’institut Pasteur et 7 chez 44 autres ; ce qui donne en chiffres l’efficacité des vaccinations : Létlialité chez les personnes traitées par la méthode Pasteur... 0,76 p. 100. — chez les personnes mordues, non traitées 15,90 — La rage, en somme, est plus terrible par l’horreur du genre de mort qui la caractérise que par les pertes en existences humaines qu’elle entraîne. Léon Colin relève, de 1862 à 1879, 26 cas de rage dans l’armée, dont 18 sur les troupes d’Afrique el seulement 8 en France. Il est possible que des conditions mal connues favorisent le développement de la rage canine etque les cas soient simultanément plus fréquents à Paris, à Alger, a Nexv-York, ce que Vital appelait des « règnes de rage ». Mais d’abord, la fréquence des accidents esl subordonnée à la façon dont s’exerce la police sanitaire des animaux. Espèce de l'animal qui a fait la morsure (1850-1870). Chiens 707 Loups 08 Chats 23 Renard Vache.. 1 1 Il est utile de répartir le chiffre des morsures sur les différentes saisons. Morsures par trimestre (1850-1870). Juin, juillet, août 220 Décembre, janvier, février.... 150 Mars, avril, mai 182 Septembre, octobre, novembre. 100 L’opinion vulgaire, que la rage est plus commune dans la saison chaude, n'est donc pas absolument fausse, mais il ne s’en faut de guère. Sous le rapport du siège, les morsures sont surtout aux mains (dans les deux tiers des cas) et au visage. La catégorie d’àge, chez l’homme, qui fournit le plus de victimes, est l’enfance, ce que l’on explique par l’étourderie naturelle et les dispositions à la taquinerie envers les animaux, qui distinguent cet âge. Décès rabiques suivant l'âge (1850-1870). Au-dessous de 5 ans... 20 décès. De 5 à 15 ans .. 95 — 10 à 20 — 40 — De 21 à 30 ans 31 !i G0 — (il à 90 — 01 décès 189 — 39 — Il y a même ce fait remarquable que, dans l’âge de 5 à la ans, les décès ne représentent que le quart des morsures. La durée de l'incubation de la rage, chez l’homme, varie dans les limites extrêmes. Le minimum parait être de dix à douze jours (II. Bouley et P. Brouardel) ; la moyenne, « de quelques mois » (IL Bouley); mais quelques auteurs citent des exemples d’incubation de plus d’un an. Ces allégations paraissaient discutables, lorsque Léon Colin (1880) est venu confier à l’Académie de médecine l’histoire du maréchal des logis du 12e d’artillerie Lechenet, mort au Val-de-Gràce d’un accès de rage, le 31 août 1870, après avoir été mordu par un chien enragé le 2 novem- bre 1874 (dans la province d’Oran). La netteté de l’enquête et, d’ailleurs, la pré- cision des circonstances de l’observation dans la vie militaire, sont ici sans réplique. L’incubation de la rage peut durer cinq ans. Le danger étant essentiellement de la part du chien, c’est de ce côté que regardent aussi les mesures prophylactiques. Les chiens sont communs partout : chiens de chasse, chiens de garde, chiens de herger, chiens d’ap- partement. Il en existe en France près de 2 millions. On a pensé d’abord qu’en réduisant le nombre des chiens, on réduirait du môme coup les cas de rage, et l’on a institué en 1856, en France, l’impôt sur les chiens, qui devait, ce semble, faire disparaître d’abord les chiens des pauvres gens, c’est-à-dire les plus mal soignés, les plus exposés au vagabondage et aux chances de contracter la rage dans leurs accointances avec les autres indi- vidus de l’espèce. Or, l’impôt sur les chiens ne diminue point les cas de rage; ce serait plutôt le contraire, puisque le nombre des victimes hu- maines, par an, n’était que de 27, de 1850 à 1857. On le conserve, cependant, puisqu’il rapporte. Nos voisins l’ont môme adopté ; en Bavière, il est de 3 à 15 marcs (3 fr. 75 à 18 fr. 75), selon la population des villes; à Bade, de 8 à 16 marcs (10 à 20 fr.), Si l’opinion spontanéiste, d’après laquelle les appé- tits génitaux non satisfaits chez les mâles (aujourd’hui plus nombreux que les femelles) favoriseraient le développement de la rage, était suffisamment établie, il conviendrait de taxer les mâles plus haut que les femelles. Ces moyens ne paraissent pas pouvoir donner jamais de résultats sérieux. Il n’y a pas plus d’avenir dans les mesures vexatoires ou violentes, que les municipalités prennent parfois sous l’empire d’une panique, et qui ne du- rent que le temps d’un accès. La muselière, obligatoire à Berlin, à Bade, est efficace, quand elle est bien faite, et a contribué à faire presque dispa- raître la rage de ces deux villes. Les Allemands en ont, d’ailleurs, pris pré- texte pour rester froids vis-à-vis de la découverte de Pasteur. La boulette empoisonnée est immorale. Le port obligatoire du collier, avec le nom et l’adresse du propriétaire, n’est pas une protection directe; mais il facilite l’application des articles 1382 et 1383 du Code civil, relatifs à la responsa- bilité des propriétaires d’animaux. On ne paraît pas s’être servi beaucoup de ces prévisions légales. La réelle protection, parce qu’elle est aisément applicable et qu’elle tombe sur les animaux essentiellement dangereux, c’est la poursuite vigilante et continue des chiens erranls parla police municipale. Une razzia complète, opérée tous les quinze jours, ou même une fois par mois, sur tous les chiens sans maître et sans collier; l’abattage, après trois ou quatre jours, des animaux capturés et non réclamés, obtiendraient des résultats considéra- bles, sans trop mécontenter personne. H. Bouley relève, d’après C. Leblanc, sur 511 cas de rage canine ou féline dans le département de la Seine en 1878 : 440 cas sur les chiens. — 08 cas sur les chiennes. — 3 cas sur les chats. Dans 103 morsures rabiques infligées à des humains, on compte : 67 adultes et 36 enfants; la mortalité connue par ce fait serait de 30, un peu moins de 1 sur 3. Mais ce qui est fort à considérer, c'est la répartition des cas selon les trimestres : 1er trimestre Ht 3° trimestre 133 2e — 175 4e — 53 Quelle est la raison de cette ebute brusque des chiffres, au quatrième trimestre? Un jeune homme, dont la famille avait une certaine notoriété dans le monde des arts, ayant succombé aux suites d’une morsure rabique due à un chien familier, une vive émotion s’était emparée du public, et la Préfeclurejde police s'était vue forcée de remettre en vigueur les ordonnances relatives à la rage, qu'on laissait un peu sommeiller jusque-là. En juillet et août, la police avait capturé, sur la voie publique; 4717 chiens, dont 4500 avaient été abattus. Le 20 mars 1888, l’Académie de médecine, sur la proposition de Dujardin-Beau- melz, a réclamé l’adoption d’urgence des mesures suivantes, déjà adoptées par le Conseil d’hygiène de la Seine : 1. Utilisation du personnel des gardiens de la paix, ou, à son défaut création d’un personnel spécial; 2. Obligation de faire porter aux chiens une médaille constatant le payement de la taxe, médaille dont le modèle variera chaque année; 3. Application rigoureuse des articles 53 et 54 du décret du 22 juin 1882, ainsi conçus : « Art. 53. — L’autorité administrative pourra, lorsqu’elle croira celle mesure utile, particulièrement dans les villes, ordonner par arrêté que tous les chiens circulant sur la voie publique soient muselés ou tenus en laisse. « Art. 54. — Lorsqu’un cas de rage a été constaté dans une commune, le maire prend un arrêté pour interdire, pendant six semaines au moins, la circulation des chiens, à moins qu’ils ne soient tenus en laisse. La même mesure est prise poul- ies communes qui ont été parcourues par un chien enragé. » Cette disposition, des plus salutaires, est rigoureusement mise en pratique ... à Berlin. Ajoutons que la diffusion des principales notions relatives aux caractères de la rage, à sa prophylaxie et aux soins à donner en cas de morsure, consti- tue la base de tous les règlements et la garantie de leur application. L’Instruction sur la rage, rédigée par le Comité consultatif d’hygiène, comprend trois paragraphes : 1° Soûis à donner à une personne qui vient de subir la morsure d'un chien enragé ou suspect: cautérisation au fer rouge; en attendant, compression, lavage, succion; 2° Conduite à tenir lorsqu'un animal vient d'être mordu par un chien enragé ou suspect : l’animal doit être abattu immédiatement, sans aucun sursis, en hiver aussi bien qu’en été; 3° Caractères distinctifs de la rage du chien à ses différentes périodes : au début, l’animal- est triste, il recherche la solitude, il est inquiet, agité, gratte la terre avec ses pattes; ses gestes indiquent des hallucinations, le délire; cependant, il est encore soumis, docile, il obéit à son maître, il lui fait même souvent des caresses exagérées et très dangereuses, car sa bave est déjà virulente. Le chien enragé n'a pas horreur de l'eau ; au contraire, il en est avide : il n’est donc pas hydrophobe, et l’hydrophobie n’est j)us un signe de la rage du chien. Le besoin de mordre est un des caractères essentiels de la rage; le chien se mord lui-même, déchire les objets inertes et en accumule les débris dans son estomac, où leur présence est, lors de l’autopsie, un bon signe de la maladie. Dans la rage-mue, la mâchoire inférieure est paralysée, tombante, la gueule est béante, rouge et sèche. D’ordinaire, l’aboiement est rauque, voilé, se transforme en un hurlement saccadé qui suffit pour révéler, même à une grande distance, l’existence d’un chien enragé. A la vue d’un animal de son espèce, le chien enragé enlre dans une irritation furieuse et s’élance poul- ie déchirer. A la fin de la maladie, épuisé par ses fureurs et ses’efi’orls, il marche devant lui, d’une allure vacillante, la queue pendante, la tête inclinée vers le sol la gueule béante, d’où s’échappe une langue bleuâtre et souillée de poussière. 11 eût peut-èlre été prudent d’avertir que l’on ait à s’attacher à l’ensemble de ces signes plutôt qu’à l’un ou l’autre en particulier; car un chien fort bien portant « gratte la terre avec ses pattes », et la plupart des jeunes chiens mettent en pièces les objels déchirables qui leur tombent sous la dent. Dans tous les cas.il est désirable que cette instruction soit placardée en permanence dans les rues des villes et des villages; ce qu’on néglige régulièrement, en attendant les catastrophes. Ilililiograpliie. — Dujardin-Beaumetz. Rapport sur tes mesures qu'il conviendrait de prendre pour empêcher et prévenir la propagation de la rage (Conseil dTiyg do la Seine 1882). - De .même. Rapport sur les cas de rage qui se sont déclarés pendant les années [Hygiène spéciale. 1881-188.3 dans le département de la Seine (Rev. d’Iiyg., VI, p. jqq, issî',. — Pasteur. Méthode pour prévenir la rage après morsure (Acad, méd., 27 oct. î885, — Leblanc. Z)é la rage (Acad, méd., 17 nov. 8 déc. 1885). — üujaiidin-Rhaumetz. Des résultats obtenus par la pratique des inoculations antirabiques chez tes personnes mordues pur des animaux, enragés dans le département de la Seine (Acad, inéd., 20 mars 1888). — Colin "L ) Pro- phylaxie de ta rage (Conseil d’hyg., de la Seine, avril 1888). 2° La morve. — La morve et le farein, aigus ou chroniques, qui ne sont qu’une même maladie, viennent du cheval à l’homme le plus souvent par inoculation, à la suite de contacts répétés et par absorption delà peau, saine ou fissurée; mais aussi, vraisemblablement, par infection, comme dans le cas de Kelsch, où le malade n’avait pas eu de rapports avec des chevaux morveux, mais avait couché dans une écurie ayant servi autrefois à des animaux atteints de cette maladie. C’est donc un virus à la fois fixe et diffu- sible . La morve est ensuite transmissible de l’homme à l’homme et, même, peut être retournée expérimentalement au cheval. Les personnes spécialement menacées sont toutes celles qui ont des rapports immédiats et habiluels avec les chevaux, palefreniers, cochers, soldats de cavalerie, équarrisseurs, vétérinaires, élèves des écoles vétérinaires, et enfin médecins et étu- diants en médecine, intéressés par les hommes malades. Un tableau de Bollinger, dressé sur l’analyse de 106 observations, répartit les cas par profession de la façon suivante : Garçons d’écurie 41 Cochers, charretiers, cavaliers. 11 Propriétaires de chevaux, culti- vateurs 14 Vétérinaires, étudiants vétéri- naires 10 Équarrisseurs, bouchers de che- vaux 12 Soldats 5 Médecins et chirurgiens 4 Jardiniers 3 Maquignons....) 2 Les contaminés par la matière du jetage, par le pus, même desséché, des pus- tules, peuvent être des intermédiaires de l’inoculation ou de l’infection rnorvo- farcineuse. La prophylaxie de la morve est fort simple; l’arrêt du conseil d’État, du 16 juil- let 1784-, la contient tout entière : déclaration obligatoire par les propriétaires des cas de morve éclos ou soupçonnés dans leur écurie; visite d’experts; abatage sans délai des chevaux attaqués de la morve. En effet, la morve confirmée est jusqu’au- jourd’hui incurable; il n’y a donc rien à attendre, et les intérêts matériels eux- mêmes des propriétaires exigent la disparition la plus prompte d’un animal qui, outre ceux qui le soignent, peut contaminer d’autres animaux et infecter profon- dément l’écurie. — L’ordonnance de police (Léon Renault) de 187o 11’a fait que reproduire cet ancien arrêt du conseil d’État. Les articles S, 13, 14, 32, de la loi du 21 juillet 1881 sur la Police sanitaire des animaux complètent ces dispositions. Dans la période d’observation, néanmoins, il faudra isoler le cheval malade ; éclairer sur le danger possible les hommes chargés de le soigner et qu’il faudra choisir intelligents et robustes; les dispenser de l’étrillage, faire le lavage des narines à grande eau, hors de l’écurie, avec la brosse à long manche; ne pas laisser coucher des hommes dans l’écurie, écarter les palefreniers ou infirmiers qui auraient des blessures aux mains. TROISIEME PARTIE ORGANISATION DE L’HYGIÈNE PUBLIQUE. — LÉGISLATION SANITAIRE. Les peuples, à titre d’agglomération d’individus ayant à la fois des be- soins communs qui les réunissent et des intérêts particuliers qui peuvent se heurter, ne sauraient se passer d’une administration sanitaire plus qu’ils ne se passent d’une administration militaire, d’administrations des travaux publics, du commerce, de l’agriculture, etc. Les épidémies sont aussi des ennemis, menaçant la nation tout entière et contre lesquels la défense im- provisée est toujours insuffisante, comme ailleurs, lors même que chacun s’y mettrait avec une parfaite intelligence et une égale bonne volonté. La santé publique est aussi au prix de grands travaux, très coûteux, que les particuliers ne voudraient ou ne pourraient entreprendre, en supposant qu’ils en sentent la nécessité; quelques-uns de ces travaux engagent tout de suite un capital considérable que de petites localités ne trouveraient pas, mais dont elles payeront, sans trop de façons, l’intérêt ou les annuités à l’État, capitaliste inébranlable et banquier-né de ses administrés; çà et là, des travaux, auxquels est attachée la vigueur démographique de toute une population, n’auraient jamais lieu, parce qu’ils gênent les intérêts de quelques particuliers puissants, si une autorité supérieure, équitable pour tous et placée au-dessus des compétitions de personnes, ne se chargeait de la décision et, parfois, de l’exécution. L’administration sanitaire, comme toute autre, est nécessairement centrale et locale tout à. la fois. L’administration locale surgit la première; elle naît des néces- sités les plus urgenLes et pourrait à la rigueur, suffire. En Belgique, l’exercice de de l’hygiène publique n’est guère que municipale. Mais il est facile de soupçonner qu’une telle administration peut devenir victime des conditions resserrées dans lesquelles elle se meut. D'abord, les conseils peuvent manquer; la science va du centre à lapériphérie, rarement en sens contraire. Les ressources sont fréquemment insuffisantes, au moins pour agir d’une façon immédiate dans des cas donnés. Les influences particulières, dans les groupes isolés et de peu d’importance numérique, prennent aisément un empire outré et fâcheux. Enfin, en cas de fléaux populaires, à extension rapide et générale, il est regrettable que tous les points du territoire d’une nation ne prennent pas des mesures d’ensemble, de môme sens et de môme énergie. Avant 1834, l’administration sanitaire locale existait seule en Angleterre ; Edwin Chadxvick a montré que cet éparpillement d’action coûte plus cher que la centralisation et n’empôche ni les misères quotidiennes ni les fléaux intermittents. Chez toutes les nations civilisées, môme chez celles qui conservent le plus large- Arnould, Hygiène. 2° édit. gç ment l'autonomie communale ou provinciale, on se trouve bien de rattacher les mécanismes partiels à un centre commun, pour les finances, la guerre, les travaux publics, le commerce; il ne sauraiL en être autrement de l’administration sani- taire. Rien n’empêche, d’ailleurs, qu’il y ail des degrés administratifs intermédiaires comme il y a, entre la commune et le gouvernement, les sous-préfectures et les préfectures. Rien n’empêche encore que les capitales, comme Londres et Paris où toute forme d’administration est exceptionnelle, ne conservent aussi, en adminis- tration sanitaire, une sorte d’invidualité ; ces villes sont comme un peuple très con- centré; elles peu vent avoir en elles-mêmes les mécanismes périphériques et le moteur. La conclusion des considérations précédentes est que l’administration sanitaire est une branche gouvernementale, suffisamment importante pour constituer un ministère. Tous les hygiénistes l’entendent ainsi, sauf que la plupart préfèrent une Direction à un Ministère de la santé publique, dans la crainte de voir ce ministre sujet aux fluctuations de la politique, comme les autres. En France, cependant, cette administration est rattachée, partie au ministère de l’agriculture et du commerce, partie au ministère de l’intérieur, éparpillée entre des bureaux très divers, dont les uns sont en même temps chargés de la direction du commerce intérieur, d’autres de la répression des bruits nocturnes et des instruments bruyants (A.-J. Martin). Comme les autres grandes administrations, l’administration sanitaire, à tous les degrés, doit avoir un élément délibérant et un élément exécutif, les conseils et les fonctionnaires, distincts les uns des autres. Il ne paraît pas nécessaire que les dé- cisions des conseils soient obligatoires dans leur ressort (Levieux), même celles du conseil suprême. En Angleterre, les prescriptions du Local Government Board ont à peu près force de lois (Edwin Chadwick); mais, peut-être, est-ce là une des rai- sons qui ont fait peu à peu substituer des personnages politiques aux hygiénistes, dans le sein de ce comité supérieur. Il est bon que les comités restent consultatifs et que leurs décisions ne deviennent obligatoires que quand elles auront pris la forme d’arrêtés, de décrets, émanés de l’exécutif sanitaire, du directeur ou de ses agents. Ceux-ci doivent avoir le pouvoir de verbaliser et de déférer aux tribunaux les contraventions. Dès que la direction sanitaire sera autonome et compétente, c’est-à-dire médicale, il est clair que la plupart des avis des conseils se transfor- meront en arrêtés. Ce sera, au contraire, un cas assez rarelàoù, comme en France, l’exécutif sanitaire sera un administrateur pur, très au courant du droit, des sys- tèmes commerciaux, de l’économie politique, mais étranger à l’hygiène. La compétence est, en effet, la première des qualités à requérir de la part des conseillers et surtout des fonctionnaires sanitaires. Cela ne veut pas dire que tous doivent être médecins; loin de là. 11 est, au contraire, essentiel d’introduire à la fois, dans les conseils et dans la hiérarchie exécutive, des hommes de spécialités diverses, des vétérinaires, des ingénieurs, des chimistes, des architectes. Mais l’im- pulsion d’ensemble ne peut être que médicale, et il est inévitable que les questions d’étiologie, que l’application des mesures préventives des épidémies, retombent sous l’appréciation de médecins. Or, c’est la partie la plus vaste du domaine de l’hygiène publique. A quelle source la direction sanitaire, médicale, empruntera-t-elle son autorité? A la môme source que les autres modalités du pouvoir, c’est-à-dire dans les voles de la représentation nationale. La consécration la plus simple, en même temps que la plus sûre, de l’autorité de la direction sanitaire sera le vote, par le parle- ment, d’un budget spécial, présenté par le directeur. Aujourd’hui, toute sanction sérieuse est là, el c’est par ce moyen que l’on peut arriver à réaliser les modifications et les créations nécessaires. publique.] ORGANISATION ET LÉGISLATION SANITAIRES EN DIVERS PAYS. J363 Les fonctions de membre des comités consultatifs, ne demandant que la dépense du temps nécessaire aux réunions et à la rédaction des rapports, ne sont pas in- compatibles avec l’exercice delà profession à laquelle appartient chacun des mem- bres; mais, dans la hiérarchie exécutive, les agents sanitaires ne sauraient plus accepter leur mission comme un devoir dont on s’acquitte à temps perdu. Pour bien la remplir, ils ne doivent pas faire autre chose, et c’est bien assez. La consé- quence est qu’il faut les payer comme des gens qui consacrent à l’Étal tout leur temps et tout leur travail. Il n’y a pas à reculer devant celte perspective, et c’est une réelle économie. Là où l’on dépense de l’argent à peu près en pure perte, c’est quand on alloue à des hommes intelligents des honoraires assez médiocres pour ne pas leur faire prendre au sérieux la besogne dont on les charge. Les membres des comités ne recevront pas d’appointements à proprement parler; mais le con- seil lui-môme doit être assez généreusement alimenté pour pouvoir suffire aisé- ment aux frais de bureaux, d'impression de ses rapports, de correspondance, de bibliothèque et de jetons de présence de ses membres. Il ne serait point bon de restreindre ce queles communes possèdent d’autonomie, dans les divers pays; il vaut mieux leur rappeler les droits et les devoirs que les lois leur confèrent, en matière d’hygiène publique. Mais il ne faut pas que l’action municipale marche en désaccord avec les dispositions adoptées par l’autorité sani- taire centrale. Celle-ci servira précisément à faire tomber les conflits et les résis- tances que les municipalités pourraient élever contre les conseils locaux ou dépar- tementaux. Deux mécanismes importants, déjà sanctionnés par l’expérience, appartiennent légitimement à la commune; à savoir : le Bureau cl'hygiène et le Laboratoire d'analyses. A vrai dire, ce sont plutôt des instruments d’hygiène pu- blique que des procédés administratifs. Le bureau d’hygiène ou de santé note les constitutions médicales en rapport avec la météorologie, recueille la statistique, tient le « casier sanitaire de chaque quartier », surveille les signes avant-coureurs des épidémies, recherche les divers modes de sophistication des denrées alimen- taires et prémunit contre elles les habitants. Le laboratoire d’analyses donne à l’administration municipale ou même au public, à un prix très modéré, des résul- tats d’expertise sur les aliments, les boissons, assez sûrs pour devenir le point de départ d’une action judiciaire, quand il y a lieu. Sur des bases sensiblement identiques à celles qui viennent d’être posées, A.-J. Martin propose de réunir en une unité gouvernementale, sous le titre de Direction de la santé publique, les services d’hygiène et d’assistance médicale. Cette direction comprendrait : 1° division d'assistance médicale; 2° division du service sanitaire extérieur ; 3° division d'hygiène publique ; 4° enfin, division de statistique et de démo- graphie. A la direction s’adjoindrait le Comité consultalif d’hvgiène publique. Dans les départements, un inspecteur ou directeur départemental de la santé publique, en rapport constant avec la direction ministérielle, serait à la tête d’un service semblable, annexé à la Préfecture; les conseils d’hygiène actuels seraient les comités consultatifs de ces directeurs départementaux. Ce projet d’organisation vise la France et s’adapte à nos habitudes adminislra- lives; mais il répond aux principes généraux et pourrait, certainement, servir de lype pour tous les pays. Organisation et législation sanitaires en divers pays. Le litre môme de cette troisième partie indique les deux ordres de dis- positions législatives qui se rapportent à l’hygiène publique; les unes dé- terminent les détails de l’organisation administrative ; les autres visent spécialement des cas particuliers de 1 application des préceptes généraux de l’hygiène. Ces dernières sont peu nombreuses; souvent môme, elles ont l’air de réprimer les infractions à l’honnêteté commerciale, c’est-à-dire les tentatives de vol, autant que les attentats à la santé publique. Par ailleurs, la législation sanitaire prend des formes différentes, selon qu’elle se propose la protection des citoyens contre les fléaux autochlhones ou la protection contre les fléaux d’importation. France. — A. Hygiène publique à l’intérieur. — La Société royale de médecine, fondée en 1776 (Voy. Introduction), a été pendant quelques années le seul conseil d’hygiène de France. Bien que purement consultatif, ce corps savant n’eut pas moins une influence considérable sur l’hygiène publique; quand il existe un foyer de lumière et de renseignements de celte valeur, les gouvernants ne peuvent s’abs- tenir d’y puiser; c’est, d’ailleurs, pour eux, un heureux appui de leurs décisions ; on voit aujourd’hui les administrations publiques s’armer volontiers des votes ex- primés dans les Sociétés d’hygiène (françaises, italiennes, allemandes, anglaises, belges, etc.), quand ces sociétés n’agissent pas elles-mêmes sur les pouvoirs publics par la formule de vœux qui représentent l’opinion sous sa meilleure forme, l’opi- nion éclairée par la science et la discussion. Mais les avis de la Société de méde- cine n’atteignaient pas suffisamment jusqu’aux intérêts sanitaires de détail; c’est pour cela que les grandes villes se donnèrent successivement une administration sanitaire propre, dont l’élément consultatif fut : le Conseil de salubrité de Paris, en 1802; celui de Lyon, en 1822; de Marseille, en 1825; de Lille, Nantes, en 1828: de Troyes, en 1830; de Rouen, Bordeaux, en 1831. Il y eut, en 1822, une tentative de centralisation par la création d’un Conseil supérieur de santé rattaché au ministère de l’intérieur, en môme temps que l’on organisait les intendances et les commissions sanitaires pour le littoral (loi du 3-9 mars 1822). Ce conseil supérieur n’a jamais eu d’action très sensible. La réelle administration sanitaire était locale. Les corps municipaux, s’ils le voulaient et en s’éclairant de conseils qui, au- jourd’hui, ne leur manqueront guère, se trouveraient suffisamment armés parla loi pour prendre des mesures protectrices de très grande importance. Nous croyons utile de rappeler que la loi du 16-24 août 1790 leur attribue : « 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage des rues, places, quais et voies publiques; ce qui comprend le nettoiement, l'illumination, l'encom- brement et l’enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des bâtiments menaçant ruine, l’interdiction de rien apposer aux fenêtres et autres parties du bâtiment qui puisse nuire par sa chute, et celle de rien jeter qui puisse blesser ou endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles... «4° L’inspection sur la fidélité du débit des denrées qui se vendent au poids, etc., et sur la salubrité des comestibles exposés en vente publique. » « 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et celui de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents ou fléaux calamiteux tels que les incendies, les épidémies, les épizooties, en provoquant aussi, dans les deux derniers cas, l’autorité des administrations des départements et des districts. » Il ressort de là, ce semble, quelque autorité en hygiène publique. Les Belges se servent merveilleusement de cette loi; en France, il semble qu’on la redoute. La compétence de l’autorité municipale, quant au service de la salubrité, a cependant été confirmée par les lois ultérieures (5 mai 1855, 24 juillet 1867). pale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publique. Elle comprend notamment... 6° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et celui de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux, tels que les incendies, les inondations, les maladies épi- démiques ou contagieuses... » L’organisation sanitaire, en France, date réellement de 1848; les dates qui sont marquées par une conquête de la souveraineté populaire le sont aussi par quelque grand progrès dans l’hygiène publique, dont le respeet de la vie humaine est la base. Comité consultatif d'hygiène publique. — Le décret du 10 août 1848 (Tourret, ministre de l’agriculture et du commerce) supprima le conseil supérieur de santé et institua, près le ministère de l’agriculture et du com- merce, un Comité consultatif d'hygiène publique, chargé de l’étude et de l’examen de toutes les questions qui lui sont renvoyées par le ministre en ce qui concerne : Les quarantaines et les services qui s’y rattachent; — Les mesures à prendre pour prévenir et combattre les épidémies, et pour améliorer les conditions sani- taires des populations manufacturières et agricoles ; — La propagation de la vac- cine; — L’amélioration des établissements thermaux et les moyens d’en rendre l’usage de plus en plus accessible aux malades pauvres ou peu aisés; — Les titres des candidats aux places de médecins inspecteurs des eaux minérales; — L’insti- tution et l’organisation des conseils et des commissions de salubrité (C’est en vertu de cette disposition que le Comité examine les rapports annuels des conseils départementaux d’hygiène et en fait l’objet d’un rapport d’ensemble) ; — La police médicale et pharmaceutique ; — La salubrité des ateliers. Le Comité d’hygiène publique indique au ministre de l’agriculture et du com- merce les questions à soumettre à l’Académie nationale de médecine. A la réorganisation du Comité (30 septembre 1884), parle ministre Hérisson, il fut ajouté aux attributions scientifiques : — la salubrité des logements et le régime des eaux au point de vue de la salubrité. Depuis 1884, il est composé de 23 membres, dont 9 membres de droit. Les 14 autres, dont 8 au moins doivent être docteurs en médecine, sont nommés par le ministre sur une liste de trois candidats pour une vacance, présentée par le Comité. Membres de droit : 1° Le directeur des consulats et affaires commerciales au mi- nistère des affaires étrangères; 2° le président du Conseil de santé militaire; 3° le président du Conseil supérieur de santé de la marine ; 4° le directeur général des douanes; o® le directeur de l’Assistance publique; 6° le directeur du commerce intérieur au ministère de l’agriculture et du commerce; 7° l’inspecteur général des services sanitaires; 8° l’inspecteur général des écoles vétérinaires; 9° l’architecte inspecteur des services extérieurs du ministère de l’agriculture et du commerce. Le président et le vice-président, choisis par les membres du Comité, sont nom- més par le ministre. Un secrétaire, ayant voix délibérative, est attaché au Comité et, au besoin, un secrétaire-adjoint. Des auditeurs peuvent y être attachés avec voix consultative. Divers fonctionnaires peuvent être autorisés par le ministre h assister aux séances (une par semaine), dans les même conditions. Un point capital de cette réorganisation, c’est la création du Comité directeur des services de l'hygiène, composé du Président du Comité consultatif d'hygiène pu- blique, de l’inspecteur général des services sanitaires et du directeur du commerce intérieur. Cette Irinité administrative, dont le décret du 30 septembre 1884 n'a pas défini les attributions, et qui est couverte par le ministre, peut évidemment attein- dre à une action considérable. Aussi peut-on Cire étonné qu’elle réunisse à un administrateur pur deux membres du Comité dont l’un est subordonné à l'autre, lequel pourrait d’ailleurs (cela est arrivé) ne pas être médecin. Au fond, c’est l’élément délibérant fondu avec Vexéculif. Un décret du 3 janvier 1885 a reporté au Comité consultatif d’hygiène publique les attributions du Comité consultatif des laboratoires. Conseils £ hygiène et de salubrité. — Le 18 décembre -1848, le ministre Tourret faisait signer par le président du Conseil, Eugène Cavaignac, l’ar- rêlé-décret qui, en régularisant l’existence des conseils de salubrité, créait les Conseils d'hygiène publique et de salubrité d’arrondissement et de dépar- lement, qui fonctionnent aujourd’hui. Les membres de ces Conseils sont au nombre de sept au moins et de quinze au plus ; ils sont nommés pour quatre ans par le préfel et renouvelés par moilié tous les deux ans. Le Conseil est présidé par le préfet ou le sous-préfet et élit un vice- président et un secrétaire, renouvelés tous les deux ans. Il se réunit régulièrement au moins une fois tous les trois mois. Des Commissions d’hygiène publique peuvent être institués aux chefs-lieux de canton, présidées par le maire, avec un fonctionnement analogue au précédent. Les Conseils d’hygiène d’arrondissement (art. 9) sont chargés de l’examen des questions relatives à l’hygiène publique de l’arrondissement qui leur seront ren- voyées par le préfet ou le sous-préfet. Ils peuvent être spécialement consultés sur les objets suivants : L’assainissement des localités et des habitations; les mesures à prendre pour prévenir el combattre les maladies endémiques, épidémiques et transmissibles ; les épizooties et les maladies des animaux ; la propagation de la vaccine ; l’organisa- tion et la distribution des secours médicaux aux malades indigents; les moyens d’améliorer les conditions sanitaires des populations industrielles et agricoles; la salubrité des ateliers, écoles, hôpitaux, maisons d’aliénés, établissements de bien- faisance, casernes, arsenaux, prisons, dépôts de mendicité, asiles, etc. ; les ques- tions relatives aux enfants trouvés; la qualité des aliments, boissons, condiments et médicaments livrés au commerce ; l’amélioration des établissements d’eaux minérales appartenant à l’État, aux départements, aux communes et aux particu- liers, et les moyens d’en rendre l’usage accessible aux malades pauvres; les demandes en autorisation, translation ou révocation des établissements dange- reux, insalubres ou incommodes; les grands travaux d’utilité publique, construc- tions d’édifices, écoles, prisons, casernes, ports, canaux, réservoirs, fontaines, halles, établissements des marchés, rouloirs, égouts, cimetières, la voirie, etc., sous le rapport de l’hygiène publique. Ils doivent réunir et coordonner les documents relatifs à la mortalité et à ses causes, à la topographie et à la statistique de l’arrondissemeut en ce qui louche la salubrité publique. Le Conseil d’hygiène du département a pour mission de donner son avis (art. 12) : 1° sur toutes les questions d’hygiène publique qui lui sont renvoyées par le préfet: 2° sur les questions communes à plusieurs arrondissements ou relatives au dépar- tement tout entier. Il centralise et coordonne, sur le renvoi du préfel, les travaux des conseils d’arrondissement. 11 fait, chaque année, au préfet, un rapport sur ces travaux. Un arrêté du 13 février 1849 régla le nombre et la qualité des membres de cha- que conseil. Les médecins, pharmaciens et vétérinaires doivent y entrer dans les proportions suivantes : NOMBRE DBS MEMURES. MÉDECINS DOCTEURS EN MÉDECINE, CHIRURGIENS et OFFICIERS DE SANTÉ. pharmaciens ou CHIMISTES. VÉTÉRINAIRES. 10 4 2 1 12 5 3 1 15 6 4 2 Il est remarquable que les officiers de santé et les pharmaciens, dont les études ne comportent pas l’hygiène aient, d’emblée, les aptitudes que les docteurs en méde- cine ont dû acquérir spécialement et prouver aux examens. Les autres membres sont pris, soit parmi les notables agriculteurs, commerçants ou industriels, soit parmi les hommes qui, à raison de leurs fonctions ou de leurs travaux habituels, sont appelés à s’occuper des questions d’hygiène (ingénieurs, architectes). L’ingénieur des mines, l’ingénieur des pouls et chaussées, l’officier du génie chargé du casernement ou le sous-intendant militaire, l’architecle du département, les chefs de division ou de bureau de la préfecture dans les attribu- butions desquels se trouvent la salubrité, la voirie et les hôpitaux, peuvent être appelés aux délibérations du Conseil avec voix consultative. Le département de la Seine n’avait pas été compris dans l’organisation qui pré- cède. Un décret du 25 décembre 1881 convertit le Conseil de salubrité de la ville de Paris en Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, rat- taché à la Préfecture de police comme les conseils départementaux le sont aux préfectures et servant de lien aux Commissions d’hygiène et de salubrité des arron- dissements de la ville de Paris, de Sceaux et de Saint-Denis, et des trois communes de Saint-Cloud, Sèvres et Meudon. Ses attributions sont essentiellement les mêmes que celles des autres conseils d’hygiène; le nombre de ses membres, fixé à 15 en 1852, a été porté à 21 par le décret du 5 janvier 1861. Ils ont un traitement de 1,200 francs et la durée de leur mandat est indéterminée. Cette circonstance assure à l'action du Conseil d’hygiène de Paris une continuité dont les autres ne jouissent pas à un égal degré. On remarque aussi qu’il n’y a pas de Conseils d’arrondisse- ments entre lui et les commissions d’hygiène; nouvelle raison d’une efficacité plus parfaite de son action. La portée des Conseils d’hygiène départementaux est moindre. Une part de cette infériorité relève de la constitution môme de ces corps. Ils n’ont pas été réorganisés de la façon qu’indiquait le Projet d'organisation de l'hygiène publique, rédigé par Iloyer-Collard, en 1848, au nom du Comité consultatif. Ce projet demandait que les membres des conseils fussent nommés (au moins les membres médecins, phar- maciens et vétérinaires) par le choix de leurs collègues en exercice, ou par les com- missions cantonales. Le gouvernement acceptait ce mode de recrutement: mais le Conseil d’F.tat le repoussa. Le même Conseil d’État supprima le droit d’initiative ■que le projet de Royer-Collard avait voulu introduire dans la loi. A la vérité, ou ne retire point la parole à un membre du conseil qui, de sa propre initiative, fait une motion en séance; une décision ministérielle du 2 juillet 1873 affirme même que : « Sur toutes les questions d’hygiène, le droit d’initiative des conseils est complet; l’administration sera toujours empressée à profiter des renseignements et des études que ces conseils lui soumettraient. » Mais le conseil ne saurait se réunir sans la convocation préfectorale. Par ailleurs l’administration n’est point et ne se sent point liée par les « consul- tations » du Conseil d’hygiène; elle est, d’autre part, suffisamment étrangère aux questions d’hygiène pour ne pas en éprouver le besoin. Il est vulgairement connu qu’une vingtaine de conseils départementaux ne figurent pas pour la moindre somme dans le budget du département; un certain nombre, ceux du Lot et de la Haute-Loire, dépensent 30 francs par an ;' celui de la Drôme a un budget de 7,223 fr., en comptant les frais de la médecine cantonale; mais les mieux partagés coûtent 1,000 francs (Meurthe-et-Moselle), 1,200 francs (Loire-Inférieure), 3,000 francs (Gi- ronde, Seine-et-Oise), 3,740 francs (Nord), 4,000 francs (Rhône), 4,300 francs (Seine- Inférieure) (Drouineau). Il y a des Conseils qui ne sont pas réunis une fois dans l’année : le nombre en était encore de 19 en 1877, au rapport de Proust ; du moins,. 19 conseils n’ont envoyé aucun procès-verbal. Dans la même année, 30 départe- ments n’avaient envoyé que des rapports manuscrits ; 19 seulement avaient adressé au Comité consultatif des rapports imprimés. La ville de Nantes et quelques autres allouent d’elles-mèmes au Conseil d’hygiène une somme égale ou supérieure à celle qui est votée par le conseil général (Vallin). On ne saurait incriminer pour ce fait des hommes, d’ailleurs pleins de zèle et de dévouement ; on les a chargés d’un service dont ils ne soupçonnent pas, d’ha- bitude, les plus simples exigences. Viendra-t-il à l’idée d’un administrateur pur de s’occuper spontanément des questions d’hygiène qui intéressent la collectivité ou qui font partie du progrès d’ensemble ? Il attendra que des intérêts particuliers le mettent directement en demeure de donner une solution à une difficulté de détail, sans conséquence sérieuse pour l’hygiène publique; « les Conseils d’hygiène ne sont plus guère consultés que sur les demandes en autorisation, translation ou révocation des établissements dangereux, insalubres et incommodes, et c’est à peu près la seule de leurs attributions qui donne lieu à une action administrative. » (A.-J. Martin.) Ils s’habituent à ne songer qu’aux inconvénients pour les voisins de certaines industries insalubres par elles-mêmes et à oublier qu’elles compromettent la santé des ouvriers de tout âge et de tout sexe qui y prennent part, beaucoup plus qu’elles ne dérangent les habitants des alentours. Que l’administrateur, chargé de provoquer les avis du Conseil d’hygiène et de les appliquer, soit un médecin ou à tout le moins un hygiéniste, n’ayant pas d’autre besogne, au lieu de sortir des rangs des juristes et des légistes parmi lesquels se recrutent uniformément les fonctionnaires des préfectures ou sous-préfectures ; il est évident que l’œuvre du comité sanitaire s’élargirait et s’élèverait immédiatement, dans des proportions dignes delà valeur scientifique ou professionnelle des hommes qui le composent, au grand avantage de l’intérêt public et du progrès. Les lacunes d’hygiène dont tout le monde soutire sont souvent celles dont personne ne se plaint ; le préfet n’entend pas parler de celles-là, et n’a point à s’émouvoir. Il peut même n’êlre pas fâché d’ignorer certaines situations qui toucheraient à de gros intérêts. Un hygiéniste les connaît d’avance et n’a d’autre désir que de se mesurer avec elles. Inspecteurs de la salubrité. — Quelques départements, comme ceux du Nord et de la Sarthe, se sont donné un inspecteur de la salubrité publique. Le Conseil d’État a décidé que ce fonctionnaire ne peut agir dans les communes qu'avec l’assenti- ment et le concours des autorités locales; ce qui, peut-être, a empêché l’inslitulion de se généraliser. Cependanl, quand l’inspecteur a une autorité personnelle par sa valeur scientifique et qu’il procède par la persuasion, il n’a jamais besoin de se faire protéger par l’autorité locale dans l’accomplissement de son mandat. Médecins îles épidémies. — Dans chaque arrondissement, depuis le 2 mai 1803, des médecins des épidémies, nommés par les préfets, sont chargés d’adresser cha- que année à l’Administration un rapport que celle-ci transmet à l’Académie de médecine, qui fait elle-même un rapport général. Ce service ne fonctionne malheu- reusement pas avec la régularité désirable, comme en témoignent les rapports an- nuels de l’Académie. Le médecin des épidémies esL membre de droit du Conseil d’hygiène (arrêté du 1er septembre 1831). Commissions cantonales. — Elles complètent cette organisation. Elle se réunissent au chef-lieu de canton et sont présidées par le maire de la commune chef-lieu. Leurs travaux ne sont, en général, ni nombreux ni importants. Projets de réorganisation. — Il en existe un certain nombre, les uns d’initiative privée, comme celui de Henrot; d’autres ayant l’attache gouvernementale ou légis- lative, comme celui qui fut élaboré par le Comité consultatif d’hygiène publique en 1884; le projet déposé, en juin 1886, à la Chambre des députés par Siegfried; le projet formulé par le gouvernement lui-mème et finalement, la proposition de loi qui termine le rapport de Chamberland sur les deux précédents. Il serait trop long d’exposer ici des formules qui ne recevront peut-être jamais leur application. Bornons-nous à constater qu’elles prouvent l’accord des esprits sur la nécessité de réformer notre administration sanitaire et, spécialement, d’y introduire : la direction autonome, des agents d’exécution et de surveillance (inspecteurs et sous- inspecteurs), des moyens matériels d’action (budget propre, laboratoire). Inspection régionale de Vhygiène publique. — En attendant cette réorganisation et sans préjudice des dispositions nécessaires qu’elle consacrera, le décret du 23 avril 1888 a décidé que : « Les professeurs d’hygiène des facultés de médecine des dé- partements remplissent, sous l'autorité du ministre du commerce et de l’industrie, les fonctions d’inspecteurs régionaux des services de l’hygiène publique, chacun dans la circonscription territoriale de la faculté à laquelle il est attaché. — Ils cor- respondent avec les médecins des épidémies et avec les conseils d’hygiène publi- que et de salubrité de cette circonscription... » C’est un hommage mérité rendu aux professeurs d’hygiène français et nous ne saurions refuser la part qui nous en est officiellement dévolue. Cependant, nous croyons que les professeurs d’hygiène sont mieux faits pour le conseil que pour l’action et nous nous demandons, sans parler d’autres objections, à qui reviendra la mission d’apprendre et d’enseigner l’hygiène, si les professeurs sont convertis en fonctionnaires sanilaires. Organisation spéciale. — Inspection des pharmacies. — Par décret du 3 mars 1839, les conseils d’hygiène délèguent quelques-uns de leurs membres (à Lille, trois : deux pharmaciens, un médecin) pour les inspections des officines de phar- maciens et des magasins de droguistes. A Paris et à Montpellier, cette mission in- combe aux Écoles supérieures de pharmacie de ces localités. Inspecteurs des eaux minérales. — En vertu du décret du 28 janvier 1860 un médecin-inspecteur, avec un ou plusieurs adjoints, selon la nécessité, est attaché ci toute station thermale. Ces fonctionnaires sont nommés par le ministre de l’agri- culture et du commerce sur la présentation du Comité consultatif, conformément aux dispositions du décret du 10 août 1848. Inspecteurs du travail des enfants dans les manufactures. — L’article 16 de la loi du 19 mai 1874 (Voy. 11° Partie: Groupe industriel, page 1137) a créé quinze ins- pecleurs divisionnaires, chargés d’en assurer l'exéculion. Ils sont aidés par des commissions locales et des inspecteurs spéciaux, s’il y a lieu, dont la création et le choix sont laissés aux conseils généraux. A Paris (et la Seine), outre l’inspecteur divisionnaire, il y un inspecteur principal, huit inspecteurs départementaux et neuf inspectrices (A. J. Martin). A la suite des décrets du 3 mars 187 7 et du 22 septembre 1879, ont été publiés des tableaux d''établissements dans lesquels l’emploi des enfants est interdit ou n’est autorisé que sous de certaines conditions. Nous eu donnerons le résumé. ) Établissements interdits aux enfants. — Tableau A. — Abattoir public. Absinthe (Distil- lerie d’). Acide arséniquo (Fabrication de T). Acide chlorhydrique (Production de P). Acide nitrique. Acide oxalique. Acide picriquo. Acide sulfurique. Acide urique. Affinage de l’or et de l’argent par les acides. Albâtre (Sciage et polissage à sec de T). Alcools autres que du vin, sans travail de rectification. Alcools (Distillerie agricole des). Alcool (Rectification de T). Amorces fulminantes (Fabrication des). Argenture sur métaux. Arséniatedc potasse (Fabri- cation do 1’) au moyen du salpêtre. Artifice (Pièces d’). Benzine (Fabrication et dépôts). Blanc do zinc. Bleu de Prusse (Fabrication de). Boîtes de couserves (Soudure des). Bouillon de bière (Distillation de). Caoutchouc (Travail du). Caoutchouc (Application des enduits du). Cendres d’orfèvre (Traitement des) par le plomb. Cendres gravelées. Cérusc (Fabrication do la). Chiens (Infirmeries de). Chiffons (Dépôts de). Chiffons (Déchiquetage des). Chlore (Fabrication du). Chlorure de chaux (Fabrication du). Chlorures alcalins. Eau de Javelle (Fabrication d’). Chromate de potasse. Chrysalides (Extraction des parties soyeuses des). Cristaux (Polissage à sec des). Cuirs vernis (Fabrication des). Cuivre (Dérochage du). Cyanure de potassium et bleu de Prusse (Fabrication de). Cyanure rouge de potassium ou prussiate rouge de potasse. Dentelles (Blanchissage à la céruse des). Dérochage du cuivre. Distilleries en général. Dorure et argenture sur métaux. Eau de Javelle. Eau-de-vie. Eau- forte. Émail (Applications de T) sur les métaux. Émaux (Fabrication d’) avec fours non l'u- mivores. Émaux (Grattage des). Équarrissage des animaux. Étamage des glaces. Éther (Fabrication et dépôts d’). Étoupilles (Fabrication d’) avec matières explosibles. Feutres et visières vernis. Fonte et laminage du plomb, du zinc et du cuivre. Fulminate de mercure. Genièvre (Voy. Distilleries). Glaces (Étamage des). Grès (Extraction et piquage des;. Huiles de pétrole, de schiste et de goudron, essences et autres hydrocarbures. Huiles essentielles ou essences de térébenthine, d’aspic, etc. Kirsch. Liquides pour l’éclairage. Liqueurs alcoo- liques. Litbargc. Marbre (Sciage ou polissage de). Massicot (Fabrication du). Matières miné- rales (Broyage à sec des). Métaux (Aiguisage et polissage des). Meulières et meules. Minium. Murexide envase clos. Nitrate de fer. Nitro-benziue, aniline et matières dérivant de la ben- zine. Olives (Tourteaux d’). Peaux de lapin ou de lièvre (Coupage des poils de). Pétrole Phosphore. Pierre (Sciage ou polissage de la). Pileries mécaniques des drogues. Plomb (Fonte et laminage du). Poils de lièvre et de lapin (Sécrétage des). Potasse (Voy. Chromate). Poudres et matières fulminantes (Fabrication de). Prussiate de potasse. Rouge de Prusse et d’Angleterre. Schiste bitumineux. Sécrétage des peaux. Sel de soude (Fabrication du). Sul- fate de mercure. Sulfate de peroxyde de fer. Sulfate de protoxyde ou couperose verte. Sul- late do soude. Sulfure de carbone (Fabrication, dépôts, manufactures faisant usage du). Taffetas et toiles vernis. Térébenthine (Travail de la). Tourteaux d’olives (Traitement des) par le sulfure de carbone. Tueries d'animaux. Vernis (Fabrication et application du). Verre (Polissage à sec du). Visières et feutres vernis. Interdictions partielles. — Tableau li. — Allumettes (Fabrication des) avec matières déto- nantes et fulminantes. Interdiction dans les locaux où l’on fond la pâte et où l'on trempe les allumettes. Emploi autorisé dans les autres locaux, mais pendant six heures seulement sur vingt-quatre. Battage, cardage et épuration des-laiues, crins et plumes de literies; bat- tage des tapis en grand (dans les locaux où les poussières se dégagent librement). Blanchi- ment (dans les locaux où l’on dégage du chlore ou l'acide sulfureux). Boutonniors et autres emboutisscurs de métaux par moyons mécaniques (dans les locaux à poussières). Boyaudc- rics (Soufflage dans les). Chanvre (dans les locaux de teillage mécanique du). Chanvre im- perméable. Chapeaux de feutre (interdiction des locaux il poussières libre Chapeaux de soie ou autres préparés au moyeu d’un vernis. Chaux (Fours A). Ciment (locaux où les poussières du broyage et du tamisage se dégagent librement). Cordes â instruments en boyaux. Coton et coton gras (Blanchisserie des déchets de). Crins (Teinture des). Eaux grasses (Quand on les traite par le sulfure de carbone). Faïence (locaux où se dégagent les poussières d émail). Feutre goudronné. Filature dos cocons (Voy. Chrysalides, tableau A). Fours à plâtre et à chaux. Impressions sur étoffes. Jute (Teillage du). Ménageries (â bêtes féroces ou veni- meusos). Moulins à broyer le plâtre, les cailloux, les pouzzolanes (locaux à poussières). Noir minéral. Ouates. Papiers (Triage et préparation des chiffons pour la fabrication des). Pipes à fumer. Plâtre (Fours â). Poèliers fournalistes, poêles en faïence en terre cuite. Porcelaine (locaux â poussières libres). Poteries de terre avec four non fumivorc. Pouzzolane artificielle. Soie (Chapeaux, filatures do). Soies de porc. Soufre (Pulvérisation du). Superphosphate de chaux et de potasse (Locaux à poussières ou vapeurs acides). Tabacs (Locaux où l'on démo- lit les masses dans les manufactures de). Tau (Moulins à). Tanneries (Locaux â poussières). Teillage du lin, du chanvre, du jute. Teintureries (Locaux où l'on emploie des matières toxi- ques). Terres émaillées (Id.). Toiles (Blanchiment des). Toiles pointes (Locaux où l’on em- ploie des matières toxiques). Tèles et métaux vernis (Id.). Vernis (Voy. Chapeaux). Verre- ries, cristalleries, manufactures de glaces (Locaux à poussières ou à matières toxiques). Parles tableaux additionnels A et B, du 22 septembre 1879, le travail des enfants est in- terdit dans les dépôts d’allumettes chimiques, dans les fabriques d’aniline, de benzine, de collodion, de matières colorantes au moyen de l’aniline ou de la nitrobenzino, de nitrate de méthyle, do sinapismes à l’aide des hydrocarbures, de sulfure d’arsenic, de sulfure de so- dium, dans les ateliers de traitement des chiffons par la vapeur de l'acide chlorhydrique, de dégraissage des déchets de laine, de dégraissage des étoffes, de dérochage du fer, de dé- graissage des peaux, étoffes et déchets do laine par les huiles de pétrole et autres hydrocar- bures. Le travail des enfants est autorisé dans les ateliers de fabx-ication des allumettes chimi- ques, mais il est interdit dans les locaux où l’on fond la pâte, où l’on trempe, où I’od met en paquets ou en boites les allumettes. Dans les autres locaux, emploi autorisé mais pendant six heures seulement sur vingt-quatre. Il est autorisé dans les ateliers de blanchiment des fils et tissus de laine et de soie par l’a- cide sulfureux en dissolution dans l’eau. Il est interdit dans les locaux où se dégage l'acide sulfureux. Il est autorisé dans les ateliers de transformation de l’étoupe, de cordages hors de service, goudronnés ou non, excepté dans les locaux où se dégageât les poussières. 11 est autorisé dans les ateliers de lustrage et apprêtage des peaux, excepté dans les locaux où se dégagent les poussières. Il est autorisé dans les ateliers de réfrigération par l’acide sulfureux, excepté dans les locaux où se dégage l’acide sulfureux. Il est autorisé dans les ateliers pour le gonflement et le séchage des vessies nettoyées et débarrassées de toute substance membraneuse, mais il est interdit pour le soufflage. Protection des enfants en bas dge. — L’exécution de la loi Roussel, du 23 décembre 1874, est confiée à un Comité supérieur de protection du premier dgc, auprès du mi- nistère de l’intérieur. Des Comités locaux, dans les départements, secondent l’auto- rité dans l’obligation que cette loi lui impose à l’égard des enfants âgés de moins de deux ans, placés moyennant salaire, en sevrage ou en garde, hors du domicile de leurs parents. Le règlement du 27 février 1871) et les circulaires du ministre de l'intérieur, relatives à l’application de cette loi, comptent beaucoup sur le concours des médecins et sur le désintéressement de la profession médicale. Eu fait, un grand nombre de médecins fonctionnent comme inspecteurs des enfants du premier dgc, moyennant une rétribution modeste (Voy. p. 1136), secondés par des dames visi- teuses, dont les attributions ne sont pas définies. Pour celte raison et quelques autres, Ledé estime que la loi Roussel admettrait certaines améliorations. 11 y a, de même, une inspection des enfants assistés, mais qui n'est pas néces- sairement occupée par des médecins. Assistance publique. — La direction supérieure et l’inspection de l’Assistance publique appartiennent au ministère de l’intérieur. Cette administration com- prend les hospices communaux, les bureaux de bienfaisance, les asiles d'aliénés, les sourds-muets et les aveugles, les enfants assistés, etc. Toutefois, elle veille Lien plutôt à l’exécution des lois et règlements relatifs à ces institutions qu’à l’hvgiène proprement dite. Quant à l’assistance médicale dans les campagnes, elle n’a pas été l’objet d’une organisation générale, ayant un organisme central; des tentatives ont éLé laites par un certain nombre de départements pour assurer la médecine des pauvres dans les plus petites localiLés; aucune n’a donné de résultats complète- ment satisfaisants, même en Alsace, où l’institution des médecins cantonaux a pris naissance et où elle a été développée avec le plus de soin et de continuité. Le choix est entre deux systèmes : ou celui qui affecte à une circonscription un même mé- decin, qui accepte cette charge; ou celui de la liberté absolue à tarif fixe, dans lequel les pauvres choisissent eux-mêmes leur médecin, qui est indemnisé de ses consultations sur le budget départemental. Dans l’un et l’autre, il faut de l'argent, et c’est ce qui retient beaucoup les conseils généraux (Voy. plus bas et p. 1209). Administration sanitaire départementale. — Les lois (du 22 décem- bre 1789, des 16-24 août 1790, du o avril 1884) chargent les préfets de prendre pour toutes les communes du département ou plusieurs d’entre elles, « toutes les mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publique », les attributions de l’autorité muni- cipale, dans chaque commune, étant réservées. C’est en vertu de ces pou- voirs d’ordre général que l’administration préfectorale peut tenter l’or- ganisation sanitaire qu’exposait Drouineau et qui a été réalisée dans le département des Vosges, par le préfet Bœgner, sur le rapport de G. Liétard. La direction sanitaire départementale, dans ce système, confiée à un fonctionnaire spécial (appointements 10,000 francs), ayant sous ses ordres soixante médecins sanitaires (à 000 fr. ; soit 36,000 fr.), a dans ses attributions : 1° les soins à donner aux malades pauvres ; 2° les mesures à prendre en cas d’épidémie; 3° le service de la vaccine; 4° l’inspection des enfants assistés; 3° la surveillance des aliénés non dangereux ; 6° les enfants du premier âge ; 7° la surveillance hygiénique des écoles primaires ; 8° tout ce qui peut contribuer au développement de l’hygiène publique et à l’amélioration des conditions matérielles de la vie des populations; 9° les secours en médicaments; 10° les rapports médico-administratifs et la statistique. Le département est divisé en soixante circonscriptions dont chacune a son médecin sanitaire. Avec 10,000 francs de frais de pharmacie, cette organisation coûterait 36,000 francs. En réalité, en utilisant les ressources existantes et en dé- falquant la part que l’État paye déjà, par exemple pour l’inspection des enfants assistés, la dépense nouvelle pour le déparlement des Vosges n’est que de 7,000 fr. Organisation sanitaire municipale. — NOUS QVOI1S indiqué plus haut (p. 1366) quels sont les pouvoirs des municipalités en matière d’hygiène publique. La loi du 13 avril 1830, sur les logements insalubres (de Melun, député du Nord), est basée sur ces pouvoirs, bien qu’elle prévoie la déci- sion du Conseil municipal et non celle du maire. Loi du 13 avril 1830. — Art. 1er. — Dans toute commune où le conseil municipal l’aura déclaré nécessaire, par une délibération spéciale, il nommera une Commission -chargée de rechercher et indiquer les mesures indispensables d’assainissement des logements et dépendances insalubres mises en location ou occupés par d’autres que le propriétaire, l’usufruitier ou l’usager. Sont réputés insalubres les logements qui se trouvent dans des conditions de nature à porler atteinte à la vie ou à la santé de leurs habitants. Art. 2. — La commission se composera de neuf membres au plus et de cinq au moins. En feront nécessairement partie un médecin ou un architecte ou tout autre homme de l’art, ainsi qu’un membre du bureau de bienfaisance et du conseil des prudhommes, si ces institutions existent dans la commune. La présidence appar- tient au maire ou à l’adjoint (à Paris, au préfet dé la Seine). Le médecin et l'architecte pourront être choisis hors de la commune. La commission se renouvelle tous les deux ans par tiers : les membres sortants sont indéfiniment rééligibles. A Paris, la Commission se composera de douze mem- bres (il y en a aujourd'hui trente). Art. 3. — La commission visitera les lieux signalés comme insalubres. Elle déter- minera l’état d’insalubrité et en indiquera les causes ainsi que les moyens d’y remé- dier. Elle désignera les logements qui ne sont pas susceptibles d’assainissement. Art. 4. —Les rapports de la commission seront déposés au secrétariat de la mairie, et les parties intéressées mises en demeure d’en prendre communication et de pro- duire leurs observations dans le délai d’un mois. Art. b. —A l’expiration de ce délai, les rapports et observations produites seront soumis au conseil municipal qui déterminera : 1° les travaux d’assainissement et les lieux où ils devront être entièrement ou partiellement exécutés, ainsi que les délais de leur achèvement; 2° les habitations qui ne sont pas susceptibles d'assai- nissement. Art. 6. — Un recours est ouvert aux intéressés contre ces décisions devant le conseil de préfecture, dans le délai d'un mois à dater de la notification de l’arrêté municipal. Ce recours sera suspensif. Art. 7. —En vertu de la décision du conseil municipal, ou de celle du conseil de préfecture en cas de recours, s’il a été reconnu que les causes d’insalubrité sont dépendantes du fait du propriétaire ou de l’usufruitier, l’autorité municipale lui enjoindra, par mesure d’ordre et de police, d’exécuter les travaux jugés nécessaires. Art. 8. — Les ouverlures pratiquées pour l’exécution des Iravaux d’assainisse- ment seront exemptées, pendant trois ans, de la contribution des portes et fenêtres. Art. 9. — En cas d’inexécution, dans les délais déterminés, des travaux jugés nécessaires, et si le logement continue à être habité par un tiers, le propriétaire ou l’usufruitier sera passible d’une amende de 16 à 100 francs. Si les Iravaux n’ont pas été exécutés dans l’année qui aura suivi la condamna- tion et si le logement insalubre a continué d’être habité par un tiers, le propriétaire ou l’usufruitier sera passible d’une amende égale à la valeur des travaux et pouvant être élevée au double. Art. 10. —S’il estreconnu que le logement n’est pas susceptible d’assainissement et que les causes d'insalubrité sont dépendantes de l’habitation elle-même l'auto- rité municipale pourra, dans le délai qu’elle fixera, en interdire provisoirement la location à titre d’habitation. L’interdiction absolue ne pourra être prononcée que par le conseil de préfecture et, dans ce cas, il y aura recours de sa décision devant le Conseil d’Étal Le propriétaire ou l’usufruitier qui aura contrevenu à l’interdiction prononcée sera condamné à une amende de 16 à 100 francs, et, en cas de récidive dans l’année, à une amende égale au double de la valeur locative du logement interdit. Art. M. — Lorsque par suite de l’exécution de la présente loi il y aura lieu à résiliation de baux, cette résiliation n emportera en laveur du locataire aucuns dom- mages-intérêts. Art. 12. — L’article 403 du Code pénal sera applicable à toutes les contraventions ci-dessus indiquées. Art. 13. —Lorsque l’insalubrité est le résultat de causes extérieures et permanentes, ou lorsque ces causes ne peuvent être détruites que par des travaux d'ensemble, la commune pourra acquérir, suivant les formes et après l’accomplissement des formalités prescrites par la loi du 3 mai 1841, la totalité des propriétés comprises dans le périmètre des travaux. Les portions de ces propriétés qui, après l’assainissement opéré, resteraient en dehors des alignements arrêtés pour les nouvelles constructions, pourront être revendues aux enchères publiques, sans que, dans ce cas, les anciens propriétaires ou leurs ayant droit puissent demander l’application des articles 60 et 61 de la loi du 31 mai 1840. Art. 14. — Les amendes prononcées en vertu de la présente loi seront attribuées en outre au bureau de bienfaisance de la localité où sont situées les habitations à raison desquelles ces amendes auront été encourues. En dehors de Paris et de Lille, dit A. J. Martin, cette loi est demeurée lettre morte entre les mains de la presque unanimité des administrations municipales. Il existe beaucoup de commissions des logements insalubres ; mais elles se réunis- sent peu, n’osent pas beaucoup, ou sont paralysées par le soulèvement des intérêts privés, auxquels elles se heurtent à chaque pas. La loi du 13 avril 1830, admettant le recours des propriétaires contre les décisions municipales, est très équitable dans son esprit et conforme aux traditions de la législation française. Seulement, le recours devant le conseil de préfecture risque bien d’apporter des questions d’hy- giène devant un tribunal qui ne les possède guère et ne voudra pas en convenir. Beaucoup de membres des Commissions des logements insalubres se retirent sim- plement en face de cette situation peu encourageante. Pourquoi le recours ne se ferait-il pas devant Je Conseil d’hygiène? Celui-ci pourrait ne pas partager l’avis de la Commission; mais la compétence des juges serait moins discutable. Il semble qu’une loi, qui ne fonctionne à peu près que dans 8 ou 9 villes (Paris, Lille, Bor- deaux, Marseille, le Havre, Roubaix, Nancy, Reims, Grenoble), soit une loi mal faite et peu viable. Celle-ci est à refaire, si l’on veut qu’elle vive ; ce qui est à désirer, parce qu’elle répond à des besoins réels. C’est l’avis du Comité consultatif d’hygiène, comme celui de beaucoup de législateurs (Martin Nadaud, Maze). Bureaux d'hygiène. — A l’exemple de Turin et de Bruxelles, un certain nombre de villes françaises ont mis à profit les pouvoirs municipaux pour se donner la très utile institution d’un bureau d’hygiène. Le Havre, Nancy, Reims, Amiens, et quelques autres tirent déjà grand bénéfice de cette création, dont la sphère d’action varie, naturellement, selon les ressources de la localité en hommes et en argent. On y joint, le plus possible, un laboratoire d'expertise, imité du laboratoire municipal de la ville de Paris. Malgré les efforts de quelques médecins (dont nous ne sommes pas, mais auxquels nous applaudissons), la ville de Lille ne parvient pas à se faire un bureau d’hygiène, peut-être par crainte du laboratoire de vérification. Nous nous bornerons à indiquer le fonctionnement d’un de ces bureaux, à titre de type général. Bureau d'hygiène du Havre. — Le bureau d’hygiène du Havre a été créé, en mars 1879, par voie d'arrêté du maire, sur l’initiative des docteurs Fauve), Lafaurie et, surtout, fiibert, dont le nom se retrouve dans divers autres modes de 1 activité philanthropique et médicale. 11 se compose d’un médecin directeur et de six méde- cins municipaux ; il s’appuie d’une commission municipale présidée parle maire, composée de huit membres, dont la moitié sont nommés par les médecins de la ville, au scrutin secret. Le budget de la commune lui fait un subside de 10,000 francs. Ses attributions sont : la constatation des décès à domicile; celle des naissances a domicile; l’inspection des écoles municipales; les renseignements quotidiens sur les maladies contagieuses ; le service municipal de vaccination; les logements insa- lubres ; le fonctionnement d’un laboratoire d'essais. Il reçoit les avis de tous les médecins de la ville sur les cas de maladies épidémiques ou contagieuses qui se produisent dans leur clientèle ; ces médecins n’ont qu’à remplir des bulletins ad hoc qui leur sont remis et qu’ils font déposer ensuite au Bureau d’hygiène. Chaque membre du Bureau établit des rapports à l’Administration municipale sur les faits qui parviennent à sa connaissance. Laboratoire municipal de Paris. — Le Laboratoire municipal de chimie fonctionne à la Préfecture de police, caserne de la Cité. Il n’a d’abord servi qu’à l’administra- tion ; les échantillons de substances à analyser lui étaient et sont encore remis par elle, ou bien il les fait prélever par ses agents chez les débitants contre lesquels une plainte a été adressée à la PréfecLure ou aux commissaires de police. La falsi- fication est-elle constatée, la plainte est envoyée au procureur de la République qui poursuit d’office. Le public n’est prévenu qu’après le jugement. Le plaignant peut alors, s’il le juge convenable, môme après la condamnation en police correction- nelle, exercer son droit de poursuite en dommages-intérêts. Depuis le 1er mars 1881, le laboratoire municipal, avec un chef de laboratoire (Ch. Girard), un contrôleur général et 50 agents, est ouvert au public, qui peut y faire analyser les boissons et denrées alimentaires de toute espèce et tous objets quelconques pouvant par leur usage intéresser la santé. Les analyses qualitatives, avec l’énoncé bon, mauvais, falsifié, sont gratuites ; les analyses quantitatives sont taxées de 5 à 20 francs (les analyses du vin, du lait, de la bière, sont justement à ce dernier tarif). Le bulletin donnant le résultat de l’analyse qualitative contient la mention : Toute personne qui userait du présent bulletin pour nuire à la réputation d’autrui commettrait le délit de diffamation (art. 18 de la loi du 17 mai 1819). Evi- demment, il faut avoir les plus grands égards vis-à-vis des voleurs; il ne serait pas étonnant qu’un jour les chimistes du laboratoire ne fussent eux-mêmes poursuivis en diffamation et il n’est pas certain qu’ils en sortiraient intacts. Police sanitaire des animaux. — Le décret du 24 mai 1870 a institué un Comité consultatif des épizooties, des vétérinaires inspecteurs (un par départe- ment) et des vétérinaires cantonaux. La police sanitaire des animaux est régie par la loi du 21 juillet 1881, dont nous reproduirons l’esprit et quelques articles. La loi énumère (Titre Ier) les maladies contagieuses des animaux et définit les mesures sanitaires qui leur sont applicables. « Art. Ier. — Les maladies des animaux qui sont réputées contagieuses et qui donnent lieu à l’application de la présente loi sont : La peste bovine dans toutes les espèces de ruminants, la péripneumonie contagieuse dans l’espèce bovine, la clavelée et la gale dans les espèces ovine et caprine, la fièvre aphtheuse dans les espèces bovine, ovine, caprine et porcine, la morve, le farcin, la dourine dans les espèces chevaline et asine, la rage et le charbon dans toutes les espèces. » L article 2 prévoit 1 addition à cette liste d autres maladies. En fait, par un arrêté en date du 28 juillet 1888, le ministre de 1 agriculture y a ajouté le chaj'bon (sang de rate, fièvre charbonneuse), le charbon symptomatique, la tuberculose, le rouget, la pneumo-entérite infectieuse. L’article 3 prescrit la déclaration obligatoire de tout cas de maladie contagieuse et la séquestration immédiate de l’animal. Le maire, qui a reçu la déclaration, fait procéder (art. 4) à la visite de la bêle malade ou suspecte par le vétérinaire chargé de ce service et adresse son rapport au préfet. « Art. 5. — Après la constatation de la maladie, le préfet statue sur les me- sures à mettre à exécution dans le cas particulier. Il prend, s’il est nécessaire, un arrêté portant déclaration d’infection. Celte déclaration peut entraîner, dans les localités qn’elle détermine, l’application des mesures suivantes : 1° l’isolement, la séquestration, la visite, le recensement et la marque des animaux et troupeaux dans les localités infectées; — 2° l’interdiction de ces localités; — 3° l’interdiction momentanée ou la réglementation des foires et marchés, du transport et de la circulation du bétail ; — 4° la désinfection des écuries, étables, voitures ou autres moyens de transport, la désinfection ou même la destruction des objets à l’usage des animaux ou qui ont été souillés par eux. » Les articles 6 et 7 comportent l'abattage, après arrêté du préfet et sur l’ordre du maire, des animaux atteints de la peste bovine ou simplement contaminés. Par les articles 8 à 10, est ordonné l’abattage des animaux morveux incurables, despèripneumoniques dans le délai de deux jours et celui des enragés (ou simplement suspects, s’il s’agit de chiens et de chats) immédiatement. Les animaux de l'espèce bovine devront (art. 9) être inoculés de la péripneumonie contagieuse, dans les localités infectées de cette maladie. Le préfet peut ordonner, de même, sur l'avis du comité des épizooties, la clavelisation des troupeaux, en temps de clavelée. « Art. 13. — La vente ou la mise en vente des animaux atteints ou soupçonnés d’être atteints de maladies contagieuses est interdite... » « Art. 14. — La chair des animaux morts de maladies contagieuses, quelles qu’elles soient, ou abattus comme atteints de la peste bovine, de la morve, du farcin, du charbon et de la rage, ne peut être livrée à la consommation. » « Les cadavres ou débris des animaux morts de la peste bovine et du charbon, ou ayant été abattus comme atteints de ces maladies, devront être enfouis avec la peau tailladée, à moins qu’ils ne soient envoyés à un atelier d’équarrissage régu- lièrement autorisé... » « Art. 15. — La chair des animaux abattus comme ayant été en contact avec des animaux atteints de la peste bovine peut être livrée à la consommation ; mais leurs peaux, abats et issues ne peuvent être sortis du lieu de l’abattage qu’après avoir été désinfectés. » Le titre II (art. 17 à 23) règle les indemnités à allouer aux propriétaires d’ani- maux abattus pour cause de peste bovine ou de péripneumonie contagieuse, ou morts par suite de l'inoculation de cette dernière. Les autres contagieuses ne donnent aucun droit de ce genre. Le titre III (arl. 24 à 29) détermine les conditions de l'importation et de l'eæpor- tation des animaux. Ces articles prévoient la visite sanitaire à l’entrée en France; la mise en quarantaine des animaux suspects, l'abattage des contagieux. Les Pénalités sont l’objet des prescriptions du titre IV (art. 30 à 36). Dans le titre V, Dispositions générales, nous relevons l’article 38. « Un service des épizooties est établi dans chacun des départements, en vue d’assurer l’exécu- tion de la présente loi. Les frais de ce service seront compris parmi les dépenses obligatoires à la charge des budgets départementaux et assimilés aux dépenses classées sous les paragraphes 1 à 4 de l’article 60 de la loi du 10 août 1879. » — Et l’article 39. « Les communes où il existe des foires et des marchés aux che- vaux ou aux bestiaux seront tenues de préposer, à leurs frais et sauf à se rembourser par l’établissement d’une taxe sur les animaux amenés, un vétérinaire pour l’ins- pection sanitaire des animaux conduits à ces foires et marchés. » B. Or"'iiiligation sanitaire extérieure. — Celle-ci ne vise guère CJ11C la surveillance des fléaux exotiques et la défense des abords du territoire. Elle fait le pendant de l’institution des médecins des épidémies à l’inté- rieur; ceux-ci, en effet, n’ont pas à s’occuper seulement des épidémies autochthones, les fléaux exotiques sont de leur ressort dès qu’ils ont passé la frontière. La loi du 3 mars 1822, et la Convention sanitaire de 1853, prévoient môme les quarantaines de terre, dont on n’use d’ailleurs jamais. Les dispositions actuellement en vigueur, en ce qui concerne la police sanitaire maritime, ont été déterminées par le règlement du 22 février 1876, dû à Fauvel. Nous ne reviendrons pas sur la teneur de ce règlement au sujet des quarantaines ; l’esprit en a été précisé à propos û.e\'hygiène inter- nationale (p. 1332). Quant à l’organisation même et aux fonctionnaires, tout notre littoral a été divisé en -11 circonscriptions sanitaires; à la tête de chacune d’elles se trouve un Directeur de la santé, pris dans le corps médical, ayant sous ses ordres un personnel d’officiers, d’employés et de gardes en nombre proportionné aux besoins du service. Il y a, en outre, des agents principaux, des agents ordinaires et des sous-agents répartis dans les différents ports. Tout ce personnel relève du Ministre, mais peut donner des ordres dans des cas pressants et prévus par la loi, sauf recours au ministre. Dans chaque circonscription, il existe au moins un Conseil sani- taire, composé de divers éléments scientifiques, administratifs et commer- ciaux, et représentant les intérêts locaux; aussi peut-on reproduire cette institution dans tous les ports importants de la circonscription. Sont mem- bres de droit des Conseils sanitaires : le professeur d’hygiène de la Faculté ou École de médecine de plein exercice ou de l’École de médecine navale située dans le département, ainsi que le médecin des épidémies de l’arron- dissement (décret du 30 décembre 1884). Le Conseil sanitaire est consulté sur les mesures à prendre et propose au préfet, pour être soumis au ministre, les changements ou additions i introduire dans les règlements locaux concernant le service sanitaire de leur circonscription. Des médecins sanitaires sont entretenus par la France dans les stations du Levant (Constantinople, Alexandrie, Djeddah, Beyrouth, Damas, Suez, Smyrne), pour prendre part à la préservation des maladies pestilentielles dans ce pays, concurremment avec les médecins des autres puissances et informer l’administration de leur pays des dangers qu’il pourrait avoir à courir. Un Inspecteur général surveille et contrôle les services sanitaires. Arnould, Hygiène. 2e édit. 87 liémnné «le la législation Maiiilaire française. I. Exercice de la médecine et de la pharmacie. Personnel médical. — Loi du 19 ven- lûse au XI (10 mars 1803). — Loi du 22 aoûl 1834 (épreuves des officiers de sanlé). Loi du 21 germinal an XI (il avril 1803) sur l'exercice de la pharmacie. IL Vente des puisons et des remèdes secrets. —- Décret du 18 août 1810. Décret du •'! mai 1830. — Loi du 19 juillet 1843; ordonnance du 10 octobre 1840 ; décret du 8 juillet 1830 (sur la vente des substances vénéneuses). III. Eaux minérales. — Loi du 14 juillet 1830 sur la conservation et l'aménage- ment des sources d’eaux minérales; et règlement du 8 septembre 1836. — Décret du 28 janvier 1860, sur l’inspection médicale et la surveillance des sources et des établissements d’eaux minérales, et sur les conditions générales d’ordre, de police et de salubrité, auxquelles les établissements d'eaux minérales doivent satisfaire. IV. Vente des denrées alimentaires et boissons. — La loi du 27 mars - 1er avril 1831 «• tendant à la répression plus efficace de certaines fraudes dans la vente des mar- chandises », s’appuie sur l’article 423 du Code pénal. Art. 423 [Code pénal). — «Quiconque aura trompé l’acheteur... sur la nature de toute marchandise... sera puni de l’emprisonnement pendant trois mois au moins, un an au plus, et d’une amende qui ne pourra excéder le quart des restitutions et dommages-intérêts, ni être au-dessous de 50 francs. Loi du 27 mars-Ier avril 1851. — Art. I. — Seront punis des peines portées par l’ar- ticle 423 du Code pénal : 1° Ceux qui falsifieront des substances ou denrées alimentaires ou médicamenteuses, des- tinées à être vendues; 2° Ceux qui vendront ou mettront en vente des substances ou denrées alimentaires qu’ils sauront être falsifiées ou corrompues ; 3° Ceux qui auront trompé ou tenté de tromper sur la quantité, etc... Art. 2. — Si, dans les cas prévus par l’article 423 ou par l’article l«r de la présente loi, il s'agit d’une marchandise contenant des mictions nuisibles à la santé, l’amende sera de 50 à 500 francs. Art. 3. — Sont punis d’une amende de 16 à 25 francs et d’un emprisonnement de six à dix jours, ou de l’une de ces deux peines seulement,... ceux qui, sans motifs légitimes, auront dans leurs magasins, ateliers ou maisons de commerce, ou dans les halles, foires ou marchés,... des substances alimentaires ou médicamenteuses qu’ils sauront être falsifiées ou corrompues. Si la substance falsifiée est nuisible à la santé, l’amende pourra être portée à 50 francs et l'emprisonnement il quinze jours. L’article 4 double les peines en cas de récidive dans les cinq ans qui suivent une pre mière condamnation. L’amende peut même être portée à 1.000 francs. Art. 477 (Code pénal). — Seront saisis et confisqués... 2° les boissons falsifiées, trou- vées appartenir au vendeur et débitant; ces boissons seront répandues;... les comestibles gâtés, corrompus ou nuisibles : ces comestibles seront détruits. Loi du 5 mai 1833. Art. 1er. — « Les dispositions de la loi du 27 mars 1831, sont applicables aux boissons. » — Loi du 14 mars 1887 « concernant la répression des fraudes commises dans la vente des beurres ». V. Hygiène industrielle. — Décrets: du 13 octobre 1810, du 21 mars 1851, du 31 décembre 1866, du 3 mai 1886, sur les établissements insalubres, dangereux ou incommodes. — Lois du 2 mars 1841, du 19 mai 1874, sur le travail des enfants. — Décret du 14 mai 1874, sur le commerce du pétrole. VI. Logements et localités. — Loi des logements insalubres du 13 avril 1830. Modi- fication à cette loi, du 30 mai 1864. Ordonnance sur la salubrité des habitations, du 23 novembre 1853, valable pour Paris. Ordonnances de policedu23 octobre 1819, du 5 juin 1834, du 23 octobre 1850, du 8 novembre 1851, du 23 novembre J833, du 7 mai 1878, concernant les habitations à Paris. Décret du 26 mai 1862, relatif aux rues de Paris et applicable à toutes les villes qui en feront la demande. — Ordon- nance du 20 novembre 18i8 sur les logements mis en location. — Loi de mai 1864, sur le libre écoulement des eaux de drainage. — Décret des 16 et 24 août 1790, valable pour toute la France, réglementant l’assainissement des rues et des places publiques. — Ordonnance de mars 1834, pour l’interdiction des dépôts et déver- sements d’immondices dans les rues. — Ordonnance concernant les dépôts d’en- grais et d’immondices dans les communes rurales, du 8 novembre 1839. — Circu- laire ministérielle du 18 juin 1866, relative à l’inondation des habitations. — Loi relative à la création d’élablissemenls modèles de bains et lavoirs publics, du 3 fé- vrier 1861, ouvrant un crédit de 600,000 francs pour faciliter aux communes l’en- treprise de pareils établissements. VII. Vérification des décès. Inhumations. — Articles 77 à 81 du Code civil. Circu- laire ministérielle du 24 décembre 1866. — Décret du 12 juin 1804 (cimetières et sépultures); du 7 mars 1806 (habitations et puits à plus de 100 mètres du cime- tière); du 6 décembre 1843 (nouveaux cimetières). Circulaire du 30 janvier 1866 (transport des cadavres). — Arrêtés et ordonnances spéciaux à Paris : 3 décem- bre 1821, 16 avril 1840, 26 juillet 1844, 20 décembre 1869. VIII. Souillure des cours d’eau (contre la). — Lois du 22 décembre 1789, 12 et 20 août 1790, 6 octobre 1791, chargeant les communes et les départements de s’op- poser aux souillures dangereuses des cours d’eau. IX. Protection des enfants en bas âge. — Décret du 19 janvier 1871 sur les enfants trouvés. — Loi du 23 décembre 1874 (loi Roussel), donnant à l’Etat la protection des enfants au-dessous de 2 ans, placés hors du domicile de leurs parents. X. Maladies contagieuses. — Décisions ministérielles des 2 mai 1805, 30 septem- bre 1813,24 mai 1836, 1er septembre 1861, relativement aux médecins des épidémies. — Police sanitaire maritime : ordonnance du 9 août 1822 ; décret du 24 décem- bre 1860, fondement de toute la législation sanitaire extérieure ; règlement sani- taire international de 1853; décret du 27 mai 1853 ; arrêtés des 16juin et 30 août 1861 ; instruction ministérielle du 14 juin 1862 ; décret du 7 septembre 1863; décret du 23 juin 1866 ; règlement du 22 février 1876. XL Police sanitaire des animaux. — Loi du 21 juillet 1881 (voy. pl. haut). Angleterre. — L’Angleterre est, par excellence, le pays de l’administra- tion locale {Self government). Toute fraction de la nation qui contribue de ses deniers à la chose publique, veut en avoir sa part de bénéfice et contrôler l’emploi des ressources qu’elle fournit. Seulement, il est des cas dans lesquels la haute surveillance de l’État est une sauvegarde positive et où l’unification des services est une supériorité. C’est pour cela que la ten- dance gouvernementale, en Angleterre, depuis près d’un demi-siècle, a été de centraliser l’administration sanitaire. Du reste, il nous est difficile, sur le continent, de bien saisir les relations qui exis- tent entre les pouvoirs publics et les administrations locales, non plus que les transformations que subissent là-bas, sans difficulté, les conseils et les instruments administratifs. La situation du pouvoir exécuLif vis-à-vis du Parlement est autre que chez nous ; le Parlement lui-même pénètre dans l’administration locale a un degré qui nous surprendrait. Avec les variations de la représentation nationale, l’admi- nistration sanitaire peut changer de nom, d’attributions et de titulaires ; à cet égard, le ministère des pauvres a remplacé le ministère du commerce et a fait place lui- même à l’Office sanitaire, qui est devenu, eu 1871, le Local Government Board. L’office sanitaire (General Board of Health), créé pour six ans, en 1848, fut prolongé- en 1834, puis, supprimé en 1838. Le Parlement crée môme, pour des besoins parti- culiers, clés commissions d’études qui ne durent que le temps d’une législature; ainsi la Commission de 18G7 pour l'élude de l’approvisionnement d’eau de Londres. Le Conseil privé (Privy council), assez semblable à notre conseil d’État nomme de son côté des commissions d’enquête (la Rivers pollution Commission en est une des plus fameuses), qui ne dépendent du Parlement qu’autanl qu’il dispose du vote des sommes que pourront coûter les travaux qu’elles auront proposés. En face des pouvoirs centraux se trouvent les administrations locales. Mais il n’y a rien, en Angleterre, qui ressemble à notre répartition rigoureuse du territoire en départements, arrondissements, cantons. Le « comté » et ses subdivisions n’ont guère de rapport qu’avec ^la justice ; l’administration locale] réelle est la Vestry, ou administration de la paroisse (parish). C’est la vestry qui, de tout temps, a ad- ministré les biens des pauvres et esL devenue le noyau de l’organisation de l’hygiène publique. Mais, quand la paroisse devient trop importante, cette administration peut se subdiviser, remettre une part de sa charge à des autorités locales secondaires; de même que, le cas échéant, elle accepte l’administration sanitaire de localités qui ne font partie d’aucune paroisse (Extra-parochial places). En 1834, on commença par réunir en une seule circonscription sanitaire plusieurs de ces vestries (Poor laxo unions), dont il existait entre six et sept cents. Les localités hors paroisses furent incorporées à l’Union. Une autre division territoriale, intéressante à notre point de vue et encore dis- tincte de la précédente, est celle des voies de communication, Highway district. Les juges de paix, réglant aussi les questions de police, ont eu jusqu’à présents un grand rôle dans l’exécution des mesures d’hygiène publique, adoptées dans les divers cantons ; d’autant plus que la coutume est d’en appeler seulement d’un juge de paix à un autre et que ce n’est que depuis peu que l’on commence à ouvrir l’ins- tance près de l’administration centrale. Dans les villes, l’administration paroissiale subsiste également, mais elle laisse peu à peu se substituer à elle, pour les questions d’hygiène publique, l’autorité municipale, soit comme telle, soit sous la forme de commissions spéciales éma- nant de la commune. Le respect de l’autonomie locale est encore tel, chez nos voisins d’oulre-Manche, qu’un bon nombre des lois sanitaires actuelles, rendues par l’autorité centrale, ne sont obligatoires dans les circonscriptions qu’aulant que l’administration de celles- ci les a acceptées. Organisation sanitaire à l’intérieur. — Le grand et légitime émoi causé en Angleterre par les ravages du choléra en 1831 a été l’origine de deux créations- desquelles est sortie toute l’organisation sanitaire, à savoir : la centralisation de l’administration des pauvres (Poor laiu Uxiion) et l’institution d’une statistique ré- gulière (Begistrar general). 11 faut dire aussi que l’on n’avait pu ne pas remarquer que la prospérité industrielle du pays entraînait 1 extension des villes, y faisait affluer la population laborieuse et que les coups du fléau avaient été étrangement meurtriers dans les quartiers urbains occupés par cet élément, encombrés et aban- donnés à une malpropreté sordide. Le premier rapport du Registrar general, daté de 1838, est resté célèbre ; il démontra que le mal était plus grand encore qu’on ne l’avait supposé. D’autre part, l’administration des pauvres, chargée de rechercher les conditions d’hygiène dans lesquelles vivaient les pauvres et les travailleurs, apportait des renseignements navrants (Report on the sanüary condition of thv labouring population of grcat Britain). Dès lors, il fut fait appel à l’intervention de l’autorité centrale. Les grandes villes ■elles-mêmes sollicitèrent du Parlement l’autorisation de se donner des prescriptions nouvelles en vue de l’éloignement des causes d’insalubrité et pour l’amélioration de la canalisation, de l’évacuation des immondices, des logements, des industries insalubres. Plusieurs d’entre elles réalisèrent rapidement d’importants progrès ; mais il était évident que le devoir du gouvernement était de prendre la haute di- rection et la surveillance de ce mouvement protecteur. Il y était encouragé par le succès de son premier essai de centralisation, en 1834, dans un moment d’urgence. Les conseils de circonscription (Poor Law Guardians) et l’autorité spéciale (Board of Guardians), établis à cette époque et formant l’administration des pauvres, fonc- tionnaient avec des résultats palpables, comme ils fonctionnent d’ailleurs en- core aujourd’hui, réunis au Local Government Board. Les lois rendues en 1847 fu- rent une première conséquence des besoins que cotte administration avait révé- lés : Consolidation Acts; Toiuns improvement clauses A cl; Commissionners clauses A et. — Les premières établissaient les branches essentielles de l'hygiène municipale; la loi sur l’assainissement des villes prescrivait la nomination, par les autorités urbaines, d’un Surveyor, d’un Inspector of nuisances et d’employés médicaux selon les besoins; la troisième loi prescrivait, dans les localités sans conseil administra- tif, la formation d’une commission d’hygiène, dont les membres, élus par les habi- tants soumis à la (axe, seraient chargés de prendre les mesures essentielles pour la salubrité du lieu. La loi de 1848 (Public health Ad) créa une autorité sanitaire gouvernementale, le General Boarcl of health, qui devait contrôler la pratique de l’hygiène publique dans les communes. Cette loi n’était obligatoire que pour les communes où un dixième, au moins, des habitants payant la taxe, l’acceptait, ou pour celles dont la ■mortalité moyenne des sept dernières années dépassait 23 p. 1000. Encore fallait-il ■que l’administration sanitaire supérieure le jugeât opportun et donnât son assen- timent. Dans ce cas, des autorités sanitaires locales devaient être installées. Celles- ci furent, soit le conseil municipal lui-même, soit une commission nommée ad hoc. •Cette autorité locale avait à instituer un Surveyor, un Inspector of nuisances et, au besoin, un fonctionnaire médical. Il lui incombait le soin du drainage et des ■égouts, de l’approvisionnement d’eau, des logements, des cimetières, la surveil- lance de l’abattoir, des industries insalubres, l’éloignement des immondices, l’en- tretien et l’éclairage des rues. Cette loi n’étant pas obligatoire partout et n’étant pas, en fait, appliquée dans les petites villes et les localités rurales, le Parlement rendit, dans la même année 1848, le Nuisance removal and Diseuses prévention Ad, qui instituait une commission spéciale : Nuisances removal Committee, pour les localités qui n’avaient pas créé l’autorité sanitaire communale, prévue par la loi précédente. Cette commission était chargée de rechercher les causes d’insalubrité et de les faire cesser par les moyenslégaux. Il estclairque, làoùexislaient déjàdes auLorités sanitaires,celles-ci ne purent qu’emprunter une nouvelle activité et une nouvelle influence à ces deux lois. Quelques autres actes législatifs, édictés dans les années suivantes, consolidèrent encore les autorités locales, qui, d’ailleurs, très actives et évitant les empiètements, surent se faire accepter des populations. Il n’en fut pas de même du Conseil général de santé, qui, très impopulaire par son origine antipathique au self-government, se heurta bientôt à de grands intérêts privés. Edwin Chadwick, qui en fut président, a raconté comment une coalition d’usiniers, d’ingénieurs, de directeurs et d’action- naires des compagnies commerciales de la capitale, Unit par obtenir de la Chambre •des communes, « par surprise, un vote que lord Palmerston déclara le plus malsain qu’il eût jamais rencontré dans sa carrière parlementaire ». Après dix ans d’exis- tence, le General Board of Health fut supprimé et ses attributions furent reportées, partie au Privy Council, partie au ministère de l’intérieur. Pour compenser le défaut d’une autorité centrale compétente, unique et active, une nouvelle loi : Local Government Acti838, étendit les attributions du ministère de l’intérieur et s’efforça d’élever les pouvoirs des autorités sanitaires locales. Sans être absolument obligatoire, cette loi l’était polir les cantons qui avaient accepté la loi de 1848; elle le devenait encore, même sans l’assentiment de l’autorité supé- rieure, dans les autres lieux, pourvu que deux tiers des électeurs présents l'aient décidé. Elle donnait au ministre de l’intérieur de larges pouvoirs en vue de réunir les communes en circonscriptions sanitaires et pour fixer les limites de celles-ci : le même ministre devenail le juge d’appel le plus élevé en matière sanitaire. D’au- tre part, les autorités sanitaires locales étaient confirmées dans leurs droits et de- voirs: on y ajoutait des pouvoirs plus étendus à l’égard des logements insalubres ou dangereux, des constructions nouvelles, des distributions d’eau, des vidanges; un pouvoir illimité à l’égard de l’utilisation et de la désinfection des eaux d’égouts. — Enfin, on multipliait les lois sanitaires de but particulier : lois sur les falsifica- tions alimentaires, sur les fabriques de produits chimiques, sur le travail dans les manufactures, les logements d’ouvriers, les industries dangereuses, l'ulilisation de l’eau d’égout, les lieux publics, la vaccine, la prostitution, etc. Malgré tout, les inconvénients du manque d’unité dans l’impulsion centrale sa faisaient de plus en plus sentir, beaucoup de communes continuaient à ne pas avoir d’autorité sanitaire et, néanmoins, leur territoire gagnait sur les districts qui en étaient pourvus, de façon à contrebalancer le redoublement d’activité des fonctionnaires d’hygiène publique. C'est alors que l’on se décida à réunir une com- mission de réorganisation sur le rapport de laquelle furent rendues les deux lois: Local Government Act 1871 et Public Health Act 1872, qui caractérisent l’organisation sanitaire anglaise actuelle. Toute localité du royaume est rattachée à une circonscription sanitaire. Dans toute l’étendue de celle-ci, l’hygiène publique est obligatoire et la pratique en est confiée à une autorité communale, exclusivement instituée pour ce but : le local Board of health. La surveillance et le contrôle de l’exécution des mesures d’hygiène appartiennent à une autorité gouverne- mentale, unique, le Local Government Board, dans lequel s’est à peu près fondu, depuis lors, le ministère des pauvres. (En effet, les frais de l’admi- nistration des pauvres incombent toujours aux paroisses, mais l’Etat sup- porte les frais de l’administration centrale et quelques autres ; il entre pour moitié dans les émoluments des médecins des pauvres. Les Boards of Guar- dians n’agissent que par les ordres de l’administration centrale; ils nom- ment leurs employés, mais après acceptation de la précédente). Le Local Government Board a pour président un membre du Parlement, faisant partie du ministère et nommé par la reine ; les membres ordinaires sont : le lord grand-chancelier, le lord président du Conseil et les divers Ministres. Tous ces hauts personnages sont d’une immense capacité ; mais s'ils entendent quelque chose à l’hygiène, c’est par hasard; et, si ce hasard heureux est une réalité, il est bien probable que les tracas de la poli tique ne laissent pas à ces fonctionnaires le temps de déployer leurs talents d’hygiénistes. Edwin Chadwick traite avec un suprême dédain ce nouveau conseil et le qualifie de « service bureaucratique de la circonlocu- tion ». La situation est assez évidente par elle-même pour que l’on n’accuse point de jalousie de métier l’ancien président du general Soard, dont le caractère est d’ailleurs suffisamment connu. L’activité locale supplée, dans une certaine mesure, à ce recul de l’autorité sanitaire centrale ; mais non sans abus et sans relâchement, tout en coûtant fort cher. Au témoignage d’Edwin Cliadwick, les impôts, qui avaient été'réduits à près de 4 millions de liv. sterl., sont remontés à un chiffre annuel de près de 8 millions. Le Conseil sanitaire nomme lui-même les employés, inspecteurs, secrétaires, dont il a besoin. Ses attributions comprennent : Le droit d'ordonner, de modifier, de suspendre les mesures de préservation à l’égard des épidémies et maladies contagieuses ; — la surveillance de la vaccine; — la surveillance des constructions; — le contrôle de l’administration des pauvres et des institutions de bienfaisance; — la haute surveillance de l’hygiène munici- pale, le contrôle de la gestion des conseils sanitaires locaux, la mission de sanc- tionner les emprunts et les décisions des communes en ce qui regarde l’hygiène; — le droit et le devoir d’intervenir vis-à-vis des autorités locales négligentes ou réfractaires; — une certaine participation à la réunion des circonscriptions sani- taireset àleurdélimitation, à l’installation d’autorités sanitaires dans les ports; — le droit de prendre des arrêtés relativement à la nomination, aux qualités, à la mission, à la révocation des médecins des pauvres dans chaque district ; — le même droit à l’égard du medical officer ou de Yinspector of nuisances, que doivent installer les conseils locaux, dans le cas où un crédit serait demandé à l’État pour parfaire leurs appointements ; — le droit de nommer ou de révoquer des Ana- li/sts, c’est-à-dire des experts pour la vérification des denrées alimentaires, etc. ; — le droit d’approuver les projets d’amélioration urbaine, les plans de canalisation ou de lieux publics; — tous les droits et devoirs que les lois avaient conférés jusqu’à présent au secrétaire d’État en ce qui concerne les voies publiques dans toute l’Angleterre ; — le pouvoir d’ouvrir en tout temps des enquêtes sur l'hygiène publique de toute localité: — le contrôle de la statistique. Neuf divisions se partagent cette vaste besogne, savoir : 1° Les pauvres; 2° les matières juridiques ; 3° les conslructions : 4° le génie civil; ;>° les objets médicaux et l’hygiène publique proprement dite; 6° la vaccine; 7° l’industrie; 8° les eaux de Londres; 9° la statistique. Le Conseil supérieur d’hygiène reçoit ses informations du Registrar general, des rapports annuels des conseils locaux, des rapports obligatoires des employés mé- dicaux relevant de l’Étal, et enfin de ses propres inspecteurs, qui visitent les cir- conscriptions sanitaires et assistent, au besoin, aux séances des conseils locaux. Le Conseil central est non seulement armé du contrôle, mais il exerce la direction, enseigne et prescrit. En pratique, l’hygiène publique esL entre les mains des conseils locaux. Ceux-ci se distinguent en ruraux et urbains. Les Conseils urbains réunissent sur les mêmes représentants l'autorité municipale des villes qui ont la qualité de bourgs (boruughs) et l’autorité sanitaire proprement dite. Dans les campagnes, c’est le bureau des pauvres qui représente l'autorité sanitaire ; toutefois, cette administration, qui réu- nit plusieurs paroisses, peut déléguer ses pouvoirs à une commission de localité ou à un comité paroissial. Les Conseils locaux (Local Board of health) doivent établir un programme des allaires qui leur incombent et que leurs employés ont à traiter; ils lèvent une taxe pour suffire à l’ensemble de leurs frais; contractent des emprunts, prescrivent des mesures locales d’hygiène publique ; ils sont tenus de fournir un rapport annuel au conseil supérieur et ont, en outre, soit des droits, soit des obligations en ce qui concerne les objets suivants : La canalisation dans le district; — l’évacuation et l’utilisation des eaux d’é"Out ; — le drainage; — les vidanges; — l’approvisionnement d’eau; — la pureté des cours d’eau ; — les habitations et les constructions en général ; — les hôtelleries et logeurs; —les habitations en location ; —l’habitation des caves; — les maisons et groupes de maisons insalubres: — les boulangeries; — les abattoirs; —les navires; — les bains et lavoirs publics; — les causes publiques d’insalubrité (nuisances);— les industries dangereuses ;— la protection contre les maladies infectieuses; —la construction des hôpitaux, des maisons mortuaires, des cham- bres à désinfection; — les cimelières; — les lieux publics; les matières alimen- taires insalubres ; — les denrées alimentaires falsifiées ; — dans les villes, l’éclairage et l’entretien des rues, l’établissement de rues et de maisons nouvelles. Un certain nombre de ces attributions sont entourées de dispositions restrictives. D’autres sont éludées par ce fait que beaucoup des lois sani- taires anglaises sont plus ou moins facultatives. Néanmoins, les Conseils locaux d’hygiène auraient une action immense, s’ils le voulaient, attendu qu’ils ne sont pas, comme les nôtres, purement consultatifs, mais qu’ils disposent absolument du droit d’initiative et d’intervention, qu’ils ne sont responsables que vis-à-vis du Conseil supérieur, que leurs décisions sont obligatoires et qu’ils peuvent déférer aux tribunaux les délinquants. Le local Government Board, ou plutôt l’autorité centrale, semble disposée, tantôt à tempérer leur action, tantôt, au contraire, à tenir compte des intérêts particuliers ou des préjugés de sectes qui la paralysent. On s’expli- que ainsi la résistance contre la vaccine obligatoire et le sort des lois qui avaient en vue la prophylaxie des maladies vénériennes (voy. p. 1345). Les Vaccination Act 1867 et Amendaient Act 1871 ont rendu la vaccine obligatoire en Angleterre. Les parents ou tuteurs sont obligés, sous peine d’a- mende, de faire vacciner leurs enfants dans les trois premiers mois de la vie. Ils peuvent recevoir la vaccination gratuite de la part des médecins vaccinateurs nommés et payés par l’administration des pauvres. Ces médecins sont sous la protection d’un Vaccination officer, quij est chargé de l’exécution de la loi, au point de vue de la police. Cependant, en 1870, à Londres, il n’y eut que 35,266 vac- cinations d’enfants au-dessous d’un an, alors que l’immense ville compte 112,250 naissances. Voici, d’ailleurs, comment l’administration des pauvres entend ses devoirs à cet égard : en 1875, il y eut un procès devant la Cour du banc de la reine, à l’occasion d’un conseil de cercle qui s’était refusé à agir contre les réfrac- taires de la loi de vaccination ; dans l’instruction, il fut démontré que ce conseil, en nommant ses médecins vaccinateurs, n'avait accepté la plupart d’entre eux qu’autant qu’il les supposait disposés à ne pas chercher à faire exécuter la loi de vaccination. On sait que dans cet intelligent pays il s’est formé une ligue antivac- cinale, laquelle paye les amendes des gens qui désobéissent à la loi, et qu’en 1877, h la Chambre des communes, on émit l’avis de ne point multiplier les amendes in- fligées aux délinquants, dans la crainte d’ériger en martyrs ceux qui ne sont que Police maritime de santé. — Il n’y a pas, en Angleterre, d’administration sanitaire maritime distincte; quand une circonscription confine à. un port, elle peut devenir circonscription maritime par une décision du conseil supérieur, sanctionnée par le Parlement. Cette port Authority a les mêmes attributions que les autorités sanitaires locales. Elle agit de concert avec l’administration des douanes, pour la visite des navires, la désinfec- tion et autres mesures à prendre. Des décisions spéciales (Ordersin council) les arment de pouvoirs appropriés, selon les cas qui se présentent. Fonctionnaires sanitaires. — Toutes les administrations sanitaires de villes ont : un Medical officer of health, un Surveyor, un lnspector of nuisances, un Clerk (secrétaire), un Treasurer (trésorier), des assistants, des collec- teurs et divers employés subalternes. Les administrations rurales n’ont que le Medical officer of health, Y lnspector of nuisances, les assistants et Je personnel auxiliaire. L'officier médical doit être médecin , le même peut remplir ces fonctions dans plusieurs circonscriptions sanitaires simultanément. Il est l’œil et le bras du conseil, au nom duquel il fait ses constatations. Çà et là, il reçoit une part de ses pouvoirs du conseil supérieur et agit au nom de l’État. h'Inspecteur des nuisances, qui est un officier de police, assiste à toutes les séances du conseil sanitaire, se livre aux mêmes recherches que le pré- cédent sur les causes d’insalubrité et, sous la surveillance du conseij, s’oc- cupe de donner suite aux ordres du Medical officer. Les autres employés ne sont pas obligés d’être médecins, mais seulement d’être compétents dans la partie à laquelle ils sont affectés. Ils partagent avec les précédents la besogne des visites aux établissements, rues, maisons, etc., qui peuvent recéler des causes d’insalubrité. Il existe environ 930 conseils urbains et 360 conseils ruraux. Voici, pour exemple, comment fonctionne le mécanisme sanitaire dans deux grandes villes anglaises. — A Bristol, c’est le conseil de la ville qui est l’autorité sanitaire ; il a choisi dans son sein une commission spéciale : Commiltce of the Board of health, chargée de celle branche d’administration. Tous les jeudis, le Medical officer fait à ce comité son rapport et ses propositions. On en délibère, elles décisions prises sont communi- quées à l’officier sanitaire, dont le bureau est ouvert tous les jours, à des heures fixées, et qui reçoit les rapports journaliers des inspecteurs, leur prescrit leur besogne, et veille par lui-même à l’execution, quand il en estbesoin. La ville est divisée, pour ce fonctionnement spécial, en quatre arrondissements, à chacun des- quels est affecté un inspecteur; celui-ci surveille la propreté des rues, l’arrosage public, les industries insalubres, les latrines, les égouts. Sous ses ordres, dans chaque district, sont placés deux ouvriers particulièrement affectés au nettoyage des lalrines, à la désinfection et aux travaux urgents. En outre, un inspecteur supérieur visite les logements garnis et les abattoirs. C’est celui-ci qui dénonce judiciairement les nuisances et qui est appelé (non l’officier médical) à témoigner en justice lorsqu’il y a lieu. (Dans d’autres localités, c’est le secrétaire du Conseil qui remplit cet office; le Medical officer ne comparait que très exceptionnellement,) A Liverpool, c’est encore l’administration urbaine qui est autorité sanitaire et qui a délégué pour cette branche un comité spécial. Mais celui-ci borne son aelivilé à prendre des arrêtés relativement aux maisons de logeurs et aux logements en location, sur les avis du Medical officer. Pour le reste, la plus parfaite initiative est laissée à celui-ci, sauf ses rapports réguliers. Le Medical officer a sous ses ordres de nombreux employés : I architecte, I sur-inspecteur, IG sous-inspecteurs, 4 inspecteurs des viandes et du poisson, 8 inspecteurs des maisons. Il leur trace leurs devoirs et reçoit leurs rapports, sans préjudice de sa surveillance personnelle. Il y a des ouvriers en proportion du nombre de ces inspecteurs. L’administration sanitaire de Londres, quoique reproduisant les traits essentiels de l’administralion générale, garde un caractère d’indépendance très marquée. Primitivement, la cité et les nombreuses Yeslries de Londres s’administraient sans uniformité ni lien commun; elles ont été soumises à un régime unitaire en vertu des lois de 185;>, 1856, 1858, 1862 (Metropolis local management Acts). La ville en- tière est répartie entre 23 grandes paroisses et 13 groupes communaux, qui réunis- sent 36 petites paroisses. La cité est une des grandes communes. Chacun de ces groupes possède une autoriLé communale (district Board), qui choisit au moins un de ses membres pour constituer l'autorité urbaine (Metropolitan Boarcl of Works). L’administration centrale et les administrations de district nomment leurs fonc- tionnaires sanitaires, qui jouissent des attributions que nous avons indiquées au sujet des conseils provinciaux. Ceux-ci prennent des arrêtés dans les matières de leur compétence. L’autorité métropolitaine reçoit un rapport annuel de chaque administration particulière; elle contrôle les actes de celles-ci dans les questions d’intérêt général, principalement dans celles qui se rattachent à la canalisation;, elle constitue un tribunal d’appel pour les décisions des autorités de district. Néanmoins, l’organisation sanitaire de Londres manque toujours de cohésion et d’harmonie, et l’on est encore obligé de recourir à la création de commissions spé- ciales, quand il existe quelque lacune d’hygiène particulièrement flagrante, ainsi que l’on lit autrefois pour les Commission of Sewers, Metropolitan buildings Com- mission. Un rouage sanitaire qui joue un grand rôle dans l’hygiène publique de l’Angle- terre, c’est l’institut ion des chimistes-experts (Analysis), sortie des lois de 1874 et 1875 sur la vente des denrées alimentaires. Il existail,en 1876,93 chimistes-experts, qui se sont réunis depuis en société : the Society of public Analysts, dans le but d’uniformiser les procédés de recherches et de s’aider mutuellement à développer les moyens d’analyse. II y en a vingt-six pour Londres seulement. Tout acheteur a le di'oit, de la part du chimiste public de son district, à une analyse et à un certificat de l’opération moyennant la somme de 10 shillings et demi (12 fr. 60), au maximum. Les employés sanitaires médicaux, les officiers de police, les Ins- pectes of nuisances, les inspecteurs des marchés, sont chargés de faire la visite, de provoquer les expertises, de commencer les poursuites. Quand l’un de ces fonc- tionnaires a acheté, pour l’expertise, une denrée suspecte, il est fait de celle-ci trois parts, que l’on enferme sous scellés. Une part est laissée au vendeur, une se- conde est envoyée au chimiste-expert, la troisième est réservée pour le cas où il y aurait pourvoi et renvoi en deuxième instance. Dans cette éventualité, une contre- analyse est faite à Somerset-Ilouse parles chimistes de 1 Administration des finances. Hc.snmé »ic la législation (militaire angolaise. —I. Exercice de la médecine et de la pharmacie. — Medical Acl 1830. — Pharmacy act 1868. II. Denrées alimentaires et boissons. — Adultération of lood acts 1860, 1872, 18/4, — Sale of food and drugs act 1875.— Licensingacl 1872. III. Industrie. — De nombreux « Faclory acts » ; Factory extension acts 1864, 1867; Factory and workshops act 1870 ; Faclory act 1874 (travail des femmes et des enfants); Workshops régulation acl 1867; Coal mines régulation acl 18/2; Alkali- works régulation ad 1863; Alkali nuisances prévention ad 1874; Bakehouse régu- lation ad 1863; Gasworks clauses acl 1874, 1871 ; Sleam whistles act 1872; Petro- leum act 1871. — Factory and Worksliops Ad, 1878. IV. Habitations et localités. — Common lodging houses acls 1831, 1833,1860. Labouring classes dwellingshouses acls 1831, 1866, 1867. Arlizans and labourers dwellings acts 1868,1873. Nuisances removal and diseases prévention ad 1848,1849, 1860. Nuisances removal act 1833. Sanitary act 1866, 1868. Towns improvement clauses ad 1847. Waterworks clauses ad 1847, 1863, et Gas-and Waterworks faci- lities ad 1870. — Gemeteries clauses act 1847. — Public Parles acts 1838,1860, 1871. — Balk and Waskhouses acl 1833. — Sewage utilization acts 1863, 1867. — Sanitary law amendment ad 1874. V. Cours d'eau. — Hivers pollution Act 1876.Rivers conservancy Ads (nombreux, d'intérêt local). VI. Maladies contagieuses. — Contagious diseases Acts 1864, 1866, 1869, abrogés. Diseases prévention act 1833. Vaccination acls 1867, 1871. — AcL to repeal tbe se- veral laws relaling to quarantine 1823. — Une foule de Local Acts pour la déclara- tion des maladies contagieuses. VII. Protection des enfants. — Infant life protection act 1872. VIII. Organisation sanitaire. — Public healtb actl848. Local government act 1838. Public beallh act 1872. — Public healtb ad 1873, le nouveau Code sanitaire. IX. Lois diverses touchant à l'hygiène publique. — Sanitary loans act 1869. — Towns police acl 1847. — Markets and fairs clauses act 1847. — Merchanl ship- ping acts 1834, 1862, 1867, 1876. — Passengers act 1833. — Naval act. — Prisons acls 1843, 1863. — Registration ads 1836, 1874. X. Epizooties. — Acte contre les maladies contagieuses dn bétail, 1878. Rappelons qu’après comme avant la loi de 1873 un certain nombre de prescrip- tions légales ne sont que facultatives. Tantôt la loi nouvelle a fixé un chiffre d’habitants au-dessous duquel telle ou telle loi n’est pas obligatoire pour les villes; tantôt elle a laissé les conseils sanitaires locaux libres de s’en servir ou de s’en passer. Belgique. —Les lois françaises de la République et de l’Empire ont eu, naturellement, et gardent encore la plus grande influence sur l’adminis- tration belge. Celle-ci a surtout mis à profit les dispositions de la loi du 2\ août 1790 sur les pouvoirs municipaux. Pour bien dire, toute la pratique de l’hygiène publique en Belgique est là. Trois ans après la création du royaume du Pays-Bas, la loi du 12 mars 1818, sans déroger aux dispositions antérieures, institua dans le ressort de chaque pro- vince des Commissions médicales, chargées de surveiller tout ce qui intéresse la santé des habitants: art de guérir, débit des médicaments, police médicale, ma- ladies endémiques et épidémiques, épizooties, vaccine, établissements insalubres ou dangereux, cimetières, eaux alimentaires, balles et abattoirs, secours aux indi- gents. Dans les villes suffisamment importantes, des commissions médicales loca- les furent adjointes et subordonnées aux commissions provinciales. Les maisons d’aliénés, les dépôts de mendicité, les prisons, casernes, arsenaux, sont surveillés par des comités spéciaux, émanant du gouvernement. Les commissions provinciales sont les intermédiaires entre les communes et le ministère de l’intérieur. Mais, en Belgique, les conseils communaux ont su à la fois se passer de l’action des commissions provinciales, en pourvoyant eux-mêmes à l’hygiène de leur groupe, et de celle du ministère de l’intérieur, en n’introdui- sant dans leur budget que les dépenses relatives aux améliorations qu’eux-mêmes décidaient. Le ministre Rogier chercha à parer aux dangers que peut avoir ce système par ses arrêtés du 12 décembre 1848, qui créaienl des Comités locaux de salubrité, et du 15 mai 1849, instituant le Conseil supérieur d’hygiène du royaume. Les comités locaux, composés de médecins, de chimistes ou pharmaciens et d'au- tres personnes compétentes, avaient pour but de transmettre l’action gouverne- mentale aux communes: le rôle du conseil supérieur était de reporter au gouver- nement, en sens inverse, l’expression des besoins sanitaires de chaque localité. D’autre part, de 1850 à 1861, de louables tentatives étaient faites parle ministère, en vue d’établir une statistique démographique satisfaisante dans tout le pays. Néanmoins, cette organisation et cette hiérarchie, évidemment bonnes en elles- mêmes, sont restées à peu près stériles; le peuple belge a continué à faire ses affaires sans l’intervention gouvernementale et paraît disposé à ne pas changer de sitôt. Par bonheur, très généralement jusqu’aujourd’hui, les autorités commu- nales se sont montrées très désireuses d’entrer dans le progrès que les études mo- dernes d’hygiène offrent à qui veut le voir. L’action gouvernementale, au point de vue de la généralisation, est suppléée pour le moment par celle de la Société de médecine publique de Belgique, qui, n’ayant d’attaches officielles que l’autorisa- tion royale et une subvention pécuniaire, s’est partagé le royaume, a des délégués en province, des affdiés partout, est en relations avec les administrations commu- nales, et fait réellement l’office d’un bureau central d’hygiène. Bureau d'hygiène de Bruxelles. — Celte remarquable création, qui date de 1874 et a servi de modèle à quelques autres, est une émanation de l’autorité sanitaire locale, la Commission médicale de Bruxelles; il lui emprunte son action et s’appuie sur les pouvoirs que lui a conférés la loi de 1848. On sait qu’il est né de l’initiative de Janssens. Ses principales attributions sont : la constatation de l’état sanitaire de la ville; la rédaction des rapports et tableaux slatistiques qui en relèvent; — le service mé- dical de l’état civil (constatation des naissances et des décès) ; l’inspection hygié- nique et médicale hebdomadaire des écoles publiques; la surveillance de la salu- brité des rues et des habitalions; la propagation de la vaccine (qui n’est pas obligatoire en Belgique); la désinfection el autres mesures réglementaires rela- tives aux épidémies; les informations relatives à la police des établissements insa- lubres; le service de santé du personnel de la police ; les visites sanitaires des pros- tituées ; la surveillance de l’exécution des mesures de salubrité prescrites par l’autorité locale sur l’avis de la commission médicale (Th. Belval). Son personnel comprend : le directeur, 5 médecins divisionnaires, 5 assistants, 2 médecins du dispensaire (prostituées). Itésumé «le la législation sanitaire lielge. — Loi du Ier juillet 1858 sur l'assainissement des habitations et des quartiers insalubres.— Loi du 1er février 1844 sur les constructions des maisons et des rues dans les villes déplus de 2,000 ha- bitants. — Lois de 1849, 1850, 1853, sur les industries dangereuses (trois classes comme en France). — Lois de 1829 et de 1856 sur la police alimentaire. Articles 454 à 503 du Gode pénal (reproduits ci-après). — Loi du 18 juillet 1831 sur la pro- phylaxie des épidémies. — Loi du 10 mai 1851 sur les mesures à prendre contre les épizooties (vétérinaires nommés par l’État) — Loi de février 1866 contre la peste bovine. Code pénal, 9 juin 18G7. — La législation s’est efforcée de distinguer la simple falsifica- tion des denrées alimentaires do la falsification par des substances nuisibles ou dangereuses .pour la vie des consommateurs. AnT. 454. — Celui qui aura mêlé ou fait mêler, soit à des comestibles ou des boissons, soit à des substances ou denrées alimentaires quelconques, destinés à être vendus ou débi- tés, des matières q’ui sont do nature à donner la mort ou à altérer gravement la santé, sera puni d’un emprisonnement de six mois A cinq ans et d’une amende de deux cents francs à deux mille francs. Art. 455. — Sera puni des peines portées à l’articlo précédent : Celui qui vendra, débitera ou exposera en vente des comestibles, boissons, substances ou denrées alimentaires quelconques, sachant qu’ils contiennent des matières de nature à don- ner la mort ou à altérer gravement la santé; Celui qui aura vendu ou procuré ces matières, sachant qu’elles devaient servir à falsifier des substances ou denrées alimentaires. Art. 456. — Sera puni d’un emprisonnement de trois mois à trois ans, et d’une amende de cent fraucs à mille francs, celui qui aura dans son magasin, sa boutique ou tout autre lieu, des comestibles, boissons, denrées ou substances alimentaires, destinés à être vendus ou débités, sachant qu’ils contiennent des matières do nature à donner la mort ou A altérer gravement la santé. Art. 457. — Les comestibles, boissons, denrées ou substances alimentaires mélangés se- ront saisis, confisqués et mis hors d’usage. La patente du coupable lui sera retirée; il ne pourra en obtenir une autre pendant la durée de son emprisonnement. Il pourra de plus être condamné à l’interdiction, conformé- ment A l'article 33. Le tribunal ordonnera que le jugement soit affiché dans le lieu qu’il dési- gnera, et inséré en entier ou par extrait dans les journaux qu’il indiquera ; le tout aux frais du condamné. Art. 500. — Seront punis d’un emprisonnement de huit jours A un an, et d’une amende de cinquante francs à mille francs, ou d’une de ces peines seulement : Ceux qui auront falsifié ou fait falsifier des denrées ou boissons propres A l’alimentation, et destinées A être vendues ou débitées ; Ceux qui auront vendu, débité ou exposé en vente ces objets, sachant qu’ils étaient falsifiés; Ceux qui, par affiches ou par avis, imprimés ou non, auront méchamment ou frauduleuse- ment propagé ou révélé des procédés de falsification de ces mêmes objets. Art. 501. — Sera puni d’un emprisonnement de huit jours A six mois et d’une amende de vingt-cinq francs A cinq cents francs ou d’une de ces deux peines seulement, celui chez lequel seront trouvées des denrées ou boissons propres A l’alimentation et destinées A être vendues ou débitées, et qui sait qu’elles sont falsifiées. Art. 502. — Dans les cas prévus par les deux articles précédents, le tribunal pourra or- donner que le jugement soit affiché dans les lieux qu’il désignera et inséré en entier ou par extrait dans les journaux qu’il indiquera ; le tout aux frais du condamné. Si le coupable est condamné A un emprisonnement d’au moins six mois, la patente lui sera retirée, et il ne pourra en obtenir une autre pendant la durée de sa peine. Art. 503. — Les denrées alimentaires ou boissons falsifiées trouvées en la possession du coupable seront saisies et confisquées. Si elles peuvent servir A un usage alimentaire, elles seront mises A la disposition de la commune où le délit aura été commis, avec charge de le remettre aux hospices ou au bureau de bienfaisance, selon les besoins de ces établissements; dans le cas contraire, les objets saisis seront mis hors d’usage. Allemagne. — Sauf l’organisme central et commun, de création récente, dont il va être parlé, les États de l’empire ont chacun leur organisation sanitaire propre. En Alsace et en Lorraine, l’administration a tiré bon parti des institutions françaises qu’elle a trouvées toutes faites, conseils départementaux et d’arrondissements, en les adaptant toutefois aux instincts allemands de gouvernement personnel. C’est le Président supérieur qui est le chef sani- taire ; il a près de lui un conseiller médical, chargé des rapports et pourvu du droit d’initiative. Des conseillers médicaux de canton remplissent, près de l’administration cantonale, le môme rôle que le conseil du président supérieur; ils font partie des Conseils d’hygiène d’arrondissement et assis- tent aux réunions de ceux-ci. A chaque président de cercle est attaché un médecin de cercle (Kreisarzt), qui est le fonctionnaire sanitaire. Ce méde- cin appartient de droit au Conseil d’hygiène de l’arrondissement et habi- tuellement en est le secrétaire. Ces conseils d’arrondissement sont pure- ment consultatifs. Les médecins cantonaux, que la conquête allemande trouva en plein fonctionnement en Alsace, ont été conservés; ils sont chargés des soins des pauvres et de la vaccination. L’organisation de l’hygiène publique a donc le caractère médical; mais elle subit l’énergique centralisation administrative que l’Allemagne a imposée à toutes les affaires du pays conquis. En Prusse, la situation est bien plus accentuée ; il y a là, diL Uffelmann, une organisation de police sanitaire, mais non d’hygiène publique. La Prusse possède un Ministère des cultes et des affaires médicales, celles-ci for- mant, nécessairement, une division distincte. Le ministre est le chef sani- taire suprême; la « délégation scientifique pour la médecine » et la « com- mission technique pharmaceutique » lui servent de comité consultatif. Dans chaque province, la direction médicale et sanitaire appartient au pré- sident supérieur, assisté du Collège médical provincial, composé d'au moins cinq membres dont un pharmacien et un vétérinaire. Ce collège est purement consultatif et ne participe en rien à l’administration sanitaire. Au-dessous du président supérieur, la police médicale et sanitaire est aux mains des gouverneurs provinciaux, dont chacun a un conseiller médical. Au-dessous de ceux-ci, le Landrath jouit des mêmes pouvoirs pour l’arrondissement, avec la collaboration toujours consultative d’un médecin d’arrondissement (Kreispkysicus), armé du droit d’initiative dans les cas très pressants seulement. L’exécution des mesures d’hygiène publique rentre dans les attributions de la police locale. Il existe bien une ordonnance de 1835 qui prescrit, dans les villes de plus de 5,000 habitants, la création d’une Commission de santé, à laquelle serait attribué le pouvoir exécutif en même temps que le conseil. Mais, dans beaucoup d’endroits, cette commission n’a jamais été installée; dans ceux ou elle existe, son action est à peu près nulle. En Bavière, l’hygiène publique est rattachée au ministère de l’Intérieur et représentée par le Comité médical supérieur, dans lequel siègent les Medicinalreferenten permanents, un nombre indéterminé de membres nommés par le roi, des délégués des «. chambres médicales », et un délégué de chacune des trois Universités du royaume, si elles veulent en envoyer. Ce comité est consultatif, mais a aussi le droit d’initiative. Dans les pro- vinces, les « comités médicaux du cercle » et les conseils médicaux ne sont que consultatifs. Près des administrations cantonales sont des médecins cantonaux (.Hezirksürztc) de première classe; à chaque justice de paix se rattache un médecin cantonal de deuxième classe. Les Bezirksàrzle visi- tent les officines de pharmacie, les hôpitaux, surveillent les sages-femmes, les personnels d’infirmiers, les vérificateurs des décès, la vaccination ; ils sont de droit membres du conseil des secours aux pauvres, et appelés comme experts dans tous les cas qui touchent à la police médicale et à l’hygiène publique. Ils ont donc un rôle judiciaire. On retrouve cette institution, avec quelques variantes, en d’autres États allemands, en Suisse et en Autriche. Les Chambres médicales, instituées dans les districts par l'ordonnance du 10 août 1871 et formant entre elles une union par les délégués de cha- cune d’elles, ont été admises à prendre une part importante à l’administra- tion sanitaire de la Bavière. Office sanitaire impérial allemand. — Cette création est, dit-on, le résultat de péti- tions adressées au Reichstag qui, dans ses délibérations du 6 avril 1870 et du 26 novembre 1871, décida de réclamer du chancelier de l’Empire un projet de loi sur l’administration de l’hygiène publique dans l'Etat allemand. La création d’un Office sanitaire impérial fut également demandée dans la séance du 14 mars 1874 et décidée le 28 novembre 1873. Les fonds furent votés pour 1876, et le premier rapport du Iieiclisgesundheitsuml parut au commencement de 1877. Ce grand Con- seil supérieur de la médecine publique (rapport de Wurlz) est chargé à la fois de contribuer à l'avancement de la science par des recherches originales et, d'autre part, de préparer, de réaliser l’application pratique, dans le domaine de la légis- lation médicale et vétérinaire, des données acquises à la science. Dans les attribu- tions de ce conseil rentrent : la surveillance de la vaccination, les mesures à prendre contre la vente abusive ou frauduleuse des médicaments secrets, la révision des programmes d’études dans tous les pays de l’empire pour les examens d'Êtat, c’est- à-dire pour les examens professionnels de médecine ; la préparation des lois pour la protection de l’enfance et des aliénés, sur les épidémies, les épizooties, les falsi- fications des aliments, etc. Il esL composé de cinq membres : un directeur, un membre spécialement chargé de la statistique, un médecin hygiéniste, un médecin vétérinaire, un chimiste, directeur du laboratoire. Il y a, en oulre, dix membres extraordinaires: deux fonctionnaires de l’ordre administratif, deux médecins hygiénistes, un médecin épidémisle, un médecin aliéniste, deux chimistes, un architecte, un pharmacien, divers commis, etc. Leslocaux sont vastes et agréables. Le budget de l’office est d’environ 160,000 francs. On n’y reçoit plus, comme au début, les travailleurs libres. L’office publie chaque année les Arbeiten ans d. k. Gesundhcitsamle, sans préjudice d’une publication hebdomadaire. Résumé «1e la législation sanitaire allemande. — Loi du 21 juin 1869 (Gevuerbeordnung), primitivement exécutive dans la confédération de l'Allemagne du Nord, aujourd’hui valable dans tout l’Empire: sur les professions de médecin, de pharmacien, de sage-femme, la vente des poisons et substances vénéneuses, la création des établissements industriels, le travail des enfants dans les manufactures. — Loi sur la vaccination, du 8 avril 1874; — Lois du 6 juin 1870 et 8 mars 1871, sur l’assistance des pauvres (créant des unions communales et territoriales d’assis- tance). — Code pénal impérial :§ 324, contre la souillure et l’empoisonnement des puits ou réservoirs d’eau de boisson ; § 367, peines prévues pour les cas de recel ou de vente d’aliments ou de boissons falsifiés ou corrompus, de viandes trichinées ; § 366, peines portées contre quiconque contreviendra aux ordonnances de police concernant la sûreté, la commodité, la propreté et la tranquillité des voies publi- ques, rues et places; § 327, peines contre quiconque enfreint les prescriptions de police relatives à la propagation des maladies contagieuses. — Lois du 7 septem- bre 1869, du 26 février 1876, et instruction du 9 juin 1873, sur les mesures à pren- dre contre la peste bovine. — Loi du 14 mai 1879, sur le trafic des denrées alimen- taires, condiments et objets usuels. Voici les principaux articles de cette dernière : 3 1. — Le trafic des denrées alimentaires et condimenteuses ainsi que des jouets, tapisse- ries, couleurs, do la vaisselle, do la gobletterie, des ustensiles de cuisine et du pétrole est soumis à la surveillance dans la mesure de cette loi ; S 2. — Les employés de la police sanitaire sont autorisés à pénétrer, aux heures ordinaires de vente ou pendant que les magasins sont ouverts à la vente, dans les locaux où sont dépo- sés les objets spécifiés au § 1. Ils sont autorisés à prélever, contre récépissé, pour être soumis à l’expertise, des échan- tillons des objets signalés au § 1, qu’ils trouvent dans les locaux désignés, ou qui sont ven- dus ou mis en vente dans les lieux publics, places, rues et leurs abords. Il est laissé au propriétaire, sur sa demande, une partie de l’échantillon, enfermée et scellée par l’Admi- nistration. L’échantillon prélevé est payé au prix courant. § 4. — Les employés de la police sanitaire, dans le sens de la loi, sont les fonctionnaires sanitaires medicaux, aussi bien que les employés destinés à cet effet par les hautes autorités administratives. L’autorité centrale de l’État confédéré déterminera, dans la mesure du droit local, les autorités qui devront exercer cette action administrative supérieure. § 9. — Sera puni de prison, jusqu’à six mois, et d’amende jusqu’à 1,500 marcs, ou de l’une de ces deux peines : 1° Celui qui, dans le but de tromper dans la vente et le commerce, contrefait des denrées alimentaires ou condiments, ou les falsifie de telle sorte que, par l’addition ou la soustrac- tion de substances quelconques, il les détériore ou les pourvoit de l’apparence de propriétés meilleures, contrairement aux usages reçus dans le commerce ; 2° Celui qui, sciemment, vend sans prévenir de leur altération ou tient en dépôt sous un faux signalement des denrées alimentaires ou condimentaires gâtées ou détériorées ou fal- sifiées dans le sens du 1°. §11. — Sera puni de prison et éventuellement de la perte des droits civiques : 1° Celui qui, intentionnellement, prépare des objets qui doivent servir à d’autres d'ali- ments ou do condiments de telle sorte que l'usage de ces objets puisse nuire à la santé, ainsi que celui qui, sciemment, vend, tient en magasin ou met dans le commerce à un titre quelconque, comme aliments ou condiments, des objets dont l’usage est capable de nuire à la santé; 2° Celui qui, intentionnellement, prépare des objets vestimentaires, des jouets, des tapis- series, de la vaisselle, de la gobletterie, des ustensiles de cuisine ou du pétrole, dans des conditions telles que la façon déterminée ou à prévoir de se servir de ces objets soit capable de nuire à la santé; de même, celui qui vend, détient en magasin ou met dans le commerce de pareils objets. ij 12. — Si, dans les cas du§ 11, la consommation ou l’usage de l’objet est capable de rui- . ner la santé et que cette propriété ait été connue du fabricant, il peut être puni de détention (Zuchtliaus) jusqu’à dix ans; s’il y a eu mort d’homme, la détention ne sera pas au-dessous de dix ans et peut être perpétuelle. Sj n. - Lorsque le lieu de l’action possédera un établissement public pour l’examen tech- nique des objets d’alimentation et de consommation, les amendes prononcées en vertu delà présente loi seront, en tant qu’elles appartiendront à l’État, versées à la caisse à laquelle incombent les frais d’entretien de l’établissement. Lois d’empire du 25 juin 1887 concernant le trafic des objets contenant du plomb ou du zinc; — du 5 juillet 1887 sur l’emploi de couleurs nuisibles à la santé dans la préparation des aliments, des condiments, ou dans la fabrication d'usten- siles; — du 12 juillet 1887 sur le trafic des substances destinées à remplacer le beurre (sans préjudice des lois particulières aux États ni des ordonnances de police spé- ciales à Berlin, Dresde, Munich, etc. Autriche. — L’organisation de l’hygiène publique en Autriche repose sur la loi du 30 avril 1870, qui a inauguré le système actuel, comme il suit : L’administration sanitaire se confond avec l’administration politique, est entre les mains des mômes autorités et suit les divisions administra- tives territoriales. Seulement, à l’autorité de chaque degré est attaché un conseil et un ou plusieurs agents médicaux du degré correspondant. Près du ministre, directeur suprême de la santé publique, se trouvent le Conseil supérieur de santé, composé de six membres, consultatif, et le « Référent » pour les affaires sanitaires. Un conseil de santé provincial (Landessanitàls- rath) aide de ses avis le « Landeschef », directeur politique de l’hygiène dans le gouvernement territorial et, de môme que précédemment, la surveillance réelle et l’exécution ont lieu par l’organe d’un référent régional (Landes- sanitàtsreferent), auquel le gouverneur (Landeschef ) peut adjoindre un vé- térinaire régional (Landesthierarzt) pour les affaires de cet ordre. Enfin, à côté du fonctionnaire administratif cantonal (Bezirkshauptmann), est ins- titué un médecin de canton (Landes fürst lie lier Bezirhsarzt), expert légal, surveillant immédiat et efficace de tout ce service et le réel agent sanitaire. Italie. —L’organisation sanitaire italienne actuelle a été inaugurée par la loi du 20 mars 1863 qui, à une division administrative analogue à celle de la Belgique, adapta à peu près le mécanisme de l’hygiène publique en France. Cette loi créait le Conseil supérieur de santé (Consiglio superiore di sanita), composé de six membres ordinaires, six membres extraordinaires, et présidé par le procureur général d’État de la capitale. Le président de l’Institut central de vaccination y était adjoint pour les affaires de sa com- pétence. Une nouvelle loi, du 24 décembre 1870, y fit entrer un médecin de l’armée et un médecin de la marine, choisis dans les grades les plus élevés, en réunissant entre les mains du ministre de l’intérieur la haute direction de l’hygiène publique et des services sanitaires spéciaux. Parmi les membres ordinaires, il doit y avoir trois médecins ou professeurs de médecine, dont l’un enseigne la pharmacie ; parmi les membres extraor- dinaires, il doit y avoir un professeur des Écoles vétérinaires. Les mem- bres du conseil sont nommés par le roi, pour trois ans. Le sécrétaire est un fonctionnaire médical du ministère de l’intérieur ; il n’a pas voix au conseil. Les objets qui relèvent de l’examen du conseil supérieur de santé sont : les pré- cautions à prendre contre l’éclosion et la propagation des épidémies ; — les projets d’amélioration de l’hygiène des ouvriers de l’industrie et de l’agriculture; — la vaccine; — l’exercice de la médecine et de la pharmacie; — les établissements sanitaires ; — les constructions et industries insalubres ; — la cullure du riz ; — les routoirs de chanvre et de lin ; — les grands travaux d’utilité publique, au point de vue de l’hygiène ; — les quarantaines; les pratiques municipales d’hygiène publique ; — toute autre question sur laquelle le ministre peut le consulter ou qu’il soumet lui-même au ministre, en vertu du droit d’initiative que lui reconnaît la loi. 11 fait un rapport annuel au ministre et celui-ci doit en présenter un au roi tous les trois ans. Dans les provinces, le préfet a la haute direction des all'aires sanitaires de son Arnould, Hygiène. 2e édit. 88 territoire, comme le Ministre a celle de l’hygiène de tout le pays. Il a près de lui le conseil sanitaire provincial (consiglioprovinciale), dont il est président. Le vice- président est le procureur d’Élal de la Cour provinciale. Ce conseil comporte six membres ordinaires, parmi lesquels deux médecins, un pharmacien, un vétérinaire et quatre membres extraordinaires. Ses attributions sont : de donner au préfet les avis qu’il demande sur le personnel médical et les matières disciplinaires; de prononcer sur la validité du diplôme des médecins en exercice; — de réunir les travaux des conseils secondaires de la province et de les renvoyer au préfeL; de répondre au préfet sur toutes les questions sur lesquelles il est consulté. Il a égale- ment le droit d’initiative et peut être convoqué par son vice-président. De même, près des sous-préfets existent des conseils d’hygiène d’arrondissement (Consigli sanitari di circondario e di distretto), ayant également le droit d’initiative. Enfin dans la commune, le maire (sindaco) a la direction de l’hygiène municipale, assisté d’une commission (Commissione municipali di sanilà), dont le médecin des pauvres, le medico condotto, fait partie de droit. Le maire fait exécuter les règle- ments d’hygiène publique et prend les mesures urgentes. Chaque trimestre, il envoie un rapport statistique au sous-préfet sur l’état sanitaire de sa commune. A Turin, l’administration municipale a réalisé, depuis 1856, l’utile organisme d’un bureau d’hygiène. L’ensemble de la législation sanitaire italienne a été codifié par les soins d’une commission nommée en 1866 qui présenta, en 1873, un Codice sanitario en 15 litres. Le document ne parut que devant le Sénat, qui l’approuva, et ne put être soumis à la Chambre des députés parce que l’on était à la fin de la session ; mais un décret royal du 6 septembre 1874 lui a donné force de loi. Les articles 94, 95, 96 de ce règlement ont trait à l’exercice de la médecine et de la chirurgie ; 97 à 112, à la pharmacie; 113 à 118, aux chirurgiens d’ordre inférieur qui ont un brevet d’aptitude d’une des Universités italiennes ; 116 à 117, aux sages- femmes. — Le chapitre ni, article 52 et 55, donne aux maires la surveillance des denrées alimentaires. — Le chapitre i, article 44-47, leur confie la garde de l’hygiène publique vis-à-vis des habitations collectives ou particulières. — Les épidémies sont l’objet de mesures prévues au titre IV, chapitre xi, articles 82 et suivants. Les épi- zooties sont envisagées au chapitre v, articles 124 et suivants. Ce sont encore les maires et les commissions municipales qui ont le devoir de rechercher les causes et le carac- tère des épidémies ; ils informent le préfet qui, après avoir entendu le conseil pro- vincial, délègue un des membres de celui-ci pour aller étudier et combattre la maladie sur les lieux. Un membre de la commission municipale doit se mettre à la dispo- sition du délégué et le maire, exécuter ses prescriptions, sous réserve d’un rapport au préfet, qui tient au courant le conseil sanitaire et, s’il en est besoin, le ministre. Hollande. — L’organisation sanitaire de ce pays remonte à la loi du Ie* mars 1865, qui a été suivie de quelques autres lois spéciales : 10 avril 1869, loi sur les inhumations ; — 20 juillet 1870, une très remarquable loi sur la police vétérinaire; — 4 décembre 1872, loi sur les maladies contagieuses. La direction sanitaire incombe au ministre de l’intérieur. Ce qui frappe, dans ce système, c’est l’absence du conseil central; il y a seulement, près du ministre, un Référent. Sous les ordres du ministre, des médecins ins- pecteurs, avec un personnel nombreux d’inspecleurs-adjoints et d assis- tants, font exécuter les règlements d’hygiène dans les provinces. Ces méde- cins, nommés par le ministre, sont fonctionnaires publics et ne pratiquent point. Pour chaque médecin-inspecteur, il y a un conseil sanitaire provin- cial, composé de six à dix médecins, deux à six pharmaciens, un juriste, des inspecteurs-adjoints et de l’inspecteur lui-môme, qui en est le président. Suisse. — L’organisation sanitaire en Suisse, comme aux États-Unis, re- produit l’indépendance relative dont jouit chaque État de la Confédération vis-à-vis du pouvoir central. Le gouvernement fédéral (loi du 21) mai 1874) s’est borné à poser les principes de la législation sanitaire industrielle et à exercer le contrôle suprême sur l’exécution des règlements relatifs à cette branche. Il lui appartient encore de légiférer contre les épidémies et épi- zooties d’un danger général. Pour le reste, chaque canton s’administre comme il l’entend, llàtons- nous de dire que la plupart ont sérieusement accepté les devoirs qui leur incombent en matière d’hygiène publique et se sont donné une organisation remarquable de tous points. Ainsi : Bâle, Genève, Zurich, Saint-Gall. Bùle. — Le canton de Bàle-ville est régi par la loi du 19 janvier 1864, qui a subordonné au « petit conseil » un « collège de santé », composé de sept membres ordinaires et d’un secrétaire, avec mission de surveiller le personnel affeclé à l’art de guérir, les établissements consacrés au traitement des malades, l’exercice de la médecine légale, la police sanitaire et l’éloignement des causes d’insalubrité. Au- dessous du collège de santé fonctionnent : Le Comité de santé (constructions, causes d’insalubrité, surveillance du trafic dans les marchés) ; — Le collège médical (examen de l'aptitude des praticiens ; les Facultés de médecine de Zurich, Bàle, Berne, y suffisent aujourd’hui); — Le comité des médecins légistes (Wundschau), composé du « Physicus », président et délégué du collège de santé, et de trois médecins de Bàle, chargés uniquement de la médecine légale; — L’employé des marchés; — Le Physicus ; — Le chimiste public; — Le vétérinaire du canton; — L’administration de l’abattoir et les inspecteurs de la boucherie ; — Le commissaire de santé. Zurich. — La loi du 4 octobre 1876 a placé sous le contrôle de l’État et des communes : le trafic des denrées alimentaires et boissons; l’eau de boisson; les rues, eaux courantes, canaux d’égout ; les habitations et les latrines ; les établis- sements publics, écoles, prisons, etc. ; les abattoirs, les ateliers; la vente des médi- caments, poisons, remèdes secrets; l’assistance publique des malades et des en- fants ; la prophylaxie des maladies et épidémies; lcreposde la nuit eldu dimanche. Le Conseil de gouvernement (Iiegierungsrath), prend, à ces divers égards, les dis- positions nécessaires, si elles ne sont pas déjà en vigueur (lois de 1834 et 1837). Sous son contrôle, l’administration de l’hygiène publique dans les communes appartient aux autorités sanitaires locales; dans le canton (Dezirk) et en deuxième instance, aux fonctionnaires gouverneurs (Slalthaltcramler), près de qui sont insti- tués des médecins (Bezirkârzte) et des vétérinaires (Berzirksthierârzte) cantonaux. Pour tout le canton et en dernière instance, elle appartient à une « direction sanitaire » (Sanitàtsdircction), assistée d’un conseil de santé. Celle-ci recueille les rapports des autorités d’hygiène locales et fait faire, quand elle le juge convenable, des inspections dans les communes. Les communes peuvent décider si le conseil municipal gardera l’autorité sani- taire, ou s’il la confiera à un comité émané do lui, ou s’il nommera une commis- sion spéciale d’hygiène. Dans ce dernier cas, les membres de la commission peuvent être élus par le conseil municipal ou par toute la commune; la compétence de la commission est déclarée par le conseil de gouvernement, sous réserve de l'appro- bation du conseil de canton (Cantonvulh). lin des membres du conseil municipal la préside et devient le directeur de la santé publique. Des dispositions formelles sont prises pour que ses pouvoirs soient effectifs et que les délinquants soient punis. États-Unis de Nord-Amérique. — On sait que chaque État de l’Union améri- caine a une vie politique propre, un gouverneur et une représentation nationale. Les États se subdivisent en counlies (comtés) ; mais cette division se rapporte à la police et à la justice plus qu’à l'administration générale. En réalité, les communes se rattachent à peu près sans intermédiaire au gouvernement central et jouissent, par conséquent, d’une très grande indépendance, de la même façon que les États gardent leur individualité vis-à-vis du gouvernement fédéral. CelLe situation n’est, évidemment, point favorable à une centralisation de l’administration sanitaire, soit de la part des autorités de l’État, soit entre les mains du gouvernement de Washington. Certaines circonstances ont pallié jusqu’aujourd’hui les dangers qui en résulteraient ailleurs. D’abord, la jeunesse des centres de population ; aucune ville de l’Union n’est âgée de plus de cent ans ; elle ne traîne pas avec elle les fautes et les souillures matérielles du passé; la plupart de ces cités ont pu, d’em- blée, réaliser un système moderne et hygiénique de constructions, de disposition des rues. Cet avantage ne résisterait cependant pas à l’extraordinaire développe- ment que ces villes présentent; mais l’Américain est plein d’énergie et de résolu- tion ; s’il y a une lutle gigantesque à entreprendre contre quelque fléau, il l’aborde sans hésiter. Les médecins du pays, d’ailleurs, ne se sont pas épargnés à l’étude et aux conseils. Dans chaque ville, ils se sont réunis en sociétés qui n’ont pas lardé à se mettre en rapport avec les sociétés des villes voisines et ont fini par former une Association médicale étendue à toute l’Union. Du même esprit d’initiative est sortie l’Association générale d’hygiène publique (Association of public Health), qui n’a pas autorité sur les administrations locales, mais dont les études, les décisions, les vœux, ont nécessairement une puissante influence sur les administrateurs, comme il arrive en Belgique et en France des avis de nos Sociétés de médecine publique. . Dans un nombre d’États assez restreint, et que Bowditeh, en 1875, esti- mait à huit sur les trente-six de l’Union, le gouvernement s’est donné un conseil d’hygiène (State Board of health), avec des attributions variables se- lon les points. Celui du Massachusetts, un des plus remarqués et des plus actifs, est composé de six membres, dont trois médecins et trois membres pris à d’autres spécialités. Il paraît que cet équlibre de l’élément médical par l’élément profane rassure particulièrement les populations, et que c’est par ce caractère mixte que le conseil a pu, çà et là, imposer des prescrip- tions d’hygiène à de grandes industries, toutes prêtes à s’abriter derrière les habitudes américaines d’indépendance privée. Ailleurs, les grandes villes ont organisé pour leur propre compte le ser- vice de l’hygiène publique. Ainsi, New-York et son Metropolitan Board of health, qui, en vertu de la loi de 1866, était composé comme il suit : quatre commissaires, dont trois médecins, nommés par le gouverneur avec la sanction du Sénat ; le directeur sanitaire du port de New-York, et les qua- tre commissaires de police de la capitale. Les commissaires de santé (Sani- tan) commissionner s) sont nommés pour quatre ans et reçoivent un traite- ment annuel de 2,5UU dollars ; les autres membres, déjà salariés par l’État, publique.] . ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE. 139* reçoivent en outre des émoluments proportionnés ii leur participation aux travaux du conseil. Le conseil choisit son président et nomme, pour la surveillance de l’hygiène publique et l’exécution de ses décisions, un surintendant sanitaire (Sanitary superintendant), aux appointements de 5,000 dollars avec deux assistants (;\ 3,500 dollars chacun) et quinze inspec- teurs [District inspectors), dont dix appartenant à la profession médicale. La loi de 1870, sans modifier essentiellempnt cette organisation, en a dé- taché les communes voisines de New-York, qui y étaient d’abord soumises, et a décidé que les commissaires seraient nommés par le maire (Mayor) de la ville, en réduisant ;\ deux le nombre de ceux qui doivent être médecins. Les attributions de ce nouveau conseil s’étendent à tous les objets de l’hygiène publique: éloignement des nuisances de toute sorte; propreté des rues, construc- tions publiques, égouts; prophylaxie des épidémies. Tous les ans, il publie les ins- tructions et arrêtés qui lui paraissent utiles, n'étant limité que par l’obiigalion de ne rien faire de contraire aux lois existantes. Il existe une sorte de cahier des charges, qui fait connaître à chaque citoyen les obligations auxquelles il est soumis. Le conseil est tenu de présenter un rapport annuel au gouverneur. Quand une circonstance particulièrement urgente surgit, il peut s’adjoindre des inspecteurs nouveaux; ce qui est arrivé dans le cas d’une violente explosion de variole: soixante médecins ont été chargés d'aller, de maison en maison, propager et dis- tribuer la vaccine. Cette institution, toute municipale, ressemble beaucoup à ce que nous appelons un « bureau de santé ». C’est, en effet, sous ce nom que A.-J. Martin fait connaître l’autorité sanitaire locale de New-York, en notant aussi que la même organisation a été copiée par Boston, Philadelphie, Washington, Saint-Louis. Au Massachusetts, une loi de 1875 limite à dix heures par jour le travail dans les manufactures (à 4 h. el 1/2 le samedi). Depuis plusieurs années, on cherchait à créer un organe central de l’ad- ministration sanitaire, rattaché au gouvernement fédéral. Ce complément indispensable avait été donné à l’hygiène des États-Unis, le 3 mars 1879. Un Conseil national de sant^[NationalBoarcl of heallh), siégeant à Washington, devait prendre la direction suprême des services sanitaires, communiquer avec les Conseils locaux et d’États, utiliser tous les moyens d’instruction, de contrôle et d’action, s’adjoindre un corps d'Anahjsts et d’experts. Ce Comité s’était constitué et faisait paraître, depuis le 1" juillet 1879, son National Board of heallh Bulletin ; il avait fait promulguer, le 2 juin 1879, par le président de la République, une loi pour prévenir l’invasion des maladies épidémiques et contagieuses aux États-Unis et la Conférence in- ternationale de Washington, en 1881, avait été due à son initiative. Mal- heureusement, en 1883, le ministre des finances remit au chef du service des hôpitaux de la marine les 100,000 dollars qui avaient été confiés jusque-là au Conseil, comme fonds de réserve en cas d’épidémie. Le Conseil sanitaire vit dans cet acte un affront et se dissocia. Riltliograpliie. — Chadwick (Edvin). Des attributions du ministre de la santé publique et des principes d'organisation el d'action administratives centrales et locales (Congrès d'hygiène au Trocadéro en 1878. Comptes rendus, II, Paris, 1880). — Kubohn (Ilyac.). De l’organisation de l’hygiène publique en Belgique {Ibid., II, p. .31). 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De la nature et de l'étendue des pouvoirs respectifs des maires et des munici- palités, des préfets et du gouvernement en matière d'hygiène publique et de salubrité Rev. d’hyg., VU, p. 218, 1885). — Du même. La réforme de T administration sanitaire en France (Ibid., Vil, p. 541, 1886). — Du même. Projet de révision de la loi du 13 avril 1850 (Rec. des trav. du Comité consult. d'hyg. publ., XV, p. 280, 1886). — Monod (H.-C.). Résul- tats, au point de vue de la mortalité, de l’organisation, en Italie, d'une administration sanitaire [Rev. d’hyg., IX, p. 08, 1887). — IIenrot (IL). Projet d’organisation de l'hygiènepu- blique en France. Reims, 1887. — Bedoin. L'hygiène publique à Chambéry. Chambéry, 1888. FIN. TABLE ALPHABÉTIQUE A Abandonnés (Enfants), 1163. Abattoirs, 1221. Absinthe, 1062. Absorption des gaz par le sol, 36. Acariens de la farine, 929. Accidents de l'industrie, 1243. — de rue, 1226. Acclimatement, 417. Acétimétrie, 960. Acidité du vin, 1025. — de la bière, 1049. Actinomètrie, 386, 1215. Aéroscopes, 333. Aérostation, 395. Age scolaire, 1189. — des ouvriers, 1247, 1250. Agglomérés, 620. Aiguiseurs, 1238. Air (Constitution et propriétés de 1’), 282, 426. — comprimé, 404. — marin, 149, 329. — raréfié, 391. — rural, 1203. — urbain, 1219. Aisances (Cabinets d’), 544. Albumine, 850. Alcaloïdes cadavériques, 472. — du tabac, 965. Alcool, 1013. Alcoolisme, 1069. Alcools supérieurs, 1063. Alcoomètre, 1021, 1059. Aleuromètre, 931. Algérie (Acclimatement en), 420. Alimentaire (Ration), 863. Alimentaires (Maladies), 949. — (Matières), 867. — (Principes), 850. Alimentation, 848. — excessive, 997. — insuffisante, 998. — variée, 955. Alios, 23, 130. Alizés (Vents), 321. Allaitement artificiel, 1157. — maternel, 1152. — mercenaire, 1153. — naturel par des animaux, 1156. Allemagne (Organisation sanitaire en), 1389. Altitudes, 394. Alumine, 24, 238. Amblyopie nicotinique, 904. Ambulancos urbaines, 1227. Amidon, 853, 924. Ammoniaque de l’air, 311. — de l’eau, 215. — du sol, 35. Anémie d’Anzin, 1254. — scolaire, 1196. Anémomètres, 608. Angleterre (Organisation sanitaire eu), 1379. Aniline (Dérivés de 1’), 990, 1039. Animaux (Police sanitaire des), 1375. Ankylostome, 1254. Anthracosis, 1238. Anthropologie, 1120. Antisepsie, 484. Antiseptiques, 493. Appert (Procédé), 975, 981. Apprentissage, 1253. Aptitudes ethniques, 1132. Arachides, 940, 948. Arbres, 109, 1220. Area, 514. Aréomètres, 1021. Argile, 24, 48. Arraisonnement, 1355. Arrosage des rues, 1219. Arsenic, 1242. Aryas, 1123. Asiles, 1318, 1329. — de nuit, 1227. Asphaltage, 1217. Asphyxie par l’acide carbonique, 299, 1228. Assainissement industriel, 1239. — spontané des fleuves, 158. — du sol, 134. Assèchement des bâtisses, 533. — du sol des habitations, 511. Assistance publiquo, 1372. Assistés (Enfants), 1163. Ateliers, 1236. Atbrcpsie, 1160. Atmosphère, 282. Attitudes scolaires, 1195. Autriche (Organisation sanitairo en), 1393. Avoine, 925. Azote, 286. B Bacilles pathogènes, 444. — saprophytes, 458. Bactéries, 437. Bain, 828. douche de propreté, 836. — public, 835. Balayage, 1219. Bàle(Organisation sanitaire à), 1395. Bancs d’école, 1178. Baraques, 1290. Barométriques (Oscillations), 389. Becs de gaz, 081. Belgique (Organisation sanitaire en), 1387. Berceau, 1150. Betteraves, 942. Beurre, 918. — (Falsifications du), 919. Biberon, 1157. Bière, 1143. Biscuit, 939. — -viande, 987. Bivouac, 1292. Blanc de plomb, 528, 1244. — de zinc, 528, 1244. Blé, 925. Block-syslem, 1285, 1321. Bœuf, 871. Bois de chauffage, 617. — dans les constructions, 523. Boisson (Eau de), 176. Boissons alcooliques, 1013. — alimentaires, 1024. Boites de conserves, 993. Borique (Acide), 980. Bothriocéphale, 896. Bouche (Soins de la), 843. Boues, 1218. Bouilli, 969. Bouillon, 969. Bouquets artificiels, 1036. Braise chimique, 1081. Braseros, 631. Brasserie, 1014. Briques, 523. Brouillard, 374. Bruits des rues, 1224. Bûcherons, 1206. Bureaux d'hygiène, 1374. Byssinosis, 1238. c Cabinet d'aisances, 544, — de travail, 542 Cacao, 1012. Café, 1004. Caféine, 1004. Calculs urinaires, 496, 424. Calenture, 354, Calorifères, 647. Calorification (et vêtement), 796. Canalisation des immondices, 738. Canotage, 1099. Caoutchouc, 808. Capes à vent, 577. Carbonique (Acide) de l'air, 288. — — do la bière, 1049. — — de l’eau, 219. — — du sol, 31. Carne puni, 988. Caséine, 900. Casernes, 1284. Caves, 535. Cellulaire (Système), 1313. Cépages, 1019. Céréales, 924. Céruseries, 1240. Chaleur (Coup de), 352. — (Désinfection par la), 487. — (Sources de la), 338. Chambre à coucher, 542. Champignons, 944. Chant, 1083. Chanvre, 807. Charbon (maladie), 89, 445. — (pour le chauffage), 618. Chasse, 1097. Chauffage, 610. — central, 647. — local, 631. Chaussure, 818. Chaux, 502, 775. Cheminées, 632, — ventilatrices, 581. Cheval (Viande de), 892. Cheveux (Soins des), 845. Chicorée, 1009. Chiens, 1356. Chiffons, 1238. Chlore (Désinfection par lo), 496. Chlorure de sodium, 147, 213, 958. Chocolat, 1012. Choléra (rapports avec le sol), 65, 79. — (rapports avec l’eau), 200. — (Spirilles du), 461. — (Prophylaxie), 1352. Choucroute, 979. Cidre, 1055. Ciment, 523, 1217. Cimetières, 1228. Citernes, 244, 269. Cités ouvrières, 1258. Classe (Salle de), 1170. — (Heures de), 1190. Clavelée, 883. Climats, 409. Closets à la terre, "29. Coca, 1011. Coke, 620. Collage, 1029. Collines, 106. Colmatage, 143. Colonies do vacances, 1198. Colorations artificielles dos vins, 1038. Combles, 543. Comité consultatif d’hygiène pu- bliquo, 1365, Commission cantonale, 1366, 1309, — des logements insalubres, 1375, Compression (de l'air) faible, 394, 1236. — — forte, 404. Condiments, 954. Conduites d'eau, 272. — de gaz, 680, 687. Confiserie, 996. Congélation (Accidents de), 302. — (Conservation par), 985. Conseils d’hygiène, 1308. Conservation des substances ali- mentaires, 975. Conserves (Altération des), 992. Constructions neuves, 539. Contagieux (Malades), 1333. Corset, 816. Cosmétiques, 843. Coton, 807. Cotlage-system, 1287, 1329. Coupages du vin, 1036. Coups-dc-mine, 1243. Cours, 546. Cours d’eau, 150. Crèches, 1161. Crémation, 1230. Crème, 906. Créoles, 418. Croisements, 421. Cubage de place, 558. Cuir, SU. Cuisines, 540, 967. Cuisson des aliments, 969. — du pain, 936. Cuivre, 994, 1239. — (Sulfate de), 498. Culture, 112, Cysticerques, 876. D Dallage, 526, 1210. Danse, 1080. Déboisement, 111. Décapeurs mécaniques, 1240. Déclamation, 1083. Décompression, 405. Décrottoirs, 1170. Déformations professionnelles, 12 43. — scolaires, 1180, 1 195. Démographie, 1137. Dépaysement des soldats, 12S3. Dépotoirs, 772. Dépression barométrique, 394. Désinfectants, 486. Désinfection, 484. — des fosses, 716. Dessèchement des marais, 141. Dessiccation (Conserves par), 976. Diarrhée, 197, 356. — des enfants, 913, 1160. Différenciateur (Système), 721. Dilueur (Système), 736. Diphthério, 706, 1209, 1234. Diphthéritiques (Les), 1341 - Disette, 1000, Distillation d'alcool, 1058. Distributions d'eau, 271. Diviseur (Système), 733. Douche, 1096, Drainage du sol, 136, 511. Brèches, 904, 1223. Durée du travail, 1250. Dureté de l’eau, 200. Dysenterie, 197, 350. E Earth-closet, 729. Eau, 145. — (Approvisionnement d’), 256. — (Expertise do 1’), 205. — (Conduites d'), 272. — (Corrections do 1'), 237. Eaux d'égout, 751. Eaux-de-vie, 1058. Éboulements, 1244. Ebullioscopes, 1021. Éclairage des habitations, 664. — des classes, 1174. — des villes, 1226. Éclairantes (Matières), 069. Écoles, 1168. Écrémage, 908. Écuries, 1288. Égouts, 738. Égouttiers, 755. Électrique (État) de l’air, 387. — (Éclairage), 692. Élevage à sec, 1159. Émanations, 36, 314, 703. Encombrement, 701. Endurance, 1110. Enfance (Première), 1149. — (Deuxième), 1166. Enfants-assistés, 1163. — eu bas-âge, 1156. — (Travail des), 1250. Enrobement, 981. Entozoaires d’alimentation, 876. Entrainement, 1103. Enveloppement des machines, 1245. Épices, 961. Épizooties, 1375. Épuration des eaux d'égout, 774. Équilibre alimentaire, 865. Équitation, 1099. Ergotisme, 949. Éruptions professionnelles, 1241. Erythème solaire, 353. Escaliers, 544. Escrime, 1099. Esprits, 1058. Établissements insalubres, 1261. Étages, 538. Étain, 994. Etangs, 160. États-Unis (Organisation sanitaire aux), 1396. Étésiens (Vents), 382. Ethniques (Aptitudes), 1132. Étuve à désinfection, 489. Eucalyptus, 140. Évaporation, 399. Evaporomètre, 380. Évent (Tuyau d'), 713. Exercice, 1074. Explosions, 1213. Externats, 1200. Extraits de viande, 985. F Face (Soins de la), 842. Faim, 998. Falsifications alimentaires, 1072. Famine, 998. Farine, 928. — lactée, 990. Fatigue, 1113. Faucliaison, 1206. Fécal (Poison), 699. Fécules alimentaires, 941. Féminisme, 1196. Femmes en couches, 1163. Ferment nitrique, 100. Fermentation, 474. Féverolles, 940. Fièvre jaune, 356, 442, 455. — malariale, 115, 196. — typhoïde (Voy. Typhoïde). Filaire, 184. Filatures, 1237. Filtration de l'eau, 240. — de l’eau d'égout, 782. Filtres, 241. Flegmes, 1060. Fleuves, 150. Fondation des habitations, 515. Forêts, 109. Formes (Harmonie des), 1112. Fosses fixes, 710. — mobiles, 728. Foudre, 388. Froid, 357. Fromage, 921. Fruits, 946. Fuchsine, 1039. Fumée, 1260. — de tabac (Voy. Tabac). Fumivores (cheminées), 1260. Furfurol, 1065. Fuselôl, 1064. G Garnis (Logements), 1255 Gâts (Marais), 130. Gaz à l'eau, 673. — d'éclairage, 672. Gélatine, 851. Gelée blanche, 375. Genièvre, 1060. Génitales (Fonctions), 1085. Germes, 428. Gibier, 893. Girofle, 962. Glace (Bactéries de la), 203. Gluten, 929. Glycérine, 1025, 1052. Glycose, 1030, 1051. Goitre, 195. Gourbis, 1291. Graisse, 852. Graisses animales, 923. — végétales, 947. Granitiques (Sols), 21. Grêle, 375. Greniers, 539. TABLE ALPHABÉTIQUE. Grès, 22. Grille, 635. Grisou, 1245. Gulf-Slream, 149. Gymnases, 1U96. Gymnastique, 1090. H Habitat, 1160. Habitations, 509. Half-time System, 1190. Hauteurs, 391. Hépatite, 356. Hétérogénie, 428. f/ill-fever, 118. Hollande (Organisation sanitaire en), 1394. Homme (considéré comme groupe), 1120. Hôpitaux, 1318. — d'isolement, 1334. — d’ivrognes, 1069. Hospices marins, 1329. Houblon, 1043, 1052. Houilles, 618. Huiles comestibles, 947. — minérales, 1247. Humidité atmosphérique, 293, 375. Humus, 26. Hydrocarbonés, 853. Hydrogène carboné, 36, 313, 1238. — sulfuré, 313. Hydrotimétrie, 209. Hygiène antique, 2. — municipale, 1372. — privée, 13. — publique, 1361. I Immondices (Éloignement des), 696. Imperméabilité des parois, 520. Inanition, 998. Incendies, 1225, 1244. Industriel (Assainissement), 1239. — (Groupe), 1235. Infantile (Groupe), 1149. Infectieuses (Maladies), 9, 429, 1333. Infiltrations, 95, 712, 742. Infusoires de l'eau, 162, 184. Inhumation, 1226. Insalubres (Etablissements), 1261. — (Logements), 1372. Insolation, 351. Inspecteurs de la salubrité, 1368. Inspection sanitaire des écoles, 1200. Instruction (Matériel d'), 1186. Instruments, 1241. Intendances sanitaires, 1352. Intercepteurs, 757. Internationale (Prophylaxie), 1352. Internats, 1200. Iode, 496. Irrigation (Épuration par), 783. Isolement des malades, 1334. — (Hôpitaux d’), 1335. Isothermes (Lignes), 342. Italie (Organisation sanitaire en), 1393. 1401 Ivraie, 927. J Jardins, 546, 1220. — d’enfants, 1167. Jaune (fièvre), 356, 442, 455. Jeunesse des soldats, 1282. Jeux, 1082. Jouets d'enfants, 1166. Jute, 808. K ICatavothres, 129. Kéléah, 976. Kéfir, 907. lxirschwasser, 1060. Knèpfles, 935. Koumyss, 907. Kriebelkrankheit, 949. Kummel, 1060. Kuro-Siwoo, 149. L Laboratoires d’analyses, 1073. Labour, 1206. Lacs, 160, 268. Lactobutyromètre, 911. Lactodeusiraètre, 909. Lactoscopes, 910. Ladrerie, 876. Laine, 808, 815. Lait, 900. — (Conservation du), 989. Lampes, 678. — de sûreté, 1245. Landes, 22, 130. Lard, 871, 882, 923. Lathyrisme, 941. Latitude, 342. Latrines, 764, 1177. — et urinoirs publics, 1219. Lavabos, 1170. Lavage des égouts, 745. Lazarets, 1352. Législation sanitaire, 1361. Légumes ^Conservation des), 982. — herbacés, 943. — (Préparation des), 974. Légumineuses, 940. Levûres, 436. Licbig (Extrait de), 985. Lime-juice, 953. Lin, 807. Linge de corps, 815. Liqueurs, 1061. Lit, 823. — d’hôpital, 1324. Livres classiques, 1186. Local yovernment Doard, 1382. Logements garnis (Voy. Garnis). — insalubres (Voy. Commission des). Lumière solaire, 385. — artificielle, 683. M Macadam, 1217. Maillot, 1150. Mains (Soin dos), 841. -Maïs, 025. — gâté, 950. Mal do montagnes, 397. Malades, 1315. Malaria, 115. Malt, 1044. Marais, 114. Marc Me raisin (Eau-de-vie de), 1059. Marche, 1076. Marchés, 1222. Margarine, 919. Mariage, 1140. Marin (groupe) 1282. Masques, 1240. Maté, 1011. Matelas, 823. Matériaux de construction, 517. Matériel d'instruction - (Voy. Ins- truction). Maternités, 1326. Matières fixes de l'eau, 208. Médecins des épidémies, 1369. — sanitaires, 1377. Medical officer, 1385. Mélasse (Eaux-de-vie de), 1061. Mer, 147. — (Mal de), 1082. Microcoques, 440. Microorganismes, 427. Miel, 957. Militaire (Aptitude), 1196. — (Groupe), 1282. Mines, 1236. Moisissures, 431, 465. Moissonneurs, 1206. Montagnes (Voy. Mal de). Morbidité, 1148. Mortalité, 1144. Mort-nés, 1141. Mortuaires (Dépôts), 1228. Morue avariée, 992. Morve, 884, 1360. Mouillage du lait, 908. — du vin, 1036. Mousse de laitier, 527. Moussons, 381. Moût, 1018, 1044. Moutarde, 961. Mouton, 871. Mouvements, 1075. Municipale (Voy. Hygiène). Municipaux (Voy. Laboratoires), Musculaire (Nutrition), 1106. Muselière, 1358. Muttage, 1034. Mycodermes, 437. Myopie scolaire, 1)93. N Nappe souterraine, 55. Natalité, 1141. Natation, 1080. Navire, 1301. Nébulosité, 385. Nécrose phosphorée, 1242. Nicotine (Voy. Tabac), Nitrique (Voy. Ferment). Nourriccrie, 1157. Nourrices, 1153. Nourricière (Industrie), 1155. Nouveau-né, 1149. Nouveau-venus (Soldats), 1283. Nuages, 380. Nuptialité, 1139. Nutricine, 988. O Obitoircs, 1228. Odograpbe, 1077. CEuillctte (Huile d'), 948. Œufs, 922. Office sanitaire impérial allemand, 1391. Olives (Huile d’), 747. Ophthalmie des neiges, .367. Oreilles (Soins des), 844. Organisation sanitaire, 1361. Organismes inférieurs, 427. Orge, 925, 1044. Orientation de l’habitation, 546. — des rues, 1215. — des salles de classe, 1175. Ouïe chez les écoliers, 1193. Ouvriers (Conditions physiques et morales des), 1247. — (Hygiène générale des), 1253. Oxyde de carbone, 615, 639, 641, 688. Oxygène de l’air, 284. — de l’eau, 221. Ozone, 286. P Paillasse, 823, 1307. Pain, 935. — biscuité, 939. Paléolithique (Période), 1121. Paliers, 543. Pansements antiseptiques, 485. Papier (Couleur du), 1187. Papiers de tenture, 529. Parasitaires (Maladies), 428. Parois des habitations, 525. Parole, 1083. Pas, 1077. Pasteurisation du lait, 915. — du vin, 1035. Patentes de santé, 1355. Patinage, 1081. Pavage, 1210. Pavillons hospitaliers, 1320. Pellagre, 950. Pellagrozéine, 951. Pemmican, 977. Péripneumonie du bétail, 873. Perméabilité du sol, 44. Persiennes, 668. Peste, 1346. Petit-lait, 907. Pétrissage, 985. Pétrole, 1245. Pharmacies (Inspection des), 1369. Phénique (Acide), 500. Photomètres, 1177. Pied (et chaussures), 818. Pieds (Soins des), 840. Planchers, 526. Plantations, 1220. Plâtrage des vins, 1031. Plomb (tuyaux de), 274. — (dans l’étamage), 993. — (industrie du), 1242. Pluie. 369. Pneumonoconioses, 1238. Poêles, 638. Poiré, 1055. Pois, 940. Poison fécal (Voy. Fécalï. — du fromage, 922. — des saucisses, 875. Poissons, 894. Poivre, 901. Polaires (expéditions), 301. Polders, 128. Police sanitaire des animaux, 1375. Pollution des cours d’eau, 152, 1255. Pommes de terre, 942. Pompes à pression de la bière, 1054. Population (Mouvement de la), 1137. Porc, 871. Porosité du sol, 26. Poudre de Horsford, 935. Poudrette, 772. Poussières en général, 319. — industrielles, 1238. Préaux, 1169, 1223. Précipitations atmosphériques, 369. Préparation des aliments, 969. Pression atmosphérique, 389. Pression (Pompes à) de la bière (Voy. Pompes). Prisons, 1305. Propreté corporelle, 827. Prostitution, 1343. Protection des enfants, 1155. Psychromètres, 295. Ptomaïnes, 472. Puberté féminine, 1136. Puces, 406. Puisard, 709, 749. Puits, 168. Pulvérins, 1243. Putréfaction, 474. Pycnomètre, 1021. Q Quarantaines, 1355. R Races humaines, 1120. Rachitiques (Institut des), 1331. Rage, 1356. Ragoûts, 972. Rame, 1099. Ration alimentaire, 863. Rayonnement (Chauffage par), 625. Bcalschulen, 1191. Réfectoires, 1258, 1293. Réfrigération, 661. — (Conservation par), 985. Régime alimentaire, 862. Jlcichsgesundheilsamt, 1391. Repas (Distribution des), S64. Repos, 1113. Réservoirs d’eau, 271. Respirateurs (Voy. Masques). Restaurants, 967, 1223. Revaccination, 1336. Reverdissage des légumes, 994. Rez-de-chaussée, 337. Rideaux, 668. Riz, 925. Roches, 21. Rosée, 375. Rôti, 971. Rougeole, 1233, 1297. Mowing-clubs, 1099. Rubéoleux, 1339. Rues, 1214. Rural (Groupe), 1203. S Saccharine, 937. Saccharomycètes, 436. Sagou, 941. Saindoux, 923. Salaison, 978. Salep, 942. Salle à manger, 540. — d’asile, 1167. Salons, 540. Salycilique (Acide), 980. Sanitaire (Organisation), 1361. Sapidité des aliments, 954. Saturation hygrométrique, 293. Saturnisme, 1242. Saucisses (Voy. Poison des). Saucissons aux pois, 987. Saut, 1079. Savon, 841. Scaphandre, 1236. Scarlatineux, 1339. Schizomycètes, 437. Scolaire (Hygiène), 1168. Scolaires (Maladies), 1193. Scorbut, 952. Secours aux blessés, 1226. Seigle, 925. Sel de cuisine, 958. Sens (Organes des), 1084. Septicémie, 455, 481. Sépulture, 1228. Sevrage, 1166. Sexuels (Rapports), 1086. Siderosis, 1238. Sieste, 1116. Silice, 22. Siphons (Voy. Intercepteurs). Skating, 1081. Société protectrice des appren- tis, 1257. — — de l'enfance, 1155. Sociétés maternelles, 1162. Soie, 810. Soir, 854, 1003. Sol, 16. — des habitations, 509. — des villes, 1216. Sommeil, 1117. Sommier, 823. Soufrage du vin (Voy. Muttage). Soupe, 972. Soupes portatives, 985. Sources, 163. Sous-sols, 535. Souterrain (Travail), 1239. TABLE ALPHABÉTIQUE. Souterraine (Voy. Nappe). Spécifiques (Maladies), 429. Spirilles, 461. Squares, 1220. Station verticale, 1076. Stéarine, 670. Stores, 668. Sublimé, 494. Succédanés du café (Voy. Chicorée). — du houblon, 1052. — de l’orgo, 1051. Sucrage du vin, 1029. Sucre, 936. — de lait, 906. Suif, 670. Suisse (organisation sanitaire en), 1395. Sulfureux (Acide), 1238. Surmenage, 1114. — scolaire, 1192. Surtoit, 533. Syphilitiques, 1343. T Tabac, 964. Tables-bancs, 1179. Taille de l'homme, 1106. Tau, 811. Tannée, 619. Tapioca, 642. Tartrique (Acide) du vin, 1024. Tasajo, 977. Taureau (Viande de), 861. Tee totaters, 1069. Teinture des étoffes, 812. Telluriques (Influences), 115. Température de l'air, 338. — des locaux, 611. Ténia, 877. Tension de l’oxygène, 399. — de la vapeur, 377. Tentes, 1291. Terrains, 19. Terreau (Voy. Humus). Terrement, 143. Thé, 1010. — du Paraguay (Voy. Maté). Théâtres, 1244. Thermalité du sol, 73. Tinettes filtrantes, 733. — Goux, 730. Toit, 532. — en scie, 532, 1 169. Tourbe, 618. Tours, 1164. Traitement chimique des eaux, 773. Travail, 1241. — des enfants (Voy. Enfants). Trichinose, 881. Trombes, 388. Trouvés (Enfants), 1163. Tuberculeuses (Viandes), 884. Tuberculose, 450. Turnvereine, 1098. Turque (Latrines à la), 765. Tuyaux de chute, 710. — d’évent (Voy. Event). Typhoïde (Fièvre) et eau, 197. — — (Origine fécale do la), 702. 1403 Typhoïde (Fièvre) et égouts, 755. — — dans l'armée, 1296. Typhus exanthématique, 1001. — des bètos bovines, 873. Typographes, 1252. U Uniforme, 813. Urbain (Groupe), 1210. Urinoirs, 708, 1219. Ustensiles, 967. V Vaccination, 481, 1336. — charbonneuse, 483. — obligatoire, 1337. Vaccins, 481. Vacheries, 817, 1220. Vaches, 871. Vallées, 106. Vanille, 962. Vapeur d'eau, 293. — (Désinfection par la), 489. Vapeurs industrielles, 1237, 1264. Varioleux, 1333. Veau (Viande de), 871. Végétales (Substances alimentai- res), 924. Véhiculation, 1081. Ventilateurs, 577. — (Poêles), 587. — à propulsion, 537. Ventilation artificielle, 577. — des classes, 1171. — naturelle, 570. Vents, 380. Vérification des viandes, 1221. Verriers, 1244. Vêtement, 795. Viande, 867. Vidange, 717. Vidoirs, 761. Vie en commun chez les sol- dats, 1283. Villes (Voy. Urbain). Vin, 1018. Vinage, 1033. Vinaigre, 959. Virus, 429. Voirie, 1218. Voitures d’enfants, 1161. Voix (Voy. Parole). Volailles, 893. Vomito, 356, 1347. Voyages aéronautiques, 394. W Warpage, 143. Waterclosets, 739, 763. Watergands et Wateriugues, 129. X Xylofers, 109V. Z Zéismc, 952. Zinc, 1238. Zurich (Organisation sanitaire à), 1395. 10129-87. — Corbeil, imprimerie Crète. LIBRAIRIE J.-II. BAILLIERE et FILS Annales d’hygiène publique et de médecine légale, par Ber-tin, Brocardel, Charrin, L. Colin, Du Mesnil, Garnier (de Nancy), P. Garnier, Ch. Girard, Hudelo, Jau.mes, Lacassagne, G. 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Traité pratique des maladies de la peau, par Alpiied IIaiidy, pro- cesseur à la Faculté do médecino do Paris. 1 vol. in-S avec fig. Cart 18 fr. JOUSSKT. Éléments de médecine pratique. Deuxième édition. 2 vol. in-8.. _ 15 !r. KELSCH et KIE.YER. Traité des maladies des pays chauds. 1 vol. gr. in-8 do 9ÜÜ p. avec 6 pl. chromolithographiôes et 3G figures _ 24 fr. LAVERAN et TEISS1ER. Nouveaux éléments de pathologie et de clinique médicales, par A. Laveras, professeur à l’École du Val-de-Grâce, et J. Teissiek, pro- fesseur à la Faculté de Lyon. Troisième édition. 2 vol. in-8 avec fig 20 fr. LKYDKN (F,.). Traité clinique des maladies de la moelle épinière, par E. Lky- niN. professeur é l'Université de Berlin. I vol. gr. in-8, 850 pages 15 fr. PEU»ET. Clinique médicale de l’Ilôtel-Diou de Lyon. 1 vol. in-8 de 504 p 8 fr. PETER (Michel). Traité clinique et pratique des maladies du cœur et do la crosse de l’aorte. 1 vol. in-8 de 844 p. avec 54 fig. et 4 pl. chromolithograph... 18 fr. RACLE. Traité de diagnostic médical. Guido clinique pour l’étude des signes ca- ractéristiques des maladies. Sixième édition, par Ch. Fernet et I. Strauss. 1 vol. in-18 jésusdo 900 pages avec 79 fig. Cartonné ' 8 fr. RINDFLEISCH. Eléments de pathologie. I vol. in-8, 395 pages 6 fr. SCII.VHTT (J.). Microbes et maladies, par le docteur J. Sciimitt, professeur agrégé à I l Faculté de médecine de Nancy. 1 vol. in-18 jésus de 29G pages avec figures. (Biblio- thèque scientifique contemporaine) 3 fr. 50 TROUSSEAU. Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu de Paris. Septième édition, publiée par les soins de M. Peter. 3 vol. in-8 avec portrait de Trousseau 32 fr. VaLLEIX. Guide du médecin praticien, résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquée. Cinquième édition, refondue par P. Lorain, professeur à la Faculté de médecine. 5 vol. in-8 de 800 p., avec ligures 50 fr. PATHOLOGIE ET CLINIQUE CHIRURGICALES, MÉDECINE OPÉRATOIRE DERGERON. 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La chirurgie journalière, leçons de clinique chirurgicale, par A. Dès- près, chirurgien de la Charité. Troisième édition. 1 vol. in-8, 804 p. avec 45 fig. 12 fr. Encyclopédie internationale de chirurgie publiée sous la direction du docteur Asniiur.sr. Ouvrage précédé d’une introduction par L. Gosselin, professeur do clinique chirurgicale il la Faculté de médecino de Paris. 7 vol. gr. in-8 de chacun 800 p. J» 2 col., avec environ 3500 fig 122 fr. 50 Chaque volume se vend séparément 17 fr. 50 GALEZOWSK.I (X ). Traité des maladies des yeux, par X. Galézowski, professeur 5 I école pratique. Troisième édition. 1 vol. in-8 de 880 pages avec 397 figures.. 20 fr. — Traité iconographique d’ophthalmoscopie. Deuxième édition, l vol. in-8 do 350 pages avec Atlas de 28 pl. chromolithograpliiées, cart .35 fr. GALIZOVVSKI et DAGUENKT. Diagnostic et traitement des affections ocu- laires. I vol. gr. in-8 de 900 pages, avec figures 1S fr. G U.EZOVVSKI et KOPFF. Hygiène de la vue. 1 vol. in-lG do 350 pages avec 44 fig. (Bibliothèque scientifique contemporaine) 3 fr. 5C GAUJOT et SPILLMANN. Arsenal de la chirurgie contemporaine; description, mode d’emploi et appréciation dos appareils et instruments en usage pour le diagnostic et le traitement des maladies chirurgicales, l’orthopédie, la prothèse, les opérations. 2 vol. in-S de 800 p. chacun, avec 185 > figures u 32 fr. GELLÉ. Précis des maladies de l’oreille, 1 vol. in-18 jésus, 708 pages avec 157 figures 9 fr. GILLETTE. Chirurgie journalière des hôpitaux de Paris, répertoire de théra- peutique chirurgicale. I vol. in-8 de xvi-772 p. avec GG2 figures, cart 12 fr. — Clinique chirurgicale des hôpitaux de Paris. 1 vol. in-8, avec fig... 5 fr. COFFRES. Précis iconographique de bandages, pansements et appareils. 1 vol. in-18 jésus, 49G pages, avec 81 planches, figures noires. Cartonné 18 fr. — Lk même, figures coloriées, cartonné 3G fr. GOSSELIN (L.). Clinique chirurgicale de l’hôpital de la Charité, par L. Gos- selin, professeur à la Faculté de médecine. Troisième édition. 3 vol. in-8, avec fig. 3<; fr. Gli\ON (Félix); Éléments de chirurgie clinique, comprenant le diagnostic, les opérations on général, l'hygiène, le traitement des blessés et ' [■ iv , parole docteur Félix Guyon, professeur à la Faculté de médecine. I vol. in-8, avec 101 tig 12 IV. — Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires. Deuxième édition. 1 vol. gr. in-8 de 100 pages avec 4G fig jq f,.( — Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate. 1 vol. gr. in-8, do 1100 pages jg |r IIAM1LTON et POINSOT (G.). Traité pratique des fractures et des luxations. I vol. gr. in-8 de 1202 p. avec 514 flg 2 4 fr. HAIU11S, AUSTEN et ANDRIEU. Traité théorique et pratique de l’art du den- tiste. Deuxième édition. I vol. in-8 de 1100 p., avec 500 figures. Cartonné.... 20 fr. JULLIËN (Louis). Traité pratique des maladies vénériennes. Deuxième édition. 1 vol. in-8, 1120 p., avoc 127 figures. Cartonné 20 fr. LEBEC. Précis de médecine opératoire. Aide-mémoire de l’élève et du praticien, par E. Le Bec, prosecteur de l'amphithéâtre des hôpitaux. 1 vol. in-18 jésus, 000 pages avec 400 figures. 0 fr. LEGOUEST. Traité de chirurgie d’armée, par L. Legouest, médecin-inspecteur do l’armée Deuxième édition. 1 vol. in-8 de 800 p. avec 149 fig 14 fr. M AS3ELON. Précis d’ophthalmologie chirurgicale, par le docteur Masselon, cliet de clinique de M. de YVecker. 1 vol. in-18 jésus, avec 118 figures G fr. MAURIAC (Ch.). Leçons sur les maladies vénériennes-, professées à l’hôpital du Midi. 1 vol. gr. in-8, 1072 p 18 fr. ROCHARD. Histoire de la chirurgie française au XIX0 siècle. 1 vol. in-8 do xvi-800 pages ". 12 fr. SAINT-GERMAIN (L.-A. de). Chirurgie orthopédique. Thérapeutique des difformités congénitales ou acquises. 1 vol. gr. in-8 de 651 p. avec 129 figures 9 fr. THOMPSON (Henry). Traité pratique des maladies des voies urinaires. Deuxième édition. 1 vol. in-8 de 1000 p., avec 200 fig. Cart 20 fr. — Leçons sur les tumeurs de la vessie et sur quelques points impor- tants de la chirurgie des voies urinaires, traduit par le docteur Robert Jamix. 1 volume grand in-8, avec figures 4 fr. 50 VIDAL. Traité de pathologie externe et de Médecine opératoire, avec des résumés d’anatomie des tissus et dos régions, par A. Vidal (de Cassis), professeur agrégé à la Faculté de médecine. Cinquième édition, parS. Fano. 5 vol. in-8, avec 761 fig. 40 fr. ACCOUCHEMENTS, CLINIQUE OBSTÉTRICALE, MALADIES DES FEMMES ET DES ENFANTS BOUCHUT. Traité pratique des maladies des nouveau-nés, des enfants à la mamelle et de la seconde enfance, par le docteur E. Bouciiur, médecin de l’hôpital des Enfants-Malades. Huitième édition. 1 vol. in-8, xvi-1128 p., avec 179 fig 18 fr. — Hygiène de la première enfance, guide des mères pour l’allaitement, le sevrage, le choix de la nourrice. Huitième édition. 1 vol. in-18 j. de viii-523 p., avec 49 fig. 4 fr. Cil Al LL Y. Traité pratique de l’art des accouchements. Sixième édition. 1 vol. in-8 de xx-1036 p., avec 202 fig. et i pl 10 fr. CHARPENTIER. Traité pratique de l’art des accouchements, par le docteur A. Charpentier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Deuxième édition. 2 vol. gr. in-8, ensemble 1600 pages, avec 752 fig. et 1 pl. chromolithographiée 30 fr. CHUBCHILL (Fleetwood) et LEBLOND (A.). Traité pratique des maladies des femmes, hors l’état de grossesse, pendant la grossesse et après l'accouchement. Troi- sième édition. 1 vol. grand in-8, xvi-1152 p., avec 3G5 fig 18 fr. DESPINE et PICOT. Manuel pratique des maladies de l’enfance. Quatrième édition. 1 vol. in-18 jésus, vui-590 pages 7 fr. DONNÉ. Conseils sur la manière d’élever les enfants nouveau-nés. Septième édition. 1 vol. in-18. Cart. [Bibl. des conn. utiles) 4 fr. EMMET. La pratique des maladies des femmes, par Th. A. Emmet, chirurgien de l’hôpital de New-York, ouvrage traduit et annoté par le docteur A. Olivier, avec une préface par le professeur U. Trelat. 1 vol. gr. in-8 de 860 pages avec220 fig... 15 fr. ENGELMANN. La pratique des accouchements chez les peuples primitifs. Étude d’anthropologie et d’obstétrique. Édition française. I vol. in-8 avec 83 figures... 7 fr. EUSTACHE. Manuel pratique des maladies des femmes, médecine et chirurgie, par G. Eustaciie, professeur à la Faculté de Lille. I vol. in-18 jésus, 748 p 8 fr. GALLARD. Leçons cliniques sur la menstruation et ses troubles. 1 vol. in-8 avec 37 figures 6 fr. GALLARD. Leçons cliniques sur les maladies des ovaires. 1 vol. in-8 avec 47 fig 8 fi’. G ALLOIS fE.). Manuel de la sage-femme ot do l'élève sage-femme. 1 vol. in-18, (J 10 pages avec ligures G fr. HOLMES. Thérapeutique des maladies chirurgicales des enfants, par T. Hor. mes, chirurgien de l’hôpital